



Voici le témoignage d'une salariée, militante communiste qui sans fioriture vous décrit la fin d'une vie.
J'ai souvent écrit que le premier des actes pour un communiste se nomme: solidarité de classe.
Pourtant le compte n'est pas, loin s'en faut.
Il m'a été proposé de modifier ce texte pour le rendre plus accessible, je n'en ferai rien, pour savoir ce qu'il en coûte des interdits professionnels en ce pays il faut faire un effort.
Alors il n'y aura pas de chasse aux sorcières à puisque personne n'en parle ou presque... Des vies chamboulées après tant d'années au service d'une de nos municipalités, de notre parti et cela pour aboutir à un silence gêné et complice de fait.
Pesons le poids de ce silence, il est fait de lâcheté, il sort du même moule que la société que nous prétendons
abattre ET
Il n'y aura pas de chasse aux sorcières à Calais »
Promis, juré, pas de chasse aux sorcières à Calais, qu'elle continue de claironner partout, la nouvelle maire UMP de Calais, dans ses déclarations tous azimuts et surtout à la presse locale peu prompte, en cette ère nouvelle, à pousser les investigations plus loin que ce que Madame affirme. J'aimerais bien la croire Madame... mais alors, comment vous l'expliquez, vous, mon licenciement ? Je suis salariée de la mairie de Calais depuis 18 ans, en CDI attachée au service communication que j'ai dirigé avant de prendre la rédaction en chef de l'hebdo municipal.
Dans mon service, d'autres journalistes (proches du PS et de la cfdt) sont en CDD dont l'échéance est proche et qui voient malgré tout leur contrat pérennisé (cherchez l'erreur). Je ne peux que m'en réjouir pour eux. Mais pourquoi, alors que le motif de mon licenciement est "économique" (le prétexte est la réduction des publications municipales en remplaçant l'hebdo par un mensuel "dans l'intérêt du service public") on se débarrasse de la rédac chef, en CDI, la seule ayant les compétences et l'expérience de la presse des collectivités ? Tu parles d'économies !
La candidate avait annoncé la couleur si elle était élue, en promettant de tout changer, la presse municipale en particulier, qu'elle a toujours qualifié improprement de propagande communiste et qui l'exaspère au plus haut point.
Elle sait bien pourtant qu'on ne peut pas licencier quelqu'un en raison de ses opinions. Il ne lui a cependant pas fallu longtemps après son élection pour trouver la parade et me virer allègrement. Personne ne s'en indigne, ne se révolte, tout au plus, un brin de compassion, une larmichette de pitié, un soupir d'impuissance... Le 1er adjoint PS (vous avez saisi, le maire est UMP, le 1er adjoint PS cherchez la deuxième erreur) a scellé un pacte diabolique, lui et quelques-uns des siens aux ambitions démesurées, pour détruire tout ce que les municipalités précédentes progressistes ont mis 37 ans à construire. Ce premier adjoint-là donc est aussi responsable départemental de la Cfdt, tout comme l'adjoint PS chargé du personnel communal, et était il y a peu encore délégué prud'homal. Mon licenciement, je leur dois à eux, et à eux seuls qui représentaient la municipalité lors des consultations paritaires préalables.
J'ai interrogé par écrit les responsables régionaux de la Cfdt sur cette affaire, à cette heure, toujours pas la moindre réponse.
Dans le silence complice de la presse locale avec qui j'ai travaillé tant d'années, la nouvelle équipe municipale UMPS a bel et bien les coudées franches dans un très large consensus, pour liquider des vies, la mienne en l'occurrence, en toute impunité. Vous avez dit pas de chasse aux sorcières ?
Bon, maintenant que c'est dit, qu'est-ce qu'on fait concrètement ? Croyez-vous que cette injustice a fait se lever comme un seul homme mes collègues, dont certains feraient bien de se méfier qu'il ne leur arrive la même mésaventure ? Pas du tout, on tremble dans les services ou on collabore avec un étonnant zèle. Et moi, victime collatérale, je me sens bien seule à me battre ou me débattre pour sortir la tête de l'eau.
Depuis trois mois, je vais au travail chaque jour pour ne rien y faire, absolument rien. Interdite de tout. Suppression et détournement de mon courrier, interdiction de participer aux réunions du service qui définissent les nouvelles orientations et répartissent les missions, interdiction de participer aux conférences de presse, conseils municipaux et autres évènements et manifestations. Je suis scotchée à ma chaise toute la journée sans avoir le moindre droit. Condamnée à attendre ma lettre qui mettra fin dans quelques jours, à 18 ans de bons et loyaux services, sans broncher.
Pour espérer retrouver un emploi dans mes compétences, il va falloir, comme on m'a dit à l'ANPE "jouer la mobilité", c'est-à-dire partir loin de chez moi, un crève cœur de devoir me séparer de ma famille (à qui je ne peux pas faire payer si chèrement les conséquences de ce licenciement, j'ai des jumelles de 17 ans encore scolarisées), pour ne la retrouver que le week-end dans le meilleur des cas, et tenter de reconstruire ailleurs. J'ai 49 ans. J'aspire à vivre dignement, et j'exige qu'on me respecte. C'est tout.
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