
Tapie: Lagarde à la rescousse Par Nicolas
MOSCOVICI
leJDD.fr
Selon Le Canard Enchaîné de mercredi, puis confirmé par Bercy, Christine Lagarde, ministre
de l'Economie, a été, en octobre 2007, directement à l'origine de la procédure d'arbitrage qui a finalement permis à Bernard Tapie de remporter son bras de fer judicaire contre le Crédit Lyonnais.
Une pierre dans le jardin de l'ancien patron d'Adidas qui s'était défendu de tout soutien politique.

Christine Lagarde serait intervenue dans le dossier Tapie.
(Reuters)
Et l'affaire Tapie rebondit. Alors que l'ancien patron de l'OM a toujours nié toute intervention de l'Etat dans le litige qui l'opposait au Crédit Lyonnais, et qui a finalement tourné en sa faveur
le 11 juillet dernier,
Le Canard Enchaîné révèle le contraire dans son édition de mercredi. L'hebdomadaire satirique explique en effet que la ministre de l'Economie, Christine Lagarde,
avait, en octobre 2007, appuyé une procédure d'arbitrage au détriment de la voie judiciaire. A l'appui de cette révélation, le "
Canard" fournit le compte-rendu d'une réunion de
l'Etablissement public de financement et de restructuration (EPFR), organisme coiffant le consortium de réalisation (CDR), lui-même chargé de gérer le passif du Crédit Lyonnais.
Auditionné en septembre
Dans ce compte-rendu, on peut notamment lire la phrase suivante: "
Les administrateurs représentant l'Etat ont reçu pour instruction du ministre (Christine Lagarde, ndlr)
de se
prononcer en faveur de la proposition soumise pour avis par le CDR." Proposition qui intervenait après que la Cour de Cassation avait ordonné, un an auparavant, un nouvel examen du dossier, et
qui préconisait l'intervention d'un tribunal arbitral dans cet interminable feuilleton judiciaire. Au grand dam du CDR, celui-ci s'est donc prononcé en faveur d'une indemnisation record de 285
millions d'euros pour l'ex-groupe de Bernard Tapie pour réparation des manoeuvres déloyales du Crédit Lyonnais lors de la vente de ses parts d'Adidas en 1993. Jeudi, ce même tribunal arbitral
pourrait même, après calcul des intérêts, réévaluer cette indemnisation à 400 millions d'euros. Selon les estimations, Bernard Tapie peut espérer, à titre personnel, s'enrichir de 20 à 80 millions
d'euros.
Proche de son terme sur le plan judiciaire, l'affaire Tapie n'a en revanche pas fini de faire des vagues sur la scène politique. "
L'argument était qu'on en était à 13 ans de procédure et que la
voie arbitrale permettait de raccourcir les délais", a expliqué une source proche du dossier à l'agence Reuters. Un peu plus tard, Stéphane Richard, directeur de cabinet de Christine Lagarde a
bien confirmé qu'une "
orientation" avait été "
donnée" en ce sens par les "
représentants de l'Etat, ce qui, selon lui, "
n'a rien d'inhabituel". Il n'empêche, ces
déclarations risquent fort d'accentuer la thèse d'un traitement de faveur accordé à Tapie par le pouvoir en place, et par Nicolas Sarkozy, qu'il a soutenu lors de la présidentielle de 2007, en
premier lieu. Partisan de cette idée, François Bayrou avait tiré le premier, dans le
JDD, avant que la gauche ne lui emboîte le pas en réclamant une commission parlementaire. Le
"commissaire Valence", qui s'est défendu d'être "
un proche" du chef de l'Etat, en avait accepté l'idée. "
Avec bonheur", même. Son souhait sera finalement exaucé. Mardi, Didier
Migaud, président PS de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, a fait savoir qu'il serait auditionné au mois de septembre.
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