Mardi 5 août 2008
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Cérémonie commémorative du génocide de 1994 en avril 2006 (Reuters)
Le Rwanda a accusé mardi 5 août la France d'avoir "participé à la mise en exécution" du génocide de 1994, réclamant que 13 hauts responsables politiques et 20 militaires français soient
poursuivis, dans un communiqué du ministère de la Justice résumant les conclusions d'une commission d'enquête.
Le ministre de la Justice rwandais, Tharcisse Karugarama, a présenté à la presse les conclusions du rapport de 500 pages de la commission d'enquête rwandaise sur le rôle de la France dans le
génocide, qui avait entamé ses travaux en avril 2006.
Juppé, Balladur, Védrine...
"Le soutien français était de nature politique, militaire, diplomatique et logistique", peut-on lire dans le rapport.
La commission d'enquête rwandaise cite notamment l'ancien président François Mitterrand et l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin.
Selon ce rapport rédigé en français, Paris était "au courant des préparatifs" du génocide, a "participé aux principales initiatives" de sa mise en place et à "participer à sa mise en
exécution".
En annexe du rapport figure une liste de 33 responsables militaires et politiques français, parmi lesquels Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, Edouard Balladur, Premier ministre de
l'époque, ou encore Hubert Védrine, qui occupait la fonction de conseiller à la présidence de la République.
"Assassinats de Tutsis et de Hutus"
"Des militaires français ont commis eux-mêmes directement des assassinats de Tutsis et de Hutus accusés de cacher des Tutsis (...) Des militaires français ont commis de nombreux viols sur des
rescapées tutsies", accuse également le communiqué du ministère de la Justice diffusé à la presse.
"Vu la gravité des faits allégués, le gouvernement rwandais a enjoint les instances habilitées à entreprendre les actions requises afin d'amener les responsables politiques et militaires français
incriminés à répondre de leurs actes devant la justice", poursuit le communiqué.
Le génocide rwandais a fait, selon les Nations unies, environ 800.000 morts, parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés.
Aucun commentaire du Quai d'Orsay
Le Quai d'Orsay a indiqué mardi en fin d'après-midi que Paris attendait d'avoir le texte des conclusions de la commission d'enquête rwandaise pour y réagir.
"Nous n'avons pas encore pris connaissance de ce rapport qui ne nous a pas été communiqué par le gouvernement rwandais, et nous ne sommes donc pas en mesure d'y réagir", a déclaré un porte-parole
du Quai d'Orsay.
La France a reconnu des "erreurs" dans sa politique rwandaise, mais a toujours récusé les accusations lui faisant porter une responsabilité dans les massacres.
L'assassinat d'Habyarimana
En novembre 2006, le Rwanda avait rompu ses relations diplomatiques avec Paris à la suite de la décision du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière de demander la comparution du président Paul
Kagame dans l'enquête sur l'assassinat de son prédécesseur, le Hutu Juvénal Habyarimana, juste avant le déclenchement du génocide début avril.
La destruction le 6 avril 1994 par un missile du "Falcon" transportant le président Habyarimana est considérée comme l'élément déclencheur du génocide.
Les relations entre Paris et Kigali avaient cependant connu une amélioration ces derniers mois.
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