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Mercredi 6 août 2008


 

Te recuerdo, Amanda,
la calle mojada,
corriendo a la fábrica,
donde trabajaba Manuel.
La sonrisa ancha,
la lluvia en el pelo,
no importaba nada,
ibas a encontrarte con él,
con él, con él, con él, con él.
Son cinco minutos,
la vida es eterna
en cinco minutos.
Suena la sirena,
de vuelta al trabajo
y tú caminando
lo iluminas todo,
los cinco minutos
te hacen florecer.

Te recuerdo, Amanda,
la calle mojada,
corriendo a la fábrica
donde trabajaba Manuel.
La sonrisa ancha,
la lluvia en el pelo,
no importaba nada,
ibas a encontrarte con él,
con él, con él, con él, con él,
que partió a la sierra,
que nunca hizo daño,
que partió a la sierra
y en cinco minutos
quedo destrozado.
Suena la sirena
de vuelta al trabajo,
muchos no volvieron,
tampoco Manuel.

Te recuerdo, Amanda,
la calle mojada,
corriendo a la fábrica,
donde trabajaba Manuel.

*

Je me souviens de toi Amanda,
la rue mouillée,
et toi courant à la fabrique
où travaillait Manuel.
Ton large sourire,
la pluie dans tes cheveux,
rien ne comptait:
tu avais rendez-vous avec lui
avec lui, avec lui, avec lui, avec lui.
Cinq minutes,
la vie est éternelle
en cinq minutes.
Sonne la sirène,
du retour au travail,
et toi, en marchant,
tu l'illumines tout entier,
ces cinq minutes
te font fleurir.

Je me souviens de toi, Amanda,
la rue mouillée,
et toi courant à la fabrique
où travaillait Manuel.
Ton large sourire,
la pluie dans tes cheveux,
rien ne comptait:
tu avais rendez-vous avec lui,
avec lui, avec lui, avec lui, avec lui,
qui partit dans les montagnes (1)
qui jamais ne fit de mal,
qui partit dans les montagnes,
et en cinq minutes
fut mis en pièces.
Sonne la sirène
de retour au travail,
beaucoup ne sont pas revenus,
Manuel non plus.

Je me souviens de toi, Amanda,
la rue mouillée,
et toi courant à la fabrique
où travaillait Manuel.

 

Victor Jara

(1) "La sierra", en espagnol, c'est la montagne. L'interprétation est ici ouverte: Manuel peut être parti dans les montagnes rejoindre une guérilla, ou parti vers la mine. L'ambiguité est maintenue par le verbe "destrozado", qui signifie mis en pièces, abîmé ou massacré.

Par valenton rouge - Publié dans : le coin du poête - Communauté : Parti Communiste Français
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