



Hiroshima: un crime contre l'humanité et le début de la guerre froide
6 août 1945, à 1h 37, trois B-29 décollaient de Tinian pour une reconnaissance météo au-dessus d'Hiroshima, Nagasaki et Kokura. Les équipages de ces appareils avaient également pour mission d'observer les effets de la bombe. À 2h45, c'était au tour du colonel Tibbets de lâcher les freins de sa "Superfortress", l'Enola Gay. Son appareil modifié (qui ne comportait pas de tourelle de mitrailleuse, hormis à la queue) emportait "Little Boy". Au passage au-dessus d'Iwo Jima conquise après de rudes combats en février, le capitaine Parsons se glissa dans la soute pour amorcer la bombe. L'Enola Gay se mit alors à grimper pour atteindre son altitude de bombardement.
Le 6 août 1945 commençait pour les 250 000 habitants d'Hiroshima une journée banale. Le temps était très clair sur cette ville réputée pour ses saules d'une beauté exceptionnelle. La ville
avait été épargnée par les raids américains et c'était à peine si une douzaine de bombes étaient tombées sur la ville en trois ans. Les habitants s'étaient accoutumés à voir leur cité survolée
par les B-29 qui allaient bombarder d'autres villes du Japon. À 7h09, les sirènes retentirent: un avion isolé avait été repéré. Il s'agissait du B-29 "Straight Flush" qui venait faire des
observations météorologiques. Au même moment, deux autres appareils survolaient Kokura et Nagasaki pour une mission de reconnaissance identique. Compte tenu des observations, l'Enola Gay se
dirigea vers Hiroshima. À 7h30, les habitants d'Hiroshima pouvaient entendre le signal de fin d'alerte. Peu après 8 heures, des servants de DCA repérèrent l'arrivée d'appareils américains, mais
l'alerte ne fut pas réitérée, car les japonais pensèrent que ces appareils n'effectuaient qu'une mission de reconnaissance.
Pendant ce temps, dans l'Enola Gay, le colonel Tibbets cédait sa place au commandant Ferebee, le bombardier de l'équipage. À 8h 14, "Little Boy" était larguée et l'Enola Gay fit un rapide virage sur l'aile pour éviter le souffle de l'explosion. Cinquante-trois secondes plus tard, la bombe atomique explosait à 580 m au-dessus d'Hiroshima.
Dans les appareils qui survolaient Hiroshima et s'en éloignaient, les mitrailleurs de queue furent éberlués par le spectacle qui s'offrit à leurs yeux. Tibbets fit demi-tour. Il vit monter au-dessus d'Hiroshima un énorme nuage qu'il décrira comme un énorme baril de goudron en ébullition qui s'élevait en altitude.
Au sol, 78000 personnes avaient été tuées sur le coup. Il y eut 51000 blessés qui, pour un bon nombre, ne survivront pas. Une seule bombe avait rayé une ville de la carte.
Le 8 août, l'URSS entrait à son tour en guerre contre le Japon, conformément aux accords de Yalta. Les soviétiques pénétraient en Mandchourie, attaquant l'état fantoche du Mandchoukouo, en fait entièrement gouverné par les japonais.
Le lendemain 9 août 1945, "Fat Man" allait répandre à son tour le feu nucléaire sur Nagasaki. Le B-29 "Bockscar" se dirigea vers Kokura qui, une fois de plus, était sous les nuages. Conformément à la consigne "no see, no bomb" ("pas de visibilité, pas de bombe"), Bockscar se dirigea alors vers Nagasaki où la couverture nuageuse se déchira, le temps pour la "Superfortress" de larguer "Fat Man". Le scénario d'Hiroshima se reproduisait, en à peine moins meurtrier. En effet, la topographie de Nagasaki en faisait un site plus ouvert alors que les collines ceignant Hiroshima avaient amplifié les effets dévastateurs de l'explosion.
Une seconde importante ville du Japon venait d'être rasée en quelques secondes par le feu nucléaire.
Dès le 6 août au soir, l'équipage qui avait semé la mort sur Hiroshima fut fêté au champagne. "Le Monde" du 8 août 1945 ne fit pas exception à la
règle et s'enthousiasma de cet "exploit" avec ce titre de Une : « Une révolution scientifique. Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le Japon ».Ce fut partout des félicitations,
une explosion de joie, la célébration de l'exploit des Etats-Unis et même puisque la guerre froide était déclenchée, le soulagement de voir l'armée rouge freinée dans sa progression. Le mac
carthysme débutait l'année suivante et bientôt ce serait l'hystérie, l'assassinat des Rosenberg à l'annonce de la bombe soviétique, et la guerre de Corée. Par parenthèse c'est dans cette époque
là que orwell donna la liste de communistes, de juifs, d'homosexuels aux renseignements britanniques trés liés aux services étasuniens.
J'étais une toute petite fille alors mais je me souviens de deux choses, tous les jours mon père allait attendre le retour des rescapés des camps de concentration, il espérait y retrouver son
frère et d'autres membres de sa famille, 17 personnes, il n'y en eu qu'une Marthe et elle nous raconta que quand on avait fait l'appel pour la chambre à gaz et appelé "Marthe bleitrach", sa mère
s'était précipitée à sa place. Elle la vit partir et plus jamais revenir. Je tremblais d'effroi devant ses squelettes vivants que mon père ramenait à la maison. Il y avait sur le balcon un petit
réduit où l'on rangeait le charbon, j'imaginais y enfermer Hitler pour le punir. j'étais un bébé et mes souvenirs sont comme ces rêves ou plut^pt ces cauchemars auquel au réveil on tente de
donner une cohérence. Le 27 mai l'aviation nord-américaine avait bombardé Marseille, j'avais eu si peur que je venais dans les repas familiaux une serviette sur la tête en criant "larlerte,
larlerte..;" tout le monde riait et moi je tremblais. Aujourd'hui quand je sais que l'on bombarde une ville, Bagdad ou une autre, je tremble de peur...
Heureusement il y avait eu l'armée rouge parce que si on avait attendu après les Etats-Unis nous serions tous morts. Heureusement nous avions été& sauvés et l'Union Soviétique avait eu des dizaines de millions de morts, l'armée rouge se retournait contre la Mandchourie.
Alors il y eut ces mille soleils sur Hiroshima...
Le monde renaissait, il y avait des bals, mes parents étaient des jeunes gens, ils adoraient danser... Et je me souviens de la folie humaine avec laquelle fut accueillie la bombe. Il y avait une danse qui remplissait de joie tout le monde, on se balançait d'un côté puis de l'autre et on criait et youpe là et le cavalier jetait en l'air sa cavalière, c'était la bombe atomique... l'orchestre suspendait un moment la musique, tout le monde alors commençait le balncement, les voix bourdonnaient comme un avion qui bombrissait, tous les danseurs s'écriaient : « c'est la bombe A - tomique » en même temps que les cavaliers faisaient sauter leur cavalière le plus haut possible, les cavalières étaient légères elles sortaient de la guerre, un rire joyeux saluait Hiroshima et Nagasaki et les photographies de morts-vivants japonais répondant à ces autres morts vivants revenant des camps nazis.
Cela fait partie des nombreuses choses qui m'ont rendue différente, je n'ai pas supporté cela. Je n'étais qu'un bébé mais ce champignon monstrueux et cette danse sur fond des morts vivants de ceux qui revenaient des camps de concentration m'ont été insupportables.
Plus tard beaucoup plus tard j'ai vu dix huit fois un film qui s'appelait Hiroshima mon amour.
Et je suis toujours secouée de frissons quand je découvre que j'appartiens à une espéce capable de telles choses, je crois que cela a fait de moi cette enfant qui se réfugiait dans les livres, puis la militante, et aujourd'hui celle qui n'aime plus que la solitude parce qu'elle n'a plus confiance, la monstruosité est toujours là, voyez votre frivolité, des sommes fabuleuses sont dépensées dans des oeuvres de mort, on équipe les rafales de monsieur Dassault de têtes nucléaires, et de quoi vous me parlez des stupidités de Val et Sine, des papotages sur du n'importe quoi... Vous réhabilitez orwell, les mac carthystes et vous continuez à danser sur l'air de la bombe atomique...;
parfois je me sens comme un animal que l'on va s'amuser à torturer parce que l'humanité n'est que rapine et crime.Et qu'elle danse sans remord " youp là là c'est la bombe atomique..."
Danielle Bleitrach
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