



left.ru traduit du russe par Marianne Dunlop
L'optimisme n'est plus
de mise. La crise économique actuelle est de plus en plus souvent comparée à la Grande
dépression. Et avec raison. Elle pourrait même dépasser en force les événements de 1929-1933 qui ont secoué si rudement le monde capitaliste.
Après le krach boursier mondial, on assiste déjà à une puissante vague de banqueroutes, de fermeture d'entreprises et de licenciements. Et maintenant cette lame de fond ne va faire que
s'amplifier.
Quelle est la cause de la crise et comment la surmonter ? Les journaux bourgeois, les chaînes de télévision, les périodiques (même les plus intelligents) ne vous donneront pas la réponse. Au
mieux on vous expliquera que c'est la faute des USA qui depuis des années ont mené une politique économique insensée. Comme si la politique économique sous le capitalisme pouvait être autre chose
qu'insensée, comme si elle était capable de se passer de spéculation, de machinations, d'aventures risquées, d'anarchie, de recherche du profit à tout prix. Toutes ces choses ne sont pas des
effets secondaires mais la nature véritable du mode capitaliste de production. C'est pourquoi fondamentalement la crise actuelle était inévitable.
En réalité, les USA ont même considérablement retardé l'avènement du krach économique global. Depuis de nombreuses années, la croissance économique mondiale se poursuivait principalement grâce à
l'augmentation de la dette américaine, tant publique que privée. Oui, l'Amérique vit à crédit, mais c'est cela qui faisait tourner les usines de l'Asie du sud-est, qui maintenait les prix des
matières premières, qui gonflait l'économie russe. Il est clair qu'une croissance à crédit ne peut être éternelle. Nous assistons aujourd'hui à sa fin. Mais si les Américains n'avaient pas eu
cette politique, la crise serait survenue depuis longtemps.
La cause véritable de la crise réside dans l'anarchie du système de production capitaliste, dans les rapports sociaux capitalistes, qui ne sont pas contrôlés par les gens et agissent envers eux
comme une force extérieure indépendante. Les mécanismes qui conduisent aux crises sont bien connus depuis l'époque de Marx. D'un côté les capitalistes s'efforcent d'étendre au maximum les
marchés, de produire et vendre le plus possible de marchandises (de valeurs), et de l'autre, ils sapent eux-mêmes les possibilités d'extension du marché en limitant au maximum le salaire des
masses laborieuses. Mais ce sont justement les masses laborieuses qui se trouvent être au bout du compte les principaux consommateurs sur lesquels se tient le marché. Le résultat est que la
capacité du marché est inférieure à la production. D'où ce que l'on appelle la surproduction capitaliste, quand la marchandise ne trouve plus d'acquéreur. Les marchés sont envahis de
marchandises, les prix chutent, entraînant toute la pyramide de la spéculation financière. Autrement dit, l'origine de la crise n'est pas à la Bourse, mais dans la production réelle et la
consommation réelle. Quand tout se passe bien avec la production, quand elle se développe bien et rapporte des bénéfices, les prix des actions montent rapidement. Cette hausse est amplifiée de
manière considérable par la spéculation. On voit fleurir partout les offres de crédit. Mais quand la production se ralentit, suite à l'accumulation de marchandises invendues, on découvre «
soudain » que les actions non seulement ne peuvent plus prendre de valeur, mais qu'elles ont été incroyablement surévaluées en leur temps. La bourse commence à chuter rapidement, ce qui est perçu
par la société comme le début et la raison de la crise. On met tout sur le dos des spéculateurs coupables de la « surchauffe des marchés ». Alors qu'il ne s'agit pas d'eux. Ce que l'on appelle
aujourd'hui la crise financière est en fait une crise systémique générale des relations sociales capitalistes.
La crise actuelle, comme on sait, a démarré aux Etats-Unis avec les subprimes. Et c'est aussi évidemment une crise de surproduction. Dans sa course au profit, le marché de l'hypothèque s'est
élargi à un point tel que les masses populaires, le principal consommateur en définitive, se sont trouvées dans l'incapacité de payer. Mais leurs dettes avaient déjà été plusieurs fois prises en
compte par les compagnies hypothécaires, transformées en titres et revendues. C'est pourquoi, quand des millions de gens se sont trouvés d'un seul coup incapables de régler leurs échéances,
toute la chaîne a été ébranlée, jusqu'aux plus grosses banques. Ainsi, le déclencheur de la crise a été la surproduction dans le domaine du logement. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la
surproduction capitaliste ne signifie absolument pas que chacun possède un toit au-dessus de sa tête, mais uniquement que le développement de la production s'est heurté à l'absence de demande
solvable, au fait que les gens ne peuvent acheter une telle quantité, en l'occurrence, de maisons.
Pour paraphraser Marx, la crise est la révolte des forces productives contre les rapports de production qui bloquent leur développement. La crise montre que le niveau atteint par les forces
productives exige que l'on abandonne la « régulation » par le marché, et pour cela il faut instaurer en premier lieu la propriété collective (d'état, puis populaire) des moyens de production. Il
est amusant de constater que dans une période de crise aiguë, même les gouvernements bourgeois sont obligés de recourir à l'intervention de l'état, aux nationalisations comme seule bouée de
sauvetage.
Dans les années 1929-1933, l'économie soviétique planifiée n'a même pas remarqué la Grande dépression, alors que la production industrielle des USA a chuté de plus de 50 % et le taux de chômage
atteignait 25 %. De même dans les autres pays capitalistes avancés.
Dans une économie planifiée, les inévitables crises cycliques de surproduction du capitalisme sont tout simplement impossibles, puisque producteurs et consommateurs sont liés directement sans
intervention du marché. La totalité des biens produits dans le socialisme appartient d'emblée à la société, qui peut les absorber complètement. A la place de la main invisible et aveugle du
marché règne la volonté rationnelle de la société, exprimée à travers ses organes de planification. Le passage à une économie socialiste n'est pas aujourd'hui un beau rêve, mais une exigence
pressante de notre époque, c'est ce que la crise actuelle nous rappelle une fois de plus. Le socialisme est une nécessité objective, et cette nécessité se fraiera nécessairement un chemin dans la
conscience des gens.
Malgré les calamités sociales, la crise n'est pourtant pas la pire époque. En effet, ce qui se produit est à la fois inévitable et indispensable. Le monde bourgeois s'effondre sous le poids des
contradictions qu'il a lui-même produites, et qui ne pourront être résolues qu'en empruntant la voie socialiste. C'est ce qui fait dire à Marx dans une lettre à Engels du 13 novembre 1857 au beau
milieu de la crise en Angleterre, quand les banques s'écroulent, les fabriques ferment et des milliers d'ouvriers sont jetés à la rue : « Bien que j'éprouve moi aussi personnellement des
difficultés financières, je ne me suis jamais senti aussi bien depuis 1849 au milieu de cette débâcle ». Engels lui répond que dans ce « krach général » il se sent « particulièrement ragaillardi
». Selon lui, la crise doit « attiser les populations. Alors le prolétariat frappera mieux, avec plus d'efficacité et de manière mieux coordonnée ». C'est le bon moment pour que les prévisions
d'Engels se réalisent. La crise actuelle du capitalisme peut et doit être la dernière.
Left.ru , un site qui a également une version anglaise, mais beaucoup moins riche.
Sur scepsis (un site russe avec qq pages en anglais : http://scepsis.ru/eng/ ), traduit par Marianne Dunlop pour changement de société
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