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Samedi 28 février 2009 6 28 /02 /Fév /2009 20:32
Le Marché de Rungis, capitale mondiale du frais   Ile-de-France. Le plus grand marché de produits frais du monde, avec un chiffre d'affaires de 7,6 milliards d'euros, fête en mars ses 40 ans.

Trois heures du matin. Au pavillon de la marée, l'activité bat son plein. Là, dans un espace de plus de 200 mètres de long, les clients se pressent depuis deux heures du matin pour acheter produits de la mer et d'eau douce. 24 heures chrono entre le débarquement de la pêche au port, l'arrivée à Rungis et la mise en place sur l'étal du poissonnier ou dans la cuisine du chef d'un restaurant ! Un peu plus tard, le pavillon des produits carnés, de la volaille, s'éveille à son tour. Des bœufs, dépourvus de leur peau, suspendus, attendent d'être coupés. Plus loin, on s'active déjà aux fruits et légumes. Il faut prendre la voiture, ou pédaler ferme avec son vélo, pour rejoindre, à l'autre bout, le pavillon horticole. Là, c'est vers 6 heures que les fleurs commencent à quitter les rayons. Le Marché international de Rungis grouille. Des milliers de personnes s'agitent pour échanger en quelques heures des tonnes de denrées. Les vendeurs chargent les cageots. Les camions arrivent de partout. Il y a là le petit restaurateur avec sa camionnette, qui vient s'approvisionner pour la semaine, ou le camionneur venu d'Espagne, avec son immense engin. Il faut faire vite. A 7 heures, Rungis s'endort. Les rayons sont vides. Les bureaux s'allument à leur tour. Les administratifs arrivent.

Le Marché de Rungis... Le Min comme disent les anciens (Marché d'intérêt national), fêtera le 3 mars ses quarante ans. En 1969 il remplaça les Halles de Paris, devenues trop exigües. Le transfert des Halles centrales de Paris à Rungis, appelé le déménagement du siècle, est impressionnant. Environ 20 000 personnes, 1 000 entreprises en gros, 10 000 m3 de matériel, 5 000 tonnes de marchandises, 10 000 colis de fleurs, 1 500 camions prennent la route ! « Le déménagement s'est fait en un week-end et on, disait à l'époque qu'il était l'équivalent du débarquement de Normandie », se souvient Antoine d'Agostino, grossiste en vins. « Il était indispensable de construire Rungis, car aux Halles de Paris, on ne pouvait même plus circuler à pied et tout se faisait manuellement. Aujourd'hui, il y a des quais, des transpalettes, des plates-formes logistiques, l'informatique... ». Avec ses 232 hectares, le Marché de Rungis - le plus grand marché de produits frais au monde - est plus grand que Monaco ! Il est approvisionné en fruits et légumes, poissons, viandes et fleurs par des camions, des trains et des avions en provenance de toute l'Europe et du Maroc. « Aujourd'hui, aucun marché au monde ne peut proposer autant de produits de qualité que Rungis, un marché référent, spécialisé et de plus en plus pointu », estime Gérard François, producteur de plantes, présent au secteur horticulture.

Le Min, maillon essentiel de la qualité et de la tradition culinaire française, tombe pourtant aujourd'hui sous la coupe d'intérêts financiers. En 2007, l'Etat décidait d'offrir une « minorité de blocage » à une société privée dans le capital de la Semmaris, entreprise gestionnaire du Min. (Lire interview ci-contre). Les professionnels du marché et les collectivités publiques actionnaires de la Semmaris ont immédiatement fait part de leur mécontentement et de leurs craintes. Si l'on affaiblit les prérogatives du Min en ne garantissant plus la traçabilité des produits, comment sera contrôlée, analysée, l'alimentation livrée aux collectivités responsables de la restauration scolaire, aux hôpitaux, aux restaurateurs et aux commerçants de la région parisienne ?

Rungis en chiffres

Chiffre d'affaires : 7,6 milliards d'euros. Une ville dans la ville de 232 hectares à moins de 7 kilomètres de Paris 1,5 millions de consommateurs desservis dont 11 millions en Ile-de-France. Plus de 1 200 entreprises implantées (grossistes, producteurs, courtiers, logisticiens, centrales d'achat, sociétés de service). Un bassin d'emploi majeur avec 12 000 salariés employés. Une activité diversifiée :
-  50% des clients sont issus du commerce de détail sur marché et en magasin, 35% de la restauration hors domicile et 15% des grandes et moyennes surfaces
-  60% des ventes sont effectuées en vente physique sur le marché et 40% en livraison
-  65% des ventes sont destinées à l'Ile-de-France, 25% à la province et 10% à l'export. 26 000 entrées par jour en moyenne aux portes du marché. Orly, Rungis, 2e pôle économique d'Ile-de-France après la Défense. Rungis : 81% de notoriété spontanée auprès des Français, 83% d'image positive (étude Sofres).

L'histoire du marché parisien

Au Ve siècle, il existe déjà un marché parisien. Le marché « Palu » installé sur l'île de la Cité. Il sera transféré sur la rive droite de la Seine, place de l'Hôtel de ville, mieux protégée contre les inondations de la Seine. Au milieu du XIIIe siècle, Louis IX fait construire trois nouveaux bâtiments dont un pour la vente à la criée du poisson. Les Halles deviennent le plus important marché de la capitale. Elles s'ouvrent aux marchands de province (Picardie, Champagne et Flandres notamment). C'est maintenant un marché alimentaire qui assure une fonction de gros pour alimenter Paris. En 1811, Napoléon 1er, soucieux « d'hygiène urbaine », mais également de l'approvisionnement de la capitale, émet le vœu de restructurer cet espace afin d'un faire un lieu central de Paris. En 1900, 17 000 tonnes de fruits et légumes passent aux Halles, et 678 000 tonnes en 1949. Les difficultés de circulation et d'approche, les mauvaises conditions d'hygiène et de travail, le développement de la vente en dehors des pavillons et la multiplication des intermédiaires, ont complexifié et finalement participé à la forte augmentation des coûts de distribution. Dès 1950, les circuits commerciaux se raccourcissent, l'importation se développe, empruntant souvent d'autres circuits et d'autres lieux. Les Halles n'assurent plus convenablement leur rôle de juste confrontation de l'offre et de la demande. Un comité interministériel décide donc de bâtir un réseau de marchés dit d'intérêt national visant à fluidifier les transactions et assurer la transparence des opérations commerciales. En janvier 1959, le premier ministre Michel Debré confirme le transfert des Halles. Ce sera à Rungis. Il aura fallu des années de travaux lourds pour notamment adapter le réseau routier aux futurs besoins des professionnels usagers de Rungis. Dix ans plus tard, le 3 mars 1969, le Marché de Rungis était inauguré.


par Nadège Dubessay

Par valenton rouge - Publié dans : France
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