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Mardi 13 octobre 2009

 

Par Francis Carole et Clément Tity-Charpentier

07.10.2009 l 07h55

 

Fort de France. Vendredi 9 octobre 09. CaraibCreoleNews. En Martinique, la bataille pour l’application de l’article 74 et le changement statutaire fait déjà rage. Le Parti pour la Libération de la Martinique ( PALIMA ) est l’une des composantes, d’un « front » où se retrouvent des organisations patriotiques telles que le CNCP-APAL, le MIM, le Modémas ... Clément Charpentier –Tity et Francis Carole, tous deux militants du PALIMA ont publié cette « lettre » où ils épinglent sans complaisance, l’attitude des « socialistes » martiniquais.

     Les informations rapportent qu’un terrible tsunami aurait ravagé les côtes de la Martinique, ce dimanche 20 septembre 2009. En effet, 91 % des membres de la Fédération Socialiste ont, ce jour là, voté leur soutien indéfectible à « l’immuable » article 73 de la constitution française. Un score «à la soviétique », aurait certainement ironisé une certaine presse en d’autres temps… Sauf que ces 91 % d’attachement touchant à l’immobilisme représentent plus prosaïquement, en tout et pour tout, 72 personnes (soixante douze). Pas de quoi donc ébranler les assises du monde…

Quant à l’inconstance et à l’inconsistance politiques des élus « socialistes », elles semblent –à la suite du revirement de Jean Crusol en décembre 2003- s’inscrire dans le parcours naturel de ce parti et, tout compte fait, cette répétition de l’histoire relève davantage de la comédie que de la tragédie.
Mais, au-delà de ces péripéties secondaires, si catastrophe il y a eu, il faut la chercher dans la déclaration de Louis-Joseph Manscour : « Si le vote au Congrès avait été à bulletin secret, le résultat en aurait été différent ».

Sans doute, dans un autre contexte, n’aurions-nous pas pris la peine de mettre en relief l’inanité –à l’évidence sonore- des propos du député du Nord-Atlantique. Mais ces petites phrases que certains égrainent à dessein, avec un gloussement pathétique d’autosatisfaction lâche, créent une énorme confusion là où c’est la bataille des idées qui aurait dû prévaloir. On ne saurait en conséquence, par coquetterie intellectuelle ou par obsession de donner de soi une image lisse et consensuelle, laisser « glisser ».

L’objectif de Manscour consiste incontestablement à jeter la suspicion et à répandre des rumeurs d’irrégularité sur le processus qui a conduit les élus à proposer à la population un nouveau cadre statutaire. Certes, il est absolument incapable de fournir un début de démonstration de ses affirmations péremptoires d’autant que, pour lui, il ne s’agit pas de démontrer mais de salir.

D’abord -à moins qu’il ne jouisse de dons de clairvoyance que personne ne lui connaît à ce jour- que sait notre prévisionniste d’une incertaine météo des résultats qui seraient sortis d’un vote à bulletin secret ?

Ce que l’on peut par contre facilement imaginer c’est que les détracteurs de tous poils se seraient alors précipités (et peut-être avec raison cette fois-ci) pour stigmatiser des « élus martiniquais irresponsables », amants de l’opacité, qui n’ont pas le courage de leur décision et à qui on aurait promis on ne sait quelle jarre d’or que le diable et ses comparses caresseraient dans les profondeurs des jardins du Conseil Général et du Conseil Régional. D’ailleurs, rapportant les récriminations de Louis-Joseph Manscour France-Antilles du lundi 21 septembre avait écrit, avant de changer sa formulation le mardi 22 : « Si le vote au Congrès avait été à main levée, le résultat en aurait été différent ». Clairvoyant journaliste !

Mais allons au fond de la question puisque Louis-Joseph Manscour se cantonne paresseusement à affirmer sans démontrer et, ce faisant, nous prive de ses lumières : En quoi le vote à main levée serait-il plus illégitime que le vote à bulletin secret ?

Le discrédit que tente pernicieusement de jeter Louis-Joseph Manscour sur le vote à main levée est symptomatique d’une vision archaïque de la démocratie fondée sur le secret des prises de décisions des élus, surtout sur des questions importantes aux yeux de la population.

Or, aujourd’hui, à travers le monde, les votes sont généralement publics et s’opèrent le plus souvent à main levée. Ainsi, à l’Assemblée Nationale française –où siège pourtant le député du Nord-, à l’exception des votes portant sur des nominations personnelles, les votes sont publics et peuvent avoir lieu à main levée, par scrutin public ordinaire, par scrutin public à la tribune ou encore dans les salles voisines de la salle de séance. Le vote à main levée y est la procédure normale de vote. A titre d’exemple, c’est ainsi qu’a été adopté, en juillet 2008, le projet de loi constitutionnel réformant les institutions.

Ce sont les mêmes procédures qui se voient mises en œuvre dans les parlements nationaux d’Europe. Quant au Parlement Européen, l’article 159 de son règlement intérieur dispose que le parlement vote normalement à main levée. En outre, dans les procès-verbaux des délibérations de cette instance, une annexe précise comment a voté chacun des parlementaires. On pourrait encore citer quantité d’autres exemples de l’adoption de ce mode de prise de décision par les instances politiques asiatiques, africaines, américaines ou encore internationales.

Les procédures publiques de vote, le vote à main levée, la publicité des votes correspondent donc à une exigence démocratique forte des citoyens à travers le monde. Ces pratiques posent les principes de la responsabilité des élus, de la transparence politique et du droit des citoyens à être informés des activités, des actions et des positions des personnes à qui, par leurs suffrages, ils ont confié un mandat électif. C’est une question fondamentale d’éthique et de respect des citoyens. C’est aussi le résultat des conquêtes démocratiques des peuples.

Et Louis-Joseph Manscour, lui, propose aux élus martiniquais de « voté séré… », à bulletin secret ! Comme si les élus devaient dissimuler leurs choix au peuple… Comme si le citoyen martiniquais n’avait droit qu’à une démocratie du secret, de bal masqué, avec son lot de manœuvres, de « wèlto », de « ou wè-y ou pa wè-y », du « je te donne ça, tu me donnes ça et c’est bon comme ça… ».

Les martiniquais ne veulent plus de ces dérives d’un autre âge. Le Congrès des élus martiniquais a donc eu raison de voter à main levée une proposition d’évolution institutionnelle (qui sera soumise à l’appréciation des électeurs) de manière publique et visible pour toutes les martiniquaises et tous les martiniquais.. Et tant pis si Louis-Joseph Manscour est privé du confort des masques ! Le peuple sait au moins qui pense quoi. C’est déjà une victoire de la transparence, de la responsabilité, du courage et de la démocratie… dans l’attente d’autres victoires.


DECLARATION DE FRANCIS CAROLE A PROPOS DE LA PROCHAINE CONSULTATION SUR LE STATUT

Le Président de la République française a donc fixé au 17 et au 24 janvier 2010 les dates de consultation des martiniquais sur l’avenir institutionnel de notre pays.

C’est d’abord, et il faut s’en réjouir, la fin des rumeurs situant cette échéance à la mi-décembre.

C’est aussi l’aboutissement, après la consultation de décembre 2003, d’un long parcours marqué par l’élaboration de l’Agenda 21 et du SMDE, le choix d’axes de développement communs au Conseil Général et au Conseil Régional, la définition des pouvoirs nécessaires à la mise en œuvre d’un projet martiniquais pour notre siècle.

Certes, les embûches n’ont pas manqué : Tentatives de torpillage, campagnes de peur, violentes crises d’acné de certains ego, inconstance de politiciens qui n’en sont pas à leur premier revirement.

Mais il s’agit là des aléas inévitables de tout processus de changement en profondeur ; l’histoire, toujours généreuse, aura vite fait de les oublier…

La Martinique dispose désormais d’un peu plus de trois mois pour mener à bien un débat capital pour notre avenir commun. Il s’agit en effet de l’accès à la responsabilité collective martiniquaise qui se veut la condition incontournable d’un développement global conforme à nos intérêts de peuple, car personne ne saurait honnêtement nier que le système actuel, régi par l’article 73 de la constitution, est arrivé à son point d’impasse. Ne pas oser les changements devenus urgents aujourd’hui, c’est prendre le risque de conduire la Martinique à une situation de blocage dont personne ne peut évaluer les conséquences.

Le passage à l’article 74 –si, comme nous l’espérons, il recueille la majorité des suffrages des électrices et des électeurs- nous permettra de commencer à agir positivement sur le quotidien des martiniquais, dans les domaines de l’emploi, des transports, du logement, de la formation des prix ou encore dans la maîtrise de notre foncier et des ressources de notre sol et de notre sous-sol.

Contre la peur entretenue par des politiciens soucieux de leurs seuls intérêts médiocres, contre la hargne des puissances d’argent qui se sont toujours opposées aux forces du progrès, le PALIMA appelle la jeunesse, les femmes, les travailleurs et l’ensemble du peuple martiniquais à se mobiliser pou ba Matinik en lot balan.

 


Martinique, le 9 octobre 2009


Francis CAROLE



 

Par valenton rouge - Publié dans : Monde
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