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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 10:56

volodia-c0e2d.gifA l’occasion du 25ème anniversaire du coup d’État au Chili il y a 5 ans, la revue Punto Final avait rencontré l’écrivain chilien Volodia Teiltelboim Volosky, ancien sénateur de la République et dirigeant du Parti communiste.


L’équipe de Punto Final a discuté avec Volodia Teiltelboim d’un homme de soixante dix ans (ni athlète ni grand ni particulièrement adepte des aventures belliqueuses d’aucune sorte) qui a fait sa vie et a accompli avec usure sa mission d’être humain sur cette terre. Cet homme parle avec une particulière facilité de parole, de conviction ; sa voix est une voix sûre qui a su être au profit, depuis sa jeunesse, d’idées et de valeurs qui suivent l’intérêt et le besoin de la majorité de ses compatriotes, des plus humbles. Soudain, bien qu’ annoncé, il s’affronte à un instant de l’histoire où il se voit dans l’alternative : soit l’exemple est cohérent et l’acte dans la vie même est en accord avec ce qui a été dit en parole, soit la non moins possibilité de réclamer un « je vous l’avais bien dit » ou encore « j’ai fait de mon mieux ». Mais le dilemme semble ne pas l’habiter, et d’autres le lamenteront, ceux qui devront passer le reste de leur existence à se comparer, horribles, dans se miroir atemporel, châtieur. Alors, cet homme ni athlète ni belliqueux se met le casque de fer et ouvre le feu.

Mais avec cela il ne tue pas ce qu’il est : celui qui parle, éduque, désigne, négocie, accorde, gouverne.

Aujourd’hui, son image gravée sur des affiches et des étendards, soit avec l’équipe présidentielle portée en bandoulière, soit avec un fusil, soit face aux micro d’une autre époque, soit avec un poncho en campagnes électorales dont on dit que certaines eurent lieu à cheval et dans les chemins terreux, soit en embrassant des enfants qui aujourd’hui sont quelque part par là avec ses propres enfants (ou ils sont morts), offre toujours le regard furibond et concentré sur un point distant toujours au-delà de l’horizon ; le regard inquiétant de ceux qui, marqués par le fatalisme ou l’honneur et la gloire, semblent nous regarder sans nous voir.

Ils ont parlé de Salvador Allende avec Volodia Teiltelboim qui a su comprendre et expliquer les vies d’autres hommes.

Terre existante, terre rasée

« La mission d’Allende n’aura pas été de conduire son peuple vers une terre promise, mais à une terre bien réelle, en lui faisant abandonner les faux prétextes de la rhétorique et des intérêts occultés. » Mots écrits par Alain Touraine dans son journal, précisément le 11 septembre 1973, peu après le bombardement de La Moneda (le palais présidentiel, n.d.tr.).

Ces pensées étaient-elles celles d’Allende pendant qu’il résistait dans le palais gouvernemental ? Se peut-il que sa volonté de ne pas se rendre aux forces putschistes ait répondu à ce constat ?

« Mais, avant tout, quelle est le terre promise, dans ce cas ? Y a-t-il réellement une contradiction ? », se demande Volodia Teiltelboim, comme s’il parlait seul . « Conformément à la pensée d’Allende, cette terre promise n’était autre qu’un pays juste, démocratique, libertaire ; un pays où il n’existerait pas de personnes de deuxième catégorie, où se garantirait pour tous l’accomplissement et le respect des droits de l’Homme ; ces droits qui de nos jours, par impositions de l’histoire, semblent ne signifier que la possibilité de survivre aux horreurs de la dictature, mais qui sont plus absolus, au-delà du simple droit à la vie... C’est aussi le droit à vivre sa vie pleinement, au niveau des possibilités de chacun. »

Des droits qui ont été reconnus dans le programme du gouvernement de l’Union populaire (Unidad Popular) mais qui se sont confrontés à la résistance d’importants secteurs du pays. D’après le témoignage aujourd’hui de certains des anciens collaborateurs d’Allende, « le pays n’était pas préparé pour ces transformations. » « La conception d’une terre promise (ou d’une utopie, comme on le dit aujourd’hui en termes ambigus, parfois péjoratifs, parfois pleins d’espoir) est toujours précédée de construction et de conquête d’une terre réelle. L’utopie est l’idée supérieur, et il me semble que d’essayer de mépriser la terre promise est une astuce de ceux qui ne croient pas que les peuples peuvent se réaliser eux-mêmes. Je crois qu’il faut fondamentalement revendiquer l’utopie pour le XXIème siècle, utopie qui se poursuit dans le socialisme. Une terre promise qui nécessite, qui peut et doit avoir une nouvelle option, une nouvelle opportunité, qui considère dans ce nouvel essai les réussites et les erreurs des tentatives antérieures. »

« Ces idées représentent ce qui me semble avoir été la pensée d’Allende, un homme qui a emprunté de nombreux principes et valeurs au XVIIIème siècle, au Siècle des Lumières. Salvador Allende, dans un sens, était plus influencé par la Révolution française que par la Révolution russe (bien qu’il reconnût que la deuxième considérait un aspect de plus, celui qui obligeait à comprendre la nécessité d’un contrôle de l’économie, du capital), et c’est pour cela qu’il a fait des devises liberté , égalité, fraternité, ses principaux arguments et ses principales obligations politiques. »

Nous ne devons pas oublier les antécédents familiaux d’Allende, qui ont un fort enracinement dans la tradition révolutionnaire et transformatrice. Son arrière grand-père par exemple, avait lutté avec Manuel Rodriguez (un des leaders de l’indépendance chilienne, n.d.tr.)pendant l’Indépendance et il avait combattu dans les troupes de l’Armée de libération. Cela pesa beaucoup sur lui, c’était sa ligne de conduite, sa référence directe, plus que la ligne marxiste proprement dite. Mais c’était un homme qui comprenait que les révolutions du XXe siècle étaient déterminées par les idées du socialisme. »

Pour beaucoup, l’utopie allendiste devenue gouvernement entraîna le pays vers une terre réelle qui fut terre rasée, terre de violence, d’occupation militaire. C’est comme si soudain, par le biais de l’ordre militaire, s’était décrété l’illégalité et l’inexistence de la terre promise à laquelle vous faites référence. Ne croyez-vous pas que l’analyse du pays que ferait le président Allende n’a pas pris en compte certains éléments qui se sont avérés fondamentaux au moment de mettre en place le programme de la coalition ?

« Mais cet erreur n’est pas seulement celle de Allende , c’est toute l’Union populaire, nous-mêmes en tant que Parti Communiste, nous avons tous une responsabilité. Nous n’avons pas su maintenir, malgré nos différences, malgré nos emphases et nos priorités diverses et variées, la fidélité à une seule voix, la fidélité à une idée commune, représentée sans aucun doute à cette époque par la figure, l’exemple et la conduite de Salvador Allende. Un des grands déficits de l’Union populaire, et aussi de Salvador Allende, c’est de ne pas avoir compris depuis le début le caractère réel de l’adversaire. Nous n’avons pas su évaluer clairement le monde dans lequel nous étions, avec ses classes sociales, avec ses institutions... Nous n’avons pas compris que pour eux, pour nos ennemis, s’il avait fallu lancer la bombe atomique sur le peuple pour maintenir leur pouvoir, ils l’auraient fait sans remords. »

Allende a-t-il pu se rendre compte de cela le 11, quand il s’est vu obligé à prendre les armes ?

« Ce qui s’est passé ce matin-là n’est pas totalement clair. Qui peut le savoir ? Néanmoins, on sait que l’attaque de La Moneda était déjà très avancée, Allende continuait à être préoccupé pour le sort d’Augusto Pinochet. La vérité c’est que cette dernière était, considérée 30 ans après, une préoccupation pathétique. »

Éducateur endurci

S’imaginer ce dernier moment, le président seul à présent au deuxième étage, les couloirs enfumés, les murs démolis, c’est s’imaginer la solitude.

Allende avait-il senti alors que sa vision des militaires chiliens était erronée ?

« Il posait souvent la question des relations avec les Forces armées comme une relation qu’il devait entretenir de manière personnelle, sans aucune intervention des partis. Il essayait d’éduquer tout le monde, même les officiers. Il avait pour habitude de raconter ses différentes rencontres avec eux à la garnison de Santiago, quand il leur expliquait la politique de l’Union populaire, les concepts, les plans, les raisons de la nationalisation du cuivre, les fondements qui expliquaient les raisons pour lesquelles le Chili devait se convertir enfin en pays totalement souverain... En définitive, il leur expliquait l’idéal de O’Higgins, celui de la patrie indépendante. Allende comprenait que ces derniers devaient être des arguments irrésistibles pour ceux qui faisaient parade de l’argument du patriotisme comme raison d’être. Il racontait, avec émotion, qu’il avait parlé trois heures devant les officiers, et qu’on entendait pas une mouche voler pendant qu’il expliquait les raisons et les fondements des politiques d’Etat. »

Tragique et funeste naïveté ?

« Naïveté, certainement de la naïveté... mais aussi un manque d’approfondissement dans l’analyse de tous les partis, des dirigeants. Ce n’était pas qu’Allende, aujourd’hui cela serait trop facile de lui imputer la faute. » Volodia passe sa main sur son visage. « On avait clairement conscience, d’un point de vue académique, de l’impérialisme, de la réaction dont il était capable, mais au fond, c’était comme si nous ne le croyions pas certain dans la pratique... Mais c’est qu’il éveillait aussi un degré stupéfiant d’arrogance. Le Chili avait, d’après tous les dirigeants, un prestige démocratique indiscutable, c’était un pays avec peu de coup d’État, tous supposaient que nous ne pouvions pas être comme la Bolivie, comme l’Argentine, comme le Pérou... c’était un pays différent ».

En plus de l’analyse incomplète, n’y a-t-il pas eu une surestimation de la force d’appui national des transformations proposées par l’Union populaire ? Une surdimension de la capacité réelle ?

« Cela fut peut-être, aussi, une de nos principales tares. Certains, très influencés par la Révolution cubaine, ne parvenaient pas à comprendre comment dans ce pays l’armée rebelle s’était affrontée et avait vaincu l’armée du système, l’armée de Batista. Néanmoins, l’armée de Cuba était l’armée de la Révolution, pas simplement « l’institution de défense ». Alors, est-il réellement possible de réaliser des changements sociaux profonds par la voix constitutionnelle ? Cela est-il possible de nos jours ? »

Et bien, Allende soutenait que oui...

« Bien sûr, absolument. C’était beau de croire qu’on pouvait atteindre l’objectif, conquérir une société meilleure, plus juste, sans devoir faire couler le sang du peuple. Et nous, nous avons cru que cela était possible aussi. Nous avons participé à mener à bien un processus qui, même s’il propulsait des changements transcendants, ne pouvait pas être accusé d’anticonstitutionnel ; nous étions arrivés au gouvernement par la voix d’élections démocratiques, par un processus irréprochable du point de vue de la légalité bourgeoise. Le problème d’Allende , notre problème, le problème de tous, c’était que le processus n’obtiendrait pas le pardon des ennemis de la classe des travailleurs. »

Face à cette situation, le président Allende ne s’est-il pas senti tenté de modifier le programme du gouvernement ?

« Allende n’a jamais voulu accepter le moindre soupçon d’une trahison. Il ne pouvait pas changer, au dos du peuple, le programme du gouvernement grâce auquel il était arrivé à la présidence. Salvador Allende était, avant tout, un homme d’une morale inébranlable. »

Même si on pouvait soutenir ou soupçonner que ses valeurs morales étaient en contradiction avec la réalité politique de son époque ?

« Si cela avait été le cas, la faute n’imputerait pas seulement au président. Il y en a eu d’autres qui ont confondu les voies et les moments. On ne pouvait pas conduire l’expérience politique sociale des transformations chiliennes vers des expériences comme la cubaine... Le programme de l’Unité populaire, parce qu’il est très juste, fut le programme le plus grand. Pour suivre ce chemin, on devait compter avec une majorité électorale et parlementaire réelles. »

Vous affirmez alors qu’il était impossible de mener à bien le programme de l’Unité populaire par la voie électorale ?

« Ce chemin ne permettait pas la révolution socialiste, il ne pouvait pas prétendre à l’anéantissement du capitalisme ; il ne permettait que des réformes. Je crois que cette voie ne peut se poser qu’en terme d’alternative réelle et effective si on considère l’union politique de la Gauche et du Centre... Le problème du Chili c’est qu’ici le Centre semble toujours s’unir à la droite, une alliance qui aujourd’hui a attiré et absorbé une Gauche qui, comme dernier wagon, accepte et soutient des concepts politiques, sociaux et économiques qui ne lui appartiennent pas ni lui incombent. »

Ils justifient n’importe quoi...On parle d’alliances stratégiques.

« C’est par ce qu’ils ont succombé à l’enchantement et à la séduction du pouvoir, à la convoitise pour des postes publics. Allende n’avait rien à voir avec cela, lui, c’était tout le contraire, un homme d’un immense courage qui conservait un énorme orgueil pour ses convictions politiques. »

Qui, bien sûr, l’ont conduit à la mort...

« Allende a pensé la mort bien avant sa fin. Dans la mesure où il s’est aperçu que la possibilité d’une solution politique à la crise s’éloignait, quand il a senti que l’alternative d’un accord avec la Démocratie chrétienne, qui aurait évité l’affrontement bestial, se perdait, quand il a vu qu’il se heurtait à une infinité d’obstacles et de difficultés, avec le maximalisme qui se créait à l’intérieur de certains secteurs de l’Unité populaire même, il comprit clairement quel serait son comportement au moment crucial. Il y eut une confusion de plans, une confusion de projets, ce qui, à mon avis, fut fatal. Il y avait une irrationalité délirante et une incontinence verbale. C’est un pays où beaucoup de choses sont laissées au hasard, où il est difficile d’exercer un contrôle rigoureux de ce qui se dit ou de ce qui se fait. Je crois qu’Allende aurait dû être plus actif dans ce contrôle, en commençant par son parti. »

Vous faites allusion, par exemple, à Carlos Altamirano (secrétaire du Parti socialiste chilien, parti du président Allende) ?

« Allende aimait beaucoup Altamirano, mais voici un homme qui, tout en étant certainement très honnête alors, était aussi extrêmement extravagant, dépourvu de logique, suicidaire. Comment est-il possible d’avancer sans jamais trancher, alors que la force pour freiner les réactions n’existait pas ? Il y a là une différence importante entre ce discours et le discours, entre le discours et la pratique inflexible, par exemple, d’un Fidel Castro : Fidel avance et il avance parce que c’est possible, parce qu’il sait, parce qu’il connaît très bien l’adversaire, parce qu’il a une réponse à ce que va faire l’ennemi. »

« Mais, pour ne pas générer de confusions, il ne faut jamais oublier qu’une des plus grandes responsabilités de ce qui s’est passé incombe à la Démocratie chrétienne. Il y avait un secteur de ce parti qui souhaitait légitimement un accord avec le gouvernement. Pour cela il fallait créer une plate-forme commune qui aurait permis des changements dans le pays, même si ceux-là n’étaient pas les changements révolutionnaires que nous souhaitions. Cependant, un autre secteur de ce parti a opté pour une autre voie, la voie du coup d’état. »

La fausse terre existante

Trente ans après, sans terre promise conquise, nous vivons en démocratie.

« Ce monde réel, celui de la liberté formelle, parle de démocratie représentative, mais c’est une supercherie. Notre société et son système « démocratique » sont contrôlés par des pouvoirs occultés qui n’ont rien à voir avoir avec la volonté du peuple. Il existe, comme jamais auparavant, un contrôle absolu et croissant des moyens de communication, ce qui articule et génère une mentalité qui émane uniquement de ceux qui peuvent émettre leurs messages à partir du pouvoir, les messages du patron. »

Voilà des conclusions plutôt amères.

« Terriblement amères, évidemment. Et dire que les plus « extrémistes » à l’intérieur des partis de l’Unité populaire ont été ceux qui collaborèrent le mieux avec le système néo-libéral ! Il y en a un, Fernando Flores, qui incitait à l’insurrection socialiste de la marine et qui s’est ensuite converti en président de multinationales, aujourd’hui il prêche, lors de conférences, les bienfaits de l’entreprise et fait l’éloge du néolibéralisme, panacée universelle. Il faut douter sans cesse de ceux qui incitent à faire un pas en avant alors qu’ils sont immobiles au bord de l’abyme. »

« Le futur demeurera marqué par la mort d’Allende et son passé se lira d’une manière différente. », soutenait Alain Touraine dans ses écrits. Quel est le rôle de Salvador Allende dans l’histoire du Chili ?

« Quand on évalue un phénomène historique ou une personnalité historique après les événements, les lectures ne peuvent pas échapper au signe du moment où se réalise l’analyse. Pour moi, dans ce sens, Allende est une grande figure romantique de la révolution chilienne, et c’est aussi un grand artisan diligent de beaucoup de choses. C’est, sans doute, le plus grand symbole moral que peut avoir ce peuple. »

« Les cas de présidents renversés par des coups militaires en Amérique Latine, qui sont ensuite évacués en avion ou bateau vers des pays voisins, en Europe ou aux Etats-Unis, sont nombreux. Allende l’avait dit : « cela ne sera pas mon cas, on ne me sortira de La Moneda qu’une fois mort ». Et ce fut ainsi parce qu’il voulut montrer l’exemple, être différent face à autant de lâcheté, face à autant de distance abyssale entre le discours et la pratique. Il a fait preuve d’une grandeur difficile à trouver chez d’autres hommes tout au long de l’histoire. Le fait qu’Allende apparaisse sur cette photo, une mitraillette à la main, représentait aussi la fin des illusions. Face à la barbarie et à la trahison, il n’y avait pas d’attitude plus entière. Néanmoins, dans son dernier discours, il a appelé le peuple à ne pas se laisser provoquer, à ne pas se sacrifier en vain, et il l’a aussi appelé à la lutte, à la persévérance. »

Il y a un certain nombre d’éléments bibliques dans cette image, l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde et paie de sa vie l’absolution des hommes.

« Manifestement. Allende était un homme qui allait au temple maçonnique, pas au catholique, mais son geste d’offrande, cet arrachement illuminé, c’est un geste chrétien parce que c’est un geste éminemment humain. L’homme qui donne sa vie pour les autres, en fonction de ces idéaux. Mais Allende ne se donne pas en pardonnant aux traîtres. « 

« Là non plus il n’y a pas de contradiction avec cette image, même si les textes du début de notre ère ont transformé l’homme-Christ pour conduire le peuple à la paix forcée et à la compassion, et même à l’acceptation du pouvoir impérial. Ce que nous avons qualifié de geste chrétien se réfère au don, à la non faiblesse. Rappelons-nous que cette attitude de dignité, cette volonté inflexible, n’a pas surgi dans l’histoire de l’Homme avec le christianisme, comme s’il ne s’était rien passé avant. Il s’agit d’une attitude « chrétienne » parce que c’est celle qu’a eu le Christ, mais c’est avant tout un geste primitif, c’est le geste humain de celui qui s’offre pour une cause supérieure. Allende meurt pendant la lutte, comme beaucoup d’autres au cours de l’histoire, comme le Che. »

« Dans un Chili assez frustré, comme celui d’aujourd’hui, dans un Chili ouvrier où règne la consommation, l’argent, les valeurs triviales dépourvues de toute spiritualité, le geste d’Allende est un geste extraordinaire. Alors, évidemment, pour les traîtres ce doit être un exemple mis sous silence, il doit être même discrédité. »

Est-ce que vous vous doutiez que cette option allait être celle d’Allende, lorsqu’il dut affronter une trahison de l’envergure de celle que connut le pays le 11 septembre 1973 ?

« Moi, je savais qu’il finirait ainsi, et je n’avais aucun mérite de le savoir parce que c’est lui qui s’est chargé de tout laisser en ordre ; c’était une certitude douloureuse. Quand Allende nous disait qu’il ne sortirait pas vivant de La Moneda, nous n’étions pas à l’aise avec lui, nous ne voulions pas qu’il meurt, parce que nous croyions que sa vie était nécessaire. Nous aurions voulu qu’il continue, qu’il parvienne à nous sortir de ce piège de l’histoire sans humiliation mais vivant... »

« Vu sous cet angle, le suicide ressemblerait à une mort inutile, peu efficace, mais Allende avait conscience de son rôle dans l’histoire, et il voulait être pour le peuple, le prototype de celui qui ne trahit pas, qui n’échoue pas. Dans un monde de politiciens qui n’ont pas sa grandeur, cette stature humaine, son don est une offrande, un trésor inestimable. Allende voulut être l’anti-traître, l’homme fidèle à son peuple et à sa parole engagée jusqu’à la mort, rompre cette espèce de trahison meurtrière de la classe politique chilienne dont fait partie Gonzalez Videla, un de ses majeurs représentants. »

« L’homme nouveau ? »

« L’homme nouveau au sein des hommes anciens. L’homme nouveau, celui qui est prêt à donner sa vie pour une cause supérieure et collective. C’est Allende. »

Allende fut-il effectivement un révolutionnaire ou plutôt un réformateur ultra-progressiste ?

« Les deux. Le problème de beaucoup c’est de ne pas avoir encore compris la dialectique de cette relation. Un réformateur qui va très loin dans les transformations est un révolutionnaire. »

Son dernier sacrifice n’est- ce pas ce qui le consacra révolutionnaire ?

« Allende était, avant tout, un éducateur. Ses quatre campagnes présidentielles sont une exemple de ce que j’avance. Son obstination n’était pas un entêtement personnel pour obtenir la place de président d’une manière ou d’une autre, et il l’a prouvé avec sa mort. Un homme qui aspire à la présidence pour satisfaire ses ambitions personnelles de pouvoir ne fait pas ce que lui a fait. L’Allende éducateur, médiateur, orateur, l’homme d’Etat, est tout à fait cohérent avec l’Allende armé et casqué. La Moneda était bombardé et le président Allende continuait à éduquer, même si la bataille était largement inégale. Son dernier geste, son exemple, correspond au comportement d’un révolutionnaire intègre. »

Le monde politique actuel (dont bon nombre de protagonistes sont ceux du temps d’Allende) semble se comporter comme s’il s’agissait d’un autre pays, un pays dans lequel n’aurait jamais existé un gouvernement populaire ni une dictature de 17 ans. Allende ne semble pas présent, son exemple apparaît absent des responsabilités politiques actuelles. Comment s’explique cette absence ? « Le sacrifice d’Allende leur fit peur... Pour eux, pour les politiciens d’aujourd’hui qui sont ceux d’hier d’ailleurs, en grande partie, le pouvoir ne peut pas signifier la mort, il ne peut pas signifier le sacrifice suprême. Le pouvoir se comprend aujourd’hui comme un plaisir, une adhésion, un bénéfice d’un petit nombre qui ne peut pas recevoir des prix aussi élevés. C’est pour cette raison qu’ils ont converti Allende en figure ornementale, inoffensive ; on le transforme en icône, en image sainte pour les prieurs. On ne parle pas de la pensée d’Allende, de son programme, on ne se souvient pas de sa position extrêmement critique envers le système d’exclusion des travailleurs, des jeunes, des femmes, du milieu populaire. »

« Dans son dernier discours, il s’adresse directement aux travailleurs, aux femmes, aux jeunes, il les nomme. Il ne s’adresse pas à ceux qui fléchissent, il les omet, ils ne le méritent pas. L’autre, le seul mentionné par son nom c’est celui qui, à ce moment-là, pour Allende, personnifiait le pire, la trahison : le général vil, dit-il en mentionnant Mendoza. »

Cette image de sanctuaire, aseptique, nous offre aussi un Salvador Allende perdu, seul, un romantique mystifié.

« Il faut détruire la mystification, récupérer la véritable identité de Salvador Allende. Nous devons combattre, avec la vérité et la mémoire, les attitudes pusillanimes de ceux qui hier étaient avec lui et aujourd’hui, sans renoncement explicite, escamotent et altèrent la figure et l’héritage d’Allende, tout comme ils falsifient et transforment la politique en une immense tromperie.

« Allende c’est Allende dans ses faits et gestes ; Allende c’est à la fois toute sa vie et sa mort. Si on veut savoir ce que pensait Allende, il faut avoir recours à ses paroles, aux faits. C’est ce qui explique le silence : ils ne peuvent pas parler de lui sans perdre la face, en permettant le couronnement de gloire et de majesté du dictateur, tout en sachant que cela laisse la porte ouverte aux répétitions de l’horreur dans l’histoire de notre peuple. »

 

Source : Punto Final 2003.

Traduction : Isabelle Lopez Garcia.

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