
Les partis communistes européens, pris plus que tous les autres dans le dogmatisme stalinien, avaient quelquefois su témoigner de leur capacité propre à créer une confiance qui « reposait sur le sentiment général d’une unité dialectique entre la solidité théorique, la fermeté sur les principes et la souplesse tactique. » mais ils n’avaient jamais failli à la défense des intérêts de leur peuple, ni à la solidarité internationale. La débâcle à la chute de l’Union Soviétique, n’a pas été seulement l’effet de facteurs externes, mais aussi interne. Il n’y a pas de ressentiment à avoir par rapport à cela, mais si l’on veut construire une perspective politique, se rassembler, il faut aller au bout de l’analyse, parce qu’elle ne concerne pas que les communistes, c’est toute la gauche, l’extrême gauche, qui s’est construite sur les bases de l’affrontement de la Guerre Froide, c’est toute la gauche qui a subi la débâcle. Comme en témoigne l’accélération du ralliement aux politiques néo-libérales, c’est toute la gauche qui a perdu ses perspectives.
Et c’est aussi à ce titre que doit s’opérer la critique de la première expérience socialiste, bien mesurer les obstacles sur lequel elle a chutée et peut-être alors aboutirons-nous à ce constat de Fidel Castro : le socialisme peut disparaître, nos ennemis ne peuvent rien contre nous, c’est de nous même que viendra la disparition. Avec la grande question : pourquoi et comment un peuple considère-t-il qu’il n’a plus rien à défendre ? Cuba est assiégée encore et plus que l’URSS l’était, mais l’île n’en tire pas les mêmes conséquences que le stalinisme et les prolongements de sa méthode jusqu’à la fin, y compris avec Gorbatchev, comme nous le verrons.
Si affaiblissement il y a, c’est un affaiblissement interne.
Constater l’état de débâcle et de confusion idéologique dans laquelle se trouve l’Europe, la France en particulier, le ralliement de fait au néo-libéralisme, c’est à la fois bien mesurer les effets d’une propagande, mais aussi en quoi et pourquoi cette propagande peut-elle entraîner sinon la conviction du moins la démobilisation. Au titre de la propagande, notons non seulement le passé historique de l’Europe, la lutte prioritaire contre le communisme, la non éradication du fascisme, et aujourd’hui la mobilisation médiatique autour des fondamentaux : l’adhésion au néo-libéralisme, l’alliance stratégique avec les Etats-Unis.
5. Jdanov n’était qu’un amateur :
Car la critique des effets du stalinisme, critique de gauche révolutionnaire, de ce que l’on peut considérer comme « un dogmatisme sectaire d’Etat », selon là encore Lukacs, ne doit pas nous masquer que d’un point de vue idéologique, Jdanov n’est qu’un amateur et nous renvoyons nos lecteurs à un livre récemment traduit en Français de Frances Stonor Saunders, qui montre comment la CIA a utilisé la culture, les intellectuels dans « le combat contre le communisme ». [9] La CIA s’est transformé en Mécène d’une prodigalité à faire pâlir d’envie ceux de la Renaissance. Au cœur de ce programme se trouvait le CCF (Congress for Cultural Freedom) dirigé de 1950 à 1967 par un agent de la CIA, Michaël Josselson. 35 pays étaient concernés, avec dans chacun une dizaine d’employés. Il publiait des revues prestigieuses, possédait son propre service de presse, son propre service cinématographique, organisait de grandes conférences internationales et récompensait intellectuels et artistes par des prix prestigieux et grassement rémunérés.
Si l’Europe était sortie exsangue de la guerre, dans le domaine culturel comme dans d’autres, l’aide économique fut le cheval de Troie. Les intellectuels étaient aussi affamés que les autres. Le programme avait pour objectif d’arracher à l’influence du marxisme et du communisme, les intellectuels européens. En effet pacte germano-soviétique ou pas, l’URSS, les communistes en général ressortaient grandi de cette guerre, leur héroïsme, le prix qu’ils avaient payé multipliait les ralliements, mais leurs moyens financiers étaient sans commune mesure avec les Etats-Unis dont l’économie avait été dopée par la guerre.
Mentir pour le bien des peuples, n’est pas une invention des néo-conservateurs. En 1947, Georges Kennan, le concepteur du plan Marshall parlait déjà « du mensonge nécessaire » en tant que fondement de la diplomatie nord-américaine : il s’agissait dejà de « défendre la vérité en recourant au mensonge, la vérité par la manipulation, la liberté par la plus impitoyable des oppressions et la nécessaire « ouverture »d’un régime par des opérations secrètes et sournoises. On ne peut s’empêcher de penser que cette définition est encore celle mise en œuvre à propos de Cuba, mais en fait si l’île reste un cas exemplaire, elle est loin d’être seule. Mais revenons à l’Europe, pour en marquer la spécificité. La guerre, l’intervention de la CIA, s’est surtout présentée comme une guerre culturelle, idéologique, assortie de financements somptueux et de notoriété garantie, elle-même source d’un certain confort. Le tout sur un fond de prospérité retrouvée, et comme nous le verrons l’entrée dans la période connue sous le nom des « Trente glorieuses ».
Les peuples européens et leurs intellectuels n’ont pas la même expérience des menées de la CIA, que celle vécues par les peuples du Tiers-monde, en particulier en Amérique latine, pour ces derniers cela signifie meurtres, tortures, déstabilisation des gouvernements populaires, assassinats des dirigeants et massacres. Pour les Européens, la CIA a mené une guerre culturelle qui a fait des heureux sur fond d’une prospérité générale. Ceci explique que quand, comme nous l’avons fait dans DE MAL EMPIRE, nous démontrons par une citation de Robert Ménard lui-même qu’il est appointé non seulement par l’Europe, mais par la NED, une filiale de la CIA, outre la censure qui frappe ce livre [10], ce fait indiscutable se heurte à une sorte de désintérêt « bof ! Encore les théoriciens du complot qui voient la CIA partout.
Pourtant la CIA a agi et il est plus que vraisemblable qu’elle continue à agir, et pas seulement par le pion Robert Ménard. Pendant la guerre froide, la CIA, nous montre Frances Saunders a embauché des socialistes et des ex-communistes. Koestler en fut le stratège et il fit partager à la CIA son idée : « La meilleure manière de lutter contre le communisme était de recourir aux services d’anciens communistes : « des personnes déçues par le communisme mais qui étaient restées fidèles aux idéaux du socialisme ». La Grande Bretagne fut leur tête de pont avec Georges Orwell qui outre ses œuvres, dressa la liste complète de ses anciens camarades du parti. Notons que les intellectuels nord-américains manifestèrent souvent une intégrité et un courage exemplaire. Le livre dresse la liste des ralliements et montre que la quasi-totalité des revues « radicales » et de « gauche » étaient financées par la CIA. Cela allait de Partisan Review aux Etats-Unis à Transition en Ouganda. La totalité des périodiques universitaires et culturels en provenance des Universités nord-américaines furent soutenues par la CIA par le biais de fondations qui servaient de façade. [11]On encouragea au même titre la « création anti-communiste » que la « création non politique ».
L’auteur analyse comment à cause de la guerre du Viet-Nam, ce système vole en éclat, comme surgit une nouvelle gauche radicale aux Etats-Unis, les prébendés se taisent.
C’est pourquoi, il nous semble que si l’on veut apprécier l’expérience socialiste, il faut retourner à la fin des années 60, à cette montée d’un mouvement « radical », mais pour cela il faut y compris déconstruire l’image de mai 68, telle qu’elle a été bâtie par un courant libéral libertaire, dont le journal Libération est une illustration exemplaire. Il faut resituer ce mouvement dans un contexte international qui lui donne sens. Non seulement mai 68 en France, n’a pas été seulement un mouvement libertaire dont le slogan aurait été « Jouissons sans entrave », limité aux seuls étudiants, la France a été bloquée par les grèves ouvrières et à la suite de ce mouvement le salaire minimum a connu une hausse de 35%, la section syndicale d’entreprise a été créée. Mais ce mouvement se situe dans un contexte international qui témoigne à la fois de l’ampleur des possibles et nous amène à nous interroger sur l’impossible rencontre, le reflux, et le triomphe de l’impérialisme. Pourquoi le socialisme tel qu’il était, en tant que première expérience, a-t-il été incapable d’en prendre la tête ? Mais l’exemple de ce que l’on a fait de mai 68, un roman dévergondé pour adolescents petits bourgeois en goguette, les films qui se multiplient dans cette optique, a effacé non seulement le prolétariat français, mais aussi à la même époque toute la vaste montée des pays du sud vers l’indépendance, l’égalité, la souveraineté. Ho ! Ho !Ho Chi Minh ! criaient les étudiants à Paris, mais aussi à Berlin.
6. Reprendre l’analyse et la mener jusqu’au bout :
Les germes de ce que nous vivons aujourd’hui en Europe remontent loin sans que jamais rien n’ait été élucidé, tout se ramenant à la divine surprise de l’effondrement de l’Union Soviétique. Les cadavres de la guerre froide et de toutes les divisions pourrissent au milieu de nous, nous empêchent et c’est leur fonction, de penser la nouveauté de la période, la nature des rassemblements à opérer.
Il faut retrouver des périodisations, et à l’intérieur des moments charnières, à partir de la fin de la deuxième guerre mondiale l’antagonisme dure de 1947 à 1991 où il y a « écroulement », même si la guerre froide s’arrête officiellement en 89, par la rencontre de Malte, où Gorbatchev remet déjà à Bush père vainqueur, l’Allemagne de l’est, et le Nicaragua. Mais la guerre froide, elle-même n’empêche pas l’évolution de la planète, si l’Europe est plus ou moins figée, il y aura des « révolutions », par exemple celle des œillets au Portugal, mais c’est sur fond de décolonisation car ce qui bouge réellement est hors de l’Europe, l’indépendance de l’Inde en 47, toute la décolonisation africaine, l’Europe perd pied, la révolution cubaine en 59 se produit hors du glacis, dans le contexte de ce mouvement du Sud. La Révolution cubaine conserve néanmoins un caractère d’exception, puisque partout ailleurs en Amérique latine, les Etats-Unis réussiront grâce à des assassinats de dirigeants comme Allende, l’installation de dictatures sanglantes à bloquer l’évolution du continent. Quand on analyse aujourd’hui l’ONU, beaucoup d’institutions internationales, on ne peut pas limiter son histoire à celui d’un affrontement au Conseil de sécurité entre l’URSS et les Etats-Unis, il y a toute l’émergence du sud, avec la revendication à un Nouvel Ordre International. Si Castro dit que l’effondrement du socialisme est due pour sa majeure partie à la querelle sino-soviétique, c’est parce que cette querelle empêche le développement d’un autre type de mondialisation égalitaire, orientée vers le développement dont sont justement porteurs les pays du sud durant cette période. Parce s’il existe cette querelle, c’est parce que la base de la démocratie l’égalité, le caractère populaire et autochtone de cette démocratie socialiste, n’a pas été développée, contredite même. Alors même que l’URSS fournissait une protection essentielle, aidait matériellement, elle assortissait son aide d’un blocage de ce que nous définissons en empruntant le concept de Périclès comme « autochtone », mais qui signifie simplement que les peuples s’engagent contre ce qui freine réellement la justice sociale, la paix et la solidarité à laquelle ils aspirent à partir de leur propre histoire, des obstacles spécifiques auxquels ils sont confrontés. L’URSS apporte une aide, alors que les Etats-Unis n’arrivent à conserver des positions qu’au prix de massacres sanglants, en Amérique latine mais aussi en Indonésie, la bataille que mène le Viet-Nam prend alors un caractère exemplaire.
Affirmer comme le fait la Chine à cette époque que l’URSS est un impérialisme plus dangereux que les USA, ne paraît pas crédible, il s’agit d’une erreur dogmatique qui aura elle aussi ses conséquences, en particulier l’affrontement sur le terrain du Tiers-Monde, l’aide de fait apportée aux Etats-Unis et qui ira jusqu’à l’invasion du Viet-Nam. Néanmoins la Chine manifeste sans doute quelque chose de bien réel et qu’elle refuse, la domination fut-elle paternaliste ou sous la forme du modèle, la mobilisation autour d’intérêt d’Etat et plus un projet révolutionnaire socialiste.
Qu’est-ce qui a brisé l’élan, non seulement celui de cette mondialisation égalitaire, mais souveraine et qui a fini par aboutir au résultat que les peuples de l’URSS n’ont pas résisté à la contre-révolution parce qu’il n’y avait plus rien à sauver ? Comment les peuples d’Union Soviétiques capables d’un tel héroïsme face au nazisme ont-ils pu accepter la désagrégation de l’URSS, la plus terribles des vagues contre-révolutionnaire qui se puissent imaginer ? Comment les partis communistes d’Europe ont-ils pu entrer dans une telle débâcle ? Alors qu’une dizaine d’années auparavant, sur fond de la guerre du Viet-Nam naissaient partout, en particulier aux Etats-Unis, mais aussi au Japon, en Europe, des mouvements radicaux qui réclament un changement de société et que les revendications ouvrières obtenaient d’importants succès ?
Il existe des analyses issues des forces révolutionnaires, celle de la Chine sur les deux impérialismes, celles des Trotskystes sur l’émergence d’une nouvelle classe sociale, la bureaucratie qui se serait emparée de l’Etat. Sur ce point l’analyse la plus crédible reste celle de Lénine, « nous sommes un Etat socialiste à déformation bureaucratique ». Les analyses trotskystes posent une série de problèmes : le fait que l’Etat soviétique étant ce qu’il était, on ne voit pas très bien en quoi Trotski présentait une garantie par rapport à Staline. Mais même sans rentrer dans des hypothèses de ce type, il y avait bien un Etat socialiste, c’est si vrai que pour que naisse non pas une classe de bureaucrate, mais une classe capitaliste, pour qu’elle réalise son accumulation primitive, il a fallu démanteler cet Etat, l’URSS elle-même, et le parti communiste, quel que soit l’état de délabrement et d’incurie auquel tout cela était parvenu, le capitalisme ne pouvait s’installer qu’en détruisant tout cela. Même incrédulité en ce qui concerne l’internationalisation des révolutions, l’ignorance de la base autochtone. Mais tout cela suppose une réflexion, un dialogue, non pas seulement sur le passé, mais sur les leçons que nous devons en tirer pour affronter les tâches du présent. Mieux si l’antagonisme communistes, sociaux-démocrates, est un pur produit de la guerre froide, complètement ossifié par des enjeux dépassés, il serait logique non pas de refaire le congrès de Tours à l’envers, comme si rien ne s’était passé, mais de partir encore des tâches à accomplir.
Il est évident que dans le contexte de l’Europe actuelle, tout cela est impossible parce que chacun y défend une rivalité concurrentielle sans véritable objectif transformateur. Et purement électoraliste, où le groupuscule joue sa survie dans le champ politique. L’égalité, la démocratie poussée jusqu’au bout y sont moins que jamais d’actualité
Ce qu’on imaginait de la défaite, de la victoire de la contre-révolution, c’était par exemple les lendemains de la Commune, c’était la répression, le 100.000 victimes de Paris, la déportation en Nouvelle Calédonie, les Républicains espagnols fuyant devant les fascistes, mais pas ça ! Le socialisme s’est effondré sur place, comme les tours HLM, construites pour que les ouvriers accèdent au soleil, à une salle de bain, et que l’on considère aujourd’hui comme l’origine de taux les maux dont souffrent les banlieues. Le socialisme ne s’est pas défendu, mais ses dirigeants ont évité l’ultime déshonneur de tirer sur la foule qui criait : « Nous sommes le peuple, puis on a crié, nous sommes un peuple ! » Les problèmes étaient résolus, l’Europe entrait dans une ère de paix.... Nous entrions dans une ère de guerre généralisée, mais comme on nous a supprimé le service militaire, même la guerre est devenue un spectacle. Celui auquel nous avons eu droit en annonçait d’autres, le faux charnier de Timisoara pour dénoncer « les crimes du socialisme », et l’omerta totale sur les trois mille morts du Panama. La guerre du Golfe fut le Tchernobyl de l’information pour éviter les soubresauts d’indignation de la guerre du Viet Nam. Nous en sommes restés là, il s’agissait d’interdire l’analyse, d’anéantir toute mémoire, la critique était celle du vainqueur... Il suffit encore d’un mot : « On sait où cela mène ! »
7. Le temps de la Contre-révolution :
Ce qui parait avoir triomphé et que traduit le refus de « l’engagement », ce constat du déclin, c’est non seulement le projet culturel lancé par la CIA qui confond art et création « non politique » et anticommunisme dans la catégorie de ce qui est acceptable, relève d’un consensus, et disqualifie le marxisme, toute pensée rebelle contre l’ordre existant, toute tentative de récréer une totalité cohérente. A cela est substitué une exaltation de la subjectivité, une conscience faussement tragique de l’impossibilité de changer le monde, une méfiance instinctive pour le peuple, la fausse notion savante de « populiste » n’est qu’une manière d’insulter tout ce qui est populaire. L’appel à l’autorité, l’interprétation des valeurs progressistes en terme « réactionnaire »n’est qu’un avatar de cette acception d’une conception aristocratique et de la légitimation des inégalités sociales. Mieux sous une forme capricieuse de la transgression des tabous, devenu preuve de la rébellion et de l’affranchissement de toutes les aliénations totalitaires autant que des dogmes religieux, seront rejoués au profit de la fin de l’Histoire, des fragments épars des grands enjeux philosophiques, y compris l’éternelle justification de la liberté réduite à celle de l’élite. Et si l’on ne peut plus mener les peuples ni par l’espérance religieuse, ni par celle d’un monde meilleur sur la terre, il faut y substituer la crainte, le divertissement et la consommation. C’est-à-dire substituer à l’avenir la loi du marché et le spectacle d’un monde hostile et menaçant. Si comme nous l’analysons dans le chapitre suivant, l’inquiétude générale sur l’avenir des enfants, a des fondements bien réels, au vu de ce à quoi sont confrontés les jeunes générations, il s’y substituera un « jeunisme » où cette jeunesse deviendra un objet publicitaire ou au contraire le visage de toutes les craintes, et où le fait divers pédophile, comme dans M le Maudit, deviendra en fait l’incarnation de cette inquiétude pour le transformer en pathos impuissant.
Règne aujourd’hui en maître dans le monde intellectuel médiatique, le refus de toute cohérence considérée comme totalitaire, et le refus parallèle de tout « engagement ». Celui-ci, selon ces « intellectuels » ne pouvait au meilleur des cas jadis qu’engendrer une auto-censure, voir du masochisme, catégorie proche de la « conversion » dans laquelle on a enfermé l’adhésion communiste et « la discipline » d’un Aragon, d’un Lukàcs. N’a jamais été interrogée en revanche la manière dont un tel engagement les a aidé à affronter des choses insupportables et qui se sont encore aggravée aujourd’hui, la guerre, le militarisme impérialiste, l’oppression des humbles, le racisme, mais aussi la marchandisation de l’art... Comme on a refusé de voir qu’il y avait là également un choix intellectuel qui en privilégiant la cohérence, leur permettait de donner sens à une esthétique devenue éthique, des contenus qui remontaient en forme. L’affaire est jugée, classée : « on sait où cela mène ».
Si le « débat », médiatiquement limité, dénonce le déclin d’une monde individualiste, consumériste, d’une nation incapable de se rassembler autour de grands objectifs, on ignore lesquels, sinon la reconnaissance du génie de l’idéologue, ou le retour à des valeurs qu’ils ossifient, il existe des réseaux souterrains qui parfois remontent à la surface à la manière des grenouilles sautant un instant hors du marais conformistes. Je ne me moque de personne, je me sens moi-même cette grenouille, surtout si l’on considère que la plus féroce des censures vient de la direction de l’Humanité et de la presse communiste qui si elle ouvre volontiers ses colonnes aux anciens dirigeants communistes devenus membres du Parti socialiste, les interdit à ceux qui osent parler de socialisme, en appeler à une véritable critique de l’expérience.
On aimerait entendre la voix d’un Pasolini. Ou d’autres qui diraient qu’il ne s’agit pas d’individualisme positif, mais d’une difficulté pour le sujet à se constituer sans appartenance collective, à travers les seuls modèles consuméristes et le spectacle. Que ce vide est justement celui du capitalisme dans sa phase néo-libérale. Slavoj Zizek tente de redéfinir l’engagement en montrant que le dédain post moderne pour les grandes causes, « la subjectivisation n’est pas la disparition de la réalité objective, mais la disparition de notre subjectivité elle-même, sa transformation en caprice dérisoire, alors que la réalité sociale, elle continue à exister. » Où faut-il que nous en soyons pour nous sentir revigoré parce que quelqu’un affirme que la réalité continue à exister. Mais, il s’agit d’une apparition « savante », dans un langage hermétique, alors que l’idéologue du déclin, sous ses différentes formes exerce son magistère sur tous les plateaux de télévision.
Alors que c’est toute notre capacité à vivre ensemble dont il est question.
Un exemple concret, comme nous le verrons depuis plus de quarante ans les Cubains se débattent dans les pires difficultés, se nourrir, se loger, n’a rien d’évident. Le gouvernement cubain manifeste cependant une solidarité avec les peuples opprimés sans aucun équivalent dans le monde, ils envoient des médecins non seulement dans les Caraïbes, dans l’Amérique latine, en Afrique, mais dans le lointain Pakistan où ils assurent à eux seuls 73% des soins des victimes du séisme, leurs laissent des hôpitaux de campagne et ramènent des amputés pour les équiper d’une prothèse. [12]Ils accueillent les enfants de Tchernobyl, forment des milliers de jeunes gens. Actuellement des hôtels de la Havane sont remplis de misérables de toute l’Amérique latine, transportés et nourris par les soins du Venezuela, ils sont soignés par les médecins cubains qui leur rendent la vue. Ce n’est plus de la générosité, c’est de la prodigalité. Et bien malgré leurs difficultés, il n’y a pas un Cubain pour protester contre ces actions de solidarité, dénoncer leur coût. En Europe et en France, non seulement l’extrême droite s’insurgerait, quelques charmants individus aux crânes rasés brûleraient les hôtels, mais il se trouverait y compris à gauche des gens pour reconnaître que « nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ». En revanche, nous ignorons superbement la manière dont nos transnationales se conduisent, sans parler de la mission civilisatrice de l’armée française en Afrique. Les Cubains en tant qu’individus ne sont ni pires, ni meilleurs que nous, il existe simplement une éducation à des valeurs qui font aujourd’hui défaut chez nous. Quand mi-stupéfaits, mi-ironiques, mes amis cubains ont appris qu’en France, nous avions laissé mourir de déshydratation 15.000 vieillards en un seul été, ils m’ont déclaré : « si cela c’était passé à Cuba, si nous avions laissé mourir ainsi disons 3000 vieillards, nous aurions été envahis pour raison ‘humanitaires’. Mais une telle chose est impensable à Cuba. » Ce à quoi je leur réponds : « Est ce que vous croyez que nous sommes nés ainsi ? » Oserai-je affirmer que nous ne souffrons pas d’une épidémie de manque de tendresse généralisée, nous donnerions au contraire plutôt dans le pathos du fait divers, mais nous souffrons d’une absence d’éthique collective, du particulier à la puissance publique. Disons tout de suite que ceux qui cherchent à nous culpabiliser à titre individuel, pour mieux exalter leur propre tragique personnel, se donnent la bonne conscience du rebelle mais nous ne indiquent en rien le moyen d’en sortir. Car cette conscience du vivre ensemble, de la solidarité, se construit dans un projet historique, dans une élévation générale de la conscience politique.
Si le citoyen européen hier est apparu comme repu, villageois satisfait de l’état de sa cagnotte, il n’en est pas de même aujourd’hui. On peut même considérer que le Non à la Constitution des Français manifeste à la fois la réalité de l’Europe, « un agrégat de peuples désunis » et une forme d’insurrection. C’est-à-dire du refus d’une tyrannie de fait qui leur impose une violation des raisons du « vivre ensemble », la recherche de sécurité et l’égalité comme base des droits et des devoirs. La question de l’émergence du « socialisme » se pose à partir non d’une doctrine, d’un modèle, mais bien à partir de cette situation.
Pourtant tout n’est pas noir, après ces vingt années de plomb, ne sommes-nous pas un peu dans la situation dont le théâtre de l’ex- RDA faisait état à la veille de la chute, Heiner Muller mais aussi C.Hein avec ses chevaliers de la Table Ronde. Ce dernier constatait que « le Graal était un héritage dont plus personne ne voulait mais " seuls les animaux pouvaient se passer du Graal parce qu’ils ne savaient pas qu’ils étaient mortels ". Interrogation que Eric Hobsbawn, le britannique, reprend dans ses mémoires [13], n’a pas cessé de dénoncer la responsabilité de l’Allemagne dans l’échec du socialisme, puisque ce pays a préféré le nazisme à la responsabilité historique qui était la sienne de construire le socialisme, elle en a laissé le soin à « un empire asiatique barbare » solitaire. Quand l’on mesure comment aujourd’hui l’émergence du socialisme intervient dans des pays du tiers monde, en proie aux pires difficultés, celles du sous développement, celles de l’hostilité meurtrière de l’impérialisme et que nous, peuples du monde développé, nous laissons une fois de plus naître le socialisme dans de telles conditions, quand les intellectuels renoncent à « l’engagement », ne serons-nous pas une fois de plus capables d’accepterlefascismeplutôtquede trouver des ressources en nous-mêmes comme le fait l’Indien des Andes ? Dénoncer la responsabilité morale n’y suffit pas, il faut s’interroger sur ce qui dans le monde développé interdit la transformation et produit en ultime recours le fascisme. La réponse n’est pas dans l’élaboration de dossiers technocratiques, ni dans le désespoir sincère, il est dans la possibilité de retrouver la voie d’une compréhension qui débouche sur l’action transformatrice des peuples.
Si le socialisme doit solder ses comptes, ceux-ci ne se limitent pas à l’histoire de l’Union Soviétique, en Europe, cela passe également et surtout par la manière dont la gauche et les communistes ont agi dans la débâcle. Par exemple, le fait que l’extrême-gauche n’ose même plus parler de nationalisation, relève-t-il de l’échec du socialisme ou de la manière dont été menées par la gauche les nationalisations dans les années 80, suivies par les mêmes d’une vague de privatisations ?
Cuba a « bénéficié » d’un traitement exemplaire parce qu’il représentait deux cibles à la fois, le passé et l’avenir, le lieu où un présent authentique, celui d’une résistance permettait de solder les comptes avec le socialisme, autrement qu’en acceptant de passer sous les fourches caudines du vainqueur. Parce que cette résistance était survie, pas proclamation, il ne s’agissait pas de s’envelopper dans un drapeau rouge en chantant l’internationale, à deux ou trois dans une salle de café enfumé en vitupérant l’époque, mais bien d’actes, de choix politiques, il s’agissait d’entrer de plein pied dans le nouveau monde, sans protecteur, et donc de guetter l’émergence, de le favoriser. Ce qui fait qu’aujourd’hui Fidel Castro peut dire à Ignacio Ramonet : nous allons créer une société totalement nouvelle. Cuba a des réalisations impressionnantes, mais ce n’est pas « le modèle », cette société parfaite, ce paradis perdu que le militant communiste imaginait, elle affronte des difficultés incommensurables, et tente d’y faire face. Il n’y a pas un discours plus critique sur Cuba que celui prononcé par Fidel Castro, le 17 novembre 2005 à l’Université. Cuba n’est pas la Mecque du socialisme qui envoie des consignes aux révolutionnaires au monde entier, comme nous le verrons, les Cubains aident mais ne jugent personne. Dans le fond ils sont très proches de ce que les Français et d’autres partis communistes ont tenté de définir et qui a été pris dans la débâcle : un socialisme autochtone, conforme à la tradition des peuples, et qui correspondrait aux tâches qu’ils se proposent de résoudre pour construire une société juste et libre.
Est-ce un hasard, si en 95, alors que comme le prouvent les statistiques du BIT, le monde entier semblait résigné, s’il y a eu de grandes grèves en France, c’est à partir de l’une de nos traditions, le service public, dont l’histoire remonte très loin dans le temps, y compris jusqu’à la monarchie. J’essaye plus avant de montrer comment un dialogue sur ce thème, s’installe entre Cubains et Français, comme il serait, si on le poussait jusqu’au bout, être un enrichissement mutuel. Nous avons autre chose à apporter au monde que l’incurie de nos multinationales, et les stupidités de nos « élites » prétentieuses, nombrilistes actuelles.
L’île a subi, comme tous les vestiges du bolchevisme, quelque chose de l’ordre de la pratique des anciens romains, qui ne se contentaient pas de détruire jusqu’aux fondements de Carthage, ne laissant plus pierre sur pierre, mais répandaient du sel sur la terre pour éviter que rien ne repousse. Le traitement appliqué à l’ex-Yougoslavie et qui est tenté sur l’URSS, une désintégration, justifiée par un recyclage des thèmes de la guerre froide devenus doctrine totale.
De surcroît comme Cuba résistait, et le faisait au nom des peuples du sud, de l’Amérique latine, en refusant la dépendance coloniale, le néo-libéralisme, elle constituait à ce titre un mauvais exemple, la crainte de la toujours possible émergence du socialisme comme revendication égalitaire, liberté politique pour chaque peuple de maîtriser ses ressources. A ces titres Cuba a inauguré avec un blocus extra-territorial, la stratégie hors limite, qui allait être désormais celle de l’Empire.
En condamnant Cuba, la gauche mais aussi les communistes se pliaient à l’analyse de vainqueurs, en anticipaient les volontés et contribuaient à l’absence de perspective, face aux problèmes de plus en plus graves de leurs propres peuples.
Car la véritable nouveauté de la période de cendres et de plâtras qu’ont été les vingt ans de néo-libéralisme, n’ont pas été seulement l’effondrement de l’URSS, mais l’atonie générale des luttes sociales, c’est ce qui est justement en train de changer, la réalité qui continue à exister malgré le triomphe du subjectivisme et cette réalité, à l’inverse de celle des trente glorieuses, est celle de l’approfondissement d’une crise, du caractère insupportable des politiques mises en œuvre, et pas seulement en Amérique latine. Face à cela si l’alternance sans alternative n’y suffit plus, l’impérialisme saura bien inventer des solutions, changer tout pour que tout demeure en place. Et nous risquons de nous retrouver dans la situation de Nanni Moretti, venant présenter son film à Cannes sur Berlusconi, le film étant en porte à faux puisque Berlusconi a été battu, et pourtant la situation étant identique, avec les mêmes cherchant l’union sacrée néo-libérale. Non, les troupes italiennes se retiraient d’Iraq.
Danielle Bleitrach, sociologue.
Danielle Bleitrach, coauteur avec Maxime Vivas et Viktor Dedaj de Les États-Unis DE MAL EMPIRE. Ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud, Aden. [1] La « méthode » se renouvelle quand Marie Georges Buffet, à la sortie d’un congrès où elle été certes légitimée, mais où une opposition pour la première fois dans l’histoire du PCF maintient jusqu’au bout le refus d’une motion de conciliation réalise 10% des scores, fait dans l’Humanité une déclaration en appelant à une candidature commune anti-néo-libérale. Ce qui n’a premièrement pas discuté dans le congrès, et deuxièmement la secrétaire nationale du Parti se présente entourée d’un certain nombre d’intellectuels dont la plupart ne sont pas membres du Parti. Cet acte que n’importe quel parti, syndicat ou association peut considérer comme un viol de la démocratie, manifeste le fait que le PCF ne table plus sur une base militante. En effet, même au temps « staliniens », aucun Secrétaire Général fut-il le plus autocratique, n’aurait agi ainsi, il aurait au contraire construit une adhésion, une conviction collective, au prix de lourdes procédures, de multiples réunions, fut-ce au prix de la pratique stalinienne de l’isolement et de la réprobation des voix divergentes, et dans certains cas d’exclusion, voir de procès. Là c’est plus simple, avec le ralliement à la « démocratie » bourgeoise, il suffit d’ignorer et de censurer, de transformer l’humanité en copropriété des dirigeants. Le cas de Cuba, après avoir donné lieu à des articles stupides, déshonorants, des positions de même nature de la part de la direction, positions jamais discutées collectivement, sera tranché par la censure.
[2] Danielle Bleitrach, Viktor Dedaj, avec la participation de J.F.Bonaldi. Cuba est une île. Le Temps des cerises. 2004 .
[3] Alain Joxe. L’Empire du Chaos. Les Républiques face à la domination américaine dans l’après-guerre froide. La Découverte poche. 2004. édition augmentée par rapport à celle de 2002 d’une post-face inédite de l’auteur.
[4] Lukacs. Œuvres choisies. Préface de Claude Prévost. Editions sociales. 1983.
[5] L’anniversaire ultérieurement du dit débarquement donnera lieu à un exploit de l’ineffable Alexandre Adler. L’esprit d’innovation nord-américain avait ainsi, selon lui, apporté les ports artificiels Mulberry, alors qu’il s’agit d’une invention britannique, le système Enigma d’interception des communications allemandes toujours attribué aux Etats-Unis, est un système offert par la France aux Britanniques en 1939. Cet ancien communiste manifeste une constante, sa ferme croyance dans le fait que seule une armée puissante peut soutenir le progrès de la civilisation. La reconnaissance de la délivrance du nazisme par l’armée rouge, s’est reportée sur l’US army, sans doute par conversion du communisme au sionisme. Son goût de la puissance s’assortit d’une mentalité de « fan », il est toujours aux aguets des petits secrets du sérail politique auquel il borne son analyse, et se constitue une réputation de pic de la Mirandole de la géostratégie, sur le modèle des « commères » holywoodiennes de la grande époque, révélant les secrets des stars. L’avantage avec lui est que premièrement on connaît toujours la position de classe du capitalisme, et deuxièmement on peut être assuré que ses prévisions ne se réalisent jamais.
[6] Il y a bien sur la gauche, dont toutes les forces politiques s’ingénient aussi à rejouer l’épisode et à célébrer une dérisoire victoire qui les laisse sans aucune autre perspective de s’atteler au char du capitalisme crépusculaire du néo-libéralisme et de la guerre perpétuelle. Les socialistes, qui ont abandonné non seulement les références marxistes mais désormais toute prétention à la social-démocratie, se contentent de parodier le renversement de majorité du congrès de Tours. Ils traînent derrière eux, derrière le char des vainqueurs, les autres communistes, tous. Les trotskystes, qui ont vécu la fin du « stalinisme » entre champagne et Aqua Seltzer, et qui n’ont plus d’autre objectif que de plumer la volaille stalinienne. Le pauvre PCF, tragique poulet sans tête, qui continue à battre des ailes. De temps en temps, quand le peuple excédé dit non, manifeste, la gauche se sent vaguement redevenir Prométhéenne, tire sur les chaînes, mais retombe accablée sous le poids de la défaite et pour parvenir au « pouvoir » ou tout simplement s’assurer quelques ressources, une présence médiatique, retombe dans le cauchemar de l’impuissance et de la division. Il y a nous, les intellectuels caractériels, entre dépression et rage impuissante, qui nous obstinons, nos livres éliminés des présentoirs des librairies, comme des médias, sans espoir du moindre denier, ni de notoriété... Nous ne sommes même plus les héros de ce film du néo-réalisme italien, où Marcelo Mastroiani était un révolutionnaire « professionnel », en fait un clochard tuberculeux qui vient diriger une grève, il avait des mitaines, et un long pardessus râpé, mais c’était un « intellectuel », pauvre hère face à d’autres pauvres hères préparant le Grand soir. Non c’est un autre film, celui où Hardy apprend une citation : aut Cesar, aut nullus ! Ou César ou rien ! Le film n’est qu’une série de catastrophes qui frappent les deux héros, à chaque descente dans l’échelle sociale, le renvoi du travail, la perte du logement, Hardy prononce avec un accent américain à couper au couteau la fière devise, sous l’œil admiratif de son disciple Laurel. Et bien malgré tout cela, la plupart d’entre nous n’échangeraient pas leur situation avec celle des vainqueurs. C’est dire si l’espérance d’une société juste est un bien précieux et pas seulement pour l’Indien analphabète des Andes...
[7] On notera également avec intérêt le fait que l’Autrichien d’extrême droite Haïder, qui pourtant avait provoqué une vertueuse mobilisation de tout le politico-médiatique, sur le thème le fascisme a ressurgi en Europe, gouverne aujourd’hui en toute quiétude son fief de Carinthie en alliance avec les sociaux démocrates.
[8] Tout y est passé, à commencer par la Révolution française jusqu’aux philosophes coupables d’avoir nourri le marxisme. Alors même que mettre en cause Nietzsche, considérer que son « surhomme » n’était pas étranger à l’idéologie nazie, et que l’on ne pouvait pas considérer que seule sa stupide sœur avait pu autoriser des emprunts, était considéré comme un crime et ce au cœur même de la Guerre Froide. Lukacs, lui-même, avec des arguments pourtant irréfutables, s’est heurté à une telle censure. Aujourd’hui, non seulement même les communistes ne lisent plus les auteurs marxistes, mais l’aspect deux poids deux mesures dans le traitement des intellectuels, est illustré par la décision de la Comédie française de retirer de son répertoire et de l’affiche la pièce de Peter Hancke, parce que ce dernier s’est rendu à l’enterrement de Milosevics. Triomphe en fait l’orientation de la CIA que nous analysons plus loin : encourager les œuvres apolitiques, et anticommunistes mais cela va désormais jusqu’à l’exclusion pure et simple de tout ce qui de près ou même de fort loin peut avoir un rapport avec le communisme, alors même que l’on « esthétise » plus que jamais l’engagement nazi et réactionnaire.
[9] Frances Stonor Saunders. La CIA et la guerre froide culturelle. Ed. Denoel, collection Impacts. 2006.
[10] Un des auteurs du livre Maxime Vivas a mené contre RSF et son dirigeant autoproclamé Robert Ménard une lutte qui a fini par payer au point que Métro, le journal gratuit tiré à 800.000 exemplaires a fini faire état de cette information après Politis. On ne peut en revanche que constater la manière dont la presse communiste, au premier rang de laquelle l’Humanité a accordé son soutien total aux menées suspectes de cet individu, a accueilli ses « informations » sur la répression des « journalistes » à Cuba, faux journalistes mais véritables appointés par la CIA, et après une période de vertueuse hostilité et reportages débiles sur Cuba, pratique désormais un silence total, voire une censure qui frappe en premier lieu nos livres, sur tout rétablissement des faits. C’est la « méthode de Staline » qui est mise au service d’un anti-stalinisme de surface.
[11] Parfois alors même que les intellectuels restaient contestataires, et en sociologie, nous connaissions tous cet exemple d’un centre de recherche très progressiste qui par amour des guérilleros, n’a cessé de multiplier les études sociologiques sur les guérillas en Amérique latine, et envoyaient leurs rapports à leur bailleurs de fond, qui par le biais d’une fondation n’était autre que la CIA. Cette expérience plus une formation politique dans l’ancien PCF, m’incitent toujours à m’interroger sur ce que je peux ou ne peux pas dire sur Cuba. Dans cette période de la « défaite », je dois dire que la sociologie m’a souvent moins déçu que les communistes français. Certes il y a l’offensive individualiste et néo-libérale, mais s’est constitué un front marxito-bourdieusien, durkeimien, qui a limité les dégâts, tout en entraînant la discipline dans le purgatoire où elle rejoint d’ailleurs la psychanalyse subissant l’assaut des comportementalistes. Bourdieu nous a même évité le pacte Germano-soviétique médiatique du savoir et du spectacle dans lequel certains disciples de Freud sont tombés.
[12] Le président du Pakistan, le général Pervez Musharraf, que l’on ne peut pas considérer comme un adepte du socialisme, a fait le 26 mai 2006 ses adieux à Bruno Rodriguez, premier vice-ministre du MINREX et chef de la mission d’Etat cubaine, lors d’une rencontre au siège de la présidence et à laquelle ont participé d’autres dirigeants de la brigade médicale de l’île. Musharraf a remercié le peuple cubain et le président Fidel Castro Ruz, pour l’aide de solidarité, le don de 32 hôpitaux de campagne complets et l’offre de 1 000 bourses pour que des jeunes des régions touchées par le tremblement de terre et disposant de faibles revenus, étudient à Cuba. De son coté Bruno Rodriguez a informé le président Muharraf des résultats des travaux du contingent Henry Reeve durant les sept mois de séjour dans les régions les plus affectées par le séisme du 8 octobre 2005.Il a dit que les médecins cubains avaient soigné 1 743 244 patients dont 856 268 femmes et que 802 282 avaient reçu des soins sur le terrain. 14 506 opérations ont été réalisées, 10 83 patients ont été soignés et hospitalisés, et 166 262 patients ont bénéficié de la physiothérapie et de la rééducation.
[13] Eric Hobsbawn, Franc-tireur. Autobiographie, publiées en français chez Ramsay . Paris 2005. p183 Slavoj Zizek. La marionnette et le nain. Seuil. 2006.p.55. Le temps des rébellions n’est pas aussi éloigné qu’il y paraît, même si elle n’engendre vu l’état de la société qu’un désespoir sincère et des tendances messianiques ou des mouvements d’humeur collectifs qui paraissent sans lendemain.
Eric Hobsbawn, l’historien britannique, qui est aussi européen, dans ses mémoires qui sont celles de l’espérance socialiste, du nazisme, (Franc-tireur. Autobiographie, publiées en français chez Ramsay . Paris 2005. p183) reprend à son compte le propos de Hein, le dramaturge est-allemand : « Tard dans les années quatre-vingt, presque à la fin, un dramaturge est-allemand écrivit une pièce intitulée Les chevaliers de la Table ronde. Quel est leur avenir ? Se demande Lancelot. " Le peuple dehors ne veut plus entendre parler du graal et de la table ronde... Il ne veut plus croire en notre justice et en nos rêves... Pour le peuple, les chevaliers de la Table ronde sont un groupe de fous, d’idiots et de criminels." Croît-il encore au Graal, lui ? "Je ne sais pas dit lancelot, je ne peux pas répondre à cette question. Je ne peux dire ni oui, ni non..." Il est possible qu’ils ne trouvent jamais le Graal. Mais le roi Arthur n’a-t-il pas raison quand il dit que ce qui est essentiel, ce n’est pas le Graal, mais sa quête ? "Si nous renonçons au Graal, nous renonçons à Nous même." Seulement à nous-mêmes ? L’humanité peut-elle vivre sans les idéaux de liberté et de justice, ou sans ceux qui leur vouent leur vie ? Ou peut-être même sans le souvenir de ceux qui le firent au XXème siècle ? (P.183) Heiner Müller, un autre dramaturge est allemand n’a cessé d’inviter à réfléchir sur l’expérience de l’échec tout en affirmant que l’utopie, provisoirement au tombeau, " brillera peut-être une fois de plus quand le fantôme de l’économie de marché, qui remplace le spectre du communisme, montrera aux nouveaux clients son épaule froide, et aux libérés le visage de fer de la liberté. " Faire référence à Heiner Müller, c’est aussi mettre l’Europe devant ses responsabilités. Cet auteur, dans la forme métaphorique et sarcastique qui était la sienne [[Alors qu’il avait toujours été sinon contestaire à tout le moins critique, comme il le disait devant les événements de Hongrie, étant à la fois dans les chars soviétiques,et dans le camp des révoltés, écrivant des pièces où les classiques étaient revisités pour dénoncer l’aliénation tant de l’Est que de l’ouest.,iIl affirmait : après la chute de la RDA, pendant dix ans, nous allons être confrontés à des marchands de saucisse, l’un dira, je mets plus de moutarde, l’autre dira, je met plus de ketchup, mais ce sera toujours la même saucisse. Considérer qu’il n’y aurait que dix ans relevait d’ une vision optimiste. Et alors qu’il a passé les dernières années de sa vie à rassembler le patrimoine culturel de la RDA, pour éviter qu’elle soit totalement gommée de l’Histoire, il répondait à ceux qui l’interrogeaient sur cette activité : « Me dire que la RDA n’a jamais existé, c’est comme expliquer à Proust que l’homosexualité n’existe pas ! »
Notes
(1) Il suffit de considérer l’Espagne voisine pour mesurer à quel point la question républicaine et celle de l’autonomie des régions s’interpénètrent. A la fin du franquisme, une unité fictive a été imposée sous couvert du choix monarchique, l’amnistie a permis de maintenir un appareil franquiste tout en faisant du monarque la garantie démocratique.
(2) Les forces les plus réactionnaires tentent d’imposer une définition de l’Europe comme le continent chrétien.
(3) Le président du Pakistan, le général Pervez Musharraf, que l’on ne peut pas considérer comme un adepte du socialisme, a fait le 26 mai 2006 ses adieux à Bruno Rodriguez, premier vice-ministre du MINREX et chef de la mission d’Etat cubaine, lors d’une rencontre au siège de la présidence et à laquelle ont participé d’autres dirigeants de la brigade médicale de l’île. Musharraf a remercié le peuple cubain et le président Fidel Castro Ruz, pour l’aide de solidarité, le don de 32 hôpitaux de campagne complets et l’offre de 1 000 bourses pour que des jeunes des régions touchées par le tremblement de terre et disposant de faibles revenus, étudient à Cuba.
De son coté Bruno Rodriguez a informé le président Muharraf des résultats des travaux du contingent Henry Reeve durant les sept mois de séjour dans les régions les plus affectées par le séisme du 8 octobre 2005.Il a dit que les médecins cubains avaient soigné 1 743 244 patients dont 856 268 femmes et que 802 282 avaient reçu des soins sur le terrain. 14 506 opérations ont été réalisées, 10 83 patients ont été soignés et hospitalisés, et 166 262 patients ont bénéficié de la physiothérapie et de la rééducation.
(4) L’ineffable Alexandre Adler, dont la prétention à tout savoir frise souvent le ridicule, s’est illustré une fois de plus lors de l’anniversaire du débarquement en Normandie. L’esprit d’innovation nord-américain avait ainsi, selon lui, apporté les ports artificiels Mulberry, invention britannique, le système Enigma d’interception des communications allemandes, système offert par la France aux Britanniques en 1939. L’avantage avec Alexandre Adler c’est qu’avec l’information dont il fait état, on peut être assuré qu’il se trompe toujours. Ainsi en ce moment, il table sur l’assassinat du dirigeant iranien par ses proches.
(5) Ce fatras théorico-politique est celui de leur maître à penser Léo Strauss, c’est un dogmatisme ésotérique qui énonce des banalités et réserve aux notes le soin d’introduire des contradictions qui donneront lieu à un enseignement pour « initiés ».
(6) Notons tout de suite que Nicolas Sarkozy est à la fois un politicien démagogue, sans principe, et dont l’intelligence politique consiste toute entière dans l’art de coller au terrain, de se rallier les médias, voir un nombre grandissant d’intellectuels séduits par son « réalisme », sa vitalité, mais en fait le ralliement des uns et des autres sur sa personne témoigne de fait de l’acceptation d’une telle idéologie.
(7) Rien n’illustre mieux le deux poids deux mesures que la décision de la Comédie française de retirer de son répertoire et de l’affiche la pièce de Peter Hancke, parce qu’il s’est rendu à l’enterrement de Milosevcs. Alors qu’il est considéré comme indigne d’un intellectuel de faire référence aux engagements d’un Céline, d’un Heiddeger et surtout de lire leur œuvre à cette lumière de leur engagement.
(8) Tout y est passé, à commencer par la Révolution française, en passant pas les philosophes coupables d’avoir nourri le marxisme. Alors même que mettre en cause Nietzsche, considérer que son « surhomme » n’était pas étranger à l’idéologie nazie, et que l’on ne pouvait pas considérer que seule sa stupide sœur avait pu autoriser des emprunts, était considéré comme un crime. Lukacs lui-même, avec des arguments pourtant irréfutables, s’est heurté à une telle censure.
(9) Frances Stonor Saunders. La CIA et la guerre froide culturelle. Ed. Denoel, collection Impacts. 2006.
(10) Un des auteurs du livre Maxime Vivas a mené contre RSF et son dirigeant autoproclamé Robert Ménard une lutte qui a fini par payer au point que Métro, le journal gratuit tiré à 800.000 exemplaires a fini faire état de cette information après Politis. On ne peut en revanche que constater la manière dont la presse communiste, au premier rang de laquelle l’Humanité a accordé son soutien total aux menées suspectes de cet individu, a accueilli ses « informations » sur la répression des « journalistes » à Cuba, faux journalistes mais véritables appointés par la CIA, et après une période de vertueuse hostilité et reportages débiles sur Cuba, pratique désormais un silence total, voire une censure qui frappe en premier lieu nos livres, sur tout rétablissement des faits. C’est la « méthode de Staline » qui est mise au service d’un anti-stalinisme de surface.
(11) Parfois alors même que les intellectuels restaient contestataires, et en sociologie, nous connaissions tous cet exemple d’un centre de recherche très progressiste qui par amour des guérilleros, n’a cessé de multiplier les études sociologiques sur les guérillas en Amérique latine, et envoyaient leurs rapports à leur bailleurs de fond, qui par le biais d’une fondation n’était autre que la CIA. Cette expérience plus une formation politique dans l’ancien PCF, m’incitent toujours à m’interroger sur ce que je peux ou ne peux pas dire sur Cuba.
(12) Lukacs. Œuvres choisies. Préface de Claude Prévost. Editions sociales. 1983.
(13) Eric Hobsbawn Franc-tireur. Autobiographie, publiées en français chez Ramsay . Paris 2005. p183 Slavoj Zizek. La marionnette et le nain. Seuil. 2006.p.55
(14) Chacun de nous à le souvenir de ce film du néo-réalisme italien, où Marcelo Mastroiani est un révolutionnaire « professionnel », en fait un clochard tuberculeux qui vient diriger une grève, il a des mitaines, et un long pardessus râpé, mais c’est un « intellectuel ». Les « rebelles » d’internet font parfois songer à un autre film, celui où Hardy apprend une citation : aut Cesar, aut nullus ! Ou César ou rien ! Le film n’est qu’une série de catastrophes qui frappent les deux héros, à chaque descente dans l’échelle sociale, le renvoi du travail, la perte du logement, Hardy prononce avec un accent américain à couper au couteau la fière devise, sous l’œil admiratif de son disciple Laurel. On peut rire, mais il faut beaucoup de courage pour s’obstiner à aller à contre-courant, là et dans des groupuscules qui « entretiennent » la flamme... provoquent des passions internes sans commune mesure avec les enjeux réels... On perçoit mieux, l’émiettement en micro-groupes, le désespoir des exilés, ce que devait être « la ligue des justes » devenu la ligue des communistes pour lequel Marx écrivit le Manifeste et dont il changea le slogan qui était « tous les hommes sont frères ! » en « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! », un groupuscule d’exilés européens, qu’il abandonna aussitôt en 1848, pour rejoindre son pays et y reprendre son métier de journaliste. Le Manifeste, on le sait commence par la proclamation : "Un spectre hante l’Europe, le spectre du communisme..."
(15) Il affirmait : après la chute de la RDA, pendant dix ans, nous allons être confrontés à des marchands de saucisse, l’un dira, je mets plus de moutarde, l’autre dira, je met plus de ketchup, mais ce sera toujours la même saucisse. Et alors qu’il a passé les dernières années de sa vie à rassembler le patrimoine culturel de la RDA, pour éviter qu’elle soit totalement gommée de l’Histoire, il répondait à ceux qui l’interrogeaient sur cette activité : « Me dire que la RDA n’a jamais existé, c’est comme expliquer à Proust que l’homosexualité n’existe pas ! »
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