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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:04

joffrin.jpgLe journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

Médias, patrons et dirigeants de droite se sont choisis un homme de gauche sur mesure : Laurent Joffrin. Comme opposant, c’est encore plus tranquille qu’un perroquet empaillé.

 

« La crise financière en cours est avant tout un combat politique. Il oppose deux forces historiques de plus en plus antagoniques : d’un côté, les peuples du monde, de l’autre, la coalition des féodalités de la finance. »

Dans Le nouvel Observateur du 11 août 2011, Laurent Joffrin se rebelle – et confond sa barbiche avec la barbe de Marx. Il dénonce pêle-mêle les agences de notation, « un oligopole d’experts en bévues et boulettes, confits dans les dogmes libéraux », « le gang informel des spéculateurs professionnels », « les féodalités financières [qui] ont fait échec à toutes les tentatives sérieuses de réforme. » Et de conclure, assez justement : « Il n’est d’autre solution pour inverser la spirale mortelle de la dette que de rééquilibrer les systèmes fiscaux en mettant mieux à contribution les classes riches. C’est justement ce spectre-là, celui d’une fiscalité plus juste, que les seigneurs de l’argent veulent conjurer. Entre les peuples et les ducs de la finance, la bataille est en cours ».

Dans sa liste noire, lui n’oublie qu’un fléau : les intellectuels « de gauche » qui, durant trente ans, ont servi ces « seigneurs de l’argent », applaudi à tous les « dogmes libéraux », présenté « les classes » comme ringard, bref, désarmé l’esprit des « peuples » face aux « ducs de la finance ». C’est collectivement que les Julliard, Rosanvallon, July, Colombani, Minc, Plenel, Attali, etc. ont rempli cette mission historique. Individuellement, néanmoins, dans ce palmarès, Joffrin mérite un Oscar « pour l’ensemble de sa carrière ».

Libéral décomplexé

« Il n’y a pas d’autre moyen de rénover enfin la culture politique de la gauche que d’y injecter massivement les valeurs du marché. En ce sens, le capitalisme est l’avenir de la gauche. »

Voilà le remède que prescrivait Laurent Joffrin, en 1984, dans son ouvrage La Gauche en voie de disparition : Comment changer sans trahir ? Contre l’« État boursouflé [qui] étouffe et pressure la société civile », contre « le service public [qui] indispose de plus en plus le public » – autant de formules qu’un Sarkozy ne se permettrait pas – lui choisit la rupture : « La gauche a beaucoup fait pour libérer la société française de ses tabous. Elle doit faire encore un peu pour s’affranchir du tabou de l’argent. Camarade, encore un effort pour devenir capitaliste ! »

Contre « les vieilleries idéologiques », il préfère nettement « les thèses du néolibéralisme » qui « correspondent mieux aux réalités nouvelles. » Seul Raymond Barre, « libéral un peu moins factice que les autres », trouve grâce à ses yeux… C’est un militant, alors. Un militant du capitalisme dans la gauche. Et pour prôner cette « modernisation », il fait feu de tous médias. Dans son quotidien, d’abord : « Classé lui aussi à gauche, analyse l’essayiste, Libération se fait l’apôtre d’une rénovation ‘libérale-libertaire’ de la culture traditionnelle de la gauche ». Joffrin publie ainsi un supplément : Vive la crise ! : « Comme ces vieilles forteresses reléguées dans un rôle secondaire par l’évolution de l’art militaire, la masse grisâtre de l’État français ressemble de plus en plus à un château fort inutile. La vie est ailleurs, elle sourd de la crise, par l’entreprise, par l’initiative, par la communication. » Présentée par Yves Montand, une émission viendra « traduire en langage télévisuel ces thèses néoréalistes »

Les duels tranquilles

C’est toute une carrière qui se mène ensuite sur de pareilles abandons. Comment rêver, pour la droite, pour les « seigneurs de l’argent », d’une gauche plus docile, plus soumise, plus décourageante que cet éditorialiste ennuyeux ? Un pareil perroquet empaillé, on en profite. On s’en régale. On en fait profiter les amis. On se l’offre en tournée dans les « Forums ». On promeut la moindre de ses copies. On le laisse jacasser chaque semaine à la radio. Cet idiot utile du capital est choisi pour incarner la gauche – dans des « duels » qui ne répandent ni larmes ni sang.

Alors que Lionel Jospin privatisait à tout-va, Laurent Joffrin tranche ainsi sur France Inter : « Moi, je crois que les syndicats de la fonction publique sont en train de poignarder la gauche dans le dos » (25 mars 2000). Reste que, pour « poignarder la gauche dans le dos », son avis a valeur d’expertise...
Quant à Jean-Pierre Raffarin, il n’allait pas assez loin : « On se demande s’il y a encore un gouvernement. […] Dès qu’il y a un problème qui pourrait susciter le mécontentement de telle ou telle catégorie, de telle ou telle force syndicale par exemple, il recule pour ne pas affronter la mini tempête que ça pourrait provoquer. » En moins de trois ans, la droite avait « réformé » les retraites, l’assurance maladie, le statut des intermittents, réduit à trois reprises l’impôt sur le revenu, vaincu les profs dans la rue : pendant qu’un journaliste de France Soir (pas franchement « classé à gauche »), Mickaël Moreau, publiait Le Gouvernement des riches, un Joffrin critiquait le Premier ministre UMP pour sa timidité.
Face aux alter- et antimondialistes, lui prévient une future dictature : « La diabolisation de l’économie de marché nous ramène à de mauvais souvenirs léninistes ou staliniens » (25 mars 2000). Du coup, en juillet 2000, Pierre Bourdieu identifie clairement l’ennemi : il en appelle « à une internationale des chercheurs » ainsi qu’à un « mouvement social des journalistes contre tous les July et Joffrin » qui favorisent « à longueur d’éditoriaux les thèses mondialistes »

Gala pour riches

Le « mouvement social des journalistes » n’eut pas lieu, et Joffrin remplaça July à Libération (aux côtés du banquier Edouard de Rotschild) avant de revenir au Nouvel Observateur. Pour que le quotidien et l’hebdomadaire, tous deux « classés à gauche », parviennent au même niveau. Zéro.
Alors qu’il était invité au Centre de Formation des Journalistes, un élève critiqua le numéro « spécial Maroc » du Nouvel Obs. Qui effleurait à peine la situation sociale, mais célébrait à longueur de pages la splendeur des villas et la magnificence des hôtels. « C’est l’une de nos meilleures ventes cette année, répliqua Laurent Joffrin. Et puis moi, j’aime bien. C’est vrai, on fait une sorte de Gala pour riches. Il faudrait trouver une cause à défendre. »

Alors, avec cette bataille contre « les ducs de la finance », a-t-il trouvé « une cause à défendre » ? En fera-t-on, même, carrément, l’indice que, pour de bon, des renégats d’hier, les béats de la mondialisation, une fraction des classes supérieures, se préparent au combat contre « le gang informel des spéculateurs » ? Il y a peu d’espoir, malheureusement. Entre deux pages de publicité pour Louis Vuitton et Lancôme, cette outre vide a simplement besoin de renouveler ses postures. Juste un effet de style, de manche. Alors qu’il rédigeait ces lignes, son cynisme décontracté préparait déjà le prochain « dossier immobilier » : « Où peut-on acheter encore ? Comment alléger ses impôts ? Que faire pour favoriser sa succession ? »

Il aura beau user de toutes les contorsions : à la Libération, on lui rasera sa barbiche.

À Megève (voir Fakir n°49), le patron d’une boutique de luxe me montrait cette trouvaille, « le col de vison amovible »  :
– Si jamais vous êtes ici, vous mettez le col vison. Lorsque vous revenez à Paris, vous l’enlevez… De même pour les manteaux de fourrure. Ici, vous les montrez, vous les mettez à l’extérieur. Mais quand vous rentrez, que vous présidez un conseil d’administration, vous laissez le luxe à l’intérieur.
Mais les poches, quand vous retournez votre veste, vous n’avez pas les poches qui pendent à l’extérieur ?
Non non non, tout est réversible.

Une suggestion : que cette tenue soit, à l’avenir, dénommée « le Joffrin ».

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Published by valenton rouge - dans Neuilly et le 9.2
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