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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 17:52

Lutte des cl2-2-fdec1Il y a un an, le gouvernement Sarkozy annonçait sa volonté de « réformer » (pour le « sauver ») le système de retraites par répartition. Il s’agissait notamment de reculer l’âge légal de départ à la retraite et d’augmenter la durée requise de cotisation pour pouvoir partir sans pénalités. L’opposition à ce projet de la très grande majorité des français, suivie d’un mouvement social et politique d’une ampleur comparable à celle des grèves de 1995 et du mouvement « anti-CPE » de 2006 n’ont pas suffi à faire reculer le gouvernement, mais l’ont durablement discrédité, désactivant, au moins momentanément, la puissance de clivage des motifs de l’insécurité et de la valeur-travail. Reste, pour ceux qui ont participé activement à ce mouvement, un sentiment mélangé. D’un côté, l’ouverture de nouveaux possibles, du fait des rencontres multiples, transcatégorielles, entre des mondes censés ne pas se fréquenter, du fait aussi du recours plus partagé à l’arme du blocage de l’économie, jusque là demeurée essentiellement l’apanage des mouvements étudiants. De l’autre, ce qu’il faut bien admettre comme un échec, l’incapacité d’accomplir, par-delà le prévisible travail de sape des directions syndicales, ce qui était sans cesse invoqué : la grève générale reconductible, la paralysie du pays.

Participants occasionnels ou plus réguliers au Mouvement des Chômeurs et Précaires en Lutte de Rennes, nous avons cherché à prendre part à cette lutte, notamment pour y porter un point de vue dissonant avec ce qui était censé faire consensus en son sein : s’en tenir à la défense du système actuel de retraite, faire fond sur la nostalgie de l’âge d’or du plein emploi. Il s’agissait pour nous de mettre au contraire l’accent sur l’auto-organisation des chômeurs, précaires, salariés pour étendre, dans une perspective égalitaire, la sphère des revenus socialisés et attaquer la logique du management capitaliste dans les entreprises et la société.

Ce texte cherche à avancer des éléments d’analyse, nécessairement partiale, de ces événements, en même temps qu’à proposer des perspectives de construction politique à la fois plus quotidienne et potentiellement opérationnelle en cas de reprise d’un mouvement général.

I. La bataille des retraites : contre-réformes et résistances

En France, l’histoire sociale et politique du siècle précédent a notamment abouti à la mise en place de droits sociaux, de conventions collectives et de lois réglementant le travail. Ces droits sont systématiquement remis en cause depuis une trentaine d’années. A ces attaques, les salariés ont fréquemment répondu par des mouvements de protestation. Les événements de l’automne 2010 s’inscrivent ainsi dans une continuité de luttes.

1.1 Retour sur une vieille querelle

La question des retraites [1] est une pierre d’achoppement récurrente entre gouvernements et salariés dont les intérêts sont clairement antagoniques. L’État, obéissant aux soi-disant nécessités économiques, poursuit plusieurs objectifs : faire pression sur les classes populaires et moyennes en réduisant les revenus socialisés (en langage comptable, réduire les déficits publics) et ouvrir de nouveaux marchés aux banques et assureurs.

Le point de départ est défini par la « réforme Balladur » mise en œuvre, sans résistance, en 1993. Celle-ci s’attaque au régime du secteur privé prévoyant l’allongement de la durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein (passage de 37,5 annuités à 40) et redéfinissant le nombre des « meilleures années » prises pour calculer le montant de la pension [2]. Les réformes suivantes auront comme objectif d’appliquer ces recommandations à toutes les branches, préparant la fin du système par répartition au profit d’un système par capitalisation. L’objectif étant que les salariés complètent voire même constituent leur retraite en passant des contrats avec des banques ou des assureurs privés.

Les luttes sociales contre ces réformes ont fortement marqué l’histoire des conflits salariaux au cours des années 90 et 2000. Le premier grand mouvement de contestation a lieu en 1995 contre le « plan Juppé » dont l’objectif était d’élargir la réforme Balladur aux fonctionnaires et aux salariés des entreprises publiques. Suite à des grèves de grande ampleur (ex. SNCF, France Télécom) le gouvernement recula sur la question des retraites. [3]

Ne pouvant rester sur l’échec de 1995, en 2003, Fillon propose à son tour une réforme prévoyant l’alignement du régime des fonctionnaires sur celui des salariés du privé et va plus loin, en mettant en place des mesures d’incitation à l’activité des seniors, et en créant un Plan d’épargne retraite populaire (PERP). [4] Cette réforme ne passera pas sans heurts. Des journées d’action dans l’éducation, mais aussi interprofessionnelles, ainsi que des grèves ponctuelles (reconduites parfois pendant plusieurs semaines en particulier dans l’enseignement) sont organisées, sans pour autant obtenir gain de cause. Il se passe peu ou prou la même chose en 2007, lorsque le gouvernement annonce la « réforme des régimes spéciaux ». En réponse à cette énième provocation, les mois d’octobre et novembre sont marqués par des grèves (Air France, fonction publique, étudiants en lutte au même moment contre une réforme universitaire) et des manifestations. Au cours de l’une d’entre elles, Chérèque, secrétaire général de la CFDT, conspué par la foule doit prendre la fuite, après avoir annoncé la veille la signature par son syndicat d’un accord avec le gouvernement.

La crise bancaire de 2008 provoque dans son sillage une aggravation de la crise économique. Dans un premier temps, ce sont des sommes colossales qui sont versées aux banques et des plans de relance qui sont mis en place dans le but de soutenir les secteurs les plus touchés. Puis, très rapidement et malgré les quelques phrases obligées sur les excès « immoraux » de la « spéculation », l’Union Européenne et le FMI, grands décideurs des orientations économiques, retrouvent leur langage habituel et, en bons porte-parole de ces mêmes marchés, exigent que les États recouvrent leur santé financière en réduisant leurs déficits publics. Pour ce faire, des plans de rigueur vont être imposés. Les gouvernements européens font le choix de restreindre les aides et les systèmes de protection sociale, de s’attaquer au droit du travail (notamment à travers l’augmentation du temps de travail et la généralisation du travail du dimanche), mais aussi de privatiser les entreprises nationales (fret ferroviaire, télécommunications) comme le prévoit le traité de Lisbonne ratifié en 2007.

C’est encore de cette épineuse question des retraites, donc du coût et du temps de travail, du montant des cotisations et du financement du système par répartition dont il est question en 2010. Cette énième réforme intervient dans un contexte où la nécessité invoquée de préserver la « sortie de crise » permet d’imposer la logique d’un « principe de réalité » gestionnaire aux classes populaires, alors même que les privilèges les plus symboliques (comme le fameux « bouclier fiscal ») ne sont pas remis en cause. La réforme prévoit l’allongement progressif de la durée de cotisation de 40 ans à 41 années et demi, le recul de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans ainsi que celui de l’âge auquel on peut bénéficier d’une retraite à « taux plein » (65 ans à 67 ans)

Les premiers mois de l’année sont le théâtre de manifestations de plus en plus mobilisatrices (5 de mars à juin, 800 000 personnes en France le 23 mars, 1,92 million le 24 juin). Puis, la trêve estivale passée, les journées d’action reprennent de plus belle, dès le 7 septembre, augurant les débrayages, blocages et grèves reconductibles des semaines suivantes.

1. 2. Composition du mouvement

Ce sont les salariés du secteur pétrolier qui donnent le ton. Les dockers du site de Fos-Lavera cessent le travail le 12 octobre, privant les raffineries de la Mède, près de Marseille, de matière première. Les dockers de Marseille sont alors rapidement suivis tant par les salariés des raffineries Total (10 raffineries sur 12), que par les dockers du Havre. Ces mobilisations font écho à des combats engagés ces dernières années par les dockers contre le démantèlement de leurs statuts avec celui des ports autonomes [5], et par les salariés du groupe Total depuis l’annonce de la fermeture du site de Dunkerque. Le mouvement se durcit avec l’occupation des dépôts d’essence. Le spectre de la pénurie surgit : les stations- service se vident, les aéroports parisiens puisent dans leurs réserves, on entend même certaines sections locales du patronat, comme à Amiens, appeler le gouvernement à négocier avec les syndicats.

Dès lors, le gouvernement choisit d’opter pour des méthodes plus coercitives. Le 22 octobre, 170 salariés de la raffinerie de Grandpuits sont réquisitionnés sur ordre du préfet de Seine-et-Marne et les gendarmes débloquent le site, permettant le redémarrage de l’activité. Au moment où le gouvernement juge que le mouvement a entièrement puisé dans ses réserves de mobilisation et qu’une intervention plus musclée peut se faire sans risquer de radicaliser le mouvement dans son ensemble, la police est également employée pour casser les blocages de dépôts d’essence (Donges, La Rochelle) qui avaient tenu jusque là, ce qui ne s’est pas fait sans heurts. L’ordre de réquisition de la raffinerie de Grandpuits disait : « La continuation de la grève est de nature à entraîner des troubles graves à l’ordre public (pénuries, émeutes). » Cet ordre de réquisition menaçait les travailleurs récalcitrants de leur infliger une peine de six mois de prison et une amende de 10000 euros. Les syndicats n’ont opposé à ces manœuvres pour casser la grève qu’une bien molle réprobation, et le 29 octobre, la totalité des salariés des raffineries avait voté la reprise du travail. Par ailleurs, un engagement oral aurait été passé avec les dirigeants syndicaux des ports avec la promesse que les dockers (qui bloquaient les terminaux pétroliers) bénéficieraient d’aménagements favorables en raison de la pénibilité de leur métier, « accord » dénié par le gouvernement quelques mois après.

Les raffineries étant à l’initiative du mouvement, ces déblocages ont été un mauvais coup pour la mobilisation, qui n’a pas fait long feu ensuite. Puisque les gouvernements se cachent derrière la sacro-sainte économie, le mouvement s’attaqua au système économique là où il est le plus vulnérable : réseau, flux de marchandises et de communication. Là où l’ensemble des politiques capitalistes vise à éliminer tous les obstacles à une circulation accélérée du capital et à disséminer les concentrations industrielles en un vaste réseau productif dépourvu de centre, assumer l’antagonisme avec le pouvoir impliquait la volonté d’interrompre ces flux. Ces blocages de sociétés de transport, d’axes routiers, de dépôts de bus, etc., ont été soutenus ou initiés par des salariés des sites visés en coordination avec d’autres salariés, des précaires, des étudiants, des chômeurs.

Le maître mot pour les grévistes et militants les plus actifs dans la contestation a donc été : il faut bloquer l’économie. Un des secteurs dont est redoutée la capacité de blocage est celui du transport ferroviaire. Les cheminots ont souvent représenté une grande force dans les mouvements (ex. 1995). Cependant, durant l’automne 2010, les cheminots et a fortiori les traminots (ex. RATP) n’ont pas été des plus mobilisés. Du coté de la SNCF, les organisations syndicales appellent à la grève reconductible le 12 octobre. Même si le taux de grévistes retombe rapidement, l’activité ferroviaire est sensiblement ralentie durant 6 jours. Pourtant, si pour les médias ou le gouvernement le fait d’empêcher la circulation de 4 TGV sur 10 au départ de Paris demeure une intolérable prise d’otages, pour obtenir des droits c’est trop peu. En effet depuis la loi de 2007 sur le « service minimum », les services de transports en commun sont contraints d’assurer un minimum de fonctionnement (circulation d’un nombre minimal de trains mobilisant du personnel, obligation de se déclarer gréviste 48 h à l’avance) Les cheminots attaqués directement dans leurs droits de grève voient leur marge de manœuvre très réduite, affaiblissant au passage l’ensemble du mouvement. L’action des agents RATP a été assez circonscrite. A Marseille, les grévistes ont fait le choix d’arrêter certaines lignes de bus, notamment celles qui desservent les principaux centres commerciaux.

Cette loi dite du service minimum s’applique aussi à l’Éducation nationale (dans le primaire), ce qui a pu contribuer à la faible implication du personnel éducatif au cours du mouvement. Phénomène qui s’explique avant tout par la désillusion née de l’échec, malgré leur forte participation du mouvement contre la réforme des retraites de 2003 et les attaques multiples dont ils font depuis l’objet (baisse du nombre de postes, interventionnisme croissant du gouvernement dans les pratiques pédagogiques et la vie de l’école, tentative d’instaurer un salaire au « mérite »). Les salariés de l’Éducation nationale sont d’ailleurs régulièrement convoqués aux grandes messes syndicales que sont les « journées d’action » et, à la différence de la majorité des salariés, en ont été depuis longtemps dégoûtés.

Cette tendance à une faible mobilisation des secteurs habituellement les plus actifs se vérifie également, dans les entreprises du secteur public récemment privatisées, que ce soit à la Poste ou à EDF. Dans ces branches, les salariés ont mené de nombreuses luttes depuis 2008, subissant de grosses restructurations qui mettent à mal leur potentiel combatif. Néanmoins, à la Poste, les syndicats ont lancé l’appel à la grève illimitée à partir du 19 octobre, mais les durées et modalités de mobilisation ont varié selon les endroits. A Marseille, certains ont continué durant 2 mois, tandis que dans d’autres villes la distribution du courrier a repris rapidement. Les agents d’EDF des sites de Tricastin et de Flamanville ont décidé une grève de deux jours et une baisse de 50% de l’activité, forçant le Réseau de transport d’électricité (RTE) à importer de l’électricité, alors que la France est normalement exportatrice. Du coté de France Telecom-Orange, la situation est inextricable. Privatisé depuis 2004, la mise en place du « plan NExT » de réduction des effectifs, accompagné de nouvelles mesures de management, entraîne dépressions et suicides (54 ces deux dernières années). Le 12 octobre, 21 % des 80 000 agents étaient tout de même en grève.

Autre secteur d’activité dont l’arrêt est vite ressenti, celui de la collecte des déchets. Les éboueurs de Marseille, Toulouse, Belfort ont non seulement arrêté de ramasser les ordures, mais ils ont également perturbé le fonctionnement des centres techniques et bloqué les dépôts. Mentionnons aussi les crèches et les cantines scolaires où il y a eu de nombreux débrayages. A Marseille, 240 cantines ont arrêté de fonctionner. Concernant les salariés du privé, leur participation aux manifestations a compensé en partie l’affaiblissement du secteur public. Les routiers ont rejoint le mouvement le 17 octobre, participant aux blocages et ralentissant les approvisionnements, mais leur implication fut de courte durée, rendue difficile par la menace de sanction (en vigueur depuis les grandes grèves de 1995) s’ils utilisaient leurs camions. De nombreuses PME ont fait grève, notamment les équipementiers automobiles. A Lyon, la vallée de la chimie a été fortement touchée : fabrication textile, peinture, pharmaceutique, silicone, etc. L’ont aussi été de grandes entreprises comme Peugeot, Renault, Michelin.

Dans l’ensemble, les manifestants semblent avoir été dès le début partagés entre mécontentement et abattement. Après le déblocage des raffineries, continuer de lutter paraissait d’autant plus difficile que la loi venait d’être votée, revers prévisible d’une rhétorique syndicale qui visait à accorder la temporalité du mouvement aux étapes du débat parlementaire, dans une classique division des rôles entre légitimité du pouvoir étatico-parlementaire et protestation populaire. Le texte est adopté définitivement le 20 octobre par le sénat. En suivant la logique des grandes centrales syndicales et des principaux partis de gauche, la seule continuité possible pour le mouvement s’imposait d’elle-même : les élections de 2012.

II. Encadrement et débordement , une autonomie problématique

2.1. La stratégie de l’intersyndicale

Après de nombreux appels à des journées de grève ou à des débrayages pour manifester, le gouvernement ne bouge toujours pas, et aucune fausse négociation n’est proposée. Début octobre, la CGT appelle à durcir le mouvement, signe que ses bases syndicales peuvent se lancer dans la bataille, mais à aucun moment elle n’appelle à la grève générale. « La grève générale ne se décrète pas dans un bureau, ni de façon incantatoire » nous dit Bernard Thibault, déniant l’influence de son discours sur la motivation des sections syndicales dans la lutte et légitimant les positions frileuses de l’intersyndicale. Ceci donne à penser que la direction nationale laisse ses militants et les salariés décider de partir en grève et que si la grève ne se généralise pas spontanément, c’est que les conditions ne sont pas réunies. Ce qui implique d’accorder un crédit excessif au caractère démocratique des centrales syndicales : les salariés n’auraient qu’à prendre leurs responsabilités, personne ne les en empêche. Or c’est précisément ce discours qui tient lieu de position politique : celle de ne pas vouloir contribuer à ce que le pays soit bloqué, dénigrant ainsi tous ceux qui se battent pour que la grève générale devienne un mot d’ordre du mouvement.

2.2. La grève reconductible

La grève reconductible a été lancée localement par des assemblées interprofessionnelles composées de militants aguerris et de travailleurs des secteurs qui avaient déjà su manifester leur combativité. Les raffineries ont donné le ton, en raison d’une tradition marquée par la domination de la CGT, et à travers elle, du PCF sur le mouvement ouvrier, qui croit simultanément en la nécessité de recourir à une grève dure et longue pour construire un rapport de force et en la nécessité qu’elle soit sous contrôle de la direction. Selon cette conception, le conflit doit d’abord se concentrer dans une boîte puis se propager dans les autres par le biais d’intersyndicales dans lesquelles ne sont autorisés à siéger que les représentants syndicaux, pourvus d’heures de délégation. Si l’on peut rejeter cette conception, il n’en reste pas moins que cette configuration syndicale, aiguillonnée par la pression faite par Sud et Fo dans certains secteurs pour que la CGT appelle à la grève plutôt qu’à négocier, a joué un rôle majeur pour la mise en œuvre, même limitée, du mot d’ordre de grève reconductible. Voyant d’autres réformes se profiler déjà (réformes de l’assurance chômage, de la sécurité sociale, de la justice...), les militants les plus combatifs y ont vu la possibilité d’un bras de fer avec le gouvernement pour tenter d’endiguer la vague de réformes.

Le manque de soutien des centrales n’est pas le seul facteur de l’attentisme général, du fait que « ça n’ait pas pris ». Il est difficile d’expliquer les raisons qui font qu’à un moment donné personne n’arrive vraiment à croire en la possibilité d’une victoire. Il est probable qu’ont fortement pesé, après l’enthousiasme du mouvement contre le CPE, les trois années qui ont succédé à l’élection de Sarkozy, années dominées par un sentiment d’impuissance face à un gouvernement qui a réussi à vaincre d’importantes luttes dans l’éducation et à la SNCF, et à imposer une multitude de réformes - dont on peut dire qu’elles étaient toutes plus ou moins inspirées du projet de « liquidation de l’héritage de mai 68 », selon l’ambition du candidat Sarkozy. D’autre part, l’opération consistant à présenter la réforme sous le jour d’un réalisme économique, au moment où la même situation se décline dans plusieurs pays d’Europe amenant avec elle un effet de comparaison relativisant, n’a pas été sans effet. C’est, on pourrait dire, la victoire de l’économie qui nie sa dimension éminemment politique. Et sur ce point, la gauche majoritaire, reconnaissant la nécessité d’allonger la durée de cotisation, n’émet pas un discours différent.

La forte sympathie indiquée par les sondages d’opinion ne s’est pas traduite par une participation active dans le mouvement, bien que la constitution des caisses de grève ait mis à mal le discours des directions syndicales sur le caractère impopulaire des blocages. Ces caisses de grève ont non seulement permis à beaucoup d’apporter leur soutien matériel aux luttes, en minorant les effets financiers de la grève notamment sur les bas salaires, mais aussi d’exprimer une solidarité idéologique. Ces caisses de grève ont pris dans le mouvement une dimension surprenante : l’idée a pris corps que si les secteurs clefs étaient bloqués, le gouvernement céderait forcément. Ce point de vue « stratégique » peut s’apparenter également à une forme de délégation, s’appuyant sur la croyance que le rapport de force tiendrait à la capacité de provoquer une pénurie. Or soutenir une grève dans un secteur clef de l’économie ne peut se substituer à la volonté de favoriser la généralisation du mouvement, qui, en plus des caisses de soutien, peut également s’inscrire dans le recours à des formes de luttes moins connues, comme les grèves tournantes [6], perlées [7], de 59 minutes [8], selon les situations, afin que soit envisagé collectivement la possibilité pour le plus grand nombre de personnes de prendre part à un mouvement de longue haleine.

On peut évidemment considérer que la structure du mouvement en lui-même ne permettait pas de croire réellement que celui-ci puisse prendre : en effet la faiblesse des contre-pouvoirs aux directions syndicales n’a pas permis la constitution d’une opposition ferme et basiste qui aurait pu sortir de l’isolement les franges combatives. Cependant, la tentative a été faite de porter une autre voix au sein du mouvement en cherchant à favoriser la participation la plus large aux blocages des flux de marchandises, des axes de communication et des sites industriels, pour chercher à suppléer au caractère très relatif de l’effet bloquant des trop rares arrêts de travail prolongés.

2.3 Intersyndicales locales, intersyndicales « bis », AG interpro : une volonté d’autonomie vis-à-vis des directions

Dans plusieurs villes en France, on a vu fleurir, en marge des intersyndicales, des assemblées générales dites “interprofessionnelles” ou « interluttes ». Celles-ci étaient composées de chômeurs, précaires, salariés, lycéens et étudiants, qui voulaient se doter d’une forme d’organisation pouvant jouer un rôle indépendant vis-à-vis des directions syndicales et de leurs intersyndicales : organiser des blocages, étendre la grève, défendre face à la logique des journées d’action la temporalité d’une lutte continue. Cet espace permettait également aux chômeurs et aux précaires d’avoir des lieux de rassemblement pour lutter, eux qui n’ont pas forcément de lieu de production attitré ou dans lequel ils se sentent en capacité de se mettre en grève. A Rennes, on peut dire que cela a pris sa source dans deux formes d’intervention : d’abord, grâce à l’initiative de certains syndicalistes d’élargir les discussions portant sur la stratégie du mouvement, puis, par l’invitation par ces mêmes syndicalistes d’organisations comme celle du Syndicat des travailleurs bretons (SLB) et le Mouvement des Chômeurs et Précaires en Lutte dans une « intersyndicale bis » autour du mot d’ordre de retrait de la réforme. Ces démarches avaient pour but de renforcer une tendance qui voulait à la fois organiser des actions communes et se donner la possibilité de peser sur les orientations des luttes. En parallèle, des précaires sont allés à la rencontre des différents piquets pour proposer aux travailleurs en lutte de prendre la parole aux assemblées générales étudiantes et enquêter sur les grèves locales.

La constitution de l’AG interpro a eu lieu à Rennes assez tôt au cours du mouvement, réunissant régulièrement une centaine de personnes. C’est cette AG interpro qui a pris l’initiative d’occuper d’anciens locaux de la CFDT et d’y ouvrir une « maison de la grève », ayant vocation à être un foyer de lutte permanent, mais aussi de discussions, de moments conviviaux autour de repas et de fêtes. Ainsi, des chômeurs/précaires, des étudiants, des salariés en grève isolés, se sont retrouvés presque chaque jour au plus fort du mouvement pour se rencontrer, écrire leurs propres tracts, organiser des actions. Mais il a manqué à ces AG interpros d’être reconnues par la plupart des salariés et des syndicalistes comme des lieux privilégiés de décision pour qu’elles le deviennent effectivement, sauf lorsqu’elles était tenues en main par des intersyndicales locales. Le choix de se tenir à distance fait par certains syndicalistes de lutte, qui n’ont pas relayé cet espace de prise de décision, s’explique à la fois par le fait que celui-ci n’a pas rencontré l’écho qu’il prétendait avoir parmi les salariés, et que ces syndicalistes étaient déjà fort occupés à mener le combat au sein de leur propre structure. En termes de revendications, les AGI ont permis de s’écarter un peu des discours des grandes centrales. Elles n’ont pourtant pas réussi à imposer d’énoncés sur la question des chômeurs/précaires ou celle des sans-papiers, catégories totalement oubliées du discours syndical hégémonique. Celui-ci s’est contenté de revendiquer le retour au plein emploi, la taxation des profits ou la suppression de certains privilèges fiscaux comme ce qui rendrait possible, en termes comptables de financement, la préservation du système actuel. Aucun syndicat n’a cherché à souligner les défaillances de l’actuel système, défavorable aux chômeurs, aux précaires, à ceux qui n’ont pas suffisamment cotisé, aux salariés les plus pauvres.

2.4. Les actions de blocage : la position des syndicats

C’est davantage au niveau des blocages que les AGI ont pu jouer un rôle de relais et se faire force de proposition. Si la direction locale de la CGT Ille et Vilaine (l’union départementale 35) ne revendiquait pas ouvertement les blocages, elle laissait faire des “dif‟ de tracts gênant la circulation”. Toujours au courant de ce qui se passait, elle autorisait ses militants à participer à des blocages effectifs, mais lorsqu’elle jugeait que ce n’était pas approprié, elle leur demandait de revenir à des pratiques plus symboliques, ou de quitter les lieux d’action. L’un des enjeux des AGI a été de tenter d’initier des actions avec des militants en se passant des autorisations des directions syndicales, ce qui a été difficile. Il va sans dire que la présence syndicale sur les piquets mobiles semble être un moyen par lequel nous pouvions rendre effective une liaison par l’association entre des formes ritualisées de lutte, et celles qui refusent de s’en tenir à une stricte légalité.

La question du débordement, qui pourrait se définir comme la détermination des grévistes d’aller plus loin que les orientations fixées par les directions, se pose lorsqu’une situation semble être sous le contrôle exclusif de ces dernières, particulièrement lorsque la stratégie qu’elles proposent semble vouée à l’échec. Il s’agit de trouver dans le débordement des initiatives qui encouragent et élargissent la dimension d’auto-organisation [9]. Le problème est que ces gestes peuvent renforcer les mêmes structures qui sclérosent, à certains moments, les luttes et figer artificiellement des lignes de partage au sein du mouvement. Ainsi, lorsque, cédant à leur impatience, les forces qui prônent le débordement se refusent à chercher, à construire un consensus majoritaire susceptible de rassembler les tendances les plus offensives et d’être admissible par les hésitants, elles risquent de s’enfermer dans une pure négativité, d’échouer dans leur volonté d’introduire dans les luttes un moment irréversible pour le plus grand nombre. En cela, l’autonomie aurait plus à voir avec l’indiscipline à l’égard des professionnels de l’encadrement des mouvements, indiscipline nécessaire à la réappropriation des luttes par le plus grand nombre, et, inséparablement, la constitution d’une discipline où les espaces de délibération et de décision collective engagent effectivement ceux qui y prennent part. Un tel « débordement » aurait pu se manifester pratiquement par le refus d’interrompre une action à l’appel du syndicat, comme geste d’insubordination. Par exemple si les ouvriers de l’industrie du port de Brest en grève, qui bloquaient l’arrivée des tankers aux côtés du collectif inter-pro, n’avaient pas stoppé la grève sur un coup de fil du syndicat [10]. Le problème de la structure pyramidale des principaux syndicats, et ce que cela suscite comme confinement des luttes, ne peut pas être envisagé uniquement par une réforme du fonctionnement interne des syndicats. Cela doit s’accompagner d’une critique en acte qui vient assumer le prolongement d’une histoire des luttes ouvrières : celle de l’autodétermination de ceux qui luttent, syndiqués ou non. Autodétermination qui ne se restreint pas au lieu de production assigné et qui a cherché à se construire à travers le travail de liaison mené par ceux qui prenaient part aux AGI.

Avec un peu de recul, il semble que le fait que personne n’ait prôné la rupture ouverte d’un des syndicats majoritaires avec l’intersyndicale révèle que son existence apparaissait, dans un contexte de faiblesse des luttes de classe, comme une garantie du caractère de masse du mouvement. Dans cette perspective, nous pensons que la manière la plus pertinente (plus que les luttes syndicales internes) d’échapper à la paralysie impliquée par le respect du cadre de l’intersyndicale était d’œuvrer à la constitution des AG interpro. Seule leur coordination, en apparaissant localement et nationalement comme un contre-pouvoir crédible car animé par des syndicalistes, des grévistes et des militants de base impliqués dans les luttes locales, eut été en capacité de contester le leadership de l’intersyndicale et de contribuer à la généralisation du mouvement [11] a été le fait divers le plus significatif d’une complicité objective entre le gouvernement, les médias, et, malheureusement, une grande partie de la gauche, pour éliminer tous ceux qui voient, dans l’état du monde actuel, plus de raisons pour laisser exploser leur colère que pour la contenir.

Le but a été atteint quand les manifestants ne voient plus l’émeutier comme un manifestant qui emploie d’autres moyens, mais comme un policier infiltré. La déclaration de Mélenchon, chef du Front de Gauche, selon qui ceux qui jetaient des pierres ou brisaient des vitrines étaient des « sarkozystes militants », ne peut que renforcer la division, qu’il convient au contraire de chercher à défaire, entre révolte spontanée des plus précaires, et travail politique et syndical quotidien, bien souvent mené par des catégories plus favorisées.

Ces gesticulations médiatiques ont eu pour effet de faire écran devant les innombrables interventions policières musclées contre les blocages économiques, les blocages de lycées, les occupations, interventions qui ont occasionné des dizaines de blessés et des centaines de condamnations à des peines parfois très lourdes. Premiers frappés : les jeunes des quartiers populaires, auxquels il s’agit de rappeler que rien ne sera toléré venant d’eux. Le souvenir de novembre 2005 est encore frais dans les mémoires.

On objectera à raison que la question de la violence n’était sans doute pas la question essentielle de ce mouvement. De nombreux militants, même « radicaux », sentaient bien que travailler à la généralisation de la grève, à l’intensification des blocages économiques, était plus pertinent que d’insister sur la confrontation directe, le gouvernement cherchant à tout prix à réduire le foyer local, généralement restreint, de « bloqueurs » et de grévistes actifs en effrayant, en arrêtant, en condamnant, parfois pour de simples « entraves à la circulation ». Cela ne doit pas empêcher de constater combien les blocages les plus inoffensifs étaient tolérés, à la différence des plus gênants qui ont été systématiquement dégagés par la police. On ne doit donc pas opposer grèves et émeutes, comme si la première était en soi plus menaçante pour le pouvoir que les affrontements de rue. Dernier mouvement d’ampleur en date, le mouvement anti- CPE s’était ainsi démarqué des mouvements plus traditionnels par la coexistence de blocages d’universités et de lycées, de blocages économiques, d’émeutes et de journées d’action syndicales. Cette configuration inédite était parvenue à faire reculer, au moins partiellement, le gouvernement.

Ainsi, la complaisance ou même la passivité envers les discours qui assimilent émeutiers et policiers doit être combattue. Qu’il soit avéré ou non qu’un flic infiltré ait pu casser une vitrine dans une manif, il faut toujours refuser cette assimilation et travailler à poser la question des moyens, des formes de lutte dans le cadre du mouvement, de telle sorte que des tactiques différentes puissent faire l’objet d’une problématisation collective et éventuellement coexister. Ce qui implique de ne jamais se rapporter aux forces ennemies, police, médias dominants et bureaucratie syndicale dont l’étroite complicité n’est plus à démontrer, comme à des instances neutres. Et de ne jamais relayer parmi nous leurs pratiques de stigmatisation de « sujets à risque », bons à jeter en pâture à la police.

III- Un aperçu du syndicalisme

3-1 Syndicalisme et histoire du mouvement ouvrier en France

Le syndicalisme connaît une importante décrue de ses effectifs militants depuis une quarantaine d’années, à l’image des organisations de masse du mouvement ouvrier, telles que le parti communiste et ses ramifications associatives et culturelles. Corrélativement à la chute du nombre d’effectifs, la « crise » du syndicalisme se traduit par l’affaiblissement de la perspective militante de transformation sociale et politique, en particulier celle qui fait des luttes sur le lieu de travail le levier principal d’une telle transformation. Le syndicalisme se divise aujourd’hui entre une tendance qui prône la résistance aux restructurations libérales et une tendance à l’« accompagnement social » de ces restructurations.

Par le passé (si l’on excepte les fortes tendances syndicalistes révolutionnaires d’avant 1914 [12]) et jusqu’aux années 60 il se divisait globalement entre un syndicalisme d’obédience marxiste qui existait comme courroie de transmission des partis de gauche (en particulier le PCF), et un syndicalisme non-marxiste, prétendument apolitique, parfois inspiré par le christianisme social, qui généralement rejetait la lutte des classes et lui préférait une approche en termes de défense d’intérêts catégoriels, quand il n’était pas simplement jaune ou pro-patronal. La capacité de certains syndicats de cette deuxième tendance à accueillir les éléments critiques de gauche au stalinisme et post-stalinisme russe leur a permis parfois d’apparaître comme une alternative au sein du camp ouvrier (FO, fortement investi par les trotskystes, et surtout la CFDT, un bref moment gagnée à des positions autogestionnaires). Nous avons assisté depuis les années 60 à une importante dissémination du paysage syndical français : essor de la CFDT, maintien prolongé de la CFTC ainsi que des cadres de la CGC comme « syndicats représentatifs », apparition de syndicats corporatifs dits « autonomes » (UNSA), enfin naissance de SUD ( [13] à gauche de la CGT.

On peut dire que globalement, on a assisté depuis le début des années 80 à une « démarxisation » du syndicalisme français, une relative autonomisation vis-à-vis des partis politiques (même si le syndicalisme majoritaire reste fortement lié à la gauche majoritaire, la CGT incarnant son aile gauche et la CFDT son aile droite), un alignement sur les évolutions des représentations politiques dominantes. Peu à peu, l’idée d’une division fondamentale de la société en deux classes antagonistes s’est estompée [14], favorisant l’essor des représentations d’une société fragmentée par des lignes de clivage plus sociales que politiques, aux divisions multiples mais relatives entre « inclus » et « exclus », entre « statuts garantis » et « précaires », « public » et « privé », jeunes scolarisés et adultes salariés, français « de souche » et « d’origine immigrée », centre-ville privilégiés et périphéries défavorisées. La nécessaire prise en compte de cette fragmentation, en l’absence d’un mouvement puissant en capacité de coordonner la multiplicité des situations d’oppression, a eu tendance, dans le discours de la gauche majoritaire, à dissoudre la perspective égalitaire d’une société sans classe dans la problématique de l’exclusion et de la lutte contre les discriminations.

Le syndicalisme s’est trouvé confronté à un double processus : la crise du rapport syndicat/ parti, la différenciation et la segmentation au sein de l’ex-classe ouvrière, rebaptisée « monde du travail ». Le schéma du syndicat ouvert aux non-communistes mais subordonné au parti [15], qui pouvait paraître constituer une articulation pertinente entre lutte quotidienne pour l’amélioration des conditions de travail et perspective d’un changement politique global, n’a pas résisté aux vagues successives de désillusion vis à vis du modèle soviétique, à l’évènement de mai 68 et à la défaite du mouvement révolutionnaire dans la décennie suivante.

Ce modèle était trop lié, dans sa mise en œuvre effective, à la défaite du mouvement révolutionnaire antérieur (1917-1923) qui avait vu l’irruption d’un troisième terme entre syndicat et parti, celui des conseils, expression d’une intervention prolétarienne directe (à travers notamment l’élection de délégués responsables et révocables) et sa constitution comme pouvoir politique alternatif à l’oligarchie capitaliste despotique ou libérale. La victoire des contre-révolutions en Europe et la bureaucratisation des soviets en Russie n’ont pas permis à une telle forme d’organisation de se maintenir et de contester le monopole des syndicats et des partis sociaux-démocrates et staliniens sur la politique ouvrière [16]. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les équipes dirigeantes aussi bien à la CGT qu’au PCF n’ont jamais manifesté une grande sympathie pour la formation de tels organes de lutte révolutionnaire.

68 peut être envisagé en grande partie comme l’effet d’une volonté populaire d’agir sans attendre le signal ou l’autorisation des directions de « ses » organisations. Mais la décennie de luttes qui a suivi 68, et la défaite du mouvement révolutionnaire pour de longues années, n’ont pas vu la construction de formes d’organisation pérennes, capables de contester durablement le monopole des organisations traditionnelles. Les formes syndicales et de parti ont donc subsisté, sans parvenir à surmonter leur crise. Par ailleurs, le syndicalisme de lutte de classe [17] avait eu pour double caractéristique une contribution à l’amélioration des conditions de vie des salariés et la subordination de leurs luttes à la stratégie des partis de gauche hostiles à toute tentative révolutionnaire.

Cette hostilité à la perspective révolutionnaire n’a pas été seulement imposée aux militants ouvriers, elle s’est appuyée sur une hostilité déjà là parmi ceux qui étaient les plus influencés par la social- démocratie [18], et elle a contribué à rejeter hors des rangs du mouvement ouvrier officiel ce qui cherchait à marquer sa fidélité à la perspective révolutionnaire ouverte en 1917 plutôt qu’avec le régime qui s’en voulait l’héritier. C’est ainsi que nombre des adversaires communistes de la social-démocratie dans les années 20 sont progressivement devenus, au sein du mouvement ouvrier où ils avaient conquis l’hégémonie, les plus zélés liquidateurs de cette perspective révolutionnaire.

Le syndicalisme qui s’était développé avec le plus d’ampleur dans cette période 1920-1970 a fortement pâti de l’ajournement perpétuel des combats décisifs. Après 1945, s’affirme une tendance grandissante à lutter exclusivement pour améliorer les conditions de vie des salariés en évacuant la question de leur pouvoir politique. Faisant fond sur une confiance excessive dans le progrès supposément inhérent aux lois de l’histoire, sans volonté réelle de prendre en compte toutes les formes de l’exploitation et de l’oppression ainsi que leurs mutations, le syndicalisme s’est peu à peu imposé, à partir de ses bastions, comme un acteur à part entière des politiques industrielles de l’Etat capitaliste, en abandonnant toute référence, même invocatoire, au mot d’ordre d’abolition du salariat. Une telle évolution a peu à peu entraîné un affaiblissement de la teneur politique des luttes dites sociales, et, le syndicalisme, s’étant avéré impuissant par la suite à empêcher les restructurations industrielles, n’a pu contre-carrer un processus de re-différenciation des intérêts catégoriels, qui ne lui permet plus aujourd’hui de jouer son rôle de contre-pouvoir. Dans ces conditions, l’image qui s’est imposée du syndicalisme est celle d’une représentation institutionnalisée des différents secteurs socio-professionnels de ce qui n’est plus une classe potentiellement révolutionnaire, mais un « monde du travail » où tous défendent leurs intérêts irréductiblement particuliers. Du point de vue des gouvernants, la fonction utile du syndicalisme s’apparente dès lors à faciliter, par son expertise des conditions de travail et de l’environnement économique, la composition de tous les intérêts en présence, n’excluant pas des épisodes de conflictualité, à partir d’un consensus sur la rationalité ultime des lois de l’économie capitaliste. Un tel devenir du syndicalisme majoritaire donne ainsi en creux l’image du déclin politique des classes populaires. Pour autant, il est loin de présenter un visage uniforme.


 

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5778

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Published by valenton rouge - dans France
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