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 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 18:02

Lutte des cl2-2-fdec13-2 Prises de position syndicales et conflits internes

Dans le mouvement que nous venons de traverser, tous les syndicats de quelque importance ont cherché à marquer leur singularité, malgré le respect du cadre de l’intersyndicale. Mais ils ont fait face en interne à des tendances contradictoires (hormis la CFDT) qui donnent à penser que les lignes de clivage sont transversales aux différents syndicats. Ainsi voit-on la CGT par exemple fortement divisée. D’un côté, les partisans de la ligne Thibault, favorables au rapprochement avec la CFDT, et qui cherchent à disputer à cette dernière le rôle d’interlocuteur privilégié du gouvernement et du MEDEF, en se débarrassant des anciennes méthodes où la conflictualité prime sur la négociation. L’ouverture de négociations sera ainsi la revendication que la CGT, main dans la main avec la CFDT, va opposer à ceux qui demandent un « retrait pur et simple » (FO, SUD, CNT...), cherchant ainsi à se débarrasser de son image, héritée d’un passé déjà lointain, du « syndicat qui ne signe jamais ».

La grève devient dans cette perspective l’« ultime recours ». Face à cette tendance, une importante minorité a cherché au cours du mouvement à impulser des intersyndicales locales fortes, des cadres d’organisation du type AGI ou des actions. Cette minorité n’est pas homogène, partagée entre partisans du rôle dirigeant des syndicats (et a fortiori de la CGT) dans toutes les formes d’action et de mobilisation, le plus souvent réservant leurs critiques pour la ligne Thibault, et syndicalistes ouverts à l’action commune avec tous les éléments combatifs, syndiqués ou non, y compris les étudiants, chômeurs et précaires.

Chez SUD, les divergences internes étaient sans doute moins accusées qu’à la CGT, étant donné le consensus sur la volonté d’incarner une alternative au tandem CGT-CFDT. Mais s’est néanmoins révélé un important clivage entre ceux qui entendaient bien ne pas être accusés de remettre en cause la légitimité du cadre de l’intersyndicale, et ceux qui jugeaient nécessaire de marquer l’hétérogénéité des positions au sein du mouvement et d’indiquer les impasses auxquelles les directions syndicales coalisées ne manqueraient pas de nous conduire. Les premiers, comme la majorité des CGTistes critiques de la ligne Thibault, se sont montrés très réticents vis à vis de ce qui sortait du cadre de l’intersyndicale, et n’ont pas fait montre d’initiatives en dehors de ce cadre ; les seconds ont parfois impulsé, comme à Rennes, des intersyndicales- bis avec les syndicalistes de lutte et des précaires organisés, ainsi que des AG interpro. Il semble que la première tendance demeure aujourd’hui majoritaire, étant donné les prises de position qui ont été celles des leaders en vue dans les grands médias.

A FO, qui constitue un syndicat sans véritable orientation autre que sa distance vis à vis des deux « grands », il apparaît que l’extrême fragmentation des positionnements politiques profite aux courants les plus cohérents (trotskystes et libertaires) pour imposer une ligne hostile à la négociation et favorable à la grève générale de 24 h. Mais les situations locales sont trop variées pour que puissent être dégagées une ou plusieurs tendances distinctes. Néanmoins, à Rennes comme à Brest, les sections de FO, influencées par l’anarcho-syndicalisme, se sont affirmées globalement favorables à l’autonomie à l’égard de l’intersyndicale. Enfin, la CFDT s’est retrouvée dans un rôle inhabituel pour elle, où elle ne pouvait pas quitter l’intersyndicale pour aller négocier avec le gouvernement, étant donné qu’il n’y avait rien à négocier. Pourtant, elle n’a pas été avare de perches tendues, notamment sur la question de la retraite à taux plein, tant elle craignait que le mouvement prenne réellement de l’ampleur, et qu’elle soit obligée de le cautionner ou d’être accusée de le saboter en le désavouant. Mais l’exercice s’est révélé très profitable pour elle, à court terme bien sûr, au sens où la centrale a pu passer pour une vraie force d’opposition tout en restant parfaitement homogène à la rationalité capitaliste. Quant aux militants CFDT de base, on a pu les voir sur des blocages là où l’intersyndicale était véritablement dynamique, comme au Havre. Ailleurs, ils n’ont eu visiblement de vraie présence que pour former les gros bataillons orange des manifs entre midi et deux.

3-3 Réémergence d’un syndicalisme émancipé

On pourrait avancer que le syndicalisme aujourd’hui, tel qu’il nous est apparu dans ce mouvement est divisé en trois tendances :

• une tendance majoritaire qui voit la CFDT et la majorité de la CGT s’orienter vers un syndicalisme d’accompagnement qui accepte pleinement son rôle de faire valoir des intérêts des salariés dans le cadre d’un « principe de réalité » économique, (nécessité d’accroître la compétitivité des entreprises françaises, d’accepter la généralisation de la précarité) tout en cherchant à anticiper et à en amenuiser les conséquences sociales.

• une tendance encore numériquement forte, et qui a été centrale dans le dernier mouvement, qu’on peut retrouver essentiellement à la CGT, mais aussi à SUD et FO, réellement désireuse qu’un grand mouvement advienne avec des appels clairs à la grève générale reconductible, mais qui dans ses pratiques de lutte parvient difficilement à échapper à l’idée qu’il lui faut un mandat (du syndicat, des salariés) pour participer à une AGI ou à des actions.

• une tendance encore numériquement faible mais qui s’est réellement affirmée pour la première fois dans ce mouvement, de syndicalistes de base à la CGT, à FO, à SUD, à la CNT (et le SLB en Bretagne) pour qui c’est réellement dans un cadre transcatégoriel ouvert aussi aux salariés, étudiants, chômeurs et précaires non syndiqués que doit se construire un mouvement cherchant à se donner les moyens de faire converger actions de blocage et contribution réelle au déclenchement de grèves dans les entreprises.

Nous nous garderons donc de bien de faire l’apologie d’une organisation contre une autre, pas plus que d’affirmer qu’il existe un conflit irréductible entre syndicalistes de base en général et directions syndicales en général. Le clivage syndicalisme de lutte/ syndicalisme d’accompagnement ne semble pas non plus absolument suffire. En plus de ces éléments qui peuvent faire clivage, il importe d’insister sur une ligne de fracture interne au camp de ceux qui peuvent se dire partisans d’un « syndicalisme de lutte ». En forçant exagérément le trait, on peut distinguer un syndicalisme clos sur son organisation, sur son lieu de travail, contenu par l’idée qu’il faut agir au diapason de ce qu’on estime être la majorité, l’« opinion publique ». Auquel s’oppose un syndicalisme qui appelle de ses vœux le travail commun entre syndicalistes de lutte de différents secteurs et de différentes organisations. Pour ces derniers, des formes d’activité et de coopération existent et doivent se développer également en dehors des entreprises ; selon eux, c’est en osant à certains moments le passage à l’acte d’un blocage, d’une occupation, et en cherchant à y associer ceux qui n’en sont pas familiers, qu’on peut donner confiance à d’autres dans leur capacité d’en faire autant. En résumé, plutôt un clivage entre ceux qui intègrent au syndicalisme les critiques du syndicalisme pour en assumer la dimension pleinement politique, et ceux qui demeurent pris dans la méfiance envers ce qui n’est pas intégralement assimilable à une organisation syndicale ou politique estampillée « mouvement ouvrier ». Cette ligne de fracture n’est bien entendu pas irréductible. Mais elle indique à la tendance vivante du syndicalisme à quelles conditions elle peut contribuer à la réémergence d’un mouvement révolutionnaire, en lien avec des collectifs engagés contre d’autres aspects de l’oppression que l’antagonisme capital/travail au sein de l’entreprise.

IV- La situation politique et ses limites

4-1 Récurrence et faiblesse des luttes contemporaines

Le revers de l’ère de « la crise », justifiant les menées des capitalistes afin de préserver leurs marges, est la multiplication des temps d’expression d’une colère diffuse se manifestant au travers de luttes récurrentes cristallisant épisodiquement la voix d’une partie de la population. Ces luttes multiples se sont opposées tant à ce qu’induit l’économie capitaliste en restructuration permanente qu’aux gouvernements successifs à la solde de celle-ci.

L’horizon du capitalisme semble être de produire à bas coût, sans cesse et toujours plus d’objets à obsolescence programmée ou de savoirs fonctionnels à cette logique. Chacun est tenu d’être mobilisé et de se rendre capable jour après jour de retourner bosser. Les entreprises sollicitent un désir de s’investir complètement, de s’accomplir par le travail, mais la réalité de la coopération dans les équipes se révèle bien vite, et de manière de plus en plus dramatique, comme règne de la mise en concurrence, généralisation de l’évaluation des « compétences » et élimination des moins « performants ». D’autre part, la concurrence, stimulus de la loi du marché, induit quand le rapport de force patronal s’exerce sans entrave qu’il faille abaisser le coût du travail afin que l’entreprise puisse continuer à se faire de l’argent sur le dos des salariés. Ces derniers sont, quant à eux, considérés comme de simples variables d’ajustement devant être prêts à faire des concessions sur leurs acquis sociaux s’ils veulent préserver leur emploi (retour aux 40h, baisse des salaires, congés reportés ou inexistants...).

L’exemple des Contis permet d’illustrer dans quelle mesure le rapport de force peut à certains moments se rééquilibrer en faveur des salariés. En 2007, les salariés de Continental acceptèrent le retour aux 40h contre la promesse de leur direction de maintenir l’emploi jusqu’en 2012. Mars 2009, annonce de la fermeture du site. Dès lors les salariés décident de mener la bataille : occupation d’usine, mise à sac de la préfecture de Compiègne, action en justice... L’usine de Clairoix n’échappe pas à la fermeture mais chacun des 1120 salariés reçoit une prime de départ de 50 000€ au lieu des 10 000€ initialement concédés. Les Contis ont dû recourir à des gestes portant la conflictualité à un niveau supérieur, ne se contentant pas des formes d’action autorisées par la loi, pour qu’enfin la lutte paie. Dans une situation où prévaut généralement un certain fatalisme, ils n’ont pourtant pas été les seuls à entrer en résistance.

D’autres salariés ont également eu recours à des formes de lutte plus déterminées telles que des séquestrations de personnel de direction (Caterpillar, 3M, Sony), des menaces de faire sauter l’usine (New Fabris, Sodimatex), des grèves longues (6 mois pour Total Dunkerque), la décision symbolique (effective pendant trois jours) d’instaurer le « contrôle ouvrier » de la production en vue d’une mise en œuvre de l’« autogestion » (Philips), les manifestations massives de solidarité (les Conti aux côtés des salariés de GoodYear).

De quoi voir en ces luttes, la volonté de ces salariés de ne pas se laisser manœuvrer par le capital. Néanmoins, nous devons admettre que ces luttes ne sont parvenues à arracher que quelques concessions au patronat (augmentation des primes de départ, report de la fermeture du site...). D’autre part, la focalisation de la plus grande part de ces mouvements sur la question des indemnités indique, négativement, une certaine forme d’acceptation de la nécessité des « lois de l’économie » et l’affaiblissement des formes de pouvoir ouvrier dans l’entreprise, condition de possibilité d’un horizon autogestionnaire. De plus, la précarité qui tend à devenir le lot commun, permet au capital de conserver l’initiative sur la bataille de la mobilité [19], favorisant ainsi le chantage à l’emploi qui fait contrepoids à la dégradation des conditions de travail ouvrier et au délitement de sa valeur, objective et subjective. Les luttes de ceux qui, menacés de licenciement, cessent d’être des salariés « garantis » pour devenir des « précaires » sont ainsi écartelées entre une résistance globalement impuissante face aux décisions de restructuration des capitalistes particuliers et le choix d’une lutte ouverte contre l’Etat capitaliste pour se garantir le revenu, au-delà d’indemnités compensatrices, qui permettrait de poser la question de la coopération ou de l’autogestion dans un cadre inventé collectivement.

Les mouvements lycéens et étudiants se sont également illustrés par leur capacité à représenter une menace pour le pouvoir-institutionnel-génération-Sarkozy. La devise de l’ère néolibérale, crise-dette-austérité, colportée par les gouvernements successifs, se heurte à des mouvements de jeunesse qui entendent bien ne pas voir leurs conditions d’existence et leur avenir se dégrader davantage.

Depuis la lutte dite « anti-CPE », les moyens d’action se sont en une certaine mesure radicalisés : blocage de lycée, d’université, de route et de gare, affrontements avec les forces de l’ordre, attaque symbolique des officines du pouvoir économique et politique, auto-réductions dans des supermarchés... Retour et persistance d’une certaine violence politique dont les réactions de ses détracteurs témoignent du caractère inquiétant de ces modes d’action. Songeons par exemple à l’inquiétude du gouvernement en 2006 craignant par-dessus tout une liaison du mouvement des étudiants (LEC-CPE) à celui des jeunes des quartiers populaires dont la rage s’exprima de cité en cité lors du grand incendie de 2005.

Pour autant, les luttes étudiantes et lycéennes, n’en ressortent jamais victorieuses hormis pour la lutte contre la loi dite de l’égalité des chances dont fût retiré le seul point concernant le CPE. A chaque fois, la classe dirigeante semble bien sourde face à ces mouvements massifs et compte bien à chacune de ses apparitions médiatiques « ne pas plier face à la rue » puisque selon ces édiles « ce n’est pas la rue qui gouverne ». De tels discours ne viennent que corroborer l’hypothèse que nos dirigeants auraient trop à perdre si la situation politique venait à leur échapper, s’ils commençaient à lâcher sur quelque chose.

Autre signe et non des moindres témoignant d’une opposition politique contre ce monde dominé par le Capital et ses politiques xénophobes et sécuritaires est la multiplication des émeutes. Selon Alain Bertho [20], la dernière décennie a connu plus de désordres civils que les années 1960 pourtant considérée comme la décennie de l’expression d’une révolte généralisée. Pour la seule année 2009, plus de cinq cent vingt-quatre émeutes ont été répertoriées dans le monde. Nul continent, ni territoire épargné. Emeutes de la faim (nombreuses en 2008, suite à la flambée du prix des denrées alimentaires de base en Egypte, Maroc, Haïti, Côte d’Ivoire, Burkina Faso...), émeutes à l’annonce de mesures d’austérité (Grèce, Angleterre, Italie...), à la suite de violences policières (Villiers-le-Bel en 2007, Grenoble 2010), à l’occasion d’une élection (3 jours d’émeutes dans les villes de l’Hexagone en 2007, suite à l’élection de Sarkozy). Autant de moments témoignant d’une rage collective, caractérisés par une violence politique assumée par ses acteurs. Voitures brûlées, bâtiments publics saccagés, affrontements avec les flics, réquisitions de marchandises... les cibles comme les raisons ne manquent pas, mais ne font souvent qu’un feu de paille. La colère exprimée lors de ces manifestations politiques retombe, apparaissant sans autre perspective qu’un retour à la normale, malgré les morts, les blessés et les nombreux emprisonnés. L’occupation militaire du territoire vise d’abord à isoler le foyer de rébellion et va de pair avec des appels non dissimulés à la délation (exemplairement à Villiers le Bel).

Quand ces émeutes en viennent à se généraliser, qu’elles se coordonnent autour d’une même volonté de faire chuter le régime et qu’elles parviennent à interrompre le fonctionnement normal des institutions, elles se transforment en véritables soulèvements, tels ceux qui ont éclaté en Tunisie, Egypte et Libye il y a quelques semaines, et auxquels nous assistons aujourd’hui en Syrie et au Yémen.

4.2 Des mouvements en panne d’horizon

Si l’on excepte les soulèvements actuels, nous ne pouvons que relativiser le résultat de ces apparitions, en particulier dans les pays occidentaux, et tenter d’avancer quelques raisons. Saturation du temps de la vie par le travail, casse des services publics et des acquis sociaux, pillage de la nature, lois et dispositifs sécuritaires, impérialisme occidental... tout cela est certes contesté mais les logiques en œuvre dans le capitalisme, sources de ces maux, persistent et s’étendent à tous les moments de la vie.

Paradoxalement, la baisse substantielle du niveau de vie de bien des foyers, les problèmes d’endettement, la généralisation des contrats précaires ou encore la défection des solidarités entre salariés, composent le terreau de ce qui met en échec une possible généralisation et extension des mouvements de grève.

Une autre raison majeure réside dans le sentiment dominant qu’il n’y a pas d’alternative au capitalisme. Ce dernier semble en effet être en capacité de tout absorber, y compris les espoirs portés un temps par le communisme, tels que l’accès aux loisirs et aux biens de consommation courante pour tous, en les dépouillant de leur dimension d’antagonisme de classe (solidarité au lieu de partage des richesses, généralisation de la surveillance unilatérale du pouvoir, pour assurer la sécurité des « biens et des personnes » au lieu d’un contrôle populaire s’établissant comme pouvoir, égalité des chances à la place de l’égalité). En face du mouvement communiste qui s’est effondré, laissant l’image de régimes policiers, aussi inégalitaires que ceux qu’ils dénonçaient et passablement en retard sur les questions de l’abondance des biens et des possibilités d’accomplissement de soi, le capitalisme a pu se targuer d’un « bilan globalement positif » [21]. Et ce, même si les libertés publiques y sont toujours relatives et précaires, et si le modèle de croissance économique qui a entraîné cette abondance nous entraîne à la destruction des milieux de vie.

L’effondrement des régimes « socialistes » et des organisations du mouvement ouvrier a eu pour corollaire un affaiblissement du paradigme de la lutte des classes, même si ces dernières n’ont en aucun cas disparu. C’est plutôt l’évidence d’un sujet de classe ouvrier ou prolétarien qui s’est dissipée. L’autre terme de la lutte des classes, la bourgeoisie, demeure intact, si ce n’est renforcé, et a atteint un stade lui permettant d’afficher et de multiplier les attaques au grand jour.

V- Nouvelles perspectives pour la lutte des classes

5.1 Se déprendre des vieilles figures

Périodiquement, on assiste à la résurgence du motif de la lutte des classes qui s’impose dans le débat public le temps d’une lutte, d’un événement. La lutte contre la réforme des retraites a été une occasion de cette réactualisation allant à l’encontre de la tendance générale des principales centrales syndicales à délaisser, voire à renier cette lecture marxiste des rapports salariaux. Reste que cette grille d’analyse, portée notamment par le syndicalisme de lutte, fait fond sur l’idée qu’il existe toujours un sujet immédiat et central de la lutte des classes : le « salarié » travaillant en CDI à 35 ou 40 heures par semaine, figure dont il s’agit de défendre le statut, les fameux « acquis » [22]. Or, cette figure du salarié, supposément homogène, ne dit rien des formes de précarisation croissante subie par d’importantes fractions des classes populaires, les contraignant à une plus grande dépendance à un marché de l’emploi qui n’offre à ces catégories que de petits boulots jetables.

Il faut intégrer par ailleurs un facteur subjectif à la lutte des classes : si n’est pas nouvelle l’idée que l’adhésion à la cause de la classe ouvrière n’est pas du seul fait des gens qui la composent, en revanche il y a une reconfiguration quant au rapport à l’idéologie capitaliste. L’économie s’adresse désormais à n’importe qui ; tout un chacun doit en être partie prenante. En témoigne la sollicitation faite aux chômeurs à s’envisager comme auto-entrepreneurs : ils ne sont plus « les victimes de la désindustrialisation », « les laissés pour compte » mais sont ceux qui devront apprendre à se mobiliser, s’auto-exploiter, travailler sur eux-mêmes pour « s’insérer » dans la société. Les « qualités » de chacun sont des compétences en puissance valorisables sur le marché de l’emploi, transformant en valeur potentielle tout ce qui peut concerner l’emploi du temps de la vie. Ainsi ce que l’on pourrait nommer « culture d’entreprise » s’immisce partout.

Dans ces conditions, la position subalterne dans les espaces de travail ne détermine plus nécessairement une disposition à l’antagonisme. Etre « privé d’emploi » non plus. Le revers de l’individualisation des conditions de vie et de travail se manifeste pour beaucoup par des formes de révolte individuelle, de passivité, de fuite (arrêt-maladie, démission...) voire par le suicide (exemplairement, l’immolation par le feu, du précaire tunisien au cadre de l’entreprise française fraîchement privatisée). Le lieu de travail ne configurant plus que rarement de communauté consistante, il s’opère alors un repli sur ce qui est « extérieur » au travail : famille, activités associatives, « loisirs », dès lors que le travail n’est visiblement pas ou plus la source d’accomplissement qu’il prétend être.

Les luttes collectives, à l’initiative ou non des syndicats, n’ont pour autant pas disparu. Parfois, ne s’en tenant pas à une stricte défense des salaires et de l’emploi, elles cherchent à assumer publiquement certains aspects des formes de révolte individuelle : déjouant le consensus corporatiste, elles s’affirment comme lutte contre le management, l’esprit et la culture d’entreprise (ainsi des conseillers Pôle Emploi dénonçant la machine à radier, des enseignants « désobéisseurs » [23]...).

Le sujet de la lutte des classes n’est donc pas simplement le prolétaire au sens de Marx, celui qui n’aurait que « sa force de travail à vendre ». C’est aussi celui qui, même non formellement salarié, se trouvant confronté aux formes de travail capitalistes, cherche à combattre les injonctions de l’économie et à assumer l’antagonisme avec ces ennemis communs que sont l’Etat et les capitalistes (qu’ils soient patrons, managers, etc). Les lycéens, les chômeurs et les salariés, en sont les acteurs à égalité.

5.2 Lutte des classes et grève des chômeurs

Partir de notre condition de chômeurs et de précaires permet d’attaquer la valeur-travail depuis une subjectivité aujourd’hui largement partagée. L’expérience faite massivement aujourd’hui, du fait de la raréfaction de l’emploi salarié, d’une certaine disponibilité à l’invention autonome de son mode de vie et de ses activités [24], pourrait ne pas inévitablement échouer dans la constitution d’un nouveau vivier productif où le capital n’a qu’à puiser pour se régénérer. C’est ce que la campagne de « grève des chômeurs » [25] a cherché à affirmer, que cette disponibilité pouvait être l’occasion d’un choix pour la politique, qui fasse résonner et assume publiquement les implications politiques affichées ou non de cette invention autonome.

A l’heure où le chômage est devenu massif, le gouvernement met en avant des chiffres du chômage ne prenant en compte qu’une faible proportion de la précarité réelle. Les gouvernants sont parvenus à créer une figure du chômeur- profiteur en opposition à ceux qui souffrent au travail, détournant ainsi l’attention des dirigeants responsables du chômage et qui en tirent profit. Cette suspicion justifie la mise en œuvre de dispositifs de flicage, contraignant le chômeur à accepter sans broncher toutes les formes de « mobilisations vers l’emploi » : petits boulots dans les secteurs en tension, stages C.V., EMT [26], coaching, etc. Un tel flicage s’accompagne d’une sollicitation, d’une collaboration active du chômeur lui même, qui le pousse à intérioriser les exigences du marché du travail et des entreprises au détriment de ses propres aspirations, idéalement jusqu’au point ou les deux se confondent.

C’est dans cette mesure que lutter contre les restrictions à l’inconditionnalité des allocations-chômage ou du RSA peut participer de cette constitution en classe politique : il s’agit moins de demander la reconnaissance d’une activité non salariée mais « socialement utile » et/ou productive, que d’affirmer une volonté largement partagée de tenir le choix pour l’expérimentation, en particulier l’expérimentation politique, et de s’en donner les moyens.

Ensuite, il s’agit d’insister sur le nécessaire décloisonnement entre les mondes supposés être séparés de l’emploi, du chômage et de la formation. Les chômeurs et précaires (y compris les jeunes scolarisés) sont aussi salariés, l’ont été ou le seront et sont donc parfaitement légitimes pour prendre part à un « conflit de travail », même s’ils n’y sont pas formellement ou actuellement en poste, que ce soit parce qu’ils ont travaillé à cet endroit, qu’ils y aspirent, qu’ils s’y rapportent comme usagers ou « citoyens », ou encore parce qu‟ils se sentent partie prenante du conflit au titre d’une appartenance de classe.

Ainsi, réactiver le motif de la lutte des classes ne doit pas être compris comme une manière de revaloriser l’identité ouvrière ou prolétarienne au sein des rapports capitalistes, qu’on la définisse par la maîtrise du « métier » ou au contraire par l’aliénation du travail, mais plutôt comme une manière d’insister sur le moment politique de dérèglement des rapports de production quotidiens, au cours duquel le conflit porté à l’encontre de l’ennemi décolle l’identité impliquée par la réduction de chacun à un statut de force productive (serait-elle renommée « force-invention », comme chez Moulier-Boutang). A travers l’affirmation politique d’un tel décollement peut s’ouvrir la constitution d’un contre- pouvoir populaire qui dénie toute légitimité aux détenteurs du pouvoir et de la richesse.

5.3 Travail de liaison

A partir de là, il s’agit d’inventer des formes de liaison aux forces syndicales offensives dont nous avons parlé précédemment. Ceci implique de ne pas céder à l’injonction de choisir une fois pour toutes entre les diverses revendications disponibles, censées convenir en n’importe quelles circonstances (telles que hausse des salaires, revenu garanti, réduction du temps de travail...), mais de partir de ce que ceux qui commencent une lutte identifient comme leurs besoins insatisfaits dans la condition qui leur est faite. C’est dans la manière dont une lutte va se faire l’écho implicite ou explicite d’autres luttes que ces besoins singuliers vont également s’affirmer comme besoin de commun, de communauté politique, transversal à un certain nombre de collectifs. Les revendications exemplifient alors certains principes qui les distinguent de luttes simplement corporatistes : par exemple, insister sur la revendication d’une augmentation égale de tous les bas salaires, sur l’égalité salariale (salaire politique), sur la participation des subalternes à la prise de décision...

Le travail de liaison peut s’effectuer autour de revendications à la fois pragmatiques et portant une dimension inintégrable. En premier lieu, porter une revendication permet de faire l’épreuve de la délibération et de la décision collective, de s’entendre sur ce qui peut motiver le refus d’une situation établie. [27] Certes, on aura raison de souligner que la plupart des revendications sont généralement formulées avec le souci d’apparaître parfaitement compatibles avec l’ordre des choses. Mais les luttes, même à priori défensives, peuvent être dites offensives lorsqu’elles font une large place à l’idée que lutter pour la satisfaction de certaines revendications c’est chercher à anéantir la prétention du capitalisme à constituer le seul monde possible. Dès lors, plus la revendication remet en cause une institution, plus elle nécessite un rapport de force suffisant pour la porter, c’est-à-dire autant une certaine amplitude numérique qu’un fort sentiment de l’hétérogénéité de nos aspirations avec celles qui sont véhiculées par le « discours de vérité » économique.

Dans ces conditions, la confiance peut gagner le camp de ceux qui formulent les revendications, qui peuvent alors devenir l’outil d’une classe qui se constitue en les partageant. Lier la revendication à un rapport de classe conflictuel est peut être ce qui rend possible la liaison des revendications émises depuis les formes segmentées de résistance contemporaine (droit au logement, arrêt du nucléaire, liberté de circulation pour tous...). Ces terrains, une fois trouvés les opérateurs de leur liaison (aussi bien matériel qu’idéologique) auront à construire leur horizon commun, non pas tant en termes de programme mais de principes (émancipation, égalité, coopération...).

A ce titre, les revendications ne constituent pas un critère de sérieux politique mais une arme utilisable dans des temps et des espaces circonscrits : il n’y a pas de revendications « miracles » capables par elles-mêmes de mener un conflit populaire à sa victoire, elles sont seulement susceptibles de concourir à ce que le mouvement prenne un tour plus offensif. Le débat sur les revendications est généralement un facteur de division au sein du mouvement, parce que les organisations politiques ou syndicales cherchent à opérer des rassemblements autour de la ligne de leur organisation, mais elles peuvent aussi être une manière de cristalliser un consensus autour de positions plus subversives, et ainsi travailler à affaiblir les tendances au statu quo et à l’électoralisme.

La recomposition d’une conflictualité de la classe ne se fera pas simplement depuis des formes de solidarité mais depuis le rassemblement de tous ceux qui se sentent partie prenante d’un rapport de classe subversif, en rupture avec l’éclatement des luttes catégorielles et/ou corporatistes. Sans doute cela demande un certain nombre de concessions et la seule volonté ne résout pas les difficultés rencontrées. Mais il faut faire en sorte que chacun puisse prendre part aux luttes sans que cela se fasse seulement au titre d’une participation à une organisation politique mais depuis un rapport de classe.

Réaffirmer avec force la question de la lutte des classes sans la réduire au rapport capital/travail, même complexifié et étendu à la lutte contre la mise au travail de tout le temps de la vie, implique de ne pas renoncer à prendre au sérieux les luttes qui ont été qualifiées de « minoritaires » ou de « spécifiques » (féministe, antiraciste, écologiste...)

En effet, il importe de mettre en avant combien la logique de l’exploitation est transversale aux rapports salariés/patrons, chômeurs/contrôleurs, mais aussi dans le rapport homme/nature et dans une certaine mesure en tous les lieux où une forme de domination ou de subordination peut exister (homme/femme, parents/enfants, français/immigrés...) Cette logique implique de considérer l’être singulier avant tout comme un objet susceptible de nous rapporter une plus-value réelle ou symbolique et qui peut se plier à nos exigences de satisfaction, mettant au second plan ses besoins propres. En négligeant les liens qui nous unissent à lui, le rapport d’exploitation nous interdit à la fois de considérer ce qui en l’autre nous constitue aussi et provoque une négligence, un manque d’attention systématique aux dommages que nous occasionnons.

Dans cette mesure, la lutte de classe n’est pas d’abord la lutte ouvrière étendue éventuellement aux luttes « minoritaires ». Elle est le conflit politique mené depuis une situation spécifique de subordination et d’exploitation, dès lors qu’il met en cause ce rapport lui-même. Son extension implique d’identifier et de dénoncer le pouvoir d’une classe dominante (tendanciellement et globalement capitaliste, productiviste, raciste et sexiste) et d’affirmer la perspective de construction du mouvement révolutionnaire comme classe politique antagoniste et espace de mise en œuvre des principes égalitaires.

Le travail de tissage politique s’accompagne également d’un travail collectif autour de la création d’espaces publics comme ce peut être le cas avec les permanences précarité, les lieux collectifs autogérés, les tentatives d’opposition à la politique locale, etc. Ceux-ci mettent en jeu d’autres formes de liens que celles à l’œuvre dans les discussions politiques, œuvrant à une confiance collective, et à une puissance de rassemblement plus forte vis-à-vis d’une actualité qui appelle sans cesse à la spécialisation des luttes.

En conclusion, il est indispensable de densifier les formes de rassemblement entre les diverses composantes qui tentent de prendre part aux mouvements (collectifs de lutte pour les sans-papiers, syndicalistes dissidents, collectifs de chômeurs, etc.), de manière à pouvoir être partie prenante de l’élaboration des mots d’ordre et reprendre à notre compte le caractère public qu’un conflit fait éclater au grand jour, au titre d’un rapport de classe, sans reconduire la centralité du sujet « salarié », tout en maintenant une hostilité partagée envers l’ennemi.

Quelques participants au MCPL (Mouvement des Chômeurs et Précaires en Lutte de Rennes), juillet 2011.

http://mcpl.blog-libre.net/

Une version papier de ce texte sera disponible lors de la parution du prochain Sabot, en septembre.



 

Notes :

[1] On peut dénombrer 600 types de régimes de retraite de base. Ces derniers sont répartis en quatre grandes catégories : le régime général des travailleurs du secteur privé, celui des artisans, commerçants et agriculteurs, celui du secteur public et enfin les régimes spéciaux. Sont concernés par les régimes spéciaux, les travailleurs de certaines entreprises publiques (ex. SNCF), des branches des Industries électrique et gazière (IEG), les militaires et certaines professions (ex. dockers). Les différences de statut portent sur l’âge d’ouverture des droits à la retraite, l’âge de départ à taux plein et la durée de cotisation. Ces calculs sont plus ou moins favorables aux travailleurs selon les luttes et les négociations passées.

[2] Les pensions sont dorénavant calculées sur les 25 meilleures années de cotisation, au lieu des 10 meilleures.

[3] Mais pas sur le volet de la sécurité sociale (prévoyant notamment une déremboursement significatif de certains médicaments et des restrictions sur les allocations familiales), ce qui implique de relativiser la présentation de ce mouvement comme une pure et simple « victoire ».

[4] Le PERP est un produit d’épargne à long terme qui permet d’obtenir, à partir de l’âge de la retraite, un revenu régulier supplémentaire.

[5] Depuis 2008, des lois européennes sont votées qui vont dans le sens d’une privatisation de l’outillage public synonyme de démantèlement des Ports Autonomes (qui bénéficient du statut d’entreprise publique). Menaçant en premier lieu les conducteurs d’engins, mais aussi les salariés ouvriers, les techniciens, qui voient la pérennité de leurs emplois, leurs statuts, leurs salaires remis en cause.

[6] Grève qui procède par rotation des postes ou secteurs pour réduire les pertes de salaire.

[7] Ralentissement de la production, non considéré officiellement comme une grève. Forme d’action illégale

[8] Dans les secteurs où est en vigueur le service minimum, une faille de la législation permet, en deçà d’une heure de grève, de ne perdre que l’heure non travaillée, et non la journée entière.

[9] Qui peut commencer par le fait d’aller rencontrer directement d’autres grévistes, d’imposer aux leaders que les décisions soient prises en assemblées générales... et implique donc une tendance à ce que ceux qui luttent s’approprient tous les aspects matériels et immatériels de leur lutte, dans une perspective d’autonomie de classe (voir cinquième partie)

[10] Exemple issu du journal « Jusqu‟ici », paru durant le mouvement des retraites.

[11] Coordination qui a bien connu un début de réalisation (rencontre de Tours) mais au moment où le mouvement avait déjà commencé à refluer.].

2.5 La « violence »

Cette question revient à chaque fois qu’un mouvement prend quelque ampleur : on assiste généralement à la communion de tous ceux qui ont part au pouvoir établi (gouvernement, médias dominants, directions syndicales) autour de la même dénonciation des actes de certains manifestants qui affrontent la police, s’attaquent à des cibles symboliques du pouvoir étatique et capitaliste, ou pillent des magasins. Cette condamnation reste rarement sans écho auprès de la plupart des participants aux mouvements, et il est indispensable, souvent long et difficile de combattre cette grille de lecture qui active la division, toujours prête à servir, entre « vrais manifestants non-violents » et « casseurs infiltrés ». Cette division a essentiellement pour fonction d’interdire au mouvement lui-même toute évolution vers un degré plus élevé d’antagonisme, en jetant le discrédit sur toute forme d’action outre-passant les limites de la légalité, susceptible de donner lieu à la répression policière, laquelle ne peut qu’inciter le mouvement à se poser la question de son auto-défense. Elle s’appuie sur la peur des manifestants d’être entraînés dans un affrontement dont ils ne veulent pas ou pour lesquels ils ne se sentent pas prêts. Elle fait système avec une représentation de l’acte politique comme pure protestation, exercice d’un droit constitutionnel qui exclut par principe la confrontation physique avec un ennemi.

Au cours du mouvement, les médias et le gouvernement n’ont pas ménagé leurs efforts pour donner corps à leur figure du « casseur », en particulier en présentant les affrontements récurrents de la place Bellecour à Lyon comme un déchaînement de violence gratuite, alors que de nombreux récits ont fait état des bouclages de la place où les manifestants, quel que soit leur « profil », étaient sévèrement gazés et tabassés. Les manifestants arrêtés et condamnés pour faits de « violence » étaient loin de tous présenter le profil supposément infamant de « jeunes des cités » et invoquaient généralement leur révolte contre le projet de loi, le gouvernement et le système capitaliste.

Il n’en est pas moins vrai que le gouvernement a tout fait pour accréditer cette division, et il est probable que se sont cachés, à Paris en particulier, parmi d’authentiques émeutiers, des provocateurs de la police. L’affaire « Ninja » [[Lors d’une manifestation à Paris, un homme masqué avait été arrêté après avoir donné un coup de pied sauté dans le dos d’un manifestant, lequel avait lui-même tenté de ceinturer un émeutier qui brisait une vitrine. De nombreux internautes « de gauche » avaient affirmé, sans l’ombre d’une preuve, que cet homme, ayant empêché un honnête citoyen de ceinturer un « casseur », ne pouvait être qu’un policier. Malgré l’absurdité de cette assertion, il a fallu la lourde condamnation pénale du « camarade ninja » pour dissiper les soupçons.

[12] Qui défendait l’indépendance du syndicat vis-à-vis des partis politiques et faisait de ce même syndicat l’instrument de la lutte quotidienne, de la grève générale expropriatrice et de la réorganisation autogestionnaire de la production.

[13] à partir d’une tendance de la CFDT restée fidèle à la composante « gauchiste » et « autogestionnaire » de la CFDT des années 70 et hostiles à son tournant social-libéral lors des années 80 et 90.

[14] du fait de la défaite des luttes révolutionnaires et de la fragmentation croissante du salariat.

[15] rapport où le parti se voulait l’instrument indispensable à la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière et le syndicat celui de la conquête de son hégémonie dans la production.

[16] en dehors des épisodes révolutionnaires espagnols (1936-37), hongrois (1956) et tchécoslovaque (1968).

[17] au moins depuis 1933 et l’arrivée d’Hitler au pouvoir qui imposait aux yeux de Staline la nécessité d’une alliance de l’URSS avec les « démocraties » occidentales ; tendance renforcée par le partage du monde en « blocs » convenu à Yalta.

[18] confiante en la possibilité, à travers une conquête progressive et pacifique des institutions, de « démocratiser » la société capitaliste au bénéfice des classes populaires (suivant la voie définie notamment par Bernstein).

[19] Au sens d’un environnement économique fondamentalement instable, où toute situation établie peut être remise en question au gré des décisions des capitalistes, s’opposant à la mobilité comme forme de résistance à l’assignation à vie à un lieu, à une fonction, à une position subalterne dans la hiérarchie.

[20] Professeur d’anthropologie à Paris 8, auteur du livre Le temps des émeutes

[21] Selon l’expression de Georges Marchais évoquant l’expérience de l‟URSS en 1979

[22] Acquis dont on ne dit jamais combien ils ont été, au mieux, l’effet de compromis et comment ils portent l’empreinte des défaites et des régressions successives ; reliquats de l’âge d’or du mouvement ouvrier qu’il faut défendre, faute d’horizon révolutionnaire, contre le pire, toujours à venir, à l’exclusion de toute revendication offensive ou mot d’ordre « secondaire ». Ce qui a pour effet à la fois d’inhiber toute réflexion sur un horizon désirable et d’entretenir une confusion sur ce qui est véritablement défendu dans les luttes : aspiration limitée à la conservation d’acquis ou volonté de mettre en échec le management capitaliste en tant que tel, de lui opposer une logique égalitaire. Confusion qui n’est pas l’articulation invoquée entre revendications immédiates et perspective de transformation sociale, mais qui fait fond sur la coexistence chez de nombreux participants aux luttes, d’un « réalisme » désillusionné et d’un radicalisme incantatoire (« Partage du temps de travail, partage des richesses, ou alors ça va péter ! »...)

[23] Qui rejettent certaines mesures mis en place par le gouvernement actuel, telle que le fichage des enfants dans la « base élèves » ou les dispositifs d’évaluation de plus en plus précoces et stigmatisants.

[24] Conséquence d’une aspiration à échapper aux impératifs productivistes, méritocratiques et disciplinaires d’une économie largement tertiarisée, nous assistons à la diffusion du désir et des pratiques de rupture vis-à-vis du salariat et de la culture d’entreprise. Ainsi, on constate un regain d’intérêt pour des coopératives et pour des formes d’activités basées sur l’anti-productivisme. Cependant, ces pratiques ne peuvent se suffire à elle-même. Leur généralisation se confronte à une lutte de l’Etat contre les formes auto-instituées (Loppsi 2) et à une volonté de récupération par le biais de l’institutionnalisation et de l’intégration au processus de valorisation du capital (développement durable).

[25] Lutter contre les politiques qui visent à sanctionner la mauvaise volonté des « demandeurs d’emploi » est une des raisons principales qui ont (re)mis sur pied les collectifs de chômeurs depuis les marches de 2009, prélude à la campagne de mai-juin 2010 baptisée « Grève des chômeurs ». Cette campagne, animée par l’aspiration au libre emploi du temps de la vie, visait à déconstruire l’image du mauvais chômeur (celui qui fait preuve de mauvaise volonté dans ses recherches d’emploi) et la culpabilité qui en découle, chacun étant tenu pour responsable de sa situation. Voilà comment l’ennemi s‘y prend pour dépolitiser une condition partagée par beaucoup, alors que c’est l’économie capitaliste qui produit structurellement du chômage.

[26] Evaluation en Milieu de Travail, devant officiellement permettre à un chômeur qui le désire de « tester » un nouvel espace de travail en vue de se reconvertir, et de plus en plus fréquemment détourné par les entreprises (un exemple parmi d’autres, l’entreprise agroalimentaire Saveol à Brest) avec la complicité de Pôle Emploi, en manne de travail non seulement gratuit (15 jours non payés) mais même rémunérateur (subventions étatiques).

[27] D’aucuns affirmeront que formuler une revendication, c’est reconnaître la légitimité d’un pouvoir qui serait seul à même de la satisfaire. Mais cette objection suppose que l‟alternative réside entre protestation inoffensive et offensive révolutionnaire. Cette position conduit bien souvent, sous couvert de radicalité, à rejeter tout travail de liaison et lui préférer une temporalité faite d‟escarmouches ponctuelles entre de longues plages de retrait.

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Published by valenton rouge - dans France
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