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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 20:11

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http://www.monde-diplomatique.fr/2011/06/ATTANE/20661

 

Si le poids de sa population — et notamment celui des Chinois en âge de travailler — a constitué un atout pour le dynamisme économique du pays, son déclin relatif et la montée du nombre de personnes âgées inquiètent les dirigeants.

 


par Isabelle Attané, juin 2011

Avec 1,35 milliard de personnes en 2010, soit un habitant de la planète sur cinq, la Chine est le pays le plus peuplé du monde. Elle le restera pendant une vingtaine d’années. Dès 2030, elle devrait céder la place à l’Inde, qui compterait alors plus de 20 millions de personnes de plus qu’elle. En 1950, la Chine représentait 22 % de la population mondiale, contre moins de 20 % aujourd’hui. Cet effacement démographique relatif tient en partie au formidable essor de la population de certaines régions du monde en développement, notamment de l’Afrique, dont le poids est monté de 9 % à 15 % entre 1950 et 2010, et de l’Inde, passée de 15 % à 18 %. Mais pas seulement.

L’autre raison tient à la politique de limitation des naissances pratiquée depuis les années 1970 — la plus stricte jamais mise en œuvre sur une aussi longue durée. Après avoir prôné, pendant une petite dizaine d’années (1971-1978), deux enfants par couple dans les villes et trois dans les campagnes, le pouvoir a rapidement radicalisé son contrôle et, dès 1979, la règle de l’enfant unique a été imposée à la majeure partie de la population. A l’époque, la mesure est présentée comme la condition sine qua non pour atteindre l’objectif de modernisation économique porté, à partir de 1978, par le dirigeant réformateur Deng Xiaoping : elle permet d’allouer les ressources de l’Etat à la croissance, tout en améliorant le niveau de vie.

Alors que les Chinoises donnaient encore naissance à près de six enfants en moyenne en 1970, elles en ont actuellement moins de deux, c’est-à-dire presque aussi peu que dans les pays les plus développés de la planète. Ainsi, la population, qui grimpait de 20 millions par an au début des années 1970, ne s’est accrue que de 7,5 millions chaque année durant la décennie 2010 — soit près de trois fois moins. Au milieu du siècle, la prépondérance démographique de la Chine disparaîtra : 16 % de la population mondiale, contre 18 % pour sa rivale indienne et 22 % pour l’Afrique.

Jusqu’à présent, le ralentissement de sa croissance démographique a sans conteste constitué un formidable atout, tant pour son développement économique que pour l’amélioration globale du niveau de vie de ses habitants. En ce début de XXIe siècle, la Chine est ainsi devenue un acteur essentiel sur la scène économique mondiale (1). Ce succès a pris sa source dans la réforme en profondeur du système de production entamée par Deng Xiaoping à la fin des années 1970, grâce à laquelle la productivité du travail s’est fortement accrue. Mais cette transition économique n’aurait pu être aussi porteuse si elle n’avait bénéficié d’une conjoncture démographique très favorable.

Depuis le milieu des années 1980, la Chine détient une carte maîtresse : un bonus démographique exceptionnel. En effet, la natalité y a fortement baissé alors même que sa population âgée reste encore, en proportion, peu nombreuse. Ainsi elle compte 2,1 adultes par personne économiquement dépendante en 2010, contre 1,3 adulte au Japon, 1,6 en Inde ou 1,8 au Brésil. A l’heure actuelle, près de 70 % des Chinois sont d’âge actif (15-59 ans), contre 56 % des Japonais, 61 % des Indiens et 66 % des Brésiliens. Mais dès 2050 ils ne seront plus que 54 % alors que l’Inde, sa concurrente la plus directe, en comptera 63 %.

Or la force actuelle de la Chine sur la scène économique mondiale tient en partie à ce contexte démographique privilégié, mais transitoire. Dès le milieu du siècle, son bonus démographique aura fait long feu, et la Chine comptera alors presque autant de dépendants que d’actifs, avec un ratio de 1,1 adulte pour une personne dépendante, deux fois moins qu’en 2010.

Les retraités sont souvent
à la charge de leur famille

Ce bouleversement structurel qui se manifeste par un vieillissement exceptionnellement rapide de la population vient davantage de la réduction de la fécondité que de l’allongement de la durée de vie. Il s’agit bien là d’une particularité chinoise : un vieillissement créé de toutes pièces par la politique de contrôle des naissances qui, en restreignant le nombre des enfants, a fait mécaniquement augmenter la part des seniors. D’ici 2050, la proportion de Chinois âgés de 60 ans ou plus aura triplé, atteignant 31 %, et les seniors seront alors... 440 millions, l’équivalent de la population européenne actuelle (2). Un Chinois sur deux aura plus de 45 ans, contre un sur quatre encore en 2000. Alors, la population atteindra un niveau de vieillissement comparable à celui que connaît actuellement le Japon, pays à la proportion de population âgée la plus forte du monde. Ce qui ne sera pas sans effet sur l’économie chinoise.

L’Etat et la société devront supporter une charge financière accrue, sous le double effet d’une hausse des dépenses de retraite et de santé et d’une baisse des recettes fiscales. Si cela peut présenter certains atouts pour un pays comme le Japon qui, malgré ses 30 % de seniors, reste la troisième puissance économique mondiale, pour la Chine l’équation est plus délicate. D’une part, l’économie nippone est principalement une économie de services : le secteur tertiaire occupe les deux tiers (68 %) de la population active (contre 27 % en Chine en 2008) et assure les trois quarts de son produit intérieur brut (PIB), contre 40 % chez son voisin. D’autre part, alors qu’au Japon, où le revenu disponible des seniors avoisine celui des actifs, le vieillissement est en passe de se transformer en dynamique d’innovation et de consommation (3), cela est loin d’être le cas en Chine : les personnes âgées, toujours largement exclues du système de retraite, ont un niveau de vie globalement faible. Tout reste à faire, ou presque.

Le régime de retraite par répartition, hérité de l’ancienne économie collective, ne bénéficie qu’à une minorité, presque exclusivement des citadins, et n’octroie bien souvent qu’un minimum vital. L’Etat tente de mettre en place un système de protection sociale généralisé qui pourrait bénéficier à tous. Mais si quelques municipalités vont d’ores et déjà dans ce sens — certaines ayant réussi à instaurer des dispositifs privés qui fonctionnent grâce aux cotisations des entreprises et à celles des salariés —, à l’échelle du pays cela reste une gageure, en particulier dans les campagnes.

Au milieu des années 2000, seul un retraité sur quatre vivait de sa pension. Un autre quart continuait à vivre d’un revenu d’activité tandis que la moitié restante, elle, subsistait principalement grâce à un membre de la famille — souvent un enfant.

Par ailleurs, la cohabitation des générations sous un même toit, qui a longtemps été l’unique solution pour la prise en charge des personnes âgées, atteint ses limites. Si une loi datant de 1996 fait obligation aux familles, et nommément aux enfants, d’assurer la subsistance de leurs parents, la conjoncture actuelle rend ces solidarités familiales difficiles à mettre en œuvre. Avec le renversement de la pyramide des âges consécutif à l’allongement de la vie et à la forte baisse du nombre d’enfants, la charge portée par chaque actif devient insupportable. Comment un jeune Chinois, a fortiori s’il est enfant unique, peut-il, avec son épouse, assurer la subsistance de deux parents retraités — voire quatre, si l’on compte ses beaux-parents ? De plus, les modes de vie, en particulier dans les villes, se prêtent de moins en moins à une cohabitation des générations : les logements, de plus en plus coûteux, restent exigus ; les exigences de confort et d’intimité se font de plus en plus grandes ; la vie est de plus en plus chère.

En outre, le marché du travail oblige bien souvent les jeunes gens à quitter leur localité de naissance pour trouver un emploi qui les éloigne de leurs parents, ce qui complique encore leur prise en charge. Près d’un ménage sur cinq est actuellement composé d’au moins trois générations, mais cette tradition pourra-t-elle résister longtemps aux contraintes de la vie moderne ?

Quant à l’éventualité d’un report de l’âge de la retraite, relativement précoce (60 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes), elle est provisoirement écartée. Tout au moins pour les hommes. Le gouvernement envisage de retarder le départ des femmes pour le fixer au même niveau que celui de leurs collègues masculins.

D’une façon plus générale, le pouvoir peine à s’accommoder du vieillissement de sa population. Si le pays veut conserver, à l’avenir, un rythme de croissance soutenu, il devra réorganiser sa fiscalité pour financer la prise en charge durable de son troisième âge et lui garantir ainsi un niveau de vie décent. Il ne pourra sans doute pas non plus échapper à une restructuration de son économie, en l’axant davantage sur les services et la consommation intérieure, notamment celle des seniors.

Une majorité de Chinois épargnés
par la politique de l’enfant unique

Si le vieillissement s’impose comme un défi majeur pour la société et l’économie chinoises, il n’est pas le seul. Car la Chine doit aussi faire face à un déficit croissant de femmes dans sa population alors que les autorités continuent à limiter les naissances. Certes, à l’heure actuelle, seuls 36 % des couples sont soumis à la règle de l’enfant unique. Dans les campagnes de dix-neuf provinces (4), ils sont autorisés à avoir un second enfant si le premier est une fille — ce qui concerne 53 % de la population. Les 11 % restants, pour la plupart des couples issus des minorités ethniques, peuvent en avoir deux ou plus quel que soit le sexe du premier.

Il reste qu’on estime à 60 millions le nombre de femmes manquantes. Ce déficit résulte d’une forte préférence des Chinois pour les fils qui les conduit, dans certains cas, à éliminer leurs filles soit par des avortements, soit, après leur naissance, par des inégalités de traitement débouchant souvent sur un décès prématuré. La Chine est ainsi devenue le pays du monde comptant la plus forte proportion d’hommes dans sa population (105,2 pour 100 femmes en 2010 (5)). D’un point de vue strictement démographique, la situation des femmes est la plus mauvaise qui soit (6).

Or un tel déséquilibre entre les sexes n’a rien d’anodin. D’abord, en termes de croissance démographique stricto sensu : qui dit moins de femmes aujourd’hui dit moins de naissances demain, et donc une croissance encore ralentie. On estime ainsi qu’à l’horizon 2050 près de 20 millions de naissances n’auront pu survenir du seul fait du déficit féminin. Cette situation atypique contraindra également un nombre croissant d’hommes au célibat : entre 1 et 1,5 million de Chinois pourraient chaque année ne pas se marier, faute de partenaires.

L’économie chinoise risque d’être directement touchée. Dans l’industrie, qui apporte la moitié des richesses, les femmes sont surreprésentées. Elles sont majoritaires dans les usines qui produisent des jouets, des textiles ou du petit matériel électronique. Dans l’agriculture, de plus en plus délaissée par les hommes, elles compteraient aujourd’hui pour plus des deux tiers de la main-d’œuvre.

A l’avenir, la population active deviendra de plus plus masculine : 54 % d’hommes chez les 15-49 ans en 2050, contre 51 % actuellement. Soit au bas mot, dans cette tranche d’âge, 100 millions de femmes en moins sur le marché du travail (7). A terme, cela pourrait entraîner une pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs industriel et agricole.

Au-delà de ces aspects économiques, la question posée est celle du respect des droits des femmes et de l’égalité entre les sexes — une problématique aujourd’hui relativement délaissée.

Dans les prochaines décennies, la Chine devra donc résoudre deux problèmes d’envergure : pallier les effets du vieillissement de sa population et remédier à sa masculinisation. Une solution globale consisterait à mettre un terme à la politique de contrôle des naissances pour relancer la natalité. En rajeunissant la pyramide des âges, cela permettrait non seulement de ralentir le vieillissement, mais encore de réduire la propension des couples à éliminer leurs filles, et donc d’endiguer progressivement la masculinisation.

A Shanghaï, près d’un habitant sur quatre a d’ores et déjà plus de 60 ans et une pénurie de main-d’œuvre commence à se faire sentir dans certains secteurs. Elle sert de « ville test ». C’est la seule municipalité du pays à mener des campagnes de sensibilisation encourageant activement une partie des couples (ayant été eux-mêmes enfants uniques) à donner naissance à un second enfant. Effort méritoire... mais sans effet. La fécondité y reste parmi les plus faibles du monde : 0,7 enfant par femme en 2005 !

Autant dire que, si le contrôle sur les naissances devait être relâché, il n’est pas certain que cela suffise à juguler le vieillissement de la population chinoise. Contraintes de la vie moderne et hausse des coûts pour l’éducation et l’entretien des enfants obligent, la plupart des couples sont amenés à se limiter d’eux-mêmes. Incontestablement, la solution passe par une réforme en profondeur du système de protection sociale et de l’économie afin d’absorber ces nouvelles contraintes démographiques.

Isabelle Attané

Démographe et sinologue à l’Institut national d’études démographiques (Ined), Paris, auteure notamment des essais En espérant un fils... La masculinisation de la population chinoise, INED-PUF, Paris, 2010, et Au pays des enfants rares. Vers une catastrophe démographique chinoise, à paraître chez Fayard en 2011.

(1) Lire Martine Bulard, « Pékin cherche à concilier puissance et stabilité », Le Monde diplomatique, mars 2011.

(2) Hors Europe de l’Est.

(3) Cf. Evelyne Dourille-Feer, « Démographie et dépendance au Japon », Institut Silver Life, Paris, 30 mai 2007.

(4) La Chine compte 22 provinces (Pékin considère Taïwan comme une 23e province), 5 régions autonomes, 4 « municipalités » et 2 régions spéciales.

(5) Il s’agit du rapport de masculinité moyen, issu du dernier recensement chinois.Mais, selon l’ONU, ce rapport serait de 108 pour la Chine et de 107 pour l’Inde.

(6) Lire notamment « L’Asie manque de femmes », Le Monde diplomatique, juillet 2006.

(7) Dans le même temps, la population des hommes de 15-49 ans n’aura diminué que de 80 millions environ.

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Published by valenton rouge - dans Monde
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