
L'historien Jacky Tronel précise que «l’histoire de ces jeunes communistes était connue. Mais pas la chute : leur exécution à Pessac. Certains historiens doutaient même qu’ils aient été fusillés. Pourtant nous avons retrouvé les pièces qui l’attestent, la procédure ainsi que le procès verbal d’exécution, les déclarations de décès à Pessac ».
Jacky Tronel relate dans son document La prison militaire du Cherche-Midi : un trou noir de l’Histoire que, dans le contexte de bras de fer qui opposait le gouvernement Daladier au Parti communiste interdit, des consignes de sabotages apparurent dans un tract communiste de février 1940. Six ouvriers des usines d’aviation Farman de Billancourt, membres des Jeunesses communistes, furent arrêtés et écroués à la prison militaire de Paris pour avoir commis des actes de sabotage. Ils comparurent le 27 mai 1940 devant le IIIe tribunal militaire de Paris pour « complicité de destruction ou détérioration volontaire d’appareils de navigation aérienne ou toute installation susceptible d’être employée pour la Défense nationale ». Quatre d’entre eux furent condamnés à la peine de mort, les frères Roger et Marcel Rambaud, et les frères Léon et Maurice Lebeau. Alors que la peine de Maurice, 17 ans et demi, fut commuée par grâce présidentielle en travaux forcés à perpétuité, les trois autres furent exécutés le samedi 22 juin 1940 sur le champ de tir de Verthamon à Pessac.
Les frères Rambaud et Léon Lebeau, tous trois ouvriers chez Farman, appartenaient aux Jeunesses communistes. Le sabotage auquel ils se sont livrés consistait à sectionner du fil de laiton servant de frein à l’écrou maintenant le tuyau d’arrivée d’essence. Au bout d’un certain nombre d’heures de vol, l’écrou, démuni de son frein, se desserrait par suite des vibrations du moteur et laissait s’échapper goute à goutte, puis plus rapidement, l’essence, qui tombait sur la tubulure d’échappement rougie à blanc, provoquant ainsi des vapeurs qui amenaient l’explosion de l’appareil en plein vol. Roger Rambaud attira l’attention sur lui alors qu’il quêtait à l’usine en faveur des pilotes militaires victimes d’accidents en plein vol, accidents dont il se révéla être l’auteur.
Cependant, « Du cas de Farman, on ne peut conclure que le PCF a appelé massivement ses militants à saboter l’effort de guerre français. Le cas des saboteurs de l’usine Farman reste isolé, même s’il se combine avec des grèves et toutes sortes de freinages de la production constatés ailleurs au cours de la drôle de guerre, surtout dans l’aviation. » estime pour sa part l’historien Guillaume Bourgeois. En 1987, l’historien Philippe Buton avançait cette explication : « En attendant de nouvelles sources, l’hypothèse vers laquelle nous penchons est que ces actes sont le produit de la conjonction de deux phénomènes, la propagande communiste d’hostilité envers la guerre et l’ardeur juvénile imprégnée de radicalisme révolutionnaire. »
Roger Rambaud, Marcel Rambaud et Léon Lebeau sont tombés sous les balles de la République française, en un temps où l’option défaitiste n’avait pas encore triomphé. Ils avaient respectivement 17 ans, 23 ans et 34 ans. Ils ont combattu au nom d’une foi communiste inébranlable jusqu’à prendre le risque ultime de leur propre vie.
Le festival du film d’histoire de Pessac qui a cette année pour thème « Il était une foi : le communisme », se poursuit à moins de trois kilomètres de l’endroit où trois jeunes communistes furent fusillés. Pourquoi ont-ils été oubliés ? Pourraient-ils avoir une place dans le débat consacré à la notion de mémoire ? Les trois fusillés de Pessac croyaient en l’idéal communiste. Est-il possible d’envisager qu’ils aient été, eux aussi, des victimes ? Le Parti communiste français est-il lui-même prêt à leur reconnaître une place dans son histoire ? Qui acceptera de considérer leur mémoire et dans combien de temps ?
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