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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 22:08

61j9-4tMWmL._SL500_AA300_.jpgDans les années 60 et 70, les ouvrages de Jean Suret-Canale ont contribué à la formation de toute une génération de militants et d’intellectuels africains. Depuis son œuvre pionnière semble avoir été oubliée. Cet ouvrage - écrit à partir d’entretiens autobiographiques réalisés à la fin de sa vie puis de l’étude de ses archives personnelles - vise à restituer la singularité d’une œuvre et d’un itinéraire où le travail de chercheur et l’engagement politique ont toujours cohabité.

Jean Suret-Canale constitue une figure intellectuelle complexe, sinon paradoxale, si on veut bien y regarder de plus près. Bien qu’étant animé par un anticolonialisme fondamental, il a dû s’appuyer sur d’autres sources coloniales (les premiers grands auteurs ‘africanistes’ comme Delafosse et Labouret mais aussi les documents de première main des archives coloniales) pour écrire une œuvre de référence qui s’est voulue en rupture avec l’historiographie coloniale. A l’heure des controverses sur le ‘postcolonial’, entre spécialistes patentés organisés en coteries rivales, il n’est pas inutile, ni ‘ringard’ de s’intéresser à l’œuvre de Jean Suret-Canale.

Jean Suret-Canale est décédé le 26 juin 2007. Même si cet événement n’a pas été totalement passé sous silence, les hommages qui lui ont été rendus ont été relativement discrets. P. Blanchini a cru devoir aborder pour commencer l’image extérieure de Jean Suret-Canale à laquelle il n’a pas échappé, comme pas mal d’autres qui le connaissaient de réputation. Sur le plan politique, il avait de lui l’image d’un intellectuel orthodoxe du Pcf ; sur le plan idéologique, il était associé également dans son esprit à un marxisme tiers-mondiste devenu obsolète, n’ayant pas échappé à la ‘langue de bois’, voué à être instrumentalisé par le nationalisme des nouveaux Etats au cours de ces années d’indépendances Cha-cha-cha. Même lorsqu’on se situait toujours dans une perspective ‘progressiste’, on ne pouvait que constater que la figure de Jean Suret-Canale, qui occupait un certain rang dans les études africaines des années 1960-1970, avait soudain disparu en quelques années, à tel point que sa spécialité disciplinaire n’étant pas l’histoire - moins en pointe dans les années 1980 où les politistes tenaient le haut du pavé - il avait fait l’impasse sur ses ouvrages. Il n’avait lu de lui, avant de le rencontrer en 2001, que le petit ouvrage qu’il avait publié, quelques années auparavant sur les Groupes d’études communistes (Gec). ‘Les Groupes d’études communistes (Gec) en Afrique noire’, Paris L’Harmattan, 1994.

La fin de sa vie est toujours occupée par l’écriture mais plus en relation avec ses engagements plus anciens : l’histoire des Groupes d’études communistes en Afrique ou des maquis communistes en Corrèze. Retiré dans la campagne girondine depuis la fin des années 80, il a pratiquement été oublié. Le retour au-devant de l’actualité de la question coloniale dans les années récentes n’a pas entraîné une relecture de son œuvre. On peut le comprendre car les ‘postcolonial studies à la française’, lorsqu’elles se soucient de répondre à une forme de demande sociale contemporaine, s’intéressent surtout aux problématiques hexagonales : les imaginaires coloniaux qui perdurent ou encore les discriminations vécues par les descendants des ‘indigènes’ dans le modèle républicain à la française, jamais lesté de son héritage colonial. Il est victime d’un soupçon systématique, notamment au sujet de son engagement en Guinée et aussi plus généralement de son anticolonialisme. Mais s’y ajoutent également ce qu’on peut considérer comme les oublis significatifs de ses ouvrages dans les bibliographies. Ensuite, on trouve, à son sujet, des erreurs et des approximations.

Il passe inaperçu au sein des intellectuels communistes alors qu’il y occupe une place éminente dans les années 1960. Le classique ouvrage de Philippe Robrieux ‘Histoire intérieure du parti communiste’, Paris, Fayard 1981, l’ignore totalement. Si les historiens français ont tendance à oublier l’œuvre de Suret-Canale, en revanche les historiens africains le citent beaucoup, ainsi par exemple : Joseph Ki Zerbo, ‘Histoire de l’Afrique noire’, Paris Hatier, 1978. On peut lui reprocher d’avoir gardé le silence sur le ‘côté noir’ du régime de Sékou Touré – selon sa propre expression – mais certainement pas d’avoir écrit des textes hagiographiques, contrairement à ses adversaires, les thuriféraires de la colonisation française et de ses prolongements françafricains. Boubacar Barry s’accorde avec lui sur la question des causes de la traite négrière contre le point de vue d’Henri Brunschvig pour lequel ‘l’Afrique n’avait rien d’autre à offrir hormis ses hommes’.

Dans un de ses entretiens avec P. Blanchini en mai 2000, J. Suret-Canale déclare a posteriori que le Pcf est sans doute resté ‘trop longtemps attaché à la défense de l’Union française’. J. Suret-Canale a aussi souffert de la dévalorisation de ses travaux, relégués à l’étage inférieur de l’empirisme, alors que les anthropologues français délectaient de débats très abstraits sur l’articulation des modes de production précapitalistes, en négligeant totalement les phénomènes historiques concrets nés de la situation coloniale (c’est notamment le cas des écrits de Claude Meillassoux et de Maurice Godelier). Même Samir Amin a pu lui reprocher d’être trop empiriste, en particulier lorsqu’il se contente de demeurer au niveau de l’’apparence descriptive’ de l’ ’économie de traite’ dans la préface du livre de Boubacar Barry ‘Le royaume du Waalo’.

Par ailleurs, comme il le reconnaissait lui-même, il était venu au marxisme dans un contexte dominé par le stalinisme triomphant dans les années 1930. Cependant, à partir des années 1960, le marxisme ‘géopolitique’ que le contexte de la guerre froide et l’éveil du nationalisme du Tiers-monde avait favorisé allait commencer à se fragmenter entre les diverses obédiences se réclamant de légitimités internationalistes concurrentes, pour assister avec la décennie 1980 au déclin du Tiers-mondisme puis à la disparition du ‘socialisme réel’. C’est avec ce fardeau idéologique de plus en plus difficile à porter qu’il a choisi de continuer à écrire, au risque d’apparaître comme en décalage avec l’époque. Cela quand bien même il s’est réclamé d’un usage non dogmatique de la pensée de Marx. On pourrait toujours se demander pourquoi il a choisi de ne pas quitter le navire ainsi que l’ont fait la plupart des intellectuels communistes qui y sont entrés dans le contexte de la Résistance… Dans le cercle plus restreint des intellectuels marxistes ayant appartenu au Pcf, sa trajectoire diverge ainsi de celles des anciens adhérents du parti ayant choisi de privilégier leur carrière universitaire comme Maurice Godelier. Elle ne se confond pas non plus avec celles de francs-tireurs comme Jean Chesnaux ayant rompu avec le Pcf – et également avec la conception académique de l’intellectuel – sous l’influence de Mai 68, ni avec celle, plus proche de celui d’Yves Benot, tout aussi marginalisé par son engagement anticolonialiste conséquent mais ayant quitté le Pcf pour un tiers-mondisme plus proche de celui d’un Samir Amin.

Suret-Canale a connu une enfance parisienne avant de découvrir l’univers colonial en Aof. Il adhère aux Jeunesses communistes et effectue un deuxième voyage en Indochine. Il s’engage dans la résistance et connaît des expériences précoces comme la prison et la clandestinité. En 1946, il a eu l’agrégation de géographie, il a fait des demandes pour aller en Afrique ou plus généralement Outre-mer. Dans un premier temps, on voulait absolument l’envoyer en Indochine. Mais il ne voulait pas du tout y aller. Finalement, il est allé à Dakar où il a milité dans les Groupes d’études communistes (Gec). Il sera expulsé par un gouverneur socialiste manu militari (par un petit avion militaire) alors qu’il était professeur au Lycée Van Vollenhoven. Il évoque les divergences de fond qui l’opposaient à Cheikh Anta Diop. Il souligne l’existence de grandes difficultés à opérer une greffe marxiste. S’agissant du passage du Rda au Pai, il précise qu’il n y avait aucune filiation entre les Gec et le Pai.

En 1949, avant qu’il ne soit expulsé, il espérait l’année suivante se faire détacher à l’Institut français d’Afrique noire (Ifan) pour pouvoir travailler sur une thèse portant sur le Sénégal. Sa thèse principale devait concerner ‘Les paysans du Sénégal’. Elle a été faite par la suite par Paul Pélissier. De retour en France, Suret-Canale a eu des démêlés avec Davesne, l’’immortel auteur de Mamadou et Bineta’… Il a choisi un deuxième projet de thèse sur l’Anjou armoricain. Il a été aux côtés de la Guinée indépendante en 1958. Ce pays a eu des problèmes en matière d’enseignement puisque les deux tiers des enseignants français qui formaient la quasi-totalité du corps de l’enseignement secondaire sont partis. Ils ont fait appel à des concours, des volontaires extérieurs. Il en est venu des Etats-Unis, de Suisse, d’autres pays africains. Il y a eu Yves Benot (de son vrai nom Edouard Helman).

En 1961, commencent les premières difficultés de l’expérience guinéenne avec le complot des enseignants dont le syndicat est dirigé par Kéita Koumandian. C’est à partir de ce moment que la répression s’est installée. Des Guinéens et des Sénégalais membres du Pai furent emprisonnés. Durant ces années, J. Suret-Canale a pu poursuivre ses activités de chercheur. Il a pu faire pas mal de travaux sur la Guinée et travaillé sur des archives. L’année scolaire 1959-60, il a été nommé proviseur du lycée Donka, concurremment à ses fonctions de directeur de l’Institut de recherche. C’est également l’année où, avec Djibril Tamsir Niane il a rédigé le premier manuel d’histoire de l’Afrique Occidentale. Avec son nouveau retour en France après la Guinée en 1963, il a connu les vicissitudes d’un chercheur stigmatisé. Il a été nommé directeur adjoint du Centre d’études et de recherches marxistes (Cerm). Mais étant directeur du Cerm, Roger Garaudy était persuadé que Suret-Canale était là pour le surveiller.

A cette époque, le débat intellectuel interne au Pcf oppose d’un côté, les partisans de Garaudy et d’Aragon qui se réclament d’un ‘humanisme marxiste’ et, de l’autre, ceux d’Althusser qui se réclament d’un ‘antihumanisme théorique’ qui serait celui du second Marx des écrits postérieurs à 1845 ayant rompu avec la pensée idéaliste de ses années de jeunesse. L’ouvrage de Garaudy D’un réalisme sans rivage (1963) a été très critiqué. Un économiste espagnol Jesus Ibarrola a envoyé une lettre au Cerm où il développait ses désaccords avec les thèses de Garaudy. Le jugement de Suret-Canale sur Garaudy, c’est qu’il avait un peu une hypertrophie de l’ego. Au fond, il aurait voulu être Sartre, c’est-à-dire être à la fois grand philosophe, grand homme politique, grand homme de lettres, grand homme de théâtre.

A la parution du livre de Garaudy ‘Les sources françaises du socialisme scientifique’, (Paris Hier et aujourd’hui, 1948), un communiste américain, Bernstein lui a intenté un procès en plagiat. Et le tribunal lui a donné raison. Le livre a été mis au pilon. Des obstacles ont été mis à une carrière de chercheur au Cnrs. Ejecté du Cnrs en 1974, il part en Algérie. Son nouveau retour en France en 1978 était devenu problématique. Jean Suret-Canale est un ‘ancien combattant’ qui n’a jamais renié ses engagements. Pour connaître les relations de Suret-Canale avec les étudiants africains, on peut se référer à la postface d’Amady Aly Dieng.

 

http://www.walf.sn/culture/suite.php?rub=5&id_art=78051

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Published by valenton rouge - dans Monde
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