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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 16:00

irak.jpgDépart au pas de course : l’évacuation, ce dimanche, du dernier convoi de GI’s marque la fin de l’aventure américaine en Irak. L’invasion du pays, en mars 2003, sous le prétexte (mensonger) de l’existence d’armes de destruction massive, suivie d’une chute-éclair du régime de Saddam Hussein, avait débouché sur une guerre contre-insurrectionnelle de plus de huit ans, dont le coût humain et financier a été dément…

L’armée américaine a compté jusqu’à 170 000 hommes sur le terrain (pic d’octobre 2007). En octobre dernier, ils étaient encore 39 000. Ne restent sur place désormais que 160 soldats, dont une compagnie de marines pour la protection de l’ambassade américaine à Bagdad, et 157 personnels accompagnant les livraisons d’armes à l’armée irakienne.

Faute d’avoir obtenu une prolongation du régime d’immunité juridique pour ses soldats, Washington a renoncé au stationnement – longtemps envisagé – d’une force de 15 000 à 20 000 hommes jusqu’en 2012 (et plus, si affinités…), au titre de la formation des soldats irakiens et de la protection des milliers de diplomates, agents, et ressortissants américains qui restent sur place.

Les projets ambitieux du département d’Etat pour l’Irak futur, qui avaient été élaborés alors que les militaires insistaient pour maintenir un contingent significatif en 2012, ont finalement été abandonnés : il a été décidé, par exemple, de ne pas ouvrir de consulats à Mossoul, Kirkouk et Bassorah, comme le demandait le gouvernement irakien.

Mais la nouvelle ambassade américaine à Bagdad reste la plus importante au monde. Et des centaines de « contractors » civils américains continueront d’écumer le marché de la sécurité privée, ou de participer à l’entraînement des forces irakiennes, lesquelles occuperont certaines des 505 bases abandonnées par l’armée américaine du nord au sud du pays.

Poids des vétérans

Depuis l’invasion de mars 2003, au moins 104 000 civils irakiens [1] sont morts des causes directes du conflit. Il faut y ajouter 20 000 soldats et policiers irakiens, et plus de 19 000 insurgés. Certaines catégories socio-professionnelles ont été particulièrement touchées : les universitaires (464 tués), les journalistes (174).

Côté coalition, les Etats-Unis ont perdu 4 487 hommes (dont 3 518 au combat), et 31 921 militaires américains ont été blessés dans les combats, selon les chiffres du Pentagone. 2097 employés civils de sous-traitants du gouvernement américain ont également été tués. Le Royaume-Uni, second contingent, a de son côté perdu 179 soldats.

Lors du déclenchement de l’opération Iraqi Freedom, 150 000 soldats américains étaient déployés en Irak, soutenus par 120 000 autres militaires depuis l’extérieur. Plus de 40 000 Britanniques ont également participé à l’invasion. Les effectifs du corps expéditionnaire avaient décru jusqu’à l’envoi, début 2007, d’un renfort de 30 000 hommes pour tenter d’endiguer l’explosion de violences.

Un accord signé en novembre 2008, sous l’administration Bush, prévoyait la fin de l’opération en septembre 2010, avec retrait échelonné du gros des troupes. Mais un contingent d’une cinquantaine de milliers d’hommes était resté sur place, au titre de la formation de l’armée nationale.

Les opérations en Irak depuis 2003 avaient été budgétisées à hauteur de 770 milliards de dollars, sur des lignes spéciales consacrées aux opérations extérieures. Une fraction indéterminée du budget du Pentagone a également servi à financer, de fait, la guerre en Irak.

Il s’y ajoute le coût de l’aide à l’Etat irakien, et de la prise en charge des blessés et des vétérans américains (au nombre de 1 250 000, avec ceux d’Afghanistan). Il a été calculé que le coût des soins et des pensions d’ici 2055 pourrait varier entre 345 et 470 milliards de dollars. [2] Voilà pourquoi on devrait être, pour le seul Irak, dans cette fourchette des mille milliards…

Pas avant 2020

En ce jour symbolique de départ du dernier convoi, l’Agence France Presse (AFP) a listé les problèmes qui, eux, restent :

Territoires disputés : les Kurdes, largement autonomes, revendiquent la souveraineté d’une bande longue de 650 km riche en hydrocarbures, à cheval sur quatre provinces (et comprenant la ville multiethnique de Kirkouk).

Violences et tensions religieuses : l’insurrection sunnite a reflué depuis le pic des violences de 2006-2007, mais attaques, exécutions et rapts restent fréquents. Le gouvernement dominé par les chiites accuse les anciens partisans sunnites de Saddam Hussein de comploter pour revenir au pouvoir et les réprime durement.

De son côté, « L’Etat islamique d’Irak », ombrelle de groupes affiliés à Al-Qaida, a mené des attentats spectaculaires visant notamment les forces de l’ordre, les pèlerins chiites et la communauté chrétienne.

Crise syrienne : la Syrie partage 600 km de frontières avec l’Irak. Bagdad dépend aussi beaucoup pour son alimentation de la Syrie. Une chute du régime alaouite de Bachar Al-Assad et l’arrivée au pouvoir de sunnites à Damas pourraient pousser des milliers de réfugiés en Irak et raviver le conflit chiites-sunnites.

Influence iranienne : l’Iran est soupçonné d’exercer une grande influence sur le gouvernement et d’entretenir des milices chiites responsables d’attentats anti-américains. Washington les accuse de vouloir former « un gouvernement dans le gouvernement », à l’image du Hezbollah libanais.

Faiblesse et corruption des institutions : l’Irak n’a pas depuis deux ans de ministre de l’intérieur et de la défense, faute de compromis entre factions politiques. Le pays est l’un des plus corrompus au monde, selon Transparency International. Certaines provinces réclament un statut d’autonomie, à l’exemple du Kurdistan. L’armée sera incapable de défendre les frontières et l’espace aérien avant 2020, selon son chef d’état-major.

Pétrole : il n’y a toujours pas de loi régissant l’exploitation des ressources en hydrocarbures, première source de revenus du pays.

Problèmes sociaux : un quart de la population vit dans la pauvreté. La condition des femmes s’est nettement dégradée depuis 2003. L’Irak compte quelque 1,75 million de déplacés internes et réfugiés.

Séparatistes kurdes : le PKK turc et le PJAK iranien disposent de bases dans le nord irakien. Les armées turque et iranienne y mènent des opérations militaires.

Conflit avec le Koweït : les relations restent tendues depuis l’invasion de 1990, avec des contentieux sur les réparations et le tracé de la frontière. L’Irak accuse aussi le Koweït de bloquer son accès à la mer en bâtissant un port qui gênerait ses exportations de brut.

Socle idéal

Au total, le président Obama aura réussi à tenir ses promesses au Congrès, avec un retour de ses « boys » avant Noël, même si c’est sans triomphe, et si une partie de l’opinion américaine s’interroge : cela en valait-il la peine ? La majorité de la population irakienne semble soulagée, même si certaines communautés (sunnites, chrétiens) peuvent s’inquiéter pour leur avenir, notamment en termes de sécurité.

A Mossoul, lors de la fermeture de la grande base américaine, fin octobre, la foule brandissait des drapeaux irakiens, et des affiches : « Félicitations à la ville de Mossoul en ce grand jour qui a vu partir les dernières troupes d’occupation ».

Le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, reconnaissait récemment qu’il ne pouvait compter au parlement sur une majorité accordant aux soldats américains l’immunité juridique à partir de l’an prochain (raison pour laquelle l’OTAN vient également de faire savoir qu’elle mettait fin à son opération de formation des militaires irakiens).

Si le gouvernement actuel de l’Irak, réputé faible et divisé, faisait face à une explosion de violence, il pourrait cependant demander l’aide de son protecteur américain qui restera un acteur de premier plan sur toute la côte sud du Golfe, notamment au Koweit.

L’ex-ambassadeur américain en Irak, Christopher Hill, exprime son appréhension [3] : le maintien d’une forme d’intervention pouvait-il forger cette alliance solide que les Etats-Unis espéraient alors même que le conflit a fait tant de victimes de part et d’autre, et vidé les coffres du Trésor américain ? « Nous pouvons déclarer que l’Irak est notre allié ; mais une invasion ne sera jamais le socle idéal pour une alliance ».

Notes

[1] Iraq Body Count, une ONG britannique, évalue les pertes civiles entre 103 775 et 113 680, au 30 novembre 2011.

[2] Fin 2010, les Etats-Unis avaient déjà dépensé près de 32 milliards de dollars pour la prise en charge des soins médicaux des blessés et le versement des pensions d’invalidité (dont les vétérans bénéficient à vie).

[3] Tim Arango et Michael S. Schmidt, « U.S. Scales Back Diplomacy in Iraq Amid Fiscal and Security Concerns », The New York Times, 22 octobre.

 

 

http://blog.mondediplo.net/2011-12-18-Une-guerre-a-mille-milliards-de-dollars

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Published by valenton rouge - dans Monde
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