Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

0
parti.jpg 
thumbnail-copie-3.jpeg
4cb23c12e9-copie-1.jpg8071d6d8-f802-11df-a4d8-fa25b9579a36-copie-2.jpg 
Capture-du-2012-05-09-21-11-58.png
0
saint-communiste.jpg
00
0
soviet_propaganda.png

 vps-final.jpg

 

BDS-boycott-produits-israel.jpg

  

Recherche

lp.jpg

Léonard PELTIER 

 

arton1476.jpg

Archives

 free-the-miami-5-logo-colour.jpg

 

 rubon1-54e3a.jpgcuba-si.jpg

 

c.jpg

France  Cuba

cuba-si-3.jpg 

cuba_linda.jpg 

 

 

 

motocollant 2010 small

 

 

Thierry-copie-2.jpgHommage à

Thierry MENGUY

 


index.jpg 

une avocate

au service

du salarié

 

Maître

  Verrier Ouahmane Aicha

 

1 RESIDENCE DU PARC
  94430 Chennevières-sur-marne
 Téléphone : 01.49.62.04.45
 Fax : 01.45.76.13.17
 verrier.ouahmane@wanadoo.fr





Articles Récents

  • POUR LES FEMME D'ESPAGNE EN 2014 La nuit, la Résistance ... reprise d'un texte de 2009 Alain Girard Je hais les coups d’état, je hais la violence aveugle d’hommes de pouvoir quant ils ne sont pas de simples nervis, ceux là sont sans doute les pires. Je...
  • Obsèques d'Henri Alleg
    Sa famille, ses amis, ses camarades lui rendront un hommage fraternel le lundi 29 juillet à 10h30, au crématorium du Père Lachaise, salle de la Coupole. Le même jour, à 16 h, une courte cérémonie d'inhumation aura lieu au cimetière de Palaiseau (Esso...
  • Décès d'Henri Alleg
    Les communistes sont en deuil, les communistes valentonnais bien plus encore. Henri Alleg, Henri l'infatiguable du combat anticolonialiste, de celui pour un Etat palestinien, de celui pour une société à laquelle il donnait un nom: socialiste. Henri, ce...
  • METROPOLES
    METROPOLES Déclaration de l’ANECR Assemblée Nationale Affirmation des métropoles : discuter en 3 jours d’un remodelage profond de la République est un scandale ! Les amendements gouvernementaux adoptés par la commission des lois de l’Assemblée Nationale...
  • Un nouveau club politique prend racine | Aisne Nouvelle
    www.aisnenouvelle.fr CHAUNY - Le club Nouveau siècle verra le jour en septembre. Ou plutôt son antenne régionale. Une réunion d’information s’est tenue samedi matin. Objectif : réfléchir sur la société actuelle.
  • Il n'y a plus rien Ferré
    merci tovaritchi mais l'"vènement cd'est le rassemblemnt réusii des communistes azinbt quentinnois, aussi fort que Léo www.youtube.com Une œuvre magistrale, qui présente notre temps alors qu'elle le précède. Merci Léo, tu nous a marqué à jamais et ce...
  • Alain Girard shared Le libre service de la...
    Alain Girard shared Le libre service de la solidarité's photo.
  • Le candidat rouge sera Olivier Tournay | Aisne Nouvelle
    www.aisnenouvelle.fr SAINT-QUENTIN - Le militant Olivier Tournay a profité de la Fête des libertés ce dimanche au stade Bienfait pour annoncer sa candidature aux municipales 2014.
  • Alain Girard shared Sinn Féin shop's photo.
  • Alain Girard shared LE MONDE DE SAN-ANTONIO's...
    Alain Girard shared LE MONDE DE SAN-ANTONIO's photo.

 

Découvrez la playlist valentonrouge avec Francesca Solleville

Red_Cavalry_Riding.jpg
La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
sainr-just.jpg
   

A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

KM.jpg


29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 18:26

PCF-baissezles_taxes_m.jpgEn pleine débâcle, François Fillon a commencé par accorder à la politique gouvernementale un insupportable satisfecit.

Alors que des millions de jeunes souffrent du chômage et de la précarité, il se réjouit de la destruction de 130 000 emplois publics, des 15 milliards de réduction des dépenses publiques réalisée grâce à la RGPP, de l'asphyxie des collectivités territoriales.

 

Fier de son bilan calamiteux, le Premier ministre annonce un nouveau plan de super austérité de 11 milliards d'euros. Une fois encore, il ne cherche qu'à satisfaire les marchés financiers et sacrifie l'avenir du pays. Il annonce par avance l'échec de sa politique en programmant un nouveau recul des prévisions de croissance en 2011 comme en 2012 et reconnaît que les politiques menées ces trois dernières années ont fait exploser les déficits.

 

Le plan d'austérité annoncé va encore aggraver l'injustice sociale. Le seuil de tolérance de cette politique injuste et inefficace est largement dépassé.

Personne n'est abusé, la « contribution exceptionnelle des hauts revenus » n'est qu'un pare-feu – ne représentant que 200 millions d'euros de recettes prévues – une goutte d'eau sur les 11 milliards d'économies qui vont être infligés.

 

Ce geste a des allures de charity-business plutôt abject puisqu'en contrepartie, la Sécurité sociale et les droits sociaux sont en ligne de mire, avec dans un premier temps l'augmentation de la taxation des conventions d'assurance qui coûtera 1,2 milliard aux assurés. L'augmentation de la taxation sur le tabac, l'alcool, les sodas ou encore les déremboursements nouveaux envisagés vont d'abord pénaliser les revenus les plus modestes.

Aucune des mesures annoncées ne restaurera la croissance ni l'équilibre des comptes publics !

 

En plaidant à nouveau pour l'inscription de la règle d'or dans la Constitution de notre pays, François Fillon en appelle à se plier à la dictature des marchés .

La mobilisation est plus que jamais nécessaire pour imposer des mesures qui prennent radicalement le contre-pied de ce plan d'austérité, en favorisant le pouvoir d'achat par l'augmentation des salaires des Français, en taxant fortement la spéculation et les revenus du capital, en mettant réellement fin aux exonérations sociales et fiscales.

Notre seule règle d'or doit être l'humain d'abord, pas la finance !

 

Pierre Laurent, Secrétaire national du PCF,

Repost 0
Published by valenton rouge - dans France
commenter cet article
29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 18:22

couv - giap1 mLes mémoires de combattant sont un genre à part entière. A mi-chemin entre documents d’archives et travail d’historien, elles sont précises sur les victoires et accumulent les excuses pour justifier les échecs; elles sont l’occasion de régler de vieux comptes, de préférence contre des homologues décédés; et elles sont le plus souvent écrites par les vaincus, qui doivent avoir plus de temps à leur disposition que leurs adversaires victorieux. A tout ceci, le texte de Giap est une exception: le glorieux général a vaincu la France puis les USA en 30 ans de campagne: toujours vivant, centenaire cette année, il n’a pas besoin de s’édifier une statue tellement la sienne est évidente. Son texte, publié dans les années 90, surprend par son ton posé, sa modestie, et sa pertinence.

Les Mémoires de Giap concernent seulement la guerre d’Indochine. Giap ne revient pas sur son enfance ni sa formation: il commence son récit en 1946, lors de l’insurrection du 19 Décembre contre toutes les implantations françaises. Ce premier volume décrit ensuite, à peu près dans l’ordre, les différentes phases de la guerre jusqu’en 1950: la durée des sièges initiaux à Hanoi ou Hué; l’ambitieuse campagne lancée par les français à l’automne 47 qui, si elle surprend le Viet-Minh, ne parvient pas à en réduire le sanctuaire; l’initiative passée aux communistes, d’abord par harcèlement des communications françaises puis par attaque des points fortifiés; enfin la préparation d’une grande campagne finale pour 1950, dont on sait qu’elle n’aura pas encore le succès escompté.

La grande qualité du livre tient à l’évolution de la doctrine viet-minh. Giap le rappelle en passant: l’Indochine est première défaite d’une armée moderne par une armée populaire. Les vietnamiens n’ont pas d’exemple sur lesquels s’appuyer et, s’ils compulsent Engels et Clausewitz, il leur faut en fait tout inventer. En face, la France a une longue expérience coloniale pour jouer, à côté des armées, sur les aspects diplomatiques, économiques (pour assécher l’économie de la "zone libre") et politiques. Le viet-minh combine donc endoctrinement politique, pour souder le peuple au-delà des différences régionales, et développement militaire. Après l’insurrection surprise de fin 1946, la guérilla cherche "beaucoup de petites victoires pour en faire une grosse", mais ne se contente pas d’armer les milices villageoises: Giap organise aussi des bataillons mobiles, autonomes, pouvant s’infiltrer et s’embusquer en force chaque semaine à un endroit différent. Quand vient le temps d’attaquer les places fortes françaises, Giap nous rapporte le professionnalisme de son organisation: reproduction grandeur nature des lieux à assaillir, entrainement constant, test d’armes de pénétration pour briser les parois renforcées, enfin retour d’expérience systématique après les premières tentatives d’assaut. Le viet-minh est modeste et pragmatique: il sait qu’il a à apprendre, que le combat est une excellente école, à condition de pouvoir formaliser ce qui fonctionne et corriger ce qui ne marche pas.

Même si cet aspect est ’facile’ a posteriori, Giap montre également comment le viet-minh s’est engagé dans la durée. A le lire, l’insurrection initiale ne visait pas à prendre le contrôle du pays, mais était d’abord une démonstration de la primauté du viet-minh parmi les indépendantistes et de la capacité à battre, même temporairement, la puissance coloniale: une thèse probablement contestable. Toutefois, Giap montre comment formation militaire et industrie d’armement ont été d’emblée pensées pour la durée, et toujours selon une organisation dispersée et ultra-mobile. Le viet-minh organise des écoles de sous-officiers puis d’officiers, Giap ayant vite compris qu’il a là une lacune face aux français. Et il lance, sans autre ressources que ce qui est disponible dans les zones "libres", une industrie d’armement dont le principe est la spécialisation sur quelques armes (mines, grenades, bazooka) et le développement d’armes spécifiques pour détruire blindés et fortins. Faire des fusils, par exemple, n’est pas une priorité: il vaut mieux les récupérer à l’ennemi. Ces choix sont fondamentaux pour la conduite du conflit, et révèle de nouveau la doctrine viet-minh; des petits pas obstinés plutôt que des brusques changements.

Le ton du texte surprendra les lecteurs ayant eu d’autres mémoires en main. Le "je" est singulièrement absent, à part pour quelques anecdotes: les décisions sont impersonnelles, même si on comprend bien que Giap en est la puissance motrice. Ho-Chi-Minh est bien sûr parfait, fin et exemplaire. L’admiration que Giap lui porte est toujours vive est sincère. La direction communiste est toujours unie et il ne transparait qu’exceptionnellement des divergences d’avis (sur des points techniques uniquement), jamais la moindre lutte politique. Et si l’extension de la "zone libre" s’accompagne de répression, tel n’est pas le sujet du livre. Ce texte ne contient aucun règlement de compte, aucune amertume. L’auteur veut laisser un texte fédérateur, pas partisan.

Enfin, le lecteur doit être prévenu que ces Mémoires sont un petit peu ardues pour qui n’est pas (très) familier de la géographie du Viet-Nam. Il y a bien 2 pauvres cartes, mais on y cherchera en vain la plupart des lieux du texte, ou encore une estimation de qui contrôle quoi. Alors que les axes routiers sont essentiels pour comprendre le conflit, que le texte mentionne régulièrement les zones de guerre viet-minh, le texte ne nous en donne aucune carte... Il faut se laisser porter par la narration, contraint et forcé. D’ordres de bataille ou de conséquences chiffrées des engagements, il n’en est guère sinon pour détailler des pertes françaises (mais au niveau tactique: 200 hommes et 50 véhicules dans telle embuscade, etc.), ou, occasionnellement, pour corriger ce qui a été lu chez des historiens ou mémorialistes français. Mais on se rend mal compte de la puissance effective du viet-minh, et encore plus mal des pertes subies lors des campagnes, que ce soit par combat ou à cause des conditions de vie.

Ceci dit, on trouvera peu d’équivalent à ces mémoires: un texte fin écrit par un leader insurrectionnel à la profonde intelligence, racontant le point de vue viet-minh sans abrutir le lecteur d’idéologie. Une œuvre suffisamment singulière pour la recommander.

 

 

http://www.mapiledelivres.org/dotclear/index.php?post/2011/08/15/M%C3%A9moires-du-g%C3%A9n%C3%A9ral-Giap-1946-1945%2C-tome-1%3A-la-r%C3%A9sistance-enclercl%C3%A9e2

Repost 0
29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 18:07

2006_08_10969229_giap-chavez.jpg« C’est par l’énumération de vos victoires que j’ai appris la géographie de votre pays… » Sous les applaudissements de l’assistance, le Belge Lucien Outers, alors Ministre de la Coopération, renouait ainsi,  en 1978, les liens entre le Vietnam et la Belgique et portait un toast à un petit homme aux lunettes rondes, à la poitrine couverte de médailles. A cette époque déjà, Vo Nguyen Giap avait sa place dans les livres d’histoire : après s’être battu contre les occupants japonais durant la deuxième guerre mondiale à la tête d’une petite armée de partisans, il avait, en 1954,  infligé une défaite majeure au corps expéditionnaire français qui laissa dans la cuvette de Dien Bien Phu 2200 morts et plus de 11.000 prisonniers. A la tête de l’armée populaire vietnamienne, il affronta ensuite les Américains et, malgré les bombardements des B52, mit en échec la superpuissance, capturant, en 1975, la ville de Da Nang, défendue par plus de 100.000 hommes, prélude à la chute de Saïgon.

Considéré, au même titre que Ho Chi Minh,  comme l’artisan de la libération du Viet Nam, la popularité du général Giap demeure immense et son centenaire a été célébré moins par les instances officielles  que par la population qui lui a spontanément rendu hommage.

C’est que le général Giap, enseignant, journaliste au départ, puis fondateur du parti communiste vietnamien aux côtés de l’ « Oncle Ho » (Ho Chi Minh) n’est pas seulement l’un des meilleurs stratèges du 20eme siècle, qui mit en échec les puissances de l’époque (le Japon, la France puis les Etats Unis), il est demeuré un homme de conviction : intouchable, considéré comme une sorte de statue de Commandeur, il ne s’est pas privé, au cours des dernières années, de mettre en cause les orientations politiques du parti, la corruption,  les concessions au capitalisme. Au nom de la souveraineté nationale et de la défense de l’environnement, il a critiqué, avec virulence, la décision de laisser un groupe chinois prendre le contrôle d’un gisement de bauxite sur les haut plateaux, au centre du pays.

Mis à l’écart du bureau politique du parti communiste dès 1982, le général Giap est demeuré, pour les jeunes générations, le symbole d’un combat nationaliste, le père de l’indépendance.

Malgré les accords de paix, la normalisation des relations et la bannière commune de la francophonie, ses adversaires de l’époque, eux non plus, n’ont pas oublié. Au Rwanda en 1994, les militaires français de l’Opération Turquoise, encerclés à Gikongoro par le Front Patriotique rwandais dirigé par cet autre redoutable stratège qu’est le général Kagame, avaient rebaptisé les collines qui les entouraient : Gabrielle, Huguette, Dominique… Le nom des collines qui entouraient la cuvette de Dien Bien Phu, où le colonialisme français  en Asie subit un échec cinglant…

 

http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2011/08/25/le-general-giap-centenaire-et-toujours-present/ 

Repost 0
29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 18:00

arton14508-62fe3.jpgUn homme portant cravate se présenta un jour dans un village. Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien un peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie.



Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 euros par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendit les bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 euros et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 euros dans huit jours et il quitta le village.

Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 euros l’unité.

Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 euros dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.

Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.

Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.

Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne traça pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.

Voyant sa note en passe d’être dégradée et prise à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.

Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale... On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front. On les appelle les frères Marchés.

Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale de leurs maires sortants.

Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois.

Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place ? Que ferez-vous ?

Âneonyme

 

 

URL de cet article 14508
http://www.legrandsoir.info/ou-comment-raconter-la-crise-a-ceux-qui-ne-connaissent-rien-aux-lois-du-marche.html
Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 20:46

26220.jpgLes premières partie de cet article :

La réforme du modèle économique cubain : Causes et perspectives (1/3)
- par Salim Lamrani - 2011-08-23

La réforme du modèle économique cubain : : Causes et perspectives 2/3
- par Salim Lamrani - 2011-08-24



Les mesures économiques et sociales

Du 1er décembre 2010 au 28 février 2011, un projet de réforme de la politique économique et sociale, élaboré par la Commission de Politique économique du Parti communiste cubain, a été soumis à un vaste débat public avec l’aide de la centrale syndicale du pays[1]. Au total, près de 9 millions de Cubains ont assisté à l’une des 163 000 réunions organisées pour débattre du projet avec un total de 3 millions d’interventions. Le document original comprenait 291 points, desquels 16 ont été intégrés à d’autres, 94 ont été maintenus intacts, 181 ont été modifiés et 36 ajoutés pour un total comprenant au final 311 points[2]. Le projet de départ a ainsi été modifié à 68% par les citoyens et a été adopté le 18 avril 2011 lors de la tenue du VIIème Congrès du Parti communiste cubain par les mille délégués représentant les 800 000 militants[3]. Il a ensuite été soumis au Parlement cubain, qui l’a approuvé en session plénière le 1er août 2011[4].

L’Etat cubain, qui doit apporter des solutions pour éviter la banqueroute, a ainsi décidé, sur une base quinquennale, d’adapter les dépenses aux ressources disponibles et deréduire au maximum le recours à la dette[5]. Raúl Castro a insisté sur l’urgence de la situation : « Nous sommes convaincus que la seule chose qui puisse faire échouer la Révolution et le socialisme à Cuba, mettant en danger le futur de la nation, est notre incapacité à dépasser les erreurs que nous avons commises durant plus de 50 ans[6] ».

Deux mesures spectaculaires sont à souligner. La première constitue une révolution structurelle de la force du travail. Ainsi, les autorités ont décidé de procéder à la suppression à moyen terme de près d’un demi-million de postes de fonctionnaires, soit 10% du total des employés du secteur public, et d’un million d’ici cinq ans[7]. Les fonctionnaires concernés auront trois possibilités : une réaffectation dans un service déficitaire, le travail privé ou l’obtention de terres en usufruit. Auparavant, les employés licenciés percevaient l’intégralité de leur revenu jusqu’à ce qu’ils retrouvent un emploi. Désormais, l’allocation chômage ne durera que cinq mois au maximum et sera à taux plein que le premier mois (passant ensuite à 60% du salaire). Tous les secteurs disposant d’un excédent de capital humain seront réduits au strict nécessaire avec une restructuration du monde du travail. Le gouvernement précise néanmoins que « l’Etat socialiste ne laissera aucun citoyen dans le désarroi et s’assurera, par le biais du système d’assistance sociale, que les personnes ne pouvant travailler recevront un minimum de protection. A l’avenir, les subventions seront destinées non pas aux produits mais à celles et ceux qui pour une raison ou pour une autre les nécessitent vraiment[8] ».

La seconde mesure est également sans précédent par son envergure. Il s’agit d’une ouverture de l’économie étatique au secteur privé, destinée, entre autres, à légaliser une économie informelle croissante, et à récolter des impôts dans un pays peu habitué à la culture fiscale. Ainsi, l’Etat, qui contrôle près de 90% de l’économie, a décidé de déléguer une partie de ses activités économiques à des personnes privées, et se limitera à la gestion et l’exploitation des ressources stratégiques de la nation, avec une décentralisation progressive afin de stimuler le développement. Près de 250 000 nouvelles licences ont été octroyées dans divers secteurs. Près de 178 nouvelles activités ont ainsi été ouvertes au domaine privé et concernent différents champs tels que la restauration (le nombre de sièges dans les restaurant passant de 12 à 50[9]), la vente au détail ou la location de chambre. Dans 83 secteurs, les nouveaux entrepreneurs pourront désormais embaucher du personnel, prérogative qui a été jusque là une exclusivité de l’Etat, des sociétés mixtes et des entreprises étrangères, moyennant des charges à hauteur de 25% du salaire de l’employé[10]. Le succès a été immédiat[11]. En l’espace de six mois, le nombre de petits entrepreneurs est passé de 157 000 à plus de 320 000, et devrait se stabiliser autour d’un demi-million[12]. Les premiers effets positifs sont apparus avec une augmentation des recettes fiscales de l’Etat au bout de six mois[13].

Les commerces privés sont soumis à un impôt progressif pouvant atteindre 50% des revenus et à des cotisations sociales à hauteur de 25%[14]. Les revenus jusqu’à 5 000 pesos annuels sont exemptés d’impôts alors que ceux qui dépassent les 50 000 pesos seront taxés à hauteur de 50%. Le nouveau code fiscal stipule que les entrepreneurs pourront désormais déduire jusqu’à 40% de leurs revenus au titre de frais professionnels contre 10% auparavant[15]. Ainsi, les travailleurs indépendants devront s’acquitter de quatre impôts au total : l’impôt sur le revenu de 25% (revenus supérieurs à 5 000 pesos) à 50% (revenus supérieurs à 50 000 pesos), les charges patronales à hauteur de 25% du salaire de l’employé, la TVA de 10% (5% pour le secteur alimentaire), et les cotisations sociales de 25%[16].

Pour faire face à la pénurie de matières premières, le gouvernement a décidé d’allouer d’importantes ressources à l’achat de matériel exclusivement réservées au secteur privé. Les nouveaux entrepreneurs devront faire face à trois principaux défis : se constituer une clientèle, obtenir des crédits et vaincre les obstacles bureaucratiques[17]. Les plus hautes autorités de l’Etat ont garanti le caractère irréversible des réformes et ont apporté leur soutien aux travailleurs indépendants en annonçant une nouvelle politique bancaire de crédits destinés aux micro-entrepreneurs[18], en particulier dans le domaine agricole[19]. Ces nouvelles mesures devraient générer des revenus à hauteur d’un milliard de dollars en impôts, selon les estimations gouvernementales[20].

 De la même manière, les cantines d’entreprise et le transport ouvrier ne seront plus à la charge de l’Etat, tout comme les salons de coiffure et les taxis, entre autres, qui vont être dorénavant gérés par les employés. Les entreprises disposeront désormais de facultés d’initiative plus amples[21].

L’objectif est d’augmenter la productivité, de renforcer la discipline et d’offrir un éventail de salaires plus large qui permette de satisfaire les nécessités des citoyens. La politique égalitariste dans les mécanismes de distribution du revenu sera ainsi éliminée, tout comme la gratuité de certaines prestations[22]. Raúl Castro reconnaît que « l’excessive approche paternaliste, idéaliste et égalitariste instituée par la Révolution au nom de la justice sociale » a été une erreur. « Nous avons confondu le socialisme avec les gratuités et les subventions, l’égalité avec l’égalitarisme », a-t-il précisé. Désormais, les salaires seront indexés sur la productivité[23]. « L’égalité des droits et des opportunités pour tous les citoyens » prévaudra, avec une politique axée sur le travail considéré comme « à la fois un droit et un devoir ». Il sera désormais « rémunéré en fonction de sa quantité et de sa qualité[24] ».

Par ailleurs, de nombreuses interdictions outrancières, qui favorisaient le marché noir, sont en passe d’être éliminées. Raúl Castro a ainsi appelé à éliminer les nombreuses prohibitions irrationnelles qui ont perduré pendant des années, sans tenir compte des circonstances existantes, créant ainsi le ferment pour de multiples agissements en marge de la loi, qui débouchent fréquemment sur la corruption à des niveaux variés. On peut arriver à une conclusion évidente : les prohibitions irrationnelles favorisent les violations, lesquelles conduisent à leur tour à la corruption et à l’impunité.

Il a ainsi dénoncé les démarches administratives inutiles concernant le changement de logement ou la vente de voiture entre particuliers[25]. Désormais, les logements pourront être achetés et vendus par les Cubains ainsi que les étrangers ayant le statut de résident permanent. Auparavant, seuls l’échange et le legs étaient autorisés, entrainant de nombreuses opérations illégales. Néanmoins, il ne sera pas possible d’être propriétaire de plus d’un logement et ces mesures excluent à la fois les Cubains non résidents ainsi que les étrangers. La loi sur la confiscation des biens pour les émigrants est ainsi abrogée, lesquels pourront, en cas de départ, léguer leurs biens à leur famille jusqu’au quatrième degré de consanguinité, à condition de pouvoir justifier de cinq ans de vie commune avec la personne concernée[26].

Enfin, l’île se trouve également dans l’obligation de mettre un terme à la dualité monétaire – le peso avec lequel la plupart des Cubains reçoivent leur salaire et le peso convertible, réservé au secteur touristique – afin de réduire les inégalités. En effet, un peso convertible (environ 1 dollar) vaut 26 pesos[27].

Si le changement de la structure économique semble indispensable, Cuba ne compte pas adopter le modèle économique de marché. Selon le gouvernement cubain, le principe de base reste le même : « Seul le socialisme est capable de vaincre les difficultés et préserver les conquêtes de la Révolution ». Ainsi, la planification de l’économie prévaudra sur les règles mercatiques, tout en modernisant la méthodologie, l’organisation et la gestion[28].  

Au niveau macroéconomique, Cuba aspire à une meilleure efficience afin de limiter l’intervention financière de l’Etat dans les secteurs déficitaires. Deux types de solutions sont envisagés. La première, à court terme, permettra d’éliminer le déficit de la balance des paiements en substituant les importations et en augmentant les revenus externes. L’objectif d’améliorer la croissance et le niveau de vie de la population passe par une meilleure efficacité économique, une stimulation du travail et une redistribution plus équitable du revenu national[29].

A long terme, Cuba doit trouver des solutions de développement durable qui permettent notamment d’atteindre une autosuffisance alimentaire et énergétique, une utilisation efficace du capital humain, une bonne compétitivité dans les productions traditionnelles et le développement de nouvelles productions de biens et de services à haute valeur ajoutée[30].

 

Les entreprises étatiques et les coopératives

Une autonomie plus grande sera octroyée aux entreprises étatiques, aux entreprises aux capitaux mixtes, aux coopératives, aux usufruitiers de terres, ainsi qu’aux petits entrepreneurs privés, sans pour autant permettre une concentration de propriété trop importante. Le pouvoir décisionnel sera décentralisé au profit du secteur entrepreneurial, afin d’obtenir une meilleure efficacité. Les entreprises disposeront de plus de facultés ainsi que d’une responsabilité plus importante dans la gestion de leurs ressources humaines, matérielles et financières, supprimant ainsi une partie des contrôles bureaucratiques. Des marchés d’approvisionnement non subventionnés seront à la disposition des entreprises[31].

Les entreprises étatiques dont le bilan financier est structurellement déficitaire, dont le capital de travail est insuffisant et qui se montrent incapables de respecter leurs obligations, passeront systématiquement par un processus de liquidation. Les entreprises ne recevront plus de financement budgétaire pour la production de biens et de services. En revanche, elles pourront créer des fonds propres pour le développement ou l’augmentation de salaires, en cas de bénéfices, après avoir satisfait leur contrat de production et s’être acquittées de leurs obligations fiscales. De la même manière, les salaires des employés du secteur public évolueront en fonction des résultats de l’entreprise. Les subventions pour pertes seront désormais éliminées[32].

Les coopératives, basées sur « libre disposition des travailleurs à s’y associer », restent propriétaires des moyens de production et peuvent en disposer à leur guise (location, usufruit…). Elles peuvent s’associer à d’autres entités similaires (pour l’achat et la vente par exemple afin de réduire les coûts). Néanmoins, la propriété coopérative ne peut être vendue ou louée à d’autres coopératives ou à des entreprises non étatiques. Elles se chargent également de fixer les salaires de leurs employés[33].

 

La politique sociale

Au niveau de la politique sociale, la priorité est de préserver « les conquêtes de la Révolution, tels que l’accès aux soins médicaux, à l’éducation, à la culture, au sport, aux loisirs, à la sécurité sociale et à la protection au moyen de l’assistance sociale pour les personnes dans le besoin », tout en éliminant les « dépenses excessives[34] ».

Au niveau de l’éducation, les cursus universitaires seront en adéquation avec le développement de l’économie et de la société, avec une augmentation des places dans les filières technologiques et scientifiques. Au niveau de la santé, une réorganisation territoriale des centres de soin est prévue, tout comme le développement de la médecine naturelle et traditionnelle, ainsi que la promotion de la médecine préventive. Enfin, pour faire face au vieillissement de la population et au problème de la dépendance, la contribution des salariés sera accrue et de nouveaux financements devront être trouvés[35].

Le salaire retrouvera un rôle principal au sein de la société afin de « réduire les gratuités non nécessaires et les subventions personnelles excessives, en établissant des compensations pour les personnes dans le besoin ». Ainsi, le carnet de rationnement, instauré en 1963 pour faire face aux sanctions économiques, à la spéculation sur les matières premières et éviter une crise alimentaire, « qui favorise autant le citoyen dans le besoin que celui qui en est à l’abri », dispose de nombreux inconvénients car il profite indistinctement aux travailleurs consciencieux qui apportent de la richesse à la société et à ceux qui préfèrent vivre aux crochets de l’aide sociale sans rien produire[36].

Comme le note Raúl Castro, le carnet « est devenu, au fil des ans, une charge insupportable pour l’économie, n’incite pas au travail, et est source d’illégalités diverses[37] ». Il est ainsi graduellement réduit et sera à terme supprimé pour éviter les pratiques de trocs et de revente qui alimentent le marché noir[38]. Par exemple, les cigarettes ont disparu du carnet depuis septembre 2010[39]. Le riz et le sucre (exceptée la partie mensuelle subventionnée) sont désormais en vente libre sur le marché[40], alors que le prix de l’huile a augmenté d’environ 10%[41]. La suppression du carnet de rationnement sera compensée par des augmentations salariales.

Néanmoins, l’alimentation sociale dans la sphère des services de santé et d’éducation est préservée « pour protéger la population vulnérable ». Les cantines ouvrières resteront ouvertes mais elles seront désormais payantes et non subventionnées. De la même manière, l’Etat s’engage à « garantir que les personnes dans le besoin reçoivent la protection de l’assistance sociale[42] ».

 

La politique industrielle et énergétique

L’industrie pharmaceutique et biotechnologique est l’un des fleurons économiques de la nation cubaine. Elle représente la quatrième source de revenus pour l’île après les prestations de services, le tourisme et le nickel[43]. L’objectif affiché est d’atteindre une souveraineté technologique dans ce domaine et de renforcer la politique de dépôt de brevet et de propriété industrielle sur les principaux marchés internationaux.

Au niveau énergétique, Cuba doit réduire sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur et élever la production de pétrole et de gaz en exploitant les gisements sous-marins récemment découverts dans le Golfe du Mexique, et augmenter sa capacité de raffinement afin de réduire l’importation de produits dérivés. Néanmoins, de lourds investissements sont nécessaires et l’île ne dispose pas des ressources pour les financer. De la même manière, l’énergie utilisée pour des activités productives de biens ou de services ne sera plus subventionnée[44].

Afin de procéder à des économies d’énergie en raison de la hausse du prix du pétrole, le gouvernement a ainsi annoncé en octobre 2010 une augmentation des tarifs électriques pour les grands consommateurs, c’est-à-dire ceux qui utilisent plus de 300 kilowatts/heure par mois. L’augmentation sera graduelle et oscillera entre 15% et 285% du prix, selon le surplus de consommation. Cette catégorie d’usagers, qui représente 5,6% de la population, devra payer entre 1,5 et 5 pesos le kilowatts/heure supplémentaire au lieu du prix normal de 1,3 pesos. Pour les ménages consommant moins de 100 kilowatts/heure, le prix restera à 0,09 peso le kilowatt/heure. L’Etat a donné l’exemple en réduisant sa consommation de 10% en 2010 par rapport à l’année antérieure. Le prix de l’essence a également augmenté de 10% et celui du diesel de 18%, étant donné que plus de 50% du combustible consommé dans l’île est destiné à produire de l’électricité[45].

 

Le tourisme

Dans le secteur touristique, qui constitue la seconde source de revenus de la nation, la priorité est donnée à l’amélioration de la qualité des services fournis – lesquels sont bien en deçà des standards internationaux –, ainsi qu’à la diversification des destinations  touristiques à l’intérieur du pays pour éviter des concentrations trop importantes de vacanciers. De la même manière, pour augmenter la capacité d’hébergement du pays, les particuliers pourront désormais louer plus facilement une partie de leur logement[46].

 

Le transport et le logement

Le transport reste l’un des graves problèmes à Cuba et a un impact aussi bien sur la vie économique que sur le bien-être de la population. Le réseau doit être modernisé, réorganisé et surtout développé. Les réseaux ferroviaire et maritime constituent une priorité notamment pour des raisons économiques et environnementales. Les ports nationaux doivent notamment être agrandis pour des raisons commerciales[47].

L’autre grand problème national reste le logement qui est insuffisant et souvent dans un état précaire. L’île nécessite la construction de 100 000 logements par an car il existe depuis des décennies un déficit structurel du fond immobilier de la nation, en raison notamment des sanctions économiques. La construction de logements ne sera plus une tâche exclusive de l’Etat : le secteur privé pourra désormais s’acquitter de cette activité. En novembre 2010, l’Etat a décidé de mettre un terme aux subventions du matériel de construction en raison du manque de liquidités[48].

 

Conclusion

Le défi qui attend les Cubains est de taille. S’ils ne peuvent agir contre le principal obstacle au développement de la nation que sont les sanctions économiques, dont la levée –unanimement réclamée – dépend du bon vouloir de la Maison-Blanche et du Congrès étasunien, ils peuvent se targuer d’avoir créé la société la moins injuste de la planète et d’afficher le meilleur indice de développement humain du Tiers-monde. Néanmoins, la lutte contre la bureaucratie, la corruption, le marché noir, la faible productivité, l’amateurisme en termes de politique économique, la forte dépendance alimentaire et énergétique, les interdictions outrancières, l’insuffisance de débat critique, le rapport nonchalant au travail, restent leur principale priorité. Les Cubains – plus précisément les plus jeunes générations – devront se montrer à la hauteur de la situation et s’adapter aux nouvelles réalités, tout en restant fidèles à leur histoire et leur tradition de lutte et de résistance. Car, pour reprendre les enseignements lucides de l’Apôtre cubain et héros national José Martí, « le premier devoir de tout homme […] est d’être un homme de son temps ».





Salim Lamrani
: Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.  

Son dernier ouvrage s’intitule Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Editions Estrella, 2011, avec un prologue de Wayne S. Smith et une préface de Paul Estrade.

 

Contacto: Salim.Lamrani@univ-mlv.fr  ; lamranisalim@yahoo.fr  

 

 

[1] Andrea Rodriguez, « Raúl Castro pide apoyo a central sindical cubana », Associated Press, 1er noviembre 2010.

[2] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011. http://www.cubadebate.cu/opinion/2011/04/16/texto-integro-del-informe-central-al-vi-congreso-del-pcc/  (site consulté le 20 avril 2011).

[3] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[4] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.

[5] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[6] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011, op. cit.

[7] Agence France Presse, « Gobierno cubano anuncia reglas para apertura de negocios y despidos », 25 octobre 2010.

[8] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[9] Agence France Presse, « Cuba baja los impuestos y amplia ‘paladares’ para estimular negocios », 27 mai 2011.

[10] Juan Carlos Chávez, « Impuestos en Cuba llegarán hasta el 50 por ciento para trabajadores privados », El Nuevo Herald, 26 octobre 2010.

[11] Paul Haven, « Cuba : Pequeños empresarios, factor clave de reformas económicas », op. cit

[12] Agence France Presse, « Otorgan en Cuba 171,000 nuevas licencias », 21 mars 2011 ; Ivette Fernández Sosa, « Trabajadores por cuenta propia sobrepasan las 300 000 personas », Granma, 21 mai 2011.

[13] Andrea Rodriguez, « Erario cubano comienza a ver resultados de reforma », The Associated Press, 16 mai 2011.

[14] EFE, « Cubanos se preparan para nueva cultura tributaria », 22 octobre 2010.

[15] Mark Frank & Eric Faye, « Cuba dévoile un nouveau code fiscal pour les petites entreprises », Reuters, 22 octobre 2010.

[16] Paul Haven, « Cuba Males Self-Employement Rules Official », Associated Press, 25 octobre 2010 ; Agence France Presse, « Cuba: jusqu’à 50% des revenus des commerces privés soumis à impôt », 25 octobre 2010.

[17] Paul Haven, « Cuba : Pequeños empresarios, factor clave de reformas económicas », op. cit

[18] EFE, « Anuncian nueva política bancaria de créditos », 1er avril 2011 ; Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[19] EFE, « Gobierno cubano da créditos a campesinos », 11 juillet 2011.

[20] Juan Carlos Chávez, « Impuestos en Cuba llegarán hasta el 50 por ciento para trabajadores privados », op. cit.

[21] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[22] Ibid.

[23] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[24] Partido Comunista de Cuba, « Proyecto de lineamientos de la política económica y social », op. cit.

[25] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[26] Agence France Presse, « Cubanos de la isla podrán comprar casas y autos », 1er juillet 2011.

[27] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[28] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[29] Ibid.

[30] Ibid.

[31] Ibid.

[32] Ibid.

[33] Ibid.

[34] Ibid.

[35] Ibid.

[36] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[37] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011, op. cit.

[38] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[39] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[40] EFE, « Cuba libera venta de azúcar y sube precio del arroz », 12 février 2011.

[41] Agence France Presse, « Cuba sube precio de aceite comestible », 2 avril 2011.

[42] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[43] EFE, « La isla recibe al primer millón de turistas en 2011 », 11 avril 2011.

[44] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[45] EFE, « Cuba sube tarifas eléctricas para grandes consumidores domésticos », 29 octobre 2010.

[46] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[47] Ibid.

[48] Agence France Presse, « Raúl Castro elimina subsidios a materiales para reparar y construir casas », 18 novembre 2010.


Salim Lamrani est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Salim Lamrani publiés par Mondialisation.ca

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Cuba socialiste
commenter cet article
26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 20:43

26183.jpgPartie 1 :

La réforme du modèle économique cubain : Causes et perspectives (1/3)
- par Salim Lamrani - 2011-08-23



Les facteurs internes

D’un point de vue national, plusieurs facteurs – dont une partie substantielle sont en lien direct avec l’état de siège imposé par les Etats-Unis – sont à mettre en exergue tels que la bureaucratie, la corruption au niveau intermédiaire – et parfois au plus haut niveau – de la structure étatique entrainant le renforcement du marché parallèle, le manque de débat critique, la faible productivité, l’hypertrophie du secteur public, la production insuffisante de matières premières alimentaires, la décapitalisation de l’industrie et de l’infrastructure productive, ainsi que le vieillissement de la population.

La bureaucratie

La bureaucratie est un réel problème à Cuba et affecte des pans entiers de la société. La presse cubaine, qui a longtemps éludé le sujet, n’hésite désormais plus à en dénoncer l’indolence, l’inefficacité et les dérives. Le principal quotidien du pays, Granma, porte-parole du Parti communiste, a virulemment stigmatisé le poids de la bureaucratie et exhorte à « un changement de mentalité » dans une chronique intitulée « Bureaucratisme, de règle à exception ». Selon l’article, « il y en a encore qui ferment les yeux face au nouveau scénario qui se met en place pour l’économie et la société ». Certains ont « la bureaucratie dans les veines, inoculée comme un virus mortel », alors que d’autres ne souhaitent pas que change « le système d’obstacle, de dilation, d’impunité et l’amende ou le bakchich pour qu’une démarche quelconque arrive à son terme ». Nombre de fonctionnaires « profitent de leurs huit heures quotidiennes de bourreaux rendant la vie impossible » aux citoyens. Granma appelle le gouvernement à mettre un terme à ce « fléau parasitaire au sein de l’administration publique », notamment pour l’application des nouvelles mesures d’élargissement du secteur privé[1].

Le quotidien Juventud Rebelde a également dénoncé une bureaucratie « aux méthodes autocratiques et verticalistes », insensible aux problèmes de la population. Le journal fustige son comportement « impardonnable et paradoxal », notamment en cette période de grands changements à Cuba. Cette dernière ne daigne même pas répondre aux courriers de la population dans plus de 30% des cas et refuse « d’évaluer les problèmes à la racine ». « Un autre élément préoccupant est l’impunité avec laquelle les lois, les normes et même les droits des citoyens sont transgressés, devant les yeux de supérieurs[2] ».

Alfredo Guevara, père du cinéma cubain et ami personnel de Fidel Castro, a approuvé la volonté de réforme du gouvernement et a appelé à mettre fin à l’étatisation outrancière de la société cubaine. « Nous sommes en train de vivre un processus de destruction de l’étatisation de la société et j’espère que nous aurons un Etat qui s’autolimite dans ses fonctions et qui permette à la société de se développer[3] ». Cela permettra d’atteindre « un niveau d’indépendance et de maturité qui sera un grand apport » pour le pays. Guevara a souvent dénoncé la bureaucratie cubaine « absurde et inefficace[4] » ainsi que le paternalisme contre-productif de l’Etat. D’après lui, « la bureaucratie est représentée par des dirigeants inutiles qui pensent que leur tâche consiste uniquement à donner des ordres. L’Etat, ce n’est pas la bureaucratie, mais évidemment un Etat disproportionné crée un phénomène idéologique bureaucratique[5] ».

Le président de la République Raúl Castro a mis en garde les partisans du statu quo, qui refusent le changement : « Nous serons à la fois patients et persévérants face aux résistances au changement, qu’elles soient conscientes ou inconscientes. J’avertis que toute résistance bureaucratique à l’accomplissement stricte des accords du Congrès, massivement soutenus par le peuple, sera inutile[6] ».

La corruption

La corruption est également un phénomène endémique à Cuba et gangrène les niveaux intermédiaires de la structure étatique, y compris les inspecteurs des impôts, et parfois la plus haute hiérarchie[7]. Le marché noir s’est substantiellement développé à Cuba depuis la chute de l’Union soviétique. Elle est principalement due à l’insuffisance du revenu mensuel. Raúl Castro l’a d’ailleurs reconnu sans ambages : « Le salaire est encore clairement insuffisant pour satisfaire tous les besoins, et il a pratiquement cessé de remplir son rôle d’assurer le principe socialiste selon lequel chacun apporte selon  sa capacité et reçoit selon son travail. Cela a favorisé des manifestations d’indiscipline sociale[8] ». Or, toute augmentation du traitement mensuel ne peut survenir qu’en parallèle à une augmentation de la production, laquelle génèrera plus de revenus.

Une étude réalisée en 2005, à la demande expresse de Fidel Castro, avait révélé l’ampleur du vol de combustible dans les 2 000 stations à essence du pays. Durant quarante-cinq jours, les employés de ces points de vente avaient été remplacés par des travailleurs sociaux et renvoyés chez eux, avec le maintien intégral de leur salaire. Le premier rapport rendu public avait montré que plus de 50% de l’essence était détourné. En effet, les revenus quotidiens générés par les 2 000 points de ventes avaient augmenté de 100 000 dollars, soit une croissance de 115% par rapport à la situation antérieure. Dans la province de Santiago de Cuba, les revenus avaient explosé de 553%, illustrant ainsi le fait que plus de 80% du combustible était dérobé à l’Etat et revendu dans l’économie souterraine[9]. Un détournement d’une telle ampleur ne peut être effectué sans la complicité active de hauts-fonctionnaires occupant des postes à responsabilité. Par le passé, plusieurs ministres ont été destitués, traduits en justice et condamnées à de lourdes peines de prison pour corruption et détournements de fonds[10]. Récemment trois ministres ont été limogés pour diverses raisons[11]. Face à ce constat alarmant, Fidel Castro avait mis en garde contre un effondrement total du système : « Ce pays peut s’autodétruire lui-même ; cette Révolution peut s’autodétruire […], nous pouvons la détruire, et ce serait notre faute[12] ».

Raúl Castro, conscient que la corruption n’épargne pas les hauts-fonctionnaires, a envoyé un message clair aux responsables de tous les secteurs : « Il faut mettre un terme définitif au mensonge et à la tromperie dans la conduite des cadres, de tout niveau ». De manière plus insolite, il s’est appuyé sur deux des dix commandements bibliques pour illustrer son propos : « Tu ne voleras point » et « tu ne mentiras point ». De la même manière, il a évoqué les trois principes éthiques et moraux de la civilisation Inca : « ne pas mentir, ne pas voler, ne pas être paresseux », lesquels doivent guider la conduite de tous les responsables de la nation[13]. En effet, le marché noir est alimenté par le détournement massif de marchandises importées par l’Etat et implique forcément de hauts dirigeants. Raúl Castro a été explicite à ce sujet : « Face aux violations de la Constitution et de la légalité établie, il n’y a d’autres alternatives que de recourir au Procureur et aux Tribunaux, comme nous avons déjà commencé à le faire, pour exiger des responsabilités aux contrevenants, quels qu’ils soient, car tous les Cubains, sans exception, sommes égaux devant la loi[14] ».

Gladys Berejano, vice-présidente du Conseil d’Etat et responsable de la lutte anticorruption du gouvernement cubain, a reconnu que le combat contre les malversations restait un défi majeur et l’une des grandes priorités nationales. Selon un récent audit réalisé en 2011, à peine 46% des entités publiques évaluées à Cuba présentaient un bilan acceptable. Dans le reste des agences et entreprises d’Etat, les administrateurs ont falsifié les livres de comptes afin de détourner des articles vers le marché noir, avec la complicité des experts-comptables chargés d’évaluer la santé financière de la structure[15].

L’affaire Esteban Morales est édifiante dans la mesure où elle permet de faire la lumière sur la lutte entre les forces obscures et conservatrices toujours présentes au sein du Parti Communiste Cubain et ses secteurs plus critiques et progressistes. Dans un article publié sur le site Internet de l’Union nationale des écrivains et artistes de Cuba (UNEAC), Esteban Morales, économiste et membre du Parti communiste cubain à la réputation honorable, spécialiste de la question du racisme et des relations avec les Etats-Unis, avait mis en garde en avril 2011 contre le principal danger qui menaçait le processus révolutionnaire cubain : la corruption. Il avait dénoncé l’enrichissement illicite de certains haut-fonctionnaires et membres du gouvernement sans citer de noms, les accusant de préparer le transfert des biens publics entre des mains privées, en cas de chute du régime, dans un processus similaire à ce qui s’était passée dans l’ex Union Soviétique. « Il est indéniable que la contrerévolution prend peu à peu des positions à certains niveaux de l’Etat et du gouvernement ». Il avait cité en exemple la distribution récente de terres en usufruit et les nombreux cas de « fraudes, illégalités, favoritismes, lenteur bureaucratiques » qui se sont ensuivis, ainsi que d’autres cas de hauts-fonctionnaires qui se sont rendus coupables de détournements de fonds et ont ouvert des comptes bancaires à l’étranger[16].

Suite à la publication de cette réflexion sévère et implacable sur la forme mais fondamentalement avérée, Morales a été exclu du Parti Communiste Cubain et son article retiré du site de l’UNEAC. Néanmoins, face au large soutien dont il a bénéficié parmi les membres du Parti – y compris celui de Raúl Castro –, la Commission d’Appel du Comité Central a désavoué la décision prise en première instance et a réintégré Morales dans ses fonctions[17].

La culture du débat

L’absence d’une véritable culture du débat critique à Cuba constitue un frein au développement de la nation. Les plus hauts dirigeants sont conscients cette réalité. Ainsi, Fidel Castro regrette l’unanimité de façade trop souvent présentée, notamment dans la presse cubaine :

Pendant longtemps on a eu tendance ici à supposer que les remarques critiques, la dénonciation de ce qui n’allait pas faisaient le jeu de l’ennemi, aidaient la contre-révolution. Certains ont peur parfois d’informer sur quelque chose en pensant que cela pourrait servir à l’ennemi. Or nous savons pertinemment que le travail des médias est très important dans la lutte contre les faits négatifs. C’est pourquoi nous avons encouragé à l’esprit critique. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il était nécessaire de développer bien davantage l’esprit critique[18].

Raúl Castro a également fustigé les non-dits, la complaisance et la médiocrité. Il a appelé à plus de franchise. « Il ne faut pas craindre les divergences de critères […], les différences d’opinions […], qui seront toujours préférables à la fausse unanimité basée sur la simulation et l’opportunisme. Il s’agit de surcroit d’un droit dont personne ne doit être privé ». Castro a dénoncé l’excès de la « culture du secret à laquelle nous nous sommes habitués durant plus de cinquante ans » pour occulter les erreurs, les défaillances et les manquements. « Il est nécessaire de changer la mentalité des cadres et de tous nos compatriotes[19] », a-t-il ajouté, en proposant de limiter à 10 ans les mandats politiques « afin d’assurer un rajeunissement systématique de toute la chaîne de responsabilité[20] ». A destination des médias, il a tenu les propos suivants :

Notre presse parle assez de cela, des conquêtes de la Révolution, et nous en faisons autant dans les discours. Mais il faut aller au cœur des problèmes […]. Je suis un défenseur à outrance de la fin de la culture du secret car derrière ce tapis doré se cachent nos manquements et ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. Je me souviens de quelques critiques apparues dans la presse il y quelques années avec mon soutien [...]. Immédiatement, la grande bureaucratie s’est mise en branle et a commencé à protester : « Ces choses n’aident pas et démoralisent les travailleurs ». Quels travailleurs vont être démoralisés ? De même, dans une grande entreprise laitière de l’Etat de Camagüey, Le Triangle, pendant des semaines, on donnait le lait produit à des cochons du coin car le camion citerne était en panne. J’ai alors demandé à un secrétaire du Comité Central de dénoncer cela dans Granma. Certains sont venus me voir pour me dire que ce genre de critiques était contreproductif car cela démoralisait les travailleurs, etc. Mais, ce qu’ils ne savaient pas, c’est que j’en étais à l’origine[21].

Le 1er août 2011, lors de son discours de clôture de la VIIe Législature du Parlement Cubain, Raúl Casto a réitéré la nécessité du débat critique et contradictoire au sein d’une société : « Toutes les opinions doivent être analysées, et quand il n’y a pas consensus, les divergences seront portées auprès des instances supérieures habilitées à prendre une décision ; de plus, personne ne dispose des prérogatives pour l’empêcher[22] ». Il a appelé à mettre fin « à l’habitude du triomphalisme, de l’autosatisfaction et du formalisme dans le traitement de l’actualité nationale et à générer des matériaux écrits et des programmes de télévision et de radio qui par leur contenu et leur style captent l’attention et stimulent le débat au sein de l’opinion publique », afin d’éviter les matériaux « ennuyeux, improvisés et superficiels » au sein des médias[23].

Granma a également fustigé la culture du secret de la part des fonctionnaires qui empêchent la presse cubaine d’informer correctement la population. Ainsi, la collecte d’information devient un véritable parcours du combattant dans un labyrinthe bureaucratique où les autorisations pour tout reportage sont nécessaires. Le quotidien dénonce « l’incompréhension de nombreux fonctionnaires administratifs qui semblent vivre insensibles au droit des citoyens et à l’irritation que cause à la population le fait de ne pas expliquer à temps les raisons d’un phénomène ou d’une mesure ». Les obstacles sciemment érigés dans l’accès à l’information violent « les principes démocratiques » établies par la Constitution de la République. « Offrir une information systématique, véritable, diverse, qui permette d’aborder la réalité dans toute sa complexité, ne constitue pas une faveur mais un droit du peuple », conclut le journal[24].

Le sectarisme

A Cuba, certaines pratiques discriminatoires sont toujours persistantes au plus haut niveau de l’appareil étatique, malgré les efforts déployés par le président de la République lui-même pour y mettre un terme. Raúl Castro a ainsi publiquement dénoncé à la télévision certaines atteintes à la liberté religieuse dues à l’intolérance « encore enracinée dans la mentalité de nombreux dirigeants à tous les niveaux ». Il a évoqué le cas d’une femme, cadre du Parti communiste, au parcours exemplaire, qui a été écartée de ses fonctions, en février 2011, en raison de sa foi chrétienne et dont le salaire a été réduit de 40%, en violation de l’article 43 de la Constitution de 1976 qui interdit tout type de discrimination. Le président de la République a ainsi dénoncé « le mal occasionné à une famille cubaine par des attitudes basées sur une mentalité archaïque, alimentée par la simulation et l’opportunisme ». Rappelant que la personne victime de cette discrimination était née en 1953, date de l’attaque de la caserne Moncada par les partisans de Fidel Castro contre la dictature de Fulgencio Batista, Raúl Castro a tenu les propos suivants :

Je ne suis pas allé au Moncada pour ça […]. J’ai évoqué cette affaire lors de la réunion du 30 juillet, qui marquait également le 54ème anniversaire de l’assassinat de Frank País et de son fidèle compagnon Raúl Pujol. J’ai connu Frank au Mexique, je l’ai revu dans la Sierra, et je ne me souviens pas avoir connu une âme aussi pure que la sienne, aussi courageuse, aussi révolutionnaire, aussi noble et modeste, et m’adressant à l’un des responsables de cette injustice qui a été commise, je lui ai dit : Frank croyait en Dieu et pratiquait sa religion, que je sache il n’avait jamais cessé de la pratiquer, qu’auriez-vous fait de Frank País[25] ?

Pourtant, les relations avec l’Eglise catholique romaine n’ont jamais été aussi bonnes depuis le triomphe de la révolution en 1959. Le scénario de confrontation avec les institutions religieuses a peu à peu laissé place au dialogue, limant ainsi les aspérités du passé où « les deux parties ont fait preuve d’excès ». Raúl Castro a ainsi virulemment condamné ces pratiques « qui portent atteinte à notre principal arme pour préserver l’indépendance et la souveraineté nationale, c’est-à-dire, l’Unité de la Nation ». Selon lui, il est urgent de briser « la barrière psychologique formée par l’inertie, l’immobilisme, la simulation ou la double morale et l’insensibilité » qui conduit à tout type d’abus. « Notre pire ennemi n’est pas l’impérialisme et encore moins ses salariés présents sur notre sol, mais nos propres erreurs. Si elles sont analysées en profondeur et avec honnêteté, elles se transformeront en leçons[26] ».

 
Une productivité faible

La productivité est également un problème endémique dans une société habituée à recevoir la même rémunération quelle que soit la qualité et la quantité du travail fourni. Les employés du secteur public ne s’intéressent guère aux problématiques de productivité et d’efficience. Il y en en effet « une absence de culture économique chez la population ». Par ailleurs, la soviétisation de l’économie cubaine à partir de 1968, avec la nationalisation de tous les petits commerces, a eu des conséquences désastreuses pour le pays en termes de rendement. Au lieu d’adapter la politique économique aux particularités nationales, Cuba avait suivi par mimétisme le modèle russe. Raúl Castro admet désormais l’erreur dictée à la fois par l’inexpérience de la direction de la nation et par le contexte géopolitique de l’époque : « Nous ne pensons pas copier de nouveau quelqu’un, car cela nous a causé de nombreux problèmes par le passé et, par-dessus le marché, nous avions mal copié[27] ». Le gouvernement cubain est lucide au sujet de ses manquements en matière économique. Il reconnaît que « la spontanéité, l’improvisation, la superficialité, le non-accomplissement des objectifs, le manque de profondeur dans les études de faisabilité et le manque de vision intégrale pour entreprendre un investissement » portent un grave préjudice à la nation[28].

Cuba dispose de terres extraordinairement fertiles et pourrait être un exportateur de matières premières alimentaires. Au lieu de cela, Cuba importe 83% des produits alimentaires qu’elle consomme. Par exemple, Cuba importe chaque année 47 millions de dollars de café alors qu’il serait parfaitement possible d’en produire à Cuba d’une excellente qualité. En 1975, le Vietnam, au sortir de la guerre, avait sollicité l’aide cubaine pour produire du café. Le Vietnam est désormais le second exportateur de café au monde…grâce à l’expérience et au savoir-faire cubains. Un diplomate vietnamien a fait part de sa surprise à son homologue cubain face à cette contradiction : « Comment est-il possible que vous nous achetiez du café alors que vous nous avez appris à le semer[29] ? ». Il y a une raison à cela : Sur les 6,6 millions d’hectares de surface agricole, 3,6 millions restaient en jachère ou sous-exploités en 2008[30].

La politique agricole du gouvernement révolutionnaire a ainsi été l’un de ses plus graves échecs. Plusieurs facteurs permettent d’expliquer cette dépendance stratégiquement dangereuse. Tout d’abord, le métier de la terre est par définition un travail difficile et ingrat, surtout dans une société qui a atteint un niveau de développement humain sans précédant dans l’histoire de l’Amérique latine et du Tiers-monde. Il est en effet difficile de convaincre des citoyens ayant obtenu des diplômes universitaires d’aller produire du café ou du blé pour obtenir, de toute façon, le même salaire qu’un employé de bureau. Pour cela, il est indispensable « que les agriculteurs obtiennent des revenus justes et raisonnables pour leur dur labeur[31] », comme l’a rappelé le président cubain. Ainsi, depuis 2008, sur un fonds disponible de 1,8 millions d’hectares de terres non cultivées, plus d’un million a été concédé – pour des surfaces allant de 13 à 40 hectares – en usufruit gratuit pour une période de 10 ans pour les particuliers et de 25 ans pour les coopératives. De la même manière, le gouvernement a décidé de baisser de 60% le prix du matériel et des produits agricoles afin d’inciter la population à investir ce domaine[32].

L’hypertrophie du secteur public et la faiblesse de l’infrastructure productive

L’hypertrophie du secteur public est une réalité indéniable. En effet, l’Etat emploie près de 84% de la population active, qui s’élève à 5,2 millions de personnes. La fonction publique se charge de fournir un emploi aux Cubains, même si certains secteurs sont saturés. Le suremploi permet d’obtenir une certaine stabilité sociale mais près d’un million d’emplois sont considérés comme peu ou pas productifs[33].

La décapitalisation de l’industrie et de l’infrastructure productive constitue un sérieux obstacle économique. Cuba a un besoin urgent de nouveaux investissements, notamment en capitaux étrangers. Néanmoins, les menaces de sanctions en provenance des Etats-Unis freinent les potentiels investisseurs[34].

 

Une transition démographique avancée

Cuba se trouve enfin à stade de transition démographique avancée, tout comme des pays tels que l’Argentine, l’Uruguay ou le Chili, en raison de son indice de développement humain élevée. Le pays est donc confrontée au vieillissement de sa population, dont l’espérance de vie est de près de 80 ans. Selon le Bureau national des statistiques (ONE), près de deux millions de personnes ont plus de 60 ans, soit 17,8% de la population du pays. Dans vingt ans, le chiffre passera à 30%[35]. Cuba compte actuellement 1 551 centenaires et doit faire face non seulement au problème du financement des retraites – l’âge de départ est passé de 55 ans à 60 ans pour les femmes et de 60 ans à 65 ans pour les hommes en 2009 –, mais également au danger de non-renouvellement générationnel qui affecte l’économie et la société. En effet, le nombre d’habitants a diminué en 2010 en raison du faible taux de natalité[36].


Suite :« Les mesures économiques et sociales » :

La réforme du modèle économique cubain : Causes et perspectives (3/3)
- par Salim Lamrani - 2011-08-26
 

 

Salim Lamrani : Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Editions Estrella, 2011, avec un prologue de Wayne S. Smith et une préface de Paul Estrade.

Contacto: Salim.Lamrani@univ-mlv.fr  ; lamranisalim@yahoo.fr   

 

 Notes 

[1] Félix López, « Burocratismo, de regla a excepción », Granma, 29 janvier 2011 ; EFE, « Diario oficial arremete contra burócratas », 29 janvier 2011

[2] José Alejandro Rodríguez, « Menos respuestas cuando más se necesitan », Juventud Rebelde, 6 juillet 2011.

[3] Agence France Presse, « Figura histórica del castrismo aplaude la ‘desestatización », 23 novembre 2010.

[4] Agence France Presse, « Transición del ‘disparate’ al socialismo, dice Guevara », 24 juin 2011

[5] Agence France Presse, « Figura histórica del castrismo aplaude la ‘desestatización », op. cit.

[6] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.

[7] Agence France Presse, « Fisco cubano combatirá corrupción de inspectores », 26 juillet 2011.

[8] Raúl Castro Ruz, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op. cit.

[9] Andrea Rodriguez, « Castro revela cifras de robo de combustible en Cuba », Associated Press, 7 décembre 2005.

[10] Esteban Morales, « Corrupción: ¿La verdadera contrarrevolución? », Progreso Semanal, 20 avril 2010 ; Mauricio Vicent, « Corrupción al modo cubano », El País, 16 mai 2010 ; Agence France Presse, « Cuba condena a veinte años de cárcel a empresario chileno Max Marambio », 5 mai 2011.

[11] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit., Granma, « Electa Teresita Romero vicepresidenta de la Asamblea Provincial del Poder Popular en Sancti Spíritu », 2 avril 2011 ; EFE, « Destituciones por corrupción en gobierno de Sancti Spíritu », 2 avril 2011.

[12] Fidel Castro Ruz, « Discurso pronunciado por Fidel Castro Ruz, Presidente de la República de Cuba, en el acto por el aniversario 60 de su ingreso a la universidad, efectuado en el Aula Magna de la Universidad de La Habana », 17 novembre 2005. http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/2005/esp/f171105e.html  (site consulté le 2 avril 2011).

[13] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[14] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.

[15] Juan O. Tamayo, « Régimen cubano reconoce aumento de corrupción », 22 juin 2011.

[16]Esteban Morales, « Corrupción : ¿la verdadera contrarrevolución », Unión Nacional de Escritores y Artistas de Cuba, 8 avril 2011. http://www.uneac.org.cu/index.php?module=noticias&act=detalle&tipo=noticia&id=3123  (site consulté le 11 août 2011).

[17] Andrea Rodriguez, « Cuba : comunistas reincorporan a académico expulsado por críticas », The Associated Press, 8 juillet 2011.

[18] Ignacio Ramonet, Fidel Castro. Biographie à deux voix, Paris, Fayard/Galilée, 2007, p. 516.

[19] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[20] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 avril 2011. http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2011/esp/r160411e.html  (site consulté le 3 juin 2011).

[21] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[22] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.

[23] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011. http://www.cubadebate.cu/opinion/2011/04/16/texto-integro-del-informe-central-al-vi-congreso-del-pcc/ (site consulté le 20 avril 2011).

[24] Anneris Ivette Leyva, « El derecho a la información », Granma, 8 juillet 2011.

[25] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.

[26] Ibid.

[27] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[28] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[29] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[30] Andrea Rodriguez, « Rebajan precios de insumos agrícolas en Cuba », The Associated Press, 5 août 2011. Voir également le témoignage d’un agriculteur : Ventura de Jesús, « Un buen agricultor suburbano », Granma, 21 mai 2011.

[31] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[32] Andrea Rodriguez, « Rebajan precios de insumos agrícolas en Cuba », op. cit.

[33] Paul Haven, « Cuba : Pequeños empresarios, factor clave de reformas económicas », The Associated Press, 31 janvier 2011.

[34] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[35] EFE, « El envejecimiento poblacional en Cuba continuó en aumento en 2010 », 7 juillet 2011.

[36] Agence France Presse, « Aumenta cantidad de centenarios y disminuyen nacimientos en Cuba », 20 mai 2011. Voir également EFE, « Centenarios cubanos develan secreto de la longevidad », 27 mai 2011.


Salim Lamrani est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Salim Lamrani publiés par Mondialisation.ca

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Cuba socialiste
commenter cet article
26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 20:40

26160.jpgConfrontée à des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle, à la crise financière globale et à un problème récurrent de productivité, Cuba se trouve dans l’obligation de réformer en profondeur son système socio-économique afin de préserver ses acquis sociaux et son mode de vie. Si les facteurs externes expliquent en partie les difficultés auxquelles se trouve confrontée la société cubaine, il est impossible d’en éluder les responsabilités internes. Comme l’a souligné le président cubain Raúl Castro lors du IXe Congrès de l’Union des Jeunes Communistes le 4 avril 2010, « la bataille économique constitue aujourd’hui, plus que jamais, la tâche principale […] des cadres car d’elle dépend la durabilité et la préservation de notre système social[1] ». Quelques mois plus tard, le 18 décembre 2010, lors d’une intervention devant le Parlement cubain, Raúl Castro a tenu un discours plus alarmiste et a mis le gouvernement et les citoyens face à leurs responsabilités : « Soit nous rectifions [ce qui ne marche pas,] soit nous coulons après avoir trop longtemps bordé le précipice[2] ». Le leader historique de la Révolution cubaine, Fidel Castro, a approuvé cette analyse et a apporté son soutien au processus d’actualisation du système économique[3]. L’alternative est claire : le modèle économique cubain doit urgemment subir des changements structurels et conceptuels profonds sous peine d’effondrement.

Les facteurs externes

Le principal obstacle au développement économique du pays reste les sanctions économiques que Washington impose de façon unilatérale à La Havane depuis juillet 1960, lesquelles affectent les catégories les plus vulnérables de la population cubaine et tous les pans de la société. Unanimement condamnées pour la 19ème fois consécutive par 187 pays en octobre 2010, lors de la réunion de l’Assemblée générale des Nations unies, les sanctions économiques, en plus de bloquer tout commerce substantiel entre les deux nations (sauf certaines matières premières alimentaires depuis 2000), revêtent également un caractère rétroactif et extraterritorial. En effet, depuis l’adoption de la loi Torricelli en 1992, de la loi Helms-Burton en 1996 ainsi que des nouvelles restrictions imposées par l’administration Bush en 2004 et 2006, le commerce avec les pays tiers s’en trouve fortement affecté[4].

Ainsi, depuis 1992, toute embarcation accostant à un port cubain se voit interdire l’entrée aux Etats-Unis pendant six mois, ce qui engendre un surcoût important pour Cuba, qui dépend essentiellement du transport maritime en raison de son insularité. De la même manière, depuis 1996, tout entrepreneur étranger investissant à Cuba sur des terres nationalisées en 1959 risque de voir ses avoirs gelés aux Etats-Unis. Par ailleurs, depuis 2004, tout constructeur automobile, quelle que soit sa nationalité, doit démontrer au Département du Trésor que ses produits ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain pour pouvoir les vendre sur le marché étasunien. Il en est de même pour toutes les entreprises agroalimentaires souhaitant investir le marché étasunien. Danone, par exemple, devra démontrer que ses produits ne contiennent aucune matière première cubaine. Ces mesures rétroactives et extraterritoriales privent ainsi l’économie cubaine de nombreux capitaux et les exportations cubaines de nombreux marchés à travers le monde[5].

D’un autre côté, les crises économique, financière, énergétique, alimentaire et environnementale ont eu un impact désastreux sur les pays en voie de développement en général et Cuba en particulier. L’envolée des prix des matières premières alimentaires, dont le prix a été multiplié par deux depuis 2007 et dont l’île dépend à 83%, ainsi que la baisse du cours des ressources minérales que Cuba exporte (tel que le nickel dont le cours a chuté de plus de 50%) ont déséquilibré la balance des paiements et fortement réduit les liquidités disponibles. Ainsi, entre 1997 et 2009, Cuba a subi une perte nette de plus de 10 milliards de dollars en raison de la dégradation des termes de l’échange et a vu son pouvoir d’achat se réduire de 15%. Par ailleurs, Cuba se voit interdire tout accès à des financements externes auprès du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale, en raison des sanctions économiques. Les Cubains de l’étranger, des Etats-Unis en particulier, ont réduit le montant de leurs transferts d’argent vers l’île en raison de la récession économique. Les revenus du tourisme ont également chuté pour les mêmes motifs[6].

A cela s’ajoutent les catastrophes naturelles – seize cyclones au total – qui, entre 1998 et 2008, ont causé des dégâts d’un montant supérieur à 20 milliards de dollars[7]. Ainsi, l’ouragan Gustav qui a frappé les Caraïbes à la fin du mois d’août 2008 a eu un coût matériel dramatique. Les provinces de Pinar del Río, Matanzas et de l’île de Jeunesse ont offert un spectacle de ruine et de désolation. Des 25 000 logements que compte l’Île de la Jeunesse, 20 000 ont été partiellement ou totalement détruits. Près de 45% des habitations de Pinar del Río, soit 102 000 logements, ont été gravement endommagées. Fidel Castro avait comparé les dégâts causés par le cyclone à « une attaque nucléaire[8] ». Pour sa part, l’ouragan Ike de septembre 2008 a détruit, entre autres, 323 000 logements, 700 000 tonnes d’aliments, une grande partie de l’infrastructure électrique et les réserves d’eau potable.[9] Par ailleurs, les précipitations irrégulières entre novembre 2008 et juin 2010 ont affectés les cultures agricoles et réduit les possibilités d’exportations de certaines matières premières alimentaires (tabac, rhum, sucre)[10].

Ces aléas ont amenés les autorités cubaines à bloquer les transferts financiers vers l’extérieur à partir de 2008 afin d’éviter une fuite des capitaux étrangers. La Havane a également été contraint de renégocier sa dette face aux difficultés de paiement. Quant à la croissance, elle a été de 2,1% pour l’année 2010[11].

 

À suivre :

-« Les facteurs internes » 2/3 :

 

La réforme du modèle économique cubain : : Causes et perspectives 2/3
- par Salim Lamrani - 2011-08-24


-« Les mesures économiques et sociales » 3/3 :
La réforme du modèle économique cubain : Causes et perspectives (3/3)
- par Salim Lamrani - 2011-08-26

Salimm Lamrani : Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Editions Estrella, 2011, avec un prologue de Wayne S. Smith et une préface de Paul Estrade. 

Contacto: Salim.Lamrani@univ-mlv.fr  ; lamranisalim@yahoo.fr  

 

Notes

[1] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, y Segundo Secretario del Comité Central del Partido Comunista de Cuba, en la clausura del IX Congreso de la Unión de Jóvenes Comunistas », República de Cuba, 4 avril 2010. http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/esp/r030410e.html  (site consulté le 26 mars 2011).

[2] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », República de Cuba, 18 décembre 2010. http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/esp/r181210e.html  (site consulté le 2 avril 2011).

[3] Agence France Presse, « Fidel Castro apoya cambios impulsados por su hermano Raúl », 18 novembre 2010.

[4] Salim Lamrani, État de siège, Paris, Éditions Estrella, 2011.

[5] Ibid.

[6] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », Prensa Latina 18 avril 2011. http://www.prensa-latina.cu/Dossiers/LineamientosVICongresoPCC.pdf  (site consulté le 20 avril 2011). Voir également Andrea Rodriguez, « Alza de precio de alimentos afecta a Cuba », The Associated Press, 15 avril 2011.

[7] Ibid.

[8] Fidel Castro, « Un golpe nuclear », Granma, 3 septembre 2008 ; Ronald Suárez Rivas, « Housing, the Greatest Challenge », Granma, 2 septembre 2008.

[9] Marta Hernández, « Más de 320 000 casas dañadas », Granma, 11 septembre 2008. Orfilio Pelaez, « Pérdidas millonarias en la vivienda », Granma, 13 septembre 2008 ; Granma, « Cuba prioriza alimentación de damnificados por huracán Gustav », 5 septembre 2008, Prensa Latina, « Cuba prosigue evaluación de daños y recuperación tras huracán Ike », 11 septembre 2008 ; Freddy Pérez Cabrera, « Recuperar todo lo relacionado con la producción de alimentos », Granma, 11 septembre 2008 ; EFE, « Los supermercados de La Habana presentan problemas de abastecimiento », 16 septembre 2008 ; Wilfredo Cancio Isla, « Perdidas 700,000 toneladas de alimentos », El Nuevo Herald, 12 septembre 2008 ; The Associated Press, « Cuba Estimates Gustav, Ike Damages at US$5 Billion », 16 septembre 2008 ; Granma, « Información oficial de datos preliminares sobre los daños ocasionados por los huracanes Gustav e Ike », 16 septembre 2008.

[10]Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.

[11] Ibid.


Salim Lamrani est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Salim Lamrani publiés par Mondialisation.ca

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Cuba socialiste
commenter cet article
26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 18:13

klee-Jeune-proletaire.jpg

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=578

 

 

 

6Les inspirateurs et organisateurs de l’« économie sociale de marché » de l’après-guerre en Allemagne, les « ordolibéraux », préconisaient une politique économique et sociale dont l’objectif principale était la « déprolétarisation » de la population. Cette politique se traduisait par la construction de petites unités de production, des aides à l’accession à la propriété de son logement, l’actionnariat populaire, etc. La déprolétarisation était censée conjurer le danger politique de grandes concentrations industrielles, où le prolétariat aurait pu s’organiser et devenir une force politique autonome, à l’instar de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. L’État providence et la cogestion avec les syndicats réformistes dans les entreprises permettaient d’organiser un transfert de richesse réel vers les salariés, qui les impliquait dans la gestion capitaliste de la société. Malgré une « salarisation croissante de l’économie » [1]. « Un salarié également capitaliste n’est plus un prolétaire », pouvait-on écrire.

La déprolétarisation était une politique d’individualisation, de construction des intérêts individuels et de leur mise en concurrence. Son but était d’affaiblir, autant que possible, l’expression collective des classes laborieuses, toujours supposées dangereuses.

Aujourd’hui, les politiques néolibérales n’affichent ni le même vocabulaire, ni le même programme que les ordolibéraux. Elles n’en gardent pas moins le souci de l’individualisation [2] et de la concurrence pour les exacerber dans la figure de l’entrepreneur individuel qu’elles introduisent aussi dans le social.

Comment le gouvernement néolibéral intervient-il dans le social ? Il transforme le social en une fonction de l’entreprise. Il intervient pour favoriser, pour inciter, solliciter et contraindre chaque individu à devenir entrepreneur de soi [3], à devenir son propre capital humain.

Le néolibéralisme est, selon Foucault, un mode de gouvernement qui consomme de la liberté. Pour ce faire, il doit d’abord la produire et l’organiser. La liberté n’est pas pour les néolibéraux une valeur naturelle qui préexiste à l’action gouvernementale et dont il s’agirait de garantir l’exercice (comme dans le libéralisme classique), mais ce dont le marché a besoin pour fonctionner.

La grande différence entre le néolibéralisme contemporain et le libéralisme keynésien est que la liberté qu’il s’agit de fabriquer et d’organiser pour le premier est d’abord celle de l’entreprise et de l’entrepreneur. On peut donc dire que les libéraux pratiquent bel et bien une sorte de politique sociale, puisque la société est, comme dans le keynésianisme, la cible d’une intervention gouvernementale permanente. Ce qui change par rapport à ce dernier, ce sont les objets et les finalités : il s’agit de faire de la société un ensemble d’entreprises et de faire du travailleur lui-même une entreprise individuelle. Les politiques néolibérales impliquent des interventions étatiques aussi nombreuses que les interventions keynésiennes : cependant, à la différence de ces dernières, elles ne visent pas à soutenir la demande mais l’offre. La concurrence et les inégalités (écarts de revenus, de statuts, de formations) auraient le pouvoir d’exciter la passivité du consommateur d’allocations chômage, de RSA, de minima sociaux, pour l’aiguillonner à devenir acteur de sa vie, gérant avisé de son capital le plus précieux, lui-même.

La concurrence et les inégalités doivent contribuer à transmuter le travailleur en capital humain appelé à assurer lui-même d’abord sa formation permanente, mais aussi la croissance, l’accumulation, l’amélioration et la valorisation de lui-même. Il devient son propre capital qu’il lui faut faire fructifier à travers la gestion de son carnet d’adresse, de son agenda, de sa vie conduite selon la logique du rapport entre coûts, investissement et dette, subordonné à la loi de l’offre et de la demande. Le voilà devenu une sorte d’entreprise permanente et multiple. Ce qui est alors demandé aux individus n’est plus seulement d’être productifs au travail, mais d’organiser la rentabilité d’un capital, celui constitué par sa propre personne. L’individu doit se considérer lui-même comme un fragment de capital, une fraction moléculaire du capital. Le travailleur n’est plus un simple facteur de production, l’individu n’est pas, à proprement parler, une force de travail, mais un « capital-compétences », une « machine-compétences », qui va de pair avec ce que le livret ouvrier appelait au XIXe siècle une moralité, et que Foucault décrira pour la fin du XXe siècle comme un « style de vie, un mode de vie » [4], une « forme de rapport de l’individu à lui-même, au temps, à son entourage, à l’avenir, au groupe, à la famille » [5].

Cette métamorphose ne peut pas être opérée à travers les augmentations salariales et les dépenses de l’État providence. Les salaires stagnent et les dépenses sociales sont réduites et consistent, de préférence, en aides pour l’entreprise et en dégrèvements fiscaux pour les couches les plus riches de la population.

Un système comme l’État providence arase, même à la marge, les inégalités, il corrige les « irrationalités », il régule les « excès » du marché : c’est selon la logique néolibérale un système anticoncurrentiel. Pour les libéraux, un système qui mutualise les risques fausse en effet la concurrence, puisqu’il introduit de la justice sociale, c’est-à-dire une logique non économique qui entrave le bon fonctionnement du marché, alors même que le marché est perçu par eux comme seul capable d’une distribution rationnelle et efficace des ressources.

Comment donc assurer des ressources au salarié et à l’individu qu’on voudrait transformer en entrepreneur, sans augmenter son salaire ni en faire un « assisté » ? Par l’accès au crédit ! On remplace l’accès aux revenus par l’accès au crédit immobilier, à la consommation, aux assurances. La politique américaine de subprimes promettait de, construire la « société de propriétaires », comme le récitait le président Bush. On a pu juger du succès de l’entreprise en 2008, lorsque cette politique a porté ses fruits et produit la plus grande crise financière, économique et sociale depuis 1929.

Avec les néolibéraux, la déprolétarisation fait un bon en avant dans les discours, mais elle se transforme dans les faits en une précarisation économique et existentielle qui est le nom nouveau d’une réalité ancienne : la prolétarisation. Cette nouvelle prolétarisation touche des couches importantes de classes moyennes et de travailleurs de nouveaux métiers (les intermittents du spectacle, par exemple), de ce qu’on appelait avant son effondrement, la New Economy. L’entrepreneur de soi prend du plomb dans l’aile, et son aspect devient moins flamboyant, moins désirable qu’il ne le fut dans les années 1980 et 1990. Les néolibéraux, en préconisant la déflation salariale et en réduisant drastiquement les dépenses sociales, produisent un entrepreneur de soi, plus ou moins pauvre, plus ou moins endetté, mais toujours précaire qui doit gérer son employabilité, son capital humain, ses dettes et ses difficultés économiques et sociales, bref sa misère comme s’il gérait une entreprise.

En réalité, il n’est pas nécessaire et il n’est pas requis non plus de monter sa petite entreprise individuelle pour être entrepreneur de soi. Il suffit de se comporter comme si on était patron de soi-même, d’épouser la logique patronale, les attitudes entrepreneuriales, la façon de se rapporter au monde, à soi et aux autres d’un chef d’entreprise dans l’exploitation rationnelle de soi. Les stages que proposent les institutions qui ont en charge les chômeurs, les allocataires de RSA, les « assistés », contribuent de façon plus ou moins crédibles à produire un sujet pour l’entreprise, ou du moins un individu qui se soumet de bon cœur à ses sémiotiques et à ses valeurs. La précarisation/prolétarisation, ne signifie pas seulement un appauvrissement économique, mais aussi un assèchement subjectif. Car celui qui la subit perd le contrôle de son temps [6] et de ses propres savoirs et savoir-faire. Ce phénomène est particulièrement évident dans les secteurs les plus industrialisés que notre recherche a étudié, l’audiovisuel.

1. La prolétarisation de différentes générations

Les politiques actuelles de l’emploi et les politiques du workfare (qui visent à forcer, à inciter à l’emploi ceux qui reçoivent des aides sociales) sont des politiques qui introduisent, à des degrés divers, l’insécurité, l’instabilité, l’incertitude, la précarité économique et existentielle dans la vie des individus. Elles insécurisent non seulement la vie des individus, mais aussi leurs rapports à toutes les institutions qui jusque-là les protégeaient.

Les politiques libérales bloquent l’« ascension sociale » que les générations précédentes considéraient comme un acquis de la « modernité » et du développement du capitalisme. Le « progrès », la sortie de la misère « paysanne » vers le travail industriel et vers les « classes moyennes », semblent s’épuiser et se renverser dans une nouvelle pauvreté.

Nous retrouvons des données comparables à celles que nous avons établies lors de notre première enquête sur les intermittents, dans des études qui portent sur « les classes moyennes à la dérive ». Le capitalisme contemporain, même pour des métiers comme ceux du spectacle vivant et enregistré, où le niveau de formation est supérieur à la moyenne, « n’est réellement porteur que pour un dixième de la population des nouveaux venus, pour qui le confort demeure incertain puisque se généralise un dispositif de type ′′up or out′′, ascension ou exclusion ». Nous retrouvons dans l’ensemble des « classes moyennes » le phénomène de polarisation et de fractionnement que nous avons constaté chez les intermittents. Seule une « classe moyenne très supérieure » accède au sommet du salariat privé (avocats d’affaires, experts-comptables, cadres de la finance et management, etc.), mais « à l’autre extrémité, la précarité va de pair avec la modestie du niveau de vie ».

Les jeunes fils des « anciennes classes moyennes » sont à la fois « surdiplômés » et « surabondants » :« Pour les générations âgées de trente à quarante ans aujourd’hui, tandis que le niveau des diplômes croît, que les origines sociales s’élèvent, et donc que les candidats potentiels à l’entrée dans les classes moyennes abondent, la moitié des postes au sein des catégories intermédiaires de statut public ont simplement disparu et leur équivalent dans le privé ont connu une croissance trop lente pour absorber l’expansion des candidatures. Ce décalage n’est nulle part aussi profond que pour ces catégories intermédiaires. »

Nous avons comparé deux générations différentes, lors de deux ateliers réunissant l’un des nouveaux entrants dans le régime de l’intermittence et l’autre des intermittents qui y sont depuis de nombreuses années. Les conclusions convergent et elles représentent la réalité de la plupart des salariés qui travaillent dans ces métiers.

Les extraits de l’atelier des « nouveaux venus » dans le régime de l’intermittence mettent en lumière la condition de ce qu’en Italie on appelle la « génération 1 000 euros », en Espagne la « génération 700 euros » et en Grèce la « génération 500 ». Ce sont les revenus avec lesquelles les jeunes, en moyenne, vivent dans les différents pays d’Europe. Une jeune comédienne explique qu’avec les petits boulots qu’elle faisait (standardiste), elle n’arrivait pas à vivre et que ses parents étaient obligés de l’aider.

Comédienne 2 : « J’arrivais à vivre difficilement et quand j’avais envie de faire autrement, ma mère me filait un petit billet. »

Elle s’est sentie immédiatement mal à l’aise, presque coupable.

Comédienne 2 : « J’ai vingt-deux ans. Non, j’ai trente ans ! C’est vrai que le billet à trente ans, c’est un peu dur. Parce que la subordination à ses parents... À trente ans, on a aussi envie de projeter des choses. »

Le néolibéralisme a introduit une discontinuité entre générations, puisque, même très bien formés, les jeunes (comme ceux qui ont participé à l’atelier), se trouvent dans une « galère » qu’ils ne considèrent pas comme un passage de la formation à l’emploi, une initiation à la vie adulte, mais comme une condition permanente, comme un mode de vie qu’ils doivent assumer, à leur corps défendant, sans compter sur le concours de l’État (le régime de l’intermittence, c’est un « plus » et une chance qui, de toute façon, « est destinée à disparaître »).

Comédien : « C’est difficile de faire comprendre ça à une génération qui n’a pas eu à subir ces choses-là. Mais en même temps, ils commencent à nous comprendre, ils commencent à voir. Ça devient une réalité pour eux aussi. »

Comédienne 2 : « Ils commencent à comprendre que c’est plus difficile pour nous que pour eux. Mais quand tu dis que tu n’a pas d’argent, ils ne le comprennent pas. Quand tu vas comparer le prix au supermarché, on te dit : " Mais enfin, prend celui- là, c’est plus joli, c’est mieux ". Mais non, moi je compte, parce que la vie est difficile. La situation actuelle est difficile, j’ai du mal à faire mes courses. Ils peuvent l’entendre comme une abstraction, mais pas concrètement. »

Comédien : « J’adore la phrase ′′ Mais ça coûte rien, ça coûte 60 euros ′′. Ça, on l’entend tous les jours. »

Comédienne 2 : « J’ai fait un scandale dans une queue, devant une caisse de supermarché. On avait acheté plein, plein de trucs, on avait fait les courses pour une compagnie... Donc on avait plein de choses, et il y avait une différence de 7 euros dans la note. La nana derrière nous était excédée par le temps qu’on avait pris pour recompter et elle commence à nous dire " Ca va aller, pour 7 euros ! Tant pis quoi ! " À ce moment-là j’étais payée 6 euros 44 centimes net de l’heure... 6,44 euros c’est une heure de standard. Ce n’est pas une heure à bouquiner dans un parc. C’est une heure en uniforme, avec une minijupe, à sourire à des gens qui te prennent pour... Bref. Et là, c’est parti très, très vite. On peut bien comprendre que la situation des jeunes est difficile, mais quand même 7 euros, faut pas déconner ! »

L’appauvrissement économique s’accompagne d’un appauvrissement subjectif, c’est-à-dire d’une dépendance qui génère une infantilisation qui se prolonge dans la vie et dont on ne voit pas le bout. Ce phénomène de jeunes qui prolongent à l’infini ce qui autrefois n’était qu’une étape dans la vie professionnelle, touche tous les pays d’Europe. Les « jeunes » sortent de plus en plus tard du foyer familial et dépendent encore, si les familles le peuvent, de leur aides.

M. S. : « C’est sûr qu’il y a un rapport à qu’est-ce qu’être jeune aujourd’hui... Moi, j’ai trente-trois ans, et on est des petits, petits, petits. Aux yeux de l’institution, on débarque, on est des poussins. Alors que j’ai quand même trente-trois ans. Il y a quinze ans, des gens de mon âge, étaient bien plus assis. Je dis ça, parce qu’il y a une précarisation, une infantilisation qui va avec la précarisation. »

Comédienne 2 : « Ça crée un âge qui n’existe pas. On n’est plus des ados, on n’est plus des enfants, mais on n’est pas tout à fait des adultes. Moi, je n’ai pas eu de frigo pendant x milliards d’années, parce que dans l’appartement précédent, c’était trop petit, et je n’avais de fric. Je pouvais mettre des choses au frais sur la fenêtre, l’hiver, c’était tout ! Finalement j’ai acheté un frigo, et quand les mecs sont venus me le livrer, ils ont dit : " Ah ! Une étudiante dans un appartement d’étudiante ". Et ben, non ! J’ai trente balais, et j’en ai marre. »

Comédien : « Cette situation commence à me peser considérablement. Ca me pèse. C’est humiliant ! »

Comédienne 2 : « C’est ça, c’est humiliant. Et je me demande si on va arriver au même phénomène qu’en Italie, des gens qui ne partent plus de chez leurs parents. Qui ont trente, quarante ans et qui ne partent pas parce qu’ils n’ont pas les moyens de le faire. »

Les politiques libérales de l’après-guerre étaient encore des politiques « progressistes » qui, tout en dépolitisant la relation de travail et les relations sociales, assuraient une montée dans la stratification sociale. La force du capitalisme tenait à cette sensation, peu importe qu’elle ait été réelle ou fantasmée, de « progrès continu ». Aujourd’hui, le sentiment qui prime est celui du blocage et/ou du déclassement.

Comédienne 2 : « Oui, c’est exactement ce que je vis. Mes parents n’avaient pas peur, car mes arrière-grands-parents étaient dans une merde noire. Pour mes grands-parents, ça allait un peu mieux, et pour mes parents ça allait encore mieux. Donc, moi j’avais en tête la même idée que mes parents : il n’y a pas de raison que ça ne continue pas, ça va aller mieux ou ça va aller pareil. »

Comédien : « Nos parents ne pouvaient pas imaginer que ça pouvait être difficile pour nous au niveau du caddie. Le caddie, on pensait que c’était quelque chose qui était un petit peu résolu. »

Comédienne 2 : « Mes parents ont encore du mal à réaliser notre situation. »

Un intermittent, avec vingt-deux ans d’expérience dans le métier de la prise de vue, a la même appréhension subjective de sa condition. Et pourtant, il n’est jamais sorti du régime, il a un bon salaire, une maison (payée à crédit) mais, et notamment à partir de 2003, un sentiment de précarité et d’insécurité s’installe. Plusieurs éléments indiquent une précarisation.

« C’est l’effet double peine : non seulement nous sommes précarisés par notre situation, avec un système de travail à la journée, de l’ultra court, mais le changement de statut, les modifications du régime d’assurance chômage, rajoute un petit piment dans cette histoire. Donc la pression qu’on nous mettait comme précaires, nous est imposée d’autant plus facilement aujourd’hui qu’en plus on nous réduit les Assedic. Tout est mêlé, l’avènement de la technologie numérique et la TNT dans le milieu télé, plus la précarité, plus l’application des nouvelles conventions collectives [soit l’application stricte des salaires minima], font que c’est une espèce de salmigondis nocif pour nous. Tout part à vau-l’eau. C’est super triste. Je n’ai jamais perdu mon statut, mais je me demande ce qu’il va se passer à la rentrée... Malgré vingt-deux ans d’expérience : j’ai tout filmé, la guerre, les accouchements, les matchs de foot, les cocktails Molotov... Je me suis pris des beignes dans la gueule... je suis allé à la Maison Blanche, à l’ONU... »

Nous retrouvons, dans une situation complètement différente de celle des nouveaux entrants, le même sentiment de déclassement, d’insécurité, et de peur de l’avenir, accentué du fait que, contrairement aux jeunes générations, il a connu une situation « meilleure ».

« Socialement, toutes ces années, on a cru qu’on était des employés normaux. Je pensais que je pouvais vivre la vie que mes parents ont vécue, j’ai cru ça. J’ai des crédits, j’ai une maison, paye des impôts, mais j’ai l’impression que tout ça est construit sur pilotis et que du jour au lendemain ça peut s’effondrer ! Que, du coup, je me serais fait croire à une vie professionnelle et sociale conventionnelle, juste parce qu’on a des salaires, que le boulot roule. Est-ce ma nature anxieuse qui me fait penser ça ? Je n’en n’ai pas le sentiment, je sais qu’aujourd’hui encore, après vingt-deux ans d’exercice, je peux me dire : ça peut s’arrêter demain. »

Ce processus de précarisation s’accompagne le plus souvent, notamment pour les chômeurs et les allocataires, par une injonction à devenir, actif, autonome, par une sollicitation à sortir de l’assistance, pour prendre son destin en main, pour devenir « entrepreneur ». Même si vous ne devenez pas réellement entrepreneur, on vous invite à en épouser le langage et le comportement. Dans le néolibéralisme s’installe une étrange mixité de précarisation/prolétarisation et de discours entrepreneurial.

2. Devenir une petite entreprise, de la misère à la pauvreté : entretien avec un animateur d’établissement culturel de formation

La précarisation/prolétarisation convoque des solutions institutionnelles inédites. Une nouvelle sensibilité se fait jour désormais, qui mise sur l’engagement entrepreneurial des précaires, des pauvres et des « assistés ». Nous avons rencontré différentes modalités de cet engagement. Elles convergent toutes sur la nécessité de responsabiliser, de mobiliser, d’impliquer les individus en les tenant responsables de leur propre sort (version libérale) et de les transformer d’« assistés » en acteurs de leur propre destin (version social-démocrate).

La Ville de Paris, comme la plupart des partis politiques et des institutions de l’État providence, ne croit plus à la viabilité économique des droits sociaux, et elle ouvre des centres expérimentaux pour former les individus à devenir, à se penser et à agir comme des microentreprises. La politique de l’emploi est en train de se muer en politique visant à la création, pour les chômeurs, les précaires, les « assistés » (allocataires du RSA), de leur propre emploi.

Le sens de cette démarche est très bien explicité dans cet entretien avec le responsable de l’un des programmes financés par la Mairie de Paris pour expérimenter des nouvelles formes d’autoemploi, pour la transformation des artistes (notamment les plasticiens) au RSA en entreprises individuelles.

Le responsable de ces stages, comme la grande majorité des personnes qui animent les cours de formation pour chômeurs et allocataires que nous avons interviewés, ne croit pas à la possibilité de pérenniser le régime de l’intermittence et, plus généralement les droits sociaux. « L’intermittence, c’est fini, elle n’est plus viable économiquement. (...) L’intermittence est bien parce que elle a reconnu l’artiste comme salarié, mais elle le met dans une posture d’assisté ».

Le suivi, sur deux ans, de l’artiste au RSA, par une équipe de comptables, experts en droit de l’entreprise, en marché de l’art etc., est symptomatique de ce mariage improbable entre la logique de l’entreprise et la réalité de la précarité et de la pauvreté.

Le but, nous a expliqué le responsable, est de « faire passer l’artiste de la misère à la pauvreté » à travers la constitution d’une petite entreprise. Le « nirvana » (autre expression employée par l’interviewé) pour ces artistes reconvertis en petits entrepreneurs est d’arriver à faire un chiffre d’affaire égal au SMIC, puisque dans les conditions actuelles, il n’y a pas d’autre alternative que de devenir une petite entreprise, que d’apprendre la comptabilité, que d’assumer la façon de penser, de voir le monde et de se comporter de l’entrepreneur. Et pour ce faire il faut opérer une reconversion « subjective ».

Il faut signaler que cette orientation est partagée par un grand nombre de personnes, d’institutions et de syndicats, même si elle n’est jamais ouvertement énoncée dans des situations officielles. L’intérêt de cet entretien réside dans le fait qu’il synthétise de façon paradigmatique un discours ambiant. La nécessaire redéfinition des droits sociaux, tels qu’ils ont été institués dans l’après-guerre, débouche sur des discours et des pratiques paradoxales, dont cet entretien est un très bon exemple : on veut faire sortir les « pauvres » (dans ce cas les artistes) de l’« assistance » et on construit une petite entreprise qui sera aussi et inévitablement « assistée » puisque non viable du point de vue strictement économique, comme nous a confié le responsable (« On continue à les accompagner après la fin du stage »), on veut rendre les personnes « autonomes » [7] et on les suit pas à pas, on les conseille, on les sollicite, on les coache.

La logique de cette formation n’est pas aussi féroce que celle de l’idéologie libérale, au contraire, puisqu’elle émerge d’un milieu associatif, mais le résultat est le même : l’individualisation. Les droits sociaux sont pour tous, ils impliquent solidarité, mutualisation et engendrent des luttes, des formes de résistance et d’organisation collectives. Ici, par contre on apprend « le chacun pour soi » et le « marché pour tous ».

L’individualisation visée par cette formation est spécifique, puisque elle est aidée, soutenue, sollicité par le « social », organisée par des acteurs du monde associatif et culturel. L’individualisation constitue un renversement de la logique de mutualisation et de solidarité du mouvement ouvrier. Les premières formes du mouvement ouvrier organisaient le passage de l’intérêt individuel à la mutualisation des ressources, de la débrouille individuelle à la solidarité et l’entraide collectives, tandis qu’aujourd’hui, ce que l’on voit se dessiner est la mobilisation de financements, des personnels, de la formation, des espaces et des structures pour former un « individu entrepreneur ».

Ce qui se produit ici à un niveau micropolitique, informe la logique des institutions de l’État providence au niveau macropolitique.

À partir de la figure de l’artiste au RSA reconverti à la petite entreprise, on expérimente la construction d’une force de travail flexible, mobile, adaptable et qui fonctionne à bas coûts. Le régime de l’intermittence assure une « continuité de revenus » en intégrant la discontinuité et la précarité du salaire par des allocations « chômage » à des métiers qui fonctionnent sur le « multiemploi », le « multiemployeur ». L’expérimentation veut substituer à l’agencement de salaires et d’allocations de l’intermittence une simple « continuité salariale » garantie par l’autoentreprenariat. Comment assurer une continuité des revenus pour une personne qui exerce plusieurs emplois pour différents employeurs, une fois que les droits sociaux (à l’intermittence) fonctionnent pour un nombre de plus en plus restreint d’ayants droit ? Par l’entreprise individuelle.

« Ce qui m’intéressait, c’est de trouver aujourd’hui des solutions - et là je pense qu’on est en train de les trouver - pour permettre, dans le champ artistique, de croiser trois choses : le multiemploi, le multiemployeur – si besoin – et la continuité salariale. »

« L’idée, c’est : des artistes en CDI, le CDI ne voulant plus dire grand-chose à l’heure actuelle. On n’est pas plus protégé en CDI qu’en CDD, presque moins. Donc une continuité salariale, avec un salaire à temps plein, si possible, avec les activités artistiques au centre de cette activité à temps plein, sans que ce soit la totalité. Et là je pense qu’on est en train, depuis deux ans, d’expérimenter des formes, et on verra si on a raison ou pas. Il y a deux ans qu’on expérimente, et là on a trouvé une solution intéressante, au-delà de ce que demandait la Ville de Paris. »

Les risques, les coûts – économiques, sociaux et subjectifs – de la précarité inévitablement liés au multiemploi et aux multiemployeurs, ne sont plus socialisés et relativement mutualisés, comme dans le régime de l’intermittence, mais assumés individuellement : le passage de l’« assistance » à l’« autonomie » se résume fondamentalement à cette responsabilisation dans la création de sa propre « continuité salariale ». Le travail « artistique » ne suffit pas, il faut donc cumuler plusieurs petits boulots et les gérer selon une logique entrepreneuriale.

« Le troisième cercle, c’est l’emploi de complément. Par exemple, moi, je suis électricien dans le bâtiment, et je faisais des chantiers pour m’en sortir. L’art comme moyen sera une nourriture pour l’expression artistique, plus les chantiers nourriciers déclarés pour boucler mon Smic dans ma microentreprise. Et si l’an prochain je n’en ai pas besoin, j’arrête le multiemploi avec un emploi unique, et pas forcément lui-même, car je demande aux gens de s’associer avec d’autres, en SARL ou en association. En général, je propose l’association. »

Le responsable de la formation ne croit pas à la reconversion professionnelle de l’artiste et il a intégré la fin de la logique du « plein emploi ». La sortie de la logique du plein emploi se fait en transférant le mode de fonctionnement de l’intermittence, telle qu’elle existait avant 2003, à l’entreprise individuelle. Jusqu’en 2003, on pouvait ouvrir des droits à l’intermittence en cumulant des heures d’emploi exercées dans le « régime général ». Aujourd’hui, ce n’est plus le cas puisque le nouveau protocole interdit cette possibilité, donc c’est l’économie de l’« entreprise » qui doit pouvoir organiser et rendre viables le cumul de différents emplois et employeurs.

« Moi, je ne crois pas à la reconversion de l’artiste [voir les référents RMI, complètement perdus devant les artistes, qui leur disent : ′′ Si vous pouviez trouver du boulot dans la boulangerie, ça nous arrangerait bien ′′]. Et donc on travaille beaucoup plus sur la structuration économique de l’artiste, même s’il ne trouve pas toutes ses ressources dans le secteur artistique, loin de là, mais pour que son œuvre soit au centre de sa réflexion économique. Et si on monte un plan économique pour cet artiste ce sera bénéfique pour sa création, et pas le contraire. Ce qui ne veut pas dire que l’ensemble de son travail soit occupé par son art. Ce que je dis : le plan économique peut aller de l’emploi de complément à la vente d’œuvres, et il doit être bénéfique pour sa création d’art. De ça, on est bien d’accord avec l’artiste. »

Au lieu de penser et d’organiser l’extension du fonctionnement de l’intermittence – qui, dans sa version d’avant 2003, était le régime qui couvrait le mieux les risques de la discontinuité de l’emploi et du revenu – à d’autres « métiers culturels » et à toutes les catégories d’emplois discontinus et précaires, au lieu de formuler à nouveaux frais ce que Robert Castel définit comme la « richesse sociale » (les droits sociaux comme « droits de propriété de ceux qui ne sont pas propriétaires »), on pense à comment donner un statut d’entreprise individuelle aux « artistes ». Le responsable, tout en reconnaissant que seule l’intermittence peut garantir, dans les conditions d’emploi discontinu et de revenu discontinu, de « vivre de son art », l’écarte comme possibilité.

« Pour nous, les plasticiens, c’est le cœur de cible, avec aussi les cinéastes, vidéastes et écrivains. Mais, à la différence de Pratique caméra, on est dans le champ de la création d’entreprise culturelle et non dans l’industrie culturelle ou sur un marché existant.
Il y a trois milieux différents. Face aux cinéastes, vous avez l’industrie culturelle ; face au spectacle vivant, c’est un milieu et un marché structurés de lieux portés par des collectivités territoriales, des institutions culturelles ; pour les plasticiens, il y a un microcosme formé par les galeries, trois musées et cinq collectionneurs... Donc le marché, c’est dix plasticiens qui vivent de leur art et tout le reste égale rien. Donc, avec le spectacle vivant et le cinéma, on est dans des milieux structurés et salariés, alors qu’avec l’art plastique, tout est à faire, on est dans l’économie du XIXe siècle : l’artiste indépendant qui vend ses œuvres, comme le tâcheron vendait son travail ; alors que d’autres se sont salariés, structurés. Le gros avantage de l’intermittence, c’est que cela a permis de transformer l’artiste indépendant en salarié, donc de lui faire gagner de la protection sociale, alors que dans le champ de l’art plastique, on a en face de soi des travailleurs indépendants où il y a moins de protection sociale, ce qui correspond à l’économie du XIXe siècle : le journalier, le tâcheron, le petit commerçant en son nom propre, ou l’artisan en son nom propre. C’est le XIXe siècle, plutôt que la SARL d’aujourd’hui avec la protection sociale qui est nécessaire à nos époques. »

« Et si on leur dit : ′′ Vous allez gagner votre vie avec l’art ′′, on leur ment. Seule l’intermittence permet de vivre grâce aux indemnités chômage, en fait. Or, dans l’art plastoc [sic], ça n’existe pas. Donc, il s’agit d’être inventif. »

La constitution et la gestion de la petite entreprise individuelle impliquent une transformation du mode de vie de l’artiste qui ne va pas de soi. Pour s’accoutumer et apprendre ce nouveau style de vie, cette façon de penser et d’agir, l’institution de formation met en place un suivi individuel qui durera deux ans. Toute une noria d’experts, de comptables, de conseillers culturels sont mobilisés, qui finalement, sous couverture de savoirs techniques, travaillent à la production de nouvelles subjectivités.
Des structures prestataires, qui ne font pas partie de l’État providence, qui ont une origine associative, assument les mêmes méthodes de travail avec les « usagers », puisque ce suivi n’est qu’un avatar du pouvoir pastoral dont nous avons parlé à propos du suivi individuel des allocataires du RSA [8].

« On a une séance individuelle assez importante avec Claire, l’artiste, et moi – sur son point de départ et son point d’arrivée – et, à partir de là, je trouve la formule la plus intelligente pour faire fonctionner son économie de vie par rapport à son projet artistique : le dossier de présentation, le budget prévisionnel, la structure juridique, la recherche de financement, les moyens de communication... »

« Moi, ce qui m’intéresse, ce n’est pas les deux ans [la durée du suivi], mais que le projet réussisse et qu’ils soient salariés de leur petite entreprise. »

L’artiste bénéficiaire du RSA passe d’un suivi individuel à un autre. La dépendance que les politiques sociales imposent, se poursuit dans un cadre plus convivial, mais tout aussi contraignant. Et le suivi se poursuivra au-delà de deux ans puisque les artistes jeunes entrepreneurs continuerons à être suivis, conseillés, guidés.

De l’« assistance », à l’« autonomie », il n’y a pas beaucoup de différence, vous êtes toujours sous l’œil d’un coach.

« Ils viennent du RSA, ils sont très fragiles, pas de capital. La première année, au premier incident, logiquement, ils tombent. Et c’est pourquoi on les met dans un groupement d’employeurs qui va avoir en son sein un personnel commun, et [pour la personne,] soit sa propre organisation lui suffit et elle se débrouille toute seule, soit elle demande à être salariée du GE [Groupement d’employeurs] qui va la payer et qui va facturer le coût de sa structure. Et s’il y a un couac, pendant deux mois, l’ensemble du GE paie et va lui proposer un travail pour les deux mois où elle n’a pas pu payer le GE. »

On pourra bien attribuer les meilleures intentions du monde à cette association prestataire de la Ville de Paris et à ses animateurs. Le résultat est dans la production de ce que nous avons défini : l’entrepreneur pauvre et/ou endetté. Pauvre et endetté, mais entrepreneur, comptable, gérant de sa « propre pauvreté ». On comprend la réticence des artistes : pourquoi se donner du mal, s’investir dans une logique entrepreneuriale, pour passer de la « misère » à la « pauvreté » ?

« Parce que moi, mon but, c’est de faire passer les gens de la misère à la pauvreté. Moi, je suis pour l’éloge de la pauvreté. Quatre milliards de pauvres, on y arrivera ; pas quatre milliards de riches. Moi, je suis pragmatique. Un Smic, c’est 1 100 euros par mois plus les charges. Donc, avec un CA de 25 000 euros, on arrive à se salarier au Smic. Vous passez de la misère, avec le RSA à 400 euros par mois, à la pauvreté avec 1 100 euros par mois, à une pauvreté digne. »

Même à partir des paroles de ce responsable, on peut arriver à comprendre qu‘il y a des « résistances et des réticences ». Les gens ne sont pas dupes. Ils ne comprennent pas pourquoi il faudrait faire cette reconversion subjective qui les transforme en petits entrepreneurs de leur propre pauvreté, pour gagner un peu plus que les allocations, en changeant de mode de vie, de façon de penser et d’approcher le monde. Beaucoup de ces artistes ce sont engagés dans la production d’œuvres, comme dit notre interviewé, poussé pour faire autre chose que le travail salarié, pour ne pas être dans la logique concurrentielle, pour ne pas « perdre sa vie à la gagner ».

« Certains sont prêts à créer leur micro-entreprise, et je leur dis : ′′ Allez-y ! ′′ Eh bien, non ! Ils ne veulent pas le faire... car nous sommes dans une société du ′′gagner-son-pain′′, et eux dans un univers du besoin de créer. Cela se traduit par un conflit avec la société, entre leur besoin de créer et le temps nécessaire pour gagner leur vie. Et ils vont privilégier l’œuvre au gain, donc, et vont tomber dans une trappe d’inactivité sociale. Et leur dire : ′′ Faites boulanger ! ′′ Non ! J’ai plein d’artistes qui sont de très bons électriciens et de très bons peintres, mais s’ils font ça, ils se remettent à boire, à se droguer, etc. Car s’ils sont tombés dans l’alcool, c’est qu’ils ne supportaient plus leur travail de gagne-pain. Donc, ça ne marche pas. »

« Si vous dites à quelqu’un tout seul : ′′ Crée ta micro-entreprise ′′, il se dit : ′′ Je gagne 10 000 euros, je vais en gagner 25 000 ′′. Mais il se dit aussi : ′′ Je connais le RMI, pourquoi vais-je me mettre dans un tas d’emmerdes ? ′′ Je crois qu’on peut avoir 60 à 80 % de consolidations, c’est-à-dire des gens qui, au bout de deux ans, auront une entreprise solide. » (Nous n’avons pu vérifier cette affirmation.)

La synthèse de la pensée de l’animateur est la suivante : les droits sociaux de l’intermittence n’existent pas pour les artistes plasticiens. Mais il n’existerons pas non plus, dans un futur plus ou moins proche, pour les artistes qui aujourd’hui en bénéficient. Donc, ce qu’il est en train d’expérimenter, c’est l’avenir du travail artistique en général, une fois que l’intermittence sera vidée de son contenu et de son sens.

« Au lieu des droits de l’intermittence que vous n’avez pas, vous développez un projet économique. Au lieu d’être accroché en permanence au téléphone, on peut faire la même chose en ayant un emploi de complément ou, surtout, des activités paraculturelles qui vont nourrir leur art. On est, en France, dans un schéma de l’artiste hors du monde, et la contrainte rend créatif. Moi, mon gars, je l’oblige à créer des ateliers pour enfants qui vont lui créer des ressources, et une expérience qui va le rendre encore plus créatif. »

Cet entretien manifestate la difficulté à se positionner dans une phase socio-politico-économique entre, d’une part, la nécessaire métamorphose de droits sociaux hérités du fordisme de l’après-guerre et qu’il faut adapter et repenser pour un type d’ « emploi » et de « chômage », radicalement différents de ceux des Trente Glorieuses. Et, d’autre part, les politiques néolibérales de restructuration de l’État providence qui tendent à imputer à l’usager les coûts et les risques que les entreprises et l’État ne veulent pas assumer. Au milieu de cette « grande transformation », les milieux associatifs semblent hésiter et s’interroger. Cet entretien est symptomatique de la difficulté de l’invention socio-politique dont nous aurions besoin.

3. La formation et les stages : l’« usinage sémiotique » de la subjectivité des chômeurs

Les politiques de transformation du salarié, du chômeur, de l’allocataire du RSA en « entrepreneur de soi-même » passent par une multiplicité de dispositifs. Les plus « efficaces » sont les stages de formation et de reconversion de Pôle emploi. Nous y avons recueilli deux témoignages de stages obligatoires que les agents de Pôle emploi imposent aux chômeurs, faute de quoi il y a radiation. Le premier stage de stratégie de recherche d’emploi (STR), d’une durée de 4 jours (3 jours et demi, en fait) regroupe cadres et non cadres [9]. Le deuxième s’est déroulé dans une antenne de Pôle emploi cadres.

Le plus impressionnant dans ces stages, mais aussi dans le travail de Pôle emploi, c’est la sensation d’être immergé dans un bain de novlangue. La langue parlée par les animateurs et la langue écrite des textes distribués, le lexique, le ton, l’expression des « agents » sont ceux de l’entreprise, de l’activation, de la mobilisation, de l’investissement subjectif de l’« entrepreneur de soi ».

Ces stages servent à imprégner les stagiaires des sémiotiques verbales et non verbales de l’entreprise, à intérioriser les codes de communication du management, à adapter les modalités d’expression (linguistiques, corporelles, vestimentaires, etc.) requises par la compétition et la concurrence.

Est-ce que ces langues, ces codes et ces modalités d’expression accrochent la subjectivité des chômeurs ? Est-ce que cette volonté de greffer la subjectivité de l’entrepreneur sur celle ces chômeurs est efficace ? Difficile à dire. De toute façon, ce qui est sûr, c’est que Pôle emploi plus qu’un « service public », ressemble à une succursale des entreprises qui travaillent à une homogénéisation et à une standardisation des subjectivités par un « usinage sémiotique ». Les techniques « disciplinaires » (contrôles, convocations, suivis personnalisés, radiations, etc.) sont doublées par des techniques d’initiation et de maîtrise des conduites et des sémiotiques de l’entreprise.

Nous reportons ici les mots entendus et retranscrits pendant un « atelier Focus » de Pôle emploi, par un chômeur qui a participé à la recherche :

« Définir un plan d’action et organiser un suivi derrière. »
« Savoir être, c’est primordial. »
« Optimiser son planning, optimiser sa recherche d’emploi, optimiser son plan d’action, optimiser, etc. »
« Il faut être super pro »
[professionnel].

« Devenir le plus autonome possible dans la recherche d’emploi. »
« Se faire une petite autoévaluation qualitative et quantitative. »
« Vous pouvez la faire avec votre conseilleur référent, mais c’est aussi important de la faire vous-même, chez vous. »
« Être opérationnel tout de suite. »
« Pouvoir activer une candidature. »
« Il faut être pile poil dans la cible. »
« Être dans le profil, exactement dans le profil. »
« Il faut aller très vite droit au but. »
« Il faut être sur les plus vous concernant. »
« Ça dépend de ce que vous dégagez. »

Nous avons eu connaissance, à travers un participant à un stage de formation pour les chômeurs, des brochures qui y sont distribuées. Elles donnent des conseils pour les entretiens d’embauche des candidats à un emploi. À partir de ces conseils les participants aux stages devaient jouer des situations d’embauche, ou chacun était tour à tour candidat et recruteur.

Les entretiens d’embauche :

« Vérifiez votre tenue vestimentaire (tenue sobre, soignée, coiffure nette, chaussures cirées...). »
« Adoptez une dynamique ouverte, attentive, détendue, souriante, positive, franche et réfléchie. »
« Soyez calme et posé, évitez les tics nerveux et les gestes automatiques. »
« Lors de la présentation de votre cursus professionnel, soyez clair, concis, précis, évitez les répétitions, les silences, les tics verbaux (′′ Euh ′′, ′′ OK ′′...). »

L’« usinage sémiotique » n’a pas seulement comme finalité de produire des compétences, des connaissances, des codes et des modes d’expression, mais aussi d’inciter à s’investir dans des rôles professionnels et des fonctions hiérarchiques (production de « surmoi » entrepreneurial).

Les entretiens d’embauche, ou comment lisser la subjectivité de toute aspérité, comment produire un sujet conforme à l’entreprise. Rien ne doit dépasser : tics, indécisions, maladresses, gestes automatiques, répétitions doivent être éliminés. Il faut normaliser les comportements à travers la maîtrise des sémiotiques corporelles, des postures, des attitudes. Ils nous apprennent à nous soumettre, à passer ces rites d’initiation d’entreprise en disant toujours « oui » avec la bouche, avec le corps, avec les vêtements, avec le visage.

Prolétarisation et expropriation des savoir-faire

Traditionnellement, par « prolétarisation » on entend un appauvrissement économique, mais aussi une perte du savoir-faire « exproprié » par une organisation du travail qui remplace l’activité de l’homme par des machines. C’était sûrement vrai, pendant longtemps, pour les ouvriers de l’industrie, et la sociologie du travail en a fourni des analyses détaillées. Est-ce vrai également pour les nouveaux métiers, hautement qualifiés et spécialisés que l’on rencontre dans le secteur de l’audiovisuel ? À croire ce que nous a rapporté un cadreur de trente-huitans, longuement interviewé, il semble que les nouvelles technologies de l’image fonctionnent exactement comme les machines dans l’organisation de la production industrielle :

« Le principe du chef-opérateur, c’est d’être maître de son image, du cadre, de la lumière. Avec la nouvelle caméra Red-One, tout cela a disparu. On n’a plus d’intervention subjective, on peut tout transformer en virtuel : la technique dépossède l’opérateur de son outil.
La caméra numérique a permis de se passer de lumière, avec des effets préprogrammés inclus dans les caméras (d’où un gain de temps car plus besoin d’aller chercher des projecteurs, et réduction du temps de tournage). Les caméras actuelles donnent donc une image basique, qui est ensuite retravaillée à l’étalonnage : c’est le même principe qu’avec un téléphone portable. Cela donne l’idée que tout le monde peut faire de la bonne image. Ces simplifications technologiques sont validées par les producteurs. À l’heure actuelle, ceux-ci veulent juste un bon niveau, une image propre. Ils ne cherchent pas une esthétique, qui demanderait de se procurer des projecteurs atypiques pour que le chef-op’ puisse travailler le contraste, la couleur ou le cadrage (ce sont ses trois outils) et prenne tu temps à créer du volume. »

Les nouvelles technologies changent à la fois l’esthétique de l’image et l’organisation du travail. De la même manière que les machines industrielles, les nouvelles technologies réduisent le nombre de salariés employés, en concentrant plusieurs tâches, autrefois distribuées entre plusieurs salariés, sur une même personne et augmentent ainsi la productivité.

« Or aujourd’hui, on en est arrivés à ce que le réalisateur filme, prenne le son et mette de la lumière quand il y a en a – parce que dans le docu-reportage, on n’a pas le temps. Aujourd’hui en télé, les postes d’ingénieur du son et d’électro ont disparu, sauf quand il y a une exigence de qualité, type grosse émission : Envoyé spécial, par exemple. Mais, il n’y a pas ces exigences pour les émissions de flux, les nouvelles chaînes de la TNT. On veut faire dire ce qu’on veut faire entendre en l’espace de trois minutes : ce n’est plus de l’artistique, c’est du journalisme, du tourné-monté. Ce n’est pas plus du travail de JRI (journaliste reporter d’images) que d’équipe. Le docu de création disparaît, l’opérateur disparaît, il est juste là pour remplir le vide, plus pour faire sens. »

À cette démultiplication des tâches exécutées par une seule personne, ne correspond pas une augmentation salariale, au contraire. L’introduction des nouvelles technologies détermine, au moins dans un premier temps, une dégradation des conditions de travail et de rémunération. Les Luddites ont été les premiers à se révolter, non pas contre les machines, mais contre l’utilisation capitaliste de la technologie. De la même manière, les salariés de l’audiovisuel, ne voient pas les machines comme un ennemi. Ils connaissent très bien leurs potentialités puisqu’ils les utilisent, par ailleurs et dans beaucoup de cas, pour mener leur « travail personnel ». Ils sont quand même témoins, à leur corps défendant, des effets qu’elles produisent une fois qu’elles sont finalisées à l’augmentation de la productivité (dans l’audiovisuel comme dans l’industrie) et subordonnées à la logique du profit.

« L’année dernière, en 2009, on m’a demandé de faire le chargé de production, le journaliste, l’opérateur, le preneur de son, et de filmer trois séquences dans trois milieux différents, le tout pour 250 euros. J’allais chercher le matos et je le ramenais le soir. C’était pour une boîte marseillaise qui faisait un truc pour Canal +, pour un festival dans les Dom-Tom. Un portrait de vie, d’humour, d’une chanteuse. Un tournage entre quatre et six heures de temps. J’ai occupé quatre postes en une journée : j’ai réussi, mais j’ai fini sur les genoux. À part la rencontre sympathique avec la chanteuse, j’étais dans une contrainte absolue. Physiquement, je ne serai plus capable de le refaire. La fois suivante, ils ont trouvé d’autres gens pour refaire la même « performance ». Dans les nouvelles boîtes, il y a des jeunes JRI qui bossent dix à quinze heures par jour : on leur fait miroiter que c’est une nouvelle boîte, quelle va se développer. Résultat, la boîte se fait racheter quelques temps plus tard et tout le monde est licencié. On est là pour produire une image propre, rapide efficace, c’est tout, et surtout ne pas contester les conditions de travail, sinon t’es giclé, direct. »

Lorsqu’on parle de prolétarisation, il ne s’agit en aucun cas d’une métaphore, puisqu’il se produit, dans ces secteurs des hautes technologies, de savoir-faire très spécialisés, des phénomènes semblables à ce qui s’est produit au moment de l’installation du travail à la chaîne : le savoir-faire a été transféré dans les machines et le travail.

Voici la description que donne une infographiste de cette nouvelle usine en open-space, où les écrans des ordinateurs remplacent les métiers à tisser ou les tourneuses fraiseuses d’antan :

« L’industrialisation des images de synthèse a fait naître de nouveaux espaces de travail, souvent sur le mode anglo-saxon. Ce sont des open-spaces, aménagés dans d’anciens hangars, voire des anciennes usines reconverties, où sont installés des centaines d’ordinateurs avec leurs infographistes.

La cadence est le premier des critères demandés, que ce soit dans le secteur du jeu, ou de la série télévisée. Pour le film, la deadline est plus souvent conditionnée à la sortie programmée en salles et/ou à la date d’étalonnage. Ce qui n’empêche pas un rush dans les dernières semaines avant la livraison. Peuvent alors s’instaurer les cadences infernales, temps supplémentaires pas payés la plupart du temps, travail le week-end payé en journée normale, ainsi que les jours fériés. Le volume de travail non rémunéré est considérable.

Ce secteur des images high-tech fait rêver beaucoup de gens : l’abus des employeurs y est devenu la norme.
Le lieu de travail est divisé en deux locaux distincts : Le secteur de luxe de la publicité est installé dans la salle dite de ′′Flame′′, du nom de l’ordinateur qui y trône. Les clients considèrent cette machine comme l’ustensile susceptible de réaliser leurs demandes de traitement d’images aussi extravagantes soient-elles. Cet ordinateur à programme en temps réel est installé dans une salle luxueuse, confortable, suffisamment vaste pour y trouver un coin salon lounge, un mini bar, un écran plat géant, en sus des deux écrans usuels du Flame. Les clients en pub payent très cher la prestation, et donc exigent une qualité de service technique comme d’accueil à la hauteur de leur investissement.

L’infographiste dédié au service de ce matériel vénéré est appelé u′′nflamiste′′. Le flamiste est interchangeable, et il doit accepter dans sa mission d’obtempérer, à l’image de sa machine, sans délai ni discussion, aux remarques et aux désirs des clients. Ces derniers peuvent être un groupe comportant jusqu’à six personnes invitées à donner chacune une opinion.

Le Flame gère la totalité du clip publicitaire : on aura donc intégré dans sa mémoire pour ce faire l’ensemble du travail accompli en amont, c’est-à-dire la fabrication des éléments en 3D, des caches pour pouvoir incruster ou faire tous les changements possibles sur les éléments clefs, ainsi que les rushs de tournage conformés et montés. Le flamiste a donc tout en main pour livrer le produit finalisé sous la houlette des clients, et rendre possible leurs vœux.

On peut avoir plusieurs de ces salles appelées aussi′′suites′′ dans un studio de post production. Comme dans un hôtel, la suite n’est pas dans la même catégorie de prix que les chambres.

Examinons maintenant le cœur de l’usine elle-même. Nous trouvons des salles à la surface identique à celles des suites de Flame, mais où peuvent s’entasser plusieurs dizaines d’ordinateurs et donc d’infographistes. Sorte de ruches où les gens fabriquent de l’image avec des horaires extensibles. Le client de pub ne mettra jamais les pieds dans ces arrière-salles. Il ne connaîtra de la fabrication de l’image que ce qu’il a pu observer dans les suites Flame.

S’il y a une présentation particulière d’éléments à faire, l’infographiste peut être invité à pénétrer dans la suite, mais cette transgression est rare. Il y a suffisamment d’intermédiaires pour que cette pollution du sublime par le vulgaire ne se produise jamais.

Dans certaines boîtes de production, les infographistes mangent devant leur machine, faute de place ailleurs, mais aussi pour ne pas perdre de temps. Les chargés de prod veillent à ce que l’infographiste dispose de tout pour travailler correctement, surveillent son travail afin d’éviter toute perte de temps, et rapportent au patron et aux clients l’avancée des travaux.

Dans ces boîtes-là, les chargés de prod ne comptent pas leurs heures de travail, et ne partent en vacances que lorsque leur teint commence à tourner au gris.

Le terme anglo-saxon utilisé pour qualifier ces chargés de prod est′′floor manager′′ (le maître de plancher), le contremaître en somme. »



 

Notes :

[1] François Bilger, La Pensée économique libérale de l’Allemagne contemporaine, Paris, Pichon et Durand-Auzias, 1964, p. 186 (cité dans Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, op cit, p. 267).

[2] Le gouvernement des individus - Université ouverte 2008-2009.

[3] La personne devient une entreprise, note sur le travail de production de soi, André Gorz

[4] Ernest-Antoine Seillière, président du Medef à l’époque de la « refondation sociale ». Conférence de presse du 20 juin 2000.

[5] Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, op cit, p. 245.

[6] La précarisation et le morcellement du temps

[7] L’autonomie, fiction nécessaire de l’insertion ? Nicolas Duvoux

[8] Digression sur le "suivi individuel" avec Kafka

[9] Stratégie de Recherche d’emploi (STR), un stage d’usinage sémiotique des chômeurs par Pôle emploi et ses prestataires

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 18:11
arton14488-610ec.jpgPietro DE GENNARO


« Giap… Giap… Ho-Chi-Minh ! », c’était le slogan scandé à toutes les manifestations du mouvement étudiant, dans le monde entier. C’étaient les années 1968 à 1975. Au Nord Vietnam, les Etats-Unis continuaient à bombarder avec leurs B-52 et déversaient du napalm sur les villes et les campagnes. Mais les Etats-Unis n’avaient pas compté avec un petit homme à peine plus haut qu’un mètre et demi, avec une armée de peuple, celui du Nord, et un groupe de guérilleros qui au Sud tenaient en échec l’armée la plus puissante du monde. L’homme s’appelle Vo Nguyen Giap et il a aujourd’hui (25 août) 100 ans.

En 1995, quand je l’ai rencontré à Hanoi pour les festivités du vingtième anniversaire de la libération et de l’unification du Vietnam, à ma question sur sa date de naissance il répondit qu’il était très vieux « mais encore très jeune dedans ». Très jeune il s’était inscrit au Parti communiste et en 1933 il était entré à l’université d’Hanoi, où il avait obtenu son diplôme en économie politique et droit. Sa passion était la lecture des campagnes militaires napoléoniennes, des textes de Clausewitz et des enseignements des condottieri vietnamiens qui s’étaient opposés pendant deux mille ans à toute tentative d’occupation.

Sa rencontre avec Ho Chi Minh, à l’époque leader politique de la guerre de libération, rentré dans sa patrie après son exil parisien et libéré de prison depuis peu, fut pour lui fondamentale : « ce sera la lutte entre un tigre et un éléphant » prophétisa Ho Chi Minh. Giap, qui n’avait jamais mis les pieds dans une académie militaire, répondait à qui discutait de sa maigre préparation guerrière : « la meilleure école est la lutte armée populaire ».

En 1992, très ému, je rencontrai pour la première fois le général Giap, désormais à la retraite. J’étais avec une équipe de la Rai, et pour il manifesto, et nous devions nous faire tout raconter sur la bataille de Dien Bien Phu. Il nous accueillit lui-même dans sa petite villa à Hanoi, au bras de sa femme. Après nous avoir fait installer dans un très beau jardin qu’il cultivait lui-même, il nous demanda avant l’interview de faire une photographie tous ensemble : il m’expliqua qu’il aimait conserver les photos des personnes amies qui venaient le voir. « Nous étions en décembre 1953, les pertes de l’armée française commençaient à être sensibles. Les parachutistes français occupèrent la conque de Dien Bien Phu, vraiment à la frontière du Laos, où ils construisirent une base aérienne d’appui aux troupes de terre. La position, qui allait ensuite se révéler fatalement une place forte peu défendable, aurait dû être une tête de pont pour des sorties rapides à l’intérieur du territoire ennemi. Le 13 mars 1954, cinquante mille hommes à mes ordres commencèrent l’assaut à Dien Bien Phu, en couronnant une patiente manœuvre qui avait duré sept ans. Nous avions créé les conditions d’une bataille décisive sur un théâtre opérationnel choisi et préparé par nous. Après 55 jours de combat, la base tomba aux mains des forces vietnamiennes ». C’était le 7 mai 1954, les accords de Genève cassèrent le pays en deux.

Il ne pouvait pas y avoir de paix sans réunification du Vietnam. Le 8 mars 1965 les premiers 3.500 marines débarquèrent dans le port de Da Nang, lançant une très rapide escalade militaire étasunienne. La disparité entre les deux armées était nette. Giap cogita la construction de minuscules cachettes souterraines ; pour limiter les bombardements aériens, il ordonna aux soldats de toujours garder un contact avec l’ennemi et de ne s’éloigner que quand c’était strictement nécessaire. Pour contourner et confondre l’ennemi et pour s’approvisionner en armes et en vivres, on planifia des franchissements de la frontière au Cambodge et au Laos à travers la « piste Ho Chi Minh ».

Peu de temps avant l’offensive du Têt, au début de 1968, Giap déclara au quotidien français Le Monde que si après tant de mois d’affrontements l’armée étasunienne, qui avait alors atteint les cinquante mille unités, n’avait pas encore eu le dessus, alors elle ne pourrait jamais dompter la résistance du peuple vietnamien. « Les Etats-Unis font la guerre avec l’arithmétique. Ils interrogent leurs ordinateurs, ils font des additions et des soustractions et ils agissent à partir de çà. Mais ici l’arithmétique n’est pas valide : si elle l’était ils nous auraient déjà exterminés ». Le 30 avril 1975, les troupes du général Giap entrèrent à Saigon en chassant les américains (Etasuniens, NdT) et leur fantoche, Thieu.

Depuis des années le général Giap n’est plus dans la nouvelle nomenclature (inévitable catégorie utilisée par la majorité des rédacteurs anticommunistes du manifesto, voir plutôt http://fr.vietnamplus.vn/Home/Le-general-Vo-Nguyen-Giap-va-c... NdT) vietnamienne, mais sa bataille continue, même écologique (nouvelle inévitable catégorie, chez les mêmes, NdT) pour rappeler aux nouvelles générations que l’histoire d’un pays ne doit pas être oubliée.

Pietro De Gennaro

Edition de jeudi 25 août 2011 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/...

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

(1) Voir : Agent orange, Apocalypse Viêt Nam d’André Bouny, Ed. Demi Lune http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet...

Sur la bataille de survie quotidienne des Vietnamiens pendant la guerre d’agression étasunienne, voir aussi Le chant du riz pilé, le très beau livre de recettes, photos et dessins, et textes révolutionnaires édité en 1974 à Paris, au profit des services de pédiatrie de l’Hôpital Bach Maï et de l’hôpital pour enfants du Gouvernement Révolutionnaire provisoire de la République (GRP) du Sud-Vietnam. Vous le trouverez dans les ventes de livres d’occasion (Internet), les éditeurs qui ont remplacé les Editeurs Français Réunis s’occupant à d’autres choses aujourd’hui…

URL de cet article 14488
http://www.legrandsoir.info/le-general-giap-a-cent-ans-bon-anniversaire-il-manifesto.html
Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article
24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 13:17

Vautour-moine-en-vol-a18804517.jpgInnocent, certainement pas, mais non coupable par défaut il est de ces mots qui sonnent comme des gifles, DSK, ce petit bonhomme malsain, riche et célèbre, n'est pas innocent et ainsi va la justice dans ce monde là, le sien, il en sort tel qu'il y est entré dans son costard couilles croisées au bras d'une Sinclair dont on comprend mieux son épanouissement au sein de TF1, il s'agissait bien de rendre nos cerveaux disponibles à entendre leurs messages dignes d'un Séguela « ne dites pas à ma mère que je suis socialiste elle me croit chargé d'affaires pétrolières en Libye »

 

Le DSK s'en tire comme le Clinton, comme ces hommes qui osent prétendre à porter des valeurs démocratiques, des valeurs oh non, pas seulement ils sont la démocratie toute entière.

 

De l'autre côté, la plaignante, femme de ménage, trafiquante de drogue évidemment , menteuse cela va de soi, qui a son homme en prison et qui plus est ne parvient pas à convaincre un procureur en quête de réélection du viol dont elle aurait été victime.

 

Cela est peut-être éloigné mais ce souvenir de ces gamines violées et tuées parce que leur parole ne valaient rien, Emile Louis le bourreau des gamines de la Ddass... Cette justice de classe qui ne voulait rien entendre...

 

Dans ces modèles de démocratie qui peut attendre quoi de systèmes qui ont déporté des enfants réunionnais, qui ont fait de même en Grande Bretagne, de systèmes qui ont prospéré, capitalisé avec la traite des noirs, qui ont pillé, pillent peuples et nations, notre planète de la moindre fôret à la calotte glaciaire, ce système qui affichent 2 guerres mondiales, un Hiroshima, un Nagasaki, des famines organisées pour spéculer sur le grain, des peuples écrasés pour la manne pétrolière, qui peut espérer changer ce système là et le rendre civilisé, au vrai sens du terme...

 

Qu'attendre et espérer de l'exploitation des hommes si ce n'est que subir et souffrir d'un monde ou plus tu es coupable au moins tu paies, au mieux tu vis et t'enrichis, oui dans leur monde celui que nous subissons et acceptons bien trop souvent, celui qui tue le plus nombre et celui qui choisit notre avenir commun.

 

Certes la justice américaine est au fond à l'image de sa société, aux ordres de la classe sociale qui, minoritaire en nombre et majoritaire en actions, décide qui entre ou sort de cellule, parfois entre quelques planches après une injection léthale.

 

Nul ne saurait ignorer que les noirs peuplent de manière écrasante les prisons de l'Oncle Sam avec quelques autres, arabes ceux-là à Guantanamo où ils n'attendent rien des promesses d'un Obama, prix Nobel de la guerre impériale, prix du cynisme et de la honte.

 

Il ne fait pas bon être pauvre et noir aux States, il fait encore moins bon d'être anti-terroristes et cubains, comme les 5 de Miami.

 

Dans ce système démocratique où le peuple dirige ou se l'imagine, il est un Mumia qui attend à chaque seconde de savoir si il sera exécuté ou finira sa vie en cellule pour un jugement tronqué, manipulé, les Rosenberg et Sacco et Vanzetti en sont les malheureuses et innoubliables victimes de cette justice en ce pays là.

 

Madame Diallo, notez que pour la presse de Dassault, de Lagardère, ces démocrates illustres dont les missiles paritaires tuent aussi bien civils que militaires, Madame Diallo est Diallo, tout court, qui prendrait des gants avec une femme qui a menti pour bénéficier du droit de vivre mais sans être violée aux USA, du dtoit à un semblant d'aide sociale, cela n'est-il pas là le reflet de cette campagne haineuse et pourrie menée également en France contre les « profiteurs » du Rsa, les allocataires sans emploi, les assurés sociaux.

 

Incroyable mais vrai, à suivre ce cheminement pitoyable, réfléchissons avant d'ester en justice... N'ai-je pas roulé à 57 K/H en 1996, n'ai-je pas omis d'aviser mon centre des impôts que j'avais pas déclaré une infime partie de mes indemnités journalières pour gagner une tranche et ce avant que l'informatique ne me traque jusqu'au dernier centime.. N'ai je pas volé quand sagement assis dans le caddie, mon môme s'en engouffré un pain au chocolat et que je n'ai rien dit en passant à la caisse....

 

Suis-je désormais assujetti à l'interdicrion d'ester en justice parce que je suis moralement à bannir et que sommeile en moi la bête, juste reflet à moindre échelle, de celles et ceux qui nous mènent la vie dure, suis-je pour autant l'égal de ces 6 ministres démissionnaires pour cause de ce que vous savez et dont on nous parle de moins en moins...

 

Suis-je plus criminel qu'un Cambadélis qui dans son jeune temps réduisait son opposition au silence à coup de barres de fer, d'un Longuet qui en faisait de même mais dans l'autre camp et bien que les deux soient tombés sous les coups de leur justice avec un avenir que chacun connait, l'un porte flingue de Dsk, l'autre de Sarkozy. Le recyclage des ordures de l'ordre nouveau.

 

Ceux là s'en sortent toujours avec cette presse du pouvoir et de la bourgeoiise dont on ne cesse de nous vanter les vertus morales, JF Kahn le centriste décentré ne voyant qu'une affaire de cuissage, de droit de cuissage, dans le hérault défroqué d'un Fmi qui avec ou sans lui, traque désormais tous les peuples de notre bonne vieille Terre.

 

Les maîtres lessivent leurs consciences et recyclent leurs déchets, gageons qu'un Dsk reparaitra et que cent fleurs s'épanouiront quitte à garder une grande distance d'avec le tombeur ou plutôt le sabreur, cet élégant gentleman of gauche of corse, ce prototype qui malheureusement sur le plan politique connait ses zombies, un Valls adepte de la saignée populaire avec sa Tva sociale, l'impôt des plus injustes, l'impôt qui doit faire marrer les cadors du Medef.

 

Tous pourris ou plutôt un capitalisme débridé qui pourrit tous ceux qui le servent, qui noircit les consciences, qui avilit l'humanité toute entière, capitalisme un temps triomphant sur ses fosses communes et aujourd'hui dont la bourse joue au yoyo dans une crise mortifère où que la tendance baisse ou monte, le monde du travail n'y trouve jamais son compte mais où la bourgeoisie le lui règle bien.

 

Madame Diallo est sans doute loin de tout cela, elle attaque en France, la canaille, elle ose même parler argent mais comment se permet-elle !?


Seul celles et ceux qui possèdent ont le droit, la connaissance, l'autorité pour parler pognon, Madame Diallo ne joue pas dans la même cour de récréation, pour ces gens là c'est ainsi que se conçoit la vie, un jeu avec ses quatres coins du monde et le profit au centre et madame Diallo dans tout cela n'a pas à glisser le moindre orteil...

 

Madame Diallo a subi, pour le moins, des violences sexuelles, en attestent les traces d'Adn, les traces de violence, les témoignages de spécialistes médicaux, de psy, de ces fonctionnaires bien souvent mais qui voudrait bien entendre un fonctionnaire face à un milliardaire et son épouse gavés d'Euros, repus de leur arrogance et perversions, de leurs carnets d'influences.

 

Marie-Georhe Buffet a fait part de son indignation de voir DSK échapper à toute justice, cela est fondé, légitime et respectueux des valeurs que se doit de porter la gauche, pas seulement pour gagner, mais aussi pour donner un sens à la seul idée d'émancipation humaine, par dignité et respect.

 

Madame Aubry, elle, est soulagée, de quoi allez savoir ! ? Elle avait brillé par son absence de solidarité avec une présumée victime de son pacsé de Dsk, un deal entre deux socialistes pour une présidentielle à venir... Elle dont on pouvait s'attendre, en tant que femme, en tant que socialiste dite à gauche de la droite de ses amis, à ce qu'elle s'indigne du traitement infligé à une autre femme mais non, la caste des présidentiables n'a ni sentiment, ni de volonté de rechercher la vérité, il s'agit d'écuries, avec lads et laquais, grandeur et servitude de l'ambition, celle de ne servir et de se servir pour jouir du pouvoir et notamment de celui de trahir leur propre peuple, celui de France.

 

Monsieur Coppé, lui, est soulagé, de quoi allez savoir !? Est-ce l'idée que vraiment c'est « cousin, cousine, tout le monde tambourine », la sensation de retrouver les choses à leur endroit, Dsk à peloter les hôtesses de l'air et Madame Diallo dans un cul de basse fosse, l'idée que dans ce monde aussi pitoyable qu'impitoyable malheur toujours à la cruche ?

 

Monsieur Coppé, bouledogue de Monsieur Sarkozy peut s'émerveiller, Madame Diallo et Monsieur Khadafi out en une semaine, un bilan globalement positif pour celles et ceux qui servent la démocratie des propriétaires, spéculateurs et boursiers yoyotants.

 

Voilà Madame Diallo vous avez osé lever la tête sans pour autant être un modèle de ces vertus que cette classe appelle de tous ses voeux, pour vous et nous, elle est au dessus de cela, elle règne et pourtant Madame Diallo, ces gens là vont perdre, c'est indispensable sinon nous n'aurons rien à léguer, au mieux un champ de ruine, alors nous n'avons, vous et nous aucune autre alternative que de les mordre, de leur bouffer les mollets, soyons les enragés de ce 21ème siècle.

 

Madame Diallo est noire.

 

Comme Mumia.

 

Comme Malcom X.

 

Comme Martin Luther King.

 

Pour elle comme pour eux, nous exigeons:

 

Justice

Repost 0
Published by valenton rouge - dans Monde
commenter cet article