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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 08:44

0ras.jpgOn partait pour un triomphe à la romaine, après la « victoire » sur les forces du mal à Tripoli. Mais – alors que les combats se poursuivent au cœur de la capitale – on a préféré se calmer, du côté des lieutenants du généralissime Sarkozy : « Ce n’est pas complet », reconnaît Juppé, ce mardi… « Ce n’est pas abouti », admet Longuet… Il faut d’abord pendre haut et court Kadhafi, le général Tapioca du Maghreb, véritable objet de leur ressentiment : l’histoire de quelques heures ou de quelques jours. En attendant, petit dictionnaire de l’actuelle lutte finale…

Sirène. C’est le nom de code de l’opération de conquête de la capitale, entamée il y a quelques jours. Et dont la fulgurance a surpris : une intensification des frappes des avions de l’OTAN ? Un coup de pouce des drones armés de l’US Air Force ? Un plan ad hoc des conseillers militaires étrangers du Conseil national de transition libyen ? Quant à l’origine du nom : est-ce de la divinité des mers qu’il s’agit ou des sons stridents des trompes d’alertes sur les toits ? La question manque d’importance, mais si quelqu’un a des infos…

Course - Pourquoi cette soudaine précipitation ? Il fallait en finir vite, après ces six mois de frappes : avant la fin du ramadan ; avant l’assemblée générale de l’ONU ; avant le débat sur le renouvellement du mandat de l’opération de l’OTAN (dont l’issue aurait été incertaine, dans une conjoncture « d’enlisement »).

Désordre. La dépêché de 6 h 17, ce mardi, accroche le chaland sur le Net. « Pékin demande à l’Occident de nettoyer le désordre. » Il est de la responsabilité de l’Occident de « nettoyer le désordre qu’il a mis en Libye, où la rébellion a proclamé révolue l’ère de Mouammar Kadhafi après sa prise de contrôle de la majeure partie de Tripoli », assurent mardi plusieurs médias d’Etat chinois. Une dépêche de l’agence russe RIA NOVOSTI a aussi attiré l’attention ces dernières heures : « Moscou invite l’OTAN à respecter le droit humanitaire ». Konstantin Dolgov, délégué aux droits de l’homme du ministère russe des affaires étrangères, invite à « s’abstenir de toute action susceptible de porter préjudice à la population et aux infrastructures civiles du pays ».

Balance. La coalition, qui se vante d’avoir fait peu de dégâts collatéraux ou « bavures », grâce à l’extrême précision de ses frappes et au respect de procédures rigoureuses de sélection ou d’identification de cibles, s’est refusée à comptabiliser les pertes humaines et matérielles dans le camp ennemi. On devra pourtant s’interroger un jour sur la balance coût-efficacité de l’opération en Libye : le jeu en valait-il la peine ? Mais, comme à chaque fois, il sera trop tard pour que les conclusions de cette étude soient mises à profit…

Sous tutelle

Insurgés. De bric et de broc, mais pas seulement. Il y a eu aussi des défections de professionnels : on a bien vu les rebelles conduire des chars ! A moins que, finalement, ça ne soit pas plus dur à piloter que la guimbarde du coin, surtout dans une Libye en guerre civile, où les règles de circulation sont plutôt souples… En tout cas, depuis juin dernier, pour mettre un terme à la confusion, les combattants insurgés étaient sous tutelle des conseillers français, britanniques ou italiens et donc « formés et équipés au fur et à mesure », explique par exemple le chercheur Pascal Boniface.

Crédibilité. Celle de la France sortirait grandement renforcée de cette entreprise victorieuse, dont elle a été leader, secondée par la Grande-Bretagne et simplement soutenue par l’ami américain. Belle réactivité politique, belle armée, belle image du pays. On aurait fait oublier, d’un coup, les avanies du passé : les compromissions avec les dictateurs arabes, et bien sûr, l’accord de défense conclu avec Tripoli, avec l’édifiante visite du Guide à Paris en 2007, au temps de Cécilia. Pour Frédéric Encel, qui a tenu la chronique géopolitique sur Inter cet été, « le procès en gesticulation intenté [à Sarkozy] en France ou en Europe, était [donc] injuste ». CQFD. Pour Gérard Longuet, qui lui succédait ce mardi matin sur Inter, c’est un bon point pour la France, « alors que le rôle de membre permanent du Conseil de sécurité lui est parfois contesté. »

Légitimité. Celle de la France, encore, pour l’après-Kadhafi. Paris fait chauffer la colle : invitation du chef du nouvel exécutif dès mercredi, dans la capitale française, où il sera reçu par le généralissime, en compagnie sans doute du Grand conseiller diplomatique et militaire, Bernard-Henri Levy, qui ne se tenait plus ces derniers jours : « L’opération Sirène était préparée minutieusement depuis des mois… le président Sarkozy a été clairvoyant et courageux… La France est belle… » Et branle-bas pour l’organisation à Paris d’un grand raout des « amis » de la Libye nouvelle, pour accompagner la « révolution ». Côté argent, pas de problème, a déjà expliqué Gérard Longuet (Inter, mardi 23 août) : « La Libye est un pays riche. »

Déterminant. C’est ce qu’a été le rôle de la France, selon le ministre Alain Juppé (Europe 1, mardi 23 août) : « D’abord sur le plan politique, et puis ensuite, avec nos amis britanniques, nous avons apporté entre 75 et 80 % des moyens que l’OTAN a mis en œuvre et nous ne sommes pas allés au sol. » Et une France « leader » ça change tout, explique Longuet : ce n’était pas le cas lors de l’engagement en Afghanistan…

Pris de court

Risques. Ce sont ceux qu’Alain Juppé, ministre français de la défense, avoue avoir pris « en Libye comme en Côte d’Ivoire ». Mais des risques « évidemment calculés », assure-t-il. Longuet, ministre un peu rêveur ou littéraire parfois (le mouvement Occident est loin, il se dit maintenant seulement « conservateur »), évoque « un succès étonnant : que les rebelles (libyens) en soient arrivés jusque-là ». BHL, lui, n’aurait jamais été pris en flagrant délit de doute…

Durée. Certains assuraient qu’en quelques jours, l’affaire serait dans le sac… Les militaires avaient pourtant expliqué qu’une guerre ne se gagne jamais en quelques jours. Alain Juppé avait ensuite parié sur « quelques semaines »… Au final, il aura fallu six mois et 7 500 frappes aériennes au compteur (sans parler des tirs d’hélicoptères) pour en arriver là. Et un coût de 200 millions d’euros pour la France (ce qui « n’est pas cher payé pour une victoire », selon le journaliste Jean-Dominique Merchet, spécialiste des questions de défense).

Inconnues. Elles sont nombreuses. Parmi les principales : la dispersion d’armements divers ; l’ampleur des règlements de compte ; l’espace politique donné au courant islamiste radical ; le sort des immigrés africains (ceux qui ne se sont pas noyés en cherchant à atteindre Lampedusa).

Décisif. Sans l’OTAN, les rebelles ne seraient jamais parvenus à leurs fins. La marque risque d’être indélébile. Même si une personnalité du CNT a fait savoir qu’il n’était pas question d’ouvrir une base militaire de l’OTAN. Et si Barack Obama a rappelé qu’aucun soldat US ne s’établirait jamais en Libye. Il est vrai que, plus que d’autres, les Américains se contentent de commander le feu du ciel, à distance confortable de l’ennemi.

Obama. Le président américain, qui a promis de devenir « ami et partenaire » de la nouvelle Libye, a « oublié » de mentionner l’apport déterminant des Français dans l’entreprise de secours aux rebelles. Ses services ont même pris Paris de court, en convoquant dès jeudi prochain à Istanbul une réunion du « groupe de contact », alors que les Français souhaitaient l’accueillir la semaine prochaine, à Paris, pour en faire une grande réunion des « amis de la Libye », dans la ligne de l’après Kadhafi. Donc, chacun tire la couverture à soi ? « Oui, mais les faits sont têtus, se console Longuet : le peuple libyen sait à qui il doit sa liberté après ces six mois d’efforts. »

Grand bazar

Atonie – Celle du Parti socialiste, à Paris, qui n’a pas trouvé à se démarquer. Aucun bémol. « Un succès pour la France », selon l’ex-ministre socialiste de la justice Elisabeth Guigou et l’ex-premier ministre Laurent Fabius. « Une victoire du président Sarkozy, qui s’est engagé au bon moment », pour Martine Aubry. Et un petit zeste de François Hollande ? « Quand une décision est bonne, je la soutiens. Il fallait faire cette intervention. » Mais tout de même ce petit coup de patte : « Sur la Libye, Sarkozy avait beaucoup à se faire pardonner. Il fait du rattrapage. »

Dindon. C’est, une fois de plus – et même s’il s’agit rarement de farces –, le Conseil de sécurité qui en fait les frais : sa résolution 1973 du 19 mars a été tordue, malaxée, transformée. L’établissement d’une zone d’exclusion aérienne et l’instauration d’un contrôle naval, destinés à assurer la « protection des populations » face à des menaces de répression lourde, de type militaire, avaient été prévus à l’origine pour décrocher l’abstention de la Chine et de la Russie, membres du Conseil a priori hostiles aux interventions multinationales et à l’ingérence au titre des droits humains. Ces mesures surtout conservatoires ont mué en une traque du dictateur, une lutte contre le régime, avec fourniture d’armes, de conseillers d’état-major, de formateurs, d’éclaireurs et autres commandos de forces spéciales, etc. jusqu’à faire de la Libye, ces temps-ci, un grand bazar à ciel ouvert de matériel militaire circulant dans les mains les plus diverses et un terrain d’aventure pas cher et pas très contrôlé.

Glissant. C’est le caractère fortement évolutif de la résolution sur la « protection des populations » qui a servi de justification politico-juridique à l’intervention de l’OTAN. Longuet, plutôt que de reconnaître ces glissements, préfère évoquer une « protection dynamique et offensive des civils », mais qui n’aurait pas consisté à « accompagner les rebelles ». Mais, après tout, l’ONU ne s’use que si l’on ne s’en sert pas : Longuet rappelle, avec grande satisfaction, comment « son » armée de l’air avait été en mesure de décoller quelques minutes après l’adoption de la résolution. Et en fait, avant, l’exécutif américain ayant laissé au petit Napoléon français l’honneur de la première frappe, histoire de donner son vernis européen à l’opération…

Vents et marées

Perdants. Les organisations régionales concernées ont été roulées dans la farine. Elles ont été violées par les Occidentaux lors du vote de la résolution, en mars dernier. Puis ont pris leurs distances après les premiers bombardements. Et se sont emmêlées dans des médiations improbables, pour enfin finir par rallier le camp victorieux, aux derniers jours. Spectacle plutôt pitoyable d’une Union africaine qui a longtemps joué le jeu du despote Kadhafi, « roi de l’Afrique »… et empoché les dividendes de ses prosternations. Et d’une Ligue arabe qui ne sait sur quel pied danser, entre la gigue des « révolutionnaires » et le freinage des quatre fers de ses rois ou caciques anti-démocrates…

Egalité. Et pourquoi ce qui est possible à Tripoli ne le serait pas à Damas ? « Nous sommes paralysés, reconnaît Longuet, l’ingérence ne s’autoproclame pas… Il faut l’accord du Conseil, mais Moscou et Pékin sont contre. » Même tonalité chez Juppé : « Il n’y aura pas d’intervention militaire. Mais l’issue de la crise en Libye et ailleurs aura des conséquences dans ce pays, où on voit bien qu’un dictateur ne peut se maintenir contre vents et marées. » Ce qui reste à prouver…

 

http://blog.mondediplo.net/2011-08-23-La-Sirene-de-Tripoli

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Published by valenton rouge - dans Monde
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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 08:40

faux-poulet-factice-deplume-caoutchouc-50-cm-farce-attrape.jpegDes poulets élevés en batterie, des tomates en toute saison, des vergers où l’on exploite des ouvrières immigrées… Oui, mais « bio » ! Ou comment un mouvement lancé par des militants soucieux de défendre la petite paysannerie tout en rejetant les logiques productivistes risque de s’échouer sur les têtes de gondole des supermarchés.

Par Philippe Baqué

« Les écolos et les soixante-huitards ont laissé la place aux professionnels ! » Ainsi s’exprimait en juin 2009 un technicien de la coopérative Terres du Sud qui, dans le Lot-et-Garonne, organisait une journée « découverte » dans des élevages intensifs de… poulets biologiques. Les performances des installations livrées clés en main par la coopérative, les crédits et les aides publiques proposés étaient censés convertir les agriculteurs invités. En effet, pour approvisionner la grande distribution et la restauration collective (1), les puissantes coopératives agricoles, liées aux grandes firmes de l’industrie agroalimentaire, se livrent désormais une concurrence farouche dans l’élevage de ces poulets au-dessus de tout soupçon. Elles profitent de la nouvelle réglementation européenne qui permet à un éleveur de produire jusqu’à soixante-quinze mille poulets de chair bio à l’année et ne limite pas la taille des élevages de poules pondeuses bio.

Ces coopératives ont compris qu’elles pouvaient gagner beaucoup d’argent avec un type d’agriculture qu’elles ont longtemps dénigré. En y appliquant leurs méthodes. « Les producteurs sont sous contrats serrés et perdent toute leur autonomie, raconte M. Daniel Florentin, membre de la Confédération paysanne, ancien éleveur de volailles bio qui a travaillé avec la coopérative landaise Maïsadour. Ils sont lourdement endettés pour au moins vingt ans et doivent livrer la totalité de leur production à la coopérative qui s’engage à la prendre, sans prix déterminé à l’avance. C’est un pur système d’intégration, courant dans les élevages intensifs conventionnels. »

Depuis 1999, problèmes de santé et d’environnement obligent, la consommation de produits alimentaires biologiques en France croît de 10 % par an. En 2009, malgré la crise, le chiffre d’affaires des produits bio a augmenté de 19 % (2). Ce marché, longtemps marginal, est devenu porteur et a été investi par la grande distribution, qui réalise désormais plus de 45 % des ventes.

Toutefois, en 2009, malgré la progression des conversions, seuls 2,46 % de la surface agricole utilisée étaient en bio. Pour satisfaire la demande des consommateurs, les acteurs dominant le marché ont donc choisi deux solutions : un appel massif aux importations et le développement d’une agriculture bio industrielle et intensive.

La notion d’agriculture biologique est née et s’est répandue en Europe en réaction à l’agriculture chimique et productiviste qui s’est généralisée après la seconde guerre mondiale. Au début des années 1960, un réseau de petits paysans producteurs de bio et de consommateurs crée Nature et Progrès. L’association attire une grande partie des populations urbaines qui décident, par conviction, de retourner à la terre et tisse des liens avec les différents mouvements écologiques et politiques, comme la mouvance antinucléaire et le syndicat Paysans-travailleurs dans les années 1970, puis la Confédération paysanne et les anti-OGM (organismes génétiquement modifiés) à partir des années 1990. Ce faisant, Nature et Progrès a intégré dans sa charte un certain nombre de principes : refus des produits de synthèse, traitements naturels, diversification et rotation des cultures, autonomie des exploitations, énergies renouvelables, défense de la petite paysannerie, biodiversité, semences paysannes, souveraineté alimentaire... Pour redonner du sens à la consommation et recréer des liens sociaux, la vente des produits biologiques est assurée par des marchés locaux, foires et groupements d’achat qui donneront naissance au réseau des Biocoop (3). La charte de Nature et Progrès a inspiré celle de la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique (Ifoam), adoptée en 1972, qui associait aux critères agronomiques des objectifs écologiques, sociaux et humanistes.

Sur ce marché, les courtiers sont rois

Mais le mouvement paysan et social lié à ce type de culture peine à trouver sa cohérence. Dans les années 1980, le cahier des charges de Nature et Progrès officiellement reconnu cohabite avec une quinzaine d’autres créés par différents mouvements. En 1991, prenant prétexte de cette confusion, Bruxelles en impose un pour l’ensemble de l’Union européenne, dont l’application par l’Etat français donne naissance au label national AB. Les organismes certificateurs, privés et commerciaux, vont à l’encontre du contrôle participatif réalisé jusqu’alors par des commissions de producteurs, de consommateurs et de transformateurs.

Nature et Progrès connaît alors une grave crise. Certains membres décident de boycotter le label. D’autres, tentés par un marché bio certifié en pleine expansion, quittent l’association. « La certification a favorisé les filières au détriment des réseaux solidaires, explique M. Jordy Van den Akker, ancien président de l’association. L’écologie et le social, qui sont pour nous des valeurs importantes de la bio, ne sont plus associés à l’économique. Le label et la réglementation européenne ont permis de développer un marché international facilitant la libre circulation des produits, le commerce et la concurrence. Nous ne nous reconnaissons pas là-dedans. »

Entrée en vigueur le 1er janvier 2009, une nouvelle réglementation européenne permet, entre autres, 0,9 % d’OGM dans les produits bio et des dérogations pour les traitements chimiques (4). « La bio est totalement incompatible avec les OGM, réagit M. Guy Kastler, éleveur dans l’Hérault et militant de Nature et Progrès. Nous, nous continuons à exiger 0 % d’OGM ! La nouvelle réglementation définit des standards et ne se soucie plus des pratiques agricoles. On est passé d’une obligation de moyens — quelle méthode de culture utilisée ? — à une obligation de résultat — quel résidu est décelable dans le produit fini ? C’est la porte ouverte à la généralisation d’une agriculture bio industrielle. »

Dans ce processus, les coopératives agricoles sont en pointe. Grâce, en particulier, à l’alimentation des volailles qu’elles produisent et fournissent aux agriculteurs, leurs marges bénéficiaires sont considérables. L’ancienne réglementation française imposait à un éleveur bio de produire 40 % de l’alimentation animale sur ses terres. Ce lien au sol n’existe plus dans la nouvelle réglementation européenne. L’éleveur achète aux coopératives la totalité des aliments, dont l’un des composants majeurs est le soja. En 2008, en France, la production de volailles bio a progressé de 17 %, alors que celle de soja bio a diminué de 28 %. Le soja importé, beaucoup moins cher, s’est imposé.

En novembre 2008, trois cents tonnes de tourteaux de soja bio venus de Chine par l’intermédiaire d’une filiale de la coopérative Terrena étaient retirées du marché après qu’on y eut décelé un taux important de mélamine, produit très toxique. L’entreprise a depuis renoncé à son commerce avec le géant asiatique, mais, pour alimenter les volailles bio du Grand Ouest, elle s’approvisionne sur un marché international où les courtiers sont rois et ne font pas bon ménage avec la transparence.

Le soja bio acheté en Italie — qui peut avoir été produit en Roumanie ou en Pologne — est en concurrence avec celui du Brésil. Celui-ci est cultivé par des petits producteurs de l’Etat du Paraná, dépendants de grandes sociétés d’exportation, et surtout du Mato Grosso, où les fazendas bio — dont les propriétaires refusent les visites de la presse — peuvent atteindre jusqu’à cinq mille hectares (5). Ce dernier Etat est le plus impliqué dans la destruction de la forêt amazonienne. Selon WWF-France, deux millions quatre cent mille hectares de forêt disparaissent chaque année en Amérique du Sud, directement ou indirectement à cause du soja (6). Pourtant, aucune certification, même au rabais, garantissant qu’il ne participe pas à ce désastre n’est exigée pour le soja bio brésilien.

Si l’agriculture biologique représente une part minime des activités des grandes coopératives, celles-ci entendent néanmoins y imposer leur suprématie. Terrena a acheté l’entreprise Bodin, leader du poulet bio français ; la coopérative Le Gouessant possède désormais l’Union française d’agriculture biologique ; Euralis a des parts importantes dans Agribio Union... Nombre d’associations interprofessionnelles régionales de promotion du bio et la quasi-totalité des chambres d’agriculture — de plus en plus impliquées dans la gestion de ce type de culture — sont sous l’influence des coopératives. L’Institut national des appellations d’origine (INAO), qui assure désormais l’application de la réglementation européenne en France, est dirigé par M. Michel Prugue, président de Maïsadour, qui commercialise plusieurs variétés de semences OGM.

Ces coopératives, qui ne renient en rien l’usage des produits chimiques dans l’agriculture dite « conventionnelle », renforcent leurs liens avec les multinationales impliquées dans la recherche et la commercialisation des OGM. Quarante pour cent des parts de Maïsadour Semences, une filiale de Maïsadour, appartiennent à la société suisse Syngenta, héritière des activités agrochimiques de Novartis. Maïsadour Semences possède des usines de production sur une bonne partie de la planète (7). Cette influence grandissante des coopératives qui ont des intérêts financiers dans le secteur des OGM n’est sans doute pas étrangère à la décision de la Commission européenne de fixer à 0,9 % le taux d’OGM toléré dans les produits bio, alors que le Parlement européen s’y était opposé.

La France importe plus de 60 % des fruits et légumes biologiques qu’elle consomme. ProNatura est le leader français de leur commercialisation dans les boutiques spécialisées et les supermarchés. En moins de dix ans, cette entreprise du sud-est de la France a multiplié son chiffre d’affaires par dix et absorbé quatre autres sociétés. Un quart de ses produits proviennent de France, mais le reste est importé d’Espagne (18 %), du Maroc (13 %), d’Italie (10 %) et d’une quarantaine d’autres pays. ProNatura est la première société à avoir commercialisé des fruits et légumes bio hors saison. Cela n’empêche pas son fondateur, M. Henri de Pazzis, de prôner le respect de la terre, de l’environnement, du paysan et du consommateur. Mais la loi dictée par les sociétés de la grande distribution est bien éloignée de ces principes. « Elles adoptent pour le bio les mêmes mécanismes d’achat destructeurs que pour le conventionnel, explique M. de Pazzis. Elles encouragent la concurrence de façon agressive. Certains de nos produits sont déréférencés car d’autres fournisseurs proposent des prix très inférieurs aux nôtres. » Dans cette guerre des prix, à laquelle ProNatura et les autres sociétés d’import-export ont choisi de participer, le social et le respect de l’environnement ont bien peu de place.

Les mêmes méthodes, mais « certifiées »

Depuis douze ans, ProNatura importe des fraises bio espagnoles produites par la société Bionest. Ses patrons, MM. Juan et Antonio Soltero, possèdent dans la région de Huelva cinq cents hectares de serres qui, à première vue, ne se différencient en rien des milliers de serres conventionnelles couvrant la plaine, sinistrée par une monoculture de fraises particulièrement polluante et exploiteuse de main-d’œuvre. Comme d’autres entreprises, Bionest se situe au sein du parc naturel de Doñana, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco (8). Selon WWF-Espagne, les serres se multiplient de façon plus ou moins illégale sur le parc et pèsent lourdement sur l’environnement, en menaçant notamment les réserves d’eau (9).

Bionest ne respecte pas la biodiversité (le peu de variétés de fraisiers utilisées sont les mêmes que dans les serres conventionnelles), pratique la monoculture, injecte des fertilisants aux plantes par un système d’irrigation en goutte-à-goutte... Ses méthodes de culture ne sont pas radicalement différentes de celles des serres conventionnelles de Huelva. Seuls les intrants certifiés lui assurent le label bio. Pour la récolte, Bionest embauche des centaines de Roumaines, de Polonaises et de Philippines... particulièrement précarisées. Le sujet est très sensible et les patrons de Bionest refusent de recevoir les journalistes pour s’en expliquer.

Ces femmes, qui sont directement recrutées dans leur pays par les organisations patronales espagnoles, viennent chaque année en Espagne avec des visas et des « contrats d’origine » à durée limitée. Ne connaissant par leurs droits, elles sont totalement soumises à leurs employeurs (10). M. Francis Prieto, membre du Syndicat des ouvriers des campagnes (SOC), improvise une visite des logements des travailleuses de Bionest. Totalement isolées au milieu des serres, celles-ci doivent se soumettre à un règlement strict : interdiction des visites, sorties contrôlées, passeports confisqués... « Elles sont terrorisées par leurs patrons, explique M. Prieto, et subissent la même exploitation que les autres saisonnières de Huelva, avec des conditions de travail particulièrement difficiles. »

Bionest n’est pas un cas isolé en Andalousie. Dans les environs d’Almería, AgriEco produit sous cent soixante hectares de serres, conditionne et commercialise de septembre à fin juin plus de onze mille tonnes de tomates, poivrons et concombres « bio ». Dans les serres dotées de technologies de pointe, les intrants sont certifiés bio et les saisonnières sont roumaines et marocaines. M. Miguel Cazorla, son directeur, prévoit avec fierté une nouvelle expansion de la société. Exportée par des norias de poids lourds dans tous les supermarchés et boutiques spécialisées bio d’Europe, les légumes d’AgriEco sont dès le début de l’hiver en concurrence directe avec les produits des serres « bio » d’Italie, du Maroc et d’Israël... Sur le pourtour méditerranéen, la guerre commerciale devient farouche, pour le plus grand profit des intermédiaires.

Bien loin de ces dérives de la bio industrielle, la petite coopérative agricole de La Verde, dans la sierra andalouse de Cadix, a été créée dans les années 1980 par des journaliers membres du SOC qui ont mené à la fin du franquisme des luttes sans concession pour obtenir des terres. Six familles y cultivent des légumes, des arbres fruitiers et élèvent quelques vaches et moutons sur quatorze hectares. Elles commercialisent toute leur production en Andalousie par le biais d’une autre coopérative, Pueblos Blancos, qui regroupe vingt-deux petits agriculteurs ou coopératives bio. « Nous avons été parmi les premiers à nous lancer dans l’agriculture biologique, explique M. Manolo Zapata. Elle était en accord avec l’agriculture de nos grands- et arrière-grands-parents et allait dans le sens de notre lutte. Si l’agriculture biologique ne sert pas à rétablir l’équité, la justice, l’autonomie, l’autosuffisance et la souveraineté alimentaire, elle n’a aucun sens. Et les certificateurs ne nous aident pas. Un agriculteur qui diversifie ses cultures et cultive plusieurs variétés sera plus lourdement taxé que celui qui ne fait que de la monoculture intensive. »

Pour avoir dénoncé publiquement le soutien du principal organisme certificateur espagnol, le Comité andalou d’agriculture écologique (CAAE), aux grandes entreprises du « bio-business », La Verde a dû subir une avalanche d’inspections. Alors que ses membres ont créé la plus importante banque de semences paysannes d’Espagne, qui leur permet d’assurer leurs cultures et fournit tous les petits producteurs bio de la région, ils craignent que la répression ne s’abatte sur eux. « Il existe des lois et des normes qui répriment le droit ancestral de reproduire les semences et qui nous empêchent de certifier ces variétés anciennes que nous avons sauvegardées. » La réglementation européenne de l’agriculture biologique impose en effet d’utiliser des semences certifiées bio. Si elles n’existent pas, il faut recourir aux semences conventionnelles du marché. « Pour le moment, tout se passe à la limite de la légalité, mais si demain la vente de nos produits est interdite, on va nous obliger à cultiver avec des semences bio vendues par Monsanto (11). » Prenant exemple sur certains paysans de Nature et Progrès, les membres de La Verde envisagent de se retirer de la certification bio.

Résistances au bio-business

En Colombie, en Bolivie, au Brésil, en Inde, en Italie, en France, des exemples comme celui-ci se multiplient... La résistance au bio-business s’organise sur toute la planète. De plus en plus de paysans, de communautés rurales et de petites coopératives de producteurs défendent une agriculture paysanne et des modes de culture agro-écologiques qui privilégient des exploitations à taille humaine respectueuses de la biodiversité et de la souveraineté alimentaire. Beaucoup refusent les certifications et pratiquent les systèmes participatifs de garantie fondés sur une relation d’échange et de confiance entre producteurs et consommateurs. Des réseaux de défense des semences paysannes se développent pour imposer le droit des paysans à produire et à commercialiser leurs propres semences.

En France, les Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (AMAP), qui mettent directement en relation producteurs et consommateurs sans passer par le marché, connaissent un tel engouement que la demande ne parvient pas à être satisfaite. L’association Terre de liens collecte avec succès des fonds solidaires pour permettre l’installation de jeunes agriculteurs en bio. Pour se démarquer de la réglementation européenne, la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB) a créé une nouvelle marque : Bio Cohérence. Elle viendra en complément de la certification officielle en exigeant le respect d’un cahier des charges beaucoup plus rigoureux et l’adhésion à des principes inspirés de ceux adoptés par l’Ifoam en 1972. A l’écart de la réglementation, Nature et Progrès défend son cahier des charges garant d’une agriculture biologique paysanne.

L’intégration ou non des valeurs sociales et écologiques au sein des préoccupations des producteurs, des transformateurs et des consommateurs de la bio déterminera son avenir. Deviendra-t-elle un simple pan du marché soumis aux seuls intérêts du libéralisme économique ? Ou sera-t-elle encore porteuse d’une alternative à ce libéralisme ?


Philippe Baqué

Journaliste, auteur d’Un nouvel or noir. Pillage des œuvres d’art en Afrique, Paris Méditerranée, Paris, 1999 et coordinateur du projet de livre De la bio alternative aux dérives du « bio »-business, quel sens donner à la bio ?. Pour permettre la réalisation de ce travail d’investigation et de réflexion, l’association Alterravia, soutenue par Nature-et-Progrès, la Confédération paysanne, Minga et le Forum civique européen, a lancé un appel à souscription. Voir l’appel et les informations concernant le livre sur le site de l’association.

(1) Pour atteindre l’un des objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement, l’Etat envisage d’introduire, d’ici à 2012, 20 % de denrées issues de l’agriculture biologique dans les menus de la restauration des administrations et des établissements publics.

(2) La plupart des chiffres cités proviennent du dossier de presse de l’Agence Bio « Les chiffres de la bio sont au vert », 2010, Agence-bio.fr, et de son ouvrage Agriculture biologique, chiffres clés. Edition 2009, La Documentation française, Paris.

(3) Pascal Pavie et Moutsie, Manger bio. Pourquoi ? Comment ? Le guide du consommateur éco-responsable, Edisud, Aix-en-Provence, 2008.

(4) « Bio / OGM : le vote des députés européens à la loupe », Terra-economica.info, 21 mai 2009.

(5) Cf. les articles de Cécile Leclère et Ben Hoppenstedt, « Mission en Amérique latine », Biocontact, Gaillac (juin à septembre 2008).

(6) Boris Patentreger et Aurélie Billon, « Impact de l’agriculture et de l’alimentation industrielles sur la forêt dans le monde — rôle de la France » (PDF), WWF-France, Paris, avril 2008.

(7) Dans l’Etat brésilien du Paraná, en octobre 2007, une milice armée missionnée par Syngenta a assassiné un militant du Mouvement des sans-terre (MST) qui occupait en compagnie d’une centaine d’autres agriculteurs des champs de recherche OGM de la société suisse.

(8) Cf. « Importer des femmes pour exporter du bio ? », Silence, n° 384, Lyon, novembre 2010.

(9) Communiqué de WWF : « Fraises espagnoles : exigeons la traçabilité », 23 mars 2007.

(10) Emmanuelle Hellio, « Importer des femmes pour exporter des fraises (Huelva) », Etudes rurales, n° 182, Paris, juillet-décembre 2008.

(11) « A qui profite la récolte ? La politique de certification des semences biologiques » (PDF), rapport de l’organisation Grain, Barcelone, janvier 2008.

Voir aussi le courrier des lecteurs dans notre édition d’avril 2011.

 

 

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/BAQUE/20129

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 08:35

dsk-ps-2012.jpgAffirmer que Dominique Strauss-Kahn est  « blanchi », c’est aller un peu vite.  C’est surtout un message difficile à entendre pour toutes les victimes de viol qui ne savent déjà pas comment faire valoir leur crédibilité. Plus de 90 % n’osent pas porter plainte. Les protestations se multiplient et  d’autres procédures sont en cours.


 

 

 

 

Le juge de Manhattan a annoncé que les charges retenues contre Dominique Strauss-Kahn ont été levées faute de preuves satisfaisantes. Mais l’insuffisance de preuve n’implique pas l’innocence. Alors nombre de questions demeurent. Viol, pas viol ? Relation tarifée qui a mal tourné ? Consentement pas consentement ?  

Dominique Strauss-Kahn

et la justice, suite

  • Le juge a rejeté la requête de l'avocat de Nafissatou Diallo, qui demandait qu'un procureur spécial soit nommé pour poursuivre la plainte déposée à l'encontre de DSK. Mais l'avocat a fait appel de cette décision. Un appel suspensif, ce qui signifie que DSK ne pourra pas récupérer son passeport avant que l'appel soit étudié, au maximum dans 30 jours.
  • L’avocat Thibault de Montbrial, le représentant en France de Nafissatou Diallo, doit déposer plainte pour le compte de sa cliente pour tentative de subornation de témoin contre un adjoint au maire de Sarcelles.
  • Le 8 août, Nafissatou Diallo, a intenté une action devant la justice civile à New York en accusant l'ancien chef du Fonds monétaire international "d'agression violente et sadique".
  • Tristane Banon  a déposé plainte le 4 juillet pour une agression sexuelle et tentative de viol ayant eu lieu en 2002.

Pour s'approcher de la vérité, le procureur a enquêté sur la personnalité de la victime. Et conclut : « Les éléments de preuves physiques et scientifiques montrent que l'accusé a eu un rapport sexuel précipité avec la plaignante, mais ne corroborent pas son récit d'un rapport forcé et non consenti »  peut-on lire dans son rapport «… Si l'on ne peut la croire au-delà de tout doute raisonnable, nous ne pouvons pas demander à un jury de le faire…» Le procureur Vance a joué la prudence en abandonnant les poursuites. Mais abandon de poursuite ne signifie pas que l'accusé est blanchi, d'autres procédures sont en cours (voir ci-contre).

Cette décision a provoqué des réactions dépitées. Sur la Toile, le twitt ironique d’Aude résumait : « des traces de sperme et de violence sur une femme avec expertise médicale concluant au viol, c'est vrai que c'est léger comme preuves. » Cet article publié dans le Monde à partir de l’interview de la directrice du Crime Victims Treatment Center (Centre de traitement des victimes de crime) qui avait été l’une des premières à entendre Nafissatou Diallo a lui aussi beaucoup tourné sur la Toile. Et, bien sûr, cette interrogation : pourquoi enquêter sur le passé de la victime et pas sur celui de l’accusé ?


Présomptions discutables

Les incohérences du discours de la victime d’une audition à l’autre et le fait qu’elle ait déjà menti ont fait douter le procureur. Là aussi, on s’égosille dans les réseaux sociaux : « faut-il être une sainte pour être victime de viol » ?  « Donc violer une menteuse c’est permis » ? La plaignante devient quasiment coupable comme dans beaucoup d’affaires de viol. Et la justice et les commentateurs semble s'en contenter. Rappelons que l’Europe à condamné la France à propos de cette inversion de culpabilité début juillet. Jusqu’ici, lorsqu’une femme portait plainte pour viol, si l’accusé était relaxé au bénéfice du doute, la femme pouvait être automatiquement condamnée pour dénonciation calomnieuse. La Cour Européenne des Droits de l’Homme a estimé que la présomption d’innocence de la victime était bafouée et a condamné la France. Être relaxé au bénéfice du doute ne prouve pas l’innocence de l’accusé (voir notre article).

 

En finir avec la présomption de culpabilité des victimes

Dans « l’affaire DSK », la plaignante est trainée dans la boue, c'est un retour en arrière. Et c’est bien ce qui fait bondir les associations de défense des victimes de viol aux Etats Unis et en France. Marie-George Buffet a été une des premières à le dénoncer.  La députée et ancienne ministre communiste a estimé que l’abandon des poursuites pénales contre Dominique Strauss-Kahn était une « mauvaise nouvelle pour la justice » et « pour les femmes ». « La décision du procureur fait courir de grands risques au droit des femmes en revenant au temps où les victimes de viols étaient à priori coupables, au temps où le viol n'était pas considéré comme un crime", écrit-elle dans un communiqué. « La vigilance s'impose pour que le refus de faire passer la justice aux USA ne donne pas des ailes en France aux pourfendeurs d'une justice implacable envers les violences - sexuelles ou non - à l'encontre des femmes ».


Indignation en France et aux Etats Unis

Osez le féminisme qui avait organisé la manifestation « ils se lâchent les femmes trinquent » le 22 mai dernier avec  la Barbe et Paroles de Femmes,  met en garde : « nous ne savons pas ce qui s'est passé à New York. Mais le déferlement de propos sexistes et d'idées reçues sur le viol qui s’en est suivi était et demeure inadmissible ».  Et de rappeler les chiffres : « 75 000 femmes sont violées chaque année en France. Beaucoup d’entre elles renoncent à parler sous la pression de l'entourage ou sous le poids du tabou : seules 10 % de femmes victimes portent plainte. De nombreuses idées reçues sur le viol sont encore propagées, faisant reposer sur la victime la responsabilité des faits, en raison de son apparence et/ou de son comportement. Dans les faits, le viol reste souvent impuni : seuls 2% des auteurs sont condamnés. »
Et la mécanique est toujours la même : « La « crédibilité » des plaignantes, mot-clé des derniers mois, est en permanence remise en cause dans les affaires de viol. Or, nous le rappelons une fois encore, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise victime. Rien de ce qu’une femme a fait ou dit dans le passé ne devrait permettre de minorer la violence qu’elle a subie » répète Osez le féminisme.
Aux Etats Unis, selon un article de Médiapart, rappelant que seulement 6 à 8 % seulement des accusations pour viol se révèlent fausses, des féministes américaines ont répondu à l'appel de la conseillère municipale de Brooklyn, Letitia James pour « remettre en cause « le schéma trop classique » d'une femme n'ayant pas les mêmes armes que son agresseur, dont la crédibilité est rapidement remise en cause et dont la personnalité se retrouve finalement plus facilement en procès que son agresseur. » Des mouvements de protestation s'organisent.

 

 

http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/civilisation/1306-affaire-dsk-ce-nest-pas-termine


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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 17:27
arton6071-e8f33.jpgSur le Web Pambazuka

La mondialisation a toujours été une dimension du capitalisme. Tout juste sa nature a-t-elle pu changer, avec des transformations qui, selon les paramètres d’analyse, donnent différentes interprétations à la transnalisation que vit le monde. Dans cette mutation, note Samir Amin, la seule question qui se pose est de savoir si on constate « un changement qualitatif dans la nature du capitalisme ».

La question de la nature de la « mondialisation » du capitalisme (en franglais la « globalisation ») est au centre de débats importants depuis au moins une trentaine d’années. Pour ceux qui, comme moi-même, Wallerstein, Arrighi et Franck ont affirmé depuis fort longtemps que le capitalisme historique a toujours été mondialisé, à toutes les étapes de son développement, la seule question qui se pose est de savoir si la nouvelle étape de cette mondialisation présente quelques caractéristiques importantes nouvelles qui constituent un changement qualitatif dans la nature du capitalisme.

Une réponse positive à cette question est donnée d’emblée par la presque totalité des économistes et des politologues conventionnels pour lesquels la « transnationalisation » en cours de développement rapide efface graduellement la portée des bases nationales qui auraient caractérisé le capitalisme historique du passé. Pour ceux-là, le sens de la nouvelle mondialisation mérite à peine d’être précisé, tant il serait évident. Beaucoup plus intéressantes sont les réflexions proposées dans ce domaine par les économistes critiques du capitalisme qui, eux aussi, donnent une réponse positive à la question, mais en précisant leurs arguments factuels et, sur cette base, en dégageant des conclusions plus fines concernant la nature de la transformation.

Stephen Hymer est le premier, à ma connaissance, à avoir formulé, dès 1970, cette réponse positive (à une question encore rarement posée à l’époque) en affirmant « an internationalist capitalist class is emerging whose interests lie in the world economy » (cité par William K. Carroll, The making of a transnational capitalist class ?, Zed 2010, page 2).

Kees Van Der Pijl (The Making of an Atlantic Ruling Class, 1984) avait toujours intégré l’analyse des transformations du système économique dans une économie politique plus large qui donne toute son importance à la dimension politique des problèmes, comme il se doit. Il était parmi les premiers à avoir dit (à juste titre, à mon avis) que le « projet européen » avait été conçu à Washington (« European unification was a product of US intervention »), rappelé par Carroll (op cite, page 155). J’ai, pour ma part, toujours exprimé ce même point de vue.

Mais des pas en avant dans l’affirmation de l’émergence d’un « capitalisme atlantique transnational » (intégrant les Etats Unis et l’Europe du Nord Ouest) ont été proposés plus récemment par Leslie Sklair (The transnational capitalist class ; Blackwell, 2001), W. I. Robinson (A theory of Global Capitalism, John Hopkins, Batimore, 2004) et William K. Carroll (op cite, 2010).

Robinson est celui qui est allé le plus loin dans la définition de la transformation qualitative du capitalisme, en affirmant que la nouvelle bourgeoisie est constituée par ceux qui possèdent les moyens de production majeurs à l’échelle mondiale (« a group that owns leading worldwide means of production », rappelé par Caroll, op cite, page 3).

Leslie Sklain (op cite) définit la nouvelle transnationalisation en intégrant dans une seule réalité les différentes dimensions de son affirmation nouvelle. La classe dirigeante mondialisée nouvelle associerait donc, dans cet esprit : les cadres dirigeants (« corporate executives ») des oligopoles majeurs, les classes politiques à leur service (« globalizing bureaucrats and politicians », les technocrates également à leur service (« globalizing professionals ») et même les plus larges couches sociales privilégiées bénéficiaires de la mondialisation (« consumerist elites »). Le fait de cette association n’est, par lui-même, guère discutable. Mais peut on en déduire qu’il s’agit d’une seule classe (mondiale) ou d’un groupe de classes associées et constitutives d’un bloc historique (à la Gramsci) dominant à l’échelle mondiale ? Ou s’agit-il d’un groupe de classes (de nationalités différentes entre autre) à la fois conscients de la convergence de leurs intérêts mais tout également en compétition ? Cette troisième réponse, qui est celle de Pijl, est également la mienne, pour les raisons que je donnerai plus loin.

L’ouvrage le plus récent sur la question, celui de William Carroll (op cite, 2010), est le produit d’un travail empirique d’une ampleur titanesque. Carroll a choisi un indicateur de l’interpénétration des capitaux, tant aux plans nationaux qu’aux plans transnationaux, européen, nord atlantique et mondial. Cet indicateur est constitué par le nombre des représentations croisées dans les conseils d’administration des firmes. Carroll a donc recensé tous ces échanges de représentation, pour le groupe des 100 ou pour celui des 500 plus grandes firmes mondiales. Les classements qu’il établit du degré d’interpénétration des capitaux sont le produit de ce travail, sans pareil à ma connaissance pour sa précision et l’illustration magnifique et éclairante des résultats, dans une série de graphiques (d’autant plus noirs que cette interpénétration est forte, ou gris, ou presque blancs quand elle l’est moins).

Je n’éprouve aucune difficulté à souscrire donc aux conclusions immédiates que Carroll tire de cet examen. Je reviendrai sur des conclusions moins immédiates dont je ne suis pas convaincu. Les conclusions immédiates de Carroll sont les suivantes :

 Les interpénétrations transnationales n’ont pas réduit l’ampleur de celles qui concernent les systèmes nationaux (« the transnationalisation of the corporate network has not fragmented national corporate networks », p 24 ; ou encore : « Transnational network is a kind of superstructure that rests upon rather resilient national bases », p 34).

 Les liens entre les firmes se trouvent renforcés, d’abord dans chacun des cadres nationaux (même en Europe) – et l’Allemagne présente dans ce domaine la figure du système national le plus fortement intégré par comparaison aux autres pays européens – puis dans celui de la petite Europe du nord ouest (Allemagne, France, Pays Bas, Suisse, Suède, la Grande Bretagne occupant une position singulière dans ce réseau de liaisons), ensuite dans le cadre Atlantique (cette Europe et les Etats Unis/Canada). Par contre les réseaux Europe/Japon ou Atlantique nord/Japon sont chétifs. Encore davantage le sont les liens entre le centre atlantique d’une part et tout le reste du monde d’autre part (y compris les pays émergents, Chine et autres).

 Le réseau européen exclut pratiquement l’Europe de l’Est et les Balkans ; il est concentré sur l’Europe occidentale capitaliste avancée.

 Les réseaux européens et atlantiques intégrés concernent principalement les firmes industrielles et commerciales et fort peu les banques. Celles-ci sont fortement reliées à certains des segments systèmes productifs nationaux, mais fort peu reliées entre elles directement. Les banques restent donc « nationales » plus largement que les autres firmes ; elles sont moins européennes ou atlantiques.
 L’intégration ouest européenne (et non européenne, puisque les pays de l’Europe de l’Est et du Sud en sont exclus) est nettement en avance comparativement aux autres expressions de l’intégration transnationale.

Carroll tire de ses observations deux conclusions majeures :
 Que la construction ouest européenne est en marche. Je reviendrai sur cette conclusion dont la formulation, beaucoup trop rapide à mon avis, risque d’inspirer une vision erronée de la perspective.
 Que les espaces nationaux intégrés restent importants Carroll formule cette conclusion dans les termes suivants : « the notion that the elite is becoming disembodied from national moorings and repositioned in a supra national space underestimates the persistence of national and regional attachments” (p 129).

Je considère que le terme “underestimate” est lui-même trop ambigu pour traduire correctement la réalité de l’articulation national/transnational tant à l’échelle atlantique qu’à celle de l’Europe occidentale.

CAPITALISMES NATIONAUX ET IMPERIALISME COLLECTIF

Le capitalisme ne se réduit pas à la somme des firmes capitalistes. L’accent placé par l’économie conventionnelle sur le fonctionnement des marchés et l’abandon de l’économie politique défigurent systématiquement la réalité et n’en donnent qu’une image trompeuse et finalement erronée.

Le capitalisme est une réalité historique et sociale (et non seulement économique) qu’on doit étudier comme un ensemble de sociétés capitalistes (et non d’économies capitalistes, encore moins de firmes capitalistes). Je prétends que ces sociétés capitalistes sont des sociétés nationales, et j’insiste sur cette qualification. Elles l’ont toujours été et le sont encore, en dépit de la transnationalisation, qui, au demeurant, a toujours accompagné le déploiement mondial de celles de ces sociétés nationales qui sont dominantes.

Dans l’analyse de ces capitalismes nationaux, aujourd’hui comme hier, l’accent dans la recherche ne doit sans doute pas négliger l’examen des réalités que les firmes capitalistes représentent. Mais elle doit aller plus loin et porter sur la nature :

 des formations sociales concernées ;
 de la bourgeoisie (la classe capitaliste qui les dominent) correspondant à ces formations ;
 de l’Etat qui gère la politique dans ces formations. J’ai toujours prétendu – et je maintiens ce point de vue – que les formations sociales du capitalisme central constituaient des systèmes productifs intégrés et autocentrés, même s’ils sont ouverts, et de surcroît agressivement ouverts.

Le concept de système autocentré est lui-même complexe et articule diverses dimensions :

 l’interdépendance technique des divers segments du système productif (dont les tableaux d’input – output donnent l’image) ;
 les modes de gestion du rapport de classe conflictuel capital/travail ;
 la nature des rapports qui articulent la domination des monopoles (depuis la fin du XXe siècle) aux autres secteurs de la production capitaliste, ou intégrées dans le capitalisme ;
 les modes de gestion de la monnaie en leur qualité de moyens de placer les intérêts généraux du capital au dessus des intérêts conflictuels des capitalistes individuels ;
 la nature de l’ouverture (agressive) et les modes de gestion de la transnationalisation asymétrique qui l’accompagne.

Evidemment, ce type d’analyse holistique – propre à l’économie politique (je préfère dire au matérialisme historique) – ne peut être donné une fois pour toutes. Il faut en dégager l’histoire et les développements transformateurs d’une phase à l’autre de celle-ci. De ce point de vue, l’indicateur que constituent les représentations croisées dans les conseils d’administration des firmes, choisi par Carroll, ne peut, par lui-même, répondre à aucune des questions posées. Il ne permet ni de dire qu’un capitalisme transnational en voie d’émergence tend à se substituer aux capitalismes nationaux – ou à les soumettre à sa logique, ni son contraire – que les capitalismes nationaux restent déterminants dans la configuration de la transnationalisation. Il ne permet ni de dire qu’une « classe capitaliste transnationale » est en voie d’émergence, ni qu’elle ne l’est pas.

Il ne peut être question ici de développer les arguments empiriques (je souligne ce qualificatif) qu’il faudrait réunir et analyser pour avancer dans les réponses aux six questions posées plus haut. Une bonne partie de ce que j’ai écrit au cours des cinquante dernières années a constitué ma modeste contribution en réponse à ces questions. Mais ce genre de contributions se fait malheureusement de plus en plus rare, avec les dévastations associées au transfert du centre de gravité de la réflexion sur les « marchés », fatales pour l’analyse réaliste et critique du capitalisme.

Sklair est conscient de l’impossibilité de conclure à l’émergence d’un capitalisme « post national ». Il écrit : « we should speak of a transnational capitalist class only if there are structural conditions that reproduces a transnational corporate community independent of its national home base » (cité par Carroll, op cite, p 19). Or ces « conditions structurelles » sont loin d’être réunies, en dépit de la transnationalisation qui a le vent en poupe depuis une trentaine d’années.

La CNUCED a proposé, en 1993, pour la mesure de ce degré de transnationalisation, un bon indice (« transnationality index » TNI), simple, presque évident, qui associe trois grandeurs relatives : la part des actifs étrangers dans les actifs totaux d’une firme, celle de ses ventes à l’exportation par rapport à son chiffre d’affaires total, celle de l’emploi à l’extérieur par rapport à celui de l’ensemble de la force de travail qui lui est soumise. Or ce TNI s’élève visiblement au cours de la décennie 1996-2006 (cité par Carroll, op cit, p 91). Mais est-ce là un fait seulement conjoncturel, ou le reflet d’une transformation décisive, irréversible ? Et quand bien même le serait-il, la transnationalisation en question affaiblit-elle, ou au contraire renforce les capitalismes nationaux dominants qui la façonnent ? Le fait par lui même ne répond pas à cette question, et je n’en suis pas surpris.

Sortant du cadre étroit de ce que l’on peut tirer comme conclusions du recensement des échanges croisés entre membres des conseils d’administration des firmes, Carroll fait – au passage – quelques observations importantes :

 Que les économies du Sud, y compris celles des pays émergents (et même du plus brillant d’entre eux, la Chine) ont été écartées des processus d’intensification des réseaux d’interdépendance transnationalisée propre au Nord. Carroll va jusqu’à écrire : « the network seemed to present one facet of a collective imperialism, organized to help manage global capitalism » (op cit, p 55). Je note ici la reprise de ma thèse concernant l’émergence d’un impérialisme collectif, terme plus approprié, selon moi, que celui, vague à l’extrême, de « globalisation ».

 Que la transnationalisation marquée n’intéresse véritablement que les économies de l’Atlantique nord (Etats Unis, Europe occidentale), tandis que le Japon paraît ne participer que marginalement à ce procès.

La première de ces observations invite à ouvrir le débat sur ce que j’ai qualifié d’émergence de l’impérialisme collectif de la triade (Etats Unis, Europe occidentale, Japon). La mondialisation (« globalization ») est un terme inapproprié. Sa popularité est à la mesure de la violence de l’agression idéologique qui a interdit de parler désormais d’impérialisme ! Pour moi, dans son déploiement, le capitalisme historique réellement existant a toujours été mondialisé et polarisant, et de ce fait impérialiste. L’impérialisme collectif n’est alors qu’une forme nouvelle d’un phénomène ancien et permanent : l’impérialisme.

Cette forme nouvelle repose certainement sur des bases objectives, dont la transnationalisation, renforcée des firmes dominantes, exprime la nature. Elle implique le ralliement à un projet politique commun : celui de gérer ensemble le monde soumis (le grand Sud, Global South), et, à cette fin, de le soumettre au contrôle militaire de la Planète par les forces armées des Etats Unis et de leurs alliés subalternes de la triade (l’OTAN, le Japon). Mais cette exigence nouvelle n’abolit pas le caractère national des composantes capitalistes de la triade. Elle en atténue les contradictions et les conflits mais ne les abolit pas. Carroll signale les incertitudes associées à la permanence de ces conflits. Il écrit : « the wave of the international mergers did not lead to stable transnational firms » (op cit, p 18).

L’analyse de ces convergences des politiques de la triade et des conflits qui les traversent est hors du champ du regard de Carroll. Je l’ai replacé au centre de mon analyse de la longue crise systémique contemporaine du capitalisme des monopoles généralisés (je renvoie ici à mon ouvrage intitulé, La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ?, édition française 2008, traduction anglaise, Ending the crisis of capitalism or Ending capitalism ? , 2010).

Les partenaires nationaux de la triade (et j’insiste sur cette qualification même pour ce qui est de l’Europe) sont évidemment inégaux. Les débats sur l’hégémonie – au sens gramscien – et en particulier sur le déclin de l’hégémonie des Etats Unis, trouvent leur place dans ce cadre. Son analyse ne peut être restreinte à celle des compétitivités inégales des systèmes productifs concernés (des Etats Unis, de la Grande Bretagne, de l’Allemagne, du Japon, de la France etc.). Elle doit intégrer ses dimensions politiques, idéologiques et militaires.

Les débats sur les origines et le déploiement de la financiarisation, comme sur ses effets, trouvent tout également leur place ici. Je renvoie encore le lecteur sur ce sujet à mon ouvrage cité sur La Crise. La financiarisation est, dans cette analyse, non pas le produit « d’erreurs », voire de « divagations », mais la traduction des exigences de réponse du capital des monopoles généralisés à sa crise. Néanmoins cette financiarisation entre en conflit avec les exigences de la gestion nationale nécessaire de la monnaie (même dans l’Europe de l’euro comme je le dirai plus loin). L’observation faite par Carroll, concernant le degré plus faible de transnationalisation des banques (en comparaison des firmes productives) est le témoignage de cette contradiction, et le rappel de l’autonomie des systèmes nationaux, en dépit de la transnationalisation.

La transnationalisation, néanmoins, affaiblit certainement la cohérence des systèmes productifs nationaux concernés, même ceux des plus puissants partenaires. Mais elle ne lui substitue pas l’émergence d’une cohérence d’un système productif transnational (voire même transeuropéen) auquel les systèmes nationaux seraient contraints de se soumettre. Le système global est de ce fait instable, et il le sera de plus en plus, comme Carroll l’a dit, en passant.

Au sein de la triade la place du Japon paraît marginale, à en croire les déductions de Carroll. Je crois qu’il y a là une erreur d’optique et une vision de la réalité déformée par le choix de l’indicateur (les échanges croisés dans les conseils d’administration). Le capitalisme japonais a toujours été opaque ; et son souci de rester le seul maître chez lui, même s’il est devenu plus apparent que réel, est bien connu. En dépit de cela, dans d’autres formes, y compris bien entendu aux plans politiques et militaires, l’appartenance du Japon à la triade de l’impérialisme collectif ne fait pas de doute, à mon avis.

D’une manière générale les frontières de cette triade me paraissent clairement dessinées. Je reviendrai plus loin sur celles internes à l’Europe. Mais quid du Canada, de l’Australie ? Ces deux capitalismes nationaux sont – pour des raisons pour lesquels je n’ai pas la place de fournir ici des développements argumentés – dans la position de ce que j’ai appelé des « provinces extérieures » des Etats Unis. Le Japon est un peu dans cette situation également, à sa manière. Le Mexique, sur lequel je reviendrai, ne l’est pas.

Pour toutes ces raisons le conflit majeur qui traverse le système global est celui qui oppose, et opposera nécessairement toujours davantage – dans l’horizon visible – le « Nord » (la triade impérialiste) et le « Sud » (en particulier la Chine et les autres pays émergents).


Samir Amin

 


Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde

 

http://www.rougemidi.org/spip.php?article6071

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 17:25

comunistiapicella2008.jpgLe Parti des communistes italiens (PdCI) met la « reconstruction du Parti communiste italien » à l'ordre du jour de son VIème congrès en octobre

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le Parti des communistes italiens (PdCI), un des deux héritiers du Parti communiste italien dissous en 1991, entame les préparations de son VIème Congrès, qui se tiendra du 25 au 28 octobre à Rimini, et sera placé sous le mot d'ordre « La révolution... en Octobre ».



Le document politique préparatoire au congrès dresse tout d'abord le tableau de la contre-offensive du capital et de l'impérialisme, et conclut sur la nécessité d'organisation de la résistance.



Au niveau international, le PDCI souligne la réaction féroce du capitalisme mondial et de l'impérialisme. Parmi les priorités du parti : la lutte pour la paix et pour le désarmement, la dissolution de l'OTAN, le retrait des troupes d'Afghanistan et de Libye. Le PdCI met également en valeur l'alternative incarnée par les expériences de transition vers le socialisme, en Amérique Latine, réaffirmant le rôle primordial de Cuba socialiste, ou dans les pays émergents, comme en Chine.



Au niveau européen, le PdCI pose la nécessité d'une riposte « aux coupes et mesures anti-populaires de l'UE ».Traditionnellement philo-européen, le Parti dénonce cette fois plutôt vigoureusement « l'Europe du capital »tout en restant imprégné du mythe d'une « autre Europe »qui serait à construire.



Au niveau national enfin, le PdCI décrit un « pays en guerre, en crise », exsangue après trois ans désastreux de berlusconisme, anomalie italienne d'un homme qui concentre tous les pouvoirs. Un pays « s'enfonçant dans une spirale réactionnaire de crises liées les unes aux autres : économique, sociale, culturelle, politique, institutionnelle, éthique ».



La centralité de la contradiction capital-travail



Il fut souvent reproché dans le passé au PdCI de se concentrer trop exclusivement sur les questions institutionnelles, de tactique électorale, et pas assez sur la lutte de classes. Le VIème Congrès devrait rectifier le tir. En tout cas, il réaffirme le « caractère central de la contradiction capital-travail ».



Le PdCI condamne le « modèle Marchionne », du nom du PDG de Fiat qui a récemment imposé, par un chantage à la délocalisation, la remise en cause des droits syndicaux et sociaux de ses ouvriers à Mirafiori (Turin) et Pomigliano (Naples).



Les communistes italiens pointent les résistances, qui incarnent la gauche de classe présente « dans les luttes de la FIOM [branche métallurgiste de la CGIL sur des positions de classe] et de la CGIL »et insistent sur la nécessité de mener aussi la bataille dans le syndicat. La CGIL reste pour les communistes le référent syndical mais le PdCI pose la nécessité de mener la lutte interne pour former « une gauche syndicale dans la CGIL (…) pour conserver dans notre pays un grand syndical confédéral de classe et de masse ».



Enfin, ils se refusent à l'idée qu'il n'y aurait pas d'alternative. Mettant en avant, l'ampleur de l'évasion fiscale (120 milliards par an), des dépenses militaires (30 milliards) et des aides aux entreprises (44 milliards), les communistes montrent que les caisses ne sont pas vides et qu'il y a les moyens d'une politique ambitieuse axée sur l'augmentation des salaires et la défense des droits des travailleurs, l'investissement dans l'éducation et la recherche et enfin la re-nationalisation des services publics et la défense des biens communs.



Battre la droite, mais pas à n'importe quel prix



L'alternative politique passe naturellement par la défaite de la droite, et donc par la recherche de l'unité à gauche. Unité d'action avant tout, et unité politico-électorale sur une base programmatique et pas à n'importe quel prix.



Sur la base des axes programmatiques listés ci-dessus, le PdCI juge les divergences avec le PD trop importantes – notamment sur la guerre en Libye et sur la politique économique (« le modèle Marchionne ») – pour que puisse être conclu un pacte de gouvernement.



La priorité à la reconstruction du Parti communiste italien.. avec toutes ses contradictions



Jusqu'en 2007 réticent aux divers projets d'unité des communistes, le PdCI a depuis lors été une force motrice des appels visant à « réunifier » les communistes dans un même parti, dernièrement de « reconstruction du Parti communiste italien », participant à l'appel lancé avec ce mot d'ordre début 2011.

Son secrétaire, Oliviero Diliberto, a participé cette année à un ouvrage collectif, avec Fausto Sorini (L'Ernesto) et Vladimiro Giacché, « Pour la reconstruction du Parti communiste italien » qui rencontre un franc succès de librairie, et dans la vente militante auprès des communistes.



Le PdCI lance dans son document préparatoire au congrès un appel à Refondation communiste pour dépasser les deux organisations et « reconstruire un seul et unique parti communiste (…) unitaire et autonome, enraciné sur les lieux de travail et dans les luttes ».



Toutefois, le PdCI encadre ce processus dans le cadre de la Fédération de la gauche (FdS), projet lancé en 2008 après le fiasco du projet liquidateur Gauche arc-en-ciel par la nouvelle direction de Refondation communiste sous l'impulsion du Parti de la gauche européenne (PGE), en même temps que la création du Front de gauche en France et de la « refondation » d'Izquierda Unida en Espagne.

Or, de l'aveu même de ses artisans italiens, le secrétaire de Refondation communiste Paolo Ferrero et de son numéro deux, le chef du courant Essere comunisti, Claudio Grassi, le projet a vocation à dépasser sa forme confédérale pour former une nouvelle organisation sur le modèle de « Die Linke ».



Les contradictions entre les projets de reconstruction du Parti communiste italien et de Fédération de la gauche sont inconciliables et la volonté de la direction du PdCI de les concilier suscite encore quelques doutes sur l'avenir de ce projet pourtant indispensable pour un peuple italien qui, plus que jamais, a besoin du Parti communiste italien.

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 17:20

arton14420-eb219.jpgLes officiels étasuniens se pavanent à la face du monde, remplis d’autosatisfaction, la main sur la crosse du revolver. Ils s’introduisent en tous lieux, se mêlent de tout, flagornant les uns, menaçant les autres. Ils ne sont pas très appréciés en fait… et ils le savent. Allez voir le consulat américain à Casablanca : le summum de la paranoïa et du caprice est désormais atteint. Des barricades grotesques en ciment armé enjambent les trottoirs, débordent allégrement sur la chaussée du boulevard, ne laissant à la circulation des voitures qu’un corridor exigu. Les automobilistes de passage se disaient au début qu’une telle insolence n’allait pas durer. Mais elle dure depuis des années. On ne peut rien refuser à l’Oncle Sam. En fait, n’est-ce pas lui qui décide ? Au diable donc les bouchons et les jérémiades des passants.

Les Etasuniens tiennent pour établi qu’ils personnifient le Bien. Dans leurs manuels scolaires, ils se font un devoir de le souligner : « les Etats-Unis ont été une sorte d’Armée du Salut pour le reste du monde : tout au long de l’histoire, ce pays n’a fait qu’aider les pays pauvres, ignorants et malades... Les Etats-Unis ont toujours agi avec désintéressement, toujours au nom de grands principes ; ils ont toujours donné et jamais pris ». [1] La secrétaire d’Etat Madeleine Allbright, qui a été en 1999 à l’origine du bombardement criminel (pendant 78 jours) de l’ex-Yougoslavie, n’a pas hésité à affirmer : « Les Etats-Unis sont bons. Nous essayons de faire de notre mieux partout »… [1]

A cette idée de la bonté sui generis, Barak Obama est bien sûr tenu de se rallier. Tout récemment, il a concocté à qui veut l’écouter un récit amusant : « Un de nos avions a eu des ratés en survolant la Libye. Or, quand un de nos aviateurs a sauté en parachute, dans un pays dont le dirigeant a si souvent satanisé les Etats-Unis, dans une région qui a eu des relations si difficiles avec notre pays, cet Etasunien n’a pas rencontré d’ennemis, au contraire, il a été accueilli par les gens à bras ouverts. Un jeune Libyen venu le secourir lui a dit : ’Nous sommes vos amis. Nous sommes si reconnaissants envers ces hommes qui protègent notre ciel’. […] Partout où les gens rêvent d’être libres, ils trouveront un ami dans les Etats-Unis  ». Fidel Castro qui rapporte ces propos en dit ceci : « Une histoire à dormir debout ! Obama est un excellent enfileur de grands mots et de belles phrases. Il pourrait gagner sa vie à écrire des contes pour enfants ». [2] Les dirigeants à Washington croient-ils parfois ce qu’ils racontent ? Disons plutôt qu’ils ont une croyance illimitée en la jobardise de leurs concitoyens.

Ces balivernes sont assez révélatrices d’un état d’esprit. En mars 1953, le Président Eisenhower s’interrogeait innocemment : « Pourquoi ne réussissons-nous pas à nous faire aimer dans ces bleds perdus au lieu de nous faire haïr ? ». [3] Soixante ans après, cette question énigmatique est plus que jamais d’actualité… Au moins, pourrait-on dire, un dictateur maintenu en selle par les Etats-Unis et dès lors qu’il se soumet corps et âme à leurs intérêts, serait traité comme un ami. Saddam, Ben Ali et Moubarak le pensaient sincèrement. Une méprise fatale : l’Empire n’a pas d’amis, il n’a que des vassaux ou des laquais. Hilary Clinton, à la veille de la fuite de Ben Ali, s’est crue obligée de prévenir (je cite de mémoire) : « aucun dirigeant [arabe] ne doit se sentir couvert par le gouvernement américain ». Autrement dit : ne comptez pas sur nous – maintenant que le vent a tourné – pour nous porter garant et assumer la responsabilité de vos agissements.

S’il le faut, les satrapes mis en place sont renvoyés sans état d’âme. Lorsqu’ils sont politiquement discrédités et/ou ne servent pas assez les intérêts de leurs protecteurs, ils sont remplacés par de nouvelles têtes, souvent enrôlées dans les rangs même de l’opposition. Cet ordonnancement est concret et manifeste, même s’il n’est pas vérifié en tout lieux, même s’il est appelé à s’infléchir à la suite des révoltes arabes. « La cooptation des leaders d’opposition majeure et des organisations de société civile dans l’anticipation de l’effondrement d’un gouvernement marionnette autoritaire fait partie intégrante du design de Washington […] Le processus est effectué et financé par des fondations basées aux Etats-Unis, incluant la NED (National Endowment for Democracy) et Freedom House (FH) (connues pour avoir des liens avec la CIA). La NED prît en charge le financement des renversements de régimes étrangers, mais de manière ouverte et sous le vocable de ’promotion de la démocratie’ »… [4]

Pendant longtemps, les Etats-Unis se sont regardés comme le centre de la terre. Le peuple étasunien, surtout après l’implosion du bloc soviétique, se voulait « peuple élu », un peuple exceptionnel (les manuels scolaires y sont pour quelque chose). C’est le point sur lequel l’attention de tout un chacun doit se focaliser, autour duquel les nations doivent graviter. L’expression « communauté internationale », utilisée à tout bout de champ, n’est qu’une imposture. Elle désigne de facto la Maison-Blanche et tous les gouvernants (principalement en Europe) qui œuvrent docilement dans son sillage.

A ce propos, Noam Chomsky écrit sur un ton narquois : « Prenez l’idée selon laquelle la communauté internationale demande à l’Iran de cesser d’enrichir de l’uranium. Vous lisez ça partout. Qu’est-ce que c’est que cette communauté internationale au juste ? Ce n’est pas les Pays non alignés, qui représentent la majorité du monde. Ils soutiennent complètement le droit de l’Iran à enrichir de l’uranium. Ils ne peuvent donc pas faire partie de la communauté internationale. Il y a quelques années y compris les citoyens étasuniens étaient d’accord sur ce point. Donc de la même façon la majorité des Étasuniens n’appartiennent pas à la communauté internationale parce que la communauté internationale c’est Washington et ses comparses » [5].

Cette vision, on ne peut plus insolite, a un corollaire : les Etatsuniens s’attribuent de façon catégorique le rôle envahissant et belliqueux du gendarme. En 1904, Theodore Roosevelt parlait déjà d’un « pouvoir de police internationale » que la « société civilisée » devait exercer sur les peuples coloniaux et qui, en Amérique latine, revenait aux Etats-Unis. Après tout, pourquoi pas ? L’Empire en vient à se sentir prééminent et invincible ; il peut « à sa guise et sous les prétextes les plus absurdes, violer la Charte de l’ONU, appliquer de cruels embargos, bombarder ou occuper des pays, assassiner des chefs d’État, provoquer des guerres civiles, financer des terroristes, organiser des coups d’État, armer Israël pour ses agressions… ». [6]

Aujourd’hui, à n’en pas douter, les Etats-Unis sont la locomotive de la nouvelle course aux armements. L’attentat du « 11 septembre » – censé captiver l’ensemble des êtres humains – a singulièrement bouleversé l’ordre géopolitique mondial et a légitimé toutes les exactions.

Le terrorisme étasunien s’est déchainé à l’extrême, plongeant le Moyen-Orient et une partie de l’Afrique dans le chaos. Je me permets de me citer : « Du temps de Bush, grâce à la formule magique du « 11 septembre », les Etats-Unis ont assumé plus que jamais le rôle de Satan sur la scène internationale. Lui et son entourage avaient l’aplomb de parler de combat du « Bien contre le Mal ». On tenait un discours réducteur : le Bien devait triompher mordicus du Mal. Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous ». [7]

 

Washington a réussi à convaincre, à intimider ou corrompre de nombreux pays afin qu’ils acquiescent à des accords singuliers, selon lesquels aucun contrevenant étasunien, en aucune circonstance, ne sera déféré à la Cour Pénale Internationale. A tout seigneur tout honneur… Chacun comprend qu’un tel privilège accorde la permission implicite pour les meurtres et les sévices les plus invraisemblables. Ainsi en est-il de l’Irak. Revoyons une scène connue : dans une maison, un couple et leur fille de 17 ans font face à des bidasses yankees prêts à tout. L’un d’eux, particulièrement surexcité, arrache l’adolescente des bras de son père et celui-ci, comme il s’y oppose, reçoit illico une rafale dans le ventre. La proie est ensuite trainée dans un coin… Vous vouliez la « démocratie », non ?

Viols, tortures, meurtres, saccages, humiliations… il n’y a pas de garde-fou. Comme le note Ray McGovern, de Counterpunch, « on veut transformer l’armée des Etats-Unis en une bande d’assassins qui tourne de par le monde, véritable « Murder Inc. » mondiale équipée d’armes létales de haute technologie et d’une liste de personnes à capturer ou à tuer. Nous sommes devenus une nation d’assassins  ». [8] Et l’on ne peut s’empêcher de penser avec amertume à ces interventions criminelles répétitives en Afghanistan et au Pakistan (après l’Irak et la liste est longue), au principe infâme des « deux-poids-deux-mesures » qui détermine toutes les prises de position, au soutien constant et inconditionnel à l’entité sioniste, aux droits bafoués des Palestiniens, aux dictatures dévoyées implantées de force et protégées. Que dire des prisons abominables de Guantanamo, d’Abu Ghraib et de Bagram, de la multitude de camps de concentration et de sites noirs disséminés sur la planète ? Quant aux morts et dévastations, on ne les compte plus (pour ainsi dire). Rien qu’à Fallouja, une ville irakienne de 300.000 habitants, près de 40.000 personnes ont été tuées par les bombardements US : 80% des bâtiments et infrastructures ont été démolis. Sans parler des cancers et des malformations à la naissance dont les survivants ont hérité. [9]

Les Etats-Unis sont les champions imbattables de la « guerre non provoquée ». Ils excellent, comme le constate Nazemroaya, à « dresser les gens les uns contre les autres et à détruire des nations. Ils ont divisé les Arabes qui devraient n’être qu’une seule nation. Ils ont contribué à diviser le peuple de l’Inde. Ils ont divisé les Slaves du sud dans les Balkans. Ils ont divisé les peuples de l’Asie du Sud-est. Ils ont travaillé à diviser l’île de Taiwan de la Chine continentale. Ils ont œuvré pour que l’Ukraine se batte contre la Russie. Avec Israël et l’Arabie Saoudite, ils ont divisé politiquement les Palestiniens et les Libanais. Maintenant les Etats-Unis et l’UE ont l’intention de diviser davantage les Arabes, et de créer aussi des divisions dans les pays d’Afrique et d’Amérique du Sud. Et ils continuent à diviser les Musulmans en les identifiant comme chiites ou sunnites. Ils continuent aussi à travailler d’arrache-pied pour diviser la Russie, l’Iran et la Chine ». [10] Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour avoir le dessus ! L’Europe, bien entendu, se contente de s’aligner jour après jour sur les décisions de Washington. Regardez Sarkozy se démener lui aussi sans retenue en prenant Bush pour modèle…

Et puis, il y a la face économique de la médaille : le pillage des richesses des pays dominés, grâce entre autres aux subterfuges du FMI et de la Banque Mondiale… Tous les pays où des mutations anti-Empire ont eu lieu ont essuyé une agression militaire étasunienne (Viêt-Nam des années 1960, Cuba, Venezuela, Bolivie…), ont subi et subissent diverses opérations nuisibles en sous-main (financement de mouvements d’opposition, espionnage militaire, armement de groupes paramilitaires, actions de déstabilisation)… En Colombie par exemple, la population se sent littéralement humiliée par le trop-plein d’abjection et de servilité des hommes au pouvoir. Dans une telle situation, l’humour populaire supplée à la colère : « les fonctionnaires colombiens passent par les magasins de sport pour acheter des genouillères avant d’aller à l’ambassade des Etats-Unis ». Jorge Botero, qui évoque cette blague amère, constate : « Nous sommes une espèce de colonie, une espèce de porte-avion pour les Etats-Unis, une espèce d’Israël en Amérique latine ». [11]

On s’aperçoit vite à quel point certains esprits ont eu tort de mettre le terme impérialisme au rancart (sous prétexte que « les temps ont changé »). « Dans des pays gouvernés par la logique capitaliste de maximalisation des profits, il [l’impérialisme] désigne la propension des Etats à s’assurer la soumission de territoires étrangers dans le seul but de capter leurs marchés et de s’approprier leurs ressources naturelles. Naguère, c’était la mission civilisatrice […]. Aujourd’hui, c’est la cause humanitaire et son corollaire le droit d’ingérence ». [12]

Les platitudes d’Obama sur « la démocratie » (toujours débitées d’un air sérieux) sont destinées à berner les masses crédules, en premier lieu aux Etats-Unis et en Europe. Et l’artifice fonctionne : en Egypte, tout récemment, la plupart des activistes au sein du mouvement de protestation inclinaient à penser qu’Obama était dévoué à la démocratie et aux droits de l’Homme, cherchait à aider l’opposition à éliminer un dictateur... Dans le monde arabe, l’Empire a tout fait pour empêcher l’instauration d’une véritable démocratie (et du progrès social). Les laquais qu’il plaçait au pouvoir ont été, comme il se doit, des ennemis de la démocratie.

Le fait est logique, comme l’explique Chomsky : « dans toute la région, une majorité écrasante de la population considère que les Etats-Unis sont la principale menace contre leurs intérêts. De fait, l’opposition à la politique U.S. est si forte que l’immense majorité d’entre eux pensent que la région serait plus en sécurité si l’Iran possédait l’arme nucléaire. En Egypte, le pays le plus important, ce taux est de 80 %. Et le pourcentage est pratiquement le même ailleurs ». [13] A ce titre, Michel Collon écrit : « Parce que si les peuples peuvent décider eux-mêmes comment utiliser leurs richesses et leur travail, alors les privilèges des corrompus et des profiteurs seront en grand danger ! Pour cacher leur refus de démocratie, les Etats-Unis et leurs alliés agitent dans les médias le péril islamiste ». [14]

Au Moyen-Orient – vu son poids stratégique considérable – le choix politique des Etats-Unis est à coup sûr la répression. Et pour servir cette politique, un Etat-policier devient l’allié privilégié. C’est ainsi que des régimes tyranniques et infâmes sont échafaudés et mis en place. « C’est un outil essentiel de la politique US. Après la Deuxième Guerre mondiale, […] le diplomate George F. Kennan a écrit un article qui allait avoir un impact énorme sur la politique étrangère de son pays. Kennan expliquait que les Etats-Unis représentaient 6% de la population mondiale mais consommaient 50% des richesses de la planète. L’objectif était de creuser d’avantage ce fossé ! Selon Kennan, les droits de l’homme et la démocratie n’étaient pas une préoccupation première pour les Etats-Unis. Mais si un gouvernement révolutionnaire émergeait quelque part et menaçait les intérêts US, Washington devait intervenir en utilisant les droits de l’homme et la démocratie comme prétexte ». [15]

Ici nous rejoignons la position adoptée par le Conseil d’État chinois à propos de la situation désastreuse aux Etats-Unis (sur la base du rapport annuel US sur les violations des droits humains) : « Ce sont les Etats-Unis qui violent le plus les droits humains, aussi bien dans le pays même que dans le reste du monde, et c’est l’une des nations qui garantissent le moins la vie, les biens et la sécurité personnelle des habitants ». [16]

Voyons ce qu’il en est de la démocratie, de la liberté d’expression et des droits de l’homme dans ce pays ? Trois exemples parmi les plus récents indiquent qu’ils sont foulés aux pieds et montrent à quel point le système juridique US est inique et cynique.

Lynne Stewart, enfermée dans une prison effrayante, vit dans sa chair la brutalité d’un pouvoir qui ne respecte plus ses propres lois. Elle est privée de la liberté de parole et du droit d’être jugée publiquement par un jury impartial. Pour quelles raisons ? Elle a été l’avocate admirée des causes les plus radicales (mouvements noirs, groupuscules révolutionnaires). Un jour, elle a pris la défense du chef islamiste Omar Abdel Rahman. Elle est alors accusée de complicité de terrorisme (conformément à la règle bien connue qui dit que l’avocat d’un malfaiteur est un malfaiteur).

Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, a mis les autorités US en colère, en rendant publics des milliers de notes diplomatiques ainsi que des vidéos (notamment sur les guerres en Afghanistan et en Irak) accusant directement les Etats-Unis. Il est poursuivi pour « trahison » et des officiels (en plus d’un éditorialiste connu du Washington Times) appellent même à son élimination physique. Rien que ça !

Quant au jeune Bradley Manning, soupçonné d’avoir transmis à WikiLeaks des milliers de documents secrets, il est maintenu lui aussi dans un goulag, sans ses vêtements et dans un isolement de 23 heures par jour. Aujourd’hui, après plus d’un an, la lente dégradation de sa santé mentale est alarmante (l’isolement solitaire est l’une des pires tortures). [17]

Dans le pays du « rêve américain », l’option fasciste a pris corps ces derniers temps, avec notamment la naissance et l’expansion du Tea Party (parallèlement à l’escalade féroce de la droite en Europe). Et voilà qu’Obama passe pour être « trop intellectuel », pas assez yankee. On voudrait plus de drones, plus de bombes à fragmentation, plus d’uranium appauvri, davantage d’agressivité et d’assassinats commis au hasard…

Tant de conflits, de pilonnages, de saccages et d’injustices… devait-on en arriver là ? A l’heure du capitalisme néolibéral mondialisé, d’un capitalisme prédateur et décadent, d’un système fondé sur les valeurs maffieuses et la rapine… oui, c’est une conséquence logique.

Malgré tout, rien n’est immuable. Ici et là, l’Empire perd du terrain. Il n’est que d’évoquer la montée en puissance de la Chine (notamment sa percée économique extraordinaire sur le continent africain), la volonté d’indépendance des pays comme le Venezuela, le Brésil, l’Inde et la Turquie. En Amérique Latine, les mutations anti-impérialistes ont désormais ouvert la voie en s’inspirant de la résistance héroïque de Cuba. Washington se retrouve sans représentation diplomatique dans trois pays : la Bolivie, le Venezuela et l’Equateur. Au Moyen-Orient, les résistances nationales afghanes et irakiennes mettent visiblement en échec les troupes d’occupation de l’Otan. Les révoltes arabes, en dépit de la contre-attaque insidieuse, ont fini par affaiblir l’impérialisme. Ce revirement est irréversible par essence ; revenir à la situation antérieure d’asservissement et de répression ne me parait pas plausible. On apprend que le peuple égyptien, longtemps anesthésié et humilié sous le régime de Moubarak, manifeste ouvertement son hostilité à l’égard des intrigants étasuniens (très actifs depuis février). Quant à l’Irak, il n’a permis en fin de compte qu’à une seule compagnie US de tirer profit du pétrole – face à celles de la Malaisie et de la Chine (selon Mohamed Hassan).

Les faits donnent à penser que le déclin des Etats-Unis est amorcé et le rapport de la CIA intitulé « Le monde en 2025 » convient qu’à cette date ils ne seront plus les maîtres du monde. Cela n’est donc pas près d’arriver : aujourd’hui, ils se cramponnent à leur « imperial hubris », leur arrogance impérialiste. La première puissance militaire mondiale peut encore frapper. Ne dit-on pas qu’un ours blessé peut faire de gros dégâts (Lode Vanoost) ?

 

Thami BOUHMOUCH
(professeur universitaire, Casablanca).


19/8/2011

http://bouhmouch.over-blog.com/

[1] Cf. William BLUM, http://www.legrandsoir.info/etats-unis-une-incessante-quete-d-amour-et- Juillet 2011

[2] Fidel CASTRO, http://www.legrandsoir.info/Le-meilleur-et-le-plus-intelligent.html Avril 2011

[3] Cf. William BLUM, op. cit.

[4] Michel Chossudovsky, http://fr.sott.net/articles/show/2362-Le-mouvement-de-protestation-en-Egypte- Janvier 2011

[5] Noam CHOMSKY, http://www.legrandsoir.info/La-sauvagerie-de-l-imperialisme-etats-unien-3.html Février 2011

[6] Michel Collon, http://www.michelcollon.info/Le-monde-change-et-nous-avons-un.html Février 2011

[7] Thami BOUHMOUCH, http://www.legrandsoir.info/Israel-la-bride-sur-le-cou.html 1/09/2010

ou : http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Thami_Bouhmouch.010910.htm

ou : http://www.lepost.fr/article/2010/09/16/2223536_israel-la-bride-sur-le-cou.html

[8] Lucio MANISCO, http://www.legrandsoir.info/Que-regardait-Barack-Obama-a-la-tele-la-nuit-de-l-attaque-des-Seals.html Mai 2011

[9] Cf. Mike Whitney, http://blog.emceebeulogue.fr/post/2011/05/14/Ca-alors%2C-quel-culot%21-Hillary-attaque Mai 2011

[10] Mahdi Darius Nazemroaya, http://www.silviacattori.net/article1604.html Mai 2011

[11] Jorge E. Botero (entretien), http://www.michelcollon.info/Les-revelations-de-Wikileaks.ht... Mars 2011.

[12] JPD, http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/archive/2011/03/06/n... Mars 2011.

[13] Noam Chomsky, http://www.michelcollon.info/Les-USA-et-leurs-allies-contre-... Mai 2011. Je souligne.

[14] Michel Collon, op cit.

[15] Mohamed HASSAN (entretien), http://www.michelcollon.info/Entretien-avec-Mohamed-Hassan-O... Février 2011. Je souligne.

[16] Cf. Fidel CASTRO, http://www.legrandsoir.info/Le-Nord-turbide-et-brutal.html Avril 2011

[17] Cf. Claude Jacqueline HERDHUIN, http://www.legrandsoir.info/Le-temps-des-secrets.html Décembre 2010 ; http://blogues.cyberpresse.ca/hetu/2011/03/13/wikileaks-demi... Mars 2011 ; http://www.legrandsoir.info/extreme-malhonnetete-le-guardian... Juillet 2011.

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 17:16

25-43921-225x300.jpgUne vingtaine de femmes sont venues devant le tribunal, au 100 Center Street, pour faire entendre leur désapprobation. Danette Chavis avait apporté sa pancarte fait maison:
   - "Et l''ADN, ça ne sert à rien ?"
    Les manifestantes étaient des responsables d'associations contre la violence sexuelle ou les injustices faites aux femmes. Il y avait aussi une élue de New York et une représentante de NOW (National Organization for Women), la grande organisation féministe qui a lancé une campagne sur le thème "Take Rape Seriously" ("Prendre le viol au sérieux").

    Les femmes pensent qu'en classant l'affaire, le procureur Cyrus Vance prend une décision qui a plus de conséquences qu'il n'y parait pour les New Yorkaises. 
   Décrédibiliser la plainte de Nafissatou Diallo, au motif qu'elle a sous-évalué ses revenus pour conserver son logement social ou qu'elle a donné des versions différentes de ce qu'elle a fait tout de suite après avoir été (selon elle) agressée, est "injuste", a dit Leticia James, membre du conseil municipal.
   - "Is there such a thing as a perfect rape victim" ? a-t-elle demandé ("ça existe, une victime parfaite de viol ?")
    Va-t-il falloir que les immigrées pauvres s'assurent que leurs déclarations d'impôts sont établies dans les règles de l'art pour obtenir justice quand elles seront agressées ? a demandé Leticia James.

    Les femmes ont expliqué que tout ce qui est arrivé à Nafissatou Diallo est assez classique: "tir à vue" sur son passé, son statut, sa réputation, ses fréquentations..
    Pour elles, il n'est pas surprenant qu'une victime fasse des déclarations contradictoires: elle est en état de choc. (à cet égard, la lecture de la motion du bureau du procureur montre ce qui s'apparente à un décalage culturel profond: les enquêteurs relèvent que Nafissatou Diallo pleure avec effusions un jour et le lendemain accueille la même question avec impassibilité)

    Pour Sonia Ossorio, la directrice excéutive de NOW, moins la moitié des viols font l'objet de plaintes. Et 6 % seulement des violeurs finissent par faire de la prison. L'affaire DSK/Nafissatou risque encore de décourager les victimes, a-t-elle dit (en blâmant aussi l'avocat Kenneth Thompson pour des erreurs grossières dans la gestion du dossier).

    Catherine Coswell, de l'Alliance nationale contre les agressions sexuelles, a dit que les fausses accusations de viol sont rares: de 2 à 8 % de toutes les accusations, selon l'Institut de recherche des procureurs américains.

    Et Andrea Plaid de l'association Sister Song a lancé une pétition pour protester contre le traitement par le New York Post, non pas de DSK le "perv", mais de Nafissatou, que le quotidien avait accusée de faire le trottoir.
    La militante a appelé à des excuses publiques du quotidien du groupe Murdoch.  

     Les journalistes américains ont écouté avec beaucoup de sérieux. Il n'y avait pas un journaliste français à l'horizon. On ne saurait mieux illustrer le décalage des préoccupations...

 

http://clesnes.blog.lemonde.fr/2011/08/23/dsk-femmes-en-colere/

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:57

arton6085-fcd22.jpgAlors que certains des responsables des inégalités croissantes et de la mal vie de millions de gens nous font le coup de "on est tous dans le même bateau, le journal Marianne rappelle la liste des plus grosses fortunes de France.

Pas inutile en ces temps où le pouvoir nous prépare une nouvelle cure d’austérité quand la CGT rappelle que ce qui est à l’ordre du jour, y compris pour sortir de la crise, c’est une autre répartition des richesses...


 

 

 

Les riches français seraient prêts à mettre la main à la poche en cette période de crise. Ah bon ? C’est en tout cas la belle petite fable que l’on nous conte depuis que le patron de Publicis, Maurice Lévy, a commis une tribune dans le Monde.


On en verserait presque une larme tellement c’est beau. Non, il faut bien le dire : c’est beau, touchant et même lumineux. Autant qu’une piécette donnée à un mendiant à la fin de l’office. Depuis que Warren Buffett s’est fendu d’une tribune dans le New York Times, l’idée de payer plus d’impôts progresserait aussi, nous dit-on, dans les rangs des Français les plus fortunés. Cela fait suite à une tribune dans le Monde de Maurice Lévy dont les médias se sont emparés. Un texte au travers duquel le président du directoire de Publicis Groupe, président de l’Association française des entreprises privées (AFEP) et proche de Nicolas Sarkozy appelle à « une contribution exceptionnelle des plus riches ». Les journalistes ne retiendront que cette partie du texte. C’est plus… vendeur. Pourtant le reste de la tribune vaut tout autant le détour. Maurice Lévy en appelle également, en échange de cette piécette de plus qu’il serait prêt à donner, à une belle austérité pour l’ensemble des Français. Mais qu’importe. L’opération communication marche à plein régime.

Ils sont forts ces « pétés d’oseille ». Décidément, ils ont toutes les qualités. En plus d’être riches, vous vous rendez compte, ils sont généreux. Les pauvres, eux, il avait raison Ettore Scola, ils sont « affreux, sales et méchants ». Mais pas que. Ils ne sont même pas foutus d’appeler publiquement à payer plus d’impôts. Des fainéants et des radins, ces pauvres. Ils ont tout pour plaire…

Pourtant, à bien y regarder, ils sont peu nombreux les « richards » de France à s’être dit prêts à mettre un peu plus la main à la poche. Il y a bien eu — et c’est peu étonnant — le mécène de la gauche, Pierre Bergé.TF1 et Le Parisien ont bien réussi à dégoter Geoffroy Roux de Bézieux, président-directeur général de Virgin Mobile, pour se dire lui aussi favorable à « une taxation exceptionnelle ». Plus récemment, c’est Michel Pébereau, patron de BNP-Paribas, un autre proche de Nicolas Sarkozy, qui a déclaré à Rue89 trouver « équitable que la fiscalité demande aux plus fortunés un effort plus important qu’aux autres ». Mais au-delà…

C’est pourquoi Marianne2 a décidé de publier la liste des riches qui refusent de payer plus d’impôts. Bon, on vous l’accorde, ça n’est pas tout à fait ça. Il s’agit du début du classement des « plus grandes fortunes de France » du magazine Challenges et qui, semble-t-il, ne se sont pas encore exprimées sur le sujet. Évidemment, on aurait pu appeler une à une ces belles personnes pour savoir ce qu’il en était. On aurait pu faire notre travail en somme. Mais d’une part, c’est très long et nous n’avons pas le temps (et le temps, ces gens-là le savent mieux que nous, c’est de l’argent). D’autant qu’il nous faut bosser dur et efficace en ce moment, parce que le versement du troisième tiers provisionnel approche...

D’autre part, Maurice Lévy l’a parfaitement démontré : si un de ces millionnaires veut payer plus d’impôts, il est parfaitement capable de le faire savoir au pays tout entier. Avec l’aide de médias peu regardants sur les conditions fixés en échange de ce nouvel élan de « générosité ». D’ailleurs, si une des personnes mentionnées ci-dessous, veut voir son nom rayé de la liste, qu’elle n’hésite pas à nous contacter pour nous faire savoir que oui, en cette période difficile, elle aussi est prête à consentir un petit effort fiscal. On sera touché de recevoir de sa part un petit message. Qui sait ? On versera peut-être même une larme.


Les 50 plus grandes fortunes de France :


1) Bernard Arnault / 21 240 M€ / LVMH

2) Gérard Mulliez et sa famille / 21 000 M€ / GROUPE AUCHAN

3) Liliane Bettencourt et sa famille / 17 500 M€ / L’OREAL

4) Bertrand Puech et Famille Hermès / 12 200 M€ / HERMES INTERNATIONAL

5) François Pinault et sa famille / 8 100 M€ / PPR

6) Serge Dassault et sa famille / 7 500 M€ / GROUPE INDUSTRIEL MARCEL DASSAULT

7) Margarita, Eric, Kirill et Maurice Louis-Dreyfus / 6 600 M€ / LOUIS-DREYFUS

8) Alain Wertheimer et sa famille / 4 500 M€ / CHANEL

8) Pierre Castel et sa famille / 4 500 M€ / CASTEL FRERES

10) Vincent Bolloré / 3 800 M€ / BOLLORÉ

11) Jean-Claude Decaux et sa famille / 3 410 M€ / JCDECAUX COMMUNICATION

12) Xavier Niel et sa famille / 3 150 M€ / ILIAD-FREE

13) Emmanuel Besnier et sa famille / 3 100 M€ / LACTALIS

14) Benjamin de Rothschild / 3 000 M€ / GROUPE EDMOND DE ROTHSCHILD

15) Robert Peugeot et sa famille / 2 980 M€ / PEUGEOT SA

16) Ginette Moulin et sa famille / 2 900 M€ / GALERIES LAFAYETTE

17) Jacques Servier et sa famille / 2 800 M€ / LABORATOIRES SERVIER

18) Patrick Ricard et sa famille / 2 600 M€ / PERNOD RICARD

19) Alain Mérieux et sa famille / 2 440 M€ / BIOMERIEUX

20) Famille Courtin-Clarins / 2 350 M€ / CLARINS

21) Familles Coisne et Lambert / 2 300 M€ / SONEPAR DISTRIBUTION

22) Martin et Olivier Bouygues ainsi que leur famille / 2 295 M€ / BOUYGUES

23) Familles Duval et Aubert / 2 190 M€ / ERAMET

24) Pierre Bellon et ses enfants / 2 160 M€ / SODEXO

25) Jacques et Philippe Bouriez ainsi que leur famille / 2 100 M€ / GROUPE LOUIS DELHAIZE

26) Jacques Saadé et sa famille / 2 000 M€ / CMA-CGM

27) Famille Guerlain / 1 915 M€ / CHRISTIAN DIOR

28) Bris Rocher et sa famille / 1 800 M€ / LABORATOIRES YVES ROCHER

29) Romain Zaleski / 1 770 M€ / CARLO TASSARA

30) Jacques Merceron-Vicat et sa famille / 1 585 M€ / VICAT

31) Famille Lescure / 1 570 M€ / GROUPE SEB

32) Familles Beaufour / 1 545 M€ / GROUPE IPSEN

33) Martine Prima et sa famille / 1 500 M€ / PRIMWEST

34) Ernest-Antoine Sellière et famille Wendel / 1 440 M€ / WENDEL

35) Familles Hennessy, Moët et Chandon / 1 435 M€ / LVMH

36) Bruno Bich et sa famille / 1 345 M€ / BIC

37) Jean-Claude Mimran et sa famille / 1 300 M€ / GROUPE MIMRAN

38) Paul-Georges Despature et sa famille / 1 275 M€ / SOMFY

39) Dominique Hériard-Dubreuil et sa famille / 1 220 M€ / REMY COINTREAU

40) Jean-Pierre et Edith Cayard et leur famille / 1 200 M€ / LA MARTINIQUAISE

40) Clément Fayat et sa famille / 1 200 M€ / FAYAT

40) Jean-Pierre Savare et sa famille / 1 200 M€ / OBERTHUR TECHNOLOGIES

40) François Perrodo et sa famille / 1 200 M€ / PERENCO

40) Marie-Jeanne Meyer / 1 200 M€ / LOUIS-DREYFUS

40) Monique Roosmale Nepveu / 1 200 M€ / LOUIS-DERYFUS

46) Nicolas Puech / 1 165 M€ / HERMES-INTERNATIONAL

47) Famille Roquette / 1 100 M€ / ROQUETTE FRERES

47) Jérôme Seydoux et sa famille / 1 100 M€ / PATHE

49) Georges Gaspard et sa famille / 1 000 M€ / LYRECO

49) Edouard Carmignac et sa famille / 1 000 M€ / CARMIGNAC GESTION

49) Philippe Louis-Dreyfus et sa famille / 1 000 M€ / LOUIS-DREYFUS ARMATEURS


Pour voir la suite du classement du magazine Challenges, cliquez ici

 

 


http://www.rougemidi.org/spip.php?article6085


 Marianne2

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:51

Anders-Breivik_0.jpg

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:47

_yeltsinegorbatchevaaaEltsine_et_Gorbatchev.jpgSur les événements du 19 août 1991 en URSS

 

 

Communiqué du Parti communiste portugais (PCP)



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



1. Les événements du 19 août 1991 en URSS, que les apologistes du capitalisme rappellent dans une opération classique de diversion idéologique, ont constitué une tentative désespérée et ratée de la part de hauts dirigeants du Parti et de l’État soviétiques pour empêcher la désintégration de l'URSS, un événement parmi d'autres dans une lutte aiguë qui se jouait alors en Union soviétique pour le sort de ce puissant pays multi-national et de son système socialiste. Il s'agit d'un événement qui a servi alors de prétexte à une violente campagne internationale anti-communiste, campagne qui en plus de viser à l'affaiblissement, la division et la dégénérescence des partis communistes, cherchait surtout à justifier l'ingérence brutale de l'impérialisme dans les affaires internes de l’État soviétique et à apporter une couverture politique et idéologique aux forces contre-révolutionnaires qui, en déchirant la Constitution soviétique, préparaient déjà l'assaut au pouvoir. Assaut qui s'est produit peu de temps après la dissolution et l'interdiction du PCUS et, s'en est suivi de tout un ensemble d'actes violents et criminels, dont le bombardement du Soviet suprême est un exemple particulièrement significatif.



2. Historiquement, ce qui est important, ce ne sont pas les événements du 19 août mais la vive escalade contre-révolutionnaire menée par Eltsine qui, contre la volonté expresse du peuple soviétique – lors du référendum du 17 mars 1991, et en dépit de la confusion déjà bien installée alors dans la société, 76% des soviétiques avaient voté pour le maintien de l'URSS – a conduit au démantèlement de l'URSS et à la destruction de son système socio-économique socialiste. Système qui, en dépit des retards, des erreurs et des déformations qu'il était devenu nécessaire de dépasser, a bien révélé sa supériorité par rapport au capitalisme, a apporté au peuple soviétique de grandes conquêtes et réalisations, a apporté la contribution la plus héroïque et décisive à la défaite du nazisme et du fascisme et a exercé une influence déterminante dans les grandes avancées transformatrices et révolutionnaires du XXème siècle. Sa destruction ne pouvait pas ne pas représenter, comme cela a été le cas dans les faits, de grandes pertes et d'immenses sacrifices pour les travailleurs et pour les peuples d'URSS ainsi que pour les peuples du monde entier.



Avec la disparition du puissant contre-poids que l'URSS et le système socialiste ont représenté par rapport à l'impérialisme et sa politique agressive d'exploitation, et la modification brutale du rapport de forces en découlant, le monde est devenu plus injuste, plus dangereux, plus inhumain.



Vingt ans après, se révèle clairement toute la fausseté et l'hypocrisie des arguments « démocratiques » et « humains » qui ont régi la campagne anti-soviétique et anti-communiste autour des événements du 19 août 1991, fausseté et cynisme que le PCP a dénoncé sans cesse depuis, s'opposant avec fermeté aux opérations de falsification et de calomnie qui visaient, au Portugal, à discréditer, affaiblir et diviser le parti, confirmant et affirmant ses principes et son identité révolutionnaire et exprimant toute sa confiance dans l'idéal et le projet communiste.



3. Il convient de souligner la défaite politique et idéologique de ceux qui ont proclamé alors la « mort du communisme », le « déclin irréversible » du PCP, la « fin de la lutte de classes », la « fin de l'Histoire », en somme, la défaite de l'apologétique d'un capitalisme triomphant et revanchard, prétendant ré-écrire l'Histoire en fonction de son intérêt.



La réalité de la crise profonde dans laquelle le système capitaliste est englué parle d'elle-même. Le capitalisme non seulement s'est révélé incapable de résoudre les problèmes des travailleurs et des peuples, mais il tend à les aggraver considérablement mettant en danger, avec la course au profit maximal, l'agression contre l'environnement et la guerre, l'existence même de l'Humanité. Comme l'a souligné le XVIIIème Congrès du PCP, l'alternative au capitalisme, le socialisme, est plus actuelle et nécessaire que jamais.

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