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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:47

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Déjà qu'à un an ses parents
Poussaient son landau en gueulant
Pour Vanzetti et pour Sacco
Il a grandi sous une banderole
Entre une affiche et un seau d' colle
La moindre manif, il y go
Sacré coco

Soixante-dix piges et des poussières
Qu'il balaie chaque anniversaire
Entre les miettes et les mégots
Comme il dit "J' suis un dinosaure"
On cherchait pas le même trésor
C'est là qu'on n'est pas ex-æquo
Sacré coco

Il dit aussi "Juré, craché !
J' boss'rai pas pour des haricots
Et si ça arrange leurs affaires
Demain pour la classe ouvrière
J' port'rai des godasses en croco"
Sacré coco

Il dit même "Pour les non-voyants
Il faudrait écrire les slogans
En braille sur les calicots"
En classe, il a pas été loin
Mais il connaît sur l' bout des poings
Cézanne, Beethov' et l' père Hugo
Sacré coco

On rentre chez lui sans frapper
Là où c'est écrit "J'aime la paix"
Au trente-six rue des coquelicots
On sirote un alcool de fruits
En rigolant, il dit qu' chez lui
C'est l' temps des cerises en bocaux
Sacré coco

On chante la jeune garde à tue-tête
Quand c'est qu' des fois sous sa casquette
Souffle un vieux coup de sirocco
Et le lendemain, sa gueule de bois
Sûr c'est la faute à Paribas
C.I.A. monopole and co
Sacré coco

Pour la castagne, il crie "D'abord !"
Pour la fiesta, il crie "D'accord !"
Et pour le cul, il crie "Banco !"
Il dit encore "Si il fait froid
Lutte à l'envers, lutte à l'endroit
Se battre, c'est se faire son tricot"
Sacré coco

"Y a pas de sans-culotte au ciel"
Comme il dit "J'suis pas éternel
D'ailleurs, Dieu c'est du rococco
Quand j' s'rai mort, juste un bouquet rouge
Des chansons et des gens qui bougent
Pour qu' le vent reprenne en écho"
Sacré coco

 

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:42

arton14393-a53ae.jpgImaginez une réunion de travail à Hollywood où vous devez vendre votre projet de scénario en dix mots maximum. C’est un film sur la Syrie. A l’instar du projet de film de Kathryn Bigelow sur le raid contre Oussama Ben Laden qui a été annoncé comme « les gentils butent Oussama au Pakistan », l’épopée syrienne pourrait être vendue comme « Sunnites et Chiites se disputent une république arabe ».



Eh oui, encore de la fiction, l’histoire d’un « croissant chiite », de l’isolement de l’Iran et d’agressions de Sunnites contre des Chiites.

Le noyau dur du sunnisme, la maison wahhabite des Saouds, dans une nouvelle démonstration époustouflante d’hypocrisie et de haine tenace envers les républiques laïques arabes, a qualifié le régime baasiste contrôlé par Bashar al-Assad en Syrie de « machine à tuer ».

Il est vrai que la férocité de l’appareil de sécurité d’Assad - qui a tué plus de 2.400 personnes depuis le début des révoltes en mars – n’arrange pas les choses. Mais soi-dit en passant, c’est déjà beaucoup plus que le nombre tué par les forces du Colonel Kadhafi en Libye lorsque la résolution 1973 a été hâtivement adoptée pour autoriser une intervention étrangère. La réponse de Diogène le Cynique à la question « mais que fait l’ONU ? » et la différence de traitement serait que la Syrie, contrairement à la Libye, n’est un pays immensément riche en pétrole et en gaz.

Le régime d’Assad est issue de la branche Alaouite du Chiisme. Pour la Maison des Saouds, cela signifie forcément que des Sunnites se font tuer. Et pour ne rien gâcher, par un régime allié à l’Iran chiite.

Ce qui explique la condamnation par l’Arabie Saoudite, suivie par les royautés du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), connu aussi sous le nom de Conseil de la Contre-révolution du Golfe, ainsi que la Ligue Arabe – une coquille vide manipulée par les Saoudiens. Pour couronner le tout, les richesses de la Maison des Saouds et du Golfe sont activement employées au financement d’un aspect moins présentable des protestations, à savoir la nébuleuse radicalisée de Frères Musulmans/Salafistes/Intégristes.

Par contraste, la seule chose que les manifestants pro-démocratie à Bahreïn ont reçu de la part des Saoudiens et des pays du Golfe a été une invasion suivie d’une répression en bonne et due forme.

Entre en scène la Turquie

La position de la Turquie est plus nuancée. Le Parti Justice et Développement (AKP – en turc) au pouvoir est très majoritairement sunnite. Ils font leur numéro pour amuser la galerie sunnite dans la région. Mais l’AKP sait qu’au moins 20% des Turcs sont des chiites de la branche Alevi, très proches des Alaouites syriens.

Le ministre des affaires étrangères turques, Ahmet Davutoglu – l’auteur intellectuel de la politique « zéro problème avec nos voisins » - a passé cette semaine pas moins de six heures en tête-à-tête avec Assad à Damas. Il est resté très mystérieux lors de sa conférence de presse, en sous-entendant que le régime d’Assad était « entré dans le processus » de mettre fin à la répression et de satisfaire les demandes des manifestants. Assad pouvait répondre que « le processus » était déjà entamé mais que ces choses, comme des élections libres, demandaient du temps.

Davutoglu a dit clairement : « Comme nous l’avons toujours souligné, notre critère principal est que le processus prenne forme selon la volonté du peuple syrien ». Ce à quoi le régime répondait que la majorité du peuple syrien semblait soutenir le gouvernement.

Les propos de Davutoglu semblent impliquer aussi qu’il n’y a aucune raison pour une intervention turque en Syrie tant que Damas se montre raisonnable et arrête de tuer des gens (Assad a admis que des « erreurs » avaient été commises) et lance des réformes. Davutoglu donne l’impression de contredire le Premier Ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a défendu l’idée que la Turquie pouvait « résoudre » le problème syrien.

Pour Erdogan, ce serait sa façon de prouver à l’Arabie Saoudite et au Qatar que le monde arabe devrait adopter le modèle turc – en admettant que l’Arabie Saoudite et le Qatar acceptent qu’Erdogan joue le rôle du Grand Libérateur des Sunnites en Syrie, et paient la facture d’un intervention de l’armée turque. Cette dernière hypothèse paraît bien moins vraisemblable aujourd’hui qu’il y a quelques jours seulement.

Le régime d’Assad a fait ses comptes et a réalisé qu’il ne tombera pas tant que les protestations ne touchent pas la capitale Damas ou la grande ville d’Aleppo – c’est-à-dire tant qu’elles ne touchent pas les classes moyennes urbaines. L’appareil de sécurité et militaire soutient totalement Assad. Les minorités religieuses en Syrie constituent au moins 25% de la population ; elles ont très peur de l’intégrisme sunnite. Les sunnites laïques quant à eux craignent un changement de régime qui verrait l’arrivée au pouvoir des intégristes ou un chaos. Il paraît donc raisonnable d’affirmer que la majorité des syriens soutient effectivement le gouvernement – aussi médiocre et brutal soit-il.

De plus, le régime d’Assad sait que les conditions ne sont pas réunies pour une intervention de l’OTAN et une campagne de bombardement « à la libyenne » en Syrie. Il n’y aura même pas le vote d’une résolution de l’ONU – la Russie et la Chine l’ont déjà clairement fait savoir.

L’Europe se décompose et aura du mal à participer à une nouvelle aventure mal ficelée. Surtout après l’épouvantable spectacle donné par les types du Conseil de Transition qui ont tué leur chef et qui se livrent des guerres tribales au vu et au su de tous – et cette ridicule touche finale de la Grande-Bretagne qui a reconnu les « rebelles » le jour même où ils ont tué et brûlé le cadavre de leur « commandant ».

Il n’y a aucune justification pour une « intervention humanitaire » de l’Occident sous le motif R2P (« responsabilité de protéger ») parce qu’il n’y a pas de crise humanitaire. En fait, la grande crise humanitaire du moment se déroule en Somalie où il y a des craintes d’une « invasion » par Washington ou une tentative de contrôler la Somalie considérée comme un pays stratégique.

Alors l’idée que l’administration américaine puisse changer la donne en ordonnant à Assad de plier bagages n’est même plus envisageable. Et si Assad refuse de partir ? Est-ce que Washington enverrait des drones pour l’assassiner – en prenant comme prétexte le devoir de protéger la population ? Eh bien, le Pentagone peut toujours essayer de le descendre avec le nouveau Falcon Hypersonic Technology Vehicle-2 – le nouveau joujou fait pour « riposter aux menaces partout dans le monde », selon le jargon du Pentagone. Oui mais voilà, il y a comme un petit problème : le prototype hypersonique vient d’être porté disparu quelque part au-dessus du Pacifique.

 

Pepe Escobar

 

 

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MH13Ak01.html

Traduction "Faut-il vraiment que je m’occupe de tout ici ??? dixit Oncle Sam" par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et tensions entre accords de genre habituelles.

URL de cet article 14393
http://www.legrandsoir.info/pourquoi-le-regime-syrien-ne-tombera-pas-asia-times.html
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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:39

arton14379-c9b59.jpgMalgré les efforts que nos politiques déploient actuellement pour nous amadouer, la réponse qui sera apportée à la question que je me posais il y a peu ne fait aucun doute : les pauvres, une fois encore, devront payer. Malgré quelques annonces concernant de nouveaux impôts pour les riches ou la participation “volontaire” des banques aux frais de “gestion de crise”, il apparaît que ce qui nous attend maintenant fera passer le recul de l’âge légale de départ à la retraite pour une broutille : c’est désormais tout le système social français qui se prépare à être démantelé, et avec lui la solidarité envers les plus faibles, les acquis du Conseil National de la Résistance, enfin le contrat social dans son ensemble… En France, mais aussi partout en Europe.

Ce qui est étrange dans tout ça, c’est d’une part le silence des peuples, qui espèrent inconsciemment la remontée de la bourse et la perpétuation de ce système, et d’une autre la précision du timing, qui pousserait presque les mauvais esprits à croire que les mesures proposées ces derniers jours étaient déjà dans les cartons, n’attendant plus que les vacances pour apparaître au grand jour, dans le silence résigné des citoyens qui “ne comprennent rien à ces choses là”.

C’est qu’en quelques jours les choses se sont précipitées, et on nous a très vite sorti quelques mesures dont le fichier national des “profiteurs ’du bas’”, pour traquer les 2 et quelques pourcents de fraudeurs (il faudra payer combien pour mettre ce fichier en place ?), qui plus est accolé à un fichier de fraudes des entreprises (les petites hein, pas les grosses, légalement dans des paradis fiscaux) ; comme si les sacrifices qui seront réclamés au peuple devaient s’arrêter là…

Mais bien sûr tout cela n’est que poudre aux yeux : en réalité, c’est toute la solidarité, celle qui faisait il n’y a pas si longtemps encore la fierté de la France, qui s’apprête à disparaître dans le gouffre de la crise. Si on se penche un peu sur la proposition d’inscrire dans la Constitution la fameuse “règle d’or” économique empêchant les déficits futurs, on s’aperçoit qu’elle n’est rien de moins quel’arrêt de mort de l’Etat social, remettant en cause toutes les subventions accordées aux plus démunis (associations de bénévoles, réinsertion, prévention, aides sociales…) de manière définitive. Et si on ajoute à cela les dispositions imposées par la BCE à l’Espagne et l’Italie, on comprendra aisément que le pouvoir politique (ceux qu’on a élu !) ne contrôle plus grand chose…

Si on s’appuie sur ces éléments pour tenter d’appréhender les conséquences de la crise sur les populations, il apparait alors que les réformes en projet les toucheront directement dans leur vie quotidienne, et contribueront à l’énervement des liens sociaux, déjà fragilisés par une situation difficile : le climat social, en France comme ailleurs, risque alors de se tendre encore, et on ne saurait exclure totalement la possibilité d’une montée de la colère de la part des plus démunis.

Les “émeutes” en Angleterre ne seraient-elles pas d’ailleurs le symptôme d’une maladie pourtant bien connue, la misère ? La misère qui engendre la colère et la violence, comme on l’a vu déjà en Tunisie, en Egypte ou ailleurs, et qui parfois dégénère même en mouvement de révolte contre un gouvernement trop injuste… et souvent trop prompt à la répression.

C’est là qu’il s’agit de remettre les choses en perspective : car si les réformes prochaines exigées par le pouvoir financier sont effectivement mises en place par le pouvoir politique, alors il faudra s’attendre à la multiplication des violences comme à celle des “réactions” à ces violences, du fait même de la misère “logiquement” engendrée par ces réformes. C’est même à cette éventualité que nos gouvernants semblent aujourd’hui se préparer, comme on l’a vu ces derniers jours en Angleterre, et comme le prouve l’incroyable hypocrisie autour des réseaux sociaux dont « lemonde.fr » nous fait écho à travers deux articles publiés à trois jours d’intervalle (voir “ici“ et “ici“ ) : échaudés par les « révolutions arabes », internet (le seul média fédérateur susceptible de conduire à l’organisation unie d’un mouvement contestataire de grande ampleur) est la principale cible à laquelle s’attaqueront les gouvernants pour empêcher les révoltes de se transformer en révolution.

Cet exemple est également à mettre en relation avec les pourparlers actuels sur la « gouvernance européenne », car les tensions sociales qui s’ajouteront aux tensions économiques rendront certainement cette option inévitable :le « coup d’Etat » pour la prise de pouvoir de l’ensemble de l’Union européenne par le couple franco-allemand sera alors pleinement justifié, comme la fameuse « lettre ouverte » du président nous y préparait déjà il y a quelques semaines, réclamant dans celle-ci une sorte « d’union sacrée » destinée à mettre en place cette nouvelle gouvernance.

Peu à peu, on le voit bien, se dessinent les contours de cette nouvelle gouvernance (dont la crise se trouve finalement être l’élément “déclencheur”), qui fondée sur de telles bases ne laisse présager rien de bon. Car une fois cette nouvelle gouvernance engagée, il deviendra alors difficile de se séparer du joug qu’on nous aura imposé.

Si on imagine maintenant que ces mesures drastiques ne suffisent pas , on pourrait même envisager (pour les plus pessimistes) l’instauration d’une sorte « d’état d’urgence » destinée à « lutter contre les violences » qui ne manqueraient pas de se produire alors, ce qui nous conduirait à subir un régime qui n’aurait désormais plus rien à envier à ceux qui étaient encore il n’y a pas si longtemps (avant de devenir des tyrans sanguinaires) des amis fidèles…

Mais dans ce cas-là, qui les empêcheraient alors de réprimer leurs opposants ?

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

URL de cet article 14379
http://www.legrandsoir.info/jusqu-ou-la-crise-peut-elle-nous-mener.html
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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:34

Pernaut-Youtube-69b53.jpgLe 17 juillet 2011, un article de Bastien Hugues et Raphaël Godet, intitulé « Jean-Pierre Pernaut, vingt-trois ans d’une certaine idée de l’info » est publié sur Rue 89. Pour illustrer cet article, une vidéo est postée sur YouTube. Quelques temps après, elle disparaît pour cause d’atteinte aux droits d’auteur. Ou pour crime de lèse-TF1 ?

L’article de Rue 89 se propose d’analyser quelques « recettes » du succès de JPP, dont le 13 heures est regardé quotidiennement par « 7 millions de Français » : « La première : donner la priorité à l’information "heureuse". (...) L’autre secret de Jean-Pierre Pernaut pour rendre son JT plaisant, c’est d’avoir su construire un réseau de dix-neuf bureaux en régions pour dénicher "les plus beaux coins" et "les événements les plus sympathiques" de notre pays, une fois l’information "obligatoire" traitée ». Enfin, notent les deux journalistes, « depuis son arrivée en 1988, Pernaut a toujours refusé de lire un prompteur, comme le font tous ses semblables. Lui préfère suivre ses fiches, et souvent s’en détacher pour commenter les sujets diffusés : rencontres "sympathiques", reportages "formidables", images "superbes"… En dépit d’un vocabulaire finalement assez pauvre, rien n’est trop beau aux yeux de Pernaut ».

A l’appui de cette critique, une vidéo, intitulée « Pernaut au pays des merveilles », proposait donc un montage ludique et critique des extases de Jean-Pierre Pernaut.

On ne se moque pas impunément de Jean-Pierre Pernaut, star du journalisme dégoulinant. Les images, toutes les images produites par TF1 sont la propriété de TF1. Aucun droit de citation ne sera toléré, foi de marchand de Coca Cola ! Aucune critique en images ne sera autorisée, Ventre Saint-Bouygues !

 

Cet exemple n’a rien d’exceptionnel. TF1 censure, censure, censure… toutes les vidéos postées sur YouTube, même quand elles ne sont que des citations. YouTube, évidemment, se soumet ! La vidéo est encore disponible sur dailymotion, mais pour combien de temps ? Dans le doute, nous la reprenons ici pour qu’elle reste, si ses auteurs en sont d’accord, à la disposition de tous.


Mais Youtube s’est soumis. Et pourtant... Pourtant, la bataille était loin d’être perdue d’avance. Une bataille d’importance, car comme le note Christophe Del Debbio « le problème qui se pose, c’est de pouvoir faire de la critique des médias sans montrer d’extraits vidéo ». Et le même de conclure « qu’il faut différencier les montages vidéos critiques et la simple reprise d’extraits TV, comme le font FullHDReady ou Fred-Lille. Ces extraits sont bien sûr sélectionnés par ces blogueurs, donc avec une intention derrière, mais l’utilisation d’extraits TV pour faire une démonstration, dénoncer des contre-vérités, rappeler ce qui a été dit en confrontant les archives, ou insister sur la répétition et le conditionnement du téléspectateur, c’est faire oeuvre de salubrité publique, par l’éveil des consciences et le développement de l’esprit critique, notamment chez les plus jeunes. C’est peut-être ce que certains médias, dont TF1, veulent éviter. »

De solides arguments pourraient en effet permettre de renvoyer TF1 dans ses cordes. Comme le rappelait par exemple Numérama, « en principe, les images du JT sont la propriété de TF1, et il est interdit de les exploiter sans l’autorisation de la chaîne. Mais le Code de la Propriété Intellectuelle, pour ajouter un peu de souplesse à un droit d’auteur qui serait sinon trop étouffant, a prévu des exceptions. Notamment à l’article 211-3 du CPI, qui interdit d’interdire "la parodie, le pastiche et la caricature, compte tenu des lois du genre". Difficile de nier que le montage fait oeuvre de caricature. »

Mais c’est surtout un autre paragraphe du même article du CPI, encadrant le droit de citation, qui paraît s’appliquer ici. Cette disposition, qui concerne Acrimed - et toute critique des médias - au premier chef, mérite d’être citée et connue : le Code de la Propriété Intellectuelle stipule en effet que l’on ne peut interdire « les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre à laquelle elles sont incorporées" ». C’est d’ailleurs cet argument que retient l’auteur de la vidéo, selon un second article de Rue 89 qui revient sur cette censure, publié le 28 juillet : « Plus qu’une parodie, ma vidéo est un montage journalistique, au contenu critique et pédagogique ». Difficile de ne pas en convenir. Mais YouTube, qui a sans doute d’autres priorités, a obtempéré sans même livrer bataille.

Quant au CSA, qui dort encore plus profondément pendant l’été qu’en toute autre saison, nous attendrons la rentrée pour le saisir de ces atteintes répétées au droit de citation et à la liberté d’expression.

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:28

allain-leprest-6102.jpg-6102-556x556.jpgLe chanteur, âgé de 57 ans, s’est suicidé, à Antraigues, le village où Ferrat, son ami et son mentor, avait posé son baluchon. Jack Dion, qui le connaissait bien, évoque son itinéraire.

L’une des dernières chansons écrites par Allain Leprest portait un titre énigmatique tendance surréaliste : «Donne moi de mes nouvelles». La formule était prémonitoire. En effet, le chanteur, âgé de 57 ans,  s’est suicidé, à Antraigues, le village où Ferrat, qui fut à la fois son ami et son mentor, avait posé son baluchon. C’est le genre de nouvelle que l’on redoutait mais que l’on n’aurait jamais voulu apprendre.


A l’instar de son prénom, Leprest avait deux ailes. L’une le propulsait vers les hauteurs de la création, là où il cohabitait avec les plus grands. L’autre le tirait en permanence vers le néant, d’où il revenait avec des textes magiques et des formules ciselées comme des diamants. Avec le temps, l’alcool, la maladie, l’angoisse, les désillusions de tous ordres, les retours se faisaient plus difficiles, les remontées à la surface plus rares, les rémissions plus fragiles. Comme il disait si bien dans « Bilou » (1986) : « Le bonheur sur ta peau a retourné sa veste ».

Ainsi s’en va l’un des chanteurs phares de notre époque, qui n’aura jamais eu la reconnaissance qu’il méritait. Il aura fallu attendre (trop) longtemps pour que ses pairs découvrent que ce natif du Cotentin émigré à Ivry la rouge (sa couleur préférée) était l’un des paroliers les plus doués de notre époque. Il écumait pourtant les planches depuis déjà belle lurette. Mais quand un artiste n’a pas les honneurs des médias dits grands, à commencer par cette foutue télévision, il en est souvent réduit à remonter son rocher, tel Sisyphe.
 
Voilà pourquoi Leprest est resté si longtemps dans l’ombre, alors qu’il méritait amplement la lumière du succès. Il me souvient l’avoir applaudi vu en 1992 au théâtre Clavel, dans le 19ème arrondissement de Paris, quand il lança « Voce a mano », accompagné de Richard Galliano à l’accordéon, devant un public qui se comptait sur les doigts des deux mains. Pourtant, il était déjà au sommet de son art, avec des chansons où chaque mot était pesé au trébuchet, où chaque formule faisait mouche, où chaque refrain tapait juste.
 
L’homme n’avait pas son pareil pour conter la difficulté des destinées populaires, l’injustice de ce vieux monde qu’il a toujours combattu poing levé mais cœur en bandoulière, lui le communiste pur et dur capable de s’émouvoir pour un rien. Nonobstant les contre-pieds de l’histoire, il croyait aux lendemains qui chantent, ce qui est normal pour un chanteur. Tous ceux qui l’ont fréquenté étaient estomaqués de sa facilité d’écriture, qui tenait de la fulgurance. Vous le quittiez à la table d’un bar (un lieu qu’il fréquentait beaucoup) et quand vous le retrouviez, il avait écrit un texte sur un bout de menu, avec la facilité d’un Picasso dessinant une colombe sur une serviette de table.
 
De Francesca Solleville à Juliette Gréco, nombre d’artistes ont pu profiter de cette manne créatrice, ce qui lui valut une reconnaissance tardive des professionnels de la profession, comme on dit. En revanche,  il n’a jamais eu le public qu’il méritait en raison du cordon de sécurité installé autour de lui par les Majors du business.
 
Pourtant, le grand Allain n’en a jamais ressenti la moindre acrimonie. Il savait qu’il est une forme d’engagement qui conduit quasi automatiquement au black out. Pour un Ferrat (et encore, ce fut difficile) combien de chanteurs oubliés ? Leprest était de cette dernière catégorie, malgré l’honneur (et le bonheur) de voir certains de ses succès repris par de jeunes interprètes (comme Olivia Ruiz) ou d’autres, moins jeunes mais tout aussi talentueux (comme Romain Didier, Jacques Higelin, Enzo Enzo, ou Nilda Fernandez).
 
On ne verra donc plus le visage torturé d’Allain Leprest, sa gestuelle de mime. On n’entendra plus sa gouaille de titi parisien, sa voix éraillée, ses coups de gueule permanents. Dans l’un de ses refrains, il disait : « Chanter, chanter des fois ça m’fout l’cafard ». Ne plus l’entendre chanter, aujourd’hui, c’est ça qui fout l’cafard.
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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:25

ujfp-logo.gifLe Mouvement a surpris dans une société rendue muette et immobile par des années de formolisation, et c'est un véritable soulagement de réaliser qu'elle est vivante et capable de secouer sa léthargie.
Lors de la manifestation des 150 000 du 30 juillet, Gideon Levy écrivait déjà qu'il n'y avait pas eu de manifestation de cette ampleur depuis celle de... Sabra et Chatila.

La société israélienne se mobilisant massivement depuis des années plutôt pour des commémorations comme lors de l'assassinat de Rabin, que pour des revendications. Les grandes manifestations revendicatives de ces dernières années, souligne Michel Warschawski de l'AIC, sont celles des colons et des orthodoxes à Jérusalem.
L'espoir d'un changement est donc permis. On ne peut que s'en réjouir mais il semble qu'au delà des revendications sociales fortes engagées contre la politique néolibérale, les éléments nécessaires à un réel changement ne soient encore présents qu'en germes dans une société bridée depuis des années autour de la sécurité et d'une vision close d'Israël isolé dans une région hostile. Cependant là aussi il y a mouvement, mais plus lent, presque souterrain mais affleurant parfois la surface avec prudence. Tout le monde semble ici mesurer les risques d'explosion du mouvement dans sa globalité, et d'un repli consécutif d'autant plus rigide.
Car il y a des tyrans non moins persécuteurs et dangereux que Ben Ali, Moubarak, ou même El Assad, et tout aussi difficiles à combattre. Ceux-là, le peuple les a toujours détestés depuis la prison ou la rue, alors que la sécurité nationale condition de la survie pèse comme une chape de plomb obligée et assumée par tous dans un consensus de béton depuis la fondation de l'Etat. Quant au néolibéralisme, ici comme ailleurs des années de martèlement médiatique et politique ont ancré dans les esprits qu'il est l'unique système viable pour les sociétés humaines. Comment haïr et renverser ce qui est la seule option ? A cet égard il faut noter les pathétiques efforts des médias politiques israéliens pour maintenir à tout prix le débat autour du tout économique libéral comme seul ordre du jour acceptable. Le mot économie prononcé toutes les minutes dans tous les débats traduit la volonté de traiter toute la revendication dans cet unique cadre. Il s'agit, résume un des experts économistes (et ils sont à l'honneur), de revenir d'un libéralisme de monopole à un libéralisme de concurrence!
Shelly Yakhimovitch, représentante et peut-être future candidate du parti travailliste en déroute depuis les dernières élections, explique que « riches comme nous sommes, arrivant en tête pour tous les critères de l'OCDE, nous avons les moyens de revenir à la social démocratie ». Enthousiasmant programme !
Et en fait tout cela concorde : la dénonciation du néolibéralisme est catégorique et radicale ; les gens qui s'expriment sur les places et devant les campements reprennent tous la litanie des privatisations, déréglementations et baisse de pouvoir d'achat; mais ils disent aussi qu'ils ne veulent plus vivre ainsi, qu'ils veulent vivre autrement, et cela ne peut se résumer à des changements économiques. Le slogan majeur, absolu, est partout : le peuple veut la justice sociale. Partout le mot révolution est repris dans les manifestations. Les aspirations semblent être bien plus grandes que ce qui peut être exprimé.

Un peuple entier réclame un avenir !

C'est l'un des slogans lus et entendus sur l'esplanade Rothschild, rebaptisée par un panneau : ici place Tahrir, avec en sous-titre : « Netanyaou , Moubarak t'attend ! » (au tribunal ; ndlt). Ce slogan contient à lui seul beaucoup des questionnements et paradoxes qui traversent ce mouvement. Que recouvre l'expression « un peuple entier » ? Quel sens donner au terme « avenir »? Question d'autant plus chargée que ce slogan actualise en écho celui scandé il y a bientôt trente ans par les masses de feu La Paix Maintenant dissoutes par et dans l'échec de Camp David 2 : un peuple entier réclame la paix. Le même peuple dans la rue ne dit plus un mot de la paix, pourtant quelques frémissements indiquent que le thème n'est pas loin des pensées, mais si brûlant et gros de risques que l'on préfère se taire. C''est même dit-on une décision assumée par les leaders du mouvement.

Le cinéaste israélien Eyal Sivan me faisait remarquer dans la manifestation du 30 juillet le petit nombre de drapeaux israéliens, beaucoup beaucoup moins disait-il que dans n'importe quelle manifestation de Shalom Archav. Effectivement quand on connaît le rôle du drapeau ici, présent sur les toits, les balcons, les jardins, les magasins, les voitures, sur un nombre incalculable de lieux publics et privés, cela ne laisse d'étonner et de recentrer. Cette revendication se veut sociale et non nationale. Ce qui constitue en soit une brèche dans le consensus. C'est ce qu'exprime Shira Ohayon, représentante des mères célibataires à la grande tribune de Tel Aviv lors de la manifestation des 350 000 en point d'orgue de son intervention (1) par ces mots : nous n'avons aucune sécurité dans ce pays! Et ces paroles reçues 5 sur 5 par la foule qui hurle sonnent comme une menace et un rappel : le terme sécurité ici est posé durement en contrepoint de l'autre sacro-sainte devant laquelle tout doit se taire et reculer.
Sécurité sociale contre sécurité nationale? C'est précisément le piège à éviter pour la majorité des manifestants... de gauche.
Quasiment toutes les prises de paroles des acteurs du mouvement commencent par : « moi citoyen-citoyenne qui paie des impôts et ai servi dans l'armée... ». La revendication semble ne pouvoir légitimement s'exprimer qu'à partir de cette référence au consensus.
La gauche sioniste comme la droite jusqu'à l'extrême droite s'emploie elle à rappeler de façon incessante le consensus sioniste. Le représentant de la très sioniste Union des Etudiants sera le seul des leaders du mouvement à évoquer le sionisme dans son discours et monter sur la tribune lors de la manif des 350 000 en portant le drapeau d'Israël. A cet égard, le communiqué de LPM France transmet clairement le message en France :
« ...Une part grandissante de la population israélienne prend conscience du fait que les réformes ultra-libérales menées par les différents gouvernements depuis le début des années 2000 sapent l'un des piliers du sionisme : la justice sociale. »
Sans commentaire!

Lors de la manifestation du 6 août, nombre des interrogés, manifestants ou artistes et personnalités, prendront sèchement leur distance vis-à-vis de la sacro sainte sécurité nationale, prétexte disent-ils à faire tout avaler au peuple. Le très politique comédien Moshe Ivgui donne le ton. Il indique même qu'il craint comme beaucoup que l'on n'hésite pas à provoquer des incidents frontaliers ou des événements concernant la sécurité pour éteindre le feu du mouvement social. Effectivement les tirs sur la frontière libanaise d'il y a quelques jours ont donné lieu à cette interprétation : c'est Bibi qui aurait provoqué l'incident pour ramener sur le terrain où l'on ne peut que se taire : celui de la sécurité nationale.
Une promenade de fin d'après midi sur le terre plein du boulevard Rothschild, le lendemain des premières propositions de B. Netanyaou. La pancarte du jour ? « BIBI: Trop peu ! Trop tard ! »
Un groupe d'extrême droite religieux avec kippas, drapeaux israéliens brandis, surgit soudain et parcourt le boulevard en défilé martial en scandant bruyamment : « Am Israël Haï » (Le peuple d'Israël vit) et « Mi ani… Tsioni » (Qui suis-je... sioniste!). Regards ironiques ou mécontents, mais pas ou peu de frictions. Ce sont sans doute les mêmes qui sont venus quelques jours plus tôt arracher le drapeau palestinien sur « La tente 1948 », l'unique du boulevard, que je découvre au milieu des autres avec les inscriptions : « Il y a aussi des arabes qui vivent ici », « Destructions de maisons, expulsions, confiscations ».
Et plus loin un autre rappel sur une autre tente : « justice pour touuuuuus ! » Référence au discours de la victoire électorale de Barak en 1999 : « je serai le premier ministre de touuuuus ! » (le couuuuulam!) Là, c'étaient les juifs orientaux qui s'étaient sentis exclus...


Question : qui est incluse dans ce touuuus ? Pour certains ne pas oublier les juifs orientaux, pour d'autres les femmes, les religieux, les colons (2), les classes les plus pauvres de la société israélienne qui ont beaucoup de mal à rejoindre le mouvement et être entendues. Touuuuuuus sauf... ceux qui n'ont aucune possibilité de faire partie du consensus sioniste et pour cause ! Ceux qui ont des problèmes de logement depuis au moins 1948. Ceux-là sont reconnus à la marge seulement, dans les groupes communistes, ceux dits d'extrême gauche, et quelques groupes progressistes. Pourtant, de Haïfa le 30 juillet des amis m'appelaient depuis la manifestation; alors que j'exprimais ma tristesse de ne pas voir d'arabes à Tel-Aviv dans les cortèges immenses, eux manifestaient avec des Palestiniens de Haïfa avec des slogans contre l'occupation.
La frustration est grande dans le collectif arabe : Abir Kopti l'analyse avec beaucoup de justesse dans son article intitulé "Tente 1948" (http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10945).
Keefah, une amie palestinienne de Haïfa qui travaille dans un ministère à Tel Aviv, seule arabe sur 200 employés qui pour la plupart me dit-elle n'avaient jamais adressé la parole à un arabe auparavant, tente de traduire ses sentiments : nous, ça fait des années qu'on demande la justice sociale! Et on en a marre d'être seuls. Si cet Etat parvenait réellement à être celui de tous ses citoyens, traités à égalité, je n'aurais pas de problème à ce qu'il s'appelle Israël. Pourtant je reconnais que cela a bougé; j'entends les gens parler à mon travail et poser la question : à quoi leur sert un Etat juif et le sionisme s'il ne leur garantit pas une vie décente ?
Les Palestiniens d'Israël savent mieux que quiconque ce que peut coûter de violence un forcing sur cette question. Ils sont témoins d'un mouvement qui n'a pas les moyens de poser les vraies questions, d'inclure toute la population, et donc d'être révolutionnaire. Même si le slogan « Ma'apeha » (Révolution) résonne partout dans les cortèges.
Lin Chalozin, de Tel Aviv, m'a cependant reprise dans une conversation sur l'avenir du mouvement, « ce qui compte n'est pas ce qui sera, mais ce qui est, ici et maintenant, et c'est une formidable école de pensée politique et de démocratie directe ».

Il n' y a pas de peuple israélien, c'est un fait, tant qu'une partie de sa population est exclue du collectif national sur des critères ethniques, et ne bénéficie pas de tous les droits de citoyen à part entière. Il ne peut y avoir dans ces conditions qu'un peuple juif, une partie du peuple juif installée sur la terre de Palestine.
Le mouvement élude là aussi largement cette question, à l'exception de la droite et de la gauche sioniste travailliste pour qui il s'agit toujours – tout en refusant de « faire de la politique » pour ne pas rompre l'unité – d' imposer le consensus sioniste fondateur comme plancher de la revendication sociale. Et bien sûr cela n'est pas politique ; ça, c'est la norme! Pourtant le mouvement s'est placé d'emblée dans les pas de la Place Tahrir, et lorsque Yeouda Poliker doit clore la manifestation du 30 juillet par La Tivka (l'hymne national juif israélien) il chante un morceau de sa composition sur un nouveau Moyen Orient...
Michel Warschawski soulignait aussi les convergences avec la plateforme des forums sociaux mondiaux, « nous ne sommes pas des marchandises, un autre monde est possible ». Ce mouvement, parce qu'il est dans l'impossibilité de s'interroger ouvertement sur le sionisme, et l'inégalité structurelle et la guerre permanente qu'il implique, ne peut articuler aujourd'hui sa revendication sociale pour touuuuute la classe moyenne juive, et un autre monde possible auquel il aspire, où la justice sociale passe par l'égalité de tous, et l'amorce d'un véritable processus de décolonisation au sens le plus large du terme. Un peuple entier réclame un avenir!

1) voir ci-dessous le texte intégral de l'intervention de Shira Ohayon Tel-Aviv 6 août

2) A ce propos, un autre passage du communiqué de LPM France mérite notre attention :
Les places des villes à travers tout le pays se couvrent de « campements de tentes », s'inspirant de l'exemple de la place Tahrir; pour protester contre les hausses de prix, mais également pour dénoncer l'appauvrissement des classes moyennes, la destruction des services publics et la priorité donnée, pour des raisons idéologiques et électorales, aux habitants des implantations de Cisjordanie et aux ultra-orthodoxes...
Petit paradoxe cependant lorsque ces derniers rejoignent le mouvement contestataire. Et petit problème aussi si l'on considère l'extrême pauvreté qui sévit notamment dans les familles orthodoxes victimes elles aussi du néolibéralisme (cf. article du Manifesto sur l'exploitation de ces familles prolétaires à Modi'in : Le Grand soir (http://www.legrandsoir.info/Moyen-Age-hi-tech-a-Modi-in-Illit.html), et aussi « La Cisjordanie, nouveau ‘Far Est’ du capitalisme israélien » par Gadi Algazi, Le Monde diplomatique, octobre 2006.

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Annexe :
Cet appel ne lâchera pas - Le peuple veut la justice !
Shira Ohayon : discours de la manifestation de Tel Aviv samedi 6 août 2011
traduit de l'anglais par Michèle Sibony

Bonsoir à tous mes frères et soeurs de la protestation, les héros et les héroïnes de la révolution. Je m'appelle Shira Ohayon, mère célibataire née à Dimona, j'habite un appartement loué à Ashdod, et je milite dans la lutte des travailleurs et musiciens du Nouvel Orchestre Andalou contre la fermeture de ce lieu. Je suis professeur et éducatrice en Israël

Aujourd'hui je suis venue vous dire au nom de mes soeurs des quartiers pauvres des villes et des villages à travers le pays, que je suis écoeurée et fatiguée! Nous sommes fatiguées de cet Etat qui nous frappe encore et encore : parce que nous sommes des femmes, parce que nous sommes des mères célibataires, parce que nous sommes des Orientales (juives issues du monde arabe ; ndlt), parce que nous vivons dans les banlieues et les villes, parce que nous sommes des professeurs, des artistes, parce que nous parlons notre langue maternelle l'arabe, et cette fois parce que nous nous levons pour protester contre le brutal système capitaliste qui a fait de nous des pauvres, des sans emploi, des sans domicile, qui a piétiné notre dignité. Nous ne sommes ni des enfants gâtés ni des parasites ! Tout ce que nous demandons est de vivre dans la dignité et d'avoir un avenir à offrir à nos enfants.

Nous n'avons pas de sécurité dans l'Etat d'Israël, la Sécurité commence à la maison – avec un logement, avec un emploi stable, avec la santé, l'éducation, des services sociaux, aussi avec la culture. La Culture n'est pas un luxe, les artistes crèvent de faim dans l'Etat d'Israël.
Depuis des années nous sommes séparés par des barrières et des murs faits aussi bien de béton que de haine et de racisme, et nous nous prenons à la gorge et nous battons pour les miettes des miettes que nous ont laissées les Tycoons après avoir accaparé toutes les ressources du pays.

Toute ma vie j'ai nagé contre le courant. Avec mes frères et soeurs du mouvement Ahoti (Ma soeur) j'ai lutté pour les femmes d'Israël, pour une éducation de qualité pour les résidents des quartiers défavorisés des banlieues et des villes, pour des enseignants de qualité, pour les droits des mères, pour les droits des artistes créateurs, et pour une juste attribution des logements, de la terre et des ressources culturelles.

L'Etat d'Israêl ne nous donne pas de sécurité, à aucun d'entre nous. La sécurité commence à la maison : logement, emploi stable, santé, éducation et services sociaux, et aussi culture.
J'ai payé et paye encore un douloureux prix personnel. Pour la première fois de ma vie je me retrouve nageant avec le courant. Avec l'aide de Dieu, avec ce merveilleux flux de solidarité, de fraternité et de sororité, qui déferle sur tout le pays, d'Eilat à Dimona, de Baka et Nazareth à Kyriat shmone, exigeant une réelle correction des erreurs et des abus. Nous devons une grande gratitude aux initiateurs révolutionnaires Daphne Leaf , Stav Shafir, et leurs amis, qui ont fait sortir les masses de citoyens vers les tentes et les places publiques et nous ont donné, à nous, la majorité dans ce pays, la possibilité de crier notre douleur, de parler des blessures et des inquiétudes, et de lutter ensemble pour l'espoir, pour apporter un changement.

Même les résidents des banlieues pauvres du sud de Tel Aviv, Shapira et Newe Shanaan, et Kfar Shalem et Hatikva et Jaffa, sont là pour protester et crier et hurler contre les négligences et l'abandon depuis des années, comme les résidents du Nord de Tel Aviv (quartiers plus riches ndlt).
pas de paix sans égalité! disaient les Black Panthers qui ont initié la culture de protestation et l'appel à la justice sociale en Israël.

Aujourd'hui nous sommes tous ici, hommes et femmes, Juifs et Arabes, Ashkenazes et Sepharades, nouveaux immigrants et anciens israéliens, religieux et séculiers, résidents du Sud, du Centre et du Nord, esclaves migrants et réfugiés, tous ensemble, unis et déterminés à restaurer la souveraineté de ce pays pour nous, ses citoyens. Une justice sociale et distributive – nous ne ferons de compromis pour rien de moins. Nous avons atteint le point de non retour. De la Révolution on ne peut revenir en arrière, jusqu'à ce que nous changions le système et atteignions l'égalité totale. Quel que soit le genre, la religion, couleur, origine, nationalité ou orientation sexuelle. Nous sommes tous des êtres-humains, des citoyens égaux; ni des esclaves ni des sujets soumis!

Monsieur le premier ministre, nous en avons assez de la politique capitaliste extrémiste que vous avez instituée. Vous avez réduit l'imposition des barons du capital, dont l'avidité est insatiable, et vous avez réduit ou supprimé les services sociaux, l'éducation, la santé ! Nous sommes ici pour vous dire cette nuit d'une voix forte et claire : Cà suffit! Le peuple veut une autre voie! Le peuple veut la direction opposée! Le peuple veut la justice!
Votre gouvernement s'est désengagé envers le peuple. Mais ne vous y trompez pas: le peuple ne lâchera pas. Cet appel ne lâchera pas : Oui le peuple veut la justice sociale!

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Published by valenton rouge - dans Palestine libre
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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:21

NOM-mde-ds-main.jpgFace à la catastrophe annoncée et confirmée par la folle journée de ce mercredi (lire ici
l'article de Martine Orange), nous avons rendez-vous avec l'histoire. Car la crise actuelle ne
résulte pas d'une inévitable fatalité économique ou d'une éphémère folie financière. Elle est la
conséquence de politiques socialement criminelles, mensongères et amorales, qui, si elles ne
sont pas défaites par les peuples, entraîneront nos sociétés dans une spirale de violences.
Aussi est-il temps d'imposer des solutions s'attaquant à la racine du mal : réalistes parce que
radicales.
Il y aura bientôt trois ans, le 25 septembre 2008, ces solutions étaient évoquées par un
orateur, indigné devant ce que révélaient, avec le scandale des subprimes, les débuts de la
crise qui, aujourd'hui, s'approfondit. Ce n'était alors que refrains sur ces spéculateurs impunis,
ces banques avides, ces financiers rapaces, ces Etats impuissants, ces idéologues
complices, cette misère sociale, ces injustices croissantes, ces escrocs mondains – l'affaire
Madoff allait bientôt éclater –, bref, cet argent fou devenu tueur en série lâché sur le monde,
détruisant ses richesses humaines et naturelles, premier ennemi du genre humain et de sa
terre nourricière.
C'était en France, à Toulon, et l'orateur tenait à « dire la vérité aux Français », et notamment
cette vérité première : « L'idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle ». Et il
ne cessait de la marteler, en lisant son discours écrit par l'un de ses conseillers. Nos lecteurs
nous pardonneront la longueur de la citation, justifiée par la gravité de l'heure tant ces mots
bruyants d'hier résonnent aujourd'hui bizarrement, dans le silence feutré des conversations
téléphoniques et des communiqués lénifiants qui, trois ans après, tiennent lieu de réactions
officielles à une crise historique de nos économies. Informer, c'est aussi, sinon d'abord, se
souvenir. Ne pas perdre la mémoire. Se rappeler les engagements pris. Ne jamais croire sur
parole et, toujours, mettre en perspective. Voici donc...
« Au fond, c'est une certaine idée de la mondialisation qui s'achève avec la fin du capitalisme
financier qui avait imposé sa logique à toute l'économie et avait contribué à la pervertir. L'idée
de la toute-puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune
intervention politique, cette idée de la toute-puissance du marché était une idée folle. L'idée
que les marchés ont toujours raison est une idée folle. Pendant plusieurs décennies, on a
donc créé les conditions dans lesquelles l'industrie se trouvait soumise à la logique de la
rentabilité financière à court terme. On a caché les risques toujours plus grands qu'on était
obligé de prendre pour obtenir des rendements de plus en plus exorbitants. On a mis en place
des systèmes de rémunération qui poussaient les opérateurs à prendre de plus en plus de
risques absolument inconsidérés.
« On a fait semblant de croire qu'en mutualisant les risques on les faisait disparaître. On a
laissé les banques spéculer sur les marchés au lieu de faire leur métier qui est de mobiliser
l'épargne au profit du développement économique et d'analyser le risque du crédit. On a
financé le spéculateur plutôt que l'entrepreneur. On a laissé sans aucun contrôle les agences
de notation et les fonds spéculatifs. On a obligé les entreprises, les banques, les compagnies
d'assurance à inscrire leurs actifs dans leurs comptes aux prix du marché qui montent et qui
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descendent au gré de la spéculation. On a soumis les banques à des règles comptables qui
ne fournissent aucune garantie sur la bonne gestion des risques mais qui, en cas de crise,
contribuent à aggraver la situation au lieu d'amortir le choc. C'était une folie dont le prix se
paie aujourd'hui ! »
Si l'imposture volait, Nicolas Sarkozy serait chef d'escadrille (sur ce clin d'oeil aux Tontons
flingueurs, lire ci-dessous notre « Boîte noire »). Car ce discours de 2008 est évidemment le
sien (pour le retrouver en intégralité, voir l'onglet « Prolonger »). Oui, ce discours où « la
moralisation du capitalisme financier » devenait « une priorité », où les « questions qui
fâchent » allaient enfin être posées, et d'abord « celle des paradis fiscaux », où « aucune
institution financière » ne devait désormais « échapper au contrôle d'une autorité de
régulation », où c'en était fini des croyances obscurantistes dans l'invisible et miraculeuse
main du marché – « Il arrive que l'autorégulation soit insuffisante. Il arrive que le marché se
trompe. Il arrive que la concurrence soit inefficace ou déloyale » –, où même les tristement
fameuses agences de notation qui défient les démocraties, leurs Etats et leurs peuples,
allaient voir ce qu'elles allaient voir – « Il va falloir contrôler les agences de notation dont
j'insiste sur le fait qu'elles ont été défaillantes ».
Trois ans ont passé, et le mystérieux « On » de l'ancienne diatribe présidentielle a continué
sans entraves ses ravages, spéculations, prévarications et destructions. Ce n'était
évidemment qu'un discours d'opportunité, le temps de conjurer la peur d'un peuple révolté et
de sauver les intérêts de ce monde oligarchique en forme de société anonyme dont Nicolas
Sarkozy est le fondé de pouvoir. Des mots de démagogue, privés de signification, cachant
une politique, exactement contraire, de sauvetage sans conditions de cette finance dérégulée,
depuis repartie de plus belle à l'assaut de nos conquêtes sociales, de nos équilibres
économiques, de nos volontés populaires et de nos souverainetés nationales. Words, words,
words... comme le dit le Hamlet de Shakespeare, et c'est bien une tragédie. Une farce
tragique.
Ces imposteurs qui nous gouvernent
« Le monde est au bord du gouffre par la faute d'un système irresponsable », déclarait le 3
octobre 2008, dans la foulée du discours solennel de Toulon, l'invisible premier ministre de
Nicolas Sarkozy, François Fillon. Trois ans après, nous basculons dans ce même gouffre par
la faute de ces gouvernants irresponsables. Qui pourrait décemment faire encore confiance à
des dirigeants qui n'ont même plus l'excuse d'avoir été pris par surprise ou de s'être trompés
par conviction ? Ils savaient ce qu'il en était puisqu'ils le proclamaient eux-mêmes, dans une
stratégie de diversion verbale où leurs discours cachaient la réalité de leurs actes, qui les
démentaient.
Mediapart l'a d'emblée rappelé (lire ici l'article de Martine Orange), c'est l'occasion ratée de
2008 qui, aujourd'hui, se paye. Et elle fut ratée en toute conscience par ces pompiers
incendiaires qui nous tiennent lieu de gouvernants, venus au secours des banques avec notre
argent public sans exiger de contrepartie, sans entrer à leur capital, sans les placer sous
contrôle... Ainsi remis sur pied, le système financier est reparti sans rigoureuse régulation et
sévères garde-fous, sans réforme du système bancaire, sans taxation des mouvements de
capitaux, sans interdiction de spéculer sur les dettes des Etats, sans sanction des paradis
fiscaux, sans transparence sur les mouvements spéculatifs, sans rien de tout ce qui était
annoncé et promis. Bref, ils nous ont trompés, menti, trahis.
Soyons équitables. Dans l'instant, nos dirigeants ont peut-être cru à ce qu'ils disaient. Tout
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simplement parce qu'ils avaient peur, saisis de frayeur à la perspective d'une prise de
conscience collective transformée en colère populaire. Puis, sans doute eux-mêmes surpris
de ne pas rencontrer en 2008 et 2009 un front plus uni et plus déterminé, aussi bien politique
que syndical, d'opposition, de résistance et d'exigence, ils sont revenus à leurs chères
habitudes, abandonnant sans bruit l'impensable audace qui les avait saisis le temps d'un
discours. L'intérêt, toujours l'intérêt, encore l'intérêt, tel est leur seul mot d'ordre. S'enrichir,
accumuler, spéculer. L'argent privé plutôt que le bien commun. L'envers de tout idéal.
Mais ils avaient été avertis et n'étaient pas près d'oublier leurs craintes. Aussi leur fallait-il se
prémunir de nouvelles déconvenues, en forçant l'avantage qu'une opposition trop divisée et
trop frileuse leur avait offert. Affaiblir l'Etat social, protéger le capital financier, culpabiliser le
monde du travail : le programme a depuis été suivi à la lettre, des privilèges fiscaux accordés
aux très fortunés jusqu'aux coupes sombres dans la fonction publique, tandis que l'emploi
restait sacrifié, miné par le chômage et la précarité. Sans oublier, bien sûr, cette bataille des
retraites dont, en 2010, ils ont soigneusement choisi l'agenda – un calendrier impératif et des
solutions non négociables – afin d'obtenir une victoire symbolique sur la grande masse des
salariés, ouvriers et employés surtout, toutes celles et tous ceux dont les vies de travail sont
la seule richesse.
Le stupéfiant discours de Toulon envisageait, excusez du peu, de « refonder le capitalisme
sur une éthique, celle de l'effort et celle du travail ». Spectaculairement tenue sur Mediapart,
la chronique des peu ragoûtantes coulisses du pouvoir n'a cessé de dévoiler ce qu'il en était
réellement de ces intentions vertueuses. Affaires Bettencourt, Tapie/Lagarde, Takieddine (nos
dossiers complets sont à consulter ici, là et encore là): pour s'en tenir aux seuls grands
feuilletons de l'année écoulée, ce n'est qu'une déclinaison de passe-droits, d'impunités
fiscales, de justices sur mesure, de cadeaux financiers, d'arrangements entre amis, de
commissions occultes et de financements parallèles. Avec en prime, notamment dans
l'exceptionnelle moisson Takieddine, des paradis fiscaux toujours recommandables, des
ventes d'armes toujours corruptibles et des dictatures toujours fréquentables.
Ici, comme dans les vieux romans bourgeois, les cuisines disent la vérité des salons. Nos
supposés honnêtes dirigeants y font la soudaine fortune d'intermédiaires obscurs (Ziad
Takieddine), promus diplomates occasionnels parce que généreux argentiers, ou
d'entrepreneurs déchus (Bernard Tapie), passés par la case prison avant d'être gratifiés d'un
juteux préjudice moral auquel ne saurait prétendre le plus innocent des détenus. Dans leur
cruelle vérité, les enregistrements de l'affaire Bettencourt avaient brutalement mis à nu ce
monde d'imposture dont l'argent est le seul moteur et la seule valeur. Un monde double,
scindé entre son apparence jouée et sa réalité vraie. Un monde factice qui a cette particularité
d'être l'envers de ce qu'il prétend. Et ce n'est certes pas ce monde-là qui nous sortira du
gouffre où il nous a entraînés.
Le coup dʼEtat des intégristes de la finance
En 2008, l'orateur de Toulon faisait l'éloge de la volonté politique et de son instrument
privilégié, l'Etat. Oui, martelait-il, l'Etat ne saurait être passif face aux marchés et aux
financiers. « Il me semble que la question de la légitimité des pouvoirs publics à intervenir
dans le fonctionnement du système financier ne se pose plus ! », osait-il, ajoutant : « Il faut
bien que l'Etat intervienne, qu'il impose des règles, qu'il investisse, qu'il prenne des
participations... » Trois ans ont passé, et nous avons sous les yeux le spectacle d'une
abdication politique face aux intégristes de la finance.
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L'actuel emballement de la crise est politique avant d'être économique : son récent
déclencheur est le putsch d'une agence de notation contre le gouvernement des Etats-Unis
d'Amérique. Et ce coup d'Etat financier n'est que le prolongement des spéculations menées
en Europe depuis des mois, de la Grèce au Portugal, en passant par l'Espagne et la France,
contre des pays, contre leurs finances, contre leurs richesses et, donc, contre leurs peuples.
Quel est donc ce monde où l'appréciation fantaisiste de mystérieux sorciers de la finance,
incontrôlés et incontrôlables, qui plus est souvent financièrement intéressés à l'effet spéculatif
de leurs recommandations, est jugée légitime pour sanctionner la politique d'un pouvoir élu ?
Les « clowns » de Standard & Poor's, pour reprendre le qualificatif sans appel de l'économiste
américain Paul Krugman, ne font pas de l'économie, mais de la politique, comme Mediapart
l'a précisément raconté (lire ici l'article de Mathieu Magnaudeix). Et pas n'importe quelle
politique : celle du pire, aussi bien d'un point de vue démocratique que social. Ils l'ont reconnu
sans embarras, et cet aveu n'a suscité aucune sursaut chez les opérateurs boursiers, preuve
s'il en était besoin que la bataille en cours ne relève pas de la technique financière mais d'un
affrontement idéologique.
Pris la main dans le sac par l'administration Obama pour une erreur de calcul portant sur pas
moins de 2000 milliards de dollars, les illuminés de Standard & Poor's n'ont rien changé à leur
appréciation dépréciative, se contentant de modifier leurs additions et d'assumer le caractère
partisan de leur jugement en évoquant des « risques politiques » qui « pèsent plus lourd que
la partie budgétaire de l'équation ». Comme l'a encore souligné le nobélisé Paul Krugman,
« ces gens ne sont certainement pas en position d'émettre un jugement », et néanmoins ne
s'en privent pas. Ce sont les mêmes en effet qui, en 2008, accordaient les meilleures notes
de confiance et de crédibilité à la banque Lehman Brothers jusqu'à sa faillite dans la
tourmente des subprimes.
Cette spéculation sur la pauvreté, qui a ruiné des millions d'Américains, ne les gênait
aucunement. De même qu'au temps du capitalisme sauvage, assumé comme tel, il y avait
des agences de gros bras pour briser les piquets de grève, Standard & Poor's n'est qu'une
agence de mercenaires de la guerre sociale menée par les spéculateurs contre les
travailleurs. A peine avait-elle dévalué la note des Etats-Unis, qu'elle s'empressait de
dégrader les organismes américains de refinancement des prêts immobiliers nationalisés
durant la crise, c'est-à-dire les instruments créés par la puissance publique pour en réparer
les dégâts humains. De même soutient-elle aujourd'hui le triple A français comme la corde le
pendu : à la condition explicite que l'offensive antisociale du gouvernement se poursuive.
En juin dernier, elle faisait savoir que « si les autorités françaises ne poursuivent pas la
réforme des retraites, ne continuent pas de modifier la Sécurité sociale et ne consolident pas
le budget face au risque d'accroissement des dépenses liées aux retraites et à la santé, alors
il est incertain que l'Agence maintienne la note AAA » (lire un rappel ici). Et, lundi 8 août, son
président du comité de notation des Etats vantait non seulement la réforme des retraites
française mais le retrait de la politique de relance budgétaire (lire là), ajoutant sans fioritures :
« Le gouvernement est resté droit dans ses bottes. Il a connu beaucoup de contestation de la
rue, mais il n'a pas cédé à cette pression, ce qui souligne la crédibilité de l'exécutif pour
prendre des mesures difficiles. »
Nos démocraties sont aujourd'hui défiées par les mêmes idéologues supposément
économistes qui, disciples de Milton Friedman (son histoire est ici sur Wikipédia), ont
accompagné les dictatures latino-américaines dans les années 1970 et 1980 sans aucun état
d'âme. Convaincus d'avoir raison contre les peuples, auxquels il faudrait d'abord savoir dire
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non et, surtout, ne pas avoir à rendre de comptes, ils s'accommodent volontiers de pouvoirs
autoritaires, où l'exception devient la règle et la répression l'ordinaire.
Conseiller de Barack Obama et ancien journaliste, David Axelrod voit juste en lançant à
propos de S&P : « C'est une dégradation Tea Party. » L'agence de notation n'est ici que le
bras financier, comme l'on dirait le bras armé, de la droite extrême américaine, guerrière,
impérialiste et raciste, xénophobe et homophobe. Là-bas comme ici, d'une élection
présidentielle à l'autre en 2012, ce n'est donc pas une crise financière qu'il nous faut affronter,
mais une bataille politique qui appelle un sursaut vital. On ne compose pas avec un
adversaire déloyal, aveuglément idéologique et profondément amoral, comme l'a trop
longtemps cru le président Obama (lire ici l'article de Thomas Cantaloube). Non, on l'affronte,
pied à pied, par la construction d'un rapport de force et d'une alternative déterminée.
Aujourdʼhui, être réaliste, cʼest être radical
Rencontre de la troisième crise du capitalisme, après celles de 1857 et de 1929, et de la
troisième révolution industrielle, après celles de la machine à vapeur et de l'électricité (lire ici
un rappel synthétique), notre époque de bouleversement inattendus et d'événements
imprévisibles ne cesse de mettre à l'épreuve nos volontés et nos lucidités. Mais,
parallèlement aux révolutions arabes qui inaugurent un incertain réveil des peuples, elle vit
cette année son moment de vérité.
La crise dans laquelle nous sommes plongés est le prix à payer de la contre-révolution
néolibérale qui, depuis trente ans, sur notre continent notamment, déboussole les peuples,
défait les solidarités et accroît les inégalités. De deux choses l'une, soit nous réussissons à la
renverser et à inventer un nouveau cours, européen et national, où les exigences
démocratiques et sociales reprennent le dessus ; soit, dans sa fuite en avant provoquée par
sa propre faillite, cette contre-révolution économique appellera une contre-révolution politique,
génératrice de violences et de haines, de libertés perdues et de solidarités brisées.
Car comment peuvent-ils s'en sortir, sinon en faisant taire les peuples ? A la différence des
révolutions, improbables par essence, les catastrophes n'arrivent jamais par surprise, mais
toujours par habitude – autrement dit, par renoncements successifs et capitulations cumulées.
Loin d'être une exception, la morgue de Standard & Poor's témoigne d'un état d'esprit banal
dans ce monde où les politiques ont abdiqué devant les financiers. Ainsi, dans cette Europe
qui marche sur la tête, la finance en haut et la politique en bas, la Banque centrale
européenne peut-elle imposer ses diktats aux Etats alors même que ses dirigeants n'ont
aucun compte à rendre aux peuples.
Dans la folie du week-end dernier où l'on trouvait normal que nos gouvernants « donnent des
gages à la BCE » (lire par exemple ici), il a été trop peu remarqué que ladite banque centrale
avait posé ses conditions draconiennes à l'Italie dans une lettre « secrète », révélée par le
Corriere della Sera (lire ici l'article du quotidien). Dans ce quasi « programme de
gouvernement », selon nos confrères italiens, l'actuel gouverneur, le Français Jean-Claude
Trichet, et son successeur, l'Italien Mario Draghi, appellent le gouvernement Berlusconi, dont
la corruption avérée ne les inquiètent pas outre mesure, à accentuer la libéralisation de
l'économie.
Outre l'exigence de « moins de rigidité sur les contrats à durée indéterminée », donc d'une
dérégulation du marché du travail, cette missive en forme d'oukase recommande la
privatisation des sociétés municipales qui, dans la péninsule, gèrent souvent les transports
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publics, la collecte des déchets ou la distribution d'électricité et de gaz. On comprend que ses
auteurs aient voulu taire cette lettre : car, en juin dernier, les Italiens se sont prononcés par
référendum, à une immense majorité, contre la privatisation de la distribution de l'eau, tout
comme ils ont approuvé le refus d'autoriser l'Etat à construire de nouvelles centrales
nucléaires ainsi que celui de faire obstacle au déferrement du président du conseil devant la
justice (les résultats des référendums sont consultables ici).
Ce simple épisode de la lettre cachée, et heureusement révélée par la presse, illustre ce b.a.-
ba démocratique qu'il nous faut, plus que jamais, défendre contre les fourriers de la dictature
des marchés : que le sort des peuples dépend d'abord d'eux-mêmes et exige qu'on leur
demande leur avis, ce qui suppose qu'ils soient librement informés grâce au recul des
barrières d'opacité et de secret dressées contre l'exigence citoyenne de transparence. Quant
aux médecins moliéresques qui prétendent parler en notre nom, imposant leurs remèdes de
Diafoirus à des maladies imaginaires, ils doivent être urgemment congédiés tant ils sont les
premiers fauteurs de crise. Ne sont-ce pas les agences de notation qui furent « les agents
clés de l'effondrement financier », comme le soulignait en janvier dernier la commission
gouvernementale américaine d'enquête sur la crise ?
Ne sont-ce pas les plans de sauvetage de la finance et la récession, provoquée par cette
crise bancaire et financière commencée en 2008, qui sont à l'origine de l'explosion récente de
la dette publique en Europe et dans le monde ? « Le déficit public moyen dans la zone euro
n'était que de 0,6% du PIB en 2007, mais la crise l'a fait passer à 7% en 2010 », rappelait le
Manifeste des économistes atterrés, ajoutant surtout que la montée de la dette publique en
France et dans de nombreux pays européens « provient largement non pas d'une tendance à
la hausse des dépenses publiques mais de l'effritement des recettes publiques », du fait
notamment « de la contre-révolution fiscale menée par la plupart des gouvernements depuis
vingt-cinq ans » – un coût minimum de 100 milliards d'euros pour la France (lire ici l'article de
Laurent Mauduit).
Il faudrait citer toutes les fausses évidences que démonte ce Manifeste, soutenu par
Mediapart depuis son lancement fin 2010 (retrouver ici notre article du 10 octobre 2010). Il y
en a dix, accompagnées de vingt-deux propositions de mesures « pour sortir de l'impasse »
parmi lesquelles celle-ci, prophétique : « Les agences de notation financière ne doivent pas
être autorisées à peser arbitrairement sur les taux d'intérêt des marchés obligataires en
dégradant la note d'un Etat. » Ou celle-là, efficace : « Affranchir les Etats de la menace des
marchés financiers en garantissant le rachat des titres publics par la BCE ». La lecture de ce
texte aussi clair que concret, dont les propositions sont d'une évidente portée pratique, est
revigorante car elle montre que, loin des résignations, il y a des solutions. Mais elles
supposent des remises en cause radicales.
Ce Manifeste est né de ce constat atterré, aujourd'hui vérifié par l'expérience, que « la crise
économique et financière qui a ébranlé le monde en 2007 et 2008 ne semble pas avoir affaibli
la domination des schémas de pensée qui orientent les politiques économiques depuis trente
ans » et que « le pouvoir de la finance n'est nullement remis en cause dans ses
fondements ». La voie qu'il trace est celle d'une radicalité de bon sens : non pas celle qui se
paye de mots ou d'illusions, mais celle qui, fidèle à l'étymologie du mot « radical », s'attaque à
la racine du mal. Dans cette acception, être radical, c'est être réaliste : face aux bilans
désastreux et aux catastrophes annoncées de politiques construites sur les fausses
hypothèses d'une efficience des marchés financiers et d'un poids excessif des Etats, il faut
une autre politique, aux présupposés et aux conclusions radicalement différents.
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Rien n'est écrit, tout dépend des peuples
Sans doute faut-il se pincer pour y croire mais il est vrai qu'en 2008, à Toulon, Nicolas
Sarkozy jurait nous devoir « la vérité : dans la situation où se trouve l'économie, je ne
conduirai pas une politique d'austérité parce que l'austérité aggraverait la récession ». Trois
ans après, Alain Minc, symbole de ce petit monde de conseilleurs et d'entremetteurs qui
résume une politique réduite à l'agiotage, confie au Monde la vérité vraie de cette politique :
« Nicolas Sarkozy est devenu Raymond Barre. Il ne peut plus changer de ligne, préserver la
note AAA de la France coûte que coûte. Elle est devenue notre trésor collectif ».
Que Raymond Barre, premier ministre tenant d'une politique d'austérité à la fin du septennat
de Valéry Giscard d'Estaing, ait quelque responsabilité dans son échec électoral à la
présidentielle de 1981 ne doit pas nous rassurer pour 2012. Concierge utile de cette
oligarchie, dont il fait circuler les messages et dit tout haut les basses pensées, Alain Minc est
un pronostiqueur catastrophique, au risque parfois du ridicule – en 2008, la crise était selon
lui « grotesquement psychologique » (à revoir ici) et, en prime, Mediapart une entreprise
vouée à l'échec (à revoir là). L'essentiel est ailleurs, dans ce message idéologique : l'austérité
comme seul horizon et les marchés comme seuls maîtres.
Nous savons donc ce qui nous attend, et cela se joue maintenant.Tout en étant concocté
dans une opacité totale qui est, en elle-même, un déni de démocratie, l'agenda du pouvoir est
transparent : jouer de la crise comme d'un levier pour rendre encore plus définitive la défaite
du monde du travail. Terme religieux, où le fétichisme de la croyance détrône la politique
comme volonté, « la règle d'or » sur le pourcentage de déficit, tendue comme un piège
grossier à l'opposition de gauche, n'a d'autre but, outre de possibles cacophonies socialistes,
que cette pédagogie de la fatalité et de la résignation. L'offensive est en route, et ce ne sont
pas des communiqués, interviews, déclarations et petites phrases qui l'arrêteront. Mais une
mobilisation, évidemment. Un rapport de force. Une lutte.
Le pouvoir le sait qui prend les devants, continuant, voire accélérant, son travail de division du
corps social où la chasse aux boucs émissaires est chargée de faire diversion en semant son
poison. Lundi 8 août, quand le yo-yo des Bourses donnait le tournis après le putsch américain
de S&P, le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, s'empressait d'annoncer un « résultat
historique » d'expulsions d'étrangers en 2011 et celui du travail, Xavier Bertrand, promettait
d'ici la fin de l'année, et sur une idée de la toujours extrême Droite populaire, « un fichier
unique des allocataires sociaux » afin de renforcer « la lutte contre les fraudes sociales ».
Les immigrés et les pauvres, sans oublier les jeunes : l'un des initiateurs du Manifeste des
économises atterrés, Philippe Askenazy a minutieusement démontré comment ces politiques
qui stigmatisent des catégories entières de la population (dont, il le rappelle aussi, les
femmes) « ont engendré bon nombre des obstacles auxquels font face l'économie et la
société françaises » (voir ici notre compte rendu de son dernier livre, Les décennies
aveugles). Mais peu importe pour les imposteurs qui nous gouvernent : leur souci n'est pas
l'intérêt général mais leur survie particulière. Leur force de dominants ne repose que sur la
faiblesse des dominés, cette division qu'ils s'emploient à diffuser et à installer, au nom de
l'origine, de l'âge, du statut, de la culture ou de la croyance.
Seul un front commun, rassembleur et fraternel, saura enrayer cette machine infernale : une
union populaire de toutes celles et tous ceux qui ont pris conscience des enjeux véritables et
des urgences essentielles. Avec certes des nuances, toutes les oppositions de gauche
revendiquent cette lucidité mais elles restent éparpillées, divisées par leurs différences ou
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paralysées par leurs ambitions. A nous tous de leur dire, partis, syndicats, mouvements et
associations, que ce n'est plus l'heure de jouer petit bras, en soupesant les urnes de demain,
en évaluant les chances d'après-demain ou en ruminant les divergences d'hier. Nous n'avons
cessé de le répéter à Mediapart, et l'époque appelle une clameur plus ample : jamais un
combat n'a été gagné sans avoir été mené, sans avoir su s'opposer, sans avoir réussi à se
rassembler, sans s'être donné collectivement le courage de l'engager.
Quant à l'échéance de 2012, celles et ceux qui s'y consacrent devraient savoir qu'une élection
n'est jamais un placement spéculatif, mais qu'elle relève d'un travail de tous les jours. Aussi,
quand la tragédie s'annonce, le sort des peuples ne saurait être suspendu à un calendrier
électoral. Il se joue ici et maintenant. Et, de ce rendez-vous, dépend aussi l'issue électorale.
C'est pourquoi nous avons besoin d'une révolte citoyenne, aussi pacifique que majoritaire, qui
s'emploie à remettre notre monde sur ses bases. A briser ce cercle infernal où l'argent,
devenu la mesure de toute chose, finit par détruire toute valeur.


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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 19:55

bombardement-tripoli_miche-collon_contre-propagande_londres.gifA Londres, des jeunes sans espoir brûlent maisons et magasins. A quelques kilomètres de là, des gens qui ont amassé des milliards en Bourse s’affolent à l’idée d’en gagner un peu moins...

 


 

 

Et comment les ont-ils gagnés, ces milliards ? En obligeant les entreprises à diminuer les salaires et les emplois. C’est-à-dire qu’on détruisait l’avenir de ces jeunes pour augmenter les bénéfices des sociétés. D’où la crise évidemment : si vous ôtez leur gagne-pain aux consommateurs, comment feront-ils pour acheter ?

A présent, que font les maîtres de la Bourse ? Ils exigent des Etats davantage de coupes sociales, c’est-à-dire davantage de jeunes sans espoir.

Et pendant ce temps, les ministres - dont les mesures néolibérales ont permis ce massacre social - font semblant de ne pas comprendre la révolte. Il leur suffirait pourtant d’aller un peu écouter ces désespérés. Mais envoyer des flics dans les quartiers populaires, c’est tellement plus simple que de les envoyer à la Bourse.

Alors, au lieu d’utiliser tous ses budgets à créer des emplois, le gouvernement britannique vient d’envoyer des bombardiers supplémentaires pour tuer encore plus de civils en Libye et semer encore plus de haine. Paris, Washington et Bruxelles font pareil… Faire main basse sur le pétrole et les réserves financières des Libyens, ça fera un peu d’argent de poche pour payer les dettes.

Mais s’ils arrivent à renverser Kadhafi, que se passera-t-il ? Plus d’Etat-providence en Libye, mais un maximum de privatisations. Plus de redistribution sociale de l’argent du pétrole, mais sa confiscation par les multinationales. Plus d’aide libyenne au développement autonome des pays africains, mais davantage d’exploitation des ressources par l’Occident.

Conséquence ? Encore plus d’Africains sans avenir seront forcés d’émigrer et de s’ajouter aux désespérés de Londres, Paris et Bruxelles. Où ils travailleront pour rien, ce qui fera le malheur des uns et le bonheur des autres.

Un système absurde et inhumain. Combien de temps laisserons-nous faire ?

 

Bruxelles, 11 août 2011

 

+++++++++++++++++++++++++++++++++

Des questions ? Rendez-vous sur le FORUM MICHELCOLLON.INFO

+++++++++++++++++++++++++++++++++

Quelques faits et chiffres dont on ne parle guère

  1. Les salaires britanniques ont été gelés par Cameron alors que le prix de la nourriture vient d’augmenter de 5%.

  2. A Tottenham (Londres), il y a 54 demandeurs pour chaque emploi vacant.

  3. Aucun agent de la Metropolitan Police  londonienne n’a jamais été condamné alors que, depuis 1988, 333 personnes sont mortes en garde à vue. 

  4. L’Etat grec a une dette de 350 milliards d’euros. Les capitalistes grecs ont 600 milliards sur des comptes en Suisse.

  5. L’agence de notation Standard & Poors a dégradé la note des USA notamment parce que « le plan du Congrès et de l’administration ne prévoit que des changements mineurs dans la politique de Medicare » (équivalent de la Sécurité sociale pour l’assurance maladie).

  6. J-F Copé, secrétaire-général de l’UMP (France) : « Nous avons déjà réformé les retraites, il faut maintenant faire la réforme de la dépendance et celle de l'Assurance-maladie. » (10 août 2011)


Source : michelcollon.info

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 19:25

jabha.jpgLa situation dans le monde arabe et au Liban

 

Les révolutions, les contre-révolutions et l’ingérence impérialiste

 

Bulletin mensuel du Parti communiste libanais repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

La situation politique dans le monde arabe à la fin de la première moitié de l’an 2011 se caractérise par le renforcement des soulèvements populaires et des révolutions, en particulier en Tunisie et en Egypte ; cela est visible dans la radicalisation du mouvement populaire qui, parti du slogan « A bas le régime », revendique actuellement la mise en route des programmes pour le changement, à commencer par le changement des Constitutions mais aussi des politiques socio-économiques dans leur intégralité.


En contrepartie, nous assistons à une contre offensive menée par ce qui reste des régimes bourgeois et des dictatures branlantes qui s’appuient sur l’aide étasunienne directe mais aussi sur les positions contenues dans le discours du 19 mai passé de Barak Obama.


Dans ce discours, Obama a, en effet, affirmé que les « pays arabes bien qu’éloignés des rives [étasuniennes], il n’en reste pas moins que nous savons que notre destin est lié à cette région, tant par la force de l’économie ou de la sécurité que par l’Histoire et l’idéologie »… A cela, nous ajoutons les mesures, financières surtout, prises par le sommet du « G8 » dans le but d’appuyer les contre-révolutions dans certains pays arabes (l’Egypte, en particulier, vu son importance), sans pour autant oublier celles, militaires, exécutées par l’OTAN, soit directement (comme en Libye), soit indirectement par le truchement de forces arabes, plus précisément celles du « Bouclier d’Al-Jazira » qui continuent à occuper le Bahreïn. De plus, les menaces lancées par l’Arabie saoudite, les Etats-Unis et l‘Union européenne ont contrecarré la formation du « Conseil de transition » que l’opposition yéménite tente de proclamer ; quant à celles entendues dans certaines capitales européennes durant « les conférences de solidarité avec la Syrie », elles profitent de l’entêtement du régime syrien à user des solutions militaires face au mouvement protestataire pour pousser certains groupes dans le sens de la guerre civile.


Mais les mesures les plus dangereuses restent sans conteste celles prises par l’OTAN et visant à transformer la base d’Izmir en QG, ce qui veut dire que cette organisation veut transformer la Turquie en point de départ du nouveau plan pour le Moyen Orient qu’elle s’était fixé lors du sommet de Lisbonne. Ce plan prend deux dimensions voulues expressément par les Etats-Unis :


La première concerne la poursuite du parcellement de l’Irak, à travers la proclamation de « l’autonomie » de la région d’Al-Anbar. Fait proposé par le président étasunien Barak Obama à la délégation officielle irakienne qui le visitait dernièrement ; à la suite de cette visite, le président du parlement irakien Oussama Noujaïfi a fait une déclaration dans laquelle il parle de « déception sunnite en Irak » ajoutant que « si la situation précaire des sunnites, qui sentent qu’ils ont un statut de citoyens de second ordre, ne trouve pas une solution rapide, ils pourraient penser à se séparer ou, du moins, à constituer un gouvernement autonome ».


La seconde concerne la mainmise sur la Syrie, mettant à profit les exactions de certains mouvements confessionnels et armés mais aussi les effets de la répression que le régime baasiste exerce, à partir de la dite « théorie du complot », contre le mouvement pour les réformes et le changement démocratique.

A cela s’ajoutent les nouvelles visées pour une mainmise complète sur le Liban (compte tenu des accusations du « Tribunal spécial pour le Liban » à propos de l’assassinat de l’ex président du Conseil, Rafic Hariri), mais aussi une reprise en main rapide des rennes de l’Egypte, avant le mois de septembre, date de la proclamation de principe de l’Etat palestinien. Sur ce dernier sujet, les Etats-Unis pensent pouvoir échanger leur accord sur un Etat palestinien, réduit et démilitarisé, contre une reconnaissance internationale et, surtout, arabe d’Israël en tant qu’Etat « des juifs dans le monde » ; ce qui permet au gouvernement de Netanyahu de réaliser deux grands objectifs : faire un nouveau « Transfert » généralisé de tous les Palestiniens restant dans les territoires de 1948 et, aussi, devenir le porte-parole et le représentant légal de tous les juifs dans le monde, compte non tenu de leurs appartenances nationales.


Si nous ajoutons à cela la poursuite de la politique (ayant aussi l’aval de l’Union européenne) d’escalade des tensions religieuses, confessionnelles et raciales, surtout dans le Golfe arabique, nous arrivons à une conclusion contre laquelle le Parti Communiste libanais avait déjà mis en garde, depuis quelques années (Xème congrès) : le but recherché par le projet du « Grand » ou du « Nouveau » Moyen Orient est de mettre fin à la situation sur le terrain engendrée par le traité de Sykes-Picot et, ce, afin de procéder à un nouveau partage du monde arabe, puis le Moyen Orient et l’Afrique, sous la tutelle des Etats-Unis. Dans ce sens, nous comprenons le retour à des appellations datant des temps révolus du colonialisme, telles : « l’Afrique du nord » à la place du Maghreb arabe, ou « le Moyen orient » à la place du Machreq arabe.

 

Le nouveau bulletin s’arrêtera sur les développements essentiels dans les soulèvements du monde arabe, en plus de la situation générale qui sévit dans ce monde ; il mettra en lumière les points suivants :

 

1-Les nouveaux développements du problème palestinien ;

 

2-Les nouveaux projets étasuniens au Maghreb arabe et, de là, vers l’Afrique, ainsi que le rôle de l’Union européenne.

 

3-La nouvelle situation en Egypte.

 

4-Les développements en Syrie.

 

5-La situation libanaise à la lumière de ce qui se passe dans le monde arabe et du conflit intérieur sur le pouvoir.

 

I- Le problème palestinien

Entre le marteau de « l’Etat juif » et l’enclume de la situation régionale

 

Le discours politique de Barak Obama, le 19 mai passé, a constitué un tournant très dangereux sur le plan de la position des Etats-Unis en ce qui concerne le problème palestinien, même si certaines positions développées ne sont pas nouvelles et constituent une redite du discours fait, il y a deux ans, par le même Obama au sein de l’Université du Caire ou, même, du plan tracé par l’administration de G. W. Bush junior.

 

Obama, armé de sa victoire « écrasante » sur Ben Laden et du timing de cette victoire (le début de la campagne pour les présidentielles), a précisé les objectifs de l’impérialisme dont il représente les intérêts comme suit : « la lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes nucléaires, la garantie de la liberté du commerce et la défense de la sécurité d’Israël ».

 

Ces priorités visent à détourner les regards de l’échec de toutes les solutions mises au point pour endiguer la crise financière et économique, mais aussi à montrer que les Etats-Unis ont décidé d’élargir l’étendue de leur présence dans le monde arabe et au Moyen Orient et de leur participation directe aux guerres que le gouvernement israélien prépare contre la région. De plus, Obama s’est rétracté sur la question des colonies, tout en affirmant que les Etats-Unis poursuivront leur appui à Israël afin qu’il puisse « réaliser le rêve de la création d’un Etat juif » dont les frontières dépasseraient celles de 1967, puisqu’Obama appuie la thèse de « l’échange convenu de terres » ; ce qui laisse entendre que de nouvelles concessions seront exigées des Palestiniens…

Les nouvelles positions étasuniennes se complètent avec celles que Benjamin Netanyahu a présentées, quelques jours plus tard, devant le Congrès des Etats-Unis, et que nous pouvons résumer comme suit :

-La terre palestinienne est une « terre juive » et tout ce qui est dit contrairement à cela constitue une déformation de l’Histoire ; et, si Netanyahu accepte, comme il dit, « de céder une part de notre patrie historique » (il appelle ainsi la Palestine), le fait doit être considéré comme une concession « visant à conduire le peuple juif vers la paix ».

 

-La paix recherchée par le même Netanyahu est basée sur le fait « qu’il n’y aura pas de Palestiniens en Israël ; ils doivent vivre dans leur pays » ; ce qui veut dire que les Palestiniens doivent s’attendre à la tentative d’un nouveau transfert.

 

-Les régions se trouvant autour de Jérusalem et dans le grand Tel Aviv sont incluses dans les frontières finales d’Israël.

 

-Un refus catégorique de céder la plus petite parcelle d’Al Qods qui doit « rester la capitale unifiée de l’Etat d’Israël ».

 

-Afin de préserver la sécurité d’Israël, le nouvel Etat palestinien doit être démilitarisé ; de plus, Israël pense garder à long terme une certaine présence militaire le long du Jourdain sous prétexte d’empêcher l’entrée d’armes dans les territoires palestiniens.

 

-Un refus catégorique de toute solution supervisée par les Nations unies et non basée sur des négociations bilatérales directes.

-Un refus catégorique de l’accord palestino-palestinien (signé entre le Fath et le Hamas puis entériné par les autres organisations palestiniennes).

Cette similitude entre les grandes lignes des deux positions, étasunienne et israélienne, confirme nos appréhensions concernant les tentatives de liquider la cause palestinienne politiquement et physiquement, Ce qu’Israël tente de faire, avec l’appui des Etats-Unis, se résume comme suit : faire, d’abord, pression sur l’ONU afin d’empêcher la reconnaissance de l’Etat palestinien ; pousser, ensuite, Mahmoud Abbas à se désolidariser de l’accord signé et à donner à Israël le droit de se trouver aux frontières de l’Etat palestinien. Sans oublier le passage sous silence du droit au retour, ce qui faciliterait à Israël le nouveau « transfert » des Palestiniens hors des territoires de 1948, tout en lui permettant de poursuivre sa politique de colonisation à l’intérieur des territoires occupés en 1967 mais aussi ses crimes contre les civils (arrestations, assassinats…etc.).

 

Ce plan israélien est d’ailleurs facilité par de nombreux facteurs palestiniens internes tout aussi bien que par des facteurs extérieurs, dont :

 

-L’absence d’un pouvoir exécutif légal, malgré la réconciliation Hamas-le Fath et l’accord survenu entre les différentes organisations palestiniennes.

 

-Les tentatives du Hamas et de Fath de revenir à la bilatéralité dans les prises de décisions importantes et de passer outre le Conseil législatif et, même, l’OLP à partir d’un accord commun sur la possibilité pour le nouveau gouvernement (si gouvernement il y a) de se présenter devant le président de la république sans avoir le besoin de faire appel au pouvoir législatif.

 

-L’ambiguité de la position du commandement militaire égyptien, surtout après le retour à la normale avec Israël et les affirmations de Hussein Tantaoui que l’Egypte poursuivra l’exécution des clauses des Accords de Camp David et continuera de donner son aval à la construction du mur de séparation raciste.

 

-La parution d’un communiqué très évasif de la part de la Ligue arabe concernant les nouvelles positions israéliennes précitées.

 

Tout cela confirme la nécessité pour tous d’appuyer la position des forces palestiniennes qui continuent à résister et à appeler à l’unité nationale ayant pour cadre l’OLP, représentant légal unique du peuple palestinien, mais aussi à l’unité politique et légale de la Cisjordanie et de Gaza ; et, ce, pour imposer la proclamation de l’Etat palestinien démocratique ayant Al-Qods pour capitale. Cela présuppose la mise au point d’un agenda précisant la date des élections présidentielles et législatives, suivant le contenu de la constitution, accompagné d’un programme économique et social basé, d’abord, sur la lutte contre la corruption et la consolidation de la résistance populaire.

 

II-Les nouveaux projets étasuniens dans le Maghreb arabe

Et, de là, vers toute l’Afrique


 

Depuis peu, la partition légale du Soudan en deux Etats fut proclamée selon la vision mais aussi les visées des Etats-Unis. Partition facilitée par les conflits tribaux et religieux entre le sud et le nord du pays et par les politiques répressives des régimes d’Omar Al Bachir et, avant lui, Gaafar Noumeiri.

 

La proclamation des deux Etats soudanais, bien qu’attendue à la suite du referendum organisé en janvier 2011, marque le commencement d’une étape dangereuse non seulement pour le pays divisé mais pour toute l’Afrique. N’est-ce pas là l’objectif de l’intervention directe et indirecte de l’OTAN en Libye qui vise, d’abord, à créer les conditions menant au partage de ce pays sur des bases tribales et à faire, ensuite, de ce partage un modèle pour les pays alentour, le Tchad en premier lieu. Il nous faut ajouter que le continent africain est menacé dans son ensemble de guerres et de conflits nouveaux qui ne manqueraient pas d’envenimer plus encore la famine et la pauvreté touchant des dizaines de millions de personnes, surtout les femmes et les enfants.

 

Les Etats-Unis, rappelons-le, avaient mis au point un projet « africain » semblable au projet du « Nouveau Moyen Orient », dont le premier volet réside dans la balkanisation de la région dite de l’Afrique du nord, à commencer par la Libye, l’Egypte et le Soudan. Ce projet s’appuie sur une force militaire de grande importance, l’AFRICOM (la direction militaire des forces étasuniennes en Afrique) dont le champ des opérations s’étend à 53 pays dans le Maghreb arabe et en Afrique.

Au début de 2011, le commandant de l’AFRICOM en avait défini les objectifs comme suit : « lutter contre le terrorisme en Afrique, tout en œuvrant pour la stabilité des différents pays africains, en premier lieu la Somalie, le Soudan, la Guinée, ainsi que tous les foyers d’instabilité ». Il avait ajouté que l’action de son commandement se base sur deux piliers essentiels : entrainer les forces militaires africaines à partir des bases établies en Algérie et au Mali et donner à certaine Etats les armes nécessaires à leur auto défense…

 

Et, si le commandant de l‘AFRICOM avait insisté sur le fait que la base principale de cette force resterait Stuttgart (Allemagne) et que les Etats-Unis n’enverraient pas des forces militaires « là où ils ne sont pas invités », ces paroles ne sont rassurantes pour personne, parce que Washington n’a jamais pris en considération les avis contraires à ses plans pour intervenir là où se trouvent ses intérêts et, aussi, parce que la base de Djibouti n’est plus suffisante à elle seule pour préserver ces intérêts immédiats, face à la Chine, ou stratégiques, surtout ce qui se rapporte aux problèmes de l’eau et de la nourritures qui auront la priorité durant les deux décennies à venir.

 

Ainsi se comprennent les tentatives visant à mettre en échec la révolution tunisienne, tant à partir de l’immixtion directe des « envoyés spéciaux » dans les affaires de ce pays qu’à travers la présence soi-disant « humanitaire » dans la région frontalière tunisienne avec la Libye… Sans oublier d’attirer l’attention sur la bataille menée par les forces contre-révolutionnaires, avec l’aval des Etats-Unis et de l’Union européenne, pour remettre la main sur le pays. Ajoutons à cela le réveil du conflit sur le Sahara occidental, région qui contient un immense bassin souterrain d’eau potable, dont la longueur dépasse 500 km (depuis le Ras Boujdour jusqu’à Amlili), en plus des richesses en poissons et en matières premières (pétrole, gaz, fer, titanium, vanadium...etc.).

Tous ces plans sont bien visibles dans le nouveau projet approuvé durant le sommet de Lisbonne de l’OTAN qui met au point une redistribution du monde, de l’Afrique et de l’Asie en particulier.

 

III- La situation en Egypte

 

Afin de pouvoir mieux comprendre la situation qui prévaut actuellement en Egypte, quelques mois après la chute du régime de Moubarak, il est nécessaire de s’appuyer sur ce qui vient d’être dit à propos du projet préparé pour résoudre le problème palestinien et du plan mis au point par les Etats-Unis pour la partie nord de l’Afrique. Il faudra ajouter que Washington a déjà résorbé le choc que fut la révolution du 25 janvier 2011 en Egypte et tente aujourd’hui d’appuyer les tentatives déployées par la bourgeoisie égyptienne pour reprendre en main le régime face aux mouvements populaires qui œuvrent pour la défense du changement.

 

Nous avions déjà, au début des soulèvements populaires, attiré l’attention sur les politiques étasuniennes et réactionnaires arabes visant à sacrifier les symboles du régime (Moubarak, en tête) pour sauver le régime lui-même. Nous avons aussi fait mention des tentatives impérialistes de donner au changement le visage semblable à celui du régime turc : un mélange entre l’armée et les forces islamiques dites « tempérées », mélange dont les prémices égyptiennes furent le rapprochement entre le Comité militaire provisoire (qui tente aujourd’hui de se donner une légalité complète) et les « Frères musulmans » qui avaient tenté, sans grand succès, de se faire un visage progressiste en s’appropriant les slogans de la révolution (liberté, justice, égalité) qui, pour eux, se trouvent à la base de la Charia islamique.

 

Il faut dire que les tentatives du Comité militaire provisoire de mettre la main sur le pouvoir et les mesures prises par le gouvernement présidé par Issam Charaf en ce qui concerne la restriction des libertés sont à la base de la seconde Intifada qui a commencé depuis quelques semaines et qui fut noyée dans le sang. En effet, ces deux piliers du régime ont tenté de bloquer les réalisations de la révolution du 25 janvier, d’abord en appelant à un referendum bâclé pour l’amendement de la Constitution dans le sens de laisser telles quelles les prérogatives du président de la République, de renforcer le lien entre l’Etat et l’Islam, mais aussi de criminaliser les mouvements populaires, à commencer par les manifestations, et de voter une nouvelle loi pour la formation des partis politiques dont le contenu ne manque pas de faciliter le retour du Parti national de Moubarak à la direction du pays. Tout cela pour contrecarrer la naissance d’une république démocratique.

 

Ainsi, le retour à la politique de répression et à l’usage des « bandes armées » (houligans) payées par la bourgeoisie, les nouveaux accords militaires et sécuritaires passés avec les Etats-Unis, les déclarations rassurantes envers Israël constituent les titres de la nouvelle politique contre-révolutionnaire et permettent de faire la séparation entre les forces de la révolution et celles qui tentent d’en profiter. D’ailleurs, les divisions intestines au sein du mouvement des « Frères musulmans » et de certaines forces laïques montrent clairement que les quelques mois à venir ne manqueraient pas de voir naître des conflits violents, soit pour consolider l’alliance entre le Comité militaire provisoire, les restes du régime de Moubarak et les « Frères musulmans », soit encore pour préciser le rôle de l’Egypte dans le conflit qui se profile à l’horizon concernant la proclamation d’Israël « Etat juif » et l’exploitation du pétrole et du gaz en Méditerranée.

 

Sur ces bases, nous trouvons dans le programme en sept points promulgué par les forces de la révolution en Egypte un programme concret et bien ciblé, surtout qu’il tend à la formation d’un nouveau gouvernement n’ayant aucun lien avec l’ancien régime et dont la légitimité est celle de la révolution même.

 

Parmi les sept points, et en plus du côté politique, nous attirons l’attention sur les points 6 et 7. Le premier demande « l’élaboration d’un projet de budget stipulant la hausse du SMIG à 1200 guinées, la fixation du plafond à 15 multiples de ce SMIG et reliant les salaires aux prix ». Quant au point 7, il insiste sur « la nécessité de purger le Conseil des ministres, toutes les institutions de l’Etat mais aussi les banques et les médias, tout en empêchant les leaders du Parti national de participer ♪3 la vie politiques durant deux mandats consécutifs ».

 

IV- Les développements de la situation en Syrie

 

Quant à la situation en Syrie, elle évolue toujours au rythme des solutions militaires par lesquelles le régime vise à mettre fin aux mouvements de masse, d’une part, et de l’immixtion extérieure (étasunienne, française et turque, en particulier) dans les affaires syriennes, d’autre part. Cette immixtion vient du fait de la position stratégique de la Syrie sur deux routes essentielles convoitées par Washington : la première est celle qui va de la Caspienne vers Israël et la Mer rouge via la Turquie et la Syrie ; la seconde relie l’Irak à la Méditerranée. A cela s’ajoute l’importance revêtue par la découverte du gaz en Méditerranée entre la Palestine occupée, le Liban, la Syrie et Chypres et l’influence d’une telle découverte sur la Turquie (qui occupe le nord de Chypres) et sur Israël (qui tente, avec l‘aide de certaines sociétés étasuniennes, de faire main basse sur les champs découverts, dont notamment celui qui se trouve dans les eaux territoriales libanaises). De plus, il ne faut pas oublier que les Etats-Unis ont, à maintes reprises, exprimé leur désagrément quant à la coopération syro-iranienne, d’une part, et aux relations russo-syriennes qui se sont exprimé récemment par le renforcement de la présence militaire russe en Syrie et les nouvelles positions qu’elle vient d’obtenir dans ce pays.

 

Il faut noter que les positions politiques prises par le régime syrien n’ont pas pris en considération ces facteurs dans la recherche de solutions aux problèmes et aux revendications reconnus par le président Bachar Assad comme étant des problèmes qu’il aurait fallu résoudre depuis 2005. D’où les développements des quelques dernières semaines ont exacerbé les dangers déjà existant contre l’unité nationale syrienne et poussé l’opposition démocratique notamment à mettre du sien afin d’empêcher la situation de dégénérer vers une division confessionnelle (sunnite-alaouite) et à revendiquer du pouvoir des positions claires quant au changement revendiqué par le mouvement populaire, en premier lieu la suppression de l’article 8 de la Constitution qui proclame l’exclusivité de la direction politique au seul Parti Baas.

 

De plus, la décision du régime syrien de reconnaître l’Etat palestinien « dans les frontières de 1967 », qui constitue un changement en arrière, a augmenté les craintes, déjà existantes, sur la préférence de ce régime de faire des concessions là où il ne fait pas à qui il ne faut pas dans une tentative d’atténuer le poids de la pression extérieure proche et lointaine. Et, si les réunions dudit « Liqaa tachaouri » (Rencontre consultative) se sont faites, avec la présence de certaines forces de l’opposition, dans ce but, il faut dire que leurs résultats furent minimes et cela sur deux plans :

 

-Le premier réside dans l’absence de toute allusion à l’amendement de la Constitution dans le communiqué final, le régime s’étant contenté de parler de la formation d’une commission juridique dont la mission est de procéder à une révision des chapitres et articles de cette Constitution.

 

-Le second réside dans l’absence d’un agenda clair pour voter le projet de loi concernant la création des partis politiques, la loi électorale et celle sur les médias.

 

Cette situation, jointe à la recrudescence de la violence dans tout le pays, demande l’amendement rapide de la Constitution, dont, en premier lieu, la suppression de l’article 8, et le vote des projets de lois précités. Cela seul pourra mettre en évidence la volonté de changement et facilitera, en conséquence, le retour à la paix civile. A cela s’ajoutent les revendications de l’opposition démocratique de mettre fin aux solutions militaires, traduire en justice les responsables des massacres qui ont coûté la vie à des centaines de martyrs civils et militaires.

 

Seules de telles mesures pourraient mettre fin à la sédition confessionnelle qui devient de plus en plus concrète. Elles consolideraient aussi le front intérieur face à l’intervention impérialiste et remettraient la Syrie là où elle doit se trouver, dans le camp de ceux qui font face au projet du « Nouveau Moyen Orient » dont la phase actuelle vise, comme nous l’avons déjà mentionné, la liquidation de la cause palestinienne.

 

 

V- La situation libanaise

A la lumière des développements arabes et de la lutte pour le pouvoir


 

La situation arabe très critique, surtout en Syrie, et le rôle joué par les Etats-Unis et Israël ont remis le Liban dans l’œil du cyclone.

 

En effet, les Etats-Unis tentent de reprendre en main la carte libanaise et, ce, afin de l’utiliser dans des directions pouvant servir \leurs intérêts proches et futurs

 

La première direction est celle des négociations directes avec Israël, ce qui présuppose de mettre en cause les armes de la Résistance (et non seulement du Hezbollah), mais aussi d’accepter le projet de naturalisation des Palestiniens vivant au Liban, tel qu’il fut élaboré en 1993… Le but final étant de normaliser les relations libano-israéliennes.

 

La seconde direction est celle visant à faire pression sur la Syrie pour l’entraîner, elle aussi, vers les négociations directes avec Israël, en plus d’une certaine entente à propos de l’Irak et des sources d’énergie, tant celles provenant de la Caspienne que celle qui attendent d’être exploitées dans la partie orientale de la Méditerranée.

 

La troisième direction est celle visant à faire passer en douce la proclamation d’Israël – Etat juif, mais aussi de lui assurer la reconnaissance nécessaire. Ce qui veut dire que nous devons nous attendre à déflagrations militaires, contre le Liban notamment.

 

Tout cela dans le but de reconstituer la situation géopolitique dans la région, c’est-à-dire la troisième phase du « Nouveau Moyen Orient », à certains préfèrent donner le nom de « Nouveau Sykes-Picot ».

 

Pourquoi le choix de la carte libanaise ?

 

Parce qu’il assez facile de faire exploser le Liban sur des bases religieuses et confessionnelles, inhérentes à son régime politique et facilitées aujourd’hui par deux facteurs : l’accusation lancée par le Tribunal international pour le Liban contre certains membres du Hezbollah dans l’assassinat de l’ex président du Conseil Rafic Hariri et les frontières maritimes du Liban, puisqu’Israël a déjà fait son propre tracé qui dépossède le Liban de plusieurs centaines de km carrés et que des sociétés transnationales, étasuniennes surtout, tentent de mettre la main sur les centaines de milliards de dollars que représentent les gisements de gaz.

 

Il faut dire aussi que la situation intérieure actuelle facilite, elle aussi, les tentatives israélo-étasuniennes et autres. En effet, si les six premiers mois de l’année en cours furent caractérisés par un vide constitutionnel dû à l‘absence d’un gouvernement, la situation actuelle n’est pas meilleure, vu que le gouvernement formé par Najib Mikati, à partir d’une nouvelle majorité née de l’alliance des représentants de la bourgeoisie regroupés dans ce qu’on appelait « le 8 mars » ( Le Hezbollah, Aoun, le mouvement Amal, en particulier) et quelques représentants du « 14 mars » (représentés par le président du Conseil lui-même et Walid Joumblatt), regroupe parmi ses membres plus de six représentants de l’oligarchie financière, de ceux qui avaient participé à la mise au point des politiques économiques et financières qui ont appauvri la majorité des Libanais et relevé la dette publique à plus de 65 milliards de dollars.

 

Aujourd’hui, et par le fait de telles politiques, la moitié des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté et le taux des plus démunis (vivant avec quelques 60 dollars par mois) est passé de 8% à 13%. La majorité d’entre eux vivait de l’agriculture dont le rôle s’est dégradé.

 

C’est à partir de cette situation que nous avons étudié le projet présenté par le nouveau gouvernement, qui constitue, en réalité, une copie conforme de celui du gouvernement sortant. C’est un projet brumeux, surtout en ce qui concerne les réformes nécessaires, tant celle concernant la loi électorale que celles visant des changements sociaux dont, en particulier, la discrimination contre les femmes ou les salaires gelés depuis 1996. Sans oublier que rien n’est dit à propos de la sécurité sociale ou de l’enseignement public ou du chômage, surtout parmi les jeunes, ou, enfin, du poids lourd des impôts…

 

Quant à la situation économique, le programme ne sort pas des politiques appliquées du temps de Rafic Hariri au début des années quatre-vingt-dix du siècle passé et qui sont à la base de la crise étouffante dont souffre le Liban.

 

Nous publions ci-dessous certains indices qui ont paru à la suite des six premiers mois de 2011 :

 

a- Les finances publiques, la politique monétaire et le secteur bancaire


La Banque centrale libanaise continue à absorber, à des taux d’intérêts exorbitants, le surplus de liquidité dans le secteur bancaire. Cela a abouti, selon les dernières statistiques parues le mois passé, à une hausse des intérêts perçus par les banquiers et leurs riches clients, à cause du service de la dette publique au dépens des citoyens les plus démunis et qui se trouvent ainsi privés des services de base, dont l’ eau, l’électricité, la sécurité sociale et médicale.

 

En réalité, il y a 63982 milliards de l. l. gardée par la Banque centrale sous l’article « dépôts des banques commerciales ». le taux des intérêts perçus s’élève à 2,92% pour les dépôts en l.l. et 3,29% pour ceux en dollars. Le coût de ces sommes est très élevé et dépasse 500 millions de dollars au moment où les taux d’intérêt sur le plan mondial ne dépassent pas de beaucoup le zéro. De plus, la banque centrale a émis de nouveaux bons de trésor, à des taux d’intérêt allant jusqu’à 9,23% pour résorber l’excès de liquidité ; ce qui a donné de nouvelles possibilités aux banques pour gagner quelques 452 milliards de l. l.

 

Il faut dire, enfin, que les capitaux actuels des banques ont atteint, à la fin de mars passé, 122,5 milliards de dollars, c.a.d. 4 fois le produit national. De plus, les banques avaient financé une dette publique de plus de 65 milliards de dollars, à la fin de 2010, mais aussi des dépenses générales dépassant les 130 milliards durant les 15 années passées. Le déséquilibre dans ce domaine n’est pas le fait d’une seule institution. En effet, d’après la Commission parlementaire des finances et du budget, les « crimes financiers » furent commis par des conseillers nommés hors cadre et qui tiennent en main non seulement tous les fonctionnaires mais aussi les ministres ; ils suppriment des décrets et passent outre les décisions des directeurs généraux, accomplissant tout leur travail loin de tout contrôle. Notons aussi dans ce domaines les « donations » non enregistrées et les « emprunts » non enregistrés.

 

b- Les politiques contre l’économie productive


Les politiques économiques qui visent à marginaliser l’industrie et l’agriculture se poursuivent malgré la capacité de ces deux secteurs à attirer les capitaux et à créer de nouveaux emplois. Ces politiques sont le fait des banques qui trouvent que ces secteurs ne procurent pas assez de gains !

 

Dans le secteur industriel, les statistiques de la direction de la « Société générale pour l’encouragement de l’investissement » notent que, depuis 2003, l’industrie a bénéficié de 17% seulement de l’ensemble des projets appuyés par cette société, et son lot est de 12% de l’ensemble des investissements. D’ailleurs, l’industrie fait face à de nombreux problèmes, dont le plus important fut toujours le refus des différents gouvernements de diminuer le prix de revient de l’électricité, mais aussi du mazout et du fuel.

 

Quant au secteur agricole, il est toujours représenté comme étant un secteur économique secondaire ; conclusion erronée, puisque la production végétale dans ce secteur atteint le milliard de dollars et la production animale 500 millions de dollars. Quant au nombre de ceux qui y travaillent, il est à noter que 40 000 louent une partie des quelques 240 000 propriétés recensées, tandis que les ouvriers agricoles varient entre 22 000 et 25 000. ce qui fait que ce secteur fait vivre tant bien que mal (plutôt mal pour la grande majorité) quelques 260 000 familles.

 

c- Les leaders des taïfas planifient le vol des richesses découvertes en mer


Non contents d’avoir appauvri le peuple, les émirs des confessions religieuses au pouvoir tentent de lui voler les nouvelles richesses, le gaz surtout, découvertes dans les eaux territoriales libanaises.

 

Cette nouvelle source d’énergie est évaluée par la société étasunienne « Noble Energy » (qui œuvre avec le gouvernement israélien) à quelques 122 trillions de pieds cubes (le pied est égal à 0,028 mètre cube) ; elle se trouve dans la mer entre les eaux territoriales libanaises et celles de Chypres.

 

Mais le scandale vient du fait que le gouvernement et le parlement libanais tergiversent depuis longtemps et n’ont pas encore promulgué une loi concernant l’extraction de cette source d’énergie. En effet, depuis 2007, l’accord pour délimiter les frontières maritimes avec Chypres est bloqué, ce qui a permis à Israël de signer un accord bilatéral avec ce pays et de croquer quelques 5 km le long de la côte libanaise (ce qu’Israël appelle le champ de Léviathan).

 

d- Le téléphone cellulaire et l’électricité et les tentatives de privatisation


Une nouvelle tentative de privatiser les secteurs de l’électricité et du cellulaire vient de commencer. Elle se présente sous forme de retard à assurer les quelques 4,8 milliards de dollars nécessaires au plan quinquennal (2010-2015), dont 1,2 milliards seulement sont collectés ; à cela s’ajoute que la part du gouvernement ne dépasse pas les 31,2% tandis que celle des sociétés privées libanaises est de 51,1% contre 20,7 pour le financement extérieur.

 

e- Les monopoles et la corruption


Les libanais continuent à souffrir des problèmes de fraude, de nourriture avariée, des faux médicaments, mais aussi des gains exorbitants réalisés par des particuliers au dépens de leur santé et de leur vie et des impôts indirects que les gouvernements successifs leur imposent. Un exemple : les 215 tonnes de blé étasunien arrivés récemment au port de Beyrouth. Cependant, rien ne fut fait, comme d’habitude, pour punir les responsables… D’ailleurs, le « Conseil national pour la sauvegarde des consommateurs », créé il y 5 ans sous l’égide du ministère de l’économie, s’est réuni deux fois seulement, la dernière datant de 2009.

 

Tout cela nous ramène à poser une nouvelle fois le problème du mouvement populaire face à ces politiques réactionnaires qui approfondit la dépendance, tant politique qu’économique, du régime libanais au capitalisme mondial. Ce mouvement, regroupé sous le slogan « A bas le régime confessionnel » doit aller plus de l’avant face à ceux qui tentent de renforcer les divisions religieuses et confessionnelles à un point qui recommence à menacer non seulement l’unité nationale mais aussi l’existence même du Liban.


D’où la nouvelle phase de ce mouvement revêt une très grande importance, tant par les slogans qu’elle avance, et qui visent la loi électorale et la promulgation de statuts personnels civils, que par les forces ayant intérêt à faire le changement, en premier lieu le mouvement syndical et le mouvement progressiste et démocratique.


Les préparatifs vont bon train pour la tenue d’un congrès national regroupant toutes les forces politiques et sociales démocratiques ; parce qu’un tel congrès est la seule solution face à la bourgeoisie intérieure qu’à l’agression israélienne qui se prépare contre le Liban et ses forces de résistance. Ainsi, l’union qui se fera entre le facteur changement et celui qui vise à libérer ce qui reste des territoires occupés (les fermes de Chebaa et les hauteurs de Kfarchouba) constituera la seule base ferme sur laquelle le Liban indépendant, souverain et non confessionnel se reconstruira.

 

Fin juillet 2011

Le Comité des relations internationales du PCL

Le Parti communiste libanais analyse l'évolution de la situation au Liban mais aussi en Syrie et en Égypte: « Révolutions, contre-révolutions et ingérence impérialiste »
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Published by valenton rouge - dans Monde
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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 19:18

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dominos-20081012-183606.jpgPareilles aux images aériennes du front de tsunami avançant inexorablement vers une côté japonaise dont le sort est scellé, le déploiement de la crise financière depuis trois ans donne une impression d’irrésistible fatalité, avec en prime cette sorte d’incrédulité un peu stupide de dirigeants qui croient encore pouvoir tout sauver quand tout est déjà compromis. Un choc de la magnitude de la crise dite « des subprime », crise dont on ne redira jamais assez qu’elle a été celle de la finance privée, était voué à produire, via le canal du crédit, une récession dont les conséquences sur les finances publiques s’annonçaient désastreuses.

Plus encore impliquées dans la détention de titres souverains qu’elles ne l’ont été dans les titres privés hypothécaires, un choc massif dans l’un puis l’autre compartiment menace de mettre à bas tout le système des institutions financières. A ceci près que la puissance publique qui était encore disponible pour ramasser les morceaux du premier accident sera par construction aux abonnés absents si le second vient à survenir – ce qu’il est en train de faire. Et l’on admirera au passage cet élégant jeu de chassés-croisés privé/public (le sinistre des banques sinistre les Etats qui menacent de (re)sinistrer les banques) et Etats-Unis/Europe (les subprime, par récession interposée, ruinent les Etats européens qui, par la crise des dettes publiques, ruineront en retour le système bancaire étasunien (juste après l’européen), soit métaphoriquement : Lehman-Grèce-Goldman – ou le charme absolu de la mondialisation et de ses interdépendances qui rapprochent les peuples (dans le même bac à mouscaille).

Quand les agences font de la politique

Il n’est même pas certain que la dégradation de la note étasunienne ait suffi à produire le dessillement complet, mais quitte à ce que cette « fin » prenne encore quelque temps, on dira peut-être plus tard qu’elle aura trouvé ici son commencement symbolique. Standard & Poor’s pourrait donc bien avoir eu raison, mais pas du tout pour les raisons qu’elle imagine – probablement même exactement opposées à celles qu’elle allègue, non d’ailleurs sans difficulté pour les rendre présentables. A l’image de sa mise sous surveillance négative d’avril 2011, alors suivie en bon ordre par ses consœurs Moody’s et Fitch, il y a beau temps que les agences, en matière de notation souveraine, ne font plus d’analyse financière, mais bien de la politique. Tout au long du printemps, il s’agissait de mettre les pouvoirs publics étasuniens sous pression pour forcer la passation d’un compromis budgétaire (coextensif au relèvement du plafond de la dette). Pour avoir été finalement obtenu, mais in extremis et dans les pires conditions possibles, le résultat du Budget Control Act signé le 2 août n’a pas l’heur de plaire à Standard. Certes, l’agence s’emmêle un peu les crayons et, dans une première version de sa note, majore la dette à dix ans de 2 trillions de dollars puis, constatant son erreur, la déclare en fait négligeable et procède dans une deuxième version à un renversement souverainement ad hoc de son argumentaire pour expliquer que le problème n’est pas tant dans les chiffres que dans la situation politique étasunienne… C’était en fait déjà la raison avancée dans la note de mise sous surveillance négative d’avril dont le fond tient génériquement que le dissensus démocratique est un problème – et en effet : on ne sait pas à l’avance ce qui va en sortir ! A la vérité, ça n’est pas tant qu’on ne sache pas qui inquiète la finance que la possibilité qu’il sorte autre chose que ce qu’elle désire – un programme fermement anti-finance de marchés s’annoncerait-il comme issue certaine du débat démocratique, il y a tout lieu de croire que la finance n’aimerait pas cette certitude-.

Les Etats-Unis à leur tour dans la lessiveuse

Et pourtant, aux boulettes à deux trillions près, Standard pourrait bien avoir raison – mais pas du tout comme elle croit. Signalons rapidement que sa place dans la structure générale de la finance libéralisée, au point focal de la production de l’opinion collective, la dote des moyens d’avoir plus probablement raison que le commun des agents, en fait même de se donner raison, puisque les effets qui suivent d’une telle dégradation à grand fracas sont tout à fait susceptibles, indépendamment du bien-fondé de la dégradation en question, d’entraîner une série de réactions parmi lesquelles les séquences : 1) dégradation → tension brutale sur les taux → renchérissement du coût de la dette → détérioration de la situation budgétaire et emballement de la dette → tension supplémentaire sur les taux, etc. ; et 2) dégradation → austérité forcée → récession → détérioration de la situation budgétaire et emballement de la dette → austérité renforcée, etc. – I told you so ! triomphe alors l’agence.

La Grèce, l’Irlande, le Portugal ont connu tour à tour ces enchaînements fatals par lesquels l’opinion financière transforme des situations parfaitement gérables en inextricables crises. Voilà maintenant que les Etats-Unis sont invités à prendre leur place dans la lessiveuse. Bien sûr, toutes choses égales par ailleurs, les taux étasuniens résisteront mieux et plus longtemps que les autres, car, par sa profondeur, ses volumes de transactions et sa liquidité, le marché des Treasuries reste le biotope de la finance mondiale – qui est sans doute très capable de détruire son propre habitat, mais seulement après avoir rompu avec d’anciennes habitudes et que se soient dissipés les effets d’hystérésis de la croyance dollar. Par une incohérence typique de la finance, la chute présente des marchés d’actions étasuniens, entraînée par le remous sur la dette publique, a encore pour effet… un mouvement de report vers les bons du Trésor US, l’actif toujours réputé « sans risque » alors même que la dégradation signifie explicitement qu’il ne l’est pas !

Si, toutes choses égales par ailleurs, la première séquence vicieuse (par les taux) s’activera plus tardivement que pour n’importe quel autre pays, la seconde (par l’austérité) est d’ores et déjà enclenchée. Car l’avis de Standard a pour effet de constituer la situation de la dette publique étasunienne comme problème, c’est-à-dire comme objet de préoccupation, désormais inscrit dans les têtes de la finance – dont on ne sort pas facilement –, matière à commentaire kilométrique et à surveillance permanente, par conséquent : entrée dans un régime tout autre que celui de benign neglect où la politique économique étasunienne a jusqu’ici trouvé ses marges de manœuvre. C’est précisément ce régime de focalisation de l’attention financière qui, dans la situation présente de récession, jette les politiques économiques dans de parfaites impasses en exigeant d’elles d’impossibles réductions de ratio de dette, et ceci par le simple fonctionnement mécanique de la logique démente voulant qu’une fois qu’un « problème » a été déclaré, fût-il imaginaire, alors il lui faut impérativement une solution – mais, elle, réelle. Ces réductions sont impossibles à obtenir en effet car l’environnement de récession et (surtout) de politiques d’austérité généralisées rend toute tentative d’ajustement budgétaire autodestructrice, comme l’ont déjà expérimenté les Grecs et comme le feront à leur tour tous les pays européens… Il y avait matière à s’étonner l’an dernier que les Anglo-saxons (Etats-Unis, Royaume-Uni) fussent passés si facilement sous les écrans radars. Voici les Etats-Unis rattrapés, et le Royaume-Uni ne perd rien pour attendre, son tour viendra très vite.

Le chaos cognitif de la finance

Avec le concours des décideurs publics, incapables de penser autrement, la finance se trouve alors plongée dans une situation de parfait chaos cognitif en exigeant des politiques d’ajustement draconiennes, dont elle observe rapidement les effets désastreux (il n’aura pas fallu un an pour que le contresens soit avéré à propos du cas grec), à quoi elle réagit en exigeant d’approfondir cela-même qu’elle voit échouer ! Aussi les différents locuteurs autorisés de la finance demandent-ils tout et son contraire : ils veulent la rigueur sans faille mais exigent le redémarrage de la croissance. Le dernier rapport du FMI consacré à l’économie britannique [1] est de ce point de vue éloquent qui s’alarme de ce que la croissance en plein effondrement rend très improbable d’atteindre les objectifs affichés, qui va même jusqu’à établir un lien possible entre cette improbabilité et la restriction forcenée que le pays s’impose (comme les autres)… pour finir par lui recommander de surtout bien se tenir à sa présente ligne de conduite et de n’en pas dévier ! Ce genre d’aberration cognitive va devenir monnaie courante et l’on verra de plus en plus l’opinion financière – agences, FMI, presse économique – osciller entre ces demandes contradictoires sans être capable d’en tirer la moindre synthèse.

Car si la contradiction patente entre politiques d’austérité et relance de la croissance (qui en fait peut seule stabiliser les ratios Dette/PIB) est en effet intordable instantanément, elle pourrait cependant être résolue intertemporellement, mais à la condition bien sûr d’être capable de projection dans un horizon de moyen terme – c’est-à-dire de patience. La stimulation coordonnée relancerait les économies, moyennant d’abord une dégradation consentie des déficits et des dettes, mais temporaire seulement dès lors que les recettes fiscales reviendraient et stabiliseraient (par le dénominateur) le ratio Dette/PIB. Cette dynamique réenclenchée, il y aurait alors matière à réduire progressivement le dispositif de relance. C’est bien cette trajectoire que l’administration Obama avait l’intention d’emprunter… jusqu’à ce que les Républicains s’emploient à faire tout ce qu’il fallait de bruit pour faire prendre consistance à un « problème de la dette » s’imposant dès lors à l’agenda du débat public et à la préoccupation des marchés.

Gageons que même sans les Républicains, la finance toute seule aurait fini par se saisir du « dossier » car voilà bien sa caractéristique principale : quoiqu’elle soit souvent complaisamment présentée comme l’art de la projection temporelle par excellence, la finance de marché est la plupart du temps incapable de moyen terme. Aussi imaginer pouvoir conduire un ajustement macroéconomique sous sa surveillance, sans tout lui accorder ou sans le secours de circonstances externes favorables, est-il un rêve de singe.

L’entrée des Etats-Unis, et bientôt du Royaume-Uni, dans le club en expansion rapide des pays « à problème » a alors pour effet, en détruisant l’incarnation de « l’actif sans risque », de signifier symboliquement qu’il n’y aura bientôt plus nulle part de refuge offert au flight to quality, c’est-à-dire plus d’extériorité – nowhere to hide, comme disent les Américains –, et ceci même s’il faut sans doute attendre encore quelque temps pour que l’impasse de politique économique dans laquelle la dégradation vient de jeter les Etats-Unis commence à produire ses effets, c’est-à-dire à détériorer le ratio de dette publique et à « prouver » que, oui, il y avait bien, il y a bien, un problème !

Le néolibéralisme,
régime du surendettement généralisé

Maintenant que sont bruyamment signifiées, à propos du cas a priori le plus favorable, l’impossibilité de le régler dans un horizon de moyen terme et l’injonction sans appel d’aller se jeter dans l’impasse de l’austérité, la certitude de la catastrophe finale commence à se profiler. C’est sous cette perspective qu’il est plus judicieux de reformuler le problème général de la dette – mais évidemment en de tout autres termes : la mondialisation néolibérale va périr par la dette parce que, à l’encontre de l’idée reçue qui le présente comme la raison économique même, le néolibéralisme est fondamentalement le régime économique du surendettement généralisé. Dette des ménages, dette des institutions financières, dettes des Etats : la dette globale a monstrueusement explosé en vingt ans de mondialisation dans la plupart des pays : de 220 à 500 points de PIB pour le Royaume-Uni entre 1990 et 2010, de 130 à 370 points de PIB pour l’Espagne, de 200 à 350 points de PIB pour la France, de 200 à 280 points de PIB pour les Etats-Unis [2]…

La dette des ménages explose parce que seul le crédit leur permet de rester à flot pour leur consommation courante quand leur revenu est sous compression constante, du fait de la concurrence par les coûts du libre-échange et de la pression actionnariale à la rentabilité financière. La dette des institutions financière explose pour mobiliser l’effet levier et propulser les ROE (Return on Equity, rendement des capitaux propres). La dette des Etats explose sous l’effet du choc récessionniste occasionné par la crise financière, expression parfaite des désordres mêmes du néolibéralisme [3], mais surtout, en moyenne période, sous l’effet de la contre-révolution fiscale, un autre de ses produits typiques [4], qui réduit la contribution du capital et des plus fortunés. Vient forcément un moment où cette divergence proportionnelle n’est plus soutenable et où il n’y a plus d’autre solution que des annulations massives – nous en sommes là.

Il y aura alors une période plus ou moins longue de décomposition chaotique avant que la finance, et les gouvernements, ne se rendent à cette solution. La dégradation des Etats-Unis en est l’un des éléments, qui signifie à terme la perte de l’ancrage-référence de tous les portefeuilles d’actifs. Incidemment, le simple fait que des titres de dette (quels qu’ils soient) aient pu être tenus pour « l’actif sans risque » en dit long sur la voracité de la finance et le déplacement de normes qui s’en est suivi. Car normalement, l’actif sans risque ne peut offrir autre chose qu’un rendement… nul. Fut un temps – antérieur à la déréglementation financière – où seul le cash pouvait être authentiquement considéré comme « actif sans risque » – et encore, compte non tenu des pertes de valeur réelle éventuellement impliquées par une détérioration inflationniste de la monnaie. Mais être protégé du risque sans rien gagner, c’était bien trop peu pour la finance et ses nouveaux appétits. Du rendement, mais à coup absolument sûr, voilà le désir qu’elle a formé et dont elle a investi certains titres particuliers. C’était méconnaître la possibilité toujours ouverte de conjonctures financières dans lesquelles la clé de voûte du système général de la liquidité peut être emportée à son tour, sans qu’un remplaçant indiscutable et capable de tenir le même rôle, à la même échelle, ait émergé pour prendre la suite. Tous les modèles de mesure du risque et de contrôle de la solvabilité bancaire supposent cette référence de l’actif sans risque, mais que se passe-t-il quand celui-ci fait défaut ? Vers quoi d’autre se tourner ?

Quoiqu’il grimpe à des sommets, l’or n’est en aucun cas un actif de portefeuille au sens plein du terme : il n’est pas dématérialisé (ça n’est pas le tout d’acheter de l’or, il faut bien le stocker quelque part !), son marché n’est pas liquide car les transactions s’accommodent moins facilement des lingots que des écritures électroniques, et en fin de compte l’or n’est qu’une rémanence de fétichisme métallique, la ruée dont il est l’objet devant être surtout tenue pour un indicateur de l’extrême désarroi des investisseurs.

Les autres titres souverains ayant conservé leur triple-A ? Mais aucun n’offre un marché d’une surface comparable à celui des Treasuries. Et surtout : caparaçonnée d’une impeccable logique, la finance est en train de raisonner que si les Etats-Unis, qui étaient la meilleure signature du monde, ont été dégradés, alors les autres, qui étaient moins bons, doivent nécessairement être révisés à leur tour… La grande revue de détail de tous les triple-A (enfin, ceux qui restent) s’annonce donc et il ne devra pas manquer un bouton de guêtre. Mais, à ce compte-là, le défilé promet d’être maigrelet. Le candidat le plus sérieux à la dégradation est évidemment la France. Depuis le lendemain (boursier) de la dégradation, la scie du commentaire financier s’acharne sur le spread des bons du Trésor contre le Bund allemand, et chaque point de base supplémentaire écartant le premier du second est salué avec des frissons d’horreur et de jubilation mêlées – oui, la France n’est pas très populaire auprès de la finance anglo-saxonne. Or le drame dans cette affaire c’est que lorsqu’on est dans le collimateur de la « préoccupation » de la finance, on n’en sort plus : avoir été constitué par elle en « problème », c’est être voué par elle à avoir des problèmes…

Fin de partie en Europe

Dans le cas de la France, il faut bien reconnaître que cette construction n’est pas complètement dénuée de fondement. Car pour tous les remous survenus à la suite de la dégradation de la note étasunienne, il s’agirait de ne pas perdre de vue que, dans le paysage de la finance en implosion, la cause majeure demeure l’imbroglio européen. Dès l’origine, on pouvait identifier la malfaçon constitutive de l’EFSF (European Financial Stability Facility, le fonds de secours européen), qui consiste à fabriquer des surendettés futurs pour sauver les surendettés présents, quitte à croire aux propriétés magiques du bootstrapping à l’image du baron de Münchausen imaginant se sortir de la vase en tirant sur ses propres cheveux. Le vice congénital pouvait passer inaperçu tant qu’il s’agissait de secourir un petit nombre de « petits » pays et que la dilution de la contribution sur l’ensemble des participants à l’ESFS demeurait tolérable.

Mais d’abord, le nombre des petits pays a crû, certains comme la Grèce réclamant même un deuxième service, de sorte que le cumul des sommes à mobiliser a commencé à grossir. Et voilà surtout que s’annoncent deux sérieux candidats au bureau des pleurs : l’Espagne et l’Italie. Il est à craindre que le coup soit fatal pour l’EFSF qui enregistrera le choc des deux côtés de son bilan.

D’abord du côté de ses emplois, car le volume des opérations change d’un coup singulièrement de format. L’Espagne affiche un encours de dette souveraine de 638 milliards d’euros, et l’Italie de 1 840 milliards d’euros (données Eurostat, fin 2010), à comparer aux 328 milliards de la Grèce, 148 milliards de l’Irlande et 160 milliards du Portugal… et venant s’y ajouter ! Sachant que les plans « Grèce (1 et 2) », « Portugal » et « Irlande », représentent un engagement total de l’EFSF de 236 milliards d’euros [5], l’extrapolation à l’Espagne et à l’Italie du coefficient Concours EFSF / Dette publique calculé pour les trois précédents [6] aboutit à l’estimation (tout à fait grossière) d’un total d’engagement de l’EFSF de 1 150 milliards d’euros… The Economist, qui propose un autre calcul sur la base d’une hypothèse où l’EFSF aurait à couvrir les deux tiers des dettes maturant à l’échéance de 2015, arrive à une estimation d’environ 800 milliards d’euros [7] – toutes estimations à comparer à la capacité actuelle de l’EFSF de 250 milliards d’euros et à sa capacité rehaussée de 440 milliards d’euros (laquelle ne sera active que lorsqu’aura été satisfaite la condition de validation par tous les Etats-membres des décisions du sommet européen du 21 juillet 2011…).

La situation de l’EFSF n’est pas moins grave du côté de ses ressources. Car, par un délicieux effet de vases communicants, les entrants dans la colonne « à sauver » sont ipso facto des sortants de la colonne « sauveteurs » (garants). Le poids des garanties est alors à répartir entre ceux qui restent, et la clause initialement prévue par l’accord-cadre instituant l’EFSF selon laquelle toute sortie d’un contributeur se solderait par une réduction à due concurrence de l’enveloppe globale du fonds ne tient pas une seule seconde : il n’est question que de son insuffisance et de l’augmenter comme on peut. L’Espagne et l’Italie supposées passées du mauvais côté du guichet, ce sont évidemment l’Allemagne et la France qui apparaîtront pour les garants-en-chef [8], mais alors au prix de quelques inquiétudes quant aux dangereux cumuls d’engagements variés (liabilities) auxquels elles sont en train de se soumettre. Alors oui, la France doit déjà lutter pour conserver son triple-A envers et contre la progression de sa propre dette publique interne, mais que sera-ce quand, les défauts européens se succédant, les garanties seront appelées ?...

Or l’effet « collimateur-et-problème » n’est pas près de s’arrêter. Il l’est même d’autant moins que la gestion européenne de la crise depuis mars 2010 fait un parcours à peu près sans faute… de toutes les erreurs possibles à commettre. Juridisme (qui rend difficiles les décisions rapides – à l’image de la montée en puissance de l’EFSF qui devra attendre la rentrée), fractionnement décisionnel du fait du contexte institutionnel et intergouvernemental, et surtout divergences stratégiques profondes, d’où résultent conflits intestins, atermoiements et mauvais gré dans l’exécution. Ainsi l’ajustement des capacités de l’EFSF est-il l’objet d’une épuisante guerre de tranchées pour fléchir l’Allemagne. Mais le pire vient sans doute de la position de la BCE. On lui devait déjà l’invraisemblable psychodrame qui a précédé le sommet de juillet, lorsqu’il s’est agi de décider d’un second paquet grec et qu’elle s’est opposée autant qu’elle l’a pu à toute formule d’implication des créanciers. On lui doit maintenant ses hésitations à endiguer l’extension de la crise souveraine à des débiteurs, l’Espagne et l’Italie, dont on est au moins bien certain qu’ils feront sauter tout le dispositif européen si jamais ils viennent à tomber.

La Banque centrale en effet est la seule à pouvoir se mettre en travers d’une dynamique spéculative naissante, comme celle qui est déjà en train de prendre à parti les taux italiens et espagnols (belges également). Or on ne saurait davantage traîner les pieds que la BCE dans cette affaire-là, en faisant savoir qu’elle n’entendait offrir qu’une solution aussi transitoire que possible avant que l’EFSF « augmenté » soit en charge des opérations de rachats sur les marchés secondaires. Confier des opérations d’intervention et de soutien de cours à un fonds est pourtant le plus sûr moyen d’échouer, car, par définition, un fonds a des ressources limitées, incapables de faire face aux masses de capitaux mobilisables par la communauté des investisseurs, et qu’il s’en trouve bon nombre parmi ceux-ci qui n’ont pas d’autre idée que d’aller « tester » la capacité de l’« intervenant » et de l’amener aux limites. Seule une banque centrale, en tant qu’elle est capable de mobiliser des moyens par définition illimités, est capable d’intimider la spéculation qui sait dès le départ qu’elle n’en verra pas le bout. Le retard à intervenir, le contrecœur manifeste avec lequel elle le fait, et pour finir l’annonce de son retrait programmé : tout concourt à miner le rempart indécis élevé par la BCE pour protéger l’Espagne et l’Italie, comme si personne ne semblait avoir conscience parmi les décideurs européens que nous sommes pour ainsi dire à la dernière station avant l’autoroute – soit en parcourant de l’aval à l’amont les enchaînements prévisibles du désastre : que l’Italie et l’Espagne sautent et tout saute ; que la spéculation contre leurs dettes souveraines ait pris tant soit peu d’ampleur et elle sera inarrêtable ; que les « autorités européennes » ne fassent pas tout pour tuer la spéculation naissante et elle passera le seuil critique…

L’illusion du « miracle fédéraliste »

Légèrement transpirants, les euro-réjouis, ceux-là mêmes qui ont répété pendant deux décennies que l’Europe n’avait rien de libéral, qu’elle était même le bouclier contre la mondialisation, que jamais main de l’homme n’avait produit construction institutionnelle si merveilleusement agencée, fondent leurs derniers espoirs d’éviter la ruine finale sur un miraculeux sursaut politique qui au tout dernier moment accoucherait enfin du « fédéralisme ». Mais cet espoir-là ne vaut pas mieux que tous ceux qui avaient précédé. Car le fédéralisme raisonnablement à portée de main politique sera encore très incomplet – le plus probablement consistera-t-il en la fusion des dettes publiques européennes, ou d’une part d’entre elles, en eurobonds communs et indifférenciés.

Mais c’est faire l’hypothèse héroïque que les marchés oublieraient instantanément que sous la surface commune des eurobonds se tient toujours une pluralité d’émetteurs d’inégales signatures. Les investisseurs savent encore faire la différence du tout et de ses parties, à plus forte raison quand le tout ne peut offrir qu’un degré d’intégration limité et demeure hautement composite. Aussi des eurobonds n’empêcheraient-ils nullement que les analystes continuent de guetter les déficits de la Grèce, du Portugal, de l’Italie, etc. Dira-t-on que les parties seront soumises à de rigoureuses règles encadrant leurs politiques économiques ? Mais c’est redécouvrir exactement l’actuel problème de la zone euro, qui s’est déjà dotée de telles règles… avec le succès que l’on sait. Voudra-t-on imposer d’irréfragables « règles d’or » à tous les Etats-membres ? Mais c’est oublier que, dans des circonstances telles qu’une crise financière géante, la « règle d’or » n’est que la forme constitutionnalisée de l’austérité autodestructrice. Quant à l’idée que l’inscription dans les textes sacrés vaudrait certitude granitique d’application, il suffit d’en parler aux Argentins, qui ont envoyé paître leur currency-board en 2002, tout constitutionnel qu’il fût, pour ne pas même évoquer les multiples offenses dont les traités européens sont déjà silencieusement l’objet.

Mais surtout : pour que le « saut fédéral » soit à la hauteur du problème, il faudrait bien davantage, et notamment une intégration si poussée qu’elle ne laisserait aux nations membres qu’une importance financière résiduelle, le poids relatif de l’Etat fédéral et des Etats fédérés basculant jusqu’à atteindre des proportions équivalentes à celle des Etats-Unis, ou de l’Espagne dans ses rapport avec ses régions – et encore : une possible déconfiture des munibonds, ces titres émis par les Etats et les collectivités locales des Etats-Unis, ne manquerait pas d’attirer l’attention sur l’alourdissement supplémentaire de la dette fédérale, de même que les déficits des régions sont en train de devenir un motif de préoccupation pour les investisseurs exposés aux titres souverains espagnols. Mais qui peut imaginer le surgissement d’un Etat fédéral européen pesant budgétairement autant que les Etats-membres réunis (comme aux Etats-Unis) avec tout ce qu’il appelle de progrès politiques : de vraies institutions politiques fédérales, la constitution d’une citoyenneté politique européenne unique, primant sur les citoyennetés « locales », etc., seules avancées capables de soutenir une politique financière commune ? Ou, plus exactement, qui peut imaginer que ce qu’il faut bien nommer par son nom : un authentique processus constituant, puisse survenir avant que nous ne finissions au milieu des ruines fumantes ?

Par où la sortie ?
Création monétaire et révolution institutionnelle !

Il faut s’y faire : les ruines fumantes, l’insuffisance générale des dynamiques politiques européennes, nous y conduit tout droit. Si l’Espagne et l’Italie basculent, adieu Berthe ! L’EFSF saute comme un bouchon de champagne, la spéculation se déchaîne contre toutes les dettes souveraines, plus aucun dispositif ne peut l’enrayer, une série de défauts importants devient quasi-certaine, les systèmes bancaires européens, puis étasunien, s’écroulent dans un fracas qui fera passer la chute de Lehman pour une animation d’ambiance. Rendu à cette extrémité, il n’y a plus qu’une voie de recours : on ne sortira de pareil effondrement que par une opération de création monétaire inouïe et tout ça se finira dans un océan de liquidités.

Incapables de faire face à leurs engagements de paiement interne, les Etats qui sont en déficit primaire se tourneront vers la banque centrale pour financer leur solde. Mais, sans même s’attarder à la lettre des traités, la BCE est-elle capable de répondre favorablement à une demande de ce genre ? Poser la question c’est y répondre. Tout l’habitus du banquier central européen s’y oppose. Dans ces conditions, les pays concernés reprendront barre sur leur banque centrale nationale, de fait extraite du SEBC (le Système Européen de Banques Centrales), pour lui faire émettre des euros en quantité ad hoc. A ce moment précis, constatant l’apparition dans la zone euro d’une source de création monétaire anarchique, affranchie des règles du SEBC, donc susceptible de mélanger ses euros impurs aux euros purs (et par là de les corrompre), l’Allemagne considérera que le point de l’intolérable a été atteint et, faute d’avoir les moyens d’exclure le(s) contrevenant(s) [9], jugera que sa propre conservation monétaire lui fait devoir de quitter les lieux. Fin du voyage pour l’euro, en tout cas dans sa forme originelle.

Mais la création monétaire massive sera également nécessaire pour ramasser les banques effondrées, puisque cette fois-ci, par construction, il ne faudra pas compter sur les bonnes grâces des finances publiques… Recapitalisation et garantie des diverses catégories de dépôts (sous un certain plafond, par là doté de bonnes propriétés de justice sociale : il y a des très riches qui vont beaucoup perdre…) se feront par émission monétaire.

La garantie des dépôts n’entraîne d’ailleurs pas nécessairement une création monétaire nette : s’agissant des dépôts à vue, elle viendrait simplement compenser la destruction monétaire qui suivrait de l’effondrement des banques et de la perte des encaisses en comptes courants. S’agissant des produits d’épargne, la garantie, si elle est crédible, n’a pas à être tirée : la banque n’était qu’un intermédiaire, si les comportements des déposants restent stables (comprendre : ne versent pas dans le run bancaire), il suffit d’attendre normalement l’arrivée à maturité des créances sur les débiteurs finaux (les agents à qui les fonds épargnés avaient été passés) pour que se débouclent toutes ces opérations sans qu’il soit besoin d’intervenir [10]. Quant aux recapitalisations bancaires, elles peuvent se faire par le truchement même des concours que la Banque centrale devrait de toute manière accorder aux banques privées pour les maintenir dans la liquidité : au lieu que ces concours prennent la forme usuelle de crédits, il consisteraient en avances non remboursables dont la contrepartie serait des titres de propriété, inscrits comme participation au bilan de la Banque centrale et comme fonds propres à celui des banques privées. Sous ces deux précisions, il en restera sans doute encore pour hurler au désastre de la création monétaire. On leur demande simplement d’essayer de se figurer la situation dans laquelle toutes les banques sont écroulées et les finances publiques définitivement incapables d’y remédier – puis de déclarer ce qu’ils auraient d’autre à proposer.

Par une ironie dont l’histoire a le secret, le néolibéralisme pourrait donc bien mourir par sa dénégation préférée : la dette – dont il n’a cessé de crier les dangers… quand tous ses mécanismes conduisaient à son emballement généralisé. La création monétaire massive n’est pas une perspective réjouissante en soi. Mais lorsqu’il ne reste plus qu’elle pour extraire un corps social du dernier degré de la ruine – et il ne faut pas douter que l’effondrement bancaire total nous ramènerait en quelques jours à l’âge de pierre –, lorsque, donc, il ne reste qu’elle, il ne faut ni en diminuer les possibilités ni en exagérer les périls.

Mais l’essentiel est ailleurs : il est dans le fait que jamais un groupe d’intérêt aussi puissant que celui qui s’est constitué autour de la finance lato sensu ne renoncera de lui-même au moindre de ses privilèges, et que seuls peuvent le mettre à bas la force d’un mouvement insurrectionnel – puisqu’il est bien clair par ailleurs qu’aucun des partis de gouvernement nulle part n’a le réel désir de l’attaquer –, ou bien la puissance dévastatrice d’une catastrophe que son système aura lui-même engendré. A l’évidence, c’est cette dernière hypothèse qui tient la corde, et puisqu’elle déploie maintenant ses effets avec la force de fatalité du tsunami évoqué en ouverture, il ne reste plus qu’à attendre qu’elle accomplisse pleinement ses virtualités… pour en tirer le meilleur parti : reconstruire les institutions de la création monétaire souveraine [11], avec tout ce qu’elle suppose et de possibilités rouvertes et aussi de rigoureux encadrements [12] ; réinventer des structures bancaires qui à la fois échappent aux prises d’otage de la banque privée et dépassent la forme « nationalisation » vers un système socialisé du crédit [13] ; réduire au minimum minimorum la structure des marchés de capitaux pour lui ôter tout pouvoir de nuisance et d’usurpation [14]. Soit, sur les ruines, enfin tout rebâtir.

Notes

[1] IMF Country Report n° 11/220 (PDF), juillet 2011.

[2] McKinsey Global Institute, « Debt and deleveraging. The global credit bubble and its economic consequences – updated research » (PDF), 2011.

[3] Voir Frédéric Lordon, Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, épilogue, Raisons d’agir, 2008.

[4] Voir sur ce blog « La dette publique, ou la reconquista des possédants », 26 mai 2010.

[5] 45 milliards pour l’Irlande, 52 milliards pour le Portugal, 80 milliards pour Grèce-1, 59 milliards pour Grèce-2 (qu’on estime grossièrement à partir du total du paquet Grèce-2 de 109 milliards dont on retranche les 28 milliards de recettes de privatisation, soit 81 milliards d’euros, auxquels on applique un « coefficient de participation » des institutions européennes égal à celui de Grèce-1 – ce dernier était de 80/110, les 30 résiduels étant pris en charge par le FMI).

[6] Ce coefficient moyenné sur la Grèce, le Portugal et l’Irlande est de (45 + 52 + 80 + 59)/636, soit 0,37.

[7] « Bazooka or peashooter », The Economist, 30 juillet 2011.

[8] Dans la configuration originelle de l’EFSF (mai 2010), elles portaient déjà respectivement 27% et 20% du total des garanties.

[9] Puisque, curieusement, le traité de l’UE ne contient aucune disposition permettant l’exclusion d’un Etat membre.

[10] Evidemment, il y aura création monétaire nette à concurrence de la part des épargnes ayant pour contrepartie le débiteur souverain puisque celui-ci aura fait défait sur sa dette.

[11] Et cela quelle que soit la circonscription territoriale de cette souveraineté. A propos de ce débat, voir sur ce blog « Qui a peur de la démondialisation ? », 13 juin 2011, et dans Le Monde diplomatique d’août, actuellement en kiosques, « La démondialisation et ses ennemis ».

[12] Voir sur ce blog « Au-delà de la Grèce : déficits, dettes et monnaie », 17 février 2010.

[13] Voir sur ce blog « Pour un système socialisé du crédit », 5 janvier 2009 (également in La Crise de trop, Fayard, Paris, 2009).

[14] Voir sur ce blog « Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières », 23 avril 2008 (également in Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Raisons d’agir, Paris, 2008) ; et aussi « Si le G20 voulait... », 18 septembre 2009.

 

http://blog.mondediplo.net/2011-08-11-Le-commencement-de-la-fin

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Published by valenton rouge - dans Monde
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