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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 12:04

 

À l’occasion du 63e anniversaire de la Libération, entretien avec André Carrel, président de l’Association nationale de la Résistance.

Comment s’est fait votre engagement au sein de la résistance ?

André Carrel. Ma mère était au Parti communiste et a fait partie de la première délégation qui s’est rendue en Union soviétique. Naturellement, après mon bac, j’ai adhéré aux Jeunesses Communistes en 1933 puis au Parti. Lorsque la guerre a éclaté, j’étais journaliste au Peuple, journal de la CGT, tiré à l’époque à 200 000 exemplaires. J’ai été mobilisé dans un régiment hippomobile. J’avais gardé des contacts avec le Mouvement mondial de la jeunesse, dont j’avais été un des dirigeants et j’ai eu la chance de rencontrer par hasard le Dr Victor Laffitte en septembre 1940. J’ai ainsi pu reprendre contact avec les membres du Parti et j’ai intégré l’office spécial pour surveiller les Allemands.

Quelles étaient les actions ?

André Carrel. Je diffusais les tracts et je surveillais les mouvements qui pouvaient s’opérer. Il venait d’y avoir une rafle monstre et de nombreuses arrestations en Seine-et-Marne. J’ai donc été transféré là-bas pour remettre sur pied le Front national. À l’époque la Seine-et-Marne était un point névralgique. C’est là qu’arrivaient les trains d’Allemagne. J’y suis resté un an jusqu’au jour de l’arrestation par les Allemands de l’écrivain Streber. On m’a nommé à sa place pour représenter le Front national au Comité parisien de la Libération (CPL).

Quelle était la fonction du Front national ?

André Carrel. Le Front national a été constitué grâce à l’action d’André Tollet, son président. Ce dernier a également réussi à réunir les représentants de la plupart des organisations de résistance clandestines à Paris. Il y avait les républicains avec Léo Hamon, les gaullistes avec Mme Lefaucheux, dont le mari avait été déporté, Albert Rigal pour le PCF, Tollet pour les syndicats et moi pour le Front national. Il a ainsi monté le CPL en accord avec le Conseil national de la Résistance (CNR). La première réunion a eu lieu en 1943 dans un appartement, au-dessus duquel habitait Céline ! Nous avons eu beaucoup de discussions mais nous avons pu maintenir le CPL jusqu’au déclenchement de l’insurrection de la région parisienne. Pour ma part, j’avais comme charge essentielle les questions militaires ainsi que les liaisons avec les FFI, les FTP et le CNR.

De quoi étiez-vous chargé pendant ce mois d’août 1944 ?

André Carrel. Le bureau du CPL m’avait confié une mission très compliquée : transformer la police parisienne en police patriotique. Après toutes les arrestations qu’ils avaient faites, vous imaginez les difficultés ! Pour déclencher la grève générale de la police, il a fallu prendre contact avec des colonels de la gendarmerie et de la police. Nous avons pu transformer cette masse qui, jusque-là, avait comme seul objectif d’arrêter les patriotes et de les mettre dans les mains de la gestapo. Il ne faut pas oublier qu’en août 1944, les départs de déportés de la région parisienne continuaient. La grève a eu plus de succès dans les branches les plus « ouvrières » de la police. Puis elle s’est généralisée lorsque les Allemands ont volé des armes à des commissaires de police en Seine-Saint-Denis.

Ce mouvement s’est aussi cristallisé dans la manifestation du 14 juillet 1944 dont les flics n’ont pas empêché la tenue. Cet événement montrait à quel point la population était prête mentalement pour une insurrection. D’autant plus que le 6 juin 1944, il y avait eu le débarquement des alliées en Normandie et que de Gaulle était à Bayeux.

Concernant la mise en place de l’insurrection, quelles étaient les consignes ?

André Carrel. Le CPL a lancé un appel à toutes les entreprises de la région parisienne afin de créer des milices patriotiques pour neutraliser les Allemands. Nous avons eu de nombreuses discussions avec Rol-Tanguy pour savoir si nous étions prêts à lancer le mot d’ordre de l’insurrection. En tant que dirigeant des FFI, il était d’accord. Je me suis ensuite rendu avec Tollet à la réunion du CNR où unanimement le CPL et le CNR ont déclenché l’insurrection. À peine avait-on fini d’écrire l’appel, qu’on entendait déjà des coups de feu dans les rues. La reprise des mairies a été un événement considérable. Il y avait un double mouvement : mettre les Allemands à la porte et revenir sur Vichy.

Où étiez-vous le jour de l’insurrection ?

André Carrel. La direction du Front national, du Parti communiste et des FTP étions retranchés à Montfermeil. Nous avions décidé de ne pas prendre les zones officielles pour éviter la répression allemande. Sauf que Léo Hamon et quelques autres ont décidé de prendre l’Hôtel de Ville. Lorsqu’il est entré, d’autres s’y étaient déjà infiltrés. Il nous a appelés et nous sommes rentrés à quatre pattes avec Tollet dans l’Hôtel de Ville. Nous nous sommes installés là. Nous avons mis en place une série d’opérations pour garder des liens avec les mairies reprises, les policiers et les groupes de résistance. Les avant-gardes de l’armée Leclerc sont arrivées. J’ai accueilli le capitaine Dronne. L’insurrection a été ainsi dirigée depuis l’Hôtel de Ville. Cet élan national, exceptionnel, doit être raconté, en particulier aux jeunes générations. Il est essentiel de leur expliquer ce qu’a été la Résistance car elle fait partie de leur histoire et de l’histoire de France.

 

Au cœur de la Libération de Paris, André Carrel, Éditions sociales, 1994.

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 11:53

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 11:46

arton6039-823a2.jpgÇa y est ! Depuis le 21 juillet on est sauvés !
Enfin c’est eux qui le disent. Eux, Sarkozy, Merkel, Trichet…

La Grèce est sauvée, l’euro est sauvé, « l’Europe » (le continent ? l’Union de 27 pays ? les 17 pays de la zone euro ? on ne sait pas bien de quoi ils parlent) elle aussi est sauvée et donc selon eux, de ce fait, nous sommes tous sauvés.

On a évité la catastrophe...parait-il

Imaginez un peu qu’il n’y ait pas eu ce plan… « d’aide » à la Grèce : cela aurait été une catastrophe nous disent nos « sauveurs ».
Sans les 109 milliards d’euros prêtés à la Grèce, (qui s’ajoutent aux 110 de l’an passé qui n’avaient pas suffi [1]) que se serait-il passé ? Je ne suis pas économiste mais si j’ai bien compris les explications des experts en sauvetage et notations que les médias nous envoient, la Grèce, en fait l’état grec aurait été en défaut. Et alors ? Eh bien il n’aurait pas pu payer ! Et payer qui ?

  Les banques qui ont prêté (à 5,5% [2]) à la Grèce de l’argent qu’elles ont emprunté à 1% à la BCE. Avec un défaut de paiement elles auraient dû rogner leurs profits…records depuis la crise . Franchement ça vous ennuie vous ?

  Les commandes passées auprès de ce que l’on nomme pudiquement les investisseurs étrangers. Pour ne prendre qu’un exemple…presque au hasard, en défaut de paiement l’état grec (et non la Grèce dont le peuple dit quotidiennement depuis des mois qu’il ne veut pas payer une dette qu’il n’a pas contractée), cet état donc ne pourrait pas payer à la France 2,5 milliards pour 6 frégates [3], 2,1 milliards pour 15 hélicoptères Puma [4] et 4 milliards pour 40 Rafale (l’avion invendable que notre sauveteur en chef voudrait bien vendre enfin à un pays autre que le nôtre) …soit un total de 8,6 milliards [5] 15 milliards de prêt d’argent public pour 8,6 milliards de recettes d’argent privé…c’est plutôt un bon calcul pour Dassault et consorts qui se révèlent dans cette affaire les vrais secourus de l’opération.  [6] Franchement si l’état grec ne peut acheter des armes françaises cela est plutôt de nature à nous rassurer, non ?

C’était la seule solution disent-ils

J’entends déjà d’ici des gens des milieux autorisés me dire qu’on voit bien que je ne suis pas économiste et qu’avec mes raccourcis simplistes je propose des solutions irréalisables. Oui mais alors que s’est-il passé en Argentine en 2001 où le pays est tombé en faillite suite à sa décision d’aligner sa monnaie, le peso, sur le dollar, sans pouvoir intervenir sur celui-ci…un peu comme l’euro qui a remplacé le drachme, la monnaie grecque ?

Eh bien l’Argentine a repris sa souveraineté sur le peso (tiens, tiens !) en cessant de l’aligner sur le dollar et s’est déclarée en défaut de paiement, c’est-à-dire qu’elle a refusé de payer, les capitaux et les intérêts de la dette. Elle a imposé aux investisseurs étrangers un plan de réduction de celle-ci et finalement 75% d’entre eux ont fini par accepter les conditions de l’état argentin. Bien sûr plusieurs grands groupes ont tenté le chantage à l’emploi en abandonnant les unités de production arguant que l’état argentin les avait contraints à la faillite. Dans de nombreuses entreprises les salarié-e-s ont alors repris la production et aujourd’hui 10 000 salarié-e-s travaillent dans des entreprises autogérées. Quelques entreprises autogérées ont été maintenant acquises légalement, d’autres sont toujours occupées par les employés sans statut légal. Le gouvernement argentin étudie actuellement une loi d’expropriation qui permettrait le transfert légal des usines occupées aux travailleurs.

Donc aux « experts » qui, lorsque vous leur parlez de non paiement de la dette, vous disent d’aller vous faire voir chez les grecs, répondez leur d’aller se faire voir chez les argentins.

La réalité c’est qu’entre le peuple grec et les institutions financières les gouvernements ont choisi d’épargner ces dernières.

Leur solution à eux c’est quoi ?

Leur solution c’est que les pays s’acquittent à tout prix de leurs dettes en faisant payer les peuples : casse protection sociale, services publics…etc. Cela le peuple grec et les autres l’ont bien compris…

Mais est ce que d’un point de vue strictement économique, dans leur vision à eux et sans se préoccuper du social, leur solution en est une ? Eh bien pas du tout !

En fait leur sauvetage miracle c’est la mise en œuvre d’un fonds européen dont les états de la zone euro sont actionnaires. Ce fonds, abondé donc par chaque état (80 milliards pour la France), prête moyennant garanties à l’état en difficulté [7]. C’est ce fonds qui intervient pour la Grèce [8]

Ce fonds, le FESF exige de chaque état une garantie de 165% du montant du prêt que celui-ci accorde. Ainsi la décision de l’état français de prêter à l’état grec 15 milliards nous engage tous en tant que contribuable à hauteur de 15 milliards X par 165% = 25 milliards. C’est facile de prêter avec notre argent….

Donc pour résumer, leur solution c’est de prêter de l’argent à un état qui est déjà surendetté.

Drôle de solution qui, si on l’appliquait à un particulier qui est en surendettement, passerait pour de l’acharnement thérapeutique économique… et au final, pour un remède pire que le mal [9]. Mais il y a encore pire car les prêteurs sont eux-mêmes surendettés !

Si on a bien compris la crise qui menace toute la zone euro vient de ce que la Grèce est trop endettée. Un pays, qui ne représente que 1,8% du PIB total, peut donc à lui tout seul faire chuter tout l’édifice économique de cette union !

Les chiffres donnés par les médias le sont toujours en pourcentage du PIB faisant apparaître la Grèce dans le peloton de tête des mauvais élèves (on remarquera que la France 4ème n’est déjà pas bien placée pour donner des leçons !)

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Mais si on considère le total des sommes dues par pays et par l’ensemble de l’union, alors là leur plan n’apparaît plus du tout comme une solution mais comme une fuite en avant.

Les chiffres du tableau ci-dessous sont ceux de 2010, donc avant que leur fameux plan ne vienne encore aggraver l’endettement général.

 

 

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source Eurostat

Non seulement la Grèce n’est pas le seul pays endetté mais d’autres le sont dans des proportions encore plus importantes. Ainsi la dette de la France est près de 5 fois supérieure à celle de la Grèce et la France et l’Allemagne totalisent à elles seules plus de 28% de la dette de la zone euro !...

On n’en a donc pas fini et déjà ils nous préparent le coup sur l’Espagne et l’Italie.

Je ne sais pas vous mais moi c’est dans ces moments là que je repense à un certain Karl qui disait que le capitalisme est un système historiquement condamné.

 
Post Scriptum :

En document joint le rapport complet de Eurostat à partir duquel ont été réalisés les graphiques.

[1] non seulement ils n’ont pas suffi mais la dette a continué de grimper

[2] ce taux a été revu par deux fois à la baisse, il est actuellement à 3,5% ce qui laisse aux banques une marge encore considérable de profits et la baisse prouve que quand on veut on peut !

[3] commandées en 2010

[4] déjà vendus

[5] Sur ce sujet plusieurs articles sont parus dont entre autre celui de Rue 89 : en l’absence de données officielles et pour cause ! tous arrivent aux mêmes chiffres

[6] Faut il rappeler au passage qu’avec 6 milliards et 2,8% du PIB en 2010, l’état grec est le 1er pays de l’UE et le 2ème de l’OTAN pour le budget de l’armement et qu’il est également le 3ème client de la France dans ce domaine…ce qui est une des causes de l’endettement du pays bien plus que le niveau de vie des travailleurs grecs et dont nos ministres se gardent bien de parler.

[7] en fait la création de ce fonds permet de contourner une disposition européenne qui interdit à un état de venir directement en aide à un autre état. Conception assez particulière de la solidarité dont ils nous rebattent les oreilles

[8] On ne va pas parler ici de « l’engagement volontaire » du privé qui serait à tout casser de 30 milliards sur les 350 milliards nécessaires pour la dette grecque

[9] D’autant que tout le monde sait que la Grèce ne pourra pas s’acquitter de la totalité de sa dette et payer indéfiniment

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 11:39

arton14333-46a71.jpgIl n’y a pas beaucoup de sujets dans l’histoire des Etats-Unis – à part, peut-être, l’esclavagisme – aussi chargés que celui des bombes atomiques sur le Japon. Était-ce nécessaire ? Le simple fait de poser la question provoque indignation et même colère. Prenez l’exemple des cris d’hystérie qui ont provoqué la fermeture de l’exhibition au (musée) Smithsonian en 1995 qui avait simplement osé poser la question, cinquante ans après les faits. Aujourd’hui, onze ans plus tard, les états-uniens ont encore des problèmes pour faire face à la réalité.

Mais la colère n’est pas un argument. L’hystérie ne se substitue pas à l’Histoire. La décision de lancer la bombe a été passée au filtre de l’appareil à fabriquer des mythes états-unien et a été transformée en tout et n’importe quoi, y compris en une sorte d’acte de préservation des Japonais de la part des Etats-Unis, comme si l’incinération de 200 000 êtres humains en une fraction de seconde pouvait constituer en quelque sorte un acte de bonté.

Et pourtant la question revient sans cesse, et c’est une bonne chose : le lancement des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki était-il une nécessité militaire ? La décision était-elle justifiée par l’urgence de sauver des vies ou y avait-il d’autres motivations en jeu ?

La question de la nécessité militaire peut être rapidement écartée. « le Japon était déjà vaincu et les bombes n’étaient absolument pas nécessaires. » Ces paroles ne sont pas celles d’un révisionniste ou d’un écrivain gauchiste. Ce ne sont certainement pas les paroles d’un anti-américain primaire. Ces sont les paroles de Dwight D. Eisenhower, Commandant suprême des forces alliées en Europe et futur président des Etats-Unis. Eisenhower savait, comme toute la hiérarchie militaire des Etats-Unis, qu’au milieu de l’année 1945 le Japon était sans défense.

Après la destruction de la flotte japonaise dans le golfe de Leyte en 1944, les Etats-Unis pouvaient bombarder sans risque les villes japonaises, y compris des bombardements incendiaires dantesques sur Tokyo et Osaka. C’est ce que le général en commande des forces aériennes des Etats-Unis, Henry H. Arnold, voulait dire lorsqu’il observa que « la situation des Japonais était sans espoir avant même le largage de la première bombe atomique parce que les Japonais avaient perdu le contrôle de leur propre espace aérien. » De plus, sans leur flotte, les Japonais, pauvres en ressources, avaient perdu la capacité d’importer les aliments, le pétrole, les fournitures industrielles indispensables pour mener une guerre mondiale.

Suite à l’évidente futilité de toute résistance, les Japonais avaient pris contact avec les Russes pour tenter de négocier la fin de la guerre. Les Etats-Unis savaient déjà depuis longtemps décoder les messages japonais et savaient donc que les Japonais cherchaient depuis des mois à déposer les armes.

L’amiral Chester W. Nimitz, Commandant en Chef de la flotte US du Pacifique, fit écho à cette réalité lorsqu’il écrivit, « En fait, les Japonais avaient déjà avoué leur défaite, la bombe atomique n’a joué aucun rôle sur le plan strictement militaire. » L’Amiral William D. Leahy, chef de cabinet du Président Truman, a dit la même chose : « L’emploi des (bombes atomiques) sur Hiroshima et Nagasaki n’était d’aucune utilité dans la guerre contre le Japon. Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre. »

Les autorités civiles, et plus particulièrement Truman en personne, tenteront plus tard de récrire l’histoire en affirmant que les bombes ont été larguées pour sauver des millions de vies états-uniennes. Mais il n’y tout simplement rien à l’époque qui puisse le confirmer. Au contraire, le document « US Strategic Bombing Survey » indiquait que « certainement avant le 31 décembre 1945, et probablement même avant le 1er novembre 1945, le Japon se serait rendu même si les bombes atomiques n’avaient pas été lancées. » La date du 1er novembre est importante parce que les Etats-unis ne pouvaient pas organiser un débarquement au Japon avant cette date.

En d’autres termes, l’opinion unanime et générale des officiers supérieurs les mieux informés de l’armée US est sans équivoque : il n’y avait aucune urgence militaire pour larguer des bombes atomiques sur le Japon.

Mais si les bombes n’étaient pas justifiées sur le plan militaire, pourquoi ont-elles été employées ? La réponse se trouve en filigrane dans l’attitude des Etats-Unis envers les Russes, comment la guerre a pris fin en Europe et la situation en Asie.

Depuis le début, les dirigeants états-uniens détestaient le gouvernement Russe. En 1919, les Etats-Unis ont mené une invasion de la Russie – la fameuse « Contre-Révolution blanche » - pour tenter de renverser la révolution Bolchévique qui a vu les communistes prendre le pouvoir en 1917. L’invasion a échoué et il a fallu attendre 1932 pour que les Etats-Unis rétablissent toutes leurs relations diplomatiques avec la Russie.

Ensuite, au cours de la Grande Dépression, lorsque l’économie des Etats-Unis s’est effondrée, l’économie Russe a connu un essor, avec une croissance de près de 500%. Les dirigeants états-uniens craignaient, avec la fin de la guerre, de voir leur pays retomber dans une nouvelle Dépression. Et la Deuxième Guerre Mondiale n’a pas été gagnée par un système économique libéral, celui du lasser-faire, mais par un système économique hiérarchisé, pyramidal, planifié et contrôlé, comme celui préconisé par les Russes. En d’autres termes, le système Russe semblait efficace alors que celui des Etats-Unis était miné par de graves crises et une perte de confiance.

De plus, pour vaincre l’Allemagne, l’armée russe avait marché sur Berlin à travers l’Europe de l’est. Elle occupait et contrôlait environ 600.000 km2, une zone qui couvrait la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Yougoslavie (pas sûr pour ce dernier – NdT). A Yalta, en février 1945, Staline a exigé de garder ces nouveaux territoires. La Russie, affirmait Staline avec raison, a été constamment envahie par les puissances occidentales, de Napoléon aux Allemands au cours de la première guerre mondiale et enfin par Hitler. La Russie a perdu plus de 20 millions d’hommes dans le Deuxième Guerre Mondiale et Staline voulait créer une zone tampon contre de futures invasions.

A ce stade, en février 1945, les Etats-Unis ne savaient pas encore si la bombe allait fonctionner. Mais ils avaient sans aucun doute besoin de la Russie pour gagner la guerre à la fois en Europe que dans le Pacifique. Cette réalité militaire n’a pas échappé à Roosevelt : sans armée pour repousser les Russes en Europe et ayant besoin du soutien des Russes ailleurs, Roosevelt leur a concédé l’Europe de l’est et les Russes ont ainsi obtenu la plus grosse prise territoriale de la guerre.

Ensuite, et c’est peut-être le plus important, à Yalta, Staline a accepté qu’à la fin de la guerre en Europe ses forces soient transférées en Asie et entrent en guerre dans le Pacifique contre le Japon, dans un délai de trois mois. Et c’est ici que le calendrier prend toute son importance. La guerre en Europe s’est terminée le 8 mai 1945. Ajoutez trois mois et vous tombez sur le 8 Août. Si les Etats-Unis voulaient empêcher la Russie d’occuper des territoires en Asie comme elle l’avait fait en Europe, il leur fallait mettre fin à la guerre le plus tôt possible.

L’enjeu des territoires en Asie était particulièrement important parce qu’avant que la guerre avec le Japon n’éclate, la Chine avait connue une guerre civile entre le général nationaliste Chiang Kai Shek, soutenu par les Etats-Unis, et les communistes dirigés par Mao Ze Dong. Si la Russie communiste devait conquérir des territoires en Asie, elle aurait appuyé Mao avec sa puissance militaire considérable et la victoire de Mao aurait été inévitable.

Après avoir vérifié que la bombe fonctionnait, le 15 juillet 1945, les évènements se sont précipités. Il n’y avait plus de temps à perdre en négociations avec les Japonais. Chaque jour perdu signifiait plus de territoires pour les Russes et donc plus de chances d’une victoire communiste dans la guerre civile en Chine. Toute l’Asie pouvait devenir communiste. Cela aurait été une catastrophe stratégique pour les Etats-Unis que d’avoir gagné une guerre contre les fascistes pour ensuite la remettre à ses ennemis héréditaires, les communistes. Les Etats-Unis devaient mettre fin à la guerre, non en l’espace de quelques mois, ni de quelques semaines, mais de quelques jours.

Ainsi, le 6 août 1945, deux jours avant la date prévue de la déclaration de guerre de la Russie contre le Japon, les Etats-Unis ont largué la bombe sur Hiroshima. Les forces US ne couraient aucun risque à cette date et attendaient une réponse des Japonais qui avaient été sommés de se rendre. La première invasion de l’île était prévue dans trois mois et les Etats-Unis contrôlaient le déroulement de toutes les opérations militaires dans le Pacifique. Mais la question des Russes planait et précipita la prise de décision. Ensuite, trois jours plus tard, les Etats-Unis ont largué une deuxième bombe sur Nagasaki. Les Japonais se sont rendus le 14 août 1945, huit jours après l’explosion de la première bombe.

Le général-major Curtis LeMay a commenté l’emploi de la bombe : « La guerre aurait pris fin en deux semaines, sans l’intervention des Russes et sans la bombe. La bombe atomique n’avait rien à voir avec la fin de la guerre. » Sauf qu’elle l’a accélérée pour priver les Russes de territoires en Asie.

La justification de la bombe pour des raisons militaires qui a été rapidement bricolée après la fin de la guerre ne résiste pas à l’examen des réalités militaires de l’époque. A l’inverse, l’emploi de la bombe pour stopper l’expansion Russe et rendre les Russes, selon le terme révélateur de Truman, « plus faciles à gérer », est conforté par toutes les données connues et surtout par les motivations et intérêts des Etats-Unis.

Quelle version de l’histoire faut-il accepter ? Celle qui ne tient pas la route mais qui a été sacrée par le dogme national ou celle qui tient la route mais ternit l’image que nous avons de nous-mêmes ? Notre façon de répondre dit tout sur notre degré de maturité et d’honnêteté intellectuelle.

Il est parfois difficile pour un peuple de réconcilier son histoire avec ses mythes nationaux – des mythes d’innocence éternelle nimbée d’une morale Divine. C’est d’autant plus difficile que ce pays est engagé dans une nouvelle guerre et le pouvoir de tels mythes est indispensable pour obtenir l’adhésion de la population malgré une réalité moins glorieuse.

Mais le but de l’histoire n’est pas de soutenir des mythes mais plutôt de les dénoncer afin que les générations futures puissent agir en meilleure connaissance de cause pour éviter que les tragédies du passé ne se reproduisent. Il faudra peut-être encore 60 ou 600 ans, mais la vérité sur la bombe finira par s’écrire non pas dans la mythologie mais dans l’histoire. Espérons que par la suite le monde sera plus en sécurité.

 

Robert Freeman

 

http://www.commondreams.org/views06/0806-25.htm

Traduction « c’était qui le BHL de l’époque ? » par VD pour le Grand Soir avec probablement les dégâts et retombées habituels.

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http://www.legrandsoir.info/etait-il-necessaire-de-lancer-des-bombes-atomiques-sur-le-japon-common-dreams.html
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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 12:05

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A chaque scrutin électoral une silhouette se dessine dans l'escalier qui mène à l'étage de notre mairie, tandis que la proclamation des résultats se fait attendre, un homme vient aux nouvelles.

Nul ne songerait à l'arrêter, à lui poser la question sur sa présence ici, de manière évidente, sa place est là. Tout le monde ne le connaît pas et pourtant l'homme impose par sa seule tenue, le respect.

 

Une silhouette qui se voûte, au fil des échéances et des combats, des années qui s'ajoutent, de la maladie qui vient compliquer la vie...

Pourtant cette silhouette pourrait vous en raconter, à vous en faire pâlir d'envie car cette silhouette en a vécu de belles, en a fait des jolies aussi, on peut être voûté quand c'est le poids d'une vie bien remplie qui pèse sur vos épaules.

 

Une vie n'est jamais banale celle-ci encore moins que d'autres. L'homme qui gravit l'escalier à chaque échéance est communiste, de cette école des militants formés à tous les combats, de cette étoffe qui oblige au regard plein de respect.

 

Ce communiste là n'est pas l'unique, non il est comme beaucoup de ces femmes et de ces hommes qui se sont construits, épanouis en bâtissant justement ce qui est et doit demeurer leur et notre plus grande fierté : le Parti Communiste Français .

 

Ce communiste là n'est pas unique et pourtant il l'est, de par sa personnalité, comme chacune et chacun, il donne, apporte et joint sa richesse, son expérience, son bon sens au combat pour l'émancipation humaine que nous partageons à ses côtés.

 

Ce communiste là peut être un emmerdeur, un vieux machin comme le nomment ceux qui l'aiment, il est en chacun de celles et ceux qui savent trouver en lui confiance discrétion, affection .

 

Ce communiste là est discret, jusqu'au secret et aucune entreprise de séduction ne parviendra à lui arracher le moindre lambeau de ce qu'il a été amené à faire pour son parti. Il fallait que cela soit fait, cela a été fait, proprement .

 

Ce communiste là ignore ce qu'est la grandiloquence, ça l'emmerderait plutôt d'ailleurs les beaux discours, lui sa vie vie c'est un peu trois pas en avant et deux pas en arrière, il lui arrive de reculer mais dans l'ordre, il lui arrive de plier mais sans jamais rien lâcher, une belle école humaine.

 

Ce communiste là aime la vie, les amis, les camarades et le parti, oh oui le parti, son et notre parti. Il connaît la Courneuve comme sa poche, enfin la Courneuve de la fête de l'Huma mais il apprécie sa campagne, sa presque montagne dans son Limousin du bout du bout du monde.

 

C'est là qu'il s'arrête en chemin, qu'il tire sa révérence et un dernier pied de nez pas marrant du tout, la blague d'un goût douteux qui laisse le cœur au bord des larmes .

 

Jean s'est arrêté en chemin, un sacré bout de chemin qu'il a ouvert, parcouru, défriché pour que celles et ceux qui suivent y trouvent leurs marques, leurs repères.

 

Discrètement, secrètement et nous n'en saurons pas plus, Jean a investi sa vie dans notre avenir et qui peut trouver plus bel acte de la part d'un communiste, d'un révolutionnaire, oui nous pouvons comprendre maintenant sa silhouette voûtée dans l'escalier de notre mairie le soir de chaque échéance.

 

Jean incarne la droiture, il est un militant communiste et cela se suffit à en faire quelqu'un de bien, de très bien, de respectable et respecté.

 

Jean s'est arrêté en chemin et pourtant pour ce qu'il nous a enseigné, appris, par les batailles et les luttes de toutes sortes il nous a appris la confiance en notre idéal, en notre peuple, même dans les nuits les plus noires.

 

Jean est unique comme l'est chacune et chacun d'entre nous et en cela il est notre commun.

 

Alors quand le passant, le camarade posera la question : « c'est vrai ? Jean est parti »

nous aurons alors sans doute à l'esprit, « bien sûr que non, il est toujours là ».

A chaque instant comme le sont tous les nôtres parce que si j'existe, si tu existes aujourd'hui c'est aussi grâce à lui, à son engagement sans faille et sans nul doute chacun de nos actes, de nos pensées de militantes et militants communistes se nourrissent et se nourriront de ce qu'il nous a offert , notre parti, sa vie.

 

Il reste du chemin à parcourir, un sacré bout de chemin, celui qui s'est ouvert à Tours en 1920, celui de Jean Gobert .

 

Nous en serons dignes.

 

Les communistes valentonnais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  


 

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 11:56

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http://www.mediapart.fr/journal/france/040811/les-documents-takieddine-ou-la-sale-verite-du-sarkozysme

 

Les documents Takieddine

ou la sale vérité du sarkozysme


4 août 2011 | Par Edwy Plenel


Les documents Takieddine, dont Mediapart a commencé la publication le 10 juillet, dévoilent la vérité de la présidence de Nicolas Sarkozy. Et cette vérité est sale. Ayant pour fil conducteur l'argent noir des ventes d'armes, cette documentation sans précédent dans l'histoire de la République met à nu un système dont l'intérêt financier est le seul mobile, au détriment des lois en vigueur et de la morale publique.

Ces pratiques ou ces tentations ont toujours existé, et les affaires politico-financières qui ont terni les présidences de François Mitterrand et de Jacques Chirac en témoignent abondamment. Mais jamais elles n'avaient été installées avec tant d'ampleur au cœur du pouvoir comme le démontrent nos révélations qui attestent la place centrale occupée par Ziad Takieddine dans le dispositif sarkozyste. Jamais elles ne s'étaient étendues à ce point jusqu'à contaminer le sommet de l'Etat, ses règles fonctionnelles et ses usages administratifs. Telle est la révélation des documents Takieddine : la promotion de la corruption au cœur du pouvoir exécutif. 

N'ayant d'autres compétences que son rôle d'intermédiaire auprès de régimes autoritaires ou dictatoriaux qui échangent des marchés juteux contre une reconnaissance diplomatique, M. Takieddine n'a jamais cessé d'appartenir au premier cercle qui entoure Nicolas Sarkozy depuis qu'il fit ses premières armes, en 1994-1995, sur les contrats pakistanais qui sont au cœur de l'affaire Karachi. Ce Franco-Libanais n'est pas un simple intermédiaire, mais un conseiller occulte. Il fait des notes confidentielles, conçoit la stratégie secrète, participe aux réunions dans les palais de la République, donne son avis politique, transmet ses recommandations diplomatiques, prépare les rencontres avec des chefs d'Etat étrangers, organise les voyages préalables, s'occupe des contacts préliminaires, traduit de l'arabe les documents ou les conversations les plus sensibles, transmet officieusement des messages officiels, etc.

Depuis le retour, en 2002, de Nicolas Sarkozy sur la scène politique nationale, cet activisme militant d'un intermédiaire en vente d'armes ne s'est jamais démenti. Via le principal collaborateur administratif de M. Sarkozy, le préfet Claude Guéant – aujourd'hui devenu ministre de l'intérieur après avoir été son irremplaçable directeur de cabinet comme ministre puis le secrétaire général de l'Elysée –, M. Takieddine n'a cessé d'occuper ce rôle clé dans la sarkozie, aussi bien auprès du ministre de l'intérieur avant 2007 qu'auprès du président de la République depuis 2007. Après le Pakistan de ses débuts, son champ d'action a notamment concerné l'Arabie saoudite – ce que nous avons déjà démontré –, puis la Libye – ce que nous avons commencé à raconter –, mais aussi la Syrie et le Liban, son pays d'origine – ce que nous allons bientôt révéler.

Dans chaque cas, il s'est agi de promouvoir une politique extérieure de la France complaisante sinon complice avec des régimes non-démocratiques, aujourd'hui ébranlés par le vent de liberté du 89 arabe, et notamment les pires d'entre eux, les dictatures libyenne et syrienne. Mais surtout, dans chaque cas, il s'est agi d'en profiter pour obtenir ou tenter d'obtenir des contrats sur des ventes d'armes ou sur des achats de pétrole – ce que démontreront nos prochains épisodes syrien et libyen – au détour desquels l'enrichissement notable de M. Takieddine était garanti par des commissions dont les destinations finales se perdent dans des paradis fiscaux.

Contrairement à ce qu'on avait pu croire avec les révélations constantes de Mediapart, depuis 2008, sur l'affaire Karachi qui ont amené la justice à enquêter sur son volet financier (voir ici notre webenquête, «L'autre affaire qui affole l'Elysée»), M. Takieddine n'est donc pas l'homme d'une seule affaire : cette vente de sous-marins au Pakistan dans laquelle il fut imposé en 1994 comme intermédiaire par le gouvernement Balladur dans la perspective du financement de sa campagne électorale de 1995, avec un circuit de commissions passant par une société écran dont la création fut supervisée par le ministre du budget de l'époque, Nicolas Sarkozy (lire ici et là nos articles sur l'implication de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Karachi). Il fut en vérité l'homme de toutes les opérations similaires tentées depuis 2002 par le premier cercle de l'actuel chef de l'Etat dont les documents en notre possession prouvent qu'elles avaient la même finalité : assurer des financements occultes en vue d'une conquête durable du pouvoir suprême qui serait la garantie d'une protection et d'une poursuite de ces pratiques illicites.

Le fil noir de l'aventure Sarkozy

Les documents déjà révélés par Mediapart à propos de l'Arabie saoudite et de la Libye le confirment. En 2003, alors que Nicolas Sarkozy est ministre de l'intérieur, Ziad Takieddine a failli toucher 350 millions d'euros de commissions occultes dans le cadre d'un marché d'armement avec l'Arabie saoudite. Interrompue sur intervention de Jacques Chirac, alors président de la République, cette négociation était secrètement conçue par celui que Ziad Takieddine nomme alors « le patron » et dont il n'était que l'exécutant : Nicolas Sarkozy. Le montage prévu afin de cacher les circuits financiers occultes passait par « les décisions suivantes du patron », écrit M. Takieddine : la création d'une « nouvelle structure complètement dépendante de son ministère » qui, en assurant « le rôle de Conseil du Projet », « sera capable de couvrir le sujet “sensible” par le biais de ses honoraires ».

Ce sujet sensible n'est autre que le versement de commissions pour lesquelles un échéancier avait été prévu par Ziad Takieddine sur le même modèle que celui déjà utilisé en 1994 pour un contrat de ventes de frégates militaires à l'Arabie saoudite. Ce précédent contrat avait été validé par le ministre du budget de l'époque qui n'était autre que Nicolas Sarkozy. M. Takieddine finira par toucher 91 millions d'euros de commissions sur ce marché.  S'agissant de la tentative avortée de 2003, on retrouve donc les mêmes personnages, le même ministre, passé du budget à l'intérieur, et le même intermédiaire professionnel, sinon personnel.

Les notes Takieddine qui détaillent le montage financier prévu sont destinées à l'entourage direct de Nicolas Sarkozy, essentiellement son conseiller Brice Hortefeux, devenu ensuite ministre délégué aux collectivités locales, et son directeur de cabinet, le préfet Claude Guéant. Elles évoquent, dans un euphémisme transparent, lettre capitale comprise, « le Système voulu ». Elles mentionnent une « couverture/parapluie sur place » qui serait « indispensable pour permettre une “assurance” de résultat ». Enfin et surtout, elles mentionnent une « Banque d'Affaires du P. » dont le rôle financier paraît décisif : « Il sera utile lors de la prochaine visite de préparation ultime de confirmer la signature avec la Société, représentée par la Banque d'Affaires du P., du contrat en votre possession suivant le schéma approuvé », écrit ainsi M. Takieddine aux collaborateurs directs de M. Sarkozy, le 23 octobre 2003.

Les mêmes enjeux financiers occultes sont présents dans le dossier libyen, tel que le dévoilent les documents Takieddine. Ce dernier fut l'instrument direct du rapprochement privilégié avec Mouammar Kadhafi, entrepris dès 2005 par Nicolas Sarkozy via son bras droit, Claude Guéant. L'incongruité de la réception fastueuse du dictateur à Paris fin 2007, à l'invitation personnelle du président de la République nouvellement élu, trouve ici son fin mot : après la libération des infirmières bulgares, marché symbolique qui masquait les marchés financiers, c'était en quelque sorte une bonne manière faite à un partenaire en affaires.

Entravée de nouveau par la cohabitation conflictuelle avec Jacques Chirac, cette offensive libyenne aboutira à au moins un contrat d'armement : la livraison au régime libyen de matériel de guerre électronique offrant « une solution inviolable au système d'espionnage anglo-américain ». M. Takieddine touchera 4,5 millions d'euros de commissions sur ce marché. Auparavant, il aura cornaqué, dans leurs déplacements discrets en Libye, MM. Hortefeux et Guéant, préparant leurs voyages et leur donnant des recommandations précises.

Des guillemets aussi symboliques qu'énigmatiques accompagnent la mention dans ses notes de l'enjeu « commercial » de ces visites de deux représentants personnels de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur : « Le “contenu”, ainsi formulé, prendra en compte les sensibilités du pays, créant ainsi un “partenariat” qui permettra la réalisation de l'objectif commercial. (...) Il est indispensable que le volet “commercial” de la visite ne soit pas mis en avant par les préparatifs officiels. Seulement comme un point important dans le cadre des “échanges” entre les deux pays dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. »

Ainsi donc la valse des millions qui, pour Ziad Takieddine, avait commencé, en 1994, avec les commissions sur la vente de sous-marins au Pakistan – il est soupçonné d'avoir touché sur ce contrat l'équivalent de 33 millions d'euros – n'a cessé de continuer après le retour au gouvernement en 2002 de Nicolas Sarkozy, ce « patron » du marchand d'armes qui allait devenir, en 2007, président de la République française.

Plus de 5000 documents incontestables

L'affaire Karachi est au cœur d'une histoire passée : le financement occulte en 1995 de la campagne d'Edouard Balladur dont Nicolas Sarkozy était le plus ferme soutien et qui fut finalement vaincu par son rival à droite, Jacques Chirac. En revanche, les documents Takieddine sont au centre d'une histoire actuelle : l'élection en 2007 de l'actuel président de la République qui, jusqu'à preuve du contraire, entend bien être de nouveau candidat en 2012 pour se succéder à lui-même. La première est aux mains de la justice, deux juges d'instruction étant chargés d'enquêter sur son volet financier, Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire. Mais on serait étonné que les seconds ne suscitent pas leur curiosité, M. Takieddine faisant office de trait d'union financier entre les campagnes présidentielles de 1995 et de 2007.

La situation créée par nos révélations est totalement inédite. En général, les investigations des journalistes accompagnent des curiosités judiciaires, avec plus ou moins de distance ou de bonheur. Mediapart, de l'affaire Karachi jusqu'à l'affaire Tapie, en passant par celle des Caisses d'épargne, sans compter bien d'autres révélations ponctuelles, a déjà prouvé qu'il n'entendait pas s'y limiter. Comme celle de la presse, l'indépendance de la justice est une bataille quotidienne qui suppose le renfort de médias libres, capables de dévoiler des réalités insoupçonnées par les juges eux-mêmes. Dans le cas qui nous occupe, Mediapart est en possession de plus de 5000 documents incontestables qui, pour l'heure, ne sont entre les mains d'aucun magistrat et ne font donc partie d'aucune procédure judiciaire.

Jamais un organe d'information ne s'est trouvé ainsi détenteur d'une telle somme de secrets dévoilant sur une longue durée les combines d'un marchand d'armes et son ascension au cœur du pouvoir politique. C'est en quelque sorte le journal de bord d'un triple personnage, à la fois conseiller occulte, intermédiaire sulfureux et financier de l'ombre. Aucun des documents déjà révélés par Mediapart n'a été réfuté ou contredit. Sollicités, les protagonistes, quand ils veulent bien nous répondre, ne les contestent d'ailleurs pas. Il va de soi, enfin, que nous veillons à n'exploiter, dans cette masse de documents, que ce qui est d'intérêt public, en écartant tout ce qui pourrait relever de la vie privée.

La richesse exceptionnelle de ce matériau explique sans doute la lenteur de son cheminement dans l'espace public. Il faut du temps pour en prendre connaissance, l'assimiler et l'analyser, tout comme il nous faut du temps pour le trier et le traiter. Mais, à mesure que se poursuivront nos révélations, nul doute que les questions d'ores et déjà posées, notamment par le Parti socialiste et par le Parti de gauche, seront de plus en plus relayées par une opposition qui prendra la mesure de l'extrême gravité des faits révélés. Pour aider à cette prise de conscience, nous mettrons progressivement ces documents en ligne, dans les semaines à venir, sur notre site documentaire FrenchLeaks où ils seront en accès libre.

Quant aux très faibles ou trop rares reprises de ces informations d'intérêt public par une grande part des médias français, nos lecteurs savent que l'entêtement finit toujours par payer, comme ce fut le cas, certes plus rapidement, avec nos révélations l'été dernier sur l'affaire Bettencourt qui furent d'abord boudées ou ignorées. S'il fallait une nouvelle preuve de l'état inquiétant de notre univers médiatique, en termes d'audace éditoriale et d'indépendance politique, ces lenteurs suffiraient à l'apporter. La place occupée par l'actuel patron éditorial du Figaro, Etienne Mougeotte, dans le dispositif relationnel de Ziad Takieddine ne fait que souligner une réalité qui les dépasse tous deux : le fait sans précédent dans une démocratie digne de ce nom qu'un grand quotidien soit non seulement la propriété d'un élu notable du parti au pouvoir, mais surtout celle d'un marchand d'armes vivant de la commande publique. Le sénateur UMP Serge Dassault n'est rien sans l'Etat français, son principal client auquel il vend sans concurrence ni transparence ses avions de combat, voire ses drones comme l'illustre un contrat récent imposé par le pouvoir à nos armées malgré leurs réticences.

C'est l'affaire des journalistes, ceux du Figaro compris, de ne pas accepter la corruption de leur profession induite par ces conflits d'intérêts qui, hélas, existent aujourd'hui dans la plupart des grands médias privés, propriétés d'industriels ou de financiers extérieurs aux métiers de l'information. Et c'est l'affaire de tous les citoyens de faire en sorte que la campagne présidentielle de 2012 porte la question centrale d'une libération de la presse française de toutes ces sujétions qui minent sa vitalité et ruinent son intégrité. Dans cette attente, Mediapart continuera d'illustrer, avec ses faibles moyens mais aussi sa grande détermination, l'indispensable rôle d'alerte et d'éveil démocratique d'une presse libre.

S'il est honnête et rigoureux, le travail est toujours récompensé : de même qu'en juillet 2010, nombre de médias n'avaient pas fait état des décisions de justice nous donnant raison dans la diffusion des enregistrements Bettencourt, le désistement soudain de Claude Guéant dans l'action judiciaire qu'il avait spectaculairement engagée à notre encontre en novembre 2010 est presque passé inaperçu (lire ici sur Mediapart), tout comme la mise en examen de Xavier Bertrand à notre demande pour ses propos diffamatoires qualifiant nos méthodes de « fascistes » (lire là sur Mediapart). Il en ira de même avec les documents Takieddine : tôt ou tard, ils seront au cœur du débat public, tout simplement parce qu'ils dévoilent la corruption aujourd'hui installée au cœur du pouvoir. Une corruption qui ronge la République, mine ses valeurs et discrédite ses principes.

La corruption au cœur du pouvoir

En 1992, dans un ouvrage qui fit date, l'universitaire Yves Mény définissait en termes forts parce que simples et clairs la corruption : « Par définition, la corruption est un échange occulte, secret qui permet d'accéder à des ressources que le respect des règles et procédures n'aurait pas permis d'obtenir ou aurait rendu aléatoires. » Nous y sommes, évidemment. La Corruption de la République, sujet et titre de l'ouvrage de M. Mény, paru chez Fayard, n'est évidemment pas nouvelle, facilitée et aggravée, soulignait-il déjà, par l'absence de transparence et la concentration du pouvoir. Mais la corruption au cœur de la République, comme installée à demeure et avec tant d'impudeur, c'est de l'inédit.

Ici, la corruption générale des règles administratives entraîne une corruption insidieuse des mœurs politiques. A l'argent sale obtenu de dictatures opprimant et réprimant leurs peuples s'ajoute le mépris total de la loi et des règlements, comme de ceux qui en sont les gardiens ou les instruments. Témoignant d'une diplomatie parallèle qui piétine allègrement les fonctionnaires du Quai d'Orsay, les documents Takieddine prouvent que le pouvoir était prêt à négocier au mépris du droit le sort judiciaire du bras droit de Kadhafi, Abdallah Senoussi, responsable, entre autres massacres, de l'attentat contre le DC10 d'UTA qui fit 170 victimes (lire ici notre enquête sur ces négociations secrètes).

Ils prouvent aussi, de façon incontestable, que Ziad Takieddine, résident fiscal français et personnalité connue du sommet de l'Etat, ne paye pas d'impôts (lire là notre article). Malgré une fortune évaluée à 97,2 millions d'euros dont plus de 40 millions sont localisés en France, il ne verse rien pour l'intérêt général, zéro centime, défiant avec constance la loi fiscale sans laquelle il n'y aurait pas de budget de la Nation, et donc pas d'Etat. Et il le fait alors même que c'est grâce à cet Etat qu'il s'est enrichi, en touchant les commissions que sa place auprès de Nicolas Sarkozy, ministre puis président de la République, lui a permis d'obtenir.

Sommes-nous toujours en République ? On en douterait sincèrement au constat que cette information aussi stupéfiante qu'indiscutable n'a, jusqu'à aujourd'hui, suscité aucun commentaire des ministres directement concernés, ceux des finances et du budget, François Baroin et Valérie Pécresse. On en doute assurément quand l'on constate que Ziad Takieddine n'a cessé de fréquenter des ministres du budget, de Nicolas Sarkozy lui-même à Jean-François Copé qui est non seulement son ami mais aussi son débiteur, comme l'atteste la comptabilité du marchand d'armes. On en doute définitivement quand l'on découvre, parmi d'autres hauts fonctionnaires, un ancien directeur du budget sous les gouvernements de droite parmi les invités très choisis du dîner festif organisé par Ziad Takieddine quatre jours après la victoire de la droite aux législatives de 2002.

S'efforçant de classer la corruption par catégories de dangerosité, le politologue Yves Mény mettait en haut de l'échelle cette « situation beaucoup plus grave où quelques décideurs publics, par l'importance des décisions financières et économiques qu'ils prennent, sont à même de déterminer le mode et le type de rapports qu'entretient l'administration avec le secteur privé ». Dès lors, poursuivait-il, « au sein de l'Etat de droit se crée ainsi un club, une “société mafieuse” avec ses codes et ses règles de conduite, ses rétributions et ses sanctions ». Il faut donc croire que, là aussi, nous y sommes.

La mafia comme métaphore politique

Car ce qui frappe dans la masse des documents Takieddine, albums photos compris, c'est la présence constante d'un cercle très fermé de proches de Nicolas Sarkozy. On y trouve d'abord le conseiller de toujours, l'ami et serviteur indéfectible, Brice Hortefeux, dont on sait qu'il se prépare à organiser la future campagne présidentielle. Puis deux autres proches issus du terrain de jeu initial, la ville de Neuilly-sur-Seine et le département des Hauts-de-Seine : Thierry Gaubert, qui, comme Mediapart l'a raconté dès 2008, est impliqué dans un scandale immobilier lui valant aujourd'hui d'être en instance de jugement à Nanterre, notamment pour escroquerie (lire ici et là nos articles), et Dominique Desseigne, qui n'est pas seulement le patron du Fouquet's mais surtout celui du groupe Barrière dont les casinos règnent sur presque tout le territoire national.

Enfin, deux autres personnages complètent ce tableau presque intime. Le premier est Jean-François Copé, dont on comprend mieux en découvrant les documents Takieddine la confiance présidentielle qui lui vaut d'être aujourd'hui à la tête de l'UMP. Le second est Claude Guéant qui, avant de devenir ministre de l'intérieur fin 2010, fut considéré comme le numéro deux de la République, secrétaire général de l'Elysée prenant le pas sur le premier ministre et son gouvernement au mépris de tous les usages. Ziad Takieddine est donc éminemment proche de ces cinq personnalités essentielles dans le dispositif politique de Nicolas Sarkozy. Et quand il n'invite pas ou ne régale pas les uns, il abreuve de notes ou de conseils les autres. Autrement dit, il fait lui aussi partie du clan, ou du « club » pour reprendre M. Mény. De ce premier cercle qui entoure « le patron ».

L'Italie, qu'ont beaucoup fréquentée les politologues qui, comme Yves Mény, ont étudié la corruption de nos républiques, a eu la chance d'avoir, avec Leonardo Sciascia, un écrivain sicilien qui n'avait pas peur de la mafia au point d'en faire le matériau de son œuvre. Dans une note qui clôt Le Contexte, un roman de 1971 porté à l'écran par Francesco Rosi sous le titre Cadavres exquis, il confie avoir imaginé « un pays où n'avaient plus cours les idées, où les principes – encore proclamés et célébrés – étaient quotidiennement tournés en dérision », un pays « où le pouvoir seul comptait », pouvoir, ajoutait-il, qui, « de plus en plus et graduellement, prend la forme obscure d'une chaîne de connivences, approximativement la forme de la mafia ».

Aussi provocante soit-elle, cette métaphore politique de la mafia ne s'en impose pas moins à la lecture des documents Takieddine. Tant ils offrent clairement le tableau d'une chaîne de connivences dont le pouvoir est le seul enjeu, et l'argent le seul ressort. D'un monde d'intérêts aussi féroces qu'égoïstes où la loi est bafouée, et la République déshonorée. S'interrogeant en 1979, dans La Sicile comme métaphore, sur la persistance culturelle de la mafia dans sa Sicile natale, Leonardo Sciascia reprochait aux partis de gauche d'avoir trop déserté « l'exercice de l'opposition, et donc de la dénonciation, une fonction salutaire et capitale dans une démocratie ». « Une vraie révolution culturelle en Sicile ne sera pas possible tant qu'il n'y aura pas une bonne opposition », concluait l'écrivain.

Il en va aujourd'hui pour notre France sous Sarkozy comme de la Sicile de Sciascia. Devenu une île sous cette présidence, car de plus en plus coupé du monde et des autres, offrant le spectacle d'une déchéance morale en son sommet, où la xénophobie officielle sert de diversion aux corruptions essentielles, notre pays a en effet urgemment besoin d'une bonne opposition. D'une opposition qui n'ait pas peur d'affronter cette chaîne de connivences qui, désormais, s'étend à l'abri des institutions de la République.

 

 

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 11:48

arton14321-2d6b0.jpgL’intervention occidentale de 2011 en Libye, illustre, jusqu’à la caricature, à la fois l’impérialisme humanitaire dont peuvent faire preuve les démocraties et l’aveuglement plus ou moins volontaire des grands médias démocratiques sur les arrières-pensées géostratégiques, pourtant faciles à déceler, des puissances occidentales. Au moment où nous rédigeons ces lignes les informations sont encore parcellaires et il faut bien se garder de porter un jugement définitif sur les événements qui s’y déroulent. Mais, on peut déjà, à grands traits, et sur la base d’éléments factuels rendus publics, présenter une version des faits radicalement différente de celle qui nous est servie par les protagonistes occidentaux et leurs relais médiatiques.

Tout commence en 2006 quand Kadhafi réprime dans le sang (14 morts parmi les manifestants) une révolte islamiste à Benghazi, avec la bénédiction des Occidentaux qui ont œuvré, depuis 2004, pour faire du dirigeant libyen un homme fréquentable. Quelques années plus tard, mi février 2011, a lieu, toujours à Benghazi, une manifestation des parents des prisonniers ’politiques’ de la révolte de 2006 qui demandent leur libération. À cette occasion, des échauffourées entre manifestants et forces de l’ordre font une dizaine de morts. À partir de là tout s’enchaîne à merveille pour les Occidentaux, qui vont entrer en scène pour impulser le déroulement des événements en leur faveur, après avoir ’subi’ les révoltes arabes de Tunisie et d’Égypte qui ont fait tomber leurs amis autocrates (1).

Très vite on nous présente devant les caméras quelques ’foules’ clairsemées de rebelles qui, curieusement, ressemblent plus à des soldats et à des islamistes poussant à la guerre civile qu’à des étudiants pacifiques réclamant, comme on a pu le voir en Tunisie et en Égypte, la démocratie téléphones portables à la main. On fait illusion avec quelques centaines de personnes pour annoncer un soulèvement général qui n’a pas lieu. Le soulèvement est circonscrit à une ou deux villes (principalement Benghazi et Derna, toutes deux situées en Cyrénaïque) connues pour leur insoumission au pouvoir central et leur proximité avec les mouvements islamistes les plus extrémistes de la région (2). Al Jazeera, chaîne d’un émir du Qatar (précieux allié des États-Unis dans la péninsule arabique) qui avait pourtant couvert très largement les révoltes arabes en Tunisie et en Égypte, est incapable de nous montrer les foules en délires démocratiques à Benghazi ou ailleurs sur le territoire libyen. Au lieu de cela, on voit quelques rebelles de Benghazi maniant des armes lourdes ou conduisant des chars et l’ancien ministre du Protocole de Kadhafi, Nuri Mesmari, sur fond de Tour Eiffel, appelant à la révolution contre son ancien maître, au nom de droits de l’homme qu’il n’a jamais défendus : celui-ci s’est réfugié en France en novembre 2010, plusieurs mois avant que le vent de révolte ne porte le trouble dans les oligarchies arabes. La chaîne qatarie affirme que le 21 février des avions et des hélicoptères de Kadhafi auraient ouvert le feu contre des manifestants, sans, cependant, pouvoir fournir une seule image pour appuyer ses affirmations, en dépit de la présence sur place de ses journalistes. Pour prix de sa coopération avec les insurgés de Benghazi, Al Jazeera sera, quelques semaines plus tard, mandatée par les rebelles pour créer une nouvelle chaîne nationale libyenne.

On reconnaît (dès le 10 mars 2011 pour la France (3)) un Conseil National de Transition, formation politique hétéroclite qui se divise en deux parties inconciliables : d’un côté, les anciens cadres de Kadhafi ayant senti le vent tourner et plutôt de tendance laïque (dont le Ministre de la Justice du dictateur jusqu’au 21 février 2011, Mustafa Abdel Jalil, Ministre qui avait supervisé, avec le Ministre de l’Intérieur, la torture des infirmières Bulgares libérées grâce à l’intervention de Nicolas Sarkozy et qui a été désigné par Amnesty International comme un homme particulièrement infréquentable ; et Abdul Fatah Younis, ancien Ministre de l’Intérieur de Kadhafi et auparavant chef de la police politique) ; de l’autre, des fondamentalistes (4) qui réclament la Charia (dont l’un des principaux dirigeants du Conseil, al-Hasidi) et dont les mouvements ont fourni les plus importants contingents de djihadistes en Irak de la part d’un pays étranger (5). Ni les uns ni les autres n’ont un passé de militants des droits de l’homme, mais qu’importe, les démocraties savent transformer le djihadiste en démocrate, l’islamiste terroriste en musulman modéré ami de l’Occident s’il le faut. D’une certaine manière, les rebelles libyens ressemblent aux rebelles kosovars, mafieux avérés et terroristes reconnus, mais amis providentiels instrumentalisés par l’Occident pour appuyer leurs guerres. Les Occidentaux semblent, en outre, rejouer en Libye le pari afghan : on s’allie avec l’ennemi de demain pour combattre l’ennemi d’aujourd’hui (sauf que l’ennemi de demain - les islamistes - c’est déjà l’ennemi d’aujourd’hui, du moins si l’on en croit les raisons de notre présence en Afghanistan !). Que des membres éminents du Conseil National de Transition aient des liens avec les mouvances terroristes islamistes et peut-être, même, avec al-Qaïda, ne semble guère émouvoir nos experts en géostratégie et spécialistes de la guerre contre le terrorisme.

On passe un marché avec certains membres de la Ligue des États Arabes (6) pour donner l’impression que le monde arabe est derrière l’intervention occidentale : on oublie de mentionner que la Ligue des États Arabes est un club de dictateurs dont l’Arabie Saoudite est l’un des membres les plus influents et que cette dernière, en échange d’une acceptation de principe, a été mandatée pour aller écraser dans le sang, au même instant, une autre révolte populaire, au Bahreïn, celle-ci réelle et de grande ampleur, avec la bénédiction des Occidentaux, dans le silence médiatique le plus total. Il était inconcevable pour les États-Unis et l’Arabie Saoudite de laisser les dirigeants sunnites du Bahreïn céder aux revendications des foules chiites -70% de la population- vues comme les alliées potentielles des Iraniens. Rappelons également que le Bahreïn est le port d’attache de la 5ème flotte américaine. Les militants des droits de l’homme du Bahreïn ont été arrêtés, torturés et exécutés. Les dirigeants de l’opposition et les principaux représentants des manifestations vont bientôt être jugés et sans doute condamnés à mort. Le 19 mai 2011, le prince régnant du Bahreïn était chaleureusement accueilli par le premier Ministre Britannique au 10 Downing Street pour parler des affaires du monde, comme si de rien n’était. On prend également soin de ne pas mentionner que seulement 9 des 22 membres de la Ligue des États Arabes ont donné leur accord pour ’une zone d’exclusion aérienne’ afin de protéger les populations civiles qui seraient la cibles des folies de son dirigeant (les autres membres étant absents lors du vote). Ils n’ont, par ailleurs, jamais donné leur accord pour une intervention au sol de l’OTAN (sans doute inévitable), ni pour armer la rébellion (une réalité dès le début du conflit (7)).

On sur-représente un soulèvement pour rendre nécessaire une intervention que l’on qualifie dans un premier temps d’humanitaire et que l’on prétend limitée à un pont aérien destiné à protéger les civils des bombardements du dictateur. On jure que ce seront les Nations unies qui interviendront et qu’il n’y aura pas de troupes au sol. On annonce et répète en boucle sur tous les médias que les bombardements de Kadhafi ont fait plus de 6000 morts en quelques jours (dont 3000 à Tripoli (8)). Le nombre de ’6000’ morts a été avancé dès le 2 mars 2011 par le tout nouveau porte-parole de la Ligue libyenne des droits de l’Homme, Ali Zeidan, à ce point proche de la rébellion qu’il est également le porte-parole du Conseil National de Transition ! Quelques jours plus tôt (le 28 février), pressentant sans doute qu’un ’génocide’ serait en cours, on fait entrer en scène l’ONU, par l’intermédiaire de son Secrétaire Général, Ban Ki-moon, qui, à la sortie d’une visite du mémorial sur l’Holocauste à Washington, fait une déclaration dans laquelle il ose un parallèle entre les bombardements supposés du régime libyen sur son peuple et le génocide perpétré par les nazis (9). Il annoncera plus tard que le Conseil de Sécurité des Nations unies devra également poursuivre le tyran devant la Cour Pénale Internationale pour crimes contre l’humanité (ce qui sera chose faite avant la fin du mois de mai 2011, le Conseil de Sécurité ayant saisi le Procureur de la Cour - Luis Moreno-Ocampo - à cet effet, Procureur qui s’exécutera immédiatement).

Qu’importe que, quelques semaines plus tard, on apprenne que les bombardements contre les foules démocratiques n’ont pas eu lieu. Le spectre de Timisoara (les fameux faux charniers du dictateur roumain Ceauşescu) est de retour. Mais les médias dominants ne reprendront pas la nouvelle. On ne niera pas la répression sanglante, mais il convient d’en mesurer la portée : puisque Kadhafi était devenu l’ami des Occidentaux, c’est que nous avions pardonné son passé (à tort d’ailleurs). Ainsi, l’intervention de 2011 n’est pas basée sur ses crimes passés qui ont, en quelque sorte, été absous par les Occidentaux, mais sur la répression supposée de la rébellion de Benghazi et les ’6000’ victimes qui en ont résulté. Mais, on le sait, les chiffres ont été manipulés (10) et la répression peut, d’une certaine manière, être analysée comme une réponse à un défi militaire orchestré par des Occidentaux appuyant un clan non-démocratique dans le cadre d’une guerre civile provoquée. Face à deux mouvances non-démocratiques, toutes deux responsables de crimes de guerre (11), pourquoi les Occidentaux devraient-ils choisir l’un des deux camps ? Ne peuvent-ils pas se contenter d’appuyer des forces démocratiques crédibles sans vouloir en tirer un profit géopolitique pour eux-mêmes ? Les opinions publiques occidentales, sont, sans aucun doute, prêtes à aider les démocrates sincères des révoltes arabes, sans réclamer en échange autre chose qu’un peu de reconnaissance et le témoignage de l’amitié entre les peuples.

Des milliers de morts à Benghazi ou une centaine ? :

« Je suis arrivée fin février, ce n’était pas encore la guerre mais c’était le plus fort de la répression des manifestations. A Al-Baïda, une soixantaine de personnes sont mortes et à Benghazi, entre 100 et 110 personnes ont été tuées. C’est beaucoup, c’est grave mais ce ne sont pas les milliers de morts annoncés ».

Donatella Rovera, conseillère sur la réaction aux crises à Amnesty International, 16 juin 2011, Rue89 (12)

Enfin, au lieu de l’ONU on voit finalement l’OTAN intervenir. Derrière l’OTAN ce sont les États-Unis qui pilotent les opérations militaires depuis leur base de Stuttgart (en Allemagne), base chargée de leurs opérations militaires pour l’ensemble de l’Afrique (il s’agit, plus précisément, de l’Africom, ou centre de commandement unifié américain pour l’Afrique, que la Libye a effrontément refusé de rejoindre en 2007, à la différence de la quasi-totalité des pays africains). Mais, pour ne pas froisser une opinion publique américaine échaudées par l’Irak et l’Afghanistan, les États-Unis préfèrent laisser les premiers rôles médiatiques à leurs subalternes français et britanniques, qui voient là une occasion de bomber le torse à moindre frais. Et, en dépit des dénégations de ses dirigeants, l’intervention au sol commence dès le début des opérations aériennes de l’OTAN, des membres des forces spéciales françaises et britanniques aidant les insurgés à manier les armes lourdes dès le début de la rébellion (13).

Ainsi, on attise les tensions entre tribus et clans politiques (Kadhafi s’appuie sur les tribus de l’Ouest, du Centre et du Sud -les Fezzans-, qui s’opposent depuis longtemps aux Harabi et aux El-Obeidat identifiés à l’ex-classe dirigeante du temps de la monarchie) dans un pays étranger jusqu’à créer et nourrir une guerre civile au nom des droits de l’homme, comme l’avait fait autrefois la France au Biafra dans les années 1960. On arme une partie contre une autre en tenant soin de ne pas permettre à l’une d’entre elles d’écraser définitivement son adversaire. On démembre l’État, comme en Irak, avec l’intention, sans doute, de créer plusieurs entités indépendantes, mais pas assez fortes pour se dispenser de l’aide et de la protection des Occidentaux. On s’accapare, avec l’aval de l’ONU, une partie des fonds souverains libyens (14) (plus de 35 milliards de dollars pour les États-Unis, le même montant pour l’Europe - les fonds en question ne sont pas ceux de Kadhafi, mais ceux de la Banque Centrale Libyenne et de la compagnie nationale de pétrole) qu’on prétend destinés à la reconstruction d’un pays dont on est le principal destructeur. Il ne serait pas surprenant que nous utilisions ces fonds pour financer nos propres entreprises et pour acheter les alliances nécessaires à nos fins, comme l’ont fait les États-Unis en Irak en toute impunité.

On met également fin, de la sorte, à une tentative d’indépendance financière de l’Afrique dans laquelle la Libye jouait un rôle majeur. En effet, les investissements libyens (300 millions de dollars) ont permis la réalisation et la mise en orbite (en 2007) du premier satellite de télécommunications de la Regional African Satellite Communications Organization qui ouvre, enfin, aux pays africains, l’espoir de devenir moins dépendants des réseaux satellitaires occidentaux (et notamment du réseau satellitaire européen qui coûtait au continent africain plus de 500 millions de dollars par an). Également importants ont été les investissements de la Libye dans les organismes financiers et de développement créés par l’Union Africaine : la Banque africaine d’investissement, dont le siège est à Tripoli ; le Fonds monétaire africain (dont la Libye est le principal contributeur avec l’Algérie (15)) et qui était destiné à contourner les orientations néolibérales du FMI dès 2011 et, enfin, la Banque centrale africaine qui a pour ambition de créer une monnaie africaine pour l’ensemble du continent au grand dam, notamment, des défenseurs du Franc CFA. De leur côté, les États-Unis voyaient d’un mauvais œil le soutien apporté par le Guide libyen au projet de Dominique Strauss-Kahn, alors directeur du FMI, de faire des Droits de Tirage Spéciaux, émis par l’institution, une monnaie internationale pouvant, à terme, concurrencer le dollar, dans certaines régions du monde. Les fonds souverains libyens, détournés par les Occidentaux, ne viendront plus financer ces organismes de manière indépendante pour l’Afrique. C’est un coup dur porté au continent africain. L’Occident envoie un signal fort à ses amis tyrans qui auraient quelques velléités d’indépendance à son égard : ’tenez vos promesses envers nos oligarchies, ou dégagez’.

Mercenaires en Libye ? :

« Il y a eu une certaine hystérie de la part des médias autour de la question des mercenaires. Le Conseil national de la transition (CNT) a organisé des visites dans les prisons pour que les journalistes « voient » les mercenaires, mais il s’agissait surtout de pauvres jeunes gens terrorisés, pas forcément liés au conflit. Mais ils ont été filmés, photographiés, ils étaient reconnaissables. […]

On n’a pas vu de mercenaires, sauf si cela s’est passé dans l’ouest où nous n’avons pas accès. Nous avons rentré des étrangers et des Libyens noirs qui ont été pris pour cible par les anti-Kadhafi. Le comportement des combattants de l’opposition à leur égard pose question. Ils ont commis des violations graves ».

Donatella Rovera, Amnesty International, 16 juin 2011, Rue89 (16)

Dès avril 2011, sous la houlette bienveillante des puissances occidentales, les insurgés de Benghazi, curieusement pressés, diligents et bien inspirés,ont créé une banque centrale (avec l’aide de la banque HSBC) et une nouvelle compagnie nationale du pétrole (la Libyan Oil Company), toutes deux indépendantes du pouvoir central de Tripoli. Ils ont annoncé leur intention de privatiser, à terme, la Libyan Oil Company. Les contrats pétroliers en faveur des Occidentaux ont été renégociés dans la foulée, dans des termes beaucoup plus avantageux pour ces derniers que du temps de la splendeur de leur ami Kadhafi. La gestion de la Libyan Oil Company a été confiée au Qatar. Dès le 29 mars 2011, les Occidentaux décident lors du sommet de Londres que les insurgés seront autorisés à exporter à leur profit le pétrole du pays (17). La guerre humanitaire est, décidément, une affaire bien lucrative pour certains milieux qui n’attendent pas l’issue de la guerre pour négocier leur part du butin.

Il ne faudra pas s’étonner de voir, à moyen terme, les États-Unis installer des relais puis des bases militaires sur le territoire libyen. Il ne faudra pas non plus jouer l’étonnement si une grande partie des industries libyennes est privatisée au profit de grands groupes occidentaux dans les mois qui viennent. L’opération ’Aube de l’Odyssée’ (18) n’est que le début du long voyage de l’OTAN pour conquérir l’Afrique militairement, à défaut de savoir comment y investir pour l’avenir de ses populations. Face aux révoltes démocratiques inattendues des sociétés tunisienne et égyptienne qui n’ont pas reçu le soutien des dirigeants démocrates, ces derniers ont préféré prendre les devants en Libye pour reprendre la main sur l’échiquier géopolitique régional. Les Occidentaux sont en pleine guerre froide avec la Chine en Afrique et avec l’Iran chiite dans la péninsule arabique toute proche ; les Libyens semblent devoir en payer le prix sous l’œil passif des opinions publiques occidentales. Il n’y a là rien de nouveau pour qui observe froidement les actes de guerre des démocraties au-delà des apparences médiatiques. Dans cette reconquête du terrain perdu (19), les Occidentaux sont aidés par l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats Arabes Unis, pays qui ont tous participé à la répression du soulèvement populaire au Bahreïn. La société américaine de mercenaires Xe Services (connue anciennement sous le nom de Blackwater) est en train de constituer aux Émirats Arabes Unis une force d’intervention destinée à mater les révoltes populaires qui pourraient survenir dans la région (20). L’Arabie Saoudite déverse des milliards de dollars pour s’assurer que l’Égypte maintienne son oligarchie en place et n’aille pas davantage vers la voie de la démocratie (21). Dans ce contexte, et Kadhafi n’ayant pas tenu ses promesses à l’égard de des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne en ce qui concerne les contrats pétroliers (22) et l’achat d’armements, il était temps de donner une leçon au nouvel ami peu fiable. Une fois Kadhafi hors-jeu, la France pourra, si l’Algérie a bien retenu la leçon libyenne, relancer l’Union pour la Méditerranée qui avait été snobée par le dictateur libyen.

S’il est difficile de ne pas se réjouir de la chute d’un dictateur, il est, de notre point de vue, criminel, de la part des pays occidentaux, de prendre prétexte de cette chute pour bombarder, conquérir, démembrer, dépouiller un pays sans y apporter la démocratie. Le dictateur tombe, l’oppression reste, avec, en général, plus de violence, moins de droits pour les femmes (23) et les enfants et une économie dépecée par la rapacité des nouveaux chefs locaux alliés des démocrates aux mains sales. Les charniers laissés derrière elles par les démocraties sont-ils plus tolérables et moins douloureux pour les victimes que ceux légués par les dictatures ? Le désastre irakien était pourtant là pour nous le rappeler : les belles déclarations occidentales sont pavées de mauvaises intentions ; aux promesses succèdent les crimes, aux crimes succèdent les tombes, aux tombes le silence des victimes. Les interventions occidentales semblent, dans nombre de cas, ajouter un surcroît de désespoir aux malheurs des peuples opprimés.

Les exemples tunisien et égyptien nous montrent que les peuples sont capables de faire tomber leurs tyrans avec moins de sang répandu ou de souffrances endurées que lorsque ce sont les Occidentaux qui s’en mêlent. Mais ces derniers ne peuvent pas imaginer un monde sans eux ; ils veulent se rendre indispensables à tout prix, même si pour cela ils doivent commettre l’irréparable. La démocratie devient un alibi pour les démocrates aux mains sales qui ne supportent pas que le monde leur échappe et que les aspirations démocratiques des pays arabes ne s’inspirent pas d’eux, ne s’appuient pas sur eux, ne se réclament pas d’eux.

 

Guillaume de Rouville

(journaliste)

 

 

http://www.lidiotduvillage.com/imprimersans.php3?id_article=...

 

 

 

Sources :

(1) Voir : « The U.S. and Its Allies Will Do Anything to Prevent Democracy in the Arab World », interview de Noam Chomsky sur Democracy Now ! en date du 11 mai 2011 : [http://www.democracynow.org/2011/5/11/noam_chomsky_the_us_an...]

(2) Benghazi a depuis toujours accueilli et protégé les mouvements islamiques les plus réactionnaires comme les wahhabites et les salafistes.

(3) Au 15 juillet 2011, la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, le Qatar, l’Italie, la Gambie, le Koweït et quelques vingt autres pays ont reconnu officiellement le Conseil national de transition.

(4) « Avec les djihadistes de Derna », de Sara Daniel, Le Nouvel Observateur, 14 avril 2011 : http://sara-daniel.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/04/14/av...

(5) « Libyan rebellion has radical Islamist fervor : Benghazi link to Islamic militancy : U.S. Military Document Reveals », par Daya Gamage, Asian Tribune, le 17 mars 2011 : http://www.asiantribune.com/news/2011/03/17/libyan-rebellion...

(6) Voir : « The US-Saudi Libya deal » par Pepe Escobar, 2 avril 2011, Asia Times : « As Asia Times Online has reported, a full Arab League endorsement of a no-fly zone is a myth. Of the 22 full members, only 11 were present at the voting. Six of them were Gulf Cooperation Council (GCC) members, the US-supported club of Gulf kingdoms/sheikhdoms, of which Saudi Arabia is the top dog. Syria and Algeria were against it. Saudi Arabia only had to "seduce" three other members to get the vote » [ http://atimes.com/atimes/Middle_East/MD02Ak01.html ]

(7) La France aurait livré des armes aux insurgés de Benghazi dès le début du mois de mars d’après le Canard Enchaîné du 16 mars 2011. Voir également : (i) Le Canard Enchaîné du 25 mai 2011, « Trafic élyséen », page 3 : « C’est le général Benoît Puga, chef d’état-major particulier de Sarko, qui a supervisé les livraisons clandestines d’armes aux insurgés libyens », (ii) « La France a parachuté des armes aux rebelles libyens », de Philippe Gelie, Le Figaro, 28 juin 2011 ; http://www.lefigaro.fr/international/2011/06/28/01003-201106...;; (iii) « Libye : des missiles livrés à dos d’âne », Luc Mathieu, Libération, 2 juillet 2011 ; http://www.liberation.fr/monde/01012346704-libye-des-missile...

(8) Voir, pour la presse française, sur le chiffre de ’6000’ morts : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/en-libye-6000-morts-e...;; http://www.liberation.fr/monde/01012323154-libye-les-etats-u...;; http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/03/02/97001-20110302F...

(9) « Il y a 70 ans, six millions de gens ont été assassinés à l’instigation d’un État. Ce musée commémore cette vérité choquante. Il nous appelle à nous souvenir et à agir. ’Jamais plus’ », a dit le Secrétaire général dans une déclaration. « Une fois encore, nous sommes mis à l’épreuve. En Libye, un régime qui a perdu toute légitimité a déclaré la guerre contre son peuple. C’est à nous, la communauté des nations, de nous dresser contre ce crime » : http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=24593&Cr...

(10) Voir : « Libye : Amnesty conteste le nombre de victimes et accuse les rebelles », de Céline Lussato, Le Nouvel Observateur, 17 juin 2011 : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110617.OBS5...

(11) « Les deux camps accusés de crimes de guerre en Libye », AFP, dans Le Monde du 2 juin 2011.

(12) http://www.rue89.com/2011/06/16/libye-amnesty-accuse-les-reb...

(13) Voir : (i) Le Canard Enchaîné du 25 mai 2011 (« Commandos clandestins ») : 125 membres des Forces Spéciales françaises se trouveraient sur le terrain, ainsi que 500 membres des Forces Spéciales britanniques, (ii) Le Figaro du 23 mai 2011 : « Depuis le début du conflit, des forces spéciales françaises sont à l’œuvre en Libye. Équipées de visées laser, elles repèrent les cibles et guident les chasseurs de la coalition. », dans « La France engage des hélicoptères en Libye », par Isabelle Lasserre : http://www.lefigaro.fr/international/2011/05/22/01003-201105...;; (iii), « Libya : SAS veterans helping NATO identify Gaddafi targets in Misrata », par Richard Norton-Taylor et Chris Stephen, The Guardian, 31 mai 2011.

(14) Voir : « Comprendre la guerre en Libye », de Michel Collon, 7 avril 2011 ; http://www.michelcollon.info/Comprendre-la-guerre-en-Libye-1...

(15) À eux deux ils représentent plus de 60% des fonds investis dans le Fonds monétaire africain.

(16) http://www.rue89.com/2011/06/16/libye-amnesty-accuse-les-reb...

(17) Voir : « West’s Oil Firms, No Love Lost in Libya », de Guy Chazan, The Wall Street Journal, 15 avril 2011 ; http://online.wsj.com/article/SB1000142405274870373010457626...

(18) Nom officiel donné par les États-Unis à l’opération occidentale en Libye.

(19) Il s’agit d’une véritable contre-révolution menée par les Occidentaux avec leurs alliés arabes non-démocratiques.

(20) Voir : « Secret Desert Force Set Up by Blackwater’s Founder », par MARK MAZZETTI et EMILY B. HAGER, The New York Times, 14 mai 2011 : [http://www.nytimes.com/2011/05/15/world/middleeast/15prince....].

Également : « United Arab Emirates Confirms Hiring Blackwater Founder’s Firm », mêmes auteurs, 15 mai 2001 dans The New York Times : http://www.nytimes.com/2011/05/16/world/middleeast/16prince....

(21) Voir : « The cold hard cash counter-revolution », de Pepe Escobar, Asia Times, 10 juin 2011 ; http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MF10Ak04.html

(22) Voir : « Conflict in Libya : U.S. oil companies sit on sidelines as Gaddafi maintains hold », de Steven Mufson, The Washington Post, 11 juin 2011.

(23) Les Occidentaux font ou tentent de faire tomber des régimes laïques (Irak, Libye, Syrie) et appuient des mouvements d’opposition qui sont aux mains de fondamentalistes religieux.

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Published by valenton rouge - dans Monde
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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 11:45

marx-8df53.jpgLe but de ce blog et de mon compte Twitter est d’essayer faire passer une autre information sur l’Orient. Il ne s’agit pas seulement de tenter de donner des nouvelles différentes, ni d’analyser ce qui s’y passe, mais aussi de changer la grille de lecture à travers laquelle nous regardons l’Orient. Il faut arriver à se défaire de cette vision eurocentriste et occidentalo-centriste qui caractérise souvent les médias et les intellectuels, y compris de gauche.

C’est pour cette raison que j’évoque ici ce livre qui pourrait apparaître bien loin des sujets habituels, celui de Kevin B. Anderson, Marx at the Margins. On Nationalism, Ethnicity, and Non-Western Societies (The University of Chicago, 2010).

L’auteur, professeur de sociologie et de science politique à l’université de Californie-Santa Barbara, explore le cheminement de la pensée de Karl Marx, en s’appuyant sur des textes souvent méconnus (une partie importantes de l’œuvre de Marx reste non publiée). Il explore la pensée de Marx sur la Chine et l’Inde, sur la Russie, sur la guerre civile aux Etats-Unis (et les questions de race et de classe), sur l’Irlande (rapport entre nationalisme et classe), sur ces « marges du monde », loin du centre capitaliste. Captivant et stimulant.

Au point de départ, le Manifeste communiste publié en 1848 qui affirme : « Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image. » Malgré les réserves exprimées par le terme « prétendue », le ton est donné : le capitalisme apporte des bouleversements qui sont un progrès et l’Europe montre la voie à toutes les nations du monde.

Quand, en juin 1853, Marx examine la politique britannique en Inde, il suggère que toutes les sociétés, y compris l’Inde, sont destinées à suivre la même voie que l’Europe, celle du développement capitaliste. A ce point de son travail, il s’agit même d’un « grand récit » (marqué par la pensée de Hegel). Marx célèbre les effets positifs de la civilisation supérieure britannique sur la civilisation inférieure indienne  [1].

Ce n’est qu’à partir de 1856 et de la deuxième guerre de l’opium que Marx commence à écrire plus systématiquement sur la Chine. Alors qu’il a justifié en partie la première guerre de l’opium (1842-1843), en dépit de son prétexte « infâme », car elle entraînait l’ouverture de ce pays au commerce, il condamne beaucoup plus clairement la seconde. Marx reconnaît de plus en plus le caractère destructeur du développement capitaliste et conteste son caractère progressiste.

Sur les mouvements nationaux en Pologne et en Irlande. Marx pensait dans les années 1847-1848 que la libération de la Pologne serait le résultat de la révolution prolétarienne, alors que dans les années 1860, il pensait à l’inverse que la libération de la Pologne serait la condition du développement du mouvement ouvrier, notamment en Allemagne. Il adoptera le même point de vue sur l’Irlande. Dans une lettre à Engels du 10 décembre 1869, il écrit : « Longtemps j’ai cru que la chute du régime en Irlande [rappelons que ce pays faisait partie alors du Royaume-Uni] par l’ascension de la classe ouvrière anglaise. (...) Des études plus approfondies m’ont amené au point de vue contraire. La classe ouvrière anglaise ne pourra rien accomplir avant de s’être débarrassée de l’Irlande. Le levier doit s’appliquer en Irlande. C’est pour cela que la question irlandaise est si importante pour le mouvement social [2]. »

C’est que Marx a compris à quel point l’oppression d’une nation par une autre peut affecter la classe ouvrière du pays dominant. Et d’expliquer que « l’ouvrier ordinaire anglais hait l’ouvrier irlandais qu’il voit comme un concurrent qui pèse sur son niveau de vie (en faisant baisser les salaires). Il se sent supérieur à l’Irlandais car il appartient à la nation dominante et devient ainsi un instrument des aristocrates et des capitalistes anglais contre l’Irlande, renforçant ainsi leur pouvoir sur lui-même. (...) Cet antagonisme est le secret de l’impuissance des ouvriers anglais malgré leur organisation. Il est le secret du maintien de la domination capitaliste [3]. »

Durant la guerre civile aux Etats-Unis (1861-1864), Marx s’engagea en tant que journaliste et en tant que dirigeant de la Ière Internationale (créée en 1864). Il saluera l’œuvre de Lincoln, même s’il critiqua à plusieurs reprises son refus de s’engager dans une guerre révolutionnaire en intégrant des Noirs dans l’armée ou en appelant les esclaves à se révolter. Dans une adresse au peuple américain de 1865, l’Internationale met en garde : « Faites que tous les citoyens soient déclarés égaux en droit et libres, sans aucune restriction. Si vous échouez à leur donner leurs droits alors que vous leur demandez de respecter leurs devoirs, il restera une lutte pour l’avenir qui peut de nouveau faire verser le sang de votre peuple [4]. » La libération des Noirs deviendra une condition de l’émancipation des travailleurs.

Dans ses cahiers pour préparer Le Capital et dans ce dernier ouvrage (le livre I), il affirme de plus en plus que son travail concerne l’Europe et que l’Inde, la Chine ou même la Russie doivent être étudiées de manière spécifique, car leur histoire ne rentre pas dans le cadre des « stades successifs » de développement : sociétés primitives, esclavagisme, féodalisme, capitalisme. Il introduit le mode de production asiatique et revient de manière positive sur les formes de propriété communale qui se sont maintenues dans ce pays (mais aussi en Russie).

Durant la dernière décennie de sa vie, le travail de Marx fut considérable mais, pour l’essentiel, non publié. L’auteur se penche sur son analyse des sociétés iroquoise et grecque ancienne, sur l’Inde, l’Indonésie, l’Algérie, l’Amérique latine, et surtout la Russie. Dans une lettre publiée après la traduction en russe du Capital, Marx note que la fatalité du développement du capitalisme tel qu’il la décrit est « restreinte aux pays de l’Europe occidentale ».

En conclusion de son ouvrage, Anderson écrit : « En résumé, j’ai montré dans cette étude que Marx avait développé une théorie dialectique du changement social qui n’était ni unilinéaire (succession de modes de production), ni fondée uniquement sur les classes. Au fur et à mesure que sa théorie du développement social évoluait dans une direction multilinéaire, sa théorie de la révolution se concentrait de manière croissante sur l’intersection entre classe, ethnicité, race et nationalisme. Certainement, Marx n’était pas un philosophe de la différence au sens post-moderne du terme, car la critique d’une entité supérieure, le capital, était au centre de son entreprise intellectuelle. Mais cette centralité ne signifiait pas l’exclusivité. La théorie sociale du Marx de la maturité tournait autour du concept de “totalité” qui n’offrait pas seulement l’avantage de laisser une grande place aux particularités et aux différences, mais aussi, dans certains cas, faisait de ces particularités – race, ethnie, ou nationalité – des éléments déterminants de la totalité [5]. »

Toutes ces réflexions sont importantes pour comprendre le monde d’aujourd’hui et l’articulation entre les problèmes de « classe », de « nation », de « race » et aussi de « genre ». Contre l’idée qu’il suffit de résoudre la question sociale pour résoudre les autres « problèmes », Marx a ouvert la voie à une réflexion bien plus fructueuse et à une articulation des divers niveaux de luttes.

Notes

[1] « First, Marx suggest that all societies, including India, are destined to tread the same pathway as was the West, that of capitalist development. It is virtually a grand narrative at this point in Marx’s work » (influence de Hegel) ; « Second, he repeatedly extolls the beneficial effects of Brittain’s “higher” civilization on India’s “lower” one. » (p. 20)

[2] « For a long time, I believed it would be possible to overthrow the Irish regime by English working class ascendancy. I always took this viewpoint in the New York Tribune. Deeper study has now convinced me of the opposite. The English working class will never accomplish anything before it has got rid of Ireland. The lever must be applied in Ireland. This is why the Irish question is so important for the social movement in general. » (p. 144)

[3] « All industrial and commercial centers in England now have a working class split into two hostile camps, English proletarians and Irish proletarians. The ordinary English worker hates the Irish worker as a competitor who forces down the standard of life. In relation to the Irish worker, he feels himself to be a member of the dominant nation and, therefore, make himself a tool of his aristocrats and capitalists against Ireland, thus strengthening their domination over himself. (…) This antagonism is the secret of the powerlessness of the English working class, despite its organization. It is the secret of the capitalist class’s maintenance of its power. And the latter is fully conscious of this. » (pp. 149-150)

[4] « Let your citizens of to-day be declared free and equal, without reserve. If you fail to give them their citizen’s rights, while you demande citizen’s duties, there will yet remain a struggle for the future which may again stain your country with your people’s blood. » (p. 113)

[5] « In sum, I have argued in this study that Marx developed a dialectical theory of social change that was neither unilinear nor exclusively class-based. Just as his theory of social development evolved in a more multilinear direction, so his theory of revolution began over time to concentrate increasingly on the intersectionality of class with ethnicity, race, and nationalism. To be sure, Marx was not a philosopher of difference in the postmodernist sense, for the critique of a single overarching entity, capital, was at the center of his entire intellectual enterprise. But centrality did not mean univocality or exclusivity. Marx’s mature social theory revolved around a concept of totality that not only offered considerable scope for particularity and difference but also on occasion made those particulars – race, ethnicity, or nationality – determinants for the totality. Such was the case when he held that an Irish national revolution might be the “lever” that would help to overthrow capitalism in Britain, or when he wrote that a revolution rooted in Russia’s rural communes might serve at the starting point for a Europe-wide communist development. » (p. 244)

 

http://blog.mondediplo.net/2011-08-08-Marx-et-les-marges-du-monde

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Published by valenton rouge - dans Monde
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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 11:41

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http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5783

 

Nous publions une série de textes (voir : Dette objective et dette subjective, des droits sociaux à la dette) issus d’une recherche collective sur la précarité et ses enjeux.

La précarisation et le morcellement du temps

« Nous ne faisons aucune différence entre le temps, le temps tout court, et le temps de travail. Ces distinctions nous sont étrangères. »
Franz Kafka, Le Château

« Jamais encore K. n’avait vu son existence et son service aussi intimement mêles ; ils l’étaient si bien que parfois K. pouvait croire que l’existence était devenue service et le service existence. »
Franz Kafka, Le Château

Les stratégies économiques et les techniques de gouvernement néolibéral des conduites convergent vers un même objectif : le contrôle du temps. La discontinuité de l’emploi produit une précarisation du temps et la précarisation du temps a comme conséquence son morcellement. On ne sait pas quand on sera employé ni quand on ne le sera plus, combien de temps on touchera des allocations ou le RSA. Il devient difficile de distinguer le temps de repos du temps de l’activité. Se débrancher complètement de l’emploi et de ses impératifs devient problématique. La vie se déroule suivant des temps fragmentés, hétérogènes incohérents et dénués de sens.
Les salariés à l’emploi discontinu vivent une multiplicité de temporalités, sur des rythmes et avec des vitesses éclatées. Ils passent d’un emploi à un autre, d’un emploi à l’attente d’un emploi, de l’emploi au chômage, du chômage à une formation, d’une formation à un temps partiel.
Ce morcellement du temps requiert une aptitude subjective à la disponibilité. Si les salariés à l’emploi discontinu ne sont pas employés en permanence, ils doivent être en permanence disponibles. Le chômeur doit être disponible, souple, adaptable aux temporalités et aux rythmes de l’entreprise, au marché de l’emploi et aux institutions qui régulent les mouvements de la force de travail.

L’emploi et la disponibilité « bouffent le temps », « il n’y a plus de temps », « le temps manque », témoignent différents participants à nos ateliers. Ce manque de temps, ou plutôt ce temps investi dans l’emploi morcelé et dans la recherche d’emploi, implique autant un appauvrissement économique qu’un appauvrissement de la subjectivité. L’emploi du temps ne régit plus seulement le temps de l’emploi. Cette exploitation du temps envahit chaque heure de l’individu, qu’il soit employé ou au chômage. Les chômeurs, les bénéficiaires du RSA, ont perdu la maîtrise relative du temps, gagnée par des luttes qui s’étaient organisées, depuis la naissance du mouvement ouvrier, précisément autour de la réduction du temps de travail. Comparées aux dispositifs disciplinaires du fordisme, les politiques néolibérales introduisent des dispositifs très inventifs pour quadriller le temps. Le fordisme rythmait la vie par la répétition régulière des tâches : 8 heures d’emploi, 8 heures de vie consacrées à d’autres activités humaines, 8 heures de sommeil ; une succession implacablement répétitive des périodes de travail et de repos hebdomadaires, une année de labeur rompue par le retour attendu des vacances d’été, de Noël, de Pâques. Le symbole de ce temps régulier voué au travail était Harold Lloyd accroché aux aiguilles d’une horloge géante.

 

Les politiques néolibérales fabriquent des blocs de modes d’existence discontinus qui ne connaissent plus ces réconfortantes et névrotiques régularités temporelles et spatiales. Le temps est morcelé. L’espace est dispersé. Dans le fordisme, le capital était relativement immobilisé dans l’espace national, dans les usines et le système bancaire. Comme les anges, il s’est dégagé des contraintes matérielles, il saute les frontières et impose son mouvement, ses accélérations, ses arrêts aux salariés et à la société toute entière.

On aurait pu espérer que la rupture de la circularité et de la régularité du temps disciplinaire libérerait le temps comme espace du possible, de décision, de choix, de la liberté. Il n’en n’est rien. On constate qu’en réalité, décision, choix et liberté s’exercent dans un cadre qui ne présente pas de véritables alternatives. Plus que jamais « le temps est de l’argent » : il est encore et toujours la source de la valorisation du capital. Dans l’économie néolibérale, il n’est plus question seulement du temps de l’emploi, mais du « temps tout court », comme le dit Kafka, c’est-à-dire d’une multiplicité de temporalités, de rythmes, de vitesses qui empiètent sur la « vie », sur les « styles de vie » des individus.

Isabelle Stengers parle d’« alternatives infernales » pour en dire le manque : « Si vous voulez gagner plus, vous devez travailler plus », « étant donné la dette de l’État, le choix porte, ou bien, sur moins de services, ou bien sur plus de remboursements pour payer les intérêts de la dette », et ainsi de suite. Le choix, la décision, la liberté ouvrent sur des alternatives qui ne sont pas de véritables alternatives, sur des alternatives préétablies. Comme le récitent les mythologies néolibérales : « il n’y a pas d’alternatives » au marché, à l’emploi, à la finance. Le monde et son devenir sont figés dans un éternel présent sans profondeur.

Tout en imposant un état de mobilisation totale et de changement continu, la société néolibérale ne libère pas de temps de vie, ne favorise aucunement la création de nouveaux possibles. Mobilisation générale à l’emploi, adaptation permanente aux marchés et consommation régissent les éventuels temps libres gagnés par ailleurs. Ce qui est volé, ce n’est pas le temps de travail mais l’avenir, le devenir mêmes des sociétés. L’espérance est préemptée.

L’emprise grandissante des entreprises et des institutions sur les rythmes, les accélérations, les arrêts, les reprises de la production, de l’emploi, mais aussi de la vie sociale de chacun, produit paradoxalement une uniformisation et une homogénéisation de la subjectivité.
L’appauvrissement de la subjectivité est d’abord et surtout un appauvrissement du temps, une neutralisation du temps comme source de changement, de métamorphose, de création de possibles.

Pour fabriquer une pièce de théâtre, un film, une forme de vie ou une action politique, nous avons besoin du temps comme matière première fondamentale. Nous avons besoin d’une certaine emprise sur notre temps. Il importe de disposer de temps, d’en profiter, mais aussi d’en gaspiller. Les temps vides, les temps de suspensions et de ruptures, les temps non finalisés, les temps d’hésitation sont les conditions de toutes les productions artistiques, sociales ou politiques. Ce sont précisément les temps que les politiques néolibérales s’emploient à neutraliser. La seule temporalité connue et reconnue par cette doxa est celle du temps de l’emploi et du temps de la recherche d’emploi.
Le conflit des intermittents est, à ce propos, exemplaire.

Dans la recherche menée entre 2004 et 2005 sur les conditions de travail, d’emploi et de chômage des intermittents, un musicien nous avait dit qu’à son avis, le conflit sur l’assurance- chômage des intermittents était un conflit qui portait sur le temps. Son discours peut être résumé de cette façon : « L’assurance-chômage ne nous donne pas des allocations, elle nous donne du temps », le temps aussi de ne rien faire, de se reposer, de lire, de voir, de chercher, de flâner.
Cet intermittent renverse la formule de Benjamin Franklin « Le temps, c’est de l’argent », en « L’argent, c’est du temps ». Il confirme l’intuition de Marcel Duchamp : « Mon capital, c’est le temps, pas l’argent. » Le conflit porte toujours sur le temps, mais il ne se limite plus au « temps de travail ». Il investit aussi le temps subjectif, le temps de la vie.

La perception du temps. Entre la contrainte d’être toujours disponible et le temps libre... pour travailler.

« S’ils t’appellent à 8 heures pour être à Nantes dans l’heure, alors on se réveille, pas de petit déjeuner et hop... ! Partir. Et grosso modo, sur les premières années, c’est, voilà tout... C’est la disponibilité... toujours disponible. » (un journaliste reporter d’images). Dans la précédente recherche sur les intermittents nous avions constaté que la disponibilité était l’une des caractéristiques du salarié intermittent.
Les pigistes subissent la même contrainte. La disponibilité est également ce que Pôle emploi demande aux chômeurs du régime général et la CAF aux bénéficiaires du RSA : il leur faut être disponibles à tout moment, pour un emploi ou une recherche d’emploi, pour un entretien d’embauche ou pour une convocation à l’antenne dont ils dépendent, pour un stage. Si les individus ne travaillent pas tout le temps, tout leur temps est mobilisable pour l’emploi ou pour son ersatz, la recherche d’emploi. Il nous a paru pertinent de revenir sur ce que signifient ces deux termes militaires : « mobilisation » et « disponibilité », introduits dans le vocabulaire de l’emploi, en analysant les entretiens avec des pigistes de la presse écrite et audiovisuelle.

Si le journaliste pigiste connaît une forte discontinuité entre deux piges, la continuité de son activité se manifeste avant tout dans l’astreinte de facto, même en l’absence d’une obligation contractuelle. Pour que le temps de la vie soit envahi par le temps de l’emploi, il n’est pas nécessaire d’être employé, il suffit d’être « dispo », comme on dit aussi des pièces en magasin. La disponibilité à se mobiliser soudainement pour satisfaire toute exigence de tout employeur est la valeur ajoutée du pigiste et du travailleur précaire.
« Être disponible » : l’expression signifie que l’horizon temporel du pigiste est en permanence bouché par la possibilité, par l’éventualité d’un emploi. La vie des salariés à l’emploi discontinu doit se soumettre à cette éventualité.

« Il y a un truc qui m’énervait à mort : le week-end en télé. On savait qu’il y avait besoin d’un CDD – c’est systématique –, et on nous prévenait le vendredi pour le samedi. Tu te dis : pourquoi ? Outre le fait que c’est pour maintenir une certaine dépendance, que tu dois dire oui du jour au lendemain – pendant combien d’années tu acceptes ou pas d’annuler ton week-end... Moi, c’est un truc qui m’a toujours rendue folle. » (une journaliste pigiste dans l’audiovisuel et la presse écrite).

La pige imprévisible, la pige qui arrive à la dernière minute, s’appelle en jargon pigiste la « pige pompier » car si personne ne peut prévoir le départ d’un feu, l’incendie est toujours possible. Il faut donc être prêt à intervenir 24 heures sur 24 et se préparer à l’intervention. Mais le seul feu envisageable dans l’économie néolibérale est celui d’un emploi.

« Oui, c’est vrai, il y a la ′′pige pompier′′. J’ai plein d’expériences de canards pour lesquels j’ai bossé, c’est la même chose à chaque fois. Je proposais des sujets, on me disait non, et puis on me rappelait à 14 heures en me disant : ′′ Es-tu libre à 16 heures pour faire tel truc ? ′′ Donc soit on teste ta réactivité soit on te donne un truc pourri que personne ne veut. C’est vraiment un bizutage. Après on te donne des trucs chiants, il y a une vraie progression. Ce qui n’exclut pas le côté pompier ; faire des trucs au dernier moment, c’est notre valeur ajoutée en tant que pigistes. » (un journaliste pigiste en presse écrite).

La disponibilité, le fait d’être toujours connecté au réseau, de n’être jamais off, est motivée par la peur d’être oublié, par la peur de la concurrence d’autres pigistes plus disponibles, plus soumis aux exigences de la mobilisation à l’emploi.

« On a toujours la peur de ne rien trouver après, de perdre les contacts. C’est vraiment ça, l’histoire du portable toujours allumé, de jeter la caméra si mon portable sonne. C’est vrai qu’on a toujours ce truc-là que, si je m’arrête, ils vont m’oublier. Si je pars une semaine en vacances, est- ce que ce ne serait pas un stagiaire qui va me piquer ma place ? Ou un autre pigiste qui va montrer sa tête et qui va être plus super que moi... C’est clair, je pense que le lien de subordination, c’est vraiment ça : on se sent obligés d’être tout le temps disponibles. » (un journaliste reporter d’images).

La peur d’être oublié, la crainte de perdre les contacts se double de la culpabilité de ne pas faire tout ce qu’il faut pour être disponible. Peur et culpabilité sont les deux passions stratégiques du gouvernement néolibéral des conduites. Elles fonctionnent aussi bien au niveau macro que micro en politique.

« Ce qui est pénible, en étant pigiste, c’est que dans la tête, tu n’es jamais off, quoi. On culpabilise quand on n’est pas sur un ordinateur… » (un journaliste pigiste en presse écrite).

Ici, la disponibilité est un comportement indubitablement contraint. Mais il s’agit d’une contrainte qui vient à la fois de l’extérieur et de l’intérieur. L’impératif catégorique de l’économie se double d’un impératif subjectif que le pigiste impose à lui-même – à ses engagements, à ses projets. Les modalités d’assujettissement et de contrôle ont changé radicalement Aujourd’hui, le sujet est fabriqué, convoqué et mobilisé pour supporter les coûts économiques et existentiels de l’emploi précaire et discontinu.

La sollicitation de la responsabilité individuelle, dans une situation où il n’y a pas de choix, puisque il n’y a pas d’alternatives, affecte, on s’en doute, négativement la subjectivité. C’est parmi les salariés à l’emploi discontinu qui subissent de façon encore plus aiguë l’injonction à être sujet responsable, entrepreneur de soi, qu’on peut constater la déception et la frustration qu’engendre l’échec de ce programme d’émancipation mensonger.

L’organisation de l’emploi discontinu, les conditions de précarité, les styles de vie qu’ils impliquent sollicitent sans discontinuité la subjectivité individuelle de chacun. L’individu doit négocier sans cesse avec soi-même. Il doit arbitrer continuellement entre son moi et son surmoi économique (« Est-ce que je travaille ou est-ce que je prends des vacances ? Est-ce que je branche le téléphone et me rends disponible à toute sollicitation ou est-ce que je coupe la communication et me rends indisponible ? Est-ce que je réponds à la convocation de Pôle emploi ou pas ? Et à mon prochain rendez-vous de suivi individuel, je dis la vérité ou je triche ? »). L’individu isolé, face à une organisation du travail qui semble posséder la puissance d’un fait naturel, est renvoyé non seulement à la concurrence avec les autres (« On fait des remplacements, donc on espère toujours que – c’est hyper pervers –, tu espères que les autres seront un peu malades dans la rédaction et, voilà, on arrive avec une bonne grippe et on la diffuse. »), mais aussi à la concurrence avec soi-même. La décision, le choix, l’autonomie dont chacun est supposé être porteur, finissent par créer un être coupé de tout agencement social, apeuré et coupable.

Cette négociation permanente avec soi est la modalité spécifique de contrôle propre aux sociétés néolibérales. Comme dans le système fordiste, la norme demeure extérieure, elle est toujours produite par le dispositif socio-économique, mais elle se manifeste comme si l’individu était sa source, comme si elle venait du sujet lui-même.

Comme le dit un réalisateur au RSA, cité dans le texte sur le suivi individuel, il faut que l’ordre et le commandement viennent de l’individu lui-même, car « c’est bien toi qui commande ! », car « c’est bien toi le patron de toi-même ! ». L’injonction à être sujet, à se donner des ordres, à négocier en permanence avec soi-même, produit ce que Alain Ehrenberg a défini comme la « fatigue d’être soi ».

La promesse d’autonomie que la rupture des temps réguliers et circulaires semblait annoncer n’est pas tenue. Elle est renversée en son contraire, comme l’énonce une journaliste pigiste de la presse écrite : « La liberté d’hybride, il y a une espèce de contradiction dans ce sentiment d’autonomie... Et en même temps l’autonomie est cassée... On ne profite pas pleinement de cette liberté ».

L’appauvrissement économique n’est qu’une face de la précarisation, l’autre face est l’appauvrissement de la subjectivité. L’organisation et le quadrillage du temps produisent une misère et une fragilité de la subjectivité dès l’instant où elle se soumet, volontairement ou non, aux nouvelles techniques de management.

Le pigiste est soumis à un chantage et sa capacité de dire non est très limitée. S’il ne répond pas à la demande, s’il n’est pas disponible, la sanction ne tarde pas.

« Si tu es malade ou si tu dis non parce que tu as un mariage ou peu importe, tu te retrouves rétrogradé sur le planning. Être rétrogradé signifie quand même que ton téléphone sonne moins souvent, les effets sont immédiats. Besoin d’être en permanence en capacité de dire oui ! Être disponible, quasiment la veille pour le lendemain. Enfin, pour ce que j’ai vécu à France 3, et c’est pareil à France Info. C’est presque ça... la veille pour le lendemain ».

« Même malade, on va travailler. On espère que la dame qu’on voit en face de nous, qui a déjà deux mômes... Allez, le troisième... Ha, ha ! [Rires] Parce qu’on ne fait que des remplacements de congés de maternité ou de maladie ; ce sont les deux choses, et après... Vacances, honnêtement... Quand tu veux vraiment, c’est du plaisir... Mais cela n’existe presque pas ».

Être disponible ne signifie pas seulement être mobilisable, mais aussi être disponible pour faire ce que les permanents rechignent à faire ou refusent.

« Ça change quand tu es en CDD, tout ce qui est actu super chaude, actu difficile, tout ce qui est hommes politiques, tout ce que les CDI ne veulent plus faire – ils ont raison ! –, c’est pour nous. Grosso modo, je me suis retrouvé la semaine dernière à faire quatre reportages dans la même journée. Ça, ce n’est pas bon, ce sont des trucs illégaux, mais ce n’est pas trop grave. J’ai été JRI sur trois sujets et rédacteur pour un quatrième sujet, parce qu’une autre Région avait besoin d’un sujet qui se déroule dans la Région. Logiquement, je n’aurais pas dû accepter, parce qu’on a quand même des plafonds horaires ; je crois douze heures maximum... Eh bien ! J’en ai fait quinze ou seize. Le lendemain, on est sur la scène à 8 heures ; ça, c’est pour qui est en CDD... En tant que JRI, tu portes quand même dix kilos sur l’épaule, sur trois-quatre heures. Cela a été quand même un cas exceptionnel, de faire quatre reportages pendant une journée, mais ça veut dire trois- quatre heures avec une caméra sur l’épaule... Maladie, pour moi, ça ne veut plus rien dire. Honnêtement, c’est le coup de fil qui compte ».

Les pigistes, comme tout salarié à emploi discontinu, essayent d’organiser une temporalité par ailleurs en permanence déstructurée par l’organisation du travail centrée sur l’emploi précaire. La structuration de ces temporalités fragmentées, imprévisibles, hétérogènes, constitue un surplus d’investissement subjectif qui pèse sur les épaules du salarié.

« Tu ne peux pas travailler après 20 heures, c’est physique, je n’arrive plus... Les week-ends, ça devient difficile. Mais voilà, après on se met des règles, personnellement, individuellement. Mais il y a toujours cette idée que, nous, on n’est jamais en vacances, on n’est jamais en week-end. Si tu arrives à bien gérer, ça va. Oui, c’est un avantage [d’être pigiste] ; sinon, c’est pénible ».

Le travail précaire représente un point de vue privilégié à partir duquel on peut critiquer la prétendue société du temps libre. Dans les faits, la société néolibérale n’offre aucun temps libre : le temps est colonisé, les heures sont saturées. S’il n’est pas rempli par l’emploi, le temps est occupé par la consommation, les médias, les produits culturels. La libération du temps reste à faire. Elle est un processus, un résultat, un objectif à atteindre. L’astreinte consiste, nous l’avons vu, d’abord dans l’impossibilité de dire non aux propositions d’emploi. Pour autant, il est néanmoins possible au pigiste de dégager du temps libre, qu’il consacrera à ses projets personnels. Hélas, comme son temps d’emploi commandé, ses temps de travail choisis sont morcelés, arrachés à l’emploi et à sa disponibilité qu’il suppose.

« Sauf, quand même, une petite note en bémol. Une des difficultés qu’on a est de trouver le jour – le fameux temps libre – ensemble. La grande difficulté est qu’on n’a pas le choix de notre temps libre. Voilà. Notre temps libre, il est imposé par les rédactions ».

Comme en témoignait un intermittent dans la recherche précédente, les plages de temps libre sont découpées à l’intérieur d’une même journée. Elles ne s’étalent plus sur des durées cohérentes, selon la régularité et la circularité des rythmes fordistes. Le morcellement du temps est pratiqué à l’intérieur de chaque journée de façon variable et imprévisible. Les intermittents comme les pigistes remplissent ces heures, ces jours ou ces vacances de l’emploi pour mettre en œuvre des projets personnels.

« Moi, j’essaye, et, bon, c’est mon cas, je m’éclate sur ce que je fais, et E. m’a beaucoup aidé là- dessus. Je suis en train de monter un film entier de deux heures et quinze minutes, que j’ai financé moi-même, que j’ai tourné moi-même et que j’ai monté presque en couple avec E. L’avantage, c’est que, quand tu es pigiste, tu sais que tu vas avoir du temps libre pour avancer sur d’autres projets, et peut-être qu’un jour sur ce film-là... Peut-être qu’il te permettra un jour, s’il est vendu... »

« Honnêtement, quand je faisais encore mes études, j’ai été à la fois surveillant et éducateur sportif spécialisé. Je gagnais presque 2 000 euros par mois, que je ne gagne plus maintenant en tant que pigiste... Voilà, je le fais aussi par passion ; il y a la passion du terrain. Temps libre, c’est un cas à part, parce que je veux absolument faire sortir ce film... Ça fait deux ans, à part six jours de congés à l’étranger, dans ma famille, je n’ai jamais pris un week-end, pas une grasse mat... Ah ! Pour la vie sociale... Et en nombre d’amis, ça fait beaucoup moins. Mais, ça ne m’a pas fait arrêter de faire des ′′ménages′′ [des piges alimentaires]  ».

« Par exemple, planifier des vacances est extrêmement compliqué, parce que tu dois réussir à caler une date où seront finies les choses qu’on a en cours. Et même si on se prend deux semaines de vacances, évidemment, lorsqu’on revient, le lendemain matin, on n’a pas forcement de commandes. Donc, c’est assez difficile à gérer. Il faut réussir – pendant les temps où on n’a pas de commande effective –, justement, à bosser sur les projets pour essayer de les vendre ».

Comment les dispositifs d’assurance-chômage précarisent le temps chez les intermittents

Dans la partie de l’étude portant spécifiquement sur les intermittents, nous constatons que le nouveau protocole induit aussi une perte de repères temporels. Il est impossible à l’intermittent de prévoir, de se projeter dans l’avenir, d’anticiper. Les sujets s’installent dans un éternel présent, un présent sans profondeur, aussi bien du point de vue économique que sur celui de la production et de l’existence. On peut reprendre la proposition de Laurence Parisot, présidente du Medef, et dire que ce n’est pas seulement l’emploi qui devient précaire, mais aussi l’amour, la vie qui deviennent précaire.

Les temporalités précarisées ne sont pas seulement celles de l’emploi et de l’indemnisation, ce qui était prévisible. Ce sont aussi les temps du repos, les temps de formations, les temps de ne rien faire, les temps pour soi, les temps du travail bénévole et gratuit qui s’émiettent, s’éparpillent et se dispersent. La précarisation est transversale et déstabilise tous les temps de la vie.

En même temps que les emplois deviennent rares, de courte durée, mal rémunérés, on constate qu’augmente la pression de la part des institutions pour que l’intermittent investisse du temps dans sa recherche ou dans la création de son propre emploi. Ainsi, comme pour ceux qui ont "droit au RSA" (c’est à dire en dépendent), les incitations, directes ou indirectes, à se déclarer autoentrepreneur sont en augmentation continue.

Le cas du nouveau protocole est exemplaire de la manière dont les réformes néolibérales introduisent une précarisation du temps, une perte de repères temporels qui rejaillissent directement sur les pratiques de production et qui affectent en profondeur la subjectivité.

La réforme des Annexes 8 et 10 du régime général d’assurance-chômage : les trois piliers techniques qui alimentent la précarisation du temps.

1. La fin de l’annualisation et le raccourcissement de la période de référence

La période de référence est la période au cours de laquelle un intermittent doit avoir effectué au minimum 507 heures de travail pour ouvrir des droits à l’assurance-chômage.
Depuis 2003, il n’y a plus de période de référence fixe. Elle coulisse au gré des emplois de l’intermittent. Par ailleurs elle est passée de 365 jours à 304 jours ou à 319 jours.

Ces deux modifications font des ravages, car elles ne prennent pas en compte un élément essentiel des pratiques culturelles : une certaine saisonnalité des productions qu’elles soient du domaine du spectacle vivant ou de celui du spectacle enregistré. En effet, il y a moins de tournages en hiver, la saison des théâtres se déroule de septembre à mai et la saison des spectacles de rue d’avril à octobre. Ainsi un intermittent qui travaille dans le secteur du spectacle de rue, s’il ouvre des droits en novembre, passera quasi systématiquement quatre à cinqmois sans travailler et aura épuisé au moins la moitié de son capital de jours indemnisables lorsque commencera la saison des spectacles de rue. Il sera un peu comme les paysans du Moyen Âge ne parvenant pas à faire la jointure entre deux récoltes. Il lui faudrait travailler 507 heures en quatre mois, ce qui est aussi impossible que de faire pousser du blé dans le même temps. Il aura donc toute chance de se retrouver en fin de droits avant d’être en mesure d’en ouvrir de nouveaux. La conséquence de ces deux changements est la perte de l’horizon de la temporalité. Beaucoup d’intermittents disent comme celui-ci :

« En douze mois, cela devenait de plus en plus difficile, d’avoir 507 heures mais en 304 ou en 319 jours, je n’y arrive pas et je n’arrête pas de rentrer et de sortir du système. Comme je n’ai pas droit au RSA et que l’AFD [1], on n’y a droit qu’une fois dans sa vie, je reste souvent trois ou quatre mois sans revenus. Alors, non seulement je me mets à accepter des boulots que je n’aurais jamais acceptés avant, soit parce que ce n’est pas intéressant soit parce que c’est trop mal payé. Mais aussi, je suis tout le temps angoissé ».

2. La façon dont s’écoule le capital de jours indemnisables

Lorsque l’intermittent ouvre des droits, il obtient un capital de 243 jours indemnisables. Le système d’indemnisation d’avant le protocole de 2003, reposait sur un principe mutualiste résumé par l’axiome : « un jour non travaillé est un jour indemnisé ». Ce n’est actuellement plus le cas, et les 243 jours indemnisables s’écoulent plus ou moins rapidement, suivant que l’on travaille peu ou beaucoup. On ne connaît pas le moment où l’indemnisation va s’arrêter, ce qui entraîne une précarisation flagrante des conditions de vie et du temps.

D’abord, tout le monde ne sait pas quand il va travailler dans les mois à venir. Mais ensuite, quand bien même parviendraient-ils à anticiper leur calendrier, tous les intermittents ne connaissent pas la règle de calcul à appliquer pour connaître le nombre de jours indemnisés dans le mois donc l’ampleur du glissement de leur date de fin de droits.

Beaucoup ne savent donc pas quand ils arriveront en fin de droits ni exactement quelle somme ils vont percevoir de l’allocation chômage à la fin du mois, s’ils ont travaillé.

« Je suis arrivé en fin de droits, j’étais persuadé d’avoir les heures pour ouvrir les droits, mais Pôle emploi me dit que les dernières heures que j’ai faites en mars ne comptent pas pour mon ouverture de droits car elles arrivent après ma fin de droits. Pourtant, sur le relevé d’indemnisation de février, ils me disaient qu’il me restait 10 jours à percevoir et j’ai travaillé le 9 et le 10 mars. Maintenant ils me disent qu’en fait il ne me restait que 7 jours à percevoir et alors je me retrouve sans rien, car j’ai déjà eu l’AFD la dernière fois. Pouvez-vous me confirmer ça ? »

3. La fin de la prise en compte des heures effectuées au régime général

Avant 2003, il était possible de cumuler des heures de régime général et des heures d’intermittence pour une ouverture de droits en Annexes 8 ou 10. Cette disposition permettait de faire des petits boulots pour compléter une fin de mois et aussi d’obtenir une indemnisation chômage. Cette disposition n’existe plus. Cependant, la commission de la Coordination, recevant les intermittents pour les conseiller sur les Conséquences de l’application du protocole (CAP), constate que de plus en plus de gens exercent à côté des métiers hors du champ de l’intermittence (dans la restauration, dans la vente, etc.).

Non seulement, ces heures ne sont pas prises en compte, mais Pôle emploi s’en sert pour ouvrir abusivement des droits au régime général, pour une durée moindre (122 jours, en général) et à un taux beaucoup plus bas. Ce n’est pas seulement l’indemnisation qui est dévalorisée, c’est l’ensemble du temps de l’intermittent qui se trouve par ce tour de passe- passe dévalué.

Aux yeux de l’assurance-chômage, les temps de l’emploi ont des valeurs hétérogènes. Ils ouvrent à des droits différents, le temps de l’emploi intermittent, assurant des droits au chômage plus favorables que les temps de l’emploi non intermittent. Pôle emploi utilise tous les moyens pour déclasser le temps de l’emploi des intermittents, au lieu d’aligner le temps de l’emploi qui ouvre des droits au régime général sur le premier, comme le demandaient les coordinations d’intermittents pendant les grèves de 2003.

« Je suis régisseur de plateau, c’est ma première ouverture de droits. En août j’ai travaillé un mois aux impôts, en novembre j’avais plus de 507 heures, je suis allé déposer une demande d’allocation chômage. Ils m’ont ouvert des droits au régime général (122 jours à 23,90 euros) à compter de fin août, en disant qu’à ce moment-là j’y avais déjà droit. Mais moi je ne leur ai rien demandé ! »

La précarisation des temporalités hors emploi

Ces temporalités ne sont pas considérées comme des temps d’emploi et pourtant elles constituent les ressources qui le rendent possible.

1. Le temps du travail personnel

De plus en plus, les temporalités dédiées à l’emploi « alimentaire » (et à sa recherche) empiètent sur d’autres temporalités, notamment celles du travail personnel. Avant, il y avait une régularité de l’horizon temporel, une période de référence d’un an égale à la période d’indemnisation, ainsi les intermittents avaient la possibilité de prévoir, de s’organiser, de programmer leur temps de travail personnel. L’imprévisibilité et l’incertitude liées à la précarisation du temps poussent à accepter des emplois que l’on aurait pu refuser, mais handicape le travail personnel. Une violoniste nous disait : « Je suis obligée d’accepter tout ce qui se présente et je n’ai plus le temps de travailler mon instrument. Et je deviens de moins en moins performante, de moins en moins apte à faire un remplacement au pied levé, donc à avoir du travail ».

2. Le temps de la formation permanente

Les intermittents ont moins de temps pour suivre une formation permanente. L’intermittent qui n’a plus que 304 jours ou 319 jours pour faire ses 507 heures, va logiquement hésiter à sacrifier 3 ou 4 semaines de sa période d’indemnisation pour suivre un stage. En effet, les jours passés en formation ne gèlent pas l’indemnisation. En conséquence de quoi quatre semaines de stages réduisent la période de référence d’autant. Ce n’est plus en 304 ou 319 jours que l’intermittent devra faire ses heures, mais en 276 ou 291 jours. A contrario, si l’on n’est pas indemnisé par Pôle emploi et que l’on suit une formation dite « professionnalisante », les heures vont compter pour la prochaine ouverture de droits.

« De novembre à décembre, j’ai effectué une formation permis poids lourd et super lourd en plan de formation. Cette formation a été financée en majorité par l’Afdas [2]. Durant cette formation les Assedic m’ont indemnisé. Lors de ma déclaration à Pôle emploi des dates de ma formation, j’ai demandé si une partie des heures compteront comme temps de travail. On m’a répondu que seulement le tiers des heures compteront. Et maintenant que j’ai fait la formation, ils me disent que non parce que j’étais indemnisé. Cela m’a pris du temps, et maintenant, je n’arriverai pas à avoir mes heures avant la fin de mon indemnisation. »

3. Le temps de prendre soin de soi et des autres

De plus en plus d’intermittents viennent à la permanence CAP [3] pour avoir des renseignements, aussi bien sur le congé maternité, les arrêts maladie et les indemnités de la Sécurité sociale que sur les conséquences de ces arrêts de travail sur leurs allocations chômages.

« Je suis intermittente (comédienne échassière) et enceinte de 4 mois. (...) En lisant les conditions d’ouverture des droits sur le site Ameli [le site de la Caisse primaire d’assurance maladie], j’ai réalisé que bien qu’ayant cotisé à la sécu depuis plus de 10 ans je ne remplis pas les conditions nécessaires à l’ouverture de droits. (...)
Je suis allée, ce matin, à la Sécu et l’agent qui m’a reçue m’a annoncé que mon dossier allait être refusé. Je suis allée sur votre site, cela m’a rendu un peu d’espoir, mais je ne suis pas certaine d’avoir bien compris les données. Que pensez-vous de ma situation ? Ai-je des droits ? Si oui, comment puis-je les faire valoir efficacement ? De plus, que se passe-t-il après le congé maternité ? J’ai entendu dire que si le congé maternité n’était pas indemnisé par la Sécu, il ne serait pas pris en compte par Pôle emploi ».

C’est en effet le cas. Il arrive donc que des intermittents, pour cause de maladie ou de maternité se trouvent sans aucun revenu. Certains, sachant qu’ils ne seront pas indemnisés par la Sécurité sociale, préfèrent faire le choix de ne pas déclarer leurs arrêts de travail à Pôle Emploi afin de continuer ainsi de percevoir leurs allocations chômage. D’autres le font pour pouvoir continuer à être disponible pour un éventuel engagement et ne pas perdre tout lien avec le milieu en courant le risque que leur état de santé s’aggrave. D’autres, non indemnisés par la Sécu, vont demander à leur médecin d’écourter la durée de leur arrêt afin de retrouver leurs allocations chômage, avec les conséquences que l’on peut imaginer pour leur santé.

4. Les rythmes de la création

Le nouveau protocole pousse les intermittents à produire plus dans des délais plus courts. L’accélération et l’intensification des rythmes de création se font aux dépens de sa qualité.

« On est obligés de produire de plus en plus, mais on n’a pas toujours l’inspiration. Je suis un peu à sec. On n’est pas une machine à produire. On ne peut pas être tout le temps dans la création. Il faut du temps pour se renouveler et la nécessité d’accélérer la production tue la possibilité de se renouveler... Il y a, depuis 2003, la panique de travailler n’importe où et n’importe comment... Je suis obligée de faire trois créations par an » (une danseuse).

Comme le disait une intermittente, le temps de s’arrêter, le temps de sortir, d’aller voir d’autres spectacles, le temps de ne rien faire, le temps de faire autre chose se réduit ou disparaît. Ces temporalités non immédiatement productives constituent pourtant les conditions de toute création.

5. Le temps d’expérimenter

Le raccourcissement du temps dans lequel « on peut faire ses heures », entraîne la diminution de l’activité gratuite, du travail bénévole qui permettait souvent de faire des « choses plus intéressantes que de courir les cachets alimentaires ». La réduction de la période de référence entraîne une diminution du temps soustrait à l’emploi et à la recherche d’emploi. C’est autant de moins pour l’expérimentation, le travail choisi, l’activité désintéressée, les temps vides, qui, il faut le reconnaître, étaient, en grand partie financés par les allocations chômage.

« Pour trouver des choses intéressantes à faire, il faut chercher dans les bords. Mais dans les marges, il n’y a pas d’argent et nous n’avons plus le temps de travailler gratuitement ou mal payé. J’ai travaillé au noir sur un film d’une réalisatrice dont je suis les projets depuis longtemps et ça m’a pris dix semaines, pendant lesquelles je n’ai pas cherché du travail... Dans les nouvelles conditions d’indemnisation dixsemaines sans être déclarée, c’est beaucoup...Ce n’est plus possible » (une réalisatrice et monteuse).

Il n’y a plus de temps pour « travailler gratuitement », pour « essayer des trucs », pour rendre service à des amis, pour s’engager dans des « projets risqués » qui n’ont pas trouvé de financement.

« Il est de plus en plus difficile d’avoir du temps. Je ne peux pas payer mes acteurs, car je ne suis pas subventionnée. Pour pouvoir travailler dans ces conditions, il faut du temps que les personnes qui travaillent avec moi mettent à disposition gratuitement. Maintenant, les gens qui veulent êtres indemnisés ont de moins de moins de temps pour faire des projets non rémunérés. Ils travaillent ailleurs pour faire leurs heures, mais ils tiennent à travailler avec moi, mais pour ça il faut du temps... » (une metteuse en scène).

6. Les temps de la « création »

« La part la plus sublime de la création, et la plus impossible à cerner, même par tâtonnements, je veux dire le temps, se trouve là emprisonnée dans les réseaux de sordides intérêts marchands. »
Kafka

Sous l’aimable euphémisme de « professionnalisation », les politiques culturelles visent à normaliser le temps de la production artistique de la même façon que les politiques sociales visent la normalisation du temps de chômage, en le réduisant exclusivement à la recherche ou à la formation en vue d’un éventuel emploi. Ce que la logique du capitalisme néolibéral appelle « temps morts », ce sont en réalité les temps vivants, les temps de l’invention. Cette conception du temps est une contradiction majeure du capitalisme cognitif, du capitalisme culturel, des industries créatives, de la prétendue société de la connaissance ; en considérant les « temps non finalisés » comme « temps morts », elle brise son ressort : la création. La chasse à ces temps de suspensions, aux temps vides, aux temps d’hésitation, font que « on n’est jamais dans le présent de la création », c’est-à-dire que l’intermittent ne dispose plus de ce temps où l’inattendu peut se produire, l’invention advenir, mais dans un présent vide où l’artiste est invité à reproduire sans cesse ses mêmes recettes. Dans cette logique, on comprend que les artistes aient des carrières rapides, calquées sur le modèle du show business, basées sur une idée, une trouvaille répétée ensuite ad nauseam, jusqu’à son remplacement par un autre « plus jeune, plus fou » comme le dit la chanson.

La précarisation du temps (l’invasion du temps de l’emploi, la disponibilité aux demandes des producteurs, la subordination aux obligations administratives, la disparition progressive de la multiplicité des temporalités de l’intermittence) rejaillit directement sur le travail, sur la qualité artistique ou du moins sur l’engagement nécessaire dans un travail. Au lieu d’être impliqués dans le présent, au lieu de vivre dans le risque délibéré de la création, les intermittents ici réunis en ateliers subissent une temporalité qui est celle de l’emploi, celle de l’administration et de l’indemnisation.

« Avec toutes ces contraintes économiques et culturelles (introduites depuis 2003), avec toutes ces exigences, tu n’es à aucun moment dans le présent. Dans l’écriture, j’ai regardé mon emploi du temps, je n’ai jamais eu 15 jours d’affilée, où je pouvais me consacrer uniquement à l’écriture. Il y a toujours un dossier à rendre, un visuel à envoyer, un budget à finir, un rendez-vous administratif... 20 000 petits machins qui font que... » (un metteur en scène).

« Et c’est quelque chose qui s’accentue... On est de moins en moins dans le présent et de plus en plus dans la projection » (une comédienne).

« Et de plus en plus lointaine. L’écart qui se crée entre le présent et l’avenir rend les choses de plus en plus fragiles... » (une danseuse).

« Ce n’est pas le présent de ce que tu es en train de faire qui peut avoir du sens pour le marché, c’est quelque chose qui doit venir, qui n’est pas encore là... C’est un truc infernal » (une comédienne).

« Toutes ces contraintes te font sortir du moment présent. Or, s’il y a une spécificité du spectacle vivant, c’est bien que c’est une pratique du présent, que ce soit dans les répétitions ou les représentations... Le rôle du présent dans le vivant, c’est essentiel. Mais, c’est comme si le “ici et maintenant” était en train de se réduire, de disparaître, même pour les interprètes... Alors que tu es en train de travailler à une chose, tu dois penser à la suite, que ce soit comme interprète ou comme porteur de projets. Un travail qui se projette dans un autre travail futur, c’est comme s’il n’existait pas. On se projette tout le temps. Si dans les mois qui suivent, tu n’as rien de prévu, comment vas-tu faire ? Il faut se dépêcher de trouver un contrat, formuler un projet, en parler autour, etc. Et la sensation du présent, ce qui se vit dans le présent, se réduit de plus en plus » (une autre comédienne).

Un cameraman pigiste, nous rapporte la même expérience, vécue pendant un reportage :

« Le téléphone... le téléphone ne s’éteint jamais plus, c’est comme ça, pendant le tournage. J’arrête aussi la caméra pour aller répondre au téléphone, pour signer pour une semaine de contrat ».

Si son téléphone demeure allumé, si son attention demeure en alerte pour autre chose que pour le travail pour lequel il est payé, on peut se demander : que regarde-t-il dans l’œilleton de sa caméra ? Quel type d’images produit-il ? Des images déconnectées du réel, saturées de sa préoccupation, de ne pas perdre une possibilité d’un emploi.
Ce pigiste porte sa disponibilité à l’emploi sur lui, avec son téléphone allumé dans sa poche. Le téléphone portable est le dispositif technologique de la disponibilité, que, dans certaines entreprises la direction fournit gratuitement aux cadres afin de les savoir toujours connectés, toujours mobilisables. Ici, ce n’est même pas une injonction, mais une nécessité du salarié pour l’emploi discontinu qu’il assure lui-même.
Le manque de temps dans la production, la précarisation existentielle, les impératifs de production, entraînent une standardisation, des contenus et des formes, des créations.

« Ce qui s’est précarisé, ce ne sont pas seulement les intermittents, mais toute la chaîne de production... Les formes, les manières de filmer, les manières de monter se rétrécissent, s’uniformisent... Les façons de faire, de penser, de raconter se normalisent, s’homogénéisent de plus en plus... » (une réalisatrice et monteuse).

La précarisation et le morcellement du temps rejaillissent aussi sur les modalités de production. Le changement des règles d’indemnisation, oblige les intermittents à optimiser leur emploi du temps. Les resserrements actuels des budgets consacrés à la culture ne sont pas sans conséquences non plus. Les temps morcelés deviennent une caractéristique de la façon de travailler de nombreuses compagnies et des intermittents.

« J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de travail au long cours. Des gens rentrent dans un projet qui dure un an, deux ans. Quand il y a du fric, on peut faire des choses, dégotter une semaine de résidence, puis on arrête et on se revoit si quelqu’un d’autre trouve les moyens d’être ensemble. Des projets très étendus dans le temps, pas forcément avec des temps de travail effectif plus longs. L’intérêt, c’est qu’il y a des temps de maturation entre les sessions de travail – mais sans aucune garantie qu’il y aura un prochain temps de travail. Je croise de plus en plus de gens qui sont dans des espèces de nomadisme sur un projet. Ils vont d’un lieu à un autre lieu, de résidence en résidence, pas forcément avec de l’argent – déjà, s’il y a un lieu, un accueil, c’est pas mal. Ce qui est corrélatif à cela, c’est que l’on voit de plus en plus des ′′étapes′′ de travail parce que les équipes ont des processus de travail qui durent deux ans, trois ans. Cela pose la question : qu’est-ce que c’est que montrer une étape de travail ? Même avant le protocole de 2003, ça me posait un problème. Mais c’est peut-être une autre discussion... ».

Le temps de création dont parlent les intermittents est un temps suspendu. C’est un temps qui interrompt le cours du temps chronologique, pour ouvrir à une durée, à une temporalité qui est celle de la création politique, sociale ou esthétique. Le présent dont se sentent privés les intermittents réunis en atelier n’est pas sans durée, comme saint Augustin l’observait déjà, le présent comme durée contient la coexistence des temps : le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur. Les politiques néolibérales assèchent ce présent non chronologique, le siphonnent de tous ces possibles et de ses promesses pour le convertir en un présent chronologique, un présent qui est la répétition infinie du même.

L’accélération du temps, produite par l’application du protocole (plus de contrats, plus d’emplois, plus de cachets dans un délai de temps réduit), implique un appauvrissement du temps. Dans ce sens strict, nous pouvons affirmer que les temporalités néolibérales sont antiproductives. Le capitalisme « cognitif », les industries créatives, de la même manière les nouvelles méthodes de gestions des chômeurs et de ceux ayant droit au RSA sont, à la lettre, des systèmes d’antiproduction, puisqu’ils ne connaissent et n’acceptent qu’une temporalité : le temps de l’emploi ou de sa recherche.

Chassé-croisé temporel des intermittents et des permanents

Dans l’audiovisuel, on observe un chassé-croisé des pratiques des emplois exigées des intermittents et de celles exigées des permanents. Les permanents doivent désormais se soumettre à l’injonction de disponibilité, à la souplesse et à l’adaptation propre jusqu’alors à l’emploi discontinu. Dans le même temps, les intermittents se retrouvent, nous l’avons vu, à être disponibles en permanence, avec ou sans emploi.

« Dans le secteur audiovisuel, il y a une évolution très clairement perceptible du côté des permanents. Autrefois les permanents compensaient la fixité du travail par un certain confort, une régularité de salaire et des modalités d’emploi qui leur permettaient d’organiser leur vie relativement à l’avance, en particulier pour ceux qui avaient une vie de famille, des enfants, etc. Or, depuis quelques mois, on leur impose le même rythme, la même instabilité qu’aux intermittents. C’est-à-dire que dans la plupart des boîtes dans lesquelles je bosse, on leur annonce le vendredi soir quel sera le planning de la semaine suivante. En plus, on leur impose des cadences infernales, comme finir à 3 heures du matin, recommencer le lendemain et le surlendemain à faire des implantations à 5 heures du matin en ne respectant pas les rythmes de sommeil, etc. Or, les intermittents, quand ils n’ont pas envie de faire un boulot, ils ont toujours la ressource de dire qu’ils ne sont pas libres parce qu’ils ont un autre engagement. C’est un moyen de dire non sans se brouiller avec l’employeur, avec même le petit gain lié au fait d’apparaître comme quelqu’un de très demandé. C’est ce que me disait un collègue permanent qui craque complètement à cause des rythmes qu’on lui impose : “Toi, au moins, tu peux toujours dire que tu n’es pas libre. Nous, on ne peut absolument rien dire”. Donc ils subissent totalement la chose. Et moi qui suis intermittente et qui passe d’une boîte à une autre, je les vois, je parle avec eux et je constate qu’ils décrivent tous la même souffrance. Une souffrance de permanents ».

Dans l’audiovisuel, les entreprises « grignotent du temps » à leurs salariés. Les heures qui autrefois faisaient partie de la journée de travail (le temps du voyage, des préparations) sont systématiquement sorties du calcul du temps de travail. Ces temporalités « non directement productives » ne sont plus rémunérées, mais, deviennent à la charge de l’intermittent. Autrefois les déplacements étaient prévus avec une marge de confort. Aujourd’hui l’aller et le retour d’un tournage se fait la même journée, afin d’économiser une nuit d’hôtel et les défraiements afférents. On rogne sur les temps de récupération ou de pause :

« Pour les CDI les dimanches sont payés 25 % de plus et ils donnent droit à une journée de récupération. Historiquement la transcription pour l’intermittence était jusqu’ici : puisqu’il n’est pas question pour un intermittent de journées de récupération, on vous paie les dimanches doubles. Souvent, les intermittents eux-mêmes ne connaissent pas l’origine de cette norme salariale. Donc quand on leur dit : “Les dimanches doubles, c’est trop, c’est exagéré, 150 % c’est déjà bien”, certains sont tentés de dire oui... De plus, les techniciens non ′′artistiques′′, depuis toujours, ont opté pour une autre position : ils ont accepté les dimanches à 25 % comme les permanents, sans bénéficier de l’équivalent de la récupération. Là, les employeurs ont proposé 150 % pour tout le monde, en se disant les techniciens vont être contents, et chez les “artistiques”, les traitements étant divers et inégaux depuis toujours, certains vont trouver cela avantageux, être intéressés à accepter ».

« Cette nouvelle convention, tente de calquer la journée de l’intermittent sur celle du permanent et de lui appliquer les règles qui encadrent la permanence : par exemple, le permanent n’est pas payé pour se rendre de chez lui à son lieu de travail, donc idem pour nous, l’intermittent ne serait plus rémunéré sur ce qu’ils définissent comme un temps de trajet. Ce n’est qu’un exemple, mais il y en aurait plein d’autres du même type à citer, concernant les temps de déplacement, de voyage, etc. ».

Double travail

Le nouveau protocole avec ses règles compliquées et ses nombreux pièges, requiert une attention et une vigilance accrues. Il faut dégager tout du temps pour suivre l’évolution de la réglementation et pour s’assurer de ses droits.

« La brièveté de la période d’indemnisation, décalage, glissement, tout ça... engagent à être constamment vigilant aux évolutions de son dossier. Cela devient une occupation parallèle qui demande un certain savoir-faire. Quand on ′′ s’y connaît en protocoles ′′, on vous appelle pour vous demander des renseignements. Par exemple : un directeur de structure qui m’emploie comme enseignante m’appelle expressément pour que je lui explique le numéro d’objet, comment il doit déclarer ses ateliers dorénavant...Je lui conseille de demander aux Assedic ou à son syndicat, il dit qu’il préfère passer par moi, je suis sûrement plus au courant puisque je suis la première concernée... Une activité qui prend du temps, comme travailler ».

Pour les salariés-employeurs les nouvelles règles d’octroi des subventions, la nécessité de répondre aux exigences para-artistiques des bailleurs de fonds, l’empilement des diverses démarches administratives de contrôles quantitatifs, font exploser le temps dédié à l’administration.

« En quelques années le temps du travail administratif a plus que doublé, je passe un temps fou à rédiger, deux fois par an, des rapports d’activités, à remplir des papiers pour des subventions, à contrôler la comptabilité... Quand on a commencé, ce temps était une fraction négligeable du temps de création proprement dit, maintenant il sont à part égales » (un metteur en scène).

« Ce que j’ai pu vérifier, c’est que plus je travaille, moins je gagne. Je voulais tout arrêter, ça ne menait nulle part, et c’est pour ça que j’ai pris un travail d’administration à côté » (une danseuse).

En conclusion, la gestion du temps constitue donc une partie importante de la préoccupation des intermittents comme des pigistes : le fait de « travailler tout le temps » a comme première conséquence le fait que « on n’a plus le temps ». Cette contention du temps investi dans un emploi, nous l’avons vu antiproductif, détermine contrairement au slogan « Travailler plus pour gagner plus », à la fois un appauvrissement économique et un appauvrissement subjectif. Ce resserrement conditionne à son tour la pratique artistique qui s’uniformise et s’appauvrit.



 

Notes :

[1] Allocation de fin de droits : c’est un vestige du fonds mis en place par le gouvernement, en 2004, suite au mouvement. Elle est censée « rattraper » les intermittents qui n’ont pas 507 heures en 304 ou 319 jours, mais qui les ont en 365 jours. C’est une allocation d’un montant forfaitaire de 30 euros, qui est allouée pour une durée qui varie selon des critères d’ancienneté dans l’indemnisation. Les critères en sont tellement restrictifs que peu d’intermittents en bénéficient.

[2] L’Afdas est tout à la fois Opca (Organisme paritaire collecteur agréé), Opacif (Organisme paritaire collecteur agréé gestionnaire du congé individuel de formation) et direction de la formation des intermittents du spectacle.

[3] CAP : conséquences de l’application du protocole Unedic ; accueil et d’information sur le régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle.

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Published by valenton rouge - dans Monde
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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 16:00

3141979-4489964.jpgLa politique sécuritaire du président colombien Juan Manuel Santos ne serait pas la cause principale de la montée de la violence des guerilleros en Colombie.


Rien que pour le premier semestre de l’année 2011, les actes de violence commis par les FARC ont progressé de 10% par rapport à l’année précédente. De quoi pointer du doigt le président Santos, au pouvoir depuis un an, et qui serait incapable d’être aussi ferme au niveau sécuritaire que son prédécesseur, le très populaire Alvaro Uribe.

Mais le directeur d’une ONG, Nuevo Arco Iris, qui étudie les conflits armés et le monde politique en Colombie, remet en cause ce mode de pensée. Leon Ventura a analysé les statistiques des 3 dernières années et estime que Santos n’est pas la cause de la résurgence des FARC en Colombie.

Valencia affirme que l’activité des FARC ne cesse de progresser depuis au moins 3 ans. « Nous pouvons dire que la montée des actions réalisées par les FARC durant le premier semestre 2011 suit la même tendance observée depuis deux ans, pour la même période. On ne peut pas attribuer la montée de la violence au changement de gouvernement. Depuis 2009, les FARC ont réalisé de plus en plus d’actions armées. »

Valencia est cependant en opposition avec Santos et son ministre de la défense qui affirment que la violence démontrée par le FARC n’est qu’un signe de désespoir et de faiblesse, les sachant condamnés tôt ou tard. Pour Valencia, les FARC ont tout simplement changé de stratégie sous l’impulsion de leur nouveau leader, Alfonso Cano.

« Les FARC privilégient désormais des attaques rapides qui prennent la population par surprise. Ils sont plus mobiles et ils évitent les longs conflits armés avec les militaires. Ils attaquent avec peu d’hommes, maximum 5 personnes et s’en prennent à des postes militaires, par l’intermédiaire de snipers et de mines anti-personnelles."

Valencia estime aussi que certaines maladresses de communication ont fini par miner le moral des troupes militaires. L’an dernier, le général Padilla de Leon avait claironné, après la mort de deux commandants des FARC « que la lutte armée touchait à sa fin et que les FARC seraient définitivement liquidés d’ici un an. » Résultat : les militaires finirent par se démotiver lorsqu’ils observèrent le contraire, quelques mois plus tard.

Alors pour Valencia, quel est le meilleur moyen d’accroître la sécurité en Colombie ? « Il faut combattre les réseaux criminels qui sont corrompus au niveau national et cela nécessite une purge. Lorsqu’on voit des politiciens proches de l’administration Uribe qui sont accusés de liens étroits avec des groupes paramilitaires d’extrême-droite, cela n’inspire pas la confiance de l’opinion publique, qui finit par éprouver même de la sympathie pour les FARC. En s’attaquant à nettoyer les institutions corrompus, il ne faut pas croire qu’on cherche à amoindrir l’importance des forces armées de ce pays. Au contraire, je pense que c’est la meilleure stratégie pour retrouver un niveau de sécurité acceptable en Colombie. »

Juan Martin Soler
http://www.amerique24.com/Colombie-le-renouveau-des-FARC-n-est-pas-la-faute-de-la-politique-de-Santos_a743.html
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Published by valenton rouge - dans Monde
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