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Thierry MENGUY

 


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une avocate

au service

du salarié

 

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  Verrier Ouahmane Aicha

 

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  94430 Chennevières-sur-marne
 Téléphone : 01.49.62.04.45
 Fax : 01.45.76.13.17
 verrier.ouahmane@wanadoo.fr





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Découvrez la playlist valentonrouge avec Francesca Solleville

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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 19:55

 

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 19:51

 

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 19:41

 

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 19:37
def.jpgVous avez reçu une lettre qui vous convoque à un entretien préalable à licenciement.
L'employeur commence une procédure qui va finalement le conduire à rompre le contrat de travail qui vous lie à l'entreprise. Il vous reçoit, vous expose des griefs, puis, quelques jours plus tard, vous recevez la lettre de licenciement. Il vous reste deux ou trois mois de préavis à effectuer dans l'entreprise.
Or, vous savez très bien que les reproches qui vous ont été notifiés, qui justifient - selon l'employeur - votre licenciement, ne tiennent pas debout: vous avez eu connaissance, à l'occasion de l'exercice de vos fonctions d'un document qui prouverait au juge le caractère infondé des allégations de celui qui les avance pour vous licencier.

 

Et justement, ce document vous serait bien utile devant le Conseil de Prud'hommes que vous venez (allez) de saisir. Mais vous hésitez à le produire: votre Conseil vous a prévenu des conséquences en l'état de la jurisprudence actuelle: au "pénal", vous risquez gros, pour vol ou abus de confiance.
Passé le moment d'hésitation, vous enregistrez le document sur votre messagerie personnelle.
++
On a tous en tête ce drôle de cas de conscience d'un salarié:
- s'il produit "au civil" (Conseil de Prud'hommes) lors d'un litige - parce qu'ils seraient utiles à sa défense, la manifestation de la vérité - des documents de l'entreprise dont il a eu connaissance à l'occasion de ses fonctions, ils seront retenus et examinés par le juge;
- mais au pénal, le salarié risque de se faire condamner pour vol.
Une bonne nouvelle!
A partir d'aujourd'hui, vous aurez moins peur: par un arrêt rendu le 16 juin 2011 (joint ci-après en pdf) la Chambre criminelle de la Cour de cassation vient de confirmer son ralliement à la position de la chambre sociale : 


> le salarié, alors qu'il est sur le point de se faire licencier, peut stocker sur sa messagerie personnelle des documents de l'entreprise dont il a eu connaissance pendant son activité professionnelle dans le cadre de sa fonction et qui peuvent lui être utiles pour se défendre lors de la procédure prud'homale qu'il va engager. Ce n'est pas un vol. Il n'y a pas faute. Pas d'abus de confiance non plus.
Des moyens de preuve en béton armé, ainsi libérés, vont connaître une vie nouvelle.
A vos photocopieuses, scanner, donc, pour conserver par devers vous des documents appartenant à l'entreprise – sous les deux conditions ci-dessus - en vue d'une utilisation lors d'une action en justice « sociale ». Cass. Crim., 15 juin 2011, n° 10-85079
Voyez aussi le blog d'Alain Bensoussan, avocat à la Cour d’appel de Paris, « La production en justice par un salarié de documents internes à l’entreprise », pour mieux vous rassurer sur la qualité de l'information !

 

Mais la publicité de cette jurisprudence, aura t-elle l'écho qu'elle mérite ? En tout cas, nous ne laisserons pas nos proches et autres connaissances dans l'ignorance de l'importante décision pour la défense des salariés.



> illustration (modifiée) tirée du blog http://zythom.blogspot.com/2010/06/digne-et-loyal-magistrat.html 


Publié par Raphaël JORNET

http://chroniques-ordinaires-jr.blogspot.com/2011/08/oui-au-transfert-par-un-salarie-sur-sa.html

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 12:05

mupiout2010.jpgTraduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Mesures annoncées dans le nouveau plan d'austérité :



Plus d'exploitation pour les travailleurs:



  • Licenciements facilités et moins onéreux ;



  • Fin du paiement des heures extraordinaires ;



  • Généralisation de la précarité avec le contrat unique ;



  • Licenciements en masse notamment dans la fonction publique ;



Moins de revenus pour les travailleurs et les retraités :



  • baisse des salaires et des retraites ;



  • augmentation de l'IRS (impôt sur le revenu) et de l'IMI (taxe foncière municipale) ;



  • diminution des allocations sociales ;



  • réduction de la durée et du montant des allocations-chômage ;





Augmentation des prix des biens et services essentiels:



  • Augmentation de l'IVA (TVA) : alimentation, restauration, électricité et gaz ;



  • Augmentation du ticket modérateur et des déremboursements ;



  • Augmentation des billets et pass sociaux pour les transports ;



  • Augmentation des loyers et des prêts immobiliers ;



Plus de privatisations et de fermetures de services publics :



  • Privatisation des Correios (Poste), de l'EDP (Électricité), de la REN (Réseaux d'électricité) , de la GALP (Gaz), d'une partie de la Caixa Geral de Depósitos (Caisse des Dépôts) ;



  • Privatisation des transports publics : le Métro, CARRIS (tramway et bus de Lisbonne), la STCP (Transports urbains de Porto), TAP (Air portugal), des lignes de chemin de fer, des aéroports et des ports ;



  • Fermetures d'écoles, de services de santé, de tribunaux, de postes de police et de la Garde nationale républicaine ;



Plus de profits et de privilèges pour les Banques et les grands groupes :



  • Préservation de tous les avantages fiscaux pour le capital ;



  • 12 milliards d'euros d'aides et 35 milliards de garanties pour les banques ;



  • Financement des grands groupes économiques en réduisant leurs cotisations à la Sécurité sociale ;



  • La BPN (Banco Português de Negócios) livrée au privé, laissant l’État régler les pertes ;



Vol de la prime de Noël :



Le premier-ministre Passos Coelho a déjà annoncé son intention de retirer aux travailleurs et aux retraités une partie de la prime de Noël. Il s'agit d'une mesure, dissimulée durant la campagne électorale, qui enlèvera près de 800 millions d'euros à ceux qui vivent de leur salaire ou de leur retraite.



Un tableau social désolant :





Le chômage augmente :



Le nombre actuel de chômeurs bat tous les records historiques enregistrés depuis le 25 avril 1974 :



  • le taux de chômage a augmenté de 11,1 à 12,4% au premier trimestre 2011 ;



  • le nombre officiel de chômeurs est passé de 619 000 à 688 900 ;



  • si on ajoute les inactifs, qui ne recherchent pas de travail aux agences pour l'emploi et ceux qui ne travaillent que quelques heures, on en déduit qu'il y a plus d'un million de portugais, soit 17,7% de la population active, qui n'ont pas d'emploi ;



  • L'allocation chômage n'est versée qu'à 293 000 personnes, ce qui correspond à 42,6% des chômeurs officiels ;



  • Avec l'application des « mesures d'austérité », qui provoqueront une récession économique encore plus importante, il est prévu que le taux officiel de chômage atteigne les 14% en 2013 ;



  • Le taux réel de chômage pourrait ainsi atteindre près de 20% de la population active en 2013, soit plus d'un million cent mille portugais privés du droit au travail ;



  • En dépit de la progression de ce fléau, l'aide aux chômeurs sera réduite de 150 millions d'euros ;



La pauvreté de plus en plus répandue :



En parallèle à la hausse du chômage, la pauvreté, la misère et la faim sont de plus en plus répandus au Portugal, mais les aides sociales aux plus défavorisés continuent d'être diminuées :



  • 97 000 personnes ont déjà perdues le droit au RSI (Revenu social d'insertion) dans les trois premiers mois de l'année. Le nombre de bénéficiaires du RSI est passé de 428 000 à 331 000 ;



  • Près de 20% des étudiants (plus de 12 000) ont perdu leur droit à la bourse) ;



  • Plus d'1 million 500 000 enfants et jeunes ont perdu et connu une diminution des allocations familiales en 2010 ;



  • Plus de 13 000 enfants ont perdu la revalorisation des allocations familiales due à leur handicap ;



  • Au moins 2 millions de portugais (1 sur 5) sont sous le seuil de pauvreté, vivant avec moins de 360 euros mensuels ;



  • Selon l'accord signé avec la troika, les dépenses liées aux aides sociales seront réduites de 350 millions d'ici 2013 ;



  • Les dépenses liées au Service national de santé seront coupées de 925 millions d'euros, ce qui signifie une augmentation des tickets modérateurs, des déremboursements, etc.



  • Sans les pensions et les aides sociales de l’État, plus de quatre millions de portugais (un tiers de la population) seraient condamnés à la pauvreté ;



Les inégalités se creusent :



Le fossé entre les pauvres et les riches au Portugal est le plus important de l'Union européenne :



  • Les revenus des 2 millions les plus riches sont près de sept fois plus supérieurs à ceux des 2 millions les plus pauvres ;



  • Le groupe des 2 millions les plus pauvres ne gagne que 7% des revenus nets des ménages ;



  • Le groupe des 2 millions les plus aisés absorbe 45% des revenus nets des ménages ;



  • Les 100 portugais les plus riches ont accru leur fortune d'un tiers en 2010, quand la plupart des travailleurs ont vu leurs salaires gelés ou avec des revalorisations minimes ;



Le pays a besoin d'une autre voie, avec le PCP, il est possible de sortir de la crise :



La sortie de la crise nécessite une rupture avec les intérêts des plus riches et des puissants et une politique patriotique et de gauche qui s'oppose aux injustices et au déclin national. La politique défendue par le PCP préconise :



  • Augmentation des salaires et des retraites, notamment du salaire minimum national aux 500 euros dès 2011 (en maintenant l'objectif de 600 euros en 2013) et des retraites de 25 euros ;



  • Lutte contre la précarité, notamment avec la conversion des travailleurs autonomes (recibos verdes) en véritables contrats de travail ;



  • Valorisation de la production nationale avec plus d'investissements publics, une aide aux PME, le contrôle des importations, des quotas obligatoires de produits nationaux dans les grandes surfaces ; des prix maximum dans l'énergie et le crédit ;



  • Renégociation de la dette publique (échéances, taux, montant), en empêchant le pillage des ressources nationales ;



  • Taxation des grands groupes économiques avec un taux réel de l'Impôt sur les sociétés de 25% pour les banques, une imposition sur les grandes fortunes et la spéculation boursière ;



  • Restauration immédiate des allocations sociales supprimées, en particulier les allocations familiales, les allocations-chômage et les bourses d'étude ;



  • Renforcement de l'investissement public, défense du Service national de la santé, de l’École publique et de la Sécurité sociale ;



  • Lutte contre les privatisations, fin des partenariats public-privé, défense et renforcement des entreprises publiques.



Refuser la régression sociale : agir et lutter !



Le PCP se bat pour la défense des intérêts des travailleurs, de la jeunesse et du peuple et n'accepte pas la soumission croissante du Portugal aux grandes puissances de l'Union Européenne, comme l'Allemagne.



Le PCP refuse la liquidation du contenu démocratique et progressiste inscrit dans la Constitution de la République et lutte pour le développement économique et le progrès, pour l'amélioration des conditions de vie de la population, pour un avenir pour le Portugal.



Seule la lutte des travailleurs, des populations, des jeunes, des retraités, des agriculteurs, des petits entrepreneurs peut mettre en échec les politiques de droite, faire obstacle à l'aggravation de l'exploitation, défendre et revendiquer les droits.



Dans cette lutte, les travailleurs et le peuple portugais peuvent compter sur le PCP – le parti de la liberté, de la démocratie et du socialisme.

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 11:53

baillon.JPGDans une lettre rendue publique, le Président invite les parlementaires à voter l’inscription de la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire dans la Constitution. Une nouvelle manifestation de son goût immodéré pour les gadgets inutiles, dangereux et anti-démocratiques, juge Jacques Sapir.



La lettre que le Président Nicolas Sarkozy a envoyée aux députés et sénateurs pour les enjoindre de voter l’inscription de la « Règle d’Or » de l’équilibre budgétaire dans la Constitution est une nouvelle manifestation de son goût immodéré pour les gadgets inutiles, dangereux et anti-démocratiques.

La volonté de mettre les règles économiques hors d’atteinte du pouvoir politique est une constante dans l’histoire politique récente(1). C'est une démarche que l’on retrouve à la fois dans les tentatives récentes aux États-Unis d’inscrire l’interdiction du déficit budgétaire dans la Constitution ou en Allemagne dans les considérations monétaires gravées dans la Loi fondamentale. Mais elle repose tout d’abord sur une idée fausse, une compréhension erronée de ce qu’est une Constitution.

Dans une Constitution en effet, on trouve à la fois des clauses structurelles et des clauses de droit (2). Les clauses structurelles sont des règles organisatrices, qui évitent que certaines questions ne soient interminablement rediscutées à chaque occurrence. Ces règles dépendent cependant du contexte dans lequel elles ont été prises. Ceci était bien vu par des auteurs, comme Thomas Jefferson ou John Locke, pour qui les décisions d'une génération ne pouvaient enchaîner la suivante (3). Les clauses de droit visent quant à elles à exclure du choix majoritaire certaines décisions dans le dessein de protéger les droits individuels. Mais ceci ne saurait s’appliquer à des règles budgétaires qui concernent directement le lien social fondamental que constitue le consentement à l’impôt.
 
Rien ne justifie donc une telle mesure, qui n’est qu’un gadget de politicien visant à semer la discorde chez ses principaux adversaires.

Ensuite, vouloir limiter l’action discrétionnaire du gouvernement en matière budgétaire est une idée dangereuse. Elle peut d’ailleurs conduire à la catastrophe comme le montre l’exemple de l’Autriche dans les années 1920 et 1930 (4). Ce pays avait connu immédiatement après le premier conflit mondial une grave crise hyper inflationniste. Les gouvernants avaient cru bon de devoir introduire dans la nouvelle Constitution du pays l’interdiction de tout déficit budgétaire. Cependant, Il arriva à la fin des années 1920 que le système bancaire autrichien connut une crise grave. Le gouvernement autrichien fut ainsi obligé de recapitaliser dans l’urgence le principal établissement financier. Il n’y avait rien de plus normal et cette mesure était parfaitement nécessaire à la crédibilité du système des paiements. Seulement, pour prendre une telle mesure, le gouvernement autrichien dû prévoir en cours d’exercice des dépenses supplémentaires. Ceci mit le budget en déficit. Il fallut alors enfreindre la Constitution.
 
Pour ne pas provoquer de crise politique le gouvernement décida de tenir secrète cette décision. Mais, le secret fut naturellement éventé, détruisant rapidement la réputation du gouvernement et du pays dans le contexte de la montée de la crise de 1929, et conduisant à une nouvelle crise monétaire grave. Le déficit budgétaire consenti pour recapitaliser le système bancaire autrichien était pourtant en réalité insignifiant et bien incapable à lui seul d’induire une déstabilisation massive.

On le voit ici : pour s’acheter à bon compte une réputation monétaire, les autorités autrichiennes s’étaient mises dans une situation les privant de capacité de réaction face à de nouvelles crises. Ceci renvoie à l’incertitude fondamentale qui existe en économie et dont nul ne saurait s’émanciper.

Pour qu’un système de règles constitutionnelles puisse remplacer une telle action discrétionnaire, il faudrait soit que la totalité des crises futures aient été prévues et inscrites dans les règles. Mais, pour avoir une assurance en la matière, il faudrait aussi que l’on connaisse le déroulement de ces crises à venir. En d’autres termes, le recours à la règle constitutionnelle en économie, sauf à proférer des hypothèses d’omniscience, ne fait pas disparaître le risque d’incertitude radicale. Par contre, en omettant d’organiser une voie de sortie par la reconnaissance de la légitimité de l’action discrétionnaire, elle même issue d’un pouvoir démocratique, ce recours à la règle constitutionnelle institue une incertitude supplémentaire, celle sur les conséquences de l’émergence de la solution à la crise.

Enfin, c’est une idée qui est profondément anti-démocratique. Les règles, et au premier lieu les règles budgétaires, renvoient nécessairement à des structures sociales. Vouloir les disjoindre du contrôle que la représentation de la société (la Parlement) peut exercer sur elles revient à vider de son sens la démocratie.

L'analyse que S. Holmes propose (5) montre que certaines règles d'omission inscrites dans une Constitution peuvent être déstabilisantes. Ainsi, toute règle qui tend à pérenniser une discrimination, ou un mode de coordination (et une règle budgétaire est un mode de coordination) est mauvaise; toute règle qui laisse les agents libres de leurs modes de coordination est bonne.

La cohérence d’une société hétérogène est le produit d’une démarche politique consciente de ses membres (6). La question de l’État prend dès lors toute son importance et avec elle celle de la démocratie. Toute tentative pour limiter la démocratie met dès lors en cause la stabilité de la société.

Si cette mesure de « constitutionnalisation » d’une règle limitant le déficit budgétaire devait être adoptée, non seulement serions-nous confrontés à une atteinte évidente aux principes de la démocratie, mais – et surtout – nous aurions la garantie d’être confrontés à terme à une crise bien plus grave quand nous ne pourrions plus respecter cette règle.

(1) Elle commence en fait chez F.A. Hayek in La Route de la Servitude, (1944), Paris, PUF, 1985.
(2) C.R. Sunstein, « Constitutions and Democracies: an epilogue », in J. Elster et R. Slagstad, Constitutionalism and Democracy, Cambridge, Cambridge University Press, 1993 (1988), p. 327-356.
(3) T. Jefferson, « Notes on the State of Virginia », in Writngs - edited by M. Peterson, New York, Library of America, 1984. John Locke, Two Treatise of Governments, New York, Mentor, 1965, Livre II, ch. 8.
(4) A. Schubert, The Credit-Anstalt Crisis of 1931, Cambridge, Cambridge University Press, 1991.
(5) S. Holmes, "Gag-Rules or the politics of omission", in J. Elster & R. Slagstad, Constitutionalism and Democracy, op.cit., pp. 19-58.
(6) J. Sapir, Les économistes contre la Démocratie, Paris, Albin Michel, 2002.


Jacques Sapir est directeur d’études à l’EHESS.
http://www.marianne2.fr/Regle-d-or-le-gadget-inutile-et-dangereux-de-Sarkozy_a209025.html
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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 11:37

voyages06-islande-06.jpgAux Etats-Unis, les républicains bataillent pour amputer le budget fédéral ; au Portugal, les autorités négocient souveraineté contre plan de sauvetage ; en Grèce, la perspective d’une restructuration de la dette renforce l’austérité. Sous la pression des spéculateurs, les gouvernements ont fait le choix de l’impuissance. Consultés par référendum, les Islandais suggèrent une autre voie : adresser la facture de la crise à ceux qui l’ont provoquée.

 

Par Silla Sigurgeirsdóttir et Robert Wade

 

Petite île, grandes questions. Les citoyens doivent-ils payer pour la folie des banquiers ? Existe-t-il encore une institution liée à la souveraineté populaire capable d’opposer sa légitimité à la suprématie de la finance ? Tels étaient les enjeux du référendum organisé le 10 avril 2011 en Islande. Ce jour-là, pour la seconde fois, le gouvernement sondait la population : acceptez-vous de rembourser les dépôts de particuliers britanniques et néerlandais à la banque privée Icesave ? Et, pour la seconde fois, les habitants de l’île ravagée par la crise ouverte en 2008 répondaient « non » — à 60 % des votants, contre 93 % lors de la première consultation, en mars 2010.

 

L’issue du scrutin prend une coloration particulière au moment où, sous la pression des spéculateurs, de la Commission européenne et du Fonds monétaire international (FMI), les gouvernements du Vieux Continent imposent des politiques d’austérité pour lesquelles ils n’ont pas été élus. La mise en coupe réglée du monde occidental par les institutions financières libérées de toute contrainte inquiète jusqu’aux thuriféraires de la dérégulation. Au lendemain du référendum islandais, l’éditorialiste du très libéral Financial Times s’est félicité de ce qu’il soit « possible de placer les citoyens avant les banques » (13 avril 2011). Une idée qui trouve encore peu d’écho parmi les dirigeants politiques européens.

 

Si l’Islande fait figure de cas d’école, c’est que ce pays offre un exemple chimiquement pur des dynamiques qui, au cours des années 1990 et 2000, ont permis à des intérêts privés d’édicter des réglementations publiques conduisant au gonflement de la sphère financière, à son désencastrement du reste de l’économie et, finalement, à son implosion.

 

Juste avant la crise, en 2007, tout va encore pour le mieux : le revenu moyen islandais s’établit au cinquième rang mondial et devance de 60 % celui des Etats-Unis. A l’époque, les restaurants chics de Reykjavík font passer ceux de Londres pour des gargotes. Les articles de luxe inondent les boutiques et d’énormes 4 x 4 encombrent les rues. Un an plus tôt, une étude internationale classait la population de l’île comme la plus heureuse de la planète (1). Une grande partie de sa prospérité repose sur la croissance accélérée de trois banques islandaises. Petites sociétés du secteur public jusqu’en 1998, elles se hissent rapidement parmi les trois cents plus importantes banques du monde, leurs actifs passant de 100 % du produit intérieur brut (PIB) en 2000 à presque 800 % en 2007 — un niveau que seule la Suisse dépasse.

 

La crise économique éclate à la fin du mois de septembre 2008 : après la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers, les marchés monétaires se grippent (2). Dans l’incapacité de rembourser leurs créanciers, les trois grandes banques islandaises sont nationalisées. Elles accèdent alors à un palmarès moins glorieux : celui, publié par l’agence de notation Moody’s, des onze catastrophes financières les plus spectaculaires de l’histoire.

 

Au début du XXe siècle, après plus de six cents ans de tutelle étrangère, les structures sociales de l’Islande demeurent les plus féodales des pays nordiques. La pêche domine l’économie et génère le gros des entrées de devises étrangères, permettant au commerce de se développer grâce aux importations. Ce qui, en retour, stimule de nouvelles activités : bâtiment, services et industrie légère. Après la seconde guerre mondiale, l’économie entre dans une période de croissance plus soutenue, à la faveur d’une combinaison de facteurs : aide liée au plan Marshall, associée à l’installation d’une base militaire destinée à accueillir l’armée américaine et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) ; abondance d’un bien d’exportation peu sensible aux fluctuations de revenu des consommateurs, le poisson d’eau froide ; population peu nombreuse, très éduquée et dotée d’un fort sentiment d’appartenance nationale.

 

A mesure que l’Islande s’enrichit, elle jette les bases d’un Etat-providence inspiré du modèle scandinave, financé par l’impôt. Dans les années 1980, le niveau et la répartition du revenu disponible atteignent la moyenne des pays nordiques. Cependant, le poids de l’Etat demeure plus prononcé en Islande que chez ses voisins européens. Tout comme le clientélisme : l’oligarchie locale borne le paysage tant politique qu’économique.

 

La société capitaliste moderne de la seconde moitié du XXe siècle s’inscrit dans un lien de filiation directe avec les structures presque féodales du XIXe siècle. Dans les décennies qui suivent la fin de la seconde guerre mondiale, quatorze familles — un groupe connu sous le nom de « Pieuvre » — fournissent l’élite économique et politique du pays. A l’image des chefs de tribu de jadis, elles dominent les importations, les transports, la banque, les assurances, la pêche et l’approvisionnement de la base de l’OTAN.

 

Cette oligarchie règne également sur le Parti de l’indépendance (PI, droite), qui contrôle les médias. Elle avalise les nominations de hauts fonctionnaires, dans l’administration, la police et l’armée. A l’époque, les partis dominants (PI et Parti du centre [PC], qui recrute en zone rurale) (3) gèrent directement les banques locales publiques : impossible d’obtenir un prêt sans passer par l’apparatchik local. Intimidation, flagornerie et méfiance tissent un réseau de pouvoir imprégné de culture machiste, prompte à ériger la pilosité en vertu universelle.

 

L’influence d’un journal étudiant

 

Mais, à la fin des années 1970, une faction néolibérale vient subvertir de l’intérieur l’ordre traditionnel. Elle est emmenée par la « Locomotive », du nom d’un journal dont s’emparent des étudiants en droit et en commerce. Leur objectif : promouvoir les préceptes du libre-échange et se créer des possibilités de carrière sans attendre la bénédiction de la Pieuvre. Avec la fin de la guerre froide, l’opposition de gauche ne fait plus recette ; la Locomotive prospère. Elle fournira au pays un premier ministre : M. David Oddsson (PI).

 

Né en 1948 au sein de la classe moyenne, M. Oddsson devient conseiller municipal de Reykjavík pour le PI en 1974, puis maire en 1982. Il mène alors des campagnes de privatisation — dont la vente de la flotte de pêche municipale — au profit de membres de la Locomotive. En 1991, il conduit le PI à la victoire aux élections nationales. Devenu premier ministre, il règne sur le pays pendant près de quatorze ans, et préside à la croissance extraordinaire du secteur financier avant de s’installer aux commandes de la Banque centrale, en 2004. Ne s’éloignant jamais du marigot politique islandais, il se tient à l’écart du reste de la société — pour laquelle il ne conçoit pas la moindre curiosité. Son poulain au sein de la Locomotive, M. Geir Haarde, ministre des finances de 1998 à 2005, succède en 2006 à la tête du gouvernement à M. Halldór Asgrímsson, auquel M. Oddsson avait cédé le pouvoir en 2004.

 

La libéralisation de l’économie islandaise débute en 1994. L’accession à l’Espace économique européen — la zone de libre-échange des pays de l’Union européenne auxquels se joignent l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège — impose la libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes. Le gouvernement Oddsson se lance dans un programme de vente des actifs de l’Etat et de dérégulation du marché du travail. La privatisation du secteur financier commence en 1998, sous la houlette de M. Oddsson et du leader du PC, partenaire de la coalition alors au pouvoir, M. Asgrímsson : la banque Landsbanki est affectée à des dignitaires du PI, cependant que sa concurrente Kaupthing tombe dans l’escarcelle du PC. Plus tard, une banque privée issue de la fusion de plusieurs petits établissements, Glitnir, s’installe à la troisième place.

 

L’Islande passe le cap du millénaire emportée par le souffle d’une finance internationale dopée aux crédits bon marché. Sur le plan national, trois éléments s’avèrent déterminants : un engagement politique fort en faveur du secteur ; la fusion des banques d’investissement et des banques commerciales, permettant aux premières de bénéficier des garanties que le gouvernement offrait aux secondes ; et une dette souveraine réduite, qualifiant les établissements pour l’indispensable bonne note de la part des agences de notation internationales. Forts de quoi, les actionnaires majoritaires de Landsbanki, Kaupthing, Glitnir et de leurs diverses filiales renversent la vieille domination de la politique sur la finance.

 

L’administration Oddsson relâche bientôt la réglementation des prêts hypothécaires garantis par l’Etat, autorisant des emprunts qui atteignent 90 % de la valeur d’un bien. Les banques, tout juste privatisées, se ruent pour proposer des conditions encore plus « généreuses ». L’impôt sur le revenu et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) baissent, conformément à la stratégie visant à faire de l’Islande un centre financier international béni par la modération fiscale. La dynamique de bulle s’enclenche.

 

Les nouvelles élites bancaires islandaises, désireuses d’étendre leur emprise sur l’économie du pays, s’en donnent à cœur joie. Se servant de leurs actions comme de garanties, elles s’autorisent à souscrire de lourds emprunts auprès de leurs propres établissements pour procéder au rachat d’actions... de ces mêmes établissements. Résultat : les cours grimpent. La même opération s’étend parfois à d’autres banques. Ainsi, les actionnaires de la banque B empruntent auprès de la banque A pour racheter des actions de leur propre société, avant de rendre l’amabilité à leurs amis de la banque A, qui procèdent de la même façon. Dès lors, les cours en Bourse des deux banques s’envolent, sans rapport avec leur activité réelle.

 

A ce rythme, la petite île s’ouvre bientôt les portes du club des géants de la finance. La surabondance de crédit permet à la population de célébrer dans l’exubérance la fin des décennies de rationnement du crédit par le tamis des réseaux politiques : enfin, les Islandais se sentent vraiment « indépendants ». Ce qui explique peut-être leur sentiment — à l’époque — d’être la population « la plus heureuse du monde ». Les propriétaires et les dirigeants des banques se rémunèrent de plus en plus généreusement (un véritable rapt interne au sein des établissements). Et plus ils sont riches, plus ils bénéficient du soutien des partis politiques — qu’ils financent. Les jets privés déchirant le ciel de Reykjavík apparaissent alors comme la preuve sonore du succès pour une population qui, depuis le plancher des vaches, hésite entre l’envie et l’admiration. Les inégalités de revenus et de patrimoine se creusent, aggravées par des politiques gouvernementales qui renforcent la charge fiscale de la moitié la plus pauvre de la société. Bref, « les initiatives libérales d’Oddsson sont la plus formidable réussite du monde (4) », déclare dans les colonnes du Wall Street Journal l’un des plus ardents défenseurs islandais de l’économie de marché.

 

Au début de l’année 2006, pourtant, l’inquiétude pointe. La presse financière s’interroge sur la stabilité de grandes banques qui commencent à connaître des difficultés pour lever des fonds sur les marchés monétaires. Le déficit courant de l’Islande bondit de 5 % du PIB en 2003 à 20 % en 2006 — l’un des niveaux les plus élevés du monde. La capitalisation boursière atteint, en 2007, cinq fois son niveau de 2001. Landsbanki, Kaupthing et Glitnir opèrent déjà bien au-delà de la capacité de la Banque centrale islandaise à les soutenir en tant que prêteuse de dernier recours. Et ce d’autant plus que leurs dettes sont réelles, et leurs actifs douteux. En février 2006, l’agence Fitch rétrograde la note islandaise de « stable » à « négatif » : c’est la « minicrise ». La couronne chute brusquement, à rebours de la valeur des dettes des banques, qui augmente ; la pérennité des créances libellées en devises étrangères devient bientôt un problème « public » ; le marché des actions s’effondre et les faillites se multiplient. La Danske Bank de Copenhague décrit alors l’Islande comme une « économie geyser » sur le point d’exploser (5).

 

Les banquiers et les responsables politiques islandais balaient les critiques d’un revers de la main. La Banque centrale souscrit un emprunt afin de doubler ses réserves de devises étrangères, tandis que la chambre de commerce — pilotée par les représentants de Landsbanki, Kaupthing, Glitnir et de leurs diverses filiales — répond par une campagne de communication dans la presse. L’économiste américain Frederic Mishkin perçoit 135 000 dollars pour apposer son nom sur un rapport écrit presque entièrement par un économiste islandais, attestant la stabilité des banques de l’île (6). Richard Portes, issu, lui, de la London Business School, se contente de 58 000 livres pour le même type d’expertise. Fin 2007, Arthur Laffer, théoricien de l’économie de l’offre, rassure : « L’Islande devrait être un modèle pour le monde entier (7). » La valeur des actifs des banques atteint alors environ huit fois le PIB.

 

Aux élections de mai 2007, l’Alliance sociale-démocrate (ASD) (8) forme un gouvernement de coalition avec le PI, encore dominant. A la consternation de nombre de leurs partisans, les dirigeants de l’ASD oublient leurs promesses préélectorales et manifestent un soutien sans condition à l’expansion du secteur financier.

 

Bien qu’elles aient survécu à la mini-crise de 2006, Landsbanki, Kaupthing et Glitnir peinent toujours à trouver de l’argent frais pour financer de nouvelles acquisitions et rembourser leurs dettes. Les banques mettent alors au point deux méthodes pour surmonter leurs difficultés. La première : Icesave, une invention de Landsbanki. Il s’agit d’un service sur Internet destiné à attirer des dépôts en offrant des taux d’intérêt plus attractifs que ceux des banques traditionnelles. Fondé au Royaume-Uni en octobre 2006 et aux Pays-Bas dix-huit mois plus tard, Icesave bénéficie très vite des recommandations d’autres sites spécialisés dans la finance en ligne et se trouve bientôt submergé par les dépôts. Des dizaines de millions de livres sterling affluent. Parmi les premiers clients, l’université de Cambridge, la police de Londres ou encore la Commission d’audit du Royaume-Uni, qui gère les finances des gouvernements locaux. Sans compter des centaines de milliers de particuliers (trois cent mille détenteurs d’un compte Icesave rien qu’au Royaume-Uni).

 

Le fait que les entités Icesave soient établies comme des « agences » — et non comme des « filiales » — signifie qu’elles se placent sous le contrôle des autorités islandaises, plutôt que des pays hôtes. Nul ne s’inquiète cependant du fait que l’agence de régulation islandaise ne compte que quarante-cinq personnes — réceptionniste inclus —, dont la plupart effectuent un stage en vue d’un recrutement au sein de l’une des banques du pays. Nul ne se soucie davantage de ce que le dispositif d’assurance des dépôts de l’Espace économique européen stipule qu’il incomberait à la population islandaise (trois cent vingt mille personnes) de dédommager les déposants étrangers en cas de faillite.

 

Seconde solution imaginée par les banques pour avoir accès à de nouvelles liquidités sans avoir à justifier d’actifs réels : les « lettres d’amour ». Les « trois grandes » vendent des créances à des banques régionales plus petites qui, à leur tour, les présentent à la Banque centrale pour garantir de nouveaux emprunts... et prêter aux « trois grandes ». Les créances de départ sont vite surnommées « lettres d’amour », puisqu’elles se résument à de simples promesses. Le dispositif s’internationalise : les « trois grandes » créent des filiales au Luxembourg et déposent leurs courriers du cœur à la Banque centrale européenne (BCE) en échange de liquidités qu’elles renvoient en Islande.

 

La chute des établissements bancaires islandais survient deux semaines après celle de Lehman Brothers. Le 29 septembre 2008, Glitnir sollicite l’aide du gouverneur de la Banque centrale, M. Oddsson. Se voulant rassurant, celui-ci ordonne à son institution de racheter 75 % des actions de Glitnir, ce qui a comme unique effet d’aggraver l’inquiétude. La note du pays dégringole, cependant que Landsbank et Kaupthing se voient retirer leurs lignes de crédit. Les retraits massifs débutent dans les filiales d’Icesave à l’étranger. Le 7 octobre, M. Oddsson décide d’indexer la couronne à un panier de devises. Mais la monnaie plonge déjà, et les réserves de devises étrangères sont vite épuisées. Sans contrôle des capitaux, l’indexation ne dure que quelques heures. Cela laisse toutefois assez de temps aux proches du pouvoir pour changer leurs couronnes à un taux favorable. Des milliards quittent le pays, avant qu’on ne laisse la couronne flotter — ou, pour mieux dire, couler. Le 8 octobre, le premier ministre britannique, M. Gordon Brown, gèle les actifs de Landsbanki au Royaume-Uni, en s’appuyant sur des lois antiterroristes passées par le New Labour. La Bourse, les obligations bancaires, l’immobilier connaissent le même sort que le revenu moyen des Islandais : ils chutent.

 

Le gouvernement explose

 

Le FMI arrive alors à Reykjavík. C’est la première fois depuis son intervention au Royaume-Uni, en 1976, qu’il est appelé au secours d’une économie développée. Il propose un prêt sous conditions de 2,1 milliards de dollars pour stabiliser la couronne. Le FMI soutient par ailleurs les exigences des gouvernements britannique et néerlandais : soumise au dispositif européen de garantie des dépôts, l’Islande doit dédommager Londres et La Haye (qui ont décidé de renflouer eux-mêmes les clients d’Icesave sur leur territoire).

 

Le peuple, habituellement placide, laisse éclater sa fureur. Les mouvements de protestation visent principalement MM. Haarde et Oddsson, les caciques du PI, ainsi que la ministre des affaires étrangères, Mme Ingibjörg Gísladóttir (ASD). A plusieurs reprises entre octobre 2008 et janvier 2009, le samedi après-midi, dans le froid, des milliers de personnes de tous âges se regroupent sur la place principale de Reykjavík. Les manifestants se donnent le bras pour former une chaîne humaine autour du Parlement, et tapissent le bâtiment de fruits et de yaourts. Ils exigent la démission du gouvernement.

 

En janvier 2009, la coalition entre l’ASD et le PI se brise. Seul exemple de « virage à gauche » dans un pays touché par la crise financière internationale, un gouvernement d’intérim réunissant sociaux-démocrates et le nouveau et populaire Mouvement gauche-verts (MGV) se constitue alors. Aux élections d’avril 2009, le PI n’occupe plus que seize sièges, malgré un système électoral qui le favorise. C’est son pire résultat depuis sa création en 1929.

 

La nouvelle coalition se trouve immédiatement sommée de rembourser l’énorme dette d’Icesave aux Britanniques et aux Néerlandais : c’est la condition préalable à l’aide du FMI. Le gouvernement envisage également de soumettre sa candidature pour devenir membre à part entière de l’Union européenne et de la zone euro. Après de longues négociations, en octobre 2009, il présente au Parlement les termes d’un accord possible sur la dette d’Icesave : 5,5 milliards de dollars (environ 3,7 milliards d’euros), soit 50 % du PIB islandais, seraient versés aux Trésors publics britannique et néerlandais entre 2016 et 2023.

 

Le MGV se déchire. Le ministre de la santé, qui en est issu, quitte son poste, alors que cinq dissidents refusent la consigne de vote du gouvernement. La loi passe en force le 30 décembre 2009, dans un climat de désapprobation générale qui conduit le président Olafur Grímsson à annoncer qu’il ne promulguera pas une loi aussi contraire au sentiment national. Au référendum de mars 2010, 93 % des votants se prononcent contre l’accord Icesave et 2 % pour. Même les dirigeants du Parti social-démocrate et du MGV s’abstiennent. Les sociaux-démocrates retombent à 19 % aux élections municipales de Reykjavík de mai 2010 — qui voient l’arrivée d’un comique à la mairie de Reykjavík. En octobre, les manifestations populaires reprennent ; la coalition concède l’élection d’une Assemblée constituante qui sera finalement invalidée par la Cour suprême.

 

Le nouveau projet d’accord sur le contentieux Icesave soumis à la population en avril dernier portait sur un montant de 4 milliards de dollars (environ 2,7 milliards d’euros). Après le « non », le différend opposant Reykjavík à Londres et La Haye pourrait être renvoyé vers la justice.

 

Le report à 2011 des coupes les plus importantes dans les dépenses publiques a laissé un peu d’air à l’économie. Jusqu’à présent, l’Islande a connu une contraction de son activité moins importante que l’Irlande, l’Estonie et la Lituanie — où la rigueur va bon train. Alors que le chômage s’établissait à 2 % en 2006, il oscille entre 7 à 9 % depuis le début 2009. Mais le taux d’émigration — des Islandais et des autres travailleurs européens présents dans le pays, surtout polonais — atteint son plus haut niveau depuis 1889. Le pouvoir social-démocrate et vert a néanmoins promis l’austérité pour 2011. Les gouvernements locaux ne disposent plus de budget pour les nouveaux projets. Dans les hôpitaux et les écoles, les salaires baissent et l’on commence à licencier. Le gel des saisies immobilières a expiré fin 2010.

 

La décision du gouvernement de coalition PI-PSD d’octroyer une garantie illimitée des dépôts aux ressortissants islandais, prise à la fin de 2008, illustre la mainmise de l’élite financière sur le pays. Imposer une limite de 5 millions de couronnes — environ 50 000 euros — aurait suffi à protéger 95 % des déposants. Seuls les 5 % les plus riches ont bénéficié de la garantie illimitée, laquelle fait désormais peser de nouvelles contraintes sur les dépenses publiques. On aurait pu croire que la petite taille de l’Islande aurait permis de révéler plus tôt l’aveuglement du gouvernement ; ce fut tout le contraire. Très tôt, M. Oddsson avait entrepris de « privatiser » l’information. L’Institut économique national d’Islande, qui avait une réputation d’indépendance dans ses analyses, a été dissous en 2002, l’administration préférant faire appel… aux départements d’analyse et de recherche des banques elles-mêmes.

 

Un autre phénomène surprend. Le gonflement de la bulle islandaise s’accompagne, dans un premier temps, de la publication de rapports critiques, notamment au sein de la Banque centrale. Mais en 2007 et 2008, quand la menace devient sérieuse, les documents — y compris ceux du FMI — adoucissent leur ton. Les institutions financières officielles, tout comme les banquiers et les politiques, semblent avoir agi sur la base d’une entente implicite : la situation était devenue si grave qu’il ne fallait surtout pas en parler, sous peine de déclencher une panique bancaire.

 

En octobre 2010, le Parlement a décidé de poursuivre l’ancien premier ministre Haarde pour avoir failli à ses responsabilités. Le secrétaire des finances permanent Baldur Gudlaugsson (un ex-membre de la Locomotive) a été condamné à deux ans de prison pour délit d’initié — il a vendu ses parts de Landsbanki en septembre 2008, quelques jours seulement après s’être entretenu de la banque avec le ministre des finances britannique Alisdair Darling.

 

Loin d’avoir à répondre de ses actes, M. Oddsson s’est vu offrir le poste de rédacteur en chef du principal quotidien de Reykjavík, Morgunbladid, d’où il orchestre la couverture de la crise — un peu comme si, a fait remarquer un commentateur, on avait nommé Richard Nixon à la tête du Washington Post pendant le Watergate.

 

Silla Sigurgeirsdóttir et Robert Wade.

 

 

 

Maîtresse de conférences en politiques publiques à l’université d’Islande.

 

Robert Wade

 

Professeur d’économie politique à la London School of Economics.

 

 

Cet article est une version remaniée et actualisée d’une étude parue dans la New Left Review, n° 65, Londres, septembre-octobre 2010.

 

(1) World Database of Happiness, 2006.

 

(2) Lire « Le krach du libéralisme », Manière de voir, n° 102, décembre 2008 - janvier 2009.

 

(3) Dans l’opposition, on trouve notamment le Parti social-démocrate et le Parti des gens ordinaires (Common People’s Party, plus à gauche).

 

(4) Hannes Gissurarson, « Miracle on Iceland », The Wall Street Journal, New York, 29 janvier 2004.

 

(5) Danske Bank, « Iceland : Geyser crisis », Copenhague, 2006.

 

(6) Après la débâcle de septembre 2008, Mishkin modifiera subrepticement le titre de son étude « Stabilité financière en Islande ». Sur son curriculum vitae, le rapport s’intitulera désormais « Instabilité financière en Islande ».

 

(7) Arthur Laffer, « Overheating is not dangerous », Morgunbladid, Reykjavík, 17 novembre 2007.

 

(8) L’Alliance réunit le Parti social-démocrate, la Liste des femmes et une fraction de l’Alliance populaire (issue de la gauche critique à la fois de l’OTAN et du bloc de Varsovie).

 

 http://www.monde-diplomatique.fr/2011/05/SIGURGEIRSDOTTIR/20447

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 18:26

official-seal-of-the-democratic-partyEntamé sous des auspices encourageants, le mandat de M. Barack Obama ressemble de plus en plus à une succession d’épreuves. En particulier pour les partisans du président des Etats-Unis. L’accord que ce dernier vient de parrainer avec la majorité républicaine de la Chambre des représentants (en dépit de leur déroute électorale de novembre dernier, les démocrates conservent le contrôle du Sénat) est mauvais à au moins trois titres :

 

1) Il constitue une capitulation de la Maison Blanche sur un point sensible, celui d’un éventuel relèvement des impôts. M. Obama a en effet accepté que la totalité de la réduction envisagée du déficit budgétaire américain intervienne sous la forme d’amputations de crédits publics, civils et militaires. Il y a seulement trois mois, même les républicains les plus optimistes n’auraient jamais envisagé une telle issue. Pourtant, le niveau d’imposition aux Etats-Unis atteint presque son plus bas niveau historique (en particulier pour les grosses fortunes) alors que, dans un contexte économique difficile, avec un chômage important (9,2 %), les dépenses sociales représentent un filet de sécurité plus que jamais nécessaire (surtout pour les familles modestes et les classes moyennes). Là, les sacrifices vont – une fois de plus – épargner les privilégiés. Il est vrai que ce sont aussi ceux qui financent les campagnes électorales (1).

 

2) L’accord entériné par les deux chambres du Congrès américain témoigne par ailleurs de la perte d’autorité et de stature du président des Etats-Unis, au moment où se prépare l’élection présidentielle de novembre 2012. Après avoir laborieusement négocié avec ses adversaires politiques, après s’être situé à leur niveau, M. Obama leur cède sur l’essentiel. Une fois encore, ses actions ne sont pas à la hauteur de ses propos ; sa présidence s’en trouve dévaluée. La manie « centriste » du compromis qui caractérise M. Obama va entraîner une perte d’enthousiasme de ses partisans, déjà moroses, et elle va pénaliser sa candidature à un second mandat. De fait, même les parlementaires censés soutenir le président américain ont rechigné devant les concessions extravagantes de la Maison Blanche : à la Chambre des représentants, la moitié des élus démocrates ont ainsi voté contre l’accord budgétaire (95 pour, 95 contre) alors que trois quarts des parlementaires républicains votaient en sa faveur (174 contre 66).

 

3) Les mesures d’austérité que ce plan entérine interviennent au plus mauvais moment, alors que les Etats-Unis semblent entrer – ou retomber – en récession. D’une certaine manière, celle-ci avait été amortie par un plan de relance. Alors que la consommation des ménages baisse et que la production industrielle patine, l’économie américaine se voit à présent injecter une dose d’austérité.

 

Bien sûr, le plafond de la dette publique est relevé, mais cette opération serait restée très banale, presque automatique (elle est intervenue soixante-dix huit fois depuis 1960…), si les républicains n’avaient pas fait chanter – et fait céder – le président des Etats-Unis en échange d’un nouveau relèvement. De leur point de vue, l’opération d’extorsion est très réussie. Nul doute qu’elle sera répétée sous peu.

 

Un plan draconien d’inspiration républicaine, une présidence diminuée, une récession qui menace : toutes les conditions se mettent en place pour une campagne présidentielle dont les démocrates ont tout à redouter.

 

(1) Lire, dans le numéro d’août du Monde diplomatique, l’article de Robert W. McChesney et John Nichols, « Aux Etats-Unis, médias, pouvoir et argent achèvent leur fusion ».

 

 

 

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-08-03-Etats-Unis

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 11:56

728362 3 c7a8 evo-morales-lBOLIVIE: "LÀ OÚ IL Y A UN AMBASSADEUR US, IL Y A UN COUP D'ÉTAT"

 

Au cours de son intervention, ce mercredi devant l’assemblée des Nations Unies, Evo Morales a dénoncé les politiques impérialistes des USA.

 

 

Le Président Morales a affirmé que " là où il y a un Ambassadeur des USA, il y a un coup d’État (…), le seul pays où il n’y a pas de coup d’État sont les USA ".

 

En ce sens, Morales a assuré que " je crains beaucoup le gouvernement nord-américain car je connais ses opérateurs politiques, il joue avec le narcotrafic pour nourrir ses intérêts géopolitiques."

 

"Je souhaite vivement améliorer les relations diplomatiques avec les USA, mais nous ne voulons pas que ces relations soient utilisées à des fins de conspiration, c’est pour cela que nous avons renvoyé leur Ambassadeur en 2008 et je ne regrette pas, car il fomentait une conspiration politique et mon devoir en tant que Président est celui de défendre la dignité de mon pays " a affirmé Morales.

 

À l’occasion de sa conférence de presse depuis New York, le Président de la Bolivie Evo Morales a dit que " la nouvelle qui nous arrive des USA, selon laquelle il y a deux mois l’avion présidentiel était consigné aux USA suite à la découverte de traces de cocaïne, est une nouvelle qui nous a surpris et nous a alarmé. Cette année je n’avais pas voyagé une seule fois aux USA, ce voyage, aujourd’hui, est le premier que je réalise pour m’entretenir sur le thème de l’eau ".

 

Le Président bolivien a signalé, que maintenant, les pays capitalistes qualifient de terroristes tous les gouvernements de gauche, et depuis [les attentats NdT] le 11 septembre 2001, ils le font avec encore plus d’insistance. " [avant] Ils m’accusaient bien d’être le Ben Laden andin en Bolivie. Dernièrement je n’étais plus le communiste ni le terroriste mais le narcotrafiquant ".

 

C’est pour cela, que je considère comme " fausses les accusations sur l’avion présidentiel soi-disant retenu à cause de découverte de traces de cocaïne à l'intérieur. Cela nous laisse penser qu’ils sont prêts à nous impliquer [dans le narcotrafic NdT] ».

 

En ce qui concerne l’expulsion de Bolivie de l’agence contre le trafic de drogue , le président bolivien a clarifié: " La DEA nord-américaine ne luttait pas contre le narcotrafic, mais le contrôlait plutôt à des fins politiques ".

 

D’autre part, au sujet de l’objectif des Nations Unies de réduire la pauvreté mondiale, le Président bolivien assurait que " Au sein des Fonds de Coopération, tant que le gouvernement nord-américain continuera à désigner qui doit recevoir l’argent (dans ce cas il s’agit d’entrepreneurs [entreprises]), l’objectif ne se matérialisera jamais ".

 

Traduction : Esteban

http://letacle.canalblog.com/

 

Source : "evo morales donde hay embajador eeuu hay golpe estado"

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 11:50

samir aminPour l’universitaire 
et chercheur égyptien, plus rien ne sera comme avant :
ce mouvement 
de protestation remet en cause à la fois l’ordre social interne aux pays et la place des pays arabes dans l’échiquier politique régional et mondial.

 

Quel regard portez-vous sur ce qui se passe dans le monde arabe six mois et plus après la chute de Ben Ali en Tunisie et d’Hosni Moubarak en Égypte ?

 

Samir Amin. Ce qui est sûr, c’est que plus rien ne sera comme avant. Car il ne s’agit pas d’un soulèvement avec pour seul objectif celui de se débarrasser des dictateurs en place, mais d’un mouvement de protestation de très longue durée, qui remet en question à la fois l’ordre social interne dans ses différentes dimensions, notamment les inégalités criantes dans la répartition de revenus, et l’ordre international, la place des pays arabes dans l’ordre économique mondial, c’est-à-dire la sortie de la soumission au néolibéralisme, et dans l’ordre politique mondial, c’est-à-dire la sortie de la soumission au diktat des États-Unis et de l’Otan. Ce mouvement, qui a aussi pour ambition de démocratiser la société, réclamant la justice sociale et une autre politique économique et sociale, nationale et, je dirai, anti-impérialiste, va donc durer des années, avec, bien sûr, des hauts et des bas, des avancées et des reculs parce qu’il ne va pas trouver sa solution dans les semaines ou les mois à venir.

 

Cela vous a-t-il surpris que 
ces soulèvements soient portés, 
voire impulsés, par de nouveaux acteurs – les jeunes en particulier ?

 

Samir Amin. Non, et c’est très positif. Les nouvelles générations se sont en fait repolitisées. En Égypte, par exemple, la jeunesse est très politisée. Elle l’est à sa manière, en dehors des partis traditionnels de l’opposition qui, dans la tradition égyptienne, sont les partis de tradition marxiste. Mais elle ne s’est pas repolitisée contre ces partis. Je peux vous dire qu’à l’heure actuelle il y a une sympathie profonde et spontanée entre ces jeunes et les partis de la gauche marxiste radicale, à savoir ceux de tradition socialiste et communiste.

 

Vous dites que c’est un 
mouvement de longue durée, 
mais si on prend l’exemple 
de l’Égypte, est-ce qu’il n’y a 
pas un risque que ces révolutions soient récupérées par les forces conservatrices ?

 

Samir Amin. Il y a certes des risques de natures diverses, dont celui à court ou à moyen terme de mise en place d’une alternative islamiste et réactionnaire. C’est d’ailleurs le projet des États-Unis et, malheureusement, l’Europe les suit, du moins en ce qui concerne l’Égypte, c’est-à-dire l’alliance entre les forces réactionnaires égyptiennes et les Frères musulmans, avec de surcroît le soutien des alliés de Washington dans la région, Arabie saoudite en tête, et même d’Israël. Alors est-ce que cela réussira ou non ? Il est possible que cela fonctionne dans le moyen terme, mais cela n’apportera aucune réponse aux problèmes du peuple égyptien. Par conséquent, le mouvement de protestation et de lutte continuera et s’amplifiera. En outre, il faut savoir que les Frères musulmans sont eux-mêmes en crise...

 

En rapport avec ce que vous venez d’évoquer, que pensez-vous 
de ce qui se passe d’abord en Syrie, où le régime de Bachar Al Assad vient d’autoriser le multipartisme, escomptant ainsi ramener le calme ?

 

Samir Amin. La situation syrienne est extrêmement complexe. Le régime du Baas, qui avait été légitime il y a longtemps, ne l’est plus du tout : il est devenu de plus en plus autocratique et policier, et en même temps, sur le fond, il a fait une concession gigantesque au libéralisme économique. Je ne crois pas que ce régime puisse se transformer en régime démocratique. Aujourd’hui, il est contraint à des concessions, ce qui est une bonne chose, parce qu’une intervention extérieure comme celle en Libye – heureusement elle n’est pas possible dans le cas de la Syrie – serait une catastrophe supplémentaire. En outre, par rapport à l’Égypte et à la Tunisie, la faiblesse en Syrie est que les mouvements de protestation sont très disparates. Beaucoup, je ne veux pas généraliser, n’ont même pas de programme autre que la protestation et ne font pas le lien entre la dictature du régime et ses options libérales en matière économique.

 

Ne craignez-vous pas une implosion de la Syrie en raison d’un risque d’affrontement interconfessionnel entre sunnites et alaouites, druzes, chrétiens ?

 

Samir Amin. C’est un risque. L’implosion des États de la région est un projet des États-Unis et d’Israël. Mais ce ne sera pas facile parce que le sentiment national syrien est une composante forte et présente dans tous les mouvements qui contestent aujourd’hui le régime, et ce en dépit des divergences existantes entre eux.

 

Il y a aussi le Yémen, allié 
des États-Unis ?

 

Samir Amin. Les États-Unis soutiennent le régime d’Ali Abdallah Saleh. La raison est leur crainte du peuple yéménite, surtout dans le sud du pays. Ce dernier avait eu un régime progressiste marxiste, légitime, bénéficiant d’un soutien populaire puissant, et dont les forces aujourd’hui sont présentes et actives dans le mouvement de protestation sociale. Washington et ses alliés craignent donc un éclatement du pays et le rétablissement du régime progressiste dans le Sud-Yémen. Par conséquent, en laissant al-Qaida, qui est un instrument largement manipulé par les États-Unis, occuper des villes du Sud, le régime yéménite, avec l’aval américain, veut faire peur aux couches progressistes afin de leur faire accepter le maintien de Saleh au pouvoir.

 

Et s’agissant de la situation en Libye, où le risque d’implosion existe ?

 

Samir Amin. La situation est dramatique mais très différente de celles de l’Égypte et de la Tunisie. Les forces qui s’opposent en Libye ne valent guère mieux les unes que les autres. Le président du Conseil national de transition (CNT), ­Moustapha ­Abdeljalil, est un démocrate très curieux : c’était le juge qui avait condamné à mort les infirmières bulgares avant d’être promu ministre de la Justice par Kadhafi. Le CNT est un bloc de forces ultraréactionnaires. Quant aux États-Unis, ce n’est pas le pétrole qu’ils recherchent, ils l’ont déjà. Leur objectif, c’est mettre la Libye sous tutelle afin d’y établir l’Africom (commandement militaire pour l’Afrique) – aujourd’hui basé à ­Stuttgart en Allemagne – après que les pays africains, et ce, quoi qu’on en pense, ont refusé son établissement en Afrique. Concernant le risque d’éclatement du pays en deux ou trois États, Washington peut très bien opter pour le schéma irakien, à savoir maintenir formellement une unité sous la protection militaire occidentale.

 

Entretien réalisé par 
Hassane Zerrouky

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Published by valenton rouge - dans Monde
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