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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 12:32
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Published by Alain Girard
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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 20:24

arton21033-fd7a0-copie-1.jpgAu XXIème siècle, la propagande vieille de plus de 200 ans qui dit que le peuple étasunien contrôle son gouvernement a été complètement pulvérisée. Les deux régimes de Bush et d’Obama ont rendu parfaitement clair que ce peuple n’a aucune influence, encore moins de contrôle, sur le gouvernement. Pour ce qui est de Washington, le peuple n’est rien d’autre que fétus de paille dans le vent.

Les sondages récents montrent que 65% de la population étasunienne est opposée à une intervention en Syrie. Malgré cette claire indication de la volonté du peuple, le régime Obama pousse sa propagande pour plus d’armement des mercenaires de Washington envoyés en Syrie pour renverser le gouvernement séculier syrien et pour établir une “zone d’exclusion aérienne” au dessus de la Syrie qui, si nous nous fions à l’exemple libyen, veut dire des attaques de l’aviation étasunienne ou de l’OTAN sur l’armée syrienne au sol, servant ainsi de force d’appui aérien pour les mercenaires importés de Washington, nommés par doux euphémisme “les rebelles syriens”.

Washington a récemment déclaré que la “ligne rouge” qui provoquerait une action des EU serait que le gouvernement d’Assad utilise des armes chimiques de destruction massive contre les mercenaires de Washington. Une fois cette annonce faite, tout ceux ayant encore un cerveau, ont immédiatement su que Washington allait fabriquer de faux rapports de renseignement disant qu’Assad avait utilisé des armes chimiques, tout comme Washington avait présenté aux Nations-Unies le mensonge intentionnel, via le ministre des affaires étrangères de l’époque Colin Powell, selon lequel Saddam Hussein en Irak avait des armes de destruction massive. Vous rappelez-vous l’image utilisée par la conseillère à la sécurité Condoleeza Rice du “champignon au dessus des villes étasuniennes” ? Les mensonges propagandistes étaient à l’ordre du jour de Washington.

Et ils le sont toujours. Maintenant Washington a fabriqué de fausses preuves et le président obama a annoncé sans sourciller que la Syrie d’Al-Assad avait utilisé du gaz sarin en plusieurs occasions et qu’entre 100 et 150 personnes “de son propre peuple”, doux euphémisme pour les mercenaires soutenus par les États-Unis, avaient été tuées par l’arme de destruction massive.

Pensez-y une minute. Aussi malencontreuse que soit la mort due à la guerre, est-ce que la mort de 100-150 personnes est une “destruction massive” ? D’après des estimations très prudentes, l’invasion de la Syrie par des mercenaires à la solde des États-Unis, a coûté environ 93 000 vies. Ces 150 vies représentent donc 0,0016 d’entre elles.

En d’autres termes : 92 850 vies perdues n’ont pas franchi la “ligne rouge”, mais ces 150 supposées là.. oui…

Oui je sais… La position de Washington n’a aucun sens. Mais a-t-elle jamais eu un sens ?

Poussons le bouchon un peu plus loin. Assad sait au sujet de la “ligne rouge” de Washington. Ceci a été rabâché encore et toujours plus afin de marteler dans les esprits du public étasunien distrait qu’il y avait une raison véritable et valide d’attaquer la Syrie. Pourquoi donc Assad utiliserait-il des armes de destruction massive prohibées pour tuer quelques 150 mercenaires alors que son armée balaie ces mercenaires étasuniens sans l’utilisation de gaz et alors qu’Assad sait très bien que l’utilisation d’une telle arme amènerait l’armée américaine contre lui ?

Comme le gouvernement russe l’a clairement exprimé, les accusations de Washington ne sont pas crédibles. Aucune personne informée ne peut y croire. Pas de doute, quelques Étasuniens portant leur patriotisme à fleur de peau seront convaincus du dernier mensonge de Washington, mais personne d’autre dans le monde ne le sera. Même les marionnettes de l’OTAN alliées de Washington, appelant à une attaque de la Syrie, savent que la justification de celle-ci est un mensonge. Pour les marionnettes de l’OTAN, l’argent de Washington dépasse leur intégrité, qualité qui rapporte peu.

Les Russes savent très certainement que Washington ment. Le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a déclaré : “Le gouvernement Assad, comme l’opposition le dit ouvertement, a obtenu de grands succès militaires sur le terrain. Le régime Assad n’est pas le dos au mur. Quel sens cela a-t-il pour lui d’utiliser des armes chimiques, de surcroi en si petite quantité.”

Lavrov est une personne relativement civilisée dans le rôle du diplomate principal russe. Mais d’autres officiels russes peuvent être plus acerbes dans leur réfutation des derniers mensonges flagrants de Washington. Youri Ouchakov, aide du président Poutine a déclaré : “Les Étasuniens ont essayé de nous présenter des informations sur l’utilisation d’armes chimiques par le régime du président Al-Assad, mais franchement nous avons pensé que tout cela n’était pas convaincant. Nous ne voudrions pas invoquer le tristement célèbre mensonge de Colin Powell (à l’ONU, expliquant l’existence des ADM irakiennes), mais les faits ne paraissent pas convaincants à nos yeux.” Alexeï Pouchkov, le président du comité des affaires étrangères de la Douma (parlement russe) a lui coupé court : “Les données concernant l’utilisation par Assad d’armes chimiques sont fabriquées par la même entreprise qui avait fabriquée les mensonges à propos des ADM de Saddam Hussein. Obama marche sur le chemin de George W. Bush.”

Ici aux États-Unis, personne ne tiendrait une telle ligne de parole et de pensée au sein de la “ pressetituée ” [jeu de mot sur press et prostituée].

Le double langage orwellien est dorénavant le langage du gouvernement des États-Unis. Le ministre des affaires étrangères John Kerry a, d’un côté, condamné Assad pour avoir torpillé “les discussions de paix”, tandis que les États-Unis arment de l’autre côté les mercenaires en Syrie.

Le double-langage de Washington est maintenant évident pour tout le monde. Non seulement Assad, mais aussi les Russes, les Chinois, les Iraniens et tous les États marionnettes à la solde des États-Unis incluant les nations de l’OTAN et le Japon, sont parfaitement au courant que Washington est en train de mentir une fois de plus comme un arracheur de dents. Les Russes, les Chinois et les Iraniens essaient d’éviter la confrontation avec Washington, car la guerre avec les armes modernes nucléaires voudrait dire la destruction de toute vie sur terre. Ce qui est stupéfiant, c’est que malgré le lavage de cerveaux s’opérant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 par les prostituées, une grande majorité de la population américaine est opposée à la guerre d’obama en Syrie.

Ceci est une bonne nouvelle. Cela veut dire que plus d’Américains développent une capacité de penser indépendamment des mensonges dont Washington les gave quotidiennement.

Ce que les nazis néo-conservateurs, les régimes Bush/Obama assistés de leur “ pressetituée ” ont clairement exprimé, c’est que Washington va pousser l’agenda de son hégémonie mondiale jusqu’au point de commencer la Troisième Guerre mondiale, ce qui veut bien sûr dire, la fin de la vie sur terre.

La Russie et la Chine, chacune ayant la capacité de détruire les États-Unis, ont appris que le gouvernement étasunien ment et ne peut en aucun cas être cru, ceci impliquant un niveau de confiance zéro. La politique de “L’exclusion aérienne” au dessus de la Libye avec laquelle les Russes et les Chinois avaient été d’accords, s’est transformée en une attaque aérienne de l’OTAN sur l’armée libyenne de façon à ce que les mercenaires de la CIA au sol puissent l’emporter.

La Russie et la Chine, ayant retenu la leçon, protestent contre l’attaque de Washington contre la Syrie, attaque qualifiée par Washington de “guerre civile”. Si la Syrie tombe, la Russie et la Chine savent que l’Iran est le prochain pays sur la liste.

L’Iran est une partie sensible pour la Russie et pour la Chine. L’Iran représente plus de 20% de ses importations énergétiques. Les gouvernements russe et chinois savent également que si l’Iran tombe, alors tous deux sont les suivants sur la liste. On ne saurait expliquer autrement pourquoi Washington encercle la Russie avec des bases de missiles et la Chine avec des bases navales et aériennes.

La Russie et la Chine se préparent toutes deux à une guerre qu’elles perçoivent comme inévitable. La folle poussée, la démence de Washington vers une hégémonie mondiale est en train d’amener les citoyens américains insouciants contre deux pays qui ont une capacité thermo-nucléaire et dont les populations combinées représentent cinq fois la population étasunienne. Dans un tel conflit… tout le monde meurt.

Considérant l’insanité avérée des gouvernants de Washington, si la vie humaine existe toujours au delà de l’année 2020, ce sera un vrai miracle. Tous les soucis au sujet du Medicare, de la sécurité sociale, des retraites etc. n’ont plus aucun sens, ni intérêt.

Il n’y aura plus personne pour toucher la moindre prestation...

 

Paul Craig Roberts

 

Addendum : Si le rapport de RT ci-dessous est correct, il paraît évident que les imbéciles ignorants et malfaisants de Washington emmènent le monde vers la 3ème guerre mondiale. http://rt.com/news/iran-troop-deployment-syria-782/

Addendum : La Russie dit qu’elle ne permettra pas de “zone d’exclusion aérienne” au-dessus de la Syrie.

http://www.informationclearinghouse.info/article35318.htm

Addendum : Une fois de plus, Washington démontre qu’il est l’endroit des plus gros idiots sur terre

http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/iran-to-send-4000-...

 Traduit de l’anglais par Résistance 71 

url de l’article original :

http://www.paulcraigroberts.org/2013/06/17/washington-is-insane-paul-c...

http://resistance71.wordpress.com/2013/06/18/resistance-politique-le-d...

URL de cet article 21033
http://www.legrandsoir.info/le-double-jeu-et-l-insanite-de-washington-menent-le-monde-a-la-3eme-guerre-mondiale.html
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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 20:19

 

sine-et-retraite.pngLe repos des anciens après une longue période de travail a longtemps reposé sur la solidarité intergénérationnelle. Au moyen âge cela existait sous forme de corporation et d’une société d’entraide mutuelle. Sous l’Ancien Régime 0,1 % de la population recevaient une rente de la part du roi, prélevée sur le trésor royal. Fondée par Colbert, les marins, sous Louis XIV, furent les premiers à obtenir une compensation en période d’inactivité par une retraite par répartition, unique au monde ; quant au privé, les sociétés de secours mutuels furent créées en 1804 pour les ouvriers.

La première caisse de retraite française des fonctionnaires de l’État voit le jour en 1789 grâce à l’influence de la révolution. A partir de 1853 l’ensemble des fonctionnaires (civils et militaires) bénéficie d’une retraite et Napoléon III généralise le régime de pension par répartition, il fixe le départ en retraite à 60 ans et 55 pour les travaux pénibles. En 1905 la loi sur l’assistance au vieillard infirme et incurable est instaurée ainsi que la gratuité de l’hospitalisation. Une première tentative de droit à la retraite pour les salariés, ouvriers et paysans est tentée en 1910, malheureusement le grand nombre de travailleurs exclus de tout droit est très important, et le non versement de cotisations n’est assorti d’aucune sanction.

La 1ère guerre mondiale pousse en faveur du progrès social, mais le droit à la retraite touche très peu de personne, dû au grand nombre de décès avant cet âge en cette période. La 2ème tentative de droit à la retraite est lancée en 1928, avec la création d’un régime obligatoire, mais celle ci est immédiatement rejetée par les médecins, agriculteurs, patronat et bizarrement par certains milieux ouvriers. La crise de 29 change la donne et l’approche de ce droit ; en 1930 les textes de 1929 sont modifiés et obligent les salariés dont les rémunérations ne dépassent pas les 15000 frs de cotiser au régime d’assurance vieillesse. Seuls les VRP en sont exclus. Ceci était un régime mixte de capitalisation et de répartition, sa gestion préfigure le régime général de la sécurité sociale, celle ci étant confiée, au choix de l’assuré, aux organismes comme les mutuelles, caisses patronales ou syndicales. Sa durée de cotisation était de 5 ans pour une rente, de 15 pour une pension proportionnelle et de 30 pour une pension complète. Cette pension était calculée sur le salaire moyen de l’ensemble de la carrière, la rente s’ajoutant à celle ci.

En 1933 le bureau international du travail (créé en 1919) préconise le financement des retraites par l’État, les patrons et les salariés. En 1935 la loi américaine Roosevelt donne naissance à la "Social Security Act " dont découlera l’expression Sécurité Sociale. La charte de l’atlantique établie en 1941 contient un paragraphe sur la nécessité d’une extension de la Sécurité Sociale à tous.

La mise en place du système français de répartition s’effectue en 1945 par Pierre Laroque (fondateur de la Sécurité Sociale) qui va œuvrer à la mise en place de la protection sociale. L’ordonnance de 1945 stipule un âge de départ à la retraite à 65 ans, et à 55 ans pour les régimes spéciaux, notamment les cheminots. L’idée est que la France, au sortir de la guerre, est exsangue et a besoin de se reconstruire, mais lorsque la situation le permettrait, le départ à 55 ans sera la norme pour tous.

En 1948 des accords professionnels permettent au non salarié d’avoir accès au régime autonome d’assurance vieillesse. Les industriels et commerçants ont une caisse de compensation (Cancava) avec une série de caisses inter professionnelles locales. En 1949 le régime de retraite des agents non titulaires de l’Etat est mis en place et celle ci deviendra "l’Ircantec". Elle sera suivie en 1956 du Fond National de Solidarité. L’État crée le minimum vieillesse, toute personne de + de 65 ans a droit à un montant minimum. L’ordonnance de 1967 prévoit la création de 3 caisses autonomes dont la caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV)

Les grosses réformes commencent en 82, où la retraite passe de 65 à 60 ans pour 37.5 ans de cotisation, les partenaires sociaux décident d’harmoniser les régimes complémentaires sur les mêmes bases. 1991 le livre blanc : premier rapport posant les grands enjeux de la reforme des retraites.

Avec la reforme Balladur de 1993 la durée de cotisation pour le privé passe de 37.5 à 40 ans. Le salaire moyen de référence est calculé progressivement sur les 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures. L’indexation est maintenant basée sur les prix et plus sur les salaires. Cette réforme met en place le fonds de solidarité vieillesse. Une 2ième vague de réforme est faite en 2003, par le biais de la loi Fillon, cette nouvelle réforme concerne l’ensemble des régimes, sauf les régimes spéciaux.

A partir de 2009 la durée de cotisation augmente pour la totalité des salariés (public et privé) d’un trimestre par an jusqu’en 2012. Les fonctionnaires s’alignent progressivement sur le régime général, soit 40 ans ou 160 trimestres en 2008. Seules les personnes ayant commencé à 14 et 16 ans peuvent prétendre à partir avant 60 ans, si bien sûr ils ont cotisé suffisamment. La loi introduit le système de décote et de surcote.

En 2007 l’harmonisation de la durée de cotisation est portée pour le public de 37.5 à 40 d’ici 2012, et comme pour le privé, un système de décote et surcote est également mis en place, et les pensions sont indexées sur le niveau des prix. Le salaire de référence des pensions sera fixé sur celui des 6 derniers mois d’activité. La possibilité de prolonger son activité jusqu’à 70 ans est instaurée en 2008. En 2013, le gouvernement socialiste au pouvoir prévoit de nouvelles reformes et notamment pour le public de passer de 6 mois à 10 ans…

Le travail de sape commencé par Balladur en 1993 et poursuivi sans relâche par tous les gouvernements a visiblement porté ses fruits et a détruit même dans "les têtes" l’idée de retraite pour tous, les caisses sont vides on ne peut plus payer ! En vingt ans on est passé de 70% des richesses produites pour les travailleurs (ceux qui produisent la richesse) et 30 % pour le capital (ceux qui fournissent les outils de production) à la répartition d’aujourd’hui de 60% et 40% (ce qui représente approximativement 200 milliards par an qui disparaissent dans les poches des actionnaires). Ajoutons à cela les "exonérations de charges patronales ", la politique systématique de bas salaires, d’emplois précaires, les plans de licenciement entraînant un chômage massif : le manque à gagner pour les cotisations est là !

Selon Médiapart, cette nouvelle réforme "va conduire à l’asphyxie financière des grands régimes par répartition" et sera donc "propice à l’éclosion de ces grands fonds de pension qui n’étaient pas encore parvenus à s’acclimater en France, à quelques rares exceptions près". L’enjeu n’est pas mince. Le marché pourrait représenter "40 à 100 milliards d’euros" en fonction de l’aspect final de la réforme. En effet, les Français connaîtront une baisse plus ou moins considérable du taux de remplacement, c’est-à-dire du montant de la pension rapporté au salaire, et donc se précipiteront sur les systèmes de retraites complémentaires. Médiapart publie notamment un "business plan" confidentiel, qui fixe pour objectif une part de marché de "17%" d’ici dix ans.

Cela confirme bien les déclarations, déjà anciennes, de Denis Kessler, ex-numéro 2 du MEDEF : « La liste des réformes ? C’est simple : prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

 

ROBERT GIL

 

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 20:17
Wamboatheadmini.jpgPublié le 19 juin 2013.

Lorsqu’elle entre dans un commissariat de banlieue parisienne pour dénoncer l’agression dont elle vient d’être victime, la jeune femme est, selon les témoins, sous le choc. Elle explique aux policiers qui enregistrent sa plainte qu’elle vient d’être agressée en plein jour, devant des témoins, par plusieurs individus munis de couteaux, qui ont entre autres lacéré ses vêtements et coupé plusieurs mèches de ses cheveux. Le caractère raciste des violences semble en outre avéré, l’un des individus ayant, durant l’agression, injurié la victime en raison de son appartenance religieuse (supposée). L’indignation nationale qui va suivre est à la hauteur du caractère particulièrement barbare de l’agression. Ou pas.

L’affaire est rapidement portée à la connaissance de la presse et du public, et les réactions politiques s’enchaînent dans les heures qui suivent, qui dénoncent sans détour cette agression : « le ministre de l'Intérieur […] a parlé d'une agression "ignoble", et a "donné instructions aux services de police pour retrouver les auteurs dans les plus brefs délais". Le président de la République […] a exprimé son "effroi" et demandé à ce que les auteurs de "cet acte odieux" soient retrouvés, "jugés et condamnés avec toute la sévérité qui s'impose". […] Le président de l'Assemblée Nationale […] a exprimé "la révolte devant ces actes ignobles", concluant que "la France ne peut accepter passivement de tels agissements parce que c'est l'âme et la tradition de notre pays qui est visée". Le ministre de la Santé […] a déclaré : "Au nom du gouvernement, je voudrais dire combien la haine, l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie sont certainement les pires dérives mortelles pour notre démocratie". […] [Le] député socialiste du Val d'Oise et [le] maire socialiste de Sarcelles ont exprimé dimanche soir dans un communiqué commun "leur plus vive émotion et leur indignation" […]. Ils ont dénoncé "la lâcheté des agresseurs qui s'en sont pris à une mère de famille sans défense" […]. [La] secrétaire d'État aux Droits des victimes […] a lancé un appel à témoins pour retrouver les agresseurs, "j'en appelle aux témoins pour qu'ils se manifestent et que l'on puisse très vite retrouver et sanctionner les auteurs de ces actes indignes" » [1].

Dans les 48 heures qui suivent, la quasi-totalité des organisations politiques, syndicales, cultuelles… condamnent à leur tour l’agression : « le maire de Paris, Bertrand Delanoë, la Ligue des droits de l’Homme (LDH), le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), la LICRA (Ligue Internationale contre le racisme et l’antisémitisme), […] le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), la section française du congrès juif mondial, SOS-Racisme, le conseil français du culte musulman (CFCM), la FSU (Fédération Syndicale Unitaire), cinq obédiences maçonniques (à travers un communiqué commun du Grand orient de France, de la Grande Loge féminine de France, de la Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra, de la Grande Loge mixte universelle et de la Grande Loge mixte de France), ainsi que, parallèlement, de nombreuses personnalités politiques du Front national, de l’UMP, de l’UDF, du PS, des Verts, et de La Ligue communiste révolutionnaire (LCR). [Le lendemain,] de nouvelles réactions, essentiellement syndicales, s’ajoutent à ce concert d’indignations. Apparaissent ainsi sur le "fil AFP", les condamnations […] de l’Union régionale CFDT Ile-de-France, du consistoire israélite de Paris, de la Fédération Sud rail, de la CFDT, de l’Union syndicale G10 Solidaires, du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), de la CGT et de Lutte Ouvrière (LO). C’est, à 18h24, le mouvement "Ni putes, ni soumises", qui clôt ce défilé » [2].
Les lecteurs et lectrices attentif-ve-s auront relevé deux étrangetés dans les lignes qui précèdent : « UDF » et « LCR », deux organisations politiques aujourd’hui disparues. Et auront compris qu’il ne s’agit pas d’un recensement des réactions aux deux agressions islamophobes commises à Argenteuil au cours des dernières semaines contre des jeunes femmes voilées dont l’une, Leïla O, âgée de 21 ans et enceinte, a perdu son futur bébé. Les réactions ci-dessus datent en réalité de juillet 2004, lors de « l’affaire du RER D ». Une jeune femme de 23 ans, Marie L, avait alors déclaré avoir été victime d’une agression antisémite perpétrée par six individus armés de couteaux, comme le rapporte cette dépêche AFP publiée quelques heures après la plainte de la « victime » : « les six agresseurs, d’origine maghrébine et armés de couteaux, ont coupé les cheveux de la jeune femme, accompagnée de son bébé de 13 mois, puis ont lacéré son tee-shirt et son pantalon, avant de dessiner au feutre noir trois croix gammées sur son ventre. 
Les six jeunes hommes, qui étaient montés dans le train à la gare de Louvres, avaient commencé par bousculer la jeune mère, puis lui avaient dérobé son sac à dos, qui contenait ses papiers d’identité. 
C’est en voyant qu’elle avait une adresse dans le XVIe arrondissement de Paris - où elle n’habite plus - qu’ils auraient déduit qu’elle était juive […] » [3]. Quelques jours plus tard, il s’est avéré que Marie L. était une affabulatrice, et qu’elle avait tout inventé : le feutre noir et les ciseaux seront même retrouvés au domicile de son compagnon.
À l’exception du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) [4], aucune des principales organisations politiques du pays n’a, à ce jour, publié ne serait-ce qu’un communiqué national pour dénoncer les agressions islamophobes d’Argenteuil [5]. Et aucun dirigeant politique d’envergure nationale, sans même parler de la Présidence ou du Gouvernement, n’a condamné ces violences racistes. Les plus optimistes estimeront que c’est parce que « l’affaire du RER D » encourage les responsables politiques à la prudence, et qu’ils ne manqueront pas de s’exprimer une fois que les circonstances des agressions auront été précisées. Rien n’est moins sûr. La (légitime) unanimité (du moins à gauche) lors de la mort de Clément Méric tend en effet à démontrer que les organisations de gauche sont capables de s’exprimer lorsqu’elles sont indignées par des violences à caractère politique, et ce sans attendre que les enquêtes soient terminées. Les agressions d’Argenteuil s’inscrivent en outre dans une longue série de violences islamophobes, qui n’ont pas suscité davantage de réactions indignées de la part des organisations politiques ou des pouvoirs publics. Force est de constater que les individus « d’origine maghrébine » ou « musulmans d’apparence » provoquent l’indignation lorsqu’ils sont des agresseurs supposés, mais pas lorsqu’ils sont des victimes avérées. La hiérarchisation des réactions politiques en fonction de l'appartenance religieuse et/ou de la couleur de la peau des agressés et des agresseurs n'est rien moins que raciste. Et tous ceux qui refusent de condamner les agressions islamophobes en prétendant, contre toute évidence, que « l’islamophobie n’existe pas », devront un jour rendre des comptes, car un jour il y aura des morts.

Le silence assourdissant de ces derniers jours, dans un contexte d’évidente montée des violences racistes, notamment dirigées contre les musulmans, est en effet particulièrement inquiétant et révoltant. Car le silence tue.



Post-Scriptum (21 juin) : le jeudi 20 juin, lendemain de la publication de ce billet, le Parti de Gauche a finalement mis en ligne un communiqué sur son site national [6].

__
[2] « RER D - Indignations et effets d’aubaine, par médias interposés », sur le site d’Acrimed.
[3] Lire l’analyse de cette dépêche AFP, et de ses effets, sur le site d’Acrimed.
[4] « Halte aux agressions racistes islamophobes », 14 juin, sur le site du NPA
[5] Ou alors de manière confidentielle. 
[6] « Agressions inacceptables sur des femmes musulmanes », 20 juin, sur le site du Parti de Gauche
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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 20:11

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http://blog.mondediplo.net/2013-06-25-Equateur-vers-la-fin-de-la-politique-de-l-amnesie

 

En mai 2007, quatre mois après être devenu président de l’Equateur et alors que personne ne s’y attendait, M. Rafael Correa annonça la création d’une Commission de la vérité. L’objectif ? « Enquêter, éclaircir et empêcher l’impunité dans les faits violents et les violations des droits humains attribués à des agents de l’Etat », particulièrement au cours de la période 1984-1988, durant le gouvernement de León Febres Cordero. La plupart des Equatoriens se souvenaient à peine de ces années ténébreuses. A l’échelle internationale, la création de la commission ne reçut que peu d’attention. Mais, à l’intérieur du pays, la droite et les secteurs proches des organismes de sécurité ont protesté : pour la première fois, la politique de l’amnésie se trouvait menacée.

Febres Cordero a gouverné l’Equateur d’une main de fer et le revolver à la ceinture, comme s’il se trouvait dans l’une des nombreuses haciendas dont il était propriétaire. Encouragé par son grand ami, le président américain Ronald Reagan, il imposa le programme néolibéral que le Fonds monétaire international (FMI) lui suggérait dès son arrivée au gouvernement. Conscient de la possibilité d’une réaction populaire, il prit prétexte de l’émergence de guérillas (peu puissantes) dans le pays pour lancer les services de sécurité dans une escalade répressive sans précédent. Toute personne ou organisation dont les actions pouvaient être vaguement assimilées à celles d’opposants politiques étaient visées, dans la lignée de la stratégie de guerre contre « l’ennemi intérieur » dictée par la Doctrine de la sécurité nationale américaine dans les années 1960. En Equateur, on évoqua très vite la recette des trois « B » : des billets pour les amis ; des bâtons pour les indécis ; des balles pour les ennemis.

Après trois années d’enquêtes, le 7 mai 2010, la Commission a remis son rapport au Président Correa [1]. On y trouvait le récit de 831 violations des droits humains ayant concerné 456 victimes, ainsi que les noms des principaux officiers responsables de tortures, de viols, d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions et d’assassinats. Même si ces pratiques se sont poursuivies avec les gouvernements suivants, 70 % des crimes cités ont été commis durant le mandat de Febres Cordero.

Le rapport « révèle » un secret de polichinelle : au cours de cette période, un groupe clandestin a été chargé des « sales besognes ». Il était installé au sein même du Service d’enquête criminelle, la police secrète, et portait le nom de SIC-10. Jusqu’ici, son existence a toujours été niée par les services de sécurité et les responsables politiques de droite. Mme Elsie Monge, présidente de la Commission œcuménique des droits humains (CEDHU) et à la tête de la Commission de la vérité, a néanmoins déclaré : « Même si certains nient l’existence de cette entité, la réalité démontre qu’elle a semé la terreur partout. C’était le système le plus répressif qu’on ait connu. [2] »

Au nom de l’Etat, le président Correa a demandé pardon à l’ensemble des victimes. Presque trois ans plus tard, en février 2013, tandis que beaucoup doutaient que les responsables seraient un jour punis, le procureur général Galo Chiriboga a ordonné la saisie de quelque 150 000 pages conservées dans les caves de la Police judiciaire. Puis, le 5 juin, il a publiquement annoncé : « Nous avons les noms des membres d’origine du SIC-10. » Il promettait de surcroît que les personnes impliquées dans 136 affaires de violations des droits humains, en plus de 456 assassinats politiques, seraient mises en accusation.

Grâce au témoignage isolé des victimes — dont l’auteur de cet article  [3] —, on a appris que, depuis 1985, il existait un appareil clandestin de répression et qu’il fonctionnait en coordination avec les forces armées et les forces de police, ainsi qu’avec Interpol et de nombreux gouvernements étrangers (Colombie, Chili, Pérou, Panama, Costa Rica, Etats-Unis et Espagne). Il s’agissait donc d’une copie de ce qu’avait été le Plan Condor instauré dans le Cône sud et dirigé par le général chilien Augusto Pinochet avec le soutien de Washington. Pourtant, jusque-là, aucune autorité équatorienne n’avait mené l’enquête.

Les investigations conduites par le journaliste Rolando Panchana, à la fin des années 1990, ont confirmé une partie de ces informations. Elles ont permis de conclure que le SIC-10 avait été expressément créé sur l’ordre du président Febres Cordero et qu’il dépendait directement du ministre de l’intérieur de l’époque, Luis Robles Plaza.

Même si la Commission de la vérité n’a pas eu accès à une bonne partie des archives des services de sécurité et si tous les officiers impliqués n’ont pas accepté de s’exprimer sur le sujet, les résultats obtenus confirment ce que certains s’obstinaient à nier. Mais si les déclarations du procureur général ont mit un terme au déni, la plupart des médias équatoriens se sont contentés d’une information superficielle.

Le procureur général a du reconnaître que ses demandes d’explications dans les hautes sphères de la police nationale n’avaient pas abouti : « La réponse a été le silence et dans le cas du SIC-10 le silence et la négation des faits. [4]  »

Certains membres du SIC-10 sont morts. Les principaux responsables politiques également : Febres Cordero et Robles Plaza. Nombre d’entre eux sont à la retraite, y compris les principaux chefs des opérations, mais ils continuent de disposer du soutien politique de la droite et de secteurs des forces armées et des services de police, car ils ont réussi à gravir les échelons de leurs hiérarchies. Par exemple, M. Byron Paredes a été nommé colonel (et emprisonné pour trafic de drogue) ; M. Fausto Flores est désormais colonel et chef de la lutte contre le trafic de drogue dans une province d’Equateur ; M. Enrique Amado Ojeda, chef du SIC-10 dans la province du Pichincha, a atteint le grade de général de la police ; M. Edgar Vaca, chef national du SIC-10, est devenue commandant général de la police ; M. Mario Pazmiño a été nommé directeur des renseignements de l’armée, jusqu’à sa destitution par le président Correa, notamment en raison de sa proximité avec la CIA [5].

La Commission de la vérité montre clairement que le SIC-10 avait été mis en place « dans le style paramilitaire israélien » (mis au point pour combattre la résistance palestinienne). Un ancien membre du SIC-10 raconte d’ailleurs que d’anciens officiers du Mossad ont enseigné certaines techniques de torture aux officiers équatoriens : « Ces cours d’entraînement ont transformé le personnel en machine à exterminer les gens. » Et encore : « La cruauté [des Israéliens] avait atteint un tel point, que pour les exercices pratiques ils utilisaient comme cobayes des êtres humains qui avaient été arrêtés, (...) on nous ordonnait d’élever des petits animaux domestiques (des chiens), et au bout de quelques mois, on nous obligeait à les tuer, comme preuve de loyauté ; il fallait qu’on leur ouvre l’estomac avec un poignard et qu’on extraie de leur corps n’importe quel organe avec notre bouche. (...) On utilisait aussi des silhouettes de bois ou de carton portant les noms de nos mères, et on devait leur tirer dessus. [6] »

La balle se trouve désormais dans le camp des tribunaux. Lors de la remise du rapport de la Commission de la vérité, le président Correa a affirmé : « Les actes violents sont imprescriptibles et ne sont pas susceptibles de faire l’objet de remises de peine ni d’amnisties, pour construire une société dont le drapeau de lutte contre l’impunité permettra à l’Equateur d’être un territoire de paix.  [7 »

Auteur de Tais-toi et respire. Torture, prison et bras d’honneur, Bruno Leprince Editions, Paris, mars 2013.

Notes

[1] « Sin verdad, no hay justicia », Rapport de la Commission de la vérité, Quito, mai 2010.

[2] Elsie Monge, « En archivos de policia judicial consta listado de integrantes del SIC-10 », Quito, 07 juin 2013.

[3] Lire son témoignage : Tais-toi et respire. Torture, prison et bras d’honneur, Bruno Leprince Editions, Paris, mars 2013.

[4] « Respuesta policial ha sido el silencio en el caso SIC-10 », El Telégrafo, Quito, 13 juin 2013.

[5] « Pazmiño, uno de los “cercanos” a LFC, CIA y DAS », El Telégrafo, Quito, 8 juin 2012.

[6] Hugo España Torres, El testigo, Ediciones Abya-Yala, Quito, 1996.

[7] « Crímenes de lesa humanidad son imprescriptibles, advierte el Gobierno », ANDES, Quito, 08 mai 2010.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 20:04

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 20:00

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http://blog.mondediplo.net/2013-06-25-Vers-une-intervention-de-l-armee-en-Egypte

 

 

Alors qu’approche le 30 juin, date anniversaire de l’entrée en fonction du président Mohammed Morsi, le premier civil élu démocratiquement chef de l’Etat égyptien, les présages d’affrontements s’accumulent. Certains annoncent des accrochages sanglants lors des manifestations prévues par l’opposition pour demander la démissions de Morsi en ce jour anniversaire. Les rumeurs les plus folles circulent, les armes aussi.


Dans ce contexte troublé, on évoque à nouveau l’intervention de l’armée. Dans un discours, le ministre de la défense, le général Abdel Fattah Al Sissi, a déclaré que « les forces armées ne resteront pas silencieuses face à la spirale qui entraîne le pays dans un conflit incontrôlable ». Après avoir appelé à la fin des divisions, il a prôné une entente entre toutes les forces politiques avant le 30 juin. Mettant l’accent sur les relations « éternelles » entre les forces armées et le peuple, le ministre a expliqué « que ceux qui se croient capables de contourner ou d’affecter cette relation ont tort ». La mission des forces armées est « de protéger la volonté populaire (...) nous ne pouvons garder le silence face à l’intimidation des Egyptiens » (lire Al-Masri Al-Youm et « Egyptian General Warns Against Violence as Anniversary Approaches », New York Times, 23 juin).


Rappelons que c’est en août 2012 que le président Morsi avait nommé Sissi au ministère de la défense, décapitant ainsi le Conseil suprême des forces armées(CSFA).


Le lendemain des déclarations du général Sissi, le porte-parole de la présidence Ihab Fahmy a indiqué que le rôle de l’armée est de protéger les frontières et les institutions vitales de l’Etat et qu’elle n’a pas de vocation politique. « Nous avons un président dirigeant le pays d’une manière démocratique et nous ne pouvons imaginer le retour de l’armée. » (« Egypt’s presidency : Military won’t step in », Ahram online, 24 juin).


Les partisans de l’ancien régime n’ont jamais caché leurs volonté de voir l’armée intervenir, d’autant qu’elle a connu très peu de bouleversements depuis la révolution. Plus étranges sont les propos de Hamdin Sabbahi, arrivé en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle de mai 2012, et qui déclare que « ceux qui ont crié à bas le pouvoir militaire ont fait un tort à la révolution » (« “Down with military rule” chant harmed revolution : Egypt’s Hamdeen Sabbahi », Ahram online, 24 juin).


C’est oublier un peu vite le bilan désastreux du CSFA, qui a dirigé le pays pendant près de dix-huit mois après la chute du président Hosni Moubarak en février 2011. Non seulement il porte une lourde responsabilité dans cette transition sans fin (il a fait adopter, avec l’aide des Frères musulmans, une feuille de route de la transition qui a conduit à l’impasse actuelle) mais, contrairement à ce que certains veulent faire croire, il a joué un rôle actif dans la répression violente des manifestations avant et après la chute de Moubarak.


Le quotidien britannique The Guardian a publié le 10 avril 2013 le rapport accablant d’une commission indépendante remis au président Morsi en janvier 2013 et que celui-ci a gardé sous le coude (« Egypt’s army took part in torture and killings during revolution, report shows », 10 avril 2013). Il éclaire la manière dont l’armée a agi durant les semaines révolutionnaires, participant directement à la répression, torturant, faisant disparaître des jeunes dont on est toujours sans nouvelle. L’armée qui reviendrait demain au pouvoir n’est pas différente, n’agirait pas autrement.


L’Egypte est en crise. Les Frères musulmans et M. Morsi ont été incapables d’engager les réformes nécessaires et d’établir un dialogue national ; l’opposition s’est alliée aux restes de l’ancien régime et a refusé aussi tout dialogue significatif avec le pouvoir. Enfin, les jeunes de la révolution, qui représentent une force non négligeable (plus importante que le Front de salut national qui regroupe l’opposition traditionnelle) si on en croit les sondages (« After Tahrir : New Poll Findings from Egypt », Zobby Research Services, juin 2013), n’ont pas été capable de transformer politiquement son influence. Les jours qui viennent risquent d’être décisifs pour l’avenir du pays.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 19:41

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/08/SEPULVEDA/48037

 

 

Tout récit a pour point de départ un lieu et un moment déterminés. La crise m’affecte directement : nombre de mes amis espagnols sont en train d’en subir toute la furie dévastatrice. Ils sentent que l’avenir est jalonné d’incertitudes et voient, stupéfaits, la normalité d’un pays européen se disloquer jour après jour, emportée dans la course folle d’un pouvoir à deux têtes, le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), incapables l’un comme l’autre de fournir la moindre explication à ce qui a mal tourné hier, à ce qui tourne mal aujourd’hui, et surtout à ce qui pourrait tourner plus mal encore demain.

On suppose que le rôle d’un gouvernement est de façonner le récit de la société, de ses contradictions et de ses problèmes ; or un tel récit n’existe pas et n’a jamais existé en Espagne. Et ce pour la bonne raison que, depuis la mort de Franco et le début de la transition vers la démocratie (1), les responsables politiques ont érigé la paresse intellectuelle en marque de fabrique. Jamais n’a été pensé un modèle de fonctionnement viable pour le pays. Lorsqu’on relit, comme je l’ai fait, les déclarations au Parlement ou les discours électoraux, on y cherche en vain la moindre expression d’une idée pour la société espagnole.

Le seul homme d’Etat qui ait jamais entrepris un tel récit fut Manuel Azaña, le dernier président de la République avant le coup d’Etat franquiste. Il n’y en eut pas d’autre, parce que la grande carence de l’Espagne tient à l’inexistence d’une bourgeoisie éclairée, qui découle elle-même de l’absence d’hommes d’Etat.

La seule déclaration marquante, c’est la devise du dirigeant chinois Deng Xiaoping, citée en son temps par Felipe González (2) : « Peu importe que le chat soit blanc ou noir, du moment qu’il attrape les souris. » A partir de cette métaphore, dont la signification a fini par s’imposer à toutes les situations sociales, économiques, culturelles et politiques du pays, je vais tenter de construire un récit qui permette de comprendre ce qui s’est passé, ce qui se passe et pourquoi. En tant que citoyen européen, j’ai besoin d’un récit qui rende intelligible notre présent de cauchemar et qui m’aide à trouver la sortie, avant qu’il ne s’empare de moi, tel le portrait maudit de Dorian Gray.

par Luis Sepúlveda, août 2012

Il faisait froid à Madrid en cette matinée du 4 février 1988 ; mais la rudesse de l’hiver se ressentait dans la rue, et non dans la salle confortablement chauffée du Palais des congrès. A l’invitation de l’Association pour le progrès de la direction (APD), un bon millier de chefs d’entreprise buvaient les paroles de Carlos Solchaga, le ministre de l’économie et des finances du gouvernement socialiste de Felipe González : « L’Espagne est le pays d’Europe et peut-être du monde où l’on peut gagner le plus d’argent à court terme. Il n’y a pas que moi qui le dis : c’est aussi ce qu’affirment les consultants et les analystes boursiers. »

L’ovation recueillie par le ministre fit grimper la température à un niveau tropical. Le PSOE parlait clair et sans chichis : l’Espagne était un pays où seuls les idiots ne devenaient pas riches — ou négligeaient de se convaincre qu’ils l’étaient. Le fonctionnement de l’économie, le principe de solidarité, la conception sociale-démocrate du bien-être, une analyse de gauche des origines de la richesse : tout cela et tout le reste avait été balayé sur la voie glorieuse qui devait conduire la société à ne plus se reconnaître que dans la fortune et, de surcroît, dans une fortune « à court terme ».

Comment un pays cède-t-il aux sirènes de l’argent facile ? Les arguments avancés par les économistes pour expliquer la crise mondiale éludent un fait essentiel : non seulement le système capitaliste a échoué dans son ensemble, mais, dans le cas particulier de l’Espagne, cet échec a été amplifié par la transition ratée d’une dictature nationale-catholique à un Etat démocratique ayant pour seule obsession de tourner la page.

L’incorporation à la communauté des nations européennes a rendu impossible ou inaudible toute discussion sur la nature du chantier démocratique. L’expérience républicaine fut ignorée, sans que l’on s’inquiétât du prix à payer pour l’absence de référents historiques, ni pour le désir d’Occident qui nous jeta dans les bras de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) à la fin de la guerre froide, ni, surtout, pour cette malédiction culturelle appelée le « picaresque » (3). Le chat, quelle que fût sa couleur, devait attraper les souris.

On peut rire au spectacle de la canaille se régalant du raisin volé au pauvre aveugle, mais quand cette veine picaresque devient un principe de vie, ou pire, de gouvernement, les conséquences sont là pour durer. Car nos ratés d’aujourd’hui n’existent que pour nous rappeler ceux d’hier. Parmi ces ratés, l’usage d’un vocabulaire perverti pour éloigner la réalité. Ce n’est pas un hasard si le terrorisme d’Etat pratiqué contre ETA (4) dans les années 1980 reçut l’appellation de « politique antiterroriste », ni si le mot « crise » fut remplacé par « baisse de la croissance », ni si le sauvetage d’une banque privée par des fonds publics fut présenté comme un « prêt dans les meilleures conditions ». Depuis le premier jour de la transition démocratique, l’euphémisme s’était imposé comme un élément structurant du discours politique.

Trois ans avant la chute du mur de Berlin, l’effondrement du socialisme prétendument réel dans les pays de l’Est et la proclamation du « nouvel ordre mondial », l’Espagne adhérait à l’Union européenne, et le mot « mondialisation » résonna dans un vacarme assourdissant, faisant taire toute réflexion sur l’opportunité réelle ou sur la manière la plus sage d’intégrer le pays dans la nouvelle économie mondialisée. Vautrés dans la certitude d’appartenir par osmose à la minorité fortunée de l‘humanité, la classe politique en général et les économistes dans leur immense majorité ne réfléchirent pas une seconde aux conséquences d’une décision qui se trouve pourtant à la racine de la crise actuelle.

Quand les économies les plus puissantes du monde décidèrent que les nations moins développées devaient se transformer en marché géant, à condition qu’elles s’ouvrent à la concurrence du premier monde, aucun prophète du style de Carlos Solchaga ne cessa de croire et de marteler que les conditions imposées aux pays du tiers-monde, pour injustes et ingrates qu’elles fussent, impulseraient une dynamique irrésistible : les pauvres vendraient davantage de marchandises aux riches et deviendraient plus compétitifs face à leurs industries.

Ces pays connurent une croissance spectaculaire et furent baptisés « économies émergentes ». Leur prospérité, qu’on aurait pu saluer comme une juste réparation pour des siècles de pillage, eut pour effet de concentrer dans les mains des élites la majeure partie des richesses créées, incitant les Etats à faire prévaloir les « nécessités » économiques sur les considérations politiques. Tout à leur souci de profit, les pays occidentaux n’hésitèrent pas à sacrifier leurs propres industries nationales. Les délocalisations d’usines et les chantages du type « Pas d’impôts ou je m’en vais » les incitèrent à restreindre leur train de vie et à creuser les premières brèches dans l’Etat-providence, en attendant son démantèlement complet.

Fallait-il s’étonner du comportement des nouveaux seigneurs ? Non. Le visage qu’arborait le capitalisme n’avait rien de neuf. Longtemps avant que le mot « mondialisation » n’entre dans le vocabulaire de l’économie et de la politique, son contenu avait été parfaitement esquissé par le président d’une lointaine nation sud-américaine, Salvador Allende (5), lors d’un discours prononcé devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 4 décembre 1972 : « Nous assistons à un conflit frontal entre les grandes transnationales et les Etats. Ces derniers se trouvent parasités dans leurs décisions essentielles, politiques, militaires, économiques, par des organisations mondiales qui ne dépendent d’aucun Etat et ne répondent de leurs actes devant aucun Parlement ni devant aucune institution garante de l’intérêt collectif. En un mot, c’est toute la structure politique du monde qui est en train d’être sapée. »

A cette époque déjà, le marché se comportait comme une dictature, et la politique, ce vieil art du possible, prenait l’allure d’un test de compétences servant à évaluer les meilleurs gestionnaires du marché. Tout cela, les politiques espagnols l’ont sciemment ignoré. L’adage « Je méprise ce que j’ignore », si caractéristique du pícaro, les a figés dans un immobilisme absolu devant les premiers symptômes de la crise.

Pas un qui ne se délecte d’affirmer que le tourisme est la première (ou deuxième, pour les plus placides) industrie du pays, pas un pour rappeler que la manne touristique est sujette à des contingences extérieures à la volonté de ceux qui la convoitent et qu’elle génère, outre la fortune du patronat hôtelier, un complexe d’infériorité qui abîme la société tout entière. Ce n’est pas la même chose d’habiter un pays en pointe dans l’innovation technologique ou un pays de domestiques, de cuisiniers et de réceptionnistes.

L’adhésion de l’Espagne à l’Union européenne, aux côtés de la Grèce et du Portugal, marqua non seulement la fin de l’autarcie ibérique, mais aussi le commencement d’un arrosage intensif — les fameux fonds de cohésion et d’aide au développement — qui draina plus d’argent que le plan Marshall n’en avait réuni pour l’Europe de l’après-guerre. Pour la seule période 2007-2013, l’Espagne a obtenu 3,25 milliards d’euros. Malgré le dogme « L’Espagne va bien », prêché durant les huit années de règne de José María Aznar, et malgré le décret de son successeur, José Luis Rodríguez Zapatero (6), selon lequel le pays jouissait d’une économie plus prospère que l’Italie et d’une finance plus performante que le reste du monde, l’Espagne n’a pas versé un seul centime pour les dix pays de l’Est qui ont rejoint l’Union en 2004. Cette pingrerie aurait dû suffire à mettre la puce à l’oreille de ses voisins européens. Si tel n’a pas été le cas, c’est parce que les marchés avaient repéré en Espagne — comme ils l’avaient fait précédemment aux Etats-Unis — une poule aux œufs d’or bien plus prometteuse que l’incertaine modernisation du système productif : la spéculation immobilière et l’octroi illimité de prêts hypothécaires.

Rares sont les hommes politiques, les économistes espagnols ayant pris la mesure du fait que, durant les cinq années qui ont précédé la chute de la banque Lehman Brothers, les économies émergentes comme la Chine, le Brésil et l’Inde ont enregistré des pics de croissance phénoménaux. Rares parce que la course à la compétitivité engagée par les quelques entreprises espagnoles encore capables de tirer leur épingle du jeu mondial importait peu au regard des gains à court terme promis par la bulle immobilière.

La corruption apparut dans la vie politique espagnole comme l’essence même du picaresque : je te finance ta campagne électorale et tu m’accordes des permis de construire sur les terrains de ta commune. Des épouvantails urbains se mirent à pousser un peu partout, comme Seseña, la ville fantôme du désert de Tolède : treize mille cinq cents appartements sans eau, ni gaz, ni infrastructures, sans habitants non plus, à l’exception de quelques naufragés et des tourbillons de sable. Les banques avaient fait grimper artificiellement le prix de cette verrue immobilière avant de la céder à l’un des entrepreneurs les plus riches d’Espagne, Francisco Hernando Contreras, dit « l’Egoutier » — un personnage très picaresque, analphabète devenu milliardaire grâce à l’évacuation des excréments.

Des cités mortes comme Seseña, il s’en est construit aux quatre coins du pays. Il est vrai que la construction crée des emplois. Dans une de ces déclarations extravagantes dont il avait le secret, l’ancien chef du gouvernement Zapatero assura qu’entre 2006 et 2008, l’Espagne avait créé plus d’emplois que la France, l’Italie et l’Allemagne réunies — en omettant de préciser que les nouveaux salariés espagnols étaient trois fois moins rémunérés que leurs homologues français, italiens ou allemands. Le pays se portait merveilleusement. La « marque Espagne » faisait la fierté de ses propriétaires.

Le modèle productiviste appliqué au secteur immobilier a corrompu non seulement la vie politique, mais aussi la vie culturelle et sociale. Des centaines de milliers de jeunes renoncèrent de bon cœur à leur droit à l’éducation, car la grue et la brique leur ouvraient les bras. Pourquoi se fatiguer à faire six, sept ou huit années d’études pour devenir ingénieur ou médecin, alors qu’il suffit de trois mois de salaire pour obtenir un prêt hypothécaire remboursable sur trente ou quarante ans qui vous garantira appartement, voiture, téléviseur haute définition et téléphone portable dernier cri ? Jamais un pays ne connut une désertion aussi massive et aussi rapide de ses universités. Jamais avec autant d’allégresse un pays ne sacrifia son avenir à la promesse du « mettez-m’en deux ».

La fièvre immobilière et la corruption afférente se concrétisèrent par des aéroports grandioses où jamais un avion n’a atterri, par des lignes de train à grande vitesse qu’aucun passager n’a empruntées, par des circuits de course automobile où forniquent les lapins, par des maisons de la culture pharaoniques qui servent de volières aux pigeons. Au milieu de tout cela, les banques affichaient les bilans comptables les plus triomphaux de l’histoire. Le chat attrapait les souris.

La prophétie du mage Solchaga avait pris forme, l’Espagne était bel et bien le meilleur pays au monde pour gagner des millions du jour au lendemain, grâce à une ressource naturelle intarissable dont la valeur ne cessait de croître : le sol. Il paraît que la culture entrepreneuriale d’un pays se mesure à la diversité de sa production. L’immobilier a fait mentir cet axiome, les petites et moyennes entreprises se consacrant presque entièrement à faire tourner les bétonnières.

Peut-être la meilleure preuve de l’infirmité intellectuelle des dirigeants espagnols réside-t-elle dans leur incapacité à comprendre que le récit d’une société doit suivre les règles dramaturgiques aristotéliciennes, c’est-à-dire une progression en trois temps : d’abord l’exposé, puis le climax, et enfin le dénouement. Entendre par là que le futur n’est pas la répétition du présent. Ou, en termes économiques, que les cycles ont nécessairement une fin. Dès le commencement du boom immobilier, les dirigeants économiques et syndicaux se savaient assis sur un baril de poudre. Mais, en dépit des mises en garde timides de la Gauche unie (7), personne n’a voulu faire le premier pas. Le chat devait continuer à attraper les souris, même si ces dernières n’étaient qu’un mirage.

Si le peuple doit changer de dirigeants quand ils ne valent rien, parfois les dirigeants souhaitent changer de peuple quand celui-ci ne leur convient pas. Cette remarque de Bertolt Brecht cerne assez bien l’état d’esprit du PSOE après sa cuisante défaite électorale de l’année dernière. Durant leurs derniers mois au pouvoir, les socialistes avaient fait face à la crise — dont ils avaient d’abord nié l’existence, l’idéologie de marché certifiant le caractère invulnérable de l’économie espagnole — en enterrant pour de bon toute velléité de gouverner à gauche. On jugea superflu d’expliquer aux citoyens pourquoi les banques ne prêtaient plus, pourquoi les petites et moyennes entreprises faisaient faillite les unes après les autres, pourquoi le chômage gonflait jour après jour. Les rares efforts consentis par le gouvernement Zapatero pour sauver ce qui pouvait l’être se heurtaient aux tirs de barrage de la droite, enferrée dans l’une des oppositions les plus irresponsables qui se soient jamais vues dans un pays démocratique. De part et d’autre, on était néanmoins d’accord sur un point : l’anxiété qui submergeait le peuple ne valait rien face à la nécessité impérieuse de « rassurer les marchés », autrement dit, de gratifier les banques d’une indigestion de fonds publics.

Une tragicomédie, voilà à quoi se résument les derniers mois de la mandature socialiste. Tandis que le gouvernement réduisait les salaires et abreuvait les banques, des opposants comme Cristóbal Montoro, l’actuel ministre des finances et des administrations publiques, plastronnaient en public : laissons le pays couler, c’est nous qui le relèverons. Au rang des sauveurs, Luis de Guindos : président exécutif de Lehman Brothers pour l’Espagne et le Portugal de 2006 à 2008, il dissimula aux autorités ibériques les informations de première main qu’il détenait sur les comptes truqués de la banque et sur les signes annonciateurs de son effondrement. Il en fut récompensé trois ans plus tard par le poste de ministre de l’économie et de la compétitivité dans le gouvernement de Mariano Rajoy.

Ainsi, pendant que le gouvernement socialiste étranglait les dépenses sociales au prétexte des « ajustements nécessaires » et des « obligations imposées par Bruxelles », le nombre de chômeurs passait de deux millions à trois, puis à quatre, puis à cinq aujourd’hui. Discrètement, traîtreusement, on changea la Constitution pour imposer une règle d’or budgétaire qui achèverait de transformer la crise économique en crise sociale : une propagation accélérée de la pauvreté, sur un sol qui n’inspire plus guère les promoteurs immobiliers.

Aux élections, l’absence d’un récit susceptible d’éclairer la tournure des événements ne laissa qu’une question en suspens : souhaitons-nous être des citoyens ou des consommateurs ? Une part importante de la société opta pour le second terme de l’alternative, accordant une majorité écrasante à la droite.

Le chat pouvait continuer à attraper les souris. D’autant plus qu’un nouveau festin s’offrait à sa voracité : la braderie de la dette publique. Les fonds déversés sur les banques ne servirent pas, en effet, à irriguer les entreprises pour les sauver de la faillite, ni à assouplir les crédits hypothécaires en vue d’éviter l’expulsion des petits propriétaires incapables de les rembourser, mais à acheter de la dette publique à un taux d’intérêt de 3 à 5 % : une spéculation subventionnée par l’Etat. En somme, la crise financière a laissé la finance indemne. Elle s’empiffre peut-être moins qu’auparavant, mais elle ne meurt pas de faim, loin s’en faut.

En vertu des règles de l’Union européenne, il incombe aux Etats de garantir le sérieux, la robustesse et la pérennité de leurs systèmes financiers. Cette perversion permet aux spéculateurs de gagner à tous les coups : soit les affaires marchent et ils monopolisent les profits, soit les affaires ne marchent plus et c’est le contribuable qui leur tire les marrons du feu.

Les recettes fiscales s’épuisèrent quelques mois avant le départ du gouvernement Zapatero. Comme le chat avait faim, la Banque centrale européenne (BCE) débloqua des prêts à seulement 1 %, sans se soucier de la santé des banques auxquelles ces crédits étaient destinés. Le chat pouvait s’engraisser de plus belle : avec l’argent bon marché de la BCE, les banques raflèrent de la dette publique à un taux d’intérêt fastueux de 5, puis 6, puis 7 %. Solchaga n’avait pas menti : l’Espagne restait bel et bien le meilleur endroit au monde pour gagner un maximum d’argent en un minimum de temps.

Au paradis des euphémismes, le dégoût face à la corruption s’appelle « désaffection à l’égard de la politique ». Pendant que le pays sombrait dans le marécage du chômage, les dirigeants des banques et des caisses d’épargne préparaient leur retraite en s’octroyant des bonus mirobolants, sous l’œil placide de la mal nommée « classe politique ». Une classe sociale se reconnaît au soin qu’elle met à défendre ses propres intérêts ; or la classe politique espagnole sert avant tout les intérêts des marchés. Il est vrai que les frontières entre les deux mondes sont parfois poreuses. L’ancien chef de gouvernement José María Aznar, devenu consultant de luxe, se partage désormais entre News Corp., l’empire de Rupert Murdoch, et Endesa, la multinationale espagnole de l’électricité. Son prédécesseur, Felipe González, s’est reconverti en conseiller du groupe Gas Natural Fenosa. Mention spéciale à l’ancienne ministre socialiste Elena Salgado, promue conseillère de Chilectra, la filiale chilienne d’Endesa, celle-là même qui saccage l’environnement en Patagonie. Le chat ne se lasse pas d’attraper les souris.

En Espagne, nous redoutons tous le lever du soleil, car chaque jour charrie son lot de mauvaises nouvelles. A commencer par celle-ci, qui revient toujours : le gouvernement gère le pays comme un syndic de copropriété. Avec ses manchettes de velours noir qui rehaussent la blancheur immaculée de ses chemises, Mariano Rajoy paraît s’être échappé d’une étude de notaires du XIXe siècle. Mais c’est en homme de son temps que l’émissaire des marchés s’applique à accroître la précarité des citoyens, vus comme des consommateurs en disgrâce. Chaque matin, nous sommes réveillés par un nouveau coup de griffe : toujours le chat qui attrape les souris, même lorsqu’elles ont forme humaine. Coupes dans l’éducation, réductions des dépenses de santé, licenciements baptisés « ajustements », silence de plomb devant les scandales de corruption, vols et escroqueries en série…

Symptomatique de la cleptomanie régnante, l’affaire Bankia, ou comment l’établissement bancaire réputé le plus solide du pays menace à présent de faire dégringoler tout le système financier. Née en 2010 de la fusion de sept caisses d’épargne régionales, Bankia avait lancé un message clair : l’ardente obligation d’être « compétitif » imposait d’éliminer les derniers vestiges de la fonction sociale attribuée autrefois aux caisses d’épargne. Les premiers résultats s’annoncent prometteurs, surtout pour les détenteurs d’actions. Mais, brusquement, le ballon se dégonfle. Bien qu’un épais mystère entoure jusqu’à ce jour les causes de la crevaison, l’Etat s’empresse d’injecter 23,5 milliards d’euros dans les caisses percées de Bankia. C’est plus que le budget national affecté aux infrastructures.

Tout le monde a en mémoire l’image du banquier ruiné se jetant dans le vide lors du krach de 1929. Dans l’Espagne d’aujourd’hui, les responsables de catastrophes financières connaissent un sort plus clément. Le patron de Bankia, Rodrigo Rato, ancien ministre de l’économie dans le gouvernement Aznar et ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI), n’a pas sauté par la fenêtre. Quelle idée, quand on touche plus de 2 millions d’euros de salaire annuel !

Ainsi donc, le récit de la crise espagnole commence et s’achève par une apologie de la corruption, une plaidoirie socialiste pour l’appât du gain et un chat de couleur indéfinie, gros mangeur de souris.

Karl Marx disait que le capitalisme contenait les germes de sa propre destruction. Le philosophe à barbe blanche pensait à l’Angleterre, mais, s’il prenait le soleil aujourd’hui sur une plage de Marbella, avec le chat de Felipe González lui mordillant les orteils, il se dirait peut-être que le capitalisme, en tant que système d’exploitation créant de la plus-value, loin de s’autodétruire, s’est régénéré en empruntant au marché son visage invisible, son corps insaisissable, sa voracité prodigieuse. Et peut-être Marx prendrait-il son iPhone pour appeler Friedrich Engels et lui dire : « Un spectre hante le monde. C’est le spectre du monde dans lequel nous voulons vivre, le spectre d’une société possible à laquelle nous voulons participer. »

Mais en attendant que le spectre se mette en marche, le chat maudit n’a pas fini d’attraper les souris.


Luis Sepúlveda

Ecrivain chilien vivant en Espagne. Dernier ouvrage paru en français (avec Daniel Mordzinski) : Dernières Nouvelles du Sud, Métailié, Paris, 2012.

(1) A la mort du général Francisco Franco, le 20 novembre 1975, la monarchie est restaurée. Juan Carlos Ier engage alors un processus de transition démocratique. (Toutes les notes sont de la rédaction.)

(2) Président du gouvernement espagnol de 1982 à 1996.

(3) Le roman picaresque apparaît en Espagne au cours du XVIe siècle. Son protagoniste central est le pícaro, un antihéros d’extraction populaire généralement sans scrupules.

(4) Euskadi ta Askatasuna («  Pays basque et liberté  »), organisation armée indépendantiste créée en 1959.

(5) Président socialiste du Chili (1908-1973), élu en 1970 et renversé par un coup d’Etat du général Augusto Pinochet le 11 septembre 1973.

(6) M. Aznar est l’ancien dirigeant du Parti populaire (PP, droite), au pouvoir de 1996 à 2004, et M. Zapatero, du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, gauche), au gouvernement de 2004 à 2011.

(7) Parti politique fondé en 1986 autour, notamment, du Parti communiste d’Espagne.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 19:24
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La coalition au pouvoir vient de remporter haut la main la majorité à l’assemblée de la capitale, or le vote des 13 millions de Tokyoïtes est supposé être annonciateur du scrutin sénatorial, prévu en juillet.
Le Parti libéral démocrate (PLD) du Premier ministre conservateur Shinzo Abe a largement remporté les élections de l’assemblée municipale de Tokyo ce dimanche 23 juin.

"Le PLD a obtenu à lui seul 59 sièges sur 127 et, associé au Nouveau Komeito [NK, centre droit], son principal allié avec lequel il forme la coalition au pouvoir, il a remporté une majorité écrasante de 82 sièges. Tous les candidats des deux formations ont été élus à l’assemblée" relate l’Asahi Shimbun.

"Ce succès est dû à la popularité du gouvernement Abe, dont la campagne est essentiellement axée sur les mesures économiques visant à sortir de la récession", explique le Nihon Keizai Shimbun. Le Parti démocrate (PD, centre gauche) qui disposait jusqu’ici de 43 sièges, n’a réussi à garder que 15 sièges.

C’est le Parti communiste qui a essentiellement recueilli le vote anti-PLD lors de ces dernières élections, en remportant 17 sièges. Les résultats de ces dernières élections pourraient annoncer le résultat des sénatoriales du 21 juillet. Mais les avis sont partagés : d’une part à cause du très faible taux de participation, d’autre part parce que l’important scrutin sénatorial prévu pour le mois prochain dépendra vraisemblablement du plan de relance du gouvernement Abe.
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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 19:15

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Date de publication : 27 mai 2012

Table des matières

Texte intégral

Dans ce texte, on se propose d’esquisser l’histoire de l’activité du courant syndicaliste révolutionnaire dans la confédération FO. Si l’histoire de FO commence à être bien balisée grâce à deux colloques (2003, 2008)2, celle des syndicalistes révolutionnaires en son sein reste à écrire. Tout d’abord parce que cette minorité au sein de la centrale est éclatée, ainsi qu’on aura l’occasion de le voir au fil du propos. Ensuite, parce que l’activité de ces militants ne s’arrête pas à l’horizon du syndicat. Pour bien comprendre cette histoire, il faudrait pouvoir le saisir à partir du milieu symbiotique dans lequel évoluent les acteurs, milieu tissé par les liens avec la Fédération anarchiste, la franc-maçonnerie, la Libre pensée, l’Ajisme, les différentes minorités ou ailes gauche de la SFIO ou enfin, dans les rapports anciens entretenus avec le trotskysme incarné par le courant Lambert. Enfin, conséquemment, l’appréhension de l’activité des SR implique un important travail de dépouillement d’archives que l’on n’a pu qu’ébaucher dans cet article. Ajoutons que dans cette contribution, les termes de syndicaliste révolutionnaire, libertaire, anarcho-syndicaliste et même anarchiste seront utilisés de manière équivalente3.

En lieu et place d’une histoire à écrire, ce chapitre se propose d’analyser la place et l’attitude du courant libertaire dans FO de l’apparition de la centrale au début des années 2000. Le propos se déploiera en trois temps. Dans un premier moment, on se penchera sur les différentes sensibilités qui se réclament de l’anarchie à FO. Le second point porte sur la création de l’UAS en 1960, avant d’aborder dans un dernier temps l’intégration croissante du courant anarchiste dans la majorité confédérale après 1969. Il restera à revenir en conclusion sur ce qu’il reste de spécifique au courant qui se réclame de l’anarcho-syndicalisme à partir de son positionnement lors de l’élection de Marc Blondel en 1989, puis dans les années qui concluent le XXe siècle.

Le rôle des anarcho-syndicalistes dans la création de FO est bien documenté4. Rappelons que le ralliement des anarchistes à FO ne s’effectue pas spontanément. Certes, la sensibilité anarchiste est bien présente lors du congrès de fondation de la centrale, dans une minorité diverse. Il faut cependant rappeler que c’est une minorité des anarchistes qui font le choix immédiat de l’adhésion lors de la scission5. En effet, le choix majoritaire de ceux qui militent à la Fédération anarchiste est la création de la Confédération nationale du travail (CNT). Dès mai 1946, face à l’hégémonie communiste, les anarchistes quittent la CGT. Les grèves aux PTT, puis dans les mois qui suivent dans divers secteurs (SNCF, métaux, alimentation) conduisent à la création de structures autonomes (les Comités d’action syndicaliste, CAS). Ces ruptures au sein du mouvement syndical amènent les anarchistes à fonder la CNT en décembre 19466. Durant une année, la CNT va tenter d’intégrer les CAS en son sein. Tandis que se mettent en place les conditions de la scission FO, les anarchistes s’essaient à faire vivre leur centrale propre, tout en dénonçant parallèlement les « moscoutaires » et les « bonzes syndicaux ». Quand les amis de FO annoncent leur sortie de la CGT, Le Libertaire, dans lequel s’exprime Maurice Joyeux, animateur de la commission syndicale FA, titre : « Frachon : URSS. Jouhaux : USA. CNT, centrale ouvrière »7. L’appréciation du courant FO est sans ambiguïté. Paul Lapeyre, avance ainsi à propos de Léon Jouhaux dans le Libertaire en 1948 : « Brasseur de merde et mangeur de bouse, comme dit l’autre. Jouhaux ça commence par la même lettre que Judas »8. Ces invectives n’empêchent pas la dynamique de création de la CGT-FO de placer le courant anarchiste sur la défensive car les CAS rejoignent majoritairement FO lors du congrès de fondation. Les colonnes de La Révolution prolétarienne font écho à ces débats. Pierre Monatte appelle ainsi les révolutionnaires à rejoindre FO, tout en demeurant, pour sa part, à la Fédération du Livre-CGT, au nom de l’unité corporative9. S’appuyant sur le CAS Métaux, les anarchistes développent alors une nouvelle stratégie, celle de la fondation d’une « nouvelle centrale révolutionnaire ». Cela signifie que la CNT ne constitue pas nécessairement ce cadre. Le IIe congrès de la CNT (24-26 septembre 1948) valide la stratégie de rapprochement avec les autonomes. La FA de son côté, à son congrès de Lyon (11-14 novembre 1948) met fin à son soutien exclusif à la CNT et en appelle à la convergence des syndicats « restés en dehors de la servitude des partis ». Les 20-21 novembre 1948, une conférence rassemble les autonomes qui n’ont pas rallié FO, l’Ecole Emancipée (EE), la CNT, les courants (notamment trotskiste) regroupés autour du journal L’Unité syndicale10 et divers minoritaires aussi bien de la CGT que de FO11. La conférence accouche d’un Cartel d’unité d’action syndicaliste (CUAS). Cette politique est mise en œuvre dans quelques endroits. C’est notamment le cas dans le Maine-et-Loire, dont le dirigeant FO, Raymond Patoux, est un syndicaliste révolutionnaire12. Ce dernier avait été un actif rédacteur du « Manifeste d’Angers », paru dans la presse libertaire13, appelant à l’unité des syndicalistes révolutionnaires. L’UD-FO de Maine-et-Loire se transforme ainsi en une « Union départementale syndicaliste confédérée », ralliant à côté des syndicats FO, les syndicats CNT, autonomes et certains syndicats CGT (Livre, cheminots). Tharreu, secrétaire de la CNT, et Nion, des instituteurs autonomes, entrent au conseil syndical14. L’action du CUAS sera un véritable succès, mais pas dans le sens où l’attendaient les libertaires. En effet, le 1er mai 1949, l’UD-CNT du Maine-et-Loire fusionne avec l’UD-FO. Immédiatement, le CCN de la CNT décide de se retirer du Cartel (décision adoptée le 29 mai 1949), malgré de fortes oppositions internes15. Cette décision ouvre une crise, dont le congrès extraordinaire de la CNT (30 oct-1er nov. 1949) constitue une étape supplémentaire. La CNT, sans disparaître pour autant, entre dans une phase dépressive de plusieurs décennies. Les principaux animateurs de la commission syndicale de la FA intégreront FO dans les années qui suivent16.

Un mémoire universitaire de très grande qualité de Guillaume Trousset17, couvre une grande partie de cette première période (il commence en 1946 et s’arrête en 1957, à l’épisode du PUMSUD18). Si l’on veut comprendre l’action des anarchistes dans la cadre de la centrale, il faut partir d’une réalité qui domine toute l’histoire de cette sensibilité, à savoir « il n’y a pas de minorité à Force Ouvrière, seulement des minoritaires »19, ce qui rend souvent assez difficile l’appréhension de l’action des anarchistes.

Quatre composantes continuent l’éventail des minoritaires dans la centrale après sa création. On y trouve d’abord des ex-autonomes, parfois membres de la SFIO ou anciens du Parti socialiste ouvrier et paysan de M. Pivert, si marqués par leur anticommunisme qu’ils ont rompu avec la CGT bien avant les amis de FO. Les syndicalistes regroupés autour de La Révolution prolétarienne se situent également dans cette veine. C’est ainsi que Pierre Monatte peut écrire dans une brochure dès mai 1946, « Désormais, la CGT n’est plus qu’une annexe du Parti communiste »20. La troisième composante, dont la caractérisation comme libertaire est assez problématique, est représentée par l’Union des cercles d’études syndicalistes (UCES). Fasciné par le fordisme et la gestion de l’entreprise, l’UCES s’exprime dans son bulletin L’Action syndicaliste. Enfin, on trouve une somme d’anarchistes qui ont fait le choix de FO immédiatement. C’est notamment le cas de Raymond Patoux ou d’Alexandre Hébert. Ces derniers occupent des positions influentes dans leur UD21, même s’ils sont des « électrons libres »22. Ces anarchistes seront rejoints dans les années qui suivent la création de la centrale par des militants espagnols23, souvent échaudés par l’échec de la CNT. Cette minorité apparaît de fait très hétérogène. D’autant plus que chaque sensibilité fédère autour d’elle des cercles qui ne se recoupent que très partiellement. Tandis que dans l’ouest, le bulletin de l’UD le Réveil syndicaliste (Maine-et-Loire) va voir son audience s’élargir avec la création de l’Ouest syndicaliste (couvrant quatre UD), l’équipe autour de Pierre Monatte soutient la formation de cercles et publications à vocation syndicale (Cercle Zimmerwald, Ligue syndicaliste, notamment)24.

Ajoutons un dernier trait singulier qui va marquer fortement le courant libertaire durant ces décennies, à savoir son interpénétration avec le mouvement trotskiste incarné par Pierre Lambert25. Ainsi, Alexandre Hébert commence un compagnonnage qui durera plus d’un demi-siècle26. Cette habitude de travail en commun se manifeste dès l’éclatement du journal L’Unité27, à l’occasion duquel les libertaires firent front commun avec les trotskistes. Ainsi que le constate Trousset, « les libertaires cultivèrent une capacité de travailler en commun avec les trotskystes, ce qui semble préfigurer la reconfiguration de la minorité dans la CGT-FO à la fin des années cinquante et aux débuts des années soixante »28.

L’activité des anarchistes dans la décennie qui suit la création de FO peut se résumer à trois axes :

a) Favoriser l’unité d’action, en lien avec des militants d’autres centrales et d’autres horizons politiques (socialistes de gauche29, mais aussi, et surtout trotskystes). Trois moments peuvent être évoqués30 :

- Le travail au sein du regroupement dans l’Unité syndicale dans un premier temps. Mais l’échec du rassemblement intersyndical en 1952 (en particulier avec les autres révolutionnaires demeurés à la CGT), amène les libertaires à recentrer leur activité sur l’espace interne de FO. De fait, ils ne seront plus guère à l’initiative des autres tentatives de regroupement et d’unité syndicale qui se poursuivent dans les années qui suivent. Ajoutons que les divergences internes à la Fédération anarchiste, le développement d’une tendance « centraliste » et plateformiste avec Georges Fontenis, ne favorisent guère la réflexion des militants libertaires31.

- La question du PUMSUD, en 1957 à l’initiative de syndicalistes de la FEN

(Denis Forestier), mais qui implique directement Roger Lapeyre Secrétaire Général de la Fédération des Travaux Publics–FO et un des représentants les plus en vue de la minorité. Cette expérience ayant fait l’objet de publication on ne s’y attardera pas ici, si ce n’est pour souligner que les discussions se concentrent au niveau des dirigeants syndicaux, mais impliquent peu la base militante de FO.

  • La création du CLADO (Comité de liaison et d’action pour la démocratie ouvrière, en 195632). Le CLADO, structure animée par des militants trotskystes et des anarcho-syndicalistes vise à défendre la liberté d’expression, en particulier au sein de la CGT. Basé à Nantes, l’action du CLADO se déploie néanmoins au-delà de l’Ouest de la France. C’est par son biais qu’un jeune militant anarchiste de la CGT Dassault, Joachim Salamero, va développer une action oppositionnelle, menant campagne contre la répression en Hongrie. Il sera finalement exclu pour rejoindre FO et deviendra un dirigeant de l’UD de la Gironde33.

b) Développer une pratique syndicale favorisant l’action directe au sein

de la centrale et des mouvements sociaux de la période. En effet, comme le note M. Noyer à propos de l’UD de Maine-et-Loire, il n’y a pas de désaccord fondamentaux entre les réformistes et les syndicalistes révolutionnaires : « Visiblement, aucun désaccord fondamental ne transparaît, ces deux tendances étant liées par un passé commun, un souci de l’individu et une même conviction dans la mission permanente du syndicalisme. Ce n’est pas tant les revendications et les objectifs à atteindre que les méthodes qui sont mises en cause »34. C’est ce qu’illustre notamment le développement de mouvements de grèves radicales et violentes à Saint-Nazaire en 1953 et à Nantes en 1955, où l’UD-FO dirigée par A. Hébert appuie (non sans houleux débats internes) le recours à l’action directe35. Si l’action des anarcho-syndicalistes  est décisive au niveau de l’UD en faveur du développement de la grève, en revanche, leur voix apparaît très fortement isolée au sein de la confédération36. La promotion de l’éducation ouvrière fait aussi partie des pratiques valorisées par les syndicalistes révolutionnaires en convergence avec certains militants réformistes37. Cependant, la mise en place d’un appareil de formation syndicale centralisé, financé par les fonds de la productivité, marginalise dès le milieu des années 50 la philosophie libertaire de « l’éducation mutuelle »38.

c) Incarner une ligne alternative au sein de la centrale, en particulier au moment des congrès, par la présentation de textes alternatifs39. Le congrès de 1952 permet l’élection de représentants des courants minoritaires dans l’appareil syndical. Raymonde Le Bourre accède au secrétariat confédéral, tandis que plusieurs de ses camarades de tendance sont élus à la CE (A. Hébert ou R. Patoux figurent parmi ces militants).

A la fin des années 1950, plus qu’un groupe organisé, les libertaires au sein de FO représentent un milieu, constitué de sensibilités et d’individualités, dont les liens avec le milieu anarchiste politique sont de surcroît très lâches, du fait de la crise qui s’y développe. C’est un milieu qui se limite à quelques dizaines d’individus, vivant en relative porosité avec l’appareil syndical, en particulier au niveau des UD qui constituent leurs places fortes, avec la prédominance de l’Ouest pour les implantations géographiques et une influence non négligeable dans quelques fédérations (métallurgie ou PTT). Les motions qu’ils soutiennent représentent entre 10 et 20% des voix aux congrès. Malgré l’échec des tentatives de regroupement, ces militants s’unifient autour de quelques valeurs fédératrices, dont l’anticommunisme virulent40, encore renforcé par l’arrivée des militants provenant de la CNT au fil des années 50. Anticommunisme qui amènera d’ailleurs le dirigeant confédéral minoritaire, certes socialiste, A. Lafond41 à s’aligner sur les positions favorables à l’Algérie française durant la guerre algérienne42 ou Louis Mercier Véga à participer pleinement aux activités du Congrès pour la liberté de la culture43. Cette proximité idéologique avec le courant majoritaire se redouble d’une fréquentation des mêmes lieux d’imprégnation culturelle que sont les milieux laïques44 ou la franc-maçonnerie. Avec les années 60 débute une nouvelle étape de l’action anarchiste dans FO.

Avec l’échec de l’expérience du CLADO, la situation du courant libertaire par rapport au syndicalisme va se simplifier considérablement durant la décennie qui s’ouvre (et au-delà). En effet, autour d’Alexandre Hébert, un groupe de militants syndicaux de différents horizons (CGT45, FEN46 et FO) vont se regrouper derrière une nouvelle publication, L’Anarcho-syndicaliste47. Comme on le constate, au départ, le groupe qui se rassemble n’est pas lié à proprement parler à l’action dans FO. Dans les faits, au fil des années 60, les anarchistes des autres centrales n’auront pas de rôle important (pour ceux de la tendance EE de la FEN) ou seront peu à peu écartés de la CGT, avec les autres révolutionnaires (notamment trotskystes) qui s’opposent à la direction communiste48. La revue publie son premier numéro en 1959 et paraît toujours actuellement49. L’Anarcho-syndicaliste est l’organe de l’Union des Anarcho-syndicalistes (UAS), dont les statuts précisent le caractère élitaire : Les présents statuts « ne s’appliquent pas à une organisation de masse regroupant différentes tendances du mouvement ouvrier, mais à l’organisation d’une minorité anarchiste, dont l’objectif est davantage dans la précision de pensée, garantie d’efficacité, que l’unité équivoque d’un grand nombre »50.

L’Anarcho-syndicaliste permet donc aux syndicalistes révolutionnaires de développer des positions collectives non seulement sur le syndicalisme, mais sur l’actualité politique et sociale aussi bien internationale que française.

On prendra un seul exemple, en début de période. C’est ainsi qu’après la grève des mineurs de 1963 (mars-avril), une sévère critique des bureaucraties syndicales, incluant FO, est publié. « Quand le 8 avril, à Lorient, Bothereau énonce gravement : "la victoire du syndicalisme eut été plus complète si la grève des mineurs avait été abrégée de huit jours", non seulement il célèbre le "Comité des sages", ses conclusions et sa création suggérée par FO, mais il se moque du monde puisqu’on chercherait vainement un appel à la reprise du travail pour cette période où le Bureau confédéral FO "en étroit contact" avec la fédération des mineurs, organisait la quête publique en vue… de la prolongation du conflit, en l’absence de nouveaux pourparlers ».

Si tant est que l’on puisse réduire la diversité et le foisonnement des contributions et des prises de position à un fil directeur pour toute cette période, on pourrait dire que le thème de la préservation de l’indépendance de l’organisation en constitue le vecteur principal. Non pas que la thématique soit franchement nouvelle, bien au contraire, elle réside au fondement de la participation, pour un certain nombre de militants, à la création de la centrale. Cette volonté de protéger l’indépendance contre les formes de « corporatisme »51 constitue le topos commun au travail avec les trotskystes du courant Lambert. Les relations entre ces ceux courants se renforcent tout au long des années 60, alors que l’avènement de la Ve République est interprété comme un pas de plus vers le corporatisme. Cette entreprise de préservation de l’indépendance va s’incarner dans des objets multiples, non sans écho au sein de l’organisation comme l’illustre, au début des années 50, la décision prise par la Confédération de se retirer du CIERP, considéré comme un organe d’intégration52. Au congrès de 1961, les minoritaires proposent une motion demandant que la Confédération ne soit plus représentée au Conseil du Plan. La motion recueille 28% des voix, résultat qui dépasse très largement l’influence du courant révolutionnaire53.

Cette revendication d’indépendance va s’exprimer à partir de deux axes essentiels :

  • la dénonciation du christianisme social incarné par la CFDT

  • le rejet de toutes formes d’intégration à l’Etat (et des partis).

En ce qui concerne le premier thème, les illustrations sont trop nombreuses pour être développées dans ce cadre. L’opposition à la CFDT conjugue un mélange d’anticléricalisme identitaire et une démarcation à l’égard d’une organisation qui entend alors se réapproprier l’héritage syndicaliste révolutionnaire. On retiendra à titre d’exemple l’édito du n° 43 de L’Anarcho-syndicaliste (nov. 1964), réagissant au congrès de fondation de la CFDT, titré : « CFDT(CFTC). Deux siècles de retard ». L’éditorialiste avance : « Il est devenu de bon ton dans certains milieux de mettre le syndicalisme chrétien sur le même plan que le réformisme traditionnel ou le réformisme stalinien. En fait, rien n’est plus faux. Cela revient à mettre sur le même plan la DGB et l’Arbeitsfront (…) Qu’on ne s’y trompe pas, dans leur rôle de chien de garde de la société bourgeoise, les hommes formés par les Jésuites seront probablement plus habiles, moins brutaux que ceux des chemises brunes et des chemises noires. Ils n’en seront pas moins féroces ». Bien plus que l’instrument d’une doctrine visant à l’association Capital/travail (n° 44), la CFDT est une incarnation du fascisme et du corporatisme au sein du mouvement ouvrier. Bref, c’est un « syndicat jaune » (n° 60, sept. 1966). Cela les amènera en interne à s’opposer frontalement au courant « moderniste » incarné par Maurice Labi54.

Par rapport aux partis, la position traditionnelle de rejet de ces derniers s’appuie sur la Charte d’Amiens55. Cela n’empêche d’ailleurs pas A. Hébert, à « titre personnel » d’appeler à voter aux élections municipales de 1965 pour André Morice, sénateur radical et partisan de l’Algérie française à Nantes56.

La condamnation de l’État s’actualise dans la dénonciation de la participation de la confédération aux organes du Plan. La déclaration commune UAS/commission syndicale de la FA57, rédigée en 1966, précise : « C’est pourquoi il est vital pour la sauvegarde des syndicats que leurs responsables à tous les échelons rompent dès maintenant avec la pernicieuse politique de présence dans les organismes où doit se réaliser l’intégration, qu’il s’agisse des commissions du Plan, du CES, du conseil de district de la région parisienne, des commissions fonctionnant dans le cadre de la procédure Toutée, des nouveaux comités d’expansion régionaux (Coder), qu’il s’agisse également des nouveaux comités d’entreprise préfigurant la législation de la section syndicale d’entreprise, chargé de réaliser à la base l’association capital-travail ». Ces dénonciations rituelles se répètent et se renouvellent sans recueillir beaucoup plus qu’un accueil poli, mais définitivement minoritaire au sein des congrès confédéraux (11% par ex. pour la motion présentée par les minoritaires au congrès de 1966). D’ailleurs A. Hébert n’est pas réélu à la CE confédérale à l’occasion de ce congrès, la minorité n’est donc plus représentée au sein des instances dirigeantes de la confédération.

C’est le projet de referendum gaulliste, consécutif à la crise de mai-juin 68 qui va précipiter l’alignement des libertaires sur les positions majoritaires. En effet, le referendum du 27 avril 1969 sur la réforme du Sénat et de la régionalisation est perçu comme un danger mortel pour le syndicalisme d’intégration dans un Sénat économique et social. La plupart des anarcho-syndicalistes58 appellent leur organisation à se prononcer pour le « Non » au référendum59 (en total accord d’ailleurs avec les trotskystes). A. Hébert ainsi que Boussel-Lambert, parmi d’autres minoritaires, négocient avec les majoritaires au sein de la commission de synthèse qui rédige l’appel du congrès au vote Non60. Ainsi que l’explique Joachim Salamero, les anarchistes ont joué un rôle non négligeable dans l’adoption de cette prise de position : « En 1969, nous avons joué un rôle important. Quand De Gaulle a lancé son référendum sur la régionalisation, la participation des syndicats etc. Nous avons mené une campagne pour le NON. Bergeron était d’accord. Et je me rappelle qu’au congrès confédéral, deux mois avant le référendum, la confédération a appelé à voter non. C’est la seule fois où elle appelé à voter. Et nous avons expliqué. Nous n’appelons pas à voter à une élection, pour tel ou tel candidat. On est pour des principes. Est-on pour ou contre la Charte du travail ? Non, bien sûr. Là, c’est pareil. Et là, il y a une différence d’appréciation avec des camarades anarchistes. Certains étaient pour l’abstention. C’est là qu’on a eu un débat »61. Cette victoire contre l’intégration du syndicalisme au « corporatisme étatique » amène d’ailleurs les minoritaires à voter le rapport moral proposé par A. Bergeron, qui recueille le score historique de 94%. Les anarcho-syndicalistes se situent clairement en phase avec la majorité de l’organisation62 sur cet aspect, baignant dans la ferveur de la victoire du non par 52.41% des voix.

A. Hébert joue également sa petite note personnelle dans cette campagne pour le Non, ce qui lui vaut une critique de la part de l’UAS63. En effet, ce dernier avait fait adopter par l’UD de Loire-Atlantique une déclaration commune CGT-CFDT-FO-FEN en appelant aux partis de gauche pour le soutien au vote Non, « seule perspective susceptible d’ouvrir des perspectives politiques claires et valables à la population laborieuse » (n° 86).

En tous les cas, cet accord passé avec la direction majoritaire entérine l’idée avancée en 1964 à propos de la journée de grève du 11 déc. « Quant à nous qui, en 1958, avons approuvé les réformistes dans leurs déclarations contre l’intégration, nous sommes prêts, conscients d’exprimer les intérêts de l’ensemble de la classe ouvrière, à leur apporter un appui total s’il est vrai, comme le dit Desvallois "qu’un mûrissement s’est produit tout d’un coup"  et que des actes traduiront »64.

Cependant, si la prise de position politique d’appui à la majorité confédérale au congrès de 1969 marque un pas décisif dans l’intégration de la minorité à celle-ci, ce n’est qu’avec le XIVe congrès de 1980 que les libertaires renonceront à se compter sur une motion d’orientation propre.

Mais avant d’aborder cet aspect, il faut faire un petit retour en arrière chronologique pour aborder la manière dont ces anarchistes prennent en compte le mouvement de mai et les conséquences que cela aura pour l’UAS.

Attentif aux mouvements sociaux, L’Anarcho-syndicaliste analyse le mouvement de grève des jeunes OS à la Saviem à Caen, fin janvier 196865, en précisant quel doit être le rôle et la place des organisations syndicales. « Le syndicat appartient aux travailleurs. C’est à eux de décider en assemblées générales. Les délégués sont là pour appliquer les décisions prises. Les centrales ont un rôle de coordination. Les travailleurs en grève devraient en AG désigner un comité de grève soumis à leur contrôle. Le comité aurait, entre autre, pour mission d’organiser le soutien aux grévistes et la liaison avec l’extérieur, liaisons entre les syndicats, les comités de soutien qui se créent spontanément, avec la population, etc. »66. L’attitude de l’UAS au moment de mai est clairement celle d’un soutien au mouvement radical. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le premier mouvement d’occupation a lieu à Sud Aviation, emmené par un militant de l’OCI, Yvon Rocton67.

Surtout le mouvement de mai va provoquer un renouveau du mouvement libertaire et de nouvelles tentatives d’organisation de celui-ci. Dès novembre 1968, l’UAS envoie un courrier aux différentes composantes du spectre libertaire, afin de coordonner l’activité des anarchistes68. Finalement, une Alliance syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste (Asras), puis Alliance syndicaliste (courant syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste d’expression française) est crée le 31 janvier 1970. L’alliance syndicaliste publie un journal, Solidarité ouvrière69. Tout en s’engageant dans ce regroupement, l’UAS insiste sur les divergences qui se manifestent. Dès le numéro d’août de L’Anarcho-syndicaliste (n° 89) est publié un article qui explique les réticences. Intitulé « Gauchistes et anarcho-syndicalistes », cet article avance que « l’un des caractères qui nous différencient des gauchistes c’est que ces derniers rejettent toute tradition, toute idéologie, se refusant par exemple à choisir entre marxisme et anarchie qu’ils estiment dépassés. Dans cet ordre d’idées, il est symptomatique que dans la liste " d’établissements honteux" dont les étudiants gauchistes " exigent la fermeture" (ciné-clubs, Planning familial, etc. […], ne figurent pas les églises […] Il paraît qu’il ne s’agit là que d’une simple omission, puisque, selon eux, la lutte contre le cléricalisme et la religion serait également une " querelle dépassée" ». L’importance du thème de la dénonciation du cléricalisme constitue un trait récurrent, comme l’indique la dénonciation des dignitaires de l’Église quelques années plus tard70. S’y ajoute également, pour l’UAS, la défense du principe syndical.

Dans ces conditions, on comprend aisément que cette tentative d’unification des forces anarchistes dans le mouvement syndical ait rapidement tourné cours. Après avoir intégré brièvement l’Alliance syndicaliste, l’UAS est reconstituée en septembre 197571. L’Alliance syndicaliste constituera un lieu de regroupement de libertaires essentiellement actifs au sein de la CFDT, laquelle accueille durant une décennie les éléments les plus radicaux issus du mouvement de mai, dont certains parfois issus de FO72.

L’UAS va concentrer son action sur la critique du projet de Nouvelle société porté par Chaban Delmas et son conseiller social, Jacques Delors. Dès décembre 1969, les contrats de progrès sont dénoncés comme une nouvelle formule tendant à intégrer l’action syndicale et à limiter l’activité contractuelle.

Parallèlement la dénonciation de la CFDT et de son projet renouvelé de Rerum Novarum, de la communauté d’entreprise autogérée prend une ampleur nouvelle, au moment même où certains des partenaires de l’UAS s’engagent plus résolument au sein de la CFDT. Marc Prévotel de son côté publiera en 1980 un article programme « Si l’autogestion était un fascisme rampant ?»73. Auparavant, en 197574, s’en prenant aux écologistes, M. Prévotel avance une défense du rationalisme scientifique et voit derrière la critique du nucléaire la main… des cléricaux : « C’est pourquoi nous affirmons que le savoir, la science, créent leur idéologie propre […], nous répétons qu’ils travestissent les enfants du bon dieu en canards sauvages, en espérant que nous nous laisserons tromper par ce stratagème. Car une telle affirmation […] sert d’abord les cléricaux (et ensuite la classe dominante dont ils ont une fraction […] "Ni Dieu, ni maîtres", implique "ni diable". La fission de l’atome n’est pas une invention du diable ». Le même M. Prévotel consacre une série d’articles (commencé avec le n° 9, 1976, se prolongeant jusqu’au n° 14, mars 1977), consacré à Robert Chapuis, dirigeant du PSU (JEC, MLO, auparavant), qualifié « d’envahisseur ». Cette critique féroce (et un tantinet répétitive75) est aussi une manière de s’opposer à la dynamique de l’Union de la gauche, en particulier en s’opposant aux militants socialistes de FO (en particulier du Ceres) qui souhaitent l’unité d’action avec le bloc CGT-CFDT.

Mais l’intégration, c’est aussi la possible participation des parents aux Conseils d’école mis en place par la réforme Haby. L’ Anarcho-syndicaliste (n° 18-1977) rapporte ainsi conjointement la déclaration d’A. Bergeron « contre les conseils d’ateliers et les conseils d’école », et celle de l’OCI dénonçant la réforme Haby et les conseils d’école, car « la transformation de l’Ecole en "communauté éducative" représenterait une première victoire des autogestionnaires, théoriciens de la participation à la gestion en système capitaliste, dont l’objectif est de désorganiser la classe ouvrière en verrouillant les travailleurs dans des structures néo-corporatistes […] Ce n’est pas pour soumettre leurs enfants à la catéchèse de la " participation"et de la " vie associative", ce n’est pas en vue de la " formation du citoyen" dont rêvent Ceyrac et Belbenoit, que les travailleurs réclamaient l’École il y a cent ans »76.

Si la minorité continue à proposer des motions alternatives au congrès confédéraux, ses résultats chutent au long des années 1970. La motion présentée en 1971 remporte 13,5 %, celle de 1977 n’obtient que 6,9 % des mandats77, tandis qu’aucune motion n’est déposée pour le congrès de 1980, faisant dire au chroniqueur de L’Année politique, économique et sociale : « Par rapport au congrès de Vichy , les minoritaires semblent volatilisés »78.

Il revient à Alexandre Hébert d’expliquer en toute clarté quelle est l’orientation que développe alors les anarchistes quelques mois avant l’élection de François Mitterrand : « Nous ne combattons pas dans les congrès fédéraux réformistes pour transformer la CGT-FO en " centrale révolutionnaire". Par contre, nous combattons avec fermeté pour que la centrale réformiste reste sur le terrain de la lutte des classes afin qu’elle ne constitue pas, le moment venu, un obstacle à l’action des travailleurs. C’est ce souci qui fixe les limites de nos alliances : en aucun cas les politiciens de tout poil, grands partisans, comme chacun sait, de l’intégration des syndicats dans l’État. C’est aussi, pourquoi, tout compte fait, nous préférons la compagnie d’André Bergeron à celle des émules avoués ou honteux de M. Edmond Maire. Mais parce qu’anarchistes, nous ne partageons pas la vision des réformistes de l’avenir de la société capitaliste, nous nous organisons "à côté et en dehors du syndicat" dans l’UAS, afin de pouvoir éventuellement (dans une situation révolutionnaire qui peut à tout moment surgir de l’état de décomposition de la société capitaliste et de ses institutions) jouer le rôle normalement dévolu à des anarchistes liés à la classe ouvrière. En attendant, nos essayons de mériter la confiance des travailleurs »79. A travers ces paroles, on dispose d’une variation de nature buzzatienne avec son « Désert des Tartares » en quelque sorte, même si J. Salamero offre une version plus active du rôle de l’UAS à cette période : « on en revient toujours indépendance, indépendance, indépendance. Aujourd’hui plus par rapport à l’État que par rapport aux partis politiques en tant que tels. Un autre exemple avec Blondel. Enfin, sur l’essentiel, on était d’accord. On l’a fait monter »80. Le CCN réunit quelques jours après le congrès élit en effet Marc Blondel et Claude Jenet au Bureau confédéral : « ce rajeunissement sans véritable signification politique pourrait cependant exprimer le désir d’une certaine évolution » (Le Monde, 22-23 juin 1980). La situation n’a pas évoluée depuis l’élection de J.-Claude Mailly en 2004.

Ainsi qu’on peut le constater, les libertaires se situent au début des années 80 au cœur de l’appareil de l’organisation. Réduits à une toute petite élite de dirigeants et permanents syndicaux, ils développent une lecture somme toute très orthodoxe du proudhonisme, celle d’un mouvement ouvrier agissant uniquement sur le plan économique, tout en développant son autonomie. Simplement, l’autonomie ouvrière développée au début du siècle par les tenants du syndicalisme révolutionnaire81 se confond dans leurs discours avec l’indépendance de l’organisation. Cette conception « légitimiste » comme la qualifie Karel Yon, qui inscrit la critique dans le respect de « l’ordre des choses », (en premier lieu dans la déconnexion complète entre le social et le politique), amène les libertaires à s’intégrer dans l’appareil de l’organisation pour y développer des pratiques assez peu spécifiques. C’est ainsi qu’à la fin des années 1980 les anarchistes ont pu soutenir de toute leur force l’élection de Marc Blondel contre son adversaire Claude Pitous82.

On peut enfin s’interroger sur ce qui demeure de la spécificité de cette sensibilité syndicaliste révolutionnaire quand on sait que l’UAS anime, depuis 1985, un courant anarcho-syndicaliste dans les courants partisans dirigés par les trotskystes du courant Lambert (MPPT, PT, actuellement POI83), et est membre de l’EIT, le regroupement international du courant lambertiste depuis sa création en 1991. Cette alliance avec le partenaire de toujours ne va d’ailleurs pas sans tension au sein du milieu, car certains se refusent à cette orientation. C’est notamment la petite équipe regroupée autour de Serge Mahé qui édite de février 1988 à décembre 2003 une Lettre anarchiste84. Rien n’illustre mieux les relations nouées entre les syndicalistes révolutionnaires et le courant Lambert que le cas de la « dynastie Hébert ». Alors qu’Alexandre Hébert85, figure centrale de cette mouvance a participé pendant des années à la direction du courant lambertiste comme « invité permanent », son fils, Patrick, secrétaire général de l’UD-FO 44 est officiellement membre du POI, même s’il n’y exerce pas de responsabilités affichées.



Notes de bas de page

 

1 Je suis redevable d’une relecture attentive de Karel Yon de ce texte, ainsi qu’à plusieurs suggestions et références qui m’ont permis d’enrichir le propos.
2 M. Dreyfus, et alii, La naissance de Force ouvrière. Autour de Robert Bothereau, Rennes, PUR, 2003 ; M. Dreyfus et M. Pigenet (dir.), les meuniers du social, Paris, Presses universitaires de la Sorbonne, 2011.
3 Un survol de l’ensemble des sensibilités plus ou moins critiques de la direction confédérale FO a été proposé par K. Yon, « Force ouvrière (courants critiques de) », in  A. Artous, D. Epsztajn, p. Silberstein, (dir.), La France des années 1968, Paris, Syllepse, 2008, p. 382-386.
4 Cf. C. Chambelland, « La minorité à la naissance de FO », p. 61-64, in M. Dreyfus et alii, op. cit. ou A. Bergounioux, Force ouvrière, Paris, Seuil, 1973.
5 C’est notamment le cas du groupe rassemblé autour de La Révolution prolétarienne.
6 J. Loncle, Histoire d’un courant anarcho-syndicaliste français : la CNT de 1945 à 1970, Maîtrise d’histoire, Dijon, 2003, 91 p. + annexes.
7 Le Libertaire, 25 déc. 1947, reproduit in G. Davranche, « Les anarchistes rejoignent avec regret la CGT-Force ouvrière », Alternative libertaire, av. 2008, p. 16-17.
8 Paul Bordeaux (pseudonyme de P. Lapeyre), Le Libertaire, 19 fév. 1948, cité. in G. Davranche, op. cit.
9 Se reporter à son « Carnet du sauvage », notamment dans le n° 312/11 de La Révolution prolétarienne, fév. 1948.
10 Le premier numéro de L’Unité syndicale paraît le 1er mars 1948. Il succède à Front ouvrier. Cf. J. Pluet-Despatin, La presse trotskiste en France de 1926 à 1968, Paris, Ed.-MSH-PUG, 1978, p. 131.
11 Cet épisode est relaté par J. Verger, L’Ecole Emancipée de la Libération à l’autonomie de la Fédération de l’Education Nationale (1944-1948), Maîtrise d’histoire, Paris I, 2007, 175 p. Un compte rendu de lecture de ce travail est disponible sur le site www.dissidences.net. On consultera également Loncle, op. cit.
12 M. Noyer, L’Union départementale CGT-Force ouvrière du Maine et Loire de 1948 à 1956, Maîtrise, 2003, 223 p
13 Le Libertaire, 28 mai 1948. La Révolution prolétarienne, mai 1948, cité par G. Trousset, Libertaires et syndicalistes révolutionnaires dans la CGT-Force ouvrière (1946-1957), Master 1 d’histoire, Paris I, 2006, 66 p.
14 Y. Delaunay, « Pour saluer "Le Réveil syndicaliste" d’Angers », La Révolution prolétarienne, n° 328/27, juin 1949, p. 27
15 C’est le cas notamment de plusieurs UD (Gironde, Loire, Haute-Garonne) et de la fédération du rail.
16 Le cas de Maurice Joyeux semble particulièrement intéressant. Selon son témoignage (Sous les plis du drapeau noir. Souvenirs d’un anarchiste, Paris, Ed. Monde Libertaire, 1988, notamment p. 85 et suiv.), il était en effet hostile à la création de la CNT (qu’il traite de « secte » dans un article postérieur. Cf. « Le syndicalisme moderne », La Rue, 1974, n° 18.) et avait obtenu que le congrès de la FA de 1946 vote la possibilité de rester à la CGT (ce qui était son cas) pour ceux qui le désiraient. Cela ne l’empêchera pas de rejoindre FO par la suite.
17 G. Trousset, Libertaires et syndicalistes révolutionnaires dans la CGT-Force ouvrière (1946-1957), Master 2 d’histoire contemporaine, Paris I, 2007, 224 p.
18 Sur le PUMSUD, J.-P. Debourdeau, « Pour un mouvement syndical uni et démocratique », p. 97-107, in P. Cours Salies, R. Mouriaux, eds., L’unité syndicale en France, Paris, Syllepse, 1997. Lire également G. Brucy, Histoire de la FEN, Paris, Belin, 2000.
19 Trousset, op. cit., p. 6.
20 Monatte Pierre, « Où va la CGT ? », brochure RP, 1947. Cette brochure avait été écrite dès mai 1946, mais qui du fait de la censure et de l’autorisation de publication ne sera effectivement publiée qu’au début 1947. Disponible en ligne sur le site Pelloutier.org.
21 C’est notamment le cas des UD d’Indre-et-Loire, du Cher, du Maine-et-Loire, de la Loire-inférieure ou de la Haute-Garonne. Trousset explique cette place des UD par la convergence de quatre facteurs : les traditions libertaires locales, le manque de cadre réformiste, la place du local dans la tradition libertaire et enfin les marges de manœuvre plus importantes à cet échelon syndical.
22 Trousset, p. 24.
23 M. Caballero, « Les anarchistes espagnols à Force ouvrière », Mouvements, n° 43, 2006, p. 53-56.
24 Aspects à peine ébauchés dans le dernier chapitre du livre de C. Chambelland, Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, Paris, Ed. Atelier, 1999.
25 Sur cet aspect, consulter : J. Hentzgen, Agir au sein de la classe. Les trotskystes français majoritaires de 1952 à 1955, Maîtrise histoire contemporaine, Paris I, 2006, 213 p.
26 Hébert peut ainsi déclarer dans une réunion publique du courant lambertiste  « Je vous rappelle qu’avec Pierre Lambert (…) il y a presque un demi-siècle qu’on s’est mis d’accord ». Citation, p. 32. A. Hébert, « Tirer ensemble toutes les leçons de la lutte des classes », La Vérité, 1997, n° 21 nouvelle série, p. 31-43. Lire « Un anarchiste de FO, Alexandre Hébert », in A. Artous et alii, La France des années 68, op. cit., p. 116-117.
27 L’Unité, succède à L’unité syndicaliste. Il commence sa publication en 1950 et rassemble des militants de différentes centrales favorables à l’unité d’action et au respect de la démocratie au sein du mouvement syndical. Cf. Pluet-Despatin, op. cit., p. 139.
28 Trousset, op. cit., p. 74-75.
29 En particulier des courants autour de la Nouvelle gauche et des formations politiques qui en sortiront. Cf. J.-F. Kesler, De la gauche dissidente au nouveau Parti socialiste. Les minorités qui ont rénové le PS, Toulouse, Privat, 1990.
30 Ces expériences ne résument pas la totalité de l’action des syndicalistes révolutionnaires. C’est ainsi que la Révolution prolétarienne tentera à la fin 1955 un regroupement, l’Union des syndicalistes, regroupement quasiment mort-né, évoqué par Trousset, p. 167.
31 Consulter : C. Guérin, Les anarchistes en France : 1950-1970, Maîtrise d’histoire contemporaine, Université Lille III, 2000, 188 p. Pour comprendre le traumatisme que constitua cet épisode, on peut se reporter au premier des trois articles de M. Joyeux, « L’affaire Fontenis », La Rue, n° 18, 1980, p. 57-87, ; « La difficile reconstruction de la FA », n° 3., p. 60-81 ; « La FA reprend sa place », n° 31, 1982, p. 39-67. L’ensemble des trois articles de M. Joyeux a été regroupé dans une brochure publie par la FA sous le titre, Histoire de la Fédération anarchiste (1945-1965), ed. Monde libertaire, 1998. Lire également l’entrée OPB (Organisation Pensée Bataille), p. 429, in M. Ragon, Dictionnaire de l’anarchie, Paris, A. Michel, 2008.
32 R. Biard dans son Dictionnaire de l’extrême gauche de 1945 à nos jours, Belfond, Paris, 1978, date la création du CLADO de 1950. En fait le noyau initial commence son activité à partir de cette date. Mais si l’on considère la date de publication du journal, La Commune, le CLADO est essentiellement actif de nov. 1956 à mai 1958. Son action se prolonge néanmoins dans les années 60, puisque L’Anarcho-syndicaliste publie dans son numéro 38 de mars 1964, une appel de 18 militants du CLADO de Nantes de la CGT. Se référer à Pluet Despatins pour La Commmune, p. 148-49. S’y côtoient des libertaires, des trotskystes, des socialistes de gauche (comme M. Pivert ou Paul Ruff).
33 Entretien, septembre 2006. Lire également l’entretien réalisé avec Karel Yon dans sa thèse, Retour sur les rapports entre syndicalisme et politique. Le cas de la CGT-FO. Eléments pour la sociologie d’un « monde de pensée », Thèse de science politique, Université Paris I, 2008, 742 p. + annexes.
34 M. Noyer, op. cit. p. 103
35 Lire le dossier de la revue Agone, 2005, n° 33, « Le syndicalisme et ses armes ». A partir notamment des archives du CHT de Nantes, ce volume reproduit des documents d’époque difficilement accessibles. Lire également M. Pigenet, « Les grèves de 1953. Le social sans le politique ? », Historiens et géographes, 1997, n° 358, p. 169-184.
36 On lira l’analyse des grèves de 1953 dans Trousset op. cit. p. 127-130. Celles de 1955 se trouvent aux p. 158 et suivantes.
37 Ces pratiques sont relayées dans les Cahiers Fernand Pelloutier, bulletin édité par le Centre d’éducation ouvrière de la CGT-FO de 1949-1963.
38 Lire P. Cristofalo, K. Yon, « De la fabrique des libres-penseurs à l’administration du dévouement : Force ouvrière et la mise en en cursus de la formation syndicale (1948-71) », Le Mouvement social, n° 235, av.-juin 2011, p. 71-87.
39 Cet aspect mériterait une analyse spécifique qui ne peut être développé au sein de cet article. En effet, au congrès confédéral d’avril 1959, A. Hébert approuve le rapport moral, tandis que les représentants trotskystes s’abstiennent. Cette prise de position d’A. Hébert passe mal dans le milieu syndicaliste révolutionnaire. Une réunion d’une cinquantaine d’entre eux a lieu à Paris en mai 1959, dont rend compte R. Guilloré dans sa « Chronique de l’Union des syndicalistes » du n° 440, juin 1959, de la Révolution prolétarienne.
40 Anticommunisme qui remonterait à la première Internationale et à la lutte contre les « autoritaires »s, selon J.-F. Fuëg, réactivé par la guerre froide et l’affrontement contre la « violence totalitaire ». J.-F. Fuëg, R. Berthier, Anticommunisme et anarchisme, Paris/Bruxelles, ed. ML et AL, 2000,
41 Voir sa notice dans le DBMOF. Notons au passage que l’anticommunisme ne résume pas l’attitude d’A. Laffond. Son attachement à la francité de l’Algérie renvoie aussi à des intérêts matériels en terme d’implantation syndicale ainsi, sans doute, un attachement à la mission civilisatrice de la France républicaine, dont le syndicalisme constitue une des composantes.
42 S. Boulouque, Les anarchistes français face aux guerres coloniales (1945-1962), Lyon, ACL, 2003.
43 Sur cet aspect, lire P. Grémion, Intelligence de l’anticommunisme. Le Congrès pour la liberté de la culture à Paris, 1950-1975, Paris, Fayard, 1995.
44 Sur la Libre pensée, on lira le témoignage de J. Salamero, entretien avec l’auteur, op. cit et surtout le récit postérieur à la période étudiée, du militant A. Mouty recueilli par K. Yon, p. 468. K. Yon procède également à un décompte statistique des affiliations à ces deux cercles de pensée, en particulier p. 126 et suivantes de sa thèse, op. cit. On notera en sus un autre lieu commun à plusieurs minoritaires, qui leur semblent plus spécifique, celui des Auberges de jeunesse et de l’Ajisme.
45 Ainsi G. Nouvel ou Puyandreau.
46 Comme Serge Mahé du SNI.
47 Une anthologie d’articles de L’Anarcho-syndicaliste a été éditée par l’association des groupes Fernand Pelloutier. Hébert Alexandre, Salamero Jo, Prévotel Marc, Mahé Serge, Hochard Hervé, Pierrali Christian, eds., L’Anarcho-syndicaliste. Des anarchistes dans la lutte des classes, de 1960 à aujourd’hui, sl, sd. La couverture reproduit à la fois une affiche libertaire espagnole, le sigle du journal et La liberté guidant la République, le célèbre tableau de Delacroix. La collection, incomplète de ce journal a été dépouillée à la BDIC de Nanterre.
48 Plusieurs numéros de l’année 1962 (par ex. 20, 21 ou 22) dénoncent l’exclusion de militants de la CGT à l’instar de J. Salamero à Bordeaux ou Yvon Rocton à Sud Aviation Bouguenais.
49 On peut consulter quelques numéros sur le site http://uas.eit.free.fr/. De 1974 à 1980, la revue sera publiée sous le titre L’Anarcho (n° 1-186), avant de reprendre son appellation originale.
50 Statuts de l’UAS, reproduit in A. Hébert et alii, op. cit, p. 9-13. La vieille conception des minorités actives se trouve ainsi clairement mobilisée quand on lit « les non-syndiqués, inorganisés ne représentent pas une force mais un poids mort », Résolution de Niort, 21 janvier 1962, même source, p. 19.
51 Sur le caractère polysémique et englobant de cette notion de corporatisme, se reporter à M. Eliard, Corporatisme contre démocratie politique, Paris, Selio, 2007.
52 Décision prise à la majorité au congrès de 1952. Le Centre intersyndical d’études et de recherches pour la productivité dépendait de l’Association française pour l’accroissement de la production. Il s’agissait d’un organisme créé dans le cadre du plan Marshall. Voir Boltanski Luc, Les cadres, Paris, Minuit, 1982. Lire en particulier le chapitre, « La fascination de l’Amérique », p. 155-236. Sur l’épisode de la sortie de FO du CIERP, se reporter à M. Braud, « La CGT-FO et l’autogestion. Quelques remarques », in F. Georgi (dir.), Autogestion. La dernière utopie ?, Paris, Publication de la Sorbonne, 2003, p. 271-286.
53 Année politique, économique et sociale, 1961, PUF, Paris, p. 245-246.
54 Se reporter au chapitre 3, section 1.2, « Du syndicalisme moderne à l’autogestion. Maurice Labi, l’incarnation d’un possible syndical », p. 252-270 de la thèse de K. Yon, op. cit.
55 Lire par exemple « Paris politiques, syndicalisme et anarchisme », L’Anarcho-syndicaliste, 1964, n° 45.
56 Déclaration du Clado de Nantes, L’Anarcho-syndicaliste, n° 46, 1965. On lira également l’explication de cette position dans l’interview d’A. Hébert recueilli par Karim Landais, Un parti trotskiste. Eléments pour une socio-histoire des relations de pouvoir. Introduction à une étude de l’OCI-PCI, DEA d’histoire, Université de Bourgogne, 2004, 217 p. + annexes.
57 Cf. A. Hébert et alii, L’Anarcho-syndicaliste. Des anarchistes…, op. cit., p. 1-24. Citation p. 24. La date de publication, mars 1966, correspond au n° 56 du bulletin, manquant dans la collection de la BDIC.
58 La plupart, car ceux les plus proches du courant anarchiste sont hostiles, ainsi Joyeux, Prévotel ou Salaméro.
59 Prise de position qui suscita la surprise, selon le compte rendu du Xe congrès de FO, dans L’Année politique économique et sociale, Paris, PUF, 1969, p. 154.
60 C. Harmel, « Le Xe congrès de la CGT-FO (18-21 mars 1969). Le congrès de la confusion », Les Études sociales et syndicales, n°162, avril 1969, cité par K. Yon, op. cit. p. 304.
61 Entretien avec l’auteur, op. cit.
62 Majorité dont il faut préciser qu’elle regroupe d’ailleurs des sensibilités différentes, depuis les pro-Algérie française qui voient là l’occasion de poursuivre le combat contre De Gaulle, aux socialistes de stricte obédience à l’instar du secrétaire général.
63 Polémique qui s’étend des numéros 83 (fév. 1969) à 86 (mai 1969).
64 L’Anarcho-syndicaliste, déc. 1964, n° 44.
65 Sur ces mouvements qui précèdent la grève générale de mai-juin, lire A. Leménorel, 68 à Caen, Cabourg, Cahiers du temps, 2008.
66 N° 74, fév. 1968.
67 Se reporter à la notice de K. Yon, « Comité central de grève de Nantes », in Artous A. et alii., La France des années 68, op. cit., p. 386.
68 L’Anarcho-syndicaliste, nov. 1968, n° 80 reproduit le courrier envoyé à FA, Noir et Rouge, Recherches libertaires, UGAC, CNT, FIJL, Cahiers de l’humanisme libertaire, Lettes syndicalistes de l’Ouest.
69 Sur l’ASRAS, les seules sources disponibles (en dehors du journal) sont la brochure de R. Berthier, A propos de l’Alliance syndicaliste, 1970-1980, Paris, No Pasaran, 2006 ; le témoignage de J. Toublet dans la revue Agone, n° 26-27, 2002, et un ensemble de quatre brochures édité par le Courant syndicaliste révolutionnaire, La CFDT et le syndicalisme révolutionnaire (1968-2000). Tome 1, oct. 200 ; tome 2 et 3, juillet 2001 ; tome 41, fév. 2004. Selon cette dernière source, l’Alliance syndicaliste n’aurait jamais regroupé plus de 50 militants actifs et une sphère de 4 à 500 sympathisants mobilisables. René Berthier dans son introduction à la republication d’une brochure de l’Asras de 1976, indique que la création de cette dernière était conçue comme  "une contre-fraction" pour faire face aux trotskistes », p. 17. R. Berthier, L’anarcho-syndicalisme et l’organisation de la classe ouvrière, Paris, éditions du Monde libertaire, 2010.
70 Dans le numéro 29 de mars 1996, Alexandre Hébert s’élève ainsi contre la nomination de « Aaron Lustiger à l’Académie française ». On retrouve par ailleurs une partie des syndicalistes révolutionnaires dans les Cahiers d’Aristide Lapeyre, bulletin de l’association des amis d’A. Lapeyre. Militant anarchiste de l’entre-deux guerres (1899-1974), A. Lapeyre a, notamment, édité un journal antireligieux, Lucifer. Organe de pensée libre et de culture individuelle (1929-1935).
71 Le n° 100 (sept. 1970) de L’Anarcho-syndicaliste annonce la fusion UAS-Alliance syndicaliste. Mais le journal continue à paraître encore pendant un an, sous la responsabilité de l’UAS, avant qu’il ne soit présenté, en septembre-oct. 197,  comme un « Bulletin édité en tribune libre ». Cette dernière version s’est accompagnée d’une modification du comité de rédaction, visible à la lecture dans la prise en compte de divers « nouveaux mouvements sociaux » post-68, qui confère un caractère beaucoup plus éclectique aux contributions. Ainsi on trouve dans le n °18 de juin 1972 le compte rendu d’une réunion sur la folie préparée avec le centre protestant de l’Ouest ou encore dans le n° 115 (fév. 1972), un dossier sur les coopératives et les communautés. Lire S. Mahé, « Continuité », p. 38-39, in A. Hébert et alii, op. cit.
72 Sur cet aspect, se reporter à la thèse de K. Yon, op. cit., p. 335-338.
73 Article publié dans les livraisons 47, 48 et 49 (1982) et publié préalablement dans La Rue, 1980, n° 29, p. 23-41.
74 L’Anarcho-syndicaliste, n° 10, « Le diable n’a pas inventé la fission de l’atome ». A. Hébert y va aussi de sa plume pour défendre le programme nucléaire. Ainsi dans L’Anarcho-syndicaliste n° 20, 1977, il publie un article intitulé : « Le nucléaire et la peur de l’an mil », affirmant : « Par les thèmes qu’ils développent, les antinucléaires et autres écologistes fournissent un alibi au système capitaliste incapable de maintenir le développement des forces productives. Avec les campagnes, les actions qu’ils organisent, ils proposent un substitut au processus de la lutte des classes ».
75 Joachim Salamero y ajoute sa touche personnelle et exotique « Autogetion y Revolucion con phalange espanola ! », L’Anarcho-syndicaliste, n° 10, oct. 1975.
76 S. Mahé, « Les parents dans l’école », L’Anarcho-syndicalistes, n° 25 sept. 1975.
77 Le projet de résolution générale « Pour un syndicalisme lutte de classe » présenté au XIIIe congrès confédéral est publiée, p. 48-52, in A. Hébert et alii, op. cit.
78 Edition 1980, citation p. 586.
79 L’Anarcho-syndicaliste, 1981, n° 81, janv.-fév.
80 Entretien avec l’auteur. op. cit.
81 J. Julliard, Autonomie ouvrière. Etudes sur le syndicalisme d’action directe, Paris, Gallimard-le Seuil, 1998.
82 Alexandre Hébert envisage la scission dans « Maintenir la CGT-FO », nov.-dec. 1988, n° 63, en cas d’élection de Pitous « Très concrètement, il faudrait poser la question des mesures à prendre pour assurer la pérenité de la CGT que la CGT-FO continue, et, dans le pire des cas, il faut assurer l’existence d’une CGT-FO maintenue qui, soyons en persuadés, n’aurait rien de comparable à la CGT-maintenue ». Sur cet aspect, malgré ses évidentes limites, se reporter à C. Bourseiller, Cet étrange Monsieur Blondel, Paris, Bartillat, 1999.
83 On lira la déclaration du courant anarcho-syndicaliste lors du 2e congrès du POI sur le site de ce dernier.
84 Consultable sur http://pagesperso-orange.fr/noir-et-rouge/LA01.htm. Serge Mahé a rassemblé quelques uns de ses textes de la Lettre anarchiste dans La contre-Révolution permanente, Nantes, Le petit véhicule, 2004, dont la préface annonce : « Ou bien les syndicats, indépendants des partis et de l’État quel qu’il soit, organiseront à l’échelle européenne des grèves générales simultanées susceptibles de blackbouler les sacro-saints « critères de convergence » bruxellois, et le réformisme aura encore un sens. Ou bien les années noires se succéderont […] », p. 10.
85 Avec la disparition de ce dernier le 16 janvier 2010, c’est une page de la minorité FO qui se clôt.

Pour citer cet article

Ubbiali Georges. Les syndicalistes révolutionnaires à Force ouvrière, de sa création aux années 20001.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Numéro 5. Printemps 2013, 27 mai 2012. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=2001
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Published by valenton rouge
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