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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 17:49

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http://www.lanouvelleexpression.info/index.php/world/2013-05-16-09-03-38/item/602

 

 

La mort de l’ancien président  national de l’Anc Oliver Tambo et l’assassinat de l’ancien secrétaire général  du parti communiste sud-africain et chef d’état-major du Mk en avril 1993 ont totalement bouleversé Nelson Mandela.


Président du Congrès national africain (Anc) de 1967  à 1991 et président national de l‘Anc de 1991 à sa mort le samedi 24 avril 1993, Oliver Reginald Tambo  avait rendu l’âme des suites   d'une attaque cardiaque à l’âge de  75 ans. Précisément 15 jours après le secrétaire général du Parti communiste sud-africain et chef d’état-major de Umkhonto we sizwe (ou Mk, le «Fer de lance de la Nation»)  Chris Hani assassiné à Boksburg, près de Johannesburg, le 10 avril 1993. Le témoignage de Nelson Mandela est émouvant : «La mort de Chris a été un choc à la fois pour moi personnellement et le mouvement. C’était un soldat et un patriote pour qui aucune tâche n’était secondaire ; un héros parmi les jeunes d’Afrique du sud, un homme qui parlait leur langue et qu’ils écoutaient. Si quelqu’un pouvait mobiliser une jeunesse  rebelle derrière la solution de la négociation, c’était Chris. L’Afrique du Sud avait perdu un de ses meilleurs fils(…)», a souligné Nelson Mandela dans Un Long chemin ver la liberté, paru en 1995 aux Editions Fayard.  
 
Unis par le destin
 
Oliver Tambo  avait assisté à la veillée funèbre et aux  obsèques de Chris Hani.  Bien que  Nelson Mandela  ait symbolisé la lutte anti-apartheid pendant ses 27 ans de prison, Oliver Tambo a toujours été perçu comme «le cerveau» du mouvement de libération,  celui qui a su maintenir allumée la flamme de l’Anc dans la clandestinité. Dirigeant historique de l’Anc, Oliver Tambo avait regagné l'Afrique du Sud en décembre 1990 après 30 ans et neuf mois d'exil.  Pour Nelson Mandela, Oliver Tambo est «le plus grand héros de l'Afrique». Oliver Tambo et Nelson Mandela étaient très proches. Comme si le destin avait voulu les voir unis pour une cause commune, leurs chemins s‘étaient croisés. Nés dans la région du Transkei et d'ethnie xhosa, Nelson Mandela  et Oliver Tambo ont noué une amitié forgée durant la guerre lors de leurs études communes à l'université «pour noirs» de Fort Hare. Université  dont sont issus de nombreux responsables noirs d'Afrique australe.
En 1940, Nelson Mandela avait été exclu de l’Université de Fort Hare pour avoir mené une grève étudiante avec Tambo. C’est ensemble et avec Walter  Sisulu qu’ils avaient   créé en 1944 la Ligue de la jeunesse de l’Anc pour donner une direction plus dynamique au  mouvement.  C’est ensemble en décembre 1952 qu’ils ont créé   le premier cabinet d’avocat noir d’Afrique du Sud, à Johannesburg. Deux tempéraments, deux styles et une même vision. Nelson  Mandela était constamment  sous les projecteurs. Oliver Tambo était dans l'ombre. Nelson Mandela était le stratège et acteur de terrain. Oliver Tambo le théoricien et organisateur. Aux côtés de Joe Slovo,  Nelson Mandela avait dirigé dès 1961 la branche militaire du mouvement Umkhonto we Sizwe avant d’être  arrêté, jugé et condamné à vie au procès de Rivonia -  qui a duré de 1962 à 1964.  
 
«Je ressens sa perte d’une manière aiguë»
 
Dès 1964, Oliver Tambo  avait  dirigé, depuis Dar-es-Salam, en Tanzanie, la branche armée du mouvement. Bien que Partisan du règlement politique par la voie de la négociation, Oliver Tambo  avait dû créer de nombreux camps d'entraînement et des bases logistiques de l'Anc en Tanzanie, en Ethiopie, en Ouganda et en Libye. Il serait l'instigateur du soulèvement de Soweto en 1976 et des manifestations violentes du milieu des années 80, en Afrique du Sud. Petit de taille, le visage recouvert  de favoris et le portant des lunettes d’intellectuels.  Olivier Tambo avait été partiellement paralysé après une attaque cérébrale en août 1989 en Suède. Une paralysie  qui avait affecté son élocution et ses capacités motrices. Les funérailles d’Oliver Tambo s’étaient déroulées en présence d’une  d’une dizaine de milliers de personnes le 2 mai 1993 à Johannesburg.
Nelson Mandela avait rendu un vibrant hommage à Oliver Tambo qu’il avait appelé ce jour-là : «mon frère, mon camarade, mon ami et mon collègue». Lors d'une conférence de presse, Nelson Mandela avait révélé que la mort d’Oliver  Tambo, ajoutée à l'assassinat de Chris Hani constituait  «un coup très dur» porté à l'Anc. Nelson Mandela avait alors indiqué que : «Notre communauté, et plus particulièrement les jeunes, sont très en colère. La situation est très instable et je pense que la mort de Tambo accroîtra la colère et l'amertume des jeunes. Je ressens sa perte d'une manière particulièrement aiguë parce qu'elle clôt un chapitre de l'histoire de notre organisation», avait-il conclu.  En 2007, la veuve d’Oliver Tambo était décédée à l’âge de 77 ans, à son domicile de Johannesburg. Elle avait aussi reçu les hommages de Nelson Mandela : «Nous pleurons le décès d’une amie personnelle proche, d’une camarade et de l’une des grandes héroïnes de notre Nation. Adelaïde Tambo était une personne exceptionnelle», avait  déclaré Nelson Mandela dans un communiqué.
 
Source d’inspiration pour des générations de combattants
 
A celle que les Sud-Africains surnommaient affectueusement «Mama Tambo» ou «Ma Adelaïde»,  Nelson Mandela  avait tenu à dire qu’ : «Elle était elle-même une militante et une combattante de la liberté (…) une mère pour le mouvement de libération en exil», avait-il déclaré. C’était une militante de l’Anc depuis l’adolescence. Aux côtés de son mari, Adelaïde Tambo avait passé près de trente ans en exil, surtout  à Londres, avant de rentrer en Afrique du Sud après la fin de l’interdiction de l’Anc en 1990. Dans  un communiqué, l’Anc avait rappelé que : «Tout au long des périodes les plus difficiles de la lutte pour la démocratie, la force, la compassion et la détermination d’Adelaïde Tambo ont été une source d’inspiration pour des générations de combattants de la liberté».
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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 19:35

Dernier convoi pour Buchenwald Le choix des libraires

Résumé

Avril 1944. Un convoi de déportés quitte la gare de Compiègne. Excepté les Allemands et l'État français, personne à bord ne connaît sa destination. Personne... sauf Robert Danglars. Instituteur, pacifiste convaincu puis militant trotskiste, il a participé en Bretagne aux actions de propagande en direction des soldats allemands.

Octobre 1943. Brest. À la suite d'une trahison, son réseau est démantelé, son responsable abattu, Danglars et ses camarades sont jetés en prison.

Mars 1944, prison de Rennes. Le directeur et un inconnu lui proposent un marché : demain, les Alliés débarqueront et la France sera libérée. Pour tomber aux mains des communistes ? Contre la liberté de sa mère et de sa soeur, arrêtées pour l'avoir hébergé, réclamées par les autorités allemandes, et sa propre vie, il devra liquider un dirigeant communiste déporté...

Buchenwald, qui «accueillit» Marcel Paul, le colonel Manhès, Marcel Dassault, Jorge Semprun, David Rousset, Stéphane Hessel, tient une place singulière dans l'histoire des camps de concentration. Notre héros malgré lui devra naviguer au coeur d'une véritable ville où la vie n'a aucun prix. Combativité et trahison, lâcheté et courage, sur fond de tensions entre nationalités, triangles rouges et triangles verts, résistants de tous bords et gaullo-communistes, ce récit bat en brèche nombre d'images forgées à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Un roman haletant au coeur de l'Histoire.

Roger Martin a publié une trentaine d'ouvrages, enquêtes, documents, romans noirs et BD, dont, au cherche midi, Jusqu'à ce que mort s'ensuive (prix Sang d'encre du meilleur roman noir 2008 à Vienne, prix Thierry Jonquet 2010 et prix des Ancres noires du Havre 2011).

La revue de presse : Alain Nicolas - L'Humanité du 14 juin 2013

Pour sauver sa mère et sa soeur, un jeune militant trotskiste emprisonné se voit confier une étrange mission...
Comme le disait Aragon  : « Tous mes romans sont des romans à clefs, mais à fausses clefs. » Il n'en reste pas moins que Roger Martin construit avec Dernier Convoi pour Buchenwald une fiction solidement étayée par des éléments réels, qui tranche sur l'habituel roman « en costumes » auquel on pense quand on parle d'histoire...
On ne révélera pas ce qui advient au jeune trotskiste. Roger Martin, montant habilement les épisodes vécus dans le camp et ceux qui le précèdent, distille les informations et entretient une tension qui ne se résout qu'à la toute fin du roman. Le destin peu connu de ces militants égarés, et la capacité vitale d'unification de la Résistance des camps tressent un récit en tout point passionnant.

 

http://www.20minutes.fr/livres/1174203-20130615-dernier-convoi-buchenwald-roger-martin-chez-cherche-midi-paris-france

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 19:23
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http://www.leparisien.fr/laparisienne/sante/paris-manifestation-contre-la-politique-de-sante-du-gouvernement-15-06-2013-2899455.php


A l'appel de la et de SUD, plusieurs milliers de manifestants venus de toute la , 8 000 selon les organisateurs, 3 600 selon la police, ont défilé samedi à contre la politique de santé du gouvernement. L'accueil des patients, le financement des hôpitaux, l'emploi, les salaires, les conditions de travail... L'ensemble des sujets qui préoccupent les professionnels du secteur ont été relevés.



Malgré le «pacte de confiance» pour l'hôpital lancé par Marisol Touraine, ministre de la Santé, l'urgentiste CGT Christophe Prudhomme estimait qu'«entre le gouvernement Sarkozy et celui-ci rien n'a changé dans le domaine de la santé».

Il faut «en finir avec le démantèlement» de la protection sociale

Pour la secrétaire générale de la Fédération santé CGT, Nathalie Gamiochipi, la solution à ces problèmes est simple : «Nous exigeons une autre politique sanitaire et sociale définie à partir des besoins des populations pour garantir l'égalité d'accès de tous à des prises en charge de qualité», a-t-elle déclaré du haut d'un podium installé place de la Bastille, avant que le cortège ne se dirige vers la place de la Nation. «Pour cela, nous exigeons un financement ambitieux de la protection sociale, pour la consolider et la renforcer, pour en finir avec son démantèlement. Cela est possible à condition de répartir autrement les richesses produites par le travail», a-t-elle expliqué.

La politique de financement des hôpitaux, les partenariats public-privé comme à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) ou à l'hôpital sud-francilien de Corbeil-Essonnes (Essonne), les restructurations hospitalières, notamment à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), les difficultés des deux maternités emblématiques des Bluets à Paris et des Lilas en Seine-Saint-Denis étaient aussi à l'ordre du jour des sujets brûlants, tout comme les conditions de travail à l'hôpital.

«Le nombre de tentatives de suicide dans notre secteur est tenu secret, pourtant rien qu'à l'AP-HP, ce sont au moins 35 collègues qui sont passés à l'acte depuis 2010, 7 collègues ont mis fin à leurs jours sur leur lieu de travail et 7 ont fait des tentatives», a affirmé Mme Gamiochipi.

Une demande de moratoire

Alors que vont s'ouvrir les premières discussions budgétaires pour 2014, «nous exigeons un moratoire sur toutes les restructurations et l'ouverture de négociations sur le financement des établissements, l'emploi, la formation et les salaires», a-t-elle ajouté.

Les urgences de l'Hôtel-Dieu, le plus vieil hôpital parisien, doivent fermer le 4 novembre pour être remplacées par une maison médicale ouverte 24 heures sur 24. La lutte pour éviter cette décision «sera le combat emblématique de la CGT-Santé», a déclaré Nathalie Gamiochipi. La syndicaliste dénonce les risques d'une telle fermeture car certains patients, les cas les plus sérieux, seront acheminés vers les urgences d'autres hôpitaux parisiens déjà surchargées.

Une délégation de la CGT sera reçue lundi en fin d'après-midi par la ministre, Marisol Touraine.

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 06:47

arton20968-fac34.jpgLe mardi 11 juin, peu après 23 heures, les chaînes de la radio et télévision publiques grecques Ellinikí Radiofonía Tileórasi (ERT), considérées, à tort ou à raison, comme des bastions de la gauche, ont brusquement cessé d’émettre, le gouvernement conservateur d’Antonis Samaras ayant envoyé la police déconnecter de façon expéditive le principal émetteur situé sur une montagne, près d’Athènes. Forte de deux mille sept cents salariés, ERT appartient aux organismes d’Etat qui doivent être « restructurés » en vertu du protocole d’accord signé entre la Grèce et ses bailleurs de fonds de la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) – laquelle exige la suppression de deux mille emplois d’ici à la fin juin.

Confronté lui aussi, dans un contexte différent, mais non moins « néolibéral », à ce que le parti d’opposition de gauche Syriza a légitimement qualifié de « coup d’Etat », le peuple vénézuélien a trouvé en son temps la réponse en remettant lui même en marche ses médias.

Nous sommes le 11 avril 2002. Electoralement minoritaire, la droite vénézuélienne manifeste massivement dans les rues de la capitale. Elle veut un pays à sa mesure et, tout comme Washington, qui hait Hugo Chávez et la soutient sans s’en cacher, rêve de dirigeants qui lui ressemblent et de politiques qui lui conviennent. Toute cette affaire pue le pétrole et la conspiration. Aux ordres du maire du grand Caracas Alfredo Peña, la Police métropolitaine ne s’oppose pas à la marche qui, détournée de son trajet initial et autorisé, se dirige vers le palais présidentiel pour en sortir le président élu – elle lui ouvre même le chemin. En « allumant » de manière indiscriminée tous ceux – « chavistes » et « non chavistes » – qui passent à leur portée, des francs-tireurs provoquent le chaos. A partir de 14 h 30, on évacue les premiers blessés.

Dès 14 heures, livrant une bataille de la communication inégale face aux médias commerciaux inconditionnellement acquis à la sédition, la chaîne de télévision nationale – Venezolana de Televisión (VTV), également connue sous le nom de Canal 8 – a appelé les « bolivariens » à se mobiliser pour défendre la révolution. A 15 h 45, Chávez y lance un appel au calme (1). «  J’appelle le peuple vénézuélien, tous les secteurs, au calme, à la pondération, à la réflexion, à tous, ceux qui m’appuient et mes adversaires, et ceux qui sont indifférents... Ici, il y a une tolérance à l’épreuve de quasiment tout. Mais la tolérance a ses limites. La seule tolérance à l’épreuve de tout, seul un mort peut l’avoir, parce que même un arbre ne tolère pas tout…  » Par la voix du gouverneur de l’Etat de Miranda, l’opposant Enrique Mendoza, la petite tribu violente et antidémocratique réagit : il faut faire taire cette chaîne de service public. Prise d’assaut, VTV sera réduite au silence à 22 heures par la Police métropolitaine qu’accompagnent des journalistes et des cameramen de Globovisión, qui annoncent en direct que la chaîne publique «  a été abandonnée par ses journalistes et ses employés ». Lesquels viennent d’être expulsés de leur lieu de travail et renvoyés chez eux manu militari.

Désormais seuls en lice, les médias privés imputent la responsabilité des dix sept morts et des centaines de blessés provoqués par les francs-tireurs au chef de l’Etat. Des officiers du haut commandement de l’armée et de la Garde nationale utilisent l’accusation comme prétexte pour exiger son départ. Le rapport de forces semble basculer. Dans la nuit, et pour éviter un bain de sang, le président se rend et est emprisonné.

Le 12 avril, à 7 heures du matin, dans son studio de la chaîne Venevisión, le présentateur-vedette Napoleón Bravo se penche vers la caméra : « Vous vous demandez à quoi ressemble la démission de Chávez ? D’abord à une lettre. Je vais vous lire la lettre qu’il a signé  : “En me basant sur l’article 233 de la Constitution de la République, je présente au pays ma démission irrévocable à la charge de Président de la République, charge que j’ai occupée jusqu’à aujourd’hui, 12 avril 2002. Fait à Caracas le 12 avril 2002, 191e année de l’Indépendance et 142e de la Fédération. Hugo Chávez.” » Un mensonge de la taille du soleil ! Jamais le chef d’Etat n’a démissionné. Mais qui pourrait en informer le pays ? Toutes les chaînes privées – Venevisión, Globovisión, Televen, RCTV – reprennent la thèse.

Et les chefs de service y martèlent leur doctrine en matière de liberté d’expression : « Pour ceux qui n’auraient pas compris, je répète : la direction interdit formellement qu’aucune personnalité de l’ancien régime apparaisse à l’écran (2). » La presse écrite – El Nacional, El Universal, Tal Cual, etc. – diffuse la même version des faits.

Ce 12 avril, le patron des patrons Pedro Carmona s’autoproclame président de la République et dissout tous les pouvoirs constitués. Finis réforme agraire, loi de la pêche, loi sur les hydrocarbures, veaux, vaches, cochons, couvées, toutes ces fantaisies imaginées par « le tyran ». La rationalité économique reprend ses droits : son premier décret supprime d’un trait de plume l’augmentation de 20 % du salaire minimum décrétée par Chávez quelques jours plus tôt. Enfin, le peuple va retrouver la condition à laquelle il n’aurait jamais dû échapper : l’austérité. La Troïka (droite vénézuélienne, Etats-Unis de George W. Bush et Espagne de José Maria Aznar, qui reconnaissent immédiatement l’usurpateur) rugit littéralement de joie.

Un calme monstrueux règne maintenant sur le Venezuela ; à Caracas, trente huit dirigeants populaires sont assassinés. Pourtant, passé le premier moment de stupeur, dans toutes les barriadas, on redresse lentement les épaules. Chávez est l’un de ces hommes autour duquel se cimente une classe sociale. Au fil des ans, il a donné à cette multitude une réelle identité. Dès 21 heures, des groupes descendent des quartiers populaires de La Victoria, Colomoncagua, Catia, leur Constitution à la main. La police fasciste tourne, mais ils avancent quand même.

La police fasciste réprime, lâche ses flingues et ses chiens, tire pour empêcher les mobilisations. Dans ce pays où, durant les trois années de gouvernement Chávez pas une manifestation n’a été réprimée, des corps tombent, du sang coule à nouveau.

Au matin du 13 avril, des colonnes de fumée huileuse planent au-dessus des toits. Tout au long des rues, des gens crient : « Vive le comandante Chávez ! » Les téléphones portables se transforment en radio populaire. Les motards en messagers. Des hommes et des femmes, même les vieillards et les éclopés, il en arrive de partout, par colonnes, de l’ouest de la ville, par camions des lointaines périphéries, avec des banderoles, des cris, de la rage, des slogans. « Vive Chávez  ! El pueblo, unido, jamás sera vencido ! » Une clameur monte : « Au Palais ! Au Palais ! » Mais un doute plane encore, puisque… «  Chávez a démissionné ».

D’autant que, depuis le début des troubles, et le service public ayant été mis hors d’état de « nuire », les chaînes télévision ne diffusent que des films, des recettes de cuisine, des matchs de base-ball, des dessins animés. Rien sur ces bolivariens qui avancent d’un pas ferme, en ombre immense, qui remplissent tout l’espace et continuent d’arriver en flots. Rien sur la prestation de serment avortée du putschiste Carmona, prévue à 13 h 30, au Palais de Miraflores, repris par la Garde présidentielle, demeurée fidèle au chef de l’Etat. Rien sur les parachutistes de Maracay qui, aux ordres du général Raúl Isaías Baduel, entendent faire respecter la Constitution.

Le premier des chavistes passés à la clandestinité à réapparaître à Miraflores s’appelle William Lara, président de l’Assemblée nationale. Les ministres Aristóbulo Istúriz, María Urbaneja, Maria Cristina Iglesias et Ana Elisa Osorio arrivent peu après. Puis Cilia Flores et (l’actuel président) Nicolas Maduro. Mais le peuple, et en particulier l’intérieur du pays, ne le sait toujours pas. Les médias locaux continuent à verrouiller l’information et, sur CNN, qui l’interroge par téléphone, Carmona vient encore d’affirmer qu’il se trouve au palais présidentiel et qu’il contrôle la situation.

« Si nous reprenons le contrôle du Canal 8, nous résolvons le problème », estime le ministre de l’éducation Aristóbulo Istúriz, convaincu de ce que la remise en route de la chaîne permettrait d’informer tant la population que la communauté internationale sur le fait que Chavez n’a pas démissionné et qu’il est emprisonné dans un lieu inconnu. Chargé de la sécurité du chef de l’Etat, le colonel Jesús del Valle réagit immédiatement et c’est l’un de ses compagnons d’armes, le colonel Zambrano, qui se charge de l’opération. Dans l’impossibilité de disposer des hommes qui ont repris Miraflores et ne peuvent s’en éloigner, ni d’autres troupes, soit contrôlées par les généraux putschistes, soit encore indécises dans leur analyse de la situation, celui-ci passe une série de coups de fil aux cercles bolivariens de Petare. Il les connaît depuis qu’il a participé au Plan Bolivar (3), dans leur quartier.

« Vous voulez que Chávez revienne ? Je fais partie des militaire loyaux. Allez me chercher du monde pour reprendre VTV. » Il contacte également les gens de Catia TV, une chaîne de télévision communautaire du quartier populaire du même nom, née grâce au projet d’intégration sociale de la révolution bolivarienne et que dirige alors Blanca Eekhout (qui deviendra plus tard ministre de la communication et de l’information, et qui est aujourd’hui vice-présidente de l’Assemblée nationale).

Lorsque le colonel parvient à Los Ruices, au siège de la télévision, trois mille personnes y sont déjà présentes, arrivées en hâte de La Victoria, de Catia, Guarenas, Guatire et surtout Petare. L’officier plonge parmi eux : « Je n’ai pas de soldats. Mes soldats, c’est vous. Je vous garantis que cette chaîne fonctionnera bientôt. Mais vous devez rester là pour me protéger. » Les deux minutes suivantes s’écoulent en discussion intense avec le chef des membres de la Police métropolitaine placés là pour surveiller les installations. « Regarde. Il y a ici cinq mille personnes. Et il en arrive de partout. Je rentre. Je n’ai pas d’arme et ces gens ne sont pas armés non plus. Ce qu’ils veulent c’est que la chaîne fonctionne. Si tu ne nous laisse pas faire, tu es responsable de ce qui va arriver. »

Une débâcle dans les règles étant en définitive moins éprouvante qu’une tentative de résistance dont le résultat est particulièrement loin d’être garanti, les policiers s’inclinent.

Des ombres s’agitent rapidement dans les studios et en régie. Il y a déjà des gens qui travaillent. Sauf que personne ne sait comment remettre ce fourbi en route. Les escualidos (4) ont bousillé quasiment tout l’équipement. Les muchachos des médias communautaires, Catia TV et Ávila TV, font appel à leurs compétences techniques. L’un se penche sur une caméra, l’autre s’agite dans la production. Ils commencent à reconnecter les câbles, à essayer les plugs, les matériels, les caméras. Averti, le président de VTV Jesús Romero Anselmi apparaît, ainsi que le personnel, rameuté par téléphone. A 20 h 05, un cri retentit : « On reprend l’antenne, tout est OK. »

A l’extérieur, compacte, dense, la foule des citoyens protège l’opération.

Personne ne bouge, y compris après que, à 20 h 12, des dirigeants chavistes aient annoncé que le comandante n’a pas démissionné, qu’ils contrôlent Miraflores et que le fil constitutionnel est rétabli. Le silence est rompu, l’incertitude pulvérisée.

Dans tout le pays, l’espoir prend le dessus sur le doute, la population exulte, remplit les espaces, sort en flots débordants. A Caracas, débordée par le nombre, la police métropolitaine se débande. Une main géante se referme sur la nuque des généraux félons et de Carmona : dans la nuit, un commando va libérer le président Chavez, maintenu prisonnier dans l’île de La Orchila.

Ce jeudi 13 juin 2013, dans le cadre d’une journée de grève générale appelée par les deux principaux syndicats grecs, du privé et du public, la principale banderole déployée devant le grand bâtiment de la Radio Télévision Hellénique appelle les citoyens « à ne pas rester sans réaction » car « on brade tout ».

MAURICE LEMOINE

 

 

 

Auteur de Chávez Presidente !, Flammarion, Paris, 2005 et de Sur les eaux
noires du fleuve
, don Quichotte, Paris, 2013.

1 Obligés par la loi à retransmettre également l’allocution, les médias privés coupent leurs écrans

en deux pour diffuser, en même temps, les images de la manifestation.

2 Lire Chávez Presidente !, Flammarion, Paris, 2005.

3 Série de programmes sociaux menés en 1999 et 2000, avec l’aide de l’armée.

4 Les freluquets : sobriquet dont Chávez affublait ses opposants.

 

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http://www.legrandsoir.info/quand-les-grecs-etaient-venezueliens.html
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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 06:39

 

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/07/FONTAINE/47975

 

La crise économique a ravivé de vieux souvenirs en Grèce. D’abord, celui de l’Allemagne, qui a occupé, massacré et pillé durant les sombres années de la seconde guerre mondiale. Ensuite, celui des ingérences alliées, comme en 1944, lorsque le Royaume-Uni préféra écraser la Résistance locale et collaborer avec les milices d’extrême droite plutôt que de voir le pays échapper à sa domination.


par Joëlle Fontaine, juillet 2012

« Vous êtes responsable du maintien de l’ordre à Athènes et devez neutraliser ou détruire toutes les bandes EAM-ELAS [Front national de libération – Armée populaire de libération nationale] qui approcheront de la ville. Prenez toutes les mesures que vous jugerez utiles pour assurer le contrôle des rues et pour cerner tous les groupes de perturbateurs. (...) Le mieux serait naturellement que vos ordres soient contresignés par quelque gouvernement grec. (...) N’hésitez cependant pas à agir comme si vous vous trouviez dans une ville conquise où se serait déclenchée une révolte locale. (...) Il nous faut tenir et dominer Athènes. Ce serait pour vous une grande chose d’y parvenir sans effusion de sang, si c’est possible ; mais avec, si c’est inévitable (1). »

L’homme qui écrit ces lignes n’est autre que le premier ministre britannique Winston Churchill. Nous sommes en décembre 1944 ; les troupes nazies résistent encore aux Alliés, qui piétinent en Italie et reculent dans les Ardennes face à l’ultime contre-offensive de la Wehrmacht. Pourtant, les « bandes » ici visées par Churchill ne sont pas des groupes de collaborateurs, mais les partisans du grand Front national de libération, qui a opposé durant trois ans une résistance massive à l’occupant allemand.

Au cours du XIXe siècle, la Méditerranée orientale a été au centre d’une rivalité entre la Grande-Bretagne et la Russie. La révolution bolchevique de novembre 1917 ayant mis fin aux ambitions de cette dernière, la région se trouve au début des années 1940 sous l’influence incontestée de Londres. La Grèce y occupe une position stratégique.

Très vite, le développement dans ce pays d’une Résistance alliant communistes et petits partis socialisants inquiète le Foreign Office (ministère des affaires étrangères britannique), qui craint une pénétration des « Russes » dans l’espace méditerranéen. Honnie de la population et associée à la dictature fasciste du général Ioánnis Metaxás (1936-1941), la monarchie apparaît aux yeux de Churchill comme seule capable d’assurer le maintien de la domination britannique.

Les alliés de Londres le laissent agir à sa guise dans cette affaire. Malgré la tradition wilsonienne, officiellement hostile aux zones d’influence, surtout quand elles gênent la pénétration des marchandises et des capitaux américains, Franklin D. Roosevelt soutient Churchill. Quant à Joseph Staline, il tient avant tout à mettre un terme à la guerre et veut éviter de compromettre une « grande alliance » fragile avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Sollicité par Churchill dès mai 1944 en vue d’un arrangement dans les Balkans, il accepte d’autant plus facilement que son interlocuteur lui laisse les mains libres en Roumanie et en Bulgarie.

Tout au long de la guerre, Churchill est en proie au « tourment grec ». Dès mars 1941, lorsque se précise la menace allemande sur les Balkans, il ordonne à son quartier général du Proche-Orient de détacher cinquante mille hommes pour les envoyer en Grèce. Cette initiative interrompt l’offensive victorieuse des Britanniques en Libye, sans pour autant empêcher le déferlement de la Wehrmacht sur le territoire hellénique le mois suivant. Le roi de Grèce, Georges II, s’exile alors à Londres avec son gouvernement, qui reste largement celui de la dictature de Metaxás. Ses forces armées sont en partie reconstituées en Egypte et combattent aux côtés des Britanniques, qui les surveillent de près : les soldats contestent en effet le maintien à leur tête d’une majorité d’officiers royalistes.

Dans le pays, un mouvement de résistance massif se développe rapidement. Le Front national de libération, l’EAM, voit le jour en septembre 1941. Il organise d’imposantes manifestations dans les grandes villes et passe au printemps 1942 à la création de maquis sous la direction de son armée populaire, l’ELAS. En même temps, les agents britanniques du Special Operations Executive (SOE), créé par Churchill en 1940 pour mener des actions de sabotage sur les arrières de l’ennemi, en collaboration avec les mouvements de résistance des pays occupés, déploient leurs activités dans une relative autonomie. Ils tentent sans grand succès de favoriser — ou de créer — des organisations concurrentes de l’EAM. Mais les dirigeants des autres partis sont peu tentés par la résistance active. L’EAM-ELAS reste, et de loin, la principale organisation, incontournable sur le plan militaire. En échange de sa participation aux opérations prévues par les Britanniques, ses représentants sont accueillis au Caire en août 1943, en vue d’une entente avec le gouvernement en exil.

Les Britanniques mesurent à cette occasion l’importance prise par l’EAM et l’ampleur du désir de changement au sein de la population. Au même moment, lors de la conférence du Quadrant avec Roosevelt, à Québec (17-24 août 1943), Churchill voit s’envoler ses derniers espoirs de débarquement allié en Grèce, alors que l’avancée de l’Armée rouge hors des frontières de l’URSS ne fait plus de doute. Il prend alors directement les choses en main, bloque toute possibilité de négociation, malgré les réticences de ses conseillers, et renvoie les délégués de l’EAM chez eux, tout en traçant, dans une note adressée à son état-major, l’esquisse de ce qui sera le plan Manna : l’envoi d’un corps expéditionnaire en Grèce lors du retrait des troupes allemandes.

Dès lors, les agents britanniques ont pour mission de nuire à l’ELAS par tous les moyens. Ils tentent de débaucher ses partisans à coups de livres-or — argument convaincant en ces temps d’hyperinflation où la livre britannique a atteint 2 millions de drachmes. Ils financent les petites organisations concurrentes, y compris celles qui se disent « nationalistes » mais sont de fait complices des Allemands. Ils placent des hommes au sein du gouvernement collaborationniste ainsi que dans les bataillons de sécurité créés par Athènes. Ces milices participent aux opérations des troupes nazies, avec leur cortège de massacres et de villages brûlés. Dans les villes, elles prennent part aux bloko des faubourgs, encerclant un quartier en pleine nuit, y faisant repérer les partisans par des mouchards encagoulés et les fusillant séance tenante. Le double jeu des Britanniques, qui permet aux chefs des milices de se dire également à leur service et à celui du roi, sème dès l’hiver 1943-1944 les germes de la guerre civile.

L’EAM-ELAS réussit cependant à libérer une grande partie du pays. Il met en place des institutions populaires qui forment un contre-Etat. L’inquiétude des Britanniques est à son comble lorsque, en mars 1944, est créé un « gouvernement des montagnes » qui organise des élections. La démarche suscite en revanche l’enthousiasme des forces armées grecques d’Egypte, qui réclament immédiatement l’intégration de la Résistance dans le gouvernement en exil. Churchill réplique par une répression impitoyable. Il fait déporter les éléments « rebelles » dans des camps en Afrique et met sur pied une brigade de prétoriens prêts à rentrer en Grèce avec le roi et les troupes britanniques à la Libération.

Faute de pouvoir éliminer l’EAM par la force en Grèce même, les Britanniques recourent à des manœuvres politiques auxquelles les dirigeants des montagnes, peu expérimentés dans ce domaine, font difficilement face. Pris entre leur stratégie d’union et la conscience du danger d’un coup de force de la droite et des Britanniques, ils se laissent piéger lors d’une conférence soigneusement organisée au Liban en août 1944 et acceptent, après beaucoup d’hésitations, une participation très minoritaire à un gouvernement d’union nationale dirigé par l’homme de Churchill, Georges Papandréou (grand-père de l’ex-premier ministre socialiste du même nom, qui a dû démissionner en 2011). Les dirigeants de l’EAM vont jusqu’à reconnaître, le mois suivant, l’autorité d’un gouverneur militaire britannique, Ronald Scobie, qui doit arriver en Grèce à la Libération.

Tout est prêt pour l’application du plan Manna, préparé un an auparavant. L’offensive victorieuse de l’Armée rouge en Bulgarie, en septembre 1944, oblige la Wehrmacht à se retirer de Grèce, sous les attaques des partisans de l’ELAS. C’est après ce retrait qu’arrive le corps expéditionnaire britannique, accompagné de Papandréou et Scobie. Installés le 18 octobre dans la capitale, les deux hommes exigent le désarmement de l’ELAS, tout en refusant celui de la brigade formée en Egypte, opportunément transférée à Athènes début novembre. Aucun procès n’est engagé contre les collaborateurs, et des miliciens armés circulent impunément dans la capitale, persécutant les résistants. Les membres des bataillons de sécurité sont enfermés dans des casernes, mais y jouissent de bonnes conditions de vie et d’un entraînement régulier. Après avoir tenté d’obtenir des garanties tout au long du mois de novembre, les ministres de l’EAM démissionnent. Le 3 décembre a lieu sur la place Syntagma une manifestation monstre pour réclamer la démission de Papandréou et la constitution d’un nouveau gouvernement. Le massacre qui s’ensuit — la police tire sur les citoyens désarmés, faisant une vingtaine de morts et plus d’une centaine de blessés — déclenche l’insurrection du peuple d’Athènes. C’est le prétexte que cherchait Churchill pour pouvoir briser la Résistance.

Il ordonne alors à Scobie d’écraser les rebelles. Des armes, des avions et des troupes de plus en plus nombreuses (jusqu’à soixante-quinze mille hommes) sont détournés du front italien. Les propositions de négociation de l’EAM sont refusées. « L’objectif est net : battre l’EAM. La cessation des combats lui est subordonnée. (...) Ce qu’il faut en ce moment, c’est de la fermeté, de la pondération, et non pas des embrassades impatientes, alors que la véritable querelle n’a pas été vidée (2). » Bravant la presse britannique et internationale, mais aussi les députés des Communes, qui l’interpellent lors de débats houleux, Churchill campe sur ses positions.

Mal armés, mal nourris, très jeunes pour la plupart, les partisans de l’EAM d’Athènes et du Pirée tiennent trente-trois jours sous ce déluge de feu, face aux troupes britanniques — et aux membres des bataillons de sécurité, sortis des casernes et réarmés pour l’occasion. Churchill se rend en personne à Athènes, fin décembre, et se résigne à contraindre le roi Georges II, toujours à Londres, à accepter une régence. Mais il reste inflexible sur les autres garanties réclamées par l’EAM.

Bien que l’ELAS soit toujours présente sur le reste du territoire, ses dirigeants redoutent d’imposer de nouvelles épreuves à une population épuisée et affamée : mille sept cent soixante-dix villages ont été brûlés, plus d’un million de personnes sont sans abri, la production céréalière a baissé de 40 %. Et l’aide des Alliés ne parvient qu’à ceux qui collaborent avec eux. Par l’accord de Varkiza, signé le 12 février 1945, l’ELAS accepte de rendre unilatéralement les armes. Au même moment, Churchill proclame solennellement à Yalta, de concert avec Roosevelt et Staline, « le droit de tous les peuples à choisir leur forme de gouvernement » dans l’Europe libérée...

Mais l’EAM n’est pas encore anéanti. Il tente de poursuivre en toute légalité son objectif de profondes réformes, et est en position d’obtenir la majorité aux élections. Devant cette menace, le gouvernement britannique travailliste qui succède à Churchill en juillet 1945 maintient un contingent d’occupation important et s’appuie sur les hommes qui ont collaboré et participé au massacre des résistants — notamment sur une police et une armée reconstituées par les soins de la mission militaire britannique. Les partisans de l’EAM sont arrêtés, condamnés et soumis à une terreur sans précédent dans les campagnes.

Dans ce contexte, des élections honnêtes sont impossibles. Qu’à cela ne tienne : Ernest Bevin, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères britannique, soucieux de donner au pays une façade respectable à présenter aux Nations unies, ordonne qu’elles aient lieu au mois de mars 1946. L’EAM et l’ensemble des démocrates refusent d’y participer. La majorité de droite qui en sort inévitablement n’a plus qu’à organiser, au mois de septembre suivant, le référendum assurant le retour du roi.

Cette fois, l’objectif britannique est atteint. Mais, entre-temps, beaucoup d’anciens partisans ont repris le maquis pour échapper aux persécutions, et le Royaume-Uni ne peut plus garantir la survie — et moins encore la victoire — d’une droite qu’il a artificiellement maintenue au pouvoir. C’est afin de le relayer dans cette tâche que le président américain Harry Truman demandera au Congrès, le 12 mars 1947, les fonds nécessaires pour « aider » une Grèce à l’avant-garde de l’« endiguement du communisme ».

En brisant la Résistance grecque, les Britanniques ont précipité le pays dans une guerre civile qui, ouverte ou larvée, allait durer trente ans — avec une courte embellie entre 1963 et 1965. Elle ne prit fin qu’avec la chute de la dictature des colonels, en 1974. Ce « coup d’Athènes » rappelle que la Grèce moderne n’a bénéficié au cours de son histoire que d’une souveraineté très limitée, comme elle en fait aujourd’hui encore la douloureuse expérience.

Joëlle Fontaine

Auteure de l’ouvrage De la résistance à la guerre civile en Grèce, 1941-1946, La Fabrique, Paris, 2012.

(1) Winston Churchill, Mémoires sur la seconde guerre mondiale, Plon, Paris, 1948-1954.

(2) Ibid.

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 06:36

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http://blog.mondediplo.net/2013-06-14-Les-ailes-du-desir

 

« Le court terme sera très difficile » : le propos est du général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’air française, alors que se tient, du 17 au 23 juin, le salon international de l’aéronautique et de l’espace, à Paris-Le Bourget, traditionnel lieu de confrontation entre les grands constructeurs, et leurs clients – notamment les armées de l’air. Dans la foulée du nouveau Livre blanc de la défense, le format de l’armée de l’air française va être à nouveau revu à la baisse, en effectifs comme en équipements.

Un certain soulagement, d’abord, pour l’armée de l’air : elle a sauvé la composante aérienne de la dissuasion, qu’il est périodiquement question de supprimer, quand il s’agit de dégager un volant d’économies supplémentaires : cette fois encore, les Rafale à charge nucléaire de la base de Saint-Dizier sont « sanctuarisés » par le Livre blanc paru fin avril, et ils le seront dans la loi de programmation militaire (LPM) qui devrait être adoptée le mois prochain.

Mais dans l’immédiat, la principale préoccupation du général Denis Mercier, le chef d’état-major de l’armée de l’air, est la baisse de 20 % du niveau d’activité aérienne – ce qu’il affirme « ne pas pouvoir accepter ». Il reconnaît cependant que, « pour passer la période budgétairement difficile », il va falloir « utiliser encore quelques temps des flottes plus anciennes, en ralentissant la modernisation de certains équipements sans l’interrompre ».

Ce sur quoi le ministre Le Drian, en visite jeudi 13 juin sur la base de Saint-Dizier, a préféré ne pas s’étendre, tout en cherchant à rassurer globalement ses troupes : « La montée en puissance de la flotte de Rafale va se poursuivre » et des avions ravitailleurs MRTT seront commandés « dans les plus brefs délais », a-t-il fait valoir. Renouvellement également en matière d’avions de transport militaire, puisque le nouvel A400M « sera en service dès cet été ».

Revue de détail, sur les programmes actuels et à venir :

 L’aéronautique de combat. Actuellement, 225 avions de chasse (dont les appareils « marine »). Le Rafale continue d’être livré dans les unités : 120 sur un besoin exprimé (mais avant le dernier Livre blanc) de 286 appareils. L’objectif global pour les cinq ans à venir reste identique : 225 chasseurs (dont les Rafale Marine, et une soixantaine de Mirage 2000-D, qui seront rénovés).

Bonne manière pour Dassault

Dassault, leur constructeur, vient d’être rassuré par le gouvernement : « Même si tous les grands programmes d’armement français sont en cours de révision pour être souvent étalés dans le temps, l’Etat va garantir à l’avionneur français Dassault que le rythme de livraison de ses Rafale à l’armée française sera maintenu à onze par an pendant trois ans (2014 à 2016) », relève Dominique Gallois.

Une bonne manière à l’égard de l’incontournable avionneur public-privé, pour qui la chaîne de fabrication du Rafale ne pouvait être sauvegardée au dessous d’un seuil minimal d’un appareil en production par mois. Après ces trois années « garanties », l’Etat espère étaler les achats de l’armée de l’air et de la marine françaises, le relais devant être pris chez Dassault par la fourniture d’avions à l’exportation.

Il faudrait, pour cela, que des commandes soient décrochées, ce qui n’est toujours pas le cas. Un seul (grand) espoir : l’accord en vue avec New Delhi, peut-être pour cet été. En revanche, les espoirs caressés au Brésil et aux Emirats arabes unis ont été douchés …

Appareils multi-rôles

 Aviation de transport. L’objectif du nouveau Livre blanc a été ramené à 50 avions de transport, tous modèles confondus. Pour l’heure, la majorité des 48 Transall franco-allemands, bien qu’ayant bénéficié de plusieurs vagues de modernisation, sont à bout de souffle. Certains sont « cannibalisés », servant de magasins de pièces détachées ; d’autres, à plus de 40 ans, commencent à être retirés du service.

Une demi-douzaine de quadrimoteurs C130 Hercules et une vingtaine de CN235-Casa (transport léger) ont pris partiellement le relais. Mais l’A400M, le quadri-propulseur militaire d’Airbus, commandé il y a dix ans par sept pays, se fait attendre : après une série de déboires financiers et techniques, et de retards successifs, le premier appareil opérationnel devait être livré à l’armée de l’air française l’an dernier. Il faudra attendre au mieux cet été. Et le rythme de production sera très lent, dans un premier temps.

 Avions-ravitailleurs. La quinzaine de C135FR et KC135R sont également en bout de course, certains de ces appareils dérivés du Boeing 707 ayant dépassé les 50 ans. L’entretien de cette flotte est très coûteux. Leur remplacement par les Multi Role Transport Tanker (MRTT), dérivés de l’A330 d’Airbus, se fait également attendre. Il n’est pas prévu de lancer la commande avant 2014. Ces appareils polyvalents (ravitaillement en vol, transport de fret et passagers) devront également remplacer les cinq A310 et A340 de transport stratégique actuellement en ligne.

Hors de prix

 Les hélicoptères. Le renouvellement de la flotte sera poursuivi, avec la livraison de Tigre (attaque sol ou air) et de NH 90 (transport tactique), mais à un rythme sans doute réduit, sur lequel le nouveau Livre blanc ne s’est pas étendu.

 La surveillance aérienne. Les quatre avions-radar AWACS d’origine américaine (contrôle de zone) poursuivent leur carrière, de même que les Atlantic de patrouille maritime (dont le système d’armes sera rénové). Mais il n’y a pas de solution en vue, par exemple, pour le remplacement des quatre bi-réacteurs Gardian chargés de la surveillance de l’imposant domaine maritime de Polynésie et Nouvelle-Calédonie. Ces appareils ont 30 ans. Ils devraient normalement cesser de voler en 2015 : le coût de leur maintenance est déjà prohibitif.

 Les drones. Les quatre Harfang de l’armée de l’air, qui ont été mis à contribution en Afghanistan, en Libye et au Mali, ne sont pas tous opérationnels. Le Livre blanc prévoit de développer la flotte, en procédant à des achats extérieurs – puisqu’aucune filière n’a pu être développée ces dernières années en France, pas plus qu’en Europe. L’armée de l’air prévoit l’acquisition, dans les cinq années à venir, de 12 drones de surveillance de théâtre de moyenne altitude longue endurance (MALE).

Achat sur étagère

Mais la Direction du Renseignement militaire, principale utilisatrice de ces engins sans pilote pour le moment, ne prévoit pas de disposer avant janvier 2014 des deux drones Reaper MQ-9 qui doivent être achetés « sur étagère », auprès du constructeur américain General Atomics. Une initiative a également été lancée pour la mise au point d’un drone de Moyenne altitude longue endurance (MALE) européen – en tout ou en partie – dans les prochaines années, notamment en liaison avec la Grande-Bretagne. Pour ce qui est des drones de combat, à l‘horizon 2025-30, les ambitions françaises reposent sur le Neuron européen, qui a volé pour la première fois au début de cette année.

 Les effectifs « Air ». Au premier janvier 2012, l’armée de l’air compte 56 000 personnes dont 49 500 militaires, avec un septième d’oficiers, et 6 500 civils. Ce qui représente 14,7 % du personnel total de la défense. Seulement 7 % des aviateurs font partie du corps du personnel navigant (pilotes, navigateurs, mécaniciens d’équipage) [1].

Division par deux

D’ici 2015, l’armée de l’air devra atteindre le format défini par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, soit 50 000 personnes (dont 44 000 militaires), en appliquant les prescriptions de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Une nouvelle déflation est prévue dans le cadre du Livre blanc de 2013. Les effectifs « air » auront alors été plus que divisés par deux, entre 1995 et 2018.

 Les ailes au féminin. L’armée de l’air atteint un taux de féminisation record : 22 % des effectifs, en hausse constante depuis 1995. Le taux, toutes armées confondues, est de 15 % (9,5 % en 2000).

 Le budget. s’élève à 4,4 milliards d’euros, soit 11,5 % du budget de la mission défense – dont 2,60 milliards pour les soldes et charges sociales, 1,19 milliard pour le maintien en condition opérationnelle, 0,83 milliard d’euros pour le carburant opérationnel, etc.

 La « posture permanente de sûreté ». C’est l’engagement « intérieur » de l’armée de l’air, son côté « service public », avec – pour contrôler les 15 000 aéronefs empruntant chaque jour l’espace aérien français – cent décollages de Mirage 2000 ou Rafale sur alerte réelle, sept cent soixante-huit sorties d’avions de chasse au titre de la permanence, quatre cent quatre-vingt onze sorties d’hélicoptères pour la surveillance des sites sensibles, etc., comme tient à le rappeler le site officiel.

Retour des Russes

L’armée de l’air française dispose d’un stand important au Salon du Bourget, tout comme les principaux constructeurs aéronautiques militaires. Les rugissements des chasseurs Rafale se feront entendre, comme à chaque fois. Mais, en l’absence cette année des vols de démonstration de chasseurs américains, ce sont les Russes qui pourraient briller le plus au Bourget. Leur participation marque le retour progressif de leur industrie aéronautique militaire, avec une croissance de 20 % par an. Tupolev modernise la flotte de bombardiers stratégiques, Iliouchine les appareils de transport tactiques. Le chasseur Sukhoi 35 « Super-Flanker » – concurrent du Rafale, etc. – est chaque jour en présentation dans le ciel du Bourget, de même qu’un nouvel appareil d’entraînement, le Yak-130. Dans deux ans, promet-on chez les Russes, le nouvel avion de combat de 5ème génération T50, montré cette année au salon russe MAKS, sera en démonstration au Bourget, de même que le nouvel avion de transport militaire IL-476.

Notes

[1] L’armée de l’air recrute chaque année plus de 2 000 jeunes, de niveau 3e à Bac + 5, dans les métiers le plus divers : pilotes, mécaniciens, fusiliers commandos, informaticiens, maîtres-chiens, pompiers de l’air, etc.

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 06:29

wiki.jpgLe journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !


http://www.fakirpresse.info/La-loi-des-chaises-583.html

 

 


Numéro après numéro, Fakir poursuit son « Dictionnaire des conquêtes sociales ». Une ébauche, du moins. Parce que la vraie version de cette « Histoire populaire » à la française, c’est avec vous qu’on va l’écrire.


Et parmi les conquêtes, y a les grandes et les toutes petites. Presque invisibles : dans les grands magasins du 19ème, les vendeuses traînent des sièges toute la journée… mais sans le droit de s’asseoir dessus. Jusqu’à « la loi des chaises ».

« “Puisque vous n’avez rien de possible à me montrer, dit brusquement Madame Desforges, conduisez-moi aux robes et costumes.” Marguerite prit la chaise par le dossier, et la traîna, renversée, sur les pieds de derrière, qu’un tel charriage usait à la longue. Et le grand voyage commença, le long des galeries encombrées. »
C’est un marathon que courent, au long de leur journée, les employées du Bonheur des Dames – accompagnant les clientes dans le magasin. Le caddy à roulettes n’est pas encore inventé, et à la place elles tirent une chaise au fil des rayons. « Un corset de satin noir, des manchettes de fourrure vendues au rabais, à cause de la saison, des dentelles russes dont on garnissait alors le linge de table », toutes ces emplettes « s’empilaient sur la chaise, les paquets montaient, faisaient craquer le bois ; et les vendeurs qui se succédaient, s’attelaient avec plus de peine, à mesure que la charge devenait plus lourde.
- Par ici, madame, disait Denise sans une plainte, après chaque halte. »

Le périple marchand continue, durant des heures : « On avait dû abandonner la chaise. Elle était restée en détresse, au rayon des meubles, à côté de la table à ouvrage. Le poids devenait trop lourd, les pieds de derrière menaçaient de casser. »
Ces scènes, Émile Zola les a observées : « Il est défendu aux vendeurs de se mettre en groupe et de s’asseoir, note-t-il dans ses Carnets d’enquête. Pas de chaises d’ailleurs, excepté pour les clientes ». Et pour les achats : « Quand le tas de marchandises devient trop lourd pour être porté (gros articles), le vendeur le met sur une chaise et traîne la chaise au milieu de la foule (toutes les chaises ont les pieds de derrière usés) ».

Pire que le bâtiment !

Derrière les sourires, la courtoisie, les froufrous et les parfums, c’est un univers violent, que celui des grands magasins. Aussi terrible, en un sens, que les forges ou la mine.
En témoigne ce chiffre, fourni, en 1900, par le service de la statistique à Paris : dans le bâtiment et la métallurgie, la mortalité annuelle des personnes âgées de 20 à 39 ans n’est « que » de 29,87%. Alors qu’elle s’élève à 44,36 % pour les employés du commerce. Eux sont, notamment, frappés par la tuberculose – comme le diagnostique le docteur Paul Berthod : « La plupart des grands magasins fournissent une morbidité et une mortalité effrayantes parmi leurs employés, à telle enseigne que ceux qui restent quelques années et échappent à la tuberculose sont presque l’exception... C’est apparemment parce que là se trouvent réalisés le confinement, le surpeuplement, le surmenage et les poussières contagieuses ».
Le constat fait consensus, jusque chez les patrons : « Il est de fait que nous n’avons guère besoin de congédier les vendeuses devenues trop vieilles : nos demoiselles de magasin s’en vont d’elles-mêmes au bout de quelques années de présence : le métier les a usées ! »
Les journées n’en finissent pas, dans la cohue et la chaleur. Et combien de Denise, ont eu, comme l’héroïne du Bonheur des Dames, « à surmonter les terribles fatigues du rayon » ? « Les paquets de vêtements lui cassaient les bras, au point que, pendant les six premières semaines, elle criait la nuit en se retournant, courbaturée, les épaules meurtries. Mais elle souffrit plus encore de ses souliers, de gros souliers apportés de Valognes, et que le manque d’argent l’empêchait de remplacer par des bottines légères. Toujours debout, piétinant du matin au soir, grondée si on la voyait s’appuyer une minute contre la boiserie, elle avait les pieds enflés, des petits pieds de fillette qui semblaient broyés dans des brodequins de torture ; les talons battaient de fièvre, la plante s’était couverte d’ampoules, dont la peau arrachée se collait à ses bas. Puis, elle éprouvait un délabrement du corps entier, les membres et les organes tirés par cette lassitude des jambes, de brusques troubles dans son sexe de femme, que trahissaient les couleurs de sa chair. Et elle, si mince, l’air si fragile, résista, pendant que beaucoup de vendeuses devaient quitter les nouveautés, atteintes de maladies spéciales. Sa bonne grâce à souffrir, l’entêtement de sa vaillance la maintenaient souriante et droite, lorsqu’elle défaillait, à bout de forces, épuisée par un travail auquel des hommes auraient succombé. »

[C’est la littérature qui nous permet, ici, d’accéder un peu au discours intérieur. Mais si vous avez, dans votre grenier, le journal intime d’une arrière-grand-mère vendeuse, si vous avez aperçu un tel récit dans un livre ou une thèse d’histoire, on est preneurs.]

Presse vendue

Sans répit ni repos, des milliers de Denise – jusqu’à 4 000 au Bon Marché – traînent des chaises… mais sans le droit de s’y asseoir ! Elles sont réservées aux clientes et à leur camelote.
Ces employées n’osent guère se plaindre, encore moins s’organiser. Tout, contre elles, est motif de licenciements : « Au Louvre, une vendeuse renvoyée immédiatement, parce qu’une cliente se trouve mal, en l’accusant d’avoir mangé du saucisson à l’ail. Elle avait réellement mangé du pain. Mise à la porte sans défense, sans explication possible. » Ou encore : « Renvoi au Louvre : “Vous avez une drôle de tête madame, passez à la caisse”  ».
Et quand une grève éclate, les médias n’en parlent pas – préférant, déjà, les annonceurs à l’information. Ainsi, le 17 octobre 1869, un mouvement se déclenche au Printemps. Les lecteurs du Figaro ne sauront rien de ses causes, rien des meneurs, rien des revendications. On peut juste lire, le lendemain, cette publicité :
« Avis très important M. Jules Jaluzor, propriétaire des Grands Magasins du Printemps, rue du boulevard Haussmann et rue de Provence, fait savoir que n’ayant pas voulu céder AUX EXIGENCES et PRESSIONS VIOLENTES de ses employés, cent soixante-quinze places sont vacantes par suite de grève. »

Au bon cœur des patrons

Ce sont les clientes qui vont venir au secours des vendeuses. Et plus particulièrement, celles de la haute société : en 1888, quelques femmes, membres de l’Oeuvre des Cercles ouvriers catholiques, la marquise de la Tour du Pin en tête, rédigent une pétition et l’envoient aux directeurs des magasins :
« Par un usage généralement établi dans la plupart des magasins, il est interdit aux femmes qui y sont employées de s’asseoir derrière le comptoir, même lorsqu’elles ne sont pas occupées. Cette mesure aurait, dit-on, pour but d’assurer d’une manière constante à la clientèle le service d’un personnel toujours diligent et en éveil. Mais l’obligation pour les femmes de rester ainsi debout toute la journée entraîne une fatigue qui épuise peu à peu toutes les forces des plus vaillantes et porte à la santé un préjudice dont les conséquences, de l’avis des médecins les plus autorisés, sont toujours des plus sérieuses et peuvent quelquefois être mortelles. Cette situation nous a vivement émues, et nous souffrons de penser que tant de femmes et de jeunes filles sont, chaque jour, astreintes, pour nous servir, à un règlement si pénible. Les dames ont apprécié depuis longtemps tout ce que les magasins de nouveautés ont fait pour satisfaire leur clientèle ; elles sont convaincues que l’accueil auquel elles sont habituées ne serait pas moins empressé de la part des employées si celles-ci avaient l’autorisation de se reposer. Nous venons donc, Monsieur le Directeur, en qualité de clientes, vous demander de faire cesser une coutume qui a quelque chose d’inhumain et qui afflige toutes les personnes qui en sont les témoins. Nous sommes persuadées, Monsieur, que vous trouverez le moyen d’y mettre un terme, dès que votre attention sera attirée sur ces tristes résultats. Toutes les femmes de cœur vous en remercient d’avance et particulièrement les sous-signées... »

[Comment est née cette alliance entre vendeuses et acheteuses ? En discutaient-elles dans le magasin, ou le soir au siège d’une société de charité, ou le dimanche à la sortie de la messe ? Dans l’idéal, on aimerait bien trouver un double portrait, le récit de cette relation entre une aristo et une prolétaire du commerce : si vous avez ça dans vos cartons...]

Les bourgeoises avec les « rouges »

Ces dames comptent alors sur la philanthropie, sur le « bon cœur » du patron. Mais cette espérance montre très vite ses limites : rien ne change. « Je serais plus tranquille si je voyais sortir une bonne loi qui obligerait les patrons à laisser leurs employées s’asseoir », estime alors le docteur Péan.
Les militantes grandes-bourgeoises de ces Cercles en viennent, bientôt, aux mêmes conclusions : c’est une « législation » qu’il faut. Elles sont prêtes, même, à s’associer à « certains socialistes dans cette œuvre de réforme sociale » - comme l’énonce Henriette Brunhes, fondatrice du Syndicat de l’Aiguille, « la première œuvre française qui se préoccupe des devoirs du consommateur et particulièrement de la femme du monde vis-à-vis de ses fournisseurs ». Dans les congrès internationaux, elle n’hésite pas à s’afficher aux côtés de « rouges » : « Nous croyons que les doctrines des socialistes et des catholiques sociaux seront encore longtemps divergentes ou même opposées, mais nous croyons avec autant d’énergie que sur toutes les questions d’organisation pratique nous pourrons, si nous le voulons, marcher main dans la main. »
Au Congrès de Zurich, en 1898, une expérience est discutée : elle vient des États-Unis. Dix ans plus tôt, déjà, le maire de Toronto, M. Hoveland, avait déclaré devant la Commission du travail : « Pour les employées des magasins, la journée de 8 heures du matin à 8 heures du soir, toujours debout ! Aucun de nous, Messieurs, n’y résisterait ! Je sais que plusieurs, succombant à la fatigue, se sont évanouies derrière leur comptoir. Moralement et matériellement elles sortent brisées. Mon opinion est que le gouvernement doit protéger le travail des femmes ». Et voilà que, en 1897, une loi est passée : « Des sièges doivent être mis à la disposition des femmes dans la proportion de un pour 3 employées. »
Il faut, souhaitent les délégués, que cet exemple fasse tache d’huile. L’Écosse suit bientôt. Jusque dans Le Journal d’Amiens, on s’en fait l’écho : « C’est aujourd’hui qu’entre en vigueur, en Angleterre, le “Shap seats act” en vertu duquel toutes les demoiselles des magasins auront désormais le droit absolu de rester assises quand elles n’auront point de clients à servir. Les boutiquiers et les directeurs de magasins anglais sont en émoi et se préparent depuis quelques jours à obéir à la nouvelle loi.[...] On a, paraît-il, presque partout, adopté un petit siège en bois, qui, comme nos strapontins de théâtre, se lève et se baisse à volonté » (3 janvier 1900).
Un mois plus tard, le député Gautelet dépose un projet de loi à l’Assemblée nationale : « Vous avez tous constaté combien est pénible le travail des femmes chargées de vendre ou de préparer les marchandises et objets divers destinés au public. Vous les avez vues, des journées entières, debout derrière un comptoir, dans un atelier, supportant ainsi des fatigues auxquelles résisteraient difficilement des travailleurs habitués aux plus durs labeurs. L’Angleterre vient de faire cesser cet état de choses depuis le 1er janvier dernier. Le monde médical tout entier demande l’adoption de cette mesure. »
La réforme est votée sur le champ.

Aujourd’hui encore…

Mais cette législation fut-elle pour de bon appliquée ?
Au conseil supérieur du Travail, s’appuyant sur les rapports d’inspecteur, M. Aldabe proteste : « Les sièges prescrits par la loi, sont bien à la disposition des femmes, mais on leur laisse rarement le temps de les utiliser ; on considère que ce serait d’un très mauvais effet pour la réputation du magasin si l’on y voyait des employées assises ; on préfère qu’elles aient l’air affairé, et les chefs de rayon s’ingénient à leur prescrire un autre travail ou à leur faire faire une course. »
Un siècle plus tard, ce droit, en tout cas, semble à reconquérir : « Même quand j’ai été enceinte de ta marraine, témoigne ma tante, ancienne vendeuse aux Galeries Lafayette, je n’avais pas le droit de m’asseoir. Après quelques mois de grossesse, je me suis risqué à demander un tabouret. Ma patronne m’a regardé avec des yeux noirs, je m’en souviens comme si c’était hier, jamais je n’oublierai ce regard. A ce moment-là, pour elle, j’étais juste une paresseuse ».
Et dernièrement, c’est une copine en stage chez Armand Thierry, au moment des soldes, qui me racontait ça : « Il y avait une seule chaise devant l’ordinateur. On ne pouvait s’y asseoir que quand il n’y avait pas de clients et personne pour nous surveiller. Le soir, j’avais des problèmes de circulation sanguine dans les jambes à cause de ça. Depuis que je suis retournée en cours, je n’ai plus du tout besoin de prendre des médicaments. »
Le Capital a rétabli son bon droit. De s’asseoir sur nos droits…

À la fin, c’est elles qui ont gagné !

Corine et ses copines du magasin ED d’Albertville (voir Fakir n°49), l’ont emporté : pendant plus de cent dimanches, elles ont fait grève, chaque semaine, sur le parking de leur supérette – et le gérant a fini par lâcher. Ces six-là ont reconquis le droit à leur repos dominical :
« Et t’as fait quoi, alors, hier ? on interroge Corine (le lundi).
- Fabien, mon mari, s’est levé tôt pour couper du bois, alors moi j’ai préparé des bugnes et des rissoles…
- C’est quoi ?
- Des pâtisseries savoyardes. Des beignets en carré avec de la compote séchée à l’intérieur. Ensuite, on a marché jusqu’au chalet de mon beau-frère, on a mangé, discuté, joué au bac avec ma nièce et mon neveu… On ne compte pas les points, sinon le petit se met en colère… Après, on s’est amusé à ‘qui est-ce ?’, tu sais, on te met un post-it sur le front, et tu dois deviner qui tu es… Moi j’étais un kiwi, c’est un volatile d’Amérique centrale, il paraît… »
Voilà : on ne demande pas grand-chose, au fond, pas des yachts et des hélicos, juste le droit à ce petit bonheur, fait d’amitiés et de joies simples. Mais rien que ce bonheur-là, faut se bagarrer pour le préserver - en Savoie et ailleurs. Dans notre article l’année dernière, on leur conseillait de faire une loi. C’est en train de devenir réalité :
« Je suis montée à Paris, mardi dernier, et avec des sénatrices de gauche, on a présenté une proposition de loi pour réduire le travail dominical… » L’article 2 stipule que « seuls les salariés ayant donné volontairement leur accord par écrit peuvent travailler le dimanche ». Le lendemain, lors de l’examen au Palais du Luxembourg, c’était jour de fièvre – les élus de l’UMP se déchaînant durant quatre heures de discussion : « dogmatique », « conservateur », « formidable retour en arrière », etc.
« Là, précise Corine, on aménage juste la loi Maillet. Mais l’idée, si une nouvelle majorité arrive, c’est de l’abroger après les législatives… » A condition qu’on pousse toujours.

Bibliographie :

  • Émile Zola, « Au bonheur des Dames ».
  • Emile Zola : « Carnets d’enquêtes : une ethnographie inédite de la France », Plon, 2005.
  • Michael B. Miller, « Au Bon Marché 1869-1920 : Le Consommateur apprivoisé », Armand Colin,1987.
  • Pierre Delon, Les Employés, éditions sociales, Paris, 1969.
  • Laîné André, « la situation des femmes employées dans les magasins de vente à Paris ».
  • Ambrière Francis, « La Vie secrète des grands magasins », œuvres Françaises, Paris, 1938
  • Marrey Bernard, « Les Grands Magasins », Librairie Picard, Paris, 1979
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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 19:06

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 18:49

Arnold-August.jpgArnold August  est un politologue, auteur, journaliste et conférencier de Montréal (Québec, Canada). Il est l’auteur de Democracy in Cuba and the 1997–98 Elections (préface de José Martí). Il a également écrit un chapitre du livre Cuban Socialism in a New Century: Adversity, Survival and Renewal (University Press of Florida), intitulé « Le socialisme et les élections ».

http://www.mondialisation.ca/democratie-cubaine-et-democratie-etasunienne/5338842


JL: Parlez-nous de votre livre Cuba and Its Neighbours: Democracy in Motion pourquoi avez-vous écrit ce livre et quelle a été votre démarche? 

AA: Bien des gens s’entendront sur le fait que lorsqu’il est question de politique internationale, de la pression exercée par le Nord, notamment par les États-Unis sur le Sud en général, c’est-à-dire l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine, très peu de thèmes autres que la démocratie sont abordés. Il en est ainsi particulièrement depuis les années 1980, depuis la chute de l’ancien bloc soviétique : les États-Unis et l’Europe utilisent de plus en plus la question ou plutôt le prétexte de la démocratie afin de s’immiscer dans les affaires intérieures d’autres pays. Parallèlement, aussi étrange que cela puisse paraître, très peu de livres ont été écrits sur la question de la démocratie en soi. Je suppose que peu de gens souhaitent aborder ce sujet parce que c’est un terme très lourd de sens, un sujet difficile à aborder, mais j’ai toujours pensé que c’était nécessaire. Il s’agit en fait de mon deuxième livre au sujet de la démocratie, le premier, écrit en 1999, traite spécifiquement de la démocratie et des élections à Cuba.

JL: Il se peut que bien des gens soient surpris d’apprendre qu’il existe une démocratie à Cuba. De quel genre de démocratie s’agit-il?

AA: Au Canada et aux États-Unis plus particulièrement, la question de la démocratie est vue comme étant totalement étrangère à l’expérience cubaine et maintenant la même attitude s’applique bien sûr à d’autres pays comme le Venezuela. Je traite de la question de la démocratie, mais comme vous avez remarqué, le sous-titre du livre est « la démocratie en mouvement », donc, je ne parle pas seulement de la démocratie proprement dite. J’essaie de développer le concept de la « démocratie en mouvement », c’est-à-dire la démocratisation comme processus infini et je tente de développer au cœur de ce concept le rôle de la démocratie participative, où les gens jouent un rôle clé sur une base quotidienne afin de mettre en œuvre leur propre pouvoir politique.

JL: Pensez-vous que les Cubains participent davantage au processus décisionnel que les Canadiens et les Étasuniens par exemple?

AA: Je pense qu’il faudrait comparer la situation actuelle à Cuba à ce qu’elle était avant 1959, avant la Révolution. En réalité nous ne pouvons même pas comparer. Avant 1959, il y avait de toute évidence une dictature contrôlée par les États-Unis, la dictature de Batista, et les gens étaient complètement exclus du pouvoir. En fait, Fidel Castro était candidat à l’opposition au Sénat à l’époque, au début des années 1950, et il était évident que lui et son parti allaient remporter les élections.

Image: Révolution cubaine de 1959

Le régime de Batista, soutenu par les États-Unis, a annulé les élections et organisé un coup d’État. Alors, cela vous donne une idée du genre de participation politique à Cuba avant 1959. Depuis ce temps elle a bien sûr évolué. En 1959, c’était la première fois dans l’histoire de Cuba que le pouvoir politique était entre les mains du peuple, c’est là la principale caractéristique de la Révolution. Ce pouvoir n’était pas parfait à l’époque et il ne l’est pas non plus maintenant. Toutefois, dès 1959, l’expression « la souveraineté appartenant au peuple » est devenue un concept significatif réel à Cuba.

Nous pouvons faire un parallèle entre la révolution cubaine et la récente rébellion en Égypte. J’appellerais ça une révolution parce que le peuple égyptien s’est révolté et a réussi à renverser le dictateur pro-étasunien Moubarak.

Image (à droite): la place Tahrir 2011

Cette révolution m’a ouvert les yeux sur la nécessité de voir la démocratie, la démocratie participative, comme un processus continu. Ce que je trouve intéressant dans la révolte égyptienne, c’est que les gens de la place Tahrir ont occupé l’espace public et c’est à partir de là que des millions de personnes, sur une base quotidienne, ont pris leurs décisions, décidé ce qu’il fallait faire et établi leurs priorités, dont le renversement de Moubarak. Ils n’accepteraient rien de moins.

Entre-temps, un pouvoir politique se développait à la base pour remplacer le pouvoir du régime Moubarak, soutenu par les États-Unis, et ils ont réellement renversé le régime. Cependant, qu’est-ce que l’administration Obama a fait immédiatement après la chute du régime? Après avoir soutenu ce régime, hypocritement bien sûr et jusqu’à la dernière minute? Lorsque Moubarak a finalement été renversé, les États-Unis ont immédiatement essayé d’imposer ce que j’appelle dans mon livre la « notion américano-centriste de la politique », c’est-à-dire la démocratie multipartite.

Je me souviens très clairement, et cela est relaté dans mon livre, qu’après le renversement de Moubarak et alors que les manifestations se poursuivaient sur la place Tahrir et d’autres places publiques à travers l’Égypte, Hillary Clinton a déclaré au nom d’Obama que les gens doivent passer de la protestation à la politique. Donc, les Étasuniens ne considère pas comme de la politique le fait que les gens dans la rue s’organisent sur une base entièrement nouvelle afin de prendre le pouvoir politique, d’une manière ou d’une autre, avec une orientation totalement différente, et ce même si ce n’est que de façon embryonnaire. La seule politique qui compte est la politique électorale. Les États-Unis ont par la suite organisé des élections en Égypte.

JL: Parce que de cette façon ils peuvent contrôler le résultat?

AA: Tout à fait, c’est ce qu’ils contrôlent par le biais des élections. Les États-Unis ne pouvaient pas contrôler la place Tahrir, la population à la base visant à prendre le pouvoir politique au sommet.

JL: Est-ce que l’on craignait que quelque chose de semblable se produise aux États-Unis?

AA: Bien sûr, parce que le premier impact de l’effet domino déclenché par la place Tahrir a été aux États-Unis mêmes, nous y reviendrons.

L’administration Obama a donc dû organiser des élections en Égypte. Ils ont, en tout premier lieu, éliminé par tous les moyens habituels le parti politique de tradition nassérienne, généralement progressiste, favorable au socialisme et définitivement en faveur de l’affranchissement des États-Unis. Ils se sont donc retrouvés avec seulement deux partis : les Frères musulmans et le parti du Mouvement national égyptien, tous deux pro-américains. Maintenant, en ce qui concerne le processus politique électoral par rapport à celui de la démocratie en mouvement, voici un point important : seulement 52 % des personnes ont voté lors des élections présidentielles opposant les deux candidats. Cinquante-deux pour cent ! Et il y avait un appel au boycot. Cela n’est certes pas très connu du public. On a tendance à éviter cette question.

Voici donc deux éléments contradictoires. D’un côté vous avez les gens de la place Tahrir et autres places publiques cherchant de nouvelles façons d’obtenir un pouvoir politique hors du système multipartite contrôlé par les États-Unis. C’est pourquoi seulement 52 % des gens ont voté et non pas à cause de l’apathie ou du manque d’intérêt, car au même moment, afin de renverser Moubarak durant la révolution de 18 jours, 850 personnes ont été tuées et 5500 personnes grièvement blessées. Je vous pose la question : N’est-il pas plus facile de déposer un bulletin de vote que de se battre dans la rue pour renverser Moubarak et risquer de perdre la vie ou d’être grièvement blessé? C’est donc essentiellement un rejet du système multipartite qui s’est reflété dans ces élections et c’est pourquoi ce rejet se poursuit.

J’ai passé presque 24 heures par jour au cours de cette période de 18 jours à regarder les événements et cela m’a permis d’élaborer davantage la question de la démocratie participative et la façon dont les élections sont utilisées afin de légitimer le statu quo. C’est exactement ce qu’Obama a fait quand les Frères musulmans ont remporté l’élection. Il a téléphoné au président Morsi et selon la transcription de la Maison-Blanche, il a déclaré  « Maintenant, vous êtes légitime. » Vous avez la légitimité nécessaire pour gouverner l’Égypte. C’est ainsi que, dans ces pays, les élections sont employées lorsqu’elles sont contrôlées par les États-Unis : dans le but de légitimer la dictature de la vieille garde.

Image (à droite): Protestations à Montréal, Canada de 2012

Nous pouvons même faire un parallèle local. Que s’est-il passé au Québec (Canada) au printemps dernier? Il y avait littéralement des millions de gens dans les rues, des étudiants et des personnes plus âgées, protestant partout au Québec et qu’a dit le gouvernement libéral? « Nous avons été élus. » Bien sûr, seulement 52 % [57,43 %, 2008, NdT] des gens ont voté et le vote a été partagé entre deux-trois partis. « Nous avons été élus. » Cela signifie : « Nous sommes les représentants légitimes du peuple et nous pouvons faire ce que nous voulons. Notre mandat nous permet de tout faire. De faire n’importe quoi. » Donc que ce soit en Égypte, au Québec ou dans d’autres pays, on utilise les élections pour légitimer la domination de la vieille garde. Je ne suis pas contre les élections, des élections avec différents partis politiques, mais nous devons regarder comment elles se déroulent, concrètement.

JL: Donc, au fond, vous dites que les élections ne garantissent pas la démocratie?

AA: Elles ne garantissent pas la démocratie et dans bien des cas, elles sont un prétexte pour éliminer complètement toute tentative du peuple à la base de prendre en main le pouvoir politique et de développer son propre système.

Image: Manifestations au Capitole dans le Wisconsin en 2011

JL: Comment décririez-vous les événements entourant le mouvement Occupy aux États-Unis?

AA: Il est intéressant de noter qu’après les événements de la place Tahrir, les États-Unis étaient très heureux de pouvoir remplacer le mouvement populaire avec les soi-disant élections, temporairement, parce que les troubles se poursuivaient et n’ont toujours pas été résolus. Ironie du sort, ou paradoxalement et en toute justice, l’effet boomerang ou le début de l’effet domino a eu lieu à Madison, aux États-Unis mêmes, très peu de temps après le renversement de Moubarak, et les gens avaient des pancartes disant : « Le gouverneur du Wisconsin est notre Moubarak. Nous devons lutter contre la dictature. »

Ils ont été inspirés par l’occupation des espaces publics en Égypte, par la place Tahrir, et ils ont fait la même chose au Capitole du Wisconsin. Le Capitole a été occupé durant plusieurs semaines, les gens dormaient là-bas, ils prenaient leurs propres décisions, ils avaient des manifestes, ils mettaient sur pied un nouveau pouvoir politique pour contester celui des partis politiques de l’ordre établi. Malheureusement, ce mouvement a été presque immédiatement converti et intégré dans la machination bipartite étasunienne et les syndicats se sont retrouvés aux prises avec un plébiscite de révocation pour un nouveau gouverneur. C’est très bien, personne ne peut être contre cela, mais le problème est le bipartisme et l’idée que l’un des partis n’est pas bon et qu’il faut s’en débarrasser afin que l’autre prenne le pouvoir.

La 2e partie de l’entrevue portera sur Obama et l’illusion du changement.

Article initialement publié en anglais : 

“Cuban Democracy” versus “American Democracy”, le 16 mai 2013

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 18:38
 
Mandela.jpgNelson Mandela, dont l’état de santé préoccupe ses concitoyens et le monde entier avait visité le pays de Fidel Castro après sa sortie de prison. Il avait  aussi visité la Libye de Mouammar Kadhafi, alors isolé par la communauté internationale.

Nelson Mandela est  hospitalisé depuis samedi dernier. Selon un communiqué de la présidence sud-africaine publié mardi, l’état de santé de Nelson Mandela restait «inchangé», c’est-à-dire «grave» et «stable». Dans une interview accordée depuis la ville du Cap à la télévision publique sud-africaine,  le président Jacob Zuma a reconnu dans la soirée du mardi 11 juin 2013 que Nelson Mandela est dans un état très sérieux, mais qu’il est stabilisé et que tout le monde prie pour lui. Le président sud-africain a exprimé sa confiance à l’équipe de médecins : «Ils savent ce qu’ils font et ils font un très bon travail», a-t-il affirmé. L’ancien président sud-africain est hospitalisé pour soigner une infection pulmonaire récurrente.
 
Des amis et frères révolutionnaires
 
Pour l’archevêque émérite du Cap Mgr Desmond Tutu : «Alors que le père bien-aimé de notre nation Tata (père, ndlr) Nelson Mandela subit une fois encore les ravages du temps à l'hôpital, nos prières sont pour son confort et sa dignité. Nous offrons nos remerciements à Dieu pour le don extraordinaire de M. Mandela, et souhaitons de la force à la famille.», a-t-il écrit mardi dans un message. Nelson Mandela  a  beaucoup de qualités rares chez les hommes politiques et hommes d’Etat. La gratitude en particulier. C’est dans cette  optique qu’à peine libéré le 11 février 1990, Nelson Mandela avait exprimé sa gratitude au «Lider maximo» Fidel Castro et au peuple cubain qui ont soutenu la lutte de l’Anc contre l’apartheid. Nelson Mandela s’était ainsi rendu à La havane Cuba, en 1991. Puis, plus tard dans le cadre de sa toute première visite officielle comme président de la République de l’Afrique du Sud. 
Il  avait déjà invité Fidel Castro et Mouammar Kadhafi à son investiture le 10 mai 1994 à Pretoria.  Le jour de sa prestation de serment.  On a  souvenance qu’en 1998, Nelson Mandela avait  rappelé au président américain Bill Clinton que certains pays avaient aidé la lutte contre la ségrégation raciale en Afrique du Sud pendant que les Etats-Unis et le Royaume uni soutenaient l’apartheid. Nelson Mandela avait bravé l’embargo contre Cuba et  affiché son amitié  avec Fidel Castro et Mouammar Kadhafi-alors  isolé par la communauté internationale -  en se rendant respectivement à Tripoli et à La Havane. Nelson Mandela avait dit à Bill Clinton que «l’un des premiers chefs d’Etat que J’ai invité dans ce pays a été Fidel Castro (…) Et j’ai aussi invité le frère Mouammar Kadhafi. Je fais cela à cause de notre autorité morale qui nous dit que nous ne devons pas abandonner ceux qui nous ont aidés aux moments les plus sombres de l’histoire».
 
Une immense force morale
 
Si le Guide libyen Mouammar Kadhafi, assassiné le 20 octobre 2011,  n’est plus là pour témoigner,  El Commandante  Fidel Castro est encore vivant et a gardé une très haute idée de Nelson Mandela. Fidel Castro, qui a démissionné de ses fonctions en février 2008 pour des raisons de santé au profit de son frère Raul Castro, considère Nelson Mandela comme un vieil ami. Il avait décoré Nelson Mandela avec l’ordre de José Marti, la plus haute distinction cubaine. José Marti était un célèbre  homme politique et poète cubain. Fidel Castro avait aussi conseillé Nelson Mandela de maintenir son pays loin des militaires américains et de l’Otan : «Vous devez utiliser toute votre immense force morale pour maintenir  l’Afrique du Sud loin des bases militaires de l’Otan», lui avait écrit Fidel Castro dans une lettre.
 
La vie de Che Guevara, une inspiration
 
Quand l’Assemblée générale de l’Onu avait approuvé en novembre 2009 la résolution faisant de la journée du 18 juillet une journée consacrée au service public et à la commémoration des actions de Nelson Mandela, Fidel Castro avait dit son bonheur de savoir que Nelson Mandela a été une personnalité «reconnue par toute les institutions du monde politique comme un symbole de liberté, de justice et de dignité humaine ». La première édition de la journée Nelson Mandela s’est déroulée le 18 juillet 2010. Nelson Mandela a beaucoup admiré la révolution cubaine et ses principaux acteurs dont Ernesto Che Guevara.  Dans son  autobiographie intitulée «Un long chemin vers la liberté» paru à Paris en 1995, aux Editions Fayard, Nelson Mandela a cité  ses lectures préférées pendant les années de combat.
Le prix Nobel de la paix  sud-africain a été clair : «Chaque que source de renseignement m’intéressait(…) J’ai lu les tactiques de la guérilla non conventionnelle des généraux Boers pendant la guerre des Boers. J’ai lu des livres sur Che Guevara, Mao Zedong Fidel Castro(…) J’avais envie d’en savoir plus sur la lutte armée du peuple d’Ethiopie contre Mussolini et sur les armées de guérilla du Kenya, d’Algérie et du Cameroun», a écrit Nelson Mandela. L’ancien président sud-africain avait déclaré que «  les exploits  de Che Guevara dans notre continent  étaient d’une telle ampleur qu’aucune prison ou censure ne pouvait nous le cacher. La vie du Che est une inspiration pour tous les êtres humains  qui aiment la liberté Nous honorerons toujours sa mémoire», avait ajouté Nelson Mandela qui voit dans l’éducation « une arme puissante pour faire  évoluer les mentalités et transcender les différences (…) pour une société jute et fraternelle».

http://www.lanouvelleexpression.info/index.php/world/2013-05-16-09-03-38/item/557
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