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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 23:07

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http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-ravages-de-la-religion-86277

 

 

Wikileaks n’a pas fini de faire trembler les puissants. Et les menteurs également, ceux qui trompent tous les jours leur monde. Parmi ceux-ci figurent bien sûr des hommes d’Etat, mais aussi des hommes de religion, et parfois les deux à la fois, certains Etats ayant établi la prééminence de leurs leaders sur des bases religieuses. Les Emirats sont, dans ce sens, les victimes privilégiées de Wikileaks, qui a montré en effet leur incroyable duplicité. Depuis que Dubaï s’est effondré comme un château de cartes, on s’est aperçu (enfin) qu’il reposait véritablement sur du sable, et sur aussi pas mal de mensonges. En Arabie Saoudite, idem : la société présente deux côtés radicalement opposés : d’une part une jeunesse avide de vivre au XXIeme siècle, de l’autre un pouvoir tentant de la juguler avec des lois d’un autre âge. L’implosion est proche, tant cette disparité entre nouveauté et réaction devient flagrante. Le creuset de ruptures sociales prochaines existe dans ces pays, et il est navrant de constater aujourd’hui que ce tour de vis réactionnaire est récent : dans les années 90, tout le monde s’attendait à un affaiblissement de ce genre de gouvernement, reposant sur une surdité totale face aux aspirations individuelles. C’est un dernier sursaut, sans nul doute. Place à la future débâcle de ces sociétés féodales hors du temps.

La duplicité et l'hypocrisie saoudienne exposée au grand jour, c'est aussi la révélation de Wikileaks qui confirme ce dont on se doutait déjà : "derrière la façade du conservatisme wahhabite dans la rue, la vie nocturne de la jeune élite de Jeddah est palpitante", indique un mémo américain de novembre 2009, précisant que « la gamme entière des tentations et des vices est disponible - alcool, drogue et sexe - mais strictement derrière des portes closes". Le détail nous arrive peu après... toujours en provenance des mêmes sources, ces diplomates US, effarés de constater la disparité flagrante entre les propos officiels et la vie réelle". Effarés, ces diplomates, ce qui peut surprendre, alors qu'ils sont originaires d'un pays où sévissent les mêmes mœurs et les mêmes catégories d'individus ? Comme cette sordide histoire de pasteur noir de "megachurch" à Atlanta... aussi attiré par les jeunots que les afghans par leurs "dancing boys", visiblement. Le pasteur Eddie Long se "tapait" en coulisse le jeune Jamal Parris, alors âgé de 14 ans en lui demandant de l'appeler "papa"... le pasteur roulait en voiture de sport et cotoyait les plus grands (... alcooliques pas anonymes ?). Le mauvais gag, c'est que le pasteur pervers était réputé pour ses discours anti-gays ! Une "médiation" plus loin, un paquet de dollars largué plus loin, et le problème était réglé : enfin, l'affaire est toujours en cours (et les tarifs en augmentation ?). En l'acceptant, le pasteur reconnaissait d'une certaine façon sa conduite déplorable, mais évitait d'une certaine façon le procès dévastateur pour son image, où auraient été montrés pour sûr les détails les plus croustillants ou les plus graveleux. Le pasteur Long, ironie du sort, avait en un premier temps fait le même discours que Clinton niant devant les caméras ses relations avec Monica Lewinsky. Ses photos du montrant ses biceps était plutôt risibles qu'autre chose au pays du néant, où hélas le ridicule ne tue plus depuis longtemps.

La société saoudienne, elle, enfermée dans un carcan religieux d'un autre âge, n'est guère plus reluisante ou moins hypocrite, et fabrique chaque jour de la même façon ses déviants à son système féodal infernal et invivable. L'alcool et sa prohibition (et le châtiment lié à cette prohibition, auquel ont eu droit des touristes de passage pas au courant des mœurs locales) sont un des fléaux, selon le pouvoir en place, le sexe en est un autre : résultat, on sombre dans l'affligeant d'un pays jeune géré par des règles de vie à peine dignes du bas Moyen-Age. Avec comme exemples effarants un couple de touristes anglais (Ayman Najafi et Charlotte Adams), emprisonné pour s'être embrassé sur une plage de Dubaï (et avait même perdu en appel son procès !) ou le cas horrible de ce jeune français de 15 ans violé en plein désert alors qu'un des trois assaillants saoudiens âgé de 36 ans se révélera positif au virus du Sida. Ses parents, on les comprend, lanceront en représailles le site boycottdubai.com, soutenu, il faut le reconnaître, par l'Elysée, Sarkozy et Guéant en tête. 

Les exemples de l'inadéquation totale des lois du pays à un monde moderne abondent. L'homosexualité, prohibée religieusement, est le cas le plus évident. Alors, certains, parmi les plus riches, bien entendu (par principe, monarchique, ils ont tous les droits !) transgressent, le plus souvent loin de leur pays d'origine. Un émir vient ainsi d'être emprisonné à vie pour meurtre en Angleterre. Dans une inquiétante vidéo mise en ligne, on assistait au massacre à coups de poing et de pied de son amant-esclave sexuel dans une cabine d'ascenseur. Le meurtrier, Saud Abdulaziz bin Nasser al Saud était le "petit-fils par sa mère du roi Abdallah". L'homme, Bandar Abdulaziz, sera retrouvé mordu (?) et battu à mort dans le cinq étoiles (au Landmark Hotel) où ils étaient descendus tous deux et où l'émir distribuait les pourboires par rouleaux de billets (50 livres à chaque fois !), à condition que personne ne parle, bien sûr : l'argent permet tout, dit-on. Durant tout le procès, le prince saoudien a tenté de nier sa relation homosexuelle, interdite par sa religion : « Nous avions demandé un autre lit mais cela n'a pas été possible », s'est expliqué le prince après son arrestation, rapporte le Telegraph. « Nous n'avons pas utilisé le sofa parce que nous voyagions avec Bandar en égaux depuis le début. Je ne voulais pas qu'il se sente différent de moi parce qu'il dormait sur le sofa. » Une défense sérieusement entamée par les photos du serviteur nu retrouvés sur son téléphone portable..." commente ironiquement Le Telegraph. "La veille, les deux hommes avaient par ailleurs partagé le repas de la Saint-Valentin dans un restaurant italien. Deux escorts boys ont enfin témoigné avoir eu des relations sexuelles avec le prince quelques jours avant la mort de Bandar", selon la BBC. "Les éléments établissent de manière tout à fait concluante qu'il est homosexuel ou qu'il a des tendances homosexuelles », concluait ainsi le procureur". Bref, l'émir était homo, ce qui dans son propre pays était... interdit. D'où ses frasques ailleurs, à l'abri des regards... de sa propre population.

Evidemment, le meurtre avait eu lieu sous l'emprise de l'alcool et de la drogue, amenée dans les bagages. Mais c'est un des rares émirs à avoir été arrêté et condamné... car le Sheik Fallah bin Zayed bin Sultan Al Nahyan, deuxième personnage du royaume, lui, est passé au travers du filet de la justice suisse, en ayant tenté de séduire puis de violemment frapper à coups de ceinturon le businessman Silvano Orsi. Cette affaire trouble n'étant pas le seul cas d'homosexualité refoulée à Dubaï. Et bien entendu, il reste la drogue. Ah, la drogue : vieille pratique des nantis du désert, avec le kif, devenu cocaîne, comme quoi cette société sait aussi s'adapter quand elle le veut. Une coke qui circule par valises entières, y compris diplomatiques, et même par Boeings parfois ; ceux de ces fameux émirs, qui, à la place d'un "jet" de 12 places s'offrent des Airbus 380 (celui du Prince Mohamed Bin Issa Al Jaber) comme certains s'achètent une Clio (Renault avait joué avec ce paradoxe à la sortie de la voiture, si je me souviens bien). J'ai expliqué ailleurs le cas de l'avion bourré de coke de l'émir Nayif bin Fawwaz al-Shaalan al-Saud, qui a valu à son propriétaire une condamnation effective en France, lui interdisant désormais de poser le pied dans le pays.

Il y a quelques semaines, les policiers français de l'antidrogue réalisaient leur plus belle prise : c'était à Neuilly, chez une princesse émiratie. Du genre peut-être de celles qui ont parfois la main lourde avec le petit personnel, comme la princesse Raouada vivant à Bruxelles à l'hôtel Conrad. La presse belge parle ainsi de l'affaire : "Le calvaire dans un cinq-étoiles". Idem aux USA. A Neuilly il y en a pour 110 kilos de cocaïne, ce qui peut difficilement passer pour de la consommation personnelle (avec ça, Delarue tient plusieurs années quand même). On est bien en face d'un réseau "destiné à alimenter le marché parisien". Très vite, sur les médias, dont ici TF1 ; on affirmera que l'appartement "était en travaux et les princes et princesses absents". La presse ne reprenant pas la même théorie. Europe 1faisant comme TF1 en affirmant que "l'appartement appartient à une famille du Moyen-Orient qui a été "mise hors de cause" dans cette affaire, a assuré le directeur de la police judiciaire de Paris". On comprend mieux pourquoi ces dénégations en regardant certaines photos. Ce n'est pas toujours le moment de révéler certaines affaires louche, tout simplement. Alors, dans l'attente d'un contrat mirobolant, on se tait.

Car ces princes savent aussi se montrer plus que violents avec leurs serviteurs, où avec des personnes qui avec qui ils avaient pu être en relation commerciale. Chez eux, ça se règle semble-t-il aussi à coups de ceinturon. L'épisode dantesque de cette fureur possible a fait le tour de la planète en janvier de cette année lorsque quelqu'un a mis en ligne la vidéo du prince rouant de coups et finissant par passer dessus avec sa voiture un homme qui l'aurait trompé, selon lui, un homme appelé Mohammed Shah Poor, un marchand de grain, et qui lui devait 5 000 dollars, paraît-il. Effarante séquence où le prince déchaîné fait tenir celui avec qui il veut régler ses comptes par son propre service d'ordre qui assiste à la scène, mais aussi avec un homme en uniforme de la police de présent ! Une police toute dévolue au seul émir ! Or l'homme qui frappait ainsi n'était autre que le Sheikh Issa bin Zayed al Nahayan ; le propre fils de l'ancien Président des Emirats, et le demi-frère de Mansour bin Zayed Al Nahyan, lui-même frère de Khalifa bin Zayed Al Nahyan et le frère également du prince d'Abou Dhabi, Mohammed bin Zayed Al Nahyan  (ici salué par le fondateur du Cohen Group) ! La séquence de tortures, car c'est bien le nom (l'homme a été frappé avec une plancher muni de clous, et a été sodomisé avec un morceau de bois) durait 45 minutes ! On découvrira plus tard que c'était sa 25 eme attaque sur des personnes, au sheikk déchaîné !

Sans oublier l'exploitation des enfants dans ce sinistre tableau : en pleine débâcle financière, le Sheikh favori des hippodromes anglais ou français (ceux qu'affectionne Eric Woerth) se faisait tacler sur l'emploi d'enfants jockeys sur ces chameaux : "La justice américaine a ouvert mercredi une procédure contre l'émir de Dubaï et son frère, les accusant d'avoir réduit en esclavage quelque 30 000 enfants ces 30 dernières années, afin de les utiliser comme jockeys dans des courses de chameaux, selon des avocats. L'acte d'accusation, qui se fonde sur les lois internationales interdisant l'esclavage et le travail des enfants, met en cause l'émir de Dubaï et vice-président des Emirats Arabes Unis, Cheikh Mohammad ben Rached Al-Maktoum, son frère Cheikh Hamdan ben Rached Al-Maktoum, ainsi que d'autres responsables." Ce qui n'empêchait pas ce dernier d'arpenter quelques semaines plus tard sa dernière acquisition. La précédente étant celle-ci. Quand aux projets immobiliers délirants, ils sont désormais partis aux oubliettes de l'histoire des projets prétentieux. Le 14 décembre 2006 la société Nakheel Development Limited avait émis le plus grand emprunt obligataire islamique jamais fait pour bâtir ce projet pharaonique, façon Madoff : trois ans après tout s'effondrait, et la gigantesque tour  de 828 m de haut, à peine bâtie, voyait ses ascenseurs se gripper : tout un symbole, décidément... on retrouvait récemment sur la seule île construite le frère de Massoud, l'homme qui sort d'Agfhanistan avec des valises pleines de millions de dollars... 52 millions, en billets.

Quid donc de ses émirs et de leur duplicité fondamentale ou de leur violence cachée ? Un livre passionnant, que je vous recommande, a fait le tour de la question et sa conclusion est assez étonnante : selon cet ouvrage passionnant signé Gilles Kepel "Jihad, expansion et déclin de l'Islamisme", le wahhabisme, dérivé saoudien de l'islam se mourrait littéralement en fait dans les années 80-90 : l'évolution des mœurs était en marche, inéluctable, dans la population, et seule une frange de fêlés de la religion s'accrochait à de vieilles valeurs, ou tentait d'en exhumer face à la "dépravation" annoncée. En réalité, comme au Moyen-Age, les responsables du pays avaient bien compris cette inéluctable évolution et l'usage qu'ils pouvaient faire de la religion afin d'asseoir un pouvoir de type absolu, prétendu de droit divin.

Dans l'histoire des temps, ça a toujours été le meilleur rempart contre les révoltes... qui pouvaient toujours se transformer en révolution : il suffisait d'une révolte des ventres affamés plus forte que les précédentes : des pays du Maghreb ont connu au XXe siècle des révoltes du pain dans des pays non féodaux qui ont fait vaciller le pouvoir (en Egypte et en Algérie, notamment). Tant que l'on ne coupera pas la tête d'un roi de France, on croira qu'il a le sang bleu, et qu'il est une sorte d'extraterrestre vivant parmi les humains et était donc... intouchable. Les émirs saoudiens le savent bien, mais ils ont choisi la solution de facilité, celles de lois hyper-strictes associées à une répression féroce afin d'asseoir leur autorité du temps de leur vivant (rien n'est prévu à long terme comme évolution de société : c'est un système clos et figé, s'il y a bien un parlement, il est croupion). Ce sont des Louis XVI en gandoura, en quelque sorte. Ça tiendra bien chez eux encore une ou deux générations : en France ça a tenu au minimum huit siècles ! Les habitants du pays ne sont pas des êtres humains à part entière, mais des serfs ; "taillables et corvéables à merci". Leurs travailleurs sont leurs esclaves. On n'a pas rêvé meilleure dictature : elle est de droit divin.

Ce que ne décrit hélas pas le livre paru en 2000 c'est l'évolution récente de cet extrémisme religieux, au départ portion infinitésimale dans le pays, qui s'est en fait renforcé ses dernières années, au même moment où le pouvoir absolu se renforçait : car les deux vont de pair, cela va de soi. Cela donne une sorte de Louis XVI doté de moyens technologiques comme les caméras de surveillance ; installée dans une société hypersurveillée, via une police non contrôlée par un parlement mais au service du seul monarque, qui en use et abuse comme bon lui semble, et où la délation est récompensée : imaginez donc le désastre pour les plus démunis. Parfois, ça conduit certains à des envies de meurtre du dirigeant du pays, comme ce fut le cas pour l'un des récents monarques, abattu au pistolet. Souvent, c'est par un des membres du cercle restreint autour du dictateur, et non lié à un mouvement d'opposition, bien incapable de s'organiser sous une telle répression. Il n'y a pas 35 ans que le roi Fayçal est mort. Le roi d’Arabie saoudite, assassiné au pistolet le 25 mars 1975, pendant une audience avec le ministre du pétrole du Koweït : l'assassin était son propre neveu. On mettra soigneusement en scène sa décapitation, afin de mater dans l'œuf toute velléité de recommencer. Il aura la tête tranchée au coup de deux essais d'un bourreau plutôt...maladroit.

Le roi Fahd, son successeur, disparu en 2005, se révélera pire que la légende de Louis XVI "Margaret Thatcher eut à son égard cette formule cruelle : « Il ne sait rien dire par lui-même. » Ceux qui l'ont approché ont tous remarqué son apathie, son peu de goût pour sa charge royale, sa difficulté à prendre des décisions. Son visage en rendait bien compte : il transpirait l'ennui". Fahd, un homme d'Etat ? Surtout pas : " Les documents, dont certains de la plus haute importance, s'entassent sur son bureau pendant des semaines. Quand il est fatigué de les voir, il appelle un de ses aides et lui demande de les prendre sans qu'il en ait lu un seul. Je n'ai jamais vu quelque chose comme ça, une totale absence d'intérêt pour quoique ce soit. » La seule chose qui a pu vraiment l'intéresser, à part les voitures moches, c'était les casinos, au point de perdre en en 1962 20 millions de deutschmarks à Monte-Carlo, en une seule soirée ! Résultat, sous son règne larvaire, il va laisser monter un extrémisme qui atteindra un paroxysme en 1979 avec la prise pendant 14 jours de la Mecque par des islamistes radicaux. Les 63 décapitations qui s'en suivront ne tariront pas la veine débutée : l'islamisme radical va dévorer ce pouvoir faible et s'imposer dans le pays, à contrecourant de l'évolution de la société et des mœurs. La faute aussi à un roi qui se fichait de son propre pays. Il l'aura fait pendant 13 ans (atteint d'une commotion cérébrale en 1995, qui le force à se retirer du pouvoir, il mourra dix ans après).

Ce que nous dit aussi ce livre, c'est ce n'est pas dû uniquement à un pouvoir faible : que chaque civilisation a été confrontée au même problème : juste avant de mûter, arrivée à un point d'inflexion des mœurs, notamment, elle voit resurgir de vieilles théories conservatrices, un peu comme une dernière apparition de ce qui sera bientôt révolu : lorsqu'en France le courageux député Lucien Neuwirth, soutenu par Simone Weil, réussit à imposer les lois sur l'avortement, au même moment une frange ultraconservatrice de l'église dirigée par Mr Lefebvre apparaît et renforce son discours. Et quarante ans après, un pape réactionnaire (c'est un pléonasme depuis les successeurs de Jean XXIII) remet la même idée sur le tapis, pour éviter d'avoir à admettre officiellement, qu'il a laissé propager le Sida en Afrique notamment, en interdisant l'usage du préservatif !

Comme le souligne dans sa critique Vincent Vier, pourtant, l'islam, historiquement, s'acheminait avant 2000 vers un islam modéré, et c'est bien ce que disait Kepel. "La thèse défendue par Kepel est la suivante : le développement de l’Islamisme correspondrait à une phase de tension liée au contexte socio-économique et politique des années 1970-80, mais sa faillite à la fin du siècle ouvrirait la voie au pluralisme et à la démocratie. Il convient ici d’explorer plus en avant cette argumentation afin de mieux l’analyser. D’une part, nous dit l’auteur, l’avènement d’une nouvelle ère (moindre pression démographique et exode rural ralenti ; mondialisation accélérant l’occidentalisation) créerait aujourd’hui des conditions moins favorables à l’Islamisme. D’autre part, l’expérience d’une phase de repli identitaire permettrait paradoxalement à ces sociétés, en réaction à ces excès, de s’approprier pluralisme et démocratie, notions jusqu’alors perçues comme d’importation occidentale. Kepel montre que, lasses des promesses non tenues et des violences, les populations rejettent effectivement autoritarisme politique et Islamisme, de plus en plus renvoyés dos à dos, et ressentent une profonde aspiration au pluralisme. L’inflexion du discours islamiste modéré, qui s’inspire désormais de principes hier encore honnis (notamment en matière de droits de l’homme) s’inscrirait dans ce contexte nouveau". Qu'est ce qui a bien pu gripper le processus inéluctable, sinon l'attentat du 11 Septembre, en définitive, et la mise en valeur dans des proportions effarantes d'un individu devenu le chantre d'une vision réactionnaire de l'islam née en Egypte, et n'ayant séduit jusqu'alors qu'un petit groupuscule de fanatiques ?

A partir de cette réflexion, une idée fondamentale apparaît en effet : n'aurait-on pas assisté à une coalition de fait entre un pouvoir wahhabite chancelant, fruit d'une hérésie religieuse selon certains, qui voyait la démocratie annoncée venir lui enlever sa place dans un délai de plus en plus bref, comme en Iran au seuil de l'an 2000 avec leurs mollahs chiites, et un autre pouvoir désireux de se trouver un ennemi lui permettant de tenir à flot une économie de guerre reposant sur les contrats faramineux passés à sa propre armée ? N'aurait-on pas assisté à l'accord entre deux pouvoirs afin de réallumer les flambeaux d'une vision de l'islam traditionnel qui périclitait ? Pour moi, ça ne fait aucun doute : il y a trop de preuves de l'ingérence de l'Arabie Saoudite dans les préparatifs ou la dissimulation de cet événement majeur. Je vous ai déjà dit, à la suite du visionnage de Power of Nighmares, qu'Al-Qaida était une fabrication complète et désormais un label apposé à n'importe quel mouvement terroriste inorganisé. Cela se confirme une nouvelle fois. L'islam, comme toute religion, ça se manipule, et ces dernières années le démontrent.

Gag ultime : on apprenait juste avant Noël que le plus prestigieux hôtel parisien le Crillon, passé depuis sous le contrôle de capitaux américains, venait d'être finalement revendu à un saoudien. " Vendu à un "membre éminent de la famille royale d'Arabie Saoudite", a annoncé aujourd'hui dans un communiqué le vendeur, Groupe du Louvre, filiale du fonds américain Starwood Capital" nous annonce ce jour-là avec une fausse pudeur grotesque le Figaro. Car tout le monde connaît le Sheik racheteur... et auteur du chèque de 250 millions d'euros. Un Sheikh qui a fait une affaire, semble-t-il. En juillet , il en valait encore davantage, cet établissement : "le palace serait convoité par Qatari Diar, pour un montant avoisinant 420 M€, selon la station de radio BFM. Il conviendrait d’y ajouter 60 M€ pour la rénovation de l’hôtel." Mais la crise est passée par là ; et c'est le milliardaire saoudien Mohamed ben Issal al Jaber, 891éme fortune mondiale selon Forbes, qui a raffé la mise, en en rachetant à Starwood 12 bâtiments d'un coup pour 1,6 milliard d'euros. Le Sheikh a fait fortune dans le... blé, avant de se mettre aux établissements hôteliers. A Paris un achat doublé de constructions nouvelles en échange : "En outre, MBI avait annoncé début juillet un investissement de plus d'un milliard d'euros pour la construction de deux tours à Levallois, dans la proche banlieue parisienne. Ces tours, dont l'achèvement est prévu pour 2012, représenteront une surface totale de 125.000 m² abritant des bureaux et un hôtel de luxe de 400 chambres". Levallois, dont le maire est Patrick Balkany, dont la gestion financière semble pour le moins laisser à désirer. Mais Mohamed ben Issal al Jaber valait bien une messe, visiblement. Après la Françafrique (et les terribles révélations dévoilées par El Pais, sur Omar Bongo, qui a remplacé Bokassa et ses diamants, visiblement !), voilà la FranceMoyenOrient. Interdira-t-on l'alcool pour autant au Crillon ? En tout cas, Levallois s'achemine tout droit pour imiter Dubaï !

Tant qu'il y aura toujours des gens pour leur dérouler le tapis rouge, et fermer les yeux sur leur brutalité d'un autre âge, on ne voit pas en quoi ils devraient changer. Seul leur peuple révolté leur annoncera un jour qu'ils ne sont plus rois, et qu'un pouvoir véritable ne peut être divin, mais démocratique. Sans le 11 Septembre, on en serait tout proche. Cela n'a fait que retarder l'échéance.

 

PS : Extrait du livre de Kopel sur l'évolution de l'Iran : 10 ans après, elle reste exacte, et Mahmoud Ahmadinejad n'est autre qu'un des derniers soubresauts réactionnaires du pays : 

"Puis tout au long de la décennie 1990, la démographie même, dont les gonflements rapides avaient tant servi la cause islamiste vingt ans plus tôt, en précipitant à la périphérie des villes des jeunes qui se soulevèrent pour elle, renversa ses effets. A l'explosion de la population a succédé une baisse régulière et rapide de la natalité, chez les nouveaux urbains confrontés à des problèmes insolubles de logement, et dont les femmes, en ayant accès au travail, sont obligées de réguler leur fécondité, en fonction des contraintes citadines. Par-delà l'idéologie nataliste des militants islamistes, qui voient dans la multiplication des berceaux la promesse de combattants pour les jihads de demain, les jeunes couples qui vivent dans les métropoles du monde musulman en l'an 2000 se déterminent d'abord selon leurs aspirations concrètes au mieux-être. Celles-ci passent par une baisse de la natalité, qui substitue aux fratries de sept membres et plus qui étaient encore la norme il y a vingt ans des familles de deux outrois enfants Contrairement à leurs parents, pour la plupart nés à la campagne et passés par les traumatismes de l'exode rural, ils ont vu le jour en ville. Ils partagent la même culture écrite que leurs pères, alors que ceux-ci, première génération alphabétisée en masse, étaient séparés de leurs propres parents, ruraux et illettrés, par un gouffre culturel propice aux ruptures et à la pénétration de l'idéologie islamiste radicale. Les enfants des barbus ne croient plus aux rêves qui peuplaient l'imaginaire de la génération précédente, dans les années 1970. C'est dans la République islamique, deux décennies après la victoire de Khomeini en 1979, que ce phénomène est aujourd'hui le plus éclatant. Le vingtième anniversaire de la révolution a vu arriver à l'âge adulte une génération qui n'a pas connu l'époque du chah. Elle subit un chômage massif, une morale répressive et un ordre social figé, dominé par la hiérarchie religieuse, les Fondations qui contrôlent l'économie en liaison avec les marchands du bazar, et l'ensemble des profiteurs de la République islamique, opposés à toute réforme qui saperait leur pouvoir. En 1997, lors de l'élection présidentielle, cette jeune génération a voté sans équivoque contre le candidat de l'establishment religieux, M. Nategh Noun, et pour le candidat du « changement », M. Khatami. Ce changement s'effectue de manière graduelle : le président est lui-même issu du sérail, porte le turban, et sa marge de manoeuvre reste limitée tant que les deux autres centres du pouvoir, le Parlement et le Guide de la Révolution, demeurent entre les mains du clan « conservateur » qui maîtrise une large part de l'appareil judiciaire et répressif. Les élections législatives du 18 février 2000 viennent d'être remportées haut la main par les candidats réformateurs, signe indubitable que la société se prononce désormais contre l'ordre social et moral hérité de Khomeini. Les incertitudes sur les modes de transition de l'ère islamiste au « postislamisme » évoquent les débats autour du « postcommunisme » dans les sociétés anciennement soviétiques. Dans les deux cas, quelle que soit l'issue, la situation présente témoigne de l'échec éthique d'un modèle, devenu désormais un moment historiquement daté, dépassé et rejeté, et non plus une utopie porteuse d'avenir".

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 21:19
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http://www.laterre.fr/article.php3?id_article=738
Le genièvre, une eau-de-vie accrochée à son terroir
 
Pecket chez les hollandais et les belges, Aquavit dans les pays scandinaves ou Gin chez nos voisins anglo-saxons, le Genièvre est une eau de vie aromatisé aux baies de genévriers, produite uniquement dans le Nord-Pas-de-Calais. Trois distilleries assurent la totalité de la production. Deux en région Lilloise, à Loos et à Wambrechies et une à Houlle, dans le Pas-de-Calais. La distillerie Persyn y défend une tradition et un savoir-faire familial. Découverte d’un alcool* vraiment pas comme les autres.

Depuis 1812, trois familles se sont succédées. Le créateur de la distillerie, Decocq, est un agriculteur, un gros propriétaire semble-t-il. En 1870, la famille Lafoscade, des agriculteurs également, reprennent l’exploitation. Et font du genièvre, jusqu’à présent considéré comme un alcool populaire, de masse, un produit de marque. Embouteillage, étiquette, garanti de la recette, Le genièvre de Houlle se démarque. La 1ère guerre mondiale passe en épargnant la fabrique. En 1939, par contre, la famille fuit la région et se réfugie à Paris. A la fin de la guerre, Jean-Marie Persyn, père des propriétaires actuels, monte à la capitale accompagné de son frère. Il demande aux cousins Lafoscade s’ils vont revenir et remettre en route l’exploitation. Jean-Marie PERSYN rachète finalement et se met à l’ouvrage. L’ancien matériel est toujours là et a peu souffert. Grâce à d’anciens ouvriers, il apprend sur le tas et redémarre la distillerie. En 1969, il passe la gérance à son fils Hugues, qui supervise principalement la production. En 1984, son frère Jean-Noël rejoint l’entreprise pour s’occuper des aspects juridiques et commerciaux.


Un peu d'histoire


« Le genièvre est né aux Pays Bas au 15ème siècle. On sait fabriquer de l’alcool depuis toujours en fait. Un apothicaire, De-La-Boé, a eu l’idée de l’aromatiser avec des baies de genièvre, connu pour des vertus médicinales, diurétiques, digestives, et considéré comme un médicament. Les premières traces de commercialisation, en bouteille, à grande échelle, avec une marque viennent de la Hollande, en 1650 avec Boels-Schiedam. »Explique Jean-Noël Persyn, responsable de la commercialisation. La Flandre et l’Artois passent sous la couronne du royaume de France avec Louis XIV. La fabrication d’alcool à partir de grains est très réglementé. Il faut attendre finalement la révolution, et le 1er empire pour qu’enfin les choses s’éclaircissent. Les premières distilleries apparaissent dans le Nord vers 1810. Vers 1850, il y avait près de 70 établissements dans la région. Souvent une aubaine pour les agriculteurs qui faisaient l’alcool l’hiver (double activité) récupérant, en outre, la « drèche », le premier résidu, non alcoolisé, du premier passage en alambic comme aliment pour le bétail.


Del’alambic à la bouteille


Première étape de fabrication, la saccharification ; elle nécessite 300 kilos de farine de céréales et 3000 litres d’eau. Seigle, orge et avoine sont mélangés, broyés pour formé cette farine. Elle est mélangée à de l’eau très chaude (65°) pour produire un moût sucré au bout de trois heures. Puis la température est baissée par ajout progressif d’eau froide à 38°. C’est à cette étape qu’est ajoutée la levure. La fermentation commence alors. Pendant trois jours, l’alcool se forme à partir des matières sucrées. Pas d’ajout, ni de modification pendant cette période. « On préfère laisser faire la nature » souligne Jean-Noël Persyn. Les 3000 litres de mout sont ensuite chauffés dans l’alambic dont ressortira finalement 600 litres d’alcool à 18° ; Ce résultat, appelé « les flegmes », est soumis à un deuxième passage dans l’alambic d’où sortira 1500 litres d’un alcool à 36° appelés « les imparfaits ». À chaque étape, 3000 litres sont nécessaires. Il faut donc renouveler le processus jusqu’à que la quantité nécessaire pour la fabrication soit disponible. 3000 l d’imparfaits repartiront pour un troisième passage en alambic. C’est là que les baies interviennent. Un sac de jute contenant 5 kilos de baies de genévriers est mis à flotter dans l’alambic pour l’imprégnation et le parfum. C’est là que le genièvre prend vie. Il part ensuite vieillir en fût de chêne du Limousin. La mise en bouteille s’effectuera plus tard. Après un an pour le « Houlle carte Or » qui titre 40° ou trois ans pour le « Carte noir (« 49°), de fait plus ambré ; Deux autres cuvées « le spécial » et le « brut de fût » (600 bouteilles par an seulement) vieillissent 5 ans. En tout, ce sont 50000 bouteilles qui sortent par an de la distillerie Persyn. Une production volontairement limitée pour garder une dimension artisanale et la maitrise sur un savoir faire proche d’un terroir. La consommation du genièvre est associé jusqu’au années 70 aux ouvriers du textile et aux mineurs. La « bistouille », consommation conjointe du café et du genièvre est une façon commune de se donner du cœur à l’ouvrage dans ces métiers difficiles. Depuis, production et consommation ont énormément chuté. Et pris des lettres de noblesse. Le Houlle est désormais sur la carte des plus grands restaurants. Macarons, saucissons, gaufres, glaces et autres spécialités empruntent son parfum. Pour les grands cuisiniers, le genièvre de Houlle, est un révélateur de goût. Un livret de recettes est même en préparation C’est une petite rivière qui se jette dans l’Aa, fleuve côtier bien connu des cruciverbistes, qui donne son nom au village et au genièvre par ricochet. Quelque soit la façon dont vous choisissez de le déguster, glacé ou flambé, en apéritif ou en digestif, sachez apprécier avec modération.


Distillerie PERSYN Pas-de-Calais 19 route de Watten 62910 HOULLE Boutique sur place, vente à emporter. Présentation de la distillerie et visites de groupes sur rendez vous : Tel : 03 21 93 01 71. Fax : 03 21 39 25 36 www.genievredehoulle.com

Recettes

Le cocktail de Noël :

1/7 de sirop d’agrumes, 4/7 de jus d’orange, 2/7 de genièvre de Houle. Bien mélanger et servir sur un ou deux cubes de glace.


Le trou « flamand » :

Remplace de plus en plus le trou normand. Sur une boule de sorbet (pomme, poire, citron...) verser 2 cl de Genièvre de Houlle. Servir aussitôt


Crêpes flambées à la Houlloise :

Faire des crêpes très fines. Les enduire de confiture de groseilles, puis les rouler et saupoudrer de sucre fin. Passez les à four chaud cinq minutes. Faites chauffer une dose de Genièvre, arroser les crêpes et flamber

*l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.


par Franck Jakubek
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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 21:18
la terre
http://www.laterre.fr/article.php3?id_article=732
Cévennes. Notre périple culinaire traverse cette semaine les Cévennes à travers des sentiers qu’empruntèrent jadis Robert Stevenson et son annesse Modestine. Un régal !

Contrairement à certaines idées reçues, les Cévennes, chaîne montagneuse faisant partie du Massif central, ne recouvrent pas les seuls départements de la Lozère et du Gard. Elles chevauchent aussi le Tarn, l’Aude, l’Hérault, l’Aveyron, l’Ardèche, le Rhône et la Loire. Elles furent longtemps le théâtre d’une guerre horrible dite des camisards, opposant protestants et catholiques. C’est ce qu’assure une histoire officielle se cachant, selon nous, derrière le petit doigt des religions pour insulter des gens du peuple, traités tour à tour de fanatiques, d’intolérants, de brigands, d’impies... N’étaient-ils pas le plus souvent de braves et honnêtes paysans se battant contre les aïeux de nos actuels Cac 40 et autre bande du Fouquet’s qui les rançonnaient sans cesse en les privant de toute liberté ? Refermons là cette question. Allégeons maintenant le bât de Modestine et « cassons la croûte ».


DES PLATS SIMPLES ET RUSTIQUES


La gastronomie cévenole est née du labeur de paysans tirant depuis des siècles leur subsistance de maigres récoltes et de quelques troupeaux qu’un sol plutôt ingrat peine à nourrir. Aussi n’est-il pas étonnant qu’elle obéisse à deux principes essentiels : ne rien laisser perdre, et bien accommoder les restes. Et elle ne manque certes pas d’imagination ! Il suffit pour s’en convaincre d’avaler un bon bol de soupe du noctambule, de se régaler d’une quiche aux bettes mixées avec du jambon rose, de s’exciter les papilles avec une coupétado, pâtisserie mêlant des tranches de pain sec avec du lait, des oeufs, des pruneaux, des raisins secs, et une gousse de vanille. Un délice avec une crème Chantilly ou une gelée de fleurs de pissenlits  ! Côté fromage, un pélardon à base de lait de chèvre, déjà apprécié paraît-il par les Romains, au 1er siècle de notre ère. Dans les verres, un rouge ou un blanc d’Uzès, le meilleur breuvage du royaume affirmait en son temps un certain Jean Racine. Un petit creux ? Une tartine de pain couverte de gelée de baies de cynorhodon devrait le combler. Qu’est-ce que le cynorhodon ? Du « grattecul  », tout simplement ! Bon appétit.

 


La recette : tarte pélardon courgettes


Pour 8 personnes : 1 pâte feuilletée, 2 pélardons, 4 courgettes, 20 cl de crème fraîche, 1 oeuf, 1 bouillon cube, romarin, sel, poivre, huile d’olive. Préchauffer un four à 210°C. Laver les courgettes, ôter leurs extrémités. Débiter en fines rondelles. Cuire dans de l’eau avec le bouillon cube. Egoutter. Foncer un moule à tarte avec la pâte. Piqueter. Disposer un lit de courgettes. Battre la crème avec l’oeuf, l’assaisonner avec le romarin, le sel, le poivre et l’huile. L’étaler sur les courgettes. Ajouter un 2e lit de courgettes. Parsemer de pélardons débités en dés. Enfourner 20 mn. Servir chaud ou tiède.

Les balades gourmandes d’André Danger en 2010

Les abonnés les auront conservés et les non-abonnés peuvent découvrir La Terre en s’abonnant (rubrique s’abonner : 3 mois pour 10 euros)+ 5 balades gourmandes au choix. Les deux peuvent toujours commander les pages en pdf à laterre@laterre.fr Les voici :
  balade gourmande en Picardie (La terre n° 3402)
  balade gourmande en Alsace (La terre n° 3404)
  balade grourmande en Auvergne (La Terre n° 3405)
  balade gourmande chez les ch’tis (La Terre n° 3406)
  balade gourmande en Bourgogne (La Terre n° 3407)
  balade gourmande en Aquitaine (La Terre n° 3408)
  balade gourmande chez les Gones (La Terre n° 3409)
  balade gourmande dans le maquis corse (La Terre n°s 3410 et 3429)
  balade gourmande en pays basque (La Terre n°s 3411 et 3437)
  balade gourmande dans La Dombes (La Terre n° 3412)
  balade gourmande en pays savoyard (La Terre n° 3413)
  balade gourmande en pays de la Loire (La Terre n°3414)
  balade gourmande dans le Berry (La Terre n°s 3415 et 3424)
  balade gourmande en Charente-Martime (La Terre n° 3416)
  balade gourmande en Lorraine (La Terre n° 3417)
  balade gourmande en Ariège (La Terre n° 3418)
  balade gourmande au pays des châtaigners (La Terre n° 3419)
  balade gourmande en Lozère (La Terre n° 3420)
  balade gourmande en Provence-Alpes-Côte d’Azur (La Terre n° 3421)
  balade gourmande en Champagne-Ardennes (La Terre n° 3422)
  balade gourmande en Cerdagne (La Terre n° 3423)
  balade gourmande chez Charles VII (La Terre n° 3424)
  balade gourmande en Corrèze (La Terre n° 3425)
  balade gourmande en pays tourangeau (La Terre n° 3427)
  balade gourmande en Bretagne (La Terre n° 3428)
  balade gourmande chez les maçons de la Creuse (La Terre n° 3430)
  balade gourmande en Seine-et-Marne (La Terre n° 3431)
  balade gourmande en Sologne chez les soeurs Tatin (La Terre n° 3433)
  balade gourmande en Thiérache (La Terre n° 3434)
  balade gourmande dans les Landes (La Terre n° 3435)
  balade gourmande en France-Comté (La Terre n° 3436)
  balade gourmande dans le Forez (La Terre n° 3438)
  balade gourmande en Artois (La Terre n° 3439)
  balade gourmande au pays du piment d’Espelette (La Terre n° 3440)
  balade gourmande au pays du Cantal (La Terre n° 3441)
  balade gourmande au pays du Cassoulet (La Terre n° 3442)
  balade gourmande en Aubrac (La Terre n° 3443)
  balade gourmande en Saintonge (La terre n° 3444)
  balade gourmande dans le Béarn (La Terre n° 3445)
  balade gourmande dans le Dauphiné (La Terre n° 3446).

par André Danger
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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 21:14

Le_Veau_d_or.jpg

Avec ses parures colorées, l'automne, merveilleuse saison bénie des gourmands, est arrivé. Les vendanges ne sont pas terminées. La chasse est ouverte : colverts, sarcelles, perdreaux, lièvres, garennes, sangliers, chevreuils, vivent des temps difficiles. Noix, châtaignes, pommes, poires, figues éclatantes, raisins noirs ou dorés, champignons parfumés, potimarrons ou autres cucurbitacées insolites, jouent des coudes pour parader à notre table. Avec la pluie des jours derniers et quelques beaux rayons de soleil, les champignons devraient être au rendez-vous automnal. Dans les prés, mousserons ou rosés ne demandent qu'à être ramassés. Dans les prés, et plus particulièrement en bordure et sur les talus, les coprins chevelus mènent une existence éphémère. Dès qu'ils poussent, il faut sans tarder les ramasser, car ils présentent la particularité de tomber rapidement en déliquescence, ils deviennent noir encre. Le coprin chevelu est un des meilleurs champignons que je connaisse, mais il faut le ramasser dans la fleur de l'âge et le consommer le plus tôt possible.

Petit ou énorme, le cèpe trapu est parmi les champignons d'automne les plus recherchés. Mais la trompette de la mort lui vole parfois la vedette. J'ai encore en mémoire les paniers entiers de trompettes de la mort, de toute beauté, ramassées l'année dernière dans la Nièvre du côté de Corbigny, je ne peux vraiment pas vous en dire plus !

La recette que je vous propose de réaliser nécessite des cèpes pas trop gros, disons gros comme le poing.

SAUTÉ DE VEAU AUX CÒPES

Ingrédients pour quatre personnes : 1,2 kg net de sous-noix de veau, 1 kg de cèpes de Bordeaux, 30 cl de vin blanc sec, 30 cl de crème fluide, 1 oignon, 3 échalotes, 3 carottes, un bouquet garni, 3 clous de girofle, 3 cuillères à soupe de farine, 6 grosses gousses d'ail, sel fin de mer, poivre du moulin, huile d'olive, eau, du persil plat.

Réalisation : détailler en morceaux de 40 g la sous-noix de veau, enlever les nerfs, le " surplus " de gras. Dans une cocotte, verser un peu d'huile et lorsqu'elle est bien chaude, saler une face de la viande et déposer les morceaux dans la cocotte. Une fois bien dorée du côté salé, saler le dessus des morceaux et les retourner. Lorsque la viande est bien rissolée, l'égoutter. Profiter que le veau dore pour éplucher, laver, émincer carottes, oignon, échalotes. Éplucher les gousses d'ail. Faire suer les oignons, carottes, échalotes dans la cocotte (conserver un peu de gras), au bout de deux minutes, ajouter la viande, saupoudrer de farine, bien remuer et cuire 3 à 4 minutes sur feu modéré. Déglacer avec le vin blanc, ajouter l'ail, le bouquet garni, les clous de girofle, mouiller à hauteur avec de l'eau. Cuire ce sauté à petits bouillonnements durant 1 h 30, ajouter un peu d'eau en cours de cuisson. Nettoyer et parer, à l'aide d'un pinceau, d'un petit couteau et de l'essuie-tout légèrement humide les cèpes. Les détailler en morceaux. Faire chauffer fortement 5 cl d'huile d'olive dans une poêle, y faire dorer les cèpes 5 à 6 minutes à feu vif, saler, les égoutter. La viande ayant cuit 1 h 30, la verser avec la sauce dans un plat à gratin. Redéposer un à un les morceaux de veau dans la cocotte, en éliminant les légumes qui y seraient collés. Passer au chinois la sauce sur la viande, ajouter la crème, les cèpes, poivrer à votre goût, saler légèrement si nécessaire. Poursuivre la cuisson encore 40 minutes à feu doux. Laver, émincer quelques brins de persil plat.

Répartir le sauté de veau aux cèpes sur des assiettes chaudes, napper de sauce, une pincée de persil pour le goût et la couleur. Servir.

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 21:09

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Le défunt président gabonais aurait détourné 30 millions d'euros à son profit et à celui de partis français. L'argent aurait surtout profité à Jacques Chirac et à Nicolas Sarkozy.


Près de 30 millions d'euros auraient été détournés de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) à son profit par le défunt président gabonais Omar Bongo et auraient aussi profité à des partis français, selon des notes diplomatiques américaines divulguées par Wikileaks, visibles mercredi sur le site de El Pais.

Cette information a été donnée quatre jours après la mort de M. Bongo, en juin 2009, par un haut fonctionnaire de la BEAC à un diplomate de l'ambassade américaine au Cameroun, précise le journal espagnol.

Selon la même source, "les dirigeants gabonais ont utilisé les fonds détournés pour leur enrichissement personnel et, suivant les instructions de Bongo, ont remis une partie de l'argent à des partis politiques français, y compris en soutien au président Nicolas Sarkozy".

L'argent aurait profité "aux deux camps, mais surtout à droite, en particulier à (l'ancien président français Jacques) Chirac mais aussi Sarkozy". "Bongo était le président africain préféré de la France", a ajouté cette source.

La BEAC regroupe les réserves des Etats membres de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale: le Gabon (qui en désigne le gouverneur), le Cameroun (où est situé le siège), la République du Congo, la République centrafricaine, le Tchad et la Guinée Equatoriale.

Selon le câble datant de juillet 2009, le gouverneur de la BEAC, le Gabonais Philip Andzembe, avait placé en secret 500 millions d'euros dans un investissement à haut risque de la banque française Société Générale.

Après que ce placement non autorisé a été rendu public, un audit de la BEAC a été mené et "a révélé des malversations encore plus larges et plus audacieuses, liées à la hiérarchie des officiels gabonais", a indiqué le fonctionnaire à l'origine de cette information.

"L'enquête interne a montré que 36 millions de dollars (environ 28 millions d'euros, ndlr) ont été détournés via des chèques à des hauts responsables du Gabon", a-t-il dit.

Le clan au pouvoir au Gabon, "dont le défunt président Omar Bongo et son fils Ali, ministre de la Défense et candidat à la présidence (élu depuis à la tête du pays, ndlr), a bénéficié du détournement de fonds", indique le document.

"Cette ambassade n'est pas en mesure de vérifier la véracité de l'accusation selon laquelle des hommes politiques français ont bénéficié du détournement de fonds", se contente de conclure le câble, signé de l'ambassadeur américain au Cameroun Janet Garvey.

Une enquête est en cours en France sur le patrimoine dans l'Hexagone de trois présidents africains et de leurs proches, dont Omar Bongo, suite à une plainte de Transparency International, une ONG spécialisée dans la lutte contre la corruption.

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 21:05

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http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/12/30/rachida-dati-rattrapee-par-le-conseil-d-etat_1459289_3224.html#xtor=RSS-3208

 

Rachida Dati, ancienne garde des sceaux, vient d'être rattrapée par une grosse sottise, commise en 2009. Le Conseil d'Etat a annulé, jeudi 30 décembre, le décret de nomination d'un haut magistrat du parquet, Marc Robert, avocat général à la Cour de cassation, car la ministre, au mépris de la Constitution, avait omis de demander l'avis du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour le muter d'office.

Marc Robert, juriste respecté, était alors procureur général de Riom depuis neuf ans, le dernier magistrat à avoir été nommé par la gauche à la tête d'une cour d'appel. Il avait osé critiquer la suppression du tribunal de Moulins, dans l'Allier, lors de la refonte de la carte judiciaire, et avait estimé, au sujet de la suppression du juge d'instruction, "qu'il faut y réfléchir à deux fois avant de supprimer un juge indépendant et accroître encore un peu les pouvoirs d'un ministère public dont les garanties statutaires sont manifestement insuffissantes."

Pour sanctionner l'impertinent, Mme Dati n'y avait pas réfléchi à deux fois ! Elle avait décidé de le muter d'office à la Cour de cassation, un prestigieux cimetière des éléphants, pourtant déjà en surnombre. Le CSM, conformément à la Constitution, devait rendre un avis, et le cas de Marc Robert être examiné le 4 juin 2009.

UNE MENTION RADICALEMENT FAUSSE

Mais la ministre de la justice, qui suppléait le président de la République, président de droit du CSM, avait fait retirer le projet de nomination du magistrat de l'ordre du jour. Plusieurs membres du CSM avaient protesté. Elle était passée outre, et avait fait signer un décret, le 23 juin 2009, à Nicolas Sarkozy, avec une mention radicalement fausse : "Vu l'avis du Conseil supérieur de la magistrature", alors qu'il n'avait pas été officiellement consulté.

Le Conseil d'Etat, suivant son rapporteur public, le 17 décembre, a ainsi annulé le décret de nomination de Marc Robert à la Cour de cassation, et donc le décret du 3 juillet 2009 qui nommait son successeur, Philippe Lemaire, à la tête du parquet général de Riom.

L'annulation d'un acte administratif implique, en principe, que cet acte est réputé n'être jamais intervenu, mais le Conseil d'Etat estime que cette annulation pourrait emporter "des conséquences manifestement excessives", notamment parce que les deux magistrats ont travaillé depuis 2009, et que l'annulation de toutes leurs décisions provoquerait un grand désordre.

Le Conseil a ainsi décidé de ne pas prononcer l'annulation rétroactive des deux décrets, et la chancellerie a trois mois pour renvoyer Marc Robert à Riom et trouver un nouveau point de chute à Philippe Lemaire.

Michel Mercier, le garde des sceaux, s'est contenté de prendre acte de la décision.

Franck Johannè

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 21:00

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http://balkans.courriers.info/article16584.html

 

La tempête soulevée par le rapport de Dick Marty n’est pas près de retomber, et elle ne concerne pas seulement le rôle d’Hashim Thaçi. Bernard Kouchner, l’ancien chef de la Minuk, était forcément au courant des activités criminelles impliquant d’anciens membres de l’UCK, voire du trafic d’organes lui-même. C’est ce que confirme le capitaine canadien Stu Kellock, ancien chef de la police de la Minuk.

Par R.S.V.

 

 


 

« J’ai une tête à vendre des organes, moi ? »
Regardez la vidéo de Bernard Kouchner démentant le trafic d’organes

Bernard Kouchner, l’ancien chef de la Minuk, la mission de l’Onu au Kosovo a rejeté dans une déclaration à la BBC toutes les accusations qui pourraient peser sur lui, démentant qu’il aurait « fermé les yeux sur l’affaire du trafic d’organe au Kosovo au nom de la stabilité politique »...

« Moi, fermé les yeux !!? Pauvre Dick Marty... Nous nous battions jour et nuit contre le crime organisé, contre la violence. Toute notre action était consacrée à la justice. Je dois aussi me défendre. Je ne sais pas qui est ce Dick Marty, je ne le connais pas personnellement. Il est envoyé par le Conseil de l’Europe et nous devons le respecter. Je respecte sa mission, et j’ai lu son rapport avec beaucoup d’attention, mais je demeure très sceptique », a déclaré Bernard Kouchner.

Il a répété qu’il doutait de l’exactitude des allégations du rapport de Dick Marty, mais qu’il estimait que c’était maintenant aux enquêteurs d’Eulex d’enquêter « de manière systématique » sur les faits allégués par le rapport. Bernard Kouchner a également répété qu’il avait entendu parler pour la première fois du trafic d’organes dans le rapport de Carla Del Ponte et qu’l avait été surpris.

Le médecin légiste José Pablo Baryabar, ancien chef du bureau d’investigation pour les disparus et de la médecine légiste auprès de la Minuk, a déclaré à ce même sujet à la BBC : « Les policiers allemands ont trouvé 400 échantillons d’ADN au Kosovo en 1999. En 2002, j’ai demandé à voir ces échantillons. Les Allemands ont répondu qu’ils les avaient détruits car le TPI de la Haye les avait autorisé à le faire ».

Une mission délicate et mal gérée pour Eulex

Dick Marty, au paragraphe 8 de son rapport, met en lumière des indices de dissimulation de preuves très significatifs : « Ainsi, la mission Eulex, déployée depuis 2008, a-t-elle hérité d’une situation très difficile. Les nombreux dossiers sur les crimes de guerres, particulièrement ceux où les accusés sont des combattants de l’UÇK, ont été laissés par la Minuk dans un triste état : preuves et témoignages égarés, périodes creuses beaucoup trop longues entre des enquêtes incomplètes. Les représentants d’Eulex allaient même jusqu’à partager avec nous, lorsque nous venions au Kosovo pour des enquêtes ponctuelles, leur crainte de devoir abandonner un grand nombre d’affaires en cours ».

Dans la note de bas de page qui accompagne cette affirmation, il précise : « On a appris que certains pays qui ont envoyé des troupes au sein de la Kfor, comme par exemple la Grande-Bretagne, ont récupéré toute la documentation, et que celle-ci n’était plus consultable par les enquêteurs d’Eulex qu’après une demande spécifique à renouveler à chaque cas, ce qui ralentit considérablement la recherche de la justice ».

On peut aussi lire, toujours dans ce huitième paragraphe : « Quelques-uns de nos contacts, des représentants de la société civile naissante, n’ont pas hésité à critiquer Eulex : on s’attendait à ce que la mission européenne s’attaque aux ’intouchables’, dont le passé plus que flou était un fait notoire. Malheureusement ces attentes son restées vaines : il y a eu beaucoup d’annonces et de promesses, mais les résultats tangibles restent encore à venir. Le cas de Nazim Bllaca, le ’dénonciateur’, qui a affirmé publiquement avoir éliminé des opposants sous les ordres de personnes occupant aujourd’hui de hautes fonctions politiques, est significatif. On a attendu quatre jours avant de l’arrêter et de le placer sous protection. La manière dont Eulex va traiter cette affaire sera un bon test pour vérifier jusqu’où cette mission est prête à aller pour faire triompher la justice » (Lire notre article « Kosovo : Nazim Bllaca, les confessions du tueur du PDK).

Les États-Unis ont affirmé, par la bouche du porte-parole du Département d’État, Phillip J. Crowley, qu’ils soutiendraient toutes les enquêtes des autorités compétentes menées à partir des accusations contenues dans le rapport de Dick Marty, mais ils annoncent aussi qu’ils continueront malgré tout à collaborer avec le Premier ministre du Kosovo, Hashim Thaçi, malgré le rapport qui le met en lien direct avec les crimes.


Retrouvez notre dossier :
Trafic d’organes de l’UCK : « Au Kosovo, tout le monde est au courant » 


Phillip J. Crowley précise que le rapport ne changera pas les rapports des USA avec Pristina : « Je ne pense pas que cela va changer fondamentalement les rapports américano-kosovars. Ceux-ci sont basés sur des intérêts mutuels, et non sur une personne en particulier ».

Dans le paragraphe 70 de son rapport, Dick Marty fait pourtant explicitement appel aux Américains : « Hashim Thaçi et les autres membres du ‘groupe de la Drenica’ sont mentionnés comme étant des acteurs clés dans les rapports d’informations sur les structures du crime organisé au Kosovo, à l’image d’une véritable mafia. J’ai étudié ces divers rapports avec consternation et un sentiment d’insulte morale ».

Dans la note en bas de la page 27, rattachée à ce paragraphe, il précise : « ces dix dernières années, les services de renseignements de plusieurs pays occidentaux, y compris le Bureau Fédéral d’Investigation (FBI) des États-Unis, ainsi que plusieurs analystes de divers nationalités qui travaillent au sein des structures de l’Otan ont préparé des rapports lourds d’accusations, étayés par des faits, basés sur des sources fiables, sur toutes les activités illégales de ce fameux ‘groupe de Drenica’. »

Les « confessions » de Stu Kellock, ancien chef de la police de la MINUK

L’ancien chef du Département de police de la Minuk en 2000 et 2001, le capitaine canadien Stu Kellock, affirme dans une interview publiée sur le site internet de la télévision nationale serbe www.rst.rs que des rumeurs circulaient sur un trafic d’organes mais qu’il n’avait pas assez d’hommes pour les vérifier, et qu’il est impossible que le chef de la mission des Nations Unies de l’époque, Bernard Kouchner, n’ait pas été mis au courant des ces aspects de la criminalité organisée au Kosovo.

« Je ne peux pas affirmer que Kouchner connaissait le trafic d’organe, mais il est impossible qu’il n’ait pas eu d’informations sur le crime organisé au Kosovo. Le commissaire de police l’informait régulièrement, et les médias lui posaient de nombreuses questions à ce sujet ».

« J’étais tout à fait conscient de qui était monsieur Thaçi et de l’influence qu’il avait. Cependant, dans les cercles ou j’exerçais mon travail, toute critique à son égard ou à l’égard de ses collaborateurs était immédiatement rejetée. J’ai été témoin de la montée au pouvoir des nouveaux hommes d’État. Il était parfaitement clair que Thaçi avait été choisi et qu’il ne serait jamais mis en accusation pour ses activités criminelles. Pourtant, il avait une influence directe sur la collecte des impôts, le trafic de drogue, de femmes, d’armes et la contrebande en tout genre. »

« Il y a même eu une fusillade, lorsqu’un des agents de la sécurité de la Minuk à été tué et qu’un million de deutschmarks ont été volés. Personne n’a été capable de nous expliquer comment et pourquoi un million de marks en espèces se trouvait dans l’hôpital de Pristina. »

« Je me souviens qu’on a expliqué aux autorités de police que l’arrestation de Sabit Geci - un des fondateurs de l’UÇK, proche collaborateur de Hashim Thaçi, qui a été condamné en 2001 à cinq ans de prison pour extorsion de fonds - provoquerait des réactions au sein de la population locale. De mon côté, on m’a clairement fait comprendre que Sabit Geci serait libre dès le lendemain de son arrestation. Il n’en a pas été ainsi, et j’ai tout fait pour que cela ne se produise pas. Je ne sais pas si l’on cherchait à m’intimider avec ces menaces. À l’époque, je n’étais pas vraiment conscient des enjeux. Tout le monde savait qui était Sabit Geci et qui étaient ses collaborateurs ».

Stu Kellock poursuit ses confessions. « A Tropojë, on a été accueillis par le chef de la police et quelques-uns des ses hommes. Il nous a dit qu’il venait tout juste d’abattre un homme qui se trouvait en détention pour nous montrer qu’il contrôlait la situation ». Selon ses dires, il était clair que les frontières vers l’Albanie étaient contrôlées par d’anciens membres de l’UÇK et que passaient par là, sans aucun problème, de l’héroïne d’Afghanistan, de l’essence, des femmes, des armes et d’autres choses encore. « Je me souviens qu’on essayait de négocier avec ce chef de la police, qui était assis en bout de table comme une sorte de dictateur. Il était visiblement déçu de voir qu’on ne lui avait pas amené de cadeau. À la fin, on a réussi à récupérer quelques voitures qui se trouvaient sur le parking de la police, et à nous assurer des chemins que prenaient les trafics ».

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 20:56

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http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-24-Nouvelle-anerie-de-BHL

Une nouvelle ânerie de Bernard-Henri Lévy

Il y a un an, Bernard-Henri Lévy se couvrait de ridicule en citant, à l’appui d’une démonstration « philosophique », un certain Botul – auteur inventé de toute pièce par un journaliste du Canard enchaîné. Cette fois, l’essayiste évoque un personnage bien réel – mais il se trompe encore !

Dans sa chronique du Point (1), « BHL » dénonce le site Internet Riposte laïque, et stigmatise « ce nouveau rapprochement rouge-brun qui voit les crânes rasés du Bloc identitaire fricoter, sur le dos des musulmans de France, avec tel ancien du Monde diplo, Bernard Cassen. »

Le chroniqueur multimédias gagnerait à mieux ranger ses fiches (de police). En effet, l’animateur de Riposte laïque se nomme Pierre Cassen. Pierre, pas Bernard. Ancien directeur général du Monde diplomatique, Bernard Cassen n’est lié ni de près ni de loin à Riposte laïque.

Il serait tentant d’imputer une telle hargne de Bernard-Henri Lévy à notre endroit à de la mauvaise foi, son ressentiment ayant déjà enfanté nombre de diffamations que, charitablement, nous avons jusqu’à présent laissé passer sans réplique judiciaire (2). Mais la constellation de bévues qui crible les « analyses » de notre penseur de Saint-Germain-des-Prés suggère plutôt que ce dernier incident ne constitue rien de plus qu’une expression supplémentaire de son irrépressible frivolité intellectuelle (3).

Bernard-Henri Lévy préside le conseil de surveillance d’Arte, il est membre du conseil de surveillance du Monde, il est actionnaire de Libération, il dispose d’une chronique hebdomadaire dans Le Point. Et la célébration du vingtième anniversaire de sa revue, La Règle du Jeu, que presque personne ne lit, a néanmoins donné lieu à une réception extravagante à laquelle ont accouru la plupart des responsables des grands médias. La dégradation du crédit de la presse est-elle tout à fait étrangère à la surface médiatique qu’occupe, quoi qu’il advienne, quoi qu’elle fasse, une personnalité au crédit à ce point frelaté ?

P.S. :

Informé du procès en diffamation qui le menace, Bernard-Henri Lévy vient de faire modifier le texte en ligne de sa chronique. La version originale figure néanmoins dans les centaines de milliers de numéros imprimés du Point, lesquels, en raison des fêtes de fin d’année, seront exceptionnellement mis en vente pendant deux semaines – à moins que la direction de cet hebdomadaire n’ait la sagesse de les faire pilonner…

Les termes du rectificatif mis en ligne sur le site du Point sont révélateurs de la goujaterie intellectuelle de « l’homme qui ne s’est jamais trompé ». Après avoir associé Bernard Cassen et Le Monde diplomatique à un « groupuscule néonazi qui s’était rendu célèbre, le 14 juillet 2002, en tentant d’assassiner Jacques Chirac et qui s’est allié, pour l’occasion, à un quarteron d’anciens trotskistes rassemblés sous la bannière du site Internet Riposte laïque », « BHL » juge inutile de présenter la moindre excuse à la personne et au journal qu’il a diffamés.

(1) « L’honneur des musulmans », Le Point, 23 décembre 2010, p. 130.

(2) Lire « Tous nazis ! », par Serge Halimi, Le Monde diplomatique, novembre 2007. Voir aussi « BHL calomnie le Diplo », Acrimed, 2 avril 2006.

(3) Lire notre dossier en ligne, « L’imposture Bernard-Henri Lévy ».

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 20:50

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http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-28-Au-Honduras-les-uns-comptent-leurs

 

 

 

Le 15 novembre 2010, la région du bas Aguán au Honduras a été le théâtre d’un massacre de plus, perpétré contre cinq paysans membres de l’organisation paysanne Movimiento Campesino del Aguán (MCA). Les faits se sont produits à l’aube du 15 novembre, lorsque deux cents gardes armés à la solde de M. Miguel Facussé Barjum (1), le magnat hondurien de la palme africaine, ont tiré avec des armes de gros calibre sur un groupe de paysans qui venait présenter les papiers les accréditant comme légitimes propriétaires de la finca (propriété) El Tumbador (municipalité de Trujillo).

Ces assassinats constituent un nouvel épisode dans le conflit agraire qui oppose de longue date le MCA aux grands entrepreneurs et propriétaires terriens de la région : M. Facussé Barjum – président de la société Dinant et oncle de l’ex-président libéral Carlos Flores Facussé (1998-2002) –, M. René Morales Carazo – industriel et frère du vice-président de la République du Nicaragua, M. Jaime Morales Carazo –, M. Reynaldo Canales – lui aussi grand patron –, et M. Oscar Najerá – député du parti Libéral (droite).

A la différence d’autres pays d’Amérique latine, où la culture de la palme africaine connaît un essor très récent – lié à l’élaboration des agro-carburants –, celle-ci est présente au Honduras depuis les années 1970. A cette époque, des réformes agraires ont en effet été promues – souvent par des gouvernements militaires, comme au Pérou et au Honduras – pour réduire la pression sur les latifundia (grandes propriétés) et contrôler le mouvement paysan. La culture de la palme constitue donc un enjeu économique important, qui explique d’une part la force et la capacité des coopératives paysannes, et d’autre part la convoitise des grands propriétaires et entrepreneurs de l’industrie de transformation du précieux végétal.

Au début des années 1990, sous la présidence de M. Leonardo Callejas (Parti national [PN], droite), se met en place la loi de modernisation et développement du secteur agricole (2), qui modifie celle de 1962 sur la réforme agraire. Suivant la même tendance que dans le reste des pays d’Amérique latine, la nouvelle loi privilégie la « sécurisation de la propriété » à travers la titularisation individuelle des terres et l’incursion croissante du secteur privé dans le financement de la production agricole. Ce procédé – développé et promu par la Banque mondiale – est également connu sous l’appellation trompeuse de « réforme agraire assistée par le marché ».

La majorité des organisations paysannes du Honduras s’accorde sur le fait que cette loi marque le début d’une accélération de la réappropriation privée des terres anciennement attribuées à des coopératives dans le cadre de la réforme agraire des années 1960.

Considérant cet accaparement comme illégal, les paysans partent à la reconquête des terres. C’est dans ce contexte que le MCA voit le jour, début mai 2000, en occupant les terres du Centre régional d’entraînement militaire (CREM), soit plusieurs milliers d’hectares utilisés pendant les années 1980 par les instructeurs de l’armée des Etats-Unis pour former les combattants de la Contra nicaraguayenne.

Pour le MCA, l’objectif consiste à faire pression pour l’application des dispositions légales établissant l’usage social de la terre et limitant la concentration agraire.

Dans les premiers temps, la tension entre les paysans et les propriétaires terriens est si forte que le président de la République (l’homme d’affaires Ricardo Maduro, PN) n’a d’autre choix que d’intervenir en personne. Le 12 octobre 2000, 1124 hectares sont titularisés au nom des coopératives du MCA, cependant que l’Institut national agraire (INA) entreprend des démarches pour annuler les titres de propriété indûment attribués aux grands propriétaires.

Toutefois la victoire est de courte durée et, pendant des années, la situation reste explosive et le harcèlement constant.

Le 12 juin 2009, un accord est pourtant signé entre le président hondurien, M. Manuel Zelaya, et les organisations paysannes de l’Aguán. Il établit qu’aucune expulsion ne pourra se réaliser avant que la légalité sur les titres de propriété et les ventes de terres n’ait été établie par les autorités compétentes. Mais le coup d’Etat du 28 juin 2009 met fin à cette courte trêve. Le MCA, qui, comme de nombreuses organisations populaires, a rejoint le Front national de résistance contre le golpe (3), se retrouve une fois de plus dans la ligne de mire.

Les attaques reprennent avec plus de vigueur au début de l’année 2010, avec l’entrée en fonction du gouvernement de facto de M. Porfirio Lobo, parvenu au pouvoir lors des élections organisées à l’ombre du putsch militaire, en novembre 2009. Face à la paralysie du processus de titularisation, le mouvement (4), qui recense désormais plus de 3 500 familles organisées en centaines de coopératives, a en effet décidé de reprendre, le 9 décembre 2009, les occupations de terres.

Le 8 janvier, une première expulsion violente des terres nouvellement occupées a lieu : 27 personnes, dont dix femmes, sont détenues. Le 13 janvier, trois dirigeants du MCA sont arrêtés, ce qui porte à 18 le nombre de membres du MCA emprisonnés depuis la création du mouvement. Dans un communiqué, l’organisation dénonce par ailleurs la présence menaçante d’hommes armés aux alentours des terrains des coopératives et accuse un colonel de l’armée de « prêter ses services » aux entrepreneurs de la palme africaine.

Mi-février 2010, des groupes paramilitaires à la solde des grands propriétaires, appuyés par l’armée et la police, attaquent les campements du MCA et font plusieurs blessés. Les faits se produisent alors même qu’une délégation du MCA négocie la ratification des accords signés avant le putsch de 2009, avec l’actuel ministre de la réforme agraire, Cesar Ham. Ce dernier, un ancien député du parti de gauche Union démocratique (UD), s’est à la fois opposé au coup d’Etat… et l’a légitimé en acceptant d’entrer au gouvernement de M. Lobo. Depuis cette « position », il prétend jouer le rôle de « courroie de transmission » des revendications populaires auprès du gouvernement.

Début mars 2010, de nouvelles négociations s’ouvrent entre le gouvernement et les paysans du MCA alors que la région est totalement militarisée et subit une intense répression. Quarante personnes ont été détenues pendant le processus de dialogue, y compris le responsable régional de l’INA, M. Coronado Ávila Mendoza. Le dirigeant du MCA, M. Rudy Hernandez, décrit la situation : « La région du bas Aguán a été inondée de militaires, 28 coopératives étaient en cours de récupération (de leurs terres) et c’est pour cette raison que le 13 avril, après une réunion de plus de quinze heures avec le gouvernement, qui ne voulait nous concéder que 6000 hectares, nous en avons obtenu 11 000. Nous avons signé parce que nous étions sous la menace des canons et nous ne pouvions pas mettre en danger la vie de nos compagnons. Malgré tout, la lutte n’a pas été seulement pour cette quantité de terres mais pour toute la terre assignée à la réforme agraire (5). »

Le 13 avril 2010 les deux parties « s’entendent » donc : 3 000 hectares de terres affectées à la palme africaine seront titularisés immédiatement en faveur de 28 coopératives et après évacuation volontaire des champs occupés (par les paysans), les mêmes surfaces (en friche) leur seront attribuées dans un délai de trois mois et à un autre emplacement. Enfin, dans un délai d’un an, les paysans devront recevoir 1 000 hectares cultivés en palme et 4 000 hectares non cultivés. Le président de facto se rend lui-même sur place et se porte garant des accords.

Mais l’apaisement qu’on aurait pu attendre à partir de la signature des accords n’a pas lieu. Au contraire, la zone de l’Aguán connaît un regain de tension. En effet, le magnat de la palme, M. Facussé, donne la mesure du peu de cas qu’il fait des dispositions légales. Il annonce qu’il fera appel des décisions prises auprès des tribunaux.

Allant au-devant de ses désirs, le 20 avril, l’armée resserre son étau autour de la communauté Guadalupe Carney (fondée sur les terres occupées du CREM), qui se retrouve complètement encerclée par plus d’une centaine d’effectifs des commandos Cobras et de militaires. Le prétexte : l’arrestation de membres du MCA. Par ailleurs, le syndicat des travailleurs de l’INA (Sindicato de Trabajadores del INA [SITRAINA]) de la région dénonce des menaces et des intimidations contre ses membres.

Le 23 avril, alors que le MCA fait état de l’invasion imminente de la communauté Guadalupe Carney par l’armée, M. Facussé annonce qu’il refuse de négocier ne serait-ce qu’un hectare de terre. Le bras de fer engagé avec le MCA s’étend à l’INA et à son directeur dont le propriétaire réclame ouvertement la tête. Cette situation révèle le double jeu du gouvernement qui, d’un côté, fait mine de jouer la conciliation par le biais de l’INA, et de l’autre, prend prétexte du climat de tension pour militariser la région.

Quelques jours plus tard, le 28 avril, la radio communautaire de Zacate Grande (une communauté située dans le golfe de Fonseca, région pacifique, à 150 km de la capitale) est attaquée et détruite par des hommes armés à la solde de M. Facussé.

Le 25 mai, le quotidien La Prensa avait publié un entretien avec M. Facussé dans lequel celui-ci affirmait que « le problème de l’Aguán détruirait l’économie », laissant ainsi entendre que le « climat d’insurrection » dans la région faisait fuir les investisseurs étrangers (6). En juin 2010, l’annonce du licenciement de 500 employés des entreprises de Miguel Facussé dans la région constitue une manœuvre de plus pour attiser les dissensions entre les paysans.

Le 21 juin, une opération conjointe de membres des bataillons Cobras et des vigiles de l’entreprise de sécurité Orión (recrutée par M. Facussé), menée dans le but d’arrêter deux membres de la coopérative La Aurora, provoque la mort d’un jeune de 17 ans. L’autopsie révèle douze impacts de balles (7). Le communiqué du MCA souligne que la finca La Aurora avait été assignée à la coopérative par l’INA.

Le 17 août, trois membres du MCA (dont un adolescent de 14 ans) sont assassinés. Quelques jours plus tard, un affrontement a lieu à Zacate Grande entre les occupants des terres récupérées et les habitants de villages voisins, à qui M. Facussé a remis des « titres de propriété » et fait miroiter la construction d’un collège pour leurs enfants.

La liste des intimidations et arrestations arbitraires s’allonge tous les jours mais les institutions financières internationales ne sourcillent pas. Dans une lettre (8) adressée le 17 novembre 2010 au président de la Banque mondiale, M. Robert Zoellick, l’ONG canadienne Rights Action accuse celle-ci d’être coresponsable des exactions commises dans l’Aguán. Dénonciation fondée sur le fait que le 5 novembre 2009, Dinant avait reçu de la Corporation financière internationale (IFC) – chargée de l’attention au secteur privé au sein de la Banque mondiale – le prêt n° 27.250, à hauteur de 30 millions de dollars.

Les rumeurs, régulièrement relayées par la presse, faisant état de l’existence de groupes armés au sein du MCA se sont renforcées ces derniers jours. Certains médias croyant même savoir que les bases d’entrainement de la guérilla se trouveraient au Nicaragua (9)… Ironie du sort : les terres originalement occupées par le MCA, avaient, elles, bel et bien servi de base pour les troupes de la Contra, dont l’objectif était précisément d’agresser le Nicaragua voisin…

Le massacre du 15 novembre a donné un nouveau prétexte à l’envoi de l’armée dans la région. Mais contre toute attente, au lieu de s’en prendre aux milices armées des entrepreneurs de la palme, ce sont les bureaux de l’INA – ceux-là même où sont entreposés les dossiers de régularisation des terres du MCA – qui ont été militarisés.

Le 6 décembre les paysans ont repris les blocages de route pour exiger que justice soit faite. Le 7 décembre, un communiqué du MUCA avertit que la communauté Guadalupe Carney est de nouveau encerclée par l’armée.

Le 15 décembre, 600 militaires ont pris position sur les collines alentours et des hélicoptères survolent la zone.

Hélène Roux

Journaliste et sociologue.

 

(1) Giorgio Trucchi, « Masacre y barbarie en el Bajo Aguán », Secrétariat régional latino-américain (Rel-UITA), 16 novembre 2010.

(2) « Ley para la Modernización y Desarrollo del Sector Agrícola (LMDSA) », Institut agraire national (INA), 5 mars 1992.

(3) Aujourd’hui Front national de résistance populaire (FNRP).

(4) Qui se présente également sous le sigle MUCA (Mouvement uni des paysans de l’Aguán).

(5) German Reyes, « Incumplimiento del gobierno caldea los animos en el Aguán », Revistazo, 18 novembre 2010.

(6) « Problema del Aguán destruiría la economía », La Prensa, 25 mai 2010.

(7) Giorgio Trucchi, « Asesinato salvaje de joven del MUCA », Rel-UITA, 22 juin 2010.

(8) « Letter to the World Bank », Rights Action, 17 novembre 2010.

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 20:48

23 - Ghidslaine JOACHIM-ARNAUD pour les Hpitaux-copie-1

 

Le procès de la syndicaliste martiniquaise s’est tenu ce mois-ci à Fort-De-France. Le délibéré est prévu pour le 2 mars 2011. 


Madame, Messieurs, du Tribunal,


L’objet de ce procès nous ramène en fin de compte aux événements qui ont marqué la Martinique en 2009, c’est-à-dire à la grève générale ! Car au delà de l’accusation portée contre moi par M Hayot, ce procès est une sorte de prolongement, sur le plan judiciaire, du grand conflit social qui a marqué l’année 2009.

Ce qui m’est reprochée c’est d’avoir été en février-mars, en tant que responsable du K5F, la porte parole de ces milliers de militants, de travailleurs, l’une des voix de cette unité retrouvée du mouvement syndical porteur, pendant 38 jours, de tous les espoirs de ce peuple en mouvement.

Les travailleurs, les femmes, les jeunes, les retraités manifestaient chaque jour contre la cherté de la vie, contre les bas salaires, le chômage des jeunes, pour la revalorisation des minima sociaux etc.….Les revendications étaient formulées dans la plateforme du Collectif.

Je ne rajouterai rien de plus sur ce contexte particulier qui a montré toute la volonté de la population de voir un changement de sa situation. Alors, qu’importent les accusations de M Hayot, et sa volonté d’ inverser les rôles : se faisant passer pour victime, alors que les seules victimes depuis bien longtemps de l’arrogance, de l’oppression et du racisme de certains gros propriétaires gros patrons et planteurs issus du milieu béké ce sont les travailleurs, la couche majoritaire de la population issue d’une histoire que personne ne peut changer et qui a perpétué des rapports de maitre à esclave en rapport de patrons à salariés, tels que nous les vivons aujourd’hui.

Dire cela, n’est pas sans intérêt pour comprendre ce qui, pour moi, est en jeu dans ce procès !

Il est évident que ce n’est pas le soi-disant préjudice de mon supposé racisme, qui a motivé la plainte de Mr Hayot ; mais le rôle social et syndical que j’ai joué dans la grève de 2009. Ce qui a motivé M Hayot et les gens appartenant à tout un milieu de gros possédants, de privilégiés, c’est ce qu’ils ont vécu et ressenti lors de ces journées de manifestation et de grève de 2009 !

A l’évidence, l’accusation dont je fais l’objet, est fallacieuse Oui ! La motivation de l’accusation est abusive et fallacieuse. Et je tiens à dire d’emblée, que ce n’est pas à moi, ni à quiconque de la population laborieuse qui se bat pour mieux vivre, être mieux traité de ses patrons, à démontrer notre non-racisme. C’est à ceux de la classe dominante, à ceux qui exploitent, qui licencient comme bon leur semble, à ceux qui imposent des conditions de travail inacceptables dans leurs entreprises, à ceux qui dictent leur loi, même aux gouvernants (Rappelons-nous l’intervention de certains békés auprès du gouvernement, lors des grèves de 2009 pour en finir avec le ministre Yves Ego et les accords qui semblaient en bonne voie d’être signés en Guadeloupe en début Février)

C’est à tous ceux là de faire la preuve de leur non – mépris, de leur non – oppression, de leur souci de justice et d’équité, etc. Mais pas à nous ! Les victimes de l’exploitation se battent pour leur mieux être, mais face à l’Etat qui est le plus souvent du côté des gros patrons, avec ses forces de répression et ses institutions, elles n’ont que peu de moyens à leur disposition : grève, manifestations, blocage de routes, chants , slogans etc.…On a vu cette collusion de l’Etat avec les gros patrons en Février 2009, lorsqu’à la suite de la démonstration manquée en 4X4 et engins agricoles contre les grévistes. Des militants, des jeunes, des membres de la population, se sont retrouvés pris au piège, cernés à la Maison des Syndicats et dans le quartier du Morne Pichevin arrosés par des jets de grenades lacrymogènes, provenant d’un hélicoptère. On la voit encore aujourd’hui face aux grévistes de M. Bricolage qui se font délogés avec violence lorsqu’ils sont mobilisés face à l’arrogance et au mépris du patron du Groupe Bernard Hayot.

Alors oui ! Il est parfaitement scandaleux que l’un de ceux qui se situe dans le camp des dominants, viennent se plaindre que les victimes résistent, se rebellent, n’acceptent pas ! C’est trop facile d’accuser ces victimes et d’accuser ceux qui luttent à leurs cotés, de racisme, de violence et pourquoi pas de vouloir « tuer l’économie martiniquaise » !

Pour ces gros patrons un bon salarié est un salarié qui ne fait jamais grève et qui accepte tout jusqu’à mourir dans la pauvreté et le dénuement, après des années de bons et loyaux services, pour faire fructifier le capital de la minorité béké ou autres !

Eh bien non ! Çà aussi çà change !

Les travailleurs n’acceptent plus d’être des victimes consentantes ; et à l’approche de menaces encore plus grandes pour leur situation dues à une crise économique qui est loin d’être terminée, Les salariés ont décidé de se battre et de se donner les moyens de riposter et de ne pas être réduits au strict minimum vital, mais surtout de ne pas être poussés à la déchéance physique et morale ! Nous n’acceptons pas cela et nous aurons l’occasion de faire d’autres 2009, n’en déplaise à M. Hayot et à tous ceux de la classe des gros possédants !

Les békés, nous dit-on ici et là, ne possèdent pas toute l’économie de la Martinique !

Mais qui ne le sait pas ?

Il est vrai que même si M. Bernard Hayot du groupe GBH est la 146 ème fortune de France, il est encore bien loin derrière les gros propriétaires et actionnaires de la grande distribution comme Carrefour-Promodès, des TOTAL, Bouygues, BNP-Paribas, et autres propriétaires de grosses fortunes … qui sévissent ici.

Nous savons bien aussi que certains de nos exploiteurs sont eux-mêmes descendants d’esclaves noirs ou encore d’émigrés chinois. Les Lancry, Parfait et autres HO HIO HEN, sont aussi connus comme ayant bâti leur fortune sur la sueur, l’usure, l’exploitation et le mépris de centaines de salariés, et la pwofitation sur la population en pratiquant des marges démesurées sur les articles de la vie courante.

C’est contre tous ceux là que nous appelons les salariés et les pauvres à se battre ! Alors je le répète, nous faisons une distinction de classe et non de race !

Nous appelons nos frères et sœurs de classe, les exploités, les travailleurs salariés, les démunis et les petits des campagnes, des quartiers, à faire bloc dans la lutte pour mettre hors d’état de nuire cette classe capitaliste qui ne prospère qu’au détriment de notre travail, en s’appropriant la plus grande part de ce que nous produisons ! Les masses qui manifestaient avaient raison de traiter les capitalistes, le gros patronat, de voleurs !

N’oublions pas ce qu’a dit un jour un économiste et philosophe du 19 ème siècle : « la propriété, c’est le vol » ! C’est encore vrai aujourd’hui ! Oui ! Nous revendiquons cette opinion : les exploiteurs sont des voleurs, voleurs de notre travail, voleur de notre énergie créatrice, voleur de notre vie à petit feu, un peu chaque jour et sur une toute une vie de travailleur qui ne sert qu’à les enrichir !

Le mot « béké » qui est au centre du propos qui m’est reproché, dans sa version sociale et économique, et cela tout le monde le sait en Martinique, et Guadeloupe, est l’équivalent de patron.

Il n’y a pas de race béké, il n’ya pas d’ethnie békée, c’est bien la fonction et la position sociale qui est ainsi désignée ; attaquer une « bande de békés voleurs et exploiteurs » c’est attaquer ce qu’ils représentent, et ce qu’ils font, à ce double titre !

Le racisme, ne vous méprenez pas, dans notre région il a toujours été l’idéologie des maitres qui pendant plus de 300 ans l’ont utilisé, afin de reproduire ce même système abominable de domination.

Oh ! certes bien des choses ont changé depuis la fin du 19 è siècle et début 20ème, il serait aujourd’hui plus compliqué d’assassiner un Aliker ou de fusiller comme au François des dizaines de grévistes en leur tirant dans le dos, période durant laquelle les troupes de l’état étaient purement et simplement à la disposition de grands propriétaires békés !

Les risques pour les assassins seraient très grands aujourd’hui de payer cher leurs crimes ! Ils le savent et l’Etat, très prudent en Février-Mars 2009, le sait aussi !

Et c’est cela qui en 2009 a fait enrager certains gros békés (ceux de la bande de békés profiteurs, voleurs » donc, encore une fois, pas tous les békés !

C’est cela qui les a motivés à chercher des voies et moyens de revanche !

Revenons encore à cette accusation de « racisme «  !

Qui est ou n’est pas, raciste en Martinique !

Qui a mené sa vie, construit ses maisons dans des zones complètement à part de la population noire ou métis ? Qui a son ghetto de Blancs vers Cap Est ! Qui a dit qu’il fallait préserver sa race, autrement dit se tenir à l’écart de toute vie sociale et culturelle au sein de la population majoritaire ???

M. Hayot sait fort bien tout cela et je doute fortement que sa réaction de me traduire devant le tribunal ait été motivée par un sentiment quelconque d’humiliation raciste qu’il aurait subie de ma part !

Non, monsieur Hayot !

Tous les Békés ne sont pas des voleurs et des exploiteurs, j’en ai connu dans ma vie qui étaient des camarades de travail et de militantisme à la CGTM. Il faudrait être stupide pour penser que tous les Békés de Martinique ont aussi le même niveau de fortune que M. Bernard Hayot, celui qu’on désigne comme le chef de file des Békés riches de la Martinique, 146ème fortune de France et probablement le plus riche des Martiniquais !

Que M. Hayot ait pris pour lui et pour tous les Békés une formule lapidaire, lancée par des dizaines de milliers de manifestants, à l’encontre, non pas des Békés mais d’une « bande de Békés voleurs et exploiteurs », c’est son affaire !

Le peuple, les masses travailleuses ont plus le sens de la justice et du respect, que ceux qui les exploitent quotidiennement. Leur sagesse se situe bien, dans la formule incriminée qui ne dit pas « Jetez les Békés dehors » ou bien « Békés dehors ». Ils disent qu’ils ne veulent plus être exploités par « une bande de Békés volè é exploitè ». Ils n’en ont pas après tous les Békés mais, avec raison, ils en ont après ceux-là.

Je remarque encore que M Hayot est sensible à mon supposé racisme et à celui des manifestants, mais il est aveugle concernant un racisme vieux de plusieurs siècles qui perdure et qui prend même la forme d’un racisme officiel ! Et qui crève pourtant les yeux en Martinique quand on regarde de bas en haut la hiérarchie économique, sociale et administrative !

Plus on monte dans cette hiérarchie, moins il y a de Noirs, d’Indiens ou de Métis dans les postes de direction des entreprises privées ou même des administrations publiques ! A tel point qu’Aimé Césaire lassé et écœuré de cette situation avait dénoncé ce qu’il appela le « génocide par substitution », afin de pousser la majorité du peuple martiniquais à réagir contre ce racisme officiel !

Je voudrais revenir sur un événement qui s’est produit pendant la grève générale, le vendredi 6 mars 2010, c’est l’incident qui a amené des contre-manifestants organisés par un petit groupe de planteurs Békés afin de venir lever les barrages tenus par les grévistes.

C’était une initiative déraisonnable et irresponsable. On a vu des dizaines de tracteurs et autres engins agricoles lourds suivant plusieurs 4X4 conduits par des planteurs békés tenter de traverser la ville pour, disaient-ils, aller à la préfecture faire pression sur le préfet afin qu’il se montre plus actif dans la répression contre les grévistes.

Mais pour accomplir un tel projet, il fallait traverser différents quartiers, routes, carrefours, tenus par des barrages de grévistes. Et effectivement au niveau de Trémelle, l’inévitable se produisit, l’affrontement direct eut lieu. Mais malgré l’importance de leur matériel et de leurs troupes, cette contre-manifestation dirigée par quelques planteurs Békés connut un échec retentissant et certains durent abandonner 4X4 et matériel pour fuir la vindicte populaire.

Sans doute déstabilisés après l’échec de leur manifestation « prise d’otage de Fort de France », ils ont craint d’être les victimes de leur propre mise en scène. C’est seulement après cela qu’ils ont déclaré que le mouvement social était « un mouvement communautaire et anti-blanc ».

Si j’insiste sur cet événement, c’est pour montrer à quel point certains békés ont soif de revanche et voudraient au moins sur le plan judiciaire nous faire payer les mauvais moments qu’ils ont passés lors de la grève générale.

Ils n’en sont d’ailleurs pas à leur première tentative !

Ils se sont tous ou presque, fendus de déclarations pour tenter de justifier leur situation et leur position dans la société, dans l’économie en Martinique : Beaudoin-Lafosse-marin ; Roger De Jaham ; Stéphane Hayot ; Eric et Jean Louis- De Lucy, pour ne citer que ceux-là. Cette posture a même été interprétée par des journalistes de l’hexagone, de mouvement de panique !

Il faut souligner le zèle de ces békés –là, à assimiler le mouvement social comme étant un fléau pour la Martinique, zèle qui a poussé dans un premier temps les Hayot, Fabre, Huygues- Despointes, Aubéry, De Gentile, entre autres, à déposer 34 requêtes devant le Tribunal administratif, en reprochant au préfet de Région, représentant de l’Etat, de ne pas être intervenu pour libérer les nombreux barrages érigés par les grévistes du K5F aux abords des zones industrielles et commerciales.

Puis, après la fin du mouvement de Février 2009, ils ont procédé à des licenciements en cascades dans les entreprises et ont alors tenté d’accuser ensuite le K5F et le mouvement social de nuire à l’économie, … et aux salariés !

Alors qu’une bonne partie des difficultés des entreprises étaient liées, et cela tout le monde le sait, à la crise financière qui avait commencée deux années plutôt aux Etats-Unis.

Depuis un mois se déroule un conflit dans une grande surface de bricolage du Lamentin.

A la lecture du bilan de cette société, les résultats s’élèvent à 1.5 million d’euros. Un million a été distribué aux actionnaires, le solde est destiné selon la direction à financer la construction de l’accès de la future enseigne « Décathlon », propriété du même groupe. Forts de ces résultats, le personnel composé en grande majorité de jeunes en situation de premier emploi, et de précaires, a légitimement réclamé la part qu’il pensait lui être dû.

C’est la somme de 10 euros au 01 avril, et une autre de 05 euros au 01 décembre, qu’il lui a été royalement proposé !!!

10 euros et 05 euros dans une entreprise florissante qui a distribué 2.9 millions d’euros à ces actionnaires sur les trois derniers exercices !!!

Mais si les résultats n’avaient pas été de ce niveau, combien aurait-on proposé à ces salariés ? !!

Nous savons tous à qui appartient cette entreprise.

Et c’est moi que certains accusent d’incitation à la haine en Martinique ? Devant de telles pratiques, certains font mine de s’étonner des réactions de ces salariés.

Bien souvent ce sont les mêmes qui s’étonnaient des réactions des jeunes qui s’étaient exprimés dans les rues de Fort de France durant la nuit du mardi 24 au mercredi 25 février 2009.

Rappelez-vous du flot de condamnations et de commentaires impitoyables à l’adresse de ces jeunes qui avaient osé exprimer à leur façon, leur désespoir en lançant un véritable cri d’alarme. Entretemps, ils sont retournés dans leurs squats, ou chez leurs parents, toujours désœuvrés, et désargentés. Pourtant on leur avait dit, faites des études et vous trouverez du travail,… suivez ce stage de formation et vous trouverez un emploi, …

Près de deux années après ces évènements, où en sont-ils ? Que leur a-t-on proposé ? Quelles perspectives ? Quels débouchés ? Tout comme ceux de la grande surface de bricolage, certains avaient trouvé de quoi survivre, pensaient-ils, grâce aux contrats aidés. Sans aucune forme d’avertissement, sans aucune information directe, l’Etat a décidé de les priver de tout revenu.

Du jour au lendemain, leurs employeurs se sont retrouvés privés de tous moyens financiers leur permettant de les maintenir en activité !! D’un coup d’un seul, plusieurs milliers de salariés, jeunes et femmes en majorité, se sont ainsi retrouvés subitement à la rue !!!

Depuis le début de ce conflit, la direction de ce groupe refuse toute négociation. Les forces de répression casqués et armés interviennent régulièrement avec violence contre ces jeunes salariés, y compris dans les locaux de la Direction du travail.

Et c’est moi que certains accusent d’incitation à la violence en Martinique ?

Que dire alors de la situation de tous ces anciens salariés, aujourd’hui retraités, contraints à vivoter avec des pensions de misère après qu’ils aient été sciemment sacrifiés sur l’autel du profit par leurs employeurs dans les plantations de banane à travers l’utilisation du chlordécone et autres pesticides ?

Que dire de l’existence même de ces milliers de travailleurs, jeunes et moins jeunes, privés d’emploi, des personnes souffrant d’un handicap, réduits à percevoir des minimas sociaux, et ce sans aucun espoir de revalorisation de leur revenus ?

Encore une fois, qui incite à la haine et à la violence ici ?-

Mme, Messieurs les juges !

Vous ne pouvez pas juger en ignorant ou en faisant abstraction du contexte historique et social particulier le la Martinique.

Je le redis ! Entre la majeure partie de la population laborieuse et ceux qui dominent plantations, grandes surfaces, import-export, hôtellerie, dans ce pays, il y a de vieux comptes à régler, il y a un contentieux qui est loin d’être apuré.

Les arrières grands parents de MM. Hayot, Aubéry, Despointes etc … étaient les propriétaires des arrières grands parents de ceux qui étaient dans la rue en février 2009. Et concernant ce compte là, à plusieurs niveaux, rien n’est encore réglé.

Aujourd’hui, c’est moi Ghislaine JOACHIM-ARNAUD, qui suis devant ce tribunal, pour des propos tenus et repris par des milliers de travailleurs, mais qui de plus constituent le fond de la pensée de l’écrasante majorité de la population martiniquaise, quant à leurs relations avec un petit groupe de gros et moyens patrons désignés sous le nom de Békés ! Je persiste à dire que les travailleurs ont raison de répondre à l’exploitation, aux injustices, au mépris, qu’ils subissent dans certaines entreprises, aux mauvaises conditions de travail, aux bas salaires. Ils ont raison de répondre par la lutte, comme ils l’ont fait en 2009, et comme le font ceux de M. Bricolage aujourd’hui.

Que M. Hayot, et tous ceux qui le soutiennent dans le camp patronal, ne se fassent aucune illusion sur les effets de leur tentative d’intimidation judiciaire !

Bien loin de nous faire peur, elle a eu surtout pour effets d’élargir l’audience de nos propos et de faire connaitre encore plus largement les buts et les idées des militants syndicalistes et communistes révolutionnaires dont je me réclame.

Que tous ces gens là sachent, que je porte trop bien en moi, toute la fierté de ce que je suis, et de mon combat, pour croire que l’épisode actuel m’affectera en quoi que ce soit.

Je me bats, pour qu’un jour, le monde entier soit débarrassé, non seulement de la « pwofitation » et de l’exploitation, mais aussi de ses corollaires, tels le racisme, et toutes les formes d’oppression et d’injustices qui caractérisent cette société.

Monsieur Hayot, en me traduisant devant le tribunal, a rendu un service – certes involontaire – à la cause que je défends !

En effet, depuis plusieurs semaines, des centaines et des centaines de travailleurs, de militants, de jeunes, ont discuté, réfléchi, se sont réunis, ont distribué des milliers de tracts, bref, se sont mobilisés non pas pour ma défense, mais pour leur dignité, car je ne me sens nullement coupable dans ce procès !

Bien au contraire, je me sens mobilisée pour venir ici porter la seule accusation qui est juste, contre ceux du gros patronat qui estiment avoir un droit divin d’extorquer aux salariés l’essentiel des fruits de leur production, de disposer de ces salariés comme d’ accessoires jetables, les embauchant et les licenciant comme bon leur semble !

Mais justement, la grève de 2009 a eu le mérite de poser un problème même s’il ne l’a pas résolu. Celui de notre refus de laisser une bande de Békés exploiteurs et voleurs, d’origine diverse, y compris, ceux issu de la population même qui fut esclave ici, celui de notre refus de les laisser faire ce qu’ils veulent dans ce pays.

Il est temps pour nous, classe laborieuse et populaire de décider nous-mêmes de ce qui est conforme à nos besoins et de contraindre les exploiteurs à agir dans ce sens ou à nous laisser la direction des entreprises et de la société ! Nous saurons quoi en faire !

Pour finir, face à l’accusation de racisme dont je suis l’objet, j’aimerai rassurer les rares békés qui douteraient de mon humanisme !

Il est celui des militants communistes révolutionnaires, de syndicalistes qui veulent construire une autre société où la morale dominante ne sera pas la morale du compte en banque et de l’âpreté au profit !

Je suis profondément convaincue que notre humanisme est supérieur à celui des exploiteurs békés, européens, chinois, indiens noirs ou autres ! Car pour moi, à l’instar d’un historien haïtien « la haine n’a jamais rien créé »

Notre humanisme, c’est celui qui veut fonder les libertés sur la mise à disposition des êtres humains de toutes les ressources qu’ils créent et non le maintien de la domination sur la société d’une petite minorité d’extorqueurs, de profiteurs, d’usurpateurs que les masses en lutte ont désigné sous le nom de « bande de békés voleurs et profiteurs », autrement dit tous ces gros capitalistes qui sucent le sang du peuple travailleur pour faire grandir leur fortune !

Cependant, force est de reconnaitre que mon accusateur a fait œuvre utile, même si c’est à partir d’une mauvaise foi évidente, en un sens il a fait avancer notre combat, comme dit le proverbe créole : kod yanm ka maré yanm ! L’igname s’entortille avec ses propres lianes


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Published by valenton rouge - dans Monde
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