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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 12:41

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Marine Le Pen refuse tout amalgame entre le Front national et les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) dont des membres sont suspectés d’avoir tué Clément Méric.

Si Serge Ayoub (dit Batskin à cause de sa maîtrise des battes de base-ball), le leader des JNR a rencontré Marine Le Pen en 2010 et s’il a tracté sur le marché d’Hénin-Beaumont en 2012, ce n’était pas pour soutenir la candidate du FN, mais une autre candidate… qui se présentait ailleurs. Si, si !

Robert Ménard, candidat aux municipales à Béziers, n’est ni au FN, ni aux JNR. La preuve : Marine Le Pen soutient sa candidature et il a fait une conférence le 15 mai, dans un bar qui s’appelle le Local, où Marine Le Pen a été vue en 2008. Ce bar, où trônent un portrait de Le Pen et des affiches de Dieudonné, appartient à Serge Ayoub qui veut mettre-là en « synergie » l’extrême-droite parisienne.

Bref, Marine Le Pen, Serge Ayoub, Robert Ménard se connaissent à peine mais quand l’un a envie de se siffler une mousse, il pousse la porte du premier bar aperçu et oh ! surprise, qui vois-je ?

Et quand un jeune homme meurt d’un coup de poing américain, les trois, sans se concerter, pareils à des horloges qui donnent la même heure sans s’être préalablement réunies, dénoncent l’amalgame, dégagent toute responsabilité.

Et nos médias de continuer à marteler que tout ce qui est idéaliste, altruiste, généreux, socialiste, anarchiste, militant du Front de Gauche, du NPA , c’est-à-dire moins centriste que le parti Solférien, tout ce qui se situe dans le vaste champ abandonné par les usurpateurs du nom de Jaurès, est en fait d’extrême gauche, une sorte de reflet du FN (et de sa nébuleuse) dans un miroir.

Et tant que le mensonge est entretenu, l’omelette politique est préservée en son milieu gras et bombé, alléchant sous son étiquette UMPS, hydre à deux têtes dont l’une banalise les thèses de Marine Le Pen (en vue de fornications électorales hors mariage officiel avec le FN) et l’autre l’instrumentalise (en vue de la castration appelée « vote utile » de l’électorat ) tout en diabolisant Jean-Luc Mélenchon.

Demandez-vous pourquoi Clément Méric est mort hier et combien mourront demain.

Vincent Moret.

URL de cet article 20896
http://www.legrandsoir.info/marine-le-pen-serge-ayoub-robert-menard-la-triplette-angelique.html
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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 12:31

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http://blog.mondediplo.net/2013-06-05-Vent-de-fronde-en-Turquie

 

 

« Il est assez tentant d’y voir [dans les manifestations en Turquie] un islamisme de gouvernement contesté par une mouvance laïco-républicaine, à l’inverse de la place Tahir au Caire, où un pouvoir laïco-républicain était aux prises avec la révolte d’une nébuleuse islamiste… »

Ainsi questionné par Mediapart le 4 juin 2013, Levent Yilmaz, professeur d’histoire à l’université Bilgi d’Istanbul, répondait :

« La nuit de samedi (1er juin) a donné lieu à des ralliements qui défient ce genre de typologie. On a même vu des supporters de clubs de football ennemis s’entraider, tant l’appel à la fois puissant et unanime des réseaux sociaux avait fait son œuvre : un brassage impressionnant, sans les caractéristiques, les particularismes et les exclusives attachés aux mouvements partisans.

L’opposition institutionnelle renonce, du reste, à tenter de récupérer ce mouvement et son million de Turcs contestataires, qui relève donc de l’événement populaire spontané, sans idéologie préconçue, aux mains d’individus responsables allant jusqu’à nettoyer la place et son square après les charges policières. »

Passons sur la question du journaliste... et la définition de la lutte en Egypte comme opposant une nébuleuse islamiste à un pouvoir laïco-républicain (on croit rêver), mais la réponse de Yilmaz s’inscrit en faux contre les simplifications qui ont cours sur la Turquie, mais aussi sur le monde arabe (Tunisie, Egypte) et qui réduisent la vie politique à un affrontement entre deux blocs.

Pour une bonne revue de ce qui s’écrit sur la Turquie, on peut consulter le site d’Alain Bertho, « Anthropologie du présent », qui suit les événements au jour le jour.

Et aussi le blog d’Etienne Copeaux, « Un pas de côté dans les études turques ».

Oui, le Parti de la justice et du développement (AKP) est issu d’un mouvement islamiste proche des Frères musulmans. Mais il est important de faire un bilan objectif de ce qu’il a réalisé depuis son accession aux affaires en 2002 et qui s’est traduit par deux nouvelles victoires aux élections législatives en 2007 et en 2011 (cette année-là avec près de 50 % des suffrages).

La plus importante avancée réalisée par ce parti a été la mise à l’écart de l’armée, qui est rentrée dans ses casernes (sur cet affrontement, lire « Qui gouverne la Turquie ? »). Jusque-là, cette institution faisait la pluie et le beau temps, et pesait d’un poids politique démesuré, régulièrement dénoncé par l’Union européenne. Car il est clair qu’il ne peut y avoir de progrès démocratique quand l’état-major décide des affaires essentielles. Un des problèmes de l’opposition dite de gauche (le Parti républicain du peuple, CHP) est qu’il est incapable de choisir entre son allégeance à l’armée et la démocratie. Ce parti est traversé par des courants nombreux et a été incapable de représenter une solution de rechange à l’AKP (il a obtenu environ 26 % des suffrages en 2011).

Sur un site passionnant consacré au football et à sa place au Proche-Orient, « The Turbulent World of Middle East Soccer » (avec une place importante accordée aux ultras, les supporteurs des clubs dont on connaît le rôle surtout en Egypte), James Dorsey note, le 2 juin :

« Contrairement aux manifestations de masse qui ont renversé les dirigeants dans les pays d’Afrique du Nord, les protestations en Turquie visent un dirigeant démocratiquement élu qui a remporté trois élections avec une majorité respectable, a présidé une période de croissance économique importante et repositionné son pays comme une puissance régionale avec des ambitions mondiale. Elles ont également eu lieu dans un pays qui, contrairement aux pays arabes, et malgré tous ses défauts, est démocratique et a une société civile remuante et fortement développée. »

Il faudrait ajouter que c’est aussi ce gouvernement qui a eu le courage d’ouvrir des négociations avec les « terroristes » du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Alors, que s’est-il passé ? Pourquoi une manifestation écologique au cœur d’Istanbul s’est-elle transformée en fronde ?

Deux facteurs ont joué, au moins de manière indirecte, et provoqué un certain mécontentement : le ralentissement économique (notons que, malgré leur diminution sensible dans les années 2000 (PDF), les inégalités restent importantes en Turquie) ; une hostilité grandissante à l’activisme d’Ankara en Syrie.

Mais la responsabilité principale de la révolte incombe à celui-là même qui fit le succès de l’AKP, Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre. Grisé par ses réalisations, il cherche à tout prix à consolider son pouvoir, à faire rédiger une constitution présidentielle qui lui permettrait de briguer la charge de chef de l’Etat, méprise ses adversaires, multiplie les initiatives brouillonnes.

Le plus grave est sans doute la dérive autoritaire qui a vu emprisonner des dizaines de journalistes, des centaines d’opposants, notamment kurdes. La brutalité de la répression contre les manifestants de Taksim a uni contre lui un large front, très hétéroclite et qui ne se limite sûrement pas aux « laïcs ». Ainsi que le rappelle James Dorsay, pour la première fois depuis 30 ans, les supporteurs des trois grands clubs de football d’Istanbul, pourtant rivaux, se sont joint aux manifestants, dont la diversité politique et sociologique est très notable, comme le remarquent Didem Collinsworth et Hugh Pope, « The Politics of an Unexpected Movement » (4 juin) :

« Encore plus étonnante est la présence de groupes rivaux agissant côte à côte, y compris ceux qui représentent la communauté alévie (environ 10 % de la population de la Turquie), ultranationalistes, conservateurs de droite, quelques islamistes et les Kurdes de Turquie — certains brandissant le drapeau du PKK. Quelques groupes plus marginaux se sont également joints aux protestations, y compris des gauchistes et des marxistes ainsi que des anarchistes brandissant des drapeaux noirs. »

La grille de lecture qui voudrait voir dans ces actions un mouvement contre la réislamisation de la société ne correspond pas à la réalité. Levent Yilmaz note : « Nous avons bien entendu affaire à un gouvernement conservateur musulman, qui n’a pourtant pas exercé d’oppression confessionnelle. Erdogan présente un profil autoritaire. Il semble en voie de “poutinisation”. Il se mêle de tout et suscite la peur. Cette atmosphère de crainte, étouffante, a gagné des secteurs qui semblaient intellectuellement armés pour y résister : les médias, l’université…

Mais les grilles de lecture, en France ou ailleurs, poussent parfois à surinterpréter certains signes d’autoritarisme en en faisant des signaux religieux. L’exemple des récentes dispositions limitant le marché de l’alcool est symptomatique. L’affaire m’apparaît moins répressive que bien des ordonnances d’outre-Atlantique, par exemple, où la vente est souvent interdite aux moins de 21 ans. En Turquie, se fondant sur une législation déjà existante, le pouvoir veut entraver un tel commerce après 22 heures ou à proximité des écoles. J’y vois davantage la marque du conservatisme que de l’islamisme. »

Notons aussi que la mainmise du pouvoir sur les grands moyens de télévision audiovisuels a joué aussi un rôle dans la fureur des manifestants (lire « Dans la rue, la colère monte contre “CNN-Pingouins” et les médias turcs acquis au pouvoir », LeMonde.fr, 4 juin).

Que va-t-il se passer maintenant, alors que le premier ministre a quitté la Turquie pour l’Afrique du Nord, que le syndicat de la fonction publique a appelé à une grève de 48 heures (peu suivie) et que la Confédération syndicale des ouvriers révolutionnaires (DISK), qui revendique 420 000 membres, appelle à une grève mercredi 5 juin ?

En l’absence d’Erdogan, le vice-premier ministre Bülent Arinç a, selon l’AFP, reconnu les « légitimes » revendications des écologistes à l’origine de la fronde. Il a aussi présenté ses « excuses » aux très nombreux blessés civils, et a regretté l’usage abusif des gaz lacrymogènes par la police, « qui a fait déraper les choses ».

Existe-t-il des divisions dans l’AKP ? Sans aucun doute, et les propos du président Gul ont été aussi apaisants que ceux du vice-premier ministre. Mais il serait hâtif de tirer un trait sur Erdogan, qui dispose encore de vastes appuis, y compris dans une partie notable de la population.

Sur le mouvement de Fethullah Gülen, lire Wendy Kristianasen, « Ces visages multiples de l’islamisme », Le Monde diplomatique, juillet 1997. Un autre facteur pèsera, que relève Dorsey : « Le rival islamiste de M. Erdogan, Fethullah Gülen, un religieux puissant auto-exilé, basé en Pennsylvanie, qui exerce une influence dans la police, peut très bien avoir vu les protestations comme une occasion d’affaiblir le premier ministre. Le collègue de parti de M. Erdogan, le président Abdullah Gul, est considéré comme proche de M. Gülen. Dans une allusion voilée à M. Erdogan, M. Gülen a récemment prêché contre l’orgueil. Par ailleurs, des rapports circulant à Istanbul disent que l’armée, qui partage les suspicions des laïcs à l’égard du gouvernement, a refusé les demandes d’aide de la police, et qu’un hôpital militaire a même distribué des masques à gaz aux manifestants. »

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 12:08

arton3110-0cdb4.jpgLobbying intense à Bruxelles, recommandations à répétition auprès de l’Elysée, opérations séduction vers les médias : plusieurs groupes français déploient des efforts considérables pour plaider la cause des gaz de schiste. Pourquoi une telle insistance ? Qui sont les acteurs de cette guerre d’influence ? On y retrouve Total bien évidemment, mais pas seulement. Les gaz de schiste cachent de puissants intérêts, qui refusent toute transition énergétique. Enquête.

 


http://www.bastamag.net/article3110.html

C’est un véritable rouleau compresseur qui s’est mis en branle en faveur de l’exploitation des gaz de schiste. Le groupe de travail patronal franco-allemand sur la « compétitivité » et la « croissance » en Europe, mis en place sous l’égide du Medef et de la Fédération allemande des industries (BDI) [1], en a fait une de ses propositions phares. « L’Europe doit oeuvrer en faveur du développement des compétences industrielles et d’un cadre d’action pour le secteur des gaz non conventionnels (dont les gaz de schiste, ndlr)  », suggère-t-il, dans leur liste de 32 revendications patronales remises à François Hollande et Angela Merkel le 30 mai. A l’automne dernier, un plaidoyer « pour que la recherche sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste soit poursuivie », figurait déjà parmi les 22 propositions du rapport Gallois sur la compétitivité française.

La proposition faisait déjà écho à « l’appel des 98 PDG », publié fin octobre par Le Journal du Dimanche (groupe Lagardère) qui, eux aussi, insistent pour « se donner les moyens d’explorer et d’exploiter nos ressources nationales comme les gaz de schiste ». Sans oublier la succession de déclarations gouvernementales ambiguës et la salve d’éditoriaux ou d’articles (Le Monde, Le Point, Challenges…) qui, entre juillet et septembre 2012, appelaient à rouvrir le débat. « Profitons de la richesse du sol français en gaz de schiste ! », lançait Claude Perdriel, patron du groupe Nouvel Observateur, dans une tribune publiée par Challenges du 12 juillet. « Le débat n’est pas tranché », expliquait le Premier ministre Jean-Marc Ayrault un mois plus tard (lire notre article). Exploiter les gaz de schiste permettrait de faire baisser le prix de l’énergie, créerait des emplois, rendrait la France moins dépendante des coûteuses importations d’hydrocarbures, contribuerait à la croissance et renforcerait notre « compétitivité » au même titre que « la baisse du coût du travail ». A croire que les énergies renouvelables, elles, ne contribueraient à rien de bien intéressant.

Bruxelles assiégée par les lobbyistes pétroliers

Le « débat » sur les gaz de schiste agite également Bruxelles. La Commission et le Parlement sont « assiégés par les grands acteurs des secteurs pétroliers et gaziers », estime l’organisation Corporate Europe Observatory (CEO), qui étudie les actions de lobbying des grandes entreprises au niveau européen. « Entre janvier et août 2012, treize réunions formelles avec pour thème les gaz de schiste ont eu lieu entre la Commission et des représentants d’ExxonMobil, Talisman Energy, Shell, Statoil, Halliburton, Chevron et GDF Suez », décrit le CEO, dans un rapport publié en novembre [2]. Total fait aussi partie de ces firmes déployant un lobbying intensif pour tenter de « minimiser les dégâts écologiques et sociaux de la production de gaz de schiste » et « faire passer le gaz pour une option énergétique favorable aux climats dans un avenir moins carboné. » Exemple : ce voyage de presse financé par le pétrolier, qui avait donné lieu à une série d’articles et d’éditoriaux défendant la cause des gaz de schiste dans Le Monde [3].

En France, cette offensive industrielle et médiatique se heurte pour l’instant à un obstacle de taille : la fracturation hydraulique, seule technique en vigueur aujourd’hui pour accéder aux gaz de schiste enfermés dans la roche, dont l’utilisation est interdite par la loi du 13 juillet 2011. La fracturation hydraulique est excessivement gourmande en eau, recourt à des produits chimiques, et peut provoquer des remontées non maîtrisées de gaz à la surface, le tout risquant de contaminer nappes phréatiques, cours d’eau et sols. C’est cet obstacle que s’évertuent à lever le sénateur UMP de l’Orne Jean-Claude Lenoir et le député PS du Nord Christian Bataille. Les deux élus préparent un rapport parlementaire sur les « techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste ».

Le CAC 40 plébiscite les gaz de schiste

Ils considèrent que la fracturation hydraulique est « une technique ancienne qui évolue aujourd’hui rapidement sous l’effet de considérations environnementales de plus en plus partagées ». Et proposent d’étudier d’autres voies : « Une technique alternative opérationnelle existe : il s’agit de la fracturation au propane, qui mériterait un plus ample examen. D’autres technologies sont envisagées en recherche et susceptibles d’aboutir à des applications d’ici une dizaine d’années. » Un rapport d’étape sur leurs premières investigations vient d’être présenté ce 5 juin. Le jour où la fracturation hydraulique n’apparaîtra plus comme la seule technique possible, l’interdiction pourra être contournée.

Cette interdiction commence sérieusement à gêner des intérêts économiques considérables. Car l’extraction des gaz de schiste n’est pas seulement l’affaire d’aventuriers texans et de « majors » pétrolières et gazières, comme Total ou GDF Suez, qui voudraient fracturer le sous-sol français comme ils le font aux États-Unis ou en Pologne. Fait peu connu, pas moins de dix groupes français cotés au CAC 40, d’Air Liquide à Veolia, ainsi que plusieurs autres grandes entreprises nationales, sont impliqués dans l’extraction des gaz de schiste, depuis la fourniture d’équipements et de produits chimiques jusqu’au traitement des eaux usées. Et ce, partout dans le monde.

Total amasse les concessions

Total, GDF-Suez et la compagnie pétrolière franco-britannique Perenco exploitent de nombreux gisements de gaz de schiste hors de France. Le géant français amasse les concessions à l’étranger. Aux États-Unis, Total a acquis 25 % des concessions de Chesapeake Energy, premier producteur mondial de gaz de schiste, et premier foreur nord-américain avec 11 000 puits creusés en 20 ans. Et y a investi plus de 2,2 milliards de dollars ! En Pologne, Total a récupéré une partie des concessions d’exploration d’ExxonMobil. Il en détient au Danemark, au Canada, en Chine, en Algérie, en Argentine, et même en Libye…

GDF-Suez, l’autre grand acteur français du gaz, était sur les rangs pour exploiter le fameux « permis de Nant » en Aveyron. Suite au moratoire, Gérard Mestrallet, PDG de GDF-Suez, a annoncé publiquement que sa firme attendrait la mise au point des technologies plus sécurisées avant de relancer ses opérations. L’entreprise garde sous la main des licences d’exploitation en Allemagne. En attendant, elle accroît ses achats de gaz américain à bas prix, partiellement issu de la fracturation hydraulique, en encaissant au passage la différence entre son coût réel d’achat et le coût théorique sur lequel est basé le tarif réglementaire du gaz en France. Une pratique qui pénalise les consommateurs et dénoncée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) (Lire notre article). De son côté, Perenco procède à des forages par fracturation hydraulique en Tunisie.

Schlumberger et la « fracturation intelligente »

N’en déplaisent aux deux élus en quête de « techniques alternatives à la fracturation hydraulique », ni Total, ni GDF Suez ne semblent encore en mesure d’en proposer. « L’activité de la R&D s’intensifie dans le domaine des gaz et huile de schiste, avec une attention toute particulière sur la gestion de l’eau dans l’ensemble du cycle de production et sur la recherche d’alternatives à la fracturation hydraulique », avance Total dans son rapport annuel. GDF Suez n’en fait aucune mention.

Derrière les deux « majors » arrivent les firmes spécialisées dans les services à l’industrie pétrolière et gazière : Vallourec, Technip et Schlumberger. Ces firmes ne possèdent pas directement de gisements, mais assistent les compagnies pétrolières dans leur exploitation. Elles leur vendent des services et des solutions technologiques pour extraire l’hydrocarbure. Schlumberger, qui possède un double siège à Paris et Houston, est l’un des principaux fournisseurs de matériaux de pompages et de produits chimiques liquides utilisés pour la fracturation hydraulique. Ces mêmes produits qui suscitent les craintes des populations riveraines et dont les firmes concernées se refusent obstinément à révéler la composition, sous prétexte de secret commercial. Schlumberger essaie désormais de se positionner sur la fracturation « haut de gamme », qui, selon son directeur général, Paal Kibsgaard, serait un peu moins gourmande en eau et en produits chimiques : bienvenue au « smart fracking », ou « fracturation intelligente »...

Vallourec : des forages « sans nuisance aucune »

Vallourec a aussi massivement investi aux États-Unis. L’entreprise est aujourd’hui l’un des principaux fournisseurs de tubes de forage profond pour l’extraction des gaz de schiste. Son PDG, Philippe Crouzet, espère des « productions massives de gaz de schiste » en Europe d’ici 2017.« Il faudra d’abord rendre acceptable, par l’opinion publique, l’exploitation des gaz de schiste d’un point de vue environnemental », prévient-il. A l’écouter, il n’existe pas de source d’énergie plus sûre : « Il n’y a pas eu un seul accident dû au forage horizontal au cours des dernières décennies aux États-Unis (…). Tous les forages traversent, sans nuisance aucune, des nappes phréatiques pour aller chercher le gaz ou le pétrole beaucoup plus loin en dessous. Mais l’idée qu’il puisse y avoir des fuites dans les tubes est une aberration », expliquait-il en août 2012 [4]. L’arrivée des gaz de schiste en Europe est, selon lui, synonyme de « retombées économiques significatives ». Pas sûr que ces retombées profitent à tout le monde : Vallourec est la société du CAC 40 qui, entre 2003 et 2009, a le plus largement favorisé ses actionnaires par rapport à ses employés. Les dividendes versés par action ont progressé de 1 007 % ! [5].

Le secteur du BTP est également concerné : Lafarge, leader mondial des matériaux de construction, fabrique des ciments spéciaux pour les puits de forage nord-américains, à la fois pour les gisements conventionnels et pour la fracturation hydraulique. Saint-Gobain fournit des matériaux de fracturation, notamment des billes en céramique de la taille d’un grain de sable qui, injectées dans les failles rocheuses, font office de soutènement pour améliorer le taux de récupération des hydrocarbures. Technip, spécialiste des infrastructures pétrolières et gazières, mais aussi du raffinage et de la pétrochimie, a également redirigé une grande partie de ses investissements stratégiques – 225 millions d’euros – vers les États-Unis pour profiter des retombées du gaz de schiste. Sans oublier l’industrie chimique, comme Solvay, et sa filiale française Rhodia, qui dépendent de l’achat d’hydrocarbures pour une partie de leur production. Ils figurent parmi les principaux défenseurs du gaz de schiste, dans lequel ils voient une promesse de réduction de leurs coûts.

La fracturation hydraulique, source de profits pour Veolia et Suez

Pas de fracturation de la roche sans de l’eau en abondance. Veolia et Suez environnement ont trouvé là le moyen de compenser leurs pertes de marché dans l’approvisionnement en eau potable, dont la gestion privée est de plus en plus contestée. Les deux géants de l’eau considèrent la fracturation hydraulique comme une source de profit prometteuse. Elles ont réalisé des investissements importants dans les zones d’exploitation des gaz de schiste aux États-Unis (Pennsylvanie, Texas et Ohio), et financé les lobbies du secteur [6]. Grâce aux gaz de schiste, elles gagnent sur deux tableaux : la vente d’eau en gros aux entreprises réalisant les forages – 15 000 m3 d’eau sont nécessaires, en moyenne, pour une opération de fracturation – et le traitement des eaux contaminées issues de la fracturation. Cette utilisation massive des ressources en eau provoque tensions et conflits avec les agriculteurs, notamment aux Etats-Unis ? Qu’importe. Jean-Michel Herrewyn, directeur général de Veolia Eau, évoque les « très beaux projets » de son entreprise dans « les mines, le pétrole ou les exploitations de schistes bitumineux, tous énormes consommateurs d’eau ».

La plupart de ces groupes français, ou de leurs filiales, sont membre des puissants groupes de pression états-uniens, très actifs pour promouvoir les gaz de schiste et limiter au maximum toute régulation contraignante : de l’ « American Petroleum Institute » à l’ « American Gas Association », en passant par la « Marcellus Shale Coalition », qui regroupe les firmes ayant des intérêts dans les gisements de gaz de schiste de Pennsylvanie. Cette coalition, dont Veolia, Vallourec, Lafarge et Schlumberger sont membres, milite pour étouffer toute critique et combattre toute velléité de régulations de l’impact environnemental de l’exploitation des gaz de schiste dans la région, ainsi que pour réduire leur contribution fiscale aux administrations des territoires où ils opèrent [7].

Une coalition anti-transition énergétique ?

Ce modèle d’influence se retrouve dans tous les pays dont les sous-sols recèlent des gisements potentiels de gaz de schiste, de la Pologne à l’Argentine. Et semble désormais se propager dans toute l’Europe, et gagner la France. Cet engouement et ces investissements font-il sens, alors que les gaz de schiste pourraient connaître leur pic de production – le moment où la production commence à décroître, faute de ressources – aux alentours de 2017 ? Les gaz de schiste permettront de maintenir artificiellement des systèmes industriels périmés, car basés sur l’usage intensif d’énergies fossiles à un coût relativement bas. Et ensuite ?

Face à cette offensive d’ampleur, « une petite poignée d’organisations de la société civile exprime ses inquiétudes, fait pression pour une interdiction de la fracturation ou, au minimum, pour un cadre réglementaire strict », décrit le CEO. Les partisans d’une transition énergétique vers moins d’énergies fossiles feront-ils le poids face à cette impressionnant cartel de multinationales ? La bataille s’annonce rude.

Ivan du Roy et Olivier Petitjean

Photo : CC SkyTruth

Notes

[1] Et animé par le Français Jean-Louis Beffa et l’Allemand Gherard Cromme, respectivement anciens patrons de Saint-Gobain et de ThyssenKrupp.

[2] Pour le consulter.

[3] Lire ici.

[4Source.

[5] Source : L’Expansion, décembre 2010.

[6Lire ici, en anglais.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 19:53

Ernest Hemingway a vécu, écrit quelques romains, et laissé un incroyable patrimoine à La Havane. Une culture cubaine qui s'explore aussi en cours de salsa !

 

La Havane sur les traces d'Ernest Hemingway

http://www.atlantico.fr/rdv/atlantico-grand-large/voyage-cuba-ernest-hemingway-quentin-desurmont-722544.html


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Si Paris est une fête pour Ernest Hemingway, La Havane aussi. Dans les années 1930-1940, malgré sa santé fragile, le célèbre écrivain américain s'installe temporairement à Cuba. Il y trouve un toit, un lieu de détente et surtout un endroit pour écrire. C'est l'époque de Mort dans l'après-midi (1932) et Les Vertes Collines d'Afrique (1937). En 1960, l'auteur de Pour qui sonne le glas rencontre Fidel Castro, l'un de ses plus grands admirateurs. Fort du succès du Vieil Homme et la Mer, il reçoit en 1954 le Prix Nobel de la littérature qu'il dédie au peuple cubain. Pourquoi tant d'amour ? Voici les meilleures adresses d'Hemingway à la Havane.

 

Déambuler dans les rues de cette grande ville est incroyable. Voguer entre ces maisons bigarrées, en se demandant où pouvait bien coucher l'un des plus illustres auteurs de la littérature américaine. La réponse réside dans l'hôtel Ambos Mundos (les deux mondes, en espagnol), un modeste immeuble de quatre étages construit en 1924 au coin de las Calles Obispo et Mercaderes (les rues de l'évêque et des marchands). Un conseil : tout miser sur le 551. C'est le numéro de la chambre qu'occupait Hemingway entre 1932 et 1939.


À deux pas de là se trouve le bar à cocktails qu'il fréquentait à la même époque, La Floridita, à savoir la petite Floride. Un nom si familier quand on sait que l'auteur a vécu dans cet état des États-Unis. Hemingway passait tous les jours dans cet établissement pour y boire un mojito. Afin de bien rentrer dans le personnage, autant commander la même boisson que lui. On peut voir tout au bout du comptoir, près du mur, une statue de bronze, grandeur nature, rendant hommage à ce remarquable client. Et pour cause, sa fidélité était telle que, même après avoir déménagé avec sa femme Mary, Ernest continua de se rendre quotidiennement à La Floridita siroter de savoureux mélanges.


Mais Hemingway n’a pas vécu qu’à La Havane. À quinze minutes en voiture de la capitale se trouve le petit coin de paradis où il se retirait pour écrire, La Finca Vigia. Il y réside jusqu’en 1960, un an avant son suicide. Léguée par sa veuve au gouvernement cubain, cette grande maison blanche perchée sur une colline est devenue l'actuel musée Hemingway. Le temps semble s'y être arrêté. Conservé en l'état, cet endroit ne reflète pas qu'un mode de vie, mais toute une époque. Les murs sont tapissés d'affiches de corridas espagnoles datant des années 1930. Les parcourant du regard, impossible de ne pas s’attarder sur la machine à écrire à laquelle l'auteur confiait ses rêveries matinales. Quant à son incontournable collection de trophées de chasse, elle rappelle ses quelques expéditions en Afrique. Finalement, la relique la plus vivante de la pièce est un vêtement : son uniforme de correspondant de guerre, qui donne un sens aux bouteilles de whisky et aux quelques papiers qui jonchent le parquet. 

Si le souvenir d'Ernest Hemingway éclaire les rues de Paris ; à la Havane, quand on pense à lui, Le Soleil se lève aussi.

 

 

Comme elle nous entraîne, la salsa cubaine


Il y a ceux qui sont nés Français et rêvent de devenir Cubains par amour de la musique locale, et ceux qui se réveillent un beau matin en apprenant qu'ils viennent du Crocodile et non de l'Hexagone. C'est, peu ou prou, l'histoire que raconte le film Salsa. La morale en est que si l'on veut s'imprégner de la culture d'un pays, il vaut mieux le faire au contact de ses habitants, si ce n'est directement sur place. Prêts pour un cours de danse au cœur de La Havane ?

 

Quand on recherche « cours de salsa à la Havane » sur internet, en français, en espagnol ou en anglais, on ne trouve rien sinon quelques noms d'hôtels. Pourquoi ? Parce que la salsa s'apprend dans les bars et les restaurants de la capitale. C'est une danse, un genre musical qui s'est répandu en Europe au cours de ses dernières années à travers un enseignement rigoureux, à l'inverse quasi inexistant dans son pays d'origine. À Cuba, le mot salsa s'emploie rarement. Dans la bouche des touristes, il désigne la danse casino, rebaptisée « timba » à la fin des années 1980. Bien que l'on utilise souvent un nom pour un autre, les mouvements, eux, restent relativement précis.

 

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Pas besoin de point de rendez-vous particulier. La salsa se pratique partout dans les rues de Cuba. Matin, midi et soir, tout est prétexte à danser. Toutefois, les salseros ont leurs pistes de prédilection. À la Havane, entre autres, le Café Cantante, el Salón Rosado de la Tropical, El Morro attirent professionnels, amateurs et débutants, tous confondus, dans une atmosphère incroyablement chaleureuse. Collés-serrés ou espacés, les danseurs adoptent la technique qui leur plaît, quoiqu’ils soient contraints à une chose : sourire. Pas la peine de venir en tirant la tronche. C'est l'expulsion garantie, à moins qu'il ne soit question de bagarre. Dans ce cas, c'est une autre histoire...


Parmi les classes les plus recherchées, celles d’Alina, professeur de danse attitrée de l'Hotel Nacional de Cuba. Situé dans la vieille Havane, cet établissement cinq étoiles prévoit toujours le meilleur pour sa clientèle, y compris en termes de pédagogie. Le standing de l'établissement atteste la qualité de ses services. C'est au bord de la piscine que la grande professionnelle accueille ses élèves et leur accorde, sur commande ou non, des cours particuliers.

« Salsa, salsa, ritmo que da vida »... Comme le chante si bien Yuri Buenaventura, la salsa rythme la vie. Et particulièrement la vie de Cuba.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 19:51

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http://www.mondialisation.ca/cuba-ou-la-mondialisation-de-la-solidarite-23-loperation-miracle/5337909

 

L’Opération Miracle, lancée par Cuba et le Venezuela en 2004, a permis à plus de deux millions de pauvres d’Amérique latine et du reste du monde de retrouver la vue.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a actuellement près de 285 millions de personnes atteintes de déficience visuelle à travers le monde, dont 39 millions d’aveugles et 246 millions qui présentent une baisse de l’acuité visuelle. Près de 90% d’entre elles vivent dans des pays du Tiers-monde. Les principales causes de déficience visuelle sont les défauts de réfraction non corrigés (myopie, hypermétropie ou astigmatisme, 43%), la cataracte (33%) et le glaucome (2%). Près de 80% de l’ensemble des déficiences visuelles sont curables, note l’organisation qui ajoute que « la cataracte reste la première cause de cécité ». Ces maladies oculaires affectent en premier lieu (65%) les personnes âgées de plus de 50 ans (20% de la population mondiale), un pourcentage qui s’accroit avec le vieillissement de la population, mais également 19 millions d’enfants[1].

Face à ce constat, dans le cadre de l’ALBA, Cuba et le Venezuela ont décidé de lancer en juillet 2004 une vaste campagne humanitaire continentale portant le nom d’Opération Miracle. Elle consiste à opérer gratuitement les Latino-américains pauvres atteints de cataractes et autres maladies oculaires, et qui se trouvent dans l’impossibilité de financer une opération qui coûte entre 5 000 et 10 000 dollars selon les pays. Cette mission humanitaire a été depuis étendue à d’autres latitudes (Afrique, Asie). L’Opération Miracle inclut la participation de 165 institutions cubaines. Elle dispose de 49 centres ophtalmologiques dans 15 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe (Cuba, Venezuela, Bolivie, Equateur, Haïti, Honduras, Panamá, Guatemala, Saint-Vincent-les-Grenadines, Guyana, Paraguay, Grenade, Nicaragua et Uruguay)[2].

Au 1er janvier 2008, un million de personnes avaient été opérées[3]. En 2011, plus de deux millions de personnes en provenance de 35 pays ont pu retrouver la vue[4]. Dans le cadre des accords de l’ALBA, la population vénézuélienne a été la première à en bénéficier avec plus de 178 000 opérations réalisées à ce jour. La Bolivie a également largement bénéficié de la coopération médicale cubaine, avec 600 105 personnes opérées [5]. Le président bolivien Evo Morales a salué la présence des médecins cubains ainsi que le rôle intégrateur et solidaire de l’ALBA[6].

Wikicommons

Hôpital de la ville cubaine de Jaguey Grande : formation de médecins

D’autres pays ont également profité de l’internationalisme humanitaire de l’Opération Milagro. Ainsi, 100 000 Equatoriens[7], 61 000 Nicaraguayens[8], 61 000 Jamaïcains[9], 50 000 Panaméens[10], 48 255 Brésiliens, 35 245 Argentins, 22 280 Péruviens, et 312 Paraguayens, entre autres, ont retrouvé la vue[11]. Des ressortissants étasuniens issus des catégories les plus défavorisées ont également bénéficié de l’Opération Miracle[12].

Le cas le plus emblématique est sans doute celui de Mario Terán, ancien sous-officier bolivien à la retraite, qui avait assassiné Ernesto Che Guevara le 9 octobre 1967 dans la petite école de La Higuera en Bolivie. Il vivait alors dans l’anonymat à Santa Cruz. Il subsistait grâce à sa petite pension d’ancien soldat et avait perdu la vue, victime d’une cataracte qu’il n’avait pu faire soigner faute de moyens[13]. Grâce à l’Opération Miracle, Terán a pu se débarrasser de son handicap. Pablo Ortiz, journaliste bolivien travaillant pour le quotidien El Deber de Santa Cruz, a rapporté l’histoire : « Terán avait des problèmes de cataracte et a été opéré grâce à l’Opération Milagro, par des médecins cubains, de manière totalement gratuite ». Puis il a donné de plus amples détails : « Ce type est un parfait inconnu. Personne ne sait qui il est. Il est complètement ruiné et il s’est présenté à l’hôpital de l’Opération Miracle. Personne ne l’a reconnu et il a été opéré. C’est son propre fils qui nous l’a raconté, et qui s’est rendu à notre journal pour adresser des remerciements public[14] ».

En 2009, à l’occasion de la 10 000ème intervention chirurgicale réalisée au sein du Centre ophtalmologique José Martí, l’Opération Miracle a obtenu le Prix de l’Excellence citoyenne en Uruguay du Centre latino-américain de développement (CELADE) parrainé entre autres par l’Organisation des Etats Américains (OEA), pour ses valeurs solidaires et humaines[15].

La presse canadienne a même rapporté qu’un certain nombre de ressortissants de la Couronne britannique, faute de moyens financiers, préfèrent aller se faire soigner et opérer à Cuba, réputée pour l’excellence de ses soins et ses prix attractifs pour les Occidentaux[16].

L’Opération Miracle est un exemple concret d’une politique sociale efficace menée par deux nations du Tiers-monde en faveur des plus démunis. C’est également une leçon pour les pays riches et un appel à un peu plus de solidarité avec ceux que Victor Hugo appelait la « cariatide ».

Salim Lamrani

Article initialement publié en portugais : Cuba ou a globalização da solidariedade: a Operação Milagre

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 19:37

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http://www.editionsbdl.com/marx-au-combat.html

 

Marx au combat

Christian Laval


Collection 3e culture

Format : 10 x 18
120 pages
ISBN : 978-2-35687-166-4
Prix de vente public :
8 € TTC

 

Quelques semaines avant sa mort, Marx répond une dernière fois aux questions d’un journaliste. "Qu’est-ce qu’il y a ?", demande le journaliste alors que Marx silencieux scrute l’horizon. "La lutte", répond Marx.

"Dévoiler la loi économique du mouvement de la société moderne", est le but du Capital. Et le silence de la bibliothèque du British Museum que Marx fréquente des années durant ne doit pas nous tromper : dire le vrai est un combat.

Jeune publiciste, Marx a dû fuir les créanciers, la censure et les polices européennes. C’est entre de multiples changements d’adresse qu’il a écrit le Manifeste du Parti communiste. Avec son épouse et ses quatre enfants, nés dans trois pays différents, il partage une vie quotidienne précaire aux revenus toujours incertains. Enfin réfugié à Londres, avec l’aide de son irremplaçable ami Engels, il écrit et étudie sans relâche. Son combat prend ici la forme d’une critique systématique des fondements et des catégories fallacieuses de l’économie politique. Il faut dénoncer les "philistins" de tous bords (parfois même avec quelque injustice), être attentif aux mouvements longs de l’histoire comme aux soubresauts de l’actualité pour dire le vrai du système capitaliste. Il faut dire l’avenir aussi et démontrer que les crises ne sont pas de simples ajustements cycliques mais qu’elles scandent un mouvement irrésistible de l’histoire, celui du dépassement du capitalisme. Il le faut, parce qu’il y a urgence, parce que l’exploitation se fait au nom de la liberté, parce que la misère se répand à mesure que les richesses s’accumulent, parce que les inégalités et les injustices triomphent par le mensonge.

La lutte n’est pas seulement une notion fondamentale de sa philosophie de l’histoire : la vie entière de Marx est un combat.

 

 


Christian Laval est professeur de sociologie à l'université de Paris Ouest Nanterre La Défense. Auteur de plusieurs ouvrages de sociologie de l'éducation L'école n'est pas une entreprise (La Découverte, 2002) et La nouvelle école capitaliste (La Découverte, 2011), Christian Laval est spécialiste de l'histoire de la sociologie L’ambition sociologique (La Découverte, 2002) et L'homme économique Essai sur les racines du néolibéralisme (Gallimard, NRF-Essai, 2007). Avec Pierre Dardot, il a publié un ouvrage de référence sur le néolibéralisme La nouvelle raison du monde Essai sur la société néolibérale (La Découverte, 2010) et publie en 2012 Marx, prénom : Karl (Gallimard, NRF-Essai).

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 13:17

arton1346-dc7aa.jpgCommuniqué de presse du Parti communiste de Turquie


A la suite de l’attaque policière contre son siège central à Ankara, le Parti communiste de Turquie a publié le 2 juin 2013 le communiqué suivant :

"Aux heures de la soirée la police a attaqué le siège central du Parti communiste de Turquie, où le Centre Culturel Nazim Hikmet se trouve également.

"La police a lancé des gaz lacrymogènes à l’intérieur de l’immeuble et dans le café du Centre culturel. Elle a placé en garde à vue les personnes qui étaient dans le café. En raison des grenades lacrymogènes et de la brutale violence de la police plusieurs camarades et amis ont été traumatisés.

"Notre peuple n’acceptera pas la terreur qui a été créée par le gouvernement de l’AKP. Conformément aux lois officielles qui doivent être prises en compte le gouvernement doit démissionner."

Le Bureau central

du Parti communiste de Turquie

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 13:05

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Charlatans saumâtres

    *  En attendant, des charlatans saumâtres nous expliquent que le fin du fin est de supprimer la lutte des classes. Ils ont tout dit quand ils ont dit ça. Ils veulent supprimer la lutte des classes par décret, en l'interdisant par affiches, comme on interdit certains apéritifs, certains jeux de hasard, la circulation dans Paris minuit passé, et le franchissement de la chaussée en dehors des passages cloutés. Nos charlatans saumâtres, s'ils n'étaient pas de vulgaires coquins, seraient de petits ignorants et mériteraient le bonnet d'âne. Tant qu'il y aura des pauvres et des riches, des exploités et des exploiteurs, ces catégories antagonistes se heurteront. On ne connaissait pas encore les théories du socialisme lorsque les esclaves romains se révoltaient sous la direction de Spartacus ; tout le Moyen-Age a été marqué des Jacqueries, ces révoltes des paysans contre les seigneurs féodaux.
    *  Il n'est de société sans classes que la société sans exploitation de l'homme par l'homme. Supprimer l'exploitation de l'homme par l'homme, c'est tarir la source du profit capitaliste. Les nazillons n'y songent pas un instant. Leurs modèles, les nazis, n'y ont jamais songé.
    *  L'appropriation individuelle des instruments de production par les détenteurs de l'argent ne correspond plus au caractère social, collectif du mode de production. Et comme il ne peut être question de revenir à l'artisanat ou à la manufacture, l'harmonie nécessaire entre le mode de production et le mode d'appropriation ne peut être établie que par la remplacement de la propriété individuelle par la propriété sociale.
    *  C'est ce qu'exprime ce très beau raccourci de Jaurès :


    * "Nous voulons l'abolition du salariat et, comme il est impossible, maintenant que le temps du rouet, du fuseau, du marteau à la main, de l'instrument individuel de production, est passé pour faire place au grand mécanisme collectif de la production, comme il est impossible d'assurer à chaque travailleur la propriété de son outil individuel, c'est par la transformation de la propriété capitaliste en propriété collective que nous voulons poursuivre la transformation sociale."

    *  Oh nous savons bien l'objection des ignorants qui se donnent pour de beaux esprits ! "Vous retardez, nous disent-ils, avec votre B A BA du socialisme. Tout cela est bel et bien dépassé aujourd'hui. Les fondateurs du socialisme vivaient à l'autre siècle. Comment auraient-ils pu prévoir les formes de l'économie moderne et les bouleversements qui ont secoué le monde ?"


L'époque de l'impérialisme

    *  Voici notre réponse :
    *  Si le socialisme n'avait pas conservé un si grand prestige, s'il n'était pas la seule formule d'affranchissement humain, ceux qui rêvent pour des desseins suspects de se gagner la sympathie des masses populaires n'arboreraient pas le drapeau du socialisme.
    *  Au surplus, s'il est bien vrai que les fondateurs du socialisme scientifique n'ont pu prévoir dans les détails les phénomènes économiques surgis depuis cinquante années, ils en avaient indiqué les prémisses a~ec une grande lucidité, et leurs continuateurs ont étudié très scrupuleusement ces phénomènes en appliquant à leur étude la très sûre méthode du matérialisme dialectique. Et à quelles conclusions ont abouti ces continuateurs qui s'appellent Lénine et Staline ? De quelle contribution ont-ils enrichi le socialisme ? Ils ont expliqué que nous étions entrés, avec le vingtième siècle, dans l'époque de l'impérialisme.
    *  L&ipos;époque de l'impérialisme est celle où le heurt entre les forces productives et le régime social atteint sa plus grande acuité. Le régime capitaliste cesse d'être progressif. Ses idéologues se font alors les négateurs du progrès. A l'époque de l'impérialisme, l'effort de la raison, de l'analyse scientifique, ne peut que démontrer le caractère irrationnel de ce système. Les idéologues de l'impérialisme affirment que "les vrais chefs n'ont nullement besoin de culture et de science" (Hermann Göring). Au développement de la raison, on oppose les mythes grossiers de la Terre et du Sang. A l'époque de l'impérialisme, enfin, c'est-à-dize à l'époque de la domination d'une oligarchie financière étroite, la couche sociale intéressée au maintien du système capitaliste devient de moins en moins nombreuse (Note d'Ami de l'égalité : l'oligarchie est le gouvernement d'un petit groupe ; ce mot est souvent employé aussi pour désigner le petit groupe qui gouverne).


Recours au terrorisme

    *  Pour assurer leur pouvoir, les oligarchies doivent renoncer au système de gouvernement démocratique. Elles recourent au terrorisme. Elles deviennent anti-démocratiques et réactionnaires. Pour mener à bien leur entreprise, il leur faudra tenter de détourner les masses ouvrières de la voie révolutionnaire, de les maintenir sous la domination de la grande bourgeoisie. C'est dans ce but qu'elles créeront partout où elles pourront des mouvements fascistes ; qu'elles leur conseilleront, pour tromper les masses ouvrières, de se servir de mots d'ordre anti-capitalistes. C'est ainsi qu'à l'époque de l'impérialisme, en combinant une démagogie anti-capitaliste chauvine, anti-sémite avec un terrorisme forcené contre la classe ouvrière, le fascisme a pu, dans un certain nombre de pays, dresser un barrage contre le socialisme, assurer la prolongation du système de domination des oligarchies capitalistes. Telle était la mission des nazis rassemblés par Adolf Hitler. Telle est la mission des nazillons qu'essayent de rassembler Marcel Déat, Deloncle et Jacques Doriot.


Ce n'est pas du socialisme

    *  Cette entreprise, on peut la baptiser de tous les noms qu'on voudra. Elle n'a rien à voir avec le socialisme ; elle est le contraire du socialisme (Note de Gabriel Péri : Staline, dans son rapport au dix-septième congrès du Parti bolchévique, caractérise le fascisme "comme un signe montrant que le grand capital n'est plus en mesure d'exercer son pouvoir au moyen des anciennes méthodes de parlementarisme et de démocratie, ce qui l'oblige à recourir dans sa politique intérieure aux méthodes de domination terroristes"). Le socialisme nous révèle la contradiction qui creuse le tombeau du capitalisme. Le nazisme est né de l'effort du capitalisme décadent pour imposer son pouvoir par la terreur. Le socialisme révèle aux exploités le secret de leur exploitation et le moyen de briser cette exploitation. Le nazisme est la tentative tout à la fois sournoise et violente des couches réactionnaires de la bourgeoisie pour détourner les exploités de la voie de leur affranchissement.
    *  Le socialisme repose sur deux assises fondamentales : la propriété sociale des moyens de production, dans le cadre du respect de la petite propriété individuelle, fruit du travail personnel ; la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme.
    *  La Société Socialiste, c'est celle où les moyens de production appartiennent soit à la société tout entière, soit à la collectivité des producteurs qui les gère. La Société Socialiste, c'est celle où les moyens de production qui permettaient l'exploitation du travail d'autrui étant devenus propriété sociale, la classe exploiteuse n'existe plus. La Société Socialiste est celle où la classe travailleuse (ouvriers et paysans) a cessé d'être exploitée par les possesseurs des grands moyens de production, pour devenir la propriétaire collective de ces moyens de production, affranchie de toute exploitation.
    *  Etre socialiste, c'est lutter pour cette société-là ! Est-ce cette société que se proposent de construire les démagogues ivres du "Rassemblement" antinational et impopulaire ? Ce qui est certain, c'est que leurs maîtres de Berlin ne l'ont xas construite. Ils lui ont tourné le dos.

4 - Discours anticapitalistes et subvention des magnats

    *  On conçoit aisément que le socialisme tel qu'il est, tel que nous venons de le définir, le socialisme vrai, dont les communistes sont les seuls champions authentiques, ait été depuis toujours le cauchemar des ploutocrates.
    *  Le socialisme, parce qu'il se propose de dépouiller les oligarchies de l'instrument d'exploitation, est pour celles-ci l'objet de la plus vive inquiétude. Contre lui, elles ont multiplié les obstacles. Elles ont usé de la puissance que leur confère la richesse pour combattre le mouvement socialiste ; elles ont usé de l'emprise qu'elles exercent sur l'Etat pour briser les organisations ouvrières, etc.
    *  Si le nazisme, dont les hauts-parleurs du RNP prétendent suivre l'exemple et imiter le modèle, avait été le socialisme ; s'il avait été, à tout le moins, une variété, une forme de socialisme, ses progrès auraient provoqué l'indignation des classes possédantes. Contre lui, elles auraient multiplié les entraves. Elles auraient tout essayé pour ruiner le mouvement. Elles auraient, à pzix d'or, suscité contre lui des mouvements rivaux, etc... Bref, elles auraient déployé l'effort de corruption que partout et toujouzs des exploiteurs déploient contre ceux qui menacent leurs privilèges.
    *  Or, que s'est-il passé en Allemagne ? Il s'est passé ceci, sur quoi Déat et Doriot observeront, si vous les interrogez, un silence pudique : les possesseurs et les manieurs d'argent, les magnats de l'industrie lourde, les forces les plus actives du capitalisme ont subventionné le mouvement nazi, financé ses journaux, entretenu sa caisse de propagande. Pourquoi ? Parce que le nazisme, loin d'être une forme du socialisme, a été pour la grande bourgeoisie allemande - ce que le RNP tente d'être pour la grande bourgeoisie française - l'instrument de tentative de sauvetage de l'ordre ploutocratique.


Ce jongleur de Mussolini

    *  Sans doute, les dirigeants nazis ont-ils eu soin, toujours, d'entourer de mystère tout ce qui concernait les ressources du Parti. En vertu du "Führerprinzip" (principe du Führer), Hitler s'abstenait de révéler à ses collaborateurs les plus proches l'origine de certaines souscriptions ; mais dans les années qui précédèrent son avènement au pouvoir, chaque fois que s'amorçait un débat public sur les moyens financiers du Parti, Hitler préférait transiger avec ses "diffamateurs" plutôt que de leur intenter un procès. Ce qui ne l'empêchait pas de célébrer la "vertu nazie" et d'accuser d'autres fascistes - les fascistes italiens par exemple - de n'être pas comme lui vêtus de probité candide et de lin blanc ! Le 29 juillet 1922 - treize ou quatorze ans avant l'Axe - le Völkischer Beobachter écrivait que "Mussolini avait trahi ses camarades parce qu'il avait été corrompu par les représentants de la Société du Gaz de Zurich". Le journal ajoutait que le Popolo d'Italia, le journal de Mussolini, avait été fondé avec de l'argent juif et il invitait les "nationaux-socialistes" à "éviter strictement tout rapport avec ce jongleur de Mussolini". Mais les sources où s'abreuvait Hitler n'étaient pas plus pures que celles où Mussolini avait étanché sa soif. L'un et l'autre s'étaient désaltérés aux fontaines du grand capital. L'un et l'autre ont été choisis par les tenants du vieil ordre comme les chiens de garde de leurs privilèges.


L'Allemagne entre les deux guerres

    *  Pour la bonne compréhension de ce qui va suivre, essayons de nous représenter l'Allemagne entre les deux guerres. En 1918, ce pays a vu éclore des Soviets d'ouvriers et de soldats (note d'Ami de l'égalité : le mot russe "soviet" est l'équivalent du mot français "conseil" ; Gabriel Péri l'emploie ici par référence à la révolution russe de 1917, qui a consisté dans la formation en Russie de conseils d'ouvriers et de soldats, lesquels ont démantelé les institutions du pouvoir impérial et se sont formés en institution politique nouvelle ; les bolchéviks déployaient leur activité au sein de ces conseils ; en employant ici le mot russe "soviet", Gabriel Péri désigne les conseils révolutionnaires formés en Allemagne au moment de la déconfiture des institutions du pouvoir impérial consécutive à la défaite militaire de l'automne 1918). Mais la Révolution a été écrasée dans le sang par les efforts conjugués de l'Entente (note d'Ami de l'égalité : il s'agit de l'alliance franco-anglaise conclue sous le nom d'Entente cordiale et à laquelle s'étaient joints, à la faveur de la guerre mondiale, divers autres états) et des chefs traîtres de la social-démocratie, lesquels ont fait appel aux junkers et aux officiers de l'ancienne armée. Le courant populaire a été si puissant cependant que les maîtres du pouvoir durent accorder quelques concessions à la classe ouvrière : assurances sociales, contrats collectifs, conseils d'entreprises, droit d'organisation des ouvriers agricoles. Toutefois, les potentats de la grande industrie, aussi bien que les hobereaux, sont parfaitement décidés à reprendre ce qu'ils ont accordé. Pour commencer, ils sabotent l'application des lois sociales ; ils s'emploient à briser les grèves. Ils créent pour cela des corps spéciaux, des ligues de combat, sorte de police prétorienne aux ordres du grand capital. La plus agissante de ces ligues crées et mises au monde par les capitalistes allemands, c'est le Parti National-Socialiste d'Adolf Hitler. Pendant toute une période, ces ligues, que le grand capital a eu l'occasion d'expérimenter lors du putsch de Kapp, sont tenues en réserve. L'heure n'a pas sonné encore de les lancer dans la bagarre. Il attend que les capitaux américains et anglais aient afflué en Allemagne, que l'industrie allemande se soit rééquipée. Seulement, lorsque cet équipement est achevé, lorsque l'Allemagne s'apprête à inonder le monde de ses produits, le monde est secoué par la grande crise économique de 1930. Cette crise touche directement les industriels allemands. Leur grande préoccupation, dès lors, va être de réduire les salaires ouvriers, d'abroger la législation sociale, d'en finir avec le système des contrats collectifs. Ils doivent, pour cela, disposer d'un Etat docile à leurs voeux. Les corps-francs sont tirés de l'ombre ; le parti national-socialiste est poussé à l'avant-scène. Fritz Thyssen et Kirdorff de la métallurgie de Gelsenkirchen augmentent le chiffre de leurs subventions. Les gouvernements de Brüning, de Von Schleicher, de Papen cèdent à la pression des agitateurs nazis, puis ils leur abandonnent la place.
    *  Ne nous y trompons pas, cependant, la volonté et l'argent de quelques magnats n'auraient point suffi à assurer la victoire de cette équipée. Pour qu'elle réussît, ses initiateurs devaient capter la confiance d'une troupe importante, se donner - ce que Déat et Doriot cherchent en vain dans la France de 1941 - une base de masse. Comment s'y prirent-ils ? La question est d'importance. Là-bas, une formidable entreprise de viol des foules a réussi. Réussira-t-elle chez nous ? Ce qui est certain, c'est que l'un des moyens d'empêcher {on succès, c'est de révéler les procédés qu'elle employa, de dire comment elle mystifia ceux à qui elle s'adressait, et c'est de montrer que ceux-là furent victimes d'une des plus gigantesques escroqueries de l'histoire.


Des millions d'êtres dans la misère

    *  Mais qui étaient-ils au juste, ceux auxquels s'adressait l'agitation nazie ? C'étaient les classes moyennes d'abord, les épargnants, les détenteurs de revenus fixes saignés à blanc par la chute du mark, les petits commerçants pressurés par les banques, écrasés par les magasins cartellisés. C'étaient les paysans endettés, que le fléchissement des prix condamnait à la misère, à partir de 1929 ; les petits paysans s'entend, car pour ce qui est des hobereaux, la politique douanière du gouvernement les avait mis à l'abri des risques les plus graves. A ces catégories sociales ajoutez les anciens combattants et parmi eux la foule des anciens officiers et sous-officiers à qui la fin de la guerre et la défaite ont fait perdre leur emploi ; la jeunesse enfin, la tragique multitude des jeunes chômeurs et des jeunes étudiants sans emploi, tous avides d'action, de mouvement, de renouvellement.
    *  Où vont aller ces millions d'hommes et de femmes sur qui la misère s'est abattue comme un manteau de plomb et que déjà la famine guette ? Où vont-ils aller ?
    *  Ah certes, si contre le régime qui engendre l'effroyable détresse, la classe ouvrière s'unissait comme tentent de l'unir les communistes, la réponse ne serait pas douteuse. Le prolétariat uni serait pour la petite bourgeoisie une irrésistible force d'attraction. Autour de cette force se grouperaient les victimes de la guerre, les jeunes dont les vingt ans réclament avec tant d'impatience l'action, la rénovation de l'Allemagne. Alors serait mobilisée la formidable armée qui ne s'égarerait pas, ne prendrait pas le mauvais chemin, mais s'attaquerait à la cause du mal : elle désignerait aux multitudes le but à atteindre, le socialisme.


La division ouvrière favorise le nazisme

    *  Oui, mais la classe ouvrière est divisée, la social-démocratie, non contente de repousser les propositions d'action commune des communistes, charge son préfet de police Zorgiebel de faire tirer sur la foule ouvrière de Berlin, le premier mai 1929. Elle s'accroche à la capote de Hindenburg, à la soutane de Brüning, à la jaquette de von Papen.
    *  Par sa faute inexpiable, c'est vers d'autres forces que va se diriger la cohorte des victimes. Vers quelles forces ? Vers celles qui ont été mises sur pied par les responsables de ses misères.
    *  Ces forces existent ; ce sont le Parti nazi, ses sections de protection, ses sections d'assaut dont le grand capital a alimenté les caisses. Magnats de l'industrie, féodaux de la terre ont réalisé ce tour de force : ils ont groupé les victimes du régime dans des organisations dont la raison d'ê|re et la mission était de sauver ce régime.
    *  Nous verrons comment cette supercherie fut possible et quel langage tinrent, à cette foule qui avait faim, les chefs visibles du mouvement. Mais qu'importait le langage. Les autres chefs, invisibles ceux-là, tenaient les cordons de la bourse. Ils étaient les vrais maîtres du mouvement nazi ; ils savaient qu'ils le conduiraient où ils voudraient et ils lui avaient assigné la mission de sauver des privilèges que la tourmente menaçait d'emporter.


Bailleurs de fonds de Hitler

    *  Ces chefs invisibles, ces bailleurs de fonds, quels étaient-ils ? Certains ne vivaient pas sous le ciel allemand. C'est ainsi que, parmi les protecteurs de la première heure du mouvement nazi figurent : le pétrolier anglais Sir Henri Detterding, le potentat américain Ford et quelques financiers suédois liés à la famille de Göring. Parmi les protecteurs allemands, il convient de citer M. Aust, pzésident de l'Union des Industriels bavarois ; M. Kuhlo, avocat-conseil de cette union ; Von Epp qui, en compagnie de Röhm, se procura dans les milie}x financiers de Munich les fonds nécessaires à l'achat du journal le Völkischer Beobachter ; le grand industziel Borsig ; le fabricant de dentelle Mutscham ; le chef du trust du charbon de Rhénanie Kirdorff ; l'industriel Thyssen ; l'admini{trateur du grand trust de la potasse Wintershall de Cassel ; le trust Lahussen-Nordwolle ; l'union minière Bergbanveren d'Essen ; la maison Otto Wolf ; le trust des cigarettes Reemsta ; de grands propriétaires terriens ; enfin les anciens princes allemands : l'ex-Kaiser, le prince Auguste-Guillaume de Hohenzollern, le prince Christian de Schaumburg-Liffe, le duc de Saxe-Cobourg Gotha, les grands-ducs d'Oldenburg, de Mecklemburg, de Hesse, le duc Ernest-Auguste de Brünswick. Et ce fut pour être agréable à ces "nom de Dieu de princes", pour les payer comptant, que les députés nazis, tout en vitupérant le capitalisme, votèrent au Reichstag contre la loi d'expropriation des anciennes familles princières !
    *  Voilà quels noms portent les vrais maîtres du mouvement nazi. Ces bailleurs de fonds, dont les journaux de Marcel Déat et de Doriot ne publieront jamais le palmarès, ne gaspillaient pas leurs deniers. Ils ne prêtaient pas à fonds perdus. Ils réalisaient un très bon placement. Ils se ménageaient une assurance. En prélevant un peu sur leurs bénéfices, ils entendaient assurer la protection de leur régime, de leurs privilèges et tirer une traite sur l'avenir.
    *  Ils n'ont pas été déçus, mais remboursés avec usure et récompensés au centuple !

5 - L'escroquerie du programme : Bons et mauvais capitalistes

    *  Les hauts-parleurs du "Rassemblement national populaire" balbutient et bredouillent. Mettez-vous à leur place. Ils ont mijoté dans les vieilles marmites des 200 familles ; ils ont été ministres de Tardieu, ou de Doumergue, ou de Flandin, ou de Daladier ; ils ont attaché leurs noms à des décrets-lois de déflation qui, pour sauver le superflu des riches, rognaient sur le nécessaire des pauvres. Tel est le cas de Laval, avocat marron qui nut l'agent électoral du financier Octave Homberg ; de Marcel Déat à qui il ne répugnait pas d'être collaborateur de deux journaux, dont l'un : L'Oeuvre, était financé par la Banque Lazard, et l'autre : La République, touchait au guichet des Compagnies d'Assurances ; de Rivollet (fâcheusement compromis par ailleurs dans un scandale de Loterie d'anciens combattants), qui fut ministre des Pensions et signa les décrets qui frappaient d'un prélèvement les pensions des anciens combattants ; de Cathala, qui fut ministre de Tardieu ; de Besset, qui fut ministre de Daladier.


Premiers vagissements du RNP

    *  Ils ont passé une partie de leur vie à dénoncer la Révolution, à exorciser le socialisme, à frémir chaque fois que le prolétariat entamait un des privilèges sacrés du capitalisme. Aujourd'hui, pour servir les mêmes forces d'argent qu'hier, il leur faut modifier du tout au tout leur vocabulaire, se couvrir d'une vêture nouvelle. Ils bégaient, ils hésitent, ils ont peur. Voilà pourquoi leur déclaration-programme est si mièvre, si pâle, si anémiée et souffreteuse.
    *  Nos gaillards désirent "une économie dizigée à base corporative". Ils suggèrent que la monnaie soit "garantie par le travail". Ils n'écrivent pas une fois le mot socialisme. Ils veulent bien manipuler des pétards de feu d'artifice ; ils hésitent à faire fonctionner le 420 de la démagogie (Note d'Ami de l'égalité : l'un des plus gros calibres de l'artillerie de la guerre de 1914-1918 est de 420 millimètres). Il faudra qu'ils s'y résignent cependant, car leurs formules proprettes et chétives, si elles rassurent pleinement leurs maîtres, n'exerceront aucun attrait sur les masses populaires. Pour essayer de séduire ces masses, il faudra trouver autre chose. Ils chercheront. Ils chercheront dans le Programme de leurs modèles les nazis d'Allemagne.
    *  Et que trouveront-ils ? Il faut que nous soyons ici prévenus. Il est possible que dans les semaines à venir, les hommes du "Rassemblement national" mettent en circulation des slogans sonores à allure très radicale et très subversive. Il n'est pas d'autre moyen pour eux d'exécuter la besogne dont l'occupant et les amis de l'occupant les ont chargés. C'est ainsi et pas autrement qu'ils tenteront de mystifier le public, de lui jeter de la poudre aux yeux ; c'est contre cette mystification et cette escroquerie que nous mettons en garde les travailleurs français.


Panneau-réclame des nazis

    *  Supposons que, forçant la note et haussant le ton, les hommes du Rassemblement substituent prochainement à leur Déclaration de principe minable et décolorée un panneau-réclame claironnant et haut en couleurs. Que faudra-t-il en penser ? Pour former à son sujet un jugement sain, le mieux sera de se reporter au panneau-réclame que les agitateurs nazis allemands - les modèles du RNP - ont promené à travers l'Allemagne entre 1929 et 1933. Que disaient-ils alors ? Et quelle était la portée de leur programme ? N'oublions jamais que pour parvenir à leurs fins, les nazis d'Allemagne sont allés dans la voie de la démagogie aussi loin que peut aller un parti mis au monde par les oligarchies, et dont le sauvetage des oligarchies est le but suprême encore que soigneusement dissimulé aux foules.
    *  Ils se sont présentés comme les redresseurs du socialisme, comme les amis et les protecteurs des syndicats ouvriers ; ils n'ont pas hésité à proclamer que l'arme de la grève était pour les travailleurs une arme légitime : "Le national-socialisme, écrivait le "Völkicher Beobachter", reconnaît sans restriction le droit de grève... C'est mentir honteusement que de dire que les nationaux-socialistes, lorsqu'ils auront pris le pouvoir, enlèveront aux travailleurs leur arme suprême : le droit de grève".
    *  Nos RNP ne tiennent pas encore ce langage. Ils en sont encore aux vagissements prémonitoires. Mais en 1929, en 1930, non contents de prêcher le "redressement" du socialisme, de déclarer sacré le droit de grève, arme suprême des ouvriers, les nazis d'Allemagne parlaient confusément d'une réforme profonde du droit de propriété. Devant les petits paysans, ils allaient jusqu'à envisager le partage des terres. Ils faisaient la grosse voix contre les agrariens (qui subventionnaient la caisse nazie). Ils disaient : "La grande propriété, dans l'Est, doit disparaître pour la plus grande partie. On ne peut conserver la grande propriété par respect pour les traditions."


Ce programme ? Une duperie

    *  Arrêtons-nous un moment. Nous pressentons l'objection que l'on nous adresse : que vous le vouliez ou non, nous dit-on, des promesses de ce genre sont tout de même assez précises. Elles ont trait à une transformation assez profonde de la structure capitaliste. Il est possible qu'elles n'aient pas été tenues, nous ne voulons pas le savoir pour l'instant. Elles n'en contenaient pas moins un engagement de transformer le vieil ordre social capitaliste. Le programme, en somme, n'était pas mauvais et si le RNP nous en présente un semblable, pourquoi lui bouderions-nous ?
    *  Et voici notre réponse : Non, ce programme, ce n'était pas le programme socialiste et c'était, par conséquent, une duperie.
    *  Les nazis d'Allemagne (et vous verrez que les nazillons de France suivront leur exemple) ont pris à partie, avec beaucoup de virulence oratoire il est vrai, les à-côtés du régime ploutocratique. Ils n'ont jamais touché à la racine du mal. Ils n'ont jamais porté une main sacrilège sur le système d'où les oligarchies tirent la source de leur super-profit. Ils ont dénoncé à la colère des masses quelques rouages de la machine, c'est-à-dire que dans cette Allemagne que le socialisme aurait pu sauver de la misère, le nazisme a rempli très exactement la mission que lui avaient confiée ses maîtres : sauver le vieux régime et détourner les multitudes de la lutte pour le socialisme.
    *  Soyez sûrs que c'est cette besogne-là qu'accompliraient, si nous les laissions faire, les chefs de bande du RNP.
    *  Mais pour réussir ce normidable subterfuge, comment ont procédé les nazis d'Allemagne ?


Le capitalisme... étranger, ennemi principal

    *  Aux masses frémissantes d'Allemagne, ils ont désigné comme ennemi principal le capitalisme... étranger. C'est le capitalisme étranger qui a imposé à l'Allemagne l'injuste traité de Versailles ; c'est lui qui prélève sur le peuple allemand le terrible fardeau des réparations, etc... Donc, sus au capitalisme international ! Discours habile auquel applaudissaient à la fois ceux qui s'étaient endettés à l'étranger, ceux qui rêvaient du réarmement et de la revanche allemande et ceux qui détestaient l'exploitation capitaliste. A cette propagande, la politique insensée des vainqueurs de 1918 apportait un renfort précieux. Des opérations comme l'occupation de la Ruhr (note de Ami de l'égalité : par l'armée française !) en 1923 servirent puissamment l'agitation nazie. Et c'est ainsi que la lutte juste, sans aucun doute, du peuple allemand contre le diktat de Versailles, cette lutte qui avait éveillé la sympathie des prolétaires de tous les pays, cette lutte, monopolisée par le Parti nazi, fut orientée par lui dans le sens du chauvinisme agressif. La colère légitime des masses contre le capitalisme fut muée, par l'alchimie national-socialiste, en une lutte contre Versailles, puis en une excitation véhémente à la guerre pour la suprématie du monde.


Deuxième stade : l'antisémitisme

    *  Mais le capitalisme étranger était une pâture insuffisante. Les chefs nazis eurent tôt fait de le comprendre. Alors, ils désignèrent un autre ennemi : le capitalisme juif. Et dans leur laboratoire, ils transformèrent l'anticapitalisme des masses en un antisémitisme barbare et grossier. On identifie au juif le banquier, le dirigeant du magasin à pris unique, le créancier anglo-saxon. Nul ne dira combien cet antisémitisme imbécile a servi le système capitaliste allemand dans son ensemble. Non seulement les capitalistes allemands ont été les bénéficiaires des spoliations et des rapines dont furent victimes les capitalistes juifs du Reich et d'Autriche, mais surtout l'antisémitisme a été là-bas, comme partout, le procédé habile pour détourner la colère populaire de la lutte contre le régime d'exploitation des oligarchies. Le juif a été dénoncé comme le mauvais capitaliste. C'est donc qu'il y a de bons capitalistes ? C'est donc que Krupp est un capitaliste très convenable, si Rotschild est un capitaliste détestable ? C'est donc que le régime capitaliste n'est pas condamnable en bloc ; c'est donc qu'il n'est pas question de le condamner ou de le renverser, mais d'assurer sa survie en massacrant les juifs.{CRLN}

Sus au capitalisme de prêt

    *  De fait, les nazis d'Allemagne ont poussé très loin cette théorie de la di~ision entre le bon et le mauvais capitaliste (Note de Gabriel Péri : c'est notamment le thème d'un très mauvais film allemand (un film à boycotter !) donné récemment dans les salles parisiennes : Les Rapaces, où s'étale le contraste bébête entre le mauvais capitaliste, un juif cela va de soi, et le bon capitaliste (un de Wendel, un Mercier, par exemple) qui, répondant à l'appel de sa fille, distribue ses générosités sur le monde). Le bon capitaliste, c'est l'industriel, le mauvais capitaliste, c'est le prêteur d'argent. Sus au "capitalisme de prêt" ! Les agitateurs nazis s'en vont à travers le pays expliquer qum "l'esclavage de l'intérêt" est le mal des maux. "Abolissons l'esclavage de l'intérêt". Mais les conzerns et les trusts peuvent continuer sans se troubler leur bienfaisante activité.
    *  Nous lirons très bientôt sous la plume des pense-petit du RNP des élucubrations de ce genre. Nos hommes ont déjà plagié l'antisémitisme de leurs modèles allemands.
    *  De petites feuilles hebdomadaires appellent régulièrement au pogrom. Les équipes de Doriot s'offrent contre argent aux commerçants aryens pour aller saccager les boutiques de leurs concurrents israélites. Les hommes de main du RNP, sous la protection du préfet de police, s'installent dans les immeubles des juifs. Un statut raciste a été promulgué à Vichy. D'autres mesures suivront peut-être. On ne fera croire à personne que l'anticapitalisme a quelque chose de commun avec ces procédés d'apaches (note d'Ami de l'égalité : aux dix-neuvième et au vingtième siècles, ce mot ne désignait pas seulement une tribu indienne d'Amérique du Nord ; il désignait aussi les truands de barrières et de faubourgs, qui tiraient leur ressources du proxénétisme et de la vente de leur aptitude à jouer du couteau). C'est le capitalisme qui gagne à tous les coups. C'est lui, si l'affaire réussissait, qui serait le grand bénéficiaire. Ce truc grossier lui aurait épargné le châtiment et les coups. L'antisémitisme est la planche de salut du capitalisme. Aussi bien, dans ce pays de France, antisémitisme et révolution sont des termes qui s'excluent. L'antisémitisme a toujours été, il demeure l'odieux compagnon de route de la réaction politique et sociale. Le racisme antisémite a ravagé bien des pays de l'Europe ; il a été le déshonneur de la Russie des Tsars, de la Pologne des seigneurs ; il est la honte de l'Allemagne. Il est au monde un pays qui s'est débarrassé de ces vestiges affreux et qui a proclamé la fraternité des races, c'est l'Union Soviétique ; c'est le seul pays où les oligarchies ont été mises hors d'état de nuire.


Nos nazillons veulent asservir la France

    *  Si soucieux qu'ils soient d'imiter leurs modèles d'Allemagne, les nazillons de France devront sur un point, au moins, s'écarter d'eux. Quand les nazis commencèrent leur campagne, ils se posèrent en champions de la libération de leur pays. Ils dirent qu'ils voulaient briser les chaînes d'un injuste traité, affranchir l'Allemagne de la servitude. Sans doute firent-ils de ces nobles mobiles une exploitation impérialiste qui devait accroitre terriblement les dangers de guerre. Du moins appelaient-ils le peuple allemand à se lijérer, à regagner son indépendance ; du moins les vit-on lutter pour que le territoire allemand fût délivré de l'occupation étrangère, pour que le peuple allemand ne supportât pas le tribut du vainqueur. Ce qui ne les empêchait pas d'ailleurs de s'offrir parfois au vainqueur comme mercenaires anti-communistes ; tel fut le cas de Hitler. Dans un livre intitulé "Le quai d'Orsay", que son auteur a prudemment retiré de la circulation, M. Paul Allard a établi que le futur chancelier d'Allemagne, à l'époque de l'agitation nazie dans la Ruhr, fut soudoyé par un certain Heinz, autonomiste du Palatinat, homme à tout faire du deuxième Bureau, et qu'entretenaient, au su de Adolf Hitler, les fonds secrets du quai d'Orsay (Note de Gabriel Péri : Quant à M. Paul Allard, il s'est courageusement mis au service de la presse parisienne du Dr. Göbbels, depuis le 20 juin 1940 !).
    *  Les nazillons français, eux, ont été tenus sur les fonds baptismaux par l'armée de l'occupant ; ils se sont placés sous la protection de ses baïonnettes ; C'est pour servir l'occupant qu'ils veulent forcer les portes du gouvernement. Les nazis prétendaient libérer l'Allemagne. En fait ils l'ont précipitée dans la guerre. Nos nazillons, si nous les laissions faire, précipiteraient eux aussi la France dans la guerre. Mais auparavant, ils l'auraient asservie.
    *  Les maîtres capitalistes que servaient les nazis voulaient l'abrogation du traité de Versailles. Les maîtres capitalistes que servent les nazillons ont besoin de l'asservissement de la France.


Un programme attrape-nigaud

    *  Jusqu'ici, nous n'avons parlé que du Programme du Parti nazi ; c'est-à-dire de l'ensemble des propositions suggérées par un parti que subventionne une oligarchie capitaliste et qui, pour le compte de cette oligarchie, s'adresse à des masses que la misère accable, que la division ouvrière et la politique criminelle de la social-démocratie détournent de la lutte pour le vrai socialisme. S'adressant à ces masses avec le dessein de les capter et de les séduire, le nazisme, nous l'avons dit, se permet dans son programme certaines audaces.
    *  Et pourtant, même dans le Programme, il est gêné aux entournures ; il s'empêtre dans ses contradictions ; il est limité dans sa propension démagogique et il se garde de s'en prendre à l'ensemble du système capitaliste.
    *  Même dans le Programme, il se garde de se prononcer pour ce qui caractérise la société socialiste, pour ce sans quoi il n'y a pas de socialisme, pour ce sans quoi il est interdit de se dire socialiste.
    *  Même dans le Programme, qui n'est qu'un attrape-nigaud, où la démagogie semble-t-il devrait avoir toute licence, même dans ce Programme plus hardi cependant que l'insignifiant prospectus du RNP, le nazisme se garde de toucher au point névralgique du système ploutocratique.
    *  Même dans le Programme !
    *  Que sera-ce dans les faits ? Dans les faits, le nazisme se révélera comme un système de renflouement ploutocratique, de régression anti-sociale ; comme l'organisation méthodique du massacre des conquêtes ouvrières.

6 - Le Nazisme sans voiles : Une formidable machine de régression sociale

    *  Ne perdons jamais de vue notre point de départ : Quel est le secret de l'exploitation capitaliste ? Pourquoi et comment le capitalisme exploite-t-il le travailleur salarié ?
    *  Dans le régime capitaliste, la force de travail de l'ouvrier est une marchandise. Sa valeur est déterminée par le temps de travail qui y est incorporé. Ce qui caractérise le régime du travail dans le système capitalis|e, c'est que l'ouvrier travaille pendant une partie de la journée pour produire, sous forme de salaire, la valeur d'une quantité de subsistance qui lui est nécessaire, et une autre partie pour produire la plus-value, source du profit capitaliste. Survienne un progrès technique qui permette d'augmenter la productivité du travail, cette augmentation accroîtra le profit capitaliste ; elle n'atténuera pas l'exploitation que subit le prolétaire ou l'atténuera fort peu.
    *  C'est ainsi que les choses se passent dans le régime capitaliste.
    *  Le régime socialiste, au contraire, c'est, répétons-le, le régime de la propriété sociale des moyens de production, c'est le régime qui supprime l'exploitation capitaliste. En d'autres termes, la classe ouvrière, dans une Société Socialiste, n'entre plus en conflit avec des exploiteurs et leur appareil d'Etat pour exiger une meilleure part dans le produit de son traviil : la classe exploiteuse a disparu. La lutte de classes est un souvenir du passé. Ce sont les travailleurs maîtres des moyens de production, maîtres de l'appareil d'Etat, qui décident combien de temps durera le travail, quelle part du produit du travail sera consommée, quelle part sera consacrée à perfectionner la production socialiste, quelle part sera consacrée à assurer la défense de la patrie socialiste.
    *  A quel type d'organisation se rattache l'Allemagne nazie ?
    *  Les contorsions de Déat, Deloncle et Doriot n'y changeront rien : l'Allemagne nazie est un pays authentiquement capitaliste, dans lequel un groupe d'hommes, les possédants, tirent leur profit de l'exploitation, du vol de la plus-value.
    *  Mais ce capitalisme allemand n'est-il pas d'une nature un peu spéciale ? N'a-t-il pas été "mis au pas", "discipliné" ? N'y a-t-il pas, dans l'organisation allemande, "un peu de socialisme" ?


Dissolution des syndicats. Plus de législation sociale

    *  Réponse : avant l'avènement du nazisme, les ouvriers allemands possédaient des syndicats, ils disposaient d'une arme redoutable : la grève. Une série de batailles ouvrières avait limité l'absolu|isme patronal ; un système de conventions collectives protégeait les salaires. Que sont devenues toutes ces acquisitions sociales ? M. Deloncle s'égosille devant le micro à nous crier :"La Révolution sera sociale ou ne sera pas !" Soit ! Seulement, le mouvement nazi, dont le Deloncle en question suit les traces, avait trouvé une Allemagne pourvue d'organisations ouvrières et d'une législation sociale qui avaient fourni aux travailleurs des garanties contre l'arbitraire patronal. Qu'a fait le nazisme ? Il a dissous par la violence les organisations ouvrières. Par la force et la ruse, il a brisé la législation sociale.
    *  Les procédés qu'employèrent les nazis allemands méritent d'être étudiés de très près. Ils seront peut-être expérimentés par les nazillons français. Il est bon que nous ne soyons pas pris au dépourvu. Avant leur accession au pouvoir, les nazis s'étaient appliqués à constituer des cellules dans les usines. Sans beaucoup de succès d'ailleurs, puisqu'en 1933 encore, les candidats de ces cellules aux Conseils d'Entreprises obtenaient à peine 3 % des voix. Pour obtenir la première place, les cellules durent attendre ... l'incendie du Reichstag, l'occupation des Maisons du Peuple par les Chemises Brunes, la dissolution des Syndicats libres. Les cellules se posèrent alors en héritières des Syndicats, et pour recueillir l'héritage, c'est-à-dire pour gagner la sympathie des syndiqués, elles portèrent la démagogie au diapason le plus élevé.
    *  Entendons-nous d'ailleurs ; parmi les membres des cellules nazies qui réclament, à cette époque, le contrôle de l'embauchage, qui interviennent dans la direction des entreprises, qui vont jusqu'à exiger l'arrestation de certains patrons, tous ne sont pas des démagogues forcenés. Nombreux sont les ouvriers trompés par la démagogie des hitlériens et qui croient que la "Révolution Nazie" sera sociale ou ne sera pas. Les magnats capitalistes et les dirigeants du Parti ont vite fait de les mettre à la raison et quelques centaines d'entre eux vont méditer dans des camps de concentration sur les vertus "socialistes" de la doctrine de Hitler.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 12:51

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http://millebabords.org/spip.php?article23546

 

Contre-histoire du libéralisme
Domenico LOSURDO


Le libéralisme continue aujourd’hui d’exercer une influence décisive sur la politique mondiale et de jouir d’un crédit rarement remis en cause. Or c’est une tout autre histoire que nous raconte ici Domenico Losurdo, une histoire de sang et de larmes, de meurtres et d’exploitation. Selon lui, le libéralisme est, depuis ses origines, une idéologie de classe au service d’un petit groupe d’hommes blancs, intimement liée aux politiques les plus illibérales qui soient : l’esclavage, le colonialisme, le génocide, le racisme et le mépris du peuple.
Dans cette enquête historique magistrale qui couvre trois siècles, du XVIIe au XXe siècle, Losurdo analyse de manière incisive l’oeuvre des principaux penseurs libéraux, tels que Locke, Burke, Tocqueville, Constant, Bentham ou Sieyès, et en révèle les contradictions internes. L’un était possesseur d’esclaves, l’autre défendait l’extermination des Indiens, un autre prônait l’enfermement et l’exploitation des pauvres, un quatrième s’enthousiasmait de l’écrasement des peuples colonisés...


Domenico Losurdo est un philosophe communiste italien.
Solidaire l’a rencontré juste avant une conférence sur le sujet de son dernier livre, Contre-histoire du libéralisme. Interview en rouge vif.

Jonathan Lefèvre et Daniel Zamora

Avez-vous voulu faire un « Livre noir du libéralisme » ?

Domenico Losurdo. Non. Des gens font la comparaison avec Le Livre noir du communisme (livre de propagande anti-communiste écrit en 1997 qui a reçu un écho retentissant avant d’être discrédité par les historiens et la moitié de ses contributeurs, NdlR). Mais cette Contre-histoire du libéralisme, à la fin, contient un paragraphe final qui parle d’héritage permanent du libéralisme. Si le Livre noir publiait une nouvelle édition avec un paragraphe final sur l’héritage permanent du communisme, là, la comparaison tiendrait.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Domenico Losurdo. L’idéologie dominante a plusieurs aspects. D’un côté, elle décrit une hagiographie de la tradition libérale. Et, de l’autre, toute la tradition révolutionnaire, pas seulement le communisme mais même les courants les plus radicaux de la Révolution française, même la grande révolution des esclaves noirs à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), est soit ignorée, soit diffamée.

J’ai décrit dans plusieurs livres la contribution fondamentale du mouvement révolutionnaire, du mouvement communiste à l’avènement de la démocratie en Occident. De l’autre côté, je devais expliquer pourquoi ce n’est pas le libéralisme en tant que tel qui a produit la démocratie en Occident. A la fin du livre, par exemple, je cite des auteurs américains qui expliquent très clairement que, même après la Seconde Guerre mondiale, même après l’écrasement du IIIe Reich, les États-Unis étaient un État raciste. Par exemple, dans beaucoup d’États des États-Unis, des lois très sévères punissaient très sévèrement les rapports sexuels et les mariages entre les Blancs et les autres «  races  ». Même sur le plan le plus intime de la vie privée, cet État interférait très lourdement.

Je décris un épisode très emblématique : en 1952, la discrimination raciale dans les écoles, les moyens de transports, les cinémas, etc. existe toujours, et la Cour suprême doit décider si ces discriminations raciales sont constitutionnelles ou non. Avant de décider, la Cour reçoit une lettre du ministère de la Justice qui notifie : «  Si vous décidez que les normes qui régissent la discrimination sont légitimes sur le plan constitutionnel, ce sera une grande victoire pour le mouvement communiste, pour les mouvements des peuples du Tiers monde, dans le sens où ils peuvent discréditer la démocratie aux États-Unis. Nous pouvons conquérir une légitimité aux yeux du Tiers monde seulement si nous décidons que les normes pour la discrimination raciale sont inconstitutionnelles. » Donc, la fin, ou presque la fin, de l’état racial aux États-Unis ne peut être compris sans le défi provenant du mouvement communiste et du mouvement révolutionnaire des peuples colonisés du Tiers monde. Il n’y a pas une endogenèse (formation de cellules à l’intérieur d’autres cellules, NdlR), une évolution spontanée grâce à laquelle le libéralisme dépasse ces clauses d’exclusions. Non, les causes d’exclusion ont été dépassées seulement grâce aux mouvements de protestation.

Vous dites que le libéralisme est une démocratie uniquement valable pour le «  peuple des seigneurs  ». Qu’est-ce que ce « peuple  » ?

Domenico Losurdo. Dans mon livre, j’évoque le périple aux États-Unis de deux voyageurs, Alexis de Tocqueville, grand penseur libéral, et Victor Schœlcher, qui a été ministre après la révolution française de 1848 et a décidé l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Ces deux personnalités ont voyagé aux États-Unis indépendamment l’un de l’autre dans les années 1830. Ils font à peu près la même description. Tocqueville décrit combien l’esclavage des Noirs est terrible. Il relate que les Indiens sont exterminés. Mais sa conclusion est que les États-Unis sont la plus grande démocratie du monde. Le destin des peuples colonisés ne joue aucun rôle dans la définition que donne Tocqueville des États-Unis en tant que démocratie.

Schœlcher, lui, reconnaît que, pour ce qui concerne la communauté blanche, il y a la Rule of law, la Constitution des lois, l’indépendance de la magistrature, le président est élu par le peuple, etc. Mais il prend la destinée des Indiens et des Noirs comme preuve que les États-Unis sont un des pires systèmes despotiques que l’on puisse concevoir.

Il y a cette « race  » des seigneurs, presque tous propriétaires d’esclaves, et ce sens de supériorité infinie que les Blancs éprouvent par rapport aux autres établit des rapports de respect sur le plan du gouvernement, de la loi. Cette démocratie du « peuple des seigneurs  » existe encore aujourd’hui. Tout le monde connaît la propagande occidentale au Moyen Orient : Israël est l’unique démocratie. Nous ne devons pas sous-estimer le fait que, pour les citoyens israéliens, il y a le gouvernement des lois.

Toute le monde sait que les Palestiniens sont condamnés sans procès, sans savoir quel crime on leur reproche… C’est une « démocratie pour le peuple des seigneurs  », qui nous explique la chose la plus terrible : cette démocratie pour le peuple des seigneurs peut se transformer sans trop de difficultés dans la dictature du peuple des seigneurs. C’est le nazisme, le fascisme. Des chercheurs ont parlé de « Herrenvolk democracy » (système politique où les ethnies différentes n’ont pas les mêmes droits, comme en Afrique du Sud durant l’Apartheid ou Israël, NdlR).

Est-ce toujours le cas en Europe et aux États-Unis aujourd’hui ?

Domenico Losurdo. Aux États-Unis, regardons Guantanamo, Abu Grahib ou ce genre de prisons en Afghanistan. Dans ce cas, le gouvernement de la loi n’est pas valable. Mais, si nous ne considérons pas seulement les rapports entre individus mais les rapports entre États, c’est clair que l’impérialisme américain ou européen ne veut pas reconnaître l’égalité entre les États. Quelle est l’idéologie que l’Occident représente ? Il avance que « le Conseil de sécurité de l’ONU nous donne l’autorisation de faire une guerre  ». Bien. Mais si le Conseil refuse de donner cette autorisation, je vais m’attribuer à moi-même le droit de faire la guerre, par exemple en Yougoslavie, en Irak ou en Syrie. En ce qui concerne les rapports entre l’Occident et le reste du monde, l’Occident fonctionne encore comme une démocratie pour le peuple des seigneurs.

Je cite un historien américain, George Fredrickson, qui explique que, dans l’État racial qu’étaient les États-Unis des années 1930, les discriminations raciales ne sont pas différentes de l’attitude du IIIe Reich par rapport aux juifs. A la fin du 19e siècle et au début du 20e, aux États-Unis, le lynchage contre les Noirs est organisé comme un spectacle de masse. C’est une torture qui dure plusieurs heures. Les écoliers ont un jour de congé pour assister à ce spectacle. L’historien décrit comment la Herrenvolk Democracy peut se transformer en dictature pour le peuple des seigneurs. A la moitié du 19e siècle, en Caroline du Sud, la peine de mort n’est pas réservée à l’esclave fugueur mais aussi à toute personne qui l’a aidé dans son évasion. Chaque Américain était obligé de devenir un chasseur d’hommes, la mobilisation était en faveur de l’esclavage, il régnait une atmosphère totalitaire. Dans les conditions d’une crise historique comme celle qui s’est vérifiée dans les années 1930, cette démocratie n’a pas de difficulté à se transformer dans une dictature. Si nous lisons l’histoire des États-Unis, nous voyons la grande validité de la thèse de Marx et Engels selon laquelle « ne peut être libre un peuple qui opprime un autre peuple ».

Et cette logique continue encore aujourd’hui. J’ai parlé de Guantanamo. Là-bas, les prisonniers sont torturés. Ils sont considérés comme des barbares. En général, ce ne sont pas des citoyens des États-Unis. Mais il y a une exception. Chaque mardi, Obama discute avec la CIA de la « kill-list  », la liste des personnes qui peuvent être tuées par les drones car ils sont suspectés de terrorisme. Dans cette liste, il y a des citoyens des États-Unis. Même pour les citoyens américains, cette démocratie pour le peuple des seigneurs peut se retourner contre eux.

De nombreux historiens rejettent la notion d’universalisme. Vous, non. Pourquoi ?

Domenico Losurdo. Ce bilan historique qui critique l’universalisme en tant que tel n’est pas correct. Si nous prenons le chapitre le plus terrible de l’histoire du colonialisme, c’est le nazisme. Le nazisme est la radicalisation de la tradition coloniale. Il suffit de lire les discours d’Hitler. Ou les écrits de Rosenberg, l’idéologue du IIIe Reich. Il parle avec chaleur de l’État racial des États-Unis. Il dit que c’est l’État du futur. Le colonialisme a-t-il été conduit par l’universalisme ou par l’anti-universalisme ? Le nazisme veut réduire à l’esclavage ou exterminer les « Untermenschen  », les sous-hommes. Ces êtres qui ont l’apparence d’hommes mais qui n’en sont pas. Le nazisme a été le plus grand anti-universalisme. Il a même détruit le concept universel d’homme. Il y a les vrais, les aryens. Et les autres. Rosenberg dit même que l’universalisme est une invention de la race juive. Si on se penche sur l’histoire de ce terme Untermensch, ce ne sont pas les nazis qui l’ont inventé. C’est la traduction de « under man  », qui vient des États-Unis, au début du 20e siècle, qui définissait les Noirs. Il y a avait donc déjà à cette époque la déconstruction du concept d’homme universel.

Quel a été le mouvement qui a mis en question le colonialisme ?
La Révolution d’Octobre. Lénine ne lance pas seulement un appel aux ouvriers à s’insurger contre le capitalisme, l’impérialisme. Il lance un autre appel aux esclaves des colonies à se révolter contre la domination des soi-disant races supérieures. L’idéologie de Lénine est universaliste.

Dans votre livre, vous identifiez deux courants : le radicalisme et le libéralisme

Domenico Losurdo. Le libéralisme est une catégorie bien plus large que le radicalisme. Le libéralisme, c’est la défense de l’individu contre le pouvoir de l’Etat. Mais à chaque période, le libéralisme a donné une définition différente. Andrew Fletcher, au 17e siècle, qui se considérait républicain (ce qui à l’époque était très révolutionnaire, car tout le monde était monarchiste), critiquait le pouvoir absolu du monarque. Il parle la langue de la liberté de l’individu. Mais, de l’autre côté, Fletcher est pour l’esclavage et même pour l’esclavage des vagabonds blancs. Pour lui, l’individu était seulement l’individu de la classe dominante, la classe plus riche anglaise. Pour cet individu, il est prêt à mener une grande lutte contre le pouvoir monarchique. C’est la première phase du libéralisme.

Pour la seconde phase, prenons John Locke (philosophe anglais du 17e siècle, NdlR). Pour lui, l’esclavage blanc est à exclure. Mais bien sûr, pas celui des Noirs. Il était d’ailleurs actionnaire de la Royal African Company, la société qui faisait la traite des noirs. Dans cette période, l’individu est seulement l’individu blanc. Les Noirs ne sont pas constitués d’individus, ils sont des instruments de travail. Après la Guerre de sécession et l’abolition de l’esclavage noir, les libéraux critiquent l’esclavage en général, mais, aux États-Unis et dans les colonies européennes, le gouvernement de la loi n’est pas valable pour les races inférieures. Le libéralisme est pour le droit des libertés individuelles mais qui n’est pas compris dans son universalité. Les causes d’exclusion diffèrent selon les époques et les phases du libéralisme. Il s’adapte aux grandes luttes.

Quelle différence entre libéralisme et radicalisme ? Prenons Tocqueville. Il critique l’esclavage officiel. Il était abolitionniste mais jamais il n’aurait pensé à encourager une révolte des esclaves. Il ne considérait pas les Noirs comme des interlocuteurs valables. C’étaient toujours les Blancs. Prenons Condorcet (philosophe français du 18e siècle, NdlR). Il écrit une lettre ouverte aux esclaves noirs. Ce sont les interlocuteurs de Condorcet. Il va encore plus loin : il dit que « les esclavagistes ne considèrent pas les Noirs comme hommes. Moi, je considère homme seulement les Noirs, pas les propriétaires d’esclaves  ». Pour lui, les amis de la liberté sont les Noirs et les esclaves noirs. Tandis que les propriétaires d’esclaves ne sont pas considérés comme interlocuteurs par Condorcet. Pour lui, ce sont des ennemis de la liberté. Le radicalisme, c’est ça.

Vous faites le portrait du libéralisme. Mais vous évoquez aussi une alternative.

Domenico Losurdo. Dans le dernier paragraphe sur l’héritage du libéralisme, je fais appel aux courants anticapitalistes, aux communistes à ne pas négliger cet héritage permanent. Les communistes doivent apprendre quelque chose du libéralisme. Dans d’autres livres, j’ai parlé de la nécessité de la « démessianisation » du programme communiste. Après la Révolution d’octobre, un grand philosophe allemand, Ernst Bloch, qui, dans la première édition de son livre Esprit de l’utopie, affirme que les Soviets vont transformer le pouvoir en amour. C’est le messianisme. Il n’y a plus de contradiction. Dans la deuxième édition, il l’a effacé. Le problème n’est pas le transformation du pouvoir en amour.

La société post-capitaliste ne sera pas l’amour universel, comme l’a pensé un moment Bloch. Ce sera une société où il n’y aura plus de contradiction antagoniste. Nous avons besoin de penser une émancipation radicale, mais qui n’est pas la fin de l’histoire.

 

Domenico Losurdo,

Contre-histoire du libéralisme, La Découverte, 2013, 300 p., 28, 40 euros, en vente sur www.ptbshop.be.

http://www.ptb.be/index.php?id=1340...=34548&]cHash=5f68c62752139c2e36ebbc47f6f6e5cc

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 12:46

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http://www.franceinfo.fr/societe/les-choix-de-france-info/rien-ne-doit-filtrer-au-sujet-des-travaux-du-bilderberg-vincent-jaubert-du-n-1014661-20

Le Bilderberg est un groupe secret et influent qui se réunit à partir de ce jeudi à Londres. Comme à chaque fois, des chefs d'entreprise et des politiques vont se retrouver dans un palace très protégé. Pendant trois jours, ils vont aborder plusieurs grands sujets du moment. Tout restera confidentiel.

Manifestation contre la tenue de la conference du Bilderberg à Londres, le 31 mai 2012 © Maxppp

Ce club de patrons, d'hommes politiques, de banquiers s'est créé en 1954 afin de se concerter sur la lutte contre le communisme entre les deux rives de l'Atlantique, au moment où l'Amérique avait tendance à fuir le vieux continent, explique Vincent Jauvert, journaliste au Nouvel Observateur, qui a enquêté sur ceux qu'il appelle les "puissants messieurs du Bilderberg".

Aujourd'hui, "il y a des banquiers, des patrons de grandes multinationales, des géopoliticiens, des hauts fonctionnaires. Les politiques ne font pas partie du club et sont invités à la conférence annuelle comme celle qui commence aujourd'hui."

Lors de cette conférence annuelle, le Bilderberg va parler de la crise, de la croissance, de la recherche médicale. "Son but est de resserrer les liens entre les responsables américains et européens. La vision transatlantique est très importante pour eux", explique Vincent Jauvert.

Le secret

Rien ne doit filtrer au sujet des travaux du Bilderberg. "Ils ont la règle la plus dure. Non seulement on a pas le droit d'attribuer des propos à des personnes, mais on n'a pas le droit de dire ce qui est dit. Ils veulent avoir les personnalités les plus importantes et qu'elles puissent se parler de manière la plus détendue possible."

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