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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:42

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http://www.24heures.ch/vaud-regions/lausanne-region/rene-burri-depose-photos-musee-elysee/story/25166072

 

 

L'artiste de 80 ans est l'un des plus grands photographes suisses. Il l'est l'auteur d'un cliché de Che Guevara fumant le cigare qui a fait le tour du monde.


Pour attirer ces archives, «un système complexe et un peu innovant» a été mis en place, a expliqué lundi Sam Stourdzé, le directeur du Musée de l'Elysée. Une Fondation René Burri, hébergée par le musée, va voir le jour à Lausanne. Par convention de dépôt, le fonds sera confié à l'Elysée pour une durée de 20 ans, renouvelable.

L'Etat de Vaud, de son côté, financera un poste de conservateur pour inventorier et gérer la collection, ce qui représente un montant de l'ordre de 200'000 francs par an, a indiqué la conseillère d'Etat Anne-Catherine Lyon. Un énorme travail d'inventaire reste à faire.

Patrimoine et commercial

«Nous différencions l'aspect patrimonial et commercial», a expliqué Sam Stourdzé. «La partie commerciale reste entre les mains de René Burri et de sa famille. Nous garantissons le devenir de l’œuvre pour les générations à venir.»

René Burri n'a pas caché qu'il désespérait de trouver une solution pour assurer l'avenir de son oeuvre. «Que faire des milliers et milliers de planches accumulées depuis les années 50 ?».

La collection devrait rassembler quelque 30'000 images. Une grande exposition René Burri devrait voir le jour d'ici cinq ans au Musée de l'Elysée, à Lausanne. (ats/Newsnet)

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Published by valenton rouge - dans Cuba socialiste
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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:26

arton20813-86cd9.jpgTel le radeau de la Méduse, la Droite Complexée (DC, ex-Parti socialiste [1]) s’accroche maintenant aux hypothèses les plus ténues pour éviter de sombrer corps et âme dans la honte historique. Une vaillante escouade de « responsables du PS français et du SPD allemand » a, par exemple, enfin cerné l’origine du « mal européen » dont elle redoute, à raison, d’avoir à pâtir : c’est « l’alliance néolibérale et conservatrice majoritaire [2] » — comprendre Angela Merkel et David Cameron. Que David Cameron soit premier ministre d’un Etat qui n’appartient pas à la zone euro sera considéré en première approximation comme un enrôlement admissible puisqu’il s’agit de démontrer que, fût-elle sous la bienveillante tutelle de toutes les DC européennes, la monnaie unique aurait le visage progressiste et riant qui résulterait de l’inversion trait pour trait de sa sale gueule austéritaire présente. Bernard Guetta, intellectuel organique de la DC européenne, ne dit pas autre chose et nous montre même la lumière au bout du tunnel : « L’Union européenne n’est pas génétiquement de droite. Elle est conjoncturellement à droite, ce qui n’est pas du tout la même chose car ce que des élections ont fait, d’autres élections peuvent le défaire. Il faut, autrement dit, que cesse la fausse et mortifère identification de l’Europe à ses politiques du moment [3] ».

L’Europe constitutionnellement (ordo)libérale…

On va dessiller Bernard Guetta — et ses amis Complexés avec lui — quitte à ce que la lumière au bout du tunnel finisse par lui apparaître comme les phares du train qui arrive en face. En matière économique, l’Union européenne n’a pas de politique, au sens très précis d’une possibilité discrétionnaire d’initiative. L’Union européenne n’a pas de politique « conjoncturelle », c’est-à-dire de la politique dont les orientations sont déterminées par les partis « conjoncturellement » au pouvoir, car toute la politique économique européenne a été irrévocablement fixée dans des textes à valeur quasi-constitutionnelle. L’Union n’a donc d’autre politique que de la politique « structurelle », ou pour mieux dire de la politique constitutionnelle, c’est-à-dire de la politique mise sous la forme de règles inscrites dans les traités — et par là même vouées à fonctionner indépendamment de toute donnée proprement conjoncturelle. Les désastreuses politiques d’austérité présentes ne sont en rien l’effet de quelque « décision conjoncturelle » que ce soit. Elles sont le résultat du fonctionnement mécanique des dispositions du traité de l’UE et du pacte de stabilité. Il n’y a pas de politique conjoncturelle car aucune donnée conjoncturelle ne saurait ajouter quoi que ce soit quand tout a déjà été écrit. Lorsqu’on a organisé l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE), il n’y a plus rien à lui demander puisqu’on lui a donné constitutionnellement pour mission de ne pas répondre [4]. Lorsqu’on a insisté pour graver dans le marbre des traités (Maastricht, Nice, Lisbonne) et de leurs pactes additionnels que les déficits devaient rester inférieurs à 3 % du PIB et les dettes à 60 %, il n’y a plus qu’à s’exécuter puisqu’il n’y a plus rien à discuter — et sous la surveillance renforcée de la Commission.

C’est le propre de la construction monétaire européenne que la politique économique des Etats-membres y est devenue une pure et simple affaire de pilotage automatique. On reconnaît là d’ailleurs l’empreinte ordolibérale, voulue par l’Allemagne au premier chef, mais ratifiée par les autres pays, notamment par la France, à l’image de toute une époque qui a décrété que la souveraineté était la pire des choses, le règne de l’arbitraire et de la déraison, le fléau à neutraliser à tout prix, fût-il celui — acquitté sans ciller — de la démocratie. On peut donc bien mettre Pierre, Paul ou Jacques à la tête de l’Etat, la chose est parfaitement indifférente — comme l’atteste assez d’ailleurs la parfaite continuité de l’austérité Sarkozy et de l’austérité Hollande.

Bernard Guetta a-t-il remarqué que (faux) socialistes et vraies droites se succèdent les uns aux autres en un joyeux manège au Portugal, en Grèce, en Italie, en Espagne, sans que rien n’y change d’un iota ? Non, il n’a pas — il est vrai qu’il n’avait pas remarqué non plus qu’un des motifs de scandale du TCE [5] de 2005 (comme de tous les traités antérieurs !) résidait précisément dans cette aberration consistant à avoir constitutionnalisé des contenus substantiels de politique publique (la fameuse partie III), c’est-à-dire à les avoir soustraits à la politique ordinaire, la politique démocratique, qui est, par définition, une exigence permanente de remise en jeu et de réversibilité.

Guetta et la DC peuvent donc attendre longtemps un retournement « conjoncturel » : la chose susceptible de se retourner n’existe pas : elle a été supprimée. Il n’y a pas de retournement possible de la « politique conjoncturelle » quand il n’y a plus de « politique conjoncturelle ». Et voilà le train d’en face pour ce pauvre Guetta, victime de ses propres antiphrases : l’Europe n’est pas conjoncturellement de droite : elle l’est bel et bien constitutionnellement.

On pourrait alors avoir l’envie de faire de la « politique constitutionnelle » — entendre par là de refaire les règles. Les Etats-membres l’ont d’ailleurs ! Malheureusement ils ne l’ont… que pour automatiser davantage encore la cybernétique économique qui s’est substituée à la politique démocratique. Le « two pack » et le TSCG [6] — l’un validé sous Sarkozy, l’autre voté sous Hollande, c’est dire la puissance de l’« alternance conjoncturelle »… — font indiscutablement de la « politique constitutionnelle »… mais pour le pire, c’est-à-dire : 1) en durcissant la contrainte des règles (les 0,5 % de déficit structurel s’ajoutant aux 3 % de déficit courant) ; 2) en étendant leur champ d’application (les réformes d’ajustement structurel après les obligations financières) ; et 3) en en renforçant les dispositifs de surveillance et de sanction (« semestre européen », validation préalable par la Commission des budgets nationaux) — formidables progrès, assurément.

…parce que constitutionnellement allemande

A part Guetta, Quatremer et les idéologues organiques de la DC européiste, tout le monde connaît parfaitement l’origine de cette anomalie démocratique — sans équivalent sur la planète — d’une neutralisation intégrale des instruments souverains de la politique économique, évidemment sans la moindre ébauche de leur reconstitution au niveau supra-national : c’est l’Allemagne. Légèrement inquiets de mises en cause qu’ils voient faire leur chemin dans les opinions européennes, l’idée, d’une subtilité éléphantesque, leur est venue de « sauver » l’Allemagne (puisque : Allemagne = couple-franco-allemand = Europe…) en chargeant sa chancelière — « conjoncturelle » en effet, elle. Aussi vont-ils répétant maintenant que « c’est la faute à Merkel », puissante analyse de laquelle nous sommes invités à tirer les conclusions que : 1) sitôt Merkel congédiée l’austérité ne sera plus qu’un souvenir ; à plus forte raison lorsque 2) nous aurons définitivement triomphé des petits inconvénients transitoires d’un fédéralisme inachevé et que l’« Europe politique » sera faite.

Ni l’alternance ni le dépassement fédéral ne règleront pourtant quoi que ce soit au problème congénital de la construction monétaire européenne, problème d’une participation allemande originellement placée sous le signe de l’ultimatum : « à mes conditions ou rien ». Malheureusement pour nous, ces conditions ont consisté précisément en la neutralisation constitutionnelle des possibilités de la politique conjoncturelle… Or les conditions de l’Allemagne n’étaient pas négociables au départ ; elles ne le seront pas davantage en cours de route, car elles sont la part d’elle-même que l’Allemagne s’est promis de ne pas abandonner : l’adoption pure et simple de son modèle ordolibéral de politique économique et d’organisation monétaire a été posée dès le début comme le sine qua non de son entrée dans la monnaie unique. La France a dit oui. Le reste s’en est suivi.

Cette donnée est infiniment plus puissante que les alternances électorales en Allemagne, auxquelles d’ailleurs elle donne leur cadre, et se trouverait transportée à l’identique dans tout projet de « dépassement fédéral » qui inclurait l’Allemagne, l’ultimatum originel se trouvant logiquement reconduit à chaque nouvelle étape. C’est pourquoi imaginer qu’il soit possible de revenir de sitôt là-dessus tient du rêve éveillé. Car la résolution allemande en cette matière n’a pas faibli, peut-être même a-t-elle gagné en force avec les déconvenues de la crise et les obligations de sauvetage où elle s’est trouvée entraînée. Mais l’obsession monétaire allemande est devenue le point de cécité volontaire européiste qui n’a plus le choix qu’entre la dénégation ou bien faire comme si de rien n’était — comme si l’indépendance de la banque centrale, l’exclusivité de ses missions anti-inflationnistes et l’orthodoxie budgétaire, entrées dans « la nature des choses », n’avait jamais rien eu de spécifiquement allemand.

Que les autres pays, France socialiste néolibérale en tête, s’y soient ralliés, éventuellement avec réticence puis, le temps passant, avec enthousiasme, la chose ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle n’ôte pourtant pas une once de sa portée à l’argument généalogique qui rappelle que ces clauses-là étaient allemandes à l’origine, qu’une hypothétique Europe sans Allemagne aurait pu en être exonérée, et qu’une Europe avec Allemagne est condamnée à y demeurer rivée.

Parce qu’elle voulait sanctuariser ses propres principes de politique économique, l’Allemagne a trouvé la solution simple de les faire inscrire dans les traités. Et parce que ces principes prohibent toute action discrétionnaire au profit d’une automatique de la « stabilité », tous les Etats-membres de la zone euro sont entrés dans un régime inédit de « politique économique par les règles ». Aussi faut-il répéter à l’usage des malentendants, ou bien des menteurs, que l’anomalie démocratique qui constitutionnalise des règles intangibles de politique économique, et annule par là toute possibilité de « politique conjoncturelle », c’est-à-dire l’ouverture, par le jeu des alternances électorales, de choix de politique économique opposés offerts aux corps sociaux, cette anomalie doit beaucoup, si ce n’est tout, à l’idiosyncrasie allemande.

La « germanophobie », ou l’asile de l’aveuglement européiste

C’est généralement le moment où les grandes consciences entrent en scène. De plain-pied avec l’Histoire par leur hauteur de vue et leur pensée altière qui embrasse le monde, personnellement responsables de la paix sur le continent — on pense irrésistiblement à Oriane de Guermantes : « La Chine m’inquiète... » —, ces autorités morales pensent apercevoir distinctement que critiquer l’Allemagne c’est faire revenir la figure du Boche dont on fait les guerres mondiales. Et toute l’armée des demi-sels de faire chorus, qui répète mécaniquement la parole des autorités… et dirait probablement l’exact contraire si la « parole » changeait de sens — en fait, on peut d’ores et déjà l’annoncer, qui dira le contraire quand la « parole » changera de sens, exactement comme elle a déjà dit le contraire en 2008, au moment où il est devenu permis de crier haro sur la finance après en avoir encensé la modernité pendant deux décennies, et comme elle dira peut-être bientôt le contraire à propos du protectionnisme après avoir crié avec la « parole » Lamy qu’il était la xénophobie même. Pour l’heure en tout cas, les autorités campant et n’ayant pas encore donné le signal, L’Expansion s’indigne de « polémiques (…) pathétiques dans ses relents antigermaniques » [7], visiblement sans grande conscience du pathétique de sa propre stéréotypie — et en fait de son pur et simple psittacisme.

Sans grande conscience non plus que ce qui fait revenir le plus sûrement les nationalismes par les temps qui courent est davantage à chercher dans les effets combinés de la dépression austéritaire et de la dépossession de souveraineté, c’est-à-dire dans l’expression même, politique et économique, de la construction monétaire européenne en son architecture à l’allemande. Car c’est sans doute l’une des plus fameuses réussites de cette Europe, et un réel progrès de la paix et de l’amitié entre les peuples, qu’on y voie désormais le chef d’Etat allemand représenté en officier nazi dans tous les cortèges des pays dévastés par l’austérité, comme on y voit le déferlement de mépris quasi-raciste d’une partie de la presse et des élites allemandes pour les « arriérés » de la « périphérie ».

Voyant comme toujours l’infamie dans les mots sans jamais la voir dans les choses, les « consciences », qui s’y entendent depuis des décennies pour interdire les débats, ont donc décidé de renvoyer à la « germanophobie » toute mise en cause de ce que l’Union monétaire doit à l’Allemagne, et toute analyse de ce qui s’en suit comme effets. Parmi elles, les demi-habiles, sans doute persuadés d’être au comble de la sophistication intellectuelle, ont trouvé l’argument de haute volée de l’« essentialisme » comme réplique supposément fatale à toute objection en cette matière. Dire « l’Allemagne ne peut pas s’empêcher de faire cela », ce serait la fixer dans une indépassable essence, abominable assignation dont sont nourris tous les racismes. Pour ces esprits déliés, mais pas trop quand même, il y a à un bout l’essentialisation naturalisante et racialiste, à l’autre la liberté de la culture [8] capable de tout si elle le veut, mais rien entre les deux. Aucune place en particulier pour l’idée qu’il y a dans les sociétés des invariants symboliques de longue période, exprimés dans ce que plusieurs auteurs ont très justement nommé « l’esprit des institutions » [9], « longue période » signifiant ici qu’il est permis de penser et la pleine appartenance de ces « invariants » à l’ordre des faits de culture et leur inertie historique relative, en tout cas l’impossibilité, non pas d’en changer tout court, mais d’en changer comme de chemise.

La France a les siens — la force de l’idée égalitaire (aussi bafouée soit-elle dans les faits), l’attachement à la puissance tutélaire de l’Etat social. L’Allemagne également. Le grand mythe collectif allemand de l’après-guerre est monétaire — point d’investissement de substitution d’un sentiment national interdit d’expressions patriotiques chauvines après la défaite. Objet de fierté, et objet de trauma aussi, du moins selon l’histoire que se raconte — à tort — le roman national allemand, en cela sujet aux mêmes distorsions délirantes que le roman familial des psychanalystes. Car le roman allemand tient l’hyperinflation de 1923 pour la matrice du nazisme, alors qu’il faudrait bien davantage la chercher dans la Grande Dépression de l’austérité Brünning — en effet 1931 est plus près de 1933 que 1923… Mais peu importe le bien-fondé de l’histoire que se raconte la société allemande : elle se la raconte, et c’est là la seule réalité symbolique qui compte. Or la force du trauma allemand a rendu non négociables ses propres obsessions monétaires, et soumis les autres pays européens à l’ultimatum de devoir les partager ou bien rien.

Aux intellectuels européistes qui omettent systématiquement de poser la question, à moins qu’ils ne l’ignorent carrément, il faut rappeler que cette fixation monétaire allemande, telle qu’elle a conduit à introniser Hans Tietmeyer, le dernier président de la Bundesbank ante-euro, dans l’église Saint-Paul de Francfort ! — on excusera du peu et on prendra peut-être la mesure de la chose —, la fixation monétaire donc, dessine le seul cadre légitime du débat démocratique allemand, en délimite l’épure, hors de laquelle nulle position n’a la moindre chance d’être significativement entendue. S’imaginer dans ces conditions que le SPD, hypothétiquement revenu aux affaires, pourrait infléchir plus que marginalement les commandements qui découlent mécaniquement de la croyance monétaire allemande est un rêve de singe, et ceci précisément parce que cette croyance fait l’objet d’un très puissant consensus transpartisan, au point d’ailleurs de sortir purement et simplement la politique économique (monétaire et budgétaire) de l’orbite des choses discutables (à des différences marginales près).

On dira que nulle croyance n’est jamais rigoureusement unanimitaire ni ne peut exclure d’être un jour renversée, pas plus la croyance monétaire allemande qu’une autre. Et ce sera exact — car même les invariants symboliques de longue période sont travaillés par l’histoire, et finissent par passer. Mais la question, comme toujours toute pratique, est : quand ? Il y a sans doute dans la société allemande des ferments de dissensus, des opinions prêtes à envoyer par-dessus bord le dogme monétaire et toute son orthodoxie avec. Mais où, et surtout combien ? S’il faut attendre le temps long de la tectonique des plaques symboliques et que le corps social allemand fasse gentiment son chemin pour réviser ses vues monétaires, alors la réponse est non. Des peuples crèvent en Europe et le temps de la patience est terminé, celui de « l’Europe sociale », cette sinistre farce de la Droite Complexée française, comme celui du grand aggiornamento monétaire de l’Allemagne.

La monnaie commune… avec ou sans l’Allemagne (comme elle voudra)

Le temps de la patience est terminé, mais celui de faire autre chose est venu ! Autre chose avec l’Allemagne si d’aventure le spectacle de cette autre chose lui fait venir la tentation d’en être et hâte ses propres révisions. Et sinon sans. Disons les choses honnêtement : pour l’heure, l’Allemagne voyant dans sa propre domination la confirmation quasi-expérimentale du bien-fondé de ses vues, l’hypothèse « avec » n’est pas la plus probable… « Sans » donc, vraisemblablement, et ainsi soit-il !

Seul le mythe du couple franco-allemand s’y oppose encore pour l’heure, avec il est vrai toute la force propre d’un mythe dont les croyants préfèrent périr conformément à ses injonctions que se sauver contre elles. Mais ce mythe est essentiellement français — il ne faut pas douter un seul instant que l’Allemagne, si nécessaire, est parfaitement prête à faire de nouveau cavalier seul et, renouant avec le Sonderweg, à lâcher la France au premier virage. Et, comme mythe « français », il est en fait essentiellement celui des élites, c’est dire qu’à part les effets de la propagande européiste et ses efforts d’intimidation, pour ne pas dire de terrorisme intellectuel — combien de fois la guerre n’a-t-elle pas été prophétisée pendant la campagne référendaire de 2005 ?... —, il ne fait pas fondamentalement partie de la grammaire symbolique du corps social. La banque centrale indépendante, l’obsession de l’inflation, l’orthodoxie budgétaire et le refus mystique de la politique contracyclique, toutes ces salades ne sont pas matière dans le corps social français à éprouver les frissons du sacré, comme en Allemagne. Et, à l’inverse de l’Allemagne, elles appartiennent de plein droit au domaine des choses politiquement discutables — à l’inverse aussi de ce que l’Union monétaire européenne s’est elle-même efforcée de prohiber.

On peut donc dire synthétiquement que détruire la construction européenne présente, pour la refaire autrement, avec qui voudra, n’a pas d’autre enjeu que de se mettre en règle à nouveau avec le principe démocratique, principe de la souveraineté populaire, qu’aucun européiste n’a tiqué de voir continûment bafoué pendant deux décennies, principe voulant que tous les choix de politique économique — ses orientations et les formes institutionnelles de son organisation — font irréfragablement partie du domaine de la délibération collective.

Mais on peut dire davantage encore. Et notamment que, par delà la satisfaction des principes formels de la démocratie, il n’est pas interdit d’en appeler à d’autres contenus substantiels, ceux par exemple qui auraient le bon goût de nous tirer de l’effroyable situation présente. C’est un problème qu’on n’attrape qu’après avoir tiré le constat premier de l’impossibilité d’une monnaie unique sans une construction politique authentique et complète, puis le second de l’impossibilité de cette construction politique à brève échéance, la seule échéance qui compte dans l’extrême urgence de la crise — redisons que les aimables appels à la patience indéfinie ont désormais épuisé tout leur crédit.

Si la monnaie unique n’est pas possible, il reste dans tous les cas les monnaies nationales. Il faut répéter que cette solution demeure entièrement praticable, qu’elle a pour elle la disponibilité d’institutions politiques et symboliques déjà établies, susceptibles d’être réarmées instantanément, et finalement que 90 % des pays de la planète vivent avec une monnaie nationale sans visiblement que cette condition fasse leur irrémédiable infortune. Mais on peut aussi ne pas abandonner toute idée d’une Europe monétaire et continuer d’en explorer des voies possibles. Pas celle de la monnaie unique à l’évidence, mais celle de la monnaie commune. L’idée n’est pas entièrement neuve [10], Jacques Sapir l’évoque régulièrement à côté de celle du retour à la monnaie nationale, donnant la préférence tantôt à l’une [11], tantôt à l’autre [12]. Or c’est une idée qui mérite qu’on en parle davantage, alors que le dégel du débat à gauche en Allemagne, pour si bienvenu qu’il soit enfin, n’évoque que des réactivations du SME [13] … quand il n’évoque pas, mais à droite, le retour au deutschemark [14] !

Entre monnaie unique et SME rénové : le meilleur des deux mondes

Entre l’impossible monnaie unique et les monnaies nationales sous SME, la monnaie commune restaure la possibilité d’ajustement de change — exclue par construction de la monnaie unique — en évitant l’instabilité d’un système de monnaies nationales séparées. Mais pas dans n’importe quelle configuration. En effet la monnaie commune ne produit tous ses bénéfices que sous une architecture :

• qui institue une monnaie européenne (l’euro) mais en en laissant exister des dénominations nationales — il y aurait ainsi des €-Fr, des €-Lire, on peut même dire, pour le plaisir de l’imagination, des €-DM, etc. ;

• les dénominations nationales sont chacune exprimées selon une certaine parité fixe avec l’euro, qui lui-même serait convertible sur les marchés contre toutes les devises externes, les dénominations nationales trouvant ainsi leur parité externe via l’intermédiaire de l’euro ;

• le point stratégique est alors le suivant : 1) les dénominations nationales sont convertibles entre elles (évidemment), mais uniquement au guichet de la Banque centrale européenne [15], qui fonctionne comme une sorte de bureau de change. Par conséquent, la convertibilité directe entre agents privés est interdite et il n’y a pas de marchés des changes intra-européens ; 2) les parités fixes des dénominations nationales par rapport à l’euro (donc les taux de change des dénominations nationales entre elles) peuvent être ajustées mais selon des processus politiques, complètement soustraits aux influences (déstabilisantes) des marchés des changes — puisque, par construction, ceux-ci ont été supprimés à l’intérieur de la zone.

Ce sont ces dispositions complémentaires qui produisent en quelque sorte le meilleur des deux mondes. La monnaie commune a la même propriété fonctionnelle que la monnaie unique de faire écran entre l’intérieur et l’extérieur de la zone, en l’occurrence en protégeant les dénominations nationales des marchés des changes internationaux (extra-européens). La convertibilité « de guichet » (à la BCE et à taux fixe) des dénominations nationales y ajoute la suppression des marchés de change intra-européens, d’où résulte un effet de stabilisation monétaire interne équivalent à celui que produit la monnaie unique. Mais, à la grande différence de la monnaie unique, le système monnaie commune / dénominations nationales offre des possibilités d’ajustement de change intra-européen par construction exclues de l’euro actuel… et ceci, à la différence d’un SME rénové, dans un environnement monétaire interne tout à fait stabilisé. La plaie (l’une des plaies) de la monnaie unique tient à l’impossibilité constitutive de dévaluer/réévaluer. La plaie d’un SME réside dans la difficulté de maintenir les changes fixes et/ou d’ajuster les taux-pivots sous les forces spéculatives déstabilisantes des marchés de change. La monnaie commune prémunit de l’une aussi bien que de l’autre.

Dévaluer dans le calme

Elle a donc pour vertu principale de restaurer la possibilité de réajuster dans le calme les changes intra-européens, possibilité dont l’exclusion par la monnaie unique a précipité le malheur des économies du Sud européen. Dans l’erreur d’un bout à l’autre de ses attendus, le projet de monnaie unique était parti de la prémisse que l’euro allait être en soi un opérateur de convergence économique et structurelle — par quel mécanisme, ou plutôt quel miracle, la chose n’a jamais été précisée, il était simplement demandé d’y croire. C’est évidemment l’exact inverse qui s’est produit, les effets de polarisation spatiale (notamment sectorielle) accompagnant généralement les processus d’intégration régionale, en approfondissant la division intra-régionale du travail bien plus qu’elle ne l’« égalise ». Aussi les différentiels de productivité et de coût n’ont-ils cessé de se creuser entre les économies de la zone… mais sans qu’à aucun moment ils ne puissent être accommodés, comme par le passé, par des ajustements de change. Ne laissant plus alors que la seule possibilité de l’ajustement « réel » — par les salaires (à la baisse) et le chômage (à la hausse) —, délicatement rebaptisé « dévaluation interne »…

Il ne faut sans doute pas s’exagérer les pouvoirs de la dévaluation (externe) — dont aucun de ses partisans sérieux n’a jamais dit d’ailleurs qu’elle « faisait l’affaire » à elle seule. Mais encore faut-il ne pas les minimiser non plus ! L’ajustement de change est le degré de liberté indispensable, seul à même, en l’absence de transferts budgétaires puissants et de mobilité de la force de travail, d’accommoder les divergences que recrée sans cesse l’intégration régionale… et dont l’absence fait connaître ses conséquences à grand spectacle en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Italie… peut-être bientôt en France. La monnaie commune n’a alors pas seulement la vertu de restaurer cette indispensable possibilité, mais surtout de la restaurer dans d’excellentes conditions de stabilité. Car la suppression des marchés des changes intra-zone rend le processus d’ajustement à la délibération politique européenne. De même que les parités de départ entre les dénominations nationales sont fixées au terme d’un accord politique (à la manière dont l’avaient été les parités d’entrée dans l’euro), de même sont-elles révisées par des mécanismes politiques. Nulle tempête spéculative ne vient en perturber l’opération ni la mettre sous ces intenses pressions qui font les week-ends d’urgence intergouvernementale.

Sans doute n’est-il pas question de dire qu’il ne se passe rien, en régime de monnaie commune, à l’approche d’un réajustement des parités. Car bien sûr tout le problème de ce genre d’opération tient au jeu des anticipations, qui ramènent dans le présent immédiat un événement futur contingent dès lors que son occurrence est considérée comme suffisamment probable — et lui font alors produire ses effets en avance. Tout comme dans n’importe quel système de change, les agents économiques non-résidents voudront fuir la monnaie dont la dévaluation est anticipée pour que leurs actifs (par exemple en €-Fr) ne prennent pas de perte de valeur exprimée dans leur monnaie nationale (par exemple en €-DM). Ces agents n’auront cependant pas d’autre solution que le « guichet », c’est-à-dire la BCE qui convertira leurs €-Fr en €-DM au taux fixe en vigueur et pas à un autre — alors qu’évidemment le taux Fr-DM commencerait à plonger dans un système de type SME, le gouvernement français s’escrimant d’une part à dénier toute dévaluation, et d’autre part à tenter de maintenir le cours-pivot à coup de hausses de taux d’intérêt, au détriment de l’économie réelle, et ceci… jusqu’au moment où le pivot cèdera emporté par les forces de la spéculation.

La BCE assure donc la conversion jusqu’à la révision (politique) des parités, en créant la monnaie demandée — ici de l’€-DM. Inutile de hurler au péril de la création monétaire : celle-ci est annulée terme à terme par la destruction monétaire consécutive à l’achat par la BCE de la monnaie offerte en contrepartie des demandes de conversion. Ajoutons que la BCE est tout à fait souveraine dans cette affaire, en d’autres termes, qu’elle a la possibilité de valider ou non les demandes de convertibilité qui lui sont faites. Ne pas les valider équivaudra à infliger des pertes de change aux agents dira-t-on. Et alors ?

On entend d’ici les glapissements qui prophétiseront l’insupportable atteinte à la libre allocation de l’épargne internationale, dissuadée d’investissements non-résidents si elle se sait exposée à de pareilles pertes. On va pourtant laisser glapir : les agents prennent régulièrement des pertes dans les marchés, et l’on ne sache pas que ça les décourage si peu que ce soit d’y revenir. Mais l’idéologie néolibérale a fini par installer dans les têtes que les pertes infligées par des institutions ou des mécanismes hors-marché sont intolérables — et connaîtront les représailles de la grève de l’investissement —, quand les pertes issues du jeu « normal » du marché sont, elles, tout à fait « naturelles »… La BCE donc décidera souverainement d’honorer ou non les demandes de conversion selon la manière dont elle appréciera l’opportunité de laisser s’effectuer les transferts intra-zone de masse monétaire qui résulteraient de ces demandes, transferts au demeurant rigoureusement équivalents à ceux qui s’effectueraient par le jeu du marché des changes. On peut parier qu’elle appréciera favorablement le plus souvent, sachant que les transferts en question restent des événements rares, et de toute façon fortement réversibles sitôt passé l’événement du réalignement des parités.

Il est vrai cependant qu’il résulte également de tous ces mouvements des effets sur les taux d’intérêt, puisque fuyant la monnaie du pays dévaluateur, les investisseurs non-résidents se dégagent de ses actifs, dont les prix connaissent alors une chute, notamment les actifs obligataires, privés comme publics — et les taux d’intérêt prennent la trajectoire inverse : à la hausse. Par un autre truchement que les mécanismes de la défense des taux-pivots dans un système de type SME, les taux d’intérêt sont donc affectés également par une anticipation de dévaluation en régime de monnaie commune. Mais dans ce dernier cas ce sont les taux d’intérêt de marché qui encaissent le choc, en se découplant des taux d’intérêt de la politique monétaire qui eux peuvent rester inchangés (ils n’ont plus d’ancrage de change à défendre…).

La parade (structurelle) à cet effet pernicieux résiduel est donc assez évidente, qui consiste en le « déplacement » du financement global de l’économie réelle, et plus précisément en un vaste mouvement de réintermédiation bancaire — il va sans dire vers des banques désintoxiquées de leurs addictions spéculatives, dûment re-régulées et remises autoritairement au turbin sur leurs vraies missions. Les financements par crédit bancaire sont, par construction, moins sensibles aux sauts de carpes des taux d’intérêt dans les marchés obligataires [16]. Aussi seraient-ils immunisés de toutes les perturbations induites dans les marchés d’actifs par l’anticipation d’une dévaluation.

Pour une « politique des balances courantes »

La neutralisation des turbulences financières — celles des marchés des changes (supprimés) et celles des marchés obligataires (à voilure réduite dans le financement de l’économie réelle) — rend aux ajustements de change la sérénité qui permet de les réinscrire dans des processus proprement politiques. Ce sont les Etats-membres eux-mêmes qui, par la négociation, passeront de nouveaux compromis de parités, prenant acte des divergences économiques à accommoder. Ce sont bien des compromis de cette nature qui, à chaud, scandaient la vie du SME, conduisant d’ailleurs le plus souvent à des partages d’effort entre telle monnaie à dévaluer et telle autre à réévaluer. C’est bien cette voie-là qu’il faut emprunter de nouveau, et même de manière passablement plus décidée qu’à l’époque du SME.

Car il est bien certain que toute renégociation de change doit toujours surmonter les réticences du pays excédentaire, désigné à la réévaluation alors qu’il n’a rien envie de changer à son niveau de parité, puisqu’il lui permet précisément d’entasser des surplus de balance courante ! A l’image de l’International Clearing Union envisagée par Keynes en 1944, la monnaie commune permettrait d’instituer un système de règles ayant pour effet d’indexer les réalignements de change sur les soldes courants quand ils deviennent polarisés, c’est-à-dire de rendre de droit la dévaluation pour les pays déficitaires — option qu’il leur reviendrait d’exercer ou non —, mais également de rendre impérative la réévaluation pour les pays excédentaires, toutes clauses qui seraient activées automatiquement passés certains seuils de déficit/excédent et pour une variation (négative ou positive) de change d’une intensité à déterminer : par exemple X % de dévaluation (réévaluation) quand le déficit (excédent) courant franchit 3 points de PIB [17], Y % au-delà de 5 %, etc. Tant que ces seuils d’activation automatique ne sont pas atteints (ou bien entre deux seuils), il appartient au Conseil européen d’envisager l’opportunité d’un réalignement discrétionnaire, selon des règles de saisine et de décision à déterminer — unanimité ou majorité qualifiée.

Un tel système a alors pour propriété de combiner assez harmonieusement éléments de discrétion et mécanismes de correction automatique… qui ne sont pas critiquables en principe dès lors qu’ils produisent de la stabilisation dans le sens de l’emploi ! C’est manifestement le cas ici : les dévaluations évitent aux pays déficitaires les purges de la « dévaluation interne », où seuls les salaires et l’emploi portent le poids de l’ajustement ; les réévaluations automatiques découragent les pays excédentaires de s’engager, comme l’Allemagne actuellement, dans des stratégies d’un mercantilisme borné, et les forcent à contribuer au bien public de la relance de la demande dans la zone entière.

L’Allemagne, hegemon défaillant

Et donc retour à la case départ : l’Allemagne… Que faire avec l’Allemagne ? On pourra d’abord noter que, dans cette histoire de crise de la zone euro, l’Allemagne aura été doublement coupable. D’une part pour les raisons précédemment expliquées, c’est-à-dire du fait d’avoir imposé avec intransigeance des règles constitutionnelles conduisant les politiques économiques européennes dans les impasses de l’austérité. Mais aussi d’autre part pour ne pas avoir été à la hauteur de sa propre domination — comme souvent d’ailleurs les hegemon d’un régime international : Kindleberger ne suggérait-il pas que l’étalon-or, en fait étalon-sterling, avait explosé en partie du fait de la carence du Royaume-Uni à se comporter en gestionnaire avisé du bien public (le régime monétaire international) à la tête duquel il se trouvait — et alors qu’aucun « gestionnaire » de remplacement ne s’était encore fait connaître : les Etats-Unis prendront la « direction des opérations » plus tard, à la tête d’un régime… d’étalon-dollar [18].

L’hégémonie ancienne en cours d’effilochage, et la nouvelle pas encore advenue, le système se décompose sous l’effet des forces centrifuges du chacun pour soi libérées par une situation de grande crise (la crise des années trente) alors que les intérêts propres des nations revêtent des enjeux vitaux impropres à la coordination spontanée… que l’hegemon lui-même renonce à (ou n’est plus en état d’) assurer. A ce compte-là d’ailleurs il faudrait dire que l’Allemagne est triplement, et non pas doublement, coupable, le troisième chef tenant au fait que, puissance dominante de la zone euro, elle se montre incapable d’être à la hauteur des devoirs qui lui incombent de fait, alors qu’elle n’est pas elle-même en crise, ou en situation de déclin comme pouvait l’être le Royaume-Uni des années trente.

Sans doute l’Allemagne n’a-t-elle pas rien fait : elle a finalement contribué aux divers fonds de secours européen. Mais d’une part elle l’a fait en y mettant la plus grande mauvaise volonté possible, atermoyant autant qu’elle pouvait, et laissant par là la situation se détériorer jusqu’à des bords de gouffre. D’autre part elle a refusé de soutenir la demande européenne en relançant, c’est-à-dire en remettant en circulation ses énormes excédents commerciaux. Enfin, et surtout, elle s’est opposée aussi longtemps qu’elle pouvait à ce que la BCE se dote des instruments d’intervention massifs seuls capables de stabiliser les taux d’intérêt souverains (le programme OMT [19]), opposition qui concentre mieux que n’importe quelle autre la fixation doctrinale allemande en matière monétaire — et, si la chancelière Merkel a fini par céder à l’été 2012, après trois ans de crise suraiguë tout de même, la fraction banquière-centrale de l’Allemagne n’a en aucun cas rendu les armes, comme l’atteste le rapport de la Bundesbank destiné à contester la légalité du programme OMT !

La cécité germanomane

Il n’est pas interdit de regarder les choses avec lucidité : jamais l’Allemagne présente n’entrera dans un régime de monnaie commune, qui ne vaut pas seulement par ses propriétés de change, mais surtout par la possibilité de réinstaller des principes de politique économique… aux antipodes de ceux dans lesquels l’Allemagne s’est barricadée — et dont elle a fait la substance de l’euro. Et retour aux illusions « conjoncturelles » ou fédérales de Bernard Guetta : on peut bien espérer en le manège de l’alternance électorale allemande, la position allemande à moyen, peut-être même long terme, ne changera pas d’un iota, SPD ou CDU, quand il est question des missions fondamentales de la banque centrale et des commandements de la politique budgétaire. Et l’on peut bien espérer également en un « dépassement fédéral », mais à la condition de ne pas voir, ou de ne pas vouloir voir, que l’Allemagne ne s’y prêterait en aucun cas sans être assurée d’y transporter à l’identique les (ses) dispositions économiques et monétaires des traités présents.

Nous sommes donc invités à former les rêves fédéralistes les plus fous mais sous l’implicite exclusif que la banque centrale à nouveau démocratique, la reflation, la relance budgétaire contracyclique ou le défaut sur les dettes publiques illégitimes, tout ça demeurera constitutionnellement exclu du champ de la délibération politique — et le constat vaut évidemment pour toutes les formes « intermédiaires » de fédéralisation, tel le dérisoire « gouvernement économique », cette outre vide, mirage de souveraineté restaurée poursuivi comme un fantôme par les élites françaises, « gouvernement » pourtant destiné à n’avoir rien à gouverner puisque tous les choix importants ont déjà été faits. Finalement grand seigneur, l’européisme germanomane consent tout de même qu’on puisse vouloir « plus de démocratie » mais, germanomanie oblige, à la condition de passer sous silence que les enjeux de la politique économique et monétaire, les plus décisifs pour la vie matérielle des peuples, demeureront à l’écart de ce « supplément »…

Ne plus avoir peur du « chaud »

La construction monétaire européenne présente est viciée à cœur. Elle est viciée par la neutralisation démocratique dont, sous l’ultimatum allemand, elle a fait son principe. Qu’on ne puisse pas demander si la Banque centrale doit être indépendante ou pas, si les budgets doivent être en déficit ou pas, si les dettes contractées à la suite des désastres de la finance privée doivent être remboursées ou pas, c’est une monstruosité politique que seul l’européisme élitaire ne pouvait apercevoir — mais qui travaille en profondeur tous les corps sociaux européens. Sauf l’Allemagne. Il n’y a qu’à l’Allemagne que ces interdictions n’apparaissent pas comme d’insupportables dénis de démocratie car, aux choses sanctuarisées, le corps social allemand, pour l’heure, et pour encore un moment, adhère comme à des valeurs supérieures, méta-politiques, c’est-à-dire au-delà de la politique et soustraites à la politique.

Il faut la persévérance européiste dans l’aveuglement pour ne pas voir cette donnée du « problème européen » telle qu’elle rend impossible de faire une Europe monétaire avec l’Allemagne et sans nécessairement violenter les autres corps sociaux, économiquement autant que politiquement. Pour ne pas voir non plus le ridicule, ou plutôt l’indigence, des arguments de germanophobie, quand on peut très bien accorder à l’Allemagne la pleine réalité de ses traumas collectifs, l’entière légitimité des histoires qu’elle se raconte (à tort ou à raison) à leur propos, et cependant ne vouloir ni entrer dans sa mythologie monétaire ni se soumettre à ses obsessions. L’ordre monétaire allemand imposé à l’Europe convient à l’Allemagne — quelle surprise ! Pas aux autres Etats-membres. En tout cas pas à tous. Incapable de toute analyse positive des conditions objectives de compatibilité, c’est-à-dire de comprendre qu’on ne fait pas une entité politique viable avec des composantes dont les formes de vie sont désaccordées au-delà d’un certain point, l’européisme est devenu le plus sûr ennemi de l’Europe.

Au point de destruction économique et sociale où nous en sommes, et surtout dans l’état de tétanie généralisée des gouvernements de droite décomplexée ou complexée, il n’existe vraisemblablement plus aucune solution disponible pour une reconstruction européenne à froid. Il n’y aura donc pas d’autre alternative à la stagnation mortifère que le chaud d’une crise terminale. On peut bien se raconter toutes les histoires de la Terre : qu’on va réformer l’euro à 17, qu’on ouvrira éventuellement l’épreuve de force pour faire plier l’Allemagne et l’amener à résipiscence : l’Allemagne ne pliera pas. Elle ne sacrifiera pas ses principes cardinaux à l’Europe, et ne tient à l’Europe que pour autant que cette dernière se montre compatible avec ce qu’elle considère comme ses intérêts vitaux — à défaut de quoi elle prendra la tangente sans hésiter. Par une ironie dévastatrice, on la verra alors user de l’argument que les européistes (français) d’aujourd’hui ne veulent même pas entendre, et qu’il leur faudra pourtant bien souffrir à ce moment-là : sortir de la monnaie unique européenne ne signifie nullement s’enfermer derrière de hauts murs, n’hypothèque en rien tous les liens économiques — et extra-économiques ! — tissés par ailleurs avec les autres Etats-membres. Même l’argument qu’une échappée de retour au mark lui vaudrait une réévaluation carabinée, et l’évaporation d’une bonne partie de ses excédents commerciaux, ne la retiendrait pas : car, entre une statistique momentanée et ses principes, son cœur ne balance pas.

Inutile, non plus, de se raconter les histoires symétriques : à 16 ou à moins, on ne prépare pas comme ça une « Europe monétaire alternative » en douce, sous le regard débonnaire des marchés financiers. Et on ne fait pas non plus surgir une nouvelle architecture institutionnelle tout armée en un week-end de fermeture des marchés. Ce sera donc, d’abord, le retour, sans doute légèrement agité, aux monnaies nationales, étape difficilement évitable cependant avant de reprendre éventuellement la marche en avant. Il est donc temps de savoir ce qu’on veut : il n’y a dans le système actuel rigoureusement aucune force de changement endogène, simplement le possible redéploiement sous des formes un peu différentes (eurobonds, gouvernement économique, « fédéralisme » à la sauce Hollande-Merkel ou autre) des mêmes principes monétaires, invariants, constitutionnalisés et catastrophiques — allemands.

Dans ces conditions, ou bien l’on abandonne tout espoir de transformation et l’on se soumet à l’Europe à l’allemande. Ou bien l’on attend que la crise elle-même se charge de produire la table rase. On aurait grand tort d’en mésestimer les possibilités ! Elle peut venir du côté politique, si l’un des pays, l’Italie au hasard, se retrouve en état de blocage institutionnel et incapable de pousser plus avant la purge austéritaire, avec le risque de faire des émules et au grand affolement des marchés financiers. Elle peut venir du côté du système bancaire, toujours bien pourri à cœur, et même de plus en plus au fur et à mesure que monte le flot des créances douteuses charriées par la récession.

Une adresse européenne

Ou bien on prend les devants et on annonce franchement la couleur en s’adressant à tous les peuples d’Europe : « Nous voulons faire une monnaie commune européenne restituant toutes ses possibilités à la politique économique. Avant de pouvoir refaire, il va falloir défaire. La construction institutionnelle d’une monnaie commune ne se fera pas dans le dos des peuples, elle ne peut avoir de légitimité que par validation référendaire, elle ne se fera donc pas en un week-end obscur, mais au grand jour et en prenant le temps qu’il lui faut. Par conséquent nous devons sortir de l’euro et revenir à nos monnaies nationales respectives comme base du nouveau départ européen. Nous imaginons bien que tous ne nous suivront pas tout de suite. Mais d’abord nous pouvons très bien vivre sous monnaie nationale, et probablement mieux que les malheureux qui continueront de souffrir mort et passion sous la tutelle euro-allemande. Il se pourrait fort d’ailleurs que, du moment où les marchés financiers entendront parler de notre projet, qui a précisément pour intention de mettre fin à leur règne sur la politique économique, ils mettront la zone à feu et à sang — et produiront d’eux-mêmes l’explosion de retour forcé vers les monnaies nationales. De toute façon, nous sommes prêts à bouger parce qu’on ne prouve le mouvement qu’en marchant, persuadés par ailleurs que le spectacle dudit mouvement pourrait bien donner quelques idées à ceux qui l’observeront. Combien nous nous retrouverons, nous l’ignorons, mais partant de l’idée que nous y arriverons très bien à un, nous nous disons qu’à partir de deux ce sera déjà quelque chose ! Nous nous disons aussi que nous serons mieux à quatre ou cinq réunis par des principes authentiquement communs et progressistes qu’à dix-sept déchirés par des principes régressifs. L’Allemagne repartira de son côté avec son néo-deutschemark et quelques alliés qui lui ressemblent ? C’est très possible, et ça n’a rien d’un drame. Qui peut imaginer un seul instant que, même ne partageant pas la monnaie de certains pays européens, elle cesserait de commercer avec eux ? D’y investir ? De faire circuler ses étudiants, ses chercheurs, ses artistes, ses touristes, et de recevoir les nôtres ? Nous pouvons même imaginer que si un jour elle finit par liquider ses mythes et ses terreurs nocturnes, si sa population finit par être lasse de la déflation salariale et des inégalités dont elle prendra bientôt une conscience douloureuse, elle souhaite nous rejoindre — ce sera avec plaisir. De toute façon nous faisons cette proposition à tous maintenant et pour plus tard. Entende et vienne qui voudra ».

Frédéric Lordon

Notes

[1] Voir « Le balai comme la moindre des choses », avril 2013.

[2] « Ensemble, poursuivre le projet de l’Europe », Libération, 7 mai 2013.

[3] Bernard Guetta, « De l’urgence de savoir défendre l’Europe », Libération, 26 février 2013.

[4] Il n’y a plus qu’à espérer pour que survienne éventuellement un miracle comme le programme OMT (voir note 19) — trois ans après le début de la crise…

[5] TCE : Traité établissant une Constitution pour l’Europe.

[6] TSCG : Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance ; il s’agit du pacte budgétaire européen.

[7] « L’Allemagne est-elle responsable de l’austérité en Europe », L’Expansion, 29 avril 2013.

[8] Il faudrait malheureusement des pages et des pages pour défaire ces schèmes de pensée indigents, antinomie parfaitement scolaire de la « nature » et de la « culture », qui tiennent lieu de hauteur de vue aux journalistes à prétention intellectuelle

[9] Voir par exemple Denis Richet, La France moderne, l’esprit des institutions, Flammarion, 1991, ou Vincent Descombes, Les institutions du sens, Minuit, 1996.

[10] Voir par exemple : « Crise, la croisée des chemins », 7 mai 2010.

[11] « La dissolution de la zone euro : une solution raisonnable pour éviter la catastrophe », document de travail CEMI-EHESS, novembre 2012.

[12] Faut-il sortir de l’euro ?, Seuil, 2012.

[13] SME : Système monétaire européen. Voir notamment la prise de position d’Oskar Lafontaine : « We need to restore the European Monetary System » (PDF), 30 avril 2013, ainsi que le document de Heiner Flassbeck et Costas Lapavitsas, « The systemic crisis of the euro : true causes and effective therapies » (PDF), Studien, Rosa Luxemburg Stiftung, mai 2013.

[14] A l’image des positions de AfD, Alternative für Deutschland.

[15] Par l’intermédiaire bien sûr des banques privées ou de bureaux agréés, mais qui ne feraient que transmettre les ordres à la BCE et seraient interdits de transacter entre eux.

[16] Cette sensibilité variant avec la part de leur refinancement que les banques effectuent dans les marchés ; mais là encore, on peut très bien envisager de limiter ce refinancement de marché pour privilégier le refinancement par le marché interbancaire et au guichet de la banque centrale.

[17] Ou bien X1 % de dévaluation pour le pays déficitaire et X2 % de réévaluation pour le pays excédentaire.

[18] Charles Kindleberger, La grande crise mondiale, 1929-1939, Economica, 1988.

[19] OMT pour Outright Monetary Transactions, programme de rachat potentiellement illimité des titres souverains européens par la BCE, et mis en place en septembre 2012.

 

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:24

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IL y eut trois interventions militaires des États-Unis à Cuba, et non pas deux, comme on l’admet parfois. Le contre-amiral M.E. Murphy reconnaît dans The History on Guantanamo Bay, 1494-1964, que « le soulèvement noir de 1912 amena les États-Unis à intervenir de nouveau à Cuba, cette fois par la province d’Oriente ».

« Un soulèvement noir organisé à Cuba en mai 1912 par les Indépendants de couleur, prit des proportions telles que, le 23 mai, le Département de la marine dépêcha des troupes à la Base navale des États-Unis, dans la baie de Guantanamo ».

Le 20 mai 1912, le Parti indépendant de couleur (PIC) avait organisé un soulèvement armé, plus symbolique que réel, qui servit de prétexte au déclenchement du massacre de plus de 3 000 Cubains, noirs et métis. Les membres du PIC demandaient l’abrogation de la Loi Morua, qui interdisait la légalisation de partis politiques noirs, et étaient engagés aux côtés d’autres secteurs de la société pour la suppression de la discrimination contre les non-Blancs instaurée précisément par l’occupant nord-américain.

Sous le prétexte de protéger leurs citoyens et leurs biens, comme lors de la deuxième intervention de 1906, la dénommé 1e Brigade provisoire fut organisée sous le commandement du colonel Lincoln Karmany, et stationnée dans la baie de Guantanamo. Le quartier général de la base dépêcha plusieurs détachements ayant pour mission d’ « occuper et de défendre les points stratégiques ».

 

LE FRUIT MÛR


La véritable raison de ces interventions et du blocus qui est actuellement exercé contre notre pays est consignée dans de nombreux documents officiels des États-Unis. John Quincy Adams, secrétaire d’État du président Monroe, parlait en 1823 de « l’inévitable annexion de Cuba », en affirmant que l’Île finirait par tomber entre les mains des États-Unis, que le moment viendrait où il suffirait de tendre la main pour cueillir le fruit mûr…

Le président William Mckinley estima que le fruit était suffisamment mûr en 1898, et décida de lancer la première intervention militaire contre notre pays afin de ravir la victoire à l’Armée de libération de nos « mambises » sur une armée espagnole épuisée par les trois guerres que la métropole avait été contrainte de livrer en trente ans.

Dès le début des protestations organisées par les membres du PIC, des partisans de l’occupation et de l’annexion de l’Île comme Knox, secrétaire à la Guerre sous le gouvernement du président William Taft ; Arthur Beaupré, ministre des États-Unis à Cuba, et Frank Steinhart, président de la Havana Central Railroad Co., se mobilisèrent et firent pression pour obtenir l’intervention et protéger leurs intérêts. Le 1er mai, Beaupré proposa à son gouvernement d’envoyer à Cuba un navire chargé de marines.

Quant à Taft, il envoya un ultimatum au gouvernement cubain, menaçant d’intervenir si le mouvement n’était pas rapidement jugulé par le président José Miguel Gomez, qui pour des raisons électorales essayait de venir à bout des protestations par des moyens pacifiques.

Face à ces menaces, Gomez répondit qu’il avait pris « toutes les mesures qui s’imposaient pour mettre un terme au soulèvement » et qu’il ne jugeait « pas nécessaire une intervention ».

Cependant, la brigade du colonel Lincoln Karmany, composée de 69 officiers et de 2 008 effectifs, fut rassemblée à Norfolk, en Virginie, tout comme le 1er Régiment formé de 29 officiers et de 756 hommes, sous le commandement du colonel George Barnet, qui embarqua le 23 mai à bord de l’USS Prairie et de l’USS Paducah, et arriva à Guantanamo 5 jours plus tard, le 28 mai. Ils y resteraient jusqu’au mois d’août.

Le 25 mai, le deuxième régiment composé de 40 officiers et de 1 252 hommes, placé sous les ordres du colonel James E. Mahoney, voyagea à bord de l’US Atlantic Fleet et débarqua début juin dans la baie de Guantanamo.

Le 11 juin 1912, le détachement de marines de l’USS Ohio, sous le commandement du capitaine R.C. Hooker, à bord de l’USS Eagle, fut transféré de la baie de Nipe à celle de Guantanamo, où il débarqua le 12.

Un autre détachement composé de 27 hommes de l’USS Nashville, et autant d’effectifs de l’USS Paducah, aux ordres du lieutenant E.P. Finney, débarqua à Preston, dans la baie de Nipe, et voyagea par chemin de fer jusqu’aux mines de la Spanish American Iron Works, à Woodfred, à Cuba, pour protéger les propriétés nord-américaines.

Les effectifs des États-Unis occupèrent plusieurs villes et villages près de Santiago de Cuba. Des troupes de la Brigade furent envoyées à Guantanamo, Soledad, Los Canos et San Antonio, entre autres localités.

Avec le soutien de ces troupes d’occupation, l’armée nationale « blanche » – les Noirs étant exclus des unités de combat – créée par les États-Unis, était suffisamment puissante pour écraser le soulèvement.

La révolte avait commencé le 20 mai, jour du 10e anniversaire de la déclaration de la République néocoloniale occupée par l’armée des États-Unis, dans le cadre d’une sorte de transaction face à la ferme opposition des officiers et des troupes mambises à une annexion au voisin du Nord. Les protestations du PIC à Pinar del Rio, La Havane, Matanzas et Las Villas furent rapidement réprimées. Mais le mouvement continua avec une vigueur accrue dans l’est du pays, sous la direction d’officiers de l’armée cubaine de libération comme le général Pedro Ivonet, et le lieutenant Evaristo Estenoz, dans les villes de Santiago de Cuba, Guantanamo, Holguin, El Cobre, Alto Songo et San Luis.

La répression sanglante, marquée par les assassinats d’Ivonet et d’Estenoz, dura deux mois, et fut menée sous les ordres du général José de Jesus Monteagudo, les forces des gardes champêtres, de l’armée nationale et des volontaires, qui comptèrent une vingtaine de morts dans leurs rangs.

 

LES INTERVENTIONS DANS LA CARAÏBE DEPUIS GUANTANAMO


À partir de février 1913, le colonel Lincoln Karmany put une nouvelle fois diposer d’une grande unité à Guantanamo : la 2e Brigade provisoire, composée de 72 officiers et de 2 100 hommes. En 1915, cette unité fut dépêchée vers Haïti, qui fut envahie, pour une occupation qui allait durer jusqu’en 1932.

La période allant de 1915 à 1918 allait maintenir les marines très occupés à Guantanamo. Toute une série d’actions furent lancées en Haïti, en République dominicaine, ainsi que la « Sugar intervention » à Cuba. La compagnie No 24, qui faisait partie de la garnison permanente de la Base navale, fut dépêchée en Haïti le 29 juillet 1915. Des interventions plus ou moins importantes furent menées un peu partout en Amérique latine.

 

Dans sa lettre à son ami mexicain Manuel Mercado, notre Héros national José Marti était on ne peut plus visionnaire lorsqu’il signalait : «Je suis chaque jour en danger de donner ma vie pour mon pays et pour mon devoir, d’empêcher à temps par l’indépendance de Cuba que les États-Unis ne s’étendent dans les Antilles et ne s’abattent, avec ce surcroît de force, sur nos terres d’Amérique. Tout ce que j’ai fait jusqu’à ce jour et ferai n’a pas d’autre but. »

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:18

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Cuba : La réduction de la faim sur l’île est saluée par la FAO

  Par le 31 mai 2013

 


Au début du mois de mai, le directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), José Graziano da Silva, a reconnu les efforts des autorités cubaines pour garantir la sécurité alimentaire à sa population. La FAO est un organe qui oeuvre pour permettre la sécurité alimentaire à l’ensemble des populations en veillant à ce que les êtres humains aient un accès régulier à une nourriture de bonne qualité qui leur permette de mener une vie saine et active.

Le mandat de la FAO consiste de fait à améliorer les niveaux de nutrition, la productivité agricole et la qualité de vie des populations rurales et à contribuer à l’essor de l’économie mondiale.

José Graziano da Silva a déclaré lors de son passage sur l’île des Caraïbes « Cuba est l’un des 17 pays au monde qui a déjà atteint l’objectif du Sommet mondial pour l’alimentation dont le but est de réduire de moitié le nombre absolu de personnes souffrant de la faim. Ceci a été rendu possible grâce au gouvernement cubain qui a fait du droit à l’alimentation sa priorité en adoptant des politiques concrètes ».

Les autres pays qui sont parvenus à remplir cet objectif de réduction sensible de la faim sont l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Chili, les Fidji, la Géorgie, le Ghana, le Guyana, le Nicaragua, le Pérou, les Samoa, la République de Sao Tomé-et-Principe, la Thaïlande, l’Uruguay, Venezuela, et le Vietnam. Les États, qui ont atteint leur objectif avant le délai fixé en 2015, recevront un diplôme reconnaissant leur réussite lors d’une cérémonie qui se tiendra le 16 juin, à Rome, lors de la conférence de la FAO.

Pendant sa visite à La Havane, Graziano da Silva a tenu à souligner que Cuba se trouve aujourd’hui dans une situation de sécurité alimentaire comparable aux pays développés avec un indice de dénutrition inférieure à 5 %.

La conférence de la FAO qui rendra donc hommage aux efforts accomplis par de nombreux pays qui ont été capables de réduire de façon significative les problèmes alimentaires sur leur territoire aura aussi pour but de rappeler l’objectif de l’organisation à savoir l’éradication de la faim, de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire.

Graziano da Silva a salué la politique de Fidel Castro qui a été l’un des premiers à s’engager sur cette voie. Le directeur général a rappelé l’appel fait par le leader de la révolution lors du Sommet mondial de l’alimentation en 1996 en s’engageant à réduire de moitié le nombre absolu de personnes confrontées à la faim.

La visite du directeur général de la FAO avait été convenue durant le sommet CELAC–UE qui s’est à Santiago du Chili en janvier 2013, à cette occasion José Graziano da Silva et le président de Cuba (Raúl Castro Ruz), pays qui est en ce moment assure la présidence de la Communauté des états d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), se sont engagés à travailler conjointement pour placer la sécurité alimentaire comme une priorité dans l’agenda politique de la région dans le cadre de l’initiative Américaine latine et Caraïbe Faim Zero 2025.

Dans cette optique, une mission de la FAO se déplacera prochainement à Cuba pour discuter et planifier la sécurité alimentaire de la CELAC (Communauté d’États latino-américains et caraïbes). Graziano da Silva a souligné l’importance de la garantie du droit l’alimentation « il ne peut y avoir un véritable développement alors que 49 millions de personnes souffrent de la faim en Amérique latine et dans les Caraïbes ». Il a par ailleurs souligné qu’il avait assisté à un changement en profondeur au sein de la région ces dernières années « c’était difficile auparavant pour un gouvernement d’évoquer le problème de la faim. Aujourd’hui au contraire nous voyons l’émergence d’un engagement politique ferme, au plus haut niveau, dont l’objectif est de parvenir à son éradication. C’est un premier pas, et le plus important est d’avancer ».

La plus grande autorité de la FAO a déclaré que cet engagement se traduit par des projets concrets, des programmes et des lois de sécurité alimentaire au niveau de tous les pays, comme l’initiative « Faim zéro » (« Fome Zero »lancée au Brésil, la Croisade contre la faim menée au Mexique et l’intégration d’Antigua et Barbuda au défi Faim Zéro lancée par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, lors du Sommet Rio+20. Outre ces rencontres institutionnelles à Cuba, Graziano da Silva a rendu visite au Vivero Alamar, une coopérative d’agricultures périurbaines qui fait travailler 185 personnes. La coopérative produit près de 300 espèces et vend plus de 50 produits (fruits, légumes et plantes d’ornementation). Il faut savoir que paradoxalement, 70 % des personnes qui subissent la faim en Amérique Latine et vivent en situation de pauvreté extrême évoluent en zone rurale, nombreux sont ceux qui pratiquent une agriculture d’autosubsistance. L’objectif est donc de permettre à ces paysans d’augmenter leur productivité, il s’agit de faire en sorte que ces travailleurs puissent non seulement nourrir leurs propres familles, mais aussi leurs communautés.

Le défi « Zéro faim » (Zero Hunger Challenge) s’articule autour de trois axes majeurs :
-S’assurer que toutes les personnes dans le monde aient accès à des aliments sains et nutritifs tout le long de l’année.
-Veiller à l’éradication de la malnutrition pendant la grossesse ou pendant le plus jeune âge, car cela implique un retard de croissance chez les enfants, et entraine des dommages physiques et mentaux.
-Enfin faire en sorte que tous les systèmes alimentaires soient durables.

Les objectifs du millénaire

De son côté le nouveau Cadre stratégique, révisé, de la FAO pour la prochaine décennie réunit cinq Objectifs stratégiques qui sont définis comme suit :

1. Contribuer à éradiquer la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition
2. Accroître et améliorer la fourniture des biens et services de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche de manière durable
3. Réduire la pauvreté rurale
4. Favoriser l’adoption de systèmes agricoles et alimentaires plus intégrateurs et efficaces à l’échelle locale, nationale et internationale
5. Renforcer la résilience des moyens d’existence face aux menaces et aux crises.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le rapport 2012 de l’ONU sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (voir lien ci-dessous). Les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), Millennium Development Goals en anglais, sont huit objectifs adoptés en 2000 à New York (États-Unis) par 193 États membres de l’ONU, et au moins 23 organisations internationales, qui ont convenu de les atteindre pour 2015.
Ces objectifs englobent de grands défis humanitaires : la réduction de l’extrême pauvreté, de la faim et de la mortalité infantile, la lutte contre plusieurs épidémies dont le SIDA, l’accès à l’éducation, l’égalité des sexes, et l’application du développement durable.

 

 

http://www.undp.org/content/dam/undp/library/MDG/french/MDG%20Report%202012%20-%20Complete%20French.pdf

(Aline Timbert)

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:10

 

 

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http://www.liberation.fr/monde/2013/05/28/colombie-l-accord-avec-les-farc-prevoit-une-reforme-rurale-integrale-selon-santos_906356

Le président colombien Juan Manuel Santos s’est à nouveau félicité du premier accord obtenu avec la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), précisant qu’il conduirait à une «réforme rurale intégrale» au cours des prochaines années.

«Pour la première fois dans l’histoire du pays, le gouvernement et les Farc parviennent à un accord», a lancé M. Santos, dans un discours prononcé lundi soir au palais présidentiel à Bogota, à l’occasion de l’intronisation du nouveau ministre de l’Agriculture, Francisco Estupiñan.

Les autorités colombiennes et la rébellion marxiste, qui mènent depuis six mois des négociations de paix délocalisées à Cuba, ont annoncé dimanche dernier s’être mis d’accord sur la question de la réforme agraire, à l’origine même de la création des Farc qui comptent encore quelque 8.000 combattants après 49 ans d’existence.

Afin de «renverser les effets du conflit» et «empêcher qu’il ne se répète», il a été décidé de «changer de manière radicale les conditions dans les champs» à travers une «réforme rurale intégrale», a affirmé le chef de l’Etat, qui a détaillé le dispositif de l’accord en évoquant «quatre piliers».

Il prévoit ainsi la «création d’un grand fonds de gestion des terres» permettant d’en redistribuer aux paysans qui en sont dépourvus dans ce pays où la moitié des terrains agricoles sont aux mains d’à peine 1% de la population. Ce plan s’ajoute au programme de restitution de terrains dont les paysans ont été spoliés, entré en vigueur depuis deux ans.

En près d’un demi-siècle, le conflit, qui a opposé des guérillas communistes et des milices paramilitaires d’extrême droite officiellement démobilisés, a fait 600.000 morts et 15.000 disparus, mais aussi près de 4 millions de déplacés, notamment des paysans chassés de leurs terres.

Le second «pilier» consiste en des «programmes spéciaux de développement» pour «reconstuire les régions les plus touchées». Troisième point, l’Etat s’engage à des «programmes d’éducation et de santé» dans les régions rurales. Enfin, l’accord avec les Farc vise à aboutir à une «plus grande production de denrées alimentaires», afin de lutter contre la malnutrition.

La mise en application de ces dispositions n’interviendra qu’en cas de succès final des négociations, qui se poursuivent à La Havane sur d’autres chapitres : la réinsertion politique des guérilleros, le trafic de drogue, l’abandon définitif des armes et les indemnisations des victimes.

 

 


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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:06

arton204-74f63.jpgLe 4ème Congrès de l’AFPS s’est tenu ce week-​​end à Saint Denis, ras­sem­blant plus de 200 délégués, venus des 100 groupes locaux implantés dans presque toutes les villes de France. Il a fait le bilan des 2 années écoulées depuis notre dernier congrès, et posé les orien­ta­tions de notre asso­ciation pour les deux années à venir.


Appel au rassemblement et à la mobilisation


Le 4ème Congrès de l’AFPS s’est tenu ce week-​​end à Saint Denis, ras­sem­blant plus de 200 délégués, venus des 100 groupes locaux implantés dans presque toutes les villes de France. Il a fait le bilan des 2 années écoulées depuis notre dernier congrès, et posé les orien­ta­tions de notre asso­ciation pour les deux années à venir.

Au len­demain de ce congrès, je veux adresser à tous les mili­tants et amis de l’AFPS un appel au ras­sem­blement et à la mobilisation.

Nous sommes fiers d’avoir accueilli à l’occasion de nos débats Bassem Tamimi, notre invité d’honneur, repré­sentant du comité popu­laire de Nabi Saleh en Palestine occupée, qui a enfin pu séjourner en France après des années de prison pour ses acti­vités de résis­tance civile contre l’occupation israé­lienne. Son inter­vention d’une grande force humaine et poli­tique nous est allée droit au cœur.

Hael el-​​Fahum, ambas­sadeur de Palestine en France, nous faisait bien sûr l’honneur de sa pré­sence. Il nous a dit l’importance capitale de la soli­darité inter­na­tionale, sou­li­gnant le rôle de notre mobi­li­sation lors du vote his­to­rique pour l’admission de l’Etat de Palestine à l’ONU.

De son côté Jacques Picard, Conseiller régional d’Ile de France, nous pré­sentant la convention signée entre le Conseil régional et le gou­ver­norat de Jéru­salem (occupée), a montré que les actions de coopé­ration décen­tra­lisée peuvent avoir une haute portée poli­tique et mettre concrè­tement en cause les faits établis illégaux.

Nous lançons aujourd’hui un appel solennel à toutes celles et tous ceux épris de justice et désireux de voir enfin émerger la paix au Proche-​​Orient. Nul n’ose plus le nier : la paix suppose de voir, enfin, réa­lisés, les droits nationaux du peuple pales­tinien. Mais ceux-​​ci conti­nuent, année après année, décennie après décennie, à être niés, bafoués, pié­tinés, violés, par la poli­tique des gou­ver­ne­ments suc­cessifs d’Israël. Ces gou­ver­ne­ments n’ont de cesse de pour­suivre et d’intensifier la colo­ni­sation des ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, de détourner les res­sources pales­ti­niennes, ses terres, l’eau, d’empêcher toute vie sociale, écono­mique, cultu­relle, poli­tique pales­ti­nienne. Ils enferment la popu­lation entre des murs d’annexion en Cis­jor­danie, l’assiègent dans la bande de Gaza, can­tonnent à l’exil forcé ceux que l’expulsion a trans­formés en réfugiés depuis des géné­ra­tions… Ils sou­mettent toute résis­tance à une répression massive et meur­trière, avec l’armée et les colons, et ciblent tout par­ti­cu­liè­rement la résis­tance popu­laire. Les diri­geants israé­liens ne cessent de le répéter, de la tribune du congrès amé­ricain à celle des Nations unies : ils refusent un Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967, ils refusent le déman­tè­lement des colonies, toutes illé­gales, ils rejettent le droit au retour des réfugiés pales­ti­niens, ils refusent la sou­ve­raineté pales­ti­nienne à Jérusalem-​​Est et mettent en œuvre uni­la­té­ra­lement cette poli­tique sur le terrain. Et pourtant, se sou­mettant aux exi­gences israé­liennes, à l’instar des diri­geants de la Maison Blanche, les gou­ver­ne­ments euro­péens, et le gou­ver­nement français en par­ti­culier, conti­nuent de prôner une reprise des négo­cia­tions dans le seul tête à tête israélo-​​palestinien, tota­lement dés­équi­libré au profit de l’occupant. Ils per­sistent à refuser de recon­naître l’Etat pales­tinien comme membre de plein droit des Nations unies tant que les négo­cia­tions n’auront pas abouti, c’est-à-dire tant que la puis­sance occu­pante s’y oppose. Quelle hypo­crisie ! Pire : quelle com­plicité ! Car l’Union euro­péenne qui a décidé de pres­sions écono­miques pour peser contre l’unité nationale qu’exige la société pales­ti­nienne, refuse à l’inverse toute sanction contre la poli­tique israé­lienne, laissant ses diri­geants jouir d’une totale impunité. Pire encore : refusant de sus­pendre l’accord d’association entre l’UE et Israël jusqu’à ce que Tel-​​Aviv res­pecte a minima les droits humains, l’UE au contraire déve­loppe avec Israël une « Poli­tique euro­péenne de voi­sinage » qui l’intègre de fait au marché européen et déve­loppe des col­la­bo­ra­tions écono­miques, tech­no­lo­giques, stra­té­giques, tous azimuts comme un blanc seing à sa poli­tique cri­mi­nelle, un signal bien­veillant pour la péren­niser. Cette hypo­crisie com­plice entrave dès lors l’avènement de la paix. Nous lançons donc un appel solennel : exi­geons de notre gou­ver­nement qu’il mène une poli­tique étrangère conforme aux prin­cipes qu’il pro­fesse, conforme au droit. Exi­geons de notre gou­ver­nement qu’il contribue à mettre un terme à l’impunité de la poli­tique israé­lienne, par des sanc­tions effi­caces, écono­miques, judi­ciaires et poli­tiques, et qu’il fasse tout pour qu’elles soient adoptées par ses par­te­naires de l’UE. Exi­geons de la France qu’elle interdise l’entrée des pro­duits des colonies. Exi­geons qu’elle mette un terme aux pres­sions écono­miques qui pèsent sur le peuple pales­tinien. Exi­geons que la France inter­vienne avec fermeté pour obtenir la libé­ration des pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens. Exi­geons qu’elle recon­naisse l’Etat de Palestine plei­nement sou­verain dans ses fron­tières de 1967 avec Jérusalem-​​Est pour capitale, qu’elle défende le droit au retour des réfugiés, et inter­vienne avec déter­mi­nation en ce sens à l’Assemblée générale comme au Conseil de sécurité des Nations unies.

Exi­geons aussi de la France qu’elle cesse de salir son propre honneur, ce qu’elle fait en inculpant des mili­tants du droit et de la paix qui, faute d’initiative digne de ce nom de notre pays, ont décidé de boy­cotter de quelque façon que ce soit la poli­tique raciste et cri­mi­nelle du gou­ver­nement israélien. Cri­mi­na­liser des défen­seurs du droit, c’est cri­mi­na­liser tous ceux et toutes celles qui défendent le droit. Nous ne pouvons le tolérer.

Le mou­vement de soli­darité avec le peuple pales­tinien en France, en Europe et dans le monde s’est consi­dé­ra­blement déve­loppé, sur la base d’actions com­munes, dont les cam­pagnes BDS, dans un ras­sem­blement fondé sur la défense du droit inter­na­tional. Ce mou­vement citoyen sans fron­tières est devenu, aux côtés de la résis­tance pales­ti­nienne et des orga­ni­sa­tions israé­liennes anti­co­lo­nia­listes, un para­mètre incon­tour­nable de la diplo­matie elle-​​même. Nous nous féli­citons du déve­lop­pement de notre asso­ciation dans la société, adhé­sions nou­velles, création de groupes locaux, établis­sement de rela­tions fruc­tueuses avec nombre d’organisations en France comme en Europe et au-​​delà. Mais cela ne suffit pas. La soli­darité avec le peuple pales­tinien demande que nous soyons beaucoup plus nom­breux et plus forts. Non pas seulement pour crier notre colère, mais pour que la France, enfin, prenne sa place dans le combat pour la fin d’une injustice qui n’a que trop duré.

 

Taoufiq Tahani Président de l’AFPS

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:04

arton20807-7165a.pngUne psychologue-clinicienne cubaine nous livre ici une analyse d’un système social où l’« être » reste plus important que l’« avoir » et où la solidarité, l’entraide, constituent une manière de vivre naturelle et quotidienne, à la grande surprise des touristes consuméristes qui se demandent soudain quel sens il faut donner aux mots « confort », « bonheur » et « liberté ».
L’auteur s’interroge sur la possibilité de conserver un modèle tissé en réseaux familiaux, sociaux, de voisinage sécurisant, et de maintenir une éthique solidaire.

LGS

 


À plusieurs occasions, j’ai demandé à mes étudiants quelles seraient les principales raisons de dire qu’il fait bon vivre à Cuba. La majorité des réponses étaient liées à l’accès à la santé, à l’éducation et à la sécurité sociale, qui effectivement sont les piliers de notre modèle socialiste. Cependant, pour les personnes les plus jeunes, ces réalités sont tellement intégrées à leur vie quotidienne qu’elles en deviennent trop banales ou restent figées dans un discours qui, à force d’être répété, perd de son intérêt.

J’irais jusqu’à dire qu’il existe un modèle cubain de bien-être qui a été assimilé avec une telle familiarité acritique qu’il en est devenu invisible à nos yeux mais, paradoxalement, il est présent dans le discours de nombreux Cubains qui ne vivent plus dans notre pays – précisément qui ont perdu ce mode de vie – ou dans celle de visiteurs qui vivent d’autres réalités dans leur pays d’origine. À propos de la vie quotidienne à Cuba, ce sont des difficultés dont on parle le plus souvent, notamment celles à caractère économique, alors que l’on n’entend peu parler de nos avantages et de nos forces.

Les récits entendus en consultation m’ont amenée à réfléchir longuement sur notre socialisme, vu comme une culture et une civilisation alternative. Lorsque les psychologues et autres spécialistes, nous avions participé à la bataille pour le retour d’Elian Gonzalez, l’enfant cubain retenu aux États-Unis, cette question était revenue avec force (1). Récemment, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec plusieurs personnes âgées rapatriées, avec des enfants qui, sur décision de leurs parents, devaient aller vivre dans d’autres pays, ou avec des jeunes gens qui sont revenus d’Espagne après avoir été jetés à la rue parce qu’ils ne pouvaient pas payer leur loyer, si bien que je me suis de nouveau posée la question du modèle cubain de bien-être, à partir de leurs expériences vécues.

Je me souviens que lorsqu’Elian était aux États-Unis, lorsque son grand-père Juanito lui disait au téléphone qu’il était en train de lui fabriquer une carriole, le lendemain l’enfant apparaissait à la télévision avec une voiture électrique qui ressemblait à une vraie voiture, lorsque les grands-parents ou son père lui disaient qu’il manquait à son petit chien, le lendemain Elian apparaissait avec un chiot labrador qu’on lui avait offert, et lorsqu’on lui disait qu’on lui avait acheté un livre d’Elpidio Valdés, il apparaissait avec un costume de Batman. Pourtant, l’affection de sa famille, l’amour de tous ceux qui l’attendaient, la solidarité de ses camarades de classe, de ses instituteurs, ont été plus forts que toutes les choses matérielles du monde.

 

Je discutais récemment avec un homme âgé qui a pris la décision de ne pas retourner aux États-Unis après y avoir vécu 19 ans. Il me disait : « C’est vrai, docteure, là-bas on vit très confortablement, mais ce n’est pas tout dans la vie. Là-bas, « tu n’es personne, tu n’existes pour personne ». Il me racontait qu’il restait de longues heures tout seul chez lui, en attendant le retour de ses enfants et de ses petits-enfants, qu’il restait enfermé parce qu’il ne pouvait pas sortir, sous prétexte qu’il était vieux et qu’on ne lui permettait pas de conduire, et dans la journée le quartier où il vivait « ressemblait à une maquette » : on n’y voyait personne et personne n’avait de temps à perdre pour discuter un moment.

Lors d’une visite qu’il fit à son autre fille qui vit à Cuba, il décida de ne pas repartir. Il me racontait qu’il fait de la gymnastique au parc, qu’il joue aux dominos l’après-midi, qu’il surveille les devoirs de son petit-fils et de deux de ses copains, qu’il a retrouvé quelques amis de la « vieille garde » et qu’avec les quelques sous qu’on lui envoie et l’aide de sa famille ici, il a largement pour couvrir ses frais.

Il me dit textuellement ceci : « Certains me disaient que j’allais revenir vers l’enfer, mais en réalité, docteure, je me sens au paradis. » Évidemment, son mode de vie aujourd’hui, ce n’est pas le paradis, mais il lui procure un bien-être supérieur.

Un jour, j’ai reçu en consultation l’enfant de deux diplomates, qui était venu en vacances et qui ne voulait pas repartir avec ses parents à l’ambassade où ils travaillaient. Il était « révolté », en pleine « grève » : il demandait à rester avec sa grand-mère, il ne voulait pas repartir, il n’aimait pas vivre là-bas. Quand j’ai demandé à ses parents de m’expliquer ce qu’il se passait, ils m’ont raconté que là-bas il devait vivre enfermé pour des raisons de sécurité ; il avait très peu de camarades de classe avec lesquels jouer après l’école, et ses cousins qu’il adorait, lui manquaient. « Dès qu’il revient ici, c’est comme si on lui rendait la liberté, me disaient les parents : il va au parc au coin de la rue avec les copains du quartier, il va se promener avec ses cousins, il joue au baseball et au foot en pleine rue, il passe ses journées entouré de ses grands-parents, de ses oncles et des voisins. » Au cours de l’entretien, l’enfant, m’a raconté que ses cousins lui disaient qu’il était stupide de vouloir rester à Cuba alors qu’il avait l’occasion de vivre dans un autre pays, et le garçon me disait : « Quand je suis ici, la pizza aux poivrons me manque beaucoup, mais je t’échange un million de pizzas pour rester vivre à Cuba tout de suite. »

 

Un jeune revenu d’Espagne me racontait qu’il avait perdu son travail et qu’évidemment il n’avait pas d’argent pour payer son loyer ; la propriétaire lui avait donné un délai de trois mois, mais comme il ne pouvait pas payer, elle l’avait jeté à la rue. Le plus triste dans ce cas, c’est que personne, pas même ses amis ne lui avaient tendu la main, car, disaient-ils, à cause de la crise chacun « devait se débrouiller comme il pouvait ». Il a dû revenir à Cuba car il n’avait qu’un seul choix : dormir dans le métro ou revenir chez ses parents. « Finalement, me disait-il, ceux qui sont prêts à t’accueillir, ce sont toujours les tiens ».

J’ai réfléchi à ces témoignages qui pourraient être bien utiles à tant des jeunes qui ne trouvent aucun avantage à vivre à Cuba, qui ne pensent qu’à une vie « de progrès » à l’étranger ou qui surestiment la vie ailleurs comme une vie de réussites et d’opportunités. Et je me demande : qu’avons-nous ici qui manque à d’autres lieux ? Qu’ont découvert l’enfant, la personne âgée et le jeune revenu d’Espagne, à partir de leurs expériences ailleurs, qu’est-ce que nous ne voyons pas ici ? Le modèle de vie que proposent les sociétés capitalistes contemporaines constitue-t-il réellement un modèle de bien-être aujourd’hui, même s’il est vendu par les médias comme « le rêve de la terre promise » ?

Parlons-nous aujourd’hui de bonne vie ou de bien vivre, de vie remplie ou de vie pleine ? Le développement économique et technologique est-il le seul moyen d’assurer le bien-être personnel et social ?

Je vais tenter de faire une synthèse, en partant de ces expériences professionnelles, dans lesquelles pourraient bien se trouver certaines des bases de notre modèle cubain de bien-être.

PAS DE SENTIMENT D’EXCLUSION, PAS D’« ANOMIE SOCIALE »

Il s’agit d’une question aux connotations spirituelles et éthiques profondes.

Quand on arrive dans un quartier à Cuba et qu’on cherche l’adresse de quelqu’un, on nous dit généralement : « Il habite dans cette maison ». Les Cubains, nous avons tous un nom et une biographie parce que nous avons tous des espaces d’appartenance (famille, école, communauté, lieu de travail) et de participation sociale. Nous avons tous assumé des responsabilités, assisté aux réunions dans le quartier, nous sommes allés à notre cabinet médical, nous votons dans le même bureau, nous achetons les produits « normés » au marché ou nous avons le même « mensajero » (coursier). Bien sûr, il nous arrive de dire : « Les mêmes têtes tous les jours ! », mais c’est justement là que réside un espace vital aux dimensions humanistes et solidaires immenses.

L’anomie sociale qui s’exprime, dans les paroles du grand-père par « tu n’existes pas », est tout le contraire de ce que nous vivons à Cuba. L’anomie sociale est le fait de vivre sans avoir de lieu, sans être reconnu ou remarqué, et il ne s’agit pas d’un lieu physique, mais d’un lieu symbolique, un lieu d’appartenance et de participation, un lieu qui donne sens à la vie. Vivre dans le « non-lieu », c’est se sentir isolé, dans une solitude existentielle, c’est se sentir étranger, et c’est un des problèmes du monde actuel. Même les lieux où cohabite aujourd’hui beaucoup de monde sont des « non-lieux » plutôt que des lieux de rencontre.

Il paraît incroyable que dans un métro bourré quotidiennement par des centaines de voyageurs, personne ne se parle et que les gens sont plus intéressés par leur téléphone portable, dans une sorte d’autisme technique, que par le contact de personne à personne. Les aéroports ou les supermarchés (cathédrales de la consommation) sont autant de « non-lieux » : beaucoup de monde autour de vous et absolument aucun contact. Si vous tombez, personne pour vous aider à vous relever, parce qu’en plus, il existe tellement de lois concernant les « droits citoyens » qui sont censées protéger les personnes d’un point de vue individualiste que personne n’osera vous toucher car il existe le risque d’être accusé de « harcèlement sexuel ». Le « non-contact » et l’indifférence sont réglementés.

Aujourd’hui, la réalité sociale dans d’autres pays fait que la société facilite plus l’exclusion que l’inclusion. À Cuba, même s’il existe des inégalités sociales comme conséquence des réalités économiques actuelles, notre projet politique vise à promouvoir l’inclusion sociale afin de supprimer la distance entre les genres, les couleurs de peau, les capacités physiques et l’orientation sexuelle. Le système social cubain, malgré les difficultés et les contradictions, tente de construire un monde dans lequel chacun a une place, et où la réciprocité humaine spontanée se construit à partir de ces conditions. Dans l’« autre géographie », sur la carte de la globalisation néolibérale, divisée en classe, les relations interpersonnelles sont détériorées par de multiples discriminations, si bien que les uns sont séparés des autres par des frontières invisibles, qui empêchent l’intégration et la participation.

LES DIFFÉRENTS ESPACES DE SOCIALISATION

Les espaces de socialisation tiennent une place importante dans la vie, à travers le réseau social qui est un soutien pour tout sujet car il est évident que c’est dans cet espace qu’une personne peut s’épanouir. Actuellement, les familles vivent isolées partout dans le monde, et plus le niveau de vie est élevé, plus le mode de vie cloîtré dans sa maison se développe.

Personne ne connaît son voisin, personne ne sait qui il est. Chez eux, les membres de la famille ont peu de moments en tête-à-tête, parce que l’invasion de la technologie est telle qu’un père peut être en train de « chatter » avec un collègue au Japon et ne pas avoir la moindre idée de ce que fait son fils dans la chambre d’à côté. Des études réalisées dans plusieurs pays ont révélé que le temps de conversation en tête-à-tête qu’un père consacre à ses enfants ne dépasse pas 15 minutes quotidiennes.

Le peu de temps consacré à la famille ou à d’autres espaces communautaires est une des grandes conséquences du modèle capitaliste hégémonique actuel. Pendant la semaine, la famille « n’existe plus » en tant que groupe : les horaires de travail extensifs, le pluri-emploi des parents qui doivent résoudre les exigences de plus en plus nombreuses de consommation font que les anciennes habitudes et les traditions familiales ont disparu de la vie quotidienne.

Selon des psychologues et des sociologues, la solitude de l’enfant et l’absence de relations pour la personne âgée sont la plus grande conséquence de cette réalité. De nombreux enfants de la classe moyenne ou de la classe moyenne supérieure reviennent de l’école sans qu’un adulte ne soit présent à la maison avant des heures avancées de la soirée ; certains sont gardés par une nourrice qui leur prépare les repas, mais qui ne saurait remplacer l’affection et l’attention des parents.

Les moyens technologiques apparaissent comme l’antidote de la solitude, mais sans aucune restriction de la part des adultes, au risque de produire une addiction aux jeux vidéo, d’augmenter la violence et de stimuler l’érotisation précoce. Aujourd’hui, il est rare que les enfants et les adolescents disposent de places publiques, de rues ou de parcs en plein air comme lieux de rencontre, car il n’y a pas de sécurité citoyenne. Les univers spatiaux-temporels du réseau urbain destinés à la jeunesse sont considérés comme des lieux menaçants et dangereux plutôt que comme des espaces de loisirs et de construction de liens sociaux. À Cuba, les parcs et les places restent des lieux de socialisation pour les différentes générations. La famille cubaine est liée par des réseaux sociaux d’échange, avec les voisins, avec les organisations, avec l’école, avec les parents, y compris pour les émigrés. Ce qui identifie le mode de vie des Cubains, ce sont les espaces de socialisation, un tissu social qui n’exclut personne et où tout le monde a un nom.

Je dirais que la cellule de base de la société cubaine, en dehors de la famille en tant que foyer, est constituée par un réseau social d’échange, familial ou de voisinage. Ce tissu social en réseau représente une des plus grandes forces invisibles du modèle cubain de bien-être. C’est là que réside la plus importante réussite de notre processus social : la solidarité sociale, la contention sociale et l’échange social permanent. Ce capital n’est perceptible que pour celui qui le perd et qui commence à vivre une réalité différente à l’étranger.

Malgré les difficultés économiques et les problèmes non résolus, la famille continue d’occuper une place privilégiée : une famille qui commence à vivre intensément à la sortie de l’école quand les enfants et les adolescents reprennent leur vie familiale et communautaire. La famille cubaine ne vit pas portes closes. On peut frapper à la porte d’un foyer cubain plusieurs fois dans la journée, que ce soit les agents de la fumigation contre les moustiques, les voisins, l’infirmière, les dirigeants du quartier, les vendeurs au porte à porte. Il faut sortir tous les jours pour aller au marché, aller chez les voisins chercher ses courses, jeter les ordures, aller à la pharmacie, chercher les enfants à l’école… La vie familiale est multi-générationnelle : toutes les générations interagissent, la majorité des personnes âgées ne vit pas en maison de retraite, leur véritable espace étant généralement dans la communauté.

LA SOLIDARITÉ SOCIALE À CONTRE-COURANT DE L’INDIVIDUALISME

Sur le plan international, le bien individuel est plus important que le bien social. Le modèle de développement économique place les personnes face au désir de vivre « mieux » (parfois aux dépens des autres) au dessus du vivre bien pour tous.

Aujourd’hui on a coutume de dire : « Je ne fais de mal à personne, que personne ne vienne fourrer son nez dans ma vie ; pour moi, ça va bien, c’est mon corps, c’est ma vie, c’est mon espace. » On privilégie ce qui va apporter le plus de bénéfices. Le « je » a remplacé le « nous ». Dans ce monde hégémonique, on qualifie positivement la conduite égoïste de « rationalité instrumentale » alors qu’en réalité cette rationalité dissimule une grande insensibilité sociale.

Dans notre pays, la solidarité sociale existe, même si aujourd’hui nous vivons une sorte de parallélisme entre nos comportements solidaires et l’insensibilité de certaines personnes. La socialisation du transport ou « botella » (auto-stop), par exemple, l’attitude des voisins, la famille, le partage des téléphones particuliers, les échanges d’uniformes scolaires, de certains médicaments, le prêt de sa maison comme salle de classe après le passage d’un ouragan qui a détruit l’école, sont des exemples de nos échanges solidaires.

Une jeune fille en internat à l’école Lénine me racontait que chaque semaine dans son groupe d’amies – comme dans tous les groupes – les élèves mettaient en commun tous les aliments qu’elles avaient apportés et les partageaient équitablement. Ainsi, elles mangeaient toutes la même chose, indépendamment que certaines pouvaient apporter plus de choses que d’autres. Pour elles, le plus important, c’était l’amitié et la fraternité.

LA CRÉATIVITÉ ET L’INTELLIGENCE COLLECTIVE

À Cuba, l’on peut discuter et avoir de nombreux échanges sociaux, et l’on peut aussi s’offrir le luxe d’avoir une bonne conversation avec beaucoup de gens. Nous savons tous quelque chose, nous pouvons tous donner une opinion ou avoir de bonnes idées. Nous avons une culture politique, une culture sportive et certains sont connaisseurs en art.

Nous avons un capital culturel accumulé qui fait partie de notre patrimoine social et du bien-être invisible. Nous sommes cultivés, et c’est le résultat des niveaux d’enseignement atteints. Les Cubains et les Cubaines, nous impressionnons par notre capacité à converser, à exposer des idées et des critères. Un de mes grands problèmes, en tant que psychologue clinicienne, lorsque je m’occupe de quelqu’un, c’est que les séances prennent beaucoup de temps, parce que nous sommes habitués à converser. Certains viennent avec une liste écrite pour ne rien oublier de ce qu’ils avaient à dire. Nous prenons notre temps et c’est un luxe à notre époque, alors que personne ne veut perdre son temps, et que partout dans le monde, on vit avec le syndrome de la vitesse.

Lorsque je me rends dans des pays latino-américains pour donner des cours, les étudiants présentent, dans leurs travaux sur la famille, une réalité familiale et sociale qui me laisse perplexe, à cause de la quantité de problèmes sociaux accumulés, non seulement dans les familles pauvres, mais aussi dans toutes les classes sociales.

Je me rends compte à travers ce que j’entends que nous sommes à des siècles de distance, parce que leurs problèmes ne sont pas d’ordre économique mais ils sont plutôt liées à l’ignorance, la pauvreté mentale accumulée, les stigmates sociaux, les préjugés de classe, de genre, de race, la violence contre les femmes, les solutions magiques sans fondement scientifique à des problèmes, l’abus sexuel des enfants, la polygamie, les tares génétiques dues à une sexualité irresponsable. Ce sont des problèmes quotidiens qui sont associés au chômage, à l’absence de programmes sociaux de prévention. Ce qui pour nous est l’exception est pour eux le quotidien.

En tant que professeur, je sens que notre population est cultivée et développée, et nous le vivons sans même nous en rendre compte. Même si notre quotidien semble être insignifiant, il reste la grande toile de fond de l’Histoire.

Certains jeunes émigrés se rendent compte souvent de cette réalité sociale si différente lorsqu’ils y sont confrontés.

COMMENT RENFORCER NOTRE MODÈLE DE BIEN- ÊTRE ?

Le nouveau modèle économique a, entre autres objectifs, l’augmentation de la productivité. Il a pour but le renforcement de notre modèle de bien-être qui représente une alternative à l’anti-modèle dominant, une conception que partage également l’ensemble des peuples indigènes du continent et du monde, et qui tire ses racines d’une longue tradition dans les différentes manifestations religieuses.

Pour tous ces projets de société, y compris le cubain, l’objectif de développement n’est pas de posséder toujours davantage, mais d’ « être » davantage, ce n’est pas accumuler davantage de richesses, mais davantage d’humanité. Il propose de vivre bien et non pas de vivre mieux, ce qui implique solidarité, pratiques de réciprocité et volonté de parvenir à un équilibre avec l’environnement, et en même temps d’améliorer les conditions de vie de la population. Cependant, l’amélioration des conditions de vie ne pourrait à elle seule résoudre les problèmes sociaux qui se sont accumulés.

La dimension économique ne saurait être isolée des dimensions sociales, culturelles, historiques et politiques qui donnent au développement un caractère intégral et interdisciplinaire, permettant de récupérer le sens du bien-être et du bien vivre comme objectif fondamental.

Il n’y a pas besoin d’être un scientifique social pour se rendre compte que, à la marge des conditions de vie, nombreuses sont les personnes et les familles qui bien plus que dans la pauvreté matérielle se sont installées dans la pauvreté spirituelle. Certaines d’entre elles souffrent de pauvreté spirituelle, ce qui s’exprime par des modes de vie éloignés de la plus élémentaire décence, loin des réalités de notre pays. Elles se montrent avides de biens matériels superflus, avec des aspirations contraires au bien-être collectif. Une culture de la banalité et de la frivolité propre au modèle hégémonique actuel.

L’accumulation de problèmes matériels, du fait de la profonde crise économique que nous avons traversée dans les années 90, a considérablement détérioré les valeurs sur le plan social.

Les valeurs ne sont pas seulement des principes, elles doivent se traduire dans nos comportements. Si nous contredisons les principes dans notre pratique, nous sommes en fait face à une crise des valeurs. Cuba n’est pas à l’abri des influences hégémoniques du monde unipolaire. Nous devons continuer à construire un modèle alternatif de bien-être, « contre vents et marées », malgré toutes les influences de la colonisation de la subjectivité, y compris, malgré l’effet modulaire de nos politiques sociales. Sur le marché, les valeurs ne comptent pas : seule compte la possibilité de consommer. Les non consommateurs se considèrent comme des êtres humains « non reconnus », exclus de tout type de reconnaissance sociale.

Le monde d’aujourd’hui est saturé d’informations, certaines intéressantes, d’autres médiocres et superficielles. Pour augmenter les ventes, les médias de l’actuel modèle hégémonique n’hésitent pas à faire l’éloge de la banalité. Nous sommes assaillis par les divertissements, les téléfilms, les séries et les films de violence qui ont un tel pouvoir de séduction incroyable qu’elles attrapent le téléspectateur, avec le risque d’être entraîné dans l’oisiveté et l’addiction (drogue, alcool, pornographie, argent facile, jeux de hasard, jeux vidéo).

Lorsque Ghandi, prix Nobel de la Paix, signalait les sept péchés capitaux de la société contemporaine, il faisait précisément allusion au contexte mondial dans lequel nous sommes immergés : la richesse sans travailler, le plaisir sans la conscience, la connaissance inutile, le commerce injuste, la science sans humilité, l’adoration sans le sacrifice et la politique sans principes.

La publicité et le marché associent généralement le bien-être au plaisir, à l’« avoir », au succès et au statut social.

Il est certain que le manque de culture favorise la tendance à penser que le bien-être réside dans l’ « avoir », à se laisser prendre par toutes sortes d’offres de consommation qui fleurissent comme de la mauvaise herbe, et à se laisser dominer par l’ignorance. L’éthique de l’être exige une formation morale, une éducation familiale, généralement une éducation d’une plus grande envergure. C’est là le pari que nous devons faire pour notre société.

ENCOURAGER LA SOLIDARITÉ SOCIALE

Avec l’augmentation du travail indépendant, la communauté représente l’espace de vie de nombreuses familles. Les liens entre la famille, la communauté, les organisations politiques et sociales et le travail se développent. Par ailleurs, les nouveaux espaces constituent une occasion parfaite pour renforcer la vie communautaire, en même temps que le travail au bénéfice du bien-être commun. Cuba peut faire la différence en ce qui concerne le sens de la solidarité et de la solidarité sociale.

Il est important de développer une culture solidaire et une responsabilité sociale pouvant servir d’antidote à la pénétration de la culture mercantile, de conserver une éthique solidaire afin de ne pas abandonner le projet collectif, même si le nom, – et pas l’idée du travail à son compte – suggère une certaine déconnexion sociale, qui ne représente pas notre éthique solidaire.

RENFORCER L’ESPACE COMMUNAUTAIRE

Aujourd’hui, la famille et la communauté ont gagné en importance à Cuba en temps qu’espaces de vie. Lorsqu’un visiteur observe notre mode de vie communautaire, il dit parfois qu’autrefois l’on vivait ainsi dans son pays, mais qu’il y a plus de 10 ans que l’on vit « portes fermées » et que les « maisons sont vides une grande partie de la journée ». Cela est dû en grande partie à l’apparition de nouvelles technologies, aux horaires de travail de plus en plus étendus, aux changements de lieu d’habitation et de travail répétés, et aux villes toujours plus grandes et plus peuplées.

La croissance exacerbée de l’individualisme rend de plus en plus difficile le fait de ressentir un sentiment communautaire. En effet, la communauté s’est réduite au simple noyau familial, et dans ces circonstances, il est très facile de tomber dans l’isolement qui entraîne la solitude et la dépression, créant un grand collapsus social, avec des résultats aussi inquiétants que l’augmentation de la violence, de l’abus de drogues et des maladies mentales.

Lorsque les personnes de tous âges, les groupes sociaux et culturels ont le sentiment d’appartenir à une communauté, elles ont tendance à être plus heureuses et sont en meilleure santé ; le réseau social devient plus fort, plus stable et plus solidaire. Une communauté forte apporte beaucoup d’avantages, aussi bien à l’individu qu’au groupe, en favorisant l’amélioration de la société. Nous avons un grand défi devant nous : que nos portes restent ouvertes, que nous ne perdions pas la sensibilité envers les autres, envers notre quartier et son environnement, que nous continuions à nous préoccuper du bien-être collectif.

Les diverses formes d’insertion à l’économie n’ont pas détérioré le tissu social existant. Nous ne sommes pas une société stratifiée en classes sociales, mais tissée en réseaux familiaux, de voisinage et sociaux, et nous maintenons une éthique solidaire.

L’important, c’est de trouver des solutions novatrices à de nombreux problèmes qui existent dans la communauté, conçue comme espace permettant d’apporter des solutions. Pour y parvenir, il faut une plus grande dynamique de la communauté dans sa capacité d’influer sur les problèmes locaux, en maintenant l’implication des citoyens dans la vie sociale, en prenant soin de nos espaces, de nos anciens, des enfants, des femmes, des personnes handicapées, et surtout il est important de maintenir la responsabilité sociale dans l’éducation des jeunes générations.

Compte tenu de tous ces éléments, nous avons la responsabilité sociale de préserver notre modèle cubain de bien-être, car notre pays dispose de conditions sans précédent pour marquer la différence. Nous devons continuer à résister à la colonisation culturelle et à la subjectivité, car le grand défi, c’est de proposer d’autres modèles d’être humain et de collectivité qui indiquent réellement les voies d’une véritable humanisation.

 

Patricia Arés Muzio


(1) Elián González : un Cubain de cinq ans, séquestré du 25 novembre 1999 au 28 juin 2000 par une partie de sa famille à Miami après que sa mère fut décédée dans un naufrage au cours d’une traversée illégale à travers le détroit de la Floride. Le père légitime, vivant à Cuba, réclamait le retour de l’enfant. Il fallut une extraordinaire mobilisation du peuple cubain pour que la Justice états-unienne autorise le retour de l’enfant auprès de son père qui avait le tort de vivre à Cuba et de ne pas vouloir en partir.
(Note du GS).

 http://www.granma.cu/frances/cuba-f/22may-Un%20regard.html
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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 18:56

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http://www.bastamag.net/article3096.html

 

 

Le groupe pharmaceutique Novartis va adresser 5 000 kits pédagogiques à des écoles élémentaires. De quoi sensibiliser 150 000 enfants à l’importance de prendre soin de leur animal domestique préféré, chiens ou chats, pour éviter la transmission de maladies grâce… à des produits en partie commercialisés par Novartis. S’agit-il de « séances pédagogiques » désintéressées, ou de réaliser une vaste opération marketing, avec l’aval de l’Education nationale ?

Une trentaine d’enfants sont sagement assis dans les fauteuils de l’auditorium du Muséum national d’Histoire naturelle. Ils regardent un dessin animé sur les risques de transmission de maladie par les animaux de compagnie. Un dessin animé réalisé par l’entreprise pharmaceutique Novartis. Le message : bien se laver les mains après avoir caressé son animal. Et surtout penser à procéder à une vermifugation régulière de son chien ou chat (par administration d’un médicament), pour tuer les vers, vecteurs de maladies. Sylvie Thevenon, conceptrice du programme chez Novartis, anime cette séance « pédagogique » de « sensibilisation pour changer les comportements ».

Cette classe de CE2 de Neuilly-sur-Seine n’est pas la seule cobaye. 2 000 kits pédagogiques ont été envoyés dans des écoles, 3 000 autres vont suivre en juin. 150 000 enfants de « Cycle 3 » (8-10 ans) pourront donc apprendre à s’occuper de leur animal de compagnie grâce aux bons conseils de Novartis, et de sa filiale Novartis santé animale ! Le ministère de l’Éducation nationale a donné son accord pour la diffusion de ce kit « éducatif ». Et évidemment totalement désintéressé... Car qui fabrique et vend des vermifuges en France ? Novartis, leader mondial pour les antiparasitaires [1].

Des experts pas si indépendants

« En France, les chats et chiens sont vermifugés en moyenne 2,8 et 2 fois par an. D’après une étude d’experts européens indépendants, il faudrait les fermifuger 4 fois par an, pour réduire la transmission de maladies comme les zoonoses parasitaires », explique les responsables de ce programme éducatif. Il s’agit de « lutter contre un vrai problème de santé publique ». Sur celui-ci, on n’en saura pas plus. Combien d’enfants sont touchés par ces maladies en France ? Pédiatre, vétérinaire et chef de produit, réunis pour la conférence de presse de Novartis, ne s’étaleront pas sur ces chiffres [2]. « A cause de ces vers, parfois un enfant se réveille un matin et hop, il ne voit plus d’un œil. Et ça peut être définitif ». Hop, juste de quoi faire stresser parents et enseignants. « Ça ne serait pas plus simple de vermifuger directement les enfants ? », demande Elizabeth Tchoungui, présentatrice de France Ô, réquisitionnée comme animatrice pour l’occasion.

Qui sont les experts indépendants qui recommandent de prendre en charge ce risque majeur pour la santé publique ? Et de passer à la vitesse supérieure sur la vermifugation des chiens et chats ? L’ESCCAP (European Scientific Counsel Companion Animal Parasites), spécialiste des parasites d’animaux domestiques. Qui est soutenu par de généreuses entreprises. Parmi elles, Novartis. ESCCAP « bénéficie du soutien de sponsors (de grandes sociétés pharmaceutiques principalement) sans qui un tel travail ne serait pas possible. Merci à eux », décrit le site français. Les recommandations de ces « experts européens » sont bien entendu totalement « indépendantes »...

« Rallier le plus grand nombre à »... Novartis ?

Forte de cette expertise scientifique, Novartis lance donc une campagne de sensibilisation dans les écoles françaises pour « rallier le plus grand nombre à sa mission de santé publique ». En se basant sur le rapport de l’enfant à l’animal, pour mieux faire passer le message. « L’animal est un immense médiateur. Il offre une situation de triangulation qui détourne les messages moralisateurs en projections affectives », explique Sylvie Thevenon. « Les animaux sont des vecteurs d’émotion pour les enfants ». Un vecteur publicitaire idéal surtout. « Médiateur d’exception », « largement supérieurs au statut des peluches », ose même Novartis dans son dossier de presse. « C’est l’animal qui va relier l’homme à l’homme », complète le docteur Dominique Brunet, pédiatre. Ou l’enfant à l’entreprise pharmaceutique, ça dépend du point de vue.

En avril, 17 000 établissements scolaires ont reçu un mail leur proposant de commander gratuitement le kit pédagogique de Novartis. Comment l’Education nationale peut-elle donner son accord pour que des entreprises fassent du marketing sur le temps scolaire ? La pratique semble pourtant assez courante. Kat-Cent-Coups, « agence conseil en communication pédagogique », qui diffuse le kit de Norvartis, propose aussi un CD-Rom estampillé Veolia Transport pour aborder avec les élèves la thématiques des déplacements durables. Ou les supports pédagogiques la « Semaine du jardinage à l’école », conçus par le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (GNIS), lobby des semenciers. Le GNIS, par ailleurs co-éditeur du site Ogm.org pour « comprendre les OGM et préparer notre avenir ». Le président de ce groupement professionnel, Daniel Segonds, a longtemps été dirigeant du semencier RAGT, en pointe sur la recherche OGM au sein du groupement Biogemma, et a travaillé pour Dekalb, filiale de Monsanto.

Du vermifuge aux fruits sous plastique

Kat-Cent-Coups propose aussi un kit pédagogique sur « la biomasse agricole » : comment parler agrocarburants et chimie du végétal à des collégiens et lycéens. Ce kit est édité par Passions céréales, association des céréaliers, évidemment très objective quand elle affirme que la biomasse « est aujourd’hui, dans certains cas, la seule alternative renouvelable disponible » au déclin des énergies fossiles. Dans un autre registre, Avenance Enseignement, leader français de la restauration scolaire, filiale d’Elior, a proposé en 2008 aux enfants, de la petite section maternelle au CM2, de goûter des sachets de pommes en quartiers à la cantine [3]. Une démarche qui vise à « faire découvrir aux enfants une nouvelle manière de consommer des fruits ». Ou d’habituer les enfants à manger des fruits prédécoupés sous plastique...

 

Les outils pédagogiques conçus par les entreprises seraient-ils plus efficaces que ceux concoctés par les professionnels de l’éducation ? « Les campagnes de dentifrice ont sauvé plus de caries que les cours obligatoires d’hygiène. Elles devraient être remboursées par la Sécurité sociale », écrivait le publicitaire Jacques Séguéla en 1993 [4]... Les consultants de multinationales seront-ils bientôt payés pour venir assurer des séances pédagogiques dans les écoles ? Novartis, nouvelle entreprise philanthropique, « prend très à cœur son rôle civique », précise le dossier de presse de l’opération. Peut-être veut-elle aussi se refaire une image et oublier que les États-Unis viennent de lancer des poursuites contre elle pour corruption de médecins [5] ?

La séance à l’auditorium se termine sur un dernier échange entre les représentants de l’entreprise et les enfants.

Sylvie Thevenon (Novartis) : « Qu’est-ce que vous allez expliquer à vos parents tout à l’heure ? »
Les enfants : « Qu’il faut nettoyer son animal et aller chez le vétérinaire ».
Sylvie Thevenon : « Vous vous souvenez de ce qu’il donne le vétérinaire ? »
Les enfants, en cœur : « Du vermifuge ! »

Les enfants vont pouvoir profiter du goûter – bonbons et glaces à volonté – offert par Novartis. La leçon semble assimilée. En cas d’oubli, pas de panique. Le kit pédagogique contient des cartes de jeux avec des questions-réponses, à distribuer aux élèves. « Pour vérifier les connaissances et ramener le débat et les messages jusque dans les familles ».

Agnès Rousseaux

(@AgnesRousseaux)

Photos : CC kalexanderson

Notes

[1] « Novartis Santé Animale dispose d’un portefeuille de produits fortement orienté sur les antiparasitaires pour animaux de compagnie et les insecticides ». Source : Novartis.

[2] Une des plus novices zoonoses (maladies transmises par l’animal à l’homme), la toxocarose – ou « maladie des bacs à sable » – a une prévalence de 5% en milieu urbain et de 37% en milieu rural et « peut avoir de graves conséquences chez l’enfant », note le dossier de presse de Novartis.

[3] « Dans un premier temps, les enfants seront invités à déguster des pommes entières, puis des sachets de pommes à croquer quelques jours plus tard. Les deux dégustations de fruits seront intégrées au sein d’un menu identique, afin de pouvoir effectuer une comparaison optimale et objective. Lors des phases de tests, nous avons pu constater chez les enfants une consommation de fruits 3 à 4 fois supérieure lorsque ceux ci sont proposés en quartiers, et présentés de manière pratique et ludique (sachets de 60g, adaptés à leurs besoins nutritionnels, fruits déjà lavés, sans pépins et sans trognons) », indique le site d’Elior.

[4] Jacques Séguéla, L’argent n’a pas d’idées, seules les idées font de l’argent, 1993. Cité par Paul Ariès qui avait lancé en 2003 un appel pour « une rentrée sans marques ».

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 18:51

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http://www.bastamag.net/article3081.html

 

Un accord sur la sécurité face aux incendies dans les usines textiles du Bangladesh a été signé entre syndicats, ONG et plusieurs marques de vêtements et enseignes de la grande distribution. Que prévoit cet accord ? Est-il véritablement contraignant pour les grandes entreprises et leurs sous-traitants ? Permettra-t-il d’éviter de nouvelles tragédies mortelles ? Et pourquoi une seule grande entreprise française s’est-elle engagée ?

31 entreprises, principalement européennes, ont signé un accord pour renforcer, face au risque d’incendie, la sécurité des usines textile de leurs sous-traitants au Bangladesh. Plus de la moitié des signataires sont des leaders de la grande distribution et de l’habillement en Allemagne (dont Aldi C&A et Lidl), Grande-Bretagne (dont Marks & Spencer, Primark, Sainsbury’s, Tesco) et Espagne (El Corte Inglés, Mango, Zara). Le Suédois H&M, l’Italien Benetton ou le Californien Esprit se sont également associés à la démarche. Côté français, seul Carrefour, n°2 de la grande distribution dans le monde, a rejoint l’initiative. Selon nos sources, Auchan serait en train d’étudier l’accord ; des contacts auraient été établis avec Décathlon et Go Sport ; Leclerc n’aurait jamais répondu aux sollicitations pour rejoindre les négociations.

Le Bangladesh est le troisième fournisseur de l’Union européenne en articles d’habillements et de textile, derrière la Chine et à jeu égal avec la Turquie. Il aura fallu attendre les 1 127 morts de la tragédie du Rana Plaza, l’immeuble abritant des ateliers de confection travaillant pour des marques occidentales qui s’est effondré au Bangladesh, pour que ces négociations aboutissent. Preuve que la « responsabilité sociale des entreprises » (RSE), basée sur une démarche volontaire des grands groupes, selon leurs propres critères, ne permet pas de réelles avancées en matière de sécurité et d’amélioration des conditions de travail. A la différence d’une démarche RSE, qui exclut en général tout contrôle et tout acteur extérieurs aux directions d’entreprise, ce nouvel accord intègre des syndicats, dont le réseau syndical international IndustriAll, qui regroupe notamment les fédérations textile de la CGT et de la CFDT, et des organisations non gouvernementales, regroupées au sein de la campagne « Clean Clothes » (vêtements propres).

1 000 usines concernées

L’accord, dont Basta ! s’est procuré une version, « couvre l’ensemble des sous-traitants fabriquant des produits pour les compagnies signataires ». Soit « plus de 1 000 usines d’habillement au Bangladesh », selon le Collectif Ethique sur l’étiquette et Peuples solidaires, membres français de la campagne « Clean Clothes ». Ces sous-traitants devront se soumettre à des inspections indépendantes et mettre en œuvre des formations de leurs employés pour prévenir les incendies. Avec un objectif : que le nombre de fournisseurs inspectés chaque année soit au moins équivalent à 30% du volume de production de chacune des 31 marques signataires au Bangladesh.

Ces inspections et formations de terrain seront coordonnées par un comité de pilotage (« Steering committee »), paritaire entre multinationales signataires et syndicats. Ce comité sera lui-même chapeauté par une sorte de haute autorité, composée du ministère bangladeshi du Travail et de l’Emploi, de l’Organisation internationale du travail (OIT), et de la Société allemande pour la coopération internationale (GIZ), l’équivalent allemand de l’Agence française du développement. L’agence fédérale, sollicitée pour animer les négociations, prêtera d’ailleurs des locaux. Les entreprises signataires abonderont un fonds, proportionnellement à leurs volumes de production textile au Bangladesh (plafonné à 500 000 dollars par an et par signataire), qui financera le fonctionnement du programme et les inspections indépendantes.

Droit de retrait et comité de santé et sécurité

Des comités de prévention de la santé et de la sécurité seront créés dans chacune des usines concernées. Ces comités seront composés d’au moins 50% de représentants élus du personnel. Les entreprises signataires devront également obliger leurs sous-traitants à respecter un droit de retrait des employés, s’il est raisonnablement motivé, sans que cela entraine discriminations ou perte de salaire. Si le sous-traitant se conforme à ces dispositions et aux recommandations issues des inspections indépendantes, comme des travaux de rénovation à réaliser, l’entreprise occidentale donneuse d’ordre sera obligée de reconduire commandes et contrats pendant au moins deux ans. Si, au contraire, les sous-traitants ne respectent pas ces obligations, l’entreprise signataire devra rompre tout relation commerciale.

En cas de litiges, ou de non respect de l’accord, c’est la justice du pays de l’entreprise donneuse d’ordre (et non du Bangladesh) qui tranchera, en vertu de la Convention de New York pour l’arbitrage des conflits commerciaux internationaux signée dans le cadre de l’Onu. Cette contrainte réglementaire et juridique est l’une des raisons pour laquelle Gap, au États-Unis, aurait refusé de signer l’accord. « Ce que Gap demande c’est le droit de revenir sur ses engagements quand l’entreprise le souhaite », interprète Scott Nova, directeur de The Worker Rights Consortium, une organisation états-unienne qui mène des investigations indépendantes sur les conditions de travail. WalMart, le leader mondial de la grande distribution, a également refusé de signer, estimant que ces propres procédures « atteignent ou dépassent » l’accord multilatéral de lutte contre les incendies.

« Manque d’ouverture » des groupes français

« C’est un accord novateur et historique », se réjouit Fanny Gallois, de Peuples solidaires. « Il prouve qu’il est possible de réguler les activités des entreprises, à un moment où nous sommes confrontés à une difficile prise de conscience du gouvernement sur le sujet. » Un gouvernement français étonnamment silencieux, alors que des étiquettes de marques françaises auraient été retrouvées dans les décombres du Rana Plaza.

De son côté, Carrefour, qui a rejoint les négociations en décembre 2012 et a plusieurs fois été pointé du doigt, estime avoir été « un artisan de cet accord ». « Nous avons tout fait pour que cet accord voit le jour », insiste la personne en charge du dossier au sein de l’entreprise [1]. Carrefour n’a cependant pas souhaité répondre à nos questions concernant le nombre de ses sous-traitants et le volume de production concernés, ainsi que sur le montant de sa contribution financière, qui n’aurait pas encore été calculé. Comment expliquer la grande absence d’autres groupes français, alors qu’un article d’habillement sur six est acheté dans un hyper ou supermarché, et que les importations d’articles textiles s’élèvent à près de 14 milliards d’euros ? « C’est probablement un manque d’ouverture des entreprises sur le sujet, un problème de culture d’entreprise », avance Dorothée Kellou, du Collectif Ethique sur l’étiquette.

Cet accord comporte cependant des limites : il ne concerne que le risque incendie et le secteur du textile du Bangladesh. Alors que d’autres pays « sous-traitants » commencent à connaître des problèmes similaires, comme le Cambodge, où l’effondrement d’un toit d’une usine de chaussures, sous-traitante d’un groupe japonais, a causé deux morts le 16 mai, puis d’un bâtiment d’une usine textile, travaillant notamment pour H&M, a provoqué plusieurs blessés le 20 mai [2]. « Mais nous pouvons espérer que cette démarche soit dupliquée dans d’autres pays et pour d’autres secteurs économiques », positive Fanny Gallois. En attendant, le cadre prévu par l’accord se met en place. « Nous attendons des syndicats un échéancier de ce qu’il y a à faire, et nous sommes impatients ! », assure le négociateur de Carrefour. C’est peut-être la première fois qu’une direction d’entreprise est impatiente, au moins en apparence, de recevoir un planning élaboré par des syndicats !

Ivan du Roy

(@IvanduRoy sur twitter)

Photo : DR

Notes

[1] Qui n’a pas souhaité être citée.

[2] Lire cet article du Monde et du Parisien.

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 18:48

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Pierre Moscovici, ministre de l’Économie, ne plafonnera pas les revenus des PDG. Lui préfère une « autorégulation exigeante ». Comment en serait-on surpris alors que les locataires de Bercy semblent directement choisis par le patronat ? À lire ici, notre enquête sur le Cercle de l’Industrie.

« Le groupe Kem One a été placé en redressement judiciaire. Ce sont 1 300 salariés qui sont menacés. »
J’ai entendu ça à la radio, ce matin. Je n’ai pas bondi sur ma chaise. Dans ma cuisine, je n’ai pas hurlé, scandalisé, qu’ « on vous l’avait bien dit ». Non, rien
de tout ça : on est trop blasés, malheureusement, pour être habités encore par cette indignation. J’ai haussé les épaules, peut-être même souri de cette ironie.
Pourquoi ?

Parce que Kem One est issu du groupe Arkema, premier chimiste français, qui, l’an dernier, malgré 500 millions de bénéfices, s’est débarrassé de cette filière. Et à qui l’a-t-il confiée ? À Gary Klesch. Un financier américain, dont la holding est basée à Malte, sa société à Jersey et lui-même en Suisse. Qui a déjà liquidé plusieurs boîtes, en dépeçant leur trésorerie avec soin. Une caution, il faut croire, que cette localisation dans les paradis fiscaux.
Découvrant cette reprise, les salariés se sont alarmés : on confiait leur entreprise à un vautour ! Dans deux, trois, quatre ans, elle serait liquidée et eux avec ! « La seule surprise, pour nous, c’est que ça a mal tourné beaucoup plus vite que prévu, commente Jean-Marie Michelucci, le délégué CGT de Kem One. On pariait sur quelques années, au bout de sept mois c’était plié. Avec un euro, Klesch a récupéré 900 millions ! »

Alternative

Il y a un an, avec une poignée de cégétistes, Didier, Régis, Thierry, Pascal, le mardi 27 mars 2012, on avait visité les QG de campagne, dont celui du candidat Hollande. Où Alain Rousset, son « monsieur Industrie », président de la région Aquitaine, nous avait reçus :

Fakir : François Hollande a déclaré : « Mon adversaire, c’est la finance. » Alors là, face à un financier comme Gary Klesch, qui jongle avec les paradis fiscaux, qui n’a rien d’un industriel, est-ce que vous pouvez apporter la garantie, si le candidat socialiste est élu le 6 mai, que cette cession ne sera pas possible ?
Alain Rousset : Vous demandez à François Hollande de se substituer au PDG de l’entreprise ? C’est bien ça, votre question. Alors là, non. Est-ce qu’on peut interdire à Arkema de céder le pôle ? La réponse est non. La loi ne le permet pas, et demain la loi ne le permettra pas.
F. : Donc, au lendemain des élections, tout comme aujourd’hui sous Sarkozy, les dix sites, les 1 800 salariés peuvent se retrouver entre les mains de Klesch ?
A. R. : Enfin, je ne sais pas si vous avez suffisamment d’argent, ou si les organisations syndicales ont suffisamment d’argent pour être une alternative à Klesch ! C’est trop facile, pardon de le dire…
F. : Je propose une alternative. Puisque là Arkema donne ses dix sites, et 96 millions d’euros en plus, pourquoi l’état ne dirait pas : « Je prends. Je renationalise » ?
A. R. : Parce que l’état n’est pas compétent pour gérer des entreprises ! C’est l’Union Soviétique, votre idée ? Vous voulez revenir à l’Union Soviétique ?

Tout est dit, avant l’élection : « on » fait le choix de l’impuissance. Et plus grave, plus structurel : ce n’est pas le choix d’un homme, d’un François Hollande, individu isolé qui serait à blâmer, mais c’est bien un groupe, une classe, un parti, ce « on » fourre-tout, tous sinon semblables du moins ressemblants, soucieux de paraître sérieux aux yeux des commissaires européens, de leurs homologues européens, de la presse étrangère, qui assument ce choix de l’impuissance. Car cette impuissance est devenue le signe extérieur du sérieux, sur notre continent : le renoncement se confond avec la sagesse.

Diversion

Je lis ce titre, dans Métro : « Moscovici dans la tourmente. » Et pourquoi, d’après le gratuit ? Parce qu’« embourbé dans l’affaire Cahuzac, le ministre de l’Économie est accusé d’avoir su dès décembre que le ministre du Budget avait eu un compte en Suisse ».
Mais c’est une broutille, ça, tout de même, à son palmarès : Moscovici a présidé, durant des années, le Cercle de l’industrie. Un lobby qui rassemble les plus grosses industries françaises. C’est une information publique.
Nous l’avons écrit avant la présidentielle.
Et ça nous paraît bien pire, comme casserole : au ministère de l’Économie, on a placé le socialiste le plus proche des patrons, qui les côtoyait amicalement chaque mois, qui a exercé du lobbying pour eux, et qui mène donc une politique conforme aux intérêts du CAC 40, qui ne secoue pas la Bourse, qui ne vide pas leurs bourses. Voilà pour quelles raisons de fond, oui, Moscovici doit dégager de Bercy.
L’affaire Cahuzac, hyper-médiatisée, joue ainsi un rôle de diversion. En témoigne cet échange, sur France Inter, entre deux éditocrates, le matin où elle éclatait :

Dominique Reynié, professeur à Sciences-Po : Le problème qui se pose aujourd’hui, c’est qu’il n’y aura pas d’oubli avant les scrutins prochains, de mars 2014 et de juin 2014, et donc nous allons retrouver dans les urnes ce qui a commencé hier
avec cette série d’aveux.
Jean-Marie Colombani : Ce que dit Dominique est très vrai, sur la montée prévisible des populismes. Voilà le principal ferment, le principal terreau de
la montée des populismes. (France Inter, 8/4/13).

C’est faux. Si « les populismes » grimpent d’ici les prochains scrutins, si le Parti socialiste se prend une branlée, ce ne sera pas à cause du docteur Cahuzac et de ses comptes en Suisse ou à Singapour. Une vétille, ça. Un détail. Non, le « principal terreau », ce sont les choix économiques, les décisions antisociales, le conformisme budgétaire, l’orthodoxie européiste, la soumission aux desiderata du patronat, la docilité envers Bruxelles et Berlin – autant d’orientations que la classe dirigeante ne veut pas, surtout pas, n’accepte pas, de remettre en cause.
Mieux vaut croire, alors, et donner à croire, qu’un résultat calamiteux dans les isoloirs ne signifiera que ça : le Peuple réclame « une moralisation de la vie publique », cette ritournelle.

Bénévoles

Qui a précédé Moscovici à la tête du Cercle de l’industrie ? Qui l’a créé, d’ailleurs ? Dominique Strauss-Kahn, et nous avons raconté cette fondation (voir Fakir n° 47) :

« Ce petit matin de février 1993, tout le CAC 40 défile en haut des Champs-élysées. De leurs voitures avec chauffeurs, descendent Lindsay Owen-Jones (PDG de L’Oreal), Didier Pineau-Valenciennes (Schneider), Vincent Bolloré, Jean Gandois (Péchiney), Louis Schweitzer (Renault), Jean-René Fourtou (Rhône-Poulenc), Bertrand Collomb (Lafarge), François Michelin, Francis Mer (Usinor), Guy Dejouany (Compagnie générale des Eaux), Serge Tchuruk (Total)… À l’appel de leur ministre, Dominique Strauss-Kahn, trente cinq patrons se rendent au siège de Publicis. Et à sa demande, encore, ils acceptent de verser 200 000 francs chacun pour son futur “Cercle de l’industrie”. (…)
“On lui payait une secrétaire, un chauffeur et un téléphone”, se souvient Raymond Lévy, ancien président de Renault et du Cercle. Via des comptes secrets, sa collaboratrice est payée par Elf. Tandis que lui ne touche rien, en apparence : c’est son bénévolat. “Il est sûr que son travail au Cercle a contribué à asseoir sa popularité parmi les patrons”, témoigne Bertrand Collomb, le boss des ciments Lafarge. »

« Populaire parmi les patrons », il sera ainsi, logiquement, nommé ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement Jospin. Tout comme le « populaire » Jacques Delors le fut du gouvernement Mauroy. Tout comme le « populaire » Moscovici l’est du gouvernement Ayrault.

Devinette

Quel socialiste, au fait, a remplacé Moscovici au Cercle de l’industrie ? Alain Rousset. Si l’actuel ministre de l’économie devait chuter, on connaîtrait déjà son successeur…

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