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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 18:43

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/07/DESCAMPS/47973

 

 

Amorcée par le gouvernement de M. Lionel Jospin, puis généralisée par celui de M. Dominique de Villepin, la privatisation des autoroutes illustre le capitalisme de connivence à la française. L’Etat impose le système coûteux du péage, assume l’essentiel des risques, puis organise la captation de la rente par les grands groupes.


par Philippe Descamps, juillet 2012

« L’usage des autoroutes est en principe gratuit (1). » Enjolivée par cette belle proclamation, la loi de 1955 portant statut des autoroutes a instauré dans les faits la règle du péage. Ce texte restaurait l’un des droits féodaux abolis par la Révolution française, et fondait un système mêlant investissements publics et bénéfices privés. Le recours aux sociétés d’économie mixte concessionnaires d’autoroutes (Semca, dont le capital reste contrôlé majoritairement par l’Etat) financées par le péage n’était dans un premier temps prévu que « dans des cas exceptionnels » ; mais il devint rapidement la norme, au nom du « rattrapage ». En ce milieu des années h1950, l’Allemagne comptait déjà plus de trois mille kilomètres d’autoroutes et l’Italie, plus de cinq cents ; la France, à peine quatre-vingts.

Les justifications économiques, sociales, puis environnementales du péage demeurent pourtant fragiles. De grands pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou l’Allemagne ont rapidement développé des réseaux très denses et gratuits. La prise en charge par la collectivité leur a permis de garantir le respect des priorités en matière d’aménagement du territoire, à un coût bien moindre que celui des liaisons à péage, obligatoirement bâties en doublon du réseau existant. Le financement par le péage, nettement plus coûteux, engendre une plus grande emprise sur le territoire et n’a pas permis de réaliser les liaisons les plus vitales, directement payées par l’Etat. En outre, l’égalité des usagers devant le service public n’est pas assurée : dans certaines régions, comme en Bretagne, les autoroutes demeurent gratuites.

Tant que conduire restait un privilège, il pouvait paraître socialement plus juste de financer les autoroutes par le péage plutôt que par l’impôt. Lorsque la possession d’une voiture se banalise, dans les années 1960 et 1970, cet argument perd de son poids. Pour les automobilistes les plus modestes, le coût des péages ou des taxes sur les carburants devient plus lourd que ne le serait un surcroît d’impôt calculé en fonction des revenus.

Les péages ont également favorisé un modèle du « tout camion » financé par les automobilistes. En étudiant les tarifs de 2012 sur une vingtaine des principaux parcours, on observe qu’un poids lourd de quarante tonnes (bientôt quarante-quatre) paye en moyenne trois fois le prix d’un véhicule léger, de trois tonnes et demi ou moins. Pourtant, les coûts d’investissement et d’entretien générés par le trafic des camions sont sans commune mesure avec ceux des automobiles ou des motos. Une étude récente établit que le montant de la construction des chaussées pour les camions à trois essieux ou davantage représente plus de cinq fois celui des voitures (2). Elle confirme surtout que l’usure des autoroutes ne doit rien à ces dernières. Les dépenses d’entretien structurel ne sont imputables qu’aux poids lourds, avec un niveau quatre cents fois supérieur pour un quarante tonnes que pour un douze tonnes.

L’évolution des Semca témoigne de celle de la technostructure des routes. Les concessionnaires, d’abord très liés à l’administration, aux ingénieurs de l’équipement et aux emprunts garantis par la collectivité, ont travaillé de plus en plus en cheville avec les acteurs du bâtiment et des travaux publics (BTP), qui ont saisi l’intérêt de recruter d’anciens commis de l’Etat. Ainsi, en 1969, le ministre de l’équipement et du logement Albin Chalandon leur donne davantage d’autonomie. Les premières concessions à des sociétés à capitaux entièrement privés apparaissent (AREA, Acoba, Appel). Mais, dès la fin des années 1970, celles-ci se montrent incapables d’assurer conjointement les lourds investissements nécessaires et l’exploitation. A l’exception de Cofiroute, toutes ont été rachetées par l’Etat, qui leur a remboursé leur mise de départ et « a finalement assuré les risques pour lesquels leur contribution avait été sollicitée », constatait la Cour des comptes en 1992 (3).

Il est devenu difficile de se passer de la manne du péage… quitte à faire évoluer sa justification. Le régime des concessions apparaît sans limites, le recours au péage sans fin. Les premiers droits de passage étaient légitimés par la nécessité de rembourser le coût des travaux. Dès l’amortissement des infrastructures, un glissement s’opère vers les nouvelles sections à construire… Les artères les plus rentables permettent de financer d’autres itinéraires, rentables ou non. Cette pratique dite de l’« adossement » s’est étendue jusqu’au coup d’arrêt du Conseil d’Etat en 1999.

Au prétexte de la dette

Contraint de mettre fin à l’adossement, le gouvernement de M. Lionel Jospin (Parti socialiste, PS) sépare le financement des nouvelles autoroutes en créant des concessions distinctes, sans revenir sur les anciennes ni baisser les droits de péage des autoroutes déjà amorties. En mars 2001, M. Laurent Fabius, ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, décide d’aligner le régime des Semca sur celui des sociétés privées, arguant de la possibilité pour celles-ci de concourir à l’étranger. Les concessions sont prolongées jusqu’à 2026 et 2028, voire 2032 selon les réseaux. Juste avant de quitter le pouvoir, en 2002, M. Fabius décide également de céder au privé 49 % du capital d’Autoroutes du sud de la France (ASF), le premier concessionnaire français.

A l’entrée dans le XXIe siècle, l’équipement de la France semble arriver à maturité. Sur les 20 542 kilomètres constituant le réseau routier national en 2011, on compte 3 170 kilomètres d’autoroutes non concédées, qui restent financées par le budget de l’Etat, et 8 771 kilomètres d’autoroutes concédées. Les nouvelles constructions deviennent marginales. La charge des emprunts ne peut aller qu’en s’amenuisant. Devenu premier ministre, M. Jean-Pierre Raffarin (Union pour un mouvement populaire, UMP) prend l’engagement de conserver à l’Etat la responsabilité des autoroutes et de certaines grandes liaisons structurantes pour l’aménagement du territoire.

Pourtant issu de la même majorité, son successeur change radicalement d’orientation. M. Dominique de Villepin décide en effet de privatiser toutes les Semca par décret, sans vote du Parlement. Au début de 2006, le capital encore public des sociétés ASF, Société des autoroutes du nord et de l’est de la France (Sanef), Société des autoroutes Paris-Normandie (SAPN), Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APPR) et Area est cédé pour 14,8 milliards d’euros, alors que ces sociétés bénéficient de concessions valables encore entre vingt-trois et vingt-sept ans… Certes, l’Etat reste propriétaire du réseau, mais c’est un propriétaire qui laisse à d’autres la jouissance de ses investissements. Le terme des concessions, entamées pour certaines dans les années 1950, est si lointain que l’on trahit l’esprit du préambule de la Constitution (27 octobre 1947) selon lequel « un monopole de fait doit devenir la propriété de la collectivité ».

Pour faire avaler la pilule de la privatisation, le rapport d’information sur la « valorisation du patrimoine autoroutier » du député Hervé Mariton (UMP) invoque l’emploi et les besoins budgétaires (4). La dette devient un instrument au service d’intérêts particuliers. Et si l’élu de la Drôme pointe l’avis de la direction des routes, qui « met en garde contre les risques de comportement prédateur sur l’activité des Semca », il juge ces craintes « exagérées ». En insistant sur l’apport immédiat des privatisations pour les caisses de l’Etat, on tente de faire oublier les dividendes à venir qui lui échapperont.

Quelques données fondamentales avaient de quoi appâter les « investisseurs » privés. Les autoroutes procurent, en fait, un quasi-monopole naturel. La demande de déplacements plus sûrs et plus rapides ne semble pas près de se tarir : en 2010, il y avait 5,25 fois moins de probabilité de se tuer sur une autoroute que sur une route départementale, et 6,6 fois moins que sur une nationale. Les autoroutes assurent 25 % de la circulation pour moins de 1 % du réseau asphalté. Avec environ 20 % du réseau concédé en Europe, les autoroutes françaises représentaient plus de 31 % des revenus des péages européens en 2011 (5). La rente se révèle confortable. Elle a été estimée dans le rapport Mariton entre 34 et 39 milliards d’euros sur la durée des concessions. C’était sans compter sur l’ingéniosité des nouveaux actionnaires...

« Distorsion entre péages et coûts », « opacité des tarifs », « maximisation des recettes » : la Cour des comptes formule dès 2008 les nombreuses incohérences et dérives du système autoroutier français (6), « devenu trop favorable aux concessionnaires ». Les magistrats dénoncent notamment la coexistence de plusieurs régimes juridiques « qui donnent au système de détermination des péages un caractère disparate, voire arbitraire ». Les concessionnaires profitent aussi d’une indexation contractuelle sur les prix, injustifiée au regard de leur gain de productivité, et de « hausses additionnelles mal étayées ». Leur meilleure astuce réside dans la technique du « foisonnement ». Celle-ci consiste à respecter en principe les tarifs moyens accordés, tout en faisant porter les hausses en priorité sur les trajets les plus fréquentés. Le tarif de l’itinéraire Mantes-Gaillon, par exemple, a pu grimper de 5,1 % par an pendant douze ans. Au total, note la Cour, « les recettes effectives des sociétés concessionnaires augmentent plus qu’elles ne le devraient par rapport aux niveaux de tarifs affichés et aux hausses accordées ».

Un an après cette première enquête, la Cour constate que l’accroissement des recettes demeure élevé : « Au premier semestre 2008, les recettes de péage ont progressé respectivement de 4,8 % et 4,5 % pour les groupes ASF et APRR, et les produits totaux d’exploitation de 5,6 % pour le groupe Sanef, dans un contexte de quasi-stagnation de leur trafic. » Et, quand les magistrats insistent pour clarifier le système, compenser les hausses injustifiées ou revoir l’indexation, tant les concessionnaires que le gouvernement leur opposent le strict respect du sacro-saint « contrat » et « l’équilibre financier de la concession tel qu’il a pu être établi à son origine (7) ».

Tant que les dividendes étaient réinvestis dans les infrastructures, la complaisance de l’administration vis-à-vis des concessionnaires n’était pas forcément contraire à l’intérêt public. Mais après la privatisation, les pouvoirs publics ont continué à homologuer sans rechigner des tarifs de plus en plus favorables aux actionnaires. L’Etat renonçait ainsi à exercer ce qu’il lui restait d’autorité réglementaire, au détriment de l’usager.

La préoccupation pour l’emploi relevait elle aussi d’une fable dont le personnel des péages, remplacé massivement par des automates, a fait les frais. Tandis que les slogans du groupe Vinci vantent « l’homme, au cœur des réussites d’ASF », le dialogue social se détériore. Les intersyndicales dénoncent une « austérité salariale » s’appuyant sur l’individualisation des augmentations. La réduction du personnel s’accélère. Escota (groupe Vinci-ASF), par exemple, aurait perdu 18 % de ses effectifs entre 2007 et 2009 (8).

Les principaux actionnaires des sociétés d’autoroutes sont issus du BTP. On y retrouve les financiers traditionnels des campagnes électorales. Et c’est donc sans surprise que l’on voit arriver à la tête de l’une d’entre elles l’un des chouchous des oligarques français, M. Alain Minc, nommé à la fin de 2011 à la présidence de la Sanef.

Les acteurs du système autoroutier illustrent en définitive cette coalition d’adversaires des grands services publics décrite par l’économiste James K. Galbraith : « Aucune de ces entreprises n’a intérêt à rétrécir l’Etat, et c’est ce qui les distingue des conservateurs à principes. Sans l’Etat et ses interventions économiques, elles n’existeraient pas elles-mêmes, et elles ne pourraient pas jouir du pouvoir de marché qu’elles sont parvenues à exercer. Leur raison d’être est plutôt de tirer de l’argent de l’Etat — tant qu’elles le contrôlent (9). »

Philippe Descamps

Journaliste.

(1) Loi du 18 avril 1955 portant statut des autoroutes. Texte toujours en vigueur dans sa version consolidée du code de la voirie routière, article L122-4.

(2) «  Imputation aux usagers PL et VL du coût d’infrastructure des routes  », rapport du service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements, Bagneux, juin 2009.

(3) «  La politique routière et autoroutière, évaluation de la gestion du réseau national  », rapport public de la Cour des comptes, Paris, mai 1992.

(4) Hervé Mariton, «  La valorisation du patrimoine autoroutier  », rapport d’information de l’Assemblée nationale, 22 juin 2005.

(5) Données de l’Association européenne des concessionnaires d’autoroutes et d’ouvrages à péage.

(6) «  Rapport public annuel  », Cour des comptes, 6 février 2008.

(7) «  Rapport public annuel  », Cour des comptes, 4 février 2009, et réponse de la ministre de l’économie.

(8) Le Canard enchaîné, Paris, 21 septembre 2011.

(9) James K. Galbraith, L’Etat prédateur. Comment la droite a renoncé au marché libre et pourquoi la gauche devrait en faire autant, Seuil, Paris, 2009.

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 18:33

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http://blog.mondediplo.net/2013-05-23-Syrie-l-entree-en-guerre-du-Hezbollah

 

 

Depuis le début de la révolte syrienne, des réseaux se sont constitués au Liban pour venir en aide aux révoltés qui, à l’origine, manifestaient pacifiquement. Tripoli, capitale du Nord, a servi de plaque tournante à ces filières. La militarisation de la révolte, encouragée par la violence sans limite du régime, a transformé la situation et favorisé la montée en puissance du rôle des groupes radicaux au Liban. Le cheikh salafiste de Saïda, par ses discours extrémistes et son appel au djihad, a envenimé la situation en dénonçant, comme les autres dirigeants du Golfe, la menace de « chiisation » du monde arabe.

De plus en plus de combattants libanais et arabes ont commencé à affluer en Syrie à travers des réseaux multiples : Frères musulmans (en nombre assez limité), groupes liés au 14-Mars de Saad Hariri, salafistes aux mille et une obédiences, jeunes non politisés, indignés par la brutalité du régime syrien. Ces réseaux sunnites ont disposé de l’appui de la Turquie et du Qatar d’abord, de l’Arabie saoudite ensuite.

Ces ingérences étrangères ont donné lieu à une mutation des groupes de l’opposition syrienne, dont certains se sont « adaptés » aux attentes de leurs financiers — publics, mais aussi souvent privés —, « se laissant pousser la barbe », pour reprendre une expression imagée, comme l’a montré le rapport de l’International Crisis Group d’octobre 2012, qui rend bien compte des ces dynamiques [1].

Pourtant, malgré les discours sur la menace islamiste globale, supposément alimentée par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie qui financeraient jusqu’à Al-Qaida, la situation sur le terrain est bien plus complexe. Si Doha et Ankara ne cachent pas leurs préférences pour les Frères musulmans, les Saoudiens aident différents groupes salafistes fortement divisés eux-mêmes — il faut rappeler que Riyad a été en guerre ouverte avec Al-Qaida sur son territoire, notamment à partir de 2003. Enfin, il existe une multitude de groupes oppositionnels que l’on ne peut réduire à leur parrainage étranger.

D’autre part, et comme on peut le voir dans les hésitations des différents acteurs internationaux (Etats-Unis, France, Israël), il n’existe pas de stratégie occidentale cohérente en Syrie (Le Monde diplomatique du mois de juin publiera d’ailleurs un article de Karim Emile Bitar sur le sujet : « Guerres par procuration en Syrie »).

En Syrie s’entremêlent différentes lignes de fracture :

  • L’affrontement entre le régime (qui a su rallier des soutiens notamment parmi les minorités) et une large opposition ;
  • Les clivages entre les Etats-Unis et Israël, d’un côté, et les forces dites de la résistance de l’autre ;
  • Les multiples différences inter-arabes, de la fracture entre les Frères musulmans et les pays du Golfe (à l’exception du Qatar), aux tensions entre Le Caire et Riyad ;
  • Sans oublier enfin ce qui est le facteur nouveau et décisif au niveau régional depuis le début de 2011 : les aspirations des peuples à la dignité, la liberté, la justice sociale et à la fin des dictatures.

C’est pourtant au nom d’un grand complot américano-golfo-israélo-islamiste que quelques forces nationalistes arabes, voire de gauche, ont décidé de soutenir le régime du président Assad.

Lire Nicolas Dot-Pouillard, « La crise syrienne déchire les gauches arabes », Le Monde diplomatique, août 2012 C’est un raisonnement similaire qu’ont élaboré, au fur et à mesure, le Hezbollah et son secrétaire général, Hassan Nasrallah, même s’ils ont évité le discours complotiste qui voit dans les révolutions arabes une « création » de l’Occident. Au contraire, ils s’emploient à tracer une ligne de démarcation entre ce qui se passe en Syrie et les révolutions tunisienne, égyptienne, libyenne (malgré l’intervention occidentale, ce qui a prévalu en Lybie, soutiennent-ils, est la haine de Mouammar Kadhafi, haine fondée sur le rôle joué par ce dernier dans la disparition de l’imam Moussa Sadr lors d’une visite officielle à Tripoli, en Libye, en août 1978), ainsi qu’au Bahreïn.

Ce n’est que récemment, et d’abord indirectement, que le Hezbollah a reconnu sa participation aux combats en Syrie (« Pourquoi le Hezbollah participe-t-il aux combats en Syrie ? ») et rappelé les missions limitées de ses hommes présents sur place : défense des lieux saints particulièrement révérés par les chiites ; protection d’usine d’armements ; aide aux villages chiites en Syrie. L’intervention de combattants étrangers arabes permettait par ailleurs de justifier leur propre intervention.

Un discours de Hassan Nasrallah du 30 avril 2013 a confirmé cette orientation. Dans un résumé des principales idées soutenues dans ce discours, Nidal écrit que le secrétaire général du Hezbollah « propose son analyse de la guerre en Syrie : selon lui, le but même de la guerre est la destruction de la Syrie en tant que pays unifié, et sa transformation en “État raté” (failed state, disent les Américains) afin de la faire disparaitre de « l’équation régionale ». C’est une thèse qui circule beaucoup (que d’aucuns appliquaient déjà à l’Irak), mais n’avait pas encore reçu une telle visibilité. » Désormais, pour le Hezbollah, la bataille met aux prises le camp de la résistance (composé de l’Iran, de la Syrie et de lui-même) et l’axe américano-israélo-islamiste, même s’il appelle régulièrement l’Occident à combattre avec lui le péril djihadiste et takfiriste.

Le Hezbollah peut aussi invoquer, à juste titre, l’ingérence de diverses forces libanaises dans l’aide militaire aux insurgés syriens. Et les bombardements israéliens sur la Syrie servent à alimenter le discours anti-impérialiste (on lira à ce sujet l’article de Haaretz qui reprend des informations selon lesquelles Israël aurait développé des contacts à l’intérieur du territoire syrien pour établir une sorte de zone sûre, ce qui n’est pas sans rappeler son intervention en 1976 dans le sud du Liban [2].

Mais, avec la participation directe et reconnue de combattants à la prise (ou à la tentative de prise) de la ville syrienne d’Al-Qousayr, le Hezbollah a franchi une étape de l’escalade. Ibrahim El-Amine, rédacteur en chef du journal Al-Akhbar, soutien de gauche du Hezbollah, l’explique dans son éditorial du 21 mai [3] :

« Ce que le Hezbollah fait en Syrie est une partie d’une lutte plus ample des forces de la résistance contre un front des forces réactionnaires et meurtrières, au cœur desquelles se situe Israël. »

Le problème avec cette analyse, en partie exacte, est qu’elle ne tient compte ni du soulèvement du peuple syrien, ni des conséquences d’une telle intervention à la fois au Liban, en Syrie, mais plus généralement sur la région tout entière.

Dans un article publié dans The Daily Star le 22 mai (« A Hezbollah turning point in Qusair ? »), Rami Khoury note :

« Combattre à l’intérieur de la Syrie aux côtés du régime Assad va exacerber toutes les pressions et les contraintes que le Hezbollah subit déjà. Plus de Libanais le critiqueront pour avoir entraîné le Liban dans la guerre syrienne et exacerbé les affrontements intérieurs entre groupes pro et anti-Assad. Beaucoup de Libanais soutiennent que ce qui s’est passé à Al-Qousayr confirme ce que beaucoup pensent déjà, à savoir que le Hezbollah est une marionnette de l’Iran. Certains de ses propres partisans peuvent lui reprocher la mort de dizaines de jeunes hommes libanais, dans une bataille pour une petite ville de province en Syrie. De nombreux pays étrangers vont chercher de nouveaux moyens de pression, de sanction et d’isolement du Hezbollah, et ​​l’opinion publique dans le monde arabo-islamique va devenir plus critique et hostile, en présentant le Hezbollah comme une milice qui échappe à l’autorité de l’Etat, plus soucieuse des ordres iraniens que des populations arabo-libanaises. »

Plus grave est l’inscription de l’intervention du Hezbollah dans une vision régionale selon laquelle s’affronteraient chiites et sunnites, Arabes et Iraniens. Cette perception, largement diffusée par les médias du Golfe, trouve dans l’intervention du Hezbollah une confirmation. Ce clivage sunnite-chiite n’est pourtant ni aussi profond ni aussi historique qu’on le dit : en juillet 2006, quand le Hezbollah symbolisait la résistance face à l’agression israélienne, les portraits de Hassan Nasrallah se retrouvaient dans les rues du Caire comme de Jordanie, et personne ne le voyait alors comme « un dirigeant chiite ».

Conséquence immédiate de l’intervention du Hezbollah, l’inscription probable de son aile militaire sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Dans tous les cas, c’est désormais la position de la France, qui y était jusque-là hostile. C’est ce qu’a expliqué le porte-parole du Quai d’Orsay lors de son point presse du 23 mai :

« Je vous rappelle les propos du ministre des affaires étrangères sur ce sujet hier : “La position de la France est d’inscrire la branche militaire du Hezbollah (...). Vous avez vu que le Hezbollah, non seulement s’est engagé pleinement en Syrie, mais qu’il a revendiqué son engagement. Comme il y a en plus d’autres éléments, qui concernent ce qui s’est passé en Bulgarie et à Chypre, nous considérons que c’est un point qui devrait faire l’accord de l’ensemble des Européens.”

(...) la France est attachée à la stabilité du Liban et à ses relations avec toutes les communautés libanaises. Nous appelons toutes les parties libanaises à respecter les engagements souscrits dans la déclaration de Baabda du 15 juin 2012, qui visent à dissocier le Liban de la guerre en Syrie. En décidant d’intervenir massivement en Syrie, le Hezbollah rompt ce consensus. La guerre de Syrie n’est pas la guerre des Libanais. L’importer au Liban est dangereux pour sa stabilité, comme le montre la montée des tensions dans le pays. »

Bien sûr, le porte-parole n’évoque pas les autres ingérences en Syrie, notamment celles des partisans du mouvement du 14-Mars, dirigé par Saad Hariri.

Notes

[1] International Crisis Group, « Tentative Jihad : Syria’s Fundamentalist Opposition », Middle East Report n° 131, octobre 2012.

[2] « Israel maintaining intense intelligence activity in Syria and working with local villagers, report says », Haaretz, 23 mai.

[3] « On Hezbollah’s Syrian Intervention », Al-Akhbar, 21 mai 2013.

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 18:15

20110615-0600.jpgmercredi 29 mai 2013

 

Idéodromes de la crise

 


La presse du dernier moment se focalise sur le retrait du projet de loi-cadre “antiraciste”, avant même qu’il ne soit déposé. La Nouvelle démocratie craignant l’influence de l’Aube dorée, déjà si évidente en son sein, a vite montré “ses” limites car elle abandonnerait finalement la partie, tandis que les deux autres “formations restantes”, et de toute évidence cosmétiques, le PASOK et la dite Gauche démocratique, se sont montrées outrées, laissant apparaître leurs limites à travers l’insignifiant. Et on apprenait ce mercredi matin du 29 mai, que ces deux “formations” s’apprêtèrent à déposer une proposition de loi allant dans ce sens très prochainement. La Gauche radicale s’indigne, puis, quant à la société et pour ce qui est de ses limites, elles demeurent toujours mystérieuses. Sauf qu’entre-temps, et on vient de l’apprendre également, le gouvernement prépare une loi dite “d'encadrement et de délimitation du droit de manifester”. Courants et vents dominants d’une époque visiblement dominée par ses zones d’ombre.



Mardi matin 28 mai Place de la Constitution, le temps fut pourtant si lumineux et peut-être bien si clair. Aucune manifestation, tandis que la radio du matin annonçait triomphalement l’avènement “de l'été véritable, de fait et de saison pour début juin”, voilà pour ce qui serait certainement acquis. Preuve autant infaillible que la crise n’éradique pas automatiquement les trivialités du bruitage médiatique. Dans la journée et à bord de la voiture-buvette d’un train à destination du Nord du pays, toutes les discussions furent économiques, au sens alors strict mais autant dire, varié. Un concitoyen au chômage accompagné de ses deux amis Géorgiens, a cru bon dénoncer sa situation devenue si grave durant l’hiver dernier, au point de le priver même de bois de chauffage. C’est vrai qu’à Salonique et au-delà, le général hiver est bien plus sévère qu’à Athènes ou sur les îles. “Nous allons peut-être mieux ou sinon, c’est la crise qui devient alors une grande habitude” a fait remarquer un autre homme à l’accent de Salonique. Les Georgiens se disaient de leur côté très préoccupés de leurs cotisations en Grèce, “comment faire pour s'en assurer et au bout de tant d'années de travail, si ce n’est que d’une petite retraite... car c'est pour après, lors du retour au pays”. Un Grec remarqua “qu'en France par exemple les retraites n'ont pas été touchées par les mesures d'austérité, tandis que chez nous tout a été tondu”. Puis, ce fut le silence, alterné de dialogues épars et décousus évoquant les équipes de Salonique Aris et PAOK, ou la pluie et le beau temps, pour enfin aboutir sur le bon souvenir d’un court séjour dans la ville d’Andrinople ou Edirne en Turquie, où “tout était abordable, mais avant la crise chez nous”. Brusquement, un passager posa une question sur l’île d’Hydra que personne n’avait visité à part lui, mais d’un avis largement partagé, “le calme régnerait toujours sur cette île sans voitures ni motos”. Enfin, et comme en boucle, les paroles et les échanges réempruntèrent les “idéodromes” de la crise. Ces derniers sont alors inévitables, sauf que rien ou presque, ne semble provoquer ces brusques excès de colère entre contradicteurs passionnés, comme c’était encore le cas l’année dernière.



La crise “c'est déjà fait”, on entend parfois dire ici où là. Nos symboles demeurent pourtant intactes, plus redoutables que jamais, peut-être aussi, parce justement la crise “c'est déjà fait”. Place de la Constitution, on pouvait remarquer mardi matin que l’arbre de Dimitri, ce pharmacien qui s’est suicidé en avril 2012, cet arbre alors désormais éponyme, bénéficie depuis peu, de la “protection” des services de la voirie. Personne n’a oublié que le pharmacien Dimitri Christoulas s’est donné la mort ici, le 4 avril 2012 laissant un mot, suivi depuis, d’une longue liste d’anachorètes radicaux du fait politique et de l’austérité. Le vent est toujours si mauvais sur notre pays...mais on s’y fait, peut-être bien parce que nous saurions attendre, mais alors quoi ?

La crise en Grèce c'est comme un courant provoqué par le vent fort qui souffle. Elle entraîne absolument tout à son passage, elle brise tout, les gens en souffrent, mais elle finira bien par passer” aurait dit en philosophant et d’après le reportage d’Elefterotypia, l’Ambassadeur de la République de l'Inde en poste à Athènes. C’était lors de la réception organisée à la représentation de l’Argentine pour la fête nationale de cet autre grand pays pour certains d’entre nous... selon Elefterotypia du 28 mai. Au moins et pour une fois, nous avons une idée du regard philosophique de ces lointains “autres” qui nous observent à travers le prisme de notre crise. Ou plutôt, à travers nos miroirs et mirages brisés. Ce qui ne veut pas dire que le regard des autres Européens soit inintéressant, sauf que le seul enfermement dans l’Union européenne, d’autant plus en ce moment, ainsi que l’étroitesse de ses limites philosophiques au demeurant paraphrasées, nous dissimule alors toute vision issue du monde des “autres”.

Nous ne voulons presque plus rien savoir du vaste monde et de ses altérités, hormis ce que nous livrent “nos” économistes maison, ainsi que les medias autorisés. Ou alors, sous la seule forme “d'une terre promise” d’émigration. Tout changement planétaire, ou plutôt ses reflets nous parviennent donc par le biais et sous le seul prisme de la crise. Déjà que nous n’étions pas si bien préparés à en saisir l’altérité. Nous nous enfermons ainsi dans la tautologie de la crise, ce qui est aussi valable des attitudes adoptées par “nos” formations politiques. Pour ce qui est déjà de la gauche, cela ne laisse que peu de place à l’imagination. Cette dernière n’habite plus chez nous, ne nous habite plus. Elle ne peut pas s’épanouir, ou sinon par miracle, car tuée dans l’œuf et dans l’exclusivité de notre univers quasi-concentrationnaire. Il n’y a certes que l’Aube dorée qui puise dans l’inimaginable, cela relève d’ailleurs du topos bien tragiquement connu du “facile” car “mieux adaptée” aux vents dominants.

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L’impréparation de notre gauche est pour l’instant si flagrante, par exemple pour ce qui tient des apories de l’immigration. Comme partout en mer Égée en ce moment et même depuis un certain temps, des refugiés arrivent par embarcations de fortune, c'est-à-dire d’infortune, chaque jour et chaque nuit. L’île de Lesbos ne sait plus comment y faire face, tandis qu’à la petite Leros, les habitants et les autorités locales se sont mobilisés policiers compris, pour offrir un quelconque abri et des vivres à ces gens, essentiellement des familles syriennes, et en absence de toute structure. Et au moment même où l’État, le nôtre, est sur le point de s’effondrer. “Depuis le 3 mai nous avons reçu plus de 120 nouveaux réfugiés, des familles avec enfants le plus souvent. Ces gens arrivent paniqués, ils nous expliquent qu’ils sortent de l’enfer mais ici, il n’y a aucune structure d’accueil, explique Matina Katsiveli, du Comité local de solidarité. Les garde-côtes ont sauvé de la mer hier et d’une noyade certaine, plus de trente personnes, des femmes ainsi que leurs enfants. Nous avons tout fait pour leur trouver des habits secs. Sauf que la Capitainerie du port ne prévoit rien, ni même de la nourriture, ou de l’eau potable. Aidés par l’Église, nous avons pris en charge ces gens. Parmi eux, il y des femmes enceintes et des enfants en bas âge. Il y a certains policiers qui nous aident mais ils sont à leur tour vite dépassés. Il y a à craindre que nos limites soient rapidement atteintes car nous ne pouvons pas nous substituer à l’État. C’est désormais une crise humanitaire urgente qui se profile, déjà leur nombre devient très important et nous avons des craintes pour l’avenir proche. Malgré la solidarité dont nous faisons preuve, il y a déjà certains parmi nous qui estiment ne plus supporter cette situation. Leros est une île si petite, que pouvons-nous faire de plus ?”, “Quotidien des Rédacteurs” du 28 mai.



La question, devenue aporie pour nos gauches n’est plus théorique, surtout lorsque l’Aube dorée rode partout. “Que faire alors dans une telle urgence et quelle politique d’immigration adopter dans un pays dont le PIB a reculé de 25% en trois ans seulement et où le spectre de l’effondrement n’est guère loin. Pour une partie de la population en tout cas, ce qui évidemment concerne en premier lieu les immigrés présents sur le territoire,”, se demandait récemment, non sans un certain esprit rhétorique un militant SYRIZA mais en aparté. Il devient pourtant difficile à déterminer, et dans quelle mesure, l’instrumentalisation de l’immigration, précède ou pas les représentations, voire les “pratiques courantes”. Même si le moindre crime ou délit, commis par certains immigrés ou par des individus se réclamant de l’Aube dorée, ouvertement ou pas, est aussitôt médiatisé et “reconditionné” comme jamais auparavant, rien n’indique que la “fréquence sociétale” des cristallisations de l’opinion s’y colle toujours et de près. Sauf que rien n’est plus dangereux que d’en attendre... la confirmation. Se contempler... l’ethnicité à travers le miroir brisé d’une société “désamorcée” par trois ans de Troïkanisme n’est guère rassurant.




D’où sans doute cet empressement ressenti à la lecture des quotidiens mainstream à surestimer les divergences au sein du gouvernement, toujours à propos du projet de loi dite “antiraciste”. Hier par exemple, le fait de publier à la “Une” la photo d’une croix gammée, s’agissant du tatouage d’un jeune de 17 ans à Corfou, puis d’annoncer juste à côté et sous la photo d’Angela Merkel, le prétendu “New deal en faveur du Sud de l’Europe”, ce n’est pas de l’information dont il s’agit, mais de cette variante médiatique de la stratégie du choc. La crise devient alors un temps de piège voire, un temps piégé.




Notre Place de la “Constitution” était bien paisible mardi matin sauf que pour troubler les esprits, et devant la Poste centrale, on pouvait encore découvrir ce slogan... démocrate-chrétien, d’ailleurs mal orthographié: “Salopards, pourquoi vous supprimez les retraites - Dieu existe”. La bouilloire, ainsi que les autres ustensiles de notre nouvelle cuisine sociale sont aussi toujours de saison. Y mettre de la distance pour mieux voir ou pour regarder et se regarder tout court s’avère par contre de plus en plus difficile. Sauf que les sociétés, autrement-dit les humanités auront toujours leurs bonnes réserves sur lesquelles il va falloir compter. Et alors ceci, jusqu’à la preuve du contraire ou jusqu’à la fin, la nôtre bien entendu. En témoignent les nombreux actes artistiques, le nouveau théâtre, certains écrits, et même ce qui semble être fort encourageant, un timide... engouement des bibliophiles pour les recueils de poésie, si l’on en croit la presse littéraire. Le quotidien Avgi de SYRIZA, a eu même l’excellente idée de consacrer un dossier entier au grand poète d’Alexandrie, Constantin Cavafy ou Cavafis. D’après ses spécialistes et avec “un goût prononcé pour l'époque hellénistique, mais aussi pour le Bas-Empire et Byzance, nourri de l'Anthologie palatine et de Gibbon, Cavafis peint un univers où règnent la tromperie, la duplicité d'aventuriers ou d'escrocs, la déchéance de roitelets lagides ou séleucides réduits à l'impuissance”, effectivement... rien à rajouter.




Et pour ce qui est de la déchéance, je note pour la désormais trop petite histoire, que ces dernières semaines, de nombreux ex-cadres, ex-ministres, ex-députés du PASOK, dont “son” eurodéputé Kriton Arsenis, dernier en date hier, quittent le naufrage de la social-démocratie à la grecque. C’est dire combien cette famille politique vient d’accomplir son ultime besogne en incarnant avec le succès que l’on reconnait désormais unanimement, le rôle de la droite libérale. Au moins, et... grâce à la Troïka, seule la droite de Samaras subsistera, réunissant à la fois et triomphalement sur les décombres de la société, le seul Pasokisme réellement existant, en plus d’une partie de l’extrême-droite du parti LAOS.
Aux prochaines élections, ou “élections”, le PASOK risque de ne pas franchir la barre des 3% lui permettant d’être représenté au “Parlement”. Ses anciens ténors le savent fort bien et même mieux que quiconque. Ils s’empressent alors devant l’inconnu, pour fonder de nouveaux partis et autres “organismes”. Histoire aussi de s’en assurer un certain financement, maintenant que leur boutique “Pasokienne” est en liquidation historique. Tout laisse alors croire que tel sera à terme le sort des formations politiques analogues, en Europe de l’Union européenne en tout cas, d’ici cinq à six ans, sauf changement radical dans les attitudes. Ce qui n’est pas et ne sera plus le cas au PASOK. D’ailleurs, à bord des trains grecs ou dans les bistrots, cela fera plus d’un an que les discussions ne portent plus du tout sur le PASOK. Seuls les journalistes du fait politique... surfait, par habitude, mais également par loyauté “quant au service alors rendu”, d’après les très mauvaises langues du moment, enchainent reportage après reportage, sur les roitelets lagides de la social-démocratie à la grecque. Parfois, mieux vaut relire Cavafy et se taire.



Se trompant vraisemblablement de méthode et peut-être aussi d’historicité, Alexis Tsipras de son côté, vient de réclamer un débat-duel télévisé avec Antonis Samaras. Les... néodémocrates de la droite ironisent, et du côté de SYRIZA on y répond par voie de presse. Notre pays est à lui seul la meilleure ironie de l’Union européenne, mais il y en a certainement d’autres moins emblématiques mais néanmoins tout autant préoccupantes. Et ce qui, à une toute autre échelle, nous a semblé préoccupant, c’est que depuis mon retour à Athènes, le “Chaton B” de la grande famille des adespotes du quartier reste introuvable. Comme pour le “Plan B” en économie ou en politique. Espérons que cela ne durera pas.

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 18:05

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 17:56

           carte-cuba1.gif Depuis le triomphe de la Révolution en 1959, Cuba a mis en place une politique de solidarité internationale destinée à venir en aide aux populations les plus démunies du Tiers-monde. Les résultats sont spectaculaires.

 

 


 Depuis 1963 et l’envoi de la première mission médicale humanitaire en Algérie, Cuba s’est engagée à soigner les populations pauvres à travers la planète, au nom de la solidarité internationaliste. Les missions humanitaires cubaines s’étendent sur quatre continents et revêtent un caractère unique. En effet, aucune autre nation au monde, y compris les plus développées, n’a tissé un tel réseau de coopération humanitaire à travers à la planète. Ainsi, depuis le lancement de cette politique humanitaire, près de 132 000 médecins cubains et autres personnels de santé ont bénévolement œuvré dans 102 pays[1]. Au total, près de 100 millions de personnes ont été soignées à travers la planète par les médecins cubains qui ont ainsi sauvé environ un million de vies. Actuellement 37 000 collaborateurs médicaux offrent leurs services près de 70 nations du Tiers Monde[2].

L’aide internationale cubaine s’étend à dix pays d’Amérique latine et aux régions sous-développées de la planète. En octobre 1998, l’ouragan Mitch avait ravagé l’Amérique centrale et la Caraïbe. Les chefs d’Etat de la région lancèrent un appel à la solidarité internationale. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Cuba fut la première à répondre positivement en annulant la dette du Nicaragua de 50 millions de dollars et en proposant les services de son personnel de santé[3].

Le Programme Intégral de Santé a alors été mis en place et élargi à d’autres continents tels que l’Afrique ou l’Asie. Le PNUD note une amélioration de tous les indicateurs de santé, notamment une baisse notable du taux de mortalité infantile, dans les régions où il est appliqué[4].

Grâce à l’alliance entre Cuba et le Venezuela dans le secteur de la santé, plus de cent mille vie ont été sauvées.

 

L’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA)

Le premier pays bénéficiaire du capital humain cubain a logiquement été le Venezuela, grâce à l’élection de Hugo Chávez en 1998 et à la relation spéciale établie avec Cuba. L’universalisation de l’accès à l’éducation élaborée depuis 1998 a eu des résultats exceptionnels. Près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. A cela s’ajoutent les Missions Ribas et Sucre qui ont permis à plusieurs dizaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. En 2010, 97% des enfants vénézuéliens étaient scolarisés[5]. Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens. La Mission Barrio Adentro I a permis de réaliser 300 millions de consultations dans les 4 469 centres médicaux créés depuis 1998. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. Plus de 1,7 millions de personnes ont été sauvées entre 2003 et 2011. Le taux de mortalité infantile a été réduit à moins de 10 pour mille[6]. Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé[7]. De même, selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de Gini le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités.[8]

Luis Alberto Matos, économiste expert en énergie, souligne la « coopération emblématique » entre Cuba et le Venezuela : « Qui peut nier l’immense contribution de ce pays en faveur du Venezuela dans l’amélioration des domaines de la santé, de l’agriculture et du sport, sans oublier la culture[9] ? »

Grâce à l’ALBA et au programme social lancé par le gouvernement d’Evo Morales, entre 2006 et juillet 2011, la Brigade médicale cubaine présente en Bolivie a soigné plus de 48 millions de personnes et a sauvé 49 821 vies[10]. La Bolivie a ainsi pu améliorer ses indicateurs de santé avec une baisse de la mortalité infantile de 58 pour 1000 en 2007 à 51 pour 1000 en 2009[11], soit une réduction de près de 14% en trois ans. Entre 2006 et 2009, près de 545 centres de santé ont été créés à travers le pays. Au niveau de l’éducation, la Bolivie a été déclarée territoire libre d’analphabétisme le 20 décembre 2008 par l’UNESCO avec l’alphabétisation de 824 000 personnes. Près de 1 540 établissements scolaires ont été construits. En ce qui concerne l’enseignement supérieur, trois universités indigènes ont été créées. La pauvreté extrême a été réduite de 6%, passant de 37,8% à 31,8%[12].

Au Nicaragua, le programme « Yo, sí puedo » a permis à l’Unesco de déclarer le pays libre d’analphabétisme en 2009. Grâce à l’ALBA, le Nicaragua a également pu résoudre sa grave crise énergétique qui provoquait parfois des ruptures de courant 16 heures par jour. Plusieurs hôpitaux intégralement équipés ont été construits à travers le territoire national avec un accès gratuit aux soins pour toute la population, et ils fonctionnent en partie grâce à la présence du personnel médical cubain[13].

En Equateur, l’arrivée au pouvoir de Rafael Correa en 2006 a également entraîné une révolution sociale sans précédent. Ainsi, le budget de la santé est passé de 437 millions de dollars en 2006 à 3,43 milliards en 2010. Le budget de l’éducation est passé de 235 millions en 2006 à 940,7 millions en 2010. Le taux de scolarisation jusqu’au niveau du baccalauréat du quintile le plus pauvre est passé de 30% à 40% entre 2006 et 2010. La couverture du panier de la ménagère est passée de 68% à 89%. La pauvreté a baissé de 7% sur la même période au niveau national et de 13% pour les Afro-équatoriens, sortant ainsi de la pauvreté 700 000 personnes sur les 5 millions d’indigents que comptait la nation en 2006[14]. L’Equateur a prévu d’éradiquer totalement la malnutrition infantile en 2015, et de rejoindre ainsi Cuba, seul pays d’Amérique latine et du Tiers-monde à s’être débarrassé de ce fléau selon l’UNICEF[15].

 L’Équateur a également bénéficié des programmes de solidarité cubaines après l’arrivée de Correa au pouvoir.

La Brigade Henry Reeve

Le 19 septembre 2005, suite à la tragédie engendrée par l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, Cuba a créé la Brigade Henry Reeve[16], un contingent médical composé de 10 000 professionnels de la santé, spécialisé dans les catastrophes naturelles. La Havane avait, à l’époque, offert à Washington d’envoyer 1 586 médecins secourir les victimes, mais s’était heurté au refus du président de l’époque George W. Bush[17].

La Brigade Henry Reeve est notamment intervenue sur plusieurs continents. Ainsi, suite au tremblement de terre qui avait ravagé le Pakistan en novembre 2005, 2 564 médecins se rendirent sur place et portèrent secours aux victimes pendant plus de huit mois. Trente-deux hôpitaux de campagne furent montés et furent ensuite offerts aux autorités sanitaires du pays. Plus de 1 800 000 patients furent soignés et 2 086 vies furent ainsi sauvées. Aucune autre nation au monde n’apporta une aide aussi importante, pas même les Etats-Unis, principal allié d’Islamabad, qui n’établirent que deux hôpitaux de campagne et restèrent sur place huit semaines[18]. Le journal britannique The Independent souligna le fait que la brigade médicale cubaine fut la première à arriver sur les lieux et la dernière à quitter le pays[19].

Antérieurement, après le tsunami qui avait dévasté la région pacifique en 2004, Cuba a dépêché plusieurs missions humanitaires pour porter assistance aux victimes, souvent abandonnées par les autorités locales. Plusieurs zones rurales de Kiribati, du Sri Lanka ou du Timor Oriental dépendent encore de l’aide médicale cubaine[20]. Une école de médecine a même été inaugurée au Timor Oriental afin de former de jeunes étudiants du pays. Les Iles Salomon ainsi que la Papouasie-Nouvelle-Guinée ont sollicité La Havane pour bénéficier d’une aide similaire et signer des accords de coopération[21].

Après le tremblement de terre survenu en mai 2006 à Java, en Indonésie, Cuba a également envoyé plusieurs missions médicales. Ronny Rockito, coordinateur régional indonésien pour la santé, a fait l’éloge du travail des 135 professionnels cubains qui ont installé deux hôpitaux de campagne. Selon lui, leur travail a eu un impact plus important que celui de n’importe quel autre pays. « J’apprécie les équipes médicales cubaines. Leur style est très amical et leur niveau de soins est très élevé. Tout est gratuit et il n’y a aucun soutien de la part de mon gouvernement dans cela. Nous remercions Fidel Castro. Beaucoup de villageois ont supplié les médecins cubains de rester », a-t-il souligné[22].

Le cas le plus récent et le plus emblématique de la coopération médicale cubaine concerne Haïti. Le tremblement de terre de janvier 2010, de magnitude 7, a causé de dramatiques dégâts humains et matériels[23]. Selon les autorités haïtiennes, le bilan, extrêmement lourd, a été d’au moins 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 millions de sans-abris[24]. La brigade médicale cubaine, étant sur place depuis 1998, a été la première à porter secours aux victimes et a soigné près de 40% des victimes[25].

En octobre 2010, des soldats népalais des Nations unies ont introduit par inadvertance le virus du choléra à Haïti. Selon l’ONU, l’épidémie a été découverte par l’équipe médicale cubaine du Docteur Jorge Luis Quiñones. Elle a coûté la vie à 6 600 personnes et en a infecté 476 000 autres, ce qui représente près de 5% de la population sur un total de 10 millions d’habitants. Il s’agissait du taux de choléra le plus élevé au monde selon les Nations unies. Le New York Times souligne dans un reportage le rôle-clé des médecins cubains : « La mission médicale cubaine qui a joué un rôle important dans la détection de l’épidémie est toujours présente à Haïti et reçoit chaque jour la gratitude des donateurs et des diplomates pour sa présence sur les lignes de front et pour ses efforts de reconstruction du système de santé délabré du pays[26] ».

De son côté, Paul Farmer, envoyé spécial de l’ONU, a noté qu’en décembre 2010, lorsque l’épidémie avait atteint son sommet avec un taux de mortalité sans précédent et que le monde avait les yeux rivés ailleurs, « la moitié des ONG étaient déjà parties, alors que les Cubains étaient toujours présents ». Selon le Ministère de la Santé haïtien, les médecins cubains ont sauvé plus de 76 000 personnes dans les 67 unités médicales sous leur responsabilité, avec seulement 272 décès, c’est-à-dire un taux de mortalité de 0,36%, contre un taux de 1,4% dans le reste du pays. Depuis décembre 2010, aucun décès n’est survenu chez les patients soignés par les médecins cubains[27].

 

Une politique solidaire saluée par les Nations unies

Selon le PNUD, l’aide humanitaire cubaine représente proportionnellement au PIB un pourcentage supérieur à la moyenne des 18 nations les plus développées. Le PNUD note dans un rapport que

La coopération offerte par Cuba s’inscrit dans un contexte de coopération Sud-Sud. Elle ne poursuit pas d’objectif lucratif mais elle est au contraire offerte comme l’expression d’un principe de solidarité et, dans la mesure du possible, à partir de coûts partagés. […]. Dans la quasi-totalité des cas, l’aide cubaine a été gratuite, même si à partir de 1977, avec certains pays à hauts revenus, principalement pétroliers, une coopération sous forme de compensation s’est développée. Le développement élevé atteint à Cuba dans les domaines de la santé, de l’éducation et du sport a fait que la coopération a concerné ces secteurs, bien qu’il y ait eu une participation dans d’autres branches comme la construction, la pêche et l’agriculture[28].

L’internationalisme humanitaire mis en place par Cuba démontre que la solidarité peut être un vecteur fondamental dans les relations internationales. Ainsi, une petite nation du tiers-monde aux ressources limitées, et victime d’un état de siège économique sans précédent de la part des Etats-Unis, arrive à dégager les ressources nécessaires pour venir en aide aux plus démunis et offre au monde l’exemple, comme dirait le Héros national cubain José Martí, que la Patrie peut être l’Humanité.

 

 Salim Lamrani


http://www.mondialisation.ca/cuba-ou-la-mondialisation-de-la-solidarite-13/5337424?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=cuba-ou-la-mondialisation-de-la-solidarite-13

 

 

Article initialement publié en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/29161/cuba+ou+a+globalizacao+da+solidariedade+o+internacionalismo+humanitario+.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel



[1] Felipe Pérez Roque, « Discurso del canciller de Cuba en la ONU », Bohemia Digital, 9 novembre 2006.

[2] Ibid.

[3] Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[4] Ibid.

[5] Programa de Naciones Unidas para el Desarrollo, « Objetivos de desarrollo del Milenio en Venezuela », 2011. http://www.pnud.org.ve/content/view/176/169/ (site consulté le 15 février 2013).

[6] Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[7] Programme des Nations unies pour le Développement, Rapport sur le développement humain 2011, Nations unies, New York, 2011, p. 150. http://hdr.undp.org/en/media/HDR_2011_FR_Complete.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[8] Programa de Naciones Unidas para el Desarrollo, « Objetivos de desarrollo del Milenio en Venezuela », 2011. Op. cit.

[9] Fidel Ernesto Vásquez, « Petrocaribe promueve el intercambio justo y equitativo en la región », Partido Socialista Unido de Venezuela, 27 octobre 2011. http://aristobulo.psuv.org.ve/2011/10/27/canpana/petrocaribe-promueve-el-intercambio-justo-y-equitativo-en-la-region/ (site consulté le 15 février 2013).

[10] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Alcanza la ‘Operación Milagro’ en Bolivia más de 600 000 operaciones de la vista », República de Cuba, 29 août 2011. http://www.cubaminrex.cu/Actualidad/2011/Agosto/ALCANZA.html (site consulté le 15 février 2013).

[11] Programme des Nations unies pour le Développement, « Taux de mortalité infantile chez les moins de cinq ans (pour 1000 naissances vivantes), Nations unies, 2011. http://hdrstats.undp.org/fr/indicateurs/57506.html (site consulté le 15 février 2013).

[12] Presidencia de la República, « 100 logros del Gobierno para Bolivia (2006-2009) », Estado Plurinacional de Bolivia, 2010. http://www.presidencia.gob.bo/documentos/logros100.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[13] Mariela Pérez Valenzuela, « ALBA : la justicia de los hechos », Granma, 14 juillet 2009. http://www.granma.cubaweb.cu/secciones/alba/int/2integ32.html (site consulté le 15 février 2013).

[14] Pedro Rioseco, « Ecuador. Destacan logros de Revolución Ciudadana en cuatro años », Prensa Latina, 31 mai 2011.

[15] Presidencia de la República de Ecuador, « En 4 años, Gobierno aspira a declarar Ecuador país libre de desnutrición infantil », El Ciudadano, 27 octobre 2011. http://www.elciudadano.gov.ec/index.php?option=com_content&view=article&id=28336:en-4-anos-gobierno-aspira-declarar-a-ecuador-pais-libre-de-desnutricion-infantil&catid=40:actualidad&Itemid=63 (site consulté le 15 février 2013) ; UNICEF, Progreso para la infancia. Un balance sobre la nutrición, 2011.

[16] Citoyen étasunien devenu Brigadier-Général de l’Ejército Libertador durant la première guerre d’indépendance de Cuba entre 1868 et 1878, qui donna sa vie pour la libération de l’île.

[17] Felipe Pérez Roque, « Discurso del canciller de Cuba en la ONU », Bohemia Digital, 9 novembre 2006.

[18] Ibid.

[19] Nina Lakhani, « Cuban Medics in Haiti Put the World to Shame », The Independent, 26 décembre 2010.

[20] Cubadebate, « Presentan filme sobre cooperación cubana en el Pacífico », 10 novembre 2009.

[21] Tom Fawthrop, « Impoverished Cuba Sends Doctors Around the Globe to Help the Poor », The Syndney Morning Herald, 28 octobre 2006.

[22] Ibid.

[23] Institut national de sciences de l’univers, « Séïsme de Haïti du 12 janvier 2010 », Centre national de la recherche scientifique, 19 janvier 2010. http://www.insu.cnrs.fr/co/terre-solide/catastrophes-et-risques/seismes/seisme-de-haiti-du-12-janvier-2010 (site consulté le 15 février 2013).

[24] Radio Canada, « Le bilan grimpe à 230 000 morts », 10 février 2010. http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/02/10/004-haiti_bilan.shtml (site consulté le 15 février 2013).

[25] Nina Lakhani, « Cuban Medics in Haiti Put the World to Shame », op. cit.

[26] Andrés Martínez Casares, « Cuba Tales Lead Role in Haiti’s Cholera Fight », The New York Times, 7 novembre 2011.

[27] Ibid. Voir également Cuba Debate, « Brigada Médica Cubana en Haití alcanza records mínimos de tasa de letalidad por cólera », 5 mars 2011.

[28] Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf (site consulté le 15 février 2013).

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 20:12
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La mort du jeune Palestinien Arafat Jaradat est un crime d’Etat. La première main est celle des bourreaux, qui ont tué sous la torture ; la seconde, qui est la principale responsable, est celle des dirigeants politiques qui organisent cette gestion du sereine du crime.

1/ Regardons les faits

La vie

Arafat Jaradat était un Palestinien âgé de 30 ans, père de deux enfants : Yara, 4 ans, et Mohammed, 2 ans. Il vivait à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, territoire de Palestine occupée. Il était en bonne santé. C’était un militant du Fatah.

L’arrestation

Il a été arrêté par les services israéliens le 18 février, à la suite d’incidents du 18 novembre 2012, où des heurts avaient eu lieu près de la colonie de Kiryat Arba, à proximité d’Hébron. Un Israélien avait été blessé par des jets de pierre.

L’épouse d’Arafat, Dalal, a déclaré à l’agence Ma’an que l’officier du renseignement israélien avait ramené son mari un moment à son domicile, juste après son arrestation, et qu’il lui avait dit de dire adieu à ses enfants : « Pour cette raison, j’étais très inquiète. Mon mari a été arrêté plusieurs fois auparavant, mais cette fois, l’agent israélien du renseignement a parlé d’une façon étrange ».

Le transfert en Israël

Il a été emmené à la prison d’al-Jalama, dans le Nord de la Cisjordanie, avant d’être transféré à la prison Megido en Israël. Il était sous le contrôle du Shin Bet, le service de la sécurité intérieure israélien.

La mort

Il est décédé dans cette prison samedi 23.

La preuve de la torture

Le corps d’Arafat Jaradat a été autopsié dimanche au Centre national médico-légal d’Israël. Selon le Shin Bet, le jeune homme a été « victime d’un malaise » samedi après le déjeuner. Le ministère israélien de la Santé a estimé que les premières constatations n’étaient « pas suffisantes » pour déterminer la cause de la mort.

Une autopsie a été pratiquée au retour du corps en Palestine. Issa Qaraqaë, le ministre palestinien des prisonniers, a divulgué des détails de l’expertise, mentionnant des blessures et des contusions sur le dos et à la poitrine, des traces de torture sur le haut de l’épaule gauche ainsi que deux côtes cassées. « Les résultats de l’autopsie prouvent qu’Israël l’a assassiné », a déclaré le ministre.

2/ Que dit le droit ?

L’occupation et la résistance

La Cisjordanie est un territoire palestinien sous occupation militaire israélienne depuis 1967. La Palestine est un pays souverain, et l’occupation militaire légitime la résistance. C’était valable pour la France de Jean Moulin, c’est valable pour la Palestine et c’est valable pour toutes les occupations militaires.

La violation de la IV° Convention de Genève

Le droit est bien connu, car c’est celui défini par la 4° Convention de Genève de 1949. Sur tous les points en cause dans cette affaire, le texte reprend des règles existantes depuis le Règlement de la Haye de 1907, précisées par le Protocole additionnel de 1979, reposant sur maintes décisions de justice, et reprises dans le Statut de la CPI. Ces règles sont tellement sûres qu’elles sont considérées comme faisant partie de la coutume internationale, laquelle est opposable aux Etats n’ayant pas ratifié les traités.

Israël n’avait pas le droit de transférer Arafat Jaradat sur son territoire

La puissance militaire occupante ne peut arrêter, juger et emprisonner les ressortissants de la puissance occupée qu’à condition de rester sur le territoire occupé. C’est l’article 49 de la 4° Convention de Genève : « Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre Etat, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif ». Tout transfert de prisonnier est illicite et constitue un crime de guerre (CPI, art. 8, 2, b, viii). Or, c’était le cas pour Arafat Jaradat, mais c’est le cas pour les 5000 prisonniers, ce qui rend toutes ces détentions irrévocablement illégales et désigne les dirigeants politiques comme principaux responsables.

Israël n’avait pas le droit de confier les interrogatoires au Shin Bet

C’est le Shin Bet, le service de la sécurité intérieure israélien, qui interrogeait Arafat Jaradat, et qui a annoncé son décès. Cela signifie que l’arrestation, la détention et l’accusation se joue sans le contrôle d’un juge. Or, même en temps d’occupation, la privation des règles du procès équitable est un crime de guerre. (CPI, art. 8, 1, a, vi). C’est une règle de jus cogens, indérogeable (CEDH Golder ; CIADH, Goiburú ; TPIY, Tadic).

Le Shin Bet n’a aucun droit de recourir à la torture

La torture comme cause de la mort est établie par l’autopsie pratiquée en Palestine, et elle est la seule cause possible. Il faut un cynisme infini pour évoquer un malaise après le déjeuner… La torture des prisonniers est interdite, comme tous les traitements inhumains, et aucun fait ne peut justifier le recours à la torture. C’est en toutes circonstances un crime (Art. 3 commun aux quatre conventions de Genève ; CPI, art. 8, 1, a, ii ; TPIY, Furundzija, 1998 ; CEDH, Selmouni, 1999). La France peut juger les faits grâce à un régime de compétence universelle (CEDH, Ould Dah, 2009). En Israël, c’est une méthode d’enquête reconnue, ce qui engage la responsabilité des responsables politiques, dont le ministre de la défense, compétent pour les prisons israéliennes où sont détenus les Palestiniens.

Les dirigeants israéliens n’avaient aucun droit de procéder à une autopsie

Les services israéliens n’ayant aucun droit pour transférer Arafat Jaradat chez eux, tout ce qu’ils ont pu faire, dont l’autopsie, est illicite. De même, ils ne pouvaient procéder d’autorité à l’autopsie sans demander l’avis de la famille, et sans processus judiciaire respectant les principes du droit. C’est une violation du cadavre (CPI, art. 8, 2, b, xxi).

* * *

Arafat Jaradat sera inhumé ce lundi matin dans son village natal de Sa’ir, à côté d’Hébron.

Gilles DEVERS

 

http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2013/...

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 19:51

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Intervention du leader historique de la Révolution Cubaine,

le Commandant en Chef Fidel Castro Ruz,

durant la Session de Constitution de la VIII° Législature

de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire.

 


Chers compañeros,


Je suis profondément reconnaissant envers le geste noble du peuple qui m’a élu député à l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire.de Cuba.

L’intervention d’aujourd’hui ne prendra pas beaucoup de temps, de même que n’occupera pas beaucoup d’espace ce siège honorable de député, et cela non par faute de volonté mais à cause des impératifs de la nature.

Jamais je n’aurais pensé que mon existence se prolongerait aussi longtemps et que l’ennemi serait aussi peu adroit dans ses tentatives pour éliminer un ennemi décidé à lutter.

Dans ce combat inégal, notre peuple a fait la preuve de son ahurissante capacité à résister et à vaincre. Oui ! Chacune des années de résistance entre 1959 et 2013 a été une victoire que notre pays a le droit de proclamer !

Nous ne nous battons pas pour la gloire ou les honneurs ; nous nous battons pour les idées que nous considérons comme justes, celles auxquelles des millions de Cubains, héritiers d’une longue liste de prédécesseurs, ont consacré leur jeunesse et leur vie. Un chiffre dit tout : le nombre des Cubains qui ont rempli avec abnégation des missions dictées par l’internationalisme s’élève à 80 000. Sachant qu’au triomphe de la Révolution en 1959, nous atteignions les 7 000 000 d’habitants, on peut mesurer la signification d’un tel effort.

Ceci, cependant, ne dit pas tout. En Octobre 1962, le pays allait devenir un champ de bataille nucléaire. Un an et demi avant, en Avril 1961, une expédition de mercenaires, entraînée, armée et encadrée par la Marine des États-Unis, a débarqué dans la Baie des Cochons et était sur le point de provoquer une guerre sanglante qui aurait coûté à l’envahisseur d’Amérique du Nord des centaines de milliers de vies - je le dis sans exagération - et à notre pays la destruction et des pertes humaines réellement incalculables.

Nous avions alors environ 400 000 armes et nous savions comment nous en servir.

En moins de 72 heures la foudroyante contre-attaque révolutionnaire a évité cette tragédie, autant à Cuba qu’aux populations des Etats-Unis.

Nous avons été victimes de la "guerre sale" pendant longtemps, et 25 ans après la Crise d’Octobre, des troupes issues de l’Internationale défendaient l’Angola contre les envahisseurs racistes Sud-Africains, munis à cette époque d’armes nucléaires dont la technologie et les parties principales étaient fournies par Israël avec la bénédiction des États-Unis. A cette occasion la victoire de Cuito Cuanavale et l’avancée qui suivit donna de l’audace tant aux forces Cubaines qu’Angolaises, équipées des moyens aériens, anti-aériens et de l’organisation adéquate pour libérer les territoires encore occupés par les envahisseurs. Et elles mirent en déroute l’Afrique du Sud à qui il ne restait plus d’autre choix que d’abandonner ses ambitions nucléaires et de s’asseoir à la table des négociations. L’odieux système raciste avait cessé d’exister.

Entre toutes choses, nous avons mené une Révolution en profondeur que, partant de zéro, notre peuple a été capable de réaliser. Aux premiers noyaux révolutionnaires s’en sont ajouté d’autres. Nous étions unis par l’envie de nous battre et la douleur d’avoir sous les yeux la tragédie de notre pays face à la brutalité d’un coup d’état. Tandis que les uns nourrissaient l’espoir d’un futur qu’ils voyaient encore lointain, nous autres réfléchissions à la nécessité de provoquer un saut dans l’histoire.

Entre le coups d’état du 10 Mars 1952 et celui du 1º Janvier 1959, il ne s’est passé que 6 ans et 296 jours ; pour la première fois dans notre Patrie le pouvoir était laissé totalement aux mains du peuple.

La bataille a alors commencé contre l’ignorance politique et les principes anti-socialistes que l’Empire et la bourgeoisie avaient répandus dans notre pays.

La lutte des classes déclenchée à quelques miles du siège de l’Empire a été l’école politique la plus efficace qu’ait jamais eue un pays ; je parle d’une école qui a ouvert ses portes il y a plus de 50 ans. Hommes, femmes, depuis les fondateurs jusqu’aux gens qui avaient beaucoup plus d’années, nous avons tous été élèves de cette école.

Cependant la grande bataille qui s’impose, selon ce que me disait Raúl il y a quelques jours, c’est la nécessité d’une lutte énergique et sans trêve contre les mauvaises habitudes et les erreurs que commettent quotidiennement dans divers domaines nombre de citoyens, même militants.

L’humanité est entrée dans une époque unique de son histoire. Les dernières décennies n’ont aucun rapport avec les milliers de siècles qui les ont précédées.

En 2011, la population mondiale est arrivée à 7 000 millions d’habitants, ce qui constitue un chiffre alarmant. Rien qu’en deux siècles, la population mondiale a été multipliée par sept, atteignant un rythme en besoins alimentaires vitaux auquel la science, la technologie et les ressources naturelles sont bien loin de parvenir.

On peut faire des tonnes de calculs, parler de Malthus ou de l’Arche de Noé, il suffit de savoir ce qu’est un gramme et ce que produit un hectare en aliments pour en tirer soi-même ses conclusions.

Peut-être que le Premier Ministre Anglais ou bien le président Obama auraient la réponse pour prolonger de quelques jours la vie humaine, pour multiplier les pains et les poissons, ainsi que des paroles magiques pour persuader les Africains, les habitants de l’Inde, d’Amérique Latine et de tous les pays du tiers-monde de se passer de blé ?

Il y a deux jours, une agence internationale rapportait qu’un multimillionnaire Américain, Dennis Tito, avait dépensé plus de 20 000 000 de dollars pour payer son voyage à la Station Spatiale Internationale où il est resté plusieurs jours en 2011.

A présent Tito, qui a l’air d’être un vrai fanatique de l’exploration spatiale, est en train d’envisager les détails de son arrivée sur la planète Mars. Le voyage durera 501 jours. Ça, c’est profiter de la plus-value ! Pendant que les pôles se désagrègent à toute vitesse, que le niveau de la mer monte à cause des changements climatiques et s’apprête à inonder de grandes surfaces en quelques dizaines d’années. Et tout ceci en supposant qu’il n’y aura pas de guerres et que les armes sophistiquées qui sont fabriquées à un rytme accéléré ne seront jamais utilisées. Qui comprend ?

Je conclurai, pour respecter ma promesse d’être bref, par ces paroles de salutation à notre Assemblée Nationale :

Au moment du 118° anniversaire du Grito de Baire  et du 160° anniversaire de la naissance de notre Héros National,  je souhaite rendre hommage au révolutionnaire, anti-impérialiste et bolivarien qui a semé dans notre jeunesse les premières graines du devoir.

Merci beaucoup !

 

 

Publié le 25 Février 2012 sur Cubadebate

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 19:48

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http://www.juliensalingue.fr/article-en-librairie-israel-un-etat-d-apartheid-115108402.html

 

 

 

 

Le texte qui suit est l'une des contributions que j'ai rédigées pour l'ouvrage  "Israël, un État d'apartheid ? Enjeux juridiques et politiques", dont on trouvera une présentation et le sommaire en cliquant sur la couverture ci-contre. Le livre est disponible auprès de vos libraires habituels, ou il peut être commandé en ligne sur le site des éditions L'Harmattan. Une première présentation de l'ouvrage est organisée le 23 février prochain à la Librairie Résistances (Paris 17ème). 

 

 

 

« La justice est sujette à dispute. Le force est très reconnaissable et sans dispute. Aussi on n'a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu'elle était injuste, et a dit que c'était elle qui était juste. Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste » [1].

 

 

 À l’instar des autres contributions de l’ouvrage, l’objet de ce texte n’est pas d’assimiler, a priori, la politique israélienne à l’égard des Palestiniens à l’Apartheid tel qu’il était organisé en Afrique du Sud. Il s’agit plutôt d’interroger les pratiques de l’État d’Israël en les confrontant à une catégorie juridique précisément définie dans le droit international (« crime d’apartheid »), afin de les éclairer sous un jour nouveau. Je me concentrerai ici sur la situation des habitants des territoires occupés, en m’intéressant à une dimension souvent négligée de l’occupation israélienne, à savoir le régime juridique d’exception permanent imposé aux Palestiniens.

 

Si les effets de l’occupation israélienne sur la vie quotidienne des habitants de Gaza et de Cisjordanie ont été largement documentés[2], et si le système des tribunaux militaires israéliens a lui aussi été étudié[3], un aspect pourtant singulier de l’administration de la Cisjordanie et, jusqu’en 2005, de la Bande de Gaza, a été trop souvent ignoré : la colonisation des territoires palestiniens et la présence toujours plus importante de citoyens israéliens dans lesdits territoires a conduit, de facto, à la mise en place de mécanismes juridiques et judiciaires institutionnalisant un traitement différencié des auteurs de crimes et délits en fonction de leur origine nationale.  

 

C’est sur ce traitement différencié que j’entends revenir ici. Il s’agira dans un premier temps d’opérer un « retour aux sources », en étudiant les conditions et les causes de l’émergence de ce double système juridique. Dans un deuxième temps, je tenterai de décrire plus précisément ce système, en interrogeant notamment son caractère discriminatoire. Enfin, je conclurai cette contribution en questionnant la pertinence de l’approche de la situation des Palestiniens dans les territoires occupés par la mise à l’épreuve du concept d’apartheid, en expliquant pourquoi une telle approche contribue, ou non, à enrichir l’analyse.

 

I) L’occupation : de l’oppression à la discrimination

 

Au terme de la guerre de juin 1967, qui se solde par la défaite historique des armées arabes face à l’État d’Israël, ce dernier occupe le Sinaï, le Golan, Jérusalem, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Dans ces deux dernières régions, les autorités israéliennes établissent une administration militaire, en charge de la gestion de territoires dans lesquelles ne résident à l’époque aucun citoyen israélien. Ce sont en revanche plus d’un million de Palestiniens qui demeurent dans ces zones nouvellement conquises, signe que l’exode massif de 1947-1949 ne s’est pas reproduit. En effet, alors que 800.000 Palestiniens s’étaient exilés durant cette période, soit 80% de la population arabe résidant au sein du nouvel État d’Israël, ce sont « seulement »[4] 250.000 personnes qui fuient Gaza et la Cisjordanie en 1967, soit 20% des habitants des deux zones. Ces chiffres ont leur importance puisqu’ils sont l’un des facteurs expliquant pourquoi Israël n’annexe pas formellement Gaza et la Cisjordanie : une telle annexion induirait en effet l’intégration d’un million de Palestiniens supplémentaires au sein de l’État d’Israël, ce qui reviendrait, quand bien même les habitants des territoires conquis en 1967 auraient un statut de sous-citoyens, à remettre en question le caractère juif de l’État[5].

 

Un organe spécifique est donc établi, qui se nomme aujourd’hui « Administration civile »[6] (bien qu’il soit géré par des militaires), responsable devant les institutions israéliennes[7], chargé d’administrer les territoires occupés au moyen d’ordres militaires. Depuis 1967, ce sont ainsi pas moins de 2.500 ordres militaires qui ont été émis en Cisjordanie et à Gaza. S’ils ne sont plus en vigueur à Gaza depuis le « retrait unilatéral » de l’été 2005, plusieurs centaines d’entre eux ont toujours force de loi en Cisjordanie. Les ordres militaires gouvernent l’ensemble des aspects de la vie quotidienne des Palestiniens sous occupation, et concernent les domaines les plus essentiels comme les plus inattendus. Après 1967, de l’accaparement des ressources en eau[8] aux confiscations de terres[9] en passant par la prise de contrôle des banques[10], les ordres militaires permettent ainsi aux autorités israéliennes d’asseoir leur emprise sur la Cisjordanie et Gaza. La création de toute nouvelle entreprise est alors soumise à l’approbation de la puissance occupante[11], tout comme l’enregistrement de toute nouvelle marque[12] ou la plantation d’arbres fruitiers[13]. Les ordres militaires permettent aussi de contrôler strictement la « vie politique » palestinienne, avec entre autres l’ordre 101, qui interdit tout rassemblement de plus de dix personnes[14], la mise en place d’une censure de la presse palestinienne[15] ou l’ordre 1079, qui établit une liste de plus de 1.000 textes interdits de publication dans les territoires occupés, parmi lesquels… les résolutions des Nations Unies concernant la Palestine. Certains ordres sont assez inattendus et témoignent du degré de contrôle des autorités militaires sur la vie quotidienne des Palestiniens, comme l’ordre 818, qui réglemente le type et la quantité de plantes décoratives dans les propriétés palestiniennes, ou l’ordre 96, qui interdit le transport de biens ou de marchandises à dos d’âne. Certains de ces ordres ont, depuis, été abrogés, mais ils indiquent le type de régime qui se met en place à partir de l’occupation de 1967.

 

Pour faire respecter ces réglementations, un système judiciaire est mis en place, systématisé dans l’ordre 378 (1970)[16]. Le commandement militaire peut établir des tribunaux militaires, avec des procureurs et des juges qu’il nomme lui-même, et dont le fonctionnement diffère très nettement des tribunaux civils israéliens. Ainsi, ces tribunaux peuvent se réunir à huis clos, et se réservent le droit de ne pas produire publiquement les témoignages et/ou les preuves incriminant les accusés. Les procureurs instruisant à charge, les accusés doivent, à l’inverse, apporter la preuve de leur innocence. Sans formuler aucune accusation, les tribunaux peuvent demander une détention de l’accusé, d’une durée de six mois, et renouvelable à l’infini[17]. Enfin, si le commandement militaire est en désaccord avec le verdict d’un procès, il peut demander son annulation et exiger un nouveau procès avec un autre juge. Il se réserve en outre la possibilité de prononcer lui-même, dans certaines circonstances, la sentence[18].

 

Un tel système judiciaire n’est pas une exception dans l’histoire des occupations territoriales et des dominations coloniales. De nombreux autres États ont établi des législations similaires, à l’instar de la Grande-Bretagne en Irlande du Nord : le Special Powers Act (1922) a ainsi permis au gouvernement britannique de donner aux autorités locales les pouvoirs, entre autres, de procéder à des internements sans procès, à des perquisitions sans mandat, d’interdire certains médias, de suspendre manifestations et rassemblements, de réunir des tribunaux sans jury ou de suspendre le droit des accusés à bénéficier d’un avocat. Mais le cas qui nous concerne a ceci de spécifique qu’il s’agit d’un territoire qui n’est pas administrativement intégré aux « frontières »[19] de l’État dominant, mais au sein duquel des citoyens dudit État vont progressivement venir s’installer. En effet, dès 1968, les premières colonies israéliennes sont établies en Cisjordanie, notamment dans la Vallée du Jourdain et à Hébron. Ce mouvement de colonisation connaîtra des rythmes divers, avec une première phase assez lente et une accélération notable à partir de l’élection, en 1977, du gouvernement Likoud dirigé par Menahem Begin, mais il pose, dès ses origines, une question essentielle : quel sera le régime juridique appliqué aux colons ?

 

En effet, le système que nous venons de décrire, s’il peut être considéré comme oppressif, n’est pas, à proprement parler, discriminatoire. Il s’applique en effet à l’ensemble des Palestiniens résidant en Cisjordanie et à Gaza qui, dans la mesure où ils ne bénéficient pas de la citoyenneté israélienne, ne sont pas victimes, au sens strict, d’une politique discriminatoire. C’est la colonisation qui va changer, qualitativement, la donne, en ajoutant à l’oppression la discrimination, et en systématisant cette dernière. Les colons sont en effet des citoyens israéliens qui s’installent dans des territoires qui ne sont pas considérés comme étant partie intégrante de l’État d’Israël et qui sont, en conséquence, soumis à un régime juridique et judiciaire spécifique. Si elles souhaitent que ces populations échappent au régime militaire, les autorités israéliennes doivent mettre en place une législation parallèle, qui ce concerne que les colons et qui porte donc en elle non seulement le principe de la discrimination mais, qui plus est, son institutionnalisation.

 

II) L’institutionnalisation des discriminations

 

Le développement des colonies transforme progressivement les « territoires palestiniens » en zones dans lesquelles coexistent, à défaut de cohabiter, des citoyens israéliens et des Palestiniens. Or ce sont les « zones » géographiques qui sont sous administration israélienne, d’après les textes constituant le gouvernement militaire, et non les Palestiniens qui y résident. La logique juridique voudrait donc que les colons, au fur et à mesure qu’ils viennent s’installer en Cisjordanie et à Gaza, soient eux aussi soumis aux ordres militaires et, en cas d’infraction, traduits devant les tribunaux militaires. Pour éviter une telle configuration, qui ne manquerait pas de susciter des conflits entre colons et administration, et qui découragerait les candidats à « l’implantation » dans les territoires palestiniens, les autorités israéliennes vont établir un statut d’exception pour les colons, qui va reposer sur deux principaux outils juridiques : une extension de la législation israélienne, sur une base territoriale, aux colonies juives des territoires occupés ; l’application de la loi israélienne, in personam, aux colons.

 

Le premier dispositif sur lequel se fonde la dualité du système juridique en vigueur dans les territoires occupés est en effet l’attribution d’un statut spécial, sur une base géographique, aux colonies. Ce sont notamment les ordres 783 et 892 (1979 et 1981) qui encadrent ce statut particulier, en offrant au commandement militaire la possibilité de permettre aux autorités des colonies (municipalités et conseils régionaux) d’appliquer plusieurs dizaines de lois israéliennes, et non les ordres militaires. Les lois en vigueur en Israël ne s’appliquent donc pas directement dans les colonies, mais l’administration militaire des territoires occupés joue un rôle d’interface entre législation israélienne et territoires des colonies. De plus, des tribunaux locaux, ainsi que des tribunaux rabbiniques, sont établis au sein des colonies, qui sont en charge de certains litiges opposant les colons entre eux. Si, comme le fait remarquer Amnon Rubinstein, de tels mécanismes contribuent à brouiller les « frontières » entre Israël et les territoires occupés[20], force est de constater qu’ils créent en outre des enclaves territoriales extra-légales au sein desdits territoires, qui ne sont pas sujettes aux ordres et aux tribunaux militaires. Ces enclaves bénéficient, qui plus est, d’un certain nombre de services dont les Palestiniens sont exclus, fournis notamment par les Ministères de l’Éducation, de la Santé, de l’Environnement ou de l’Agriculture.

 

Le second dispositif qui encadre la dualité juridique entre colons et Palestiniens est l’attribution d’un statut de citoyen « extra-territorial » aux résidents des colonies. La seule base territoriale ne permet pas, en effet, de contourner les ordres et les tribunaux militaires, dans la mesure où les colons pourraient se rendre coupables d’infractions à l’extérieur des colonies et des zones qui y sont annexées. C’est pourquoi de nombreuses lois votées à la Knesset mentionnent explicitement le fait qu’elles s’appliquent non seulement en Israël mais qu’elles concernent aussi les Israéliens résidant dans les territoires occupés. Dans le domaine pénal, la plus significative d’entre elles est une loi adoptée en 1977[21], « qui autorise les tribunaux pénaux israéliens à juger les Israéliens suspectés d’avoir commis des infractions pénales en Cisjordanie[22] sur le base du code pénal et des procédures pénales de l’État d’Israël »[23]. Le texte explique ainsi que « le tribunal en Israël aura l’autorité pour juger, au regard de la loi en vigueur en Israël, (…) un Israélien pour son acte ou manquement s’il se produit dans le territoire du Conseil Palestinien [l’Autorité Palestinienne]. Cette régulation ne s’applique pas à une personne qui, au moment de l’acte ou du manquement, était un résident de la région [la Cisjordanie] ou un résident des territoires du Conseil Palestinien, et qui n’est pas israélien »[24]. La législation permet non seulement aux colons israéliens d’être jugés par les tribunaux réguliers de l’État d’Israël, mais elle exclut de plus de facto les non-Israéliens, en l’occurrence les Palestiniens.  

 

Depuis les Accords d’Oslo, la juridiction territoriale des tribunaux militaires israéliens se réduit, en théorie, aux zones B et aux zones C[25], et donc aux crimes qui y sont commis et aux individus qui y résident. En effet, les zones A étant sous le contrôle de l’AP, c’est elle qui est, en théorie, chargée de juger les infractions qui y sont commises. Mais l’ordre 1651 (2009) précise des exceptions à cette limitation de la juridiction des tribunaux militaires : « Le tribunal militaire est autorisé à juger (…) une personne qui a commis un acte criminel à l’intérieur de la zone A, [si cet acte] vise ou contribue à nuire à la sécurité de la région [la Cisjordanie] »[26]. De même, un Palestinien accusé d’avoir commis, ou participé à la commission d’un crime en Israël, peut tomber sous la juridiction des tribunaux militaires : « Le tribunal militaire est autorisé à juger (…) une personne qui a commis un acte criminel hors de la région [la Cisjordanie] qui constituerait un crime s’il était commis dans la région et si l’acte vise ou contribue à nuire à la sécurité de la région ou l’ordre public »[27]. Les Accords d’Oslo et les « transferts de compétences » à l’AP n’ont donc pas bouleversé la structure qui s’est mise en place après 1967, puisque les autorités militaires israéliennes se réservent le droit d’arrêter des personnes vivant dans les zones A et de les juger même si l’acte répréhensible a été commis dans lesdites zones.

 

Il existe donc, aujourd’hui encore, un double statut pénal, à l’intérieur même de la Cisjordanie, correspondant à une séparation, sur des critères nationaux, entre deux populations résidant pourtant dans la même entité territoriale. Cette séparation se double d’inégalités de traitement, puisque comme le rappelle Amnesty International dans un rapport daté de 2006, la législation militaire est « moins protectrice » que la législation israélienne « normale »[28]. C’est ainsi qu’un Palestinien arrêté en Cisjordanie et suspecté d’homicide involontaire pourra être retenu huit jours avant d’être traduit devant un juge militaire, maintenu en détention « provisoire » pendant une durée indéfinie[29] et condamné à une peine pouvant aller jusqu’à la prison à perpétuité. Un colon suspecté du même crime sur le même territoire devra, en vertu de la loi israélienne, être traduit devant un juge (civil) au maximum 24 heures après son arrestation, et ne pourra pas être condamné à une peine excédant 20 ans de prison. Le double standard juridique est ici manifeste, qui confirme qu’à la séparation s’ajoute la discrimination. Les statistiques de l’activité des tribunaux militaires israéliens sont à cet égard éloquents : en 2010, ce sont pas moins de 9.542 Palestiniens qui ont été déférés devant la « justice militaire » israélienne, avec un taux de condamnation de 99.74%[30].

 

III) De l’intérêt du recours au paradigme de l’apartheid

 

La confrontation de la politique israélienne en Cisjordanie avec les traits fondamentaux de l’apartheid, et notamment le caractère institutionnalisé des discriminations et de l’oppression[31] permet donc d’aller au-delà de la description et de l’analyse de l’occupation comme étant intrinsèquement « violente » ou « arbitraire ». La dualité juridique à l’œuvre en Cisjordanie, qui repose sur le principe de la séparation entre résidents palestiniens et israéliens, témoigne en effet d’une institutionnalisation des discriminations dans un territoire qui demeure sous occupation israélienne. En fonction de leur origine nationale, les habitants de Cisjordanie soupçonnés d’avoir commis des infractions ne sont pas sujets aux mêmes lois et aux mêmes tribunaux[32], quand bien même ceux-ci sont sous la responsabilité du même État, à savoir Israël. La séparation ainsi opérée est un indice du caractère structurel des discriminations au sein des territoires occupés, assumées et légalisées par les autorités israéliennes.

 

En dernière analyse, cette dualité n’est que la projection juridique et judiciaire des contradictions inhérentes au sionisme politique et au projet d’établissement d’un « État des Juifs » dans une région très majoritairement peuplée de non-Juifs[33]. La logique d’inclusion territoriale et d’exclusion démographique porte en effet en elle, à partir du moment où l’ensemble des résidents indigènes n’ont pas quitté la Palestine, la constitution de catégories de citoyens de seconde classe[34] et de sujets sans citoyenneté. Il en résulte en effet une situation apparemment paradoxale : force est en effet de constater que les Palestiniens de Cisjordanie sont eux aussi, à bien des égards, des sous-citoyens de l’État d’Israël. Certains auteurs peu suspects d’antisionisme vont ainsi jusqu’à souligner que ce qui constitue, selon eux, l’une des principales différences de traitement entre les Palestiniens et les colons, est le fait que ces derniers aient le droit, en vertu de la loi électorale de 1968, de voter aux élections israéliennes : « nous devons relever l’extension, sur une base personnelle, de la loi électorale israélienne, qui affirme que les Israéliens qui résident dans les territoires placés sous la responsabilité des Forces de Défense Israéliennes (FDI) pourront voter dans leur lieu de résidence. (…) [Cette loi] permet aux colons israéliens des territoires occupés de participer au choix du gouvernement qui administre ces territoires en tant que puissance occupante, alors que les résidents palestiniens des mêmes territoires, qui sont sujets aux actions du même gouvernement, ne prennent pas part à ce choix »[35].

 

Les Palestiniens des territoires occupés demeurent en effet, à plus d’un titre, et ce malgré la fiction de « l’autonomie palestinienne », des sujets de l’État d’Israël. Il est ainsi significatif de noter que les permis de circulation à l’intérieur des territoires occupés demeurent, aux côtés des autorisations d’entrée en Israël, sous la seule responsabilité de l’administration israélienne. À la fin de l’année 2011, ce sont ainsi pas moins de 101 permis différents qui organisaient les déplacements des Palestiniens, en fonction de leur lieu de résidence, de leur âge, de leur profession, de leur sexe, de leur situation maritale, etc[36]… Un exemple qui illustre, à l’instar des tribunaux militaires, à quel point la vie quotidienne des Palestiniens demeure rythmée et organisée par des décisions israéliennes, quand bien même l’AP a hérité, depuis les Accords d’Oslo, de nombreuses « compétences »[37]. L’occupation israélienne ne se résume pas à une situation d’oppression, elle est également productrice de normes juridiques discriminatoires dans la mesure où elle s’applique différemment selon l’origine nationale des habitants des territoires occupés. L’interrogation du paradigme d’apartheid permet ainsi d’établir que l’occupation militaire et les discriminations institutionnalisées ne se confondent pas, quand bien même elles peuvent être considérées comme les deux faces d’une même politique. L’inscription dans la durée de l’occupation, doublée de la politique d’implantation de colons dans les territoires occupés, ont conduit au développement légalisé des discriminations et abouti à une situation complexe mais familière : un seul pouvoir réel, deux populations imbriquées, une unification territoriale de facto, mais une législation différenciée selon des critères nationaux, et des enclaves territoriales soumises à des régimes politiques et juridiques distincts.



[1] Pascal, Pensées (1670).

[2] Voir notamment l’excellente synthèse de Neve Gordon, Israel’s Occupation, Berkeley, University of California Press, 2008, et l’ouvrage collectif dirigé par Adi Ophir, Michal Givoni et Sari Hanafi, Power of Inclusive Exclusion : Anatomy of the Israeli Rule in the Occupied Palestinian Territories, New York, Zone Books, 2009.

[3] Voir notamment Lisa Hajjar, Courting Conflict : the Israeli Military Court System in the West Bank and Gaza, Berkeley, University of California Press, 2005. Pour une étude plus synthétique, on pourra également se reporter à Sharon Weill, « The judicial arm of the occupation : the Israeli military courts in the occupied territories », International Review of the Red Cross, vol. 89, n°866, juin 2007, p. 395-420.

[4] Il ne s’agit pas ici de relativiser la tragédie des réfugiés de 1967, mais d’établir que la proportion d’exilés est beaucoup plus faible qu’en 1947-1949.

[5] L’annexion aurait en effet amené les Palestiniens à représenter plus d’un tiers des habitants de l’État d’Israël.

[6] « Gouvernement militaire » jusqu’en 1981, « Administration civile » par la suite.

[7] L’administration militaire est rattachée à la Coordination des Activités Gouvernementales dans les Territoires Occupés (COGAT), une unité du Ministère de l’Intérieur israélien.

[8] Ordres 92, 158, 291, entre autres. Les numéros correspondent aux ordres émis pour la Cisjordanie. La plupart ont un équivalent, sous un autre numéro, à Gaza.

[9] Ordres 58, 59, 291, 321, 364, 1.091, entre autres.

[10] Ordre 45.

[11] Ordre 267, modifié par les ordres 362 et 398.

[12] Ordre 379, modifié par l’ordre 398.

[13] Ordre 1015.

[14] Sauf si les autorités militaires en sont averties à l'avance et ont les noms de l'ensemble des participants…

[15] Les autorités militaires reprennent à leur compte la législation d’urgence adoptée par les Britanniques en 1945, en l’occurrence les articles 86 à 101.

[16] La dernière mise à jour des « directives sécuritaires » date de 2009, avec l’ordre 1651 (« Order Regarding Security Directives (Judea and Samaria) »), qui reprend, complète et/ou remplace les ordres précédents, dont l’ordre 378.

[17] C’est ce que l’on appelle la « détention administrative », toujours en vigueur.

[18] Articles 44 et 50 de l'ordre 378.

[19] Rappelons ici que l’État d’Israël n’a toujours pas, à ce jour, de frontières déclarées. D’où l’utilisation des guillemets.

[20] Amnon Rubinstein, « The Changing Status of the "Territories" (West Bank and Gaza) : From Escrow to Legal Mongrel », Tel Aviv University Studies in Law, vol. 8, 1988, p. 59-80.

[21] « The Extension of Power of Emergency Regulations Law (Judea and Samaria and the Gaza Strip – Adjudication of Offences and Legal Aid) », votée en 1977 et régulièrement amendée depuis.

[22] Et, jusqu’en 2005, à Gaza. 

[23] Middle East Project of the Human Sciences Research Council of South Africa,  Occupation, Colonialism, Apartheid ? A re-assessment of Israel’s practices in the occupied Palestinian territories under international law, mai 2009, p. 107.  

[24] The Extension of Power of Emergency Regulations Law, op. cit, section 2. C’est moi qui souligne.

[25] Les Accords de Taba (« Oslo II », septembre 1995) ont divisé les territoires palestiniens en zones aux statuts divers : les zones A (18% de la Cisjordanie en 2011) sont sous la seule responsabilité de l’AP, les zones B (21%) sont le lieu d’un partage des responsabilités, et les zones C (61%) sont sous la seule responsabilité israélienne.

[26] Ordre 1659, article 10.F.

[27] Ibid, article 10.E.

[28] Amnesty International, Israël et Territoires occupés : note au Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale, 2006.

[29] Cf supra.  

[30] Chaïm Levinson, « Nearly 100% of all military court cases in West Bank end in conviction », Haaretz, 29 novembre 2011.

[31] Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, Article 7, 2, h.

[32] Je n’évoque pas ici les tribunaux palestiniens, mais les tribunaux civils et militaires israéliens.

[33] Voir à ce propos la contribution de Céline Lebrun, infra.

[34] Je me permets ici de renvoyer aux autres contributions de l’ouvrage revenant sur les cas des Bédouins, des Palestiniens de Jérusalem ou des Palestiniens d’Israël. Voir, respectivement, les contributions d’Irène Steinert, de Ben Scribner et de Layla Damiri et Céline Lebrun.

[35] Orna Ben-Naftali, Aeyal Gross et Keren Michaeli, « Illegal Occupation : The Framing of the Occupied Palestinian Territory », Berkeley Journal of International Law, vol. 23, n°3, 2005, p. 551-614 (p. 584-585).

[36] Chaïm Levinson, « Israel has 101 different types of permits governing Palestinian movement », Haaretz, 26 décembre 2011. Inutile de préciser que les colons sont dispensés de ce système de « permis ».

[37] Sur les transferts de compétences, voir notamment Jean-François Legrain, « Retour sur les Accords israélo-palestiniens », Maghreb-Machrek n°170, octobre-décembre 2000, p. 96-125.

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/VICKY/47652

 

 

Lorsqu’ils s’engagent dans la « guerre contre le terrorisme » et envoient un nombre croissant de leurs soldats à travers le monde, de l’Irak à l’Afghanistan, les Etats-Unis se heurtent à une difficulté : trouver des combattants. En effet, leurs citoyens ne s’enthousiasment guère à l’idée de mourir pour la patrie. L’armée a donc enrôlé des non-nationaux, en leur promettant un passeport américain. Elle a en outre fait appel à des sociétés de sécurité privées qui elles-mêmes recrutent en Afrique des supplétifs « bons à jeter » après emploi.

par Alain Vicky, mai 2012

« J’ai tout de suite compris que je venais de commettre la plus grosse erreur de ma vie. Mais c’était trop tard. J’avais signé pour un an. Je devais me comporter comme un homme », soupire Bernard (1), engagé par une société de sécurité privée américaine en Irak. Ce jeune Ougandais appartient à l’« armée invisible (2) » recrutée par les Etats-Unis pour soutenir leur effort de guerre. De retour dans son pays à la fin de 2011, malade, il se voit depuis dénier tout droit à la protection sociale et à la santé, droits pourtant prévus par son contrat.

Alors que leurs collègues expatriés blancs — américains, israéliens, sud-africains, britanniques, français ou serbes, engagés par des entreprises sous contrat avec le Pentagone (quelque 120 milliards de dollars de transactions depuis 2003) — ont bénéficié de confortables émoluments dépassant souvent les 10 000 dollars mensuels, les ressortissants étrangers (« third country nationals », TCN) comme Bernard n’ont connu que l’arbitraire, le mépris du droit du travail et les mauvais traitements. Parfois blessés et renvoyés chez eux sans ménagement, ils ne reçoivent aujourd’hui ni aide ni soutien de leurs anciens employeurs.

En juin 2008, alors que Washington entame son désengagement d’Irak, ils sont 70 167 TCN pour 153 300 soldats réguliers. A la fin de 2010, ils sont 40 776, c’est-à-dire presque aussi nombreux que les Américains (47 305). C’est dans les pays du Sud qu’ont été recrutés ces hommes et ces femmes. Par milliers, ils ont été chargés des tâches les plus diverses sur les 25 bases de l’armée américaine en Irak, dont le fameux Camp Liberty, une « petite ville des Etats-Unis » construite près de Bagdad, qui a compté à son apogée plus de 100 000 résidents. Les TCN — qui composent 59 % des effectifs du secteur dit « besoins de base » — s’occupent de la cuisine, du nettoyage, de l’entretien des bâtiments, de la restauration rapide, de l’électricité et même des soins esthétiques des femmes soldats.

Certains peuvent également être affectés à la sécurité des installations, parfois en binôme avec des soldats réguliers. C’est le cas des recrues africaines, qui contrôlent les accès et les enceintes des bases. Ces Subsahariens ont fourni plus de 15 %des gardes statiques recrutés par les sociétés militaires privées pour le compte du Pentagone.

Parmi ces gardes à bas prix, les Ougandais sont majoritaires : sans doute près de 20 000. Cruel paradoxe, ils sont parfois employés à mater leurs semblables, comme au mois de mai 2010, lorsqu’ils ont été appelés pour réprimer l’émeute d’environ 1 000 TCN originaires du sous-continent indien, à Camp Liberty.

La surreprésentation des Ougandais en Irak s’explique par le contexte politique du début des années 2000 en Afrique centrale. A l’époque, à l’est de l’Ouganda, la guerre des Grands Lacs est officiellement terminée. Au nord du pays, les rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur ont été matés. Au Soudan voisin, la guerre civile a pris fin, ouvrant la voie à l’indépendance du sud du pays (3). Plus de 60 000 hommes de troupe ougandais se retrouvent démobilisés. L’Irak apparaît alors comme un débouché pour eux. En outre, Kampala, allié majeur des Etats-Unis dans la région, est l’une des rares capitales africaines à soutenir l’administration Bush lors du déclenchement de la guerre, en 2003. Depuis le milieu des années 1980, les militaires des deux pays collaborent. « En 2005, la demande américaine de personnel pour le secteur paramilitaire et la sécurité explose, raconte le journaliste et blogueur ougandais Angelo Izama. Comme le Pentagone cherche de la main-d’œuvre anglophone, efficace et ayant l’expérience de la guerre, c’est tout naturellement qu’il se tourne vers l’Ouganda (4). »

Pour M. Norbert Mao, candidat malheureux du Parti démocratique à la présidentielle de 2011, l’envoi d’Ougandais en Irak répond également à une autre motivation : « Des anciens combattants qui se retrouvent sans emploi peuvent créer des problèmes. L’Irak a ainsi été considéré par le gouvernement comme une bonne manière de se débarrasser des démobilisés (5). » Pour alimenter cette nouvelle filière, précise-t-il, « des sociétés fondées par d’anciens militaires américains ont noué des relations avec d’autres créées par d’anciens hauts responsables de l’armée ougandaise ».

Belle-sœur de l’un des plus célèbres chefs d’entreprise du secteur de la sécurité en Ouganda — le général Salim Saleh, par ailleurs frère du président Yoweri Museveni —, Mme Kellen Kayonga a ainsi fondé la compagnie Askar. Dès la fin de 2005, celle-ci recrute pour la société Special Operations Consulting (SOC), fondée dans le Nevada par deux anciens officiers américains. Sa principale concurrente sur le marché local, la société pakistanaise Dreshak International, ouvre la même année sa filiale de Kampala et commence à travailler pour la société militaire privée américaine EODT opérant en Irak.

A partir de 2006, une dizaine de ce que M. Mao appelle les « entrepreneurs de conflits » se sont installés dans le pays. Dans les quartiers populaires de Kampala, l’Irak devient la nouvelle frontière des kyeyos (travailleurs candidats à l’émigration). Un ancien combattant qui rempile peut gagner jusqu’à 1 300 dollars (1 000 euros) par mois, soit largement plus que les salaires proposés à Kampala par le secteur florissant du gardiennage et de la protection civile.

En 2007, plus de 3 000 Ougandais sont déployés en Irak. En 2008, ils sont 10 000. Leurs principaux employeurs sont les entreprises américaines Torres, DynCorp, Triple Canopy, Sabre et SOC. « C’est alors que cela a commencé à dégénérer en guerre des prix », poursuit Izama. Sous prétexte de saturation du marché des kyeyos, « les salaires déclinent. Ils baissent d’autant plus facilement que l’emploi à l’étranger n’est pas régulé en Ouganda. D’autre part, à l’époque, on ne cherche plus seulement des anciens combattants. N’importe qui peut dorénavant partir pour l’Irak ». Ce dumping, qui joue sur la concurrence d’une nouvelle main-d’œuvre recrutée au Kenya et en Sierra Leone, se développe sans que le ministère du travail ougandais y trouve à redire. A la fin de 2009, les salaires passent au-dessous de la barre des 700 dollars. Pendant ce temps, pour chaque garde ougandais engagé, la société américaine Sabre empoche 1 700 dollars (1 300 euros) du gouvernement américain. Askar, de son côté, touche 420 000 dollars (320 000 euros) pour 264 gardes déployés en Irak auprès de l’américaine Beowulf.

Dévoilés par la presse ougandaise, les premiers cas d’exploitation de kyeyos commencent à filtrer en 2008. Mais Kampala continue à faire la sourde oreille, se contentant de conforter, par quelques opérations de nettoyage dans le milieu des opérateurs, la position des sociétés les plus puissantes... et les plus proches du président Museveni. Pour M. Mao, « aller en Irak, c’était comme s’accrocher à un crocodile en pensant qu’il va vous sauver de la noyade ». En décembre 2011, les salaires des kyeyos d’Irak sont tombés à 400 dollars par mois (300 euros), pour six jours de travail par semaine, à raison de douze heures quotidiennes. Tous les hommes et toutes les femmes que nous avons rencontrés, âgés de 21 à 32 ans, y avaient été envoyés à partir de décembre 2009. Avant l’Irak, la plupart, originaires de la campagne, avaient travaillé pour les compagnies de gardiennage de la capitale ougandaise. Deux d’entre eux avaient suivi des études à l’université Makerere. Ils éprouvent des difficultés à raconter ce qu’ils ont enduré, entrecoupant leurs confidences de longs silences gênés.

Un contrat signé à la va-vite

C’est chez Dreshak, dont la filiale ougandaise est installée au centre de Kampala, que tout a commencé pour eux. Pendant deux mois, les kyeyos ont suivi un entraînement militaire destiné à tester leurs aptitudes. Le stage n’était pas payé, la société se contentant de les nourrir. A l’issue de cette période, Dreshak leur a demandé de rentrer chez eux et d’attendre qu’on les rappelle. Pour certains, l’attente a duré trois mois. Le jour où ils ont enfin été convoqués constituait un point de non-retour. « Il n’y avait plus d’autre solution, se rappelle l’un. Pendant le temps passé à attendre, nous avions dépensé de l’argent sans en gagner. Certains d’entre nous avaient même tout vendu, à l’exception de leurs chaises. La seule chose qui restait à faire, c’était de signer. Et, dans ces conditions, ils pouvaient nous faire accepter n’importe quoi. » Le contrat qu’on leur présente alors comporte onze pages qui doivent être paraphées en quinze minutes.

Le groupe découvre ce jour-là le nom de son employeur final : l’américaine SOC. Bernard se souvient d’avoir hésité avant de signer. « Je travaillais dans le service Internet d’une entreprise, et quand j’ai vu le salaire qu’on nous proposait, je me suis vraiment demandé si cela en valait la peine. Il y avait juste 300 000 shillings [environ 90 euros] de différence par mois. » Sur l’insistance de ses amis, et les coups de fil pressants d’un « responsable américain », Bernard se décide à partir. Deux jours et sept heures d’avion plus tard, il pose le pied sur le tarmac de l’aéroport international de Bagdad.

A trois quarts d’heure d’hélicoptère de la capitale irakienne, la base aérienne d’Al-Assad constitue un autre petit bout d’Amérique en terre arabe. L’unité de SOC que rejoignent les kyeyos accueille environ huit cents de leurs compatriotes, commandés par une poignée d’expatriés ougandais prenant leurs ordres auprès de supérieurs américains. Après un mois d’entraînement, là encore sans paie, les nouveaux promus découvrent les oppressants haboobs (tempêtes de sable) et les glaciales nuits d’hiver.

Il leur faut attendre plusieurs mois avant d’obtenir l’équipement que SOC leur avait promis. Les gants destinés à les protéger du froid nocturne n’arrivent qu’à la fin de l’hiver. Certains doivent acheter leur cache-poussière au PX (magasin) d’Al-Assad, sacrifiant 25 dollars (19 euros) sur leur maigre paie. Même le matériel militaire qu’on leur donne n’est pas réglementaire : AK-47, cartouchière, casque et gilet pare-balles de seconde main — « chinois », ironisent les kyeyos. Harnachés plus lourdement que les soldats réguliers, et moins protégés « face à un franc-tireur qui peut t’ajuster à plusieurs centaines de mètres », ils doivent en particulier contrôler les quelque cinq cents véhicules qui pénètrent chaque jour dans l’enceinte d’Al-Assad.

Au fil des semaines, ils découvrent que la menace gît également au sein même de leur unité : leurs supérieurs les poussent à bout, bien au-delà de ce que permettent leur contrat et leurs limites physiques. Certains doivent travailler jusqu’à quinze heures par jour. Les vacances (sans solde) au pays, promises à l’issue d’un an de mission, sont sans cesse reportées. « Nous vivions sous pression, dans la terreur, même la nuit, confient plusieurs démobilisés. Tu ne pouvais rien leur dire. Ils pouvaient décider de ta vie, te déployer là où ils le souhaitaient, en particulier aux postes les plus dangereux, s’ils estimaient que tu étais une prise de tête. »

Pour mater les récalcitrants, SOC recourt à une solution imparable : la rupture de contrat sans indemnités. Sur les vingt et une clauses disciplinaires couvrant deux pages des contrats fournis par l’entreprise, que nous avons pu nous procurer, l’étape4, dite « Termination of services », ne s’applique en principe qu’à l’issue d’une longue série de blâmes. Sur le terrain, la réalité se révèle bien plus brutale, SOC se réservant le droit de « prendre d’autres mesures disciplinaires » en cas de manquements non prévus : « Tu recevais une lettre d’avertissement, par exemple parce que tu ne portais pas ton casque hors du service, et pendant deux semaines ils t’enlevaient ta paie. Et malgré cela, tu devais travailler ! » Sinistre ironie : dans son code de conduite, SOC demande à ses TCN de « dignement représenter les idéaux de la République d’Ouganda » et de s’abstenir de « ternir son image à l’étranger ».

Le contrat type de SOC stipule également qu’un kyeyo sera licencié s’il est empêché de travailler, pour cause de maladie, blessure ou accident, pendant au moins trente jours au cours d’une période de quatre mois. Privilégié, car travaillant dans l’administration de SOC, Bernard a vu des dizaines de ses compatriotes limogés sans ménagement. « Durant les longues tempêtes de sable, se souvient-il, les hommes attrapaient des infections des oreilles, des sinusites. Ils avaient des problèmes oculaires et même pulmonaires. Quand ils venaient se faire soigner, on leur donnait juste de l’aspirine. Et lorsqu’ils revenaient parce qu’ils n’avaient pas été bien soignés, on les licenciait. SOC ne voulait pas avoir à payer les moindres frais médicaux. Comme ils nous le disaient, ils étaient là pour faire des affaires. »

Durant l’été 2011, Bernard commence à souffrir du genou. Un « médecin » de SOC lui administre un corticostéroïde : « C’était encore pire. » La peau de son visage commence alors à se desquamer : « J’ai donc rencontré un autre docteur, ou supposé tel, qui s’est mis à chercher des informations sur Google ! » Quelques semaines plus tard, il est licencié. Après vingt jours de transit où il est livré à lui-même dans un camp de Bagdad, il parvient à prendre un charter pour Kampala. C’était à l’automne 2011, une dizaine de jours avant que nous le rencontrions. Bernard n’est pas encore allé voir sa mère, de peur qu’elle ne s’effraie en voyant l’état, impressionnant, de son visage. En revanche, il s’est rendu chez son médecin de famille : « Je lui ai expliqué ce qu’on m’avait prescrit. Il m’a dit que c’était la pire des erreurs et que désormais, j’allais devoir me battre pour me rétablir. Il m’a fait une liste de médicaments. Je n’en avais jamais eu pour aussi cher de ma vie : plus de 300 000 shillings. Il faut absolument que je trouve de l’argent pour poursuivre mon traitement, mais chez Dreshak, ils ne veulent pas en entendre parler. Quant à SOC, je n’ai plus aucune nouvelle d’eux. »

Comme n’importe quel ressortissant étranger travaillant pour une société militaire privée américaine sous contrat avec le Pentagone, les kyeyos rentrés d’Irak malades ou blessés sont en principe couverts par le Defense Base Act. Cela leur garantit que la compagnie d’assurances de leur employeur rembourse leurs frais médicaux. Est également prévue une pension d’invalidité pour les plus malchanceux. « Pourtant, très souvent, les Ougandais n’en bénéficient pas », déplore l’avocate américaine Tara K. Coughlin.

A la fin des années 2000, Me Coughlin, engagée dans une association chrétienne d’aide aux soldats américains présents en Irak, découvre que des Ougandais travaillent aux côtés des boys. Prenant sur ses économies — ses clients n’ont pas les moyens de payer les examens médicaux requis pour le montage de leurs dossiers —, elle représente désormais auprès du ministère du travail américain trente kyeyos revenus brisés d’Irak (6). Parmi eux, plusieurs Ougandaises atteintes de troubles musculosquelettiques dus à leur équipement trop lourd. Dans la ligne de mire de l’avocate, quatre sociétés militaires privées — Soc, Triple Canopy, Sabre et Eodt —, mais également leurs compagnies d’assurances, et en premier lieu le géant American International Group (AIG). « Car, au bout du compte, souligne-t-elle, ce sont les assurances qui refusent de prendre en charge les médicaments ou de fournir une pension d’invalidité à mes clients revenus handicapés. »

Dérobade des compagnies d’assurances

En Ouganda, Me Coughlin, assistée par un ancien kyeyo d’Irak, mène un travail délicat et discret. D’abord, il lui faut retrouver les victimes : « Beaucoup de blessés ougandais, ne pouvant se permettre de vivre en ville, retournent directement dans leur village, sans savoir qu’ils ont la possibilité de saisir la justice américaine. J’estime qu’ils sont des centaines. Et encore, c’est une estimation basse. »

Ensuite, il faut apaiser les soupçons, la méfiance et la honte de se confier à une étrangère muzungu (blanche). « Nombre de mes clients ont été menacés par leur employeur après avoir été blessés. On a même dit à certains qu’ils rentreraient au pays dans un body bag s’ils parlaient. Qui plus est, quand ils ont été soignés en Irak, leurs dossiers médicaux ont été confisqués avant qu’ils ne retournent chez eux. Il faut donc tout recommencer de zéro. » Il faut aussi faire vite : les kyeyos rentrés d’Irak ont tout juste un an pour agir.

Enfin, l’avocate doit se battre contre l’énorme machine déployée jusqu’en Ouganda par les compagnies d’assurances. AIG n’hésite pas à recruter des enquêteurs, tels ceux de la société maltaise Tangiers International, pour mettre en pièces toute contestation. « C’est l’une des parties les plus difficiles de mon travail, reconnaît la jeune femme. Ces enquêteurs violent sans vergogne le code de déontologie professionnelle. Par exemple, ils contactent mes clients et les emmènent chez leur propre médecin afin de réaliser une contre-expertise, alors qu’ils n’en ont absolument pas le droit. A un autre qui est dans l’impossibilité physique de travailler depuis son retour d’Irak, on a promis un boulot... juste pour voir s’il allait accepter ! Comme il y a peu de spécialistes médicaux en Ouganda, je me demande parfois si je ne vais pas tomber sur une personne qui a été achetée. »

Selon une estimation du ministère ougandais du travail, les vagues d’hommes et de femmes envoyés en Irak depuis 2005 auraient dû transférer plus de 90 millions de dollars (68 millions d’euros) à leurs familles au pays. Cela représente des revenus supérieurs à ce que rapporte le café, principale ressource d’exportation de l’Ouganda. Après avoir souvent passé plus d’un an au Proche-Orient, les hommes que nous avons rencontrés ont pourtant tout juste épargné quelques millions de shillings — moins de 1 000 euros — au terme de leur mission. Bloqués jusqu’à leur retour sur un compte de la Crane Bank, à Kampala, leurs maigres salaires n’ont en effet cessé de se déprécier en raison du taux de change et de l’inflation — plus de 40 %en 2011 — qui a frappé de plein fouet l’Ouganda durant leur absence. « Dreshak nous a recrutés puis vendus à SOC en empochant le pactole. Mais nous, au bout du compte, on a touché des cacahuètes. Ce que nous avons vécu, ça s’appelle tout simplement de l’esclavage moderne. »

Dans son édifiant rapport transmis au Congrès américain en août 2011, la commission indépendante sur les contrats passés pendant la guerre estime que « les crimes et délits commis par les sociétés employant des contractants minent la réputation des Etats-Unis à l’étranger ». Et de préciser que « si le nombre de soldats américains décline en Irak et en Afghanistan, celui des sociétés militaires privées devrait augmenter, au moins à court terme, sinon durant plusieurs années, avant que les opérations ne prennent définitivement fin (7) ». Le « marché de la violence (8) » n’est en effet pas près de se tarir. Pour la protection des 16 000 employés de son ambassade irakienne, le département d’Etat a ainsi fait appel, pour 10 milliards de dollars, à huit sociétés militaires privées américaines. Une armée de 5 500 contractants devrait être enrôlée. Aux côtés de Triple Canopy, chargée de protéger les diplomates, SOC fournira la sécurité statique durant cinq ans pour 973 millions de dollars. « Des kyeyos seront sans doute recrutés », indique Mme Kayonga, patronne de la compagnie Askar, désormais également présente sur le marché afghan. De Bagdad à Kaboul, et sans doute demain à Mogadiscio, il se trouvera toujours des Ougandais pour nourrir cette « force noire », estiment nos anciens d’Irak. Pourquoi ? « A cause de l’inflation, des frais de scolarité qui augmentent, des prix de l’alimentation qui flambent… Ce n’est pas que l’on aime ça, mais il faut bien vivre ! »


Alain Vicky

Journaliste.

(1) Pour des raisons de sécurité, tous les noms ont été changés.

(2) Sarah Stillman, «  The invisible army  », The New Yorker, 6 juin 2011.

(3) Après la mort de Joseph Mobutu, en 1997, le Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo) est le théâtre d’une guerre qui va engager tous les pays voisins, y compris l’Ouganda. A la même époque, Kampala est confronté à la rébellion de l’Armée de résistance du Seigneur, une secte dirigée par le gourou Joseph Koni.

(7) «  Transforming Wartime Contracting  » (PDF), Commission on wartime contracting in Iraq and Afghanistan.

(8) Cf. Deborah D. Avant, The Market for Force : The Consequences of Privatizing Security, George Washington University Press, Washington, DC, 2005.

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Published by valenton rouge - dans Monde
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