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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 12:11
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Donc, si vous lisez ce blog ou quelques autres, vous saurez déjà que Charlie Hebdo vient d'être condamné en deuxième instance par les prudhommes à 90 000 euros pour licenciement abusif de Siné, si injustement accusé d'antisémitisme. Ce qui nous a permis, pour la première fois depuis les années 70, de goûter une couverture de l'hebdo des islamophobes rabiques et autres fans des guerres humanitaires.
On aurait tort de mal prendre que Charb blague sur le cancer de Siné: après tout, le droit au mauvais goût n'est-il pas revendiqué par nous tous, y compris le principal intéressé? Le mauvais goût de "bal tragique à Colombey", c'est quand même un des apports les plus subversifs de Hara-Kiri-Charlie des années 70, non? Et n'est-ce pas Bob lui-même qui nous a régalé de blagues noires sur sa tombe et sa leucémie?
Mais comme le remarquent Fontenelle et quelques-autres, Charb ne s'est pas contenté de ça dans son dessin de couverture: il y a un deuxième personnage qui dit "arrête, il va nous faire un procès", suggérant ainsi que Siné serait un vieux ronchon procédurier, un pochtron peut-être sympa mais quand même casse-couille. Et cette suggestion est toute entière le message de l'entrefilet intérieur. (voir ci-dessous)

Or, nous savons tous que le procès intenté par Siné, loin d'être une lubie était une nécessité littéralement vitale : en déversant sur lui l'accusation d'antisémitisme, cette arme de délégitimation massive, et ce avec l'appui de toute l'éditocratie française, Val et Charb ont tenté de l'éliminer, de lui interdire à jamais de s'exprimer à la mesure de son talent. Ce n'est que sa belle colère, son énergie, le soutien de ses proches et le soulèvement de milliers de gens, pétitionnaires et futurs lecteurs de Siné-Hebdo, tout ce réseau spontané, qui l'a sauvé.
Val-Charb (admirez la manière dont ce dernier fait semblant tout à coup, dans l'entrefilet, ne n'avoir pas été un des principaux protagonistes) l'ont aussi contraint à se battre sur le terrain judiciaire, parce qu'une condamnation de Siné aurait été catastrophique, autorisant tous les médias complices à le traîner dans la boue. Or, nous savons tous aussi que le terrain judiciaire est miné, et que les décisions des tribunaux sont soumises à un arbitraire constant, ça dépend des juges sur qui on tombe, ça dépend des instructions que reçoivent les procs, ça dépend de la valeur des avocats , ça dépend comment sont lunés les uns et les autres le jour du procès, ça dépend de tant de choses qui n'ont rien à voir avec la réalité des faits qu'on ne manquerait pas d'exemples de décisions de justice aberrantes qui ont anéanti des vies. Siné (et tout ce qu'il représente pour nous: le fait qu'on mesure un homme au combat d'une vie, le droit de la ramener dans les termes qu'on veut, le droit d'exagérer) a donc frôlé la catastrophe. On l'a obligé à jouer son honneur et le sens de toute une vie à la loterie judiciaire. C'est cette infamie là que Charb tente d'occulter à présent sous des airs de querelle folklorique.
Ce mec ne mérite décidément que l'immensité de notre mépris. Il me semble que ce serait une erreur désormais, de s'empresser d'oublier le personnage. Cracher sur lui (métaphoriquement ou réellement, suivant nos possibilités) chaque fois qu'on en a l'occasion, devrait rester pour nous une nécessité morale, ne serait-ce que pour que ça serve de leçon aux éditocrates et à leurs porte-cotons "humoristes".

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Published by valenton rouge - dans France
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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 12:06

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http://cadtm.org/La-plus-grande-offensive-contre

 

La première partie de la série, intitulée « 2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques » a été publiée le 19 novembre 2012, la seconde partie intitulée « La BCE et la Fed au service des grandes banques privées » a été publiée le 29 novembre 2012


Ne pas sous-estimer la capacité des gouvernants à mettre à profit une situation de crise

De manière régulière, les grands médias abordent les questions d’un possible éclatement de la zone euro, de l’échec des politiques d’austérité en matière de relance économique, des tensions entre Berlin et Paris, entre Londres et les membres de la zone euro, des contradictions au sein du conseil de la BCE, des énormes difficultés pour trouver un accord sur le budget de l’UE, des crispations de certains gouvernements européens à l’égard du FMI à propos du dosage de l’austérité. Tout cela est vrai, mais il ne faut surtout pas oublier un point fondamental : la capacité de gouvernants, qui se sont mis docilement au service des intérêts des grandes entreprises privées, de gérer une situation de crise, voire de chaos, pour agir dans le sens demandé par ces grandes entreprises. Le lien étroit entre les gouvernants et le grand Capital n’est même plus dissimulé. A la tête de plusieurs gouvernements, placés à des postes ministériels importants et à la présidence de la BCE, se trouvent des hommes directement issus du monde de la haute finance, à commencer par la banque d’affaires Goldman Sachs. Certains hommes politiques de premier plan sont récompensés par un poste dans une grande banque ou une autre grande entreprise une fois qu’ils ont accompli leurs bons offices pour le grand Capital. Ce n’est pas nouveau mais c’est plus évident et régulier qu’au cours de 50 dernières années. On peut parler de véritables vases communicants.

Considérer que la politique des dirigeants européens est un échec parce que la croissance économique n’est pas de retour, c’est en partie se tromper de critère d’analyse. Les objectifs poursuivis par la direction de la BCE, par la Commission européenne, par les gouvernements des économies les plus fortes de l’UE, par les directions des banques et des autres grandes entreprises privées, ce n’est ni le retour rapide à la croissance, ni la réduction des asymétries au sein de la zone euro et de l’UE afin d’en faire un ensemble plus cohérent où serait de retour la prospérité.

Parmi leurs objectifs principaux, il faut en souligner deux : 1. éviter un nouveau krach financier et bancaire qui pourrait se révéler pire que celui de septembre 2008 (les deux premières parties de cette série ont abordé cet objectif qui sera à nouveau développé dans la quatrième partie) ; 2. utiliser plusieurs armes (l’augmentation très importante du chômage, le remboursement de la dette publique, la recherche de l’équilibre budgétaire, le fouet de la quête de l’amélioration de la compétitivité des Etats membres de l’UE les uns par rapport aux autres et par rapport aux concurrents commerciaux des autres continents) pour avancer dans la plus grande offensive menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne par le Capital contre le Travail. Pour le Capital, il s’agit d’accroître encore la précarisation des travailleurs, de réduire radicalement leur capacité de mobilisation et de résistance, de réduire les salaires et différentes indemnités sociales de manière importante tout en maintenant les énormes disparités entre les travailleurs dans l’UE afin d’augmenter la compétition entre eux. D’abord, il y a les disparités entre les salariés d’un même pays : entre femmes et hommes, entre CDI et CDD, entre travailleurs à temps partiel et travailleurs à temps plein. A l’initiative du patronat et avec l’appui des gouvernements successifs (et en leur sein les partis socialistes européens ont joué un rôle actif), ces disparités se sont accrues au cours des 20 dernières années. Et puis, il y a les disparités entre les travailleurs des différents pays de l’UE. Les disparités entre travailleurs des pays du Centre et ceux des pays de la Périphérie à l’intérieur de l’UE sont le complément de celles se creusant à l’intérieur des frontières nationales.

Les profondes disparités entre les travailleurs des différents pays de l’UE

Les salaires des travailleurs du groupe de pays les plus forts (Allemagne, France, Pays-Bas, Finlande, Suède, Autriche, Danemark) sont le double ou le triple des salaires des travailleurs en Grèce, au Portugal ou en Slovénie, ils sont 10 fois plus élevés que les salaires des travailleurs de Bulgarie, 7 à 9 fois plus que les salaires roumains, lituaniens ou lettons |1|
. En Amérique du Sud, alors que les différences sont grandes entre les économies les plus fortes (Brésil, Argentine, Venezuela) et les plus faibles (Paraguay, Bolivie, Equateur…), la différence entre le salaire minimum légal est de l’ordre de 1 à 4, donc une disparité nettement plus faible qu’au sein de l’Union Européenne. C’est dire à quel point est forte la concurrence entre les travailleurs d’Europe.

Les grandes entreprises des pays européens les plus forts sur le plan économique profitent à fond des disparités salariales au sein de l’UE. Les entreprises allemandes ont choisi d’accroître fortement leur production réalisée dans les pays de l’UE où les salaires sont les plus bas. Les biens intermédiaires sont ensuite rapatriés en Allemagne sans payer de taxe d’import/export, pour y être assemblés puis réexportés principalement vers les autres pays d’Europe. Cela permet de diminuer les coûts de production, de mettre en concurrence les travailleurs allemands avec ceux des autres pays et d’augmenter la rentabilité de ces entreprises. De plus, ces biens assemblés en Allemagne et vendus sur les marchés extérieurs apparaissent bien sûr dans les exportations allemandes, dont une partie importante est en réalité le résultat de l’assemblage de produits importés. Les entreprises des autres pays forts de l’UE font certes de même, mais l’économie allemande est celle qui bénéficie proportionnellement le plus des bas salaires et de la précarisation du travail au sein de la zone euro (y compris à l’intérieur des frontières de l’Allemagne |2|) et de l’UE. En 2007, les excédents commerciaux de l’Allemagne étaient redevables à 83% de ses échanges avec les autres pays de l’UE (145 milliards d’euros vis-à-vis des autres pays de la zone euro, 79 milliards vis-à-vis de l’Europe hors zone euro, et 45 milliards avec le reste du monde) |3| .

Le modèle allemand comme produit de l’offensive néolibérale

Les patrons allemands, aidés par le gouvernement socialiste de Gerhard Schröder en 2003-2005, ont réussi à imposer des sacrifices aux travailleurs. L’étude En finir avec la compétitivité publiée conjointement par ATTAC et la Fondation Copernic résume ainsi les grandes étapes des atteintes aux conquêtes des travailleurs d’Allemagne et à leurs droits sociaux et économiques : « Les lois Hartz (du nom de l’ex-Directeur des Ressources Humaines de Volkswagen et conseiller de Gerhard Schröder) se sont échelonnées entre 2003 et 2005. Hartz I oblige les chômeurs à accepter l’emploi qui leur est proposé, même pour un salaire inférieur à leur indemnité chômage. Hartz II institue des mini-jobs à moins de 400 euros mensuels (exemptés de cotisations sociales salariées). Hartz III limite à un an le versement des allocations chômage pour les travailleurs âgés et en durcit les conditions d’attribution. Hartz IV fusionne l’allocation chômage de longue durée et les aides sociales, et les plafonne à 345 euros par mois. Aux lois Hartz s’ajoutent les réformes successives des retraites et du système d’assurance-maladie : retraite par capitalisation (retraites Riester) ; hausse des cotisations, report de l’âge légal de départ à la retraite (objectif 67 ans en 2017). » Les auteurs de cette étude soulignent : « L’ensemble de ces réformes a conduit à une impressionnante montée des inégalités sociales. C’est un aspect souvent oublié du ‘modèle allemand’ et cela vaut donc la peine de donner quelques chiffres détaillés. L’Allemagne est devenue un pays très inégalitaire : un avant-projet de rapport parlementaire sur la pauvreté et la richesse |4| vient d’établir que la moitié la plus pauvre de la société possède seulement 1% des actifs, contre 53 % pour les plus riches. Entre 2003 et 2010, le pouvoir d’achat du salaire médian a baissé de 5,6 %. Mais cette baisse a été très inégalement répartie : - 12 % pour les 40 % de salariés les moins bien payés, - 4 % pour les 40 % de salariés les mieux payés |5|. Les données officielles montrent que la proportion de bas salaires est passée de 18,7 % en 2006 à 21 % en 2010 et cette progression des bas salaires – c’est à souligner – se fait pour l’essentiel en Allemagne de l’Ouest. »

Selon la même étude, en 2008, le nombre de salariés a augmenté de 1,2 million par rapport à 1999, mais cette progression correspond à une augmentation de 1,9 million du nombre d’emplois précaires, et donc à une perte d’un demi-million d’emplois CDI à plein temps. Un quart des salarié(e)s occupent aujourd’hui un emploi précaire, et cette proportion (la même désormais qu’aux États-Unis) monte à 40 % chez les femmes. « Les emplois salariés précaires sont majoritairement (à 70 %) destinés aux femmes |6|. La proportion de chômeurs indemnisés a chuté de 80 % en 1995 à 35 % en 2008 et toutes les personnes au chômage depuis plus d’un an ont basculé vers l’aide sociale ».

Comme le note Arnaud Lechevalier, cette évolution s’inscrit « dans un contexte plus général d’érosion de la protection des salariés par les conventions collectives : la part des salariés couverts a baissé de 76 % à 62 % en dix ans et ces conventions ne concernaient plus que 40 % des entreprises allemandes en 2008. De plus, les syndicats ont dû concéder de multiples dérogations aux conventions collectives de branche au niveau des entreprises » |7|
.

Les arrière-pensées des dirigeants et des patrons européens

Quand on tente d’expliquer l’attitude actuelle des dirigeants allemands face à la crise de l’Eurozone, on peut émettre l’hypothèse qu’une des leçons qu’ils ont tirées de l’absorption de l’Allemagne de l’Est au début des années 1990, c’est que les disparités très fortes entre travailleurs peuvent être exploitées pour imposer une politique pro-patronale très forte. Les privatisations massives en Allemagne de l’Est, les atteintes à la sécurité de l’emploi des travailleurs de l’ex-RDA combinée à l’augmentation de la dette publique allemande due au financement de cette absorption (qui a servi de prétexte pour imposer les politiques d’austérité) ont permis d’imposer des reculs très importants aux travailleurs d’Allemagne, qu’ils soient de l’Est ou de l’Ouest. Les dirigeants allemands actuels se disent que la crise de la zone euro et les attaques brutales imposées au peuple grec et à d’autres peuples de la Périphérie sont l’occasion d’aller encore plus loin et de reproduire d’une certaine manière à l’échelle européenne ce qu’ils ont fait en Allemagne. Quant aux autres dirigeants européens des pays les plus forts et aux patrons des grandes entreprises, ils ne sont pas en reste, ils se félicitent de l’existence d’une zone économique, commerciale et politique commune où les transnationales européennes et les économies du Nord de la zone euro tirent profit de la débâcle du Sud pour renforcer la profitabilité des entreprises et marquer des points en terme de compétitivité par rapport à leur concurrents nord-américains et chinois. Leur objectif, au stade actuel de la crise, n’est pas de relancer la croissance et de réduire les asymétries entre les économies fortes et les faibles de l’UE. Ils considèrent en outre que la débâcle du Sud va se traduire par des opportunités de privatisations massives d’entreprises et de biens publics à des prix bradés. L’intervention de la Troïka et la complicité active des gouvernements de la Périphérie les y aident. Le grand Capital des pays de la Périphérie est favorable à ces politiques car il compte bien lui-même obtenir une part d’un gâteau qu’il convoitait depuis des années. Les privatisations en Grèce et au Portugal préfigurent ce qui va arriver en Espagne et en Italie où les biens publics à acquérir sont beaucoup plus importants vu la taille de ces deux économies.

La volonté de faire baisser les salaires

Revenons à la question des salaires. Selon Michel Husson, en Allemagne, le coût salarial unitaire réel a baissé de près de 10 % entre 2004 et 2008 |8|
. Dans le reste de l’Europe, pendant la même période, il a également baissé mais dans une proportion bien moindre qu’en Allemagne. C’est à partir de la crise de 2008-2009, qui affecte durement l’Eurozone, que l’on constate une chute très nette des salaires réels des pays les plus touchés. C’est ce que souligne Patrick Artus : « On constate dans les pays en difficulté de la zone euro (Espagne, Italie, Grèce, Portugal) une forte baisse des salaires réels » |9|. Patrick Artus déclare que la baisse des salaires correspond à une politique délibérée des dirigeants européens et il ajoute que, de toute évidence, cette politique n’a ni permis de relancer l’investissement dans les pays mentionnés, ni de rendre plus compétitive les exportations des mêmes pays. Patrick Artus écrit que les effets favorables : « des baisses de salaires sur la compétitivité donc le commerce extérieur ou sur l’investissement des entreprises ne sont pas présents ». Il ajoute que la baisse de salaire a deux effets clairs : d’une part, elle a augmenté la profitabilité des entreprises (donc, en termes marxistes, une augmentation du taux de profit par une augmentation de la plus-value absolue, voir encadré « L’ABC sur la plus-value absolue et relative ainsi que sur le salaire ») ; d’autre part, elle a diminué la demande des ménages, ce qui a renforcé la contraction de l’économie |10|. Cette étude réalisée par Natixis vient confirmer que le but des dirigeants européens n’est ni de relancer l’activité économique, ni d’améliorer la position économique des pays de la Périphérie par rapport à ceux du Centre. La baisse des salaires vise à réduire la capacité de résistance des travailleurs des pays concernés, augmenter le taux de profit du Capital et pousser plus loin le démantèlement de ce qui reste du welfare state construit au cours des 35 années qui ont suivi la seconde guerre mondiale (période qui a été suivie par le tournant néolibéral de la fin des années 1970-début des années 1980).

Dans le Rapport mondial sur les salaires 2012-2013 publié par l’Organisation internationale du travail en décembre 2012, les auteurs relèvent que dans les pays développés entre 2008 et 2012, « 1es salaires ont enregistré un double creux » (càd en 2008 et en 2011) |11| . C’est la seule région du monde avec le Moyen Orient où les salaires ont baissé depuis 2008. En Chine, dans le reste de l’Asie, en Amérique latine, les salaires ont augmenté. En Europe orientale, ils ont connu une certaine récupération après l’effondrement des années 1990. Ce rapport permet de confirmer que l’épicentre de l’offensive du Capital contre le Travail s’est déplacé vers les pays les plus développés.

L’ABC sur la plus-value absolue et relative ainsi que sur le salaire |12|

Lorsque l’ouvrier (ou l’ouvrière) commence à travailler à l’usine au début de sa journée, il incorpore une valeur aux matières premières (ou aux biens intermédiaires qu’ils assemblent). Au bout d’un certain nombre d’heures, il ou elle a reproduit une valeur qui est exactement l’équivalent de on salaire quotidien ou hebdomadaire. Si il ou si elle s’arrêtait de travailler à ce moment précis, le capitaliste n’obtiendrait pas un sou de plus-value mais dans ces conditions-là, le capitaliste n’aurait aucun intérêt d’acheter cette force de travail. Comme l’usurier ou le marchand du Moyen-âge, il « achète pour vendre ». Il achète la force de travail pour obtenir d’elle un produit plus élevé que ce qu’il a dépensé pour l’acheter. Ce « supplément », ce « rabiot », c’est précisément sa plus value, son profit. Il est donc entendu que, si l’ouvrier ou l’ouvrière produit l’équivalent de son salaire en 4 heures de travail, il ou elle travaillera non pas 4 mais 6, 7, 8 ou 9 heures. Pendant ces 2, 3, 4 ou 5 heures « supplémentaires », il ou elle produit de la plus-value pour le capitaliste en échange de laquelle il ou elle ne touche rien. L’origine de la plus-value, c’est donc du surtravail, du travail gratuit, approprié par le capitaliste. « Mais c’est du vol », va-t-on s’écrier. La réponse doit être : « oui et non ». Oui du point de vue de l’ouvrier ou de l’ouvrière ; non, du point du capitaliste et des lois du marché. Le capitaliste n’a en effet pas acheté sur le marché « la valeur produite ou à produire par l’ouvrier ou par l’ouvrière ». Il n’a pas acheté son travail, càd le travail que l’ouvrier ou l’ouvrière va effectuer (s’il avait fait cela, il aurait commis un vol pur et simple ; il aurait payé 25€ pour ce qui vaut 50€). Il a acheté la force de travail de l’ouvrier ou de l’ouvrière. Cette force de travail a une valeur propre comme toute marchandise à sa valeur. La valeur de la force de travail est déterminée par la quantité de travail nécessaire pour la reproduire, càd par la subsistance (ou sens large du terme) de l’ouvrier, de l’ouvrière et de leur famille. La plus-value prend son origine dans le fait qu’un écart apparaît entre la valeur produite par l’ouvrier/ière et la valeur des marchandises nécessaires pour assurer sa subsistance.

La valeur de la force de travail a une caractéristique particulière par rapport à celle de toute autre marchandise : elle comporte, outre un élément strictement mesurable, un élément variable. L’élément stable, c’est la valeur des marchandises qui doivent reconstituer la force de travail du point de vue physiologique (qui doivent permettre à l’ouvrier ou à l’ouvrière de récupérer des calories, des vitamines, une capacité de dégager une énergie musculaire et nerveuse déterminée, sans laquelle il serait incapable de travailler au rythme normal prévu par l’organisation capitaliste de travail à un moment donné). L’élément variable, c’est la valeur des marchandises, à une époque et dans un pays déterminé, qui ne font pas partie du minimum vital physiologique. Marx appelle cette part de la valeur de la force de travail, sa fraction historico-morale. Cela veut dire qu’elle n’est pas fortuite. Elle est le résultat d’une évolution historique et d’une situation donnée des rapports de force entre le Capital et le Travail. A ce point précis de l’analyse économique marxiste, la lutte des classes, son passé et son présent, devient un facteur co-déterminant de l’économie capitaliste.

Le salaire est le prix de marché de la force de travail. Comme tous les prix de marché, il fluctue autour de la valeur de la marchandise examinée. Les fluctuations du salaire sont déterminées notamment par les fluctuations de l’armée de réserve industrielle, càd du chômage.

Pour obtenir le maximum de profit et développer le plus possible l’accumulation du capital, les capitalistes réduisent au maximum la part de la valeur nouvelle, produit par la force de travail, qui revient aux travailleurs et travailleuses sous forme de salaires. Les deux moyens essentiels par lesquelles les capitalistes s’efforcent d’accroître leur part, càd la plus-value, sont :

 La prolongation de la journée de travail, la réduction des salaires réels et l’abaissement du minimum vital. C’est ce que Marx appelle l’accroissement de la plus-value absolue.

 L’augmentation de l’intensité et de la productivité du travail sans augmentation proportionnelle du salaire. C’est l’accroissement de la plus-value relative.

Mise en perspective de l’offensive du Capital contre le Travail

Ce que vivent les salariés et les allocataires sociaux de Grèce, du Portugal, d’Irlande et d’Espagne aujourd’hui a été imposé aux travailleurs des pays en développement à la faveur de la crise de la dette des années 1980-1990. Au cours des années 1980, l’offensive a également visé les travailleurs en Amérique du Nord à partir de la présidence de Ronald Reagan, en Grande-Bretagne sous la férule de Margaret Thatcher, la Dame de fer, et chez ses émules sur le vieux continent. Les travailleurs de l’ex-bloc de l’Est ont également été soumis au cours des années 1990 aux politiques brutales imposées par leurs gouvernements et le FMI. Selon le rapport Rapport mondial sur les salaires 2012-2013 publié par l’OIT (mentionné plus haut) : « En Russie, par exemple, la valeur réelle des salaires s’est effondrée dans les années 1990 à moins de 40% de la valeur qu’ils avaient et il a fallu une autre décennie pour qu’ils retrouvent leur niveau initial » |13|
. Ensuite, d’une manière certes nettement moins brutale que celle qui a affecté les peuples du tiers-monde (des pays les plus pauvres jusqu’aux économies dites émergentes), l’offensive a pris pour cible les travailleurs d’Allemagne à partir de 2003-2005. Les effets néfastes pour une partie significative de la population allemande se font sentir encore aujourd’hui même si les succès des exportations allemandes |14| limitent le nombre de chômeurs et qu’une partie de la classe ouvrière n’en ressent pas directement les conséquences. L’offensive qui s’est accélérée depuis 2007-2008 a donc démarré au niveau mondial au début des années 1980 |15|. L’OIT centre son analyse sur une période plus courte (1999-2011) et les données sont claires : « Entre 1999 et 2011, l’augmentation de la productivité du travail moyenne dans les économies développées a été plus de deux fois supérieure à celle des salaires moyens. Aux Etats-Unis, la productivité du travail réelle horaire a augmenté de 85% depuis 1980, tandis que la rémunération horaire réelle n’a augmenté que de 35%. En Allemagne, la productivité du travail a augmenté de presque un quart sur les deux décennies écoulées tandis que les salaires mensuels réels n’ont pas bougé » |16|. C’est ce que Karl Marx appelait l’augmentation de la plus-value relative (voir encadré).

Et plus loin : « La tendance mondiale a entraîné un changement dans la distribution du revenu national, la part des travailleurs baissant tandis que les parts du capital dans le revenu augmentent dans une majorité de pays. Même en Chine, pays où les salaires ont approximativement triplé durant la décennie écoulée, le PIB a augmenté plus rapidement que la masse salariale totale – et la part du travail a donc baissé. » |17| Cette tendance lourde au niveau mondial est la manifestation de l’augmentation de la plus-value extraite du Travail par le Capital. Il est important de noter que pendant une bonne partie du 19e siècle la forme principale d’augmentation de la plus-value est passée par l’accroissement de la plus-value absolue (baisse des salaires, augmentation des heures de travail). Progressivement, dans les économies les plus fortes, au cours de la deuxième moitié du 19e s. et tout au long du 20e s. (sauf pendant le nazisme, le fascisme et sous d’autres régimes dictatoriaux qui ont imposé des baisses de salaires), elle a été remplacée ou dépassée par l’augmentation de la plus-value relative (augmentation de la productivité du travail sans que les salaires suivent dans la même proportion). Après plusieurs décennies d’offensive néolibérale, l’accroissement de la plus-value absolue redevient une forme importante d’extraction de la plus-value et s’ajoute à la plus-value relative. Alors que pendant des décennies, les patrons ont essentiellement augmenté la plus-value relative, principalement grâce aux gains de productivité du travail, depuis 2009-2010, ils parviennent à augmenter la plus-value absolue : en baissant les salaires réels et dans certains cas en augmentant le temps de travail. Ils utilisent la crise pour combiner l’augmentation de la plus-value relative à l’augmentation de la plus-value absolue. Cela donne une indication de l’ampleur de l’offensive en cours.

Toujours davantage de travailleurs dans le collimateur

Dans un document de la Commission européenne intitulé « Le deuxième programme économique d’ajustement pour la Grèce » et datant de mars 2012 |18|, il est clairement mis en évidence qu’il faut poursuivre la réduction des salaires. Le tableau 17 de la page 41 montre que le salaire minimum légal en Grèce est le quintuple du salaire minimum moyen en Roumanie et en Bulgarie (pays voisins de la Grèce), le triple de la Hongrie et des républiques baltes, plus du double du salaire minimum en Pologne et en République tchèque ; il est supérieur au salaire minimum en Espagne et au Portugal. L’objectif est de rapprocher la Grèce des pays où les salaires sont les plus « compétitifs », donc les plus bas. Evidemment, si les salaires poursuivent leur chute radicale en Grèce comme le veut la Troïka et le patronat, il faudra que les salaires en Espagne, au Portugal, en Irlande et aussi dans les pays les plus forts suivent la même tendance, et ce de manière accélérée.

Ceux qui sont aux commandes en Europe servent une logique grâce à laquelle les patrons européens parviennent à augmenter la quantité de plus-value qu’ils extraient du travail des salariés d’Europe et cherchent à marquer des points dans la bataille commerciale avec les concurrents asiatiques ou nord-américains.

Ces dirigeants sont prêts à pousser dans leur dernier retranchement les syndicats européens en réduisant fortement la marge de négociation dont ils ont disposé pendant des décennies.

Le Capital marque des points supplémentaires contre le Travail

Dans plusieurs pays de l’UE, au cours de leur offensive contre les conquêtes sociales, les gouvernants et la Commission européenne ont réussi à réduire radicalement la portée des conventions collectives interprofessionnelles. C’est le cas des pays de l’ex-bloc de l’Est, c’est aussi le cas de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Irlande… Dans plusieurs pays, ils ont également réussi à faire baisser le salaire minimum légal et le montant des retraites. Ils ont réussi à réduire radicalement la protection contre les licenciements et à augmenter l’âge de départ à la retraite.

L’aggravation de la crise des pays de la périphérie de la zone euro

Au cours de 2012, la crise s’est aggravée en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en conséquence des politiques d’austérité brutale appliquées par des gouvernants complices des exigences de la Troïka. En Grèce, la chute cumulée du PIB depuis le début de la crise atteint 20%. Le pouvoir d’achat d’une grande majorité de la population a baissé de 30 à 50%. Le chômage et la pauvreté ont littéralement explosé. Alors qu’en mars 2012, tous les grands médias ont relayé le discours officiel qui affirmait que la dette avait été réduite de moitié |19|, selon les estimations officielles rendues publiques fin octobre 2012, la dette publique grecque qui représentait 162% du PIB à la veille de la réduction de dette de mars 2012 atteindra 189% du PIB en 2013 et 192% en 2014 |20|
. Cette information ne fait pas partie des titres de la grande presse de masse. Au Portugal, les mesures d’austérité sont d’une telle violence et la dégradation économique est si grave qu’un million de Portugais ont manifesté spontanément le 15 septembre 2012, chiffre qui n’avait été atteint que le 1er mai 1974 pour fêter la victoire de la Révolution des œillets. En Irlande, dont les médias parlent beaucoup moins, le chômage a pris des proportions énormes, conduisant 182.900 jeunes âgés de 15 à 29 ans à quitter le pays depuis que la crise a éclaté en 2008 |21|. Un tiers des jeunes qui avaient un emploi avant la crise s’est retrouvé au chômage. Le sauvetage des banques a représenté jusqu’ici plus de 40 % du PIB (près de 70 milliards d’euros sur un PIB de 156 milliards en 2011) |22|
. Le recul de l’activité économique a atteint 20% depuis 2008. Le gouvernement de Dublin a réaffirmé qu’il supprimerait 37 500 postes de travail dans le secteur public d’ici 2015. En Espagne, le taux de chômage atteint 50% chez les jeunes. Depuis le début de la crise, 350.000 familles ont été expulsées de leur logement à cause des impayés de dette hypothécaire |23|
. En un an, le nombre de familles dont tous les membres sont sans emploi a augmenté de 300 000 pour atteindre un total de 1,7 million, soit 10% de toutes les familles d’Espagne |24|. La situation se dégrade de manière continue dans les pays de l’ancien bloc de l’Est membres de l’UE, à commencer par ceux qui ont adhéré à l’Eurozone.

En somme, partout dans le monde, le Capital s’est lancé dans une offensive contre le Travail. C’est en Europe que, depuis 2008, l’offensive prend la forme la plus systématique en commençant par les pays de la Périphérie. Alors que les banques (et le capitalisme en tant que système) sont les responsables de la crise, elles sont systématiquement protégées. Partout, le remboursement de la dette publique est le prétexte invoqué par les gouvernants pour justifier une politique qui s’en prend aux droits économiques et sociaux de l’écrasante majorité de la population. Si les mouvements sociaux et, parmi eux, les syndicats veulent victorieusement affronter cette offensive dévastatrice, il faut prendre à bras le corps la question de la dette publique afin d’enlever au pouvoir son argument principal. L’annulation de la partie illégitime de la dette publique et l’expropriation des banques pour les intégrer à un service public de l’épargne et du crédit sont des mesures essentielles dans un programme alternatif à la gestion capitaliste de la crise.

 

Fin de la troisième partie

Partie 1
Partie 2


Notes

|1| Voir Le Monde des 22 et 23 janvier 2012 sur la base d’Eurostat.

|2| En Allemagne, en septembre 2010, selon Le Monde du 17 mai 2011, 7,3 millions de travailleurs gagnaient à peine 400 euros par mois. Dans ce pays, le nombre de travailleurs à temps partiel a augmenté de 46% entre 2000 et 2010 tandis qu’en France il augmentait de 17%.

|3| OCDE, International Trade by Commodity Statistics (SITC Revision 3) mentionné dans ATTAC et Fondation Copernic, En finir avec la compétitivité, Paris, octobre 2012, http://www.france.attac.org/article...

|4| Lebenslagen in Deutschland. Entwurf des vierten Armuts- und Reichstumsberichts der Bundesregierung, projet du 17 septembre 2012, http://gesd.free.fr/arb912.pdf

|5| Karl Brenke et Markus M. Grabka, « Schwache Lohnentwicklung im letzten Jahrzehnt », DIW Wochenbericht, n° 45, 2011, http://gesd.free.fr/brenke11.pdf

|6| Source : destatis.de (Office fédéral allemand de statistique).

|7| Arnaud Lechevalier, « Un modèle qui ne fait guère envie », Alternatives économiques, n° 300, mars 2011, http://gesd.free.fr/allmodel.pdf cité par ATTAC et Fondation Copernic

|8| Voir Michel Husson, Economie politique du « système-euro », juin 2012, http://cadtm.org/Economie-politique... ou http://hussonet.free.fr/eceurow.pdf

|9| Patrick Artus, « La baisse des salaires dans les pays en difficulté de la zone euro est-elle utile ? », Flash Economie n°289, 18 avril 2012.

|10| Patrick Artus : « il ne reste que les effets sur la demande des ménages, d’où une forte contraction de l’activité dont le seul effet positif est de réduire le déficit extérieur » (puisque les importations diminuent). Par ailleurs Patrick Artus montre avec des graphiques à l’appui que la profitabilité des entreprises a augmenté dans les 4 pays étudiés

|11| OIT, Rapport mondial sur les salaires 2012-2013, Genève, décembre 2012, http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/pu...

|12| Le contenu de cet encadré consiste en une utilisation libre et arrangée d’extraits de Ernest Mandel, Introduction au marxisme, Edition Formation Léon Lesoil, Bruxelles, 2007, p. 59, p. 68, p. 66 et 67.

|13| OIT, Rapport mondial sur les salaires 2012-2013, Genève, décembre 2012

|14| L’Allemagne a connu une croissance économique portée par ses exportations alors que la plupart de ses partenaires de l’UE et, en particulier, de la zone euro ressentent durement la crise. Vu que dans toute l’UE, on assiste à la baisse de la demande des ménages décrite plus haut, à laquelle s’ajoute une réduction de la demande publique, les débouchés pour les exportations allemandes se réduisent nettement. L’effet boomerang sur l’économie allemande est déjà en cours.

|15| Voir Eric Toussaint, « Au Sud comme au Nord, de la grande transformation des années 1980 à la crise actuelle », septembre 2009.

|16| OIT, Rapport mondial sur les salaires 2012-2013, Résumé analytique, Genève, décembre 2012, p. VI-VII

|17| OIT, Rapport mondial sur les salaires 2012-2013, Résumé analytique, Genève, décembre 2012, p. VII. Le même rapport souligne également l’augmentation de l’écart entre les salaires les plus élevés et les salaires les plus bas dans chaque pays.

|18| Voir European Commission, Directorate General Economic and Financial Affairs, “The Second Economic Adjustment Programme for Greece”, Mars 2012, http://ec.europa.eu/economy_finance...

|19| Le CADTM a dénoncé dès le départ l’entreprise de propagande de la Troïka et du gouvernement grec. Voir « Le CADTM dénonce la campagne de désinformation sur la dette grecque et le plan de sauvetage des créanciers privés », publié le 10 mars 2012. Voir également Christina Laskaridis, « La Grèce a déjà fait défaut aux conditions des créanciers ; leur crainte est de voir celle-ci imposer ses propres conditions », publié le 31 mai 2012.

|20| Financial Times, 1er novembre 2012, première page.

|21| Financial Times, 1 octobre 2012.

|22| Financial Times, 29 décembre 2011, p. 2.

|23| Miles Johnson, « Suicides spark call for Madrid to halt evictions by banks », Financial Times, 13 novembre 2012, p. 2.

|24| Tobias Buck, « Spain’s deepening lack of hope takes its toll », Financial Times, 6 novembre 2012, p. 4.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 19:26

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1.200 personnes sont à l’écoute lorsque, pour conclure le meeting, Carmelo Suarez, secrétaire général du PCPE, prend la parole. « Le temps de l’Histoire s’écoule parfois lentement, et parfois il se précipite en chute libre sans frein. C’est ce qui nous incombe à nous aujourd’hui, cette étape de chute libre et sans frein (...) Nous regardons cinq ou dix ans en arrière et nous ne reconnaissons pas ce pays » (1).

Parmi les nations les plus touchées par la crise économique et soumise à la cure d’austérité imposée par l’Union Européenne, l’Espagne dégringole. Manifestations et expressions populaires de colère émaillent l’actualité sociale et politique du pays depuis quelques années. Mouvement des « indignés », grève musclée des mineurs ou encore grèves générales à répétitions ont amené la péninsule ibérique à s’afficher de plus en plus à la une des journaux européens. Les « recortes » (découpes) dans les services publics impulsés par le gouvernement socialiste et ceux, actuels, de celui de droite laissent entrevoir l’alternance fumeuse que propose le système politique entre “bonnet blanc et blanc bonnet”. Comme le veut la logique c’est à la lumière des extrémités de l’échiquier politique que se dessine progressivement l’horizon. A l’instar de la Grèce, la social-démocratie espagnole s’essouffle et ouvre le champ politique à d’autres perspectives, hautement antagonistes. Celles visant à dépasser le système économique capitaliste, à savoir les forces révolutionnaires progressistes, et celles qui vont répondre à la crise par la guerre et la destruction, les politiques fascistes.

Le mouvement communiste européen s’inscrit, lui, comme une force politique transformatrice, et, comme le veut la séquence historique, c’est à lui qu’incombera à nouveau le devoir d’affronter le fascisme résurgent. Mais il est divisé. L’effondrement du régime soviétique et l’arrivée de “l’euro-communisme” dans les sphères idéologiques des partis communistes européens a scindé en deux le camp révolutionnaire marxiste : d’un côté les partisans de l’euro-communisme et de l’autre les “orthodoxes” ou marxistes-léninistes. Les premiers s’étant regroupés au sein du Parti de Gauche Européen défendent la possibilité de faire de l’Union Européenne une “Europe Sociale”. Les seconds considèrent tout changement au sein de l’UE impossible et militent pour le retrait des nations de ce qu’ils qualifient la « prison des peuples ».

Le samedi 15 décembre 2012 le Parti Communiste des Peuples d’Espagne organise un meeting internationaliste, à Madrid, où sont invités des représentants de regroupements communistes marxiste-léninistes d’Europe : le Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF) et l’Union des Révolutionnaires Communistes de France (URCF), le Comunista Sinistra Popolare-Partito Comunista (CSP-PC, Italie) et le puissant Kommunistiko Komma Elladas (KKE, Parti Communiste de Grèce). Un meeting avec pour slogan “Sortir de l’Euro, de l’UE et de l’OTAN”. 1.200 personnes sont venues. Jeunes, anciens, hommes et femmes. Au micro se succèdent Georges Gastaud (PRCF), Maurice Cukeirman (URCF), Marco Rizzo (CSP-PC), Giorgos Marinos (KKE), Juan Nogeira (Collectifs des Jeunes Communistes, CJC) et bien sûr Carmelo Suarez. Ce dernier entame un vigoureux discours après un défilé très discipliné de la jeunesse communiste, drapeaux rouges en main, qui ne sera pas passé inaperçu auprès de l’auditoire.

« Ce parti (le PCPE) est né de la résistance qu’il a du entreprendre, dans les années 90 lors de la victoire de la contre-révolution en URSS, quand alors tout n’était que discours contre nous, on nous disait “dissolvez-vous ! car votre projet politique a échoué !” et souvenez-vous, nous l’avons dit de nombreuses fois : nous avons creusé une énorme tranchée. Nous nous sommes abrités dans cette tranchée et nous avons promis que d’elle nous n’en sortirons que pour aller vers l’avant ! jamais en arrière ! ». Les applaudissements obligent le dirigeant à faire un pause. Puis Carmelo Suarez reprend : « Nous maintenons une position d’affrontement vis à vis du réformisme. Une position qui n’a rien à voir, camarades, rien à voir avec le sectarisme. Nous ne sommes pas une organisation sectaire. Nous autres nous sommes une organisation monolithique sur le plan idéologique qui se confrontent quotidiennement dans les centres de travail avec les positions réformistes, qui nous désarment face à la bourgeoisie. Et nous l’expliquons (...) le réformisme fait croire, dans ce pays, que l’Union Européenne n’est pas intrinsèquement mauvaise, mais qu’il ne lui manque que la “patte sociale” et que donc, qu’elle est cette absurdité de vouloir sortir de l’Union Européenne ?! (...) Mariano Rajoy était content de nous expliquer que nous avions reçu une aide monétaire sans contrepartie. Il ne s’est pas écoulé deux semaines que nous est parvenu les 32 conditions de ce prêt (...) Des conditions auxquelles doit obéir le gouvernement de Rajoy, qui proviennent d’où ? du mandat d’Angela Merkel ? Non, du capital monopoliste européen qui est celui qui commande ici !! (...) Il n’y a pas d’autres chemin dans le système capitaliste. Aucun. Ni même la possibilité atténuer quoi que ce soit (...) Nous nous dirigeons vers la dictature du capital (...) ce qui nous attend c’est la barbarie. Mais soyons optimistes (...) Nous travaillons pour accumuler des forces, et nous avançons ».

Peu de médias ont informé sur la tenue de ce meeting communiste, ni en Espagne ni ailleurs, à l’exception remarquable de la chaîne de télévision Telesur qui a envoyé sur place une équipe de journalistes2. En France les préparations du 36ème Congrès du PCF se déroulent en ce moment et la décision de la majorité des adhérents a été de continuer la construction du “Front de Gauche” sans remettre en question l’appartenance de la nation républicaine à l’Union Européenne. Pourtant, nombreux sont les secteurs de la gauche française (y compris au sein du PCF) qui relaient l’idée de quitter l’UE et de renouer avec le patriotisme souverain pour ne pas laisser ce cheval de bataille au seul Front National, d’extrême droite.

« 2013 sera pire que 2012 camarades » continue Carmelo Suarez « Ne donnons aucune espérance, ça serait une grave erreur. Les choses ne vont pas s’améliorer. La crise va être longue et brutale (...) ce qui nous attend ce sont des salaires de 300, 400 euros, et cela touchera les jeunes et surtout les femmes, camarades (...) ça va être dur ? Bien. Si ça va être dur alors la tragédie serait de ne pas avoir un parti communiste disposé à mener la lutte de la classe ouvrière (...) nous devons, nous les communistes, gagner le prestige, camarades. Nous devons montrer à la classe ouvrière que nous, nous sommes différents, face à ce discours du “tous pourris” qui mène à la dépolitisation des masses (...) Nous espérons que partout dans l’Union Européenne se réaliseront des événements comme celui-ci et que cette ligne de division qui est la sortie de l’Euro, de l’UE et de l’OTAN, éclaircisse le champ nitide entre les positions réformistes et les positions révolutionnaires ». Aux applaudissements de clôture succèdent le slogan “Que viva la lucha de la clase obrera” (Que vive la lutte de la classe ouvrière) et l’Internationale chantée le poing levé par la salle.

 

Loïc Ramirez

 

(1) http://www.pcpe.es

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http://www.legrandsoir.info/sortir-de-la-tranchee.html
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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 19:23

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Pour se justifier, le terrorisme d’État fabrique des terroristes : il sème la haine et cueille des alibis. Selon ses auteurs, cette boucherie de Gaza veut terminer avec les terroristes, mais tout indique qu’elle finira par les multiplier.

Depuis 1948, les Palestiniens sont condamnés à l’humiliation perpétuelle. Ils ne peuvent même pas respirer sans autorisation. Ils ont perdu leur pays, leur terre, leur eau, leur liberté, leur tout. Ils n’ont même pas le droit de choisir leurs dirigeants. Lorsqu’ils votent pour celui qu’ils ne devraient pas voter, ils sont punis. Gaza est en train d’être punie. Elle est devenue un piège sans issue depuis que le Hamas a remporté les élections en 2006. Quelque chose de semblable s’est passé en 1932, lorsque le Parti Communiste a remporté les élections au Salvador. Baignés dans le sang, les Salvadoriens payent sa mauvaise conduite et vivent depuis sous des dictatures militaires. La démocratie est un luxe que tout le monde ne mérite pas.

Fils de l’impuissance ces roquettes artisanales que les militants du Hamas, retranchés dans la bande de Gaza, tirent maladroitement sur les terres qui avaient été palestiniennes et que l’occupation israélienne a usurpé. Et la détresse, au bord de la folie suicidaire, est la mère des bravades qui nient le droit à l’existence d’Israël, des cris sans aucune efficacité, alors que la guerre d’extermination très efficace nie depuis des années le droit d”existence de la Palestine. La Palestine est déjà faible. Petit à petit, l’Israël l’efface de la carte.

Les colons envahissent, et derrière eux les soldats corrigent la ligne de frontière. Les balles rendent sacrée la dépossession, au nom d’une légitime défense du territoire. Il n’y a pas de guerre agressive qui ne se proclame pas comme une guerre défensive. Hitler envahit la Pologne pour empêcher la Pologne d’envahir l’Allemagne. Bush a envahi l’Irak pour empêcher l’Irak d’envahir le monde. Dans chacune de ses guerres défensives, l’Israël a avalé un nouveau morceau de la Palestine, et les déjeuners continuent. La dévoration est justifiée par les titres de propriété donnés par la Bible, par les deux mille ans de persécution que le peuple juif a souffert, et par la panique générée par la chasse aux palestiniens.

L’Israël est le pays qui ne respecte jamais les recommandations et les résolutions de l’ONU, qui ne respecte pas les décisions des tribunaux internationaux, qui ne subit pas les jugements du droit international, il se moque des lois internationales et il est aussi le seul pays qui a légalisé la torture des prisonniers. Qui lui a donné le droit de refuser tous les droits ? D’où vient l’impunité avec laquelle l’Israël exécute le massacre de Gaza ? Le gouvernement espagnol n’a pas pu bombarder impunément le pays basque pour finir avec la ETA ou le gouvernement britannique n’a pas pu dévaster l’Irlande pour liquider l’IRA. Est ce que l’Holocauste implique une politique d’impunité éternelle ? Ou le feu vert provient du pouvoir que l’Israël a sur le plus fidèle de ses vassaux ?

L’armée israélienne, la plus moderne et sophistiquée du monde, est en connaissance de cause de celui auquel elle s’attaque. Elle ne tue pas par erreur. Elle tue par abjection. Les victimes civiles sont appelées dommages collatéraux, selon le dictionnaire des autres guerres impériales. À Gaza, trois sur dix sont des dommages collatéraux. Reste à ajouter des milliers de mutilés, victimes de la technologie de mutilation humaine que l’industrie militaire teste avec succès dans cette opération de nettoyage ethnique.

Et comme d’habitude, toujours la même chose : à Gaza, cent contre un. Pour chaque cent Palestiniens tués, un Israélien mort.

Les personnes dangereuses préviennent un autre bombardement, en charge de la gestion des moyens massifs de manipulation. Ils nous invitent à croire qu’une vie israélienne vaut autant qu’une centaine de vies palestiniennes. Et les médias nous invitent aussi à croire qu’elles sont humanitaires les deux cents bombes atomiques d’Israël, et finalement qu’une puissance nucléaire appelé l’Iran a anéanti Hiroshima et Nagasaki.

La soi-disant communauté internationale, existe t-elle ? N’est-elle qu’un club de marchands, de banquiers et de guerriers ? Est-ce quelque chose, mis à part du nom artistique qu’utilisent les États-Unis lorsqu’ils font du théâtre ?

Face à la tragédie de Gaza, l’hypocrisie mondiale brille à nouveau. Comme toujours, l’indifférence, les discours vides, les déclarations creuses, les déclamations sonores, les positions ambiguës, rendent hommage à l’impunité sacrée.

Face à la tragédie de Gaza, les pays arabes se lavent les mains. Comme toujours. Et comme toujours, les pays européens se frottent les mains.

La vieille Europe, tant capable de la beauté et de la perversité, verse une larme tout en célébrant secrètement ce coup de maître. Parce que le chasse des Juifs a toujours été une tradition européenne, mais depuis un demi-siècle cette dette historique est encaissée par les Palestiniens, qui sont aussi des sémites et qui ne l’ont jamais été, ni antisémitistes non plus. C’est eux qui payent avec le sang, un compte qui leur appartient pas.

Cet article est dédié à mes amis juifs tués par les dictatures latino-américaines sous la tutelle d’Israël.

Eduardo Galeano

 

 

publié dans le quotidien mexicain La Jornada, le 28 novembre 2012 http://www.jornada.unam.mx/2012/11/28/mundo/034a1mun

traduction, Kei Tanikawa et Fréquences Latines

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 19:21

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http://www.rue89.com/2012/12/22/le-concept-dincivilite-permis-de-penaliser-des-delits-mineurs-238035

 

Carole Gayet-Viaud, sociologue, décrypte l’origine et l’instrumentalisation de ce mot. Histoires de vie quotidienne, de morale, au-delà de la « politesse ».

« La SNCF durcit le ton sur les incivilités », pouvait-on lire dans la presse début décembre. Pieds sur les sièges, cigarettes dans les trains non-fumeurs, crachats, portes de train bloquées pour retarder le départ... Ces petits désagréments de la vie collective prennent un sens décisif dans la bouche de Guillaume Pépy, président de la SNCF.

L’entreprise a annoncé un vaste plan de « lutte contre les incivilités », avec des amendes si la « pédagogie » envers les usagers ne suffit pas. La SNCF prend la suite de nombreux services publics de transport, de mairies ou, plus largement, d’établissements recevant du public. Le terme d’incivilités est désormais utilisé à toutes les sauces pour désigner des infractions mineures aux règles de politesse communément admises.

La sociologue Carole Gayet-Viaud, chargée de recherche du CNRS au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP), revient sur l’origine du concept, ses définitions à géométrie variable et les interactions conflictuelles qu’il désigne.

Au fil de ses recherches, elle s’est penchée sur un objet d’études qui touche à la vie quotidienne et à la morale. Qu’est-ce qui est admis dans l’espace public ? Que peut-on dire à un inconnu dans la rue ? Pourquoi un rappel à l’ordre peut-il se terminer en bagarre ? Ces questions traversent les travaux de Carole Gayet-Viaud sur la galanterie, la politesse, la civilité, la juste distance entre les personnes dans l’espace urbain.

Rue89 : D’où vient le terme « incivilités » ? Depuis quand est-il utilisé en France et comment a-t-il été importé dans le langage courant ?

Carole Gayet-Viaud : Le terme est assez ancien mais son sens actuel date des années 90. Il vient des Etats-Unis, par l’intermédiaire des théories dites de la « vitre brisée » qui touchent à la politique de sécurité urbaine et à la prévention de la délinquance.

« Broken window theory »

En 1982, les sociologues américains George L. Kelling et James Q. Wilson développent dans The Atlantic une théorie des incivilités à partir de l’exemple de la « vitre brisée » (« broken window »). Selon eux, si on laisse une vitre brisée dans un quartier sans réagir, la situation ne peut que se dégrader : le quartier va se délabrer et la délinquance augmenter.

 

Cette théorie (interprétée de façon variable) a donné lieu à une politique dite de « tolérance zéro » à New York dans les années 90 : une sanction rapide et sévère de tous les comportements contraires à la règle, dans le but d’éviter l’aggravation de la criminalité et la récidive.

C’est l’idée – contestable et contestée – que l’incivilité serait la porte d’entrée vers des formes de violence et de criminalité plus consistantes. Que si on ne punit pas les gens, ils vont récidiver de manière de plus en plus grave.

Très centrée sur la déviance et son contrôle, cette théorie a donné lieu à des politiques dites sécuritaires, dans le but de « corriger avant que ça ne dégénère ».

Mais il y avait un autre versant dans la théorie de la vitre brisée : l’attention aux situations, aux conditions environnementales, pratiques et matérielles d’accomplissement de certains actes (en l’occurrence déviants).

L’idée de l’article fameux de Kelling et Wilson est que si dans un hall d’immeuble on laisse une fenêtre cassée sans la réparer, il va y avoir une spirale du déclin.

D’abord les gens vont commencer à passer plus vite, à s’enfermer chez eux. S’il y a du bruit dans l’escalier ils ne viendront plus voir, des dealers vont s’installer, puis un beau jour il y aura un meurtre parce que « les gens bien » auront déserté les lieux et ceux qui le peuvent auront déménagé.

Cet aspect intéressant a été souvent mal traduit dans les politiques se réclamant de la théorie, et dans le transport des Etats-Unis vers la France.

L’articulation propreté/sécurité a justifié la focalisation des actions sur certains problèmes et désordres urbains très visibles, sous prétexte de leur effet indirect sur le crime, parfois jusqu’à l’absurde. Car chasser les sans-abri du centre-ville, cela n’a plus grand chose à voir avec le fait de remplacer une vitre cassée…

Un autre effet a été de justifier une pénalisation accrue de délits mineurs (transformation en délit de comportements qui ne l’étaient pas, ou aggravation des peines encourues) sous prétexte d’une gradation supposée dans les trajectoires de déviance, appelant une répression « précoce ». Et ce versant est problématique. Si la prison et le répressif prévenaient l’engrenage dans la délinquance, ça se saurait.

Quels comportements range-t-on sous ce terme générique ?

En France, ce sont principalement les travaux du sociologue Sébastian Roché qui ont popularisé la notion et en ont assuré le succès. Pour lui, l’incivilité regroupe un ensemble de comportements mineurs, signe d’un rapport négligent ou réfractaire aux règles de la vie commune, et qui ont des conséquences délétères pour la collectivité. Le fait que ce ne soit pas des délits, trop petits pour être punis par la loi, a d’emblée été considéré comme un problème.

Il a bien montré que c’était souvent une défaillance institutionnelle qui est en cause dans ces problèmes : une division fonctionnelle du travail qui fait que pour un espace donné, on ne sait plus qui est responsable du respect des règles d’usage, et ce qui est à tout le monde finit par sembler n’être à la charge de personne.

Mais une des difficultés de cette vision des choses, c’est l’idée sous-jacente qu’il y aurait d’un côté les gens qui connaissent les règles et qui les appliquent, et de l’autre ceux qui sont réfractaires à la norme, parce qu’ils sont incompétents ou de mauvaise volonté. Il faudrait donc les rééduquer ou les empêcher de nuire.

Sébastian Roché et tous ceux qui se sont intéressés aux incivilités viennent plutôt de la criminologie. Ils travaillent sur le sentiment d’insécurité et la délinquance. Et ce cadrage de la question a laissé des pans entiers du phénomène de côté.

Au départ, la notion est avancée pour faire tenir ensemble des choses assez disparates : la vieille dame qui vole des fleurs dans un massif de la ville, des bousculades dans la métro, les interactions qui tournent à la dispute et vont jusqu’à l’insulte, voire aux coups, les tags, les occupations de halls d’immeubles... La RATP, elle, inclut la fraude dans sa définition et son chiffrage des coûts de l’incivilité.

La civilité met en jeu les conditions de possibilité d’une confiance mutuelle, non seulement entre inconnus, dans la ville, mais aussi avec les institutions. Cela pose donc toujours des problèmes de fond.

Quels lieux et quelles situations sont le théâtre de l’incivilité ?

J’ai beaucoup travaillé sur les « disputes de politesse », dans la rue ou les transports en commun, autour d’un strapontin par exemple. Souvent, on réduit la civilité à quelques attitudes et à un inventaire de mots : « bonjour », « merci », « s’il vous plaît », « au revoir ».

En fait, derrière ces fameuses « règles » auxquelles on réduit souvent la civilité, il y a une appréciation et une interprétation de ce que les règles veulent dire, de leur sens et donc de leur justesse. Et parfois, des désaccords sur le fond.

L’exigence de civilité suppose qu’elle ne soit pas verbalisée : on attend de l’autre qu’il manifeste sa bonne volonté de lui-même.

Dès qu’il y a un manquement apparent, l’interprétation pessimiste, à charge, surgit très rapidement, on se dit : « s’il ne laisse pas ça son siège à la femme enceinte, c’est qu’il n’en a rien à faire ». Quand on doit demander, on estime que l’autre est déjà en faute. Des procès d’intention se nouent, des reproches, des lectures un peu paranoïaques et définitives de la situation adviennent.

Entre des gens qui ne se connaissent pas, les ressorts de l’indulgence sont plus limités qu’entre de vieux amis. La confiance s’effondre vite. Des catégories de personne lèvent facilement le soupçon, d’autres non.

De quelles catégories parlez-vous ?

Prenons la question de l’encombrement dans un bus, qui a l’air très objective et quantifiable. Un jour, j’ai assisté à une scène dans laquelle un jeune homme très chargé portait un grand nombre de packs de bouteilles d’eau, qu’il allait certainement ensuite revendre à la sauvette.

Il a gêné un homme plus âgé, à l’allure respectable, qui a fait une réflexion désagréable et une grimace pleine de mépris.

Cet encombrement-là n’était pas perçu de la même façon qu’on perçoit quelqu’un qui porte des bagages, ou ses cadeaux la veille de Noël, ou des cartons de déménagement... pour la même place occupée. Il y a immédiatement une appréciation morale sur la légitimité des gens à faire ce qu’ils font.

Parfois, cela donne des discussions ou des débats sur le fond. Souvent, une partie reste tacite. Ce sont juste des regards, des moues, ou très souvent, des remarques faites plus ou moins à voix haute, mais sous la forme de commentaires à la troisième personne (« il est gonflé celui-là ! »), adressés à la cantonade.

Pourquoi parler à voix haute sans s’adresser à la personne concernée ?

Ça fait partie de la norme : il est très délicat de donner des leçons de civilité ou de politesse à des inconnus. C’est offensant. Or, les gens ne savent pas formuler les choses sans verser dans le reproche et l’agression. Notamment à cause de ce discrédit et de cette présomption de culpabilité qui viennent très vite, comme je l’ai dit tout à l’heure. C’est une mise en cause assez sérieuse, un discrédit jeté sur la personne.

On l’observe constamment dans les situations où quelqu’un est gêné et ne sais pas comment le dire. Si un non-fumeur est gêné par un fumeur, plutôt que de lui parler, il fait de grands gestes pour chasser la fumée.

Exaspéré, le fumeur préférera s’adresser à son camarade, en disant bien fort : « ah ça m’énerve ça, elle ne peut pas me demander si ça la gêne ! ». Cela crée un dialogue par tiers interposé, assez comique le plus souvent, mais qui peut tourner à la dispute et parfois même en venir aux mains. Et ce sont alors les mêmes gens qui se plaignent de l’impolitesse des autres qui parfois aussi se retrouvent du côté des « mis en cause ».

Vous donnez souvent, dans vos travaux, des exemples dans les transports en commun. Est-ce le lieu par excellence où prennent place les conduites qualifiées d’incivilités ?

Oui, c’en est un lieu important, mais il se passe aussi beaucoup de choses dans la rue. Si les transports sont un lieu où on trouve de l’incivilité, c’est une question d’abord assez bêtement quantitative : c’est parce que tout le monde s’y croise.

Et les enquêtes sur ces incivilités-là (mes propres enquêtes ethnographiques comme l’enquête quantitative menée par Philip Smith et ses collègues en Australie) montrent que ce frottement interactionnel concerne tout un chacun : les cadres moyens, les personnes âgées, les femmes...

L’incivilité ici ne concerne pas seulement, loin s’en faut, les jeunes ou les jeunes de banlieue. Il y a dix millions de voyageurs par jour sur le réseau RATP, c’est une bête question de nombre et de densité dans un espace réduit. On ne peut pas simplifier les choses en disant : « il y a les gentils et les méchants, les bien élevés et les mal élevés ». C’est démenti par les faits.

L’incivilité moyenne concerne l’ensemble des troubles ordinaires de la coexistence, et les conflits d’usage des espaces : entre les fumeurs d’un bar qui sortent désormais fumer dehors et les riverains qui subissent les nuisances sonores, entre les commerçants et les sans-abri, entre les membres d’un jardin partagé et les adolescents qui s’y installent à quinze, etc.

Tout ça peut être qualifié « d’incivilités », mais c’est souvent manquer une partie du problème ; il ne faut pas que cela revienne à adopter un point de vue univoque, centré uniquement sur le droit ou sur la règle et le contrôle.

Quel est le rapport entre les incivilités et l’institution ?

Des organisations comme la RATP ou la SNCF ramènent volontiers l’incivilité à des problèmes entre les usagers. Cela existe mais les gens sont, pour la plupart, plutôt de bonne volonté et surtout, ils tiennent beaucoup aux questions de politesse.

Le discours sur « l’éternel déclin de la civilité », « les normes se perdent » ne me convainc pas. Il y a tout un tas de choses qui jouent dans les interactions : les rapports générationnels, de sexe, interethniques, qui font que les gens se comportent plus ou moins « bien » avec les autres.

Ensuite, les institutions qui accueillent du public (La Poste, les mairies, Pôle emploi) ont une responsabilité. L’association d’usagers de la ligne 13 vous dira que la possibilité d’être civils commence par celle de ne pas se monter les uns sur les autres dans le métro.

Une collègue, Julia Velkovska, travaille sur les boutiques d’un grand opérateur téléphonique français. Elle montre très bien que le fait de faire une scène est parfois une nécessité. Ainsi, quand un client vient parce qu’il a un problème, c’est qu’il n’a pas trouvé de solution sur Internet ni au téléphone. Et il cherche désespérément un interlocuteur, mais sur place, rien n’est prévu pour l’aider.

Sa demande est hors-sujet (les employés sont là pour lui vendre des choses et rien d’autre). Alors, s’il ne fait pas une scène, il ne va pas pouvoir être aidé. Parce qu’il faut pour les employés sortir de leurs attributions, dévier par rapport à leurs règles internes et leur mission, pour aller trouver l’information qui va aider ce client sur son problème. Mais ce n’est pas prévu.


Carole Gayet-Viaud

Très souvent, c’est ce genre de problème que vivent les personnes en contact avec les gens, tous ces métiers du public étudiés par Isaac Joseph et Gilles Jeannot. Si le personnel d’accueil se prend tout dans la figure, c’est qu’on leur reproche que l’institution ferme les écoutilles.

La première des civilités, en ce sens, c’est de donner des recours et des interlocuteurs aux gens qu’on reçoit. L’hospitalité devient parfois une question politique : si on ne veut pas que les jeunes squattent un hall, il faut leur ouvrir des lieux gratuits équivalents.

Par qui est utilisé le mot « incivilités » ? J’ai l’impression de ne l’entendre que dans la bouche des élus, des journalistes, des responsables de services de transports... Pourquoi ?

Effectivement. Même si le terme entre progressivement dans le langage commun, les gens ne se traitent pas « d’incivils » entre eux, ils se traitent de « malpolis », voire de « connard », et j’en passe. L’incivilité est un terme qui décrit un phénomène de l’extérieur et en surplomb. Il s’est imposé par en haut, par son succès médiatique et politique, qui l’a mis progressivement à l’agenda des politiques publiques, depuis deux décennies maintenant.

Vous oubliez une catégorie importante dans la genèse de ce succès : les policiers. Dès 1993, après les émeutes de Vaulx-en-Velin, la directrice des Renseignements généraux Lucienne Bui Trong a publié un livre dans lequel elle définissait une échelle de la violence urbaine. Le stade ultime était la guérilla, le premier degré, l’incivilité.

Avec ce cadrage très criminologique de la question des incivilités qui a longtemps dominé, on pouvait ranger dans un même phénomène les altercations dans le métro et les incendies de boîtes aux lettres. Ce qui n’est quand même pas évident…

Mais ça a compté et contribué à justifier les Loppsi 1 et 2 qui créent de nouveaux délits et augmentent les peines encourues pour des délits mineurs (le vendeur à la sauvette par exemple, ne peut pas être considéré comme responsable d’un sentiment d’insécurité, peut-être même au contraire, et pourtant la peine encourue a été alourdie). Le flou de la notion a donc permis des instrumentalisations très gênantes.

Ce cadrage de la question s’est assez largement imposé, malgré les débats et les critiques, et a favorisé les réflexions et les actions sur l’articulation entre incivilité et délinquance, voire crime, aux dépens de toute réflexion sur l’articulation avec la norme pensée positivement, la civilité, le vivre-ensemble.

Du coup, l’incivilité présume toujours que l’ordre va de soi. C’est à la fois naïf et faux. Et politiquement, par effet de ricochet, on considère souvent désormais que la lutte contre les incivilités, et la civilité d’ailleurs, ne sont que de jolis noms (et des injonctions) servant à cacher un exercice débridé du contrôle, liberticide, que c’est un instrument de la « gouvernementalité » bref, quelque chose de suspect, voire totalement nocif politiquement.

Cette opposition politique entre réactionnaires-défenseurs-de-l’autorité-perdue-à-rétablir d’un côté et critiques-de-gauche-de-l’injonction-à-la-civilité-masquant-le-piétinement-des-libertés d’autre part constitue en fait les deux faces très solidaires d’une même vision, très formaliste, de la civilité. Cela laisse largement hors champ la plupart des questions réelles, de fond, que pose l’interaction civile et ses ratés - ce qui est tout de même dommage.

Un des problèmes qu’il y a derrière tout ça, c’est la vision de l’ordre qui est supposée, qui n’est pas satisfaisante ni d’ailleurs correcte. Penser la réciprocité des perspectives, la nécessité pour ceux qui obéissent aux règles de coproduire ces règles, de pouvoir les critiquer et les transformer si elles ne sont pas ou plus estimées légitimes, tout cela est fondamental dans la définition d’un ordre civil, et donc juste, en régime démocratique. Or, ce lien entre civilité et citoyenneté (active) est souvent totalement occulté. On renvoie alors à un ordre subi auquel il faut se soumettre plutôt qu’à un ordre légitime auquel on consent alors librement à obéir.

Que révèle le discours sur l’incivilité sur notre rapport à la norme, au désordre, à l’éclat de voix, à l’imprévu ? Sommes-nous intolérants ?

Ce n’est pas une tolérance ou une intolérance de principe. Le soupçon de mauvaise volonté vient très vite entre inconnus et fait monter la tension. Ce sont des règles auxquelles les gens tiennent beaucoup, et ils ont un côté schizophrène car le sens commun les empêche d’admettre pourquoi et en quoi c’est important. Les gens racontent : « je ne sais pas pourquoi ça m’énerve autant qu’on me double dans la file d’attente ».

D’un côté, le sens commun dit que toutes ces choses sont négligeables. De l’autre, ce sont des questions de justice, de respect, donc il est assez naturel que cela touche les gens de manière viscérale. Ils n’arrivent pas à résoudre cette contradiction, et continuent à s’en rendre malade tout en disant « je ne devrais pas, c’est plus fort que moi ».

Sur le site internet de la mairie de Nice, on trouve la phrase suivante : « l’incivilité nuit à la paix sociale et à la qualité de vie de chacun d’entre nous. » Pourquoi regrouper tous ces termes à connotation morale dans la même phrase ?

C’est un constat tellement général que je pourrais bien sûr être d’accord. Après, il faudrait voir ce que fait la mairie de Nice pour que ceux qui sont susceptibles d’encombrer les trottoirs avec leurs tentes en carton, ou pour les jeunes qui squattent.

Quelles prises sont données aux gens pour rester civils les uns avec les autres ? L’ordre n’est pas qu’un corpus de règles auxquelles il faut se soumettre. On peut accepter d’obéir, pour autant qu’on considère les règles comme justes et légitimes, qu’on y souscrive.

Dans une campagne d’affichage récente « contre les incivilités », la RATP a remplacé le visage des usagers par des têtes d’animaux, en fonction du comportement reproché : une grenouille pour ceux qui sautent le tourniquet, un buffle en costume pour celui qui pousse les autres dans le métro, etc. Qu’est-ce que ça signifie ?

Ils veulent éviter le côté donneur de leçons, montrer que ces comportements concernent des types sociologiques variés et éviter de les stigmatiser en leur donnant un visage. C’est aussi une façon de communiquer en interne, en disant à son personnel que la direction s’occupe des problèmes qui les touchent.

Cela dit, quand on interroge les gens, on remarque qu’il y a tout un tas d’agacements liés à la cohabitation. Mais c’est le cas pour n’importe quelle forme de cohabitation. Focaliser l’attention là-dessus fait porter la faute, de manière disproportionnée, sur la bonne ou mauvaise éducation des usagers.

Or, encore une fois, ce ne sont pas là les seules difficultés, et ce cadrage exonère la RATP de ses propres responsabilités : ce qu’elle doit à ceux qu’elle accueille, ou encore la responsabilité de l’organisation dans les difficultés que rencontrent les personnels en contact avec le public, comme je l’ai dit plus tôt.

C’est une question de gestion des flux, de l’information, des équipements : la civilité de l’organisation c’est accueillir correctement les gens. Or, le métro est très inhospitalier aux usagers qui ne sont pas des hommes d’âge moyen en parfaite santé. Pour les femmes (avec enfants jeunes, enceintes), ou pour les personnes malades ou âgées, sans parler des personnes handicapées, tout reste à faire.

Si vous êtes enceinte et avez des nausées, vous n’avez qu’à vomir dans la poubelle. Et attendre d’être arrivée à bon port pour trouver un point d’eau. Si vous êtes malade ou avez mal au dos, il n’y a souvent plus de siège pour s’asseoir. Mais dans la campagne, toute cette dimension et tous ces sujets sont escamotés.

Dans les campagnes de ce genre, menées par des réseaux de transport ou des villes, on observe souvent deux phases : d’abord la sensibilisation, puis la répression, à travers des amendes.

Il y a une demande sociale de propreté très forte, et qui va croissant il me semble. Prenons l’exemple des déjections canines : il s’agit bien d’incivilités. Il y a bien un rapport avec les normes communes dans le fait de laisser ou non son chien déféquer sur le trottoir.

Ce type de verbalisation en revanche, n’est pas celui qui me choque le plus, car il est relativement « égalitaire », et ne va pas contribuer à stigmatiser des catégories défavorisées. Mais là encore, il y a une sélection des priorités dans le choix des politiques à conduire, où mettre les moyens, à quoi employer les personnels payés par les deniers publics.

Carole Gayet-Viaud a co-dirigé (avec D. Cefaï et M. Berger) l’ouvrage « Du civil au politique. Ethnographies du vivre-ensemble » (éd. Peter Lang, 2011). L’ouvrage tiré de sa thèse, intitulé « La civilité urbaine. Enquête sur les formes élémentaires de la coexistence démocratique », est à paraître en 2013 (éd. Economica). Ses recherches actuelles portent sur les métiers de la régulation de l’ordre (en) public dans les espaces urbains.h

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Published by valenton rouge - dans France
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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 19:14

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/CASTRO/48345

 

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Promise par la gauche française pendant la campagne présidentielle, la loi autorisant le mariage entre personnes du même sexe devrait être présentée à l’Assemblée nationale en janvier prochain. Tandis qu’un nombre croissant d’Etats, en Europe et en Amérique latine en particulier, pratiquent désormais l’égalité des droits, d’autres continuent de sanctionner l’homosexualité par la prison ou par la peine de mort.

par Daniela Rojas Castro et Gabriel Girard, novembre 2012

A l’heure où la France débat du mariage homosexuel et où l’Argentine promulgue une loi autorisant le changement de sexe, l’amélioration des conditions d’existence des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans (1) (LGBT) est incontestable. Le temps semble désormais lointain où ces préférences sexuelles relevaient d’une « loi sur la dangerosité et la réhabilitation sociale » (ley de peligrosidad y rehabilitación social), comme en Espagne, ou étaient surveillées par le groupe de contrôle des homosexuels de la préfecture de police de Paris — la première a été abolie en 1979, le second en 1981. Mais l’évolution est plus contrastée qu’il n’y paraît. Les inégalités et les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle perdurent : dans des dizaines de pays, la répression d’Etat et les violences, souvent relayées par des fondamentalismes religieux, condamnent les personnes LGBT à la clandestinité.

Au début des années 1980, dans la plupart des pays occidentaux, leurs revendications sont centrées sur les questions de reconnaissance sociale et légale. Dans le contexte de l’épidémie naissante du sida, alors que les décès se multiplient, l’absence de droits pour les partenaires de même sexe crée en effet des situations dramatiques, le survivant n’ayant aucune existence juridique. Les premières lois concernant les couples gays et lesbiens sont instaurées en Europe du Nord (Danemark, Norvège, Islande, Suède) à l’orée des années 1990. Cette vague d’obtention de droits, qu’illustre bien le pacte civil de solidarité français (le pacs, voté en 1999), procède d’une démarche — soutenue par les partis sociaux-démocrates — mêlant tolérance et reconnaissance sociale, et dont la logique politique est d’abord celle de la différenciation : les partenariats pour les couples de même sexe ne donnent pas accès aux mêmes droits que le mariage, notamment en ce qui concerne la parentalité et l’adoption (2). Mais ces premières avancées ouvrent de nouveaux horizons revendicatifs.

A partir de la fin des années 1990, les mouvements LGBT s’inscrivent majoritairement dans une perspective fondée sur la notion d’égalité des droits entre couples homosexuels et hétérosexuels. A la suite des Pays-Bas (2001), les pays scandinaves adaptent progressivement leur législation en ce sens. L’Espagne (en 2005) et le Portugal (en 2010) autorisent le mariage et l’adoption. L’Afrique du Sud et le Canada (en 2005), puis l’Argentine (en 2010), ont à leur tour voté des législations égalitaires, de même que certains Etats et districts du Brésil (Alagoas), du Mexique (Distrito Federal, Quintana Roo) et des Etats-Unis (Connecticut, District de Columbia, Iowa, Massachusetts, New Hampshire, New York, Washington et Maryland). Enfin, dans près de vingt pays, l’homophobie constitue un facteur aggravant pour un crime.

Répression officielle et réprobation sociale

Considérer ces avancées légales comme le résultat d’une lente mais profonde évolution des mentalités procède néanmoins d’une lecture erronée. Les résistances restent fortes ; l’attestent la position des Eglises catholiques française ou espagnole sur le mariage homosexuel ou, aux Etats-Unis, la signature par le candidat républicain à la présidentielle, M. Willard Mitt Romney, du Federal Marriage Amendment, qui vise à réserver le mariage aux couples hétérosexuels. Et les violences verbales et physiques continuent de marquer le quotidien de nombre de personnes LGBT.

De plus, la reconnaissance de leurs droits est loin d’être acquise et universelle. Les rapports entre personnes du même sexe demeurent illégaux dans soixante-dix-huit Etats, où ils peuvent être punis de prison, voire de mort. Et, indépendamment de la dureté des législations, les pratiques homosexuelles constituent des cibles privilégiées pour les régimes politiques et les courants religieux désireux d’imposer une forme d’autorité « morale ». De nombreux pays d’Afrique et du Proche-Orient s’illustrent par l’accentuation, au cours de la dernière décennie, d’une homophobie virulente et parfois meurtrière, particulièrement portée par des courants fondamentalistes de l’islam. Ainsi, en Arabie saoudite, en Iran, au Yémen, au Nigeria, au Soudan, en Afghanistan et en Mauritanie, les actes homosexuels restent passibles de la peine de mort. Trois hommes ont été décapités en Arabie saoudite en 2002. En Iran, deux adolescents ont été exécutés en juillet 2005 et un troisième, condamné en 2010, n’a dû son salut qu’à une mobilisation internationale. En Irak, même si l’homosexualité est légale, des milices islamistes armées ont massacré plusieurs centaines de personnes depuis 2004 (3). D’autres religions ne sont pas en reste. En Ouganda, les pasteurs évangéliques (et notamment le mouvement born again) s’indignent de l’« indulgence » d’une législation qui prévoit pourtant l’emprisonnement à vie pour toute personne accusée d’acte homosexuel : ils militent pour lui substituer la peine de mort.

Dans ce contexte, les personnes visées sont condamnées à la clandestinité, la peur de l’opprobre conduisant parfois leurs familles à les réprimer elles-mêmes ou à les dénoncer. Les mobilisations locales restent donc risquées : les brimades et les violences contre les militants sont fréquentes, quand ils ne sont pas simplement assassinés (4). Les réseaux de solidarité qui se développent par le biais d’Internet demeurent quant à eux fragiles, la dénonciation et la répression de l’homosexualité participant souvent d’une défiance à l’égard de valeurs considérées comme « occidentales ». Au Cameroun, début 2011, c’est sous ce prétexte que le gouvernement a critiqué la participation financière de l’Union européenne à des programmes de soutien aux droits des minorités sexuelles. Récemment, en Ouganda, plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) internationales, accusées de « recruter des homosexuels » parmi les jeunes Ougandais, se sont vu interdire l’entrée sur le territoire.

Aux discriminations légales qui frappent les groupes à « sexualité méprisée (5) » s’ajoutent celles qui touchent à la santé. Les données sur l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) mettent en lumière cette vulnérabilité spécifique. Pour l’Amérique latine et les Caraïbes, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique par exemple : « Bien que la prévalence du VIH soit inférieure à 1 % parmi la population générale dans la plupart des pays de la région, elle est parfois entre cinq et vingt fois plus élevée chez les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes (HSH (6)). La stigmatisation et la discrimination associées à l’homophobie alimentent l’épidémie (7). » A l’échelle internationale, une grande majorité des HSH restent hors de portée des programmes de prévention du sida (8). Confrontés à la stigmatisation, à la violence ou à des législations pénalisant l’homosexualité, ils préfèrent bien souvent renoncer aux soins pour ne pas courir le risque que leur sexualité soit dévoilée à leur famille, à leur communauté, ou signalée aux autorités. Il est donc très difficile d’établir des données précises de l’épidémie parmi les HSH dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest. Ailleurs, comme en Russie, le déni des pouvoirs publics concernant l’épidémie contribue directement à l’approximation des chiffres et affaiblit les dispositifs de prévention et de soins.

S’il existe des structures de santé et que les personnes LGBT y accèdent, elles doivent souvent affronter l’ignorance et les préjugés du corps médical. Ainsi, tel médecin ne demandera pas un test du VIH sous prétexte que son patient « n’a pas l’air d’un homosexuel » ou « est marié ». L’un de ses collègues lui lancera une « plaisanterie » blessante sur les « pédés ». D’autres tenteront par tous les moyens de les refouler, comme certains dentistes avec les personnes séropositives (attente interminable, mesures de sécurité ostentatoires...). Les lesbiennes n’échappent pas à ces inégalités de traitement. Du fait des discriminations vécues ou anticipées, le faible recours à des examens gynécologiques a des conséquences directes sur la prise en charge des infections sexuellement transmissibles, comme le virus du papillome humain (VPH), ou de certains cancers. Quant à la transidentité, elle reste considérée comme une maladie mentale et figure encore à ce titre dans les référentiels médicaux qui font autorité à l’échelle internationale, tels que le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, DSM) (9).

A la fin des années 1990, l’émergence aux Etats-Unis d’une mobilisation autour de la « santé gay » (ou « santé LGBT ») a marqué le renouveau d’une réflexion critique sur les enjeux de la prise en charge médicale (10). Si elle ne concerne pour l’instant qu’une frange limitée de ces populations, majoritairement masculine, blanche, aisée et urbaine, elle a au moins le mérite de renouer avec une histoire d’action collective et communautaire. Dans le sillage du féminisme, les mouvements d’émancipation gays et lesbiens post-1968 marquent le point de départ de nouvelles formes de luttes, axées sur la visibilité et la politisation de l’intime, qui questionnent l’ensemble de la gauche. Nés aux Etats-Unis, les groupes de libération homosexuelle émergent partout en Europe : au Royaume-Uni, avec le Gay Liberation Front (GLF) ; en France, avec le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) (11), etc. Au cours des années 1980, à l’instar d’autres mouvements sociaux, ils se sont progressivement transformés et institutionnalisés.

L’Europe de l’Ouest est cependant le théâtre d’évolutions diverses. En France, la fin de la pénalisation de l’homosexualité, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981, a contribué à l’essoufflement du mouvement. Ailleurs, les gouvernements conservateurs au pouvoir prennent des mesures antihomosexuels. Au Royaume-Uni, la section 28, votée en 1988, interdit par exemple d’évoquer l’homosexualité dans les écoles. Aux Etats-Unis, les mandats de Ronald Reagan (1981-1989) sont marqués par une réaction morale et politique particulièrement préjudiciable à la lutte contre le sida.

Dans tous les cas, le registre revendicatif évolue, passant de la contestation des normes hétérosexuelles et patriarcales à la revendication de droits et de réformes compatibles avec ces normes. De manière concomitante, l’irruption du VIH/sida a fortement pesé sur la réorientation des combats homosexuels. Dès le début des années 1980, la lutte contre l’épidémie constitue un point central de réorganisation des combats gays, autour de structures comme Terrence Higgins Trust au Royaume-Uni (1982), Gay Men Health Crisis (1982) aux Etats-Unis ou Aides (1984) en France.

Quarante-cinq ans de militantisme

La création de l’association Act Up — en 1987 à New York et en 1989 à Paris — symbolise cette révolte des malades issue de la communauté gay. L’évolution du militantisme homosexuel s’accompagne d’une multiplication des cadres associatifs organisés autour de la lutte contre les discriminations et de la convivialité : clubs sportifs (European Gay and Lesbian Sport Federation) et associations professionnelles (comme le Syndicat national des entreprises gaies), centres communautaires dans les grandes villes, associations d’étudiants, etc. Le marqueur identitaire — être gay ou lesbienne — tend à prendre le pas sur une lecture en termes d’oppression sexuelle.

L’internationalisation des luttes constitue l’une des évolutions majeures des mouvements contemporains. Ne nous méprenons pas : dès les années 1970, les échanges sont nombreux entre militants homosexuels. Les émeutes de Stonewall, à New York, en juin 1969, deviennent une référence mondiale ; les marches des fiertés commémorent d’ailleurs chaque année cet événement. Mais, au cours de la dernière décennie, le soutien aux victimes d’homophobie est devenu un thème majeur de mobilisation, accompagnant l’émergence de mouvements d’émancipation dans des pays où la répression interdisait l’affirmation des LGBT. Cette solidarité obtient des succès notables face à l’homophobie d’Etat — comme au Sénégal, où la pression internationale a permis en 2009 la libération de militants de la lutte contre le sida. Ces campagnes ont également permis de rendre visibles des situations de répression, comme les violences auxquelles sont confrontées les marches des fiertés à Belgrade ou à Moscou, ou encore de dénoncer un projet de loi homophobe en Ukraine. Elles tissent également des réseaux de soutien indispensables pour des démarches de demande d’asile et d’immigration, lorsque certains doivent quitter leur pays.

Dans le même temps, la lutte contre l’homophobie a pu être instrumentalisée politiquement, comme l’attestent les controverses récentes sur l’« homonationalisme » (12). Forgé comme un concept critique, celui-ci décrit le mouvement qui, au cours des années 2000, a conduit certaines franges du mouvement LGBT des pays du Nord à désigner les immigrés et en premier lieu les « musulmans » comme la nouvelle figure menaçante pour les modes de vie gays et lesbiens. Les préoccupations légitimes vis-à-vis des persécutions de certains gouvernements et de l’homophobie de secteurs réactionnaires de l’islam sont ici enrôlées dans un combat « civilisationnel ». Aux Pays-Bas, la figure de Pim Fortuyn, homosexuel revendiqué et homme politique d’extrême droite assassiné en 2002, prolonge jusqu’à la caricature cette tendance. La frontière tracée entre le « progressisme » des pays occidentaux et l’« obscurantisme » des autres s’estompe pourtant quand on sait que les premiers refusent ou restreignent le droit d’asile pour les personnes persécutées en raison de leur orientation sexuelle dans les seconds...

La globalisation des préoccupations quant à la situation des personnes menacées est symbolisée par l’adoption d’une résolution internationale spécifique à Yogyakarta (Indonésie) en 2007 (13). Elaborée par des experts des droits humains, cette déclaration de principes vise à mobiliser les institutions internationales afin d’obtenir l’interdiction des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Le texte a obtenu le soutien de cinquante-quatre pays lors de sa présentation à l’Organisation des Nations unies (ONU), le 26 mars 2007.

Des démarches se poursuivent actuellement pour rendre possible l’adoption par l’ONU d’une résolution sur les droits de l’homme, l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Pour autant, la situation des mouvements revendicatifs est caractérisée par l’hétérogénéité et la dispersion. Sur le plan institutionnel, des groupes de pression centrés sur les droits humains, tels que l’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (Ilga), mènent un travail de lobbying au niveau des institutions et des Etats. Ils œuvrent au développement de campagnes de solidarité, mais ne sont pas dépourvus d’ambiguïtés. Dans leur perspective, la revendication de droits participe en effet d’une stratégie de reconnaissance identitaire qui élude largement les enjeux de classe, de genre et de race fracturant les communautés LGBT.

Daniela Rojas Castro

Psychologue sociale à Aides et au groupe de recherche en psychologie sociale (Lyon-II).

Gabriel Girard

Sociologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et à l’université Concordia (Canada).
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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 19:11

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http://www.bastamag.net/article2813.html

 

Biométrie, vidéosurveillance, drones, détection des comportements anormaux, modèles mathématiques pour identifier des suspects... L’Union européenne finance plus de 190 programmes de recherche sur la sécurité et la surveillance. Au grand bénéfice des industriels, qui recyclent les technologies militaires pour surveiller les populations. Alors qu’un nouveau programme de recherche est en cours de discussion à Bruxelles, l’Europe continuera-t-elle à céder aux lobbys industriels et à investir des milliards dans le marché de la sécurité ?

Ils portent des noms étranges : Tiramisu, Pandora, Lotus, Emphasis, Fidelity, Virtuoso… En apparence, ce sont d’inoffensifs acronymes. En réalité, ils cachent 195 projets européens de recherche dans le domaine de la sécurité et de la surveillance. Des projets relativement inquiétants pour nos libertés. Et financés par l’Europe dans le cadre de partenariats public-privé.

Exemple le plus emblématique : le projet Indect (« Système d’information intelligent soutenant l’observation, la recherche et la détection pour la sécurité des citoyens en milieu urbain »), lancé il y a quatre ans, dénoncé fin octobre par des manifestations dans toute l’Europe. Indect vise à permettre une « détection automatique » des menaces et des situations dangereuses – comme les cambriolages – ou « l’usage d’objets dangereux » – couteaux ou armes à feu. Tout est bon pour combattre « le terrorisme et d’autres activités criminelles comme le trafic d’êtres humains ou la pornographie pédophile ». Et assurer la sécurité des citoyens... Sauf qu’il s’agit aussi avec Indect de détecter « automatiquement » (sic) les comportements suspects, à partir d’images de vidéosurveillance, de données audio ou échangées sur le net. Bienvenue dans Minority Report !

Détecter les comportements « anormaux »

Concrètement, Indect est un système de surveillance, qui, à partir d’images et de sons captés dans l’espace public et d’informations glanées sur Internet, alerterait les services de police en cas de situation jugée dangereuse : des personnes immobiles dans une rue passante, un mouvement de foule, des véhicules qui roulent au ralenti, un appel louche sur un réseau social. Ces critères « d’anormalité » seront définis par les forces de sécurité... Le tout alimentera un moteur de recherche. En plus d’espionner l’espace public, Indect assurera « la surveillance automatique et en continu de ressources publiques, comme les sites web, forums de discussion, réseaux P2P ou systèmes informatiques individuels ». Mais rassurez-vous : des outils pour masquer certaines données privées, comme les visages ou les plaques d’immatriculation sur les images vidéos, sont prévus. Les informations doivent être cryptées avant leur transmission aux services autorisés. Ouf !

Parmi les instituts de recherche qui participent au projet, aux côtés de plusieurs polices et entreprises [1], celui de l’université de Wuppertal en Allemagne est spécialisé en sécurité des transports et en protection civile contre les catastrophes. L’université vante les effets positifs que pourraient avoir ces techniques pour prévenir une situation comme celle de la Love Parade de Duisbourg, en 2010, où 21 personnes sont mortes dans un mouvement de foule.

Dans le cadre d’Indect, il développe des modèles mathématiques pour évaluer, à partir d’images de vidéosurveillance, la vitesse des objets, ou « pour détecter le mouvement dans un domaine dangereux, comme les voies dans une gare », explique le porte-parole de l’université, Johannes Bunsch – le seul officiellement autorisé à parler du projet. Courir pour attraper un train, réagir avec un geste brusque, et vous voilà dans le moteur de recherche auquel se connectent les services de police. « Le système peut très bien détecter une personne nouant ses lacets dans un magasin ou prenant des photos dans un hall d’aéroport, et considérer cela comme un comportement “anormal”. En réalité, le système ne sait pas s’il s’agit d’un comportement indésirable. Il détecte simplement un comportement qui s’écarte des comportements normaux que nous lui avons appris », illustre le professeur Dariu Gavrila (cité par le site Owni) qui, au sein de l’université d’Amsterdam, travaille sur des algorithmes pour détecter les comportements agressifs.

Car le but affirmé d’Indect est bien de lutter contre la criminalité et le terrorisme, non pas d’éviter les carambolages sur les autoroutes ou les mouvements de panique tragiques. Et ce, grâce à l’Union européenne qui finance 75% du projet (15 millions d’euros au total). « Nous ne développons que des procédés techniques, se défend prudemment le porte-parole. La compétence de décider comment utiliser la technologie revient aux politiques ». C’est bien là le problème : qui contrôle ces programmes de recherche et à qui bénéficieront-ils ?

Police et entreprises dans le comité d’éthique

Pour répondre aux critiques, Indect s’est doté d’un comité d’éthique. Sa composition laisse songeur : parmi les neuf membres, on retrouve deux chefs des services de police impliqués et un industriel d’une des entreprises participantes... Son principe semble pour le moins ambigu : « La maxime "si vous n’avez rien fait de mal, alors vous n’avez rien à craindre" n’est valable que si tous les aspects de la justice criminelle fonctionnent parfaitement, dans toutes les occasions. » [2] Faut-il comprendre qu’un citoyen qui tombe par erreur dans les mailles sécuritaires d’Indect n’aura que peu de chance de s’en sortir !? « Les comités d’éthique qui accompagnent les projets comme celui d’Indect sont plutôt des alibis, estime l’eurodéputé allemand Jan Phillip Albrecht (Vert), qui a fait partie du comité d’éthique du projet Addpriv, qui vise à créer des outils pour limiter le stockage de données jugées inutiles et rendre les systèmes de vidéosurveillance « plus compatibles » avec le droit à la vie privée des citoyens.

Indect est loin d’être le seul programme espion généreusement financé par l’UE. Arena [3] vise à créer un système mobile de surveillance, et est subventionné à hauteur de 3 millions d’euros. Subito repère les propriétaires de bagages non identifiés. Samurai signifie « surveillance des comportements suspects et anormaux à l’aide d’un réseau de caméras et de capteurs pour une meilleure connaissance des situations » [4], dans les aéroports et les espaces publics. Il s’agit d’un système de vidéosurveillance avec caméras fixes et mobiles – sur des agents de police en patrouille par exemple –, équipées de capteurs permettant de suivre une personne, de retrouver le propriétaire d’un bagage abandonné ou celui d’un véhicule garé dans un lieu public. Des essais se sont déroulés en 2009 dans l’aéroport londonien d’Heathrow. Bruxelles lui a accordé 2,5 millions d’euros.

 

L’enveloppe européenne pour ces dispositifs s’élève à 1,4 milliards d’euros sur cinq ans [5]. Cette future surveillance généralisée se décline dans les transports ferroviaires, les aéroports, et sur les mers, avec des projets notamment conçus pour refouler les migrants. Ce programme soulève de nombreuses questions, d’autant qu’il échappe à tout contrôle démocratique et toute objection de la société civile. « Les représentants de la société civile, les parlementaires, tout comme les organisations en charge des libertés civiles et des libertés fondamentales, dont les autorités de protection des données, ont largement été mis de côté », alerte un rapport commandé par le Parlement européen en 2010 [6]. Vive l’Europe des citoyens !

Une politique de surveillance façonnée par les industriels

Pas d’élus ni d’organisations non gouvernementales, mais une omniprésence des grandes entreprises du secteur de la sécurité et de la défense ! En particulier les Français : le groupe aéronautique franco-allemand EADS, et ses filiales Cassidian et Astrium, participent à près de 20 projets différents. Thales France en suit 22 projets et en coordonne cinq. Sagem et Morpho, deux filiales du groupe français Safran, participent à 17 projets, qui incluent la mise au point de drones de surveillance, ou la conception de passeports et de fichiers biométriques. Chacun avec des millions d’euros de subventions. Des recherches qui assureront sans nul doute de nombreux débouchés pour ces technologies sécuritaires, en Europe et au-delà.

Pourquoi une telle présence ? « Ce sont en majorité de grandes sociétés de défense, les mêmes qui ont participé à la définition du Programme de recherche européen en matière de sécurité, qui sont les principaux bénéficiaires des fonds », pointe l’étude du Parlement européen. Plusieurs multinationales – dont, côté français EADS, Thales, ou Sagem [7] – ont étroitement participé à la définition du programme de recherche lui-même. Depuis 2003, leurs représentants et PDG conseillent la Commission européenne sur le sujet, via différents groupes de travail et comités, qui ont pour mission d’établir les priorités de la politique européenne de recherche en sécurité [8]. A se demander qui, des multinationales ou des institutions élues, définit la politique de sécurité européenne ! « Ce qui intéresse les entreprises du secteur, ce n’est pas tant de surveiller les populations que de faire de l’argent », analyse Jean-Claude Vitran, de la Ligue des droits de l’homme.

Recycler les technologies militaires

C’est que le marché européen de la sécurité vaut de l’or. Entre 26 et 36 milliards d’euros. Et 180 000 emplois, selon la Commission européenne, qui estime qu’au cours des dix dernières années, la taille du marché mondial de la sécurité « a quasiment décuplé, passant de quelque 10 milliards d’euros à environ 100 milliards d’euros en 2011. » [9] Mais Bruxelles craint pour la compétitivité des firmes européennes. La solution ? Développer « un véritable marché intérieur des technologies de la sécurité », explique Antonio Tajani, vice-président de la Commission en charge des entreprises. Un marché essentiel pour consolider la position des entreprises du secteur. Pour y parvenir, Bruxelles veut exploiter les synergies « entre la recherche en matière de sécurité (civile) et la recherche dans le domaine de la défense ». Une stratégie duale : les technologies développées à des fins militaires peuvent aussi se vendre sur le marché intérieur de la sécurité civile, pour la surveillance des migrants, des citoyens, des transports et des espaces publics.

« Les industriels de la défense sont conscients que le marché militaire peut s’appliquer à la sécurité civile. Et qu’ils peuvent en faire leurs choux gras », ajoute Jean-Claude Vitran. Les entreprises du secteur profitent des fonds de soutien à la recherche, à tous les niveaux. En plus du volet sécurité du programme de recherche européen, au moins sept pays européens ont lancé depuis des programmes nationaux, dont la France, avec le programme « Concepts, systèmes et outils pour la sécurité globale » de l’Agence nationale de la recherche. Le secteur n’est visiblement pas soumis à l’austérité.

Vers un contrôle plus grand du Parlement ?

Et ce n’est pas terminé ! Ce septième programme-cadre européen prendra fin en 2013. Mais l’industrie de la sécurité n’a pas de souci à se faire. Le budget du prochain programme, Horizon 2020, valable pour la période 2014-2020, devrait augmenter. La commission de la recherche et de l’industrie du Parlement européen a adopté le 28 novembre une première proposition [10]. Le montant global alloué à la recherche dépendra des discussions entre chefs de gouvernement des pays membres. Une chose est sûre : un volet entier sera de nouveau dédié à la sécurité civile, qui devrait recevoir 2,1% du montant global du programme-cadre. Soit 1,6 milliard d’euros. L’industrie de la sécurité dispose d’un allié au cœur du processus législatif européen. L’un des rapporteurs du texte Horizon 2020, le député conservateur allemand Christian Ehler, est président du conseil d’administration de la German european security association (GESA), une organisation lobbyiste qui regroupe des représentants de l’industrie allemande de la sécurité, de la recherche et des politiques.

 

« 2 % du paquet recherche, c’est beaucoup trop. Si ça n’avait tenu qu’à nous, il n’y aurait pas eu de chapitre « sécurité » dans ce programme, souligne Philippe Lamberts, eurodéputé belge (Vert), autre rapporteur du projet Horizon 2020. Le budget européen de recherche n’est pas énorme. Il faut choisir ses priorités. Il y a d’autres domaines de recherche qui sont plus brûlants pour la sécurité européenne, comme l’indépendance en énergie ou en ressources. »

Les élus verts du Parlement européen ont réussi à introduire des critères d’impact social dans le programme. Tous les appels à projets dans le domaine de la sécurité devront être soumis à une évaluation préalable de leurs conséquences, sur les droits fondamentaux par exemple. « Auparavant, le facteur principal pour choisir les projets, c’était la croissance potentielle de la branche, rappelle le député vert Jan Philipp Albrecht. Il faut des lignes directrices, liées au respect des libertés. Nous avons des restrictions éthiques similaires dans le domaine de la recherche sur les cellules souches. Il faut que soit clairement établi dans quel cadre on a le droit de chercher pour recevoir les fonds européens, et dans quelle limite. » Et surtout permettre aux citoyens de garder le contrôle sur un ensemble de projets qui peuvent remettre sérieusement en cause les libertés publiques. A moins que la « compétitivité » des grands groupes du secteur de la sécurité ne prenne, une fois de plus, le dessus.

Rachel Knaebel

Photo : CC Solo (Une) / CC L’N’Y (caméra) / CC makerbot (Lego) / CC Fotomovimiento

Notes

[1] Douze instituts de recherche, dont l’école d’ingénieur INP de Grenoble – qui n’a pas répondu à notre demande d’informations –, quatre entreprises allemandes et autrichiennes et la police de Pologne et d’Irlande du Nord.

[2] Lire ici.

[3] Architecture for the Recognition of threats to mobile assets using Networks of multiple Affordable sensors, Arena.

[4] Suspicious and abnormal behaviour monitoring using a network of cameras and sensors for situation awareness enhancement

[5] Le programme cadre européen dispose d’un budget de 51 milliards d’euros attribués à la recherche pour la période 2007-2013, dont 1,4 milliards pour le volet « Sécurité ».

[6] A télécharger ici.

[7] Mais aussi BAE Systems, Ericsson, Saab, Siemens…

[8] Le « Groupe de personnalités » (GoP) en 2003, puis le Comité de conseil de la recherche européenne en sécurité (European Security Research Advisory Board, Esrab) en 2005. En 2007, un troisième comité est créé pour accompagner cette fois le 7ème programme cadre de recherche – le Forum européen pour la recherche et l’innovation en sécurité (Esrif).

[9] Lire leur communiqué.

[10] Sur la base d’un premier projet de la Commission. Le texte sera voté en plénière au Parlement européen dans le courant de l’année 2013.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 19:08

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http://blog.mondediplo.net/2012-12-17-Le-Japon-a-l-heure-du-virage-nationaliste

 

Comme une éclipse, ou presque. Absent du pouvoir pendant près d’un demi-siècle, le Parti démocratique du Japon (PDJ) a été massivement rejeté moins de quatre ans après avoir pris les rênes de l’archipel. Elu pour redonner du tonus au pays qui glissait lentement mais sûrement sur la pente de la récession, le parti du premier ministre Noda Yoshihiko est tombé, faute d’avoir su faire face à la catastrophe de Fukushima, aux défis de la reconstruction et d’avoir pu redonner espoir à la population. Le rejet de ce parti a atteint son paroxysme avec le doublement du taux de la TVA (de 5 à 10 %) qu’il a initié et qui sera effectif d’ici à 2015. Le PDJ et ses alliés passent ainsi de deux cent quarante-huit sièges en 2009 à cinquante-six élus ! Un désaveu total.

Le Parti libéral démocrate (PLD) rafle la mise et retrouve le pouvoir. Il dispose de la majorité absolue des sièges : au moins deux cent quatre-vingt treize sur les quatre cent quatre-vingt que compte la chambre des représentants (ou chambre basse). Allié au Nouveau komeito (droite bouddhiste), il rassemble les deux tiers des élus — niveau d’ailleurs indispensable pour faire passer toutes les lois, en cas de désaccord avec la chambre des conseillers (chambre haute renouvelée par moitié tous les trois ans au suffrage universel). Cette « supermajorité » inquiète particulièrement les pacifistes, le chef de file du PLD et futur premier ministre Abe Shinzo ayant inscrit dans son catalogue de campagne la révision de la Constitution et l’essor des dépenses militaires. Il est fort à parier qu’il tiendra ses promesses.

Un discours musclé

C’est effectivement autour d’un discours musclé et aux accents nationalistes que le PLD a su mobiliser, promettant le retour d’un Japon « fier de lui-même », selon l’expression de M. Abe, apte à parler haut et fort aux voisins chinois et coréens. Un discours finalement proche de celui tenu par le Parti de la restauration, né en septembre dernier à l’initiative de l’ultranationaliste maire d’Osaka, le jeune Hashimoto Toru, et de son vieux mentor, l’ex-gouverneur de Tokyo Shintaro Ishihara. Alors qu’il se présentait pour la première fois, ce parti a obtenu cinquante-deux élus, presque autant que le PDJ. Pour l’heure, M. Abe a rejeté toute alliance avec cette nouvelle formation à la Chambre — il n’en a pas besoin. Mais nul n’exclut des passerelles. Du reste, à peine élu, M. Abe a repris les diatribes de M. Shintaro et tenu à réaffirmer que les « îles Senkaku [Diayou, pour les Chinois] font partie intégrante du territoire japonais. Ce n’est pas négociable. »

De toute évidence, les électeurs japonais sont sensibles à un nationalisme renforcé. Du moins chez ceux qui ont voté : le taux d’abstention a dépassé les 40 %, soit dix points de plus qu’en août 2009.

Sept premiers ministres en six ans

Avec sept premiers ministres en six ans, un record d’instabilité, le Japon conjugue crise politique et crise économique, au point de déchirer le consensus légendaire de la société nippone. Troisième économie mondiale derrière la Chine, peinant à reprendre le chemin de la croissance et frôlant régulièrement la récession, le pays se sent déclassé, après avoir été la première puissance asiatique, capable de rivaliser avec la puissance américaine dans les années 1980. A l’époque, il était de bon ton de citer comme exemple le « modèle japonais » — son mode d’organisation en entreprise et sa flexibilité. Certes, le Japon reste dans le peloton de tête : son produit intérieur brut (en parité de pouvoir d’achat) dépasse les 35 000 dollars par habitant, tandis qu’il s’élève à près de 47 000 dollars pour les Etats-Unis et à 8 500 dollars pour la Chine. Ses réserves financières se situent au deuxième rang, juste derrière la Chine, et représentent 20 % du PIB (ce qui lui confère des marges d’action).

Toutefois, le modèle du tout-export connaît ses limites (les ventes de voitures nippones ont régressé l’an dernier en raison du conflit avec la Chine, mais aussi de la crise économique en Europe). La dette publique atteint 230 % du PIB. Même si le pouvoir peut puiser dans l’épargne nationale (et ne pas dépendre des marchés financiers mondiaux), la situation à long terme n’est pas tenable : la population vieillissante commence à réduire son bas de laine, tandis que les plus jeunes, précarisés, n’ont pas les moyens de mettre de l’argent de coté. D’autant que si, officiellement, le taux de chômage reste faible (4,2 %), les emplois à temps partiel ont explosé. Le travail précaire touche massivement les femmes (65 % des précaires) et le salaire moyen a baissé de 9,4 % entre 1997 et 2010 (lire Yan Rousseau, « Japon ou le pays de la récession heureuse », Les Echos, 20 novembre 2012).

Relance du nucléaire civil et militaire

Face à ces désordres sociaux qui plombent le pays depuis près d’un quart de siècle, le discours volontariste de M. Abe a tout pour séduire. Il réclame auprès de la Banque du Japon un financement plus large de l’économie (sur le modèle de la banque centrale des Etats-Unis) et des interventions massives pour mettre fin à la surévaluation du yen (qui handicape les exportations). Au nom de la lutte pour l’emploi, il promet une relance de la politique de grands travaux, source en outre de corruption massive, à laquelle le PDJ n’a d’ailleurs pas échappé. On ne compte plus les scandales liés aux détournements de fonds à l’origine destinés à la reconstruction des zones dévastées par le tsunami (240 milliards de yens, soit 2,2 milliards d’euros). Enfin, le patron du PLD veut rouvrir la plupart des centrales nucléaires et maintenir l’activité des deux actuellement en service. Les marchés financiers ont salué comme il fallait l’arrivée de M. Abe et fait flamber les actions de la Tokyo electric power compagny (Tepco) de sinistre mémoire pour les habitants de Fukushima et au-delà. Il n’est pas sûr que cet engouement pour le nucléaire suscite l’enthousiasme des Japonais, y compris chez ceux qui ont voté PLD par rejet des démocrates.

M. Abe, qui a déjà occupé le poste de premier ministre pendant douze mois (du 26 septembre 2006 au 25 septembre 2007), risque pourtant de se heurter aux élus locaux qui doivent affronter des habitants peu enclins à accepter de potentiels Fukushima à côté de chez eux.

« Rêve chinois » contre « fierté nippone »

Le discours nationaliste et va-t-en guerre du nouveau premier ministre nippon suffira-t-il à faire passer ce programme ? Rien n’est moins sûr. Il est, en tout cas, fort dangereux. D’autant que, du côté chinois, l’humeur est également à la démonstration de force. En tournée dans le sud de la Chine, le nouveau numéro un Xi Jinping a mis en avant ce qu’il nomme le « rêve chinois » de régénération du pays. « Ce rêve, a t-il précisé, peut être considéré comme le rêve d’une nation forte, et pour les militaires, c’est le rêve d’une armée forte. Nous devons atteindre le grand renouveau de la nation chinoise, et nous devons assurer l’union entre un pays prospère et une armée forte. »

Un « rêve » qui peut tourner au cauchemar dans une région où les dépenses militaires ne cessent de grimper et où les provocations succèdent aux provocations.

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 21:00

 

 

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Valenton

le 14 décembre 2012

 

 

 


Monsieur Jean Marc Ayrault

Premier Ministre

Hôtel de Matignon

57 rue de Varenne

75700 PARIS

 

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

M. Lakshmi Mittal est connu du monde du travail, de celui des sidérurgistes, de leurs familles, des élus locaux lorrains qui ne le croient plus.

 

M. Laskhmi Mittal est connu, de Monsieur Arnaud Montebourg, qui s'est fait remettre,

le 27 juillet dernier, un rapport sur « la filière acier en France et l'avenir du site de Florange ». Il y est d'ailleurs souligné combien les hauts fourneaux, l'usine d'agglomération et la cokerie d'Arcelor-Mittal à Florange s'insèrent de façon cohérente, avantageuse et efficace dans le « cluster lorrain » de ce groupe. Ce rapport ajoute que « ce patrimoine de compétences est aujourd'hui menacé » par la fuite en avant financière et spéculative de M. Mittal.

 

M. Laskhmi Mittal est connu des banques où il n'a pas hésité à transférer 37 milliards de dollars vers le Luxembourg par « optimisation fiscale ».

 

M. Laskhmi Mittal, c'est moins connu, coûte très cher aux français mais le rendement pour la famille Mittal est considérable. Le groupe présentait un excédent brut d'exploitation de 10,1 milliards de dollars en 2011 et de 4,4 milliards de dollars encore au premier semestre 2012. Cela a permis à la famille d'encaisser quelques 40 % des 1,19 milliard de dollars de dividendes versés en 2011 et des 598 millions de dollars versés au premier semestre 2012.

 

M. Laskhmi Mittal est connu des salariés de Belgique où sa stratégie du tout financier le conduit et ce dans la précipitation, à  fermer des sites, comme récemment à Liège.

 

M. Laskhmi Mittal est bien connu pour sa stratégie de gestion essentiellement financière et spéculative, achetant, débitant et revendant à la découpe des unités de production et des potentiels de savoir-faire, au gré de la conjoncture des marchés financiers.

Il est donc de la plus haute importance d'entreprendre très vite une véritable action de redressement productif à Florange, contre les prédations de la finance que le candidat François Hollande avait dénoncé le dimanche 22 janvier au parc des Expositions du Bourget et qui, là, a bien un visage, celui de M. Lakshmi Mittal.


En 2006, nos échanges extérieurs d'acier en volume présentaient encore un solde positif de 1, 7 million de tonnes. Il est tombé à 82 000 tonnes en 2011. Le commerce avec les pays membres de l'Union européenne est au coeur de ce déclin. Toute reprise de la croissance, éminemment souhaitable, sera très consommatrice d'acier alors que la tendance est, malgré quelques écarts, à la hausse des prix depuis début 2002. C'est dire, si on laisse faire, les prélèvements extérieurs croissants que pourraient subir les industries consommatrices d'acier : construction automobile, ferroviaire, électroménager, agroalimentaire, construction navale et  transport maritime et fluvial, production d'électricité, industrie pétrolière, bâtiments et travaux publics, emballage, outillage.


En France, ce sont donc des millions d'emplois industriels, et de services associés, qui dépendent peu ou prou de la compétence et du savoir-faire des 45 000 salariés directs et des 30 000 salariés indirects de la filière sidérurgique.

 

L'ensemble des faits et méfaits de cet homme, de son groupe témoignent de l'urgence de procéder à la nationalisation immédiate d'Arcelor-Mittal.

 

Au nom des communistes Valentonnais, nous vous demandons, de procéder selon les souhaits de la population du bassin de Fench, des élus locaux dans toutes leurs diversités, des organisations syndicales, tous rassemblés autour de la nécessité de rendre à la nation ce qui lui appartient.

 

 

C'est également au nom des communistes Valentonnais que je vous demande de mettre en œuvre une véritable politique de redressement industriel et écologique, par et pour la population. Il est véritablement temps que la gauche relève le véritable, le seul défi qui ne saurait être le coût du travail mais bel et bien le coût du profit capitaliste.

 

Au nom des communistes de Valenton qui n'ont pas ménagé leur peine pour battre Sarkozy et ainsi contribuer à l’élection du président de la République, nous vous rappelons que quand les valeurs de gauche sont bafouées, cela conduit au retour de la droite et de sa politique revancharde.

 

Le temps est venu, Monsieur le Premier Ministre, d'agir dans le sens de l'Histoire, du progrès social et humain.

 

Au nom des communistes Valentonnais nous vous invitons à un signal fort : nationalisez Arcelor-Mittal et rouvrez le dossier immédiatement.

 

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de ma haute considération.

 

 

Alain Girard

Secrétaire de la section PCF

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 20:41

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http://www.fakirpresse.info/Bernard-Arnault-Le-predateur-du.html

 

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Première fortune de France, quatrième fortune mondiale, Bernard Arnault a bâti son empire sur un mensonge. Qui a fait des victimes. Et qu’il s’efforce de cacher. Tandis que la misère reste ici, lui exporte son pactole.
Du Val de Nièvre jusqu’à Bruxelles, notre Section Spéciale a mené l’enquête pour traîner ce grand patron devant le Tribunal Moral International.

Excusez-moi, on recherche cet individu. » Au Café du Centre, à Flixecourt, notre Section Spéciale tend à la serveuse un portrait-robot : « Est-ce que vous l’auriez aperçu ? » Elle scrute le dessin, et nos mines à nous, dans nos parkas de détective : «  Non, ça ne me dit rien. » Et de s’adresser à sa collègue, plus ancienne : « Tu le connais, toi, ce bonhomme-là ? » L’autre fait la moue, secoue la tête en tirant une Pelforth à la pompe : «  Nan, je vois pas. » On les met sur la voie : « Arnault, Bernard, il s’appelle. Né le 5 mars 1949 à Roubaix, département du Nord. »
Toujours rien.
« Il est passé par ici, il y a une trentaine d’années… »
Non, rien de rien, elle ne se souvient de rien.
Notre filature piétinait.



Au Café des Sports, à L’Étoile, le bled à côté, un Paris-Match en main (titré « Pour le bonheur de sa fille, Bernard Arnault reçoit au château d’Yquem princes, stars et barons de la finance »), on avait déjà sondé les âmes :
« Qui c’est celui-là ? demandait Gilette.
- Je l’ai jamais vu, appuyait sa voisine.
- Il a un beau costume. »
Autour de la table, pourtant, notre SSACP - Section Spéciale Anti-Crimes Patronaux - avait réuni des témoins de ce massacre industriel. Des anciennes ouvrières du coin, des filatures, de la velveterie, du tissage, qui avaient traversé la débâcle du textile d’un repreneur au suivant. « Vous ne savez pas qui c’est, ce Arnault Bernard ? on insistait.
- Non.
- Mais vous avez travaillé chez Saint ?
- Oui. J’ai travaillé de 72 à 83 à Harondel. Et puisque ça a fermé, j’ai été mutée à Flixecourt. Comme Flixecourt a fermé aussi, on m’a remutée à Sièges de France. A Sièges de France, ça n’a pas marché : j’étais couturière, je me faisais insulter, on m’en a fait voir de toutes les couleurs. J’ai fait de la dépression, et enfin j’ai été licenciée. Mon mari aussi a été licencié, de chez Peaudouce. On a perdu notre maison neuve, et puis après ç’a été l’enfer. L’enfer.  »
Tandis qu’elle tombait en « enfer », son bourreau de l’emploi grimpait au paradis. Se hissait sur les plus hautes marches au palmarès des super-riches : première fortune de France, première d’Europe maintenant, quatrième du monde. Mais trente ans plus tard, les victimes elles-mêmes avaient tout oublié. Jusqu’à son visage, même son nom. De quels pouvoirs disposait-il pour ainsi effacer les mémoires ?

C’était à désespérer notre Section.
Dehors, la pluie tombait dru, dégoulinait sur les trottoirs, débordait des caniveaux. Allait-on abandonner ? Fallait-il, encore, balader les photos trempés de ce PDG d’une porte à la suivante, à travers ces corons aux briques rouges, dans l’attente d’une langue qui se délie ?
Sous l’enseigne du Kéno, la mélancolie nous gagnait. Est-ce que la Justice, et pire que tout, le sentiment d’injustice, avait déserté cette terre ? Est-ce que la révolte s’était éteinte dans les cœurs des hommes, est-ce que la résignation s’était installée, à force de gratter des tickets de Tac-O-Tac ? Est-ce qu’on était les seuls, encore, des étrangers, des étrangetés, à trouver ça indécent, que le plus grand groupe de luxe mondial soit bâti sur la détresse d’une vallée, de ce Val-de-Nièvre hier industrieux et aujourd’hui sinistré ?

On redressait nos cols, s’apprêtant à affronter l’averse. « Attendez, attendez, nous lance la serveuse. Y a peut-être quelqu’un qui pourra vous renseigner… Monsieur Paris ! elle hèle à travers le bistro. Monsieur Paris ! » À l’autre bout du comptoir, un Papy passe à la caisse Loto. Il se rapproche : « Monsieur Bernard Arnault, vous connaissez ?
- Faut l’abattre cet homme-là. » Manifestement, lui a conservé quelques souvenirs : « Quand il est arrivé en 84, il nous a bien liquidé. Y a que le Bon Marché, Peaudouce, Conforama qui l’intéressaient. Nous, on n’était que de la merde. » Monsieur Paris retourne à son silence, à sa méfiance de taiseux. « Mais vous sauriez où on peut le trouver ?
- En Belgique, non ? Maintenant qu’il nous a bien balayés, il peut partir avec le pognon… »
C’était déjà une piste.



« Mais arrête, il t’a prolongé Bernard Arnault ! » Une grosse voix tonne derrière nous, qui s’avance vers le zinc, en colère : « Il assure 100 000 emplois en France, Bernard Arnault ! 100 000 ! » Le PDG a donc un avocat dans ce bistro : Petit, Alain. Profession : ferrailleur à la retraite. Et l’on note sa déposition, fût-elle à décharge : « Mon père était tisserand chez Saint-Frères, mais un jour, y a eu du feu. Plutôt que de l’éteindre, lui s’est échappé. Alors, on l’a sanctionné, mis dehors. Qu’est-ce qu’il pouvait faire, dans un village où il n’y avait que Saint-Frères ? Il a ramassé des bouts de fer, à pied d’abord, avec un âne ensuite, et puis avec un camion. Après la guerre, avec les boîtes de métallurgie dans le Vimeu, ça a commencé à très bien tourner. Mais notre plus belle époque, c’est dans les années 80. Avec toutes les usines qui fermaient, on avait du travail. Grâce à Bernard Arnault, entre autres. J’ai eu un rendez-vous avec lui, à Marquette, près de Lille, et j’ai négocié un contrat d’exclusivité. Je le suivais partout, après. J’ai vidé plus de trois cents usines !
- Ouais, l’interrompt une serveuse, t’as vidé la mienne !
- Et alors ?
- C’est là que j’ai perdu mon emploi.
- C’est là aussi que t’as perdu tes seins ? »
L’homme a le sens de la répartie.
« On sortait les machines, on les faisait fondre… Ah, on a vécu des très belles années !  » Dans la famille des rapaces, il y a les grands vautours. Et les petites buses, qui s’engraissent des restes. Avec assez de gras pour se bâtir « une maison de 11800 m2 », pour acheter « des étangs », pour collectionner les « grosses cylindrées »... « Mais alors, grâce à Bernard Arnault, vous êtes riche, en fait ? on lui lance.
- Oh… Pas vraiment…
- Si si », opine la serveuse, en essuyant un bock.
On ne l’aurait pas parié, comme ça, dans son parka Quechua de chez Décathlon, ses mocassins usés, son pantalon de toile serrés en bas par des élastiques. Il a conservé la même vie de prolo, en gros, habite la vallée, sirote son jus à 1,10 € au PMU plutôt qu’au Ritz.

Nos soupçons s’étoffent, certes, mais que valent des soupçons devant des juges ? Ça reste des mots. Des informations floues, incertaines. On manque de preuves : sans traces matérielles, concrètes, l’inculpé sera relaxé devant le Tribunal Moral International. Autant dire un désaveu, un soufflet pour notre toute récente Section Spéciale.
« Au revoir… » On salue les clients, soulevant nos chapeaux. Sur le seuil et sous un ciel picard, des gouttes coulent dans nos cous, et le désarroi s’infiltre dans nos veines. La serveuse nous hèle, une dernière fois :
« Est-ce que vous avez rencontré Catherine ?
- Qui ça ?
- Catherine Thierry. C’est une religieuse. Elle connaît tout ça.  »
Voilà le tuyau qui nous manquait.
Notre enquête allait basculer…

Retrouvez la vidéo-teaser du dossier :


Bernard Arnault : Le prédateur du Nord ! - Fakir... par fakirpresse


Pour lire la suite de ce dossier, qui remonte aux origines de la fortune de Bernard Arnault, démonte le mensonge sur lequel elle s’est bâtie... Lisez le dernier numéro de votre journal préféré.

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Published by valenton rouge - dans France
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