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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 18:59

 

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 18:26

 

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 16:01

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La guerre contre l’Iran aura-t-elle lieu ? Inutile de jouer les Cassandre, la réponse à cette question devant nous être donnée par les événements eux-mêmes. Par contre peut-être n’est-il pas vain de s’intéresser au rapport des forces en présence dans leur dynamique d’évolution. Nous parlons ici essentiellement de rapports de forces politiques tant la question semble réglée d’avance en ce qui concerne le différentiel de forces militaires en cas de confrontation directe entre Washington, Tel-Aviv… et Téhéran.

En effet, la disproportion entre le potentiel militaire de coercition des uns et celui des autres ne prête à aucune équivoque. De ce point de vue, ce sont exclusivement des paramètres de nature « politiques » qui déterminent avant tout, encore aujourd’hui, le gouvernement iranien à ne pas céder aux injonctions de la « Communauté internationale ». Aussi parce que Téhéran considère qu’il est loin d’avoir « épuisé » la carte de l’accord tripartite turco-irano-brésilien [1]. Celui-ci pouvant, le cas échéant, lui offrir une issue raisonnable (voire « honorable », ne pas perdre la face en Orient étant un souci premier). Rendez-vous est à ce propos pris avec Brasilia et Ankara pour la fin août…

Reste que le succès de cette entreprise de contournement de la diplomatie états-unienne est loin d’être assurée au vu des réactions violemment négatives des Anglo-Américains (voir infra). Surtout que, lorsqu’on parle de « négociation » avec Téhéran, encore faut-il bien entendre que l’on attend du gouvernement iranien une reddition sans condition. En contrepartie, Téhéran fera tout, et jusqu’au bout, pour éviter de passer sous les Fourches caudines comme le département d’État l’y convie avec une pressante insistance.

Mais de ce point de vue, tout n’est pas dit. D’abord parce que l’Iran se sait, en principe, totalement vulnérable « à une attaque instantanée et non détectable, écrasante et dévastatrice, sans possibilité de défense et sans capacité réelle d’exercer des représailles dissuasives » [2] ; ensuite parce que la Turquie trouverait dans l’aboutissement réussi de l’accord de Téhéran un moyen de s’affirmer sur la scène régionale tout en rendant la monnaie de sa pièce à Tel-Aviv après l’humiliation de l’épisode sanglant de la flottille humanitaire pour Gaza.

A contrario, d’autres facteurs ne plaident pas en faveur d’un règlement négocié par le truchement de la Turquie et du Brésil associés dans le sauvetage de l’Iran national-islamiste [3]. Russes et Chinois pratiquant, volens nolens, un jeu de bascule diplomatique, ont voté le 9 juin la Résolution 1929 du Conseil de Sécurité des Nations Unies durcissant le régime des sanctions internationales imposées à l’Iran [4]. Résolution qui surtout a donné caution au Congrès états-unien, puis à l’Union européenne – Bruxelles devant faire connaître son propre train de sanctions vers la fin du mois de juillet – pour prendre en concertation des mesures draconiennes à l’encontre de la République islamique, notamment d’ordre économique (voir infra).

En ce qui concerne Moscou, cette décision semble bien refléter une certaine « schizophrénie » au sommet de l’État ou un bicéphalisme ouvertement divergent entre une Présidence a priori plus « occidentaliste » que ne le serait le Premier ministre Vladimir Poutine. Cela se traduit à la fois par un ralliement âprement négocié à la politique de sanctions états-uniennes et européennes, et simultanément par des « consultations » irano-russes portant sur le renforcement de la coopération bilatérale ; certes « en premier lieu économique » comme l’a souligné récemment le vice-ministre des Affaires étrangères russe, Alexeï Borodavkine… ou encore le maintien d’une complète ambigüité quant aux livraisons de batteries de missiles hypersoniques anti-aériens S300 (voir infra).

*****

Examinons maintenant quelques unes des raisons qui sont vraisemblablement intervenues Moscou pour décider le Kremlin à voter en faveur de la Résolution 1929, le 9 juin 2010, moins d’un mois après avoir applaudi à la conclusion de l’accord tripartite.

Passons sur la nécessité impérieuse, pour la Fédération de Russie, d’une réduction de la production afghane d’opium (dont les produits dérivés occasionnent quelque 30 000 décès annuels en Russie), et notons, par une heureuse coïncidence, la levée des sanctions états-uniennes contre quatre groupes russes réputés avoir commercé de façon « illégale » avec l’Iran et la Syrie après 1999.

Selon le Washington Post du 22 mai 2010, l’administration Obama – trois jours après l’annonce par la Secrétaire d’État, Mme Hillary Clinton, que la Russie acceptait d’avaliser le projet de résolution – abandonnait ses « poursuites » contre Rosoboronexport épinglé en 2006 et 2008 pour des ventes illicites à l’Iran ; également concerné l’Institut moscovite d’avionique, ainsi que l’université des sciences et techniques de la chimie Dimitri Mendeleyev pour transferts illégaux de techniques relatives au domaine balistique. Depuis janvier 2010, l’Administration Obama a su apparemment donner des gages substantiels et avait déjà opéré la levée préalable des sanctions frappant Glavkosmos et l’Université technologique de la Baltique pour leurs échanges avec l’Iran…

Mais pour qu’un marchandage soit complet, il faut aussi que certaines portes restent entrouvertes, ainsi l’Administration Obama, dans la formulation de son projet de résolution, a su maintenir un flou artistique quant à l’interdiction de le vente de systèmes de missiles hypersoniques sol-air russes S300 à l’Iran. Un marché représentant plusieurs centaines de millions de dollars, vraisemblablement en partie déjà payés, mais dont les livraisons ont été jusqu’à présent ajournées pour des « raisons techniques » sous la pression conjointe américano-israélienne. Passé en 2005 ce contrat concerne 30 à 40 systèmes d’armes (dont un aurait peut-être été livré en 2008), des matériels ayant la capacité de rendre l’Iran en grande partie imperméable à d’éventuelles frappes israélo-américaines… sachant que dix systèmes seulement suffiraient théoriquement à assurer la couverture des sites stratégiques perses, et ce, notamment contre une aviation israélienne aux performances limitées par une relative vétusté...

*****

À l’incartade turco-brésilienne, Washington avait aussitôt répondu en ignorant superbement l’accord tripartite signé la veille du dépôt de son propre projet de sanctions renforcées devant le Conseil de Sécurité. Un camouflet pour la Turquie et le Brésil remis à leur « juste » place dans le concert des Nations, dont le président des États-Unis monopolise le pupitre de chef d’orchestre. Des « signaux forts » ayant été envoyés à Ankara [5], il convenait de présenter à la Turquie une « carotte » assez appétissante pour l’inciter à regagner le giron atlantiste et suffisante pour lui faire oublier ses velléités de jeu personnel dans l’arène régionale, de la Méditerranée orientale à la Caspienne via la Mer noire. Tant et si bien que, le 30 juin, l’Union européenne relançait les négociations d’adhésion de la Turquie en ouvrant à Bruxelles un nouveau chapitre relatif à la sécurité alimentaire, vétérinaire et phytosanitaire (le treizième depuis l’ouverture des négociations d’adhésion en 2004 sur les 35 prévus afin d’adapter la législation des candidats aux normes européennes)…

À l’évidence l’UE, dans le cadre du smart power [6] préconisé à Washington (une étroite association de produits d’appels et de contraintes) avait été mandatée afin de « récupérer » Ankara. Le secrétaire états-unien à la Défense, M. Robert Gates n’avait-il pas en effet dénoncé un peu auparavant « ceux qui en Europe poussent la Turquie vers l’Est en refusant de lui donner le lien organique avec l’Occident qu’elle recherche". Autrement dit son entrée dans une Union pourtant déjà incapable de se gérer à vingt-sept ! Autre coïncidence ou hasard calendaire, toujours le 30 juin 2010, la discrète rencontre ministérielle à Bruxelles entre représentants turcs et israéliens au moment même où Ankara demandait à Washington moins de laxisme à l’égard de la rébellion armée du PKK [7].

Parallèlement, le 24 juin, à la suite des sanctions adoptées par le Conseil de sécurité, le Congrès états-unien avait validé le durcissement la politique US à l’encontre de l’Iran en votant un nouveau train de mesures coercitives, mesures adoptées à l’unanimité par le Sénat (99 pour, 0 contre)… Le chef de la majorité démocrate de la chambre haute Harry Reid résumant l’état d’esprit des parlementaires : "Notre objectif est de viser l’Iran là où cela fait le plus mal" !

En l’occurrence il s’agit de créer une pénurie énergétique (mortelle à terme) en interdisant toute entrée de produits pétroliers raffinés ou tout équipement destiné à rendre à l’Iran une quelconque capacité de raffinage. Quatrième producteur mondial de pétrole brut, l’Iran manque cependant de raffineries, certaines ayant d’ailleurs fait l’objet d’attentats ces dernières années [8] et de fait, dépend fortement de ses importations pour la satisfaction de ses besoins intérieurs, importés à quelque 40%. Remarquons ici que la Résolution du Conseil de Sécurité (votée à l’unanimité des cinq membres permanents, Turquie et Brésil ayant voté contre et le Liban s’étant abstenu) n’a eu pour objet que de servir de cache-sexe, autrement dit de cautionner les mesures autrement plus sévères prises par les États-Unis et prochainement par l’UE.

Le républicain John McCain, concurrent de Barak Obama à la présidence, avait pour sa part clairement explicité la portée d’un texte dont le but est de « forcer les entreprises partout dans le monde à faire un choix : voulez-vous travailler avec l’Iran, ou bien voulez-vous travailler avec les Etats-Unis ? Les deux ne sont pas compatibles », énonçant de cette façon que les rigueurs du Nouvel Ordre Mondial ne s’adressent pas seulement aux récalcitrants arcboutés sur l’État-nation, fût-il islamique, mais à tous ceux qui se refusent à passer sous les fourches caudines du Marché unique universel dont le chef d’orchestre est, évidemment, anglo-américain. C’était déjà la teneur du message envoyé au monde par le président Bush au lendemain du 11 Septembre « ceux qui ne sont pas avec nous, seront contre nous »…

Un message reçu cinq sur cinq à Bruxelles et anticipé par quelques géants européens tels l’allemand Siemens ou le français Total [9], contraints et forcés l’un et l’autre en vertu de choix politiques. Une fois n’est pas coutume, le politique ayant pris le pas dans ce cas sur des intérêts économiques quasiment vitaux en période de récession.

En janvier 2010, Siemens officialisait la rupture – imposée par Mme Merkel – de ses liens commerciaux avec la République islamique d’Iran tout en honorant les commandes en cours… une décision en réalité déjà effective depuis octobre 2009. Fin janvier, la chancelière allemande pouvait annoncer que l’Allemagne s’associerait pleinement à de nouvelles sanctions « dans tous les secteurs concernés ». Sachant que les sociétés allemandes avaient exporté vers l’Iran pour environ 3,3 milliards d’euros dans les premiers 11 mois de l’année 2009 (la part

Siemens se montant alors à quelque 500 millions d’euros annuels) on voit ici qu’elle est l’ampleur du sacrifice consenti par l’industrie allemande pour se mettre en conformité avec les engagements transatlantiques européens. Résultat, la position strictement atlantiste de Mme Merkel au détriment des intérêts immédiats de l’économie allemande, a beaucoup contribué à l’affaiblissement de son crédit politique aujourd’hui déclinant.

Quant au pétrolier français Total, agissant également à rebours des intérêts nationaux et sur injonction directe de la présidence, a officialisé le 28 juin la cessation de ses livraisons d’hydrocarbures à l’Iran rejoignant de cette manière ses consœurs British Petroleum et Royal Dutch Shell dans la cohorte des compagnies pétrolières boycottant l’Iran. Une déclaration de pure forme car la suspension effective, sine die avait commencé depuis plusieurs semaines avant même le vote de la Résolution 1929et des oukases du Congrès… lesquels faisaient aboutir le projet de loi d’avril 2009 instituant des sanctions contre les compagnies fournisseuses de carburants à l’Iran, au premier chef, Total et British Petroleum. À ce titre, nul n’a été surpris de voir la décision de renoncer au marché iranien du groupe français annoncée d’abord sur le site du Financial Times et ce, avant toute déclaration en France même.

Last but not least, depuis juin dernier, l’UE avait commencé d’interdire son espace aérien à la majorité des appareils Airbus et Boeing de la compagnie Iran Air. Un mois plus tard, Bruxelles ajoutait à sa liste d’interdiction les Airbus A-320, les Boeing B 727 et B-747. Simultanément, le Royaume-Uni et l’Allemagne, à l’instar des Émirats arabes unis [10], eu égard aux sanctions tant états-uniennes qu’européennes, refusaient tout ravitaillements en kérosène aux avions civils iraniens en dépit d’une évidente violation des conventions internationales pertinentes.


Guerre de communiqués et gesticulations militaires

Aux mesures de confinement économique et financier (la plus part des transactions financières de l’Iran ayant été rendues impossibles hors de ses frontières) viennent s’ajouter d’autres mesures, actives celles-là (mesures actives terme désignant à l’origine les opérations de désinformation ne visant pas seulement les élites dirigeantes mais visant plus largement au conditionnement et à la manipulation des opinions publiques). Ces actions s’inscrivent dans le cadre d’une guerre psychologique qui ne dit pas non nom mais qu’a dénoncée à bon escient le gouvernement iranien le 28 juin 2010 alors que le Directeur de la Central Intelligence Service, Leon Panetta, estimait péremptoirement sur la chaîne ABC que « Téhéran dispose maintenant de suffisamment d’uranium enrichi pour la confection de deux armes nucléaires dans un délais de deux ans ».

Verdict qui tombe après que l’Agence Guysen International News eut diffusé le 24 juin une information donnée pour être d’origine iranienne (!) suivant laquelle « … des avions israéliens auraient atterris sur l’aéroport saoudien de Tabouk les 18 et 19 juin dernier…C’est ce qu’a rapporté l’agence iranienne FARS dans un article intitulé “Activité militaire douteuse du régime sioniste en Arabie Saoudite“ ». Rumeur reprise ensuite par le Times de Londres qui n’hésite pas à annoncer que l’Arabie Saoudite aurait ouvert son espace aérien à l’aviation israélienne en prévision d’une attaque contre l’Iran, une information bien entendu non confirmée à Tel-Aviv et démentie par Riyad.

Difficile alors de faire la part entre rumeurs et faits avérés. Parmi les faits documentés relevant (ou non) de l’intoxication et de la guerre psychologique, signalons que pendant que l’État hébreu se livrait à des manœuvres d’envergure pour contrer une éventuelle attaque de son territoire par des missiles, les États-Unis complétaient leur dispositif offensif dans le Golfe et alentours [11].

Toujours dans le contexte d’une guerre par médias interposés, d’après le quotidien londonien Al-Qods Al-Arabi, information encore reprise par Guysen News, un convoi composé de 11 frégates états-uniennes et une israélienne, le tout accompagnant le porte-avions à propulsion nucléaire USS Harry S Truman, aurait transité par le Canal de Suez en direction la Mer Rouge. Enfin l’Iran aurait mis en état d’alerte ses forces proches de la Mer Caspienne en raison d’une « concentration de forces israélo-américaines en Azerbaïdjan » ! C’est en tout cas ce qu’a déclaré le 22 juin 2010 le général Mehdi Moini commandant des Gardiens de la Révolution : « la mobilisation se justifie par la présence de forces américaines et israéliennes sur la frontière de l’Ouest… ces renforts sont dépêchés dans la province d’Azerbaïdjan occidental car certains pays occidentaux attisent des conflits ethniques afin de déstabiliser cette région ». L’exécution le 20 juin 2010 d’Abdolmalek Rigi, chef du Jondallah, responsables de plusieurs attentats meurtriers contre les Gardien de la Révolution au Baloutchistan iranien est à ce titre un signal fort envoyé par les autorités iraniennes à l’attention de toutes les autres minorités susceptibles de fomenter des troubles dans une conjoncture s’inscrivant dans une inexorable stratégie de la tension.

C’est dans ce contexte que l’État hébreu aurait en effet, toujours selon la rumeur, prépositionné une flotte aérienne d’attaque en Azerbaïdjan. Là encore l’extrême prudence étant de rigueur, il faut noter l’inflation de rumeurs qui crée un climat propice à toute provocation ou tout accident accélérateur ou déclencheur d’une confrontation directe. En tout état de cause, l’utilisation de l’Azerbaïdjan comme base de lancement de raids aériens parait assez improbable si l’on considère l’actuel refroidissement des relations entre Bakou et Washington depuis avril, l’Azerbaïdjan ayant pris ombrage du rôle joué par le département d’État dans le conflit du Haut-Karabakh qui l’oppose à l’Arménie et annulé en conséquence des manœuvres militaires conjointes avec la marine des États-Unis…

Faisant d’ailleurs écho, le même jour, aux déclarations du commandant des Pasdaran, le 22 juin donc, le Dr Uzi Arad, chef du Conseil de Sécurité nationale israélien et proche conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahou, avait jeté sa part d’huile sur le feu en jugeant « le dernier volet des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies, est insuffisant pour contrarier les progrès iraniens en matière de fabrication de l’arme nucléaire. Une intervention militaire préventive pourrait être finalement nécessaire ». Aujourd’hui c’est au tour de la CIA par la voix de son directeur d’enfoncer le clou…

Alors gesticulations guerrières, guerre des mots et intoxication, ou préparation psychologique à ce que le camp belliciste s’acharne à présenter comme inéluctable : le recours à la force contre Téhéran ? Toujours est-il que la guerre des nerfs fait rage dans cette partie de poker menteur à échelle planétaire à laquelle, bon gré malgré, nous sommes conviés à participer !

*****

Nous ne conclurons pas ici sur les conséquences à terme du défi que la Turquie au premier chef, le Brésil ensuite, ont lancé aux États-Unis et à ses commensaux britannique et hébreu. De toute évidence la Turquie n’avait pas envisagé que les choses iraient si loin, ni la vigueur de la réaction anglo-israélo-américaine… Chacun a priori s’attache aujourd’hui, de part et d’autre, à calmer le jeu et à replacer le contentieux dans le cadre formel des échanges diplomatiques [12]. On a, de ce point de vue, cru voir s’amorcer ce retour à la normale avec l’entretien de Bruxelles entre ministres turc et israélien, la Turquie en demandant des excuses israéliennes, l’indemnisation des victimes après l’affaire du Mavi Marmara, le tout assorti d’une levée du blocus de Gaza. Il était loisible de penser que dans le contexte d’un désaccord affiché entre Washington et Tel-Aviv, la Turquie aurait dû obtenir, au moins partiellement, gain de cause : Tel-Aviv n’est-il pas déjà en train d’alléger le dispositif d’asphyxie de la bande de Gaza dont le but avoué était de pousser la population à se soulever contre le gouvernement élu du Hamas ?

Un embargo qui s’est avéré être non seulement erroné mais, qui plus est, est devenu totalement contreproductif… Et bien contre toute attente Ankara s’est vu opposer un refus cassant et intransigeant à sa demande d’excuse, qui aurait pu être simplement « formelle ». Immédiatement après, ce nouveau camouflet : la Maison-Blanche, accueillant à bras ouverts le Premier ministre israélien, M. Benyamin Netanyahou, a offert au monde le spectacle d’une réconciliation d’assez mauvaise augure en ce qu’elle cautionne contre vents et marées la politique de la coalition dominée par le Likoud ultrasioniste au pouvoir à Tel-Aviv.

Des démonstrations d’amitiés qui suivent de peu le limogeage du général McChrystal, chef des forces états-uniennes et de l’Otan en Afghanistan, pour des propos malvenus d’après boire et son remplacement par le général David Petraeus [13] déjà chargé du commandement central [United States Central Command] du front allant de la Mésopotamie au Waziristan (Zones tribales du Pakistan).

La démarche turco-brésilienne a par conséquent certainement procédé d’une mauvaise évaluation du rapport de forces réel existant toujours entre les États-Unis – maîtres du jeu planétaire jusqu’à plus ample informé – et le reste du monde, malgré le fait incontestable que ce jeu se complexifie et se diversifie davantage avec l’arrivée, sur la scène internationale, de puissances montantes qui à leur tour revendiquent une place à la table des « Grands ».

La punition militaro-diplomatique n’ayant pas tardé sous forme d’un « acte de guerre » perpétré en haute mer (et en toute impunité), les mesures de rétorsions économiques et commerciales ne devraient pas se faire attendre très longtemps. Prenons l’exemple de la France qui, après 2003 et sa sortie au Conseil de Sécurité (intolérable du point de vue des partisans de l’annihilation de l’Irak), a souffert de la vindicte états-unienne au point d’amorcer dès 2004 son retour dans le giron Atlantique [14].

En résumé, l’initiative tripartite, opération éminemment louable du point de vu de la paix entre les nations, se sera révélée au final assez désastreuse parce ce que non seulement elle n’a pas permis de squeezer les États-Unis, mais qu’elle leur a offert la possibilité de déplacer leurs pions plus vite que prévu sur le grand échiquier eurasiatique. Pire, l’initiative tripartite a fourni le prétexte et l’occasion aux États-Unis de faire preuve de cette capacité de « rebond », cette « ressource » qu’exalte au plus haut degré la culture du Nouveau Monde. De plus, elle a, d’une certaine façon, précipité les « événements » en créant l’urgence et en entamant la marge de manœuvre des Anglo-Américains jusqu’à les pousser, peu ou prou, au passage à l’acte dans un processus de diplomatie armée qui va crescendo.

Alors quelles leçons tirer de cet accord turco-irano-brésilien qui a suscité le fugace espoir de voir s’engager une amorce de stabilisation régionale ? En premier lieu que le rapport du fort au faible n’offre que peu d’échappatoires. La Fontaine nous l’a autrefois enseigné : la rhétorique du « loup » ne tient aucun compte ni de la raison, ni du Droit, a fortiori du droit international, ni de la justice… Que le discours du « fort » subvertit en soi les valeurs en principe fondatrices des relations entre les individus d’abord, entre les sociétés ensuite.

Nous avons là une sophistique consensuelle donnant une apparence de rationalité légaliste à l’expression de l’imperium hégémonique, verbalisme de chancellerie qui n’est au demeurant qu’une transposition du dialogue au bord du ruisseau des deux animaux de la fable. L’Iran est pareillement un coupable sui generis et doit par conséquent se soumettre inconditionnellement. S’il ne s’y résigne pas de son propre gré, il sera ramené de gré ou de force dans le droit chemin démocratique et libéral. Ce cas de figure n’est pas nouveau et les historiens, s’ils cherchent un peu, trouveront de multiples précédents au cours du XXe siècle.

Nous voyons donc ici, à la croisée des chemins, à quel point, au XXIe siècle, la ruse, enveloppée du brouillard verbal propre au smart power prime sur l’immédiat exercice de la force brutale, mais qu’elle l’annonce cependant tout comme la nuée porte l’orage. À ce titre les « prophéties » du Líder Máximo cubain, quelqu’atteint par l’âge qu’il soit, renvoie étonnamment aux avertissements prodigués par la présidence russe.

La guerre, si elle devait avoir lieu, n’aurait à ce titre pas grand chose à voir avec une quelconque fatalité plus ou moins inhérente à de supposées lois physiques de la nature géopolitique du monde. Elle interviendrait pour la simple et unique raison que des factions influentes d’ultras, à Washington, à Londres et à Tel-Aviv, la veulent assidûment et la préparent avec ardeur et que ces mêmes factions auront fini par l’emporter sur les clans et les hommes hostiles à l’affrontement entre forces matérielles.

Bien des naïfs, croyaient en décembre 1990 que la guerre du Koweït serait évitée parce que des négociations allaient bon train entre Bagdad et Riyad ; parce qu’également le raïs Saddam Hussein avait offert de se retirer si un certain délais lui était accordé lui permettant de « sauver la face ». La guerre a eu lieu. Elle a eu lieu pour l’unique raison que l’« on » voulait qu’elle eût lieu. Or la situation d’aujourd’hui offre de nombreuses similitudes avec celle de décembre 1990. Il ne manque plus au tableau qu’un prétexte plausible, une provocation intervenant n’importe où dans le monde mais suffisamment spectacularisable pour frapper les opinions de sidération, cela, le temps nécessaire à lancer les premières frappes qui tétaniseront les oppositions en les prenant de court et enclencheront automatiquement l’escalade militaire.

Conflit qui serait sans doute appelé à déborder rapidement hors du cadre régional comme l’en a averti le président russe, Dimitri Medvedev. Un conflit qui alors pourrait constituer une opportune porte de sortie à la crise systémique globale qui, aujourd’hui, commence à menacer le statut d’idole du divin dollar [15] : la guerre n’est-elle pas « le » moyen de régulation par excellence ?


Plus grave, nous devons nous garder, aujourd’hui plus que jamais, d’une appréciation fausse du rapport de force global qui est toujours en faveur des États-Unis comme nous en administre la preuve le ralliement volens nolens de la Russie et de la Chine au durcissement des sanctions. Une attitude analogue à celles de ces navires qui fuient sous le vent pour tenter d’échapper à la tempête… pour l’immédiat, les deux challengers eurasiatiques des États-Unis se trouvent littéralement aspirés par la volonté américaine de liquidation du régime iranien et d’inclusion dans sa sphère d’influence de tout l’espace géoécopolitique des Balkans à l’Hindou Koush.

Les États-Unis - John Pitbull - n’en démordront pas, chacun doit se persuader que la chute du régime iranien n’est plus du domaine du négociable. Russes et Chinois le savent et leur comportement démontre qu’ils ne disposent pas de la monnaie d’échange susceptible d’infléchir le projet états-unien. Une ambition dont le succès à terme n’est d’ailleurs pas assuré comme les échecs des révolutions colorées géorgienne et ukrainienne en témoignent.

De sorte que Moscou et Pékin peuvent tout au plus jouer le rôle de ralentisseurs d’un processus qu’ils savent, sauf accident de parcours, inéluctable. Finalement l’épisode de l’initiative tripartite aura eu le vrai mérite de mettre les choses au point et de nous donner un cliché exact de l’état des lieux géostratégiques, c’est-à-dire en montrant le caractère (provisoirement) illusoire d’un rééquilibrage des pouvoirs dans un monde encore assez éloigné de la multipolarité.

Ce constat contredit finalement – en dépit des différents conflits qui déchirent le Proche-Orient ces deux dernières décennies – l’idée que nous assisterions tendanciellement à un déclin de l’expansionnisme états-unien en dépit de deux fronts et de deux enlisements, l’irakien et l’afghan… tout aussi bien que par les conséquences économiques et sociales d’une crise financière que Washington est pourtant encore loin d’avoir complètement surmonté.

À cet égard, écartons définitivement l’idée – laquelle ressort de la méthode Coué, c’est-à-dire de l’autosuggestion – qu’en raison de ses difficultés budgétaires, l’État fédéral états-unien n’aurait plus la capacité d’aller au bout de ses intentions belliqueuses. Une idée controuvée à l’heure de la guerre des drones de combat et des missiles de croisières hypersoniques à portée intercontinentale.

Au contraire ce sont ces difficultés mêmes et les menaces que font peser sur la suprématie du dollar les actuelles défaillances structurelles du système hypercapitaliste ultralibéral qui pourraient le cas échéant contraindre l’État fédéral à une fuite en avant, comme ce fut le cas dans les années ayant précédé la Seconde Guerre mondiale. Mais à la différence du temps du président Roosevelt, dont les intentions véritables étaient masquées par un discours et des dispositions à caractères pacifistes (embargo sur les armes à destination de l’Europe), les discours du président Obama se situent aujourd’hui en contradiction avec les faits les plus patents et, de facto, ne parviennent plus guère à donner le change.

Enfin, last but not least, à l’appréciation erronée du poids relatif sur la scène internationale des « émergents » et de leur potentiel en matière de bargaining power (car il est nous est interdit de prendre nos désirs géopolitiques pour des réalités géostratégiques !) vient se surajouter une confiance excessive des dirigeants iraniens dans leur capacité à dissuader les israélo-anglo-américains de procéder à des frappes préventives… Ceux-ci seraient arrêtés dans leur élan guerrier par la crainte supposée d’un prix à payer trop élevé : les dirigeants iraniens croient en effet que l’importance des pertes qui seraient induites chez l’agresseur lui rendent le coût du passage à l’acte tout à fait rédhibitoire…

Quant aux mesures que prendrait l’Iran en cas de frappes préventives, elles sont déjà parties prenantes du script des opérations. Qu’une salve de missiles de croisière, avec ou sans tête nucléaire, tirée depuis les sous-marins vendus à l’État hébreu par l’Allemagne social-démocrate, touchent des centres vitaux iraniens, que la réplique en représailles de Téhéran sur des bases ou des navires états-uniens détermine des pertes significatives dans le corps expéditionnaire coalisé (du même ordre que lors de l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, laquelle fit 2403 victimes, seuil psychologique comparable à celui atteint avec les destructions des Tours jumelles, préalable à l’assaut lancé contre le bastion afghan), la presse occidentale se déchaînera muselant une opinion publique tétanisée comme elle l’a été le 11 septembre 2001, nous entrerons alors dans l’engrenage infernal de la guerre sans limites engagée par le président George Walker Bush contre les « ennemis » de l’Amérique.

Nous n’aborderons pas ici, l’hypothèse vraisemblable, de l’ouverture préalable d’un premier front au Liban, voire en Syrie alliée de l’Iran, afin de réduire la pression exercée par les tirs de missiles du Hezbollah sur le nord d’Israël… Sans oublier le scénario de basse intensité comportant la fermeture du détroit d’Ormuz… mais à y regarder de plus près, celle-ci ne ferait que retarder l’échéance d’une campagne (déjà planifiée) de frappes massives destinées à donner toutes ses chances aux forces intérieures œuvrant au renversement du régime. Le scénario « Ormuz » devant se révéler tout aussi impuissant à dissuader les attaquants potentiels… L’artère jugulaire d’Ormuz par laquelle transitent près de 30 % de la production mondiale des hydrocarbures nécessaires à faire tourner le moteur planétaire, fermée, un baril qui bondirait à 300 $ serait d’ailleurs une aubaine inespérée pour les Majors, le cartel des grandes Compagnies pétrolières, qui pourraient dès lors se lancer dans l’exploitation à haut coût des schistes et des sables bitumineux du Groenland et d’ailleurs ou se lancer dans d’aventureuses campagnes de forages en eaux profondes comme dans le golfe du Mexique et avec le « succès » que l’on sait.

Sauf par conséquent à ce que l’initiative tripartite ne soit reprise par une large coalition conduite par la Russie et la Chine, ce qui semble peu probable dans la conjoncture présente, le scénario du pire, sous les deux versions qui viennent d’être évoqués – frappes préventives, représailles, fermeture d’Ormuz – est en fait de plus en plus plausible. Et sauf une levée de bouclier internationale particulièrement nette et ferme, La guerre de Troie aura bien lieu si les dieux assoiffés de puissance qui siègent dans l’île de Manhattan et règnent sur la Cité de Londres s’accordent entre eux et en décident ainsi. Il restera aux stratèges de décider s’ils frappent directement la Perse, ou s’ils font éclater un conflit à sa marge, pour l’y précipiter et l’y détruire.



 

Jean-Michel Vernochet

Ancien journaliste au Figaro Magazine et professeur à l’École supérieure de journalisme (ESJ-Paris). Dernier ouvrage paru : Europe, chronique d’une mort annoncée (Éditions de l’Infini, 2009).




 


[1] « Joint Declaration by Iran, Turkey and Brazil on Nuclear Fuel », Voltaire Network, 17 mai 2010. « Contentieux nucléaire Iranien et divergences Américano-Turques, par Jean-Michel Vernochet, Geopolintel, 12 juillet 2010.

[2] A propos d’une attaque procédant d’une stratégie intercontinentale de guerre éclair du XXIe siècle, Rick Rozoff développait l’idée que les É-U entendrait, en raison d’une supériorité proprement écrasante, « remporter la victoire sans même avoir engager la bataille » dans la mesure où « l’adversaire connaît sa vulnérabilité à une offensive instantanée, non détectable, écrasante et dévastatrice, sans capacité de défense ou de représailles ». Doctrine qui n’est que la stricte application des enseignements datant du VIe siècle av.J.C, toujours à l’honneur dans les Écoles de guerre américaines, du général chinois Sun Tzu. La dissymétrie massive des forces entre les protagonistes se résume d’ailleurs en un seul chiffre : 708 milliards de dollars pour le budget de la défense états-unien à comparer aux 7,31 milliards de dollars pour l’Iran (estimation pour 2007 de l’Institut d’études stratégiques de Londres). « Prompt Global Strike : World Military Superiority Without Nuclear Weapons », par Rick Rozoff, Voltaire Network, 21 avril 2010.

[3] Le terme « national-islamiste » fait référence au « national-catholicisme » de la Pologne de Lech Walesa, épine dans le pied de l’Union soviétique expirante. Ce qui est en cause dans le contentieux irano-américain, ce n’est pas tant la dimension religieuse islamique d’un État « théocratique », que sa dimension souverainiste. Le nouvel ordre régional voulu par Washington sur le Rimland eurasiatique, des Balkans à l’Hindou Koush, est incompatible avec des gouvernements autonomes non intégrés au système global dominé par Washington, Chicago, New York et Londres. Il s’agit donc de faire sauter tout les verrous de souveraineté : ceci a été vrai pour la Fédération de Yougoslavie détruite à l’issue de la guerre de 1999 et de l’Irak en 2003. Le Shah d’Iran, Reza Pahlavi, est lui-même tombé, abandonné de l’Administration Carter, pour avoir eu la velléité de renouer avec le nationalisme pétrolier de Mossadegh. L’Iran est en vérité plus « kémaliste » que d’aucuns ne l’imaginent, l’État profond iranien se situant non pas dans un clergé au demeurant assez favorable aux concessions, que chez les Gardiens de la Révolution (les Pasdaran) lesquels constituent le noyau dur assurant la stabilité de l’édifice politique iranien au même titre que l’armée turque forme, encore aujourd’hui, un État dans l’État.

[4] « Résolution 1929 du Conseil de sécurité », Réseau Voltaire, 9 juin 2010.

[5] Nouvelle doctrine de la diplomatie américaine le smart power est une combinaison ou un moyen terme entre le hard power (pouvoir de coercition manu militari) et le soft power (pouvoir d’influence, de conviction et de persuasion). La secrétaire d’État américaine, Mme Hillary Clinton, lors de son audition devant la commission sénatoriale chargée d’avaliser sa nomination a présenté le nouveau concept en ces termes : « Nous devons avoir recours à ce qui a été appelé “le pouvoir de l’intelligence“ [lequel rassemble] l’ensemble des outils mis à notre disposition : diplomatiques, économiques, militaires, politiques, légaux, et culturels – il faut choisir le bon outil, ou la bonne combinaison d’outils, la mieux adaptée à chaque situation".

[6] Gardons en mémoire que l’autre entente tripartite, anglo-américano-israélienne, en effet n’a pas tardé à faire payer à la Turquie son audace, d’abord en donnant l’assaut, dans la nuit du 30 au 31 mai 2010, de la flottille humanitaire turque, action qui devait faire 9 victimes parmi les passagers du Mavi Marmara. Puis, peu après, le 18 juin, le PKK (Parti kurde de travailleurs) lançait une attaque contre un poste frontière turc au nord de l’Irak occasionnant 8 morts parmi les gardes frontières turcs. Les observateurs les plus avertis ont vu dans ces événements, non pas des dérapages incontrôlés ou de simples accidents, mais un « signal fort », envoyé de façon préméditée par le « 51ème état de l’Union » à l’attention des dirigeants turcs de l’AKP, le parti islamique néo-ottoman au pouvoir à Ankara. Deux événements par conséquent non fortuits, sachant que, pour le second, le PKK est réputé bénéficier du soutien actif de conseillers israéliens et d’une certaine « tolérance » en Irak de la part des forces américaines.

[7] En lutte ouverte contre le pouvoir central turc depuis 1984, le bilan du conflit avec le PKK s’établirait à 45 000 morts de tous bords dont 50 au cours du seul mois de juin 2010. Par conséquent un sujet de préoccupation permanent pour Ankara, à telle enseigne que, le 30 juin, le vice-Premier ministre turc Cemil Ciçek a, une nouvelle fois, remis sur le tapis la question du « laxisme » états-unien à l’égard des rebelles du PKK… Parallèlement, le même jour, avait lieu à Bruxelles une rencontre discrète, à l’initiative d’Ankara (?) entre le ministre israélien du Commerce, Benjamin Ben Eliezer, et Ahmet 
Davutoglu Ministre turc des Affaires étrangères, en vue de désamorcer l’actuelle crise bilatérale.
 Ce premier contact ministériel israélo-turc depuis le 31 mai date de l’arraisonnement de la flottille internationale, a été établi sous couvert du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou en court-circuitant le chef de la diplomatie israélienne, Avigdor 
Lieberman.

[8] « Iran : minorités nationales, forces centrifuges et fractures endogènes », par Jean-Michel Vernochet, in Maghreb-Machrek, octobre 2009.

[9] L’Allemagne est traditionnellement l’un des grands partenaires de l’Iran, Siemens en particulier présent en Perse depuis 1868 lorsque l’entreprise allemande s’employait à poser la première ligne télégraphique reliant Londres aux Indes. En 2008, les entreprises allemandes avaient livré des produits pour une valeur de 3,9 milliards d’euros à l’Iran et seulement 3,3 en 2009.

[10] Selon le Washington Times - 7 juillet 2010 -
 l’ambassadeur des Émirats arabes unis à Washington, Youssef Al Otaïba (en vérité peu « représentatif » en raison des analyses divergentes de crise iranienne prévalant au sein des Émirats), a 
publiquement prôné le recours à la force dans le règlement du contentieux nucléaire iranien en cas d’échec des sanctions contre 
Téhéran. De la même manière que les gouvernements français et allemand, les ÉAU font passer leurs allégeances politiques avant leurs intérêts économiques, le commerce entre les Émirats et l’Iran se montant par an à la bagatelle de 12 
milliards de dollars.

[11] « Israël se prépare à la guerre » selon la plupart des médias arabes lors du lancement le 23 mai 2010 de manœuvres baptisées « Tournant 4″ », vaste exercice (4e du genre depuis la guerre au Liban en 2006), destiné à contrer une éventuelles attaque de missiles de la part du Hezbollah ou de l’Iran.
Le dispositif naval états-unien aux abords du Golfe arabo-persique se composait encore récemment d’une flotte de combat tout à fait imposante : Carrier Strike Group 10, headed by the USS Harry S. Truman aircraft carrier, sails out of the US Navy base at Norfolk, Virginia Friday, May 21. On arrival, it will raise the number of US carriers off Iranian shores to two. Up until now, President Barack Obama kept just one aircraft carrier stationed off the coast of Iran, the USS Dwight D. Eisenhower in the Arabian Sea, in pursuit of his policy of diplomatic engagement with Tehran. For the first time, too, the US force opposite Iran will be joined by a German warship, the frigate FGS Hessen, operating under American command. It is also the first time that Obama, since taking office 14 months ago, is sending military reinforcements to the Persian Gulf. Our military sources have learned that the USS Truman is just the first element of the new buildup of US resources around Iran. It will take place over the next three months, reaching peak level in late July and early August. By then, the Pentagon plans to have at least 4 or 5 US aircraft carriers visible from Iranian shores.The USS Truman’s accompanying Strike Group includes Carrier Air Wing Three (Battle Axe) - which has 7 squadrons - 4 of F/A-18 Super Hornet and F/A-18 Hornet bomber jets, as well as spy planes and early warning E-2 Hawkeyes that can operate in all weather conditions ; the Electronic Attack Squadron 130 for disrupting enemy radar systems ; and Squadron 7 of helicopters for anti-submarine combat (In its big naval exercise last week, Iran exhibited the Velayat 89 long-range missile for striking US aircraft carriers and Israel warships from Iranian submarines.) Another four US warships will be making their way to the region to join the USS Truman and its Strike Group. They are the guided-missile cruiser USS Normandy and guided missile destroyers USS Winston S. Churchill, USS Oscar Austin and USS Ross.

[12] À telle enseigne que la Turquie, bien que déboutée par le refus cinglant de Tel-Aviv de lui présenter des excuses pour l’épisode sanglant du Mavi Marmara le 31 mai dernier, vient, le 13 juillet 2010, par l’intermédiaire de son ministre chargé des relations avec l’Union Européenne, M. Egemen Bagis, de demander à Mme Catherine Ashton, Ministres des affaires extérieures de l’UE en visite à Istanbul, d’intervenir auprès de l’État hébreu afin de sortir de l’impasse diplomatique actuelle.

[13] New York Times du 25 mai 2010 : l’existence d’une directive « secrète » de septembre 2009 signée par le général David Petraeus, chef du Commandement central américain, autorisant l’intensification des opérations militaires secrètes au Proche-Orient, en Asie centrale (mais aussi dans la Corne de l’Afrique). Le document de 17 pages intitulé « Joint Unconventional Warfare Task Force Execute Order » autorise les unités spéciales à « pénétrer, perturber, vaincre ou détruire » toutes cibles en tous pays (y compris un pays allié comme l’Arabie saoudite) et ce, afin de « préparer l’environnement » à des offensives conventionnelles. En ce qui concerne plus particulièrement l’Iran la directive autorise explicitement « des missions de reconnaissance pouvant ouvrir la voie à de possibles frappes militaires si les tensions relatives ses ambitions nucléaires venaient à s’intensifier ». Des missions (reconnaissance, renseignement, acquisition) qui de facto ne seront soumises au visa du Congrès parce que directement placées sous la juridiction de David Petraeus, chef de l’état major régional des forces états-uniennes (United States Central Command) pour les théâtres d’opérations irakien et afghan (incidemment pakistanais). C’est à ce titre que David Patraeus a succédé, le 23 juin 2010, au général McChrystal, relevé de ses fonctions à la tête des forces de « stabilisation » de l’Otan (ISAF) en Afghanistan sous mandat des Nations Unies. Fonctions où il sera censé déguiser une défaite presque certaine en fausse victoire grâce au Pakistan à qui il a été demandé de reprendre en main son « Golem », à savoir le mouvement Taleb créé à dessein contre le régime communiste et son soutien soviétique .

[14] L’infléchissement de la politique française vers un retour dans le giron atlantique, se fait sentir à partir du 2 septembre 2004 lorsque la France se rallie à la Résolution 1559 du Conseil de sécurité, laquelle préconise le retrait syrien du Liban. Six mois après cette adoption, l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri est assassiné le 15 février 2005. Le rapprochement de la France – son voyage à Canossa ! - et des États-Unis sera complet lorsque le président Sarkozy revient officiellement en 2009 dans le commandement intégré de l’Otan (dont de Gaulle avait retiré la France en 1966).

[15] Le problématique du refinancement du déficit public états-unien pèse lourdement sur l’évolution des cours du dollar. Des incertitudes qui hypothèquent l’avenir des obligations d’État (T-Bonds) à intérêt fixe, engendrant le risque, non négligeable, d’un krach obligataire ou, l’hyperinflation liée à la multiplication de signes monétaires de plus en plus démunis de valeur réelle.

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Published by valenton rouge - dans Monde
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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 13:40

 

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Membre actif 
de la section juive 
des FTP-MOI, militant de la jeunesse communiste, il fut déporté à Auschwitz. C’est un homme public et infiniment proche 
des travailleurs.
Futur dirigeant de la CGT, Henri Krasucki, a fait de son nom d’enfant d’immigré
un des symboles 
de la grande histoire de la classe ouvrière.

Henri Krasucki, «Krasu» comme on l’appelait, est une grande figure du mouvement ouvrier. Avec sa casquette, la voix traînante et la gouaille du titi parisien, il semblait sorti d’un poème de Prévert.

Ses parents, ouvrier et ouvrière de la confection, juifs et communistes, avaient quitté la Pologne pour le « pays de la liberté » avec le petit garçon de six ans. Il allait à l’école sur la place qui porte désormais son nom dans le 20e arrondissement de Paris, allait aux manifs avec ses parents. Ceux-ci souhaitaient lui voir poursuivre des études, la guerre en a décidé autrement : il a préféré passer son CAP d’ajusteur. C’était l’époque où on était fier d’être prolétaire.

Vient la terrible année 1940, quand les armées allemandes entrent à Paris, Henri a seize ans. Un vieux maréchal à la voix chevrotante vient de vendre le pays à Hitler. À Londres, un général qui rompt avec l’obéissance militaire et en quelque sorte avec sa classe sociale lance le 18 juin un fameux appel. La veille, à Bordeaux, le communiste, Charles Tillon, futur chef d’état-major des Francs-tireurs et partisans français, avait aussi lancé un appel, moins connu malheureusement. À Paris, dès l’été 1940, des jeunes communistes de la Main-d’œuvre immigrée (MOI), organisation qui avait été créée par le Parti communiste pour ses adhérents étrangers, se regroupent.

À l’automne 1940, ils étaient plus de 50 jeunes communistes organisés clandestinement dans les 11e et 20e arrondissements de Paris. Que faisaient-ils ? Incroyable, sous la botte nazie, ils distribuaient à la volée des tracts devant des métros et des entreprises, collaient des papillons, prenaient la parole dans des cinémas, coupaient des câbles de transmission de la Wehrmacht dans les forêts d’Île-de-France, incendiaient des panneaux indicateurs en allemand et commençaient à aider les enfants juifs à se cacher.

Comme l’explique Roger Trugnan, l’ami de toujours : « C’était pour nous naturel, notre combat contre le fascisme continuait. »

Plus tard, Krasucki, devenu responsable parisien, était, comme il le raconte, le point de passage de la Jeunesse communiste vers la lutte armée, les FTP. Il écrit : « Nous n’avons jamais manqué de volontaires, mon problème était de faire preuve de discernement. »

Mais la traque s’organise. On connaît maintenant le grand panneau – surréaliste – sur lequel les policiers, de métro en métro, de planque en planque, notaient systématiquement les déplacements des uns et des autres, jusqu’au coup de filet du 23 mars 1943, quand sont arrêtés d’un seul coup une quarantaine de jeunes communistes MOI de Paris (*).

Les interrogatoires furent rudes, d’autant que Léa, la mère d’Henri, agent liaison de la Résistance, est arrêtée le même jour. Il raconte : « Je laisse à penser le parti que les sbires des brigades spéciales ont essayé de tirer l’un et de l’autre quand ils se sont aperçus qu’ils avaient le fils et la mère. Elle fut admirable… »

Ce furent les prisons, puis Drancy et le départ vers Auschwitz. À Auschwitz, le trio d’amis – Krasucki, Trugnan et Radzinski – fut sélectionné dans la colonne de ceux qui rentraient au camp. Les autres prenaient « le transport » vers les chambres à gaz. Puis ce fut le camp annexe de Jawischowitz et ses mines de charbon. Et tout de suite, la recherche du contact, en particulier avec des antifascistes allemands, anciens des Brigades internationales. On est en 1943. Henri a dix-neuf ans et raconte : « La question principale était de préserver la dignité, ne pas sombrer dans la sauvagerie et la dégradation morale. »

Le 18 janvier 1945, alors qu’approche l’armée soviétique, c’est la terrible marche de la mort vers Buchenwald. À pied et en wagons découverts sous la neige. Trugnan raconte : « La moitié des gens de notre wagon étaient morts de froid pendant le voyage. » À Buchenwald, une organisation fonctionne avec le communiste Marcel Paul et le gaulliste Frédéric Manhes. Le 11 avril 1945, à l’approche du général Patton, l’ordre de libérer le camp est lancé, des armes distribuées. Trugnan et Krasucki en sont. Le camp s’est donc libéré seul, comme Paris l’avait fait en août. Fierté…

Au camp, il s’était passé des choses inouïes.

Les communistes allemands qui travaillaient à la cuisine donnaient en cachette des bols de soupe chaude à ces jeunes Français sortant de la mine épuisés. Solidarité sans faille, la soupe était distribuée dans un ordre rigoureux, les faibles d’abord.

Et encore ceci : le soir de Noël 1943, une dizaine de jeunes Français ont décidé de manger ensemble et d’organiser une soirée culturelle. Il y eut une causerie sur Molière, Henri proposa un morceau de musique. Et il siffla l’allegretto de la Septième Symphonie de Beethoven, de la première à la dernière note.

À la Libération, plus tard, les jeunes communistes du 20e se réunissaient pour entendre Krasucki expliquer et commenter Beethoven, Mozart, Bach. Drôle de bonhomme, l’ouvrier cultivé, le syndicaliste, le communiste, le mélomane ne faisait qu’un.

De retour de Buchenwald vers la fin avril 1945, Henri défile le 1er mai dans Paris. On se souvient de cette manifestation, le premier 1er Mai de la liberté. À l’Est, l’armée rouge finissait, parfois maison par maison, de prendre Berlin. À l’Ouest, les armées américaine, anglaise, française, canadienne fonçaient à la rencontre des soldats soviétiques. Il y avait le programme du Conseil national de la Résistance, des temps nouveaux semblaient s’ouvrir.

Mais dès 1947, ce fut la guerre froide et ici commence une autre histoire.

Henri retourne à l’usine, devient secrétaire de l’union locale CGT du 20e, dirigeant de l’union départementale CGT de la Seine, puis dirigeant national de la CGT et membre de la direction du Parti communiste.

Parlant de sa vie, il a écrit : « J’ai perdu des illusions, cela vaut mieux même si c’est douloureux, mais j’ai conservé des convictions et je n’en finis pas de les enrichir. Au fond, je ne suis jamais blasé. Je demeure fidèle, comme au premier jour, à l’idéal et à l’élan de ma jeunesse. »

 

(*) Roger Trugnan et Paulette Sarcey sont aujourd’hui les seuls survivants.

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 13:36

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Immigré polonais et militant communiste, ancien lieutenant des Brigades internationales, 
il est guillotiné par 
les autorités de Vichy, condamné à mort 
par la section spéciale de la cour d’appel de Toulouse à l’issue d’un procès qualifié de « monument d’iniquité » (1) 
par les historiens.

Sortant de sa cellule pour être guillotiné, rapporte le procès-verbal d’exécution, il s’écrie : « Vive la France ! À bas les Boches ! Vive le Parti communiste ! » Au même moment, les détenus des cellules voisines entonnent la Marseillaise. C’est au petit matin du 23 juillet 1943, à 5 h 40 précisément, que Marcel, Mendel de son prénom polonais, Langer est guillotiné dans la prison Saint-
Michel à Toulouse.

Cinq mois plus tôt, le 5 février 1943, il est arrêté gare Saint-Agne, à Toulouse, alors qu’il réceptionne une valise remplie de dynamite portée par une jeune étudiante résistante, Marie, arrivant d’Ariège. Durement interrogé, torturé, il ne fournit aucun nom et ne donne aucun renseignement à la police française sur l’origine et la destination de ces explosifs.

Lors du procès intenté par les services de Vichy, le procureur Lespinasse demande la peine de mort à l’issue d’un réquisitoire scandaleux de sévérité contre l’origine et les engagements de l’inculpé. L’accusateur français ajoute du zèle dans sa soumission à l’égard de l’occupant allemand. Ce Lespinasse insiste sur la nécessité de punir ce « sans-patrie » pour l’exemple. Pour « éviter » soi-disant des prises d’otage par les nazis. « Vous êtes juif, étranger et communiste, trois raisons pour moi de réclamer votre tête », aurait même déclaré le magistrat. Les frères de combat de Marcel Langer le vengent quelques mois plus tard en exécutant le procureur collabo. Jusqu’à la Libération, plus aucun magistrat toulousain ne va demander la peine de mort pour motif politique. Les autorités de Vichy restent sourdes aux demandes de grâce formulées par Me Arnal. L’avocat choisi par les membres de la MOI (Main-d’œuvre immigrée) assure une défense courageuse et tenace.

Dans une lettre de prison rédigée dans les derniers jours de mars 1943 à ses camarades, Marcel Langer indique que son moral est bon, qu’il est bien traité. « Sachez que 95 % du personnel pénitentiaire me manifeste ouvertement leurs sentiments anti-hitlériens. » Il sait que l’exécution approche. « Si je dois mourir, écrit-il, je saurai dans mes derniers instants prendre une attitude digne d’un ouvrier révolutionnaire. » L’ouvrier antifasciste poursuit : « N’oubliez pas que le 1er mai qui approche est pour moi une date historique. Il y aura vingt ans que j’ai adhéré au mouvement révolutionnaire prolétarien. Toujours actif, dans les premiers rangs au combat, je n’ai jamais reculé devant aucun danger. Cela me donne à penser que je pourrais être un exemple pour d’autres. »

« Marcel Langer est le représentant exemplaire de ces combattants qui ont consacré une vie à la défense des libertés menacées par le fascisme », souligne Rolande Trempé en ouverture de la biographie consacrée au héros combattant de la MOI. Après l’exécution de son chef, la 35e brigade prend le nom de brigade Marcel-Langer. Elle va s’honorer par de très nombreux et courageux actes de résistance contre l’occupant à Toulouse et dans toute la région. Une cinquantaine de jeunes résistants communistes – pour la plupart juifs d’Europe centrale et orientale, antifascistes italiens, guérilleros espagnols – renforcent ses rangs jusqu’en avril 1944, avant que le groupe ne soit démantelé par la police française.

Retour sur un itinéraire de combat à travers le Proche-Orient et l’Europe pour l’émancipation humaine, pour la liberté, et contre le fascisme.

Mendel Langer naît en Pologne, à Szezucin, le 13 mai 1903. Il est le fils d’Alter Langer et de Rosa Eiger ; les persécutions antisémites marquent sa jeunesse.

La famille émigre en Palestine en 1920. Le père est membre du Bund, parti socialiste juif. Le frère aîné devient un militant actif du mouvement sioniste. Mendel adhère au Parti communiste palestinien. Arrêté puis emprisonné pour activité communiste par les Britanniques, il vient en France, à Paris, puis à Toulouse, à partir de 1931, où il travaille comme fraiseur-ajusteur. Militant communiste, il adhère à une section de la MOI, organisation alors créée au sein de la CGTU (Confédération générale du travail unitaire) pour réunir les travailleurs immigrés.

En 1936, c’est l’engagement en Espagne dans les Brigades internationales. D’abord dans une brigade polonaise, puis dans la 35e division de mitrailleurs, dans laquelle il est nommé lieutenant après un passage au quartier général d’Albacète.

Il épouse en juin 1937 une jeune Espagnole, Cecilia Molina. De cette union naît seize mois plus tard une petite Rosa. Avec la défaite des républicains, il retourne en France. Il est interné dans les camps d’Argelès puis de Gurs d’où il s’évade pour rejoindre Toulouse.

De nouveau ouvrier métallo aux Ateliers de construction mécanique du Midi, il reprend contact avec ses anciens camarades de la MOI, entrés dans la clandestinité. Avec l’occupation en 1942 de la zone Sud par les Allemands, la MOI devient un mouvement de résistance militaire affilié aux FTP (francs-tireurs et partisans). Marcel Langer dirige, le premier, la 35e brigade formée dans la région toulousaine et nommée ainsi en souvenir de la 35e division des Brigades internationales.

Marcel Langer a été un pionnier, souligne Serge Ravanel, ancien commandant des FFI de la région de Toulouse et compagnon de la Libération, pour le 40e anniversaire de la 35e brigade. « Son sang, que la guillotine française avait répandu, fut le levain qui fit germer dans la région de Toulouse des générations de résistants. Gloire à ces hommes audacieux qui surent créer l’espoir à une époque où le pays se trouvait dans une situation dramatique, ayant non seulement perdu la guerre et se trouvant occupé, mais ayant perdu son moral et doutant de lui-même, ils surent l’aider à relever la tête. »

Aujourd’hui, après des années de mobilisation du comité de quartier Saint-Michel et d’associations d’anciens résistants, la station de métro située à Toulouse devant la prison où il fut guillotiné porte désormais le nom de Marcel Langer.

 

(1) Sources : une biographie de Marcel Langer par l’historienne Rolande Trempé. Hommage à la 35e brigade FTP-MOI, Marcel Langer, ouvrage collectif édité par le Comité de quartier Saint-Michel à Toulouse. Toulouse, 1940-1944, de Jean Estèbe, Éditions Perrin.

 

 

Comité de quartier Saint Michel Toulouse

Par Alain Raynal, 
Journaliste.

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 13:32

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À dix-sept ans, la jeune communiste Yvonne Abbas entre en résistance, mais le soir de ses vingt ans elle est arrêtée sur dénonciation et passe de prison en prison jusqu’à être déportée à Ravensbrück. 
Elle poursuit son combat aujourd’hui en tant que présidente 
du musée de la Résistance à Denain.

Yvonne Abbas naît le 29 avril 1922 à Pérenchies (Nord), d’une mère flamande, Marie Huysentruyt, ouvrière textile, et d’un père algérien, Mustapha Abbas, manutentionnaire, mort en 1933 de tuberculose. Avec une formation de sténodactylo, elle entre dès quatorze ans aux Nouvelles Épiceries du Nord, où elle adhère à la CGT alimentation, puis dans l’industrie textile où elle milite au syndicat CGT du textile. En 1938, elle devient militante des Jeunes Filles de France et participe également aux activités des Amis de la nature et à celles des auberges de jeunesse.

Lorsque la guerre éclate en 1939, pour Yvonne Abbas, jeune communiste de dix-sept ans, entrer en résistance est naturel. « Nous étions entourés par le fascisme en Espagne, en Italie, en Allemagne, et comme les hommes étaient à la guerre, beaucoup de jeunes ont rejoint des mouvements de Résistance. » Au côté de son mari Florent Debels (1920-1942), qui organise un des premiers groupes FTP du Nord, elle se lance dans la résistance. Elle se charge notamment du matériel de propagande, du ravitaillement et du logement de nombreux résistants.

Mais, le 29 avril 1942, soir de ses vingt ans, elle est arrêtée sur dénonciation d’un de ses camarades qui n’a pu résister à la torture. « La fatalité », dit-elle. Elle est emmenée au commissariat central de Lille où des policiers s’efforcent, sans ménagements mais en vain, de lui faire dénoncer son mari et d’autres illégaux. Le 31 juillet 1942, la section spéciale de la cour d’appel de Douai la condamne à deux ans de prison pour « activité terroriste ». Elle est incarcérée à la prison de Cuincy (Nord), emprisonnée dans une cellule de 8 m2, avec trois ou quatre autres détenues. La période est difficile. Elle part ensuite à la prison de la Roquette à Paris, puis à la centrale de Rennes (Ille-et-Vilaine).

Son mari, Florent Debels, est arrêté le 2 mai 1942, à Sin-le-Noble (Nord) chez Charles Loubry (jeune résistant de dix-sept ans) à la suite d’une « fuite » d’un résistant gravement blessé, puis torturé et fusillé. De la prison de Cuincy, il est envoyé à la prison de Louvain (Belgique) où le tribunal militaire allemand le condamne à mort le 5 juin 1942 pour « détention d’armes à feu et propagande illégale communiste ». Il est fusillé au crépuscule du 1er juillet 1942 au fort du Vert-Galant, à Wambrechies (Nord).

Libérable en mai 1944, Yvonne Abbas doit à la « vigilance » du préfet du Nord son internement à sa sortie de prison car, « militante et propagandiste active du Parti communiste, l’intéressée me paraît susceptible de reprendre son activité communiste ». Elle est internée à la forteresse de Romainville (Seine). De là, elle est déportée au camp de Ravensbrück. Le convoi ferroviaire durera cinq jours et quatre nuits dans des conditions épouvantables avant d’arriver dans ce camp pour femmes dont 92 000 déportées ne sont jamais revenues. « Ravensbrück était surnommé l’enfer des femmes, comme dans les autres camps, tout y était fait pour déshumaniser l’être humain. »

Elle devient le matricule nº 35138, travaille douze heures par jour. Elle vit sans hygiène, dans la même tenue. « C’est l’humiliation la plus complète », résume-t-elle. Mais, toujours, elle résiste. Elle est déplacée en Tchécoslovaquie à Holleischen, dans un camp de travail. Fin avril 1945, les nombreux bombardements apparaissent comme un espoir au bout de trente-sept mois de captivité. « C’était très long, chaque jour, on s’attendait à quelque chose », se rappelle « Vonnie », son surnom dans le camp. Le 5 mai 1945, les alliés arrivent.

De retour de déportation, jeune veuve, Yvonne Abbas-Debels a du mal à retrouver du travail. Elle devient employée municipale de La Madeleine (Nord) jusqu’à sa retraite. Plus tard, elle est élue conseillère municipale communiste. Elle consacre une partie importante de son militantisme aux anciens résistants, comme vérificatrice des médailles militaires, membre du comité national de l’Amicale de Ravensbrück, et comme présidente du comité de Lille de l’Anacr. Elle est nommée officier de la Légion d’honneur le 18 juin 1992 et élevée au grade de chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.

Aujourd’hui, présidente du musée de la Résistance à Denain, Yvonne Abbas témoigne dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la déportation à destination des collégiens et lycéens de la région Nord-Pas-de-Calais. « Je fais le choix de parler pour tous ceux qui ne sont pas revenus (…). C’est un devoir de mémoire. »

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 13:28

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Par Max Weinstein, 
Vice-Président de l’association Mémoire des Résistants Juifs 
de la MOI (MRJ-MOI).


Juive, roumaine et communiste, Olga Bancic a toujours combattu le système fasciste. Seule femme du groupe Manouchian, engagée dans les FTP-MOI, elle fut parmi les premières à organiser des actes de résistance qui 
se transformèrent 
en lutte armée.

C’est un honneur pour la France d’avoir pu compter dans les rangs de la résistance à l’envahisseur nazi une femme de la trempe d’Olga (Golda) Bancic. Elle était d’un courage inébranlable, une grande figure féminine, une mère aimante, qui rehausse avec force le rôle qu’ont joué de très nombreuses femmes et jeunes filles avec l’ensemble des résistants. Et l’on sait que, malgré les tortures ignobles de ses geôliers, elle n’a pas cédé ni concédé le moindre renseignement pouvant les servir dans leurs tristes besognes. On sait aussi que, durant le laps de temps qui s’est écoulé entre la date de sa condamnation et son exécution en Allemagne elle fut de nouveau lourdement harcelée et torturée, sans jamais céder. Une véritable héroïne, communiste, juive et résistante.

Sixième enfant d’un petit fonctionnaire, à quatorze ans, elle a commencé à travailler comme ouvrière. Après une enfance et une jeunesse active et animée en Roumanie, pays où elle est née en mars 1912 dans la ville de Kichinev, alternant travail clandestin et séjours en prison pour ses activités syndicales et revendicatives, à seize ans et demi, elle se marie et part à Bucarest, où elle adhère aux Jeunesses communistes. Recherchée, traquée de toutes parts, elle quitte son pays et arrive en France en 1938 pour suivre des études à la faculté des lettres. Alors âgée de vingt-six ans, elle participe avec un de ses compatriotes, Jacob Salomon, à l’envoi d’armes aux républicains espagnols. Elle épouse Alexandre Jar, ancien des Brigades internationales et écrivain (1911-1988), et donne naissance en 1939 à une petite fille, Dolorès.

1940, c’est la guerre avec l’occupation allemande de la France. Sans la moindre hésitation, Olga s’engage et fait partie des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans de la main-d’œuvre immigrée) dans la lutte contre les nazis. Elle hésite d’autant moins que le système fasciste, sinistre ennemi, elle l’a vécu en Roumanie où elle fut persécutée. Elle fut parmi les premières à organiser et réaliser des actes divers de résistance qui se transformèrent assez rapidement en lutte armée.

Pour être libre de ses mouvements et pouvoir se consacrer entièrement à la Résistance, elle confie sa petite fille à une famille française qui en prendra bien soin.

Elle est chargée de l’assemblage de bombes et divers engins explosifs, de leur transport à destination et également du convoiement d’armes destinées aux opérations, armes qu’elle récupère après chaque opération pour les mettre en lieu sûr.

Le 16 novembre 1943, elle est arrêtée par les brigades spéciales de la préfecture de police de Paris, en même temps que Marcel Rayman et Joseph Sevec, combattants des FTP-MOI, en tout 23 d’entre eux qui donneront à la propagande nazie l’occasion de faire placarder la célèbre Affiche rouge, dite du groupe Manouchian, à Paris et dans toute la France.

Le 21 février 1944, les 23 sont condamnés à mort par une cour martiale allemande, réunie à Paris le 15 février 1944. Les 22 hommes du groupe sont fusillés le jour même de leur condamnation, au mont Valérien, dans la banlieue parisienne. Olga Bancic est transférée en Allemagne. Elle est incarcérée à Karlsruhe puis, le 3 mai 1944, dans la prison de Stuttgart où elle est décapitée le 10 mai, à trente-deux ans, le jour même de son anniversaire.

Avant d’être exécutée, elle fit parvenir à la Croix-Rouge le 9 mai 1944 la lettre à sa fille accompagnant une note rédigée (texte à l’orthographe corrigé) ainsi :

« Chère Madame, je vous prie de bien vouloir remettre cette lettre à ma petite fille Dolorès Jacob après la guerre. C’est le dernier désir d’une mère qui va vivre encore douze heures. Merci. »

Lettre à sa fille (1) :

« Ma chère petite fille, mon cher petit amour,

« Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus.

« Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour.

« J’ai toujours ton image devant moi.

« Je vais croire que tu verras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cœur.

« Tous les deux vous m’êtes chers. Ma chère enfant, ton père est pour toi une mère aussi. Il t’aime beaucoup.

« Tu ne sentiras pas le manque de ta mère.

« Mon cher enfant, je finis ma lettre avec l’espérance que tu seras heureuse pour toute ta vie, avec ton père, avec tout le monde. Je vous embrasse de tout mon cœur, beaucoup, beaucoup.

« Adieu mon amour.

« Ta mère. »

 

Olga Bancic est devenue le symbole des femmes et jeunes filles étrangères engagées dans la Résistance en France. En 1995, la Ville de Paris lui a rendu hommage en apposant une plaque à sa mémoire sur un des murs du carré des fusillés du cimetière d’Ivry, juste derrière les tombes de ses camarades de combat, Missak Manouchian et Marcel Rayman. Le 26 octobre 1999, sa mémoire fut à nouveau honorée par le Conseil supérieur de la mémoire, avec celle de quatre autres personnalités célèbres : Jean Moulin, Félix Éboué, Pierre Brossolette et Jacques Trolley de Prévaux.

Jamais elle n’inclina son visage devant les bandits tueurs de peuples. Jamais elle ne cessa de lutter. Elle est morte fièrement pour que l’abominable régime fasciste ne puisse triompher ni en France ni en Europe.

Pensons à elle et à toutes ses compagnes !

 

(1) Transcription de la dernière lettre d’Olga Bancic à sa fille. Extrait de la plaquette 
sur l’Affiche rouge d’Adam Rayski publiée 
par la Mairie de Paris/Comité d’histoire 
de la ville de Paris, septembre 2009.

olga bancic

Max Weinstein

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 13:25

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Ouvrier métallo, syndicaliste, membre des Brigades internationales, responsable communiste avant 
de devenir le colonel Rol-Tanguy, Henri Tanguy, de son 
vrai nom, a vécu 
la résistance chevillée au corps.

Né à Morlaix le 12 juin 1908, installé à Paris en 1923 avec sa mère, Henri Tanguy deviendra ouvrier métallurgiste hautement qualifié, membre de la CGTU et du Parti communiste. C’est la menace fasciste révélée en février 1934 qui fait vraiment entrer dans le combat politique, et surtout syndical, ce métallo passionné de vélo et d’une grande curiosité intellectuelle. Coopté en octobre 1936 permanent du Syndicat des métaux CGT de la Seine après avoir été licencié pour fait de grève, il s’engage en février 1937 en Espagne, est en mai 1938 commissaire politique de la 14e Brigade internationale et participe à la bataille de l’Èbre, période capitale pour l’acquisition de sa compétence militaire et sa compréhension des hommes. En 1944, il choisit son dernier pseudo-clandestin, Rol, en hommage à Théo Rol, tué sur l’Èbre. Fin 1938, les Brigades internationales dissoutes, il retrouve le Syndicat des métaux. Le 15 avril 1939, il épouse Cécile Le Bihan, l’une des secrétaires du syndicat, sa marraine de guerre.

En 1939, le pacte germano-­soviétique ne change en rien sa détermination antifasciste. Mobilisé, il passe l’hiver en Lorraine et participe en juin aux derniers combats dans le Cher, où il est cité à l’ordre de son régiment. Démobilisé le 18 août 1940, à Paris le 19, il retrouve ses camarades métallos grâce à Cécile en contact avec l’un d’eux, Henri Gautier. Ignorant tout des tentatives légalistes de la direction communiste de l’été, il participe à la création des comités populaires clandestins de la métallurgie et en devient l’un des responsables. En mars 1941, Henri Tanguy change d’affectation et est jusqu’en juillet 1941 responsable politique du triangle de direction d’un secteur de Paris du Parti communiste.

Henri Tanguy est alors appelé par Danielle Casanova à militer dans la lutte armée que le Parti commence à organiser. Cécile, déjà engagée pour les comités populaires, sera jusqu’à la Libération sa secrétaire et son agent de liaison. D’août 1941 à septembre 1942, Henri Tanguy est le « militaire » du triangle de direction des groupes armés – FTP début 1942 – de la région parisienne, sous la responsabilité politique de Raymond Losserand, le « technique » étant ­Gaston Carré, remplacés après leur arrestation en mai 1942 par Roger Linet et Raymond Colin. L’expérience des attentats, sabotages, manifestations, conduit Henri Tanguy à préconiser une nouvelle tactique : pour mieux assurer la protection du groupe de trois chargé d’une opération, celui-ci sera secondé par un deuxième groupe, un troisième couvrant le repli général. Ce dispositif est utilisé une première fois pour la manifestation de ménagères conduite par Lise London, rue Daguerre, à Paris, en août 1942. Linet et Colin arrêtés, Tanguy est muté pour des raisons de sécurité en septembre 1942 en Anjou-Poitou comme responsable politique FTP, mais est rappelé à Paris dès avril 1943, en raison du manque de cadres, à la suite de nombreuses chutes. Responsable politique, il déploie la tactique de 1942 avec les deux autres membres du triangle, Joseph Epstein (militaire) et Édouard Vallerand (technique).

Muté début septembre 1943 au Comité d’action contre la déportation (CAD), il est versé fin 1943 comme FTP dans les FFI (Forces françaises de l’intérieur) en cours de constitution à l’état-major d’une région englobant Paris et onze départements, dont le chef est le colonel Robert Fouré, officier de la Coloniale. Il y dirige le bureau des opérations. À la suite de la restructuration de ce vaste ensemble, il est, début juin 1944, chef régional FFI de la région P1 (Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne). Désormais colonel Rol, il sait gagner la confiance de son état-major, qui compte de nombreux officiers de réserve ou d’active, par sa compétence et son indépendance à l’égard de sa formation d’origine. En dépit de difficultés multiples, venant notamment des conditions de la clandestinité, un travail considérable d’état-major permet, avec la conjoncture nouvelle du débarquement du 6 juin, d’intégrer les directives d’actions de guérilla dans une logique militaire fondée sur la connaissance précise de l’évolution du rapport des forces. Cette connaissance conduit Rol à se prononcer en août pour l’insurrection, déclenchée le 19. En plein accord avec son état-major, il est un acteur essentiel de l’échec de la trêve, envoie son chef d’état-major, le commandant Cocteau, auprès de l’armée américaine – mission très importante pour faire accepter la marche de la 2e DB de Leclerc sur Paris –, appelle aux barricades, l’objectif étant, non de libérer Paris par ses seules forces, mais de contraindre l’ennemi à se retrancher dans quelque bastion d’où les Alliés le chasseront. L’objectif est atteint le 25 août, avec la capitulation de von Choltitz, dont Rol cosigne un exemplaire gare Montparnasse. Le 18 juin 1945, date emblématique, le général de Gaulle le fait compagnon de la Libération ; il gravira tous les échelons de l’ordre de la Légion d’honneur, jusqu’à la grand-croix en août 1994. Cécile est devenue commandeur en décembre 2008.

Engagé dans l’armée dès la Libération, Rol est d’abord aux côtés du gouverneur militaire de Paris, le général Koenig. En avril 1945, il participe à la campagne d’Allemagne dans la 1re armée du général de Lattre de Tassigny comme lieutenant-colonel stagiaire adjoint du colonel Gandoët, commandant le 151e régiment d’infanterie issu de la colonne Fabien. Le 8 mai 1945 le trouve à Waldsee, entre Danube et lac de Constance.

La guerre terminée, alors que Cécile s’occupe essentiellement des enfants – deux sont nés pendant la clandestinité, deux après la guerre –, Henri Rol-Tanguy connaît d’abord la vie de garnison d’un officier supérieur, avant d’être victime de la guerre froide : reconnu excellent officier, mais suspect comme communiste, il est en 1952 relégué « personnel sans emploi », avant d’être mis à la retraite d’office en 1962. Membre du comité central du PCF de 1964 à 1987, il n’y exerce pas de responsabilité importante. Toutes ces années et jusqu’à son décès le 8 septembre 2002, il se consacre à la mémoire de la guerre d’Espagne et de la Résistance, enjeux pour lui essentiels.

 

Bibliographie : Colonel Rol-Tanguy et Roger Bourderon, Libération de Paris, les cent documents, avant-propos de Jacques Chaban-Delmas, Hachette Littératures, 1994. Rol-Tanguy, de Roger Bourderon, préface de Christine Levisse-Touzé, Tallandier, 2004.

 

 

Roger Bourderon,

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 13:17

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 12:40

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Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net

 

Élections du 26 septembre 2010, deux blocs opposés: d'un côté le bloc révolutionnaire composé du Parti Socialiste Unifié du Vénézuela (PSUV) et du Parti Communiste Vénézulien (PCV).



Face aux désistements, « le Parti Communiste est le seul allié qui nous reste » (Chavez)



De l'autre, un bloc contre-révolutionnaire rassemblant sous le sigle de la Table de l'Unité Démocratique (MUD) un ensemble de 16 partis de droite. Partis démocrates-chrétiens comme le COPEI, libéraux comme le Mouvement Républicain ou la Force libérale et conservateurs comme la Justice d'abord mais surtout des partis sociaux-démocrates (Un nuevo tiempo, Mouvement vers le socialisme, PODEMOS, Action Démocratique) et des anciens communistes renégats (La Cause radicale LCR).



Au fur et à mesure que le processus révolutionnaire au Vénézuela s'approfondit, les différentes forces social-démocrates qui ont pu soutenir tactiquement le mouvement bolivarien révèlent leur vraie nature.



Ainsi le parti social-démocrate PODEMOS (Pour la démocratie sociale) a rejoint le bloc de l'opposition tandis que le parti socialiste PPT (La patrie pour tous) a adopté une posture de troisième voie entre le chavisme et l'opposition qui n'a pas lieu d'être dans le stade actuel atteint par la lutte de classes au Vénézuela.



Après le désistement du PPT, comme l'a rappelé Hugo Chavez en avril dernier, le Parti Communiste Vénézuelien (PCV) est bien, en ces moments décisifs, le seul allié qui lui reste.



Le PCV: un allié fidèle mais critique



La posture d'allié fidèle mais critique a pu exaspérer le président Vénézuelien mais elle révèle aujourd'hui toute sa justesse.



Le PCV a contesté la prétention chaviste à l'hégémonie en gauche, en refusant fermement de se dissoudre dans le parti de Chavez, préférant conserver son indépendance de parti communiste tout en s'alliant structurellement avec le PSUV. Cela avait alors déclenché l'ire de Chavez jusqu'à son auto-critique récente.



Le PCV a pu manifester son soutien de tous les moments au processus révolutionnaire, choisissant toujours de se ranger aux côtés des forces révolutionnaires dans les moments critiques d'agression extérieure et intérieure. Mais cela ne l'a pas empêché de développer un regard critique sur le processus révolutionnaire lui-même et d'apporter ses propres propositions pour une transition du Vénézuela vers le socialisme reposant sur l'extension des nationalisations démocratiques et sur un plan de développement industriel allant au-delà de la simple jouissance de la rente pétrolière.



Accord historique socialiste-communiste: des candidatures communistes dans tous les Etats pour faire mieux qu'en 2005



Pour ce scrutin, c'est donc une alliance historique entre communistes (PCV) et socialistes chavistes (PSUV) qui a pu être conclu au cours du mois de mai et a été présenté à la presse par les dirigeants du PCV le 31 mai dernier.



Si Chavez a pu traiter son allié avec une certaine condescendance dans le passé, c'est avec respect que les dirigeants de son parti ont traité avec le PCV cette fois-ci. Car le PCV n'est pas un parti marginal. Parti de 40 000 militants, il a réussi avec ses 3% aux dernières élections, à faire élire 8 députés en 2005.



L'objectif reste de faire aussi bien et, pour cela, le Parti Communiste du Vénézuela présentera 24 candidatures en septembre prochain. Dans un scrutin proportionnel, à 2/3 nominal et 1/3 de liste, le Parti Communiste a obtenu sur les listes du bloc révolutionnaire un candidat communiste dans chaque État, et près de 10 candidats en position potentiellement éligible.



La dialectique entre l'alliance des forces révolutionnaires , le rassemblement populaire et l'autonomie du Parti



C'est la dialectique que met en œuvre le PCV: alliance intégrale des forces révolutionnaires mais aussi autonomie et visibilité du Parti.



Alliance intégrale des forces révolutionnaire car pour Oscar Figuera, secrétaire-général du PCV, « l'unité Socialiste-Communiste est un axe fondamental pour l'unité de l'ensemble du peuple ».



Alliance d'organisations avec comme toile de fond une dynamique de rassemblement populaire: « Le Plénum du Comité Central a réaffirmé l'objectif stratégique de continuer à travailler pour construire de manière organique un vaste Front patriotique Anti-impérialiste, anti-oligarchique, anti-monopoliste, démocratique et populaire qui renforce la voie du processus d'accumulation des forces dans la marche vers le socialisme ».



Mais, cette alliance nécessitera la pleine autonomie des partis la composant, et la possibilité pour le peuple de voter communiste: « Ayez la certitude absolue que le Parti Communiste du Vénézuela sera présent dans tous les Etats, dans toutes les circonscriptions et que le coq rouge [emblème du PCV] sera présent partout, pour que chaque homme et chaque femme qui veuille approfondir la révolution, ait l'option révolutionnaire », déclarait Carlos Aquino, membre de la direction du PCV en conférence de presse.



L'Unité Populaire: la ligne historique des communistes



Le PCV présente cette alliance comme la continuité de la politique du parti depuis plus de 8 décennies: « L'alliance avec le PSUV ainsi qu'avec les autres forces du camp bolivarien en soutien au gouvernement du président Chavez, est un épisode important dans ce qui a été un effort continu du PCV pour la construction de l' « Unité populaire » à laquelle font référence ces quelques mots, bien au-delà de l'unité « des gauches ».



Le PCV reprend la définition théorique du concept d' « Unité populaire » datant du VIème Congrès de 1980: « «L'Unité populaire est pour les communistes une conception stratégique.



Nous pensons que les classes et les couches sociales (…) opprimées par l'impérialisme et ses alliés locaux peuvent et doivent s'unir pour mener le Vénézuela sur une voie capable de conquérir pour le peuple le progrès auquel il a droit.



Le PCV cherche et, les considère indispensables, les alliances avec les partis et les organisations convergeant sur cette politique



Le PCV est conscient que les partis que nous désignons communément comme de gauche, mais aussi les bases sociales d'autres organisations, ont des aspirations de progrès et de bien-être, et nous pouvons nous mettre d'accord sur un programme commun pour le développement indépendant et démocratique de notre économie. »



L'inscrivant dans la tradition historique du Parti, le PCV clarifie sa fidélité sans faille dans son soutien au gouvernement Chavez: « Le PCV continue, douze ans plus tard, à soutenir fermement le gouvernement actuel, et non par convenance momentanée, opportunisme ou fidélité automatique au leader, mais parce que notre analyse de 1998 (…) continue à souligner la nécessité de renforcer la vaste alliance de caractère anti-impérialiste et anti-monopoliste, avec le leadership du président Chavez, comme un instrument politique indispensable dans le moment actuel pour continuer à avancer sur la voie de la libération nationale et la possibilité d'une perspective socialiste. »



Le Parti Communiste prouve sa raison d'être dans le processus révolutionnaire Vénézuelien



Alors que les derniers sondages annoncent une victoire écrasante de l'alliance socialiste-communiste en septembre, que le Parti Communiste émerge à 2-3% comme une force d'appoint non-négligeable pour le PSUV, le Parti Communiste estime ce moment électoral à sa juste valeur:



Un moment important de la vie politique du pays mais qui s'insère dans la lutte de classe quotidienne entre forces révolutionnaires et contre-révolutionnaires.



Force rassembleuse et unitaire, le Parti Communiste de Vénézuela a néanmoins prouvé, à ceux qui souhaitaient sa dissolution, la raison d'être du Parti Communiste dans le processus révolutionnaire Vénézuelien.

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Published by valenton rouge - dans Monde
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