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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 09:34

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http://blog.mondediplo.net/2012-11-26-Sciences-Po-ou-l-avant-garde-neoliberale

 

 

Tout entière consacrée à célébrer le dynamisme de Sciences Po sous la direction de Richard Descoings, la presse n’a jamais relevé l’ironie d’une restauration de l’ancienne Ecole libre des sciences politiques. Ainsi en va-t-il des entreprises de réaction qui, au profit d’une amnésie collective, se déguisent sous le manteau du progrès. L’affaire Sciences Po aura non seulement dévoilé les gaspillages, les privilèges et le fonctionnement discrétionnaire d’une institution d’enseignement supérieur jouant un rôle majeur dans la sélection des élites, mais aussi démasqué un projet ambitieux de transformation de l’enseignement supérieur français.

Les révélations de la Cour des comptes prennent en effet une autre dimension si on relie les faits incriminés à la vision néolibérale de l’éducation qui caractérisait le [projet du triumvirat Descoings-Pébereau-Casanova (Lire « L’Ecole libre des sciences politiques », Le Monde diplomatique, 25 octobre 2012). La transformation avait été entamée par Alain Lancelot qui ne cachait pas ses convictions politiques. L’arrivée de Michel Pébereau à la présidence du Conseil de direction en était aussi un signe manifeste. Inspecteur des finances, ce dernier avait été en 1986, dans le cabinet d’Edouard Balladur, un artisan des privatisations du gouvernement de cohabitation mené par Jacques Chirac. Alors qu’il n’était pas un ancien étudiant de Sciences Po, son intérêt pour cette institution ne s’est pas démenti puisqu’il a occupé cette fonction sans discontinuer depuis 1988, soit durant vingt-quatre ans. Tout en étant PDG des banques qu’il avait privatisées, le CIC puis la BNP (devenue sous son égide BNP-Paribas). Or, cet homme aux solides convictions néolibérales a soutenu la politique de privatisation de Sciences Po, rejoint en 2007 par un autre néolibéral affiché, l’économiste Jean-Claude Casanova, président du Conseil d’administration de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) (Lire « Poker menteur à Sciences Po », Le Monde diplomatique, 5 novembre 2012).

Privatiser Sciences Po, cela était difficile sans précautions spéciales. Il revenait à Richard Descoings d’inventer la formule pour y parvenir. Avec sa réputation d’école des élites, Sciences Po ne pouvait subir une transformation renforçant le sens élitaire sans soulever la réprobation. La grève de 1995, provoquée par l’augmentation des droits d’inscription, sonna comme un avertissement. Alain Lancelot, directeur contesté, fut avantageusement reclassé au Conseil constitutionnel. Richard Descoings, son directeur adjoint, reprit le flambeau avec subtilité. Sciences Po allait faire du social en corrigeant son image par la distribution de bourses et surtout en créant le dispositif de discrimination positive par le recrutement dans des lycées de ZEP. La conférence de presse habilement montée en février 2001 inaugurait sa stratégie de communication. Les journalistes présents écoutèrent le directeur, puis les proviseurs des premiers lycées concernés. Sortant dans la rue, ils découvraient dans le kiosque la une du journal Le Monde consacrée à l’initiative de Sciences Po. Ce coup médiatique réussit au-delà de toute espérance : Sciences Po devint presque synonyme d’une politique sociale d’avant-garde. Plus personne ne pouvait ignorer la signification de l’acronyme ZEP, et plus personne ne pouvait attaquer la sélection sociale à Sciences Po. Descoings devint une star médiatique adulée par les étudiants, les journalistes et les politiques. Sans qu’il contrôle tout à fait son succès.

Richard Descoings affichait régulièrement son ambition d’augmenter le financement privé de son école, afin qu’il dépasse le financement public. A coup d’augmentations des frais d’inscription et des effectifs, d’ouvertures de succursales, d’emprunts (même toxiques) et d’appels réguliers à la générosité des anciens élèves. Echec. Le financement de l’Etat est resté majoritaire et le total des financements publics est supérieur à 70 %. La conviction néolibérale ne saurait être désintéressée et, sauf contradiction, on ne fait pas autant d’efforts si ce n’est pour en profiter soi-même. Descoings d’abord, et ceux qui le secondaient ensuite. Il faut bien acheter les loyautés. L’équipe de direction a donc bénéficié d’augmentations de leurs rémunérations, primes et avantages divers. « Ce n’est tout de même pas Goldmann Sachs », se défendait un dirigeant, trahissant ainsi son univers de référence. Les salaires et les primes des dirigeants auraient été plus légitimes, si l’objectif d’un financement privé avait été atteint. Or financées par de l’argent public, la Cour des comptes pouvait alors contrôler ces rétributions par anticipation.

Si les reproches du rapport de la Cour ont été reconnus par le président de la FNSP Jean-Claude Casanova, qui est censé contrôler la gestion du directeur de Sciences Po, il devrait en toute cohérence démissionner (Lire « Rapport sur Sciences Po : une forte ambition, une gestion défaillante », Cour des comptes, 22 novembre 2012). Avec Michel Pébereau, dont la mission à la tête du Conseil de direction était similaire. S’ils ne le font pas, c’est que l’entreprise néolibérale ne saurait céder aux impératifs d’une morale de l’honneur. Irresponsables à leurs propres yeux, ils ont donc opposé leur arrogance à la ministre de l’enseignement supérieur Geneviève Fioraso. Ils ont procédé à l’élection discrétionnaire du nouveau directeur. Contre la demande de la ministre. Affirmant l’inverse lors de l’élection : le ministère a aussitôt démenti. Affirmant aussi que la Cour des comptes avait donné l’assurance qu’il n’y aurait pas de poursuites judiciaires — autre assurance qui s’est avérée fausse. Le mensonge cynique à la tête d’une institution d’enseignement est un mauvais exemple donné aux jeunes générations. Etait-ce si urgent ? En nommant l’administrateur provisoire et héritier putatif Hervé Crès, ils pensaient créer l’irréversible. Avec le risque d’être contrariés par le rapport de la Cour des comptes publié le 22 novembre. Or, la Cour de discipline budgétaire et financière a été saisie afin de juger les dirigeants. La ministre a immédiatement imposé la nomination d’un nouvel administrateur provisoire.

Le coup de force de l’élection du nouveau directeur se justifiait parce qu’Hervé Crès avait été choisi pour continuer la politique de privatisation. Ancien élève de HEC ayant eu une carrière dans le privé, il « collait » bien à la transformation de Sciences Po en business school (lire « Comment Sciences-Po et l’ENA deviennent des “business schools” », Le Monde diplomatique, novembre 2000) selon les projets du triumvirat néolibéral qui le menait jusqu’alors. Dépité d’être récusé par une assemblée générale du personnel et finalement détrôné de son mandat de directeur malgré son communiqué aux personnels qui faisait fi de la nécessaire ratification par l’Etat, il n’en manifestait pas moins son adhésion à l’entreprise néolibérale : « Je n’accepte pas de servir de bouc émissaire. Richard Descoings a bousculé les conservatismes, ce qui a pu provoquer du ressentiment » (Le Monde, 23 novembre). Avec une belle continuité, il reprenait ainsi l’argumentaire de Descoings, qui accusait de conservatisme toute objection, utilisant sa politique de discrimination positive pour renvoyer dans les cordes toute critique de gauche. Belle stratégie de bataille à fronts renversés : plus égalitaire que moi.... Est-ce du conservatisme que de contrôler l’usage des finances publiques ? Conservatisme que de mettre en cause les gaspillages ? Conservatisme que de mettre en cause l’arbitraire, l’opacité et les privilèges ? Il faut une bonne conscience aveugle ou beaucoup de cynisme pour le soutenir.

En prétendant que le statut de cette école n’est pas en cause, on peut craindre que les dirigeants aient raison. Si le gouvernement, une fois de plus, s’inclinait devant la pression des dirigeants de Sciences Po, ils n’illustreraient que le constat selon lequel les élites ne réforment pas volontiers le système de sélection qui les a consacrés. On peut le craindre, d’autant plus que le statut qui a permis de mener subrepticement une politique de privatisation risque fort d’en permettre la reprise une fois la crise finie. Or, avec l’université de Paris Dauphine, Sciences Po joue le rôle de poisson pilote d’une université néolibérale. Après que la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) en ait posé les bases en conférant l’autonomie à chaque université, ces établissements ouvrent la voie à la privatisation de tout l’enseignement supérieur, où les études devront être payées par les étudiants. Par leurs parents pour ceux qui ont la chance d’être bien nés, par l’emprunt pour ceux qui ne l’ont pas. Ces derniers commenceront leur vie professionnelle avec des remboursements étalés sur deux décennies, comme aux Etats-Unis où s’est constitué une bulle des emprunts étudiants (Lire Christopher Newfield, « La dette étudiante, une bombe à retardement », Le Monde diplomatique, septembre 2012). Au moins se tiendront-ils tranquilles. On aimerait que les dogmatiques néolibéraux nous expliquent la supériorité de cette organisation sur l’enseignement public qui les a généralement consacrés en France. Ils ne convaincront pas ceux qui pensent que l’éducation est un bien public, qu’elle doit être gratuite, même pour les gens fortunés, pour corriger les inégalités sociales. C’est vouloir faire prendre des vessies pour des lanternes que de prétendre que la restauration de l’Ecole libre des sciences politiques, pour préparer la privatisation de tout l’enseignement supérieur, est un progrès.

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Published by valenton rouge - dans France
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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 09:31

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http://lmsi.net/Qu-est-ce-qu-un-Musulman

 

« les Musulmans ne comprennent pas la laïcité », « les Musulmans sont antisémites », « les musulmans sont homophobes »... Les assertions de ce type sur « les Musulmans » se banalisent. Leurs auteurs les justifient souvent par des arguments touchant à divers domaines, n’hésitant pas à mêler dans un même discours, des questions vaguement sociologiques, psychologisantes ou parfois purement métaphysiques – avec régulièrement, dans le cas des discours médiatiques, une bien piètre connaissance de ces domaines. Les énoncés islamophobes ont en outre la particularité de viser à chaque fois, sans le dire, et en opérant même ce qu’on appelle communément des amalgames, une manière bien spécifique d’être musulman – car la langue française désigne sous le nom de « Musulmans », des ensembles de personnes souvent très différentes [1].

 

Pour faciliter la réflexion sur l’islamophobie, voici donc quelques définitions du mot Musulman, sur le modèle de celles que Maxime Rodinson a proposées autour du mot Juif en introduction de son ouvrage Peuple juif ou Problème juif ?  [2].

Ma réflexion n’a donc rien de théologique – je ne me demanderai pas ce que doit être un bon musulman – mais linguistique, sémantique, et au service d’une problématique sociale et politique : pour avoir une idée de ce que peut être l’islamophobie, il peut être de bonne méthode de se demander d’abord qui peut la subir. Cette réflexion attentive aux effets de l’utilisation irréfléchie d’un mot désignant des dominés permettra de déterminer si oui ou non il y a racisme lorsque certain-e-s, de plus en plus nombreux aujourd’hui, attaquent une minorité en prétendant procéder à une critique légitime de la religion.

Définitions

Qu’est-ce qu’un Musulman ? Comme le dit Rodinson au sujet des Juifs, on désigne plus ou moins couramment sous le nom de Musulmans différents ensembles d’individus. Il ne s’agit ici , rappelons-le, que des sens découlant des différents usages d’un syntagme (« Musulman ») en langue française.

« On vise l’un ou l’autre des ensembles suivants, en additionnant souvent deux ou trois d’entre eux » [3] :

 Sens 1 : les adhérents d’une religion bien définie, l’islam, avec ses dogmes, son histoire et ses pratiques (comme toutes les religions, l’islam est traversé par des courants, qui d’un point de vue politique, peuvent en fonction des situations, prêter le flanc à des pratiques plus ou moins progressistes ou réactionnaires) ;

 Sens 2 : les descendants d’adhérents de l’islam qui ne se considèrent pas forcément comme fidèles de cette religion, qui peuvent parfois adhérer, sur le plan existentiel, à des idées simplement déistes ou athées, mais qui désirent tout de même « maintenir un lien » comme dit Rodinson, avec les adhérents de l’islam religieux, et qui se regardent donc comme formant avec ceux-ci, au sens large du terme, une communauté ;

 Sens 3 : les descendants d’adhérents de l’islam qui peuvent rejeter toute affiliation, à la religion musulmane mais aussi à un peuple ou à une communauté musulmanes, et pouvant se considérer, d’une part comme athées, déistes ou autre, et d’autre part comme arabes, noirs, français, etc. (mais parce que le souvenir de leur ascendance est conservé et se manifeste d’une manière ou d’une autre, ils sont quoi qu’ils fassent perçus, par d’autres et « à certaines occasions, en certains contextes », comme Musulmans) ;

« Les passages d’une catégorie à l’autre sont fréquents, parfois dans le cours d’une même vie » [4].

J’ajouterais, pour ma part : dans le cadre d’une même conversation, d’une même stratégie rhétorique.

Aussi, lorsque Rodinson explique que l’emploi d’un tel mot polysémique revient souvent à viser plusieurs aspects d’une même personne ou du même groupe de personnes, cela signifie évidemment que certains éléments de ces définitions peuvent très bien s’additionner en partie : un Musulman au sens 1 peut très bien en même temps avoir certaines caractéristiques du "Musulman" au sens numéro 2, c’est-à-dire être à la fois fidèle à des dogmes et membre d’une communauté. Mais les différents sens doivent néanmoins être bien distingués car ils peuvent aussi s’exclure : ne pas tenir compte de cela débouche souvent sur la production d’énoncés problématiques.

De qui parle-t-on ?

Lorsqu’un idéologue, responsable politique ou intellectuel dominant, parle de l’islam, il peut pour viser le Musulman 2 ou 3 (la personne descendante d’adhérents d’une religion qui en garde des traces : celui que Sarkozy a nommé le « musulman d’apparence »), se contenter d’attaquer les dispositions du Musulman 1 (le fidèle qui adhère à des dogmes spécifiques) : dans la mesure où, en France, le rejet de la religion est souvent perçu comme progressiste et rationaliste (assimilé, en regard de l’histoire de France, à une émancipation), c’est un moyen rhétorique acceptable de dominer, d’attaquer, d’insulter et de mettre en danger une communauté en se contentant d’employer une argumentation en apparence strictement métaphysique, qui en elle-même, dans un autre contexte, peut avoir un sens et jouer un rôle tout à fait différents.

Lorsque Jean Daniel par exemple parle de « connivence secrète des Musulmans avec les terroristes » [5], il contribue à instaurer un climat idéologique dangereux qui se répercute sur tous ceux qui peuvent être perçus comme Musulmans, quels que soient leurs idées religieuses, leur positionnement politique ou leur sentiment d’appartenance (Musulmans 1, 2 et 3) – car avant de discriminer une personne nommée Aïcha ou Abdelkrim, parce qu’elles se nomment ainsi et à cause de préjugés islamophobes (parce qu’on les supposera plus violents ou plus bêtes, comme on le suppose de tous les adhérents de l’islam selon les islamophobes), on ne les interroge pas sur leurs idées religieuses.

Sans parler du caractère évidemment contestable du lien établi entre une religion, toujours la même, et le terrorisme, contentons-nous donc pour l’instant de remarquer que les idées négatives sur les Musulmans (qu’un énoncé comme celui de Jean Daniel alimente) forment une idéologie soutenant le système de discriminations racistes touchant des individus en fonction de critères qui, ainsi que nous l’avons souligné, n’étant pas purement théologiques ou métaphysiques (ce qui bien sûr ne rendrait pas pour autant l’opération toujours intelligente, pertinente ou légitime), s’avèrent en fait clairement raciaux.

Ethnicisation

Ce qui apparaît dans la syllepse produite par l’utilisation du mot « Musulman » = fidèle d’une religion et « Musulman » = individu perçu par d’autres comme membre d’une communauté de par son ascendance visible, c’est un processus d’ethnicisation d’une religion qu’ont étudiée un certain nombre d’auteurs comme Saïd Bouamama ou Pierre Tevanian, qui fait de l’islamophobie une forme spécifique de racisme – « racisme respectable » selon le mot de Saïd Bouamama, racisme « républicain » pour l’auteur du La république du mépris [6].

L’ethnicisation se perçoit à travers un certain nombre de phénomènes de plus en plus répandus – dont témoigne par exemple le comptage des « Musulmans » en France (chiffre repris par de nombreux médias et par un certain nombre de manuels scolaires par exemple) – qui considère comme membres de ce groupe des individus sans qu’on ne sache rien de leurs idées métaphysiques, en ne se fondant évidemment que sur des critères ethniques.

Ces perceptions fondées sur des critères raciaux participent (lorsque bien sûr il ne s’agit pas de décrire des phénomènes sociologiques) à faire exister de manière performative un « corps d’exception », pour reprendre l’expression de Sidi Mohamed Barkat : les préjugés racistes stigmatisent des individus qui, pour une part, ne désirent pas faire partie de la communauté islamique, ni même la faire exister. Nous le voyons, une telle volonté n’a malheureusement aucune force performative, et l’affirmation de l’inexistence d’un « peuple musulman » n’enlève rien à la réalité des discriminations touchant des gens perçus, qu’ils le veuillent ou non, comme membre d’une communauté qui existe de fait.

Face à ce phénomène, la rhétorique anti-islam, qui se prétend « seulement » antireligieuse et anticléricale, demeure à côté du problème (car elle s’attaque à une communauté dont elle « ignore » – dans les deux sens du terme – l’existence, tout en la faisant activement exister) ou ne sert au contraire qu’à le contourner (dans le cadre d’une dénégation dont les fondements peuvent être racistes), donc, d’une certaine manière, à l’aggraver ou à rendre sa dénonciation plus ardue.

Précisons ici que l’analyse d’une définition (celle du mot Musulman en l’occurrence), et l’examen inductif des différents usages d’un mot, ne revient absolument pas à en justifier les fondements idéologiques. Au contraire : une remise en cause sérieuse des présupposés idéologiques véhiculés par l’usage inconsidéré de certains mots ne peut se passer d’un tel décryptage.

La définition numéro 3 du mot Musulman, faisant d’un individu descendant d’adhérents de l’islam un Musulman qu’il le veuille ou non, n’est évidemment pas de mon fait. Cette appartenance de fait (dont témoigne l’usage du mot) est le résultat d’une conception spécifique de la religion ou, dans le cas des minorités dominées, d’une « altérisation » [7] qui altérise même des personnes qui ne le désirent pas forcément.

Pour reprendre la figure 3 du « Juif » tel que le définit Rodinson, une personne perçue comme juive, à Paris, en 1942, avait beau se dire « athée », jurer sa fidélité à la nation française et clamer son rejet total de toute fidélité à un quelconque peuple juif, se faisait quand même arrêter : parce que descendante d’adhérents du judaïsme, elle était perçue de toute façon comme juive selon une définition qui ne tient aucun compte de ce que déclare et pense l’individu.

Il en va de même pour le « Musulman » à l’époque coloniale : quelles que furent les idées métaphysiques d’un individu classé comme « Musulman » par l’administration coloniale, il demeurait de toute façon colonisé, spolié, massacré et humilié à ce titre qu’il ne revendiquait pas forcément [8]

Dans le cas où l’islam est une religion majoritaire, il faut tenir compte du fait que l’histoire de « l’anticléricalisme », du blasphème et même du rejet radical de toute forme de transcendance ou d’autorité religieuse n’a pas du tout, du moins avant l’époque moderne et l’influence des idéologies européennes, pris une forme comparable à celle qu’elle a pu prendre en Europe.

En France par exemple, au moins depuis la révolution de 1789, dans une certaine mesure, « une religion n’est qu’une religion », et si on ne croit plus à ses dogmes et qu’on ne pratique plus ses rites, on est un Français déiste ou athée. Du moins est-ce là une conception assez répandue, une représentation subjective courante, même si une certaine identification culturelle demeure néanmoins chez certains, par exemple dans le cas du christianisme.

Dans les pays musulmans au contraire, des auteurs très iconoclastes du Moyen Age, menaçant de manière radicale l’ordre religieux, ne ressentaient pas forcément le besoin de sortir de la catégorie sociale des Musulmans, et développaient souvent leur pensée subversive dans le cadre de la culture musulmane qui n’a cessé de s’adapter et d’être adaptée au cours de l’histoire [9].

On comprend aussi facilement cette conception de la religion lorsqu’on songe aux nombreux « Juifs athées » (sens 2 ou 3) qui se sentent solidaires d’un peuple juif sans pour autant adhérer aux dogmes du judaïsme, ou qui ne sont « juifs » qu’à cause de la perception des autres.

Comment peut-on dès lors critiquer le Musulman-croyant-fidèle à des dogmes (sens 1) sans être raciste (c’est-à-dire sans viser en même temps le Musulman sens 2 ou 3) ? Vu la manière dont les sens d’un même mot peuvent être mêlés, peut-on éviter les syllepses à partir desquelles se fondent les énoncés racistes et tenir un discours simplement irréligieux, blasphématoire ou rationaliste, pas forcément pertinent et urgent, mais néanmoins tout à fait permis en démocratie ? Comme pour tous les énoncés, cela dépend du contexte.

Casuistique

Premier cas : Le NPA et le voile

Les personnes soucieuses de défendre la réputation de leurs camarades (par exemple dans un parti comme le NPA) désirant à tout prix tuer Dieu partout (mais dans les faits surtout chez les Arabes et les Noirs) et désenchanter le monde entier (uniquement lorsqu’une candidate se présente avec un voile musulman), peuvent avoir à coeur de se demander comment distinguer la critique légitime et non raciste de la religion, de son instrumentalisation en vue de discriminer des Arabes et des Noirs qui se trouvent, ô la belle opportunité, adhérer en plus à une religion (ou descendre d’adhérents d’une religion) qui a déjà si bonne réputation. Un élément de réponse peut être proposé : lorsqu’il y a deux poids deux mesures.

Le NPA se demande par exemple s’il est compatible de représenter un parti révolutionnaire tout en adhérant ostensiblement à une religion. Il est vrai qu’en soi, le seul fait de se poser cette question ne saurait révéler quoi que ce soit de raciste : il s’agit d’un débat philosophique intéressant. Mais lorsqu’on se rend compte que ledit débat a lieu à une époque où presque tout le monde se demande s’il est possible de porter un voile et de faire en même temps telle ou telle chose (aller à l’école, accompagner une sortie scolaire, travailler, etc), et que presque tout le monde conclut généralement que la réponse est non, il n’est pas forcément paranoïaque de s’interroger sur l’existence de motivations racistes latentes.

La question suivante pourrait être posée : pourquoi ce débat-là a-t-il lieu et pas d’autres débats, au moins aussi légitimes et idéologiquement intéressants d’un point de vue marxiste et révolutionnaire ? Par exemple celui-ci : peut-on être révolutionnaire et petit bourgeois, fonctionnaire de l’éducation nationale travaillant pour une institution dont les études sociologiques les plus sérieuses ont démontré, depuis maintenant plusieurs décennies [10], qu’elle reproduisait et légitimait les inégalités sociales ? Peut-on réellement souhaiter une transformation du monde lorsqu’on travaille à l’aggravation de ce qui le rend injuste ?

Personnellement, je ne crois pas que la condition de prof soit incompatible avec celle de candidat d’un parti révolutionnaire, mais je crois que la question est au moins aussi légitime que celle qui prend pour objet une femme musulmane portant le foulard. Pourquoi se pose-t-on l’une et pas l’autre ? Ne serait-ce pas, peut-être, parce que les candidat-e-s du NPA sont souvent profs – et pas du tout femmes voilées ?

Second cas : une islamophobie de gauche ?

Lorsque nous dénonçons l’islamophobie s’exprimant dans les partis de gauche, nous dénonçons donc une certaine duplicité : celle qui consiste à tenir des propos simplement antireligieux en apparence pour agir en réalité de manière raciste. Certain-e-s intellectuel-les et militant-e-s de ces partis, soucieux de défendre la réputation de leurs ami-e-s, tiennent à distinguer plusieurs formes d’islamophobies : si certaines sont peut-être racistes nous concède-t-on parfois, d’autres sont en revanche légitimes et méritent d’être défendues.

D’où vient ce souci de défendre un droit (au blasphème, à la critique, etc), certes tout à fait légitime, mais dont l’urgence ne saute pas aux yeux – alors que d’autres droits, tout aussi légitimes et dont la défense semble plus urgente, par exemple face à l’avancée des certitudes néo-libérales, ont moins de succès ?

Risquons une hypothèse : il se trouve qu’en France certain-e-s militant-e-s et intellectuel-le-s de gauche sont aussi parfois, pas si souvent mais tout de même, plus ou moins antisionistes. Et ils et elles ont l’habitude de se voir soupçonné-e-s par les nationalistes juifs d’être des antisémites-qui-se-cachent-derrière-l’antisionisme. Exactement, en apparence, comme nous dénonçons celles et ceux qui se cachent derrière la critique légitime des religions pour discriminer des Arabes et des Noirs. Du coup ces mêmes militant-e-s peuvent se retrouver dans une situation paradoxale (mais non contradictoire) consistant à reprocher abusivement à d’autres (de masquer un racisme inavouable, ici l’islamophobie, racisme derrière quelque chose de plus légitime, en l’occurrence la critique des religions) ce que certains, parfois les mêmes, leur reprochent tout aussi abusivement (en l’occurrence : masquer un racisme inavouable, ici l’antisémitisme, derrière un positionnement légitime, l’antisionisme). Bref, ils peuvent se sentir inconséquents, en instruisant le même type de mauvais procès que ceux qu’ils se plaignent à juste titre de subir.

Peut-être ce faux parallélisme explique-t-il en partie certaines résistances face à la critique de ce droit à vouloir critiquer les religions (et ce scrupule permanent à vouloir le protéger). Je dis bien faux parallélisme car il est clair qu’il s’agit d’un piège, car la critique du sionisme et la critique de l’islam ne peuvent absolument pas être mises sur le même plan :

 la première est en réalité un devoir (on semble l’oublier : critiquer le colonialisme est une nécessité pour toute personne cohérente qui se prétend de gauche) ;

 la seconde est un droit, important certes, mais dont l’usage n’est pas toujours également utile ou impérieux, comme l’avait souligné Laurent Levy au sujet des caricatures danoises du prophète de l’islam.

Il y a en outre une question quantitative : il est objectivement beaucoup plus fréquent de voir en France des antisionistes injustement accusés d’être antisémites que de voir des islamophobes injustement accusés d’être racistes. C’est même l’inverse qui est vrai. Les antisémites qui se cachent derrière l’antisionisme, aujourd’hui, en France, ne sont sûrement pas aussi nombreux et nuisibles que les islamophobes qui se cachent derrière la critique légitime des religions, puisque ces derniers composent la quasi-totalité des islamophobes, y compris dans les rangs de la gauche et occupent souvent des positions dominantes. Alors que les antisémites déguisés en antisionistes sont au contraire une petite minorité chez les quelques sympathisants de la cause palestinienne qu’on retrouve à gauche.

Evidemment, cela n’est pas un argument pour plaider en défaveur du droit à critiquer les religions. Il s’agit seulement de mettre en perspective un droit légitime et d’examiner de façon rationnelle non seulement sa pertinence, son utilité, sa nécessité en fonction du contexte socio-politique, mais aussi et surtout l’utilité et les effets de sa défense en fonction des menaces réelles qui pèsent sur lui. Doit-on mettre le droit à critiquer les religions sur le même plan que d’autres libertés individuelles qu’on menace aujourd’hui massivement, directement au nom de la défense de ce droit présenté de manière fallacieuse ?

Exemple : au dix-huitième siècle, lorsque les protestants étaient très sévèrement opprimés, il était urgent de pouvoir critiquer le pouvoir nuisible de l’église catholique. Mais aujourd’hui, en France, en quoi est-il aussi urgent de réclamer ce droit de pouvoir critiquer l’islam ? En quoi est-ce intéressant ? Cela reviendrait à réclamer le droit de critiquer le protestantisme pendant l’affaire Calas. Pourquoi pas, mais ce n’étaient pas les protestants qui rendaient difficile la jouissance non dévoyée de ce droit, mais bien les dominants qui le dévoyaient. Exactement comme ce ne sont pas les antiracistes qui rendent difficile la critique non raciste de l’islam en dénonçant l’islamophobie, mais bien les racistes [11].

Et il se trouve que l’idée selon laquelle l’islam menace la France, l’Europe, le monde et tout l’univers, est un argument central de l’islamophobie nourrissant en grande partie la volonté de défendre ce droit de critiquer les religions en mêlant des situations contraires.

Critiquer le protestantisme au seizième ou au dix-huitième siècle, ce n’est pas forcément être pour les massacres, mais presque toujours, ceux qui invoquaient ce droit le faisaient pour pouvoir justifier, relativiser, dénier... les massacres. La vigilance antiraciste devrait pouvoir rendre plus difficile l’utilisation fallacieuse de ce droit à critiquer les religions : si cela rend par la même occasion – mais nous n’en sommes pas là ! – plus difficile l’exercice de ce droit par les rares intellectuel-le-s qui veulent à tout prix pouvoir critiquer l’islam aujourd’hui en France pour des raisons non-racistes, cela ne serait pas dû à ladite vigilance antiraciste.

Devra-t-on regretter les précautions qui seront nécessaires pour procéder à une critique radicale de la religion ? Il nous semble au contraire que tout progrès civilisationnel entraîne forcément de nouvelles exigences dans l’expression de certaines réalités qui impliquent des individus dont la situation évolue avec l’histoire. Si un auteur de BD voulant représenter aujourd’hui des Africains est forcé de faire preuve d’un peu plus d’égards qu’un Hergé dans son Tintin au Congo, je n’y vois rien de très funeste, au contraire.

Troisième cas : musulman-e et homosexuel-le

L’un des stigmates qu’on imprime fréquemment sur les Musulmans est la présomption d’homophobie. Pour la pensée dominante en effet, les termes « homosexuel » et « musulman » étant incompatibles (tout comme « musulman » et « féministe », « progressiste » etc), on ne saurait être musulman sans être hétérosexuel et hétérosexiste. Mais dans le monde réel, des personnes perçues comme musulmanes peuvent avoir de manière plus ou moins visibles des pratiques homosexuelles, et concevoir sous diverses modalités leur identité comme homosexuelle, tout comme elles peuvent plus largement démentir dans les faits un certain nombre de clichés concernant l’islam.

C’est que le point de vue dominant se caractérise ici comme ailleurs par un idéalisme fallacieux [12]. Même si, évidemment, l’interprétation exotérique dominante des dogmes de l’islam condamne l’homosexualité, l’histoire des pratiques, des identités et des tolérances est autrement plus complexe [13], et des interprétations, certes minoritaires mais pas inexistantes, parviennent à articuler leurs croyances religieuses aux différentes dispositions structurant leur vie – celles concernant les orientations sexuelles pas plus difficilement que d’autres dispositions perçues par l’ordre social comme transgressives – suivant des modes de « confrontation » qui, en fonction des pays et des époques, sont à peu près toujours les mêmes : choc, coexistence pacifique ou conciliation idéologique.

Ainsi donc le musulman au sens 1 (croyant) a pu et continue de pouvoir être parfois homosexuel – comme le souligne par exemple Tariq Ramadan :

« Une personne qui prononce l’attestation de foi islamique devient musulmane et si, par ailleurs, elle pratique l’homosexualité, il n’appartient à personne de la sortir de l’islam. »  [14]

En ce qui concerne les sens 2 et 3, l’évidence est encore plus grande : puisque des descendant-e-s d’adhérents de l’islam peuvent (sens 2) se sentir appartenir à la communauté musulmane (et parfois militer activement, résister, au sein de partis plus ou moins radicaux contre le colonialisme et l’islamophobie) sans pratiquer ni même croire à aucun des dogmes de l’islam religieux, exotérique ou ésotérique, ou même (sens 3) être perçu-e-s comme musulman-e-s en dépit de toutes leurs croyances et pratiques s’écartant des normes dominantes de l’islam, des homosexuel-le-s, quelles que soient les interprétations de l’islam, peuvent donc aussi être musulman-e-s au sens 2 et 3.

Dès lors, puisque l’équation Musulman = homophobe se fondait sur l’impossibilité présumée d’être musulman et homosexuel, et que cette dernière ne résiste pas à l’examen, on peut conclure que rien ne s’oppose au fait qu’un Musulman, homosexuel ou pas, combatte l’homophobie et milite pour l’égalité des droits, sans cesser d’être musulman.

Religion majoritaire / Religion minoritaire

En outre, peut-on mettre sur le même plan la critique d’une religion dominante (le christianisme sous l’ancien régime) et l’insulte d’une religion dominée, elle-même souvent critiquée non pour elle-même, mais pour mieux discriminer ses adhérents réels ou supposés ?

Il va de soi que si le rejet radical et la haine des religions sont perçus en France comme progressistes, c’est parce que la religion dominante a longtemps été un frein à l’émancipation des peuples. Or cela n’a pas toujours été le cas pour toutes les religions, pour tous les peuples et à toutes les époques [15] Justifier une telle agression par ce qui justifie la critique d’une religion dominante, c’est induire que ladite religion dominée est en réalité dominante (puisqu’elle peut être traitée comme telle) et qu’elle menace réellement l’ordre social français. C’est concéder donc un argument majeur de l’argumentation islamophobe.

Certain-e-s militant-e-s et intellectuel-le-s de gauche relativisent aussi parfois le racisme émanant de leurs rangs en invoquant le fait que de nombreux intellectuels arabes participeraient aussi du même rejet de la religion, preuve selon eux, qu’une telle critique peut ne pas être raciste.

Tout d’abord, on voit bien que selon les différents sens du mot Musulman, le fait de rejeter les dogmes de l’islam (et de devenir même athée ou marxiste pratiquant) n’entraîne pas forcément une impossibilité absolue de ne plus correspondre à aucun des sens du mot Musulman tel qu’il est couramment employé dans la langue française  : en un sens donc, de tels intellectuels arabes, sont aussi selon une définition spécifique (qu’on peut approuver ou déplorer), eux-mêmes, dans une certaine mesure, et lorsqu’ils descendent d’adhérents de l’islam (et que cela se voit d’une manière ou d’une autre), des « Musulmans » (au sens 2 ou 3).

Et c’est d’ailleurs à ce titre en réalité qu’ils sont implicitement invoqués dans l’argumentation pour démontrer que « l’islamophobie peut ne pas être raciste » : s’ils étaient réellement et totalement extérieurs au groupe, on ne voit pas pourquoi ils ne pourraient pas être racistes.

Si les attaques de l’islam émanant de tels auteurs musulmans (au sens 2 ou 3) ne concernent que les dogmes, et ne touchent donc que les adhérents d’une religion (Musulman 1), dans un cadre où ladite religion peut éventuellement, selon certaines analyses (elles-mêmes discutables) être considérée comme dominante (l’islam en Algérie par exemple) parce que majoritaire, de telles critiques « internes », pertinentes ou pas, intelligentes ou sottes, peuvent en effet ne pas être racistes, dans la mesure où elles ne mettent pas en danger les Musulmans au sens 2 et 3 – c’est-à-dire dans la mesure où elles ne les stigmatisent pas en tant que peuple ou communauté.

Mais elles peuvent aussi être ethnocentristes – et donc à ce titre, possiblement récupérables par des racistes : la « fascination de l’Occident » ou tout simplement le complexe d’infériorité, sont des phénomènes très répandus (surtout lorsque nous parlons d’une religion, l’islam, qui, à l’échelle mondiale est une religion dominée) et peuvent donc mener à la haine de soi-même (Selbsthass).

L’invalidation de cet argument (visant à mettre sur le même plan l’islamophobie de dominants blancs vis-à-vis de dominés musulmans, et la critique de l’islam émanant de Musulmans dans des pays musulmans) reposant sur le fait que ledit argument est souvent employé de manière perverse (par exemple par des nationalistes israéliens qui reprochent à d’autres Juifs leur antisionisme), mêle en réalité de manière non pertinente, ainsi que nous nous l’avons montré plus haut, deux situations totalement opposées : on ne peut, politiquement et logiquement, mettre sur le même plan le reproche d’être islamophobe et le reproche de ne pas être sioniste  : ce serait mettre sur le même plan l’antiracisme et le sionisme !

Quoi qu’il en soit, la plupart du temps, la critique de l’islam émanant de Musulmans antireligieux se pense avant tout comme critique d’un phénomène majoritaire. Utiliser cet argument pour penser la situation de l’islam en France, est une grossière erreur ou relève du sophisme.

Pour conclure, loin de disqualifier toute critique de l’islam, cette mise au point théorique permet au contraire de voir dans quel cadre une hostilité à la religion musulmane peut ne pas être raciste : non seulement lorsque la religion en question est majoritaire, mais aussi et surtout, lorsque la conception de la religion qu’on adopte permet un sens 2 – et éventuellement un sens 3 – et lorsque l’attaque portant sur les idées des Musulmans au sens 1 ne saurait toucher négativement ou mettre en danger les Musulmans au sens 2 et 3. En d’autres termes, lorsque la discussion scolastique demeure scolastique et qu’elle n’a aucune conséquence politique et sociale dangereuse pour des personnes altérisées et dominées. Or, aujourd’hui en France la plupart du temps, ces conditions ne sont pas remplies.

Notes

[1] Car le mot « Musulman » étant polysémique, tout énoncé imprécis le contenant produit forcément cet effet que la rhétorique a nommé « syllepse » : l’utilisation d’un même mot, répété ou non, pris à la fois dans son sens propre et dans son sens figuré (ou, selon Pierre Bayard, l’emploi d’un même mot dans deux ou plusieurs acceptions totalement différentes). Cet effet est souvent poétique, mais d’un point de vue linguistique il induit « toute une conception du langage, attentive à l’opacité et à l’incompréhension » (Pierre Bayard, Enquête sur Hamlet) .

[2] Maxime Rodinson, Peuple juif ou problème juif ? La découverte.

[3] Maxime Rodinson, op cit. Notons que la polysémie du mot « Musulman » est forcément liée à celle du mot « islam », elle-même impliquée par la polysémie du mot « religion » en français qui ne désigne pas du tout seulement une idéologie avec dogmes et pratiques.

[4] Maxime Rodinson, op cit.

[6] Quant à Béatrice Durand, à la suite d’autres auteurs comme Laurent Levy, elle parle de « républicanisme » ou de « néo-républicanisme » pour désigner ce dévoiement de l’idéologie républicaine de départ.

[7] Cf. Christine Delphy, « Les Uns derrière les Autres », in Classer, dominer. Editions La Fabrique

[8] Il va sans dire que je ne justifie pas en disant cela le massacre de celles et ceux qui revendiquaient leur appartenance au « peuple musulman » : une telle remarque ne sert qu’à révéler le phénomène de l’ethniciation d’une religion

[9] Cf. Maxime Rodinson, Marxisme et monde musulman, p.129

[10] Cf. Pierre Bourdieu, La reproduction, Editions de Minuit, 1970 ; Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les héritiers, Editions de minuit, 1964 ; Pierre Merle, La démocratisation de l’enseignement, Éditions La Découverte, 2002 ; Pierre Merle, L’élève humilié. L’École : un espace de non-droit ?, PUF, 2005

[11] Rappelons que l’expression du racisme s’est souvent fondée sur un dévoiement de la liberté d’expression : le polémiste antisémite Edouard Drumont a par exemple appelé son journal La Libre Parole.

[15] Lire à ce sujet l’article de Maxime Rodinson « L’islam, doctrine de progrès ou de réaction ? », Marxisme et monde musulman, Editions du Seuil, 1972.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 20:18

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William Sportisse

 

Le Camp des oliviers. Parcours d’un communiste algérien
Entretiens avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani

 


William Sportisse, né en 1923 à Constantine, grandit dans le Camp des oliviers, quartier populaire et mixte d’une ville profondément divisée par les barrières coloniales. Élevé dans une famille juive autochtone, française par le droit mais de culture judéo-arabe, et guidé par la trajectoire de son frère aîné, Lucien, pionnier des luttes anticoloniales assassiné par la Gestapo à Lyon en 1944, il choisit très tôt le camp d’une Algérie décolonisée et socialiste.

D’une guerre à l’autre, ce camp le mène de l’action souterraine antifasciste sous Vichy à la coordination des réseaux clandestins du Parti communiste algérien à Constantine durant sept années de la guerre d’indépendance, en passant par la direction d’une émission de radio en langue arabe à Budapest, considérée dès novembre 1954 par le gouvernement français comme l’une des responsables du déclenchement de l’insurrection algérienne. Devenu citoyen de l’Algérie indépendante, il connaît à partir de 1965, comme nombre de ses camarades, les tortures et prisons d’un régime autoritaire dont les communistes tentent avec difficultés de réorienter la marche, avant que l’explosion des années 1990 ne le contraigne à l’exil.

À travers le prisme d’une personnalité militante confrontée à des documents d’archives jusqu’ici inexplorées, ce livre d’entretiens déploie autour d’un parcours minoritaire des pans méconnus de l’histoire sociale et politique de l’Algérie (post)coloniale.

Pierre-Jean Le Foll-Luciani est doctorant en histoire contemporaine à l’université Rennes 2.
Sa thèse porte sur les militants anticolonialistes juifs algériens (de l’entre-deux-guerres aux premières années de l’indépendance de l’Algérie).


Presses universitaires de Rennes


En librairie depuis le 9 novembre 2012

337 pages / cahier photos 16 pages / 18 €

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 20:01

arton2728-b93ad.jpgDes habitants de logements sociaux campent depuis plus de cinq mois sur une place centrale de Berlin. Ils refusent les hausses de loyers intenables que leur bailleur veut leur faire payer. Et dénoncent la privatisation des logements sociaux, qui risque de pousser en périphérie les classes populaires de ces anciens quartiers ouvriers. Reportage.

Le camp a commencé avec une cabane, bricolée avec des palettes de bois et quelques tables. D’où son nom, Gecekondu, « maison construite dans la nuit » en turc. Une grande tente, deux parasols et un container meublé, avec éclairage et chauffage d’appoint, ont surgi à côté, sur cette grande place berlinoise, Kottbusser Tor. Ce hameau temporaire est l’œuvre de locataires en lutte. Les habitants des logements sociaux construits dans cet ancien quartier ouvrier, dans le quartier de Kreuzberg, s’opposent depuis 2011 aux hausses démesurées de leurs loyers et charges. En mai, ils ont décidé d’occuper un bout de la place très passante, entre les bars et les restaurants.

« Une femme a lancé une pétition dans un des immeubles contre les hausses de loyers, raconte Matti, jeune locataire et activiste du mouvement, appelé Kotti & Co en référence au nom de la place. Puis, on a commencé à se réunir une fois par semaine dans un café. Avec la naissance du mouvement Occupy, nous avons décidé d’installer ce camp, mais en marge d’Occupy parce que de nombreux locataires ne se seraient pas reconnus dans cette logique. » Depuis mai, les locataires de Kotti sont là jour et nuit, 24 heures sur 24. Ils manifestent toutes les deux à trois semaines dans les rues du quartier, au son des casseroles. « Nous sommes une centaine à participer au camp, et beaucoup plus pour les manifestations », indique Hatice, l’une des locataires contestataires.

Subventions supprimées, bailleur privatisé

Un millier de logements sociaux entourent la place berlinoise de Kottbusser Tor. Construits avant la réunification de l’Allemagne par des bailleurs privés, soutenus par la puissance publique, ils ont bénéficié de subventions de la ville pendant des décennies pour maintenir les loyers à un niveau bas. En 2003, Berlin a décidé de supprimer ses subventions pour 28 000 des 160 000 logements sociaux de la ville. Avec la fin des aides publiques, les bailleurs peuvent augmenter les loyers comme bon leur semble, jusqu’au « prix coûtant » incluant le remboursement de l’investissement de construction. « Mais ces logements ont été construits dans les années 70. L’investissement est amorti depuis longtemps », explique Matti. Le problème, c’est que les anciens bailleurs sociaux de Berlin ont bien changé : l’une des sociétés propriétaires des logements sociaux, GSW, a été privatisée en 2004. Et a fait son entrée en bourse en 2010.

Cette politique aboutit à des situations intenables pour nombre de locataires sociaux. Dans plus de 40% des 160 000 logements sociaux de Berlin, les loyers sont supérieurs à ceux du parc privé ! Sur la place de Kottbusser Tor, des locataires ont vu leur loyer augmenter de 300 euros en trois ans. « Les loyers sont passés de 4 euros/m2 à 7 euros/m2 », rapporte Hatice. C’est bien plus que le loyer moyen berlinois, à 5,21 euros/m2 (sans charge) en 2011 [1]. « On nous demande des rattrapages de charges de 1.000 euros en fin d’année ! » Selon les activistes, le loyer représente aujourd’hui 40 à 50% des revenus pour la moitié des familles habitant les logements sociaux de la place. Si elles ne peuvent plus payer ces augmentations, elles savent ce qui les attend : elles devront quitter le quartier et trouver un appartement en périphérie de Berlin. Impensable pour Hatice : « Nous vivons ici depuis 30 ou 40 ans. Nous voulons rester ! »

Poussés vers la périphérie

La majorité de familles locataires de la place sont d’origine turque. Quand elles sont arrivées à Berlin, dans les années 60 et 70, le quartier de Kreuzberg, alors situé en périphérie de Berlin-Ouest, à quelques centaines de mètres du mur, accueillait les nouveaux travailleurs migrants. C’est là qu’ont atterri les familles d’Hatice, Nazan, Mutheb, Gunay et Nazif, quand elles sont arrivées de Turquie. Les quatre femmes et l’homme bavardent dans le container aménagé. Ils servent thé et café en échange de dons, aux militants qui passent, aux curieux, aux locataires des environs. Comme cette femme en béquille, qui habite à quelques rues et vient demander la date de la prochaine manifestation : « Je crains que la hausse arrive dans mon immeuble. Et je ne veux pas déménager », explique-t-elle. Elle y sera pourtant contrainte si son loyer augmente au dessus du seuil pris en charge par l’agence pour l’emploi pour les chômeurs de longue durée (394 euros pour une personne seule).

 

Depuis cinq mois, le camp de Kotti & Co est devenu un lieu de rendez-vous et de rencontres pour les habitants du quartier. Les grands-mères y retrouvent leurs petits-fils, des retraités y croisent des apprentis et des étudiants, des chômeurs des aides-soignants, des designers, infirmiers, ingénieurs, ouvriers, vendeurs… On y parle allemand, turc et même anglais, pour renseigner les touristes, nombreux dans le quartier, sur la situation du logement dans la capitale.

La municipalité justifie les hausses de loyers

« Quand on essaie de mettre en place des initiatives par le haut pour que les différentes populations du quartier se rencontrent, ça ne marche pas. Ici, c’est un mouvement qui part du bas et ça marche tout seul », constate avec joie Taina Gärtner. L’élue verte au conseil du quartier colle des affiches sur les murs du container. Comme le maire (vert) de l’arrondissement de Kreuzberg, elle soutient le mouvement des locataires de Kottbusser Tor. Ce n’est pas le cas de la mairie de Berlin, dirigée par le Parti social-démocrate (SPD), qui n’a pas bougé d’un pouce pour l’instant. Le responsable de l’urbanisme a bien répondu à un courrier des locataires, mais pour justifier, sur cinq pages, les hausses de loyers.

« Le bailleur dit que c’est à la municipalité de faire quelque chose et la municipalité dit que c’est au bailleur », regrette Hatice. « Nous avons tenté d’alerter la mairie sur le problème, sans succès, indique aussi Matti. Le bailleur GSW ne voulait pas nous écouter non plus, puis il nous a reçu. Il a fini par nous fournir les données sur lesquelles il se base pour calculer les augmentations de loyers et de charges. À partir de cela, nous pouvons vérifier si les hausses sont légitimes. Maintenant, nous avons des rendez-vous réguliers. » Le prochain concernera le montant des charges.

Pour un logement social public

La municipalité a pourtant fait quelques efforts, ces derniers mois, sur la question du logement. En septembre, elle a conclu une « alliance pour un logement accessible » avec cinq bailleurs sociaux détenus par l’État-région de Berlin. Le programme prévoit la construction et l’achat rapide de plus de 20 000 logements sociaux supplémentaires et une limitation des hausses de loyer, pour que celui-ci ne dépasse pas 30% des revenus des locataires. Mais les logements de Kottbusser Tor appartiennent à un bailleur privatisé il y a huit ans. Ils ne seront pas concernés par ces mesures. Les activistes de Kotti maintiennent donc leur revendications : une baisse immédiate des loyers et la mise en place d’un plafonnement provisoire. A terme, ils appellent à « recommunaliser » le logement social de la capitale allemande.

Leur démarche a le soutien de partis d’opposition de Berlin (Verts, gauche radicale et Pirates), qui les ont reçu en septembre. Une cinquantaine de sociologues, architectes, urbanistes et artistes ont aussi exprimé leur appui. Le 13 novembre, les locataires organisent, dans les locaux de l’assemblée de Berlin, une conférence sur le logement social dans la capitale allemande. « Nous voulons un rendez-vous avec la mairie avant cette date », souligne Matti. Le groupe de locataires est allé frapper directement aux portes des bureaux de la mairie, espérant être enfin entendu.

Rachel Knaebel

Photo : Source

Notes

[1] D’après les chiffres du « miroir des loyers », l’analyse, publiée chaque année par la municipalité, des différents loyers pratiqués selon la situation des logements, leurs taille, le niveau d’équipement et la date de construction.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:59

arton18449-08325.jpgL’usure internationale ne désarme pas, et c’est désormais au tour de la France, deuxième économie européenne, d’en faire les frais. L’agence privée étasunienne Standard & Poor’s a ainsi confirmé la dégradation des notes à long terme AA+ et à court terme A-1+ de la France. Cette décision intervient quatre jours à peine après le déclassement opéré par Moddy’s, une autre agence de notation. «  Après la stagnation de 2012, a déclaré Standard & Poor’s, nous nous attendons à ce que la croissance de l’économie française ne dépasse pas 0,4% en 2013 ».

Après avoir durement frappé les économies de la Grèce, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Irlande et du Portugal, les financiers britanniques et étasuniens s’en prennent aujourd’hui à la France. Et ce, dans la continuité de la une de l’hebdomadaire The Economist du samedi 17 novembre (sept baguettes de pain entourées d’un ruban tricolore, reliées à une mèche allumée telles des bâtons de dynamite), pour lequel « la France pourrait devenir le plus grand danger pour la monnaie unique européenne »… La « perfide Albion » aura pour le coup été parfaite dans son rôle de soutien à l’Oncle Sam, toujours ravi de voir les ennemis du dollar se prendre les pieds dans le tapis.

La première des conséquences de la parte du triple A, c’est l’augmentation du taux d’intérêt exigé par les créanciers. Dans le contexte actuel, la France sera ainsi obligée d’emprunter moyennant des taux d’intérêt encore plus élevés. Quand on sait qu’environ 70 % des créances sur les dettes publiques sont possédés par les 10 % les plus riches de la population (qui touchent de facto 70 % des intérêts), on comprend aisément que le système de la dette publique enrichit les plus riches au détriment des plus pauvres.

Par effet domino, la note des entreprises nationales, des banques et surtout des collectivités territoriales sera remise en cause. Les collectivités dépendant en grande partie des transferts financiers de l’État, elles ne peuvent pas bénéficier d’une meilleure note que lui. Or, une fois leur note dégradée, elles devraient faire face à des créanciers plus méfiants, qui leur réclameraient des taux d’intérêt plus élevés. Cela alourdirait le coût de leur dette et apporterait fort opportunément de l’eau au moulin des thuriféraires du démantèlement des politiques publiques.

Enfin, si les marchés continuent à imposer à la France des taux d’intérêt toujours plus élevés, alors des répercussions en chaîne sont à redouter, des finances de l’État jusqu’au porte-monnaie du consommateur.

Au moment où notre ministre de l’économie et des finances se transforme en VRP du pacte de compétitivité devant des chefs d’entreprises, il est probable qu’un nouveau tour de vis fiscal, voire une baisse sensible des dépenses de l’État, soit nécessaire afin de rassurer les marchés et les emprunteurs.

Vous l’aurez compris, nous ne sommes pas prêts de voir le bout du tunnel. La crise semble totale et s’accompagne d’une exigence de destruction de tout ce qui entrave la concentration des richesses par les grands possédants. Ils appellent cela « déréglementation », « privatisation » ou « libéralisation ».

L’idée selon laquelle il pourrait y avoir sortie de crise sans sortie du système qui l’engendre est une hérésie. Autant vouloir soigner une grippe sans tuer son virus. Cette chimère ne vise, une nouvelle fois, qu’à berner le peuple en lui faisant croire que l’avenir sera meilleur s’il accepte de nouvelles mesures antisociales. Souvenons-nous toutefois que l’histoire a montré que les révolutions ne sont pas prévues dans les calendriers électoraux de la bourgeoisie.

Capitaine Martin

Résistance http://www.resistance-politique.fr/article-a-qui-profite-le-...

URL de cet article 18449
http://www.legrandsoir.info/a-qui-profite-le-declassement-de-l-economie-francaise-par-standard-poor-s.html
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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:56

arton18455-84ec5.jpgT’as aimé ça ? J’étais dans le hall de l’Excentris, où je venais de voir Five Broken Cameras - cinq caméras brisées -, un documentaire qui raconte l’injustice et l’humiliation faites aux habitants d’un petit village de Cisjordanie par les Israéliens. Une heure et demie de lourde oppression. Non, je n’ai pas aimé ça. Personne ne peut voir des gens se faire écoeurer à ce point-là et aimer ça. Tu sors de là avec l’envie de hurler.

Mais je veux dire le film ?

Arrête ! J’ai envie de hurler, j’te dis, pas de jouer au critique de cinéma. Ces derniers jours, quand tu regardais ce qui se passait à Gaza, t’aimais ça ou, comme moi, tu rentrais ta rage en entendant les Israéliens dire que ce n’était pas eux qui avaient commencé ?

Five Broken Cameras est 100 fois plus enrageant. Parce que ce n’est pas la guerre. C’est la paix, enfin si on peut appeler la paix des claques sur la gueule, des soldats qui t’enfument, te réveillent en pleine nuit à coups de crosse dans la porte, des colons qui foutent le feu à tes oliviers.

Le village s’appelle Bil’in. Le cinéaste ? Y’a pas de cinéaste. Le documentariste ? Y’a pas de documentariste. Qu’on se le tienne pour dit : il n’y a pas derrière ce documentaire un cinéaste pacifiste danois pro-palestinien, ni une altermondialiste québécoise tombée amoureuse d’un Palestinien, ni un journaliste français de Libération, ni aucun autre Michael Moore. Il y a un paysan de 40 ans qui s’appelle Emad Burnat. Et si Emad s’est acheté une caméra, ce n’est pas pour filmer les méchants soldats israéliens. C’est pour filmer son quatrième fils, Gibreel, qui vient de naître.

Mais voilà qu’au même moment arrivent sur les terres du village des arpenteurs venus pour tracer la frontière où doit s’élever le fameux mur qui protège maintenant Israël des terroristes. Emad les filme. Quand les gens du village se mettent à manifester pacifiquement, très pacifiquement, Emad les filme aussi. Les villageois ne protestent pas à cause du mur, ils s’y sont résignés depuis longtemps, ils manifestent parce que le tracé empiète très largement sur leurs oliveraies, on est en train de les spolier au profit de la colonie juive voisine.

Quand l’armée débarque, Emad filme. Quand l’armée enfume le village, quand l’armée blesse un de ses frères, quand l’armée tue un villageois, Emad filme. Quand l’armée investit le village en pleine nuit, quand un soldat frappe à sa porte, Emad vient lui répondre la caméra à l’épaule, le soldat l’informe alors de cette chose inouïe : cette maison où est né Emad, où dorment à l’instant ses fils, cette maison se trouve désormais dans une zone interdite, et donc Emad y est interdit de séjour.

Quand un soldat tire sur Emad, Emad ne filme plus, parce que la balle s’est logée dans la lentille de la caméra. Il ne filme plus non plus quand un soldat donne un coup de crosse dans sa caméra. Il ne filme plus quand un colon lui arrache sa caméra. Il lui faudra cinq caméras pour aller au bout de son documentaire. Il lui faudra aussi l’aide d’un cinéaste israélien (Guy Davidi) pour le monter, le lancer, le montrer.

Five Broken Cameras a été primé cette année aux deux plus grands festivals du documentaire dans le monde, Sundance et Amsterdam. Et il vient d’avoir le prix du public aux récentes Rencontres du documentaire de Montréal.

T’as aimé ça, alors ?

Je te l’ai dit : j’ai envie de hurler.

Le film m’a replongé dans une de mes plus anciennes indignations. Je suis de ceux - nombreux et d’opinion plus documentée que la mienne, je pense à des intellectuels comme Edgar Morin, Jean Daniel, Amos Oz - qui pensent qu’il n’y aurait bientôt plus de conflit israélo-palestinien s’il n’y avait plus de colonies.

Je ne comprends pas ces enclaves à l’intérieur du territoire palestinien. Je ne comprends pas que de nouvelles colonies continuent de s’implanter. Je ne comprends pas que les anciennes colonies s’étendent en empiétant sur le territoire palestinien comme on le voit dans le documentaire d’Emad. Je ne comprends pas que des autoroutes, interdites aux Palestiniens, les relient entre elles et à Israël.

Mais ce que je comprends le moins de cette ghettoïsation des Palestiniens, c’est qu’elle se fait au vu et au su du monde entier et qu’aucune des grandes démocraties du monde, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, les États-Unis, le Canada, ne mette son poing sur la table. De temps en temps, un ou une secrétaire d’État américain déclare que les États-Unis ont demandé à l’État hébreu de mettre fin à l’implantation de nouvelles colonies. Notez bien : pas de procéder à l’évacuation des colonies implantées, non, non... S’il vous plaît, M. Nétanyahou, pas de nouvelles colonies. Il en rit comme Sharon avant lui et les plus libéraux aussi.

Ne comptez pas sur Obama pour lever le ton et conditionner la considérable aide américaine à l’évacuation des colonies. Rappelez-vous comment Nétanyahou a été accueilli en héros, ovationné par le Congrès, rappelez-vous qu’il a eu l’outrecuidance de planter Obama devant ce même Congrès...

Ce que nous montre Five Broken Cameras, ce sont des paysans palestiniens d’un petit village de Cisjordanie que les Israéliens bousculent, enfument, blessent, humilient, dépouillent de leurs terres. La vraie raison ? Le territoire. Tout le conflit israélo-palestinien est une question de territoire que se disputent deux nations. Une superpuissance dotée de l’arme nucléaire. Une autre qui lance des pierres.

Devinez derrière laquelle se rangent ceux qui mènent l’univers ?

Pierre Foglia

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/pierre-foglia/20121...

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:53
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2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques[1]


Depuis 2007-2008, les grandes banques centrales (BCE, Banque d’Angleterre, Fed aux Etats-Unis, Banque de Suisse) donnent la priorité absolue à tenter d’éviter un effondrement du système bancaire privé. Contrairement au discours dominant, le risque principal qui menace les banques n’est pas la suspension du paiement de la dette souveraine[3] par un Etat. Aucune des faillites bancaires depuis 2007 n’a été provoquée par un tel défaut de paiement. Aucun des sauvetages bancaires organisés par les Etats n’a été rendu nécessaire par une suspension de paiement de la part d’un Etat surendetté. Ce qui menace les banques depuis 2007, c’est le montage de dettes privées qu’elles ont progressivement construit depuis la grande dérèglementation qui a commencé à la fin des années 1970 et qui s’est achevée au cours des années 1990. Les bilans des banques privées sont toujours bourrés d’actifs[4] douteux : cela va d’actifs carrément toxiques qui constituent de véritables bombes à retardement à des actifs non liquides (c’est-à-dire qui ne peuvent pas être revendus, écoulés, sur les marchés financiers) en passant par des actifs dont la valeur est tout à fait surfaite dans les bilans bancaires. Les ventes et les dépréciations d’actifs que les banques ont jusqu’ici enregistrées dans leurs comptes afin de réduire le poids de ces actifs explosifs ne suffisent pas. Un nombre significatif d’entre elles dépendent d’un financement à court terme (fournis ou garantis par les pouvoirs publics avec l’argent des contribuables) pour se maintenir à flot[5] et pour faire face à des dettes elles-mêmes à court terme. C’est ce qui a mis la banque franco-belge Dexia, véritable hedge fund de très grande taille, trois fois au bord de la faillite en 4 ans : octobre 2008, octobre 2011[6] et octobre 2012[7]. Au cours de l’épisode le plus récent, début novembre 2012, les Etats français et belges ont apporté une aide de 5,5 milliards d’euros (dont 53 % à la charge de la Belgique) pour recapitaliser Dexia SA, société financière moribonde, dont les fonds propres ont fondu. Selon Le Soir : «  Les capitaux propres de Dexia maison-mère sont passés de 19,2 milliards à 2,7 milliards d’euros entre fin 2010 et fin 2011. Et au niveau du groupe, les fonds propres totaux sont devenus négatifs (-2,3 milliards d’euros au 30 juin 2012)  »[8]. Fin 2011, les dettes immédiatement exigibles de Dexia SA s’élevaient à 413 milliards d’euros et les montants dus au titre de contrats de dérivés à 461 milliards d’euros. La somme de ces deux montants représentait plus de 2,5 fois le PIB de la Belgique ! Pourtant les dirigeants de Dexia, le vice-premier ministre belge Didier Reynders et les médias dominants prétendent encore que le problème de Dexia SA est largement provoqué par la crise des dettes souveraines dans le sud de la zone euro. La vérité, c’est que les créances de Dexia SA sur la Grèce ne dépassaient pas 2 milliards d’euros en octobre 2011, soit 200 fois moins que les dettes immédiatement exigibles. En octobre 2012, l’action Dexia valait environ 0,18 euro, soit 100 fois moins qu’en septembre 2008. Malgré cela, les Etats français et belge ont décidé une fois de plus de renflouer cette société de défaisance en faisant du coup augmenter la dette publique de leur pays. En Espagne, la quasi faillite de Bankia a également été causée par des montages financiers douteux, et non pas par un quelconque défaut de paiement de la part d’un Etat. Depuis 2008, le scénario s’est répété une bonne trentaine de fois en Europe et aux Etats-Unis : à chaque fois, les pouvoirs publics se sont mis (et se mettent systématiquement) au service des banques privées en finançant leur sauvetage par l’emprunt public.

Retour sur le démarrage de la crise en 2007

Le montage gigantesque de dettes privées a commencé à s’effondrer avec l’éclatement de la bulle spéculative dans l’immobilier aux Etats-Unis (suivi par l’immobilier en Irlande, au Royaume-Uni, en Espagne,…). La bulle immobilière a éclaté aux Etats-Unis quand les prix des logements produits en trop grande quantité ont commencé à chuter car de plus en plus de constructions ne trouvaient plus d’acquéreurs.

Les explications tronquées ou carrément mensongères de la crise qui a éclaté aux Etats-Unis en 2007, avec un énorme effet de contagion vers l’Europe occidentale principalement, ont prévalu dans les interprétations données par les médias dominants. Régulièrement en 2007 et durant une bonne partie de 2008, on a expliqué à l’opinion publique que la crise avait démarré aux Etats-Unis parce que les pauvres s’étaient trop endettés pour acquérir des maisons qu’ils n’étaient pas en mesure de payer. Le comportement irrationnel des pauvres était pointé du doigt comme ayant provoqué la crise. A partir de fin septembre 2008, après la faillite de Lehman Brothers, le discours dominant a changé et a commencé à pointer les brebis galeuses qui au sein de monde de la finance avaient perverti le fonctionnement vertueux du capitalisme. Mais il n’en reste pas moins que les mensonges ou les présentations tronquées ont continué à circuler. On passait des pauvres responsables de la crise aux pommes pourries présentes dans la classe capitaliste : Bernard Madoff, qui a monté une arnaque de 50 milliards de dollars ou Richard Fuld, le patron de Lehman Brothers.

Les prémisses de la crise remontent à 2006 lorsque débute aux Etats-Unis la chute du prix de l’immobilier provoquée par la surproduction, elle-même provoquée par la bulle spéculative qui en enflant le prix de l’immobilier avait amené le secteur de la construction à augmenter exagérément son activité par rapport à la demande solvable. C’est la chute du prix de l’immobilier qui a entraîné l’augmentation du nombre de ménages incapables de payer leurs mensualités de crédits hypothécaires subprimes. En effet, aux Etats-Unis, les ménages ont la possibilité et la coutume, quand les prix de l‘immobilier sont à la hausse, de refinancer leur emprunt hypothécaire au bout de 2 ou 3 ans afin d’obtenir des termes plus favorables (d’autant que dans le secteur des prêts subprimes, le taux des 2 ou 3 premières années était faible et fixe, autour de 3%, avant de grimper très fort et de devenir variable à la 3 ou 4e année). Vu que les prix de l’immobilier ont commencé à baisser dès 2006, les ménages qui avaient eu recours aux prêts subprimes n’ont plus été en mesure de refinancer favorablement leur crédit hypothécaire, les défauts de paiement ont commencé à se multiplier très fortement dès le début de 2007 ce qui a provoqué la faillite de 84 sociétés de crédit hypothécaire aux Etats-Unis entre janvier et août 2007.

Comme très souvent, alors que la crise est expliquée de manière simpliste par l’éclatement d’une bulle spéculative, en réalité, il faut chercher la cause à la fois dans le secteur de la production et dans la spéculation. Bien sûr, le fait qu’une bulle spéculative ait été créée et ait fini par éclater ne fait que démultiplier les effets de la crise qui a démarré dans la production. Tout l’échafaudage des prêts subprimes et des produits structurés créés depuis le milieu des années 1990 s’est effondré, ce qui a eu de terribles retombées sur la production dans différents secteurs de l’économie réelle. Les politiques d’austérité ont par la suite encore amplifié le phénomène en débouchant sur la période récessive-dépressive prolongée dans laquelle l’économie des pays les plus industrialisés se trouve enlisée.

L’impact de la crise de l’immobilier aux Etats-Unis et de la crise bancaire qui lui succéda a eu un énorme effet de contagion internationale car de nombreuses banques européennes avaient massivement investi dans les produits structurés et dérivés états-uniens. Depuis les années 1990, la croissance aux Etats-Unis et dans plusieurs économies européennes a été soutenue par une hypertrophie du secteur financier privé et par une augmentation formidable des dettes privées : dettes des ménages[9], dettes des entreprises financières et non financières. En revanche, les dettes publiques ont eu tendance à baisser entre la deuxième moitié des années 1990 et 2007-2008.

Hypertrophie du secteur financier privé, donc. Le volume des actifs des banques privées européennes en rapport au produit intérieur brut a gonflé de manière extraordinaire à partir des années 1990 pour atteindre dans l’Union européenne 3,5 fois le PIB des 27 pays membres de l’UE en 2011[10]. En Irlande, en 2011, les actifs des banques représentaient 8 fois le produit intérieur brut du pays.

Les dettes des banques privées[11] de la zone euro représentent également 3,5 fois le PIB de la zone. Les dettes du secteur financier britannique atteignent des sommets en proportion du PIB : elles lui sont 11 fois supérieures tandis que la dette publique représente environ 80% du PIB.

La dette brute des Etats de la zone euro représentait 86% du PIB des 17 pays membres en 2011[12]. La dette publique grecque représentait 162% du PIB grec en 2011 tandis que les dettes de son secteur financier représentent 311% du PIB, soit le double. La dette publique espagnole atteignait 62% du PIB en 2011 tandis que les dettes du secteur financier atteignaient 203%, soit le triple de la dette publique.

Un peu d’histoire : la mise en place d’une réglementation financière stricte à la suite de la crise des années 1930

Le krach de Wall Street en octobre 1929, l’énorme crise bancaire de 1933 et la période prolongée de crise économique aux Etats-Unis et en Europe des années 1930 ont amené le président Franklin Roosevelt, et par la suite l’Europe, à fortement réglementer le secteur financier afin d’éviter la répétition de graves crises boursières et bancaires. Conséquence : au cours des trente années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, le nombre de crises bancaires a été minime. C’est ce que montrent deux économistes néolibéraux nord-américains, Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff, dans un livre publié en 2009 et intitulé Cette fois, c’est différent. Huit siècles de folie financière. Kenneth Rogoff a été économiste en chef du FMI et Carmen Reinhart, professeur d’université, est conseillère du FMI et de la Banque mondiale. Selon ces deux économistes qui sont tout sauf favorables à une remise en cause du capitalisme, la quantité très réduite de crises bancaires s’explique principalement « par la répression des marchés financiers intérieurs (à des degrés divers), puis par un recours massif aux contrôles des capitaux pendant bien des années après la seconde guerre mondiale »[13].

Une des mesures fortes prises par Roosevelt et par les gouvernements d’Europe (notamment sous la pression des mobilisations populaires en Europe après la Libération) a consisté à limiter et à règlementer strictement l’usage que les banques pouvaient faire de l’argent du public. Ce principe de protection des dépôts a donné lieu à la séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement dont la loi américaine dite Glass Steagall Act a été la forme la plus connue mais qui a été appliquée également avec certaines variantes dans les pays européens.

Avec cette séparation, seules les banques commerciales pouvaient recueillir les dépôts du public qui bénéficiaient d’une garantie de l’Etat. Parallèlement à cela, leur champ d’activités avait été réduit aux prêts aux particuliers et aux entreprises, et excluait l’émission de titres, d’actions et de tout autre instrument financier. Les banques d’investissement devaient, quant à elles, capter leurs ressources sur les marchés financiers afin de pouvoir émettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.

La dérèglementation financière et le virage néolibéral

Le virage néolibéral de la fin des années 1970 a remis en cause ces règlementations. Au bout d’une vingtaine d’années, la déréglementation bancaire et financière en général a été achevée. Comme le relèvent Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, les crises bancaires et boursières se sont multipliées à partir des années 1980, elles ont également pris des formes de plus en plus aigües.

Dans le modèle traditionnel hérité de la période prolongée de règlementation, les banques évaluent et portent le risque, c’est-à-dire qu’elles analysent les demandes de crédit, décident ou non de les satisfaire, et, une fois les prêts consentis, les conservent dans leur bilan jusqu’à leur terme (on parle ici du modèle originate and hold, « octroyer et conserver »).

Profitant du profond mouvement de dérèglementation qu’elles ont suscité, les banques ont abandonné le modèle « octroyer et conserver » pour augmenter le rendement sur fonds propres. Pour ce faire, les banques ont inventé de nouveaux procédés, en particulier la titrisation qui consiste à transformer des crédits bancaires en titres financiers. L’objectif poursuivi était simple : ne plus conserver dans leurs comptes les crédits et les risques y afférents. Elles ont transformé ces crédits en titres sous la forme de produits financiers structurés qu’elles ont vendus à d’autres banques ou à d’autres institutions financières privées. On parle ici d’un nouveau modèle bancaire dit originate to distribute, « octroyer et céder », appelé également originate repackage and sell, « octroyer, restructurer et vendre ». Pour la banque, l’avantage est double : elle diminue son risque en sortant de son actif les crédits qu’elle a consentis et elle dispose de moyens supplémentaires pour spéculer.

La dérèglementation a permis au secteur financier privé et notamment aux banques de faire jouer fortement ce qu’on appelle l’effet de levier. Xavier Dupret décrit clairement le phénomène : « Le monde bancaire s’est beaucoup endetté, ces dernières années, via ce que l’on appelle les effets de levier. L’effet de levier consiste à recourir à l’endettement pour augmenter la rentabilité des capitaux propres. Et pour qu’il fonctionne, il faut que le taux de rentabilité du projet sélectionné soit supérieur au taux d’intérêt à verser pour la somme empruntée. Les effets de levier sont devenus de plus en plus importants avec le temps. Ce qui n’est évidemment pas sans poser problème. Ainsi, au printemps 2008, les banques d’investissement de Wall Street avaient des effets de levier qui oscillaient entre 25 et 45 (pour un dollar de fonds propres, elles avaient emprunté entre 25 et 45 dollars). Ainsi, Merrill Lynch avait un effet de levier de 40. Cette situation était évidemment explosive car une institution qui a un effet de levier de 40 pour 1 voit ses fonds propres effacés avec une baisse de 2,5% (soit 1/40) de la valeur des actifs acquis. »[14]

Grâce à la dérèglementation, les banques ont pu développer des activités impliquant des volumes gigantesques de financement (et donc de dettes) sans les prendre en compte dans leur bilan comptable. Elles font du hors bilan à un point tel qu’en 2011 le volume des activités en question dépasse 67 000 milliards de dollars (ce qui équivaut environ à la somme des PIB de tous les pays de la planète) : c’est ce qu’on appelle l’activité bancaire de l’ombre, le shadow banking [15]. Quand l’activité hors bilan aboutit à des pertes massives, cela se répercute tôt ou tard sur la santé des banques qui les ont initiées. Ce sont les grandes banques qui dominent de très loin cette activité de l’ombre. La menace de la faillite amène les Etats à se porter à leur secours notamment en les recapitalisant. Alors que les bilans officiels des banques ont enregistré une réduction de volume depuis le début de la crise en 2007-2008, le volume du hors bilan, le shadow banking, n’a pas suivi la même évolution. Après avoir décliné entre 2008 et 2010, il est revenu en 2011-2012 au niveau de 2006-2007, ce qui est un symptôme clair de la dangerosité de la situation des finances privées mondiales. Du coup, la portée de l’action des institutions publiques nationales et internationales qui sont en charge, pour reprendre leur vocabulaire, de ramener la finance à des comportements plus responsables est très limitée. Les régulateurs ne se donnent même pas les moyens de connaître les activités réelles des banques qu’ils sont censés contrôler.

Le Conseil de stabilité financière (CSF), l’organe érigé par le forum du G20 en charge de la stabilité financière mondiale, a livré les chiffres 2011. « La taille du ‘shadow banking’ échappant à toute régulation est de 67.000 milliards de dollars selon son rapport consacré à 25 pays (90% des actifs financiers mondiaux). Ce sont 5.000 à 6.000 milliards de plus qu’en 2010. Ce secteur ‘parallèle’ représente à lui seul la moitié de la taille des actifs totaux des banques. Rapportée au Produit Intérieur Brut du pays, la banque de l’ombre prospère à Hong-Kong (520%), aux Pays-Bas (490%), au Royaume-Uni (370%), à Singapour (260%) et en Suisse (210%). Mais, en terme absolu, les Etats-Unis restent en première position puisque la part de ce secteur parallèle représente 23.000 milliards d’actifs en 2011, suivi de la zone euro (22.000 milliards) et du Royaume-Uni (9.000 milliards).  »[16]

Une grande partie des transactions financières échappe totalement au contrôle officiel. Comme dit précédemment, le volume de l’activité bancaire de l’ombre représente la moitié de la taille des actifs totaux des banques ! Il faut également prendre la mesure du marché de gré à gré (OTC) – c’est-à-dire sans contrôle de la part des autorités des marchés - des produits financiers dérivés. Le volume des produits dérivés s’est développé de manière exponentielle entre les années 1990 et les années 2007-2008. Bien qu’elle ait un peu décliné au début de la crise, la valeur notionnelle des contrats de dérivés sur le marché de gré à gré a atteint en 2011 la somme astronomique de 650 000 milliards de dollars (650 000 000 000 000 $), soit environ 10 fois le PIB mondial. Le volume du 2e semestre de 2007 est dépassé et celui du premier semestre 2008 est en vue… Les swaps sur les taux d’intérêts représentent 74% du total tandis que les dérivés sur le marché des devises représentent 8%, les Credit default swaps (CDS) 5%, les dérivés sur les actions 1%, le reste se répartissant en une multitude de produits.

Depuis 2008, les sauvetages bancaires n’ont pas débouché sur des comportements plus responsables

La crise financière de 2007 a vu les banques, pourtant coupables d’agissements répréhensibles et de prises de risque inconsidéré, bénéficier de massives injections de fonds à travers de nombreux et coûteux plans de sauvetage. Dans une étude très documentée[17], deux chercheurs se sont attachés à vérifier « si les opérations de sauvetage public ont été suivies par une plus grande réduction de risques dans les nouveaux prêts consentis par les banques secourues par rapport à celles qui ne l’ont pas été ». Pour ce faire, les auteurs ont analysé le bilan et les prêts syndiqués (il s’agit des crédits consentis à une entreprise par plusieurs banques) accordés par 87 grandes banques commerciales internationales. Les auteurs ont relevé que « les banques aidées ont continué à signer des prêts syndiqués à risques » en observant que « les prêts syndiqués des banques qui avaient bénéficié d’un renflouement par la suite étaient plus risqués avant la crise que ceux des institutions non aidées ». Loin de constituer un remède et un garde-fou efficace contre les errements des banques, les plans de sauvetages des Etats ont au contraire constitué pour nombre d’entre elles un puissant incitateur à la poursuite et à l’intensification de leurs pratiques coupables. En effet, « la perspective d’un soutien de l’Etat peut entraîner un aléa moral et amener les banques à une plus grande prise de risque »[18].

En somme, une grave crise des dettes privées provoquée par les agissements irresponsables des grandes banques a ensuite poussé les dirigeants états-uniens et européens à leur venir en aide grâce aux fonds publics. La musique lancinante de la crise des dettes souveraines a alors pu être entonnée pour imposer des sacrifices brutaux aux peuples. La déréglementation financière des années 1990 a été le terreau fertile pour cette crise aux conséquences sociales dramatiques. Tant qu’ils ne materont pas la finance internationale, les peuples seront à sa merci. Ce combat doit être intensifié au plus vite.

Eric Toussaint [2]

 

http://cadtm.org/Banques-contre-Peuples-les-dessous

www.cadtm.org
345 Avenue de l’Observatoire
4000 Liège
Belgique

[1] L’auteur remercie Patrick Saurin, Daniel Munevar, Damien Millet et Virginie de Romanet pour l’aide qu’ils ont apportée à l’élaboration de cet article.

[2] Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

[3] La dette souveraine est la dette d’un Etat et des organismes publics qui lui sont rattachés.

[4] En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (capitaux propres apportés par les associés, provisions pour risques et charges, dettes). Voir : http://www.banque-info.com/lexique-bancaire/a/

[5] De nombreuses banques dépendent d’un financement à court terme car elles éprouvent d’énormes difficultés à emprunter au secteur privé à un coût soutenable (c’est-à-dire le plus bas possible) notamment sous la forme d’émission de titres de dette. Comme nous le verrons plus loin, la décision de la BCE de prêter un peu plus de 1000 milliards d’euros à un taux d’intérêt de 1% pour une période de 3 ans à plus de 800 banques européennes a constitué une planche de salut pour un grand nombre d’entre elles. Par la suite, grâce à ces prêts de la BCE, les plus fortes d’entre elles ont de nouveau eu la possibilité d’émettre des titres de dette pour se financer. Cela n’aurait pas été le cas si la BCE n’avait pas joué le prêteur en dernier ressort et ce pour 3 ans.

[6] Sur l’épisode d’octobre 2011, voir Eric Toussaint, « Krach de Dexia : un effet domino en route dans l’UE ? », 4 octobre 2011, http://cadtm.org/Krach-de-Dexia-un-effet-domino-en
[7] Sur l’épisode d’octobre 2012 qui a abouti à un nouveau sauvetage sous la forme d’une recapitalisation, voir Eric Toussaint, « Fallait-il à nouveau injecter de l’argent dans Dexia ? », Le Soir, 2 novembre 2012, http://cadtm.org/Fallait-il-a-nouveau-injecter-de-l ; voir également : CADTM, « Pour sortir du piège des recapitalisations à répétition, le CADTM demande l’annulation des garanties de l’Etat belge aux créanciers du groupe Dexia », 31 octobre 2012, http://cadtm.org/Pour-sortir-du-piege-des ; CADTM, « Pourquoi le CADTM introduit avec ATTAC un recours en annulation de l’arrêté royal octroyant une garantie de 54 milliards d’euros (avec en sus les intérêts et accessoires) à Dexia SA et Dexia Crédit Local SA », 22 décembre 2011, http://cadtm.org/Pourquoi-le-CADTM-introduit-avec

[8] Pierre-Henri Thomas, Bernard Demonty, Le Soir, 31 octobre 2012, p. 19, http://archives.lesoir.be/dexia-sera-recapitalise-pour-le-7-...

[9] Les dettes des ménages incluent les dettes que les étudiants américains ont contractées pour payer leurs études. Les dettes des étudiants aux Etats-Unis atteignent le montant colossal de 1 000 milliards de dollars, c’est-à-dire plus que le total des dettes extérieures publiques de l’Amérique latine (460 milliards de dollars), de l’Afrique (263 milliards) et de l’Asie du Sud (205 milliards). Voir pour le montant des dettes de ces « continents » : Damien Millet, Daniel Munevar, Eric Toussaint, Les Chiffres de la dette 2012, tableau 7, p. 9. Téléchargeable : http://cadtm.org/Les-Chiffres-de-la-dette-2012

[10] Voir Damien Millet, Daniel Munevar, Eric Toussaint, Les Chiffres de la dette 2012, tableau 30, p. 23. Ce tableau se base sur des données de la Fédération européenne du secteur bancaire, http://www.ebf-fbe.eu/index.php?page=statistics. Voir également Martin Wolf, « Liikanen is at least a step forward for EU banks », Financial Times, 5 octobre 2012, p. 9.

[11] Les dettes des banques ne doivent pas être confondues avec leurs actifs, elles font partie de leur « passif ». Voir plus haut la note de bas de page sur « Actif » et « Passif » des banques.

[12] Voir Damien Millet, Daniel Munevar, Eric Toussaint, Les Chiffres de la dette 2012, tableau 24, p. 18. Ce tableau utilise la base de données de recherche de Morgan Stanley, ainsi que http://www.ecb.int/stats/money/aggregates/bsheets/html/outst... et

http://www.bankofgreece.gr/Pages/en/Statistics/monetary/nxi....

[13] Carmen M. Reinhart, Kenneth S. Rogoff, Cette fois, c’est différent. Huit siècles de folie financière, Pearson, Paris, 2010. Edition originale en 2009 par Princeton University Press.

[14] Xavier Dupret, « Et si nous laissions les banques faire faillite ? », 22 août 2012, http://www.gresea.be/spip.php?article1048
[15] Voir Daniel Munevar, « Les risques du système bancaire de l’ombre », 21 avril 2012, http://cadtm.org/Les-risques-du-systeme-bancaire-de

Voir aussi : Tracy Alloway, “Traditional lenders shiver as shadow banking grows”, Financial Times, 28 décembre 2011
[16] Voir Richard Hiault, « Le monde bancaire « parallèle » pèse 67.000 milliards de dollars », Les Echos, 18 novembre 2012, http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/...

[17] Michel Brei et Blaise Gadanecz, “Have bailouts made banks’loan book safer ?”, Bis Quaterly Review, september 2012, pp. 61-72. Les citations de ce paragraphe en sont issues.

[18] Ibid.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:48

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Source : http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article398 – pour d’autres informations intéressantes, lire aussi Antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes et Antisionisme, antisémitisme et judéophobie.

 


Nous vivons en pleine confusion. Juif, cela désigne des peuples qui ont une communauté de destin liée à la religion. Sioniste c’est une idéologie. Israélien, c’est une nationalité. Et israélite, c’est le nom (napoléonien) donné à la religion juive. À cause de ces confusions, le peuple palestinien paie depuis des décennies pour un crime qu’il n’a pas commis : l’antisémitisme et le génocide Nazi. À cause de ces confusions, l’Etat d’Israël bénéficie d’une impunité totale malgré des violations incessantes du droit international. À cause de ces confusions, toute critique de la politique israélienne est instantanément qualifiée d’antisémite. Si elle émane de citoyens juifs, ceux-ci sont aussitôt qualifiés de traîtres ayant la haine de soi. Enfin, à cause de ces confusions, une nouvelle forme d’antisémitisme (ré)apparaît qui attribue à tous les Juifs les crimes commis par l’Etat Israélien. Bien sûr, il n’est pas facile de distinguer juif, sioniste et israélien  : l’Etat d’Israël se définit comme « juif ». On parle de colonies juives, pas de colonies israéliennes. La distinction est pourtant indispensable.

 

Une histoire fantasmée

Pour les sionistes, les Juifs ont des droits imprescriptibles sur « la terre de leurs ancêtres ». Ils en ont été chassés il y a deux mille ans, ils ont connu « l’exil », et grâce au sionisme, ils ont fait leur « montée » (Alya) vers Israël et ont pu reconstituer enfin le royaume unifié de David et Salomon. Pour les sionistes même non-croyants, la prière « l’an prochain à Jérusalem » justifie la nécessité d’un Etat Juif en Palestine. Les sionistes sont allés chercher dans la Bible tous les épisodes pouvant justifier les conquêtes et le nettoyage ethnique aujourd’hui à l’oeuvre. Pour les sionistes, la « centralité » d’Israël n’est pas discutable et la Diaspora (dispersion) n’est qu’une malencontreuse parenthèse. Tout a été fait pour en effacer la trace. Les langues de la Diaspora (judéo-arabe, ladino, yiddish) ont disparu au profit d’une « résurrection » de l’Hébreu. Les valeurs et la culture des diasporas ont été gommées au profit d’un « homo judaicus » nouveau, militariste, chauvin et « défrichant sa terre » pour « transformer le désert en jardin ». Pour les sionistes, la Diaspora a été une suite ininterrompue de persécutions et de catastrophes à l’image du livre d’André Schwartz-Bart (« le Dernier des Justes ») qui commence au Moyen-Âge avec le pogrom d’York et se termine à Auschwitz. Pour les sionistes, l’antisémitisme est inéluctable, il est omniprésent et il est inutile d’essayer de le combattre. Autrement dit, les Juifs ne peuvent vivre qu’entre eux et ne peuvent compter que sur eux-mêmes, d’où le projet fou (et criminel) de faire venir tous les Juifs du monde entier en Israël. Donc pour les sionistes, la fin justifie les moyens et cela explique leur stratégie permanente : le fait accompli et la fuite en avant. Les sionistes ont mythifié l’épisode de Massada où des Zélotes révoltés contre l’empire romain ont préféré le suicide collectif à la soumission. Le complexe de Massada repose sur la peur permanente de l’anéantissement. Les Israéliens ont peur. Pour eux, tout recul signifie « les Juifs à la mer ». Ils ont peur de ne plus avoir peur, ce qui les obligerait à réfléchir sur le sens et l’avenir du projet colonial qu’ils ont mis en place depuis plus d’un siècle. De façon symbolique, à la sortie du musée de Yad Vashem à Jérusalem consacré au génocide Nazi, il y a un monument célébrant la fondation d’Israël. Le tour est joué : Israël serait LA réponse à l’antisémitisme et son issue naturelle. Dans cette optique, il est logique que les sionistes n’aient jamais vraiment admis l’existence du peuple Palestinien. Pour un des premiers sionistes, Israël Zangwill, il fallait trouver une « terre sans peuple pour un peuple sans terre » et les sionistes ont décidé que ce serait la Palestine. L’histoire enseignée en Israël parle d’une présence juive massive ininterrompue en Palestine. Elle parle de pogrom à propos de la révolte palestinienne de 1936 contre le colonialisme sioniste. Plus près de nous, les dirigeants israéliens ont qualifié Arafat de « nouvel Hitler » et Ariel Sharon, lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz, a justifié le bouclage de la Palestine et les assassinats ciblés au nom de l’extermination. Bref, le fantôme du génocide sert de bouclier et de prétexte pour associer les Palestiniens aux Nazis et justifier ainsi la destruction de la société Palestinienne. Pour les sionistes, les Juifs du monde arabe ont été persécutés et les Ashkénazes les ont sauvés en les faisant « monter » vers Israël. Les sionistes ont gommé les différences idéologiques. De gauche comme de droite, tous propagent la même fable sur l’histoire du judaïsme, oubliant même de dire qu’une bonne partie des victimes du génocide n’avaient rien à voir avec leur idéologie et étaient souvent non-croyants. Pour les sionistes, les Juifs ont été, sont et seront des victimes. Du coup, ils sont totalement insensibles à la douleur de l’autre ou à son vécu.

Démystifier

 

Beaucoup de crimes sont régulièrement commis au moyen d’une manipulation de l’histoire, de la mémoire et de l’identité. La guerre du Proche-orient ne fait pas exception.
Ce sont des Israéliens principalement qui ont fait le travail de démystification du sionisme. Commençons par l’archéologie1. Elle infirme totalement la lecture littérale de la Bible sur laquelle même des athées comme Ben Gourion s’étaient appuyés. Elle montre que dans l’Antiquité (la Bible l’évoque aussi), la Palestine a toujours été habitée par des peuples distincts : Hébreux bien sûr mais aussi Iduméens, Moabites, Philistins, Cananéens … Les Hébreux sont un peuple autochtone et les épisodes de l’arrivée de Mésopotamie (Abraham) ou de l’exil en Egypte (Moïse) sont légendaires. On ne trouve aucune trace de la conquête sanglante de Canaan par Josué et même le royaume unifié de David et Salomon n’a sans doute pas existé comme le dit le récit biblique : à l’époque, Jérusalem n’était qu’un village. Donc la reconstitution d’une patrie ancienne antérieure à l’exil est largement fantasmée : les royaumes d’Israël et de Juda ont probablement toujours été des entités distinctes. Les mots d’ordre régulièrement répétés par les colons religieux du Gush Emonim (le Bloc de la foi) affirmant que Dieu a donné la Judée- Samarie au peuple Juif ne reposent sur rien et ils sont d’ailleurs totalement réfutés par d’autres courants religieux.
Y a-t-il eu exil ? Si l’on en croit plusieurs historiens dont Shlomo Sand qui le dit clairement, au moment de la destruction du 2e temple par les troupes de Titus (70 ap JC), seule une minorité d’habitants est partie, en particulier les rabbins. À cette époque, la dispersion a déjà commencé et il y a déjà des Juifs à Babylone, à Alexandrie ou en Afrique du Nord. Les Palestiniens d’aujourd’hui qui sont un peuple autochtone seraient donc essentiellement les descendants de ceux qui sont restés (dont beaucoup de Juifs romanisés). Alors d’où viennent les Juifs ? Pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, la religion juive est prosélyte. C’est la religion qui s’est dispersée, pas les hommes. Des Berbères, des Espagnols, des Grecs, des Romains, des Germains se convertissent au judaïsme. Plus tard, des Khazars, peuple d’origine turque entre Caspienne et Mer Noire feront de même. La religion juive cesse d’être prosélyte dans l’empire romain quand l’empereur Constantin impose le christianisme comme religion officielle. Shlomo Sand remet en cause l’existence d’un peuple Juif. Qu’y a-t-il de commun entre des Juifs Yéménites, des Juifs Espagnols et ceux du Yiddishland ? Il y a une religion et un livre, mais parler de peuple exilé, ça ne correspond pas à la réalité. Les sionistes ont surfé sur la persécution des Juifs Européens pour inventer cette notion de peuple exilé faisant son retour.
La diaspora n’est pas une parenthèse de l’histoire du judaïsme. C’est son centre. C’est dans la diaspora que l’essentiel des rites et des croyances se sont établis. Les références à Jérusalem, au mur des Lamentations et aux scènes racontées dans la Bible sont symboliques. Elles n’ont jamais signifié une « aspiration  » à recréer un Etat Juif en « Terre promise ». Elles ont un peu la même signification que la prière des Musulmans en direction de La Mecque. La notion de « peuple élu » n’a jamais conféré aux Juifs des droits supérieurs à ceux des autres (les « goys », les « gentils »). Elle exprime juste une relation particulière avec Dieu.
De la révolte de Bar Kochba au IIe siècle ap JC à l’arrivée des premiers colons sionistes à la fin du XIXe siècle, les Juifs n’ont jamais représenté plus de 5% de la population de la Palestine. C’est moins que dans les pays voisins (Egypte, Mésopotamie, Perse, Yémen). C’est beaucoup moins que dans l’Espagne du XIVe siècle ou dans la « zone de résidence » de l’empire russe du XIXe siècle (Vilnius, Varsovie, Minsk, Odessa …).

De l’antijudaïsme chrétien à l’antisémitisme racial

La plupart des royaumes ou des empires ont très mal toléré le pluralisme religieux. Les Romains exigeaient des peuples soumis qu’ils ajoutent les divinités romaines à leurs propres divinités. Ce qui a fonctionné avec les Grecs et les Gaulois n’a pas fonctionné avec les Juifs, monothéisme oblige. Une partie des Juifs a adopté la langue grecque et a accepté la « romanité ». Pas tous et la révolte contre Titus a commencé dans Jérusalem par une guerre civile entre Juifs, très bien décrite par Pierre Vidal-Naquet. Ce conflit entre ceux qui acceptent le monde des « gentils » et ceux qui le refusent au nom d’une conception exclusive du judaïsme se poursuit 2000 ans plus tard.
Le Christianisme n’a jamais été pluraliste et dès qu’il parvient au pouvoir, il s’acharne contre les autres religions. Le culte de Mithra ou l’Aryanisme n’ont pas survécu. Le judaïsme a survécu, mais à quel prix ! Les Chrétiens ont enfermé les Juifs (les juderias, les ghettos…), leur ont interdit la possession de la terre et les ont poussés à l’exercice de métiers qui leur ont valu la haine des peuples (le colportage, l’usure, la banque). Dès le Haut Moyen-âge, les expulsions se succèdent occasionnant des drames. Un des premiers pogroms (massacre de masse) est commis par la première croisade qui avant de « tuer de l’infidèle » et de « délivrer » le Saint- Sépulcre, s’est entraînée sur les communautés juives de la vallée du Rhin, provoquant le début du déplacement vers l’Est des Ashkénazes.
Le monde musulman n’a pas produit le même phénomène : le statut de dhimmi qui est réservé aux « Peuples du livre » (Chrétiens, Juifs, Zoroastriens …) a permis aux Juifs du monde musulman de connaître une paix relative et une certaine stabilité. Les moments de tension sont rares (l’arrivée des Almohades en Andalousie, le massacre de l’oasis du Touat dans le Sahara …) et ils correspondent surtout à des périodes de crise. Avant le sionisme, il n’y a eu ni expulsion, ni pogrom contre les Juifs dans le monde musulman.
L’antijudaïsme chrétien a fabriqué la plupart des stéréotypes antijuifs
 : le peuple déicide, les crimes rituels, la volonté de diriger le monde. L’épisode espagnol du XVe siècle est annonciateur de l’antisémitisme racial. Au moment où l’Espagne se réunifie, l’Etat moderne qui se crée ne peut plus tolérer ses minorités (Juifs et Musulmans). Ce rêve fou de pureté ira jusqu’à rechercher la « limpieza de sangre » (la pureté du sang), inventant là une pseudo race juive. En même temps, l’histoire des Juifs dans le monde chrétien ne doit pas être réduite à la persécution. Il y a eu quelques périodes fastes.

L’émancipation des Juifs commence en Europe au XVIIIe siècle en Allemagne puis en France où les Juifs obtiennent la citoyenneté. Paradoxalement, c’est cette émancipation qui va transformer l’antijudaïsme chrétien en antisémitisme racial. Le XIXe siècle voit la naissance de nombreux nationalismes. Ceux-ci véhiculent l’idée simpliste un peuple = un Etat et la plupart d’entre eux sont particulièrement intolérants vis-à-vis des minorités. Le Juif est perçu comme étant cosmopolite, hostile à toute idée de nation. Il est souvent un paria, même quand il a réussi socialement. Il représente un obstacle naturel au rêve meurtrier de pureté raciale. C’est d’ailleurs à cette époque que des pseudo scientifiques inventent les notions de « races » aryenne ou sémite qui ne reposent sur rien. La violence de cet antisémitisme aboutira à une espèce de consensus en Europe contre les Juifs, consensus qui facilitera l’entreprise d’extermination Nazi.

Le sionisme est-il une réponse à l’antisémitisme ?

 

Curieusement, le sioniste a puisé dans le même terreau nationaliste européen que celui de diverses idéologies qui ont mené à la boucherie de 1914 et pour certaines au nazisme. En ce qui concerne la droite sioniste, on trouve même chez Jabotinsky (qui a vécu plusieurs années en Italie) des ressemblances avec le fascisme de Mussolini. En tout cas, Jabotinsky est le premier à avoir théorisé le « transfert », terme de novlangue qui signifie l’expulsion de tous les Palestiniens au-delà du Jourdain. En Europe orientale, le sionisme a toujours été minoritaire chez les Juifs face aux différents courants socialistes et face au Bund. Pour les Juifs des différents partis socialistes, la Révolution devait émanciper le prolétariat et, dans la foulée, elle règlerait la question de la persécution des Juifs qui n’était pas pour eux un problème spécifique. L’histoire a montré que cela n’allait de soi. Pour le Bund, parti révolutionnaire juif, il existait en Europe orientale un peuple yiddish (le Bund ne s’adressait pas aux Juifs séfarades ou à ceux du monde arabe) et dans le cadre de la révolution, celui-ci devait obtenir « l’autonomie culturelle » sur place sans territoire spécifique. Socialistes et Bundistes étaient farouchement opposés au sionisme. Pendant qu’Herzl rencontrait un des pires ministres antisémites du tsar pour lui dire qu’ils pouvaient avoir des intérêts communs, faire partir des Juifs Russes en Palestine, le Bund organisait (après le pogrom de Kichinev) des milices d’autodéfense contre les pogromistes. Au début du XXe siècle, les sionistes sont absents de la lutte contre l’antisémitisme. Prenons l’affaire Dreyfus. Pour Herzl, ça a été un élément tout à fait déterminant prouvant la justesse du projet sioniste. Il y a pourtant une lecture diamétralement opposée de « l’Affaire ». D’abord, ça n’a pas été seulement le problème des Juifs. C’est devenu le problème central de la moitié de la société française, celle qui était attachée à la république et à la citoyenneté. Et puis le dénouement n’est pas négligeable. La réhabilitation finale de Dreyfus a montré que ce combat avait un sens et pouvait être gagné.
En 1917, c’est la déclaration Balfour. Il faut le savoir, ce Britannique, comme la grande majorité des politiciens de son époque, avait de solides préjugés contre les Juifs. Pour lui, un foyer Juif, c’était faire coup double pour l’empire britannique : une présence européenne au Proche-Orient et en même temps, l’Europe se débarrassait de ses Juifs.
Pendant les années du mandat britannique, les sionistes n’ont eu qu’une seule préoccupation : construire leur futur état. En 1933, quand les Juifs Américains décrètent un boycott contre l’Allemagne Nazi, Ben Gourion le rompt. Pendant la guerre, alors que l’extermination a commencé, il y a une grande incompréhension ou insensibilité parmi les Juifs établis en Palestine. Aujourd’hui, les Israéliens rappellent la visite (scandaleuse) du grand mufti de Jérusalem à Himmler. À la même époque, Itzhak Shamir, dirigeant du groupe Stern et futur premier Ministre israélien faisait assassiner des soldats britanniques. Pire, un de ses émissaires prenait contact avec le consulat Nazi d’Istanbul.
Dans l’Europe occupée, il y a eu une résistance juive assez importante. Les sionistes y ont joué un rôle plutôt marginal. Cette résistance a été essentiellement communiste, à l’image de la MOI2 en France. Il est significatif qu’au musée de Yad Vashem, on trouve l’Affiche Rouge », on y fait remarquer que la grande majorité des compagnons de Manouchian étaient juifs, mais on omet juste de dire qu’ils étaient communistes. Les sionistes rappellent que le commandant de l’insurrection du ghetto de Varsovie, Mordekhaï Anielewicz était membre de l’Hashomer Hatzaïr (donc sioniste), mais ils ont essayé de minimiser le rôle de Marek Edelman, qui a survécu et qui est toujours Bundiste et farouchement antisioniste.
Israël n’aurait pas existé sans le génocide Nazi. Après 1945, il y eu un consensus de la communauté internationale. Elle a lavé sa culpabilité concernant l’antisémitisme et le génocide pour favoriser la création d’Israël et aider militairement et économiquement le nouvel Etat. En Europe de l’Est, le pogrom de Kielce en Pologne (1946), l’élimination de nombreux dirigeants communistes juifs ayant fait la guerre d’Espagne et la résistance (Slansky, Rajk, Pauker …) ou le « complot des blouses blanches », bref le renouveau d’un antisémitisme d’Etat provoque chez les Juifs une rupture avec communisme et un ralliement progressif au sionisme. L’épisode antisémite en Europe du l’Est se prolongera avec la répression en Pologne de la révolte de 1968 qui aboutira à l’expulsion de plusieurs milliers de Juifs Polonais.
Après 1945, le Yiddishland a disparu et de nombreux rescapés vivent dans des camps en essayant d’émigrer vers l’Amérique ou d’autres pays. La plupart des portes se ferment. Il y a consensus pour les envoyer en Israël et la plupart y partiront, souvent contraints et forcés. Ils y seront pourtant fort mal accueillis. La propagande sioniste oppose l’Israélien nouveau fier de lui et qui se bat, aux victimes du génocide qui auraient accepté passivement l’extermination. Aujourd’hui près de la moitié des 250000 survivants du génocide vivant en Israël sont sous le seuil de pauvreté, en particulier ceux qui sont arrivés d’Union Soviétique.
Certains dignitaires religieux israéliens sont particulièrement odieux vis-à-vis des victimes du génocide. Entre deux propos racistes contre les Palestiniens, ils ressassent que le génocide a été une punition divine contre les Juifs qui s’étaient mal conduits.
C’est petit à petit qu’Israël a vu le parti à tirer du génocide. y a eu la création de Yad Vashem puis le procès Eichman. On en est arrivé au « devoir de mémoire » obligatoire. Sauf que cette mémoire » résulte d’une certaine manipulation de l’histoire et de l’identité. En ce qui concerne les Juifs du monde arabe, ce « devoir de mémoire » se substitue à leur véritable histoire, certes douloureuse  : ils ont dû quitter leurs pays avec la décolonisation alors qu’ils n’étaient pas des colonisateurs. Ils ont été en Algérie les victimes du décret Crémieux3. Mais cette histoire n’est en aucun cas celle du génocide.
Après la guerre, Israël a demandé et obtenu des « réparations  » économiques énormes publiques et privées à l’Allemagne de l’Ouest. Ces milliards de marks ont assuré le décollage économique et militaire d’Israël et la réinsertion de l’Allemagne dans la diplomatie internationale. Il serait plus hasardeux de dire ce que cette somme mirobolante a « réparé » dans les souffrances intimes ou le traumatisme.
Peut-on associer le souci d’aider les Juifs et le soutien à Israël ? Pas nécessairement du tout. Balfour était antisémite. Beaucoup d’antisémites trouvent intéressante l’idée d’un Etat Juif qui les débarrasserait de leur minorité encombrante. C’est le cas de certains membres du Front National. Aujourd’hui, le courant « chrétien sioniste  » qui représente des millions de personnes surtout aux Etats- Unis apporte une aide financière et politique énorme à Israël. Ils ont financé une partie de la colonisation (en particulier la construction de Maale Adoumim). Ce sont pourtant des antisémites !
Peut-on considérer que, face à l’antisémitisme, le sionisme a apporté un « havre de paix » aux Juifs ? Pour les Juifs du monde arabe, sûrement pas, ils n’ont pas été persécutés avant l’apparition du sionisme. Pour les Juifs européens, la question a pu se poser. En tout cas, aujourd’hui, s’il y a bien un pays où les Juifs ne connaissent pas la sécurité, c’est … Israël et il en sera ainsi tant que le sionisme essaiera de détruire la Palestine.

Si on parlait racisme ?

 

L’antisémitisme est-il un racisme comme les autres ? Y a-t-il « unicité » du « judéocide » Nazi ? Il n’est pas facile de répondre à ces questions. L’antisémitisme a été un racisme à part car la plupart du temps, les racistes ne programment pas l’extermination du peuple haï. S’y ajoute le fait que les Nazis ont inventé le concept (absurde) de « race juive ». Aujourd’hui, les principales victimes du racisme dans un pays comme la France sont incontestablement les Arabes, les Noirs, les Roms, mais pas les Juifs dont certains ont oublié les souffrances passées et s’imaginent même être passés « de l’autre côté du miroir », du côté de ceux qui n’ont rien à dire contre le racisme ordinaire ou la chasse aux sans papiers. Dans son livre « Le Mal-être Juif », Dominique Vidal montre comment la plupart des préjugés contre les Juifs ont reculé. Quand on demande aux Français s’ils accepteraient un-e président-e de la république ou un beau-fils/belle-fille juif/ve, seule une petite minorité répond non. Il y a 40 ans, c’était la majorité. Affirmer comme le fait le CRIF qu’il y a un renouveau de l’antisémitisme, voire qu’on est à la veille d’une « nouvelle nuit de cristal » est très exagéré.
Bien sûr, l’antisémitisme n’a pas disparu. Il reste essentiellement lié à l’extrême droite, mais même les antisémites les plus obsessionnels ne rêvent plus à un « remake » du génocide. Ils préfèrent nier ou minimiser son ampleur.
Et « l’unicité » du génocide ? Primo Levi parlait de « l’indicible ». Il est extrêmement rare dans l’Histoire de voir l’Etat le plus puissant du moment engager tous ses moyens pour exterminer des millions de personnes, même quand cela ne lui apporte rien en terme financier ou militaire. Parler de génocide n’a qu’un seul intérêt : analyser les causes, décrire le processus pour qu’il n’y ait « plus jamais cela », permettre aux rescapés et à leurs descendants de revivre. Or il y a eu d’autres génocides (Cambodge, Rwanda, Bosnie). Et il y a surtout eu des politiciens sans scrupules qui ont fait du génocide leur « fond de commerce » alors qu’ils n’ont aucun droit et aucun titre pour s’approprier cette mémoire. Il y a des « intellectuels  » français (BHL, Glucksmann, Finkelkraut, Lanzmann…) qui font croire qu’au Proche-Orient la victime est israélienne, éternel retour de la persécution millénaire.
Certains qui voient l’antisémitisme partout sont étrangement discrets pour condamner le racisme anti-arabe dans un Etat qui se dit Juif. Que dire du rabbin Ovadia Yossef, dirigeant du Shass pour qui les Palestiniens sont des serpents ou des propos du ministre Vilnaï promettant une « Shoah » aux habitants de Gaza enfermés dans un laboratoire à ciel ouvert ? Des transféristes Avigdor Liberman ou Raffi Eitam qui prônent tous les jours la déportation des Palestiniens ? Du rabbin Rosen, représentant des colons, qui déclare tranquillement « que les Palestiniens sont des Amalécites et que la Torah autorise qu’on les tue tous, leurs femmes, leurs enfants, leur bétail » ? Dans tout pays démocratique, de telles déclarations conduiraient leurs auteurs au tribunal. Mais Israël est une démocratie pour les Juifs. Pour les autres, c’est l’Apartheid, c’est une forme de sous citoyenneté incompatible avec le droit international. Il faudrait aussi parler du racisme des soutiens inconditionnels à Israël, par exemple quand Roger Cukierman a osé dire que Le Pen au deuxième tour, c’était un avertissement pour les musulmans.
En Israël, il y a une obsession de la démographie (que les Juifs soient plus nombreux que les Palestiniens). Du coup, sont considérés comme « Juifs » des dizaines de milliers de personnes qui n’ont rien à voir avec le judaïsme : des Ethiopiens chrétiens qu’on dit « cousins » des Falachas, des Amérindiens du Pérou convertis au judaïsme et installés dans des colonies mais surtout des ex-soviétiques qui ont quitté un pays en perdition. D’où l’existence de sites antisémites en Israël.

Quand sionisme et antisémitisme se nourrissent l’un l’autre.

  Le sionisme a besoin de la peur. Il a besoin d’une fuite en avant qui lui donnerait du temps pour consolider ses conquêtes. Il a besoin de slogans simplistes du genre « nous n’avons pas de partenaire pour la paix » ou « Le Hamas, le Hezbollah et l’Iran veulent détruire Israël » pour obtenir un consensus derrière la poursuite de son projet colonial et son refus de reconnaître les droits des Palestiniens. Inversement, celles et ceux qui soutiennent les Palestiniens (et encore plus les Juifs qui au nom de leur J se sont engagés dans ce combat) doivent avoir pour souci et pour but la « rupture du front intérieur » aussi bien en Israël que dans les « communautés juives organisées », c’est-à-dire la fin du soutien inconditionnel à une politique criminelle contre les Palestiniens (et suicidaire à terme pour les Israéliens). Vaste programme sans doute dont l’issue est hélas lointaine.
Il n’empêche : toute manifestation d’antisémitisme n’est pas seulement immorale, elle porte un coup grave à la cause palestinienne.
Ce n’est pas nouveau. L’antisémitisme des pays de l’Est a renforcé Israël en terme politique (le sionisme a remplacé le communisme comme idéologie des Juifs d’Europe Orientale) et en termes humains avec l’arrivée massive des Juifs soviétiques. De même, non seulement les principaux dirigeants des Pays Arabes se sont montrés bien peu solidaires des Palestiniens pendant la guerre de 48 ou celles qui ont suivi, mais leur complicité avec les sionistes dans l’émigration d’un million de Juifs du monde arabe a été un coup de poignard dans le dos de la cause palestinienne.

La guerre du Proche-Orient n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire. Elle porte sur des principes universels : l’égalité des droits, le refus du colonialisme. Ceux qui (comme les sionistes) mélangent sciemment juif, sioniste et israélien pour attribuer aux Juifs les tares du sionisme ne sont pas nos amis. Les Palestiniens l’ont parfaitement compris à l’image de Mahmoud Darwish, Edward Saïd et Elias Sanbar qui s’étaient opposés à un colloque négationniste organisé à Beyrouth par Roger Garaudy. Bien sûr, au nom de « l’antiisraélisme », pour reprendre un terme d’Edgar Morin, on trouve dans le monde arabe ou en Iran des gens qui diffusent le « Protocole des Sages de Sion » ou qui organisent des colloques révisionnistes comme celui de Téhéran. On trouve en France quelques rares personnes issues de l’immigration qui singent l’extrême droite en reprenant les stéréotypes antijuifs. Ces judéophobes confondent aussi juif et sioniste. Bien sûr, on ne peut pas nier que le sionisme ait « une part de l’héritage juif ». Une part seulement. Rappelons une anecdote : en 1948, Menachem Begin veut visiter les Etats-Unis. Les plus grands intellectuels Juifs américains avec en tête Hannah Arendt et Albert Einstein écrivent à Truman en lui disant que Begin est un terroriste et qu’il faut l’arrêter ou l’expulser. À l’époque, le judaïsme, c’est encore très majoritairement Arendt ou Einstein, ce n’est pas Begin. Les assassins Nazis s’en sont pris aux parias des shtetls4 ou à des gens comme Arendt ou Einstein, insupportables parce qu’universalistes. L’antisémitisme n’a pas frappé les tankistes israéliens.
Il existe en petite minorité dans les rangs de ceux qui soutiennent la Palestine des gens qui imaginent que puisque l’Etat d’Israël se justifie au nom du génocide, c’est que celui-ci n’a pas existé ou qu’on exagère beaucoup à propos des 6 millions de morts (En fait les dernières recherches historiques sur la « Shoah par balles » tendraient à dire le contraire, le nombre des morts est peut-être supérieur). Il y a des militants qui reprennent les élucubrations d’Israël Shamir, soviétique émigré en Israël qui a repris les délires antisémites sur les crimes rituels commis par les Juifs mais qui est totalement inconnu dans les rangs des anticolonialistes israéliens ou des militants palestiniens. Pour Shamir, le problème, ce n’est pas le sionisme, c’est le judaïsme.
Certains militants parfaitement honnêtes pensent qu’on doit laisser librement s’exprimer toutes les critiques contre Israël, y compris les critiques antisémites. Je pense que ces militants se trompent et que les antisémites ne sont pas seulement d’odieux racistes, ils renforcent aussi le sionisme qu’ils s’imaginent combattre. Ils alimentent le réflexe de peur qui est un carburant indispensable pour le sionisme. Lutter contre l’impunité d’Israël est une priorité qui est l’exact inverse d’une telle démarche : les sionistes veulent clore l’histoire juive. Ils prétendent qu’il n’existe qu’une seule voie, la leur. Ils prétendent représenter l’ensemble des Juifs, ils parlent en leur nom, ils ont le rêve fou de les faire tous « monter » vers Israël. Ils prétendent que toute critique d’Israël est forcément antisémite alors qu’au contraire leur politique provoque un nouvel antisémitisme. Cette politique remet en cause plusieurs siècles de lutte des Juifs pour l’égalité des droits et la citoyenneté. Les antisémites qui mélangent sciemment juif et sioniste vont exactement dans le même sens. Ces deux courants se nourrissent l’un l’autre.
Soutenir concrètement les Palestiniens et dénoncer inlassablement l’impunité d’Israël qui permet la fuite en avant criminelle doit donc s’accompagner d’une dénonciation du sionisme qui est un obstacle à la paix et d’une dénonciation de l’antisémitisme qui n’est pas seulement un racisme odieux (comme tous les racismes). Il renforce aussi ce qu’il prétend combattre.
Les militant-e-s ont aussi une tâche plus difficile à remplir : «  déconstruire » toutes les manipulations de la mémoire et de l’identité qui prolongent cette guerre.

Pierre Stambul

 

(1) « La Bible dévoilée » de I. Finkelstein et N.A. Silberman.
(2) Main d’oeuvre immigrée qui organisait les communistes étrangers.
(3) En 1870, le décret Crémieux accorde aux Juifs Algériens la nationalité française mais pas aux musulmans.
(4) Villages juifs d’Europe orientale systématiquement détruits pendant la guerre.

Texte paru dans :
l’Emancipation syndicale et pédagogique, n° 1-septembre 2008.
Contact : http://www.emancipation.fr/emancipa/

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Published by valenton rouge - dans France
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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:44

Alain Gresh 02

http://blog.mondediplo.net/2012-11-20-Liberer-les-Palestiniens-des-mensonges-de-Bernard

 

 

L’homme est entré à Gaza sur les tourelles d’un char israélien début 2009, lors de l’opération « Plomb durci ». Il n’a rien vu à Gaza, aucun crime, aucune violation du droit international. Pour justifier une opération qui a fait plus de 1 400 morts du côté palestinien (en majorité des civils), il a utilisé les mêmes arguments, les mêmes mensonges qu’invoquait l’armée française durant la guerre d’Algérie — ces arguments que défendaient le général Bigeard, à qui le gouvernement de gauche rend hommage ce 20 novembre, et certains intellectuels de l’époque (oui, il existait des intellectuels affirmant que la torture n’était pas pratiquée en Algérie).

J’avais, dans un précédent papier, appelé à libérer les Palestiniens des mensonges de Bernard-Henri Lévy. Il remet cela aujourd’hui, dans une de ses chroniques du Point (22 novembre), intitulée « Obscénités ».

« Remettons les choses en place. Tsahal a évacué Gaza, unilatéralement, sans conditions, en 2005, à l’initiative d’Ariel Sharon. Il n’y a plus, depuis cette date, de présence militaire israélienne sur ce territoire qui est, pour la première fois, sous contrôle palestinien. »

Premier mensonge. Gaza reste, pour les Nations unies, un territoire occupé. La seule différence, c’est que les geôliers sont hors de la prison, pas à l’intérieur. Mais ils ne soumettent pas seulement le territoire à un blocus, ils empêchent Gaza d’exporter ses productions agricoles et, comme le rappelle l’ONU, 35 % des terres cultivables et 85 % des eaux pour la pêche sont partiellement ou totalement inaccessibles aux Gazaouis en raison des restrictions israéliennes.

« Les gens qui l’administrent et qui, par parenthèse, ne sont pas arrivés par les urnes mais par la violence et au terme — juin 2007 — de plusieurs mois d’un affrontement sanglant avec d’autres Palestiniens, n’ont plus avec l’ancien occupant l’ombre d’un contentieux territorial du type de celui qu’avait, mettons, l’OLP de Yasser Arafat. »

S’il y a eu une guerre civile interpalestinienne, le Hamas a gagné des élections démocratiques en 2006, en Cisjordanie et à Gaza. Et que veut dire : les gens qui administrent (Gaza) n’ont pas de contentieux territorial avec Israël ? C’est à peu près le langage que tenaient les Américains pendant la guerre du Vietnam, lorsqu’ils disaient que le Nord-Vietnam n’avait aucun contentieux territorial.

L’enjeu, rappelons-le, est l’édification d’un Etat palestinien indépendant que le gouvernement israélien rejette.

« Des revendications d’un Arafat comme de celles, aujourd’hui, de Mahmoud Abbas, on pouvait estimer qu’elles étaient excessives, ou mal formulées, ou inacceptables  : au moins existaient-elles et laissaient-elles la possibilité d’un accord politique, d’un compromis, alors que, là, avec le Hamas, prévaut une haine nue, sans mots ni enjeux négociables — juste une pluie de roquettes et de missiles tirés selon une stratégie qui, parce qu’elle n’a plus d’autre but que la destruction de l’“entité sioniste”, est une stratégie de guerre totale. »

Excessives, les revendications d’un Mahmoud Abbas qui réclame 22 % de la Palestine historique ? Et, contrairement à ce que prétend notre « philosophe », il n’y aura aucun accord politique possible tant que les gouvernements israéliens rejetteront l’application du droit international et le retrait d’Israël de tous les territoires occupés. Quant à la position du Hamas, BHL la déforme totalement. S’agissant de la recherche d’une solution politique, le Hamas est bien plus modéré qu’Avigdor Lieberman, ministre des affaires étrangères israélien et militant d’extrême droite notoire. Paradoxalement, si Lieberman avait été élu dans un pays européen, BHL serait le premier à demander son boycott par les autorités françaises.

« Et quand Israël, enfin, s’avise de cela, quand ses dirigeants décident de rompre avec des mois de retenue où ils ont accepté ce qu’aucuns autres dirigeants au monde n’ont jamais eu à accepter, quand, constatant, de surcroît, dans l’effroi, que le rythme des bombardements est passé d’une moyenne de 700 tirs par an à presque 200 en quelques jours et que l’Iran a, par ailleurs, commencé de livrer à ses protégés des FAJR-5 pouvant frapper, non plus seulement le sud, mais le cœur même du pays, et jusqu’aux faubourgs de Tel-Aviv et Jérusalem, ils se résolvent à réagir — que croit-on qu’il se passe  ? »

Encore un mensonge. Comme en 2008, c’est le gouvernement israélien qui a rompu la trêve. Entre juin 2008 et novembre 2008, le cessez-le-feu régnait, et c’est l’assassinat par l’armée israélienne de militants palestiniens à l’intérieur de Gaza qui déboucha sur une escalade. La simple consultation des rapports hebdomadaires des Nations unies sur la situation à la frontière, en octobre-novembre 2012, montre que, à chaque fois, ce sont des assassinats ciblés israéliens qui ont entraîné l’engrenage de la violence.

« Le Conseil de sécurité des Nations unies, que l’on a rarement vu, ces derniers mois, si prompt à la détente, se réunit dans l’urgence pour débattre, non de l’éventuelle disproportion, mais du principe même de la légitime défense israélienne. Le ministre des Affaires étrangères britannique, à qui l’on ne souhaite pas de voir la partie sud de son pays sous le feu d’une organisation reprenant le sentier de la guerre terroriste, menace l’Etat hébreu de perdre, en faisant son travail de protection de ses citoyens, les maigres derniers soutiens qu’il a la bonté de lui reconnaître sur la scène internationale. »

« La responsable de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, commence par dédouaner le Hamas d’attaques fomentées pour partie, selon elle, par d’“autres groupes armés” et ne trouve à déplorer, dans le plus pur style tartufe du renvoi dos à dos des extrémistes-des-deux-bords, qu’une “escalade de la violence” où, comme dans la nuit hegelienne, toutes les vaches sont devenues grises »

Ces déclarations européennes ne doivent tromper personne. Tout le monde sait que, depuis des années, l’Union européenne développe des relations bilatérales avec Israël, indépendamment de l’action de ce pays dans les territoires occupés, indépendamment de la construction quotidienne de colonies, indépendamment de la violation régulière des droits humains.

« Le Parti communiste, en France, exige des “sanctions”. Les Verts, que l’on n’a guère entendus, ni sur la Syrie, ni sur la Libye, ni sur les centaines de milliers de morts des guerres oubliées d’Afrique ou du Caucase, clament que “l’impunité d’Israël doit cesser”. Des manifestants “pacifistes”, qui ne daignent pas, eux non plus, sortir de chez eux quand c’est Kadhafi ou Assad qui tuent, descendent soudain dans la rue — mais c’est pour dire leur solidarité avec le seul parti qui, en Palestine, refuse la solution des deux Etats, donc la paix. »

« Et je ne parle pas de ces experts ès conspiration qui, confortablement installés dans leur fauteuil d’éditorialiste ou de stratège en chambre, ne veulent voir dans cette histoire que la main démoniaque d’un Netanyahou trop heureux d’une nouvelle guerre qui va faciliter sa réélection. Je n’entrerai pas dans des comptes d’apothicaire remontrant à ces ignorants que tous les sondages, avant la crise, donnaient Netanyahou déjà largement gagnant. Je ne m’abaisserai pas à confier à des gens pour qui, de toute façon, quoi qu’il fasse, Israël est l’éternel coupable, ce qui, si j’étais israélien, me dissuaderait, moi, de voter pour la coalition sortante. »

Vous l’avez compris, BHL n’est pas confortablement installé dans son fauteuil, et si l’armée israélienne envahit Gaza, nul doute qu’on le verra sur un char israélien. Quant à la dimension électorale de l’action, elle est évidente, même si elle n’est pas la seule dimension de cette intervention. Car, contrairement à ce qu’écrit notre « philosophe », l’avance de Nétanyahou ne l’assurait pas du tout de la victoire. Quant au vote de BHL, il irait sans doute à l’opposition, celle qu’incarnent M. Olmert et Mme Livni, ceux-là mêmes qui ont mené la guerre de 2006 contre le Liban et de 2008-2009 contre Gaza, avec l’appui, rappelons-le, du mouvement La Paix maintenant.

« Et quant à rappeler à ces petits malins que, s’il y a une manœuvre, une seule, aux sources de cette nouvelle tragédie, c’est celle d’un establishment Hamas qui est prêt à toutes les surenchères et toutes les fuites en avant, et qui est décidé, en réalité, à lutter jusqu’à la dernière goutte de sang du dernier Palestinien plutôt que d’avoir à rendre le pouvoir, ainsi que les avantages qui vont avec, à ses ennemis jurés du Fatah — à quoi bon  ? »

Le plus étonnant, c’est que, comme le reconnaissent divers journalistes israéliens bien plus courageux que BHL, le Hamas tente, depuis cinq ans, de faire appliquer le cessez-le-feu, mais il fait face à des groupes radicaux qui se nourrissent du désespoir palestinien (et qui sont armés, entre autres, avec du matériel issu des arsenaux libyens que plus personne ne contrôle).

« Face à ce concert de cynisme et de mauvaise foi, face à ce deux poids deux mesures qui fait qu’un mort arabe n’est digne d’intérêt que si l’on peut incriminer Israël, face à cette inversion des valeurs qui transforme l’agresseur en agressé et le terroriste en résistant, face à ce tour de passe-passe qui voit les Indignés de tous pays héroïser une nomenklatura brutale et corrompue, impitoyable avec les faibles, les femmes, les minorités et enrôlant ses propres enfants dans des bataillons de petits esclaves envoyés creuser les tunnels par où transiteront les douteux trafics qui vont les enrichir encore, face à cette méconnaissance crasse, en un mot, de la nature réelle d’un mouvement dont “Les protocoles des sages de Sion” sont un des textes constitutifs et que son chef, Khaled Mechaal, dirigeait jusque récemment depuis une confortable résidence à Damas, il n’y a qu’un mot  : obscénité. »

« Obscénité » : BHL fait sans doute référence à ses propres « arguments » pour justifier l’injustifiable.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:39

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http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2012/11/21/cinq-questions-apres-la-chute-de-goma/

 

 

Symboliquement, que représente la chute de Goma ?


Une humiliation pour plusieurs acteurs, vvoilà ce que signifie la prise de Goma. En premier lieu pour l’armée congolaise, car même si plusieurs bataillons se sont bien comportés et ont remporté des succès initiaux, la logistique n’a pas suivi, les ordres ont été contradictoires. D’où le soupçon de trahison à l’encontre de la hiérarchie. Humiliation aussi pour le pouvoir de Kinshasa, qui avait refusé avec hauteur toute négociation avec les rebelles, mais sans avoir réellement les moyens d’une solution militaire.

Humiliation surtout pour la force onusienne, la plus importante et la plus coûteuse jamais déployée, rendue incapable, faute d’un mandat suffisant, de faire face à quelques milliers de rebelles tout comme elle se montre incapable de protéger les femmes victimes de violences sexuelles. La France, en urgence, a proposé de modifier le mandat de la Monusco. Mais est il encore temps ?

Humiliation enfin pour la « communauté internationale » A la veille d’une réunion du « comité des sanctions » de l’ONU, elle s’avère incapable de faire exécuter les mandats d’arrêt de la justice internationale contre les chefs de guerre, incapable de mettre en œuvre des sanctions dissuasives, incapable de faire respecter la souveraineté et les frontières d’un Etat membre, le Congo, incapable de proposer une solution de longue durée.

Humiliation aussi pour la diplomatie belge, tenue pour partie négligeable.

Quelles seront les conséquences de cette défaite militaire ?

Une vague d’indignation et de colère traverse toute la RDC : des locaux de la Monusco ont été attaqués à Kisangani et pourraient l’être à Bukavu, dans tout le pays les étudiants se mobilisent pour manifester dans les jours à venir. Les Congolais se sentent trahis par la communauté internationale mais leur colère se dirige aussi vers Kinshasa. L’opposition, au lieu de privilégier l’unité nationale face au danger de balkanisation du pays, préfère attaquer le chef de l’Etat ; certains de ses représentants ont eu des contacts avec les rebelles. Vital Kamerhe, qui démissionna à la suite des accords de 2009 avec le Rwanda prône aujourd’hui la négociation. Le président Kabila, qui avait réussi à organiser le sommet de la francophonie dans de bonnes conditions, ainsi que le Premier Ministre Matata Mponyo, artisan d’une embellie économique, sortent affaiblis de la crise actuelle : « actionnés » par les rebelles et leurs alliés, de multiples groupes armés se réveillent au Kivu mais aussi au Kasaï et ailleurs, confortant l’image du « chaos congolais » que Kigali s’emploie à promouvoir pour occulter sa propre responsabilité. En outre, la politique de « brassage » et d’intégration de groupes rebelles ayant permis l’infiltration de l’armée jusqu’au plus haut niveau, les militaires sont hantés par le soupçon de trahison, qui s’ajoute à la maladie

chronique – et nationale – de la corruption. Si Kinshasa refuse de négocier, les rebelles pourraient pousser jusqu’à Bukavu et on pourrait assister à une tentative de changement de régime à Kinshasa, le chef de l’Etat ayant déjà échappé à plusieurs tentatives d’assassinat.

Que veulent les rebelles du M23 et leurs alliés rwandais ?

Les revendications initiales des mutins étaient assez simples : ils exigeaient que soient respectés les accords conclus entre Kinshasa et Kigali le 23 mars 2009 prévoyant leur intégration dans l’armée congolaise, des promotions en grade, de meilleurs salaires. En réalité, un certain nombre d’officiers et de militaires issus des anciennes rébellions soutenues par le Rwanda refusèrent leur affectation dans d’autres provinces du Congo. Ils souhaitaient maintenir dans l’Est du pays une sorte d’« armée dans l’armée » et une administration parallèle garante des intérêts sécuritaires et surtout économiques du Rwanda et de certains de ses alliés Tutsis congolais. Après quelques revers, les rebelles, soutenus de l’extérieur, ont haussé le niveau de leurs exigences : ils affirment vouloir lutter contre la corruption, exigent des négociations avec Kinshasa qui incluraient l’opposition politique, la société civile et la diaspora. Ils ne dissimulent plus leur ambition de vouloir renverser le président Kabila et comptent sur le soutien de divers alliés au sein de la classe politique, comme l’ex député Roger Lumbala aujourd’hui réfugié en France. Prônant un changement de régime, ils estiment pouvoir capitaliser sur les faiblesses du pouvoir : des élections contestées, l’affaire Chebeya, les lenteurs de la réforme de la Commission électorale, l’affairisme au sommet de l’Etat, le mécontentement suscité par la politique de rigueur du Premier Ministre. La guerre a aussi bloqué l’arrestation de Bosco Ntaganda et autres criminels.

Comment expliquer l’implication du Rwanda ?

L’implication du Rwanda au Nord et au Sud-Kivu a été longtemps justifiée par des raisons sécuritaires : empêcher les incursions des miliciens hutus et le retour de l’idéologie du génocide, protéger les « cousins » Tutsis congolais. Aujourd’hui les forces hutues (moins de 2.000 hommes) ne représentent plus une menace, les Banyamulenge du Sud-Kivu sont fidèles à Kinshasa. Mais Kigali, sans l’exprimer ouvertement, souhaite que l’Est du Kivu demeure une zone de « souveraineté partagée » et veut pouvoir compter sur une « armée dans l’armée » et sur des alliés politiques locaux. Au cœur de cette ambition, la sécurité, mais surtout l ’économie : le Rwanda fonde son expansion et son rôle au sein de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est (Comesa) sur le fait d’être un « hub » aérien et une plaque tournante pour l’exportation des minerais extraits au Congo (coltan, cassitérite, terres niobium, etc.) La découverte de gisements pétroliers a aiguisé les appétits : la société britannique SOCO (qui a des bureaux à Kigali) a entrepris des prospections pétrolières dans le parc des Virunga au Nord-Kivu. Quant au gisement de pétrole découvert sous le lac Albert, son exploitation devrait être partagée entre l’Ouganda (qui va se doter d’une raffinerie) et le Congo. Mais la nappe se prolongeant jusque Rutshuru, aux mains des rebelles, le Rwanda,

via ses alliés du M23, pourrait revendiquer de prendre sa part du pactole.

Quels sont les scénarios de sortie de crise ? Sous les auspices de la Conférence internationale sur la sécurité dans les grands lacs qui se tient à Kampala, une négociation a déjà commencé de facto, les présidents Kabila et Kagame étant appelés à se rencontrer. S’il veut enrayer une descente des rebelles sur Bukavu, le président congolais devra peut-être lâcher du lest. Mais des concessions le fragiliseront plus encore et il n’est pas certain que le scénario d’un changement de régime puisse être enrayé. Quant à la « communauté internationale » en dépit des pressions britanniques et américaines qui lissent toute résolution onusienne épinglant le Rwanda, elle pourrait, à l’initiative de la France, modifier le mandat de la Monusco, le rendre plus offensif afin d’imposer au Kivu le maintien de l’autorité légale. Des sanctions à l’encontre des soutiens du M23 pourraient être décidées, mais il n’est pas sûr qu’elles fassent fléchir Kigali, qui persiste à nier toute implication. La « force neutre » censée se déployer sur la frontière entre le Rwanda et le Congo, faute de financements et de contributeurs volontaires, n’a jamais été autre chose qu’un concept opérationnel. Seule une « force non neutre », c’est-à-dire offensive, à laquelle participeraient des pays « amis » du Congo, (des Etats d’Afrique australe ont été pressentis) pourrai faire basculer le rapport de forces, imposer le rétablissement de la souveraineté congolaise et restaurer la légalité. Mais les Etats n’ont que des intérêts, et guère d’amis.

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