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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 19:59

 

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Les scandales passent, les ministres restent. Mais Christian Blanc, Fadela Amara, Christian Estrosi ou encore Frédéric Mitterrand auraient-ils sauvé leur tête s'ils avaient siégé dans un gouvernement allemand, anglais ou américain ? Nouvelobs.com a posé la question à des journalistes étrangers.

I

Nos ministres ont beaucoup de chance d'être français. Car nombre d'entre eux seraient aujourd'hui au chômage, pour cause de scandale, s'ils avaient exercé des responsabilités dans les pays anglo-saxons et en Allemagne. Nouvelobs.com a interrogé des correspondants de ces pays de tradition protestante, où le rapport à la morale est réputé plus rigoureux. Et leur verdict est sans appel : chez eux, Christian Blanc, Fadela Amara, Christian Estrosi ou autres Frédéric Mitterrand auraient plié bagage.

 

C'est un peu comme si les passe-droits des élus faisaient partie de l'identité nationale française... A commencer par l'utilisation abusive des logements de fonction. "On n'a jamais vu ça en Allemagne", commente Stefan Simons, chef du bureau parisien du Spiegel. Ici en France, la presse ne s'est pas attardée sur Fadela Amara ni sur Christian Estrosi, qui n'habitent pas leur logement de fonction mais en font profiter leur famille. "Aux Etats-Unis, ce serait un grand scandale", commente l'essayiste Ted Stanger. "Chez nous, le logement de fonction n'existe tout simplement pas", assène Manon Globensky, correspondante de Radio Canada.

 

 

Les cigares de la démission

Un ministre qui profite ainsi de sa position pourrait-il rester en poste ? "Juridiquement, oui. Mais politiquement, non", considère Gero Von Randow, correspondant de l'hebdomadaire Die Zeit. "En Allemagne, les scandales sont réglés de façon beaucoup plus rapide qu'en France. Dès lors qu'il y a enrichissement privé, c'est toujours la démission. C'est arrivé par exemple lorsqu'un ministre a utilisé sa voiture de fonction à titre privé, durant ses vacances."

Que dire alors de Christian Blanc, qui s'est fait offrir par l'Etat 12.000 euros de cigares en dix mois ? "C'est assurément un cas de démission!", poursuit Gero Von Randow. "En cas de scandale, les ministres démissionnent assez tôt, pour éviter que l'opprobre ne s'étende à l'ensemble du gouvernement." Et de rappeler que Cem Özdemir (du parti Les Verts) a dû quitter le Bundestag, seulement pour avoir utilisé à titre personnel les "Miles" amassés lors de ses déplacements d'élu. En France, on est loin d'une telle rigueur. Christian Blanc serait également en très mauvaise position s'il était britannique. "C'est bien simple, il serait au chômage. C'est absolument sûr !", insiste Charles Bremner, correspondant du Times. "Il y a eu au Royaume-Uni une série de scandales au sujet des frais parlementaires. Les élus concernés ont dû se retirer, même quand ils étaient mis en cause pour des sommes mineures."

 

"La vie politique de Christine Boutin serait terminée"


Le cumul de la retraite de parlementaire avec un salaire de ministre surprend les correspondants étrangers. "Au Canada, cela ne viendrait à l'idée de personne", selon Manon Globensky. Même point de vue en Allemagne. "Si un scandale éclatait comme pour Christine Boutin, la pression serait tellement forte que cela se traduirait normalement par une démission", commente Gero Von Randow. "En revanche, pour le cumul des rémunérations des ministres, difficile de savoir ce qui se produirait, dans la mesure où c'est tout de même légal."

"Aux Etats-Unis, la vie politique de Christine Boutin serait terminée. Mais en France, l'opposition y va mollo, parce qu'elle sait bien qu'elle aussi, elle est exposée à des scandales", souligne Ted Stanger. Cette affaire est selon lui très révélatrice. "Le pacte social entre les élus et les électeurs n'est pas le même. Les puissants profitent du système, tout en laissant aux 'petits' une part du magot: travail au noir, allocations chômage, RMI, financement des syndicats…"

"En France, il y a une tradition de privilèges", renchérit le Britannique Charles Bremner. "Le roi, les princes et les barons sont connus pour leurs excès. Chacun profite du train de vie de l'Etat: élus, préfets, directeurs de cabinets… Il n'y a qu'à compter le nombre de véhicules de fonction ! On retrouve le parfum d'une République bananière. Cela me fait aussi penser à la Nomenklatura dans l'ex-URSS. De tradition protestante, les britanniques font davantage le lien entre les dépenses publiques et l'impôt." Charles Bremner estime cependant que le rapport des Français à la morale publique est en train de changer, avec la mise en examen de Jacques Chirac et la suppression des fonds spéciaux, en 2001, par Lionel Jospin.

 

"Mitterrand n'aurait jamais pu être nommé ministre"


Frédéric Mitterrand, lui, n'est pas soupçonné de profiter de sa fonction. Le ministre de la Culture a fait la une des journaux pour avoir raconté son expérience de touriste sexuel en Asie du Sud-Est, avec de jeunes garçons. "C'est bien simple, aux Etats-Unis, Frédéric Mitterrand n'aurait jamais pu être nommé ministre", estime Ted Stanger, "même Néron aurait évité de le prendre au gouvernement !" Le Britannique Charles Bremner est à l'unisson : "Mitterrand n'aurait jamais pu être nommé ministre, c'est complètement impensable." Au Canada, où l'on évite de parler de la vie privée des élus, Manon Globensky rappelle tout de même qu'un ministre a été contraint de démissionner pour avoir oublié des dossiers confidentiels chez sa maîtresse…

La petite phrase raciste de Brice Hortefeux est moins grave, selon les correspondants étrangers. "Il y a au Royaume-Uni une moindre sensibilité au politiquement correct. Ce genre de propos aurait été extrêmement gênant, mais le ministre n'aurait sans doute pas été obligé de démissionner", considère Charles Bremner. Côté allemand, on estime que le ministre serait affaibli politiquement, mais pas condamné par la justice. Et aux Etats-Unis ? Ted Stanger affirme que "les dérapages verbaux donnent lieu à une grosse campagne de presse, mais sont rarement une cause suffisante pour une démission. Cela se termine plutôt par des excuses publiques".

 

 

Jean Sarkozy ou l'esprit monarchique


L'affaire de la désignation -avortée- de Jean Sarkozy à la tête de l'Epad ne vaut pas non plus un carton rouge. "Kennedy a nommé son propre frère à la Justice, ce qui montre que le favoritisme en famille existe aussi aux Etats-Unis", rappelle Ted Stanger, "mais ce qui m'a frappé dans le cas de Jean Sarkozy, c'est le ridicule de vouloir nommer un jeune étudiant." L'affaire serait en tout cas symptomatique des mœurs politiques françaises, à en croire Charles Bremner: "L'histoire de l'Epad est très révélatrice de l'esprit monarchique de Nicolas Sarkozy et de la Ve République en général. Pistonner un membre de sa famille pour qu'il atteigne le sommet d'un établissement public, c'est totalement impensable au Royaume-Uni."

 

Karachi, nouveau Watergate ?


L'affaire la plus embarrassante concerne finalement le président de la République lui-même, avec l'attentat de Karachi : la justice explore la piste de rétrocommissions à des fins de financement politique. "Au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy serait mort !", s'avance Charles Bremner, "ce serait un énorme scandale qui resterait à la une de la presse pendant des semaines et des semaines. Le président Nixon a démissionné pour avoir fait espionner ses adversaires démocrates. Ce n'est rien à côté d'une affaire qui a indirectement provoqué la mort."

Et dans ces pays, Nicolas Sarkozy ne serait pas protégé par l'immunité présidentielle. "Le Chancelier allemand n'est pas au dessus des lois. Il pourrait par exemple être convoqué comme témoin", relève Gero Von Randow. "Si Barack Obama était mis en cause dans une affaire de financement occulte, ce serait extrêmement dangereux pour lui", souligne Ted Stanger. "Un procureur serait nommé, et si l'enquête établissait que les soupçons sont fondés, le président ferait face à une procédure d'impeachment."

 

Baptiste Legrand - Nouvelobs.com

 

Des scandales à répétition

 

Nicolas Sarkozy : en Allemagne ou aux Etats-Unis, il aurait la justice sur le dos

- Karachi : Le nom du président apparaît dans une enquête sur un attentat terroriste, qui pourrait être lié à un système de rétrocommission et de financement de campagne politique. > Lire

- Epad : Le fils du président de la République, Jean Sarkozy, alors âgé de 24 ans, se porte candidat pour diriger une structure générant un chiffre d'affaire d'un milliard d'euro. Il renonce à la présidence, mais est tout de même élu administrateur. > Lire

 

Christian Blanc : en Allemagne, aux Etats-Unis, au Canada ou au Royaume-Uni, il aurait dû démissionner

- Le secrétaire d'Etat au Développement de la région-capitale s'est fait offrir par l'Etat 12.000 euros de cigares en dix mois et en a remboursé 3.500 euros le 10 juin, selon le Canard enchaîné. > Lire

 

Christian Estrosi : en Allemagne, aux Etats-Unis, au Canada ou au Royaume-Uni, il aurait dû démissionner

- Le ministre de l'Industrie occupe deux logements aux frais de l'Etat : un logement de fonction parisien qui profite à sa fille étudiante, et un appartement à Bercy qui est "mis à la disposition" du ministre. > Lire

 

Fadela Amara : en Allemagne, aux Etats-Unis, au Canada ou au Royaume-Uni, elle aurait dû démissionner

- La secrétaire d'Etat à la Ville héberge occasionnellement des proches dans l'appartement de fonction qui lui est réservé mais qu'elle n'habite pas. > Lire

 

Frédéric Mitterrand : il ne serait jamais entré dans un gouvernement britannique ou américain

- Le ministre de la Culture fait face à une polémique au sujet de son livre "La Mauvaise vie" (Robert Laffont), dans lequel il raconte son expérience de touriste sexuel en Thaïlande avec de jeunes hommes. > Lire

 

Brice Hortefeux : des excuses auraient suffi

- Le ministre de l'intérieur a été condamné par la justice pour injure raciale. Il avait lancé publiquement, au sujet d'un jeune militant d'origine arabe : "Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes". > Lire

 

Et parmi les autres polémiques…

 

Les ministres "retraités"

- Après la polémique sur la rémunération de Christine Boutin, le Premier ministre demande aux membres du gouvernement de renoncer au cumul entre leur rémunération de ministre et leur retraite de parlementaire. La mesure vise Roselyne Bachelot (Santé), Michèle Alliot-Marie (Justice), Henri de Raincourt (Relations avec le Parlement), Patrick Devedjian (Relance), Michel Mercier (Espace rural), Jean-Marie Bockel (secrétaire d'Etat à la Justice), qui étaient en situation de cumul.

 

Rama Yade

- La secrétaire d'Etat aux Sports est épinglée pour avoir critiqué le "clinquant" de l'hôtel des Bleus en Afrique du Sud, alors que l'hôtel qui lui était réservé coûtait plus cher encore. > Lire

 

Eric Besson

- Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale est pris en flagrant délit de mensonge: il répète que "le délit de solidarité n'existe pas" alors que le Gisti apporte la preuve du contraire. > Lire

 

Bernard Kouchner

- Le livre de Pierre Péan "Le Monde selon K" (Fayard) révèle que le ministre des Affaires étrangères a exercé des activités de conseil auprès de dictatures africaines, dans le secteur de la santé. > Lire

- Sa compagne Christine Ockrent est nommée à la direction de l'audiovisuel public extérieur. > Lire

 

(BL - Nouvelobs.com)

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 19:44

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Dans les coulisses de la diplomatie

 

La remise par Israël de deux messages au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et au représentant du Mexique (qui préside actuellement le Conseil de sécurité) sur son intention d’empêcher les deux navires en partance du Liban d’accoster à Gaza est une première diplomatique. Israël n’avait pas agi de cette façon avec la « flottille de la liberté », qui avait pourtant largement annoncé son intention d’apporter des aides humanitaires aux habitants de Gaza et de forcer ainsi le blocus imposé à ce territoire.

La représentante d’Israël aux Nations unies a donc communiqué l’intention d’Israël d’empêcher par tous les moyens les navires libanais d’arriver jusqu’au port de Gaza. Les responsables onusiens ont ensuite transmis au Liban une copie des messages israéliens. Des sources diplomatiques libanaises estiment que la transmission de ces messages israéliens aux autorités libanaises vise à pousser ces dernières à empêcher les navires de prendre le large à partir des côtes libanaises. Par cette manœuvre, Israël viserait à provoquer un conflit entre les autorités gouvernementales et sécuritaires libanaises d’une part et les organisateurs du voyage de ces deux navires de l’autre. Israël explique d’ailleurs dans les deux messages adressés aux responsables onusiens comment le secrétaire général du Hezbollah a poussé les Libanais à organiser de nouvelles « flottilles de la liberté » dans le discours qu’il a prononcé le 8 juin, même si le Hezbollah a par la suite annoncé qu’il n’avait rien à voir dans l’organisation du voyage des deux navires vers Gaza.

Les sources diplomatiques libanaises ajoutent qu’à travers ces deux messages, Israël réserve un traitement particulier au Liban. Ce qui prouve combien l’État hébreu craint les agissements de la Résistance, en dépit de sa propre puissance militaire et technologique. Israël ne voudrait donc pas devoir affronter militairement les militants libanais, pour éviter, entre autres, une réaction du Hezbollah.

Ces mêmes sources affirment que les autorités libanaises sont conscientes de la gravité de la situation et qu’elles font le rapprochement entre les menaces contenues dans les messages israéliens et les informations relayées par Paris faisant état d’une décision israélienne de lancer une nouvelle guerre contre le Liban. Beyrouth considèrerait ainsi que le départ des deux navires libanais pourrait constituer l’étincelle qui enflammerait le front entre Israël et le Liban et déclencherait cette nouvelle guerre, d’autant qu’au cours de son dernier entretien avec le Premier ministre israélien, le président français Nicolas Sarkozy aurait demandé à son interlocuteur de l’informer à l’avance du déclenchement des hostilités pour protéger la Finul, qui comporte un important contingent français, et pour éviter que les soldats de l’ONU ne soient contraints à tirer pour se défendre...

 

 

Par Khalil FLEYHANE | 21/06/2010

http://www.lorientlejour.com/catego...

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 19:37

 

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PORT-AU-PRINCE, Haïti - Peu de progrès ont été réalisés dans la reconstruction en Haïti depuis le tremblement de terre à cause de l'absence de leadership, des mésententes entre les donateurs et une désorganisation générale, selon un rapport du Sénat américain.

Ce rapport de huit pages, dont Associated Press a obtenu copie, se veut un portrait de la situation en Haïti alors que les législateurs américains envisagent d'autoriser une aide de 2 milliards $ pour la reconstruction du pays.

La situation n'est toujours pas rose: des millions de déplacés, des ruines et des immeubles effondrés continuent de dominer la paysage. À trois semaines de la saison des ouragans, alors que les pluies tropicales s'abattront quotidiennement sur le pays, des projets de construction ne peuvent être commencés à cause de disputes de terrains et des délais de douane. Le programme pour donner un logement à la population vivant dans des tentes n'est qu'au stade du brouillon, peut-on lire dans le rapport.

Le rapport a été écrit par l'ancien candidat à la présidentielle américaine, le sénateur du Massachusetts John Kerry, qui est également le président du comité sénatorial sur les relations extérieures et des démocrates qui ont interviewé des Américains, des Haïtiens et des employés des Nations unies tout en visitant des camps de réinstallation, des hôpitaux et des écoles dans la zone sinistrée.

Le rapport est critique envers le gouvernement du président René Préval et du premier ministre Jean-Max Bellerive, affirmant «qu'il ne communique pas de façon efficace aux Haïtiens qu'il est près à mener les efforts de reconstruction». Les auteurs du rapport souhaitent que M. Préval joue un «rôle plus visible et plus actif, malgré les difficultés».

M. Bellerive a réagi aux critiques en disant que les autorités travaillaient durement en coulisse pour s'assurer que la reconstruction ne se fasse sur des terrains insalubres. Selon lui, prendre quatre mois pour établir un programme de reconstruction est assez acceptable.

Il a ajouté qu'il était injuste d'être pointé du doigt par des élus américains alors que le Sénat n'a toujours pas approuvé l'aide promise par la Secrétaire d'État Hillary Rodham Clinton, lors de la conférence des pays donateurs.

Seulement 2 pour cent du 5,3 milliards $ promis ont été envoyés en Haïti.

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 19:27

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A force de cadeaux fiscaux, d’absence de régulation et de laxisme environnemental, les conservateurs au pouvoir en Alberta ont transformé, avec l’aide d’Ottawa, le nord de la province en un supermarché du pétrole sale au profit des multinationales et du voisin américain. La forêt boréale est sacrifiée, tout comme les premières nations de la région.

Par Emmanuel Raoul

Une seule « route de glace », ouverte de la mi-décembre à la mi-mars, traverse cinq rivières gelées et conduit à Fort Chipewyan, à 700 kilomètres au nord d’Edmonton, la capitale de l’Alberta. En dehors de l’hiver, il faut faire le voyage à bord d’un petit avion pour rejoindre cette province de l’ouest du Canada. Comptoir de traite de la fourrure fondé en 1788, « Fort Chip » fut la première colonie britannique en Alberta. Malgré sa vue imprenable sur le lac Athabasca et ses îles boisées, l’unique hôtel est à vendre depuis des années — le tourisme n’a jamais décollé. Les journalistes qui viennent jusqu’ici le font rarement pour la beauté ou l’intérêt historique du site, mais pour le taux alarmant de cancers : 30 % de plus que la moyenne provinciale (1). Pour beaucoup, le suspect numéro un se trouve à 230 kilomètres en amont, là où la rivière Athabasca serpente au milieu d’immenses mines à ciel ouvert et de 130 kilomètres carrés de bassins de décantation de l’industrie pétrolière.

Ici se joue en effet la plus grande ruée vers l’or noir de l’ère moderne : plus de 170 milliards de barils, soit la deuxième réserve mondiale, sont enfouis sous la forêt boréale, sur une superficie équivalant au quart de la France. L’extraction et la transformation de ces sables bitumineux (2) nécessitent des quantités indécentes d’eau (cinq barils pour un de pétrole) et provoquent des dommages irréparables à l’environnement.

« Il y a cinquante ans, si une ou deux personnes de la communauté mouraient dans l’année, c’était beaucoup. En 2009, durant le seul mois d’avril, nous en avons enterré sept. Que se passe-t-il ici ? » Tout en grattant des billets de loterie, M. Alec Bruno ajoute avec fatalisme : « D’ici quelques décennies, je ne vois pas ce qu’il restera pour les jeunes générations. Nous sommes un peuple qui vit de la terre, et tout cela est en train de disparaître. » Il range les tickets ; le gros lot sera pour une autre fois. Cet « ancien » des Amérindiens Chipewyan Athabasca (3) siège, sans illusion, dans les comités consultatifs mis en place par les compagnies pétrolières : « Elles ont déjà les autorisations avant de venir nous voir ! On ne peut pas les arrêter, on essaye juste de leur faire modifier leurs pratiques pour limiter les atteintes à l’environnement et minimiser les risques pour nous qui vivons en aval. »

Il y a une dizaine d’années, les habitants de Fort Chipewyan ont commencé à pêcher des poissons difformes au goût de pétrole. Puis le médecin local a été confronté à plusieurs cas d’un cancer rare des voies biliaires dont l’incidence est, normalement, de 1 sur 100 000. Or il y a ici à peine un millier d’habitants. Au printemps 2006, le Dr John O’Connor s’interroge publiquement sur la responsabilité de l’industrie pétrolière. Mal lui en prend. Santé Canada, l’administration fédérale, le poursuit pour « attitude non professionnelle » causant « une inquiétude injustifiée ». Meurtri par ces attaques, il quitte la région en 2007.

Après des années de déni, les services sanitaires de l’Alberta reconnaissent, au début de 2009, un taux de cancers élevé, mais tempèrent ces résultats « fondés sur un petit nombre de cas (51 observés sur 39 attendus) » et concluent : « Il n’y a pas de raison de s’alarmer (4). » L’étude ne se prononce pas sur l’origine de la maladie, peut-être due « au hasard, à une meilleure détection ou à des changements dans le mode de vie ou l’environnement ». Officiellement disculpé, le Dr O’Connor regagne la région en novembre 2009 : « J’avais atteint mon objectif en attirant l’attention que “Fort Chip” réclamait depuis des années. Je ne dis pas que les sables bitumineux sont à l’origine des cancers, je pose la question. »

Les cancers étant plurifactoriels, il est quasi impossible de déterminer une cause unique. « Il faut plutôt se demander si les niveaux de toxines dans l’air, l’eau, les poissons et les animaux sont élevés au point d’avoir un impact sur la santé »,5). explique le Dr Kevin Timoney. Chargé par la communauté de « Fort Chip » d’étudier la pollution, il a trouvé dix à cinquante fois plus de mercure que la normale dans certains poissons, et bien plus d’hydrocarbures en aval des mines qu’en amont (

« Je me suis dit :
“C’est ton travail qui les tue !” »

Les autorités s’en tiennent à un argument : la présence d’hydrocarbures et de mercure dans la rivière est d’origine naturelle, les sables bitumineux affleurant les bancs par endroits. C’est ce qu’a voulu vérifier une équipe de chercheurs renommés. Le 6 décembre 2009, ils se sont rendus à Fort Chipewyan pour y révéler leurs conclusions : par ses rejets de composés aromatiques polycycliques (CAP) (6) dans l’atmosphère, l’industrie cause l’équivalent d’une marée noire chaque année (7) ! Dans un rayon de 50 kilomètres autour des usines de valorisation — où le bitume est extrait du sable, puis transformé en pétrole lourd, étape obligatoire avant le raffinage —, on trouve du bitume pur dans la neige. Dans l’Athabasca et ses affluents, la concentration en CAP est de dix à cinquante fois supérieure à la norme et pourrait expliquer les malformations des poissons. Femmes enceintes et enfants se sont vu recommander de n’en manger qu’une fois par semaine. Or l’alimentation traditionnelle amérindienne repose sur la pêche et sur la chasse.

« Ces formes rares de cancer, c’est comme une guerre bactériologique », assène M. Mike Mercredi, un bonnet à l’effigie du « Che » sur le crâne. « En laissant la maladie tuer mon peuple, on pratique une sorte de génocide. » Au mur, une affiche clame son credo : « We resist colonization » (« Nous résistons à la colonisation »). Dès la fin du lycée, M. Mercredi a travaillé dans les mines, conduisant les plus gros camions du monde pour 5 000 dollars canadiens (3 500 euros) mensuels (8). « Lorsque ma tante, mon oncle, puis un ami de 27 ans sont partis à cause de cancers, je me suis dit : “C’est ton travail qui les tue !” Je suis descendu de mon camion et j’ai démissionné. » En février 2007, sa tribu athabasca chipewyan l’a embauché : « L’idée était qu’un jour il n’y aurait plus de vie possible ici. Je devais donc recueillir le savoir traditionnel des anciens pour montrer aux futures générations comment était la vie avant le développement industriel. Puis je me suis dit : “Que faire pour empêcher la destruction de mon peuple et de cette terre ? L’exploitation des sables bitumineux doit cesser !” » Depuis, M. Mercredi martèle ce message lors de conférences à travers le pays.

S’il donne de la voix, sa tribu a choisi la loi, poursuivant l’Alberta pour l’attribution de baux encerclant un cimetière traditionnel. « Le gouvernement a le devoir de nous consulter, c’est établi par la jurisprudence, explique M. John Rigney, administrateur de la tribu (9). Notre plainte a été rejetée, mais nous faisons appel et sommes prêts à aller jusqu’à la Cour suprême. Ça va être une sacrée bataille. C’est David contre Goliath, nous avons si peu d’argent... »

Avec ses milliards de dollars et le soutien provincial et fédéral, l’industrie pétrolière semble intouchable. Pour acheter la paix sociale, certaines compagnies distribuent quelques miettes de leurs profits colossaux : l’équipement du centre pour la jeunesse a ainsi été financé par Syncrude à hauteur de 500 000 dollars. En ce jour de novembre 2009, cette compagnie invite les Chipewyans à un dîner de Noël dans la salle des fêtes. L’ancien chef Archie Cyprien défend les généreux donateurs : « Syncrude fait beaucoup pour la communauté, avec ses subventions et par la création d’emplois. L’industrie est là pour longtemps, mieux vaut apprendre à vivre avec. » A la fin de la soirée, chaque famille reçoit une dinde et les enfants des chocolats. « C’est l’aspect le plus agréable de mon travail,C’est vrai que les premières nations (10) ont des attitudes variées à notre égard, mais nous avons besoin d’elles et voulons que leurs communautés grandissent avec nous. Nous leur offrons formations et emplois : de 8 % à 10 % de nos salariés sont aborigènes. » explique d’un air enjoué M. Steven Gaudet, de Syncrude.

M. Mercredi, lui, n’effectue qu’un bref passage. Il se refuse à être le dindon de la farce : « Les dirigeants de Syncrude se soucient avant tout de l’image de l’entreprise ; ils savent très bien le mal qu’ils font, alors, pour alléger leur conscience, ils disent au monde : ce village est en voie d’extinction, mais ses habitants sont très contents de manger des dindes. »

Syncrude dit avoir dépensé plus de 1,2 milliard de dollars en sous-traitant avec les entreprises aborigènes depuis 1992. Isolé, Fort Chipewyan n’a signé que peu de contrats avec l’industrie. Mais, si l’on remonte l’Athabasca, Fort McKay se trouve dans une tout autre situation. Avec six mines dans un rayon de 30 kilomètres, le hameau est encerclé par ces étendues lunaires de sable gris ayant remplacé marais et forêt ; des lacs artificiels remplis de 720 millions de mètres cubes de soupe toxique offrent aux oiseaux une pause éternelle et mazoutée ; les usines crachent flammes et fumées à côté de collines jaunes de soufre. « C’est un choix difficile, admet le chef Jim Boucher, mais nous essayons de développer la capacité de la communauté à tirer un maximum d’avantages de ces possibilités. »

Fort McKay Group of Companies, consortium 100 % aborigène, a réalisé 85 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2007 en fournissant divers services à l’industrie. Il a aussi signé un partenariat avec Shell pour exploiter conjointement 33 kilomètres carrés de sables bitumineux. Les habitants se sont accoutumés aux procédures d’évacuation et à l’odeur du pétrole dans l’air. Le chef vante les bénéfices de ces activités : un chômage inférieur à 5 %, une clinique, un centre pour la jeunesse, 170 logements neufs...

Aucun des officiels ne répondra à nos demandes d’entretien. En revanche, une ancienne de Fort McKay, Mme Celina Harpe, nous reçoit dans sa maisonnette au bord de l’Athabasca. A 71 ans, elle évoque avec tristesse un monde disparu : « Toute ma vie, j’ai bu l’eau de cette rivière. Mais, depuis qu’il y a ces usines, ce n’est plus possible. Elle est devenue brunâtre et il n’y a pas besoin d’être un scientifique pour voir qu’elle n’est plus bonne à boire. Alors on doit acheter de l’eau en bouteille. » Son mari, M. Ed Cooper, alias Muskwa — « l’ours » en déné —, brandit une bouteille de 50 centilitres : « Elle coûte 2 dollars dans le magasin le plus proche. C’est cher pour de l’eau, non ? »

Il y a quelques années, Mme Harpe a interpellé des représentants de Suncor et Syncrude : « Vous avez empoisonné l’eau, maintenant vous devez nous en donner ! » Depuis, commente son époux, « ils nous en livrent gratuitement deux fois par mois, mais juste aux anciens, les autres doivent payer ». Mme Harpe sort les mocassins en peau d’orignal et fourrure de castor qu’elle fabrique de ses mains. « Je suis la dernière à coudre, à Fort McKay. Toute notre culture a disparu, notre mode de vie traditionnel n’existe plus, c’est fini. »

« Le développement est une énorme
bête qu’on ne peut arrêter »

Il suffit de rouler 45 kilomètres vers le sud pour découvrir ce qui a remplacé ce mode de vie. Encombrée de pick-up et de poids lourds, l’autoroute 63 mène à Fort McMurray. En pleine forêt boréale, une vitrine du monde occidental : supermarchés et centres commerciaux, fast-foods et magasins d’alcool à chaque coin de rue, casino et bars à strip-teaseuses, drogues à profusion et sans-abri hagards. Longtemps surnommé « l’usine à fourrures », cet ancien village de trappeurs et de bûcherons est devenu « Fort McMoney », les effluves de pétrole évoquant l’odeur de l’argent pour des cohortes de jeunes actifs. Le nombre d’habitants y a triplé depuis le boom des sables bitumineux, passant de 34 000 en 1994 à 101 000 en 2009.

Comment la ville-champignon gère-t-elle sa mutation ? « Pas très bien », reconnaît avec un sourire Mme Melissa Blake. Elue maire en 2004, elle dirige l’une des plus grandes communes du monde, la municipalité régionale de Wood Buffalo : plus de 63 000 kilomètres carrés couverts de forêt, truffés de sites miniers et industriels — quasiment la superficie de l’Irlande. Fort McMurray en est la seule ville. « En termes d’infrastructures, nous n’étions pas préparés à une croissance aussi brutale. » La hausse de la population — 8 % par an — a fait du secteur de l’immobilier le plus cher du pays : une maison de quatre chambres atteint plus de 620 000 dollars. Mieux vaut ne pas tomber malade, car il y a 1,7 médecin pour 10 000 habitants, et un urgentiste peut recevoir jusqu’à 156 patients en douze heures (11) !

« Je déteste cette ville : j’en suis parti sept fois, mais j’y reviens toujours, car il n’y a que là où je puisse gagner autant d’argent », avoue un jeune homme, dans un bar. Cet ouvrier gagne 32 dollars de l’heure, soit quatre fois le salaire minimum de sa province, la Colombie-Britannique. Toutefois, 98 % des habitants de Fort McMurray ne comptent pas y prendre leur retraite (12) ; de ce fait, ils se soucient peu de l’impact de l’industrie pétrolière sur l’environnement ou sur les premières nations.

Dans une famille chipewyan, plusieurs générations se régalent de pizzas et de nourriture chinoise devant la télé. Tous ont travaillé ou travaillent encore pour l’industrie pétrolière : « Dès l’école, tout nous y prépare, se souvient une jeune femme : les coloriages, les jouets... C’est du lavage de cerveau. » « On n’a pas d’autre choix que bosser pour eux si on ne veut pas être pauvre », raconte Herman, 41 ans, qui a été conducteur d’engins pour Suncor, Syncrude et Shell. « Avant, nous chassions pour vivre, mais maintenant, je suis devenu un “Sobeys boy” (13). » Après des problèmes de santé, il s’apprête à reprendre son emploi : « Je déteste ça, mais je dois y retourner, il me faut payer 1 400 dollars par mois pour le terrain de ma caravane. » Tous se montrent sévères vis-à-vis de la tribu de Fort McKay : « L’idée de réussite individuelle a corrompu notre peuple, se lamente Max. L’industrie nous a divisés. »

Une visite au conseil tribal de l’Athabasca confirme ce constat. Réunissant les cinq premières nations de la région — environ 5 000 personnes —, cette structure leur fournit conseils et services, mais n’a pas de pouvoir politique, chaque tribu se gouvernant elle-même. Son directeur, M. Roy Vermillion, demeure prudent à l’heure de s’exprimer sur les sables bitumineux : « Les tribus ont des approches différentes. Si toutes se soucient de l’environnement, elles ne profitent pas des mêmes possibilités selon leur emplacement. Leur position est difficile : comme la plupart des peuples indigènes, elles se voient en protectrices de “Mère Nature”, mais, en même temps, il y a une demande mondiale de pétrole à laquelle notre région peut répondre. Nous essayons de trouver un équilibre. »

En 2003, les cinq premières nations ont engagé un partenariat avec les représentants de l’industrie et des gouvernements municipaux, provincial et fédéral pour gérer les conséquences du développement dans leurs territoires. Un échec : « Toutes les parties sont tombées d’accord pour... ne plus travailler ensemble, et pour mettre fin au partenariat en mars 2010, explique M. Vermillion. Chaque nation sera plus directement impliquée via les Industry Relation Corporations [IRC]. »

Les IRC, comme M. Tony Boschmann pour les Chipewyan Prairie, à 130 kilomètres au sud de Fort McMurray, gèrent les relations des tribus avec les industriels : « Le développement est une énorme bête qu’on ne peut arrêter. Notre job consiste à les aider à survivre avec ce monstre pour que, dans cinquante ans, la première nation soit toujours là, avec ses traditions préservées. » Travaillant avec M. Boschmann, le Canadien de type anglo-saxon Shannon Crawley précise : « Elles ont eu à subir une révolution industrielle de trois cents ans en très peu de temps. Le chef Vern Janvier a eu ses premiers contacts avec l’homme blanc il y a trente-cinq ans. »

La communauté est cernée de projets pétroliers. Les sables bitumineux y étant trop profonds pour être extraits à ciel ouvert, on utilise les techniques in situ, dont la plus courante est le forage gravitationnel assisté par vapeur (Steam Assisted Gravity Drainage, SAGD) : deux puits parallèles sont creusés, l’un sert à injecter de la vapeur à haute pression qui liquéfie le bitume et l’autre le pompe à la surface. « C’est du développement durable », assurent sans rire les représentants de l’industrie pétrolière : le SAGD ne cause pas une destruction aussi spectaculaire que les mines et utilise de plus en plus d’eau saumâtre.

Mise au point en Alberta, grâce à 55 millions de dollars de subventions fédérales, cette technique reste expérimentale. En mai 2006, sur le projet Joslyn de Total, la vapeur a provoqué une explosion en surface, projetant rochers, arbres et bitume, et laissant un cratère de 20 mètres de large. « Il y a un vrai manque de connaissances scientifiques sur l’impact du SAGD, regrette M. Boschmann. On ne sait pas comment communiquent les strates en sous-sol. » Entraînant miniséismes et affaissements de terrain, le SAGD pourrait contaminer la plus grande nappe phréatique du Canada (14).

Aucune étude d’impact des techniques in situ n’a été effectuée par l’Alberta, dont l’instance de régulation approuve 95 % des projets sans jamais évaluer les effets cumulés des activités minières. Malgré cette absence, plus de la moitié des 140 000 kilomètres carrés riches en sables a déjà été attribuée. « L’investissement est très risqué, avertit M. Boschmann, car les premières nations ont des droits. Elles se battront pour les faire reconnaître. »

A 200 kilomètres plus au sud, les Cris de Beaver Lake attaquent l’Alberta et le Canada pour... 16 000 violations de leurs droits. Inscrits dans la Constitution en 1982, ceux-ci sont issus des traités signés à la fin du XIXe siècle avec la Couronne britannique. Cédant à celle-ci d’immenses territoires, les premières nations obtenaient la garantie de pouvoir y vivre de manière traditionnelle à perpétuité. N’existant pas en tant que province au moment de leur signature, l’Alberta ne reconnaît pas les traités et estime ne pas devoir consulter les Amérindiens. L’industrie s’en charge, à sa manière. Administrateur de la tribu, M. Gerald Whitford montre deux étagères chargées de classeurs : « C’est un seul projet d’extension pour une installation. Ils nous envoient ça et, deux jours après, ils nous demandent par téléphone : “Vous avez des questions ?” Voilà ce qu’ils appellent consultation. »

Réputé pour son travail sérieux et documenté, le groupe écologiste Pembina Institute estime que les premières nations et leurs plaintes sont la « dernière ligne de défense » pour préserver la nature. Car, côté provincial et fédéral, on a confié ce rôle à des associations financées par l’industrie et sans aucune crédibilité à force de rapports rassurants. Supposé contrôler la qualité de l’eau, le Regional Aquatic Monitoring Program est étrillé par des experts indépendants pour son manque de sérieux scientifique ; il n’a rien vu de la marée noire annuelle. Quant à la Cumulative Environmental Management Association (CEMA), censée gérer les effets cumulés du développement, écologistes et aborigènes en ont claqué la porte à cause du blocage exercé par l’industrie, l’unanimité étant requise pour toute décision. Exemple de son inefficacité : un groupe de travail a mis huit ans à élaborer un plan pour préserver jusqu’à 40 % des terres de la municipalité régionale de Wood Buffalo. Au moment où elle a fait ses recommandations, la plupart des terrains avaient déjà été attribués !

Foi aveugle en la technologie et confiance sans faille en l’industrie sont de mise en Alberta. « Ici, les compagnies s’autocontrôlent », explique M. Preston McEachern, de l’agence provinciale Alberta Environnement : « Elles ont même tendance à surrapporter les incidents ! » Pourtant, lorsque 1 600 oiseaux sont morts dans un bassin de décantation de Syncrude, en avril 2008, l’alarme vint d’un informateur anonyme. Lorsqu’un nuage de dioxyde de soufre s’est abattu sur Fort McKay, en 2006, il a fallu que le vent porte la puanteur sur la population majoritairement blanche de Fort McMurray pour que l’installation en cause soit fermée ; les stations de contrôle de qualité de l’air n’avaient rien senti. Quant aux fuites toxiques des lacs artificiels, personne n’est capable de les quantifier. Mais, d’après M. McEachern, le chiffre de 11 millions de litres par jour avancé par certains ne représente « presque rien » !

Premiers contacts avec
l’homme blanc il y a trente-cinq ans

Pour le journaliste albertain Andrew Nikiforuk, « la première loi de la pétropolitique » régit la province : plus le brut grimpe, plus la démocratie dévisse. Acquis au lobby gazo-pétrolier, les conservateurs règnent sur l’Alberta depuis trente-neuf ans. Des organisations non gouvernementales (ONG) interpellent le gouvernement fédéral pour qu’il protège enfin les ressources en eau et les humains qui en dépendent : 445 millions de mètres cubes par an sont prélevés dans l’Athabasca, soit la consommation d’une ville de trois millions d’habitants (15). L’industrie paie-t-elle cette eau ? L’air étonné, les représentants d’Alberta Environnement et de l’industrie pétrolière répondent « non ».

A Ottawa, derrière le premier ministre Stephen Harper se profile le pire ennemi des Amérindiens : M. Tom Flanagan (16). Ce penseur ultraconservateur leur conteste l’appellation « native », arguant qu’il s’agit... d’immigrés ayant précédé les Européens de quelques milliers d’années. En concluant que leurs revendications territoriales sont sans fondement, il plaide pour la disparition des droits aborigènes. Alors que le Canada n’a pas signé la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, l’application de ses thèses saperait les poursuites judiciaires des premières nations, qu’il va jusqu’à accuser : elles menacent l’industrie pétrolière et « risquent » de verser dans l’action violente aux côtés d’écoterroristes (17).

Emmanuel Raoul.

 

 

(1) Yiqun Chen, « Cancer incidence in Fort Chipewyan, Alberta, 1995-2006 », Alberta Cancer Board, Edmonton, février 2009.

(2) Bitume très visqueux aggloméré à du schiste et du sable, à partir duquel on produit du pétrole. Jusqu’à une époque récente, il était trop coûteux et complexe d’exploiter ces sables bitumineux. La hausse du prix de l’or noir et les changements technologiques les ont rendus rentables. Avec 1,4 million de barils par jour, ils constituent la moitié de la production canadienne ; en 2025, ce pourrait être 80 %.

(3) Six cents Cris Mikisew, 200 Chipewyan Athabasca (Déné), 200 métis et une centaine de non-aborigènes vivent à Fort Chipewyan.

(4) Hanneke Brooymans, « Cancer rates higher in communities near oil sands : Study », Canwest News Service, Edmonton, 6 février 2009.

(5) Kevin Timoney et Peter Lee, « Does the Alberta tar sands industry pollute ? The scientific evidence », The Open Conservation Biology Journal (revue scientifique sous format électronique en libre accès), 2009.

(6) Famille de composés chimiques dont de nombreux sont cancérigènes.

(7) Erin N. Kelly, Jeffrey W. Short, David W. Schindler, Peter V. Hodson, Mingsheng Ma, Alvin K. Kwan et Barbra L. Fortin, « Oil sands development contributes polycyclic aromatic compounds to the Athabasca river and its tributaries », Proceedings of the National Academy of Sciences, Washington, DC, 7 décembre 2009.

(8) Tous les montants cités sont en dollars canadiens.

(9) Les Cris Mikisew ont contesté un projet de route sur leur territoire car ils n’avaient pas été consultés ; en 2000, la Cour suprême du Canada leur a donné raison.

(10) Terme utilisé par les autochtones du Canada pour désigner les Amérindiens.

(11) Michel Sauvé, « Canadian dispatches from medical : Fort McMurray », Canadian Medical Association Journal, Ottawa, 3 juillet 2007.

(12) Andrew Nikiforuk, Tar Sands : Dirty Oil and the Future of a Continent, Greystone Books, Vancouver, 2008, p. 42.

(13) Sobeys est la deuxième chaîne de supermarchés alimentaires du pays.

(14) Carolyn Campbell, « In situ tar sands extraction risks contaminating massive aquifers », Wild Land Advocates, vol. 16, n° 5, Calgary, octobre 2008.

(15) Danielle Droitsch, « Watered down : Overcoming federal inaction on the impact of oil sands development to water resources », Water Matters, Calgary, octobre 2009.

(16) Conseiller politique de M. Harper jusqu’à sa victoire en 2006, il est considéré comme son maître à penser.

(17) Tom Flanagan, « Resource industries and security. Issues in Northern Alberta », Canadian Defence and Foreign Affairs Institute, Calgary, juin 2009.

 

 

http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/RAOUL/18996

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 19:11

 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 19:01

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Nous aurons tout entendu sur les joueurs de l’équipe de France de football, du sélectionneur et de la fédération nationale de cette discipline sportive. Tout sauf que le désastre auquel nous assistons est d’abord le fruit d’un système : celui du l’argent roi.

La plupart des acteurs de ce spectacle affligeant et dégradant sont gavés de fric. A un point tel, que tous ces hommes vivent sur une autre planète. De nombreux joueurs ont gommé leur passé, l’encadrement baigne dans une gestion opaque. L’arrogance est devenue leur loi. Faut-il les envoyer au bucher alors que l’exemple vient de plus haut ?

« Pas vu pas pris », ronronnait Carla Bruni au lendemain de la main frauduleuse de Thierry Henri lors du match contre l’Irlande. Invitation à la fraude. Et pourquoi se gêner sur le fric alors que l’exemple vient de haut : Christian Blanc achetant pour 12.000 euros de cigares sur le compte de son secrétariat d’Etat, dix ministres cumulant retraites et salaires, Fadela Amara refilant à ses frères son logement de fonction et le cuisinier, la femme de l’ancien ministre du Budget actuellement affecté au Travail et toujours trésorier de l’UMP pigeant pour Mme Betancourt, les dessous de tables de Karachi, les dérapages de frais de l’Elysée, des ministres empruntant des jets privés afin d’être présent à l’heure de l’apéritif, un autre trafiquant un permis de construire…

Le football est malade à l’instar de notre pays où les plus hautes autorités de l’Etat tapent dans la caisse, malade d’un système qui entraîne la cotation en Bourse, les transferts des clubs en sociétés privés, la rétribution des agents des joueurs par les clubs, les paris en ligne, la privatisation de stades…..  Le football – et pas seulement en France – est malade du capitalisme.

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 18:58

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Aujourd’hui directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales où il dirige le Centre d’Études des Modes d’Industrialisation (CEMI-EHESS), Jacques Sapir est un économiste de renommée mondiale. Il est intervenu à ce titre à de nombreuses reprises sur la question de l’avenir de la zone euro et de l’union monétaire européenne et s’est attaché à mettre au jour les causes profondes de l’impuissance des gouvernements européens à gérer efficacement une crise « grecque » qu’on a supposée à tort locale. Mais il est avant tout un spécialiste reconnu depuis plus de 20 ans de l’économie russe, qu’il s’agisse de celle de l’URSS ou de celle de la transition à l’économie de marché. Il a enseigné en Russie à la Haute Ecole d’Economie de 1993 à 2000, et enseigne aujourd’hui à l’Ecole d’Economie de Moscou. Il a été l’un des rares à prédire le krach de 1998, ce qui lui a notamment valu d’être appelé à intervenir en tant qu’expert auprès de la Banque centrale de Russie, dans le cadre d’un Groupe de travail sur la sécurité financière.

Bref, nul ne paraissait mieux placé que lui pour répondre à une question qui ne semble pas empêcher outre mesure les économistes russes de dormir : en quoi la Russie est-elle concernée concrètement par la crise européenne ?

Le Courrier de Russie : Pouvez-vous revenir en quelques mots sur l’analyse que vous faites de la crise qui touche actuellement la zone euro ?

Jacques Sapir : La crise actuelle de la zone euro a deux dimensions. Elle est conjoncturelle, avec la crise de la dette en Grèce, en Italie et en Belgique, ainsi que les inquiétudes qui existent sur la rapidité de la croissance de la dette en Espagne et au Portugal. Mais elle est aussi structurelle, avec la divergence entre les principales économies de la zone depuis 2000-2002.

Le choix d’un euro « monnaie unique » en lieu et place des monnaies nationales, et non simplement monnaie commune, a rendu sensible l’existence de fortes disparités entre les dynamiques économiques des pays membres de la zone euro, et en particulier entre les niveaux d’inflation nécessaires à la croissance. Cet effet n’a pas été compensé, comme aux Etats-Unis, par un important budget fédéral capable d’assurer des transferts et des investissements dans les Etats qui en ont le plus besoin. On voit bien ici que faire la monnaie unique sans se doter d’un budget comparable a été une erreur grave, et sans doute mortelle.

La monnaie unique a freiné la croissance dans certains cas, obligeant alors à des politiques macroéconomiques et budgétaires expansives. Le résultat a été pour certains pays une dérive de l’endettement public, à hauteur de 126% du PIB dans le cas de la Grèce, et pour d’autres un endettement privé excessif. La crise financière a obligé ces États à transférer la dette privée vers la dette publique. La situation a été aggravée par l’attitude rigide de la Banque centrale européenne. La surévaluation de l’euro de 2003 au début 2010, avec un cours largement au-dessus de 1,30 dollar, n’a pas arrangé les choses non plus.

La crise de la dette publique découle donc de la crise structurelle. Mais, dans la mesure où une partie de la dette a été vendue sur les marchés financiers, cette crise conjoncturelle prend aujourd’hui une dimension autonome.

LCDR : Que peut-on attendre du plan de sauvetage arrêté début mai par les ministres des Finances européens ?

J. S. : Le plan de soutien décidé le dimanche 9 mai est très imparfait. Tout d’abord, en dépit des sommes engagées, il reste en deçà des besoins. Le coût minimum du rétablissement des finances de la Grèce, d’après les estimations actuelles, est de 910 milliards d’Euros, et il est certain qu’il sera dépassé. Il subsiste donc un trou d’au moins 160 milliards. Le doute quant à l’efficacité de ce plan se double d’un doute sur sa réalisation. Ici sont en cause à la fois les mesures d’austérité prévues par le plan et le conflit entre les pays qui en sont à l’origine, France et Allemagne principalement. Angela Merkel exige des mesures d’austérité qui sont insupportables et Axel Weber, le président de la Bundesbank, conteste désormais publiquement la seule mesure intelligente de ce plan : l’autorisation donnée à la Banque centrale européenne de racheter la dette publique sur le marché secondaire auprès des banques détentrices de titres. Les marchés financiers ne « croient » plus en ce plan, et malheureusement, ils ont raison. Par ailleurs, il ne règle rien des désordres structurels de l’euro et, ceci aussi, les marchés le savent.

LCDR : Quels vont être les effets de cette nouvelle crise systémique sur la Russie, et quelles mesures le gouvernement russe devrait-il prendre ?

J. S. : Les effets de cette crise sur la Russie seront de deux ordres. D’une part, la baisse de l’euro, qui se poursuivra dans le second semestre, va favoriser les importations en Russie, ce qui est une mauvaise nouvelle pour l’industrie russe. D’autre part, cette baisse aura un effet bénéfique sur les quelques entreprises qui se sont endettées en euros.

Plus généralement, il est clair aujourd’hui que la zone euro sera en stagnation, et probablement en récession si les plans de rigueur sont appliqués. Il est donc urgent pour la Russie de développer son marché intérieur, quitte à en accroître la protection, pour compenser une demande européenne stagnante pour les métaux, et d’accélérer le basculement de ses exportations énergétiques vers la zone Asie-Pacifique pour se donner de nouveaux débouchés, en particulier pour le gaz.

LCDR : Plus précisément, quelles sont les conséquences de la chute de l’euro sur le rouble, et partant sur l’économie russe dans son ensemble ?

J. S. : Cette crise pose de manière particulièrement aiguë pour la Russie la question de son taux de change. Or celui-ci reste la variable clef de l’économie russe, et sur deux plans : il détermine à la fois la compétitivité des producteurs sur le marché intérieur et l’ampleur de la charge des remboursements en principal et intérêts pour les entreprises qui se sont endettées en devises étrangères.

Le rouble a connu, depuis la crise et la dévaluation brutale de 1998, une tendance à la réévaluation. Celle-ci n’a affecté le taux de change nominal qu’à partir de 2006. Mais elle a affecté dès 1998 le taux de change réel, dont le calcul prend en compte la différence entre les taux d’inflation respectifs de la Russie et des pays tiers. Si l’on prend en outre en considération les différences entre les gains de productivité respectifs de la Russie et de ces pays dans le secteur manufacturier, on s’aperçoit qu’il résulte de cette tendance que le coût salarial unitaire, qui mesure le rapport du coût du travail à la productivité, s’est rapidement accru à partir de 2006 en Russie. Autrement dit, la compétitivité des producteurs installés en Russie, qu’ils soient russes ou étrangers, s’est détériorée.

La hausse du rouble est due à l’excédent commercial lié aux matières premières, mais aussi à l’entrée des capitaux spéculatifs à partir de l’été 2007. La déclaration malencontreuse de février 2008 du ministre des Finances Koudrin, selon qui la Russie était un « havre de stabilité », a aggravé les choses. Puis la Banque centrale de Russie a annoncé son ralliement à une politique centrée sur le lien entre le taux d’intérêt et le taux d’inflation, ce qui impliquait qu’elle laisse flotter complètement le taux de change. Or, l’endettement des entreprises et des banques russes à l’étranger avait littéralement explosé, passant de 310 milliards de dollars au 31 décembre 2006 à 540 au 30 septembre 2008. D’une part, les taux sur les emprunts en devises étaient plus faibles que sur les emprunts en roubles et de l’autre, comme le rouble se réévaluait en termes nominaux, la charge des remboursements baissait. On a donc eu une contradiction entre les besoins des entreprises sur le marché intérieur, qui impliquent un taux de change bas, et les modalités de financement de certaines entreprises russes, essentiellement les producteurs de matières premières, qui ont intérêt à une réévaluation du taux de change.

LCDR : Vous dites que la baisse du cours du rouble entraînée par la fuite des capitaux survenue sous l’effet de la crise de 2008 a été bénéfique pour l’économie russe, tout en mettant en difficulté les entreprises endettées en devises. Aujourd’hui, les capitaux spéculatifs se portent sur le marché des CDS (credit default swap), en lien avec la dette grecque, mais la tendance s’est inversée. Comment la Russie doit-elle s’y prendre pour maîtriser cette hausse relative du cours du rouble induite par la crise de l’euro ?

J. S. : Avec le début de la crise des liquidités internationales, les capitaux à court terme se sont retirés de Russie. Ceci a provoqué une chute du rouble, qui a compromis la capacité des entreprises endettées à rembourser. La Banque centrale a dû intervenir en augmentant brutalement son taux directeur. L’efficacité a été faible, mais en revanche cela à provoqué un « credit crunch » en Russie. Les taux d’intérêt pour les entreprises et les ménages ont brutalement augmenté, et fortement. L’impact sur la consommation intérieure a été dramatique.

La réticence de la Banque centrale de Russie à recourir au contrôle sur les capitaux à court terme est incompréhensible. Le FMI reconnaît depuis 2008 la légitimité de telles mesures. Le caractère déstabilisant des flux de capitaux à court terme a été démontré, alors que l’on sait aujourd’hui que leur impact sur la croissance économique est nul. La décision de n’utiliser que l’arme des taux d’intérêt a été une grave erreur, qui est responsable d’au moins la moitié de l’impact de la crise en Russie.

Il est urgent que la Banque centrale révise sa position. Le contrôle des capitaux est nécessaire pour empêcher les capitaux spéculatifs d’entrer, mais aussi de ressortir brutalement. Au-delà, il est plus que temps qu’elle se préoccupe du système bancaire. La dépendance des grandes entreprises russes par rapport aux marchés internationaux est anormale. Il est nécessaire de réinjecter une partie des excédents de la balance commerciale dans l’économie, sous la forme d’investissements directs ou indirects.

LCDR : La crise de l’euro redonne un avenir aux rêves de multipolarité monétaire portés depuis la fi n 2008 par la Chine et la Russie. Vous expliquez qu’il faudra désormais coopérer avec ces deux pays, et prendre au sérieux les propositions de réforme du système monétaire international qu’ils ont avancées. Par où la Russie doit-elle commencer ?

J.S. : Aujourd’hui, le gouvernement russe continue de vouloir faire du rouble une monnaie de réserve régionale. Dans sa forme d’origine, qui implique la transformation de la place de Moscou en un grand centre financier, ce projet n’est absolument pas réaliste. Mais la crise de la zone euro et les tensions persistantes sur le dollar peuvent favoriser un système régional de stabilité. Ceci n’est d’ailleurs pas contradictoire avec une politique de contrôle des capitaux, qui n’implique que des accords entre Banques centrales.

La solution consisterait en des accords de prêts « swap » croisés, de Banque centrale à Banque centrale, entre la Russie et les pays qui seraient prêts à entrer dans ce système pour garantir la valeur de leurs monnaies respectives. Ces prêts auraient pour effet de stabiliser cette valeur autour de celle du rouble et garantiraient que ce soit l’ensemble du système qui fluctue par rapport au dollar, au yen ou à l’euro, mais non pas chaque monnaie prise individuellement. On peut envisager aujourd’hui la participation de l’Ukraine et des pays d’Asie Centrale. Il faut noter que le contrôle sur les capitaux à court terme aurait avantage à être étendu sur la zone pour se prémunir contre des attaques spéculatives. Ceci me semble la plus sage mesure pour créer un embryon de zone monétaire autour de la Russie sans tomber dans les erreurs de la zone euro.

À terme, cette zone de stabilité monétaire pourrait se combiner avec un recours aux DTS [droits de tirage spéciaux, ndlr] comme unité de réserve. Ceci aurait l’avantage de réduire la part du dollar ou de l’euro dans les réserves de la Banque centrale. L’initiative chinoise visant à ressusciter une innovation portée à l’origine par Keynes, le BANCOR, soit une monnaie synthétique fondée sur les capacités de production de biens manufacturés et de matières premières des différents pays partie prenante, présente aussi un intérêt évident de ce point de vue.

LCDR : Depuis l’éclatement de la crise grecque, certains imaginent un scénario qui verrait la Grèce sortir de la zone euro, puis de l’Union européenne, pour rejoindre la zone d’influence russe. Qu’en pensez-vous ?

J.S. : Les conditions qui ont été mises au sauvetage de la Grèce risquent de rendre la réalisation du plan européen impossible. Si la Grèce devait sortir de la zone euro, cela fournirait une occasion à la Russie de se déployer dans le sud de l’Europe. Une fois sortie, en effet, la Grèce fera immanquablement défaut et les sommes supplémentaires à débourser pour son sauvetage seront faibles, de 20 à 30 milliards de dollars. Mais l’Europe ne consentira plus à l’aider. La Russie pourrait alors tirer profit de cette situation paradoxale.

 

Propos recueillis par Simon Roblin

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 13:11

 

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Poursuivi pour escroquerie par la firme de cosmétiques, Jean Frydman se défend. Comment? En attaquant le passé collaborationniste de ses anciens dirigeants. En tête, André Bettencourt, époux de la principale actionnaire du groupe, et ami de jeunesse de François Mitterrand. Deux bonnes raisons pour que l'affaire fasse grand bruit.

De rémissions en rebondissements, l'affaire L'Oréal n'en finit pas de s'éterniser. Ce conflit juridico-financier oppose depuis six ans l'homme d'affaires Jean Frydman à la firme de cosmétiques. Son dernier épisode concerne, aujourd'hui, le passé collaborationniste d'André Bettencourt, époux de la principale actionnaire du groupe, et vice-président de L'Oréal jusqu'à sa démission, en décembre 1994. La nouveauté ne vient pas tant de ce passé, qui était connu, que de l'utilisation qu'en fait Jean Frydman aux Etats-Unis depuis l'automne dernier. Pourquoi si tard? Parce que la haine qui s'est emparée des ex-associés ne cesse d'enfler et les plaintes mutuelles de s'accumuler.
Le conflit semblait pourtant avoir trouvé un épilogue - peu glorieux, mais définitif - le 19 décembre 1991 dans le cabinet du juge Jean-Pierre Getti: François Dalle et Jean Frydman avaient conclu une paix des braves, après des mois de déchirements publics. L'affaire L'Oréal avait commencé par le dossier Paravision. L'ancien patron de L'Oréal, incité à prendre une semi-retraite, avait créé, en 1988, cette filiale spécialisée dans l'audiovisuel en s'associant avec son vieil ami Jean Frydman, citoyen israélien. La polémique éclata quand Jean Frydman affirma avoir été démissionné, à son insu, de Paravision parce que L'Oréal se soumettait au boycottage d'Israël par les pays arabes. François Dalle dut admettre la manoeuvre, mais expliqua qu'elle avait été organisée d'un commun accord avec Jean Frydman et que celui-ci l'avait menacé de s'en servir en se transformant en victime. En effet, selon lui, L'Oréal s'était, entre-temps, aperçu que son associé avait roulé la firme dans l'affaire Paravision et commençait à lui demander des comptes. Le géant du cosmétique estimait alors que la plainte de Jean Frydman pour discrimination raciale n'était qu'une riposte, L'Oréal venant de refuser toute transaction avec un «voyou» utilisant des «méthodes de chantage». Le plaignant jurait à l'époque d'aller «jusqu'au bout»: «C'est une question d'honneur, j'ai été la victime d'un acte sur lequel on ne transige pas.» Quelques mois plus tard, et alors que l'instruction ne parvenait pas à déterminer lequel des deux mentait, les golden papys transigeaient et Jean Frydman retirait sa plainte. Pourquoi? A nouveau, deux versions opposées. Selon des cadres de L'Oréal, François Dalle se serait engagé, contre l'abandon de l'action en justice, à ce que le divorce financier au sein de Paravision soit conclu selon les exigences de Jean Frydman. Engagement dont Lindsay Owen-Jones, nouveau PDG de L'Oréal, ne voulut pas entendre parler. La version de David Frydman, frère et allié de Jean, est tout autre: Jean Frydman avait alors renoncé à son «combat purement moral» à la requête de François Mitterrand. «Le président de la République, raconte-t-il, le lui a demandé personnellement, au nom de l'intérêt national, pour mettre fin au préjudice économique mondial que subissait L'Oréal. En échange, il lui promit de renforcer la législation contre le boycottage d'Israël. Ce qu'il n'a pas fait.»
Versions nettement divergentes, mais conséquence évidente: la guerre était relancée. L'Oréal, dont certains dirigeants avaient, un temps, préconisé de passer l'éponge sur ce conflit très préjudiciable à l'image de la firme, décide cette fois d'aller jusqu'au bout. La multinationale s'emploie à démontrer judiciairement que Jean Frydman s'est servi de Paravision au détriment de L'Oréal en détournant des bénéfices personnels, grâce à des achats et reventes fictifs de films, via des sociétés écrans domiciliées à l'étranger et, notamment, aux Pays-Bas. L'Oréal estime avoir perdu plus de 1 milliard de francs dans l'opération. Les plaintes pour escroquerie, faux et abus de biens sociaux se multiplient. De son côté, Jean Frydman, dans sa lutte contre L'Oréal, continue à se servir du passé de la firme et de ses dirigeants. Avec une cible de choix: Liliane Bettencourt est, à la fois, la première fortune de France grâce à la société de cosmétiques qu'elle a héritée de son père, collaborateur notoire, et l'épouse d'André Bettencourt, l'un de ces collaborationnistes antisémites qui devinrent, au moment où il le fallait, résistants.
L'Oréal-Monsavon a été créée en 1910 par Eugène Schueller. Ce petit inventeur fit rapidement fortune et devint l'un des financiers du mouvement terroriste d'extrême droite la Cagoule, dirigé par Eugène Deloncle. Après la défaite, on retrouve Eugène Schueller parmi les cofondateurs du Mouvement social révolutionnaire, mouvement pronazi du même Deloncle, et comme président du comité économique du Rassemblement national populaire de Marcel Déat. En outre, il subventionne, avec l'ambassade allemande, «L'Atelier», «l'hebdomadaire du travail français», dans lequel il écrit. Comme tous les grands clairvoyants, il cesse son activité politique à la fin de 1942. L'Oréal n'a pas trop souffert de la guerre - son chiffre d'affaires a quadruplé entre 1940 et 1944 - et Eugène Schueller a réussi à échapper aux sanctions à la Libération. En novembre 1946, le comité d'épuration de l'industrie chimique demandait pourtant qu'il lui fût interdit d'exercer toute fonction dirigeante, «pour avoir favorisé les desseins de l'ennemi par son attitude publique pendant la collaboration». Il sera défendu par quelques résistants, dont André Bettencourt, qui fut le représentant du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) de François Mitterrand auprès des Américains et des Britanniques, en 1943, à Genève, où il fut aidé par la filiale suisse de L'Oréal grâce à une recommandation... d'Eugène Schueller (1). Lequel employa, en 1945 et 1946, François Mitterrand comme dirigeant de son mensuel «Votre beauté». L'après-guerre fut équanime: L'Oréal apporta un soin particulier à soutenir financièrement les associations antiracistes, tout en assistant d'anciens compagnons d'infortune de la Cagoule - et, surtout, leurs enfants - qu'elle employa dans ses filiales à l'étranger.
Dans sa lutte avec la firme, au printemps de 1991, Jean Frydman s'attaqua à l'un de ces proscrits protégés, Jacques Corrèze, proche d'Eugène Deloncle qui, après avoir représenté L'Oréal en Espagne, dirigeait sa filiale Cosmair aux Etats-Unis. Jean Frydman déféra le cas de Jacques Corrèze, qui avait été condamné puis amnistié en France, aux autorités américaines, pour qu'il soit inscrit sur la liste des indésirables. Mais il décéda peu après.
Aujourd'hui, c'est le cas d'André Bettencourt, le dernier dans le placard de L'Oréal, que Jean Frydman a choisi de médiatiser. Son itinéraire, de la collaboration à la Résistance, était connu. En particulier, certains articles antisémites qu'il publia dans l'hebdomadaire collaborationniste «La Terre française» - notamment un appel vibrant à la dénonciation des ennemis de la nouvelle France - ont été reproduits il y a longtemps (2). Mais ce passé, connu des frères Frydman depuis plusieurs années, a pris un tout autre relief depuis la récente polémique publique sur l'engagement vichyste de François Mitterrand, dont André Bettencourt est un ami de jeunesse. Après avoir épousé, en 1950, la fille unique du grand patron d'extrême droite qu'il avait contribué à sauver de l'épuration, André Bettencourt entama une carrière politique. Il devait être sous-secrétaire d'Etat de Pierre Mendès France, puis, à plusieurs reprises, ministre et secrétaire d'Etat sous la Ve République, dans les cabinets Pompidou, Couve de Murville, Chaban-Delmas et Messmer.
La lutte continue donc, les avocats de L'Oréal espérant beaucoup des commissions rogatoires effectuées actuellement aux Pays-Bas sur les sociétés écrans de Jean Frydman. Celui-ci compte, de son côté, sur les ennuis judiciaires et commerciaux que la biographie d'André Bettencourt pourrait valoir à la firme aux Etats-Unis. Dans cette course de vitesse, Jean Frydman joue sa dernière carte. A la tête de L'Oréal, le changement de génération est désormais consommé, l'encombrant tandem Dalle-Bettencourt ayant, aujourd'hui, définitivement laissé la place au duo Jean-Pierre Meyers-Lindsay Owen-Jones. Au grand soulagement de ces derniers.

(1) Philippe Bourdrel, «La Cagoule», Albin Michel, 1970.
(2) Henry Coston, «Dictionnaire de la politique française», La Librairie française, 1972.
FRYDMAN CONTRE L'ORÉAL
1990. 19 déc. Jean Frydman, administrateur «démissionnaire» de Paravision, filiale audiovisuelle de L'Oréal, porte plainte pour faux, usage de faux et discrimination raciale.
1991. 28 mars. Perquisition du juge Getti, qui instruit l'affaire, aux sièges de L'Oréal et Paravision. Il en inculpera un peu plus tard les anciens dirigeants, François Dalle et Michel Piétrini. 19 déc. Arrangement entre Dalle et Frydman, qui retire sa plainte.
1993. 17 juin. Plainte de Paravision contre Frydman pour abus de biens sociaux. 18 juin. Plainte de L'Oréal contre Frydman pour chantage et tentative d'extorsion de fonds.
1994. 2 fév. Frydman contre-attaque devant la justice américaine en déposant une plainte pour complot, fraude et corruption. Il réclame 100 millions de dollars de réparations.

 

http://www.lexpress.fr/informations/l-oreal-l-arme-de-la-memoire_602829.html

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 12:23

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Conformément à la Constitution moldave et aux recommandations de la Commission de Venise du Conseil de l'Europe (la Commission européenne pour la démocratie par le droit), le parlement actuel doit être dissout après le 16 juin. La date des élections législatives anticipées devra être annoncée en même temps.

Cette décision doit être prise par le président moldave par intérim Mihai Ghimpu. Mais ce-dernier n'en a aucune envie. D'ailleurs, la majorité des députés n’ont pas l’intention de quitter les postes auxquels ils se sont habitués, c’est pourquoi ils s'y opposent avec acharnement. La dissolution du parlement, plus exactement, la date précise de cet événement, ne s'inscrivent même pas dans leur conscience. Surtout chez leur chef, le président du parlement et, en même temps, président intérimaire du pays. Les fonctionnaires européens ont dû intervenir. Mais cela n'a amené Ghimpu qu’à déclarer que le parlement serait dissout … à telle date.

La date de cet événement, de même que celle des élections anticipées reste un "secret d'Etat". L'opposition en la personne du Parti des communistes (PCRM) en appelle vainement aux structures européennes en leur demandant d'influer d'une manière ou d'une autre sur le président par intérim, rien n'a bougé.

D'une manière générale, le parlement moldave actuel et son chef constituent un phénomène unique en son genre et étonnant, probablement pas seulement dans la vie politique moldave actuelle. Il a été formé à l'issue des élections anticipées du 29 juillet 2009, lorsque les fractions de l'opposition qui constituent aujourd'hui la majorité parlementaire – l'Alliance "Pour l'intégration européenne" – ont fait échouer à deux reprises l'élection du président. En fin de compte, l'ancien parlement a été dissout.

La victoire facile remportée sur les communistes a également déterminé le style de travail du nouvel organe législatif: en 9 mois et demi d’activité, seulement 47 séances ont eu lieu, à peu près une par semaine. Le nombre de réunions reportées est égal au nombre de celles qui se sont tenues.

Les explications ne tiennent pas debout, mais elles sont conformes à la logique de leurs auteurs: les députés ne peuvent pas assister à toutes les réunions plénières, car ils doivent s'occuper aussi de politique étrangère.

"Lorsqu'une délégation parlementaire se rend à Strasbourg, Paris ou Bruxelles, c'est un voyage forcé, nous ne pouvons pas sacrifier la politique étrangère aux réunions plénières", a déclaré Anna Gutsu, députée du Parti libéral dirigé par Ghimpu, à la télévision.

Or, les communistes estiment que les membres de l'Alliance ne participent pas aux réunions plénières à cause des divergences au sein de la coalition libérale-démocrate. Et leurs affirmations ont des raisons valables.

Selon les déclarations préalables, la dissolution réelle du parlement n'aura lieu qu'en septembre prochain. Plus ce temps approche et plus il est plus difficile aux partis de l’Alliance (le Parti libéral, le Parti libéral-démocrate, le Parti démocrate et "Notre Moldavie") de dissimuler les graves contradictions internes.

Par exemple, le président du Parti démocrate Marian Lupu s’est prononcé contre la soi-disant "commission Ghimpu" constituée en vue d'étudier le passé communiste totalitaire à l'initiative du président par intérim et dirigeant du Parti libéral. Selon Marian Lupu, cette initiative divise les citoyens du pays en "nôtres" et "autres".

"Le Parti démocrate de Moldavie ne veut pas perdre son temps en scandales publics et devenir un instrument d’ambitions personnelles de certains hommes politiques", a-t-il déclaré. Le premier ministre Vladimir Filat, président du Parti libéral-démocrate, et Dorin Chirtoaca, le neveu de Ghimpu, son adjoint dans le parti et maire de Chisinau, s’accusent aussi mutuellement.

Plus la Moldavie se rapproche des législatives et de la présidentielle et plus les exemples de ce genre deviennent nombreux.

Il convient, par ailleurs, de citer un autre détail: depuis le 5 mars, 43 députés communistes boycottent les réunions du parlement. Par conséquent, lorsque l’un de leurs 58 opposants se rend quelque part ou tout simplement ne vient pas à l'organe législatif, le quorum nécessaire au travail fait défaut.

Bref, le 16 juin, date insignifiante dans la vie politique moldave, marquera probablement le compte à rebours de l'organe législatif le plus impuissant dans l'histoire de la Moldavie souveraine.

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 12:14

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Jacques Rancière est Professeur émérite au Département de Philosophie de l’Université de Paris VIII


« Ce mot de « sabotage » naguère inconnu et qui a fait une étonnante fortune comporte des significations très variées ». Il ne signifie pas nécessairement l’acte de détruire (auquel cas il tombe sous le Code Pénal) ...mais tout acte qui consiste à rendre le travail improductif, soit par nonchalance ( On dit en Anglais faire ca’ canny), par excès d’application (c’est ce qu’on appelle perler le travail ) ou par une observation méticuleuse des règlements (exemple dans une grève des chemins de fer en Italie), qui a pour résultat de rendre le service impossible. Sous ces diverses formes, le sabotage échappe évidemment à toute répression »

Ces lignes empruntées au Cours d’Economie politique de Charles Gide (II, 351) marquent bien la pluralité de significations du mot de sabotage et l’impossibilité d’identifier son idée à celle d’une action violente de destruction. Celui qui consulte un dictionnaire de la langue française au XIX° siècle est, de fait, surpris de ne pas trouver cette idée parmi les divers sens du mot qui comportent entre autres l’action de fabriquer des sabots, celle de fouler le drap avec des sabots ou celle de fixer des coussinets aux traverses des chemins de fer. Littré date de 1838 l’apparition d’un sens nouveau de la notion : l’idée de mal faire son travail. Cela veut dire par exemple que les pratiques de destruction opérées par les luddites anglais opposés à l’introduction des machines à tisser n’étaient pas qualifiées de sabotage. Et les syndicalistes révolutionnaires qui lancèrent en France à la fin du XIX° siècle des pratiques de lutte ouvrière importées d’Angleterre ne mettaient aucunement en avant des objectifs de destruction matérielle. Emile Pouget le souligne dans sa célèbre brochure sur le sabotage de 1897. Le sabotage consiste d’abord à s’opposer au patronat selon sa propre logique : puisqu’il considère le travail comme une simple marchandise échangeable contre d’autres à son prix, les travailleurs doivent prendre ce principe au mot et fournir un travail équivalent au prix reçu, donc un mauvais travail pour une mauvaise paie.

L’application de ce principe peut prendre des formes variées, comportant des formes de détérioration. Mais ces formes n’ont rien à voir avec les pratiques de violences contre les personnes, pratiquées à l’époque par des attentats anarchistes. Les anarchistes ouvriers qui militent dans les syndicats opposent justement à ces pratiques individuelles des pratiques collectives de lutte des classes. L’extension de sens du mot sabotage est déterminée par là.

S’il s’identifie, au départ, avec un principe de riposte économique à une domination économique, il en est venu à qualifier toute action visant à entraver l’action de celui contre lequel on se bat. Cela veut dire que la composante symbolique du coup porté à l’adversaire compte plus que la réalité d’un dommage provoqué à l’encontre de ses biens. Ce qui se sabote, c’est une puissance, une autorité, une image. L’idée implique que l’entreprise contre laquelle on se bat est elle-même un rouage d’un système d’exploitation économique du travail, d’oppression politique sur les individus et d’assujettissement idéologique des esprits. On comprend aisément que la notion s’emploie tout naturellement à l’égard d’une entreprise du bâtiment qui construit pour le compte de l’Etat des centres de rétention destinés à ceux qui viennent dans un pays demander du travail, vend des services téléphoniques et possède une télévision dont les liens avec un pouvoir politique sont patents. Il est significatif, quoique l’on pense de la campagne de « sabotage » de Bouygues, de constater que cette campagne n’a pas été lancée contre une entreprise ordinaire du bâtiment mais contre un empire économique qui est indissolublement un empire politique et idéologique. Par là même la notion de sabotage doit recevoir son sens le plus large de lutte contre un ordre dominant qui s’exerce aussi par les voies les plus immatérielles.

Il est également significatif que certaines entreprises entendent annihiler les critiques dont elles sont l’objet en niant leur caractère symbolique et en les ramenant à des actions qualifiées pénalement. La rhétorique de ceux qui s’opposent à l’ordre dominant a toujours fait appel et fera toujours appel à des notions telles que la destruction, le sabotage ou autres. La vie publique et le débat d’idées vivent de l’usage de telles notions qui débordent les qualifications juridiques. Elles périraient si s’imposait la pratique qui consiste à transformer les mots et les formules de la lutte politique, économique et idéologique en des incitations au crime et à la délinquance. L’histoire récente, avec l’usage des notions de sabotage ou terrorisme par exemple, montre une dérive en ce sens, une tendance à criminaliser le langage de la lutte politique, sociale ou idéologique radicale qui ne peut manquer d’inquiéter le citoyen comme le philosophe ou l’historien. Pour que le débat démocratique vive, il doit être possible de continuer à appeler à la « destruction « de l’appareil d’Etat ou au « sabotage » d’une puissance économique sans être mis au rang des incendiaires et des terroristes.

 

Post-scriptum

Lire le 4p présentant les thématiques du procès

 

 

http://pajol.eu.org/article1040.html

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