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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 19:53

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Un inventaire raisonné et didactique des principales notions développées par le penseur dans ses recherches sur le corps social, qui en souligne la fécondité philosophique.

Dictionnaire Bourdieu de Stéphane Chevallier 
et Christiane Chauviré. Éditions Ellipses, 2010, 
176 pages, 18euros.

Présenté par Stéphane Chevallier et Christiane Chauviré, voici un livre passionnant de bout en bout qui permet de comprendre la signification des termes que Pierre Bourdieu a utilisés dans ses recherches sociologiques. Il montre bien en quoi son travail a fait connaître aux sciences sociales un progrès considérable. Mais surtout l’ouvrage permet de saisir l’étendue de la pensée du sociologue et de la situer dans l’univers philosophique.

Ce dictionnaire veut d’abord faciliter la compréhension de la signification des concepts. Les notions recensées sont nombreuses  : capital, champ, classe, corps, distinction, doxa, économie des pratiques, habitus, inconscient, libido, pouvoir symbolique,
reproduction, structuralisme, temps… Toutes les explications fonctionnent sur le même modèle  : définition à partir des citations de Bourdieu, développement des usages qu’il a pu en faire, élargissement vers les notions auxquelles le concept est relié, réfutation des critiques non fondées, signalement des théories philosophiques que le sociologue fait travailler.

Le dictionnaire montre aussi l’importance des progrès scientifiques des sciences sociales que le travail de Bourdieu a permis en inventant des notions nouvelles, en remaniant des concepts plus anciens, en développant une épistémologie rigoureuse, en élaborant des théories de portée plus générale comme c’est le cas avec l’économie de la pratique et la théorie des champs.

Enfin ce livre replace l’œuvre du sociologue et philosophe dans la philosophie montrant ce qu’elle doit au compagnonnage avec Marx, Durkheim, Weber, Cassirer, Elias… mais aussi avec Bachelard et Canguilhem, Wittgenstein, Austin, Husserl, Merleau-Ponty et Freud… Héritier de la pensée bachelardienne, Bourdieu savait retourner la tradition critique vers l’interrogation des présupposés scolastiques de l’activité philosophique. Il s’est d’ailleurs efforcé de montrer qu’une sociologie de la philosophie insistant sur les conditions de transformation de ce champ pouvait les aider à mettre en œuvre une socio-analyse libératrice. Devant une telle fécondité de pensée, on ne peut qu’être d’accord avec les deux auteurs lorsqu’ils affirment que Pierre Bourdieu est « en réalité un très grand sociologue et un véritable philosophe ».

Ce travail de dictionnaire est d’autant plus utile qu’il permet non seulement d’aider à la connaissance d’outils indispensables au travail sociologique mais aussi de faciliter la compréhension « des implications théoriques et des fondements anthropologiques » des notions fondamentales mises en œuvre par Bourdieu dans sa théorie de la pratique. Il s’agit donc là d’un ouvrage indispensable pour comprendre une des œuvres qui a profondément renouvelé les sciences sociales et la philosophie et qui s’avérera une des plus importantes de la pensée contemporaine.

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 19:33

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Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net



Le Parti Communiste d'Afrique du Sud (SACP) est un parti qui a une grande histoire forgée dans la lutte contre l'apartheid, et dans laquelle il a tissé des liens de sang avec ses organisations frères: l'ANC de Mandela et le syndicat de la COSATU. Avec ses trois organisations, ils forment l'alliance tri-partite qui gère l'Afrique du Sud depuis 1994, et le retour de la démocratie.

Parti de plus de 20 000 militants à l'aube de l'an 2000, le Parti Communiste a su devenir un parti de masse, avec ses 96 000 militants – avec une jeunesse et un dynamisme notable chez ses adhérants – non en reniant ses fondamentaux marxistes-léninistes mais bien en affirmant sa nature de parti de classe. Sa force repose avant tout sur son implantation dans les quartiers et sur les lieux de travail, sur son lien organique avec le syndicat de classe COSATU et enfin sur la justesse de sa position vis-à-vis de l'évolution de la Révolution national-démocratique.

Pilier de l'alliance tri-partite, défenseur acharné des conquêtes de la lutte contre l'apartheid, le Parti communiste n'en reste pas moins très critique envers l'évolution « bourgeoise » et « capitaliste » de la Révolution national-démocratique. Et c'est ici moins un instantané que la mise en perspective historique du Parti Communiste qui nous permet de mieux comprendre les racines de cette révolution inachevée.

AC



Tout au long du mois d'avril, avec nos alliés, le SACP a mené une campagne pour intensifier la lutte contre la corruption. Nous avons entamé 34 jours de lutte intensive le 29 mars, lors d'un séminaire plus que réussi sur la corruption à Braamfontein. Durant ce mois d'avril, et en l'honneur de notre martyr, le camarade Chris Hani, nous avons porté la campagne dans les quartiers et les lieux de travail. Le 30 avril, il y eut un défilé massif mené par le SACP à Durban contre la corruption avec à sa tête notre secrétaire-général, le camarade Blade Nzimande, et le secrétaire-général de la COSATU, le camarade Zwelinzima Vavi



Et le jour suivant, le 1er mai 2010, en tant qu'intervenants du SACP, avec nos camarades de la COSATU et de l'ANC, nous avons profité de l'occasion des commémorations du 1er mai dans tout le pays pour conclure cette première phase de ce qui doit être désormais une lutte intensive et de tous les moments contre le fléau de la corruption.



Mais pourquoi le SACP a-t-il choisi le thème de l'intensification de la lutte contre la corruption? Et n'y a-t-il pas d'autres questions importantes concernant la classe ouvrière d'Afrique du Sud en ce moment? Oui, nous avons de nombreux défis à affronter, mais si nous ne remportons pas une victoire contre ce fléau que constitue la corruption, nous perdrons sur toute la ligne.



La lute contre la corruption est une lutte morale, mais elle n'est pas juste une lutte morale. Elle fait partie intégrante de la lutte de la classe ouvrière et des forces populaires contre ceux qui compromettent, affaiblissent, sapent et littéralement bradent notre Révolution national-démocratique.



Pour comprendre pourquoi nous disons cela, il est important de revenir un peu en arrière et de penser à la réalité actuelle de l'Afrique du Sud





16 années de démocratie et notre peuple vit encore dans la pauvreté





Mardi de la semaine dernière, nous avons fêté le 16ème anniversaire de la démocratie en Afrique du sud. Durant ces 16 années, ensemble, nous avons accompli de grandes choses. Et pourtant les travailleurs et pauvres d'Afrique du sud continuent à endurer des salaires de misère, le chômage, le manque de terres, des services de santé de piètre qualité et plus généralement de piètres opportunités en terme d'éducation et de formation.



Durant les 16 dernières années, nous avons réalisé de grandes choses, mais:



  • lorsque nous avons commencé en 1994, le taux de chômage (dans sa définition la plus étroite) avait atteint le niveau critique de 24%. Au milieu de l'année 2008, juste avant que la crise capitaliste mondiale frappe l'Afrique du sud, et après 15 ans de croissance économique, quel était le taux de chômage (toujours défini de manière étroite)? Il était plus ou moins EXACTEMENT au même niveau que celui de notre point de départ – 24%!! (Depuis la récession, et la perte de près d'1 million d'emplois l'année dernière, la crise du chômage a encore empiré)



  • lorsque nous avons commencé en 1994, après des siècles d'oppression raciale, nous étions l'une des sociétés les plus inégales au monde. Et maintenant, après 16 années de « services rendus » à notre peuple, où en sommes-nous? De manière choquante, les inégalités de revenus (mesurés par le coefficient dit GINI) nous enseignent que nous sommes restés une société plus inégalitaire que jamais. Nous sommes parmi les pires pays dans le monde. Et cette inégalité reste fortement racialisée.

 

  • Lorsque nous avons commencé en 1994, dans notre Programme de Développement et de Reconstruction (RDP), nous avions estimé que la pénurie de logements était de 3 millions. De manière incroyable, au cours des 16 dernières années, nous avons en réalité construit plus de 3 millions de maisons à coût modéré. Alors, quelle est l'état de la pénurie des logements désormais? Selon le Ministère du logement, la pénurie de logement se situe désormais quelque part entre 2 et 3 millions de logements!!

 

 

Pourquoi avons-nous l'air de tourner en rond? Pourquoi, quand vous avez fait tant de choses au cours des 16 dernières années, avons-nous l'impression de revenir à notre point de départ?



La DA [droite nostalgique de l'apartheid] et les autres partis d'opposition nous disent que nous ne pouvons continuer à accuser l'apartheid. Et, en quelque sorte, le SACP est d'accord avec eux (mais seulement pour être en désaccord total avec eux, bien sûr, en fin de compte). Oui, il est vrai que nous ne pouvons pas continuer à accuser l'apartheid... c'est le CAPITALISME qu'il faut accuser.



Après tout, nous avons démantelé le système d'apartheid, nous avons aboli les lois d'apartheid et la constitution d'apartheid. Mais sous l'apartheid, il y a toujours eu un système qui le soutenait et le façonnait... et ce système était un système capitaliste.



Et avant l'apartheid, pendant la période du ségrégationnisme sous Jan Smuts, il y avait un système qui continuait à fonctionner, façonnant les destinées de notre pays et de son peuple... et ce système était un système capitaliste.



Mais avant le ségrégationnisme, pendant la période de la conquête coloniale et de la dépossession, il y avait un système qui a envoyé des armées sur nos côtes, qui a mis en place des lignes de chemins de fer et construit des ports coloniaux, qui ont contraint des millions de paysans à devenir des travailleurs migrants. Il y avait un système qui était à l'origine de la formation de l'Afrique du sud elle-même, si on remonte à 1910, il y a exactement 100 ans... et ce système était un système capitaliste.



Nous avons aboli l'apartheid, Smuts est venu et est reparti, l'ère de la conquête impériale et de la colonisation de notre pays est du passé... mais ce qui continue à exister, c'est ce même système d'oppression qu'est le capitalisme.



Et ici, nous ne sommes pas en train de parler du capitalisme en général, mais la version particulièrement virulente de capitalisme semi-colonial qui a été imposé à l'Afrique du sud au cours des cent dernières années. C'est une version du capitalisme qui persiste à ce jour.



Si l'on veut comprendre pourquoi, après 16 années de démocratie et un grand nombre de « services rendus » à notre peuple, nous continuons encore à tourner en rond – alors, il est absolument essentiel de comprendre la nature du modèle de croissance capitaliste Sud-Africain. Nous devons le comprendre, afin collectivement de le déraciner et de le détruire, et de mettre notre pays sur les rails d'un nouveau modèle de développement.



Le modèle de croissance capitaliste semi-colonial de l'Afrique du sud



Afin de comprendre les traits principaux du modèle de croissance capitaliste qui est en place depuis 100 ans, il est nécessaire tout d'abord de se rappeler comment le capitalisme est arrivé en Afrique du sud. Il n'a pas émergé de manière organique. Il a été imposé, tout neuf, tout juste sorti de la boîte, importé du plus avancé des pays capitalistes, fin 19ème siècle. C'est la révolution minière de la fin 19ème siècle importée qui a marqué les débuts de la révolution capitaliste Sud-africaine.



Depuis, notre économie a été dominée par ces réalités qui ont façonné notre société:



  • Encore aujourd'hui, l'Afrique du sud est trop dépendante de l'EXPORTATION de biens bruts, primaire, comme les minerais.



  • Encore aujourd'hui, l'Afrique du sud est trop dépendante de l'IMPORTATION de biens manufacturés, machines-outils, technologies et biens de luxe.



  • Encore aujourd'hui, il y a un niveau élevé de concentration monopoliste dans notre économie – les nombreux scandales autour des ententes sur le prix du pain ou de l'acier, par exemple, dévoilés par la Commission sur la concurrence, en sont une indication.



  • Liés à tout ce qui était dit au-dessus, nos petites et moyennes industries sont très faiblement développées et notre secteur manufacturier est faible (et il est devenu encore plus faible au cours des dix dernières années, puisque de nombreuses régions de notre pays ont été dés-industrialisées). Pourtant, ce sont les branches qui sont généralement les plus intensives en main d'œuvre.

     

  • Encore aujourd'hui, comme au tout début du capitalisme en Afrique du sud, nous avons un marché du travail fortement dualisé. D'un côté, une mince strate d'artisans qualifiés et de techniciens – autrefois presque exclusivement blancs. Et, d'un autre côté, une masse de travailleurs non-qualifiés et semi-qualifiés. A l'origine, la majorité de ces travailleurs étaient des travailleurs migrants rattachés aux mines. Mais avec le développement du capitalisme, a émergé une classe ouvrière noire plus installée, urbanisée – mais cela n'a rien changé à la nature fortement dualisée du marché du travail.



  • Nous continuons à avoir une classe ouvrière divisée parce que notre système d'éducation et de formation reproduit encore une mince minorité de personnes qualifiées, et une masse de personnes sous-qualifiées et souvent inemployables.



  • Nous avons une classe ouvrière divisée parce que la masse des travailleurs et des pauvres continue à être marginalisée dans les townships-dortoirs sombres et loins du centre. Même nos trois millions de maisons du plan RDP ont reproduit cette répartition spatiale héritée de l'apartheid – les quartiers communautaires existent en fait, si ce n'est en droit. Désormais ils sont reproduits par le marché immobilier capitaliste.



Mis ensemble, ces éléments essentiels du modèle de croissance capitaliste de l'Afrique du sud nous emmènent au cœur de la réponse à cette question: pourquoi, en 16 ans de démocratie, avons-nous l'impression de tourner en rond?



Nous devons mettre l'Afrique du sud sur modèle de croissance différent. C'est exactement ce que le Président Zuma a déclaré lors de son Discours sur l'Etat de la nation au Parlement l'an dernier. C'est exactement ce que le camarade Pravin Gordhan a déclaré lors de son discours sur le budget cette année. C'est exactement ce que le gouvernement avait en tête quand il a rendu public son nouveau Plan d'action de politique industrielle (IPAP) cette année. L'IPAP est un facteur clé dans la transformation de notre modèle de croissance actuel, capitaliste semi-colonial. La même analyse s'applique à toutes nos autres priorités stratégiques – créations d'emplois, développement rural, la couverture sociale y compris la NHI (Assurance nationale de santé), l'éducation et la formation, la rupture avec le moule des townships-dortoirs et la constitution de quartiers avec mixité sociale, la lutte contre le crime et la corruption – ce ne sont pas des défis déconnectés les uns des autres – ils sont tous liés et forment un tout pour mettre notre société sur les rails d'un modèle de développement différent.



Mais pourquoi n'avons-nous pas commencé à nous occuper de cela plus tôt?





Le facteur subjectif – le projet de classe 1996

 

 

Jusque là, nous avons regardé la réalité OBJECTIVE à laquelle nous sommes confrontés – ce système capitaliste semi-colonial qui continue à reproduire la pauvreté, le chômage et l'inégalité. Mais pour expliquer pourquoi nous n'avons pas sérieusement transformé cette réalité objective, il est aussi important de nous examiner nous-mêmes, la réalité SUBJECTIVE – en d'autres termes, nous devons regarder à ce qui se passe au sein de notre propre mouvement – l'alliance menée par l'ANC.



Au cours des dix dernières années, après une lutte longue et difficile, idéologique et organisationnelle, au sein de notre mouvement, le SACP, avec un large éventail des forces de l'Alliance, a réussi à vaincre, à tous les niveaux, la domination dans l'ANC et le gouvernement d'un courant droitier, réformiste – ce que nous avons appelé « le projet de classe 1996 ».



Dans les médias, et parmi nos opposants, notre lutte contre cette tendance a souvent été dépeinte comme une bataille étroitement sectaire entre personnalités et factions, uniquement pour prendre le contrôle de l'ANC. Il est important de nous rappeler que ce n'était JAMAIS ce que NOTRE lutte contre le « projet de classe 1996 » a été.



Nous avons dit que c'était une lutte contre le RÉFORMISME, et ce pour une raison très précise. Dès le milieu des années 1990, l'ANC a commencé à être dominée par une tendance qui ne pouvait pas et ne voulait pas reconnaître que faire progresser et défendre la Révolution national-démocratique après 1994 nécessitait une lutte intensifiée pour transformer radicalement (et ne pas seulement réformer) les traits semi-coloniaux du modèle de croissance capitaliste Sud-africain vieux d'un siècle.



En revanche, ils ont cru que la croissance tirée par le marché (cad, en pratique, la perpétuation du même modèle de croissance semi-colonial), mais désormais sous la co-direction d'une nouvelle classe politique et capitaliste noire, était l'objectif stratégique principale de la Révolution national-démocratique post-1994. « Allez-y, faites-vous du fric! », ont-ils dit aux cadres de l'ANC



Mais ce « projet de classe 1996 » avait toute une série de contradictions internes. Une de ces contradictions était la tension entre:



  • les exigences de restaurer le processus d'accumulation capitaliste, et de retrouver le modèle de croissance traditionnel après une décennie de crise aggravée dans les dernières années de l'apartheid, d'une part et;



  • le processus d'accumulation primitive qui avait besoin d'une nouvelle strate de capitalistes noirs (« capitalistes sans capital »), d'autre part.



Le premier objectif exigeait que la nouvelle classe politique utilise le pouvoir d'Etat pour créer un environnement favorable aux investisseurs, pour créer des conditions favorables aux grands groupes Sud-Africains pour qu'ils puissent s'étendre régionalement et internationalement, qu'ils adoptent une ligne dure sur le déficit budgétaire (cad, de réduire le « fardeau » fiscal pour la bourgeoisie), et de s'atteler au problème des goulots d'étranglement qui se sont constitués durant les 15 derniers années du régime d'apartheid. Cela nécessitait aussi la stabilisation de « l'État de droit » bourgeois, la garantie des droits de propriété, et une gestion politique « raisonnable » de l'État (cad, « raisonnable » comme l'estiment les agences de notation internationale et les entreprises trans-nationales d'audit).



Le second processus a été confronté au dilemme suivant: comment une strate de capitalistes en herbe allaient acquérir le capital. Deux stratégies liées entre elles ont été utilisées pour encourager la création d'un capital BEE [Black economic empowerment – législation post-apatheid encourageant l'accès à des postes de direction ainsi que la détention d'actions, d'entreprises et plus largement de capital par la bourgeoisie noire]



  • Utilisant la législation ainsi que d'autres moyens, on a imposé à la bourgeoisie en place de laisser une partie du gâteau aux entrepreneurs BEE. Dans le fond, cela a été un mariage d'intérêt entre éléments de la nouvelle caste politique d'Etat et le capital en place. En échange de la dot que constituent des politiques d'Etat « favorables au marché », le capital en place a accepté à contre-coeur de céder un pourcentage des titres de propriété à la nouvelle élite. Nous savons, bien sûr, que ce type de promotion étroite BEE a été pleine de faiblesses. Les objectifs ne sont que rarement respectés. Tous les capitalistes sans capital assoiffés ne peuvent être hébergés dans les Conseils d'administration. Les capitalistes BEE se sont souvent vu accorder des activités marginales (comme la plupart des mines BEE – cf le récent scandale Aurore). Bon nombre des capitaux BEE sont aussi des capitaux fortement endettés. Ce sont souvent des actions cédées sous forme de prêt à rembourser dans une période de 5 ans, par exemple, et sujettes aux fluctuations de la Bourse. Le capital BEE est, donc, aussi typiquement un capital non-productif – mais plutôt un capital retiré de la circulation productive – et par conséquent un investissement sans création d'emplois. En outre, cette couche capitaliste BEE souvent ne joue pas, et ne peut pas jouer, le rôle plein et entier d'une classe capitaliste. Son rôle de propriétaire est souvent nominal (il sert de façade à d'autres), et son rôle actif managérial dans l'investissement et la redistribution de capital est limité. Ce sont les raisons pour lesquelles nous les avons qualifié comme étant une classe aux tendances « compradores », cad qu'elles agissent souvent comme un intermédiaire, représentant les intérêts du grand capital (national et international) dans les marchés locaux, en particulier les appels d'offre.



  • L'utilisation des chartes et de la législation BEE pour récupérer du capital de la bourgeoisie en place, pour promouvoir une nouvelle couche de capitalistes noirs a été UNE source du capital BEE. Le second moyen principal a été le pillage éhonté des ressources publiques. Comme tous les capitalistes émergents avant eux – des propriétaires terriens de l'Angleterre du 17ème siècle qui ont clôturé les Communaux, aux randlords d'Afrique du Sud de la fin 19ème et début 20 ème – nos capitalistes noirs émergents se sont souvent montrés peu préoccupés par les subtilités du droit, ou le respect de la propriété et des ressources publiques. Au cours des 15 dernières années, il y a eu un pillage massif de ressources publiques, en utilisant notamment les procédures d'appels d'offres publics soit à grande échelle (comme pour les commandes d'armement) ou à l'échelle micro, au niveau des gouvernements locaux. Les accords de privatisation, le tender-preunariat [de tender-preneur – jeu de mot entre tender (marché public) et entrepreneur – néologisme du SACP désignant les capitalistes sud-africains qui se sont enrichis grâce aux marchés publics frauduleux], les renvois d'ascenseur, les bonus de « performance » gonflés dans les entreprises para-publiques, ont été tout un tas de mécanismes de cette forme d'accumulation primitive. Certains d'entre eux étaient protégés par la « loi », la plupart ont été de la corruption pure et simple.



Il est facile de voir comment, tôt out tard, le projet de classe 1996 se heurterait à toute une série de contradictions internes, en particulier entre les exigences de mise en place d'un État de droit bourgeois qui obtiendrait l'approbation d'Ernest and Young et des autres, d'une part, et le mépris de la loi implicite inhérent à tout processus d'accumulation primitive vivant de manière parasitaire sur les ressources publiques et étatiques, d'autre part.



Depuis environ 2005, les contradictions entre les intérêts de ceux qui étaient désormais fermement établis comme capitalistes (et qui étaient bien heureux que l'on ferme les yeux sur leurs propres pillages antérieurs) et ceux qui sentaient qu'ils ne l'étaient pas encore suffisamment ont commencé à se manifester au sein de l'ANC et du gouvernement. Les figures associées au projet de classe 1996 ont été incapables dee maintenir l'équilibre entre ces forces contradictoires qu'ils avaient eux-mêmes déchainés. Cela a contribué à leur défaite à la conférence nationale de l'ANC, à Polokwane en 2007



Comme nous l'avons dit auparavant, les forces derrière cette défaite n'étaient pas, elles, unies. D'une part, le SACP, la COSATU et tant d'autres au sein de l'ANC ont avancé une critique DE PRINCIPE des POLITIQUES réformistes du projet de classe 1996. D'autre part, il y avait ceux dont l'opposition au cercle autour de l'ancien président Mbeki ne reposait pas sur des questions politiques, mais sur de petites rivalités personnelles, des ambitions affairistes frustrées, et un sens particulier de l'injustice, l'idée que l'État de droit n'était valable que pour les autres, et pas pour eux.



La nouvelle tendance



Les tensions et défis actuels au sein de l'ANC se trouvent fondamentalement entre:



  • ceux pour qui Polokwane visait à faire de la place pour leurs propres appétits, pour faire leur place dans le processus d'accumulation primitive, trouver une « gamelle »; et



  • chacun d'entre nous, ceux pour qui l'élimination du groupe Mbeki visait à créer les conditions pour changer de politique, pour se concentrer sur la tâche principale qui est placer notre pays sur les rails d'une voie de développement différent, pour se concentrer sur nos priorités stratégiques majeures – création d'emplois, couverture santé, éducation, développement rural et lutte contre le crime et la corruption.



Et c'est pourquoi, pour ce premier mai 2010, en tant que SACP, nous disons que le principal défi OBJECTIF de notre lutte national-démocratique en 2010 est d'avancer dans la voie d'un nouveau modèle de développement pour notre pays.



Mais si nous voulons nous élever jusqu'à ce défi objectif, alors nous devons, dans le même temps traiter le défi SUBJECTIF majeur – vaincre le fléau de la corruption dans notre société en général, y compris dans le secteur privé, bien sûr, mais, en particulier, dans nos rangs, dans notre propre mouvement, et au sein du gouvernement



Il y a quarante ans, le jeune Chris Hani avaient courageusement rédigé, et apposé sa signature, un mémorandum adressé à la direction de l'ANC en exil. Dans ce mémorandum, Hani et ses co-signataires ont cherché à analyser pourquoi la lutte armée connaissait un reflux. Le mémorandum identifiait le factionnalisme, le favoritisme, la perte du zèle et de la moralité révolutionnaire et l'impact corrosif de la corruption dans nos rangs. Certains membres de la direction ont arrêté à l'époque Hani pour « mutinerie ». Cependant, d'autres dirigeants de l'ANC ont reconnu la sagesse et les intentions constructives du camarade Chris Hani et de ses compagnons et ils l'ont relâché. Le mémorandum a joué un rôle direct dans la fameuse conférence de l'ANC de Morogoro de 1969, et cela, en retour, a mené à la revitalisation de notre mouvement et à une reprise importante dans la lutte populaire révolutionnaire dans notre pays, au cours de la décennie suivante.



En 2010, honorons la mémoire révolutionnaire du camarade Chris Hani. Dans les boutiques, dans les organismes para-étatiques, dans le privé comme dans le public, dans nos quartier et nos organisations, engageons-nous tous solennellement à nous tenir debout et à éradiquer toutes les formes d'abus et de corruption



Ensemble, restons vigilants!



Tivusa Tingwenya!



Que les tender-preneurs, les fraudeurs, les rentier, ceux qui s'engraissent en volant le peuple, que tous ceux-là tremblent!



A LUTA CONTINUA! VIVE L'ESPRIT COMBATTANT DE CHRIS HANI!!

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 19:21

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La Coupe du monde de football qui se déroule pour la première fois sur le continent africain constitue un événement sportif, économique, politique, culturel d’une formidable portée. Fan ou pas du ballon rond, laissons de côté les frasques des membres de l’équipe de France, le fric déversé à la pelle, l’imbécilité de certains joueurs ou membres de l’encadrement et tout ce qui fait dire à beaucoup que le foot peut être comparé aux jeux de Rome : faire oublier la dure réalité de la vie pour le plus grand nombre. Le football, le vrai, c’est autre chose. Du plaisir, de l’engagement, l’esprit de groupe et de solidarité. Rien à voir avec les coups de boule ou autre main traînante.

Le Mondial 2010 confirme, comme l’écrit le journal britannique « The Guardian », que l’Afrique est aujourd’hui « un intervenant incontournable sur la planète football, un changement remarquable en un temps relativement court. » Quant à l’hebdomadaire nord-américain « Time », plutôt friand de base-ball ou de basket, il consacre sa « Une » à l’événement et souligne que « le ballon rond est désormais bien plus qu’un sport mais aussi l’expression de la bonne ou de la mauvaise santé sociale d’un pays ou d’un continent. »

Des centaines de millions d’hommes et de femmes, de jeunes et d’anciens sur toute la planète vont suivre les matchs à la télévision et vibrer aux exploits de leurs équipes nationales ou de prédilection. On ne peut négliger un tel phénomène. Quant à l’Afrique du sud, elle vit une fête sans égal réunissant une large majorité de la population.

Plusieurs commentaires sur les retombées économiques publiés dans la presse sud-africaine laisse pointer des interrogations. « Les stades sont superbes, mais la plupart des emplois créés étaient des contrats sur des chantiers à court terme et on voit mal quels seront les bénéfices à plus long terme », peut-on lire dans plusieurs quotidiens locaux. D’autres voix se font entendre et reproduits par « The New York Times » pour regretter que la mascotte officielle de la première Coupe du monde organisée en Afrique, un léopard en peluche à la tignasse verte, est fabriquée en Chine, la chanson officielle « Waka Waka » écrite par une pop star colombienne, le restaurant officiel portant le nom de McDonald’s. Tout cela est vrai mais ne recouvre pas les principaux enseignements à tirer. Ce n’est pas seulement des stades qui ont été construits mais aussi des routes, des voies de chemin de fer, des systèmes de télécommunication… Et pourtant l’essentiel n’est pas là mais plutôt dans la fierté d’un continent, dans le ballon rond au service du rassemblement d’un peuple qui, il n’y a pas si longtemps, vivait sous le régime d’apartheid. L’archevêque Desmond Tutu, le très proche ami de Nelson Mandela, dansait et chantait jeudi soir lors du grand concert inaugural. « Je vis un rêve pour toute l’Afrique », a-t-il déclaré. Rêvons avec lui que le Mondial 2010 soit une grande fête réunissant au-delà des différences de couleur de peau ou de culture, rêvons aussi que cette Coupe du monde puisse donner un élan au développement de l’Afrique toujours soumise à la surexploitation et au mépris des multinationales et des « grands » de ce monde.

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 19:17

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Historien Israélien dissident, désormais expatrié en Grande-Bretagne, Ilan Pappé se distingue par ses analyses claires et lucides des ressorts internes du conflit. En un récent article publié dans le Herald Scotland, il explique le lavage de cerveau auquel est soumis tout citoyen israélien. Et éclaire les motivations biaisées et fallacieuses sous-tendant l’attaque de la flottille. Traduction.

"Ce qui guide la politique d’Israël" - Un texte d’Ilan Pappé

Traduction d’un article publié dans le Herald Scotland, le 6 juin 2010.


Historien israélien dissident, aujourd’hui professeur d’histoire à l’Université d’Exeter et directeur du Centre européen d’études sur la Palestine, Ilan Pappé a longtemps vécu en Israël, donnant de la voix contre le sionisme. Lassé de vivre dans un environnement « hostile », d’être traité « comme un pestiféré » [1], il s’est finalement exilé en Grande-Bretagne en 2007.

Celui qui dénonce sans relâche la réécriture historique pratiquée par Israël, l’endoctrinement de sa population, le processus de colonisation et le massacre des Palestiniens à l’œuvre depuis plus de 60 ans [2] explique dans l’article traduit ci-dessous (la version originale, publiée le 6 juin, est ICI) les ressorts psychologiques qui ont poussé l’état sioniste à attaquer la flottille de Gaza il y a une dizaine de jours. Et explique pourquoi les "solutions" mises en avant par la communauté internationale ne sont absolument pas adaptées à la réalité du conflit.

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Ce qui guide la politique d’Israël

L’aspect le plus déroutant de l’affaire de la flottille de Gaza a très certainement été la défense indignée et moralisatrice du gouvernement et du peuple israélien.

Les modalités de cette réponse sont peu relayées par la presse britannique, mais il s’agit aussi bien de parades officielles, célébrant l’héroïsme des commandos ayant pris d’assaut le navire, que de manifestations d’écoliers en soutien inconditionnel au gouvernement et contre la nouvelle vague d’antisémitisme.

En tant que natif d’Israël, passé avec enthousiasme par tout son processus de socialisation et d’endoctrinement pendant un quart de siècle, je ne connais que trop bien cette réaction. Comprendre l’origine de cette attitude furieusement protectrice est une clé essentielle pour appréhender correctement le principal obstacle à la paix en Israël et en Palestine. On ne peut mieux définir cette barrière que comme la perception officielle et populaire qu’ont les juifs Israéliens de la réalité politique et culturelle qui les entoure.

Un certain nombre de facteurs expliquent ce phénomène, mais trois d’entre eux sont particulièrement remarquables, et interconnectés. Ils forment l’infrastructure mentale individuelle sur laquelle la vie en Israël de tout juif sioniste est basée, et dont il est presque impossible de s’écarter – ce dont, personnellement, je n’ai que trop fait l’expérience.

La première hypothèse, et la plus importante, est la suivante : ce qui était historiquement la Palestine est d’après un irréfutable droit sacré la propriété politique, culturelle et religieuse du peuple juif représenté par le mouvement sioniste, puis plus tard par l’état d’Israël.

La plupart des Israéliens, les hommes politiques comme les citoyens, comprennent que ce droit ne peut être pleinement appliqué. Mais bien que les gouvernements successifs aient été assez pragmatiques pour accepter la nécessité d’entamer des négociations de paix et celle d’une sorte de compromis territorial, ce rêve n’a pas été abandonné. Et - ce qui est encore plus important - la conception et la représentation de toute politique réaliste est ainsi considérée comme un acte de générosité internationale ultime et sans précédent.

Toutes les insatisfactions palestiniennes ou - dans le cas qui nous intéresse - internationales, exprimées devant chaque proposition mise en avant par Israël depuis 1948, ont donc été considérées comme insultantes et ingrates face à la politique accommodante et éclairée de la "seule démocratie du Moyen-Orient". Maintenant, imaginez que ce mécontentement se traduise par une lutte réelle et parfois violente, et vous commencez à comprendre les mécanismes de cette fureur vertueuse. Lorsque nous étions écoliers, pendant le service militaire et plus tard en tant que citoyens israéliens adultes, la seule explication donnée aux réactions arabes ou palestiniennes était que notre comportement civilisé s’opposait à la barbarie et aux antagonismes de la pire espèce.

Selon le discours dominant, il y a deux forces malveillantes à l’œuvre contre Israël. La première consiste en l’ancien et habituel mouvement antisémite du monde au sens large, un virus infectieux touchant soi-disant tous ceux qui entrent en contact avec les Juifs. Selon ce discours, les Juifs modernes et civilisés ont été rejetés par les Palestiniens simplement parce qu’ils étaient juifs, et non par exemple parce qu’ils ont volé leur terre et leur eau jusqu’en 1948, expulsé la moitié de la population Palestinienne en 1948, imposé une occupation violente de la Cisjordanie et, dernièrement, un siège inhumain de la bande de Gaza. Cela explique également pourquoi l’action militaire est considérée comme la seule réaction possible : une fois les Palestiniens vus comme cherchant inéluctablement à détruire Israël, suivant en cela une pulsion atavique, la seule manière d’y faire face repose sur la force militaire.

La seconde force est également un phénomène à la fois ancien et nouveau : une civilisation islamique qui cherche à détruire les Juifs en tant que foi et nation. Le courant dominant chez les orientalistes israéliens, appuyés par de nouveaux universitaires conservateurs aux États-Unis, a contribué à définir cette phobie comme étant une vérité scientifique. Ces peurs, pour être immuables, doivent évidemment constamment être nourries et manipulées.

De là découle la seconde caractéristique permettant une meilleure compréhension de la société juive israélienne : Israël est dans une position de déni. Même en 2010, avec tous les moyens de communication et d’information alternatifs et internationaux, la plupart des Juifs israéliens sont toujours alimentés quotidiennement par des médias qui leur cachent la réalité de l’occupation, de la stagnation ou de la discrimination. C’est notamment valable en ce qui concerne le nettoyage ethnique commis par Israël en 1948, qui a transformé la moitié de la population palestinienne en réfugiés, a détruit la moitié de ses villes et villages, et laissé 80% de leur pays entre les mains des Israéliens. Il est douloureusement clair que, même avant que les murs et clôtures de l’apartheid n’aient été construits autour des territoires occupés, l’Israélien moyen n’était pas au courant. Et pouvait ne pas s’intéresser aux 40 années de violations systématiques des droits civils et humains de millions de personnes, réalisées sous le contrôle direct et indirect de son État.

Les Israéliens n’ont pas non plus eu accès à des compte-rendus honnêtes sur la souffrance des habitants de la bande de Gaza pendant les quatre dernières années. Et, sur le même schéma, les informations distillées sur la flottille correspondent à l’image d’un État attaqué par les forces combinées de l’antisémitisme séculaire et du nouvel islamisme judéocide fanatique, forces débarquant pour détruire Israël. (Après tout, pourquoi auraient-ils envoyé l’élite des meilleurs commandos du monde pour faire face à des militants des droits de l’homme sans défense ?)

Quand j’étais jeune historien en Israël dans les années 1980, c’est d’abord ce déni qui a attiré mon attention. En tant que chercheur débutant, j’avais décidé d’étudier les événements de 1948, et ce que j’ai alors trouvé dans les archives m’a permis de mettre un pied hors du sionisme. Doutant de l’explication officielle du gouvernement à propos de son agression du Liban en 1982 et de son comportement pendant la première Intifada en 1987, j’ai commencé à réaliser l’ampleur de la manipulation. Je ne pouvais plus souscrire à une idéologie déshumanisant les Palestiniens autochtones et favorisant des politiques de dépossession et de destruction.

Le prix de ma dissidence intellectuelle a fini par tomber : la condamnation et l’excommunication. En 2007, j’ai quitté Israël et mon travail à l’Université d’Haïfa pour un poste d’enseignant au Royaume-Uni, où les points de vue qui seraient au mieux considérés en Israël comme de la folie, au pire comme une trahison pure et simple, sont partagés par presque toutes les personnes honorables du pays, qu’elles aient ou non une connexion directe à Israël et à la Palestine.

Ce chapitre de ma vie - trop compliqué à décrire ici - constitue la base de mon prochain livre, Out Of the Frame, qui sera publié cet automne. Brièvement, il s’agit de l’évolution d’un sioniste israélien tout ce qu’il y a de plus banal et ordinaire, évolution menée grâce à la découverte de sources d’information alternatives, à des relations étroites avec plusieurs Palestiniens et à des études post-universitaires à l’étranger, en Grande-Bretagne.

Ma quête d’une véritable histoire des événements au Moyen-Orient m’a obligé à démilitariser mon esprit. Même aujourd’hui, en 2010, Israël reste, à bien des égards, un État prussien colonisateur. C’est-à-dire un État combinant, à tous les niveaux de la vie, des politiques colonialistes et un haut niveau de militarisation. il s’agit là de la troisième caractéristique de l’État juif, à appréhender pour comprendre la réaction israélienne. Elle se manifeste par la domination de l’armée sur l’ensemble de la vie politique, culturelle et économique d’Israël. Le ministre de la Défense, Ehud Barak, a ainsi été le commandant de Benjamin Netanyahu, le Premier ministre, dans une unité militaire semblable à celle qui a agressé la flottille. Un contexte qui explique grandement la réponse sioniste de l’État à ce qu’eux et tous les officiers de commando ont perçu comme l’ennemi le plus redoutable et le plus dangereux qui soit.

Il faut probablement être né en Israël, comme je le suis, et être passé par tout le processus de socialisation et d’éducation - y compris le service militaire – , pour saisir la puissance de cette mentalité militariste et ses conséquences désastreuses. Et il faut un tel passé pour saisir pourquoi les fondements de l’approche de la communauté internationale au Moyen-Orient sont totalement et désastreusement inadaptés à la situation.

La réaction internationale se base sur l’hypothèse que des concessions palestiniennes croissantes et un dialogue continu avec l’élite politique israélienne pourraient faire émerger une nouvelle réalité sur le terrain. Selon le discours officiel en Occident, une solution très raisonnable et réalisable - la solution des deux États - est à portée de la main pour peu que toutes les parties fournissent un ultime effort. Un tel optimisme est malheureusement erroné.

La seule version de cette solution [des deux États] qui soit acceptable pour Israël ne saurait l’être pour l’Autorité palestinienne apprivoisée à Ramallah, non plus que pour le Hamas péremptoire à Gaza. Comprendre : l’offre d’emprisonner les Palestiniens dans des enclaves apatrides pour peu qu’ils mettent fin à leur lutte. Ainsi, avant même de discuter d’une solution alternative - un État démocratique commun, ce que je soutiens moi-même - ou d’explorer l’idée plus plausible de l’établissement de deux États, il faut transformer en profondeur la mentalité officielle et populaire en Israël. Cette mentalité est le principal obstacle à une réconciliation pacifique dans le terrain morcelé d’Israël et de la Palestine.

Comment peut-on la faire évoluer ? C’est là le plus grand défi que doivent relever les militants en Palestine et en Israël, les Palestiniens et leurs partisans à l’étranger, et toute personne dans le monde se souciant de la paix au Moyen-Orient. Ce qu’il faut, en premier lieu, c’est la reconnaissance que l’analyse présentée ici est valable et acceptable. Alors seulement, on pourra commencer à faire des conjectures.

Il est présomptueux de s’attendre à ce que les gens revisitent une histoire de plus de 60 ans afin de mieux comprendre pourquoi l’agenda international actuel concernant Israël et la Palestine repose sur des bases erronées et préjudiciables. Mais on peut certainement s’attendre à ce que les politiciens, les décideurs géopolitiques et les journalistes réévaluent ce qui a été appelé par euphémisme le "processus de paix " depuis 1948. Il faut également leur rappeler ce qui s’est réellement passé.

Depuis 1948, les Palestiniens luttent contre le nettoyage ethnique de la Palestine. Cette année-là, ils ont perdu 80% de leur patrie et la moitié d’entre eux ont été expulsés. En 1967, ils ont perdu les 20% restants. Ils ont été fragmentés géographiquement, et traumatisés comme personne ne l’a été au cours de la seconde moitié du 20e siècle. Et n’eut été la fermeté de leur mouvement national, cette fragmentation eut pu permettre à Israël de faire main basse sur l’ensemble de la Palestine historique, poussant les Palestiniens vers l’oubli.

Transformer un état d’esprit est un long processus d’éducation et de conscientisation. Contre toute attente, certains groupes alternatifs au sein d’Israël avancent sur cette longue et sinueuse route vers le salut. En attendant, il faut mettre un terme à ces politiques israéliennes qui sont symbolisées par le blocus de Gaza. Elles ne cesseront pas plus à cause des faibles condamnations internationales que nous avons entendues la semaine dernière qu’en raison du mouvement à l’intérieur d’Israël, trop faible pour provoquer un changement dans un avenir proche. Et le danger ne réside pas seulement dans la destruction continue des Palestiniens, mais aussi dans la constante surenchère israélienne qui pourrait conduire à une guerre régionale, avec des conséquences désastreuses pour la stabilité de l’ensemble du monde.

Par le passé, le monde libre a fait face à ce type de situations explosives en prenant des mesures fermes, comme les sanctions contre l’Afrique du Sud et la Serbie. Seules des pressions sérieuses et durables des gouvernements occidentaux sur Israël feront là-bas passer ce message que le chantage militaire et la politique d’oppression ne peuvent être moralement et politiquement acceptables pour le monde auquel Israël veut appartenir.

La continuité dans la diplomatie des négociations et des "pourparlers de paix" permet aux Israéliens de poursuivre sans cesse la même stratégie ; et plus cela perdure, plus il sera difficile de réparer les dégâts. Le moment est venu de s’unir avec les mondes arabe et musulman, en offrant à Israël une possibilité de rentrer dans la norme et de se faire accepter, en contrepartie d’un abandon inconditionnel des idéologies et pratiques passées.

Le retrait de l’armée de la vie des Palestiniens opprimés en Cisjordanie, la levée du blocus de Gaza et l’abolition de la législation raciste et discriminatoire contre les Palestiniens en Israël seraient de premier pas fort bienvenus vers la paix.

Il est également essentiel de discuter sérieusement et sans préjugés ethniques d’un retour des réfugiés palestiniens, selon des modalités respectant leur droit fondamental au rapatriement et les chances de réconciliation en Israël et en Palestine. Toute politique allant dans ce sens doit être approuvée, accueillie et mise en œuvre par la communauté internationale et les populations vivant entre le Jourdain et la mer Méditerranée.

Alors, les seules flottilles qui se rendront à Gaza seront celles des touristes et des pèlerins.


Pour compléter cet article, tu pourras te pencher sur l’un des entretiens réalisés avec Michel Warschawski, en janvier 2009 (« Israël est désormais une société néo-conservatrice »), puis en février 2010 (« Il s’agit "de punir les Palestiniens du seul fait qu’ils continuent à exister" »).

Notes

[1] Ainsi qu’il l’explique dans un entretien donné à Il Manifesto, où il revient sur les raisons de son départ. Le Grand Soir a traduit cet entretien : à consulter ICI.

[2] Ilan Pappé revient sur l’épuration ethnique pratiquée depuis 1948 dans cet entretien.

 

http://www.article11.info/spip/spip.php?article831

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 19:14

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Vers un Iran post-Ahmadinejad

Le 12 juin marque l’anniversaire de la « révolution verte », le mouvement de contestation le plus important qu’a connu l’Iran depuis les années 1980. A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, les mobilisations se multiplient pour célébrer cet événement. MM. Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, les deux candidats contestataires, ont exigé l’autorisation d’une manifestation à cette occasion. Il est peu probable que leur demande soit satisfaite. A l’extérieur, un peu partout dans les grandes villes européennes et américaines, différents comités, à la composition hétérogène, se préparent pour commémorer cet anniversaire.

Cependant, le mouvement s’est affaibli, d’abord à cause de la répression sans précédent qui sévit dans le pays. Après des années d’apaisement, Téhéran est redevenue la scène d’exécutions officiellement reconnues comme politiques. Arash Rahmanipour et Mohammad-Reza Ali-Zamani, accusés d’avoir participé à des manifestations et d’être membres du Conseil pour la monarchie (groupe terroriste selon le gouvernement iranien) ont été exécutés le 29 janvier 2010. Plus récemment encore, Farzad Kamangar, jeune instituteur, journaliste et militant de droits humains a été exécuté avec cinq de ses compagnons : Ali Heydarian, Farhad Vakili, Shirine Alamholi, Mehdi Eslamian. Ils étaient accusés d’être membres du groupe sécessionniste kurde Pajak.

Toutefois, la répression n’explique pas tout. Dès ses prémices, le mouvement vert souffrait de contradictions internes, en premier lieu d’une composition sociale marquée par l’absence des couches populaires.

En effet, ce front uni contre la fraude électorale était formé en grande partie par de jeunes citadins appartenant aux couches moyennes et aisées, en particulier des jeunes filles. Ce qui les réunit est avant tout un sentiment « anti-traditionaliste ». Pour certains, ce sentiment se limite aux revendications libérales à l’occidentale, pour d’autres il est enraciné dans une vision patriotique, considérant que la domination des traditionalistes a fait reculer le pays et l’a discrédité aux yeux du monde entier. Les étudiants — la partie la plus politisée de la jeunesse — n’ont pas joué de rôle moteur, malgré le renouveau des idées de gauche parmi eux au cours de ces dernières années. Le dénominateur commun de la majorité des jeunes est leur opposition à l’autoritarisme dominant, dont le président Mahmoud Ahmadinejad est le symbole.

Les couches moyennes citadines constituent également une autre base du mouvement contestataire : médecins, cadres, universitaires, enseignants, fonctionnaires, une grande partie des artistes, acteurs, réalisateurs, écrivains… Bien que toutes ces couches sociales s’opposent aux politiques menées par M. Ahmadinejad, il est difficile d’envisager à long terme une convergence entre leurs revendications. En effet, elles n’ont pas subi de la même façon les conséquences désastreuses des orientations économiques du chef de l’Etat. Cependant, il semble qu’elles partagent certaines aspirations : un Etat de droit, la fin des privilèges gouvernementaux, la liberté de presse... et une même inquiétude concernant l’instabilité économique et sociale et des prises de position aventureuses sur la scène internationale.

Une partie de la grande bourgeoisie soutient également le mouvement. Les nantis vont des médecins actionnaires des hôpitaux luxueux (comme l’hôpital Day qui ressemble plus à un hôtel cinq étoiles, et qui exige des milliers d’euros pour chaque intervention) aux nouveaux riches qui ont fait une immense fortune depuis la révolution (technocrates proches du régime, entrepreneurs, chefs d’entreprise…). Pour un grand nombre d’entre eux, il s’agit plutôt d’une farouche opposition à M. Ahmadinejad que d’une sympathie pour MM. Moussavi et Karoubi.

Le mouvement vert n’a jamais pu mobiliser les couches défavorisées, et cela sans doute est son principal handicap.

Troisième raison d’apaisement éventuel, une dynamique de la peur aussi bien diffuse chez les dirigeants de l’opposition qu’à la base du mouvement. Les réformateurs représentés par M. Moussavi et M. Karoubi sont toujours restés fidèles à une évolution dans le cadre du régime islamique. La radicalisation possible des mobilisations les effraie. C’est la contradiction profonde des réformateurs, qui n’envisagent l’avenir qu’au travers de réformes constitutionnelles. Rejetant une mise en cause des fondements du régime, ils ne sont pas en mesure de se transformer en « Gorbatchev » ou « Eltsine » de la Révolution iranienne.

Une peur de nature différente existe aussi dans la population. Les Iraniens, même ceux qui n’appuient plus le régime, craignent un changement radical. Si l’Iran a pris ses distances avec son anti-américanisme de l’aube de la révolution, la peur d’une intervention militaire, d’un chaos semblable à celui qui règne en Irak ou en Afghanistan est aussi présente. Les Iraniens veulent le changement, mais refusent de le payer au prix fort.

De moins en moins de soutiens pour Ahmadinejad

Les dirigeants du mouvement à l’intérieur, MM. Moussavi et Karoubi, continuent leurs actions dans le cadre légal et ne souhaitent pas renverser le régime. Les durs du pouvoir n’ont pas réussi à les arrêter ni à les empêcher de communiquer. Ils sont toujours libres. A l’extérieur du pays, aucune personnalité ou organisation n’a pu s’imposer à la tête du mouvement. Les événements en Iran sont ainsi restés sous l’hégémonie des contestataires issus du régime.

Mais cela ne veut pas dire que M. Ahmadinejad ait réussi à écarter ses adversaires et à faire régner le silence autour de lui. Bien au contraire, même parmi les conservateurs, ses soutiens sont de moins en moins nombreux. En effet, le conflit entre M. Ahmadinejad et les conservateurs qui s’est manifesté dès son arrivé au pouvoir, concernant le choix de son adjoint M. Rahim Mashai (1), n’a fait que s’aggraver depuis. M. Ahmadinejad a accusé récemment le parlement d’avoir voté plus de 130 textes qui sont contre les principes islamiques et constitutionnels.

Plus important encore, le clan Ahmadinejad n’a jamais réussi à imposer l’arrestation de ses adversaires : finalement M. Moussavi, M. Karoubi , M. Ali Akbar Rafsandjani et ses proches ont été épargnés. Déjà en août 2009, le Guide suprême, Ali Khamenei, avait pris une position claire en déclarant : « Je n’accuse pas les dirigeants des contestations d’être des agents américains ou britanniques. » Avec du recul, on peut penser que l’Iran s’oriente à petits pas vers l’après-Ahmadinejad.

Un événement récent est assez significatif. Le vendredi 4 juin 2010, lors de la cérémonie d’anniversaire du décès de l’ayatollah Khomeiny, certains manifestants pro-Ahmadinejad ont essayé d’empêcher le petit-fils de Khomeiny de finir son discours. Ils l’accusent d’être un réformateur. Le député conservateur Ali Motahari, a déclaré au parlement : « Si la justice iranienne avait bien agi contre les responsables du complot de l’année dernière, les événements de ce vendredi ne se seraient pas produits. » Selon lui, les responsables du « complot » (les manifestations post-électorales) ne sont pas seulement M. Moussavi et M. Karoubi mais aussi…M. Ahmadinejad.

Sharareh Omidvar

Sharareh Omidvar est journaliste.

(1) La nomination de M. Rahim Mashai au poste de premier adjoint du président a été désapprouvée par Ali Khamenei et les conservateurs. M. Ahmadinejad a long temps hésité avant de le révoquer. Il est actuellement le chef du cabinet du président.

 

 

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-10-iran

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 19:10

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VO : Exposé à l'occasion du A.E. Havens Center’s Award for Lifetime Contribution to Critical Scholarship, 8 avril 2010

VF : CHOMSKY.fr, 8 juin 2010

Traduction : Cédric Louvet pour CHOMSKY.fr

 

Je n’ai pas besoin de dire combien je suis ravi et reconnaissant pour cet honneur, qui offre également l’occasion de jeter un regard sur les années passées. Ce qui me vient à l’esprit le plus nettement ce sont les dernières années, peut-être parce-que j’y ai beaucoup pensé ces derniers temps, pour d’autres raisons. Elles ont été, bien-sûr, des années très formatrices pour moi personnellement, mais je crois que leur importance va malheureusement bien au-delà.

Je suis juste assez vieux pour avoir des souvenirs des discours d’Hitler à la radio il y a 75 ans. Je ne comprenais pas les mots, mais je pouvais facilement saisir la menace du ton et les acclamations de la foule. J’ai écrit mon premier article politique en février 1939, juste après la chute de Barcelone. Je suis sûr qu’il n’avait rien de mémorable. Je m’en souviens beaucoup moins que de l’ambiance de peur et d'appréhension qui régnait. L’article commençait avec ces mots: “L’Autriche tombe, la Tchécoslovaquie tombe, et maintenant Barcelone tombe” – et l’Espagne avec, quelques mois après. Les mots me sont toujours restés à l’esprit, tout comme l’angoisse, la perception des nuages sombres du fascisme se rassemblant sur l’Allemagne, puis l’Europe et peut-être au-delà, une force grandissante d'une inimaginable horreur. Bien que personne ne pouvait prévoir la Shoah ("Holocaust"), la Nuit de Cristal (“Kristallnacht”) avait eu lieu juste quelques semaines auparavant et la fuite désespérée des réfugiés s’était accentuée au fil des ans, beaucoup d’entre eux incapables de croire ce qui était en train de se passer.

Au cours de ces années j’avais également eu ma première expérience avec des intellectuels radicaux – bien qu’ils ne seraient pas appelés “intellectuels” selon la définition standard, qui s’applique à des gens avec statut et privilège qui bénéficient d’une position leur permettant d’atteindre le public avec leurs réflexions sur les affaires humaines et leurs préoccupations. Et puisque le privilège confère une responsabilité, la question qui se pose toujours est de savoir comment utilisent-ils cette responsabilité sujets très vivants durant ces années à travers les travaux d’Erich Fromm, Russell et Dewey, Orwell, Dwight 
MacDonald, et d’autres que j’allais connaître bientôt. Mais les intellectuels radicaux de mon enfance étaient différents. C’étaient des personnes de ma famille, des travailleurs, à New York, pour la plupart au chômage pendant la dépression, bien qu’un oncle, qui était handicapé, avait un kiosque à journaux grâce aux mesures du New Deal et pouvait ainsi soutenir une grosse partie de la famille. Mes parents pouvaient aussi aider, à plus petite échelle. En tant que professeurs d'hébreu à Philadelphie, ils avaient cette chance rare de travailler, donc nous avions un flot constant de tantes et de cousins qui vivaient avec nous périodiquement.

Les membres de ma famille de New York avaient une éducation scolaire limitée. Mon oncle, qui s’occupait du kiosque à journaux et qui a eu une énorme influence sur ma jeunesse, n’était pas allé au delà du CM1 (“fourth grade”). Mais ce fut l’un des cercles intellectuels les plus vivants dont j’ai pu faire partie, au moins en périphérie en tant qu’enfant. Il y avait des discussions sans fin à propos de la dernière représentation du Quatuor à Cordes de Budapest, les polémiques entre Stekel et Freud, les politiques radicales et l’activisme, qui atteignait alors des sommets impressionnants. Les sit-in étaient particulièrement importants, juste une étape avant la reprise des usines par les travailleurs et le changement radical de la société – des idées qui devraient être très vivantes aujourd’hui.

Tout en étant un facteur majeur des mesures du New Deal, l’activisme grandissant des travailleurs a fait naître une forte inquiétude dans le monde des affaires. Ses personnalités éminentes mettaient en garde contre “le risque auquel font face les industriels avec le soulèvement politique des masses,” et insistaient sur le besoin d’intensifier “l’éternelle bataille pour gagner l’esprit des hommes,” et d’instituer des programmes afin de venir à bout de cette menace à l’ordre et à la discipline, mis de côté pendant la guerre, mais repris ensuite avec un dévouement et une ampleur extrêmes. Les États-Unis se démarquent particulièrement des autres sociétés industrielles par l’existence d’une communauté d’affaires hautement consciente des différences de classes, combattant sans relâche dans une cruelle guerre de classes, avec des niveaux extraordinaires de violence durant dans les années précédentes, et plus récemment au travers d’offensives de propagande de masse.

Certains de mes parents étaient proches du Parti Communiste, d’autres étaient profondément anti-communiste et de gauche ; et certains, comme mon oncle, étaient anti-Bolchevique et bien plus à gauche. Parmi ceux proches du parti, alors qu’il y avait une obéissance rituelle à la Russie, j’avais le sentiment que l’essentiel du débat c’étaient les droits civiques et le mouvement de travailleurs, la réforme du système de protection sociale et un vrai désir de changement social. Le parti était une force qui n’anticipait pas de victoires rapides, mais qui était toujours présent, prêt, persévérant, dévoué à initier une nouvelle lutte après une défaite provisoire, quelque chose qu’il nous manque vraiment de nos jours. Le parti était aussi lié à un mouvement plus large d’éducation des travailleurs et d’associations et, de façon non négligeable, c’était une opportunité pour mes tantes couturières au chômage de passer une semaine à la campagne dans un camps de l’ILGWU (International Ladies' Garment Workers' Union) ou faire d’autres sorties pour échapper à ce qui aurait dû être une sinistre réalité, bien que je m’en souvienne depuis ma propre expérience personnelle – qui a bien-sûr ses limites – comme une époque qui était pleine d’espoir, bien au contraire d’aujourd’hui où les conditions sont de fait bien moins terribles.

En 1941, je passais autant de temps que je pouvais dans le centre de Manhattan, gravitant autour d’un autre groupe d’intellectuels radicaux dans les petites librairies sur la 4ème Avenue tenues par des réfugiés anarchistes de la révolution espagnole de 1936, ou au bureau du journal anarchiste Freie 
Arbeiter Stimme (“La Voix du travailleur libre”) près d’Union Square. Eux aussi ne correspondaient pas à la formule standard définissant les intellectuels. Mais si par ce terme on veut décrire des gens qui réfléchissent sérieusement à la vie et à la société, à leurs problèmes et les solutions possibles, sur un arrière plan de savoir et de compréhension, alors c’étaient en effet des intellectuels, et plutôt impressionnants. Ils étaient assez contents de passer du temps avec un gamin qui était fasciné par la révolution anarchiste de 1936, que je pensais alors, et que je pense toujours, avoir été l’un des sommets de la civilisation occidentale et quelque part un repère pour un avenir meilleur. J’ai recueilli beaucoup de documents que j’ai utilisés 30 ans plus tard quand j’écrivais sur le sujet, pour la plupart non publiés à l’époque.

Parmi ces archives remarquables, il y avait un recueil de documents traitant de la collectivisation, publié en 1937 par la CNT (“Confederación nacional del trabajo”) le syndicat anarchosyndicaliste qui célèbre son centenaire cette année (1910-2010). Il est une contribution qui me reste à l’esprit depuis, faite par des paysans du village de Membrilla. Je voudrais la citer en partie :

Dans les misérables huttes de Membrilla vivent les pauvres habitants d’une pauvre province; huit mille personnes, mais les rues ne sont pas pavées, la ville n’a pas de journaux, pas de cinéma, ni même un café ou une librairie… La nourriture, les habits et les outils étaient distribués équitablement à la population entière. L’argent était aboli, le travail collectivisé, tous les biens passaient par la communauté, la consommation était socialisée. Ce n’était néanmoins pas la richesse qui était socialisée mais la pauvreté… La population entière vivait intégrée dans de grandes familles ; les fonctionnaires, les délégués, les secrétaires des syndicats, les membres du conseil municipal, tous élus, agissaient comme des chefs de famille. Mais ils étaient contrôlés, parce-que les privilèges ou la corruption n’étaient pas tolérés. Membrilla est peut-être le village le plus pauvre d’Espagne mais c’est le plus juste.

Ces mots, pronconcés par un des plus pauvres paysans du pays, capte avec une rare éloquence les réalisations et les promesses de la révolution anarchiste. Les réalisations ne sont pas sorties de nulle part bien-sûr. C’était le résultat de plusieurs décennies de lutte, d’expérience, de répression brutale – et d’apprentissage. Le concept de savoir comment une société juste devrait être organisée était dans l’esprit de la population quand l’opportunité est arrivée. L’expérience de la création d’un monde de liberté et de justice a été écrasée bien trop tôt par les forces combinées du fascisme, du Stalinisme et de la démocratie libérale. Les centres majeurs de pouvoir avaient très bien compris qu’ils devaient s’unir afin de détruire cette menace dangereuse à la subordination et à la discipline avant de se tourner vers la tâche secondaire de démembrer les restes.

Des années plus tard, j’ai pu parfois assister en première ligne à la vie de gens pauvres endurant une répression brutale et de la violence – dans les bidonvilles misérables de Haïti au sommet de la terreur dans le milieu des années 90, soutenue par Washington, bien que les faits soient toujours étouffés et hautement pertinents au regard des tragédies actuelles. Ou dans les camps de réfugiés au Laos, où des dizaines de milliers de gens étaient regroupés, jetés de leurs maisons par une armée de mercenaires de la CIA après des années à essayer de survivre dans des grottes sous un bombardement acharné qui n’avait rien à voir avec la guerre au Viêt Nam, une des plus graves atrocités de l’histoire moderne, encore largement inconnue et tuant toujours beaucoup de gens à cause d’un territoire saturé de munitions non-explosées. Ou en Palestine et en Turquie du sud-est et beaucoup d’autres endroits. Parmi ceux-là, la Colombie du sud est particulièrement importante à mes yeux pour des raisons personnelles, où des “campesinos” (ouvriers agricoles), des indigènes et des Afro-Colombiens sont expulsés de leurs terres dévastées par la terreur et la guerre chimique, appelée ici “fumigation”, comme si d’une certaine façon nous avions le droit de détruire d’autres pays sous des prétextes que nous fabriquons – des gens capables d’une sympathie et d’une humanité miraculeuses, malgré une souffrance atroce pour laquelle nous jouons un rôle majeur, pendant que nous regardons dans une autre direction – pas à Madison cependant, grâce au travail du groupe de soutien de la Colombie.

Une des choses que j’avais apprise dans les librairies et les bureaux anarchistes il y a 70 ans c’était que j’avais eu tort de croire que la chute de Barcelone en 1939 avait sonné la mort de la liberté en Espagne. Cela avait eu lieu deux ans auparavant,  en mai 1937, quand la classe ouvrière industrielle avait été écrasée par la répression menée par les Communistes et les armées Communistes à travers toute la campagne détruisant les collectivités, avec l'aide des démocraties libérales et avec Hitler et Mussolini attendant en coulisse – une immense tragédie pour l’Espagne, même si cela n’a pas été la victoire que les prédateurs avait anticipée.

Quelques années après, je suis parti de la maison pour faire mes études à Harvard, où j’ai eu ma première expérience avec l’élite du monde intellectuel. En arrivant, je suis allé à la traditionnelle réception organisée par les professeurs pour les nouveaux étudiants et je suis tombé sur un philosophe éminent qui m’affirmait que la Dépression n’avait pas eu lieu. C’était une fabrication des libéraux. Il n’y avait pas eu de mendiants frappant en désespoir à nos portes au début des années 30, pas de femmes ouvrières battues par les forces de sécurité au cours d’une grève dans une usine de textile devant laquelle je passais en tramway avec ma mère à l’âge de cinq ans environ, mes parents de la classe ouvrière au chômage n’avaient pas existé non plus. Quelques hommes d’affaire avaient peut-être souffert, mais rien de plus que ça.

J’ai appris ensuite que cela était loin d’être une exception, mais je ne veux pas suggérer que c’était typique des intellectuels de Harvard. La plupart étaient des libéraux du type Stevenson, des gens qui applaudissaient quand Stevenson disait aux Nations Unies que nous devions défendre le Viêt Nam contre  une “agression interne”, un “assaut de l’intérieur”, comme le Président Kennedy le disait. Ce sont des phrases qu’on entend encore aujourd’hui, par exemple, dimanche dernier, dans le New York Times, où on lisait qu’après la conquête de Marja dans la province d’Helmand, les Marines s’étaient heurtés à une identité Talibane si dominante que le mouvement ressemble plus à la seule organisation politique dans une ville à parti unique, avec une influence qui touche tout le monde. “Nous devons réévaluer notre définition du mot 'ennemi’” a dit Brig. Gen. Larry Nicholson, commandant de la brigade expéditionnaire de Marines dans la Province de Helmand. “La plupart des gens s’identifient comme Talibans… Nous devons réajuster notre façon de penser de manière à ce que nous n’essayions pas de chasser les Talibans de Marja, mais que nous essayions de chasser l’ennemi,” a-t-il dit.

Il est un problème qui a toujours tourmenté les conquérants, et qui est très familier aux États-Unis pendant la guerre du Viêt Nam, où l’éminent spécialiste du gouvernement des États-Unis, dans un ouvrage encensé de part et d’autre, déplorait que l’ennemi de l’intérieur était le seul “véritable parti politique de masse au Sud-Viêt Nam” et que tous nos efforts pour rentrer politiquement en compétition seraient perdus d’avances, donc nous devions vaincre cette force politique en utilisant notre avantage comparatif, la violence – ce que nous avons fait. D’autres ont dû faire face à des problèmes similaires : par exemple, les Russes en Afghanistan dans les années 80, une invasion qui a aussi provoqué le scandale que nous provoquons pour les crimes de nos ennemis. Le spécialiste du Moyen-Orient William Polk nous rappelle que les Russes “ont gagné de nombreuses victoires et au travers de leurs programmes d’action civique ils ont pu conquérir de nombreux villages” – et en fait, comme nous le savons de source fiable, ils ont créé une paix substantielle à Kaboul, particulièrement pour les femmes. Mais, pour continuer avec Polk, “tout au long de leur décennie d’engagement, les Russes ont gagné presque toutes les batailles et ont littéralement occupé à un point ou à un autre le moindre centimètre du pays, mais ils ont perdu… la guerre. Quand ils ont abandonné et sont partis, les Afghans ont repris leur mode de vie traditionnel.”

Les dilemmes auxquels font face Obama et McChrystal ne sont pas vraiment les mêmes. Les ennemis que les Marines essayent de chasser de leurs villages n’ont quasiment aucun soutien de l’extérieur. Les envahisseurs Russes, de façon très différente, faisaient face à une résistance qui recevaient le soutien vital des États-Unis, de l’Arabie Saoudite et du Pakistan, qui enrôlaient les fondamentalistes Islamiques radicaux les plus extrêmes qu’ils pouvaient trouver – incluant ceux qui terrorisaient les femmes à Kaboul – et les armaient avec des armes perfectionnées, tout en faisant avancer le programme d'islamisation radicale du Pakistan, encore un des cadeaux de Reagan au monde, comme les armes nucléaires du Pakistan. Le but de ces opérations américaines n’était pas de défendre l’Afghanistan. Cela a été clairement expliqué par le chef de la CIA à Islamabad, qui s’occupait des opérations. Le but était de “tuer des soldats Russes.” Il se vantait qu’il “aimait” ce “noble objectif,” rendant très clair, selon ses mots, que “la mission n’était pas de libérer l’Afghanistan,” qui ne nous intéressait pas en soi. Je suis sûr que vous connaissez les vantardises du même acabit proférées par Zbigniew Brzezinski.

Au début des années 60, j’étais fortement impliqué dans des activités anti-guerre. Je ne rentrerai pas dans les détails, bien qu’ils nous en disent beaucoup sur le climat intellectuel, notamment dans le monde libéral de Boston. En 1966, mon propre engagement était suffisamment important pour que ma femme retourne à l’université afin d’obtenir un diplôme supérieur 17 ans plus tard à cause de la probabilité d’une longue peine de prison – que j'ai évitée de justesse. Le jugement avait déjà été annoncé, mais annulé après l’offensive du Têt, qui avait convaincu le monde du business que la guerre devenait trop coûteuse et, de toute façon, que les objectifs majeurs de la guerre avaient été atteints – une autre histoire que je ne développerai pas. Après l’offensive du Têt et le changement dans la politique officielle, il se trouvait soudainement que tout le monde avait été un opposant de la première heure à la guerre – dans un profond silence. Les biographes de Kennedy ont réécrit leurs compte-rendus afin de présenter leur héros comme une colombe – absolument pas dérangés par les révisions radicales ou par la multitude de documents et de preuves démontrant que JFK envisageait un retrait d’une guerre qu’il savait impopulaire à l’intérieur du pays, seulement après qu’une victoire eût été assurée.

Même après l’offensive du Têt, les doutes allaient croissant dans ces cercles, non pas à propos des notions sentimentales de bien et de mal que nous réservons pour les crimes des ennemis, mais au sujet des chances de succès de repousser l’”assaut de l’intérieur”. Un paradigme pourrait être représenté par les réflexions d'Arthur Schlesinger lorsqu’il commençait à être préoccupé par le fait que la victoire ne soit finalement pas à portée de main. Comme il le dit, “nous prions tous” pour que les faucons aient raison et que la montée en puissance militaire apporte la victoire. Et si c’est le cas, nous honorerons la “sagesse et la qualité du pouvoir étatique” du gouvernement des États-Unis dans la victoire militaire, tout en laissant “le pays tragiquement ravagé et dévasté par les bombes, brûlé par le napalm, transformé en une terre à l’abandon par la défoliation chimique, une terre de ruines et de carcasses,” avec ses “structures politiques et institutionnelles” pulvérisées. Mais l’escalade militaire ne réussira probablement pas et se montrera trop coûteuse pour nous-mêmes, donc peut-être que la stratégie devrait être repensée.

Très peu de choses ont changé aujourd’hui quand Obama est salué comme un opposant de premier plan à l’invasion de l’Irak parce-que c’était une “erreur stratégique”, des mots qu’on aurait également pu lire dans la Pravda dans le milieu des années 80. La mentalité impériale est profondément ancrée.

C’est triste à dire, mais pas faux, qu’au sein du spectre dominant les impérialistes libéraux sont “les gentils.” Une probable alternative est révélée par les plus récents sondages. Presque la moitié des votants disent que leurs opinions sont en moyenne plus proches du “Tea Party” que du président Obama, qu’une minorité préfère. Il y a une cassure intéressante. Quatre-vingt sept pour cent des membres de la soit-disant “Classe Politique” disent que leurs opinions sont plus proches de celles d’Obama. Soixante-trois pour cent de ce qu’on appelle “les Américains Moyens” disent que leurs opinions sont plus proches du “Tea Party”. Sur quasiment tous les problèmes, les électeurs font plus confiance aux Républicains qu’aux Démocrates, et ceci significativement. Une autre évidence c’est que ces sondages révèlent un déni de confiance plutôt qu’une marque de confiance. Le niveau de colère et de peur dans le pays n’est en rien comparable à ce dont je peux me souvenir dans ma vie entière. Et depuis que les Démocrates sont au pouvoir, le dégoût envers le monde social-économique-politique se rapporte à eux.

Malheureusement, ces attitudes sont compréhensibles. Pendant 30 ans, les revenus moyens ont stagné ou décliné pour la majorité de la population, les indicateurs sociaux se sont progressivement détériorés depuis le milieu des années 70 après avoir suivi de près la croissance durant les années précédentes, les heures de travail et la précarité ont augmenté avec l’endettement. La richesse s’est accumulée, mais dans très peu de poches, menant à une inégalité probablement record. Tout ceci est, en grande partie, la conséquence de la financiarisation de l’économie depuis les années 70 et de l’effondrement de la production intérieure. Ce que les gens voient se dérouler sous leurs yeux, c’est que les banquiers qui sont les premiers responsables de la crise actuelle et qui ont été sauvés de la banqueroute par l’argent public se réjouissent maintenant de profits records et d’énormes bonus, pendant que le chômage officiel reste à environ 10 pour cent et que dans l’industrie de la manufacture il atteint des niveaux de dépression, de 1 chômeur pour 6 actifs, avec de fortes probabilités de non-retour à un bon emploi. Les gens ont raison de demander des réponses et ils n’en obtiennent pas, sauf de la part de ceux qui racontent des fables qui ont une certaine cohérence interne, mais seulement si vous mettez de côté votre scepticisme et entrez dans leur monde d’irrationalité et de malhonnêteté. Tourner en ridicule les manigances du “Tea Party” est une grave erreur, je pense. Il serait bien plus pertinent de comprendre ce qu’il y a derrière elles et de se demander pourquoi des gens légitimement en colère sont mobilisés par l’extrême droite et non pas par des forces telles que celles qui faisaient ce travail dans ma jeunesse, au temps de la formation du CIO [“Congress of Industrial Organizations” – fédération de syndicats créée dans les années 30] et d’autres formes constructives d’activisme.

Pour prendre juste un exemple du fonctionnement réel de la démocratie des marchés, les institutions financières qui étaient le soutien majeur d’Obama, sont devenue si dominantes que leurs profits dans l’économie, représentant quelques pour-cent dans les années 70, atteignent aujourd’hui presque le tiers. Ils ont préféré Obama à McCain et ont ainsi acheté l'élection pour lui. Ils s’attendaient à être récompensés et ils l’ont été. Mais il y a quelques mois, en réagissant à la montée du mécontentement de la population, Obama a commencé à critiquer les “banquiers avares” qui avaient été sauvés par les forces publiques et a même proposé des mesures contraignantes. Cet écart a été puni très rapidement. Les grandes banques ont clairement annoncé qu’elles détourneraient leurs aides financières vers les Républicains si Obama s’obstinait dans sa rhétorique insultante.

Obama a entendu le message. En quelques jours, il a informé la presse des affaires que les banquiers sont des “types” biens. Il a rendu un hommage appuyé aux présidents de deux institutions importantes bénéficiaires des largesses publiques, JP Morgan Chase et Goldman Sachs et a garanti au monde des affaires que “comme la majorité des américains, je ne dénigre pas la réussite ou la richesse des gens” – telles que les bonus et les profits qui exaspèrent la population. “Cela fait parti du système du marché libre,” a continué Obama, de façon assez juste en somme, puisque le concept de “marché libre” est interprété dans la doctrine du capitalisme d'État.

Ceci ne devrait pas être une grande surprise. Cet incorrigible radical Adam Smith, en parlant de l’Angleterre, observait que les principaux architectes du pouvoir étaient les propriétaires de la société, les marchands et les fabricants à son époque, et qu’ils s’assuraient que les politiques servaient scrupuleusement leurs intérêts, quelle que soit la “souffrance” infligée au peuple d’Angleterre, et, pire, aux victimes de “l’injustice sauvage des Européens” à l’étranger. Les crimes britanniques en Inde étaient une préoccupation majeure d’un conservateur bien-pensant avec des valeurs morales, une catégorie que Diogène pourrait chercher de nos jours.

Une version moderne et plus sophistiquée de la maxime de Smith est “la théorie de l’investissement en politique” ("investment theory of politics"), de l’économiste politique Thomas Ferguson, qui considère les élections comme des occasions pour des groupes d’investisseurs de se rassembler pour le contrôle de l'État en sélectionnant les architectes des politiques qui serviront leurs intérêts. Il se trouve qu’il s’agit d’un très bon indice pour prédire les politiques sur de longues périodes. Cela ne devrait pas être surprenant. Les concentrations du pouvoir économique chercheront naturellement à étendre leur influence sur tout processus politique. C’est extrêmement développé aux États-Unis, comme je l’ai mentionné.

Il y a ces jours-ci des discussions très animées pour savoir si, ou à quel moment, les États-Unis céderont leur position dominante dans les affaires à la Chine et à l’Inde, les puissances mondiales montantes. Il y a une part de vérité dans ses lamentations. Mais à part des idées fausses au sujet de la dette, des déficits et de l’état actuel de la Chine et de l’Inde, les débats se basent sur une sérieuse erreur de jugement à propos de la nature du pouvoir et de son exercice. Et dans les travaux académiques et les discours publics, il est courant de considérer que les acteurs des affaires internationales sont des États en quête d’un objectif mystérieux appelé “intérêt national”, indépendants de la distribution interne du pouvoir. Adam Smith avait un regard plus aiguisé et son truisme radical fournit un rectificatif très utile. En le gardant en tête, on peut voir qu’il y a en effet un déplacement global du pouvoir, mais pas celui qui occupe le devant de la scène: un déplacement plus poussé de la force de travail vers le capital transnational, s’intensifiant brusquement durant les années néolibérales. Le coût est considérable, incluant les travailleurs aux États-Unis, des paysans affamés en Inde et des millions de travailleurs protestataires en Chine, où la part du travail dans le revenu national décline encore plus rapidement que dans la plupart des autres pays du monde.

L’économiste politique Martin Hart-Landsberg observe que la Chine joue en effet un rôle essentiel dans le déplacement global réel du pouvoir, en étant largement devenue une usine d’assemblage pour un système de production régionale. Le Japon, Taïwan et d’autres économies avancées d’Asie exportent des pièces détachées et des composants vers la Chine et fournissent la majeure partie de la technologie de pointe. La force de travail chinoise l’assemble et l’exporte. Par exemple, une étude de la “Sloan Foundation” a estimé que pour un iPod de 150 dollars exporté à partir de la Chine, environ 3 pour cent de sa valeur est ajoutée en Chine, mais cela est tout de même considéré comme une exportation chinoise. Une grande préoccupation est apparue au sujet de la hausse du déficit commercial des États-Unis avec la Chine, mais on remarque moins que le déficit commercial avec le Japon et le reste de l’Asie a fortement diminué, alors que le nouveau système de production régionale se met en place. Un communiqué du Wall Street Journal concluait que si la valeur ajoutée est correctement calculée, le véritable déficit commercial entre les États-Unis et la Chine se réduirait de 30 pour cent, alors que le déficit commercial des États-Unis avec le Japon augmenterait de 25 pour cent. Les fabricants américains suivent la même logique, ils fournissent des pièces détachées et des composants à la Chine pour qu’elle les assemble et les exporte, de retour vers les Etats-Unis pour la plupart. Pour les institutions financières, les géants de la grande distribution, les propriétaires et les équipes dirigeantes des industries manufacturières et les secteurs étroitement liés à ce réseau de pouvoir, tout ceci est divin. Pas pour les travailleurs Américains, mais comme Smith le faisait remarquer, leur destin n’est pas la préoccupation des “principaux architectes de la politique”.

C’est vrai qu’il n’y a rien de fondamentalement nouveau dans le processus de dés-industrialisation. Les propriétaires et les directeurs recherchent naturellement les coût de main d'œuvre les plus bas ; les efforts pour faire autrement, de façon célèbre par Henry Ford, ayant été anéantis par les tribunaux, c’est désormais une obligation légale. Un moyen est le déplacement de la production. Auparavant, le déplacement était essentiellement interne, surtout vers les états du sud, où la main d'œuvre pouvait être durement réprimée. Les plus grosses sociétés, comme l’”US steel corporation” du philanthrope vénéré Andrew Carnegie, pouvaient aussi profiter de la nouvelle force de travail-esclave créée par la criminalisation des noirs après la fin de la reconstruction en 1877, une pièce maîtresse de la révolution industrielle Américaine, qui continua jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Cela a été reproduit en partie pendant la récente période néolibérale, avec la guerre contre la drogue utilisée comme un prétexte pour ramener la population superflue, majoritairement noire, dans les prisons, et en fournissant également une nouvelle source de main d'œuvre carcérale dans les prisons d’état ou privées, pour l’essentiel en violation des conventions internationales du travail. Pour beaucoup d'afro-Américains, puisqu’ils ont été exportés dans les colonies, la vie n’a pratiquement jamais quitté l’étau de l’esclavagisme, ou parfois pire. Plus récemment, le déplacement se fait majoritairement à l’étranger.

Pour en revenir aux accusations contre les “banquiers avares”, pour être juste, nous devrions admettre qu’ils ont une défense valable. Leur tâche est de maximiser les profits et les parts de marché; en fait, c’est leur obligation légale. S’ils ne le font pas, ils seront remplacés par quelqu’un qui le fera. Ce sont des faits institutionnels, comme le sont les inefficacités inhérentes du marchés qui leur demandent d’ignorer le risque systémique : la probabilité que les transactions qu’ils effectuent vont faire du mal à l’économie en général. Ils savent très bien que ces politiques vont probablement asphyxier l’économie, mais ces externalités, comme on les appelle, ce ne sont pas leurs affaires, et elles ne peuvent pas l’être, non pas parce-que ce sont des gens méchants, mais pour des raisons institutionnelles. Il est également injuste de les accuser d’”exubérance irrationnelle,” pour emprunter à Allan Greenspan sa brève reconnaissance des réalités pendant le boom technologique artificiel de la fin des années 90. Leur exubérance et la prise de risque était plutôt rationnelle, lorsque l’on sait que quand tout s’écroule, ils ont la possibilité de se réfugier à l’abri de l’état-nounou, tout en se cramponnant à leurs copies d’Hayek, Friedman et Rand. La politique d’assurance du gouvernement est l’un des nombreux encouragements qui amplifient les inefficacités inhérentes du marché.

En résumé, ignorer le risque systémique est une propriété institutionnelle inhérente et les encouragements pervers sont une application de la maxime de Smith. Encore une fois, rien de très nouveau.

A la suite du dernier désastre, des économistes importants ont accepté l’idée qu’un “consensus émergent” s’était développé sur la base d’une “nécessité d’une supervision macro-prudentielle” des marchés financiers, c’est à dire “prêter attention à la stabilité du système financier comme un tout et pas juste par ses composantes individuelles” (Barry Eichengreen, un des analystes et historiens les plus respectés du système financier). Deux éminents économistes internationaux rajoutent ceci, “il y a une reconnaissance croissante que notre système financier court à sa perte. A chaque fois qu’il chute, nous comptons sur des rentrées d’argent et des politiques fiscales laxistes pour le sauver. Cette réponse enseigne ceci au secteur financier : prenez des paris insensés pour être grassement payés et ne vous occupez pas des coûts – ils seront pris en charge par les contribuables au travers de sauvetages et autres méthodes et le système financier “sera ainsi ressuscité pour, à nouveau, parier – et encore échouer.” Le système est un “cercle vicieux,” selon les paroles de l’officiel de la Banque d’Angleterre, responsable de la stabilité financière.

D’une façon générale, la même logique s’applique ailleurs. Il y a un an, le monde des affaires a admis que les compagnies d’assurance et l’industrie pharmaceutique, au plus grand mépris du public, réussira ou plutôt a réussi à détruire la possibilité d’une réforme significative du système de santé – un sujet sérieux, pas seulement pour les gens qui souffrent du système de santé dysfonctionnel, mais également pour des raisons économiques précises. A peu près la moitié du déficit sur lequel on nous dit de nous lamenter est attribuable à des dépenses militaires sans précédents, en hausse sous Obama, et la plupart du reste aux coûts croissants d’un système de santé privatisé virtuellement non régulé, unique dans le monde industriel, unique aussi pour ses cadeaux aux compagnies pharmaceutiques – un système auquel un bon 85 pour-cent de la population est opposé. En août dernier, la couverture de Business Week célébrait la victoire de l’industrie des assurances santé. Bien-sûr, il n’y pas de victoire suffisante, donc ils ont poursuivi la lutte, gagnant plus, toujours contre la volonté d’une large majorité du public, une autre histoire intéressante que je dois mettre de côté.

En observant cette victoire, l’American Petroleum Institute, soutenu par la Chambre du Commerce et les autres grands lobbies, ont annoncé qu’ils utiliseraient le modèle des campagnes de l’industrie de la santé pour intensifier leurs efforts massifs de propagande afin de convaincre le public de mettre de côté leurs préoccupations à propos du réchauffement climatique anthropogénique. Cela a été réalisé avec grand succès; ceux qui croient en ce canular libéral se sont réduits à à peine un tiers de la population. Les dirigeants qui se dédient à cette tâche savent aussi bien que le reste d’entre nous que le canular libéral est vrai et que les perspectives sont moroses. Mais ils remplissent leur rôle institutionnel. Le destin de l’espèce est une externalité qu’ils doivent ignorer, dans la mesure où les systèmes de marchés dominent.

Une des plus claires et émouvantes manifestations de l’humeur du public que j’ai vues a été écrite par Joseph Andrew Stack, qui a écrasé sont petit avion dans un immeuble de bureaux à Austin, Texas, il y a quelques semaines, en se suicidant. Il a laissé un manifeste expliquant ses actions. Cela a été surtout tourné en ridicule, mais mérite bien mieux, je pense.

Le manifeste de Stack retrace l’histoire d’une vie qui l’a mené à cet acte désespéré. L’histoire débute quand il était étudiant adolescent, avec trois fois rien pour vivre à  Harrisburg, PA (Pennsylvanie), près du cœur de ce qui avait été un grand centre industriel. Sa voisine était une femme de plus de 80 ans, survivant grâce à de la nourriture pour chat, la veuve d’un travailleur métallurgiste retraité. Son mari avait travaillé toute sa vie dans les aciéries du centre de la Pennsylvanie avec des promesses du monde des affaires et du syndicat que, pour ses 30 années de service, il toucherait une pension et des soins médicaux à sa retraite. A la place, il a fait parti des milliers de personnes qui n’ont rien eu parce-que l’équipe dirigeante incompétente de l’aciérie et le syndicat corrompu (sans parler du gouvernement) ont raflé leurs fonds de pensions et ont volé leur retraites. “Tout ce qu’elle avait pour vivre c’était la sécurité sociale” (citation) ; et Stack aurait pu ajouter qu’il y a eu des efforts continus et concertés par les super riches et leurs alliés politiques pour que même cela soit retiré par des moyens frauduleux. Stack décida alors qu’il ne pouvait pas faire confiance au milieu des affaires et qu’il deviendrait indépendant, seulement pour découvrir qu’il ne pouvait pas faire confiance à un gouvernement qui ne se préoccupait absolument pas des gens comme lui mais uniquement des riches et des privilégiés, ou d’un système légal dans lequel, selon ses mots, “il y a deux ‘interprétations’ pour chaque loi, une pour les très riches et une pour le reste d’entre nous.” Ou d’un gouvernement qui nous laisse avec “la plaisanterie que nous appelons le système médical Américain, incluant les compagnies pharmaceutiques et d’assurance [qui] assassinent des dizaines de milliers de gens par an,” avec des soins largement rationnés en fonction de la richesse, pas du besoin. Tout cela dans un ordre social dans lequel “une poignée de voyous et de malfrats peuvent commettre des atrocités impensables… et lorsque vient le moment ou leur poule aux œufs d’or s’écrase sous le poids de leur gloutonnerie et leur accablante stupidité, la force de l’ensemble du gouvernement fédéral n’a aucune difficulté à leur venir en aide en quelques heures, si ce n’est en quelques minutes.” Et bien plus encore.

Stack nous dit que son acte final désespéré représentait un effort pour montrer qu’il y a des gens prêts à mourir pour leur liberté, dans l’espoir de tirer les autres de leur torpeur. Cela ne me surprendrait pas s’il avait à l’esprit la mort prématurée du métallurgiste qui l’avait instruit sur le monde réel lorsqu’il était adolescent. Ce travailleur ne s’était pas véritablement suicidé après avoir été jeté au dépotoir, mais c’est loin d’être un cas isolé; on peut ajouter son cas et de nombreux autres cas similaires au coût colossal des crimes institutionnels du capitalisme d’état.

Il y a des études poignantes sur l’indignation et la rage de ceux qui ont été dépouillés lorsque les programmes état-entreprise de financiarisation et de dés-industrialisation ont fermé des usines et détruit des familles et des communautés. Elles révèlent le sentiment de profonde trahison éprouvé par des travailleurs qui croyaient avoir rempli leur devoir envers la société dans le cadre d’un pacte avec le monde des affaires et le gouvernement, pour découvrir qu’en fait ils avaient été instrumentalisés pour le profit et le pouvoir, des truismes dont ils ont été soigneusement protégés par les institutions doctrinales.

En lisant le manifeste de Joe Stack et de nombreux autres témoignages comme celui-ci, je me surprend à me remémorer des souvenirs d’enfance et bien plus que je ne comprenais pas à l’époque. La République de Weimar était le sommet de la civilisation occidentale dans les sciences et les arts, et aussi un modèle de démocratie. Pendant les années 1920, les partis libéraux et conservateurs traditionnels entrèrent dans une inexorable phase de déclin, bien avant que le processus ne soit accentué par la Grande Dépression. La coalition qui élut le Général Hindenburg en 1925 n’était pas très différente de la base qui a poussé Hitler au pouvoir huit ans après, obligeant l’aristocratique Hindenburg à choisir comme chancelier le “petit caporal” qu’il méprisait. En 1928, les Nazis avaient moins de 3 pour-cent des votes. Deux ans plus tard, la presse la plus respectable de Berlin se lamentait à la vue des ces millions de personnes dans ce “pays hautement civilisé” qui avaient “donné leur vote au plus commun, au plus faux, au plus vulgaire charlatanisme.” Le public était écœuré de l’incessant marchandage des politiques de Weimar, des services rendus par les partis traditionnels aux intérêts puissants et leur échec face aux réclamations du peuple. Ils étaient amenés à devenir des forces dédiées au maintien de la grandeur de la nation et à sa défense contre des menaces inventées dans un état revitalisé, armé et unifié, marchant vers un futur glorieux, mené par la figure charismatique qui mettait en œuvre “la volonté de l’éternelle Providence, le Créateur de l’univers,” comme il le clamait devant des foules hypnotisées. En mai 1933, les Nazis avaient non seulement largement détruit les partis traditionnels au pouvoir, mais aussi les énormes partis des travailleurs, les Sociaux Démocrates et les Communistes, ainsi que leurs très puissantes associations. Les Nazis déclarèrent en 1933 que le premier mai serait un jour férié pour les travailleurs, ce que les partis de gauche n’avaient jamais réussi à réaliser. De nombreux travailleurs participèrent aux immenses démonstrations patriotiques, avec plus d’un million de personnes au cœur du Berlin Rouge (“Red Berlin”), rejoignant des fermiers, des artisans, des boutiquiers, des forces paramilitaires, des organisations Chrétiennes, des clubs de sport et de tirs, et le reste de la coalition qui prenait forme alors que le centre s’effondrait. Au commencement de la guerre, 90 pour cent peut-être des Allemands marchaient en chemise verte.

Comme je l’ai mentionné, je suis juste assez vieux pour me souvenir de ces jours effrayants et menaçants lors de la chute de l’Allemagne de la décence vers le barbarisme Nazi, pour emprunter ces mots  au distingué spécialiste d’histoire Allemande Fritz Stern. Il nous dit qu’il a à l’esprit l’histoire des États-Unis quand il analyse “un processus historique dans lequel le ressentiment contre un monde séculier désenchanté a trouvé une délivrance dans la fuite extatique de la déraison.”

Le monde est trop complexe pour que l’histoire se répète, mais il y a cependant des leçons dont il faut se souvenir. Les tâches ne manquent pas pour ceux qui ont choisi la vocation d’intellectuel critique, quelle que soit leur situation dans la vie. Ils peuvent chercher à chasser le brouillard des illusions artificielles soigneusement construites et révéler la réalité crue. Ils peuvent s’engager directement dans des luttes populaires, aider à l’organisation des innombrables Joe Stacks qui se détruisent eux-mêmes et le monde avec peut-être, et se joindre à eux pour montrer la voie vers un avenir meilleur.


http://chomsky.fr/exposes/20100408.html

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 23:17

 

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Al-Qaida, Al-Qaida, Al-Qaida : dans le télescopage de news, ces dernières semaines, le mot est encore réapparu. Fort pratique le mot magique : quand Barack Obama se retrouve englué dans le mazout, la carte Al-Qaida resurgit inopinément, avec l’annonce de la mort du "Numéro3" de l’organisation. Je passe sur le nombre de "numéros trois" déjà cités par les américains, aussi nombreux et différents que dans les épisodes du Prisonnier, pour retomber sur un autre zombie, un autre mort-vivant, Rachid Rauf, cité à nouveau dans le cas de l’attentat de New-York ! Les deux personnages ont déjà été annoncés morts en 2008, mais ça n’a pas l’air de troubler l’administration américaine qui doit gérer sa base de données de tués par drone avec une calculette Casio et non un ordinateur. Justement, à propos d’Al-Qaida, je suis aussi tombé sur une révélation. C’est au détour d’un blog expliquant quel était l’équipement informatique de ce fameux numéro trois. Celui de Georges Malbrunot, l’homme qui parlait à l’oreille du chauffeur de Ben Laden. A propos de l’équipement de celui qui gérait les communications, paraît-il, d’Al-Qaida. Sur un "ordinateur", a-t-on écrit partout pendant des années. En fait d’ordinateur, c’était une calculatrice Casio FX-795P de 16 K de RAM nous dit Malbrunot. Le genre d’engin, donc avec lequel on aurait préparé la destruction du WTC. Et là, à vrai dire, j’ai éclaté de rire, en me disant que c’était trop gros, cet enfumage. Vraiment trop gros. Encore un peu, et le 11 septembre aurait été réalisé avec une gomme, un crayon, et un boulier. Mais à qui encore va-t-on réussir à faire gober ça ?

L’annonce ce week-end du décès d’un énième "3eme responsable" d’Al-Qaida a tout d’abord surpris, puis horrifié, pour finir grotesque, comme d’habitude. Surpris, car des annonces d’attaques de drones, c’est à peine si on a le droit depuis peu à un entrefilet, tant elles sont répétées depuis l’arrivée au pouvoir d’Obama. Cette fois, c’était plutôt flou : "au Pakistan", "dans les zones tribales", "ces deux dernières semaines". Pas d’endroit ni de date précis : le flou absolu. Etrange présentation. Puis, juste après, la révélation du nom du principal concerné : Mustafa Abu al-Yazid, alias le Sheikh Saeed al-Masri. Ouh-là, se dit-on, gros poisson : mouais, à part que ces yeux ne sont plus brillants depuis août 2008, où il avait déjà été annoncé mort, et plus jamais réapparu depuis. Une ex-vraie vedette de la télé Ben Laden, pourtant, l’homme qui a eu les honneurs un nombre incroyable de fois sur le Site Group, dont je vous ai déjà beaucoup parlé (ou chez IntelCenter). Or, sans surprise, l’annonce du jour vient à nouveau du Site Group. Et tombe pile pour faire la une des journaux, à la place d’une envahissante marée noire. Après le 4x4 de Garden Square et les tribulations pakistanaises d’un jeune disciple de David Headley. Pour Al-Masri, la presse titre aussitôt "Grave perte pour Al-Qaida" sans s’apercevoir qu’il a déjà été refroidi officiellement depuis deux ans : on recopie le communiqué intégral de la maison Blanche. Comme d’habitude. "Selon le FBI, c’est lui qui a transféré des fonds via Dubaï à trois des hommes qui ont détourné les avions précipités contre les tours jumelles à New York et contre le Pentagone à Washington, le 11 septembre 2001.Pour sûr : mais s’il ne figure plus sur la liste 2010 du FBI des 10 plus dangereux terroristes, on n’en voit pas la raison... à moins d’être mort auparavant.... en fait, il n’a jamais figuré sur aucune des listes du FBI, ni jamais eu le dossard numéro trois !   C’est donc un "spécialiste"-conseil de la presse qui va vendre la mèche : "Saïd l’Égyptien est sans conteste le plus important dirigeant d’Al-Qaida éliminé depuis l’investiture du président Obama à Washington" dit sans sourire Jean-Pierre Filiu (auteur du livre "Les neuf vies d’Al-Qaida"). Sans trop s’apercevoir qu’en période de crue, l’étiage a du bon : le score vierge en "top leader" d’Obama et de sa fine équipe de limiers, tout à coup, marque 15 000 points. C’est mieux que les points de fidélité de la pompe à essence de BP, sérieusement bloquée à moins 1500 m ! La com’ d’Obama fait d’une pierre trois coups : elle éloigne de la une des journaux l’effet catastrophique du désastre écoloqique, ravit la majorité républicaine et la calme un peu, et montre un président soucieux de l’Afghanistan, dont il sait qu’il pourrait facilement devenir son Viet-Nam. Bien joué, Callaghan.   Et l’annonce, en prime, fait écho à l’abandon il y a quelques semaines de la théorie de l’autre "troisième" homme, cet Abu Zubaydah, torturé pour rien pendant des années. Cette fois, plutôt qu’un innocent, on allait proposer au public un mort depuis deux ans. La démarche est un peu la même ; mais on a moins de chance de croiser le second individu un jour ou l’autre ; on prend moins de risques. Un terroriste mort, au corps introuvable, c’est bien mieux qu’un innocent vivant prêt à raconter partout son calvaire ! Moins embarrassant, en tout cas, disons. Embarrassant, en effet, quand on apprend les statistiques définitives du camp de Guantanamo, et cet effarant 72% de détenus totalement innocents, dont certains ont fait jusqu’à huit années de prison sans raison. Sans oublier les massacrés discrètement, qui n’ont pas eu la chance de s’en sortir vivant , dont un malheureux réceptionniste d’hôtel, Baha Moussa, battu à mort. L’annonce surprend donc une deuxième fois avec ce mort déjà occis depuis deux ans. Ce n’est pas la première fois en vérité...   A se demander pourquoi elle est faite alors, cette annonce. Et de découvrir qu’il s’agît très certainement d’une tentative assez maladroite de couvrir une énième bavure de drone. On parle après l’annonce du décès du "leader" d’Al-Qaida de celui de "sa femme", puis de ses "enfants" et même de ses "petits enfants". Bref, une énième bavure, amenée progressivement pour faire passer la pilule. En réalité, effectivement, il y en a eu une énorme, le 29 mai dernier, quand les américains ont admis avoir à nouveau trucidé 23 civils, et mis McCrystal en fureur, paraît-il. Qui a sévèrement réprimandé pour cela les six opérateurs du drone qui avait attaqué le convoi de civils dans la province de l’Uruzgan. Encore la "faute du drone"... Les dates ne correspondent pas, l’attaque avait eu lieu le 21 février exactement  : mais pour minimiser un énième massacre, vis à vis de la population américaine, on a cependant mis en avant une frappe "rentable", celle qui touche un "top leader".. même si après il faut broder pour y inclure toute sa famille, pour arriver au score de 23 personnes. Ou annoncer un mort vieux de deux ans. Qu’est-ce que la vie d’un gosse de terroriste, se dit l’américain moyen, après tout. N’a qu’à avoir des parents divorcés comme aux Etats-Unis : une semaine sur deux, il ne risque pas de se faire éparpiller vivant obligatoirement, la faute à un drone ! Bref, les américains recyclent à l’infini leur fond de commerce de mensonges éhontés.   Au point d’en ressortir d’autres, de momies. Des incroyables momies, dont on vous a déjà conté les incroyables aventures ici même. Figurez-vous que pour expliquer l’attentat de Garden Square, l’administration US est allée ressortir le cas de ....Rachid Rauf, l’islamiste garçon boulanger le plus célèbre de la planète ! Selon Eric Holder en personne, en effet, ce serait Rachid Rauf qui serait derrière l’utilisation de trois américains pour l’attentat de Queens et celui de Manhattan ! L’information proviendrait de Zarein Ahmedzay, un chauffeur de taxi New-Yorkais de 25 ans arrêté et inculpé dans l’enquête de Queens... que ne ferait-on pas, que n’inventerait-on pas pour dédouaner un agent secret comme David Headley, finalement mis à l’ombre pour éviter de trop parler des attentats de Mumbaï ? A l’époque de l’audition devant un juge de d’Ahmedzay, le 24 avril dernier, Rauf, déclaré pourtant mort, avait été ressorti du chapeau par Jeffrey Knox, assistant du procureur fédéral : visiblement, on lui avait glissé le nom dans l’oreille ! Ce jour-là déjà, Eric Holder, pas avare d’emphase, avait indiqué que pour lui "le complot était la plus grave menace sur le territoire des Etats-Unis depuis le 11 septembre". Un complot organisé à 15 000 km de là par un gars six pieds sous terre ?   Ça tourne en effet à l’épidémie de fausses annonces de "leaders d’al-Qaida" arrêtés ou tués, depuis quelques mois ; souvenez-vous, c’était il y a quelques semaines à peine la même chose en Irak avec Abu Omar al-Baghdadi, mort-même-pas-mort, lui aussi annoncé liquidé pourtant cinq ans auparavant. "En mai 2005, déjà, le porte-parole du ministère de l’intérieur du gouvernement irakien, le major-général Abdul-Karim Khalaf, l’avait en effet annoncé tué lors d’une attaque de la police irakienne" vous avais-je dit. La voix de ces messages de zombie avait été "certifiée" par qui je vous demande ? Mais par Rita Katz, pardi, la même qui affirme aujourd’hui la seconde mort de Saeed al-Masri ! Saaed Al-Masri/Abu al-Yazid, ne faisant pas partie du premier lot du FBI des plus recherchés. Ni des lots suivants d’ailleurs : encore un "troisième" débarqué d’ailleurs, en mai 2007, avec des vidéos de la fameuse "As-Sahab Media Foundation" (et encore toujours pas dans les 10 premiers en mai de cette année là !). Et pas davantage en 2010... L’homme, de 1988 à 2007, n’aurait pas fait parler de lui autrement que par l’usage de sa fameuse calculatrice Casio ?   Bombardé leader et porte parole en mai 2007 seulement, et véritablement bombardé en février 2008, "à la place d’Abu al-Laith al-Liby" note la NEFA Foundation. Lui-même décédé le 31 janvier de la même année, tué par drone également : les américains lanceraient donc aussi des attaques sur des gens déjà morts ? Un Al-Libi déjà présenté comme "numéro 3" pour l’occasion. "Un coup porté à Al-Qaida" annonçait-on alors dans la presse. Gag ultime que rajoute le SITE de Rita Katz : "Selon le SITE, il avait été vu pour la dernière fois dans une vidéo diffusée le 4 mai dernier lorsqu’il avait fait l’éloge funèbre d’Abou Omar al-Bagdadi et Abou Ayub al-Masri, les chefs politiques d’Al-Qaïda en Irak tués en avril". Deux autres "top leaders" dont on n’a pas vus les corps, et dont le premier ministre irakien Maliki (en sursis) a montré de bien pales photos, en se trompant de 200 km sur le lieu de leur décès ! Bagdadi, annoncé déjà mort en mai 2005 ! Décidément qu’est ce qu’on tue comme... morts, grâce aux drones !    Et ce fameux Rachid Rauf ! Mort déjà deux fois, lui, définitivement volatilisé aux dernières nouvelles le 22 novembre 2008 par un drone lui aussi, après s’être échappé en 2007 des griffes des policiers pakistanais venus l’arrêter en prétextant aller manger un hamburger (ou être allé à la mosquée, selon les versions de la police !) : jamais on n’avait vu excuse plus imbécile pour un évadé laissé en liberté par la volonté de ceux qui l’avaient arrêté. Un Rachid Rauf "cerveau présumé des tentatives d’attentat contre des vols transatlantiques" torturé, parait-il, et ayant affirmé dans sa déposition pakistanaise l’avoir été par des agents du MI-5 anglais. La totale ! Rauf, le garçon boulanger conseillant les futurs suicidés sur la composition des explosifs "les mêmes que ceux de l’attentat de Londres"... qui n’avaient rien à voir avec le contenu du SUV laissé avec sa cargaison de pétards en plein Manhattan ! C’est un imbroglio d’annonces successives, qui, les aventures de Rauf, quand on les recoupe, et qui ne marchent pas ensemble ! Un jour évadé, un autre capturé par l’ISI... Avec Rauf, il ne manque plus que l’enlèvement par les extra-terrestres, aujourd’hui ! le Mi-5 et la CIA recyclent à l’infini leurs affidés. Parfois prétendus morts, une autre fois envoyés à vie en prison sans qu’on sache où exactement. TripleCross, ou le billard à trois bandes....   La "traque contre Al-Qaida s’avèrerait donc efficace", dit notre spécialiste, toujours sans sourciller : en neuf ans, les deux leaders n’ont toujours pas été arrêtés, pourtant. Mais on a des camionnettes pleines de "top leaders", il est vrai : des vrais, des faux, des morts, des vivants, des morts-vivants. Tous plus ou moins lampistes de cette histoire de plus en plus abracadabrante. Al-Qaida, c’est un peu la troupe des danseurs de Michael Jackson dans "Thriller". Une bande de zombies en sursis. Personne n’a retenu leurs noms, tout le monde ayant focalisé sur le leader. Une troupe égalitariste : "tout le monde peut devenir numéro 3 chez eux " !!! Derrière les deux leaders, plutôt. Un qui bouge encore, parfois, un autre qui ne bouge plus depuis longtemps. Mais on a tout prévu, pour remplacer au cas où le vrai-faux leader, au cas où. Avec ce morceau de bravoure journalistique ressorti même pas réchauffé. Admirons la prose  : "certains observateurs annoncent que le successeur serait un Libyen, Abou Yayha Al Libi, alias Mohammed Hassan, au passé non militaire, mais qui serait chargé de la communication et de la propagande d’Al-Qaida. Point essentiel de la tactique d’Al-Qaida, quand on sait que ce dernier est un « héros » pour la bonne raison qu’il a réussi à s’échapper de la prison de Bagram, en Afghanistan, où il était détenu. Un lieu de détention qui accueille aujourd’hui plus de 600 détenus, surnommé « le Guantanamo afghan », sauf que les prisonniers n’en sortent pas". Tu parles d’un héros !   Al-Libi, le seul à savoir lire son prompteur de caméra correctement de droite à gauche, l’homme jugé pour ça plus "doué" que les autres par les militaires US eux-mêmes, qui l’ont déjà proposé comme futur successeur de Ben Laden. Mieux que le pantin Gadahn, lui aussi annoncé comme mort en 2008 et déjà revenu sous les feux de la caméra dans sa douillette maison et son torchon mal ficelé sur la tête : le label "attaqué par un drone" sert bien a estampiller les marionnettes de la CIA. Elle leur donne une légitimité, elle leur fabrique une carrure que leurs prestations audiovisuelles son incapables de leur donner (surtout Gadahn !). Gadahn, annoncé capturé le 8 mars 2010 par les pakistanais.... et depuis, plus rien. Ah si : un démenti américain du 8 août. "Mistaken Identity"... ce serait un dénommé "Abu Yahya Majadin Adam" que l’on aurait arrêté à la place. Une simple "erreur de nom", alors que les photos et les vidéos de Gadahn sont partout depuis cinq ans ? Mais de qui se moque-t-on encore une fois ? On aurait capturé un "top leader" sans nous le dire ? "May be  ?" Ou plus prosaïquement, les services pakistanais auraient fait l’erreur de l’arrêter et auraient promptement été sermonnés de le relâcher au plus vite ? Dans ce cas, Al-Qaida aurait perdu son plus grotesque représentant  ! Le seul à ne toujours pas savoir lire l’arabe dans le bon sens, le seul à poser avec sur son bureau aux couleurs de la chaîne de télé de Ben Laden ! La même semaine, on arrêtait Abdul Ghani Baradar, le "top leader" militaire des talibans. Belle prouesse : l’homme avait fait l’objet d’un article dans Newsweek le 25 juillet 2009. A l’époque, on parlait déjà de "deal" possible entre lui et Karzaï. Baradar avait déjà approché Karzaï avec "une offre de paix", affirmait sans hésiter le journal américain. Le 16 mars, on avait déjà fait état des relations entre Baradar et Karzaï ! La Jirga de mai annoncée aurait été celle de la grande réconciliation, tout était prêt, annonçait le Telegraph ! Et patatras, le voilà emprisonné ?   Sa capture avait été présentée dans la presse comme celle des services pakistanais "travaillant en liaison avec les services américains." Le "triomphe de la coordination ISI-CIA" clamait même enthousiaste le Christian Monitor. Pas tant que ça, et bien au contraire comme nous allons le voir. Arrêté aussi à Karachi son second, Abu Waqas ! Quelle prise ! Un peu plus tard, on apprendra que tout le lot était en train de négocier sinon une reddition, du moins un accord avec des représentants de Karzaï. Le New-York Times avait reçu des ordres de la Maison Blanche de décaler l’annonce de leur capture : tout le monde était au courant des négociations en cours, et de la capture au bout ! Les pakistanais, avec Ashfaq Kayani, avec cette capture en pleine négociation, montraient-ils qu’il souhaitaient rester maîtres du jeu ? En gros, de ne pas être écartés de la paix en cours. Quitte à la torpiller, si besoin était ! En fait, les deux. Les pakistanais et leurs alliés de la CIA : il y a bien eu torpillage d’avancées de paix entre le plus proche collaborateur du Mollah Omar, sinon le vrai leader du mouvement (Omar est très certainement également mort, tant il joue l’homme invisible), et Hamid Karzaï, alors pas du tout en odeur de sainteté à Washington... qui peut en être à l’origine, sinon la CIA ? McCrystal s’était bien trop vite précipité pour annoncer que la capture de Baradar était un problème "tribal" seulement ; un simple règlement de comptes entre tribus locales, selon lui ! Entre la presse qui parle de "totale coopération" ISI-CIA et McCrystal qui met les pieds dans le plat, il y a tout un monde : celui qui sépare les militaires des services secrets, tout simplement ! Le premier a faire la tête étant... Karzaï, qui a bien compris le coup de poignard que venait alors de lui flanquer la CIA. Des gens, dans cette région, ne souhaitent pas que ça s’arrête : ce sont les mêmes qui ont commencé, vous allez me dire... et des gens qui ont même des remplaçants de près sur le banc !   Tel Al-Libi, un des "Quatre de Bagram", à qui on a donné les clés de leur geôle, un jour, pour s’évader "de la prison dont on ne sort pas" (*)... Mais pas le petit veinard, lui, le protégé des "dieux" qui l’ont libéré. Au point qu’on organise sa propre publicité de presque martyr ayant échappé à la mort ailée : "et Abu Yahya al-Libi aussi, évidemment, a eu droit depuis à "sa" rumeur d’avoir été tué par un drone :l’ultime légitimité, il n’y a pas de raison  ! elle surviendra le 10 décembre 2009, au Sud Waziristan dans la région de Ladha. Bizarrement, un bombardement qui rate sa cible. Une attaque précédente le 16 octobre 2008 avait pourtant tué Khalid Habib le commandant du Lashkar al Zil, le nom de "l’armée secrète" de Ben Laden au Pakistan, selon la CIA. Mais notre "poète" en réchappera, lui... l’homme aussi fabriqué que ne peut l’être Ben Laden". Evadé, miraculé du drone et donc labellisé chef en terrorisme, un n°3 à très fort potentiel : un sacré chanceux ! Comme Ben Laden à la Tarnak Farm ou à Torah Borah. Devrait jouer au loto, l’animal, avec une telle étoile !   Demain, on va nous apprendre sur les mêmes bases que les attentats du WTC ont été préparés par un mort vivant sur un ordinateur de 16 Ko de mémoire. Le World Trade Center, abattu à l’aide d’une simple calculatrice. Ou avec une règle en plastique, tiens, puisque d’aucuns s’en servent encore pour "convaincre"... Au royaume du mensonge américain, rien n’est trop gros.    (*) "Le 11 juillet 2005, les quatre terroristes s’échappent en effet dans des conditions rocambolesques. Ils crochètent leur serrure après la dernière visite du gardien, un soir, à 1h 50, se changent complètement (l’orange serait-il voyant en plein désert ?), rampent au travers du camp, passent sous les barbelés et un mur endommagé, traversent la route principale en macadam, et rejoignent un véhicule qui les attend dehors... dans les champs, juste après avoir traversé sans encombre un champ de mines soviétique resté là depuis le précédent conflit ! Même Steve Mac Queen dans "La grande évasion" fait office d’amateur au regard de leurs exploits ! Du James Bond, du Hollywood : jamais il n’auraient dû réussir ce genre d’exploit ! A moins, bien entendu de complicités à l’intérieur !"

 

 

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-wtc-abattu-par-une-calculatrice-75812

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 22:44

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À moins de vingt kilomètres à l'ouest de Prague, la capitale, s'étend une importante région industrielle de la République Socialiste Tchécoslovaque, avec Kladno pour centre. Là, des milliers de mineurs et de métallurgistes quotidiennement descendent au fond des puits où franchissent les portes de puissantes usines, aciéries ou forges. Mais la région de Kladno n'appartient pas seulement à l'industrie lourde, c'est aussi un pays de bonne terre fertile et de vastes forêts.

Cette région de Kladno est, de longue date, peuplée d'actifs patriotes et, dans la période la plus récente de l'histoire tchèque, c'est un foyer du mouvement ouvrier révolutionnaire. Au siècle dernier déjà, les ouvriers du pays de Kladno avaient mis sur pied un réseau dense d'organisations politiques et culturelles. Plus d'une fois, à l'époque de dure oppression, ils surent défendre avec vaillance les droits essentiels de l'homme, que ce fût, à la charnière du XIXe et du XXe siècles, à l'occasion d'une grève des mineurs pour la journée de huit heures et l'augmentation des salaires ou, en 1905, lors de la lutte pour le suffrage universel. De même, pendant la première guerre mondiale, le peuple de Kladno devait jouer un rôle considérable dans le combat pour la liberté. L'impôt qu'il lui fallut payer pour cela fut sanglant: dans les usines, des prisons furent créées à l'intention des ouvriers rebelles, mineurs et travailleurs des forges furent incarcérés pour faits de sabotage, mais les fabrications d'armements n'en continuaient pas moins à baisser et les transports militaires à manquer de charbon. Rien d'étonnant, par suite, que les regards des fascistes allemands se soient fixés sur la région de Kladno dès le premier jour de l'occupation nazie, au seuil de la seconde conflagration mondiale: la Gestapo s'installa à Kladno, ainsi qu'un conseiller supérieur nazi. On arrêta les ouvriers par dizaines, on ouvrit le feu sur les maisons ouvrières, on ferma les écoles. Résultat : le lendemain même de l'agression allemande contre l'Union Soviétique, on vit un drapeau rouge flotter au sommet d'une des plus hautes cheminées... Sur cette terre vécut jusqu'au 10 juin 1942 le village de Lidice.

 

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Quand fut accompli, au printemps de 1942, l'attentat qui abattit le Reichsprotektor par intérim, R. Heydrich, les nazis, ne pouvant longtemps trouver et identifier les auteurs de l'attentat, se sont résolus à entreprendre une campagne d'extermination qui avait pour but de terroriser le peuple tchèque. Sans la moindre preuve véritable, la commune de Lidice fut accusée de participation à l'attentat. À l'aube du 10 juin 1942 tombèrent sous les balles du peloton d'exécution 173 hommes de Lidice, soit tous ceux qui étaient à ce moment présents au village: le plus âgé avait quatre-vingt-quatre ans, le plus jeune était un garçon de quinze ans à peine. Les ouvriers revenant du poste de nuit se virent donner la chasse et furent assassinés après coup.

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Quant aux femmes, elles furent déportées au camp de concentration de Ravensbrück, nombre d'entre elles devaient ensuite faire connaissance avec Auschwitz et d'autres camps : soixante furent torturées à mon. Il n'est pas jusqu'aux enfants de Lidice qui n'eurent à subir une destinée tragique: les nazis les emmenèrent d'abord au camp de Lodz, après quoi ils en exterminèrent quatre-vingt-deux en les envoyant dans la chambre à gaz. Sur toute la population de la bourgade, 159 personnes seulement devaient survivre à la période d'occupation. Les nazis couronnèrent leur forfait en incendiant, puis en rasant Lidice.

 

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Mais il était dit que Lidice ne périrait point, son nom devait parcourir la planète comme un signal d'alarme. " Les gens se battront avec le nom de Lidice aux lèvres ", déclarèrent les journaux soviétiques. Les soldats tchécoslovaques alors en U.R.S.S. organisèrent une collecte dont le bénéfice servit à acheter des tanks. L'un de ceux-ci, qui reçut le nom de Lidice, retient aujourd'hui l'attention des visiteurs de Musée historique de l'Armée, à Prague. De leur côte, les mineurs de Birmingham convoquèrent un important meeting, associant cette manifestation à l'organisation d'une quête en faveur de la construction d'un nouveau Lidice ; voilà comment l'initiative des mineurs anglais donna naissance à la campagne intitulée Lidice vivra. Une fois connue la nouvelle du crime perpétré à Lidice, quantité de localités prirent le nom de cette commune, tel fut le cas de San Jeronimo au Mexique ou, aux États-Unis d'Amérique, de Stern Park Gardens (Illinois). Les ouvriers de Caracas, capitale du Venezuela, appelèrent Lidice un quartier nouvellement édifié. Au Brésil pareillement, un village reçut le nom de Lidice. De même à Cuba, l'une des places de la capitale, La Havane, se vit dénommer Plaza de Lidice. Dans la ville de Saibarico, une des artères principales a désormais nom " Calle de Lidice ". Sur sa Plaza Lidice, la cité péruvienne de Callao a érigé un monument. La ville de Quito (Equateur) possède aussi une Place de Lidice. " Plaza Lidice ", tel est de même, dans le port chilien de Viñia del Mar, le nom donné au square d'où s'étend une vue magnifique sur l'océan. Place de Lidice encore, à Montevideo, capitale de l'Uruguay. L'Égypte et l'Inde ont également manifesté leur sympathie. D'éminents écrivains ont rendu hommage à Lidice, parmi eux Ilia Ehrenbourg et Thomas Mann, des artistes, des compositeurs, comme Bohuslav Martinu, des cinéastes et des auteurs dramatiques. Leurs œuvres ont tenu bien des programmes radiophoniques, occupé les écrans de la télévision, attiré le public des théâtres, salles d'exposition ou de cinéma.

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Après la guerre, le gouvernement de la Tchécoslovaquie libérée a bâti un nouveau Lidice. Le Parc de l'Amitié et de la Paix s'étend entre l'emplacement dénudé de la bourgade rasée et la commune neuve ; des rosiers du monde entier y fleurissent.

Les hommes veulent la paix.

Le service nazi du travail a fait sauter les fermes de Lidice et rasé la localité, conformément aux ordres.

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 18:40

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Montreuil, le 8 juin 2010

 

CGT

 

 

Expression des salariés et du syndicat CGT
de la Fédération des Travailleurs de la Métallurgie CGT

 

 

 

Un an après, toujours au même point

 

 

En avril 2009, alors que nous commencions à négocier une grille de salaire, nous nous sommes rendus compte que la prime d’ancienneté avait été gelée.

La discussion étant impossible avec notre direction, nous nous sommes mis en grève pendant 15 jours.

 

Nous avons repris le travail à la seule condition que les négociations sur la prime d’ancienneté soient closes, seules les négociations sur la grille de salaire étaient envisageables.

Des collectifs salariés / direction fédérale ont été mis en place afin de pouvoir travailler sur une nouvelle grille avec de vrais coefficients correspondant à la métallurgie.

 

Plusieurs rencontres ont eu lieu jusqu’au moment où ils ont constaté que nous défendions nos acquis, alors les réunions se sont espacées jusqu’à disparaître malgré des demandes incessantes de la part du personnel.

 

Le 31 mars 2010, à notre grande surprise, nous découvrions une lettre du Bureau fédéral jointe à notre feuille de paie qui nous signifiait un ultimatum à la date du 30 juin pour leur faire des propositions.

 

Fin avril, le syndicat a donc répondu à ce courrier en réaffirmant la volonté des salariés de ne pas toucher à la prime d’ancienneté.

 

Depuis silence radio.

 

Aujourd’hui, le 8 juin 2010, nous avons eu une réunion du personnel nous indiquant que le nouveau mode de calcul de la prime d’ancienneté allait être appliqué au 1er juillet 2010. Chaque salarié va donc recevoir un courrier lui indiquant son repositionnement sur la nouvelle grille qui se fera en deux fois (une première partie du personnel au 1er juillet 2010 et une deuxième au 1er février 2011) ainsi que le nouveau mode de calcul de la prime d’ancienneté.

 

Nous sommes de nouveau en grève pour réaffirmer notre position de ne pas toucher à nos acquis.
Nous sommes déterminés à mener notre lutte jusqu’au bout.

 

Nous restons à votre disposition pour des informations complémentaires.

 

Venez nous soutenir en signant notre pétition.

 

 

Le syndicat CGT et le personnel de la FTM CGT

 

Les messages de soutien peuvent être adressés à la direction de la Fédération à metaux@ftm-cgt.fr

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 18:28

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http://www.protection-palestine.org/spip.php ?article8989

 

 

Cet article a été écrit par le grand écrivain et journaliste Israélien, Uri Avnery. Il a été publié le 5/6/2010 dans Maariv.

"Tue un Turc et repose-toi" est une expression populaire israélienne qui signifie "Pas de précipitation".

Elle provient d’une histoire remontant à 1877 que Uri Avnery raconte dans cet article.

En haute mer, hors des eaux territoriales, le navire a été intercepté par la marine. Les commandos l’ont attaqué. Les centaines de gens qui étaient sur le pont ont résisté, les soldats ont recouru à la force. Certains passagers ont été tués, des dizaines ont été blessées. Le navire a été emmené au port, les passagers ont été débarqués de force. Le monde les a vus marcher sur le quai, hommes et femmes, jeunes et vieux, tous épuisés, l’un derrière l’autre, chacun avançant de force entre deux soldats…

Le navire s’appelait "Exodus 1947". Il était parti de France dans l’espoir de briser le blocus britannique, qui avait été imposé pour empêcher les bateaux chargés de survivants de l’Holocauste d’atteindre les côtes de Palestine. S’il avait été autorisé à gagner le pays, les immigrants illégaux auraient débarqué et les Britanniques les auraient envoyés dans des camps de détention à Chypre, comme ils l’avaient déjà fait auparavant. Personne ne se serait intéressé à cette histoire plus de deux jours.

Mais celui qui était en charge de l’affaire était Ernest Bevin, leader du parti travailliste et ministre britannique arrogant, grossier et avide de pouvoir. Il n’allait pas laisser une bande de Juifs lui dicter ce qu’il avait à faire. Il a décidé de leur donner une leçon sous les yeux du monde entier. "C’est une provocation !", s’est-il exclamé, et il avait bien sûr raison. L’objectif principal était effectivement de lancer une provocation afin d’attirer les yeux du monde sur le blocus britannique.

On connaît bien la suite : l’histoire a traîné en longueur, on a fait bêtise sur bêtise, le monde entier a compati avec les passagers. Mais les Britanniques n’ont pas cédé et ont payé le prix [de leur attitude]. Un prix lourd.

Beaucoup croient que l’incident de l’Exodus a été le tournant de la lutte pour la création de l’état d’Israël. La Grande Bretagne s’est effondrée sous le poids de la condamnation internationale et a décidé d’abandonner son mandat sur la Palestine. Il y a, bien évidemment, de nombreuses autres raisons importantes à cette décision, mais l’Exodus s’est avéré être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Je ne suis pas le seul à m’être rappelé cet épisode cette semaine. En fait, il était presque impossible de ne pas se le rappeler, en particulier pour ceux d’entre nous qui, à l’époque, vivaient en Palestine et y ont assisté.

Il y a bien entendu d’importantes différences. Les passagers d’alors étaient des survivants de l’Holocauste, et, cette fois, c’était des militants de la paix du monde entier. Mais aujourd’hui comme alors, le monde a vu des soldats lourdement armés attaquer brutalement les passagers désarmés, qui résistent avec tout ce qui leur tombe sous la main, avec des bâtons et à mains nues. Aujourd’hui comme alors, çà s’est produit en haute mer, à 65 km des côtes aujourd’hui et à 40 km à l’époque.

Avec le recul, le comportement britannique pendant toute l’affaire semble incroyablement stupide. Mais Bevin n’avait rien d’un imbécile, et les officiers britanniques qui dirigeaient les opérations n’étaient pas des demeurés. Après tout, ils venaient de sortir vainqueurs d’une guerre mondiale.

S’ils ont eu une attitude complètement démente du début à la fin, c’est par arrogance, par manque de finesse et par mépris sans bornes de l’opinion publique mondiale.

Ehud Barak est le Bevin israélien. Ce n’est pas un imbécile, et nos hauts gradés non plus. Mais ils sont responsables de d’actes de démence qu’ils ont enchaînés, dont les conséquences désastreuses sont difficiles à évaluer. Yossi Sarid, ancien ministre devenu journaliste, a qualifié le "comité des sept" [ministres] qui a pouvoir de décision sur les questions de sécurité de"sept idiots", —et je dois protester : c’est une insulte pour les idiots.

Les préparatifs de la flottille ont duré plus d’un an. Des centaines d’e-mails ont été échangés. J’en ai moi-même reçu des dizaines. Il n’y n’avait aucun secret. Tout s’est fait à découvert.

Toutes nos institutions politiques et militaires ont largement eu le temps de se préparer à l’approche des navires. Les politiciens se sont consultés. Les soldats se sont entraînés. Les diplomates ont communiqué. Les gens des renseignements ont fait leur travail.

Rien n’y a fait. Toutes les décisions ont été mauvaises de la première à la dernière minute. Et ce n’est pas fini.

L’idée d’une flottille comme moyen de briser le blocus confine au génie. Elle a placé le gouvernement israélien sous les fourches caudines d’un dilemme, —le choix entre plusieurs options, toutes mauvaises. Tout général souhaite mettre son adversaire dans ce genre de situation.

Les différentes options étaient :

 laisser la flottille parvenir à Gaza sans encombre. Le secrétaire du cabinet était pour cette solution. Çà aurait amené la fin de l’embargo, car, après cette flottille, il en serait venu d’autres et de plus grandes.

 arrêter les navires dans les eaux territoriales, inspecter leur cargaison et s’assurer qu’ils ne transportaient pas d’armes ni de "terroristes", puis les laisser poursuivre leur route. Çà aurait suscité de vagues protestations dans le monde mais maintenu le principe du blocus.

 les arraisonner en haute mer et les amener à Ashdod, avec le risque d’affrontements au corps à corps avec les militants à bord.

Comme nos gouvernements l’ont toujours fait quand il faut trancher entre plusieurs mauvais choix, le gouvernement Netanyahu a choisi le pire.

Quiconque ayant suivi les préparatifs dans les media aurait pu prévoir qu’ils feraient des morts et des blessés. On n’attaque pas un navire turc en s’imaginant que de mignonnes petites filles vont vous accueillir avec des fleurs. Les Turcs n’ont pas la réputation de baisser facilement les bras.

Les ordres qu’on reçus les soldats et qui ont été rendus publics incluent les trois mots fatidiques "à tout prix". Tout soldat sait ce que signifient ces trois mots terribles. En outre, sur la liste des objectifs, traiter les passagers avec considération ne figurait qu’en troisième place, derrière assurer la sécurité des soldats et mener la tâche à son terme.

Si Binyamin Netanyahu, Ehud Barak, le chef d’état major et le commandant de la marine n’ont pas compris que cela conduirait à tuer et blesser des gens, même ceux qui ont jusqu’ici rechigné à l’envisager doivent alors en conclure qu’ils sont d’une scandaleuse incompétence. Ils doivent s’entendre adresser les mots impérissables d’Oliver Cromwell au Parlement : "Vous siégez ici depuis trop longtemps pour le peu de bien que vous y avez fait. Partez, vous dis-je, et qu’on n’entende plus parler de vous ! Au nom de Dieu, partez !"

Cet événement met à nouveau l’accent sur l’un des plus graves aspects de la situation : nous vivons dans une bulle, dans une sorte de ghetto mental qui nous isole et nous empêche de voir une autre réalité, celle que perçoit le reste du monde. Un psychiatre pourrait y voir le symptôme d’un grave problème mental.

La propagande du gouvernement et de l’armée raconte une histoire simple : nos soldats au grand cœur, héroïques et déterminés, l’élite de l’élite, sont descendus sur le navire pour "causer" et ont été attaqués par une foule déchaînée et violente. Les porte-parole officiels n’ont pas arrêté de répéter le mot "lynchage".

Le premier jour, presque tous les media israéliens ont admis cette version. Après tout, il est clair que nous, les Juifs, sommes les victimes. Toujours. Cela vaut aussi pour les soldats Juifs. Certes, nous attaquons un bateau étranger en mer, mais nous nous transformons sur le champ en victimes qui n’ont pas d’autre choix que de se défendre contre des antisémites violents et remontés.

Il est impossible de ne pas se rappeler la vieille histoire juive : en Russie, une mère juive fait ses au revoir à son fils, appelé à servir le tsar dans la guerre contre la Turquie.

 " Ne te surmène pas, l’implore-t-elle. Tue un Turc et repose-toi. Tue un autre Turc et repose-toi encore.
 Mais, mère, l’interrompt le fils, et si le Turc me tue pendant que je me repose ?
 Toi ? s’exclame la mère. Mais pourquoi ? Qu’est-ce que tu lui as fait ?"

Toute personne normale peut trouver çà fou. Les soldats surarmés d’un commando d’élite viennent de la mer et des airs aborder un navire en haute mer et en pleine nuit, —— et ce sont eux les victimes ?

Mais il y a là-dedans une once de vérité : ils sont les victimes des commandants arrogants et incompétents, des politiciens irresponsables, et des media qu’ils alimentent. Et, en fait, [ils sont aussi victimes] du public israélien, puisque la plupart des gens a voté pour ce gouvernement ou pour l’opposition, qui n’est pas différente.

L’affaire Exodus s’est répétée, mais les rôles ont changé : nous sommes aujourd’hui [dans le rôle] des Britanniques.

Quelque part, un nouveau Leon Uris projette d’écrire son prochain livre, "Exodus 2010". Un nouvel Otto Preminger projette un film qui sera en tête du box office. Un nouveau Paul Newman en sera la vedette —— après tout, la Turquie ne manque pas d’acteurs de talent.

Il y a plus de 200 ans, Thomas Jefferson a déclaré que toute nation doit agir avec le "respect dû à l’opinion de l’humanité ". Les dirigeants israéliens n’ont jamais fait leur la sagesse de cette maxime. Ils adhèrent à l’adage de David Ben Gurion : "L’important n’est pas ce que disent les païens, l’important est ce que font les Juifs". Peut-être présumait-il que les Juifs n’agiraient pas de façon stupide.

Transformer les Turcs en ennemis est plus que stupide. Pendant des décennies, la Turquie a été notre alliée la plus proche dans la région, bien plus proche qu’on ne le sait généralement. La Turquie pourrait jouer, à l’avenir, un rôle important en tant que médiateur entre Israël et le monde arabo-musulman, entre Israël et la Syrie et, oui, même entre Israël et l’Iran. Or peut-être avons-nous réussi à unir le peuple turc contre nous, —et certains disent que c’est aujourd’hui la seule question sur laquelle les Turcs soient unis.

Cette affaire est le Chapitre 2 de "Plomb Durci". À ce moment-là, nous avons dressé presque tous les pays du monde contre nous, choqué nos quelques amis et réjoui nos ennemis. Et maintenant, nous avons fait remis çà, et peut-être avec encore plus de succès : l’opinion publique mondiale se tourne contre nous.

C’est un processus lent, comme quand l’eau s’amasse derrière une digue. L’eau monte lentement, silencieusement, et le changement est à peine perceptible. Mais une fois qu’elle a atteint un niveau critique, la digue se rompt tout d’un coup et la catastrophe nous submerge. Nous nous rapprochons lentement mais sûrement de ce point.

"Tue un Turc et repose-toi", disait la mère de l’histoire. Notre gouvernement ne se repose même. Il n’arrêtera semble-t-il pas avant d’avoir transformé jusqu’au dernier de nos amis en ennemi.

Uri Avnery

http://www.politicaltheatrics.net/2010/06/kill-a-turk-and-rest/

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