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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:34

limpieza-social.jpghttp://libertad95.com/2012/11/16/nettoyage-social-en-colombie-le-massacre-des-sans-abri/

 

 

Vivre dans les égouts de Bogota


Le gouvernement colombien développe une nouvelle image de son pays afin d’attirer massivement les capitaux étrangers tandis que l’extermination des individus jugés indésirables se perpétue dans la capitale.

C’est au mois de septembre dernier, lors de l’ouverture d’un match de football contre l’Uruguay, que la Colombie a dévoilé ce qu’elle désigne comme sa « nouvelle identité visuelle » à travers le lancement d’une vaste campagne publicitaire. (1) « La Colombie traverse un bon moment. Nous sommes en train de construire ensemble un pays meilleur. Aujourd’hui on nous regarde avec d’autres yeux, on parle de notre pays comme d’une étoile fulgurante. Nous possédons tout ce dont le monde a besoin et nous allons lui apporter des solutions » déclare le Président colombien Juan Manuel Santos dans le film publicitaire de la  « Marque Colombie » aux côtés du Ministre du Commerce, et dont la diffusion coïncidait avec l’annonce de négociations de paix avec la guérilla. (2)

La respuesta es Colombia’

Avec un budget publicitaire de 3 millions de dollars, l’Etat colombien vient en effet de s’offrir une nouvelle vitrine en déployant une opération médiatique d’envergure afin de promouvoir les différents secteurs de son économie en tentant de « rectifier l’image négative » du pays et pour attirer les investisseurs du monde entier: ‘La respuesta es Colombia’ (La réponse c’est la Colombie). (3) Un autre projet d’envergure verra le jour en 2014 à Bogota puisque la Colombie est en train de faire construire son plus haut gratte-ciel (66 étages), un projet immobilier pharaonique de 186 millions de dollars, symbole de cette ascension fulgurante que Monsieur Santos et son gouvernement ambitionnent pour les années à venir. (4)

La paix, une affaire rentable

Après cinquante années d’un conflit interne sanglant dans lequel des milliards de dollars ont été englouti en armement, et qui a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de colombiens, il est bien évident que le pays en paie un lourd tribut. La guerre coûtant chaque année deux points de croissance à l’économie du pays, la signature hypothétique d’un accord pour mettre fin au conflit qui frappe le pays depuis un demi-siècle pourrait ainsi avoir des conséquences profondes sur l’économie nationale.

Pourtant, tandis que le Président Santos a le regard tourné vers les étoiles et se prend à rêver que le monde entier ne peut plus se passer de lui, les profondes inégalités sociales demeurent à l’origine du conflit toujours en cours et d’innombrables violations des droits humains restent une constante à travers tout le pays. Parmi un des aspects de cette véritable crise humanitaire que vit la Colombie, une réalité particulièrement sordide se déroule tout juste sous les pieds des habitants de Bogota, puisque c’est au fond des égouts que les sans-abri ont trouvé un bien sinistre refuge, pour tenter d’échapper aux opérations de « nettoyage social » que les forces de police colombiennes et les escadrons de la mort pratiquent régulièrement dans la capitale.

Le nettoyage social en Colombie, une pratique de longue date

Le phénomène du « nettoyage social » ou limpieza social n’est pas nouveau en Colombie et fait son apparition à la fin des années 70. Ce sont les individus jugés indésirables pour la société, les « habitantes de las calle » (les « habitants des rues ») qualifiés de « desechables » (« jetables ») qui sont les cibles de cette éradication physique de la pauvreté: enfants des rues, délinquants, toxicomanes, sans-abris, prostituées, travestis… Afin de « nettoyer » la société, des escadrons de la mort, les milices paramilitaires d’extrême droite, mais également les forces de police colombiennes, se livrent littéralement au massacre de ces personnes, depuis plusieurs décennies en  et en toute impunité. Une vaste tragédie dont l’écho est à peine perceptible et qui persiste jusqu’à ce jour. (3)

Le « nettoyage social » est un phénomène diffus en Colombie et connaîtra différentes phases au cours des décennies avec, parfois, la diffusion de tracts dans certaines villes annonçant la venue de ces escadrons de la mort. Mais c’est peut-être plus particulièrement à Bogota, la capitale de 8 millions d’habitants, qui compte la plus grande population de réfugiés du pays, que s’exerce sans relâche ce procédé infâme dont les autorités colombiennes ne se préoccupent pas. (4)

Descente aux enfers

Un documentaire intitulé « Vivre dans les égouts de Bogota » réalisé par Vice Magazine,  nous emmène au fond des égouts de la capitale colombienne et dévoile le sinistre quotidien de ces personnes condamnée à la déchéance. Transis de froid, crevant de faim, des hommes, des femmes et des enfants survivent dans l’obscurité, au milieu d’excréments humains, entourés de rats, dans la misère la plus extrême et sous la menace permanente du « nettoyage social » dont ils savent qu’ils sont la cible. (5)

Le Docteur Jaime Jaramillo est une des rares personnes en Colombie à venir en aide aux personnes vivant dans les égouts et a fait sortir des centaines d’enfants des canalisations de Bogota. C’est dans les années 70 que le Docteur Jaime Jaramillo, ou comme on le surnomme en Colombie « Papa Jaime », a commencé à descendre dans les égouts afin de sauver les enfants des rues des abus et de la mort. (6) « J’étais asthmatique et je n’arrivais pas croire que des êtres humains puissent vivre comme çà », raconte le Docteur Jaramillo qui a créé la Fondation Enfants des Andes, une organisation sanitaire et sociale qui recueille, soigne, éduque et socialise ces enfants des rues qui ont vécu les pires souffrances. « Malheureusement, pour pouvoir manger ces enfants doivent voler, et pour voler ils doivent prendre de la drogue. C’est un cercle vicieux. » explique-t-il.

 « Quand c’est ton tour, c’est ton tour »

Contraints de se terrer dans les égouts où ils continuent d’être traqués par la police et les escadrons de la mort, des hommes, des femmes et des enfants sont les victimes d’agressions barbares. Pedro, qui a survécu à une agression au couteau, témoigne: « Il y a six mois les paramilitaires sont venus ont mis le feu à une petite fille. Ils ont versé de l’essence sur elle et l’ont enflammée. C’est terrible. » Lorsque leurs agresseurs ne peuvent pas les atteindre par balles ou au couteau alors ils déversent de l’essence dans les bouches d’égouts et y mettent le feu. 22 enfants sont ainsi morts brûlés vifs. Le harcèlement par la police, qui agit généralement le dimanche, est permanent et les pousse à se réfugier au plus profond des canalisations de la ville. « Ils viennent constamment ici, t’attrapent et t’emmènent au poste de police. Là ils te frappent dur et t’aspergent avec un puissant jet d’eau» raconte Pedro. Un autre homme, Pablo, raconte qu’il a perdu sa femme, emportée par une brusque montée des eaux lors d’une pluie torrentielle.

L’année dernière, une pétition en ligne a été lancé sur internet par le site Care2 afin d’attirer l’attention de l’opinion internationale sur le cas du « nettoyage social » en Colombie et pour demander au Président Juan Manuel Santos, au Ministre de la Défense et au Directeur de la Police Nationale que cesse enfin le massacre des sans-abri par les forces de l’ordre et autres escadrons de la mort. La pétition a rassemblé près de 25.000 signatures des quatre coins du monde mais n’aura, semble-t-il, connu aucune suite… (7)

Alors que viennent de s’engager des pourparlers entre le gouvernement et la guérilla, la Colombie, troisième pays le plus inégalitaire au monde, figure toujours sur la liste noire des différents organismes des droits de l’Homme. Tout récemment, la Cour pénale Internationale vient d’émettre un rapport sur la situation de la Colombie et adresse clairement, à travers celui-ci, un dernier avertissement à l’Etat colombien afin que des changements importants soient mis en œuvre dans la politique pénale de ce pays. (10)

 


Florence Gatineau

 

 

 

 

 

 

(1) La marque Colombie se déplace partout dans le monde – vidéo 10 septembre 2012

http://www.youtube.com/watch?feature=endscreen&NR=1&v=UueAiXGj1cs

(2) Marca Colombia (La Marque Colombie) – vidéo 7 septembre 2012 http://www.youtube.com/watch?v=ktW5Qroam7Q

(3) Marca Colombia – site internet du gouvernement colombien http://www.colombia.co/

(4) Financement participatif pour le plus haut gratte-ciel de Colombie – article SmartPlanet du 10 octobre 2012

http://www.smartplanet.fr/smart-people/financement-participatif-pour-le-plus-haut-gratte-ciel-de-colombie-18101/

Projet BD Bacata (Bogota Downtown) – vidéo 17 juillet 2012

http://www.youtube.com/watch?v=KpVbxLNJTaU&feature=share&list=PLF7FA4D4B8A68C5

(5) Marginalité et répression en Colombie : le cas du « nettoyage social » (Thèse de Doctorat de Delphine Minotti-Vu Ngoc, 2002, Département d’Etudes ibériques et ibéro-américaines) http://delphine.minotti.free.fr/these/tout2.pdf

(6) Colombie : La nouvelle phase du « nettoyage social » – article Tlaxcala du 5 avril 2009 http://www.tlaxcala.es/pp.asp?lg=fr&reference=7381

(7) Vivre dans les égouts de Bogota – vidéo 18 mai 2012 http://www.youtube.com/watch?v=X4koXeZvAfg

(8) Qui est Papa Jaime ?- vidéo 2011 http://www.youtube.com/watch?v=MWpMg2VRbG0&feature=related

(9) Des milliers de sans-abri massacrés, obligés de vivre dans les égouts (Article Care2 petitionsite du 5 décembre 2011) http://www.care2.com/causes/thousands-of-homeless-massacred-forced-to-live-in-sewers.html

Colombie, stop à l’assassinat des sans-abri au nom du nettoyage social ! (pétition en ligne) http://www.thepetitionsite.com/1/colombia-stop-murdering-the-homeless-in-the-name-of-social-cleansing/

(10) La Cour Pénale Internationale adresse un dernier avertissement à la Colombie – article Fédération Internationale des Droits de l’Homme du 15 novembre 2012 http://www.fidh.org/La-Cour-Penale-Internationale-12432

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Published by valenton rouge - dans Monde
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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:29

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http://www.fakirpresse.info/Gachis-a-l-appel,483.html

 

Le journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

 

 


Ils nous vendent des cuisines intégrées aux heures des repas. Ils nous appellent du Maghreb, du Sénégal. Et le pire, c’est pour leurs pays. Qui gâchent ainsi leur main-d’œuvre la plus diplômée. Reportage de notre envoyé spécial en Tunisie.

« Bonjour monsieur Souchon, je suis Anaïs, de la société Kyrielle… » Le téléphone a sonné en soirée. «  Je vous appelle car nous avons une offre exceptionnelle à vous faire. » Anaïs a la voix enjouée. « Une cuisine avec tous les équipements intégrés… » Derrière elle, résonne l’écho d’une centaine d’Anaïs.
« Je ne suis pas du tout intéressé… D’où est-ce que vous m’appelez ?
- De Tunisie, monsieur.
- Bon courage à vous, et vive la Tunisie. 
- Merci monsieur.
 »


Le pire, je songe, c’est pas qu’ils nous emmerdent pendant les repas. C’est même pas, à la limite, que les patrons délocalisent les emplois.
Mais c’est ce gâchis pour Anaïs, pour toutes les Anaïs, pour leurs pays surtout : voilà l’élite du Maghreb, de l’Afrique noire. Eux ont étudié à l’université, sont prêts à enseigner dans les campagnes, à gérer des hôpitaux, à développer leur nation. Et que lui fait-on faire, de son savoir, à cette jeunesse diplômée ? On lui fait vendre du foie gras à distance, des forfaits téléphoniques, des grands crus de Bourgogne. A la place de bâtir un monde meilleur là-bas, on lui fait effectuer boulot inutile ici, voire nuisible, de larbin, à nous refiler des gadgets.
À lui seul, ce saccage de matière grise, de la main-d’œuvre la plus qualifiée du Sud, démontre toute la débilité d’un système. De l’autre côté de la ligne et de la Méditerranée, les téléconseillers en sont terriblement conscients.
Ainsi à Tunis (où j’ai passé mes vacances aux frais de nos abonnés).

Safa

18/20, félicitations unanimes du jury pour son Mémoire de littérature française

Il est 18 heures, Safa sort juste du boulot. « Quand j’ai fini ma journée, je rentre chez mes parents et je regarde la télé sans rien dire jusqu’à ce que je m’endorme. Ils savent qu’il ne faut pas m’adresser la parole. Pas un mot, mais alors vraiment pas… Je parle toute la journée. 8h30 de prise de ligne. Le laïus est toujours le même. ‘Bonjour madame, je suis Emma Robert, je travaille pour telle société. Savez-vous qu’il existe des solutions pour diminuer votre facture énergétique ? Si vous le voulez bien, nous allons voir cela ensemble. Tout d’abord, habitez-vous une maison, un appartement, ou un pavillon ? Quel est votre type de chauffage ? Combien de mètres carrés sont à votre disposition ? Bien. Vous devez savoir certainement qu’il existe des dispositifs fiscaux incitatifs. Les panneaux photovoltaïques que nous vous proposons…’ Voilà, c’est comme ça du matin au soir. Et dès que la personne raccroche, l’ordinateur appelle automatiquement quelqu’un d’autre. »

L’an dernier, Safa était encore étudiante à l’Institut supérieur des sciences humaines de Tunis. En cinquième année de littérature française, elle a soutenu un mémoire de 200 pages sur La Modification de Michel Butor. Le jury lui a mis 18/20, avec ses félicitations unanimes. Elle a fait un cours magistral sur le Nouveau roman, s’indignant qu’on loue Sarraute et Robbe-Grillet, alors que Butor avait tout de même écrit (elle le citait de mémoire) : « Non, ce n’est pas seulement l’heure, à peine matinale, qui est responsable de cette faiblesse inhabituelle, c’est déjà l’âge qui cherche à vous convaincre de sa domination sur votre corps, et pourtant, vous venez seulement d’atteindre les quarante-cinq ans.  » Aujourd’hui, ses managers français sont sidérés : sur une centaine de salariés, Safa est la meilleure vendeuse, 30% de plus que sa première concurrente. Du coup, elle a des primes, et avec ses 300 euros par mois pour 45 heures par semaine, elle trouve qu’elle a de la chance. « Comment ça se fait, que tu sois la première ?
Parce que je fais des blagues aux clients : “Vous avez une très belle voix, monsieur. Quel est votre secret ?
– Je fais partie d’une chorale…
– Très bien ! Et que chantez-vous ?
– Du gospel, avec mon épouse.
– Parce que vous êtes marié ? À votre voix, pourtant, je pensais que vous aviez 25 ans…
– Ah pas du tout, j’en ai 72, mais je vous remercie…”
Et à la fin, j’ai un rendez-vous pour poser les panneaux.
- C’est vrai que le mec avait une belle voix ?
- Pas du tout ! Il chevrotait, je comprenais à peine ce qu’il me disait… Mais c’est une bonne technique, et puis surtout, ça me permet de sortir de mes questionnaires préconçus, de raconter n’importe quoi. Sinon je deviendrais folle, à lire la même fiche du matin au soir…  »
Safa aura peut-être, un jour, un poste de prof de français : elle a déposé un dossier au Bureau pour l’emploi. Cela peut prendre des mois, ou dix ans. Elle aurait bien fait une thèse sur Butor, mais ses parents n’avaient plus d’argent. Elle a pensé, au départ, financer ses études grâce à son boulot, mais elle a rapidement renoncé : impossible de parler de chauffage au mètre carré six jours sur sept et de se prendre la tête le reste du temps sur l’emploi du chiasme dans La Modification


Nadia

« Je n’aurais jamais pensé que j’étais capable d’arnaquer les gens à ce point. »

À vingt ans, Nadia est rentrée dans un centre d’appel. Très pauvres, ses parents ne pouvaient lui payer sa deuxième année de fac de droit. Elle a demandé un emploi du temps aménagé pour pouvoir étudier, mais elle n’a pas tenu longtemps : épuisée, à vendre de la lingerie toute la journée, pour La Redoute ou les Trois Suisses, puis des abonnements téléphoniques, du dépannage internet et télés, elle a abandonné l’université.
« C’est un peu difficile par moments, mais ça va mieux : je ne vois plus de psy.
-Pourquoi tu voyais un psy ?
- C’est quand j’étais voyante. C’était très bien payé, mais c’était vraiment pénible. Les numéros surtaxés que les Français peuvent appeler, “des problèmes de cœur ? Une voyante vous répond au 0 800…” Ben c’était moi, je m’appelais Clothilde. On était cinquante, et j’étais la meilleure voyante de l’équipe.
- Parce que tu prédisais vraiment bien l’avenir ?
(Elle rigole.) - C’était avec moi que les clients restaient le plus longtemps. Parce que le but, c’est de faire durer la communication au maximum. Pour une voyante de base, la minute coûte au client 4,50 euros. Moi j’étais cotée à 7,50 euros la minute, j’étais la plus chère… Et les gens restaient une heure et demie, deux heures au téléphone. Souvent, c’étaient des problèmes affectifs. J’avais des journalistes, des profs… Je les écoutais, et je leur disais ce qu’ils avaient envie d’entendre, avec une voix douce. Certains devenaient accros, ils m’appelaient tous les jours… J’avais eu une formation de trois jours en numérologie, donc je leur faisais les chiffres, aussi, avec leurs dates de naissance. J’étais très bien payée, un peu plus de 400 euros par mois. Cela dit, quand ils m’appelaient, ça leur coûtait parfois plus de 500 euros le coup de fil… La société faisait un fric monstre : juste après la chute de Ben Ali, le pays était sous couvre-feu. On n’avait pas le droit de sortir à partir de 19 heures. Du coup, ils nous ont loué des apparts individuels à deux pas du centre, pour qu’on puisse continuer à bosser la nuit… »

Nadia se souvient d’une jeune femme, Cécile, du nord de la France. Elle était amoureuse d’un homme marié, avec trois enfants, qui ne la considérait que comme une amante : chaque nuit, Cécile racontait ses déboires à Nadia, qui lui prédisait un radieux avenir. C’est ainsi que « Clothilde » a assisté au naufrage de sa « cliente » : au bout de trois mois, Cécile ne pèse plus que 38 kilos, terrassée par la dépression et l’anorexie. Nadia en perd le sommeil, et la dépression la rattrape à son tour. Elle fonce chez le psy, pratique taboue en Tunisie, et cesse la voyance. « Je n’aurais jamais pensé que j’étais capable d’arnaquer les gens à ce point. Jamais. Mais je n’avais pas le choix : il fallait faire vivre la famille… »

Désormais, elle invite les gens pour des salons, pour qu’ils aillent se régaler de foie gras, saucisson et Sauternes dans le sud-ouest – 35 heures de prise de ligne pour 300 euros mensuels, « c’est chouette ». Malgré ce salaire – le smic tunisien avoisine les 150 euros par mois –, elle ne peut pas louer un appart avec son mari. Docteur en philosophie, diplômé-chômeur, Wael tient une buvette de rue, et ils élèvent leur fils de quatre mois chez ses parents. Mais on lui prédit un avenir radieux…

Taha

« Une femme qui m’insulte parce qu’elle ne peut pas se mettre des trucs dans la chatte… »

Avec sa gueule de baroudeur, Taha cherche du boulot, maîtrise d’histoire en poche et cinquième année de « sémiologie-philosophie contemporaine » : « Godard met des moyens très simples au service d’une esthétique et d’une absurdité magnifiques.
- Euh… Mais tu as bossé en centre d’appels, alors ?
- C’était par nécessité, pendant des années. J’ai arrêté en 2010. Et je préfère vivre de la solidarité des copains et des petits boulots au noir que d’y retourner. Dans cette histoire, tout le monde est baisé, des deux côtés de la Méditerranée. Je l’ai compris un vendredi soir, où une jeune Française m’a appelé pour me demander pourquoi son vibromasseur n’était pas arrivé. Elle était à Paris, et elle s’est mise à me hurler dessus, qu’à cause de moi son week-end était bousillé, que j’étais un fils de pute, etc. Tu te rends compte de ce que c’est, dans ma culture, une femme qui m’insulte parce qu’elle ne peut pas se mettre des trucs dans la chatte ? Et je me revois au bout du fil, essayer de la calmer, et je n’avais qu’une idée fixe : “Tiens jusqu’à 19 heures, Taha. Ton boss va te donner le salaire de la semaine, et tu vas prendre une cuite monumentale comme tous les vendredis soirs pour oublier toute la merde que t’as bouffée au téléphone depuis lundi…” Elle disjoncte parce qu’elle n’a pas son vibromasseur, et de l’autre côté j’ai hâte de prendre une murge pour oublier… Ce putain de capital. Ce capital qui nous baise tous ! J’ai arrêté définitivement le lendemain. »

Épiciers dans le centre rural de la Tunisie, analphabètes, les parents de Taha se sont « complètement saignés » pour que leur fils étudie. Et ils avaient fini par l’abandonner, le fiston, considérant que s’il ne trouvait pas de boulot avec tous ses diplômes d’intello, c’est qu’il était fainéant et peut-être même alcoolique. La Révolution les a réconciliés : « Ma mère a compris que ce n’était pas de ma faute. Et elle m’a incité à foutre le bordel, contre toute la tradition protectrice de la mère tunisienne : C“e qui t’arrive, c’est la faute de Ben Ali,” elle me disait. “Descends dans la rue, mon fils, bats-toi !” »

Ahmed

« À la fin, t’es toujours couillé. »

« Bonjour monsieur, mon nom est Ahmed, que puis-je faire pour vous ? C’est un problème de facture téléphonique ? Bien. J’accède à votre dernier relevé… Voici. Écoutez monsieur, je vous conseille de vous rendre au magasin le plus proche de chez vous. Il est ouvert aujourd’hui jusqu’à 18h30, au 24 rue Félix Leclerc, à Strasbourg… » Avec sa licence d’histoire de l’Antiquité, Ahmed travaille depuis une dizaine d’années dans des centres d’appels. Dans sa boîte actuelle, ils sont 800 – l’une des plus grosses entreprises du secteur en Tunisie.

Même s’il est fils de chauffeur de taxi, avec son diplôme et sa parfaite maîtrise du français, Ahmed dit appartenir à la petite bourgeoisie, une classe qui lui permet de trouver du boulot : « Il suffit d’être francophone. Les petits bourgeois, on l’est tous. Tu ne trouves pas de francophones dans les quartiers populaires de Tunis… » Ahmed bosse 9h30 par jour, pauses comprises, 42 heures par semaine. Avec l’ancienneté, et les primes de nuit lorsqu’il bosse pour le Canada à cause du décalage horaire, il gagne 300 euros par mois, sans compter les tickets resto – il s’estime heureux de gagner deux fois le smic tunisien. Un salaire qui ne lui permet pas non plus de se loger à Tunis, malgré le boulot d’infirmière de sa copine : à trente ans passés, tous deux vivent toujours chez leurs parents.

Titularisé à son poste en 2010, Ahmed, militant communiste, « attaque sur le plan syndical » : il fait le tour des 400 salariés de l’époque, et doit rallier à sa cause 50 personnes pour monter une section.
« Le problème, c’est de bosser avec des petits bourgeois. C’est un casse-tête, cette catégorie-là : ils ont fini leurs études, rentrent là momentanément en espérant trouver un boulot qui corresponde à leur niveau. Ils ne s’intéressent ni à la politique, ni au syndicalisme, et bossent pour avoir de belles fringues et tout claquer en boîte le samedi soir. Je suis allé les voir un par un : y avait rien à faire. Et malheureusement, pour un mec de gauche comme moi, les seuls mecs poreux au syndicalisme que j’ai trouvés, c’étaient les islamistes. Eux, tu leur proposais un bras de fer avec la direction, ils te disaient tout de suite “oui” – parce qu’ils avaient l’habitude de la confrontation, parce qu’ils avaient le courage de s’opposer à la dictature. Alors les petits chefs des centres d’appels, ça les faisait rigoler…
- Du coup, tu as réussi à monter le syndicat ?
- Oui, grâce aux islamistes ! Sur les cinquante membres initiaux, une bonne trentaine étaient imprégnés par l’islam politique. Et j’ai dû m’adapter, même si tout nous séparait. C’est comme ça que je me suis retrouvé leader syndical dans la boîte, à poser comme premières revendications le droit pour les filles de travailler voilées – c’était interdit sous Ben Ali –, et l’aménagement d’une salle de prière dans l’entreprise.
- Pourquoi c’était toi, le leader ?
- Parce que j’avais été syndicaliste étudiant, donc j’avais une bonne expérience. »

Les conquêtes ont été minimes, se désole Ahmed. Le syndicat a obtenu des tickets-restaurants. Des augmentations salariales, aussi. Et des minibus gratuits pour ramener chez eux les salariés de nuit. « La direction française m’appelle “le Bolchevik”. Et la loi tunisienne oblige la DRH à venir chaque mois en Tunisie. Elle me rencontre. Tu la verrais, Mme Denis ! Elle est très gentille, tu sais, à la française : “Oui… Je comprends… C’est pas terrible… C’est sûr… C’est pas facile…” Elle est super polie, et à la fin, t’es toujours couillé. »


Wissem

« Je raconte la bonne aventure aux patrons français. »

« Une partie du capitalisme français repose dans mes mains. Dans les mains d’un diseur de bonne aventure !  » Dans son centre d’appels, Wissem est voyant pour 200 euros mensuels. Des chefs d’entreprise l’appellent, des mecs pleins de fric, presque dépendants à son tarot, et des boursicoteurs, pour savoir s’ils ont raison de signer ce contrat, ou d’investir dans telle boîte. Et lui de raconter absolument n’importe quoi... « Excuse-moi, Wissem, mais pourtant tu parles pas très bien français ?
- Justement, c’est pour ça qu’ils m’ont pris ! Je dois dire que je m’appelle Wissem, et que je suis marocain, parce que soi-disant les Marocains sont très forts aux cartes. Et comme j’ai un accent terrible, ça fait très couleur locale, ça fait indigène, et c’est ça qu’il leur faut, à mes patrons. »

Ancien étudiant en arts plastiques, Wissem avait dû fuir la fac sous Ben Ali : farouche opposant, révolutionnaire, il était pourchassé et persécuté. Pendant des années, il a travaillé la nuit clandestinement dans le port de Tunis, dormant sous les ponts : « C’est un signe d’amélioration de la situation, que j’aie décroché ce boulot en centre d’appels… »

Pierre Souchon
Combien ça coûte ?
« Les centres d’appels, c’est un sujet qui pèse lourd. Ce sont 250 000 emplois en France. Au cours des cinq dernières années, les emplois à l’étranger sont passés à 50 000. Ils ont été multipliés par dix. Il y a cinq ans, Jean-Louis Borloo avait passé un accord avec le secteur qui s’était engagé à créer 100 000 emplois. Ils en ont créé combien ? Aucun. » De qui, cette charge contre les délocalisations ? D’un cégétiste énervé ? De Mélenchon pendant la campagne ? La pique est de Laurent Wauquiez, alors secrétaire d’Etat à l’Emploi de Nicolas Sarkozy, en juillet 2010. C’est que, pour les patrons des centres d’appels, les calculs sont vite faits : une heure de téléopérateur coûte deux fois plus cher en France (20 à 25 euros) qu’au Maroc ou en Tunisie (12 à 14 euros). Conséquence : le secteur délocalise, malgré les menaces d’un Montebourg aujourd’hui…
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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:25

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http://pierremerckle.fr/2012/11/deux-generations-de-pauvres/

 

Vous parcourez peut-être ces lignes parce que vous venez de lire le billet publié dans Le Monde, à la une du cahier « Science & Techno » du samedi 17 novembre 2012, et que vous avez voulu en savoir un peu plus ? Alors bienvenue !


Comme c’est désormais la tradition à la parution de chaque billet, j’en publie ici une version plus longue, dans laquelle je peux en particulier indiquer beaucoup plus précisément les recherches de mes collègues sur lesquelles je me suis appuyé, et proposer également un certain nombre de compléments, et de pistes supplémentaires de réflexion…

Depuis le début de l’année, il y a un nouveau thème au programme de l’agrégation de sciences économiques et sociales, que je suis chargé d’enseigner à l’ENS de Lyon ces trois prochaines années : il s’agit de « l’exclusion sociale ». Vous pouvez découvrir en ligne la « bibliographie officielle » soumise aux candidats, et une bibliographie détaillée et commentée sur le site de Julien Damon.

La pauvreté et l’exclusion ont-elles réellement augmenté ? Comme pour les inégalités (voir l’article du samedi 9 juin 2012, « Les inégalités scolaires ont-elles diminué ? »), la question est compliquée. Quand on s’attaque, à cette copieuse bibliographie consacrée, depuis une vingtaine d’années, à la question de l’exclusion sociale, surgissent immédiatement deux grandes difficultés, intimement liées l’une à l’autre : une difficulté à définir l’exclusion, et subséquemment une difficulté à la mesurer. S’agissant de la première difficulté, la plupart des ouvrages et des articles rassemblés dans la bibliographie s’accordent au moins sur ce point : il n’est pas possible de définir de façon univoque l’exclusion, phénomène multidimensionnel et plurifactoriel de rupture des liens sociaux, dont l’invocation incantatoire depuis une vingtaine d’années aurait de plus, pour beaucoup d’observateurs, des visées moins scientifiques que politiques1. Les sociologues qui ont le plus travaillé sur cette question préfèrent donc employer d’autres termes : Robert Castel parle ainsi de « désaffiliation »2, et Serge Paugam de son côté parle de « disqualification sociale »3.

Même controversée, la notion d’exclusion est pourtant entrée dans le langage courant. Et le rituel est presque inchangé depuis trois décennies : à l’approche de l’hiver, les associations de lutte contre l’exclusion cherchent à attirer l’attention de l’opinion et des pouvoirs publics sur la situation de plus en plus difficile des exclus, travailleurs pauvres ou chômeurs de longue durée, mal logés ou sans domicile. Un exemple parmi tant d’autres : le rapport annuel du Secours catholique rendu public le 8 novembre dernier4, qui constate une augmentation alarmante du nombre de personnes ayant reçu l’aide de l’association au cours de la décennie écoulée, et pointe des transformations inquiétantes de la grande pauvreté en France, qui en particulier touche de plus en plus de femmes et d’enfants.

Le sociologue et philosophe allemand Georg Simmel considérait, dans un texte célèbre5, que le manque de ressources ne suffit pas à faire entrer les individus dans la catégorie des pauvres, mais que c’est en réalité à partir du moment où ils sont assistés qu’ils deviennent partie d’un groupe social caractérisé par la pauvreté. Il n’est donc pas du tout absurde de mesurer l’exclusion par le nombre de personnes aidées par les organisations charitables. Le problème, c’est que dans ce cas, l’augmentation du nombre de personnes aidées par ces organismes reflète peut-être au moins autant l’augmentation de l’exclusion que le transfert de la charge des exclus de l’Etat vers le milieu associatif.

Il est donc légitime de vouloir tout de même « estimer », sinon l’exclusion, du moins la pauvreté, à partir de mesures « objectives » de la privation de ressources. Mais voilà : le problème n’est pas résolu pour autant. Faut-il, comme on le fait classiquement, mesurer la pauvreté « relativement », en considérant comme pauvres les ménages vivant avec moins de la moitié du revenu médian des Français ? Ou faut-il la mesurer « absolument », en comptant le nombre de ménages ayant des « conditions de vie » difficiles, autrement dit des difficultés à accéder à certaines ressources fondamentales (nourriture, habillement, logement) ?6. Dans le premier cas, la « pauvreté relative » a stagné ou légèrement au cours des dix dernières années, mais dans le second cas, la « pauvreté en conditions de vie » a, elle, diminué…

Cela étant dit, même difficiles ou impossibles à définir et mesurer précisément, l’exclusion et la pauvreté n’en correspondent pas moins à des situations et des difficultés individuelles et collectives bien réelles. Et dans ce domaine peut-être plus encore que dans les autres, pour connaître et comprendre ces situations, il faut faire des enquêtes. Mieux encore : il faut refaire des enquêtes. De façon générale, de la nature fondamentalement historique des phénomènes sociaux7, il ressort bien sûr que les observations et les « lois » sociologiques sont nécessairement victimes d’une forme d’obsolescence programmée, et les exemples de rééditions d’enquêtes ne manquent pas : je pense à la fameuse enquête d’Alain Girard sur le choix du conjoint8, refaite vingt ans plus tard par Michel Bozon et François Héran9, également à la grande série des enquêtes sur les pratiques culturelles des Français coordonnées par Olivier Donnat au Ministère de la Culture, et bien sûr à toutes les grandes enquêtes de l’INSEE, du recensement de la population française à l’enquête « Emploi » en passant par les enquêtes sur les contacts sociaux (1983, 1997), ou encore les enquêtes sur les emplois du temps. Et je suis sûr que vous pourrez m’en citer beaucoup d’autres dans les commentaires de ce billet !

Les approches qualitatives sont peut-être moins habituées à ce genre de « retours »10… En tout cas, c’est à cette entreprise peut-être rare mais pourtant indispensable que se sont attelés deux sociologues français, Jean-François Laé et Numa Murard. En 1985, ils avaient publié dans L’argent des pauvres11 le récit de leur enquête dans une cité populaire d’Elbeuf, en Normandie, qui visait à décrire les ressorts d’une pauvreté qu’on s’attachait alors encore à décrire comme résiduelle, un reliquat de misère hérité du passé, que la prochaine reprise de la croissance allait effacer. Contre l’image misérabiliste véhiculée par les associations charitables, les deux sociologues décrivaient une expérience de la condition ouvrière qui restait vivace et continuait de produire du collectif, malgré les effets de la pauvreté monétaire sur l’organisation du temps, sur la consommation et la sociabilité.

Trente ans plus tard, Laé et Murard sont retournés sur leur « terrain »12, ils ont refait l’enquête et viennent d’en publier le résultat dans un nouvel ouvrage, intitulé Deux générations dans la débine13. Ils en ont fait aussi un documentaire pour France Culture (c’était même l’idée de départ, si j’ai bien compris, et le livre est venu ensuite), que vous pouvez écouter en ligne et podcaster (première partie ici, et seconde partie là). Le constat est sans appel. Malgré le revenu minimum, les allocations, le travail des associations, la scolarisation massive, l’optimisme des années 1980 a été démenti : la pauvreté est toujours là, mais aujourd’hui elle atomise les pauvres. C’est en partie le résultat de ce que les deux sociologues appellent la « machine à laver les pauvres » : tous les dix ans, la mobilité résidentielle des pauvres est forcée par les politiques du logement, qui détruit les cités, déplace les familles, disperse les voisinages. L’affiliation à la classe ouvrière a volé en éclat, et ceux qui s’en sortent un peu mieux stigmatisent les fautes morales supposées de ceux qui ne s’en sortent pas ou ne « savent pas se priver ».

Pour avoir une vue aussi complexe et nuancée que possible des évolutions de la pauvreté et de l’exclusion, il faut donc probablement faire et refaire, et encore refaire, des enquêtes statistiques et des enquêtes ethnographiques. Il en ressortira que depuis une vingtaine d’années, la pauvreté a peut-être reculé « en moyenne », mais les inégalités entre les pauvres et les riches se sont indéniablement creusées, et la stigmatisation de la pauvreté a très probablement progressé dans toutes les couches de la société, même et peut-être surtout dans celles qui en sont les moins protégées : l’enquête qui nous l’apprend n’est pas inédite – mais c’est ce qui en fait tout l’intérêt.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:05

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http://blog.mondediplo.net/2012-11-26-Egypte-vers-une-dictature-des-Freres

 

Avant de commencer, je voudrais renouveler l’appel que je lançais sur ce blog « aux lecteurs de Nouvelles d’Orient ». Ce blog, comme l’essentiel des contenus accessibles librement sur ce site, doivent leur existence au fait que Le Monde diplomatique existe, qu’il vit grâce aux abonnements que paient ses lecteurs ou à leur achat en kiosques. C’est pourquoi je vous demande de vous associer à la campagne de dons, non parce que le journal serait en difficulté, mais parce que de l’ampleur de ses moyens dépend sa qualité comme son indépendance.

Revenons à l’Egypte où se sont déroulés, ces derniers jours, de violents affrontements. Plusieurs sièges des Frères musulmans ont été brûlés, les juges se rebellent, les journalistes menacent de se mettre en grève, les manifestations se poursuivent à travers le pays, un jeune membre des Frères a été tué, tandis qu’un manifestant a succombé à ses blessures au Caire. Dans Le Monde diplomatique de novembre, j’ai publié un article qui posait la question : « Egypte, de la dictature militaire à la dictature religieuse ? ». La réponse que j’apportais était plutôt négative, les perspectives d’une dictature des Frères musulmans m’apparaissaient peu crédibles.

La décision du président égyptien Mohammed Morsi, issu des Frères musulmans, d’étendre ses pouvoirs a relancé le débat. Qu’a décidé le raïs le 22 novembre ?

La déclaration constitutionnelle qu’il a approuvée comporte sept points, dont les plus importants sont :

  • juger à nouveau les responsables de l’ancien régime coupables d’avoir fait tuer des manifestants (dont l’ancien président Moubarak), et dont certains ont été acquittés ; accorder des compensations supplémentaires aux victimes des affrontements de 2011 ;
  • garantir l’immunité au Majliss al-Choura (la seconde chambre) et à l’assemblée constituante, qui ne pourront pas être dissoutes par l’autorité judiciaire ;
  • la possibilité de démettre le procureur général, ce que le président a fait dans les heures qui ont suivi ;
  • l’impossibilité de contester les décisions du président devant les autorités judiciaires ;
  • enfin, le président s’octroie tous les pouvoirs pour prendre des mesures qui protègent l’unité nationale, l’ordre public et la révolution (lire « The president’s new powers », Egypt Independent, 23 novembre).

Un élément intéressant est que la déclaration a suscité des critiques y compris dans les rangs des Frères, confirmant que l’organisation n’est plus aussi monolithique qu’autrefois (« Brotherhood’s Shura Council chairman criticises Morsi déclaration », Ahramonline, 25 novembre).

Quelques rappels sont nécessaires. Les autorités judiciaires avaient dissous le Parlement (où les Frères dominaient largement avec les partis salafistes) en juin 2012 et plusieurs recours étaient en cours d’examen pour dissoudre aussi bien le Majliss Al-Choura que l’Assemblée constituante (les deux instances sont dominées par les islamistes). La Constitution est en cours de rédaction et devait achever ses travaux ce mois-ci, mais le président lui a donné deux mois supplémentaires pour ce faire ; entretemps, le raïs dispose de tous les pouvoirs législatifs. En octobre, le président Morsi avait tenté de se débarrasser de l’ancien procureur général, un homme totalement lié à l’ancien régime, mais avait dû faire marche arrière.

Enfin, il faut souligner qu’en août 2012, Morsi avait réussi à écarter le Conseil suprême des forces armées.

Avec ces nouvelles décisions, le président concentre dans ses mains, au moins en théorie, les trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire — l’opposant Mohammed Al-Baradei a même affirmé que Morsi était devenu un nouveau pharaon. Les mesures ont soulevé une levée de boucliers, à la fois parmi les forces de l’opposition et parmi les juges, dont certains ont entamé une grève.

Ces derniers restent cependant divisés, certains appuyant le président.

Plusieurs responsables politiques, dont Hamdin Sabbahi (nassérien, arrivé en troisième position à l’élection présidentielle), Mohammed Al-Baradeï, l’ancien secrétaire général de l’AIEA, Amr Moussa, l’ancien secrétaire général de la Ligue arabe, ont formé un front de salut national (Lire « Sabbahi, ElBaradei launch National Front to fight Morsi’s decrees », Ahramonline, 24 novembre). En revanche, Abdelmonem Aboul Foutouh, arrivé en quatrième position à l’élection présidentielle, a condamné les décisions de Morsi, mais refuse de s’allier à des membres de l’ancien régime comme Amr Moussa (lire « Strong Egypt Party rejects protests, urges dialogue, », Ahramonline, 26 novembre).

Ces décisions sont survenues, alors que des affrontements se déroulaient rue Mohamed Mahmoud, les manifestants protestant contre le fait que des dizaines de personnes avaient été tuées au même endroit l’an dernier et que les coupables n’avaient toujours pas été punis.

Sur le site Jadaliyya, Hesham Sallam, dans son article (« Morsy and the "Nationalization" of the Revolution : Some Initial Reflections » du 22 novembre, remarque :

« Le président a utilisé la colère exprimée par les manifestants de Mahmoud Mohamed face à l’impunité de ceux qui ont blessé des militants révolutionnaires, depuis la chute de Hosni Moubarak, comme une justification implicite de sa décision de remplacer le procureur général. Alors que, si le fait de ne pas traduire en justice les responsables de la sécurité actuels et les anciens responsables soupçonnés d’actes répréhensibles pendant et depuis le soulèvement de janvier-février 2001 peut être en partie imputé à l’incompétence des procureurs, le principal obstacle à ce processus est l’absence de toute réforme significative des organes de la sécurité militaire et civile — une situation que Morsi n’a pas réussi à faire bouger. »

(...)

« Il convient également de mentionner le plus important, ce qui n’était pas abordé dans la déclaration. À la lumière de la brutalité policière contre les manifestants, de la colère répandue après le crash d’Assiout qui a entraîné la mort de dizaines d’enfants innocents (un accident dû, une fois de plus, à la vétusté des lignes de chemin de fer), et les retraits massifs de non-islamistes de l’Assemblée constituante en raison de désaccords sérieux sur le projet de constitution, on s’attendait à ce que le président annonce quelque chose de tout à fait différent. On attendait le remplacement du cabinet de Hesham Kandil, un plan de réforme du ministère de l’intérieur et des institutions de police, la dissolution de l’Assemblée constituante et la formation d’un organe plus crédible et représentatif pour sa rédaction. (...) Morsi a clairement pris parti : il n’est pas du côté de la révolution. »

Il est clair que les Frères musulmans ne sont pas une force révolutionnaire. Pourtant, est-ce vraiment la question ? Les Frères ont toujours été une force conservatrice, mais ils se sont battus pour la fin du régime de Moubarak. Et la création d’un ordre institutionnel stable, avec un gouvernement représentatif, l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs, pourra difficilement être atteinte sans leur participation. Bien qu’élu, le président n’a pas prise sur ce qui reste de l’ancien régime.

D’autre part, toutes les décisions prises par le président ne sont pas négatives : ainsi de la décision de rejuger les responsables de l’ancien régime ; le président a nommé un homme favorable à l’indépendance de la magistrature au poste de procureur général ; enfin, il a donné deux mois supplémentaires à l’Assemblée constituante alors qu’il aurait pu se servir de la majorité pour imposer une nouvelle constitution.

Une nouvelle fois, la question posée aux forces révolutionnaires – qui ont obtenu plus de 40 % des voix à l’élection présidentielle – est celle-ci : avec qui s’allier ? Faut-il un front avec les responsables de l’ancien régime ?

Sur son excellent blog, The Arabist, Issandre el Amrani fait part de quelques réflexions rapides (lire « Questions about the crisis over Morsi’s decree », 23 novembre) sur la crise actuelle.

Il pense que le président pourrait peut-être revenir sur certaines de ses décisions, mais que l’opposition devrait être prête à formuler des demandes réalistes et à ne pas réclamer la chute du président. Car, comme l’explique un éditorialiste du site Egypt Independent, Tamer Wagih, (« Revolutionaries must resist Morsy, but also the feloul », 25 novembre), le danger ne vient pas seulement de Morsi mais aussi de l’ancien régime.

« Le vrai problème est la structure de l’opposition à Morsi. En raison de l’absence d’un grand bloc révolutionnaire cohérent, l’opposition est composée d’un méli-mélo de pouvoirs qui appartiennent au régime corrompu de Moubarak et d’autres forces centristes-libérales-réformistes-populistes — qui peuvent être désignées sous le nom de “pouvoirs civils”, quel que soit la signification exacte de ce terme.

Malheureusement, comme ces pouvoirs civils ne sont pas révolutionnaires et ont un caractère clairement centriste, ils ont tendance à se réconcilier, et même à s’allier avec les partisans de l’ancien régime dans leur lutte contre Morsi, croyant qu’il est leur grand rival.

À mon avis, cette tendance aura des répercussions catastrophiques pour l’avenir de la révolution. Elle permettra de réintroduire les feloul (partisans de l’ancien régime) comme acteurs acceptables dans le domaine politique et donnera la possibilité au régime de Moubarak de revenir, peut-être sous une forme encore pire. »

L’Egypte vit une période transitoire trop longue et trop instable. Le pays n’a toujours pas de parlement élu. Les problèmes du Sinaï s’aggravent. La police attend d’être réformée, l’indépendance des juges consolidée. Les difficultés économiques et sociales de la population sont immenses. Pour la seule journée du 25 novembre, la Bourse a perdu l’équivalent de 5 milliards de dollars (à peu près le montant du prêt consenti par le FMI). Seule une solution de compromis peut permettre d’achever la transition politique, d’éviter un retour de l’ancien régime et d’engager les vrais combats autour des questions sociales.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 18:56

rubon2.gifNous nous étions permis, dans notre dernier communiqué [1] de critiquer les déclarations de Richard Prasquier, président du CRIF et de Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France lors du rassemblement de soutien à l’Etat d’Israël du 20 novembre 2012. A ce propos, nous avons reçu, du Grand Rabbinat de France, le courriel suivant :

Bonjour,

Nous avons pris connaissance de votre communiqué du 21 novembre au sujet de la manifestation de soutien à Israël et des propos tenus par le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, à cette occasion. Souci d’honnêteté intellectuelle oblige, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir publier la déclaration du Grand Rabbin, jointe à ce présent courriel, dans son intégralité sur votre site internet, afin de ne pas tomber dans le piège de citations coupées de leurs contexte.

Vous remerciant par avance de votre compréhension,

Bien à vous,

YH
Chargée de mission
Grand Rabbinat de France

Nous nous acquittons ici de cette demande . Précisons cependant qu’à la date du 21 novembre 2012, nous ne disposions pas de l’intégralité du texte mais seulement d’un article reprenant une dépêche de l’AFP dont nous donnions le lien [2] en note dans notre communiqué

A la lecture de l’intégralité de la déclaration du Grand Rabbin [3], force nous est de constater que l’ensemble de cette intervention conforte, et même renforce, le sentiment de consternation que nous avons eu à la lecture des citations. En voici les raisons.

Gilles Bernheim , Grand Rabbin de France : Comme beaucoup de juifs Français, nous avons de la famille et des amis en Israël, certains dans le Sud qui vivent depuis des années au rythme des tirs et des sirènes, la plupart qui, dans le Néguev, dans la région de Tel-Aviv, et même à Jérusalem, ont découvert ou redécouvert le chemin des abris, le temps glacé de l’attente et le bruit proche ou lointain des explosions lorsque les sirènes retentissent sur ces villes, désormais sous les tirs de missiles.

Union Juive Française pour la Paix : Effectivement, beaucoup de nos membres ont aussi de la famille en Israël et nous sommes aussi inquiets pour eux que vous. Inquiets que leur sécurité soit si mal assurée par leur armée, pourtant l’une des mieux équipées du monde en armements sophistiqués. Nous pensons que la raison en est la politique criminelle des gouvernements israéliens successifs.

GB : Comme beaucoup de Français juifs, nous avons téléphoné à nos familles et nos amis en Israël. Ils sont, tous, profondément choqués. Ils sont tous profondément unis. Certains sont d’ailleurs ahuris à l’idée que les missiles aveugles tirés sur Jérusalem auraient aussi pu frapper la mosquée Al Aqsa, le Saint-Sépulcre, le mur des lamentations ou les quartiers arabes de la ville.

UJFP : Nous sommes touchés, et nos amis palestiniens de Jérusalem, chrétiens ou musulmans, le seront sûrement aussi, de voir tant de sollicitude pour préserver les lieux saints et « les quartiers arabes ». Ils auront donc sans doute à cœur de vous voir avec eux, et avec les Rabbins pour les Droits Humains [4], protester contre les expulsions et les destructions de maisons à Sheikh Jarrah et à Silwan, ordonnées par les autorités israéliennes.

GB : A nos familles, à nos amis, aux Français juifs et à l’ensemble de nos concitoyens, je veux dire, au nom de la communauté juive de France unie, notre profonde et totale solidarité avec l’Etat d’Israël en ces temps d’épreuves et de douleurs.

UJFP : Désolé, Monsieur le Grand Rabbin, vous ne pouvez parler au nom de « la communauté juive de France unie », car il n’y a pas « une » communauté juive « unie ». En effet, nous ne doutons pas que, à la fonction que vous occupez, vous ayez une parfaite connaissance de la diversité des convictions religieuses, philosophiques et politiques des citoyens français se revendiquant de l’identité juive. Et vous devez entendre la voix de ces nombreux Juifs de France, critiques à l’égard de la politique israélienne, inquiets aussi d’être, à travers les propos que vous tenez, ainsi que ceux du CRIF, confondus précisément avec ceux qui expriment leur « profonde et totale solidarité avec l’Etat d’Israël ». Parce que, comme eux, nous constatons que cet Etat qui se veut un « Etat juif » non seulement ne respecte ni le droit international, ni les droits humains, mais aucun des engagements éthiques du judaïsme. Pour nous, le judaïsme doit avant tout rechercher la justice, car seule une paix juste peut être durable, seule une paix juste au Proche-Orient, respectant les droits de tous, peut nous faire sortir de « ces temps d’épreuves et de douleurs ».

GB : Je veux dire aussi ma sympathie à toutes les victimes de ce nouveau conflit, victimes israéliennes et aussi civiles palestiniennes, même si je ne suis pas naïf, même si je sais pertinemment que certaines des personnes mortes depuis une semaine m’auraient abattu sans hésiter, avec froideur ou délice, si elles en avaient eu l’opportunité, conformément à la charte du Hamas qui demande le meurtre de tous les Juifs.

UJFP : Votre sympathie pour toutes les victimes, y compris palestiniennes, vous honore, et nous voulons penser que vous lui donnez le sens étymologique fort de la compassion de « souffrir ensemble ». Mais hélas, la suite de vos propos nous glace véritablement le sang. Car vous prêtez en effet aux victimes, la plupart civiles, d’une armée que vous soutenez sans réserve aucune, des sentiments de haine sadique, au-delà de la mort. Une manière qui nous révulse de déshumaniser l’Autre, le Palestinien, naturellement haineux à l’égard des Juifs à vos yeux.

GB : Le rabbin que je suis n’est pas un stratège et, encore moins, un militaire. Comme beaucoup d’Israéliens et de Palestiniens, comme beaucoup de Juifs et d’Arabes, j’aspire à la paix et à la coexistence harmonieuse des peuples et des religions. Mais je n’aspire pas à une trêve dont Israël redoute qu’elle soit utilisée par le Hamas pour refaire son arsenal et perpétuer le cycle des violences.

UJFP : Vous « aspirez à la paix », dites-vous – comme tout le monde d’ailleurs ! – « mais pas à une trêve ». Pourtant, quelques heures après ce discours belliqueux qui étonne de la part d’une autorité religieuse réputée modérée, le gouvernement israélien a accepté lui-même, et nous nous en réjouissons, cette trêve qui, nul n’en doute, à épargné un bain de sang à la population gazaouie. Nous comprenons mieux maintenant pourquoi vous n’avez pas protesté contre la rupture de la trêve, dès le lendemain, par l’armée israélienne.

GB : Nous avons la chance de vivre dans un pays magnifique, la France, où la parole est libre, où le débat est une tradition, et où l’échange des points de vue trace le chemin vers la compréhension mutuelle.

UJFP : Nous ne pouvons que souscrire à ces propos et nous en profitons pour vous demander de nous recevoir en vue de cette « compréhension mutuelle » si nécessaire. Nous ne doutons pas que, si vous consentez à cet échange, vous pourrez nous éclairer sur ces contradictions que nous avons cru déceler dans vos propos, et nous espérons aussi répondre à toutes vos interrogations au sujet de notre association.

GB : Dans notre pays, j’appelle tous ceux qui souhaitent exprimer leurs convictions et leurs sympathies concernant ce conflit distant de plus de 3.000 km, à le faire dans le respect des Lois de la République, et en ayant le souci de l’autre. Si les événements en Israël et à Gaza sont évoqués dans les synagogues ou dans les mosquées, je souhaite que cela soit fait dans cet esprit, sans agressivité, ni transposition en France et, surtout, avec une pensée pour les populations civiles, qui souffrent de part et d’autre. J’adresse cette consigne à l’ensemble des rabbins de France et invite les autorités musulmanes à faire publiquement de même auprès de tous les imams de France.

UJFP : Nous sommes d’accord avec cette façon d’exprimer ses convictions. Mais les populations civiles, palestiniennes ou juives israéliennes, ne souffrent pas de façon identique. Si les Palestiniens souffrent, c’est d’être expulsés de leurs terres depuis 64 ans, c’est d’être parqués, en étant privés de ressources, dans ce qui ressemble à des bantoustans en « Judée Samarie » et dans la plus grande prison à ciel ouvert du monde, Gaza. Les juifs israéliens souffrent, dites-vous, mais… de quoi exactement ? De ne pouvoir annexer tout « Eretz Israël » ?

Par ailleurs, vous avez un rapport qui nous parait incorrect avec les « autorités musulmanes ». En effet, comment réagiriez-vous si ces mêmes autorités vous « invitaient » à évoquer le conflit sans « transposition » ? Que faites-vous d’autre en soutenant sans la moindre réserve un Etat qui viole toutes les lois de l’humanité édictées contre la barbarie, y compris les commandements issus du judaïsme que vous représentez en France sur le plan religieux.

GB : Nous devons donner l’exemple en France de la coexistence, dissuader tous ceux qui pourraient être tentés par la haine et faire rempart contre les violences physiques et verbales qui ciblent le Juif parce que juif ou soutien d’Israël, et aussi l’Arabe parce qu’arabe. Notre combat commun, ici en France, est le combat contre la haine, contre la bêtise, contre le racisme et contre l’antisémitisme.

UJFP : Là encore, il n’y a pas de symétrie possible. Le racisme anti-arabe se manifeste de façon décomplexée au plus haut niveau des responsables de ce pays par une islamophobie et une xénophobie qui nous rappellent – vous en conviendrez peut-être – les jours sombres d’avant-guerre où l’on stigmatisait les Juifs comme le sont les arabo-musulmans aujourd’hui. Et l’antisémitisme, resté marginal après-guerre, risque de réapparaitre précisément parce que les institutions juives, laïques ou religieuses, se taisent, ou expriment leur « profonde et totale solidarité » avec un Etat « juif » qui pratique quotidiennement l’apartheid et le terrorisme d’Etat

GB : Solidarité avec l’Etat d’Israël et appel à ne pas importer en France les violences du Proche-Orient.

Tel est le sens de notre participation à la manifestation de ce jour.

UJFP : Une fois encore, en exprimant ce type de « solidarité » inconditionnelle, vous ne faites qu’« importer » ces violences.

Tant que l’Etat d’Israël ne respectera pas le droit, nous manifesterons notre solidarité au peuple palestinien. Nous disons, et nous le redirons, avec les citoyens épris de paix et de justice de ce pays : « A Gaza, c’est l’humanité qu’on assassine ». Nous devons ajouter hélas, parce que vous persistez dans cette démarche suicidaire : « c’est aussi le judaïsme ».

Veuillez croire, Monsieur le Grand Rabbin, à notre profond attachement à la Vérité, à la Justice et à la Paix, valeurs fondamentales de l’éthique juive, comme il ne devrait pas être nécessaire de vous le rappeler

Le Bureau National de l’UJFP le 26-11-2012

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 19:13

 

200_200_4d1bb58b15f141e6ec56a936e2877232-1353178751.jpgLa déléguée générale de l'Autorité palestinienne auprès de l'Union européenne a accordé un entretien poignant à la RTBF. Leïla Shahid estime que le conflit qui se ravive à Gaza sert les intérêts électoraux de Benjamin Netanyahou et pointe la responsabilité de la communauté internationale. Surtout, elle constate l'échec de la stratégie de la négociation avec Israël. "Nous avons commencé à négocier à Madrid en 1990, (...) on a arrêté la lutte armée, (...) et Israël nous a donné une claque", constate-t-elle. "Dites-moi à quoi ont servi les négociations pendant 20 ans?". 

 

- Leïla Shahid, l’armée israélienne a mobilisé 75 000 réservistes. Les blindés se déploient petit à petit. Vous craignez un conflit terrestre ?

- Oui, je pense que cette situation absolument tragique, parce que c’est la répétition de ce que la population de Gaza a vécu il y a à peine 4 ans, c'est une guerre annoncée. C’est presque indécent de prétendre qu’on est surpris que ça recommence puisque, depuis l’offensive de 2008-2009, rien n’a changé à Gaza et qu’une population occupée depuis 45 ans ne peut pas continuer à vivre humiliée comme elle l’est et qu’il était évident que la communauté internationale aussi est responsable parce qu’elle n’a rien fait de tout ce qu’elle a promis, Union européenne incluse.

Et je pense que l’arrière-pensée de Monsieur Netanyahou dans cette nouvelle guerre qu’il prépare est vraiment beaucoup plus électorale qu’autre chose. Il n’a pas le scrupule d’en faire payer le prix ni à la population civile israélienne, qui est bien sûr incessamment terrorisée par les missiles et les obus que les Palestiniens tirent de Gaza, ni à une population palestinienne encore plus terrorisée…

- Donc, pour vous, on est dans un contexte électoral ?

- Mais bien sûr ! Le 22 janvier, le Premier ministre israélien a décidé qu’il voulait faire des élections anticipées. Il a pris comme partenaire dans sa coalition, Monsieur Lieberman, l’actuel ministre des Affaires étrangères israélien, qui est un homme qui ne cache pas ses positions très radicales. Monsieur Netanyahou a essayé de convaincre le Président Obama de partir en guerre contre l’Iran, il n’a pas réussi. Donc il choisit de faire la guerre contre l’ennemi le plus faible, le moins équipé sur le plan militaire, qui est la population civile de Gaza. Vous n’allez pas me dire que le Hamas, avec les quelques obus qu’ils fabriquent dans les petits ateliers locaux, va tenir tête à une armée nucléaire et aussi puissante que l’armée israélienne. Et ça va être un nouveau massacre.

- Alors, justement, le gouvernement israélien dit défendre sa population. Les Occidentaux pointent, eux aussi, la responsabilité du Hamas dans cette affaire, dans le déclenchement de ce conflit. Quelle est la position de l’Autorité palestinienne sur cette question justement ?

- Ecoutez, nous, nous avons décidé, il y a 19 ans, d’arrêter toute la lutte militaire pour décider de négocier la solution de deux Etats. Mais soyons honnêtes, nous avons échoué. La solution préconisée par le Président Mahmoud Abbas, par le Premier ministre, par Yasser Arafat avant son décès, ça fait 20 ans que nous négocions soi-disant une solution de l’occupation militaire de nos territoires depuis 45 ans. Et qu’est-ce que nous avons fait ? Nous n’avons même pas réussi à faire retirer l’armée israélienne ni de Gaza ni de Cisjordanie, ni de Jérusalem-Est. Donc regardons la réalité en face : la communauté internationale est responsable aussi de notre propre échec, parce qu’il est évident que nous avons un déséquilibre de forces total en faveur d’Israël.

- Et le Hamas, lui, il est responsable ? Le Hamas en lui-même ?

- Oui, mais le Hamas, qui n’est pas le parti que je représente, mais le Hamas représente une population. D’ailleurs, je vais vous dire : ce n’est pas le Hamas qui tire, ce n’est pas vrai que c’est le Hamas. C’est le Jihad islamique et les autres organisations. Le Hamas, ça fait 5 ans, pour des raisons tout à fait évidentes d’opportunisme, a fait respecter un cessez-le-feu intégral, il n’y a plus eu de tirs. Le Hamas a vraiment imposé un cessez-le-feu. Les tirs, ils ont sûrement un peu à voir avec la situation régionale. Mais ils sont possibles parce que la population est excédée que rien n’ait changé dans sa vie.

La tragédie de la Palestine, c’est que la communauté internationale est de mauvaise foi, d’un côté, y compris d’ailleurs l’Union européenne et les Américains, ou incapable de se mettre d’accord sur une vraie politique. Israël est traité comme l’Etat le plus démocratique, le plus gentil, il a les meilleures relations. L’Union européenne vient de lui accorder tous les privilèges au niveau des accords d’association. Et la population palestinienne a le droit aussi de se défendre comme elle pense qu’elle peut le faire. Nous, autorité, nous pensons qu’on peut le faire sur le plan politique, mais on n’a pas vraiment acquis beaucoup de crédibilité, à vous dire vrai, depuis 20 ans, puisque nous avons échoué. Les organisations comme le Hamas et le Jihad islamique, eux, préconisent qu’il faut revenir à une lutte armée.

- Ce point de vue du Hamas, ça vous inquiète ?

- Ça ne me surprend pas mais ça m’inquiète. Je vais vous dire pourquoi ça m’inquiète : ça m’inquiète parce que la disproportion du rapport de force est telle que c’est encore une fois la population civile de Gaza qui va payer le prix. Qui est mort il y a 4 ans ? 1400 femmes, enfants, et vieillards qui ont été bombardés. Qui est en train de mourir depuis maintenant 3 jours ? Ce sont 30 civils palestiniens, ce ne sont pas les combattants qui meurent. Lorsque Israël tire avec des avions F16, ce n’est pas le Hamas ni le Jihad islamique qu’on punit, c’est la population de Gaza qui ne peut même pas fuir parce que toutes les frontières de Gaza sont fermées par Israël.

- On a assisté, avant-hier, à des scènes assez rares en Cisjordanie. On avait certaines personnes qui brandissaient sur le territoire de la Cisjordanie des drapeaux en signe de ralliement au Hamas.

- Mais c’est normal parce que je vous dis que moi, je suis l’ambassadeur de Palestine, et je vous dis que, malheureusement, la stratégie de ma direction, la mienne, celle que je défends maintenant depuis 45 ans, elle a échoué. Dites-moi à quoi ont servi les négociations pendant 20 ans ? Nous avons commencé à négocier à Madrid en 1990. On a continué en 1993, on a arrêté la lutte armée, on a voulu montrer qu’on était respectueux du droit international, et Israël nous a donné une claque.

Nous avons des résolutions qui obligent Israël depuis maintenant 45 ans, c’est-à-dire la résolution 242, à quitter les territoires occupés parce que l’occupation de territoires par la force armée est illégale. Qui a fait appliquer ça dans les territoires palestiniens ? Personne. Donc ne donnez pas de leçon de morale à une population qui est excédée. Et nous devons, nous, faire une autocritique de dire que, malheureusement, nous n’avons pas réussi à mettre fin à l’occupation par des moyens non-violents, donc nous allons voir encore plus que Monsieur Netanyahou utilise cela pour son agenda électoral. Il va se mettre comme candidat, lui et Monsieur Lieberman, dans un mois comme le héros, je dirais, de l’unité nationale israélienne contre soi-disant les ennemis. Et il revient vers la guerre des civilisations et il reprend le discours de Monsieur Bush d’" axe du bien contre le mal ", et bien sûr il diabolise le Hamas et tout ce qui est islamique pour se faire lui le chantre de la liberté.

- Et d’après vous, quel rôle peut jouer l’Egypte ?

- Tout front militaire, à côté de la frontière de l’Egypte et de Gaza, va déstabiliser aussi le président Morsi. C’est pour ça qu’il a été très vite mobilisé et, bien sûr, il a une relation, en tant que parti politique, avec le Hamas. Mais je vous dis, le Hamas a pratiquement respecté intégralement le cessez-le-feu pendant 5 ans. Pourquoi aujourd’hui ça reprend ? Je pense que c’est aussi le contexte national israélien et les élections. Et Morsi va voir, et il a déjà appelé deux fois le président Obama pour essayer aussi de dire aux puissances internationales qu’il faut qu’elles l’aident à calmer les visées de Monsieur Netanyahou qui ne mettent pas seulement en danger les Palestiniens, mais aussi toute la région.

Propos recueillis par Pierre-Yves Meugens

Ecoutez ici l'entretien avec Leïla Shahid

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 12:42

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http://histoireetsociete.wordpress.com/2012/11/18/cessez-le-feu-et-intense-activite-diplomatique-les-peuples-manipules/

 

Face à l’évolution de la situation, on est partagé entre le soulagement et une intense colère tant il y a chez tous ces gens-là une complicité évidente pour à la fois attiser la colère des peuples, leur haine et dans le même temps en profiter pour maintenir leur domination sur les victimes.


SOULAGEMENT ET CESSEZ-LE-FEU


Au titre du soulagement, il y a eu ce samedi, dans une conférence de presse conjointe avec Erdogan, Morsi, le président egyptien, qui a déclaré qu’il y avait des indications imminentes de cessez le feu,Les membres du gouvernement israélien confirmaient que des négociations étaient en cours sans toutefois envisager la dite trève.

Dans une conférence de presse conjointe, le président Egyptien Mohammed Morsi et le premier ministre turcs Tayyip Erdogan, ce samedi a déclaré qu’ils y avait des « indications sur un imminente fin des combats entre Israël et le Palestiniens. »

Morsi a ajouté que des pays comme les Etats-Unis, la France, la Russie et l’Italie avaient joint leurs efforts dans la recherche d’un cessez le feu. Par parenthèse le ministre français Fabius va se rendre sur le terrain pour tenter là encore de calmer le jeu alors même qu’il est attisé en Syrie. On peut se réjouir et approuver cette volonté de peser sur la situation à Gaza mais il faudra bien un jour prendre conscience que l’explosion qui a été déclenchée par l’intervention en irak ne cessera de gagner en intensité dans tout le bassin méditerranéen tant que partout on aura de l’ingérence, des politiques de pillage et pas de volonté de paix réelle.

Ce qui apparaît que ce soit à travers cette conférence de presse de l’Egypte et de la Turquie que de la réunion de la Ligue arabe, c’est que si la plupart des dirigeants arabes affirment officiellement leur soutien aux Palestiniens, le message reste verbal. Le bon côté de l’affaire est que tout le mondre à commencer par les israéliens et leurs soutiens devraient se rendre compte qu’il n’ ya de ce côté-là aucune volonté guerrière et qu’en particulier le président egyptien a manifesté la volonté d’aboutir à une solution négociée. Le mauvais côté est le double langage des dirigeants arabes qui depuis des années  attisent la haine contre Israêl, alors qu’il serait temps une fois pour toutes si la paix était l’objectif de voir qui réellement agit et dans quel sens .

On a interprété d’ailleurs la réouverture de l’envoi des roquettes par le Hamas sur Israël comme une tentative de cette organisation, appartenant elle-même aux frères musulmans,  de mettre au pied du mur les nouveaux dirigeants issus de la même mouvance. Il est évident que sitôt élus, les nouveaux dirigeants egyptiens ont poursuivi la politique internationale de leur prédecesseur et ont même montré plus de sérieux dans la surveillance des groupes de Gaza.  C’est difficile à mener et avoir en face d’eux un extremiste du grand d’Israël comme Netanayoun ne leur facilite pas ce jeu sur le fil du rasoir. Le premier ministre israélien jouant avec obstination la déconsidération de l’autorité palestiniennen et le renforcement du Hamas pour ne pas avoir à négocier un Etat palestinien.

De surcroît quelle est la part prise dans l’Iran pour desserrer l’étau sur lui et sur la Syrie encore une hypothèse mal définies. Comme l’est la volonté parrallèle du gouvernement israélien et du Hamas de brouiller le message de l’autoritié palestinienne réclamant la reconnaissance d’un Etat.


ATTISER LES HAINES ENTRE LES PEUPLES


Le fait est que les dirigeants arabes traditionnellement parlent, se réunissent et confortent leur volonté de ne rien faire tout en entretenant un prurit de haine dans les populations. Il semble que les dirigeants dits « islamistes modérés » officiellement entretiennent tous les appels à la haine de leurs peuples, mais en sous main s’entendent avec les puissances occidentales pour entretenir un statu quo sans perspective pour les palestiniens . On a vu ainsi  des manifestations de soutien aux Palestiniens de Gaza à Tunis avec des bannières nazies avec l’assentiment d’un pouvoir qui ne peut ignorer ce qui désormais tend à devenir  une idélogie officielle dans ce pays comme il l’est pour une part en Turquie et en Iran, le négationnisme et encore plus ostentiblement la référence à Hitler. C’est un exutoir qui permet de mener en sousmain une politique d’alliance avec les pays impérialistes. Les bannières nazies flottent sur Tunis comme sur Athènes et cela ne dérange certainement pas le Capital.

Dans le même temps en Israël on attise la peur et le souvenir de la Shoah pour faire accepter l’inacceptable et ce qui interdit effectivement la paix. Il y a dans ces petits jeux immondes et parodiques autour de la deuxième guerre mondiale une volonté d’exaspérer les peuples, leurs antagonismes, d’empêcher les rassemblements de paix qu’il faut dénoncer impitoyablement. Hitler ne reviendra pas, mais le cycle provocation-répression empêchera les peuples de défendre leurs intérêts.

Visiblement en Turquie les forces armées surveillaient en particulier les zones kurdes. L’armée turque était sur le pied de guerre.

Depuis des mois ces nouveaux dirigeants issus du printemps arabe  savent que face à aucun des problèmes économiques résolus et face à leurs choix néo-libéraux, la violence de la rue peut se déclencher. L’Egypte a un besoin urgent des subsides nord-américaine, l’armée en particulie.

Il est clair que les roquettes du Hamas, fournies pour les plus performantes par l’Iran et la réponse meurtrière du gouvernement israélien ne leur convient pas, même s’ils doivent manifester leur solidarité aux habitants de Gaza. Cette affaire de surcroit offre un répit à Bachar El Assad, ce qui ne leur convient pas plus. Là encore il faut que la guerre civile donne son plein en Syrie et que l’on fasse ici aussi le malheur des populations civiles.le Secrétaire général Hassan Nasrallah du Hezbollah a averti dans un discours qu’une offensive terrestre israélienne à Gaza serait « stupide ». Il a exprimé sa préoccupation face à la  pression que des états arabes exerceraient sur les activistes  de Gaza pour  accepter une trève. « Nous n’avons pas entendu de menaces de couper des liens, d’annuler  des accords ou d’utiliser l’arme du pétrole pour faire pression sur les États-Unis, » a-t-il dit.

C’est dans ce contexte ide manipulation des haines et des peurs que l’on ne peut s’empecher d’éprouver un soulagement momentané devant l’annonce de la conférence de presse des dirigeants turcs et egyptiens, mais nul n’est dupe, si la situation ne change pas toute trève ne peut être que momentanée.


ISRAEL N’EN A PAS TERMINE ?


Un dirigeant israélien de haut rang a confirmé que Morsi et Erdogan se sont entremis pour obtenir un cessez-le feu et il a également confirmé que des dirigeants du Hamas sont au Caire. Néanmoins il a affirmé qu’il n’existe pour le moment aucune feuille de route précise concernant un arrêt des combats dans l’immédiat.

D’autres responsables de l’Etat ont expliqué que l’on saurait bientôt si une trève a été obtenue ou non. « Les objectifs doivent encore être respecté, l’IDF a d’autres missions, » a dit un fonctionnaire israélien.Netanayoun a toujours comme objectif d’empêcher la reconnaissance de l’Etat Palestinien plus encore que son but officiel d’empêcher le tir de roquettes venus de la bande de Gaza. De ce point de vue il n’est pas sûr que l’opération pré-électorale du premier ministre israélien ait été une totale réussite. Si incontestablement la mobilisation du pays autour de son gouvernement a été une réussite comme à l’ordinaire, la ficelle est apparue un peu grosse. La violence de ce qui se passe à Gaza a mis en relief tant en Israël que dans le monde entier l’existence d’opportunités de paix avec l’autorité palestinienne.

La réponse de Netanayoun, si en droit elle n’a pu être contesté, a démontré sa disproportion et fait encore craindre aujourd’hui le déclenchement de ce qui relève de crimes de guerre comme dans l’opération de 2008. De plus en plus il apparaît clairement que le premier ministre israélien choisisse la politique du pire pour éviter un Etat palestinien en utilisant le besoin de sécurité légitime de sa population.

 

 

L’IDF  a planifié d’étendre son activité envers des cibles terroristes à Gaza dans la nuit de samedi à dimanche, » a-t-il ajouté. Toujours samedi un peu avant la conférence de presse de Morsi et Erdogan, la chaîne de télévision libanaise Hezbolllah-affiliée à Al-Mayadeen a rapporté qu’Israël prévoit d’envoyer une délégation de haut rang à Caire pour signer un accord de cessez-le-feu avec les groupes  de Gaza. Cette information a été récusée par les Israéliens et n’a pas été confirmé par ailleurs.

 

 

Depuis le début de l’opération  Pilier  de Défense mercredi, l’IDF a frappé 950 cibles dans la Bande de Gaza, dont 300 l’ont été  samedi. Des groupes palestiniens ont tiré 760 roquettes sur Israël, 29 d ‘entre elles ont  éclaté dans des zones urbaines et  267 ont été intercepté. Les Palestiniens ont déclaré 45 morts. En Israël, trois personnes ont été tuées après qu’une roquette ait frappé une maison dans Kiryat Malachi.L’armée israélienne a effectué dimanche matin de nouveaux raids sur Gaza, tuant trois jeunes enfants, tandis que les efforts s’intensifiaient pour une trêve, en particulier de la part de l’Égypte. Un enfant de 18 mois a été tué et ses deux frères âgés de 4 et 5 ans grièvement blessés dimanche matin dans un raid israélien sur le centre de la bande de Gaza, a annoncé un porte-parole des services médicaux d’urgence du Hamas, Adham Abou Salmiya. Dans la nuit, deux autres enfants âgés d’un et trois ans ont été tués au cours de deux raids sur des maisons à Beit Lahiya et Beit Hanoun, non loin de la frontière avec Israël, selon des sources médicales. À Beit Lahiya, l’explosion a entièrement rasé la maison et déchiré les façades de bâtiments voisins, selon un journaliste sur place.

Il est clair que l’on ne peut en aucun cas considérer qu’un Etat doit laisser des roquettes s’abattre sur son territoire et qu’à ce titre l’intervention peut avoir une couverture légale, mais il ne faut pas oublier les circonstances non plus.Israël a déclenché l’offensive en pleine campagne pour les élections législatives de janvier avec la liquidation du chef militaire du Hamas, Ahmad Jaabari, le plus important responsable tué depuis l’opération dévastatrice de décembre 2008-janvier 2009, qui n’avait fait cesser que provisoirement les tirs de roquettes depuis Gaza. le médiateur Baskin a affirmé que l’exécution du palestinien Jaabari était intervenue alors que grâce à l’entremise de l’Egypte la trève des roquettes avait été obtenue avec lui. le moins que l’on puisse dire est que la proximité de cet accord, des éléctions israéliennes et surtout de la demande palestinienne de la reconnaissance d’un Etat, font peser de forts soupçons sur ce que cherchait Netanayoun. Et la brutalité de la risposte, sa durée hors proportion rendent encore moins crédibles les affirmations du premier ministre israélien de chercher à défendre son territoire.

Il est vrai que le choix des gens du hamas et des autres groupuscules d’intensifier les frappes et d’utiliser des missiles iraniens pour atteindre Tel Aviv ne rendent pas plus clair ce qui est recherché exactement de leur côté.

Tant qu’il ne se trouvera pas des gens en Israêl capables de dépasser ces manipulations sanglantes dont les Israéliens sont les victimes rien ne sera résolu et pas plus les Israéliens que les palestiniens ne connaîtront la paix et la sécurité. leurs conditions de vie iront se dégradant, ils sacrifiront leur emploi, leurs services publics au monstre guerrier qui leur tient lieu d’identité. Et la mort sera au rendez-vous pour tous. Ce qui se passe actuellement à Gaza est un drame mais sur le long terme le choix d’une telle opération est encore plus lourde de signification parce que la preuve est faite qu’Israël est entraîné dans la guerre sous des prétextes sécuritaires et que les bellicistes en sortent renforcés.

LA LIGUE ARABE, PERDRE SON TEMPS ET SON ARGENT

Qui peut en effet voir la moindre menace dans ce qu’est la ligue arabe ?

Le secrétaire général de Ligue arabe Nabil Alaraby a dit qu’une délégation de ministres des Affaires Étrangères arabes a prévu de  visiter Gaza dans les prochains jours pour examiner la situation. Pendant la réunion, il a passé en revue  »toutes les initiatives arabes pasqui ont été tentées pour le  processus de paix. »

Le Premier ministre qatari Hamad bin Jassim bin Jaber Al Thani a dit, « Nos réunions n’ont été que  perte de temps et  argent. Nous nous rencontrons ici aujourd’hui et nous publierons une déclaration. La déclaration n’aura aucune signification. Nous réaximinerons une fois de plus la situation. »

Le ministre des Affaires Étrangères libanais Adnan Mansour a invité aux Pays arabes à couper les liens et annuler les accords avec Israël. Son homologue égyptien, Mohammed Kamel Amr a dit, « Nous ne permettrons pas que soit exercé un assaut sur les Palestiniens qui les attendraient dans  leur qualité de vie. » Il a ajouté que « le traitement du processus de paix doit être revu. »

Pendant la réunion, des centaines de gens  réunis à l’extérieur du siège social de la Ligue arabe  étaient en train de manifester contre  « le déshonneur arabe dans traitement de l’agression israélienne à Gaza. » En affirmant  que la meilleure réaction « à l’anarchie » créée par Israël serait l’unité palestinienne.


QUE FAIRE ?


Il faut oser dire la réalité de ce à quoi nous sommes confrontés, des dirigeants qui sur le fond s’entendent sur une politique qui asphyxie les peuples, leur impose l’austérité, le bellicisme se moquent totalement de ce que vivent de souffrance les peuples pris dans des conflits et des idéologies meurtrières. tant que les peuples accepteront d’être leurrés par ces gens-là le massacre se poursuivra.

Nous en France nous pouvons jouer un rôle essentiel et d’abord assurer la paix et la sécurité des habitants de la région en refusant d’intervenir dans des expéditions guerrières sous quelque prétexte que ce soit, en soutenant les solutions négociés, en réclamant la paix et le respect de la légalité internationale, en l’occurence en urgence la reconnaissance de l’Etat palestinien mais aussi peser sur la sécurité et les solutions viables pour les peuples de la région y compris le peuple israélien.

Parce que je le dis avec quelques solennité à tous ceux qui se battent pour la reconnaissance de cet Etat Palestinien, pour la paix dans la justice il faut avoir le courage si l’on veut rassembler largement de faire un choix clair. Ou vous vous prononcez pour la fin d’Israël et alors là vous pouvez exiger que cet Etat-là renonce à se défendre face à des roquettes ou vous pensez qu’une coexistence est la garantie de paix quelle que soit sa difficulté alors là vous devez vous prononcer clairement pour le droit à l’existence d’Israêl. C’est le choix difficile de l’autorité palestinienne et c’est celle que les faucons israéliens avec l’assentiement des grandes puissances ont décrédibilisé. Ce n’est pas un choix facile, je le dis par expérience, mais si vous voulez ne plus renforcer les dirigeants israéliens qui ne veulent à aucun prix de cet Etat palestinien, il faut vous prononcer pour la sécurité des israéliens. Cela ne suffira pas mais cela affaiblira la position de ceux qui veulent la haine et le massacre des peuples et cela favorisera le rassemblement pour que le peuple palestinien bénéficie enfin de la justice et de la paix.

Danielle Bleitrach

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 21:14

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« Nous sommes ici afin de négocier une autre Colombie pour le plus grand (...)

Interview de Miguel Pascuas, commandant fondateur des FARC

« Nous sommes ici afin de négocier une autre Colombie pour le plus grand nombre, pas pour nous rendre »

 

 

 

 

vendredi 16 novembre 2012, par Hernando Calvo Ospina


Interview réalisée par Hernando Calvo Ospina


Il est arrivé, m’a serré la main et s’est assis à côté de moi. Il a commencé à boire un jus de fruits, levant parfois les yeux pour me regarder. Chacun de ses mouvements était silencieux. Je venais de terminer l’interview de Ricardo Tellez, plus connu sous le nom de Rodrigo Granda, l’un des chefs de la délégation des FARC dans les négociations avec le gouvernement colombien à La Havane. J’avais proposé à Tellez de m’aider à le convaincre de faire une interview. « Je vous le présente, et c’est qui lui décidera. Il n’a jamais donné d’interview de sa vie, et je crois qu’il n’a jamais été pris en photo », m’avait-il dit.

Je lui demande comment il se sent. « Bien, même si ma terre, ma forêt me manquent », me répond-il, ouvrant à peine la bouche, et il se remet à savourer son jus de fruits. Vraiment, cet homme est un paysan typique : réservé et avare de paroles devant les étrangers.

Miguel Angel Pascuas est né le 20 novembre 1940 dans la ville de Neiva, au sud du pays. Dès les débuts des années soixante, il entra dans la lutte guérillera. Il fut parmi les 52 hommes et les trois femmes qui, dans la région de Marquetalia au sud-ouest du pays, firent front à l’attaque de seize mille soldats assistés par des spécialistes étasuniens. Le 27 mai 1964, en plein assaut militaire, il fit partie des fondateurs des FARC, même si c’est seulement deux ans après qu’elles prendraient ce nom. « On dit que je suis le dernier membre des fondateurs qui reste en activité, mais il y a aussi Jaime Bustos. Il existe d’autres marquetaliens, mais ils se sont retirés pour cause de vieillesse ou de maladie. »

Cela fait 25 ans qu’il dirige le Sixième Front des FARC, l’un des plus actifs et des plus stratégiques. Il tient en échec les puissantes Forces Armées officielles, car il a réussi à porter la confrontation tout près de Cali, la troisième ville du pays.

Pour essayer de rompre son apparente indifférence, je lui dis que c’est la première fois de ma vie qu’il y a autant de dollars autour de moi. Les personnes présentes me regardent, intriguées. « Le gouvernement colombien offre plusieurs millions de dollars pour la tête de Tellez. Pour Pascuas, le Département d’ État des États-Unis donne 2,5 millions, et le gouvernement colombien, un million ». Je remarque que Pascuas préfère regarder son jus de fruits et le remuer.

Je lui propose de l’interviewer. Avec une incroyable économie de mots, il me dit qu’il n’a pas grand-chose à raconter. J’insiste. Il accepte, mais à une seule condition : que ça se passe dans un lieu ouvert. Il ne veut pas s’enfermer dans un salon. « Je ne réussis toujours pas à m’habituer à dormir dans une chambre, ni dans ce lit. J’ai l’oreille très sensible, habituée aux bruits de la montagne. A l’aube, je n’entends pas le bruit des petits animaux de la forêt, seulement celui des voitures qui passent, et ça me perturbe. Quand je suis dans le paramo [plaine d’altitude], je me couche sur les feuilles du frailejón [plante à feuilles velues poussant dans le paramo] et sur d’autres herbes. Et si c’est dans une zone chaude, j’utilise un hamac et une moustiquaire. Toujours en plein air. Vous ne pouvez pas imaginer la tranquillité qui règne dans la forêt, dans la campagne ». Je lui réponds que je ne peux l’imaginer, et que les moustiques me font paniquer, même si j’ai été élevé dans un quartier très pauvre qui en était infesté. J’arrive à lui tirer un sourire avec ça, même si je crois plutôt qu’il se moque de moi. En tout cas, il en résulte qu’il accepte de parler avec moi quelques jours plus tard.

« Je lutterai et lutterai pour la prise du pouvoir, tant que la santé et la vie me le permettent. Nous voulions que ce soit par la voie politique, et c’est pour cela que nous avons insisté pour dialoguer avec le gouvernement. Si seulement nous avions pu former un parti politique sans qu’ils nous tuent, comme ils l’ont fait avec l’Union Patriotique. Rappelez-vous qu’ils ont assassiné environ cinq mille de nos compañeros et compañeras. Alors nous avons dû renforcer le côté militaire. Dans les négociations actuelles, nous ne pouvons refaire les erreurs que nous avons commises durant celles menées dans la région du Caguan, au sud de la Colombie [entre 1998 et 2002]. Notre élan militaire était fort avant le Caguan, et nous avions réussi à occasionner de grandes défaites à l’ennemi. Lors de ces dialogues, nous avons fait confiance, et quand ils ont été rompus, l’ennemi a lancé l’assaut avec une grande force puisqu’il s’était préparé à la guerre. C’était au moment de ce qu’on a appelé le Plan Colombie, dirigé et armé par les gringos sous le prétexte de la guerre au narcotrafic, mais pour en finir avec nous, en fait. Mais on s’adapte aux nouvelles tactiques et aux stratégies de l’ennemi. Après chaque combat ou bombardement nous en faisons l’analyse pour décider de la façon de répondre et d’avancer.

« Qu’est-ce-que je ressens à être l’un des hommes les plus pourchassés ? Je me sens très bien. Je n’ai pas peur, parce que je suis déjà habitué. Parfois, à cause de l’âge, ma santé me contrarie, mais pour diriger je n’ai pas de problème. Je n’ai jamais été blessé, c’est pour ça que je me considère très chanceux car j’ai participé à beaucoup de combats et de prises de villes. J’ai vu mourir des compañeros et des compañeras. J’ai dû les porter et les enterrer pour que l’ennemi ne s’empare pas des cadavres et ne fasse la fête, ni de la publicité avec. Parfois, j’ai dû dormir à leur côté jusqu’à ce que l’ennemi s’éloigne. En plusieurs occasions, j’ai dû rester caché plusieurs jours, alors que l’armée était très proche, tout en cherchant comment sortir de l’encerclement avec ma troupe.

« Quand j’entends qu’on nous traite de terroristes, ça ne me fait rien, parce qu’on sait que nous sommes en lutte pour une cause juste. Il est certain que la population civile souffre de cette guerre, même si nous essayons de la protéger. L’armée dit que nous nous abritons parmi la population civile, mais si seulement ils disaient la vérité : quand nous les harcelons, ils se cachent dans les écoles, les maisons et les hôpitaux. Ce sont des lâches. Ce n’est pas nous qui construisons les postes de police et militaires à l’intérieur des villages.

« Malheureusement, la guerre se rapproche chaque jour des zones très peuplées, des villes. L’armée exerce sa répression et tue les habitants parce qu’elle dit qu’ils collaborent avec nous. Les gens voient notre arrivée d’un bon œil, oui, mais ils craignent la répression de l’armée. En vérité, si nous avons réussi à arriver aussi près des grandes villes, comme Cali, c’est parce que nous ne sommes pas des terroristes ; c’est parce qu’une partie importante de la population est de notre côté, sans être combattante. Il est impossible d’avancer dans la guerre révolutionnaire sans le travail politique avec la population, sans la maîtrise du terrain.

« Une semaine avant de partir à la Havane, l’armée m’a assiégé pour tenter de me capturer ou de me tuer. C’était dans la zone où je devais rencontrer les représentants de Cuba et de la Croix Rouge Internationale qui allaient me transférer. Quand l’hélicoptère est arrivé avec eux, nous avons pris toutes les précautions, car l’armée pouvait de nouveau imiter les emblèmes de la Croix Rouge, comme elle l’a déjà fait pour récupérer Ingrid Betancourt, même si c’est considéré comme un crime de guerre. Cet État ne peut pas agir proprement, bien que d’autres pays soient garants.

« Figurez-vous que pour sortir du pays vers Cuba et aller ensuite à Oslo entamer les discussions, le gouvernement a demandé à Interpol de retirer les mandats d’arrêts internationaux qui pèsent sur plusieurs d’entre nous. Au retour d’Oslo, le gouvernement a demandé à nouveau notre capture : il n’y a qu’à Cuba et en Norvège que ça n’est pas effectif. Est-ce que c’est logique ? Est-ce-que c’est honnête face aux pays garants de ce processus ?

« Je connais bien l’ennemi et son maître, les États-Unis. Ils veulent uniquement nous mettre à genoux, mais ils n’y parviendront pas. Nous sommes ici afin de négocier une autre Colombie pour le plus grand nombre, pas pour nous rendre ou nous vendre. Soyez sûr qu’ils n’y arriveront pas. Pourvu que les intentions du gouvernement soient sincères et que nous puissions parvenir à des accords nous mettant sur le chemin d’un dialogue pour la paix et la justice sociale. »


Traduction : Hélène Vaucelle

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 20:27

 normal_DovKheninSpeaking.jpgDes manifestations contre cette opération sur Gaza se sont déroulées hier  soir à Tel Aviv, Haifa et Jérusalem à l’initiative du Hadash (front démocratique pour la paix et l’égalité-PC israélien). Des étudiants arabes et juifs, membres du Hadash ont aussi pris part à des rassemblements devant les Universités de Haifa, Tel Aviv et Jérusalem jeudi après-midi. Dans tout le pays, des militants ont repris des slogans comme “Arabes et juifs refusent d’être ennemis”, “A Gaza et Sderot, les petites filles veulent vivre” et “Bibi et Barak, la guerre n’est pas un jeu”. Le Hadash a appelé l’opinion publique à s’associer aux manifestations dans tout le pays pour s’opposer à l’opération Pilier de la défense sur Gaza.

 

 Le député du Hadash Dov Khenin a participé à la manifestation de Tel Aviv, près du siège du Likoud, où il a déclaré : “Arrêtez les massacres, arrêtez tout de suite la tuerie”, ajoutant “Un bombardement en entraîne un autre, avec de plus en plus de blessés à Gaza et en Israël”. “Le cycle de la violence n’est pas la solution, mais le problème” a-t-il renchéri. Khenin a appelé le gouvernement à parvenir à un cessez-le-feu immédiat et à annoncer l’ouverture de véritables négociations et un accord avec les Palestiniens.

Related: MK Barakeh and MK Khenin during the Tel-Aviv demonstration (3.41 min. Hebrew):

http://www.youtube.com/watch?v=T32wQjPLA7A&feature=player_embedded  ; Communist Party of Israel website (English): http://maki.org.il/en/index.php

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 21:15

arton18316-39ca1.jpgLes bouleversements qui caractérisent depuis plus de deux ans de nombreux pays du monde arabe sont diversement analysés. Pour certains, ces « révolutions » ne sont ni plus ni moins que le produit de laboratoires spécialisés dans la déstabilisation d’États de la région dont les politiques gênent les intérêts des puissances occidentales et des États-Unis en particulier. Pour d’autres, elles sont la conséquence de régimes dictatoriaux à bout de souffle. Ahmed Bensaada, chercheur au Canada, plaide en faveur d’une lecture qui ferait la synthèse entre les deux thèses.

Un livre va sortir bientôt sur la question des printemps arabes. De quoi s’agit-il ?

Le livre dont il est question s’intitule "La face cachée des révolutions arabes". Publié par les éditions Ellipses, il sortira à Paris le 4 décembre 2012. Cet ouvrage, auquel j’ai contribué, est un livre collectif dirigé par M. Éric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Pas moins de 24 auteurs de différents horizons y ont participé, ce qui en fait un ouvrage très riche et très bien documenté qui contribuera très certainement à la compréhension de ce qui est communément appelé le "printemps arabe" . Ainsi, on pourra y lire des textes écrits par aussi bien des chercheurs que des journalistes, des philosophes ou des politiques.

Le livre est structuré en 3 parties : a) Analyse et déconstruction des révolutions nationales, b) Le rôle majeur des acteurs étrangers et c) Les conséquences internationales du printemps arabe. Cela en fait un des premiers ouvrages avec une vue d’ensemble sur les différentes facettes des révoltes qui ont secoué les rues arabes depuis près de deux ans.

Vous y contribuez : quelle thèse défendez-vous ?

La thèse que je défends est celle de l’implication des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe par l’intermédiaire d’un réseau d’organismes américains spécialisés dans l’ "exportation" de la démocratie. À ce titre, on peut citer l’United States Agency for International Development (USAID), la National Endowment for Democracy (NED), l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), Freedom House (FH) ou l’Open Society Institute (OSI). Ce sont d’ailleurs ces mêmes organismes qui ont contribué à la réussite des révolutions colorées qui se sont déroulées dans certains pays de l’Est ou des ex-Républiques soviétiques : Serbie (2000), Géorgie (2003), Ukraine (2004) et Kirghizstan (2005).

L’implication américaine peut se diviser en deux volets distincts mais complémentaires : un concernant le cyberespace et l’autre l’espace réel. Le premier consiste en la formation de cyberactivistes arabes (faisant partie de ce qui est communément appelé la "Ligue arabe du Net" ) à la maîtrise du cyberespace. La seconde est relative à la maîtrise des techniques de lutte non-violente théorisées par le philosophe américain Gene Sharp et mise en pratique par le « Center for Applied Non Violent Action and Strategies » (CANVAS), dirigé par d’anciens dissidents serbes qui ont participé aux révolutions colorées.

Les arguments ainsi que des dizaines de références sont présentés aussi bien dans mon livre "Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe" (Éditions Michel Brûlé, Montréal, 2011 ; Éditions Synergie, Alger, 2012) que dans un chapitre intitulé « Le rôle des États-Unis dans le printemps arabe » du nouveau livre à paraître : "La face cachée des révolutions arabes". À noter que dans ce second ouvrage, certaines informations ont été mises à jour alors que d’autres concernant la Libye et la Syrie ont été ajoutées. En effet, à la sortie du premier livre, les révoltes dans ces deux pays n’en étaient qu’à leurs débuts.

Qu’est-ce qui fait dire aujourd’hui que les « printemps arabes » ont été conçus dans des laboratoires en dehors de toute volonté des peuples alors qu’il y a dans les pays de la région un véritable problème de gouvernance et de déficit démocratiques ?

Certes, ce ne sont pas les États-Unis qui ont provoqué le "printemps" arabe. Les révoltes qui ont balayé la rue arabe sont une conséquence de l’absence de démocratie, de justice sociale et de confiance entre les dirigeants et leur peuple. Tout ceci constitue un « terreau fertile » à la déstabilisation. Ce terreau est constitué de femmes et d’hommes qui ont perdu confiance en leurs dirigeants dont la pérennité maladive ne laisse entrevoir aucune lueur d’espoir. Pour eux, la fin justifie les moyens.

Cependant, l’implication américaine dans ce processus n’est pas anodine, loin de là. Les sommes investies, les formations offertes, l’engagement militaire et les gesticulations diplomatiques de haut niveau le confirment. D’ailleurs, cette implication n’a pas commencé avec les soulèvements de la rue arabe, mais bien avant. Par exemple, on estime qu’entre 2005 et 2010, pas moins de 10 000 Égyptiens ont été formés par les organismes cités précédemment. Ces organismes ont déboursé près de 20 millions de dollars par an en Égypte, montant qui a doublé en 2011. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en 2012, certains de ces organismes ont été poursuivis par la justice égyptienne qui les a accusés de « financement illicite ». Rappelons à ce sujet que 19 américains ont été impliqués dans cette affaire dont Sam LaHood, le directeur Égypte de l’IRI et fils du secrétaire américain aux Transports Ray LaHood.

Qu’est-ce qui fait qu’on « emballe » dans le même sac des « printemps » qui ne s’expriment pas de la même façon selon que l’on soit en Égypte où le processus qui a mis à terre Moubarak et son régime a bien fonctionné ou en Syrie, un pays qui risque aujourd’hui le morcellement ?

Il est vrai que les révoltes ont chacune leur propre dynamique. Celles qui ont touché la Tunisie et l’Égypte sont assez similaires. Par contre, bien qu’ayant débuté de manière semblable aux deux premières, les révoltes libyennes et syriennes se sont rapidement transformées en guerres civiles "classiques" avec une ingérence étrangère ostensible. Il faut néanmoins souligner que les États-Unis ont joué un rôle central dans tous ces cas, même si dans les deux derniers la collaboration de certains pays de l’OTAN (France, Grande-Bretagne, Turquie) et arabes (Qatar et Arabie Saoudite) a été importante.

De l’analyse des révoltes du « printemps » arabe, deux leçons peuvent être tirées. La première est que les pays occidentaux (aidés par des pays arabes collaborateurs) peuvent contribuer à changer les régimes et les gouvernements arabes avec un risque quasi-nul de pertes humaines et un investissement très rentable. En Libye, par exemple, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées alors que les pertes occidentales sont nulles malgré les dizaines de milliers de frappes aériennes des forces de l’OTAN. D’autre part, le ministre de la défense français avait mentionné que le coût total de l’opération en Libye pour la France pourrait être estimé à 320 millions d’euros au 30 septembre 2011. Des broutilles si on compare ces chiffres avec, par exemple, le coût de l’intervention occidentale en Irak et en Afghanistan où les pertes en vies humaines des coalisés et leurs investissements ont été beaucoup plus conséquents. Avec le "printemps arabe" , le concept de guerre « low cost » vient d’être inventé. Évidemment, le faible coût est pour les Occidentaux et non pour les Arabes.

La seconde leçon à méditer est que les pays occidentaux peuvent passer, sans états d’âme, d’une approche non-violente à la Gene Sharp à une guerre ouverte (sous l’égide de l’ONU ou non) avec les moyens militaires de l’OTAN, tout en brandissant, de temps à autres, l’épouvantail de la Cour pénale internationale (CPI).

Ne sommes-nous pas dans la thèse du « complot ourdi par l’Occident » ?

Le développement d’une thèse sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes est triplement problématique pour un auteur. Primo, cela peut lui faire porter l’étiquette d’un anti-Américain paranoïaque hanté par des visions conspirationnistes. Secundo, cela risque de le faire passer pour un protecteur, voire un admirateur d’autocrates tyranniques et de dirigeants mégalomanes qui n’ont que trop longtemps usurpé le pouvoir. Tertio, il n’est pas impossible qu’il se fasse taxer d’ennemi de la « noble et grandiose révolution du peuple ».

En fait, dès que le discours d’un intellectuel est différent de celui des médias majeurs, on l’accuse automatiquement de « flirter avec la théorie du complot » . Dans le cas précis des révoltes arabes, le complot vient plutôt de ces médias « mainstream » qui veulent nous faire croire à la spontanéité des révoltes arabes. Je vous rappelle la citation de F.D. Roosevelt : « En politique, rien n’arrive par hasard. Si quelque chose se produit, vous pouvez parier que cela a été planifié ainsi » . Les informations contenues dans les deux livres sont basées sur des faits dont toutes les références sont vérifiables. Je vous rappelle aussi que les médias majeurs qui créent et diffusent l’information proviennent des pays impliqués dans la "printanisation" des Arabes. Ils donnent tous le même son de cloche en hissant un des belligérants (celui qui est contre le gouvernement en place) au rang de héros et en affublant l’autre du rôle du bourreau. La vérité est beaucoup plus complexe et ne se résume pas à un portrait dichromatique en noir et blanc. Un travail journalistique intègre et honnête s’évertuerait plutôt à analyser les différents tons de gris.

L’autre galéjade véhiculée par ces médias veut que ce qui intéresse les Occidentaux, c’est apporter la bonne parole dans ces pays sous forme de démocratie. Dans ce cas, pourquoi ces mêmes Occidentaux n’aident-ils pas les citoyens du Bahreïn à jouir, eux aussi, de la démocratie alors que cela fait des mois que la révolte secoue ce royaume ? Et ces pays comme le Qatar et l’Arabie Saoudite qui veulent instaurer la démocratie dans les pays arabes, ne devrait-ils pas commencer par eux-mêmes ?

Ainsi, tant que les journalistes de ces médias ne feront pas leur travail correctement, c’est à des personnes comme nous, sans affinité quelconque avec les belligérants, que revient la tâche de démêler l’écheveau de la vérité.

Cette interview a été publié dans le journal « Reporters’ du 11 novembre 2012

Entretien réalisé par Nordine Azzouz (Journal « Reporters »)

 

 

http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&am...

URL de cet article 18316
http://www.legrandsoir.info/les-printemps-arabes-ont-invente-la-guerre-low-cost.html
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