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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 17:20

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Il y a 527 Français qui ont peut-être des soucis à se faire. 527 résidents français qui disposent d’un compte bancaire dans l’île de Jersey, célèbre paradis fiscal, et qui figurent sur une liste de plus de 8 000 comptes tombée entre les mains d’un « whistle blower », un lanceur d’alerte.

Ces comptes ont été ouverts à la banque britannique HSBC à Jersey, et les autorités fiscales britanniques ont ouvert une enquête sur la base des informations transmises par ce lanceur d’alerte anonyme, selon le quotidien conservateur Daily Telegraph de vendredi. La HSBC, plus grande banque britannique, est déjà sérieusement mise en cause aux Etats-Unis pour des pratiques douteuses.

L’île anglo-normande de Jersey est autonome et possède ses propres systèmes financiers, juridiques et judiciaires.

James Blunt et Sir Mark Thatcher

Selon le quotidien, qui est visiblement bien informé sur ce dossier, ce sont quelque 4 000 comptes britanniques qui intéressent les services de Sa Majesté, et parmi eux, figurent :

  • un trafiquant de drogue en fuite au Venezuela,
  • un homme accusé d’avoir eu plus de 300 armes à feu chez lui en Grande-Bretagne,
  • trois banquiers accusés de fraude,
  • un escroc informatique réputé...

Sur la liste figurent également le chanteur James Blunt et Sir Mark Thatcher, le fils de l’ancien Premier ministre.

L’administration fiscale britannique a confirmé l’information :

« Nous pouvons confirmer que nous avons reçu les données et que nous les étudions. Nous recevons des informations provenant de nombreuses sources dont nous nous servons pour nous assurer que les règles fiscales sont respectées. »

Et si l’on en croit le Daily Telegraph, le lanceur d’alerte dispose d’informations sur plus de 4 000 autres comptes, 527 appartenant à des personnes domiciliées en France, 602 en Israël, 333 en Espagne, 117 aux Etats-Unis...

Où est la liste ?

On ignore si les autorités fiscales britanniques disposent de l’ensemble des données, ou seulement celles qui concernent leurs ressortissants. Dans un cas comme dans l’autre, ces listes intéressent évidemment les autorités fiscales des pays concernés qui pourront soit utiliser les mécanismes de coopération entre gouvernements européens, soit tenter de les obtenir de ce lanceur d’alerte anonyme.

Le journaliste d’investigation David Leloup nous rappelle qu’en 2008, quand l’affaire LGT a éclaté (un DVD des clients d’une banque du Liechtenstein vendu aux services secrets allemands, qui l’ont ensuite transmis au fisc allemand), la France a demandé la sous-liste contenant les clients français au fisc allemand, en vertu d’un tel accord bilatéral signé avec Berlin.

Les listes de détenteurs de comptes offshore, pour la plupart non déclarés dans leur pays d’origine, se retrouvent régulièrement au cœur de l’actualité. Elles sont la hantise des fraudeurs du fisc,

Tout récemment, en Grèce, un journaliste d’investigation, Costas Vaxevanis, a été arrêté et jugé en urgence pour avoir publié dans le magazine Hot Doc la « liste Lagarde » contenant les noms de citoyens grecs pratiquant l’évasion fiscale en Suisse. Il a été acquitté. La liste Lagarde avait été transmise aux autorités grecques par la ministre des Finances française d’alors, mais le journaliste s’est décidé à la publier deux ans après pour protester contre l’inaction des autorités.


Une enseigne HSBC, à Londres, le 5 novembre 2012 (London News Pictures/REX/SIPA)

Les Etats sont parfois prêts à payer pour obtenir de telles listes, mais il ne semble pas que cela ait été le cas dans l’affaire de Jersey.

Nul doute en tous cas que Bercy, par ces temps de disette fiscale et de menaces de fuite des riches dans les pays moins taxés, ne détesterait pas agiter la menace de redressement auprès de ceux qui avaient cru bénéficier de la discrétion d’une banque britannique dans un paradis fiscal.

Les lanceurs d’alerte

C’est compter sans ce phénomène croissant des « whistle blowers » qui sont le principal frein à la corruption, comme le souligne l’association française Anticor de lutte contre la corruption.

Anticor fête justement ses dix ans ce samedi et devait remettre son prix du lanceur d’alerte à l’ex-maire adjoint écologiste de Grenoble, Raymond Avrillier, déjà connu pour avoir provoqué la mise en examen d’Alain Carignon en 1994, et qui est cette fois récompensé pour avoir révélé l’affaire des sondages de l’Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Un joyeux anniversaire et un prix que ne partageront pas les 527 Français de la liste de Jersey.

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 17:17

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Dans le flot des commentaires qui ont précédé et suivi la publication du rapport Gallois et les annonces gouvernementales qui l’ont accompagné - sous le nom de Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi - on a jusqu’ici assez peu relevé l’intéressante analogie de répertoire entre les premiers mois du quinquennat Sarkozy et ceux du quinquennat Hollande : le lancement, très médiatisé, peu après l’élection présidentielle, d’un rapport de référence commandé à un ou plusieurs « experts », le rapport Attali dans le premier cas et celui de l’ancien président d’EADS dans le second [1]. La méthode permet au gouvernement, inspiré par un travail de fond, de fixer un cap de politique économique, en particulier concernant les « réformes structurelles » nécessaires durant le quinquennat [2].

Sur la forme, l’analogie est d’autant plus nette que les « experts » sont issus, très majoritairement, du patronat et de la haute fonction publique économique et financière. Ils s’inscrivent dans une tradition « modernisatrice » pour laquelle la France, toujours « en retard » sur ses concurrents, doit entreprendre avec « courage » une série de réformes inspirées d’expériences étrangères qui garantiront sa croissance future. L’approbation, plus ou moins enthousiaste, des représentants patronaux et des principaux médias à l’égard des diverses propositions contenues dans les deux rapports les rapproche également. Instruments de politique publique, l’un et l’autre servent à mettre sur l’agenda un ensemble d’orientations qui cadrent la politique économique du pouvoir en place en mettant en avant l’expertise économique d’un ou plusieurs acteurs légitimes, situés entre la droite et la gauche de gouvernement. Ces orientations sont ensuite adoptées par le gouvernement.

Sur le fond, l’analogie est tout aussi frappante, et témoigne de la grande continuité en matière de doctrine économique entre le « sarkozysme » et le « hollandisme », ce dernier constituant une nouvelle forme d’une même doctrine que l’on peut appeler le « néolibéralisme » à la française avec ses deux variantes, dites « de gauche » et « de droite ». Sur la base d’un constat de déclin ou de crise du modèle français, étayé par des courbes aux tendances catastrophiques, l’horizon des « réformes » est la réduction rapide de l’endettement public et la recherche d’un regain de « compétitivité » de l’économie française dans le contexte de la mondialisation, et cela par l’entremise d’une « rupture » ou d’un « choc » [3].

Les moyens proposés pour y parvenir appartiennent à la même famille : ils sont centrés sur l’investissement (notamment public) dans la recherche et le développement, en vue de favoriser l’innovation (la fameuse « économie de la connaissance »), et sur diverses mesures « hors-coût » [4], mais aussi sur la baisse du coût du travail censée permettre de rétablir la compétitivité-prix des entreprises. Ils proposent des changements institutionnels (réformes « structurelles ») concernant notamment les rapports entre patronat et salariés, dans un sens globalement favorable aux premiers.

Les dispositifs se ressemblent, le crédit d’impôt recherche, au coeur du rapport Attali, devenant un modèle en matière d’incitations fiscales appelé à se généraliser avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi issu du rapport Gallois. Le recours à une hausse de la TVA, quant à lui, rapproche les choix fiscaux des deux quinquennats, choix dont les différences furent pourtant au centre de la compétition électorale en 2012. D’où, au passage, un « choc » de défiance dans l’électorat de François Hollande et chez les économistes qui attendaient de ce changement politique une grande réforme fiscale.

On pourrait ajouter que l’un comme l’autre sont une déclinaison assez peu originale des grandes orientations contenues dans la stratégie « Europe 2020 » de la Commission européenne [5], dans les rapports du FMI et de l’OCDE consacrés à l’économie française, et finalement dans le discours des élites économiques françaises depuis le rapport Rueff-Armand ! La redondance des préconisations participe d’ailleurs de leur évidence pour les acteurs dirigeants. Au fond donc, rien de très nouveau dans le long cours du néolibéralisme à la française [6].

Cinq ans plus tard, on pourra simplement relever qu’avec le changement de majorité, la tonalité du rapport est devenue plus modeste et moins comminatoire, celui-ci mobilisant beaucoup moins de ressources et couvrant un secteur plus limité de l’action publique : l’industrie. Plus défensif aussi, le rapport Gallois insiste certes sur la nécessité de choix rapides et « courageux », en demandant au gouvernement de ne pas perdre de temps. Mais il n’en chiffre pas systématiquement les effets attendus, là où le rapport Attali avançait imprudemment des prévisions qui furent balayées par la crise mondiale. Plus calibré, le rapport Gallois aura moins de chances d’être totalement obsolète dès que les grands paramètres de la dynamique économique auront évolué. Il reste que l’annonce de la création future de 300 000 emplois et l’optimisme affiché en matière de croissance par le gouvernement Ayrault relèvent de la même méthode Coué qu’affectionnait Nicolas Sarkozy et qui a contribué à sa perte de crédit.

On peut penser que le sort du rapport Gallois sera semblable à celui du rapport Attali, car la doctrine économique qu’il mobilise est tout aussi erronée. Dans un contexte de crise financière, puis de récession mondiale en 2009, les gouvernements ont été conduits à accroître brutalement leur niveau d’endettement public pour tenter de juguler l’effondrement du système bancaire et la montée du chômage, renvoyant le désendettement à des jours meilleurs. Aujourd’hui, le rapport Gallois en appelle à une politique fiscalement orthodoxe plus favorable aux entreprises qu’aux ménages (politique dite « de l’offre ») à un moment où la récession européenne se généralise. En pensant que des stratégies non-coopératives vont avoir des effets positifs durables, les « élites » commettent le même contre-sens historique qui, dans l’entre-deux guerres avait plongé le monde dans la Grande Dépression.

Comme l’ont immédiatement rappelé les économistes de conjoncture de l’OFCE (Henri Sterdyniak en premier lieu), l’application des préconisations du rapport Gallois va renforcer la dynamique récessive de l’économie européenne en généralisant la stratégie allemande de limitation des coûts salariaux et en accroissant la concurrence interne à l’espace européen dans un contexte de demande globale déprimée. Le policy-mix adopté par le gouvernement français, qui repose sur des prévisions budgétaires hyper-optimistes, va tout droit vers un échec programmé : stagnation prolongée, hausse du taux de chômage, diminution des rentrées fiscales, nouveaux plans d’austérité sont d’ores et déjà les enchaînements macroéconomiques à l’oeuvre en Europe. L’application du rapport Gallois les rendra plus inéluctables encore.

Cette dynamique macroéconomique perverse est devenue tellement évidente à l’échelle européenne - les cas grec, portugais et espagnol constituant en quelque sorte l’avant-garde d’un processus global - que des économistes néoclassiques, dont certains de sensibilité libérale, en appellent aujourd’hui à un relâchement de la pression austéritaire pour alléger la « souffrance » des peuples, au profit du simple « bon sens économique » [7]. Ils font ainsi suite aux inquiétudes déjà exprimées par le FMI en matière de conjoncture et à l’angoisse grandissante de voir dans la zone euro une sorte de « trou noir » de l’économie mondiale, angoisse qui ressurgit à chaque sommet international.

Le cercle vicieux n’est pourtant pas près d’être brisé, puisqu’aucune mesure politique débattue au sein des gouvernements n’est aujourd’hui réellement susceptible de relancer l’emploi et la confiance en Europe. Il faut donc se résoudre à voir les autorités, confrontées à leur propre échec, adopter une rhétorique qui rappelle chaque jour un peu plus celle des années 1930, entre dévaluation compétitive, obsession de l’équilibre budgétaire et discours de sacrifice.

Chaque révision conjoncturelle à la baisse, entraînant un nouveau « tour de vis » austéritaire, renforce l’hypothèse selon laquelle nous sommes entrés dans un cercle vicieux récessif. Cette hypothèse est en train de devenir majoritaire chez les économistes, même les plus orthodoxes, mais ceux-ci ne trouvent plus guère d’écho chez les décideurs politiques et administratifs qui attendent désespérément un « choc de confiance » résultant de mesures toujours plus brutales et inefficaces.

Si les économistes qui ont participé en première ligne à la formation des politiques publiques depuis la deuxième guerre mondiale sont aujourd’hui de plus en plus marginalisés - hormis ceux, de moins en moins nombreux, qui contribuent à entretenir la croyance néolibérale européenne - on peut se demander quel groupe social ou professionnel pourrait aujourd’hui contribuer à une inflexion. Certainement pas les sociologues qui voient pourtant s’aggraver les effets sociaux de la dynamique en cours, en matière de précarité d’emploi, d’inégalités de santé, de conditions de travail, etc.

Les conflits sociaux, qui se multiplient en Europe du Sud sous la violence du choc austéritaire, n’apparaissent pas en mesure de briser ce cercle vicieux, du moins pour l’instant. Les mouvements sociaux sont en effet, comme dans les années 1930, confrontés à l’effet destructeur de la menace pesante du chômage. Cela les conduit à des stratégies défensives visant, pour l’essentiel, à limiter l’ampleur des plans de licenciement, à résister à la pression à la baisse sur le coût du travail et à la dérégulation accrue du marché du travail, en s’appuyant sur les divisions politiques entre l’aile gauche et l’aile droite du néolibéralisme. Les mouvements de jeunes Indignés trouvent un écho important, mais semblent impuissants à entraîner les sociétés dans une alternative, comme l’illustre le cas espagnol où les partis de droite continuent de maintenir le cap austéritaire avec un certain soutien électoral.

On peut cependant raisonnablement penser que c’est du champ politique, de plus en plus instable, que viendra sans doute la fin de ce cercle. On a vu qu’en Grèce l’effondrement de la social-démocratie (le PASOK) avait suivi l’expérience d’une fin de règne chaotique, au profit de la gauche radicale (SYRIZA) et de la montée de l’extrême-droite néonazie. Cela dans un environnement où le maintien du pays dans la zone euro est tout sauf assuré, malgré des votes parlementaires arrachés de plus en plus difficilement par la « troïka » FMI/Banque centrale européenne/Commission européenne.

A première vue, rien de tel en France : l’alternance entre le PS et l’UMP semble devenue un jeu de balance sans surprise au sein du courant néolibéral, et la France reste solidement arrimée au coeur de la zone euro... Faisant mine, théâtralement, de voir dans la politique du gouvernement Ayrault une inflexion forte par rapport à celle du gouvernement Fillon - alors que le patronat admet la continuité et s’en félicite -, l’UMP commence d’ailleurs à tirer profit de l’effondrement de la popularité de la nouvelle équipe et de la validation a posteriori de ses orientations. Son triomphe aux élections municipales et européennes de 2014 serait la suite logique de ce jeu de bascule et aboutirait à une accentuation des politiques d’austérité en France.

Pourtant, même si la prévision politique tient encore plus de l’art que la prévision macroéconomique, aujourd’hui en grande difficulté, d’autres scenarii apparaissent aujourd’hui possibles. La fin de l’espoir de changement politique et économique en Europe, qui avait suivi l’élection de François Hollande, va accroître les divisions internes à la social-démocratie et à la gauche. Un succès social-démocrate aux élections allemandes de 2013 ne modifiera sans doute pas les orientations austéritaires majoritaires en son sein. Les forces situées à la gauche de la social-démocratie seront ainsi conduites, à nouveau, à clarifier leurs relations avec celle-ci, faute de quoi elles seront entraînées dans son discrédit. Les conflits internes à la gauche devraient donc s’intensifier, d’autant que les mouvements sociaux, même défensifs, ont déjà atteint un niveau relativement élevé en Europe.

Mais c’est surtout à droite que la situation risque rapidement de devenir plus confuse. Car la stratégie d’orthodoxie économique affichée par les principaux dirigeants, en France comme en Allemagne et dans les autres pays, et dont l’échec se généralise en Europe, masque un déplacement souterrain des organisations partisanes et des électeurs vers des positions de plus en plus radicales qui modifient ses équilibres internes. Cela se traduit notamment par les succès d’une extrême-droite conquérante - sous des formes diverses - qui profite de la crise sociale pour avancer des solutions ethnico-nationales de plus en plus populaires électoralement.

Les opinions se radicalisent en fait sur plusieurs plans : les attitudes en matière économique, de plus en plus virulentes face à l’orthodoxie fiscale et contre la solidarité européenne ou contre l’euro ; en matière « identitaire », avec la campagne permanente entretenue en Europe contre l’Islam et les minorités comme les Roms ; et même en matière « sociétale » avec des positions conservatrices d’origine religieuse plus ouvertement mobilisées sur l’homosexualité, la famille, etc.

L’un des enjeux à droite est de savoir laquelle de ces formes de mobilisation sera la plus payante électoralement, et comment gérer les contradictions entre ces diverses postures, qui s’additionnent dans l’opposition, mais entrent vite en conflit dans un cadre gouvernemental. Dans ce contexte, un glissement idéologique général vers une nouvelle « révolution conservatrice », à forte teneur nationaliste (y compris sur le plan économique), devient donc l’issue la plus probable de la Grande Dépression, comme ce fut le cas dans les années 1930 dans plusieurs pays. Il faut donc s’attendre à voir plusieurs situations nationales basculer dans une nouvelle forme politique, préfigurée par le « berlusconisme » italien, et les évolutions vers l’extrême-droite du « sarkozysme », alliant hypernationalisme ethnique et ultralibéralisme.

 

Notes

[1] Pour le « Rapport sur la libération de la croissance française » : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/084000041.pdf ; pour le « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française » : http://www.gouvernement.fr/rapport_de_louis_gallois_sur_la_competitivite_0.pdf

[2] Dans les deux cas, on notera que le rapport n’émane ni de l’administration centrale ou d’un corps de contrôle, ni du Conseil d’analyse économique ou du Centre d’analyse stratégique (l’ancien commissariat du Plan) placés auprès du premier ministre. On se situe dans la grande tradition du rapport d’expert illustrée par le rapport du comité Rueff-Armand en 1959 en vue d’assurer « la suppression des obstacles à l’expansion économique ». La continuité de répertoire d’action publique entre le contenu et les conditions de production de ces rapports mériterait une analyse socio-historique approfondie.

[3] On a ainsi trop peu commenté la rhétorique du « choc » qui fait suite à celle de la « rupture » et de la « libération » rapide de la croissance. Là encore, une analyse du discours permet de faire apparaître le ressort fondamental de l’opération de politique publique : les mesures sont construites comme un changement rapide et radical qui va engendrer un surcroît de croissance à moyen terme, ne serait-ce qu’en suscitant la « confiance » des acteurs privés.

[4] Olivier Bouba-Olga, Le rapport Gallois, c’est quoi ? : http://blogs.univ-poitiers.fr/o-bouba-olga/

[5] http://ec.europa.eu/europe2020/index_en.htm

[6] Voir l’ouvrage de François Denord, Néo-libéralisme version française. Histoire d’une idéologie politique, Demopolis, Paris, 2007.

[7] http://www.manifestoforeconomicsense.org

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 08:03

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 19:50

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http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article187

 

Après avoir annoncé un nécessaire « choc de compétitivité » appelé des vœux de la droite et du MEDEF, le gouvernement souhaite désormais construire un « pacte de compétitivité » sur l’ensemble du quinquennat de François Hollande. Une préoccupation bien ancrée dans l’air du temps : la « compétitivité » est désormais sur toutes les lèvres, omniprésente dans le débat public. Sans qu’on se donne la peine de se demander : d’où vient, au juste, cet impératif de compétitivité ?

30 octobre

Depuis les années 90, la compétitivité est devenue le maître mot du discours politique, un véritable mantra. Aujourd’hui encore, depuis le Parti socialiste jusqu’à la droite, la compétitivité serait l’unique voie de sortie de la crise. Pourquoi au juste ? Parce qu’il n’y a pas le choix. Dans un contexte de libéralisation et de concurrence généralisées, la compétitivité, c’est l’équation gagnante : compétitivité des entreprises = croissance = créations d’emploi.

Cette simple équation permet de comprendre comment la compétitivité s’est imposée comme un objectif ultime, un modèle « gagnant-gagnant » : les entreprises, les salariés et les gouvernements, tout le monde y gagne ; c’est la fin de la lutte des classes, sous la bénédiction bienveillante du capitalisme financier.

Cette potion magique ne s’applique pas seulement à l’économie, mais à la société toute entière. Bien entendu, sur le plan économique, il faut plus de libre-échange, moins de régulation, moins d’impôts pour les (grandes) entreprises, moins de droit du travail, moins de cotisations sociales… Mais il faut aussi mettre l’école, la recherche, les services publics, l’écologie, la culture, nos villes, nos régions... et nous-mêmes au service de la compétitivité.

Sauf que, sauf que… appliquées depuis plus de 20 ans, les bonnes recettes de la compétitivité n’ont jamais tenues leurs promesses. Loin d’apporter des perspectives pour les économies européennes, ces mesures ont en grande partie préparé la crise financière de 2008, puis elles ont contribué à l’empirer [1].

Pourtant, la quête de la sacro-sainte compétitivité n’a pas été en pertes pour tous. Les privatisations, dérégulations, et autres flexibilisations du marché du travail, menées au nom de la compétitivité semblent finalement aboutir aux mêmes conséquences : les bénéfices de quelques-uns ne cessent d’enfler, au détriment des conditions de vie de la majorité. Alors, quid de la compétitivité ? Un petit retour historique s’impose.

Le rêve des industriels

En 1967, le premier ministre Georges Pompidou donnait déjà les premiers éléments de ce que va devenir le discours de la compétitivité : la menace de la concurrence sera l’occasion de sortir la France et ses industriels de la léthargie, de la paresse dans laquelle l’ont plongée les protections douanières.

Si Pompidou laisse entendre que l’effort d’ajustement coûtera aux industriels, l’économiste de la CGT Jean Duret percevait déjà en 1956 la feinte derrière les velléités de libéralisation du marché commun européen : « On invoquera les dures lois de la compétition internationale pour démontrer qu’un niveau d’emploi élevé ne pourra être assuré que si les travailleurs se montrent "raisonnables" [2] ».

C’est pourtant à partir des années 80 que prend forme une véritable doctrine européenne de la compétitivité, sous l’impulsion décisive de la Table ronde des industriels européens (European Round Table ou ERT), puissant lobby industriel rassemblant quelques 45 dirigeants de grands groupes européens [3].

La Table ronde se donne pour objectif d’influencer la structure même de la construction européenne, pour la rendre favorable au développement de l’industrie. Elle est bien implantée dans les réseaux de pouvoir bruxellois puisque fondée à l’initiative de deux commissaires européens dont Etienne Davignon, futur dirigeant… de la Société générale de Belgique [4].

Ses premiers succès ne se font pas attendre. Le lobby industriel participera activement à l’élaboration de l’Acte unique européen, qui détaillait les barrières commerciales et réglementaires à supprimer pour permettre l’émergence du marché unique. Le traité se basait sur le Livre Blanc publié par la commission Delors en 1985. Ce document était, comme le reconnurent ses auteurs, lui-même directement inspiré du rapport « Europe 1990 » rédigé par le lobby industriel [5].

Le marché unique sera un premier pas dans l’imposition de la compétitivité comme impératif catégorique [6]. Ce n’était qu’un début : lorsque Delors rend en 1993 son Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et l’emploi, il remercie les industriels pour leur soutien lors de sa préparation [7]. Une semaine plus tôt, il avait pris part à la conférence de presse de la Table ronde des industriels qui présentait son dernier rapport, selon lequel la compétitivité était LA solution pour « vaincre la crise ».

Ce n’est donc pas une surprise : le Livre Blanc approuvé par les gouvernements européens reprend les analyses et préconisations des industriels. Cette séquence témoigne de l’« alliance objective » qui voit le jour pendant les années Delors entre la Commission et les milieux d’affaires. Elle permettra notamment la construction du marché unique face à des gouvernements parfois peu enthousiastes, et se poursuivra après le départ de Delors.

Les termes de cette relation « gagnant-gagnant » semblent se résumer ainsi : la Table ronde appelle à plus d’intégration européenne et de nouveaux pouvoirs pour la Commission, et celle-ci, de son côté, contribue à promouvoir la doctrine des industriels au sommet de l’agenda des politiques européennes [8].

Pas d’alternative à la compétitivité

La stratégie de Lisbonne proposée par la Commission et adoptée en mars 2000 apparaît comme l’aboutissement de cette symbiose entre la commission et le lobby industriel. Elle sacrait pour 10 ans la compétitivité comme objectif n°1 de l’Union européenne, appelée à devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 ».

Pour les lobbies industriels comme l’ERT, le rêve se réalisait : l’Union européenne, dévouée toute entière au bien-être des grands groupes privés. Cette orientation sera confirmée en mars 2010 avec la stratégie « Europe 2020 » qui reprenait avec quelques ajouts les recettes pro-compétitivité promues dans le cadre de la stratégie de Lisbonne [9].

Dans le cadre de cette croisade pour la compétitivité, la commission préconise d’accroître la concurrence dans le marché intérieur. Au programme, la déréglementation des marchés, et notamment du marché des services, une politique de libre-échange exacerbée, et la libéralisation et privatisation des services publics, notamment l’énergie et le transport. Autant de mesures que l’on retrouve à nouveau dans le « Pacte de croissance » promu en juin par le Président Hollande [10].

En fait, ces politiques de concurrence sont la seule voie possible pour les gouvernements souhaitant stimuler l’économie, puisque, côté macro-économique, les politiques « alternatives » sont exclues : on impose un carcan sur les salaires (« modération salariale ») pour assurer d’une part la compétitivité du coût du travail, et de l’autre la stabilité de la monnaie unique.

Dans le même temps, la mise en place de la monnaie unique empêche tout ajustement par dévaluation de la monnaie. Une perspective qui n’est pas sans déplaire à l’économiste Bulchadani, de la banque Morgan Stanley, qui expliquait en 1998 : « Si l’on supprime la devise nationale comme soupape de sécurité, les gouvernements devront se concentrer sur les changements concrets à effectuer pour devenir plus compétitifs : impôts plus bas, flexibilité du marché du travail et cadres réglementaires plus favorables à l’industrie. »

Les gouvernements doivent par ailleurs renoncer à toute politique budgétaire ambitieuse : obligés d’emprunter sur les marchés financiers, ils doivent désormais faire preuve de « rigueur » budgétaire. Et plus question d’augmenter les impôts… là encore, compétitivité oblige.

Dès lors, comme disait Margaret Thatcher, « il n’y a pas d’alternative ». Les élus n’ont plus le choix : comme de bons entrepreneurs, ils doivent s’assurer de garantir partout, à tous les niveaux de décision, un contexte « favorable aux entreprises » (business friendly). Le principe avait été décrit par Jean Duret un demi-siècle auparavant : « Les capitaux auront tendance à déserter les régions et les pays où les salaires seront relativement élevés, où certaines lois sociales seront susceptibles de gêner une exploitation trop éhontée. [11] »

A l’échelle des Etats, des régions, des villes, les élus deviennent des « managers », et leurs performances sont comparées à l’échelle européenne (le « benchmark ») pour déterminer les « bonnes pratiques ». A l’aune... de la compétitivité, bien sûr. C’est le triomphe du nouveau management public, qui se traduit en France par la RGPP (revue générale des politiques publiques).

La compétitivité s’impose partout

Depuis 2000, la commission emboîte le pas aux lobbies industriels, pour qui presque tout finit par se rapporter à la compétitivité, y compris les politiques écologiques et sociales. C’est la raison pour laquelle l’ERT encourage l’« évaluation comparative », c’est-à-dire l’utilisation de la comparaison quantitative des effets des politiques de compétitivité pour déterminer les nouvelles mesures à adopter. L’évaluation comparative, cela signifie « scruter le monde afin d’y découvrir ce que les autres ont de meilleur, où que ce soit, pour ensuite, essayer de l’égaler ou de le surpasser [12] »

A commencer par l’aménagement du territoire. Les élus locaux deviennent des « managers » de territoire qui doivent désormais tout faire pour attirer entreprises et investissements privés. Fiscalité aux petits oignons, partenariats publics-privés, infrastructures adaptées... Les grands projets d’infrastructures, autoroutes, lignes à grande vitesse, aéroports (comme celui de Notre-Dame des Landes) deviennent des éléments essentiels de l’« attractivité » des régions [13].

L’université et la recherche n’y échappent pas : elles doivent, elles aussi, se soumettre au dogme de la compétitivité. La stratégie de Lisbonne, puis la stratégie « Europe 2020 », stipulent que l’université doit permettre de former une main d’œuvre adaptée aux demandes du marché du travail, c’est-à-dire des entreprises. La commission en appelle même à enseigner « l’esprit d’entreprise » dès le plus jeune âge [14]. La recherche doit, elle, se focaliser sur l’« innovation », et donner aux entreprises européennes des avantages compétitifs.

Les politiques écologiques sont elles aussi soumises à l’impératif de « compétitivité ». Face aux enjeux climatiques, la commission en appelle à une « croissance verte » fondée sur le développement des « technologies vertes » (dont certaines controversées, comme les biocarburants, par exemple). Les mécanismes de compensation comme la « finance carbone » sont censés inciter les industriels à modifier leurs comportements… alors que toute régulation contraignante sur le changement climatique ou les produits chimiques des industries polluantes est exclue... là encore, compétitivité oblige.

Enfin, la protection sociale doit, elle aussi, se mettre au service de la compétitivité : il faut, d’une part, flexibiliser le droit du travail, en finir avec le CDI et les conventions collectives pour faciliter les licenciements – et ainsi permettre aux entreprises de mieux s’adapter aux fluctuations des marchés et mettre en œuvre la « modération salariale ». De l’autre part, il faut « activer » les politiques de l’emploi, c’est-à-dire inciter les chômeurs à accepter des emplois qu’ils n’accepteraient pas spontanément en durcissant les règles ou en diminuant les allocations. Enfin, la sécurité sociale, dont le financement pèserait trop sur les entreprises, doit être confiée aux assurances privées.

Une équation truquée

En stipulant que toute mesure en faveur des entreprises allait automatiquement réduire le chômage et donc bénéficier à tous, l’« équation magique » de la compétitivité a contribué à propager l’idée que les mesures politiques qui vont dans l’intérêt immédiat des plus grandes firmes internationales sont également, par transitivité, dans l’intérêt de tous.

En voyant, encore aujourd’hui, la quasi-totalité de la classe politique sauter comme un cabri en criant « compétitivité ! compétitivité ! », on ne peut s’empêcher de se dire que les lobbies industriels ont bien joué leur coup. Et on ne peut qu’être perplexe en se demandant comment tout ce beau monde peut-il tomber dans un tel panneau si facilement.

Car il est pourtant évident que cette équation est truquée.

Tout d’abord parce que la centralisation de la production et de la distribution catalysées par le Marché unique ont permis aux multinationales de diminuer les coûts en réduisant considérablement leur main-d’œuvre. Les mesures de concurrence, le libre-échange et la dérégulation du marché du travail censément prises pour stimuler la « compétitivité » ne font qu’accentuer cette tendance.

Sur une durée de cinq ans à partir de 1989, la compagnie d’électronique hollandaise Philips a réduit son personnel de 22 % – environ 68 000 emplois [15] ; British Telecom a pu se glorifier d’avoir réduit son effectif de 235 000 à 125 000 entre 1985 et 1996 [16]. À la fin des années 1990, une nouvelle vague de fusions, d’acquisitions et de restructurations industrielles a encore eu pour résultat d’engendrer à la fois des bénéfices record et d’importantes suppressions d’emplois [17].

Le discours orwélien des industriels atteint des sommets, lorsqu’un rapport de la Table ronde des industriels explique que lutter contre les plans de licenciements, c’est lutter contre l’emploi : « lutter contre la restructuration revient simplement à faire obstacle au changement et à la création d’emplois [18] »

Le dogme de la compétitivité exclut toute mesure structurelle qui pourrait être prise pour endiguer le chômage : la modération salariale, la rigueur budgétaire pèse sur l’activité et maintient un taux de chômage élevé. Dès lors, la « lutte contre le chômage » mise en œuvre par les gouvernements européens relève au mieux du trompe l’œil. Au pire, elle contribue à flexibiliser davantage les conditions de travail, à développer les contrats précaires et à accroître les contraintes sur les chômeurs à travers « le durcissement des critères d’éligibilité, la réduction des montants et des durées d’indemnisation, [et] le renforcement des contrôles [19] ».

La conclusion est donc claire. La compétitivité, ce n’est pas l’emploi : c’est le chômage, la précarité, et l’explosion des inégalités. Tout ce que l’on nous a imposé depuis plus de vingt ans.

Un modèle de société

C’est Georges Pompidou qui vend la mèche, dans l’interview citée plus haut. La doctrine de la compétitivité, qui s’impose à toutes les strates de la décision publique, contribue à forger, par le biais d’une menace permanente, une société sous tension. Dans la même veine, Laurence Parisot se demandait en 2005 dans le Figaro : « La vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait pas précaire ? ».

Cette tension est inhérente à nos sociétés « compétitives ». Elle n’a de cesse de s’accroître, et avec elle les profits des grands groupes. A mesure que les prétendus « remèdes » prouvent leur inanité, on les prescrit avec d’autant plus de force.

Georges Pérec avait donné une image qui pourrait illustrer ce modèle : une île, W, où les habitants sont des athlètes contraints à la compétition et qui deviennent obsédés par la victoire - condition de leur survie. Une société toute entière tournée vers la « compétitivité »... où l’on découvre finalement que les performances des athlètes sont dérisoires :

« Il faut voir fonctionner cette machine énorme dont chaque rouage participe, avec une efficacité implacable, à l’anéantissement systématique des hommes, pour ne plus trouver surprenante la médiocrité des performances enregistrées : le 100 mètres se court en 23"4, le 200 mètres en 51" ; le meilleur sauteur n’a jamais dépassé 1,30m [20]. »

La farce a assez duré. Il est grand temps d’en finir avec la « compétitivité », et d’inventer un autre imaginaire... plus vivable.


Frédéric Lemaire

 PS : Le dernier chapitre de W ou le souvenir d’enfance

[1] D’une part, la modération salariale a été un des facteurs déclencheurs de l’endettement des ménages, la consommation étant "dopée" à la dette. De l’autre, le dogmatisme néolibéral qui préside aux politiques de compétitivité n’a pas permis de mettre en place les mesures pour relancer l’activité après la crise.

[2] Jean Duret, « Que signifie le Marché commun dans une Europe capitaliste ? », Cahiers internationaux, n°78, juillet 1956, p.19-30, cité dans le Plan B n°13

[3] Lire la présentation de la Table rondes des industriels européens : http://dessousdebruxelles.ellynn.fr...

[4] Lire Quand le Vicomte Davignon privatisait la Commission http://ellynn.fr/dessousdebruxelles...

[5] Bastiaan van Apeldoorn et Otto Holman, « Transnational Class Strategy and the relaunching of European Integration : The Role of the European Roundtable of Industrialists », 35e convention de l’International Studies Association, Washington, 28 mars-1er avril 1994, p. 21.

[6] Delors déclarera en 1986, devant ses collègues socialistes : « J’ai toujours pensé, en France, qu’il n’y avait pas assez de marché et que l’Etat était, pour des raisons historiques, omniprésent et trop souvent étouffant ou dominant. La plupart des Français n’ont pas encore acquis cette mentalité d’ouverture au monde sans laquelle nous ne pouvons pas édifier une économie compétitive » (Jacques Delors s’adressant à ses camarades socialistes, 1986, cité dans « Delors… » de Charles Grant)

[7] Agence Europe, 12 décembre 1993 ; cité in Bastiaan Van Apeldoorn, op. cit., p. 246.

[8] « Nous sommes en train de réduire les prérogatives de l’Etat et du secteur public en général de par les privatisations et la dérégulation… [...] L’unification européenne progresse, et elle favorise les entreprises internationales telles que les nôtres », expliquait le président de l’ERT Daniel Janssen - "The Pace of Economic Change in Europe", 2000 Tokyo Meeting, Trilateral Commission.

[9] L’Europe des industriels n’est pas en panne http://dessousdebruxelles.ellynn.fr...

[10] 5 recettes socialistes pour réorienter l’Europe http://dessousdebruxelles.ellynn.fr...

[11] Jean Duret, op.cit.

[12] ERT, Benchmarking for Policy-Makers : The Way to Competitiveness, Growth and Job Creation, Bruxelles, 1996.

[13] Sur le marketing territorial, lire : http://dessousdebruxelles.ellynn.fr...

[14] Lire Esprit d’entreprise : consultation sur les actions futures au niveau de l’UE : http://europa.eu/rapid/press-releas...

[15] Nicholas Hildyard, Colin Hines et Tim Lang, « Who Competes ? Changing Landscapes of Corporate Control », The Ecologist, vol. 26, n° 4, juillet / août 1996, p. 131.

[16] Competitiveness Advisory Group, « Capital Market for Competitiveness : Report to the President of the European Commission, the Prime Ministers and Heads of State », juillet 1998.

[17] La compagnie Ericsson, membre suédois de l’ERT, a par exemple annoncé début 1999 son projet de supprimer 11 000 emplois – soit 10 % de sa main-d’œuvre mondiale. Pilkington, géant de la verrerie et membre de l’ERT, basé au Royaume-Uni, a supprimé 9 000 emplois en 1998 et prévoit finalement de diminuer de moitié sa main-d’œuvre par rapport à 1990. Annonçant ces suppressions, Paolo Scaroni, directeur exécutif de la compagnie, a expliqué que cette mesure faisait partie du processus de « restructuration » en cours pour diminuer les coûts et augmenter les profits. À la même époque, il déclarait fièrement à la presse que Pilkington empochait un minimum de 20 % de bénéfices sur ses investissements de capitaux et 12 % sur les ventes (lire Magnus Grimond, « Pilkington lops 1500 job in costs drive », Associated Newspapers Ltd, 29 octobre 1998)

[18] ERT, « La création d’emplois et la compétitivité par l’innovation », Bruxelles, nov.1998.

[19] Florence Lefresne, « Regard comparatif sur l’indemnisation du chômage : la difficile sécurisation des parcours professionnels », Chronique internationale de l’IRES¸ n° 115 : Indemnisation du chômage : débat sur les réformes, novembre 2008, p. 3-28, http://www.ires-fr.org/IMG/File/C11....

[20] Georges Pérec, W ou le souvenir d’enfance, Gallimard coll. "l’imaginaire", 1993, 219p. lire : http://www.ouvroir.info/zinc/spip.p...

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 13:49

a69suflceaaufbc.jpgOn a eu droit avec le rapport Attali (début 2008) à un hymne à la « libération de la croissance ». Voici venu le temps de l’invocation de LA compétitivité, source majeure, selon notre Président, de croissance et d’emploi. Tout se passe comme s’il n’en existait qu’une modalité : LA compétitivité. Celle que nous dicte l’univers impitoyable de la guerre économique néolibérale de tous contre tous par tous les moyens, y compris les plus destructeurs de la société et de la planète.

Une telle vision signe la défaite du politique, dont l’une des missions devrait être la détermination des règles du jeu économique, donc des règles de la compétition dans la sphère marchande (qui n’est pas la seule, et dont le politique doit aussi circonscrire le périmètre pour préserver des biens communs hors marchés). La concurrence marchande peut, selon les cas, être raisonnable, équitable, loyale, ou se transformer en jungle où les plus faibles trinquent. LE marché n’existe pas, ni LA compétitivité. Les marchés sont des constructions politiques qui ont évolué dans le temps, et qui diffèrent selon les secteurs en dépit de l’invasion des normes néolibérales axées sur la « valeur pour l’actionnaire ». Or ce sont ces dernières qui sont prises aujourd’hui comme références incontournables pour concevoir LA compétitivité. À pensée unique, concept unique.

Or il existe autant de modalités de concurrence, compétition ou émulation, autant de formes de marchés, qu’il existe de :
1) Règles encadrant les marchés (y compris celui du travail), des marchés locaux aux marchés mondiaux.
2) Structures de la demande, et en particulier structures des inégalités.
3) Structures de la production, secteurs et branches, degrés de concentration des pouvoirs, normes de gestion (pour l’actionnaire, pour les sociétaires, pour les coopérateurs, pour l’intérêt général et l’utilité sociale…), etc.

Si la compétitivité des entreprises désignait leur capacité à survivre honorablement (avec évidemment des cas non viables mais gérés selon des règles sociales) dans une concurrence bien encadrée socialement et écologiquement, si elle désignait leur capacité à innover, à s’adapter, à répondre à des besoins d’émancipation humaine, j’aurais peu de raison d’écrire « ras-le-bol ».

Mais on est à l’opposé. En dépit des couplets de Louis Gallois sur l’innovation et sur d’autres coûts, c’est bel et bien la baisse du coût du travail qui est visée, ainsi que sa flexibilité (comme si elle n’était pas déjà partout). Il s’agit de tout faire pour que les entreprises françaises, essentiellement les multinationales, s’adaptent encore plus aux règles néolibérales du dumping social et écologique mondial, quitte, pour un gouvernement de gauche, à tenter de limiter la casse sociale un peu plus que ne l’aurait fait son homologue de droite. Il s’agit de s’inscrire dans la guerre commerciale de tous contre tous mais en mettant une touche de social dans la marche des fantassins.

On me dira : oui, mais cette guerre existe et ce n’est pas un gouvernement français qui va en changer les règles ! Je demande à voir. Certes, ce gouvernement n’est pas capable de transformer l’OMC en OCM (organisation de la coopération mondiale) ni le FMI en banque solidaire. Mais là n’est pas le problème urgent en France, même si cela reste un grand problème mondial. Les politiques nationales et européennes restent très importantes.

Supposons qu’on décide d’utiliser autrement les quelques dizaines de milliards qu’on s’apprête à offrir aux entreprises. Supposons qu’on lance des programmes ambitieux (et bien meilleurs pour l’emploi) favorisant toutes les activités locales ou relocalisables de réhabilitation thermique de millions de logements en dix ans, d’énergies renouvelables décentralisées économisant à terme des milliards d’importations de pétrole et de gaz, de transports collectifs « propres », de services de bien-être pour les personnes âgées, la petite enfance et les personnes handicapées, la santé et l’éducation.

Supposons un appui résolu à tous les circuits courts, aux PME de proximité et à l’agriculture alimentaire de proximité, ainsi qu’à une filière bois-forêt. Supposons qu’on privilégie la recherche et l’innovation (technologique et sociale) dans les procédés et productions soutenables dans tous les secteurs.

Supposons qu’on décide, ce que propose Attac, d’une taxe kilométrique sur toutes les importations et toutes les exportations, avec des taux initiaux faibles mais destinés à progresser, avec des taux différents selon les modes de transport en fonction du « contenu carbone ». Supposons bien d’autres choses encore pour REDUIRE LA DEPENDANCE AUX IMPORTATIONS ET L’IMPERATIF D’EXPORTATION A TOUT PRIX, pour favoriser des dynamiques de territoires et des coopérations « endogènes ». Pour protéger la société et l’environnement sans privilégier le protectionnisme unilatéral.

Rien de tout cela n’est impossible, et cette liste peut être beaucoup allongée, en y intégrant une vraie révolution fiscale réductrice d’inégalités. Mais on ne risque pas de trouver ces mesures en nommant un grand patron pour rédiger un rapport sur LA compétitivité comme simple adaptation à la guerre économique mondiale existante, prise comme cadre incontournable.

Madame Parisot était très satisfaite hier soir à la télé. Elle a bien raison de l’être. Ce gouvernement lui a déroulé le tapis rouge, avec quelques touches de rose. Jamais le MEDEF n’a obtenu autant d’un gouvernement, quel qu’il soit. Ceux qui vont payer ce cadeau, un authentique dumping fiscal, seront les salariés, les retraités, les services publics et les associations. Et comme c’est un cadeau sans contreparties, il ne fera pas reculer le chômage. Mais les dividendes continueront à bien se porter.

Quand on fera le bilan du montant des dépenses publiques par emploi créé, on s’apercevra qu’il est exorbitant, sans commune mesure avec le coût complet d’un emploi de bonne qualité, public, associatif ou privé. J’en fais le pari, et je suis certain de le gagner, vu l’énormité de l’effet d’aubaine et l’absence de contreparties.

Pour information, Attac et la Fondation Copernic s’apprêtent à sortir un très bon livret « en finir avec la compétitivité ». J’en reparlerai.

RETROSPECTIVE DE LA COMPETITIVITE DEPUIS LES ANNEES 1960

Dans un super article http://tinyurl.com/adsorv8, Frédéric Lemaire propose une rétrospective de la façon dont la compétitivité a fait son entrée comme slogan politique avant de s’imposer depuis 2000. Voici de courts extraits, mais une lecture complète ne vous décevra pas, et ne manquez pas une minute trente de vidéo de Pompidou en 1967.

« … C’est à partir des années 80 que prend forme une véritable doctrine européenne de la compétitivité, sous l’impulsion décisive de la Table ronde des industriels européens, puissant lobby industriel… qui participera activement à l’élaboration de l’Acte unique européen. Le traité se basait sur le Livre Blanc publié par la commission Delors en 1985. Ce document était, comme le reconnurent ses auteurs, lui-même directement inspiré du rapport « Europe 1990 » rédigé par le lobby industriel.

Le marché unique sera un premier pas dans l’imposition de la compétitivité comme impératif catégorique… Ce n’était qu’un début : lorsque Delors rend en 1993 son Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et l’emploi, il remercie les industriels pour leur soutien lors de sa préparation…

La stratégie de Lisbonne adoptée en mars 2000 apparaît comme l’aboutissement de cette symbiose entre la commission et le lobby industriel. Elle sacrait pour dix ans la compétitivité comme objectif n°1 de l’Union européenne, appelée à devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 ». Pour les lobbies industriels, le rêve se réalisait : l’Union européenne, dévouée toute entière au bien-être des grands groupes privés. »

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 13:45
 

longa-vida-a-revolu--o-de-outubro.jpg

 

Article datant initialement du juin 2006

 



 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Commémorer l'Octobre soviétique n'est plus depuis longtemps à la mode ni politiquement correct pour la gauche. On préfère plutôt rendre hommage à d'autres « octobre »: la « chute du mur de Berlin » en 1989 ou l'insurrection anti-communiste de Budapest en 1956 saluée par le président de la république Napolitano et par le président de l'Assemblée Bertinotti – l'un ancien communiste, l'autre leader d'un parti qui se réclame de la refondation communiste – comme la vraie révolution annonciatrice des « révolutions » de 1989-91 qui marquèrent la fin des démocraties populaires et de l'URSS, de ce long cycle historique qui traverse le « court siècle », inauguré justement par la révolution d'Octobre. La boucle semble se boucler. Le verdict de l'histoire – dit-on – a été prononcé sans discussion possible: cette révolution (mais parmi les repentis du communisme certains ont même épousé la thèse du putsch, du coup d'Etat) a produit d'indicibles horreurs et elle s'est achevée dans un champ de ruines. De là une condamnation sans appel, l'abolition de cette histoire, son effacement du calendrier des anniversaires qu'il convient de rappeler aux nouvelles générations pour leur formation communiste. Et ceux qui veulent se réclamer de l'histoire des révolutions communistes du XXème siècle ouvert par l'Octobre soviétique sont étiquetés de nostalgique, irrémédiablement incapables de lire les défis du temps présent.



C'est actuellement la tendance dominante – exceptées de méritoires exceptions – dans la culture politique de la « gauche », des héritiers de ce que fut le parti communiste italien et de la « nouvelle gauche » soixantehuitarde et post-soixanthuitarde, en Italie et dans de nombreux pays du monde. Cette situation est bien présente aux communistes qui résistent, qui n'acceptent pas l'effacement d'une histoire, d'un projet de société, d'une identité qui a marqué profondément l'histoire du XXème siècle et que l'on veut aujourd'hui condamner au silence et à l'oubli.



Contre cette tendance majoritaire et dévastatrice, qui semble tout renverser dans sa furie iconoclaste, dont ne peuvent être sauvés non seulement les bolchéviques – cela va de soi – mais pas plus Rousseau et les jacobins français et quiconque qui ait l'odeur du révolutionnaire (la seule « révolution » aujourd'hui acceptée est la contre-révolution!), la première réaction immédiate et passionnée est celle de brandir bien haut notre drapeau rouge et de crier de toutes nos forces: vive Lénine! Vive la révolution d'Octobre, qui a ouvert la voie à la libération des peuples du joug colonial et impérialiste! Vive le parti bolchévique qui a su – seul parmi les partis de la Seconde internationale – déclarer la guerre à la guerre et transformer la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire! Vive l'Internationale communiste, qui a formé une génération de communistes capables de lutter dans la clandestinité contre le fascisme et de mener les résistances en Europe! Vive l'Union soviétique, qui avec l'armée rouge et la résistance de ses peuples a été déterminante dans la victoire contre le nazisme et le fascisme! Vive l'URSS qui après la guerre a su affronter l'impérialisme américain et a favorisé, par sa seule existence, la résistance vietnamienne, la libération de l'Angola et du Mozambique, les luttes anti-coloniales, la révolution cubaine et les luttes populaires en Amérique latine!



Vive la révolution qui, première dans l'histoire, a essayé de construire une société sans privilèges de caste, sans propriété capitaliste, fondée sur l'idée d'un développement rationnel et équilibré de l'économie par la planification!



Et cela, nous le disons et le rappelons à ceux qui veulent effacer de l'histoire le communisme du XXème siècle. Mais cela ne suffit pas, et au contraire, si cela reste seulement un cri désespéré contre l'infamie et la calomnie, cela peut être également une réaction impuissante, le signe d'une faiblesse stratégique. La commémoration comme fin en soi n'a jamais intéressé les communistes. Le jeune Gramsci dans un de ses articles passionnés accusait le parti socialiste d'avoir réduit Marx à une icône, un saint, à ressortir pour les grandes occasions, les commémorations, les anniversaires, pour ensuite le laisser pourrir au grenier tout le reste de l'année, en évitant scrupuleusement de transformer en action politique vivante sa pensée critique.



Rappeler, défendre, approfondir la mémoire historique est utile et nécessaire dans la mesure où nous réussissons à traduire cette mémoire en action culturelle et politique, en consolidation et accumulation de forces communistes, en formation politique pour les nouvelles générations. Nous ne sommes pas ici pour agiter des drapeaux ou des icônes, nous ne sommes pas les nostalgiques (même si cette « nostalgie » communiste est un sentiment qui mérite le respect) d'un paradis perdu, d'illusions non-réalisées, d'un noble rêve, d'une utopie irréalisable. Si le 7 novembre 1917 est encore une date dont nous devons nous souvenir et que nous devons honorer, ce n'est pas seulement pour rendre un hommage mérité aux furies héroïques d'un temps révolu, nous ne cherchons pas à être les avocats commis d'office de la révolution. L'Octobre soviétique n'en a pas besoin comme les communistes aujourd'hui n'en ont pas non plus besoin.



Par ailleurs, il y a un besoin urgent. En premier lieu, de se réapproprier notre histoire communiste, contre toute diabolisation, mais libres de toute mythification. Le communisme naît comme critique – critique théorique de l'économie politique bourgeoise dans le « Capital » de Marx et critique comme praxis (et l'action théorique est également une action pratique dans la mesure où elle influe sur la transformation des rapports sociaux), pratique politique pour l'abolition de l'état actuel des choses, pour la transformation des rapports de propriété bourgeois en propriété communiste. Il faut savoir se réapproprier de manière critique notre histoire communiste du XXème siècle. Ce sont les autres, le camp bourgeois et anti-communiste, qui écrivent aujourd'hui cette histoire – pour partie de façon très grossière, pour partie avec des moyens plus raffinés qui tirent profit également de centaines de milliers et de millions de documents historiques soviétiques et des pays qui furent des démocraties populaires rendus aujourd'hui accessibles aux chercheurs. Sur ce terrain, nous ne sommes pas à la traîne. Qui a essayé d'écrire en histoire sait que c'est par la sélection que le chercheur opère dans la documentation archivistique qu'il peut tracer tel ou tel cadre d'analyse. Les documents – en en vérifiant philologiquement l'authenticité – rapportent les faits, mais à l'intérieur d'une masse qui comme dans le cas russe est véritablement extraordinaire (6 millions de documents dans les Archives centrales russes) on peut sélectionner certains éléments et en omettre d'autres. Ainsi, l'histoire de l'URSS peut aussi être réduite à celle d'un immense Goulag et la famine en Ukraine dans les années 1930 peut être attribuée à un plan stalinien diabolique d'élimination physique d'une nation. Il est temps de commémorer l'Octobre en dotant les communistes des instruments adéquats pour répondre aux dénigrements et à la démolition de l'expérience historique du communisme du XXème siècle.



Mais il ne s'agit pas seulement de répondre à la diffamation historique.Le travail que les communistes peuvent et doivent entreprendre dans la connaissance de l'histoire des révolutions ne peut pas être principalement « réactif », il ne doit pas naître seulement de la réponse aux attaques. L'étude passionnée et critique de notre histoire doit savoir jouer avec plusieurs coups d'avance – pour le dire par un trait d'esprit: il ne faut attendre août 2008 pour travailler sur une compréhension solide de ce qui a emmené les chars soviétiques à Prague. Les communistes doivent se concevoir et s'organiser comme formation autonome, qui prenne l'initiative également sur le terrain dangereux et fondamental de la lutte culturelle, sans attendre que ce soient les autres qui choisissent et fixent le terrain sur lequel nous affronter.



L'histoire – dans tous ses aspects – des révolutions communistes du XXème siècle doit être étudiée et approfondie en se dotant de tous les instruments appropriés pour un travail collectif critique non seulement pour vaincre le « révisionnisme historique » mais parce qu'elle constitue un bagage d'expériences fondamentales pour la lutte politique d'aujourd'hui, ses perspectives. Pour en citer seulement un aspect: le terrain de la construction d'une nouvelle organisation économique fondée sur une propriété majoritairement publique, étatique, et dans certains cas sociale. Cette organisation économique, tant admirée aussi par les pays en développement parce qu'elle a réussi à doter l'URSS en quelques années d'un grand appareil industriel, l'emmenant à pouvoir faire concurrence dans certains domaines avec les pays capitalistes les plus avancés, n'a pas réussi à passer au stade supérieur d'une économie intensive à haute productivité. Et cela fut certainement une des causes qui ont conduit le pays d'Octobre à sa fin peu glorieuse de 1991. Mais pendant ce temps, les bolchéviques et les communistes des démocraties populaires se sont posés et se sont mesurés à la question de l'organisation et la gestion d'une économie socialisée, avec certains succès à côté de lourdes défaites. Ce grand patrimoine d'expériences, de théorisation de l'économie politique du socialisme, de pratiques, ne peut pas être rejeté dans l'oubli par ceux qui se proposent comme fin le dépassement de la propriété bourgeoise en propriété socialiste. Seuls ceux qui ont embrassé un nouveau bernsteinisme et défendent la thèse que le mouvement est tout et la fin rien – et qu'on ne peut ni ne doit rien dire sur une société socialiste, mais attendre que quelque chose émerge des contradictions seules de la société – peut éluder la référence à cette expérience. Mais les contradictions du capitalisme, comme Walter Benjamin en avait bien l'intuition, ne mènent pas inévitablement au socialisme, et sans l'action consciente et organisée, dirigée vers une fin, peuvent mener à la destruction de la civilisation: socialisme ou barbarie.



La pire conséquence de l'idéologie de la fin des idéologies et de l'élimination de l'histoire communiste est le total obscurcissement des perspectives de transformation future de la société. La tactique, dans un présent sans histoire, sans passé et sans futur, est devenue le pain quotidien d'une bonne partie du personnel politique ex-communiste ou pseudo-communiste. A bien y regarder, ce n'est rien d'autre que l'apologie du capitalisme existant. La couverture de l'oubli qui recouvre l'histoire ouverte avec Octobre vise également – et surtout – à cela: pas seulement à régler ses comptes avec l'histoire communiste, mais surtout à éluder la question de la perspective communiste. La classe politique nihiliste ex-communiste ou pseudo-communiste n'est pas en mesure et ne veut pas aller au-delà de la tactique quotidienne.



Étudier Octobre – et le rappeler aujourd'hui, comme nous l'avons expliqué, ce n'est pas chercher à agiter des drapeaux mais à construire une science communiste pour la construction d'une société socialiste – nous permet au contraire de penser et d'agir stratégiquement, sans élever la tactique en une fin en soi.



Penser en termes stratégiques et pas seulement réactifs. Ce qui nous manque aujourd'hui, ce dont nous avons besoin, cela nous conduit aujourd'hui à commémorer ce grand tournant de l'histoire que fut le 1917 russe. La grandeur de nos maîtres – de Lénine en premier lieu – est d'avoir su placer tout choix tactique à l'intérieur d'une grande perspective, mettant au premier plan la question stratégique. Penser stratégiquement signifie construire les conditions pour que ce soient les communistes qui fixent le terrain sur lequel poser les grandes questions. Réagir, répondre aux attaques et aux provocations de l'adversaire est juste et méritoire, mais la seule réaction ne nous fait pas accomplir le bond qualitatif dont les communistes ont aujourd'hui plus que jamais besoin. L'ordre du jour du monde, des grandes questions culturelles d'importance stratégique, ce ne sont pas les autres qui doivent nous l'imposer, mais c'est aux communistes de le fixer.



Commémorer aujourd'hui Octobre signifie alors penser stratégiquement pour la recomposition et la relance à l'échelle mondiale du mouvement communiste. Un élément important pour cette pensée stratégique est la construction, en coordonnant les forces et les intelligences, capables de lire notre histoire et d'analyser les contradictions mondiales et leur développement, en pensant la révolution, ce qui signifie isoler dans les contradictions de l'impérialisme les prémisses non seulement d'une résistance des peuples aux agressions, mais aussi de la possible transformation de la guerre en révolution, de la résistance nationale en transition socialiste. Commémorer aujourd'hui Octobre signifie passer de la résistance réactive à la « résistance stratégique ». On ne peut pas être seulement « anti »: anti-capitalistes, anti-fascistes, anti-impérialistes. Octobre russe ne fut pas seulement contre la guerre, « pacifiste », elle ne fit pas seulement la « guerre à la guerre », mais a transformé la guerre en révolution sociale.



Penser stratégiquement signifie savoir se doter aujourd'hui également des instruments culturels pour la transformation socialiste au XXIème siècle. Nous ne regarderons pas l'histoire du communisme du XXème siècle comme un témoignage du passé à sauvegarder des intempéries et intempérances des nouveaux barbares, comme les moines coptes qui sauvaient les trésors perdus des classiques antiques, mais comme une mine précieuse, un trésor d'expériences dont on peut apprendre, un patrimoine d'inestimable valeur où doivent s'immerger les racines de notre identité et de notre avenir. Nous ne vivrons pas ainsi plongés dans la tactique quotidienne d'un présent sans histoire, mais dans la perspective stratégique de la construction des conditions de la révolution, qui se trouve dans les choses actuelles.

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 13:27

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Communiqué du Parti communiste libanais repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Le Parti Communiste libanais a publié, à l'occasion du 88ème anniversaire de sa création, le communiqué suivant adressé au peuple libanais, spécialement aux Communistes :

Libanaises, Libanais,

 

Le 88ème anniversaire de la création du PCL coïncide cette année avec de grands dangers qui menacent notre pays dans son unité et peuvent l'entrainer, si nous n'y prenons pas garde, dans le cercle vicieux de la violence basée sur les divisions confessionnelles abhorrés.


En effet, depuis l'assassinat du général Wissam El Hassan, chef de la division de l'information au sein des FSI, les deux parties de la classe dirigeante, surtout les représentants des forces du 14 mars, cherchent toute sorte d'opportunités afin de déstabiliser « la partie adverse », s'appuyant pour y faire sur les divisions confessionnelles qu'ils avaient déjà utilisées afin de renforcer leur régime et d'augmenter leurs parts et leurs intérêts. Tandis que ceux qui se trouvent aujourd'hui au gouvernement ne font rien pour atténuer la crise sociale qui sévit, bien au contraire, ils renforcent cette crise et, en même temps, se désintéressent de la sécurité des Libanais, ouvrant les portes de la patrie aux vents des guerres qui nous viennent des régions alentour.


Libanais, Camarades,


Les gens du régime tentent de remettre notre pays dans l'œil du cyclone. Ne peut-on voir dans les événements des derniers jours, à Beyrouth, Tripoli et tout le long de la route côtière, du Nord au Sud, une tentative de remettre en avant les projets visant à émietter le territoire national et à diviser le peuple ? Ce qui veut dire en clair la liquidation du Liban et la transformation du peuple libanais en une multitude de groupes confessionnels ?


N'avons-nous pas appris des quinze années de guerre civile, entrecoupée de plusieurs agressions israéliennes et multinationales, que la division ne peut que mener notre pays à la mort et nos concitoyens à la désespérance et à l'émigration ? N'avons- nous pas assez payé de notre vie et avons-nous oublié si rapidement que notre résistance et notre unité, il y a trente ans, ont pu libérer notre pays ; bien plus, elles ont créé un exemple suivi par les peuples arabes.


C'est pourquoi nous nous adressons aujourd'hui à vous, pour vous demander de refuser tout appel à la division lancé par ceux qui veulent nous diviser pour asseoir leurs pouvoir et leurs privilèges.


Nous vous appelons à l'unité afin de préserver la paix civile.


Nous vous appelons à faire front commun contre les comploteurs et ceux qui propagent le terrorisme et la mort, de créer une unité populaire solide basée sur un programme de changement radical revalorisant l'esprit du « Front de Resistance patriotique libanaise ». Un programme ayant pour fondement les reformes politiques nécessaires visant à mettre fin à l'Etat des quotas confessionnels et préparant notre avancée vers un Liban souverain, indépendant, démocratique, arabe.


Ensemble nous bâtirons un pays où règnent l'égalité et la justice sociale.

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 13:19

arton18145-dd3b8.jpgIl est fondamental de replacer la mobilisation exemplaire du 25, 26 et 29 septembre en Espagne (25S Rodea el Congreso) |1| dans son contexte international pour évaluer les tensions sociales en cours dans un nombre croissant de pays pour les mêmes raisons : un déficit flagrant de démocratie permettant l’application d’une violente politique d’austérité, celle-ci conduisant à l’appauvrissement du plus grand nombre au nom d’une dette largement illégitime qui profite aux quelques autres.

Contexte international d’une lutte contre l’austérité qui tend à être commune

Peu de temps auparavant, le 15 septembre au Portugal, un million de personnes (10% de la population), dont au moins 500 000 dans la capitale, manifestaient dans tout le pays, soutenues par des représentants des forces de l’ordre et de l’armée, contre la troïka et ses funestes plans d’austérité. Face à la plus grande manifestation depuis le 1er mai 1974 après la chute de la dictature de Salazar, le gouvernement a dû revenir sur ses positions et revoir sa copie, en l’occurrence une hausse de 7% des contributions sociales des travailleurs (de 11% à 18%) - revenant à une baisse de salaire effective - accompagnée d’une baisse de 5,75% des charges patronales (de 23,75% à 18%) |2|. C’est une victoire, bien qu’insuffisante, du mouvement social qui donne une idée de son potentiel émancipateur. Le 29 septembre, des centaines de milliers de personnes manifestaient à l’appel de la CGTP (Confédération Générale des Travailleurs du Portugal), principal syndicat du pays. Le 1er ministre Passos Coelho, surnommé ’Robin des Bois des Riches’ pour vouloir donner aux riches ce qu’il prend aux pauvres, devait trouver où puiser l’argent afin de respecter les objectifs de réduction du déficit public (à 4,5% du PIB l’an prochain) imposés par les créanciers. Après avoir informé la troïka, le ministre des finances, Victor Gaspar, annonçait une hausse brutale et généralisée des impôts sur le revenu en 2013 qui frappe de plein fouet les pauvres et la classe moyenne déjà durement malmenée. « Le même vol avec une autre main » résumait-on au sein de la gauche de la gauche et des mouvements sociaux. En réponse, un nouvel appel à la grève générale est annoncé pour le 14 novembre |3|.

En Italie, le secteur public se met en grève le 28 septembre contre les coupes budgétaires du gouvernement du premier ministre Mario Monti arrivé au pouvoir sans élection en novembre 2011 pour appliquer l’austérité. Austérité qui, selon les marchés, n’était pas mise en place assez rapidement par son prédécesseur Berlusconi, empêtré dans ses fameux scandales de corruption… Arrivé au pouvoir fin 2011, l’ex consultant pour Goldman Sachs Mario Monti |4| a imposé des coupes claires de 30 milliards (décret Salva Italia), la récession de l’économie italienne s’est accentuée alors que les salaires dans la fonction publique sont déjà gelés depuis plus de deux ans, le taux de chômage a atteint 10,7% de la population active en juillet et Monti a pour la première fois déclaré le 27 septembre qu’il serait prêt à rester à la tête du gouvernement après les élections législatives prévues au printemps 2013 si le scrutin ne débouchait pas sur une majorité claire. Une normalisation d’un exercice du pouvoir sans élection qui reviendrait à l’achèvement d’une démocratie mourante, autrement dit, une déviance dictatoriale.

En Grèce, le 26 septembre, le nouveau gouvernement de coalition d’Antonis Samaras soumis à la troïka (Union européenne, BCE, FMI) a vécu sa première grève générale de 24 heures, la troisième depuis le début de l’année. Le nouveau paquet d’austérité draconien que la coalition gouvernementale devait présenter à la troïka est finalement en passe d’être accepté après plus de deux mois de tractations. Il vient s’ajouter aux trois autres plans déjà adoptés par le parlement grec depuis le début de la crise. Les négociations butaient entre autres sur un nouveau relèvement de l’âge du départ en retraite, à 67 ans au lieu de 65 |5|. La Grèce est sommée d’économiser 11,5 milliards d’euros supplémentaires pour 2013-2014 afin de débloquer la prochaine tranche de 31,5 milliards d’euros du prêt UE-BCE-FMI de 130 milliards d’euros promis à la Grèce en mars. Ces mesures iniques imposées par les créanciers ont plongé la Grèce dans sa cinquième année consécutive de récession avec un taux de chômage à 25% qui a plus que doublé en deux ans (54,2% des jeunes entre 15 et 24 ans sont sans emploi et le taux de chômage de la population active atteint 25,1% en juillet 2012). Complètement soumise au diktat des créanciers, la coalition au pouvoir espère obtenir un délai supplémentaire de deux ans (à 2016) pour parvenir aux objectifs imposés initialement pour 2014. La nouvelle grève générale (la 4ème de l’année et la 2ème contre pour le gouvernement actuel) du 18 octobre, coïncidait avec la fin d’une mission de la troïka sans parvenir à un accord sur les mesures d’austérité pour débloquer le prochaine tranche de prêt.

Pendant ce temps, le ministre du Développement, Konstantinos Hatjidakis, vient d’annoncer début octobre que l’État venait d’allouer 28,9 millions d’euros à la construction d’un circuit de Formule 1 dans le sud-ouest du pays (à Fares). Un tel chantier, dont le coût total est estimé pour le moment à 94,6 millions d’euros et devrait durer trois ans, a de quoi exaspérer une population qui continue à se saigner pour rembourser une dette en partie causée par le déficit abyssal (9 milliards d’euros de déficit) généré par l’investissement astronomique pour les Jeux olympiques de 2004 |6|.

Le 9 octobre, 7 000 policiers et tireurs d’élite transformaient Athènes en ville interdite lors de la venue d’Angela Merkel. Ce même jour on célébrait la commémoration des morts tombés sous le bombardement de la ville par l’Allemagne nazi en 1944, 3 jours seulement avant la libération. L’occupation nazi a ruiné le pays et affamé son peuple (300 000 morts lors de l’Occupation) et l’Allemagne n’a toujours pas remboursé sa dette de guerre envers la Grèce. Pour le peuple grec qui vit aujourd’hui une occupation économique, c’est un lourd symbole de recevoir la visite de la chancelière allemande un 9 octobre. Dans un tel contexte, souvent omis dans les médias dominants, on comprend qu’une partie de la population grecque n’hésite pas à assimiler la politique d’austérité allemande à la naissance d’un ’quatrième Reich’. Ce même jour, le quotidien britannique The Guardian publiait les témoignages de plusieurs dizaines de manifestants antifascistes affirmant avoir été victimes de tortures infligées par la police après leur arrestation lors d’une manifestation contre le parti néo-nazi grec, l’Aube dorée |7|. Quelques jours plus tard, un officier de police affirmait que la police était infiltrée par ce parti fasciste |8|.

En France, François Hollande qui dégringole dans les sondages impose, sans référendum ni consultation, le Pacte budgétaire européen, véritable traité de l’austérité à perpétuité, qu’il avait promis de renégocier. Le 30 septembre, près de 80 000 personnes défilent dans les rues de Paris contre cet acte de trahison notoire |9|.

Le même jour en Belgique, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Bruxelles contre les politiques antisociales d’austérité prévoyant près de 14 milliards d’euros d’économies afin de réduire le déficit budgétaire à moins de 3% du PIB contre 3,8% en 2011. Le royaume de Belgique s’enfonce lui aussi dans l’austérité alors que les banques privées sont sauvées quel qu’en soit le coût : en Belgique, les sauvetages bancaires ont provoqué une augmentation de la dette publique de 32,5 milliards d’euros. En guise d’exemple, le groupe bancaire Dexia accusant des pertes astronomiques est sauvé par les contribuables pour la 2ème fois en octobre 2011 alors que des bonus indécents sont distribués aux dirigeants.

Plus loin, les étudiants chiliens, en lutte depuis mai 2011, descendent à nouveau dans la rue le 27 septembre à la veille du débat parlementaire sur le budget prévisionnel de 2013 pour réclamer une hausse du budget de l’éducation. Les étudiant-e-s réclament un changement constitutionnel dans le cadre d’un système éducatif héritier de la dictature de Pinochet (1973-1990) qui a introduit le secteur privé et réduit les ressources publiques destinées à l’enseignement. Après un nombre infini de manifestations réclamant une éducation gratuite et de qualité pour toutes et tous, le gouvernement conservateur de Sebastián Piñera semble fléchir. Il a finalement promu une loi visant à ramener de 6 à 2% les intérêts sur les prêts que les étudiants devaient s’engager à payer au système bancaire pour financer leur carrière |10|. Il a par ailleurs envoyé un projet de loi au Parlement afin d’augmenter le budget de l’éducation de 1200 millions de dollars (soit 9,4% d’augmentation pour atteindre 12,8 milliards). Cette victoire, dont il faudra vérifier la portée, fait écho à celle du mouvement étudiant au Québec qui, après 7 mois de lutte, a réussi à faire annuler l’augmentation disproportionnée de 75% des frais de scolarité et la loi répressive, dite loi 78, durement contestée.

Le 12 octobre, après Barack Obama en 2009, l’Union européenne recevait le prix Nobel de la paix. Cette Union dont la construction repose sur des politiques ultra libérales appliquant l’austérité pour les peuples et creusant toujours plus l’inégalité, fragilise grandement la paix sociale. Ironie de l’histoire, l’organisation militaire de l’OTAN applaudissait la remise du prix. L’Union européenne, dont la Commission - accompagnée de la BCE et du FMI - forme la tristement célèbre troïka, ne fait qu’approfondir les problèmes après 20 sommets dédiés à la résolution de la crise tout en appliquant l’austérité. Cette Union s’apprête à ratifier le traité européen MES (Mécanisme Européen de Stabilité) qui dérobe toute souveraineté à chaque État membre et porte un coup fatal à notre démocratie chancelante. Hasard du calendrier, le lendemain 13 octobre, des milliers de personnes manifestaient dans toute l’Europe |11| et au delà contre la dette et les plans d’austérité dont l’UE supervise l’application.

En Europe, un front uni et coordonné des luttes contre l’austérité est nécessaire et urgent. Partout les peuples se rebellent contre cette attaque sans précédent contre la démocratie. Cette atteinte à la souveraineté portée à son paroxysme par le MES, le Pacte budgétaire ou le changement constitutionnel prévoyant la priorité au remboursement de la dette, soulève l’indignation et la révolte. Seule l’union des mouvements populaires contre la troïka des créanciers et les banques privées pourra faire fléchir cette politique qui ne fait qu’accentuer le transfert de richesse du travail vers le capital. Cette lutte devient urgente si l’on ne veut pas voir le fascisme ramper à nos portes et s’autoproclamer unique alternative.

Jérôme Duval

 

http://cadtm.org/Contexte-international-du

Notes

|1| 25S. Le peuple debout face à la démocratie séquestrée, http://cadtm.org/25S-Le-peuple-debout-face-a-la

|2| Un des mots d’ordre était « Que se lixe a troika » (Que la Troïka dégage). Lire Rui Viana Pereira, Portugal : un million de révoltés dans la rue le 15 septembre 2012 contre la Troïka et le gouvernement, http://cadtm.org/Portugal-un-million-de-revoltes

|3| Cet appel à la grève générale devient international et est aussi suivi en Espagne, de grosses manifestations sont prévues un peu partout en Europe.

|4| Goldman Sachs, sans doute averti du risque sur la dette souveraine par son ancien Conseiller pour les affaires internationales Mario Monti, a « réduit son exposition sur les titres de la dette italienne de 92% (de 2,5 milliards de dollars en mars 2011 à 191 millions au 30 juin 2012) ». Chiara Filoni, Italie. L’imposture de Mario Monti, http://cadtm.org/Italie-L-imposture-de-Mario-Monti.

|5| L’accord Grèce-troika tient à 2 ou 3 milliards, L’Echo, 19 septembre 2012 : www.lecho.be/actualite/economie_politique_europe/L_accord_Gr...;?ckc=1

|6| Bloomberg, 01/10/2012, Greece Unblocks Subsidy for Formula 1 Track Construction, http://www.bloomberg.com/news/2012-10-01/greece-unblocks-sub...;; Athènes débloque 30 millions d’euros pour un circuit de F1, L’Expansion, 3.10.2012, http://lexpansion.lexpress.fr/economie/athenes-debloque-30-m...;; www.huffingtonpost.fr/2012/10/01/grece-formule-1-circuit-pat...

|7| ’Greek anti-fascist protesters ’tortured by police’ after Golden Dawn clash’, The Guardian, 9 octobre 2012, http://www.guardian.co.uk/world/2012/oct/09/greek-antifascis...

|8| ’Golden Dawn has infiltrated Greek police, claims officer’, The Guardian, 26 octobre 2012, http://www.guardian.co.uk/world/2012/oct/26/golden-dawn-infi...

|9| Le traité budgétaire européen est finalement adopté par l’Assemblée nationale le 9 octobre.

|10| www.diario-octubre.com/2012/09/27/los-estudiantes-chilenos-v...

|11| Journée mondiale de mobilisation dans le cadre de la Semaine de lutte global contre la dette et les Institutions Financières Internationales à l’appel de Global Noise. Vidéo de la manifestation à Madrid : http://www.europapress.es/videos/video-cacerolada-multitudin...

 

URL de cet article 18145
http://www.legrandsoir.info/contexte-international-du-mouvement-social-pour-une-reelle-democratie-contre-la-dette-et-l-austerite.html
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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 13:14

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En précisant, ce matin sur les ondes d'Europe 1, dans le cadre de l'affaire Aurore Martin, que " la lutte contre le terrorisme ne doit souffrir d'aucune hésitation", le Ministre continue à laisser croire qu'Aurore Martin est une terroriste. C'est irresponsable et indigne d'un Ministre de la République.
Après avoir déclaré dimanche (Sud Ouest), « je fais confiance à la justice espagnole pour traiter le cas d'Aurore Martin en tenant compte du fait qu'elle n'a pas de sang sur les mains », dès lundi matin, M.Valls s'est réveillé d'humeur belliqueuse.

Alors que le processus de paix est engagé, que le candidat François Hollande avait demandé à C.Guéant en juillet 2011 la clémence pour Aurore Martin, cet acharnement du Ministre de l'intérieur doit cesser. Il devrait prendre toute la dimension du très large rassemblement républicain qui demande le retour d'Aurore Martin dont le seul « crime » est la participation à des réunions publiques. Après un "mensonge d'Etat" sur les conditions de l'arrestation et de l'extradition, M.Valls devrait aujourd'hui changer de comportement. Il vient déjà de faire pire que la droite. Cela suffit, non ?

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 13:10

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Monsieur le Président


Vous avez reçu récemment le Premier Ministre de l’Etat d’Israël, Benjamin Netanyahou. Cela fait partie des échanges internationaux et je ne vous le reprocherai pas.
Mais, si Monsieur Benjamin Netanyahou est le représentant de l’Etat d’Israël, il n’est en rien le représentant des Juifs du monde à supposer qu’il existe un représentant des Juifs du monde, et il me semble important de le rappeler.

Monsieur Benjamin Netanyahou se permet d’appeler les Juifs de France à rejoindre leur "vrai" pays, l’Etat d’Israël. C’est indécent, et pour vous qui êtes le Président de la République Française, et pour les Juifs de France à qui il dénie le droit de vivre dans leur pays.
Mais ce qui est encore le plus indécent, c’est cette visite dans une école juive, Ozar Hatorah, de Toulouse sous prétexte de commémorer un attentant sanglant dont elle a été victime. Que le crime de Merah soit odieux et condamnable, cela ne justifie pas que le représentant d’un Etat étranger vienne, sous prétexte de commémoration, marquer son territoire et rappeler que tout ce qui est juif lui appartient.
Encore plus indécent le fait que vous l’accompagniez pour participer avec lui à ce qui n’est qu’une opération de marquage de territoire. Si Monsieur Netanyahou veut rencontrer les parents et les proches des victimes de l’assassinat de Toulouse, cela ne peut être qu’une visite privée. En l’accompagnant, vous acceptez le sens que Monsieur Netanyahou veut donner à cette visite : "cette école juive, parce qu’elle est juive, est une partie de l’Etat d’Israël" ; comme si c’était Monsieur Netanyahou qui vous recevait chez lui.
Et vous ajoutez à l’indécence en vous engageant, au nom de la France, à protéger la communauté juive de France, oubliant que le rôle de la France est de protéger ses ressortissants, tous ses ressortissants.
Votre philosémitisme, aussi sincère soit-il, a des relents délétères.

Et en reconnaissant le droit, pour le représentant de l’Etat d’Israël, de se présenter comme le représentant des Juifs du monde, vous confortez l’amalgame qui veut faire des Juifs des complices des crimes commis par l’Etat d’Israël contre les Palestiniens.

Je vous prie de recevoir Monsieur le Président de la République Français l’expression de ma colère et de mon amertume.

Rudolf Bkouche
membre de l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) et de IJAN (International Jewish AntiZionist Nerwork).

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