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Découvrez la playlist valentonrouge avec Francesca Solleville

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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 10:30

arton18130-8d83b.jpgDans ce monde que dominent la cupidité, l’égoïsme et la course effréné à l’enrichissement, la science et la technologie ont été détournées pour servir les minorités détentrices du Grand Capital qui inventent des armes funestes leur permettant de menacer, de détruire et de tuer pour mieux assoir leur domination afin d’accaparer les richesses des autres. Ils en sont arrivés même à dénier aux autres peuples le droit d’acquérir ces Sciences et ces Technologies.

On apprend que l’Armée américaine a testé récemment une nouvelle arme baptisée « CHAMP » (Counter-electronics High-Powered Microwave Advanced Missile Project). Il s’agit d’un missile qui émet des salves de micro-ondes permettant de rendre inopérant les équipements électroniques lorsqu’il est lancé sur une localité donnée. Il peut ainsi neutraliser toutes les installations fonctionnant par l’électronique. En somme, de nos jours, toutes les usines, tous les réseaux de distribution d’électricité et d’eau, toutes les administrations, les télévisions, les hôpitaux etc. Une « grande » invention du siècle qui permet par l’électronique de détruire ou de neutraliser les inventions électroniques sans distinctions. Keith Coleman, le responsable du programme CHAMP, précise, sûrement avec fierté, que cette « technologie marque une nouvelle ère, dans la guerre moderne », estimant « Dans un proche avenir, cette technologie pourra être utilisée, pour rendre les systèmes électroniques et les données d’un ennemi, inutiles, avant même l’arrivée des premières troupes ou des avions ». Encore et toujours pour la guerre et les destructions. Ils n’ont que cela comme morale ! Sommes-nous arrivés aux limites de la science pour entamer la phase de l’autodestruction ?

Au fond, est-ce vraiment utile ? N’est- pas stupide et insensé d’investir des sommes colossales pour des armes destructrices, sous le prétexte de défense, sachant de « l’ennemi » finira par acquérir cette technologie ? En peu de temps ! Et après ? Cette hantise à vouloir faire encore plus puissant, plus performant ne devient-elle pas un handicap, car source et cause à plus d’hostilité, plus d’incertitudes, plus de tentions interétatiques, plus de conflits, plus d’ennemis et plus de dépenses ? La problématique est que chaque arme nouvelle mise au point par une partie devait être rivalisée immédiatement par l’autre. Dès lors, une compétition infernale se déroule pour la possession, en quantité et en qualité, de plus d’armes possible. Une arme devient dissuasive et moyen de pression ou de suprématie quand on en garde le monopole le plus longtemps possible, cependant elle finit toujours, surtout de nos jours où il n’y a presque plus de secret, par devenir un facteur d’insécurité collective par sa généralisation inévitable ? Un petit exemple économique : Quiconque devient riche quand on lui donne un million de dollars, mais quand on en donne à tout le monde on crée un problème ; de l’inflation. C’est le cas de toutes les armes dites « dissuasives » créées jusque-là ! Que faire ? En inventer d’autres plus absurdes ? Faire assassiner les savants des autres, qui semble être le mode opératoire actuellement ? Le monde est arrivé à une phase historique de son évolution où personne ne peut avoir ni le monopole, ni la tutelle sur quoi que ce soit !

Comme à toute action répond une réaction, les choses ne sont pas simples, le monde n’est pas figé, l’être humain n’est pas amorphe ou stupide.

On croit toujours être le plus fort en inventant des techniques, procédés et armes plus performantes que l’adversaire dans l’objectif de le dominer, mais l’on omet toujours, dans cette volonté, la réplique de l’adversaire qui arrive toujours, surtout à notre époque, à acquérir très rapidement ces moyens pour les retourner contre l’adversaire. Il s’agit de choses scientifiques accessibles. Quand une idée se concrétise, il est facile de la reproduire. Au final, il s’agit d’inventions coûteuses qui seront, en peu de temps, à la portée des concernés visés ; et donc inutiles, car ne permettant pas d’atteindre les objectifs souhaités. Mieux, chez celui qui reproduit jaillit, en lui, l’idée de l’innovation, la sophistication du produit avec moins de temps et de moyens que l’inventeur « d’origine » ! Bref en croyant inventer des choses pour agresser et dominer les autres on n’a fait, en réalité, que leur lancer un boomerang ! Tout ce qui a été inventé comme arme dans le monde depuis l’antiquité a fini par être à la portée de tous, tôt ou tard. De nos jours, très tôt, parfois aussitôt que l’inventeur commence son application ou sa démonstration sur le terrain. La dernière preuve est le drone ‘secret’ américain, le RQ 170 de récente technologie, détourné par l’Iran et… certainement reproduit. « À malin, malin et demi » dit-on. On trouve, en effet, toujours plus habile que soi ; quelle que soit notre force !

Les Occidentaux, en particulier les américains dépensent toujours plus dans l’armement en se justifiant par des raisons sécuritaires. Ce principe de sécurité qui guide et détermine leurs programmes militaires sous les titres entre autres « bouclier anti-missiles » et de « satellites espions » traduit, en fait, une crainte abyssale quant à la nature de la réaction de ceux qu’ils ne cessent de menacer ou d’agresser. Que de « traités » de « conventions » et autres pour rassurer, atténuer les tensions et inquiétudes, mais ils restent insuffisants car volatiles devant les tentations et les appétits voraces des trusts.

La sécurité s’assure par la bonne volonté et les bonnes actions et non par les provocations, les hostilités ou les ‘guerres’ par satellites interposés.

La sagesse aimerait que les centaines de milliards dépensés soient utilisés pour le bien de l’humanité et non pour sa destruction ! « La véritable force commence par la sagesse. » (Jean Van Hamme).

 

DJERRAD Amar

 

 

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http://www.legrandsoir.info/de-l-arme-nucleaire-au-champ-la-technologie-au-service-de-la-frayeur-et-de-la-destruction.html
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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 10:21

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Pour la première fois, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s'est entretenu avec le président de la République française, François Hollande, mercredi 31 octobre. Ce dernier ne s'est pas signalé par le passé, contrairement à son prédécesseur, par des prises de positions particulières sur le dossier palestinien. 

En 2011, le député François Hollande cosigne une proposition de résolution du groupe socialiste de l'Assemblée nationale enregistrée le 28 septembre qui :

"Constatant la paralysie du processus de paix engagé depuis 1991 entre Israéliens et Palestiniens et l’échec des tentatives de réanimation intensive du dit processus par la communauté internationale.

Constatant les capacités institutionnelles dont s’est dotée l’Autorité palestinienne.

Affirme que l’urgente nécessité d’une relance du dialogue entre parties suppose la reconnaissance d’un État palestinien, membre de l’ONU, sur la base des frontières de 1967 accordant à Israël des garanties de sécurité."

Cette proposition de résolution, sur un objectif contesté par Israël, découle de laposition adoptée trois mois plus tôt par le Parti socialiste, le 15 juin, beaucoup plus précise sur les contours d'un accord de paix et qui appelle de ses voeux la convocation d'une conférence internationale. Il s'agit d'une thématique défendue à l'époque par le président Nicolas Sarkozy à la fois pour surmonter le blocage entre les deux parties et tirer les leçons de la mécanique infructueuse des accords Oslo (1993) :

"La communauté internationale doit convoquer au plus tôt une conférence de paix sur le Proche-Orient afin de fixer les paramètres de l’accord de paix israélo-palestinien et les engagements de la communauté internationale en matière de sécurité, d’aide économique et de coopération avec la région.

Cette conférence devra régler les questions essentielles à la paix. La colonisation des territoires palestiniens doit cesser et la décolonisation doit être engagée. Sur la base des frontières de 1967, il appartiendra aux Israéliens et aux Palestiniens de procéder à des échanges égaux de territoires en vue d’établir les frontières définitives de l’Etat palestinien, de régler la question du statut de Jérusalem, qui a vocation à être la capitale des deux Etats, et la question des réfugiés. Pour faciliter la conclusion d’un accord de paix, l’Europe et la France, avec d’autres nations, notamment les Etats-Unis, doivent proposer de s’engager à assurer les garanties de sécurité nécessaires pour Israël, en aidant en particulier au contrôle de la frontière orientale du futur Etat palestinien, dans la vallée du Jourdain, par la création d’une force de protection internationale sous mandat de l’ONU. La France et l’Europe doivent également s’engager fortement et concrètement pour viabiliser la construction d’un Etat palestinien dont le développement sera un facteur de stabilité pour la région et de sécurité pour Israël."

Candidat à la présidentielle de mai 2012, M. Hollande résume dans sa 59 proposition(l'avant-dernière de son projet) ses idées sur le sujet :

"Je prendrai des initiatives pour favoriser, par de nouvelles négociations, la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine. Je soutiendrai la reconnaissance internationale de l’État palestinien."

La précision sur le partage de Jérusalem et la condamnation de la colonisation, susceptibles l'une et l'autre de heurter les autorités israéliennes, ne sont pas mentionnées. L'idée d'une conférence internationale, abandonnée finalement par M. Sarkozy face à l'hostilité d'Israël, disparaît également.

Une fois élu, M. Hollande s'en tient à des formules générales, comme lors de la conférence des ambassadeurs, le 27 août :

"La France considère - et ce n'est pas une position nouvelle - que la résolution du conflit israélo-palestinien reste la clef de la stabilité au Proche-Orient et ne peut s'accomplir qu'en reconnaissant aux Palestiniens le droit à l'autodétermination et en garantissant à Israël sa sécurité. Une solution durable du conflit israélo-palestinien passe par une paix négociée sur toutes les questions. Dans l'immédiat, je recommande aux autorités israéliennes de reprendre le chemin de la négociation dès lors que les Palestiniens ont levé bon nombre de leurs préalables."

A l'ONU, un mois plus tard, le président français en reste également aux généralités :

"La troisième urgence est de trouver enfin une issue au conflit israélo-palestinien. Le statu quo que nous connaissons n'est pas une réponse. C'est une impasse. La France, là encore, j'en prends l'engagement, contribuera de toutes ses forces à restaurer les bases d'une négociation devant déboucher sur la coexistence de deux Etats dont chacun sait bien qu'elle est la seule solution pour qu'il puisse y avoir une paix juste et durable dans cette région."

Par rapport à la 59ème proposition du candidat, la reconnaissance internationale de l'Etat palestinien, objet de la proposition de résolution 3779, disparaît à son tour. Désormais, les Palestiniens sont également invités à remiser tout préalable comme par le passé la demande d'un arrêt de la colonisation. Cela a été encore le cas mercredi à Paris.

Cette évolution réduit la position du président au strict minimum : le rappel d'une fin, les deux Etats, et d'un moyen, la négociation, soit un énième retour au "processus de paix" que de nombreux acteurs historiques de ce dossier, de l'Israélien Yossi Beilin à l'Américain David Aaron Miller, pour des raisons différentes, ne considèrent plus comme possible. La division du camp palestinien, la perte de crédit du "canal historique et habituel" des Français (Mahmoud Abbas et le Fatah) conjugués au raidissement israélien dans la perspective des élections de janvier 2013 semblent condamner la diplomatie française à l'attentisme.

 

http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/2012/10/31/hollande-et-la-palestine-du-volontarisme-a-lattentisme/

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 19:14

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 12:56

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http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2012-10-29-Au-Paraguay-le-changement-a

 

M. Federico Franco, qui occupe la présidence du Paraguay depuis le « coup d’Etat parlementaire » du 22 juin 2012 (1), ne perd plus une occasion de montrer qu’il va régulièrement à la messe : très proche des milieux catholiques conservateurs, il souhaite sans doute plaire au Vatican qui, avec Taiwan, est l’un des rares Etats du monde à avoir reconnu son gouvernement de facto.

S’imaginait-il toutefois que sa nouvelle ferveur serait source de tracas ? Le 6 septembre dernier, lors d’une cérémonie religieuse à laquelle assistait M. Franco, Monseigneur Melanio Medina — véritable symbole national de la lutte contre la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989) et ancien président de la Commission « vérité et justice du pays » — profite de son homélie pour critiquer les semences génétiquement modifiées, dont le Paraguay entend libéraliser encore davantage l’utilisation. M. Franco se lève et l’interrompt. A son tour, il prend la parole et se lance dans un « prêche » en faveur des organismes génétiquement modifiés (OGM), avant de justifier l’autorisation de nouvelles variétés sur les terres de la République. S’enflammant, il exige de l’évêque qu’il lui fournisse les preuves de la dangerosité de semences transgéniques, s’engageant à les faire interdire si les documents étaient concluants (2).

Quelques semaines plus tard, en France, l’équipe de Gilles-Eric Séralini de l’université de Caen publie son étude « choc » sur la nocivité de la variété de semences OGM de maïs autorisée au Paraguay. Indépendamment des critiques probablement légitimes formulées à l’encontre de ces résultats, cette publication n’aurait-elle pas dû conduire M. Franco à revenir sur sa décision de démanteler les organismes de contrôle paraguayens œuvrant dans ce domaine ?

Quatre mois après son acrobatique accession au pouvoir, M. Franco, mêlé à divers scandales, fait l’objet de nombreuses critiques. En cause, son népotisme — 27 membres de sa famille ont en effet été nommés à des postes-clés dans la fonction publique (3) —, mais également l’augmentation spectaculaire de sa fortune (+ 748 % en quatre ans (4)). Sur ce dernier point, le président putschiste a immédiatement riposté. Mais ses explications l’ont discrédité davantage : il a dû reconnaître avoir fourni de fausses informations dans sa déclaration de patrimoine (5).

Le gouvernement paraguayen se trouve actuellement isolé dans la région. Le conservateur espagnol Mariano Rajoy a même dû refuser sa participation au sommet ibéro-américain qui se tiendra à Cadix les 16 et 17 novembre prochain. Le chef d’Etat espagnol ne souhaitait pas froisser les pays de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), qui avaient menacé de boycotter le rendez-vous si M. Franco s’y rendait.

Ses soutiens en Europe, M. Franco se voit donc contraint de les trouver auprès de partis d’extrême droite, comme le Parti de la liberté autrichien (FPÖ), très actif au Paraguay où il multiplie les visites et les contacts depuis plus d’un an (6). Le 12 septembre dernier, son dirigeant, M. Martin Graf, s’est rendu dans le pays pour exprimer son soutien au président de facto, avant de verser 5 000 dollars aux familles des policiers tués lors de l’affrontement qui, le 15 juin 2012, a opposé des paysans (occupant des terres volées pendant la dictature de Stroessner) aux forces de l’ordre (17 morts, 11 paysans et 6 policiers) (7). M. Graf a comparé la situation du gouvernement du Paraguay avec celle de son pays en 2000, quand l’extrême droite avait fait son entrée au gouvernement. Vienne avait subi les sanctions diplomatiques de l’Union européenne.

D’autre part, bien qu’écarté du Marché commun du Sud (Mercosur) depuis le coup d’Etat, le Paraguay offre une tête de pont aux Etats-Unis au cœur d’un bloc régional qui, avec l’entrée du Venezuela, menace de s’émanciper. Des parlementaires paraguayens (ils sont pratiquement tous de droite) ont demandé l’installation d’une base militaire au nord du pays (Chaco paraguayen), à la frontière avec la Bolivie, le Brésil et l’Argentine (8)

Les bénéficiaires de la destitution de M. Fernando Lugo apparaissent de plus en plus clairement : les grands propriétaires terriens, qui craignaient la menace d’un mouvement de récupération des terres mal acquises ; les acteurs (nationaux et multinationaux) de l’agrobusiness, qui redoutaient l’augmentation de la taxe sur l’exportation du soja et souhaitent l’autorisation des nouvelles variétés d’OGM (au Paraguay, quatrième exportateur mondial de soja, l’exportation de cette oléagineuse est actuellement taxée à hauteur de 1 %) ; et les partis politiques de droite (ainsi que leurs alliés à l’échelle internationale), qui avaient besoin de mettre la main sur l’exécutif afin de préparer les élections prévues au printemps 2013. « Bien que le gouvernement de Lugo n’ait pas été un gouvernement de gauche », estime l’analyste Hugo Richer, grâce à lui « la gauche a disposé d’une influence inédite » pendant quelques années au Paraguay (9). C’était déjà trop…

Les élections de l’année prochaine s’avèreront particulièrement difficiles pour les forces progressistes. Elles risquent d’arriver divisées puisque le Frente Guasu — la coalition de vingt partis et mouvements politiques qui avait porté M. Lugo au pouvoir — ne parvient pas à se mettre d’accord sur une candidature. Un candidat unique aurait déjà peiné à lutter contre une droite extrêmement puissante qui contrôle l’Etat, les médias et dispose de moyens suffisants pour acheter des voix (10). Si, de surcroît, la gauche se déchire…

 

 

(1) Lire «  Coup d’Etat au Paraguay  », La valise diplomatique, 23 juin 2012.

(2) Scène rapportée dans «  Franco interrumpe homilía para responder a críticas de obispo sobre uso de transgénicos  », Ultima Hora, Asunción, 6 septembre 2012.

(3) Cf. «  Un total de 27 familiares de Federico Franco ocupan cargos públicos  », El Mundo, Madrid, 17 septembre 2012.

(5) Cf. «  Franco admite que falseo datos y no consigue justificar 645 mil dólares  », Ultima Hora, 16 octobre 2012.

(6) Cf. «  Oh, wie schön ist Paraguay  », Profil, Vienne, 22 février 2012.

(7) Lire «  Paraguay, nouvelles manœuvres pour renverser le président  », La valise diplomatique, 22 juin 2012.

(8) Cf. «  Plantean como salida instalar una base militar de EEUU  », Ultima Hora, 5 septembre 2012.

(9) Hugo Richer, «  Seis preguntas y seis respuestas sobre la crisis paraguaya  » (PDF), Nueva Sociedad, n° 241, Buenos Aires, septembre-octobre 2012.

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 19:25

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Légende, cas d'une cantine sociale (« Deutsche Tafel ») en Allemagne



Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/





Une étude récente du Ministère du Travail allemand reconnaît officiellement l'aggravation drastique des inégalités dans le pays au cours des 30 dernières années, en particulier dans les deux dernières décennies.



L'étude, de 500 pages, intitulée « Richesse et pauvreté », montre que l'Allemagne est l'un des pays où le transfert de richesses du travail vers le capital a été le plus prononcé, générant des inégalités sociales atteignant un niveau inédit jusqu'alors



Ainsi, en seulement 20 ans, les actifs privés (le patrimoine privé) ont plus que doublé, passant de 4 600 milliards d'euros à 10 000 milliards.



Or, comme l'observe le correspondant du journal espagnol la Vanguardia, Rafael Poch, si l'on divise ce montant colossal par les 40 millions de ménages allemands, chacun recevrait une petite fortune de 250 000 euros.



Cependant, on ne parle pas de redistribution mais bien au contraire une concentration croissante. Dans le détail, les statistiques fédérales, pour 2008, montrent que 53% des actifs privés étaient entre les mains de 10% des allemands les plus fortunés. Les 46 autres % du patrimoine privé sont détenus par 40% de la population, tandis qu'il ne reste qu'1% des actifs pour la moitié des allemands.



Dix ans auparavant, en 1998, la moitié la plus pauvre de la population possédait encore 4% des actifs privés et les 40% de la population juste au-dessus,, 52% des richesses. Dans la période suivante, seuls les 10% les plus riches sont parvenus à accroître leur richesse, au prix de la paupérisation de l'immense majorité de la population.



Cette évolution s'est poursuivie, selon ce que révèlent les chiffres de 2011, on constate que les 10% les plus riches détiennent déjà 66% du capital.



Mais même parmi cette minorité, les différences sont abyssales. Ainsi, seulement 0,1% de la population de plus de 17 ans contrôle 22,5% des actifs, 0,9% détient 11,3% de la richesse et les 9% les plus riches restants se répartissent 30% du capital.



La partie intermédiaire (40% de la population) a vu sa part se réduire à 32% de la richesse tandis qu'il ne reste plus que 1,2% pour l'autre moitié de la population.



Gel des salaires, explosion des profits



Pour certains hommes politiques et observateurs, cités dans ce même journal, l'aggravation des inégalités ces dix dernières années est la conséquence d'une politique de gel des salaires, au même moment où les profits des grandes entreprises ont plus que doublé.



L'intensification de l'exploitation fut, en grande partie, actée par l'ensemble de lois connues sous le nom de Hartz IV, qui défendaient une politique de bas salaires et la généralisation de la précarité du travail. Dans le même temps, les revenus les plus élevés bénéficiaient d'exonérations fiscales depuis le début du siècle.



Les entreprises, par exemple, ont vu leur taux d'imposition baisser de 51%, à l'époque du conservateur Helmut Kohl, à 29,6%(dans les faits 22%), au moment des coalitions social-démocrates/verts (1998-2005).



Le résultat est visible : si dans les années 1980 l'Allemagne était un des pays avec le pourcentage le plus faible de bas salaires (14%), aujourd'hui, le taux d'emplois précaires, toujours mal payés, s'élève à 25%, comparable aux chiffres relevés aux États-Unis.



Avec ces politiques favorables au capital, les femmes sont les premières à souffrir. Des chiffres récents issus des statistiques fédérales indiquent que, en Allemagne, les femmes gagnent en moyenne 22% de moins que les hommes, la différence étant plus forte encore dans les postes de direction, où elles gagnent un tiers moins que ce que gagnent les hommes, et moins perceptible dans les emplois administratifs non-qualifiés, où la différence est de 4%.



Les soupes populaires connaissent pas la crise



Les chiffres officielles indiquent l'existence en Allemagne de 13 millions de pauvres, mais cette couche de la population augmente de jour en jour, comprenant chômeurs, personnes âgées, mais aussi travailleurs précaires, dont les salaires ne leur permettent pas de vivre et les contraignent à avoir recours à des organisations de bienfaisance.



Une de ces organisations, Deutsche Tafel, a révélé que ses centres ont déjà aidés 200 000 personnes dans le besoin en plus cette année, par rapport à 2011.



La même organisation affirme qu'au moins 1,5 million de personnes qui fréquentent les cantines sociales en territoire allemand.



La Deutsche Tafel a plus de 20 années d'activité, offrant gratuitement des produits alimentaires récupérés de restes de super-marchés et de boulangeries.



Selon son président, Gerd Häuser, « la politique de lutte contre la pauvreté a été un échec en Allemagne ». Aujourd'hui, « avoir un travail ne signifie plus être protégé contre la pauvreté ».

 

Source: Avante, organe du PC Portugais

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 19:15

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Le langage se nourrit d’expressions toute faites, d’expressions qui figent ou orientent la pensée et font des locuteurs des handicapés conceptuels : « forces vives », « opinion publique », « insécurité », « fracture sociale ». Boudieu disait qu’elles étaient « sémantiquement à peu près indéterminées, banalisées et polies par l’usure d’un long usage automatique, qui fonctionne comme des formules magiques. »


Comme l’expliquait Umberto Eco, les humains ont inventé le langage pour dire ce qui n’est pas là. Quand je susurre au téléphone à quelqu’un : « je pense à toi », le seul mot qui renvoie à une réalité vraie, c’est « je ». En effet, rien ne dit qu’à ce moment précis je « pense », ni que je pense à « toi ». À partir de là, tout est possible : un arriviste raciste allemand peut se qualifier de socialiste alors qu’il est le pantin des banques et des grands conglomérats de son pays. Un général très étoilé peut montrer au monde entier une capsule de « poison mortel » alors qu’il tient dans la main de la poudre de perlimpinpin. Et puis un surdoué de l’écriture peut aussi nous raconter l’histoire d’un pauvre type qui « dort » dans un « val ».

En 2009, une équipe d’universitaires a mis au point un Lexique Usuel Critique de l’Idéologie Dominante Economique et Sociale pour l’Institut d’histoire sociale de la CGT dans lequel elle analysait les mots et expressions forgés ou détournés par les idéologues et les politiques au service de la finance et des entreprises multinationales. Je reprends ici quelques exemples de mots qui nomment les maux.

Il faut s’« adapter ». C’est en 1964 que l’économiste François Perroux a élargi l’emploi de ce terme aux différentes composantes de l’activité économique qui ne fonctionnent bien que dans « l’adéquation aux besoins de tout en constante évolution. » Certains syndicats, comme la CFDT, se sont adaptés à cette adaptation : « le monde change, changeons le syndicalisme », proclamait la grande centrale. Tandis que ceux qui persistaient à expliquer l’histoire de l’humanité par le biais de la lutte des classes devenaient des dinosaures qui disparaîtraient au profit de ceux qui acceptaient le capitalisme, la flexibilité (et sa forme plus douce, plus scandinave de « flexicurité ») etc. Ces dinosaures étaient bien sûr « archaïques ». Ainsi, la compromission de Bad-Godesberg de 1959 leur faisait horreur parce qu’ils s’accrochaient à des concepts tabous comme les classes sociales ou l’exploitation.


En serviteurs zélés du patronat français, les idiots utiles réclament jusqu’à plus soif la disparition des « charges » sociales (feignant en fait d’oublier qu’il s’agit de « cotisations », donc de salaire différé). Ce qui « charge » (du bas latin caricare) est un fardeau. Accoler l’adjectif « social » à ce mot, c’est évidemment remettre en cause la sécurité du même nom. Mais comme cela fait exactement trente ans que les responsables patronaux expliquent que les entreprises sont « exsangues », il est impératif que les charges baissent toujours plus.


Pour faire admettre cette aberration, il faut « communiquer ». La différence entre la communication et l’information est simple : lorsque j’informe, je m’adresse à toi, pour toi ; lorsque je communique, je m’adresse à moi, ma parole ne renvoie qu’à moi. Prosaïquement, faire de la com’, c’est déverser sa propagande, mieux, faire de la « pédagogie ». Disons : mentir. Autre détournement scandaleux car dans « pédagogie » il y a pais, enfant. Ce qui revient à dire que l’on prend le receveur de l’acte de parole pour un enfant.


Il n’y a pas si longtemps, l’école préférait les têtes bien faites aux têtes bien pleines. Aujourd’hui, on veut ces têtes « compétentes », « qualifiées ». La qualification est devenue individuelle, alors qu’autrefois elle était collective, définie par des négociations entre syndicats et patronat. Les compétences, dans un monde qui « bouge sans cesse » doivent aujourd’hui être constamment « validées » car le monde du travail est devenu instable, « précaire » même.

L’un des maîtres mots du capitalisme financier est « compétitivité ». Les socialistes au pouvoir en France – comme ceux des autres pays – l’ont repris à leur compte. Il a été traduit en 1960 du mot anglais « competitiveness », lui-même forgé au XIXe siècle pendant la révolution industrielle. Chez les idéologues dominants, « compétitivité » est devenu synonyme de baisse des « coûts » (le travail n’est pas un coût mais il a un prix) salariaux et sociaux. Peu importe que cette baisse entrave la demande, la consommation. Le capitalisme transnational trouvera toujours de nouveaux marchés et de nouveaux travailleurs à exploiter.


Les « partenaires sociaux » doivent rechercher le « consensus », un compromis « équilibré », le fameux « gagnant-ganant », le win-win anglo-saxon. Ah, ces gentils partenaires sociaux ! Brandis comme des drapeaux de la collaboration, d’une connivence de classe par la CFTC. Tant pis si le compromis débouche sur de la compromission. Le contrat sera préféré à la loi, ne serait-ce que parce que cette dernière est « édictée par une autorité légitimée », alors que le contrat oblitère les rapports de travail. Le contrat place le salarié dans un « rapport de subordination ». L’important reste la pratique du « dialogue social », une expression forgée dans les années cinquante. Le piège de cette pratique est double : « l’illusion d’une communauté de vouloir et l’inéluctabilité de l’entente ». Avec comme corollaire implicite qu’un vrai syndicat est celui qui signe (surtout après une négociation marathon).


La croissance est devenue un dogme. Lorsque Sarkozy prétend qu’il ira chercher « la croissance avec les dents », il ne précise pas de quoi cette croissance sera faite. Elle ne sera sûrement pas industrielle puisqu’on aura rarement vu autant de désindustrialisation que durant son mandat.


L’expression « plein-emploi » date de 1949 ; la notion de « sous-emploi » date de 1962. Le concept d’« employabilité » date de 1981, en provenance de Grande-Bretagne (via le Canada) où il était apparu dès 1926. Dès lors que le niveau global de l’emploi est inférieur à la demande d’emploi, les travailleurs sont en position d’infériorité et ils doivent accepter, outre la flexibilité, une vision de l’emploi déconnectée des conditions de la productivité. 60% des intentions d’embauche adressées à l’Urssaf sont des CDD de moins d’un mois. Depuis 2008, Pôle Emploi a pour mission d’« améliorer l’employabilité des personnes ».


L’un des fondements de la République française est l’égalité. Sous l’influence anglo-saxonne, il lui est préféré le concept d’équité, dont l’objectif est d’organiser la coopération sociale « selon des principes tenant compte des disparités existantes entre les membres d’une même société. » C’est dire que le principe de différence l’emporte sur le principe d’égalité. Les inégalités sont acceptables si elles permettent d’améliorer le sort des plus pauvres. Mais il ne convient surtout pas de penser que les inégalités ont quelque chose à voir avec l’exploitation.

Depuis quelques années, l’idéologie dominante tend à considérer le concept de fin de l’histoire comme une patate chaude. Elle est bien obligée, même si cette philosophie a eu la vie dure, de reconnaître que l’histoire se poursuit, que la lutte des classes est un processus continuel.


Dans un article du Monde Diplomatique de 2001, Bernard Cassen mettait en garde contre l’utilisation piégeuse du mot « gouvernance », un vieux mot français remijoté à la sauce libérale anglo-saxonne : « Si peu de citoyens ont une idée précise de ce qu’est cette fameuse « gouvernance », on ne fera pas l’injure aux décideurs de penser qu’ils emploient ce terme sans discernement. Une publication récente, mais on pourrait en citer des dizaines d’autres, atteste qu’il fait partie de leur bagage sémantique ordinaire. Ainsi le Conseil d’analyse économique créé par M. Lionel Jospin vient-il de publier en anglais un ouvrage tiré d’un colloque organisé conjointement avec la Banque mondiale - un partenariat qui met déjà la puce à l’oreille -, et dont la traduction littérale du titre est Gouvernance, équité et marchés globaux. On voit bien dans quel champ lexical se situe le concept...  » La gouvernance implique, dans un esprit responsable, l’acceptation du monde tel qu’il est, une gestion (un management ?) rationnelle, de bon sens, selon des procédures ad hoc, maîtrisées. La gouvernance présuppose l’accord de toutes les parties quant aux fondamentaux. L’un d’entre eux, et non le moindre, étant la logique du profit. Donc dans le cadre d’un État réduit à ses fonctions régaliennes et d’une Fonction publique allégée. La gouvernance est bonne fille car elle s’accommode des délocalisations « financières », des parachutes dorés, du suicide au travail (y a-t-il une différence entre le central téléphonique des années soixante et les centres d’appel d’aujourd’hui ?), des stock options et de la précarisation.


L’individu est le commencement et la fin de la philosophie du capitalisme financier. Margaret Thatcher fut le premier personnage politique à proclamer ouvertement que la société n’existait pas, et qu’il n’y avait que des individus. L’individualisme va donc s’opposer au primat de la société sur l’individu. Pour le dire un peu grossièrement : « c’est mon choix et je t’emmerde ». Les phénomènes collectifs seront expliqués par le biais des comportements individuels. Les champions de la légende individualiste seront l’entrepreneur, l’actionnaire qui prend des risques. Ils seront repérés dès l’école maternelle par des tests individuels. Dans leur vie, ils jouiront de la plus parfaite liberté, liberté économique principalement. Ils seront « modernes », des poissons dans l’eau dans la grande mer de la « mondialisation ».

En toute occasion, se prévaloir du « pragmatisme ». Cela nous vaccinera contre le cercle théorie/pratique cher à Marx. Un bon pragmatique n’a que faire de la spéculation, de la théorie, de la révolution. Il sera donc opposé à toute nationalisation, entrave à l’« économie réelle ». Il refusera d’aider les « canards boiteux » sauf s’il s’agit de banques, comme en 2008. Le Monde pourra alors se réjouir que « le pragmatisme l’ait emporté ». Le pragmatique s’en tient au « réel », aux « réalités ». Il s’opposera donc aux « irréalistes », comme ces cheminots français qui ne voyaient pas que leur régime de retraite était « le plus généreux du monde » (Le Point, 2 décembre 1995). Le prurit révolutionnaire (1789, 1830, 1848, 1870) revient à « fuir les réformes et les réalités » (Le Figaro, 1er décembre 1995). Mais ce faisant, comme disait le linguiste Benveniste, le réaliste « se réfère à une réalité qu’il constitue lui-même ».


Le pragmatique aime la « réforme », mais uniquement quand elle est à la sauce libérale. Autrefois « réformer » signifiait « améliorer progressivement » afin que les conditions de vie du plus grand nombre s’améliorent. Aujourd’hui, réformer revient à s’adapter aux exigences d’un marché qui, lui, est capable de se réformer tout seul, de s’« autoréguler ». Réformer l’hôpital, autrement dit fermer des unités de soins, est présenté comme une nécessité inéluctable, un devoir pour ne pas avoir à fermer – demain – davantage d’unités de soins. Il n’est plus besoin désormais de se demander si une réforme est bonne. Dès lors que ce terme est employé par les libéraux ou les sociaux-démocrates, c’est qu’elle est mauvaise.


Bernard GENSANE

http://bernard-gensane.over-blog.com/

René Mouriaux, André Naritsens (coordinateurs) : Lexique Usuel Critique de l’Idéologie Dominante Economique et Sociale, Paris, Institut d’Histoire Sociale, 2009. http://www.fnme-cgt.fr/pages/cahier_ihs.php?&id_art=101&...

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 19:11

arton18074-57b26.jpgPourquoi les métropoles européennes sont-elles pleines d’africaines et d’africains au regard hagard, au sourire contrit, désemparés – mendiant pauvrement, vendant à la tire, « bossant » durement, le balai à la main, la pelle au bout du bras, fouillant la benne à ordures derrière le restaurant ? Quel désespoir incommensurable a bien pu chasser ces êtres admirables hors de leur patrie ensoleillée – qu’ils apprécient tant ¬– et les pousser sur les chemins de l’exil pleins de périls pour aboutir sous le pont Mirabeau ?


Les migrants du Bounty ?


Pourquoi les métropoles européennes sont-elles pleines d’africaines et d’africains au regard hagard, au sourire contrit, désemparés – mendiant pauvrement, vendant à la tire, « bossant » durement, le balai à la main, la pelle au bout du bras, fouillant la benne à ordures derrière le restaurant ? Quel désespoir incommensurable a bien pu chasser ces êtres admirables hors de leur patrie ensoleillée – qu’ils apprécient tant ¬– et les pousser sur les chemins de l’exil pleins de périls pour aboutir sous le pont Mirabeau, sur la Grande Place, derrière le Parthénon, autour du Colisée, sur Piccadilly Circus et face au Reijks Museum ?

Leur exode risqué s’est amorcé il y a quelques années au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en RDC, au Burkina, au Kenya, en Somalie, au Mali ou au Rwanda, peu importe ; il a toujours débuté là où leur vie était menacée, puis par monts et par vaux, à pied, en car, en train ou en bateau, la longue caravane des déshérités s’est ébranlée laissant ça et là son tribut d’éclopés, d’affamés, d’épuisés, de morts vivants, dans le grand désert brûlant, sur les chemins de brousse mal famée, dans l’océan déchaîné jusqu’à Ceuta l’insolente, Tripoli la décadente, Alexandrie l’énigmatique ou Tunis la tragique.

Là, les derniers rescapés de ces sentiers de souffrance se feront offrir à gros prix par un passeur bandit de compléter la traversée du continent – de la faim – vers un illusoire paradis pour démunis où ils iront grossir les rangs des exclus de la prospérité tapageuse et surfaite. Nul ne sait encore sur ce rafiot de la mort qu’au bout de ce chemin de Calvaire sur les flots mortifères, la dernière épreuve sera d’être arraisonnée avant que d’être retourné sur leur chemin d’amertume !

Dans les pages qui suivent nous allons répondre à une question simple et complexe, à savoir : « Pourquoi tant d’immigrants africains affrontent le désert, l’océan et la mer, les garde-côtes et les passeurs tueurs pour migrer vers l’Europe ce continent de malheur ? ».

C’est que dans les pays africains de misère, où les compagnies minières pillent le minerai précieux et cher alors qu’elles n’abandonnent rien aux crève-la-faim, si bien qu’après avoir travaillé pour presque rien dans ces charniers d’enfer les fils de l’Afrique, s’ils n’y sont pas trépassé, entreprennent la traversée de la jungle, des savanes, des déserts, des barbelés, de la mer meurtrière afin d’aller gagner quelques deniers à expédier à la parenté restée sous le tir des troupiers et sous les bombes anti-personnel des terrassiers, ou sur la plantation de café-exporté, mal payé, ou au fond d’un trou de mine-assassine.


Le pillage du coltan


Nous ferons la démonstration de ce crime sanglant à partir de l’exemple du coltan. Le coltan (métal rare, indispensable à la fabrication de cellulaires et de téléviseurs) est extirpé des puits de mines artisanales en République Démocratique du Congo (80 % des réserves mondiales), puis, aussitôt exproprié et exporté vers les usines de transformation d’Europe, d’Amérique et surtout d’Asie (1).

C’est la transformation industrielle du minerai qui crée de la valeur et de la plus-value d’où les capitalistes tirent leurs profits industriels et marchands et l’État ses impôts et ses taxes (le kilo de coltan traité se vend 500 $ sur le marché). L’extraction minière du coltan rapporte très peu. Le salaire d’un mineur de la mort dans la province du Kivu (RDC) se situe entre 10$ et 50$ par semaine, ce qui est tout de même le quadruple du salaire congolais moyen (10$-50$ par mois). Un mineur extrayant en moyenne 1 kilo de coltan par jour, 7 jours par semaine, reçoit donc pour sa peine un salaire hebdomadaire médian de 35$ contre une production de 7 kilos x 500$ = 3 500$, soit un pourcent de la valeur de la marchandise. Vous croyez que l’Afrique reçoit sa juste part des richesses qu’on lui vole ?

Cessons de distribuer la charité aux africains mal-aimés. Cessons de leur prêter de l’argent pour s’endetter pour l’éternité et laissons-les bénéficier de leurs richesses continentales et ils seront prospères, croyez-vous ? Non évidemment ! Pourquoi ? Parce que tout dépend de quelle classe sociale s’approprie ces richesses privées ou collectives ! Nous y reviendrons plus avant.

Sachez qu’en moyenne chaque kilo de coltan coûte la vie à deux enfants mineurs au Kivu-Congo ravageur, peu importe la langue, l’ethnie ou la religion de ces jeunes souffre- douleurs. Ces enfants meurent sous les éboulis dans des mines artisanales délabrées. L’internationalisme de l’exploitation capitaliste sévit dans ce pays dans toute son ignominie.

Les troupes du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi – armées et financées par des multinationales des nouvelles technologies comme Apple, Nikon, Sony, Nokia, Ericsson et autres monopoles occidentaux – occupent la région du Kivu afin d’y exproprier le coltan exploité par de misérables flibustiers armés avec la complicité des généraux – seigneurs de guerre congolais, rwandais et ougandais. Le corsaire du coltan Laurent Nkunda, vous connaissez ? On en parle encore au journal télé (2). Le Premier Ministre canadien Stephen Harper a-t-il dénoncé ces magouilles lors de sa visite à Kinshasa récemment ? Aucunement !

L’échauffourée tribale et nationaliste n’est ici que le Gris-gris de pays conquis et des petit-bourgeois européens et américains aigris chantant le salut de la patrie par le sang des Partisans. La journaliste Belge Colette Braeckman constate ceci :

« A Kivu, une vingtaine d’avions chargés de minerais décollent chaque jour pour le Rwanda (qui selon l’ONU a empoché 250 millions $ de la vente de coltan NDLR). On peut y croiser des enfants qui travaillaient dans les mines et qui se sont échappés. Ils vous racontent comment ils se sont fait kidnapper sur le chemin de l’école. Tout le monde le sait, mais personne ne fait rien, même pas les Nations unies. Ce trafic ne va pas s’arrêter de sitôt. L’armée congolaise n’est pas efficace - c’est un héritage de Mobutu - et les généraux bénéficient aussi de ce business. Ils disent aller à Kivu pour faire la guerre, mais ils y vont aussi pour s’enrichir. Chaque faction, l’armée congolaise, les milices tutsies, etc. tous profitent de cette situation et n’ont pas intérêt à la changer. » (3).

En corolaire de ces salaires de misère, chacun se rappellera de l’assassinat de 34 mineurs Sud-africains – soi-disant libérés de l’apartheid – par la police raciste d’Afrique du Sud pour cause de grève ouvrière visant à hausser un salaire de 400 euros par mois tout compté. Ça s’appelle mourir de faim en peinant durement (4).

De tels salaires de crève-la-faim n’assurent même pas la reproduction élargie de la force de travail. En d’autres termes, plus l’ouvrier africain travaille et plus il s’approche de la mort par lente inanition. Ces salaires n’assurent pas non plus l’édification d’un marché national consistant sur lequel s’appuierait la bourgeoisie marchande locale pour assurer l’accumulation primitive du capital constant (CC) puis l’investissement en usines (CV) et le « Take off » capitalistique industriel moderne (5).

Il en résulte que dans la division internationale du travail induite par l’impérialisme occidental dominant (du moins jusqu’à présent), l’Afrique a toujours obtenu le rôle de fournisseur de matières premières. Au début, à titre de fournisseurs de bêtes de somme – esclaves valant moins que leur poids de céréales – puis fournisseur de bois précieux et de denrées alimentaires spoliés sur des plantations expropriées aux autochtones comptant pour moins que rien dans ce marché. Enfin, on assiste aujourd’hui à la spoliation des minéraux rares (dont le coltan), des pierres précieuses et du pétrole (10% des réserves mondiales) dont les peuples locaux ne tirent pratiquement aucun bénéfice.


Les pilleurs étrangers protégés par leurs serviteurs nationaux


Un service de garde chiourme des intérêts locaux des compagnies impérialistes étrangères (dont canadiennes) est assuré par une caste de prédateurs – rois nègres cravatés, généraux de carnaval en képi – entourés de meurtriers, de repris de justice et de corsaires déguisés en militaires – mis au service de clans négriers appointés par quelques grandes entreprises monopolistes – les dits monopoles miniers – solidement abouchés aux ambassades occidentales de leur pays d’origine affectées dans ces contrées saignées à blanc.

Tant que le président-nègre local accomplit correctement son travail d’adjudant et tant qu’il réfrène ses appétits de gourmand – n’espérant jamais devenir aussi gros que le bœuf de la fable – et tant qu’il sait embrasser la main qui le maintient sur son trône de paille – sa réélection « démocratique » est assurée. Que le goinfre noir prétentieux tente un jour de redresser l’échine et de s’affranchir de cette tutelle dominatrice ; qu’il manigance quelque nouvelle alliance avec une nouvelle puissance (pensons à Gbagbo en Côte d’Ivoire ou à Kadhafi en Libye ou à Kabila en RDC) et alors, les foudres de l’enfer « démocratique » de l’Occident hypocrite s’abattent sur le récalcitrant en tourment. L’élection hier encore « démocratique » est aussitôt invalidée par l’Élysée – la Maison Blanche – le 10 Downing Street ou le Reichstag allemand – la dite « communauté internationale » et l’opposant complaisant décrété gagnant sur-le-champ.

Le « démocrate » devient tyran, l’ami et l’allié d’hier devient usurpateur et les bombardiers et les drones téléguidés depuis les capitales occidentales fauchent soudainement les vies du peuple ainsi que le palais princier tout à coup outrancier après trente années tolérées au milieu de cette misère mortifère.

Un polichinelle d’un autre clan sera juché pour un temps sur le trône chambranlant – quelques criminels de guerre seront promus généraux d’opérette, les malfrats – garde – du corps de ce prétendant deviendront officiers d’intendance, chargés d’assurer la loyauté de ce nouveau métayer de la corvée présidentielle – qui consiste essentiellement à signer les décrets de prospection et d’exploitation des claims miniers, pétroliers et forestiers et les contrats d’achat d’armements afin d’assurer la reproduction élargie du pouvoir compradore soumis.


La petite et la moyenne bourgeoisie africaine « socialiste »


L’économie nationale des pays africains étant dominée et spoliée par les pays impérialistes occidentaux, la petite et la moyenne bourgeoisie nationale africaine, fragile et instable, n’a souvent pas grand accès aux prébendes, aux bakchichs, aux postes administratifs, gouvernementaux, judiciaires et militaires lucratifs, ni à la propriété foncière réservée à la grande bourgeoisie compradore. Ces fragments de classes sont donc aigris et menacés de paupérisation et d’éradication tout comme leurs cousins nord-américain et européen. La tentation est alors très grande pour ces sections de classes moribondes de lancer leur peuple dans la révolte aventurière sous le sceau frauduleux du « socialisme » – l’Angola, l’Algérie, l’Éthiopie sont de ces pays qui ont connu de ces guerres « populaires » pour assoir le pouvoir de charlatans et de leurs sectes de prétendants moyens et petits bourgeois. On sait aujourd’hui ce qu’il advint de ces tyrans pseudo-socialistes.

Parfois, le néo-colonisateur ne laisse pas assez à boire et à manger, pas suffisamment de prébendes alléchantes pour satisfaire tous les larbins locaux vainqueurs du précédent gouvernement si bien que le partage du butin devient source de conflits sanglants entre pirates intra-tribaux – intra-muros. C’est ce qui se produit en ce moment à Abidjan entre Ouattara l’adjudant et ses sergents d’apparat dont certains ont été abandonnés dans le caniveau au Ghana et au Burkina Faso d’où les assassinats récents à la frontière du domaine convoité et contesté. Le prolétariat n’a rien à faire de ces guerres entre hyènes et chacals.


L’AFRICOM mène la charge


Notez que les puissances impérialistes occidentales ne font pas confiance à cette engeance de larbins locaux pour maintenir l’ordre et le pouvoir de leur maître sur ces contrées convoitées. Aussi, les États-Unis ont-ils imaginé une superstructure militaire contraignante – L’AFRICOM – pour représenter ses intérêts dans la région – et pour embrigader, contrôler et entraîner ces va-nu-pieds déguisés en armée de métier. L’AFRICOM organise et supervise les efforts de guerre et de maintien de l’État de guerre permanente, d’extraction des ressources naturelles et de spoliation du travail salarié et de sa plus-value. Pour ne pas avoir accepté d’embrigader son armée dans l’agression en préparation au Nord du Mali le Président de Mauritanie a bien failli y laisser la vie. Il semble qu’après l’attentat à demi réussi, il ait enfin compris. L’attaque contre le Mali aura bien lieu, supervisée par l’AFRICOM et menée par la chair à canon régionale (6).

En 2007, le conseiller du département d’État étasunien, le Dr J. Peter Pham, a affirmé que les objectifs stratégiques d’AFRICOM consistaient à « protéger l’accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques abondantes en Afrique. [La] tâche [d’AFRICOM] consiste à protéger la vulnérabilité de ces richesses naturelles et s’assurer qu’aucune tierce partie comme la Chine, l’Inde, le Japon ou la Russie obtiennent des monopoles ou des traitements de faveur. (Nile Bowie, COVERT OPS IN NIGERIA : Fertile Ground for US Sponsored Balkanization, Global Research, 11 avril 2012.) (7).


Une solution aux problèmes africains ?


Par les temps qui courent, les peuples africains, loin de se reprendre en main et de mener à bien leurs luttes de libération contre la domination néocoloniale impérialiste, et surtout contre leur bourgeoisie compradore nationale organisée en castes autour de généraux – seigneurs de guerre complaisants – laissent plutôt tous ces vauriens offrir leur service d’homme de main aux différentes puissances hégémoniques.

Aujourd’hui en Afrique, certaines des anciennes puissances coloniales sont réapparues sur le devant de la scène, concurremment à leur allié et concurrent étatsunien, face à la Chine, nouvelle superpuissance ascendante. En 2012, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique devant les USA et la France. La Chine impérialiste a construit le siège social de l’Union Africaine, elle investit chaque année des milliards de dollars en projets routiers et ferroviaires. Elle exploite les mines et le pétrole et change la donne en construisant des usines – clés en main – en Éthiopie notamment, créant ainsi un prolétariat africain au Nord du Continent, complément au prolétariat de l’Afrique du Sud. Ce sont là d’excellentes nouvelles pour la classe révolutionnaire africaine qui voit ainsi grossir ses rangs (8). Si vous souhaitez combattre les sectes religieuses intégristes, construisez des usines en Afrique.

Voilà, résumées en quelques pages, les causes fondamentales du misérable exode africain vers l’hémisphère Nord. Les puissances impérialistes occidentales absorbant l’usufruit des ressources naturelles et expropriant une large part de la plus-value ouvrière et paysanne ainsi que les profits et les revenus des États croupions, il ne reste pratiquement rien pour la survie de ces pays. Aussi, plutôt que de se laisser mourir les africains suivent la trace de leurs richesses jusqu’au Nord de la Méditerranée.

Peut-on changer ce désordre des choses ? Oui, certainement ! Il revient aux ouvriers et aux employés, mineurs, travailleurs des champs, métayers et artisans de s’organiser en parti politique révolutionnaire indépendant de l’aristocratie bureaucratique locale, aussi loin que possible de la petite et de la moyenne bourgeoisie nationale – fuyant comme la peste les intellectuels hâbleurs et pédants – pour diriger leurs coups meurtriers visant à renverser les commettants locaux de la classe capitaliste monopoliste internationale (9).

______________________________________________

(1) L’exploitation du coltan http://www.umoya.org
http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_d%C3%A9mocratiq...

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_Kivu

(3) Colette Braeckman (2012). http://observers.france24.com/fr/content/20081112-coltan-min...

(4) Afrique du Sud (2012). http://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_%C3%A0_M...

(5) Robert Bibeau. La crise économique dans tous ses méfaits. (2012). http://les7duquebec.org/7-au-front/la-crise-economique-dans-...

(6) Exemple récent du coup d’État avorté en Mauritanie http://kassataya.com/mauritanie/vacance-du-pouvoir-qui-dirig...

(7) Julie Lévesque. (2012). Guerres secrètes des États-Unis en Afrique. http://www.mondialisation.ca/la-guerre-secrete-des-etats-uni...

(8) Vincent Gouysse. (2012). 2011-2012 : Reprise de la crise. http://www.marxisme.fr/reprise_de_la_crise.htm La Chine avance ses pions en Afrique.(2012). http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-c... La Chine en Afrique http://www.refletsdechine.com/apres-la-france-afric-la-chine...

(9) http://haratine.blogspot.fr/2012/04/la-bourse-des-esclaves.h... http://www.afrohistorama.info/ http://kassataya.com/mauritanie/vacance-du-pouvoir-qui-dirig... Le Parti Sadi. (2012). http://www.partisadi.net/2012/10/%c2%ab-faisons-payer-les-ri...

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 18:56

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Le journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

http://www.fakirpresse.info/Voyage-au-sommet-de-l-oligarchie.html

 

 

 


Après les Zones industrielles picardes, Megève. Après les prolos, la France de tout en haut – et son tournoi de polo. On y allait comme le chrétien part en Terre Sainte : dans l’attente d’une révélation. Ici, l’exploitation allait se montrer à nue. Ici, nous allions découvrir leur secret, on titrerait genre « Le Mystère des Riches enfin résolu ! » Mais c’est justement l’inverse : Megève fonctionne comme un masque. Cette ville offre un négatif de la vie qu’ils imposent aux autres, ailleurs…

« Ici, Norbert Dentressangle est en train de se faire construire un énorme chalet. Ça doit valoir dans les 5 millions d’€, même plus… Sur votre droite, on passe devant chez Filipacchi, l’ancien patron d’Hachette… De l’autre côté, vous avez Givenchy… Et dans les parfums toujours, Lindsey Owen Jones, l’ex-PDG de l’Oréal… Tiens, c’est la famille Pollet. Mais si, vous connaissez : La Redoute… De ce côté-ci, les Rotschild installent tout un complexe de grand luxe… »

Sur les hauteurs de Megève, dans sa Panda 4x4, Anne-Catherine (on a changé le prénom, elle tient à sa réputation) nous offre un tour de CAC 40, les résidences d’hiver des grandes fortunes. Elle les connaît bien. Parce qu’elle en est, à moitié : unique héritière d’une boisson gazeuse, cédée à un groupe japonais. Parce qu’elle leur en a vendu, surtout, des villas perdues dans la montagne.

« J’ai tenu une galerie de tableaux. Ils achetaient des tableaux, des tableaux de merde, des tableaux italiens, qui étaient moches… C’est là que j’ai découvert que, vraiment, y avait beaucoup d’argent. Ensuite, j’ai ouvert une agence immobilière, plutôt spécialisée dans le standing. Je m’étais trompé : de l’argent, y en avait pas beaucoup, mais beaucoup beaucoup beaucoup. Je me souviens d’un jour, à midi moins le quart, je vois arriver une voiture de location, avec un mec en imperméable tout crade, une grosse bonne femme :
“- Est-que nous pourrions voir trois quatre logements ?
- Revenez cette après-midi, je leur dis, je vous montrerai tout ça.”
Le soir, une amie, dans la concurrence, m’appelle : “T’as eu des clients vers midi, aujourd’hui. Tu les as mal reçus ?
- Oh c’était rien, des fauchés…
- Ouais, eh bien, tes fauchés, c’étaient les Mulliez. Ils m’ont acheté un immeuble avec dix appartements.”
En dix minutes, ils avaient lâché plus de 20 millions de F de l’époque… »

Ça ferait plaisir aux caissières de Auchan, sans doute, de découvrir ce bout de paradis. Même si, au fond, y a pas grand-chose à voir. Juste des portails électriques qui coulissent, des grands murs, des bâtisses de bois.
«  Les grosses familles, elles ont des gros chalets, avec piscine, tout le luxe, donc elles font la fête à l’intérieur. Alors qu’avant, c’étaient des plus petits chalets et ils sortaient, on les croisait au village. Maintenant, ils mènent leur vie entre eux, ils reçoivent à domicile. »

C’est tout le problème, pour un reportage chez les riches : pas facile de les approcher. Y a des digicodes à l’entrée, et quand on sonne, c’est une bonne à la peau brune et à l’accent du sud qui ouvre : « Monsieur n’est pas disponible  ». Y a des carrés VIP où on doit montrer “pass” blanc avant de pénétrer. Y a des « chargés de com’ », qui vous tiennent à distance avec courtoisie. Y a, en plus, que votre porte-monnaie ne suit pas : pas question de les accompagner dans leur restau favori (vous mangez sur le parking une tranche de jambon Petit Casino), encore moins dans leur hôtel préféré (vous logez dans un Formule 1 en bas, du côté de Cluses).

333 € la minute…

« Bienvenue à la douzième édition du Polo Masters de Megève, hurle le commentateur dans sa sono. Les conditions climatiques ne sont pas bonnes, les températures sont très élevées… Voilà pourquoi notre tournoi s’est réfugié sur la patinoire… »
On n’a pas choisi notre week-end au pif, en cette mi-janvier : c’est le Polo des Neiges, avec ses hautes figures.
« Monsieur Laurent Dassault, aux couleurs du Mont d’Arbois, de la famille Rotschild, fait un tour d’honneur en ce moment, poursuit le commentateur. Face à lui, l’équipe JetFly. » En tant que reporter sportif, fan d’équitation, on compte bien causer de leur passion…
Une passion qui « coûte cher », admet Sébastien.
Au bar, après un coup de crosse (on dit « maillet ») pendant un match, ce promoteur immobilier, du côté d’Aix, se colle un bout de pansement sur le bout du nez : «  Le budget moyen, c’est entre 15 et 25 000 € par tournoi.  » Comparé à Laurent Dassault (le fiston des avions), ou à Philippe Charriol (le PDG des montres de luxe), lui fait presque figure de prolo du polo. Qu’on aborde la question financière ne le choque donc pas : « Celui de Megève, ça monte minimum à 30 000 €. Sur trois jours. Pour les autres, ici, vous doublez, vous triplez…
-Combien ça fait de la minute de jeu, alors ?
-Ça fait beaucoup.  » Amusé, il sort son portable et tapote : « Trois parties de trente minutes, soit 333 € la minute de jeu. » Heureusement, il détient une recette pour diminuer les coûts : « On peut défiscaliser à hauteur de 60 % quand on est sponsorisés par sa société. » C’est donc l’État, ouf, nous tous, qui régalons aux deux tiers pour cet amusement. Pardon : cet investissement… Mais 30 000 € – Sébastien a aperçu nos yeux ronds – jamais on ne parviendrait à les claquer en trois jours ! Faut en bouffer à la truelle, des kilos de caviar ! Plonger dans des baignoires de Dom Pérignon ! « Mais 30 000 €, ça correspond à quoi ?
-Les femmes se rasent assez vite des passions des hommes. Donc aller à Deauville, à Megève, La Baule, à Saint-Tropez, ça fait passer la pilule. Avec une offre de services à côté.  »
Un joli euphémisme, « offre de services », pour causer des hôtels quatre étoiles et autres boutiques Hermès. Reste que, 30 000 €, ça en fait des sacs à remplir de fourrures…
« Surtout, poursuit Sébastien, faut payer les chevaux, les joueurs, les petiseros… »
Faut saisir ça, cette différence : sur un terrain de foot, ou de rugby, ou de hand, tous les coéquipiers sont égaux, les barrières sociales tombent le temps d’une rencontre, seules comptent les qualités physiques. Pas au polo. Qui est un sport extrêmement hiérarchisé : la haute ne l’affectionne pas par hasard. Ici, au sommet, se trouve « le patron » - son vrai nom, je n’invente rien, la sociologie se livre à nu. Amateur, c’est le moins doué, mais il fait office de capitaine. C’est qu’il paie ses coéquipiers, des professionnels, souvent argentins - la patrie du polo - pour galoper à ses côtés. Le dernier échelon, c’est le « petisero » : le palefrenier, le valet d’écurie (mais ça fait plus classe en espagnol), qui ramasse le crottin des canassons et leur apporte les croquettes.
« Ce qui est bien, conclut Sébastien, c’est que dans ce milieu, on est en contact avec toutes les classes sociales. » Et ce qui est encore mieux, c’est que chacune reste à sa place…

« Le Polo Masters s’est réfugié sur la patinoire… mais même ici, même avec du produit, il a fallu beaucoup d’efforts pour faire geler la neige… » Tandis que les chevaux tournoient dans la gadoue, le commentateur poursuit sa complainte du climat : «  J’espère que la nuit sera fraîche… Pourvu que la température descende de quelques degrés avant la finale demain… J’ai l’impression que malheureusement la surface est en train de s’abîmer un petit peu… » Autour du terrain, on assiste à une exposition de 4 x 4 – dont un Honda sera offert au gagnant. Et la sono fait entendre ce cri d’effroi de l’organisateur : «  Quand va-t-on retrouver un climat de saison ? », avant de recommander, dans la phrase d’après, la compagnie « JetFly » - qui sponsorise une équipe.

Le match s’achève. Laurent Dassault « fils du sénateur, frère du député et petit-fils du grand avionneur qu’était Marcel Dassault » sort du terrain. De la buée remplit ses lunettes. De la sueur coule long de sa tempe.
« Je porte le maillot du Mont d’Arbois, de la famille Rotschild. Ce sont des amis à moi, de longue date, et je suis très fier de porter leurs couleurs. D’autant plus que nous avons un vin en commun en Argentine, qui s’appelle Fetcha de los Andes, et c’est un lien de plus qui nous unit à la famille Rotschild. » Une imbrication des dynasties capitalistes jusque dans les loisirs. « Je joue à Bagatelle en juin, à la Baule avec mon ami Jean-François Decaux [héritier des sanisettes et des panneaux Decaux], il m’arrive de jouer à Deauville. J’ai joué dans le désert, sur le sable, dans l’Emirat d’Abou Dhabi. J’ai joué en Argentine, au Chili, au Brésil. J’ai joué en Arabie Saoudite. Chaque fois que je peux jouer, j’emmène mes bottes. C’est un sport à la portée de chacun, tout le monde peut prendre un maillet et taper une balle. »
Et se payer trois quatre chevaux.
Ça sent le crottin sous la tente.
« Je m’occupe de la diversification du groupe, l’immobilier, le vin, les participations à l’étranger. Et je m’amuse beaucoup. Si vous ne vous amusez pas dans votre métier, ça ne sert à rien…  » Il me traitait gentiment, sans arrogance, me guidait vers le salon VIP : comment le dépeindre en exploiteur ?
C’est la vérité, pourtant.
La froide observation des faits.
Il suffit de lire la presse du mardi 20 mai 2008 : «  La crise semble épargner l’aviation d’affaires. Après un excellent cru 2007 et malgré un pétrole cher, elle continue de bien se porter.  » C’est Le Figaro, le quotidien du groupe Dassault, qui nous en informe dans ses pages saumon : « Ces quatre mois, DassaultAviation a connu une activité commerciale assez bonne… 2007 avait été une année record avec 212 commandes de jets… “40 % des commandes sont passées par des entreprises et des particuliers qui ne possédaient pas d’avion” explique Alain Aubry, directeur des ventes de Dassault Aviation ».
Mais Le Figaro omet un détail l’actualité aéronautique. Il faut lire Les Échos, alors, toujours ce mardi 20 mai : cette « production qui va augmenter de 50 % d’ici trois ans  » chez Dassault s’accompagne d’une « seule ombre au tableau », « une amplification des délocalisations ». Que confirme le PDG, Charles Edelstenne : « Les délocalisations constituent une arme décisive et nous allons être contraints d’y avoir de plus en plus recours… La démarche naturelle va être la délocalisation dans des zones dollar ou à bas coût, comme cela à été fait par l’industrie automobile…  »
Ils construisent ce monde où la délocalisation, la quête planétaire des plus bas salaires, est présentée comme « naturelle » – même lorsque « Dassault Aviation enregistre une forte progression de son bénéfice net de 46 % au premier semestre ». Derrière ce « naturel  », masqué, sans cesse, il faut révéler tout le « social  » au contraire, tous les rapports (lointains) de domination – qui font de Laurent Dassault, gentil ou pas, arrogant ou pas, un exploiteur, avec son père, ses frères, ses pairs. Avec les camions Dentressangle, avec les hypermarchés Auchan, qui tous s’enrichissent sur le travail en miettes, sur les dimanches ouvrés, sur les temps partiels contraints, sur les salaires rognés, sur les pauses décomptées, sur la Pologne, la Chine, l’Inde moins chères, sur les exonérations fiscales, et les spéculateurs autour qui s’enrichissent sur l’enrichissement, sur l’art en hausse, l’immobilier en hausse, le luxe en hausse, tous les marchés de l’inutile qui prospèrent sur l’inégalité.
Mais il faut se forcer pour rétablir ce lien.
On va se forcer…

Leur décor…

Des chevaux, de l’écologique, du luxe rustique… Voilà l’univers enchanté que décrivent les amateurs de Megève. L’image qu’ils souhaitent avoir d’eux-mêmes.


« C’est une grande marque internationale… Il y a quatre-vingts boutiques Charriol à travers le monde, plus de 3000 magasins… J’ai d’ailleurs créé une montre Megève il y a une petite dizaine d’années. » J’ai l’air d’un con. « Charriol », je ne connaissais pas : je ne prête pas assez attention aux pages de pub du Nouvel Observateur (la plus modeste des breloques chiffre 499 € sur prixrikiki.com). Et c’est son PDG lui-même qui, en dégustant un thé, d’une voix lasse, me décrit son empire - m’accordant dix minutes comme un mauvais moment à passer.

« Depuis douze ans, je suis un sponsor fidèle du Polo des neiges. C’est qu’à Megève, il existe une culture du cheval… Avec ma famille, d’ailleurs, pendant quinze ans, nous avons pratiqué l’art de se servir de calèches : l’été, les calèches étaient tirées par des trotteurs, et l’hiver par des traîneaux russes à quatre chevaux.
-Tout ça au milieu des 4 x 4 !, je le félicite.
-Le cheval peut passer là où le 4 x 4 ne passe pas. Le cochet attendait. Je montais au ski en calèche. Le mariage de ma fille s’est déroulé avec toutes les calèches, la grande calèche avec six alezans blancs… Nous étions écologiques avant l’heure. Notre chalet, de cinq étages, est tout en chêne. Nous avons un vrai goût de l’étable, on en trouve tout autour. »
A l’entrée de la ville, les panneaux « Megève  » sont en bois. Le palace où Nicolas et Carla ont résidé, pour leur Saint-Valentin 2009, se nomme modestement « Les Fermes de Marie », avec des murs décorés (nous l’avons visité) d’antiques semoirs, de tamis paysans - mais avec des suites royales aux jets d’eau multidirectionnels et tout le bataclan. « Authentique », « naturel », ces adjectifs reviennent dans toutes les bouches et dans toutes les boutiques. Une étrange alliance, un oxymore, « luxe rustique » définit parfaitement, sans doute, cette place forte de la bourgeoisie. Car ils veulent tout, et ils ont tout.
Le luxe, bien sûr, les salles de bains avec hammam, les masseurs à portée de main, le champagne à volonté, les petits fours sur commande, les Blackberry dans chaque poche, toute la panoplie des hautes technologies. Et à côté de ce luxe, les signes du rustique. Les signes de la simplicité. Les signes de la pauvreté. Les signes, même, du populaire. Qu’on ne les enferme pas dans une identité sociale, de « gros riche ». Que ces businessmen, âpres au gain, champions des tableaux Excel, s’offrent une autre image d’eux-mêmes, le temps des vacances : « proches des traditions », soucieux de «  l’artisanat local  », comme l’énonce Philippe Charriol, vivant « au rythme de la terre, avec lenteur, et donc la traction hippomobile s’y prête parfaitement ».

« Le rythme de travail, c’est le contraire. Avion, hélicoptère… C’est pour cette raison, au passage, que j’ai choisi Megève comme villégiature. J’habitais souvent à New-York, à Hong-Kong, à Shanghaï, avec un système de multi-résidences, un pied sur chaque continent, qui me permet de suivre mes affaires et le soleil. J’ai étudié les approches aériennes en provenance d’Asie, d’Amérique, et j’ai conclu que Megève était un bon point de chute. C’est très pratique : j’atterris à Genève, et en trente minutes je suis dans mon chalet. »
Voilà la marque des nouvelles élites : leur mobilité. A l’inverse des vieilles fortunes, ancrées sur un territoire, eux n’appartiennent à aucune patrie, ne sont attachés à aucun lieu - sinon, à la rigueur, leur lieu de vacances. C’est un mode de vie ordinaire chez les dirigeants - que le designer Philippe Starck pousse jusqu’à l’absurde : « Je cumule souvent deux cheminées dans chaque chambre de mes vingt et une maisons. Pour aller d’un endroit à un autre, on a un avion dans lequel on habite. Nos vingt-sept motos sont réparties dans le monde, le même modèle, la même couleur, avec la même clé. On peut aussi en embarquer deux dans l’avion. »
Comment s’étonner, dès lors, que le moindre volcan qui fume au-dessus de l’Europe, ou des pistes d’aéroport bloquées par la neige, ou un Eurostar en retard sous le Channel, fassent aussitôt la Une des radios et télés ? Que les médias, les ministres, jusqu’à la Commission européenne, en soient scandalisés, commandent des rapports, réclament des sanctions – bien plus que, par exemple, les 190 000 foyers qui, en 2010, se sont fait couper le gaz et se chauffent à la bougie ? C’est qu’ici, on attente à une valeur clé de l’oligarchie : le déplacement. Le bougisme – qu’ils nous instillent. Rester mobile, sans obstacle, sans frontière : voilà qui devrait être ajouté à la Déclaration des Droits de l’Homme Blanc…

« Et depuis quand vous êtes installés à Megève ?
-Depuis l’époque où François Mitterrand est arrivé au pouvoir : y avait un grand down-turn dans l’immobilier en France, en particulier dans les endroits comme ici. On a acheté ce chalet magnifique, avec beaucoup de salles de bain, une piscine. Mais la station, elle, déclinait un peu. Ensuite, dans les années 90, nous avons participé au renouveau de Megève avec le polo, les calèches, les sculptures… Yes ? » Il décroche son téléphone : « Oui, j’arrive… Je suis en train de finir mon interview… » Il raccroche, remet son manteau : « Je vais y aller parce que mon équipe va bientôt jouer… » Dans sa poche, il cherche un portefeuille.
« Laissez, je vais régler.
- Très bien. » Il me salue. « Au revoir. »
Ce serait tellement plus simple s’ils se montraient méchants, hargneux, arrogants. Ils répondraient à nos stéréotypes, et on les détesterait d’emblée.
Mais là, non. Juste une pointe de sécheresse.
Je retourne l’addition : pffff.
Vu les tarifs, je vide entièrement ma théière. Je lape ma tasse jusqu’aux dernières gouttes, en relisant mes notes : « les calèches », « l’avion  », « l’authentique », je suis déçu. Pas de grande révélation, non. Mais qu’attendrait-on ? Même en entrant dans le carré VIP, même en assistant à leurs dîners privés, même dans leurs chambres à coucher, pas sûr que j’obtienne de grandes confessions. Lève-t-on un coin du voile, au moins, avec ces discussions ? A peine. Au contraire, même.
Oui, au contraire !
Une intuition perce en moi, en cet instant : je venais ici pour découvrir comme un secret, pour résoudre «  Le Mystère des Nantis », pour affronter de près le visage hideux de l’Exploitation. Mais c’est l’inverse, justement, qui se passe : à approcher les riches, surtout durant leurs loisirs, on ne comprend rien de leur enrichissement. Megève fonctionne comme un masque, comme un voile pudique posé sur leur extorsion. Et c’est tout l’intérêt, alors : cette ville offre un négatif de la vie qu’ils imposent aux autres, ailleurs.

...et son envers

Derrière le décor, maintenant, se cachent pollution et exploitation. Les deux mamelles de leurs fortunes. _
C’est-à-dire ?
Leurs chalets sont nichés dans un repli de la montagne, avec vue sur ce paysage escarpé, un silence troublé par le « floc… floc… floc… » de la neige qui fond aux fenêtres : un grand bol d’air frais, du « 100 % naturel  » comme ils disent. Mais quel monde construisent-ils, sinon, pour se rendre au plus vite de Paris à Tokyo, de Madrid à Nairobi ? Il faut des aéroports, des lignes à grande vitesse pour cette clientèle pressée et prisée : « Jets privés : ne vous en privez plus ! » titre Le Figaro. « Les very light jets se vendent par centaines », « les villes françaises déroulent de plus en plus le tapis rouge aux avions privés », « l’hélicoptère est devenu le complément de l’avion d’affaires et même du TGV grâce au projet d’implantation d’une hélisurface près de chaque gare », etc. Et surtout, des autoroutes.
Des autoroutes partout, les « 12 000 kilomètres de voies rapides » réclamés par le patronat européen (voir Fakir n°40), et vite accordés par la Commission, plus des trous dans les Pyrénées, dans les Alpes, sous la Manche. Et pourquoi déverser tout ce béton ? Pas pour le rapprochement entre les peuples, non. Pour que les industriels, les grands distributeurs, fassent produire leurs marchandises plus loin, moins cher, dans les « PMO » comme ils disent, les « Pays à bas coût de Main d’Œuvre », et ramènent ces chargements dare-dare vers les marchés de consommation. Leurs profits naissent de là, de ce défilé de camions.
Dans nos campagnes, après ça, autour de nos cités, allez admirer le paysage, écouter le chant du vent, respirer un grand bol d’air pur : des tranchées bétonnées déchirent tout le pays. Tout le pays ? Non : un petit bourg des Alpes résiste... Et qui y voit de l’ironie ? Les Mulliez résident ici, les Dentressangle également – eux dont les poids lourds sillonnent l’Europe. Sans aucun risque qu’une autoroute ne passe sous leurs fenêtres…

Voilà pour l’écologie.
Mais le social, également, doit se lire à rebours. Que de courtoisie, ici ! C’est un univers sans saillance, tout douillet, comme si nous étions entourés de coton, avec des voix douces, une ambiance douce, une musique douce, des visage doux, rien qui accroche, tout glisse, tout lisse. Tandis qu’au dehors, ils bâtissent un monde de violence.
La semaine dernière, dans un foyer d’urgence à Bourg-en-Bresse, je rencontrais un routier international : « Il me reste plus que ça, me montrait-il dans sa chambrette : une commode et de l’informatique… Je faisais l’Espagne, l’Allemagne, les pays de l’est. Je dormais très peu, du lundi au dimanche. Dès que c’était férié dans un pays, je passais dans un autre. J’ai jonglé comme ça durant des années. Le patron me réclamait ça, sinon “les étrangers étaient plus rentables” il me prévenait… Et puis, avec la fatigue, j’ai déprimé… des hallucinations sont venues… Je conduisais dix minutes et je stoppais net : j’avais l’impression qu’un monstre était monté dans ma cabine… J’ai fait arrêt maladie sur arrêt maladie, et maintenant j’ai tout perdu. » Ces dernières années, Norbert-Dentressangle fait pression, avec succès, auprès des gouvernements, auprès de l’Europe, pour accroître le tonnage des camions, les horaires de travail, leur flexibilité. Et il écrème ses routiers nationaux, leur préfère des slaves moins coûteux, ou des auto-entrepreneurs qui s’auto-exploitent. Et qui, pour certains, s’auto-suicident : deux la même semaine…

« On peut l’enlever, ce bazar à la con. On peut même le jeter au feu…  »
Nous voici dans le Nord, désormais, près de Roubaix, au centre de l’empire Mulliez. Un conflit s’achève chez les Pimkie : les filles de l’atelier démontent la tente, le brasero s’éteint, et de dépit, Mado y jette le badge qu’elle portait sur sa poitrine. « Y avait Gérard sur un tas d’or… et c’était inscrit : “Les Mulliez doivent casquer”. Mais ils ne vont pas casquer, ils ont encore gagné. On n’a pas un jour de grève de payé. Sur les 190 licenciements, y aura pas un reclassement. » C’est la peur qui se lit, ici, la peur du lendemain, pour soi, pour ses enfants.
D’après un expert, le taux de profit, chez Pimkie, voisinait les 20 %. Chaque employée versait, chaque année, l’équivalent de 7 600 € en dividendes aux actionnaires Mulliez, plus de sept mois de salaire net. Encore insuffisant : déplacée en Pologne, la logistique reviendra moins cher. Et à aucune de ces petites mains, ce fort chrétien patron n’a offert de place comme vendeuse, dans les Boulanger, Gémo, Décathlon, Auchan, du centre commercial de Tourcoing, juste à côté. Où une caissière témoigne à son tour : «  Pendant sept ans, ils nous ont payés en dessous du SMIC. On avait beau accepter les temps partiels, les coupures le midi, ça ne suffisait pas : il fallait encore que, sournoisement, ils rognent sur notre paie. La CFDT a fini par s’en apercevoir, mais on a perdu toutes ces années.  »
Megève, maintenant. Autour de moi, dans cette salle, par la vitrine, nul reflet de cette peur, de ces combines, de ces conflits. Ils sont brutaux, quotidiennement. Impitoyables, indirectement. Mais ce lieu est fait, justement, pour dénier cette violence. Pour cacher leur tyrannie. Pour purifier leurs fortunes. Pour leur laisser l’âme tranquille, avec au cœur la certitude d’un monde apaisé.

Ça fait penser aux portraits que publient d’eux la presse – ou aux livres à leur propre gloire. Les nababs ne se montrent plus, sérieux, derrière leur bureau, ou devant un paperboard, préparant une OPA, fermant un site, encaissant leurs stock-options. Non, Jean-Marie Messier s’affiche un sandwich à la main et un trou à la chaussette – et dans les premières lignes de son autobiographie, Mon vrai journal, il caresse un loup au fin fond du Canada… Quel romantique ! Et le banquier allemand Rainer Engelke, le voilà qui s’exhibe, pour Le Monde 2, dans sa position habituelle : allongé dans la paille… Et de quoi parle Bernard Arnault, dès les premières lignes de sa « Passion créative » ? De musique ! « Quand je joue du piano, ma femme trouve toujours mes tempi trop rapides. » Et la quatrième de couverture dévoilait toutes les qualités de ce « personnage captivant » : « pianiste, il a joué avec Seiji Ozawa à Tokyo ; mécène, il aide des causes humanitaires ; amateur d’art, il vient de racheter l’enseigne de vente aux enchères Phillips. » Quant à Daniel Bernard, l’ex-PDG de Carrefour, « débarqué » avec 38 millions d’€ d’indemnités, désormais conseiller chez Mc Kinsey, vice-président de Kingfisher le n°3 mondial du bricolage, siégeant au conseil d’administration de Cap Gémini, dirigeant sa société d’investissement Provestis, consultant pour le gouvernement chinois, etc., c’est en vérité un homme d’esprit qui nourrit bien des « rêves » : «  Comme celui d’écrire un ouvrage sur Wagner et Eschyle afin de comparer les dramaturgies nordiques et grecques. Ou encore, dénicher une forêt sans château. Mais le comble du luxe serait d’arriver à créer un jardin qui donnerait des fleurs toute l’année... » Ainsi relèguent-ils à l’arrière-plan leur richesse, presque secondaire, anecdotique - que l’on oublie la cruauté de cette appropriation, que l’on oublie Marie, par exemple, caissière à Carrefour, en temps partiel contraint, 30 heures pour « 837 euros et 63 centimes », à qui on offre une boîte de chocolat à 2,50 € en guise de treizième mois, au moment où l’ancien PDG (wagnérien fleuriste) ramassait le pactole. Le temps d’une photo, le carnassier se déguise ainsi en bohème.
Megève remplit la même fonction : cette station, c’est l’image qu’ils veulent se donner d’eux-mêmes. Et ils y croient. En toute bonne foi : à Paris, on aperçoit la tour Eiffel de partout – sauf, justement, perché sur la tour Eiffel. De même, ici, on n’aperçoit rien de l’Exploitation : on est assis le cul dessus.

Très prochainement, la suite du dossier « Voyage au sommet de l’oligarchie : La France de tout en haut »

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 18:47

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http://www.planning-familial.org/actualites/le-remboursement-de-livg-100-pour-toutes-les-femmes-vote-lassemblee-007026

 

Les députés ont voté hier le remboursement à 100% des IVG par l'assurance maladie à toutes les femmes à partir de 2013, une promesse de campagne de François Hollande.

27/10/2012

Les députés ont voté vendredi le remboursement à 100% des interruptions volontaires de grossesse (IVG) par l'assurance maladie à toutes les femmes à partir de 2013, une revendication ancienne de nombreuses associations et une promesse de campagne de François Hollande.

Au cours d'un débat apaisé, où il a été abondamment rendu hommage à Simone Veil et à sa loi dépénalisant l'IVG (1975), la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a affirmé qu'il s'agissait d'un "choix de santé publique" et rappelé qu'un avortement n'était "jamais un acte anodin" pour une femme.

Actuellement, un avortement coûte, selon la méthode (médicament ou intervention chirurgicale) et selon le lieu (hôpital ou cabinet médical), entre 200 et 450 euros.

L'assurance maladie prend aujourd'hui en charge à 100% les IVG pour les jeunes filles mineures et entre 70% (en ville) et 80% (en établissement de santé) des frais pour les femmes majeures. La prise en charge à 100% représentera un coût de 13,5 millions d'euros.

Plusieurs députées PS ont cité Simone Veil, ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, qui avait fait voter en 1975 la légalisation de l'IVG, au terme d'un dur combat politique. Rare homme à gauche à intervenir, le député Jérôme Guedj, a dit son "émotion" de "légiférer sur l'IVG". "Je revois l'image de Simone Veil qui nous a tous marqués", a-t-il dit.

La députée UMP Bérengère Poletti, qui a souligné avoir fait de la contraception son "combat" de "femme libre", s'est opposée à un amendement de suppression de l'article signé de six de ses collègues UMP.

Beaucoup de députés ont souligné la difficulté d'accès à l'IVG.

Ainsi la communiste Jacqueline Fraysse a cité des délais allant jusqu'à cinq semaines, contre 5 jours recommandés, entre la prise de contact et l'acte dans un département comme la Seine-Saint-Denis, déplorant "le manque criant de centres IVG dans les structures publiques".

Mme Poletti a aussi souligné le fait que les nouveaux médecins n'étaient plus les militants des années 70.

"S'il n'y a plus l'esprit militant, il faut souligner le fait qu'il y a plus de femmes médecins", a rétorqué la ministre de la Santé, tandis que le jeune député socialiste Olivier Véran assurait que "les jeunes médecins sont tout aussi militants".

La députée écologiste Véronique Massonneau a plaidé pour que le gouvernement "travaille sur la revalorisation de l'acte", ce qu'il a promis de faire.

L'IVG chirurgicale est en effet une activité déficitaire pour les établissements de santé, conduisant certains à se désengager de cette activité et à réduire le nombre de lieux de prise en charge.

Selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) d'octobre 2009, le coût des IVG représente 70 millions d'euros, dont 55 "sont pris en charge par l'assurance maladie", le reste constituant le ticket modérateur à la charge des patientes.

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 18:41
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http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/1392-le-racisme-anti-blanc-n-existe-pas-mais-il-a-gagne.html

par Richard Mèmeteau - Dimanche 28 octobre 2012


Professeur de philosophie, co-fondateur de Freakosophy, geek attardé, fan de comédie US, discuteur de théories en tout genre dans les cafés, et, depuis 2005, amoureux de Kele Okereke, le chanteur de Bloc Party.


Il faut réagir contre l'inique instrumentalisation de la gastronomie française par les tendances identitaires!!! Après le saucisson, le jambon et le pinard, le pain au chocolat est sur le point de devenir une cause nationaliste. Quand Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, les young terminators de la Droite dure (tout ça se résume peut-être qu'à une longue métaphore de bandaison), passent sur les plateaux, non seulement ils replacent sans style les termes de nations/peuple/patrie, mais surtout ils tentent nous faire associer le goût du pain au chocolat avec le goût de l'indignation envers le racisme anti-blanc. La gauche avait jusqu'à présent l'exclusivité de la dialectique compliquée : être contre quelque chose qui est contre (contre le racisme, le classisme, le sexisme, bref contre les discriminations...). Maintenant, la droite s'y est mise, et elle adore ça. 

E

videmment, l'histoire du pain au chocolat est ridicule (dernier avatar de la vanne : « Il n'y a pas un papier de cigarette entre le programme de F. Fillon et celui de J-F. Copé – si, au moins un pain au chocolat » @ Ce soir ou jamais, émission du mardi 23 octobre). Pourtant une fois les moqueries épuisées, et le sens de la vérité définitivement corrompu, le concept de racisme anti-blanc est resté (l'histoire, on le sait, n'a pas pu se passer ces deux dernières années, puisque le pain chocolat volé au petit écolier et détruit est supposé l'être sous prétexte de ramadan, alors que le ramadan est tombé deux ans d'affilée pendant les vacances scolaires – seule Nadine Morano avance sans preuves dans un tweet que l'histoire a eu lieu il y a 4 ans...). La France n'est en effet pas apte à comprendre pourquoi le concept de racisme anti-blanc est absurde ; elle n'a pas le logiciel pour l'éradiquer.

Un passage de l'émission du Grand 8, du 16 octobre, illustre parfaitement le problème : on était déjà en queue de comète de l'affaire des pains au chocolat, et c'est Guiullaume Peltier, le junior de la Droite Forte, qui était invité chez les copines d'Audrey, de Roselyne et de Laurence. Elles ont parlé de la petite anecdote de Copé. Comme en France la politique c'est de la littérature, on a analysé le discours, décortiqué les stratégies, et on s'est mis d'accord. Evidemment c'est un appel du pied au FN, qui a popularisé le terme bien avant l'UMP. Alors passée la littérature, voilà qu'Audrey Pulvar ajoute pourtant que bien sûr que le racisme anti-blanc existe (il y a des cons partout). « Le racisme, c'est le racisme, c'est tout, qu'il soit dirigé contre les noirs, les blancs ou qui que ce soient ». Ce qui pose problème, selon elle, c'est de ne parler que du racisme anti-blanc, en oubliant les autres. D'ailleurs, son autre chroniqueuse, Hapsatou Sy, ajoute qu'elle a été la première à dénoncer le racisme anti-blanc. Ainsi, le racisme anti-blanc existe bel et bien. On a perdu. On n'a toujours aucune idée de ce qu'est le racisme.

 

 

La philosophie française du racisme

 

En France, on est complètement nuls sur le racisme, désespérément nuls. À ma connaissance, il n'y a peut-être qu'un tout petit chapitre de La Condition noire de Pap Ndiaye qui montre assez bien l'absurdité du racisme anti-blanc. Mais pour le reste, nous autres, le commun des François, on parle du racisme à toutes les sauces (anti-jeunes, anti-vieux, anti-prof, anti-flics...). Et on a tellement l'habitude de tout confondre qu'on noie allègrement le poisson dans la sauce dès qu'une occasion se présente. Rappelons juste – pour que l'inaltérable mémoire du net n'en perde jamais la trace – que dans la foulée de l'affaire du racisme anti-blanc, Florence Parisot s'est mise à parler de racisme anti-entreprises ! Il ne s'agit même plus de personnes, d'humains, mais elle s'en fout... Pourquoi pas du racisme anti-voiture française (personne ne veut en acheter), anti-bouillote (ringarde), ou anti-bouteille (trop souvent cassée pour rien) ?

 

Peut-être justement parce qu'on a beaucoup trop philosophé là-dessus, avant de tenir compte de la prise de parole des minorités concernées, on croit que le racisme c'est une façon de penser, une idéologie (ou une passion, pour citer Sartre) – et non la situation concrète d'un certain rapport de force... On a fait du racisme une pure affaire privée, une affaire de pensée. Alors que les Américains savent depuis Frederick Douglass que le racisme est le fruit d'une certaine organisation sociale.

 

En tant qu'idéologie, le racisme est partout et nulle part. Il est là où on pourrait le voir. Alors, si on veut regarder de près les miroitements grasseux d'une chocolatine, on l'y trouvera ! La théorie de la supériorité de la race blanche a beau avoir été déclarée scientifiquement absurde depuis longtemps, en tant que façon de penser – mieux : Lebensanschauung – elle continue de s'appliquer à tout et n'importe quoi. Il faudrait peut-être tout simplement arrêter de penser que le racisme est une simple généralisation, sous peine d'être tous racistes parce qu'on prononce les mots « noirs », « blancs » ou « rebeu ». Par ailleurs, l'antiraciste combattant en général le racisme risquerait, sur le même principe, de devenir lui-même raciste, et finirait par s'auto-réfuter (on reconnaîtra ici les vaines arguties d'Eric Zemmour) !...

 

On peut tout apprendre du racisme au détour d'un article écrit par un américain. Je suis tombé par hasard sur cet article de Brandon M. Easton, un dessinateur afro-américain de comics, qui y parle de la situation des Noirs dans l'industrie des comics.

D'après lui, l'industrie des comics est raciste. Attention, non parce que Captain America est travaillé par une haine secrète à l'égard de Black Panther, ni parce que les dessinateurs noirs sont délibérément renvoyés des maison DC ou Marvel. Mais parce que la représentation des scénaristes ou dessinateurs Noirs est tout à fait sous-proportionnée par rapport au lectorat lui-même Black ou latino. Il s'agit d'une situation concrète, et non de la dénonciation d'actes individuels de racisme. Malgré la légitimité qu'auraient ces dessinateurs ou scénaristes, l'industrie reste majoritairement blanche. On peut citer des cas de racisme manifeste, nous explique Brandon M. Easton, mais le vrai problème n'est pas là : « Je ne suis pas un avocat de la cause de l'affirmative action dans les comics. Soit vous avez du talent, soit vous n'en avez pas. Le problème est que ces talents n'ont pas la même opportunité de présenter leurs idées que les autres. Les chiffres ne mentent pas. La question est : pourquoi le chiffre est si bas ? » Autrement dit, le problème n'est pas un homme, une façon de penser, le problème est celle d'une situation inégale qui se conserve elle-même, le problème est celui de l'institutionnalisation du racisme.

 

 

Racisme individuel et racisme institutionnalisé.

 

En France, on confond deux choses: les préjugés (les simplifications, les réductions, les essentialisations de certaines catégories de personnes) et le racisme (un certain rapport de pouvoir qui entraîne l'aggravation des inégalités entre un groupe par rapport à un autre). On peut aussi parler de racisme individuel et de racisme institutionnalisé.

 

Stokely Cormichael, le militant des droits des Noirs fait cette distinction très clairement en 1967 dans l'un de ses discours, The Dialectics of Liberation. « Laissez-moi vous donner un exemple du racisme du premier type. Quand des terroristes blancs non-identifiés font exploser une église noire, et tuent cinq enfants, on a affaire à un acte de racisme individuel, largement déploré par tous les segments de la population mondiale. Mais quand dans la même ville, à Birmingham, Alabama, non pas cinq mais cinq cents bébés meurent chaque année à cause du manque de nourriture décente, de toits ou d'aménagements médicaux, et que des milliers en plus sont détruits et estropiés physiquement, intellectuellement et émotionnellement à cause des conditions de pauvreté et de discrimination dans la communauté noire, c'est un effet du racisme institutionnalisé ».

 

J'espère que la chose est claire par elle-même : le racisme anti-blanc n'a pas de sens, car dans cette société, les Blancs ne sont pas les victimes d'un racisme institutionnalisé. Être agressé sur la base de préjugés absurdes est toujours un mal, mais l'apparence de légitimité qui enveloppe le racisme partagé le rend encore plus insupportable. Les choses sont donc beaucoup plus simples si vous acceptez de reconnaître qu'on a bâti notre démocratie moderne sur les cendres d'une ancienne société esclavagiste. Dans cette société, un préjugé raciste envers un Blanc n'a pas le même poids qu'un préjugé raciste contre un Noir. C'est peut-être la même démarche intellectuelle – et encore – mais insérée dans une certaine société raciste, cette pensée sera une pure et simple injustice. Pour continuer, un préjugé homophobe n'a pas le même poids qu'un préjugé anti-hétéro. Et une énième blague sur les chrétiens n'aura jamais le même poids qu'une caricature de Mahomet dans un journal satirique. Pourquoi ? Parce qu'on vit dans une société à majorité blanche, chrétienne et hétérosexuelle. C'est un fait, et vous aurez beau être sympa, et compréhensif, ça ne changera rien à la situation politique concrète. Le racisme n'est pas qu'une question d'intention, et de mode de penser.

 

Stokely Cormichael et Brandon M. Easton expliquent que lorsqu'on parle de racisme; le premier mouvement de l'interlocuteur est de s'excuser, mais aussi de relativiser : lui, personnellement n'est pas raciste, donc tout va bien. La charge de la preuve revient alors tout de suite à celui qui parle de racisme. Si vos interlocuteurs affirment ne pas l'être – et évidemment, ça ne coûte à personne de dire qu'il aime le couscous, ou qu'il a déjà voyagé en Martinique – vous vous retrouvez seul comme un con, à porter désormais l'accusation d'un racisme inversé. Car vous accusez l'autre (plutôt le Blanc, dans ce cas de figure) de rester aveugle au racisme institutionnalisé. Le racisme anti-blanc est donc aussi vieux que le discours de Cormichael, aussi vieux que le racisme lui-même. C'est sa première ligne de défense.

 

Voilà la faille française : même si nous pensons individuellement que tout le monde est sympa, et qu'on devrait aller plus souvent en club pour danser ensemble, les Noirs / Blancs / Rebeu / Indiens / Asiatiques / Latino etc... notre avis individuel sur la question ne compte pas vraiment. Ce qui compte est l'état de la société. Le simple fait que le débat sur le racisme anti-blanc fut lancé que par des hommes politiques blancs prouve à quel point, le racisme anti-blanc s'est lui-même réfuté... Peut-être d'ailleurs, à la grande colère de ceux qui sont véritablement victimes d'actes individuels de racisme et qui trouvent les plus mauvais défenseurs dans les représentants de cette nouvelle Droite-forte-qui-n'est-pas-molle-car-elle-n'a-pas-de-problème-d'érection (merde, qu'est-ce qu'ils prennent à la fin pour l'avoir si dure, leur droite...?).

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