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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 11:59

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J’ai eu le privilège de converser trois heures d’affilée, jeudi dernier, le 15, avec Hugo Chávez, le président de la République bolivarienne du Venezuela, qui a eu la gentillesse de visiter une fois de plus notre pays, en provenance du Nicaragua.

J’ai rarement connu dans ma vie, et peut-être même jamais, quelqu’un qui a été capable de diriger une véritable et profonde révolution pendant plus de dix ans, sans prendre un seul jour de repos, sur un territoire de presque un million de kilomètres carrés, dans cette région du monde colonisée par la péninsule ibérique qui  domina pendant trois cents ans  des terres vingt fois plus étendues en superficie et aux immenses richesses, où elle imposa ses croyances, ses langues et ses cultures. On ne pourrait écrire aujourd’hui l’histoire de notre espèce sur cette planète en ignorant ce qu’il s’est passé dans ce continent.

Bolívar, de son côté, n’a pas lutté que pour le Venezuela. Les eaux et les terres étaient alors plus pures, les espèces plus variées et plus abondantes, l’énergie contenue dans son gaz et son pétrole inconnue. Voilà deux cents ans, en lançant la lutte, il le faisait non seulement pour l’indépendance du Venezuela, mais pour celle de tous les peuples de ce continent encore colonisés.

Bolívar rêvait de créer la plus grande République n’ayant jamais existée, dont la capitale serait l’isthme de Panama.

Dans sa grandeur insurpassable, le Libertador, faisant preuve d’un vrai génie révolutionnaire, fut capable de prévoir que les États-Unis, alors bornés au territoire original des Treize Colonies anglaises, semblaient destinées à semer l’Amérique de misère au nom de la liberté.

L’invasion de l’Espagne par Napoléon, aux ambitions insatiables, contribua à créer les conditions propices à l’éclatement des guerres d’indépendance de notre Amérique latine. L’histoire de l’humanité, sinueuse et pleine de contradictions, devient de plus en plus complexe et difficile.

Notre petite nation parle avec l’autorité morale que lui donne sa résistance de plus de cinquante ans à la brutale répression de cet Empire qu’avait prévu Bolívar, le plus puissant qui ait jamais existé. Sa politique immensément hypocrite et son mépris des autres peuples l’ont conduit à des situations très graves et très dangereuses, comme le prouvent jour après jour, entre autres conséquences, sa lâcheté et son cynisme en politique internationale, car l’immense majorité des gens honnêtes sur la Terre n’ont pas la moindre possibilité de faire connaître leurs opinions ni de recevoir des informations crédibles.

La politique fondée sur les principes et l’honnêteté à travers laquelle la Révolution cubaine a toujours exposé ses réussites et ses erreurs – tout particulièrement des normes de conduite jamais violées en plus de cinquante ans, comme celle de ne jamais torturer un citoyen – ne connaît pas d’exceptions. De même, elle n’a jamais cédé ni ne cédera jamais au chantage et à la terreur médiatique. Ce sont là des faits historiques plus que prouvés. Il s’agit d’un thème sur lequel je pourrai argumenter abondamment, mais je le signale aujourd’hui simplement pour expliquer pourquoi nous sommes l’ami et l’admirateur du président bolivarien Hugo Chávez, un point sur lequel, là aussi, je pourrais longuement m’étendre.  Je me bornerai à donner quelques éléments pour expliquer pourquoi j’ai dit que ça a été un privilège pour moi de converser des heures avec lui.

Il n’était pas encore né lors de l’attaque de la caserne Moncada, le 26 juillet 1953. Il n’avait pas encore cinq ans lors de la victoire de la Révolution, le 1er janvier 1959. J’ai fait sa connaissance en 1994, trente-cinq ans après, quand il avait déjà la quarantaine. Pendant presque seize ans, donc, j’ai pu observer son essor révolutionnaire. Je peux témoigner de la capacité de cet homme au talent exceptionnel, de ce lecteur insatiable, à développer et à approfondir des idées révolutionnaires. Comme chez tout être humain, le hasard et les circonstances ont joué un rôle décisif dans la progression de ses idées. Sa capacité de se rappeler n’importe quel concept et de le répéter avec une précision incroyable longtemps après est notable. C’est un véritable maître dans l’art de développer et de divulguer les idées révolutionnaires, de les maîtriser et de les transmettre avec une éloquence étonnante. Il est foncièrement honnête et sensible dans ses rapports avec les gens, extrêmement généreux par nature. Il n’a pas besoin d’éloges et il a pourtant l’habitude d’en prodiguer avec générosité. Quand je ne suis pas d’accord avec tel ou tel de ses points de vue ou avec l’une ou l’autre de ses décisions,  je le lui dis en toute sincérité, au moment opportun et dans le plein respect de notre amitié. Ce faisant, je tiens surtout compte du fait qu’il est aujourd’hui celui qui inquiète le plus l’Empire par sa capacité d’influencer les masses et en raison des immenses ressources naturelles de son pays qu’on a pillé sans merci, celui qu’il frappe avec le plus de rigueur et auquel il tente d’enlever son autorité. L’Empire, tout autant que les mercenaires à son service, intoxiqués par les mensonges et la surconsommation, courent à nouveau le risque de le sous-estimer, lui et son peuple héroïque, mais je n’ai pas le moindre doute qu’ils recevront une fois de plus une leçon inoubliable. Plus d’un demi-siècle de lutte me le dise clairement.

Chávez porte la dialectique en soi. Jamais, à aucune époque, aucun gouvernement n’a tant fait pour son peuple en si peu de temps. Je me complais tout particulièrement à transmettre à son peuple de chaleureuses félicitations à l’occasion du bicentenaire du début de la lutte pour l’indépendance du Venezuela et de l’Amérique latine. Le hasard a voulu que, ce 19 avril, on fête aussi la victoire de la Révolution cubaine sur l’impérialisme à Playa Girón, voilà exactement quarante-neuf ans. Nous souhaitons la partager avec la patrie de Bolívar.

Je me réjouis aussi de saluer tous les frères de l’ALBA.

 

Fidel Castro Ruz

Le 18 avril 2010

19 h 24

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 11:44
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Le terme « Ossi » désignant l'Allemand issu de l'ancienne RDA communiste, par comparaison au « Wessi » de l'Ouest, peut-il désigner une ethnie à part ? La question peut faire sourire, or elle a été au coeur d'un contentieux porté devant le tribunal du travail de Stuttgart et qui a fait couler de l'encre en Allemagne. Après réflexion, la justice a débouté Gabriela S., une comptable de quarante-neuf ans d'origine est-allemande, qui avait attaqué une entreprise souabe proche de Stuttgart (Bade-Wurtemberg) après que sa candidature pour un emploi avait été rejetée. L'employeur, un fabricant de fenêtres, avait en apparence des scrupules à recruter une personne ayant ses racines dans l'Allemagne orientale. Son CV renvoyé par courrier portait en marge la malencontreuse note manuscrite : « (-) Ossi ». Pour la plaignante, il y avait là un indice irréfutable de discrimination ethnique. Le tribunal l'a suivie uniquement en ce que la mention indélicate pouvait porter un caractère discriminant. Mais celle-ci ne pouvait être considérée comme une discrimination raciste, qui est le critère déterminant dans l'arsenal répressif du droit du travail. « Ossi » ne désigne pas une ethnie particulière, a écrit le juge, portant un temps les habits d'un anthropologue. Il a argué en particulier que la RDA avait existé quarante ans, soit une période insuffisante pour que l'on puisse dire qu'elle ait sécrété sa propre ethnie… Devant la barre du tribunal, l'employeur s'est excusé de la bévue et a expliqué que la candidate n'avait pas fait l'affaire uniquement en raison de son manque d'expérience. L'affaire risque d'occuper encore la chronique judiciaire, car la plaignante a fait appel du jugement. C'est désormais le tribunal d'Erfurt, en pleine ex-RDA, qui va se saisir du cas…

Plutôt que de monter cette affaire en épingle, des juristes interrogés par le site Spiegel Online font remarquer que les discriminations entre Allemands de différentes régions se retrouvent fréquemment dans les entreprises. Un petit malin de la ville de Bielefeld, dans la Ruhr, a quant à lui déjà flairé le filon en proposant sur un site Internet des tee-shirts flanqués du désormais fameux slogan « (-) Ossi ». Il s'ajoute aux précédents « Je suis fier d'être Ossi », ou « Les Ossis réussissent mieux » ornant déjà des articles vestimentaires. Ossi soit qui mal y pense !

JEAN-PHILIPPE LACOUR (À FRANCFORT), Les Echos

http://www.lesechos.fr/info/inter/020487461404-les-ossis-de-l-ex-rda-ne-forment-pas-d-ethnie-a-part.htm

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 11:30

Quelques questions296403134_db8a4fda99.jpg sur le système KabilQui, en 2001, aurait pu prévoir que le jeune officier sans expérience politique, qui succédait à son père assassiné, serait encore au pouvoir neuf ans plus tard ? A l’époque, Joseph Kabila était considéré comme un intérimaire. Aujourd’hui, le président congolais a pris de l’épaisseur. Il été élu en 2006 avec 58% des voix et son autorité est incontestable. Cependant, il n’a toujours pas désarmé les sceptiques et les critiques. Réponse à quelques questions.

Comment Kabila a-t-il consolidé son pouvoir ?

En 2001, le Congo est en guerre, divisé, occupé par des troupes étrangères. Le jeune chef d’Etat ne cache rien de sa faiblesse et sa bonne volonté séduit les Occidentaux, dont Louis Michel. En 2002, les négociations menées à Sun City en Afrique du Sud débouchent sur un pacte surprenant : le départ de toutes les armées étrangères et la réunification du pays auront comme contrepartie le partage du pouvoir, selon une formule inédite, « un plus quatre ». Kabila, qui a dit à ses négociateurs qu’ils « devaient penser au pays plus qu’à sa personne » reste président en titre, mais il partage son pouvoir avec quatre vice-présidents. Deux d’entre eux sont issus de mouvements rebelles, Jean-Pierre Bemba supervise l’économie, Azarias Ruberwa est en charge de la Défense et de la sécurité. L’accord prévoit aussi d’intégrer dans l’armée nationale tous les groupes armés, dont les forces rebelles, qui bénéficient d’une sorte d’amnistie.
« Jusqu’à la date des élections, en 2006, le Congo est placé sous une sorte de semi-tutelle internationale, ce que Mobutu n’a jamais connu » remarque Gauthier de Villers, ancien directeur du CEDAF(Centre d’études africaines, Bruxelles). Kabila justifie sa prudence et sa discrétion en assurant « qu’il est celui qui porte les œufs » et que son objectif est de mener le pays aux élections démocratiques.
En 2006, la nouvelle Constitution prévoit un pouvoir semi-présidentiel : le président doit composer avec un Premier Ministre dont le gouvernement doit disposer d’une majorité à l’Assemblée nationale. Si Kabila l’a emporté au deuxième tour contre son adversaire Jean-Pierre Bemba, c’est en concluant des alliances entre son bloc (AMP, Alliance pour une majorité présidentielle) et deux autres formations, UDEMO (Union des démocrates mobutistes de Nsanga Mobutu) et PALU (parti lumumbiste unifié) d’Antoine Gizenga. Autrement dit, le pouvoir est partagé. « Kabila consolide alors sa position, avec l’appui résigné de la communauté internationale » poursuit Gauthier de Villers.
Ce partage du pouvoir est théorique. En réalité, relève le politologue Jean Omasombo (Institut africain, Bruxelles) «c’est la volonté du président qui devient prépondérante… Lorsqu’il s’est agi de former le deuxième cabinet, toujours sous la direction du Premier Ministre Muzito, c’est le chef de l’Etat lui-même qui a décidé des nominations. » Le professeur Jean Claude Willame confirme qu’en fait, «l’exécutif congolais n’a jamais pu fonctionner comme un véritable contrepoids à la présidence de la République ; les deux Premiers Ministres n’ont jamais eu de véritable carrure politique ».
Omasombo souligne aussi que «la présidence s’est impliquée dans les nominations des gouverneurs de province et elle intervient dans les tensions qui surgissent au niveau régional ». Au fil du temps, la « présidence » s’est confirmée comme étant le véritable centre du pouvoir, une sorte de gouvernement parallèle, dont les membres avancent ou reculent suivant la volonté du chef…

Autour de Kabila, qui sont les hommes forts ?

« L’entourage est partagé entre les Katangais et les Kivutiens, surtout les originaires du Maniéma » relève Omasombo. Les originaires de l’Ouest et de l’Equateur se retrouvent dans d’autres institutions, le Sénat entre autres. A la droite du président, l’ancien gouverneur du Katanga, Augustin Katumba Mwanke a longtemps tiré les ficelles et assuré les financements du système. C’est par lui que passent les circuits de l’argent. Peu apprécié par les Occidentaux, parfois présenté comme le paratonnerre de Kabila, cet homme taiseux et travailleur est branché sur la Chine, l’ Afrique du Sud, les nouveaux partenaires économiques.
A la gauche du chef, le nouveau conseiller spécial en matière de sécurité est Pierre Lumbi, originaire du Maniéma. Ancien ministre des Infrastructures, il a conclu les contrats chinois (dix millions de cuivre contre neuf milliards d’investissements aujourd’hui réduits à six) pour se donner les moyens de réaliser les cinq chantiers. « Avant de se présenter pour un deuxième mandat, le président voulait prouver à ses électeurs que la reconstruction du pays avait commencé. Puisque les Occidentaux tardaient à s’engager, je me suis tourné vers les Chinois » explique Lumbi avec pragmatisme. Inspecteur général de la police, le général John Numbi est considéré comme l’un des hommes forts et c’est à ce titre qu’à Kigali il négocia avec le chef d’Etat major James Kabarebe les premières opérations militaires menées conjointement avec l’armée rwandaise. Seul un Katangais pouvait se permettre de prendre un tel virage à 180 degrés, qui suscita l’hostilité du Kivutien Vital Kamerhe. En raison de son opposition aux opérations militaires, Kamerhe dut alors céder son poste de président de l’Assemblée nationale au Kasaïen Evariste Boshab, juriste et professeur d’université, formé en Belgique. Sous ces deux présidences, celle de Kamerhe et celle de Boshab, l’ Assemblée a abattu un travail législatif considérable, votant des lois importantes, sur la décentralisation, l’indépendance de la justice, la révision des contrats miniers, l’octroi des marchés publics…Les députés ont pris leur rôle au sérieux, mais sans oublier de voter à leur profit des émoluments tellement substantiels qu’en janvier dernier, Kabila récusa le budget présenté et demanda aux élus de donner priorité au social. Le bilan législatif n’impressionne pas Willame, qui relève que « ces lois ont rarement été mises en application par l’exécutif… » Au grand dam des anciens partisans de Kabila père, qui se sont sentis trahis, et des nationalistes de toutes obédiences, de nombreux anciens mobutistes ou ex-rebelles se sont ralliés au président : Thambwe Mwamba, Ministre des affaires étrangères était mobutiste puis membre du RCD, Olivier Kamitatu, ministre du Plan et gérant les financements internationaux, était le lieutenant de Jean-Pierre Bemba, Lambert Mende, ministre de l’Information, passa par le RCD Goma. Antippas Mbusa Nyamwisi, venu du RCD-ML, ministre des affaires régionales, représente les puissants Nande du Nord Kivu, José Endundo, ministre de l’Environnement, est originaire de l’Equateur et fut lui aussi à la fois mobutiste et rebelle. Parmi ces ralliés de la 25eme heure, des hommes comme Mende ou Tambwe se montrent quelquefois plus « kabilistes » que l’intéressé lui-même…
Discret, contrôlant de nombreux réseaux d’influence, l’ancien premier ministre de Mobutu, Kengo wa Dondo, préside le Sénat. D’après la Constitution, au titre de deuxième personnage de l’Etat, il succéderait automatiquement au président en cas de disparition de ce dernier.
A ces personnalités qui évoluent sur le devant de la scène s’ajoutent, dans les coulisses, les influences familiales : la mère du président, « Maman Sifa » garde une grande autorité. Le nom de Joe frère cadet et quasi sosie de Joseph est de plus en plus cité dans des affaires douteuses, la sœur jumelle Jaynet préside la fondation Mzee Laurent Kabila et est active dans des associations humanitaires. A cette famille nucléaire s’ajoutent les innombrables oncles et cousins, vrais ou faux et souvent ingérables. Opérant généralement au Katanga, ils se prévalent de leur parenté, réelle ou supposée avec le chef de l’ Etat pour justifier des passe droits et se présenter aux hommes d’affaires comme des intermédiaires obligés…et coûteux…
« Il n’y a pas de reproduction du système Mobutu, qui était comme une araignée, au centre d’une toile tissée par d’autres » relève Gauthier de Villers « mais il n’y a pas non plus de vrai changement de la culture politique. On assiste à un renforcement des centres locaux du pouvoir, une sorte de « patrimonialisme décentralisé » où les anciens chefs de guerre se sont associés aux milieux d’affaires ».

Quel est le style du président ?

« Kabila n’est pas autoritaire comme l’était Mobutu, avec qui il n’était pas question de discuter…» assure Omasombo, « il n’exerce pas d’autorité directe mais agit via des intermédiaires et au fil du temps se révèle un fin politique, maîtrisant bien tout l’échiquier ». Le président cultive la discrétion, voire le silence. « Lorsqu’on lui soumet une idée, il ne dit pas non tout de suite. S’il se contente de murmurer « je te téléphone » on sait que c’est mal parti », relève un collaborateur. Parfois, lorsqu’il le faut, Kabila monte en ligne : pour obtenir des députés qu’ils obtiennent la démission de Vital Kamerhe, qui refusait de quitter son poste à l’Assemblée nationale, le président convoque les élus de l’AMP « sur ses terres », dans sa ferme proche de Kinshasa. A la fin de la réunion, il leur lâche brutalement « si vous ne votez pas, je dissous l’Assemblée et vous vous retrouverez au chômage ».
La lenteur est l’un des principaux défauts de la « gouvernance Kabila » : « je mets du temps à me décider, parce que je veux être juste, tenter de juger les hommes sur leurs actes et non sur des « on dit »» assure l’intéressé. « Il n’est pas sûr de lui, n’ose pas trancher rapidement» explique un ministre provincial. Un militant des droits de l’homme ajoute : « comme avec beaucoup de conseillers ou de ministres, il a partagé des affaires, il lui est difficile de se débarrasser d’eux… »
Aime-t-il l’argent ? A-t-il besoin de moyens financiers pour sa jouissance personnelle, ou pour asseoir son pouvoir ? Ses adversaires et même des amis politiques en sont persuadés : Kabila aime les affaires, il a besoin d’argent. « Mais il ne touche pas au secteur minier, dit un proche, il préfère la terre, l’ immobilier. » De fait, le ministre Vanackere a été accueilli, au sud de Lubumbashi, dans la « ferme de l’Espoir » une propriété de 300 hectares. « L’autre ferme, celle de N’Sele, près de Kinshasa, est plus belle encore » nous confie un confrère de la presse présidentielle. A Kisangani, Goma, Bukavu, Kalemié, la rumeur assure que « la présidence », c’est à dire Katumba Mwanke ou « Maman Olive » l’épouse du président, ont acheté un terrain ici, fait construire une villa là bas…Mais comment passer de la rumeur à la certitude ?
Ce qui est certain c’est que Kabila, qui ne prend guère de vacances et a peu de loisirs, à part un jogging matinal le long du fleuve ou quelques randonnées en voiture ou en moto, utilise l’argent pour consolider son pouvoir ou régler des problèmes particuliers. « Il m’a fait confiance et a financé lui-même l’opération « des armes contre des tôles » ou « des armes contre des vélos » assure le pasteur Mulunda Ngoy, qui a mené avec succès des opérations de collecte d’armes à Lubumbashi, Kinshasa et au Kivu, mal vues par la Monuc qui se faisait « dribbler ». A tout moment, à l’instar de Mobutu ou d’autres chefs d’Etat africains, « la présidence » est sollicitée pour régler des problèmes de transport, de frais médicaux. Comme ces montants ne sont pas budgétisés, des mésaventures sont possibles : un conseiller s’est fait éconduire parce que, chargé de transmettre une enveloppe à la fille d’un ancien homme politique, il y avait prélevé quelques milliers de dollars. Lorsque la bénéficiaire envoya un SMS au président pour le remercier de la somme reçue, ce dernier vit que le montant initial avait été amputé durant le transport…
Si la croissance économique se confirme (2,9%) elle demeure plombée par la faiblesse du secteur formel : « 16 milliards de dollars circulent en dehors du circuit bancaire » relevait récemment un rapport du Sénat. Autrement dit, l’argent circule de la main à la main, ou est transféré via Western Union, qui a ouvert des agences dans toutes les villes. Mais surtout, le relèvement de l’économie est hypothéqué par la corruption générale du système. « Même pour obtenir une audience avec le chef de l’Etat, il faut payer les intermédiaires» constate un homme d’affaires, qui se demande si l’intéressé est au courant de ces pratiques…
« Il devrait frapper son entourage ; si l’exemple ne vient pas d’en haut, on n’avancera pas » assure un observateur kinois. Dans la capitale d’ailleurs, les « tracasseries » se multiplient, où policiers et militaires tentent d’extorquer « un café » dans le meilleur des cas, ou une amende, plus ou moins salée selon la tête (blanche ou noire..) du client, avec à leur décharge le fait que bien souvent ils n’ont pas été payés.
Au milieu de ces «écuries d’Augias », de ce pays miné par la corruption à tous les niveaux, Kabila tente parfois de faire le ménage. Il proclame « tolérance zéro » face aux méfaits des militaires, vient de remplacer 300 magistrats et d’en promouvoir 2000 autres, dont 1000 seront immédiatement opérationnels. Mais s’abstient-il lui –même de demander au gouverneur de la banque centrale, l’inamovible Jean-Claude Masangu, de consentir à des décaissements non programmés ? Tout Kinshasa se répète une anecdote qui en dit long, où deux escrocs, imitant la voix et l’accent du président, ordonnent au gouverneur de leur livrer une somme importante. Méfiant, Masangu finit par leur tendre un piège et les démasquer…

Le commandant en chef de l’armée est il responsable des exactions commises par ses troupes ?

Issue des accords de Sun City, l’armée affichait, en 2003, quelque 340.000 hommes : des vétérans de l’armée de Mobutu, parmi lesquels des officiers bien formés et de vieux soldats méritant la retraite, des rebelles venus du Kivu, de l’Equateur, de la Province Orientale des Mai Mai du Kivu, des enfants soldats. Et aussi quelque 100.000 soldats fantômes, dont les commandants déclaraient l’existence et percevaient la solde, mais n’existaient que sur papier…
Des commandants de forces rebelles se sont retrouvés à de hautes fonctions, comme le général Amisi, un ancien compagnon de Nkunda, aujourd’hui commandant de l’armée de terre et… très fortuné président du club de football Vita Club. L’an dernier encore, le général Bosco Ntaganda, le bras droit de Laurent Nkunda, a été placé à la tête des opérations militaires au Kivu après avoir désavoué le chef rebelle. Refusant d’exécuter le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, Kabila déclarait : « pour le moment, je préfère la paix à la justice ». Un an plus tard, Bosco Ntaganda a perdu beaucoup de son autorité et une arrestation éventuelle ne représenterait plus un casus belli.
La réforme du secteur de sécurité prévoyait le dénombrement des effectifs réels, la démobilisation, le brassage des militaires de diverses provenances, la création de forces de réaction rapides et, parallèlement, le cantonnement des unités brassées dans des casernes. La Belgique, l’Afrique du Sud, l’Angola et aujourd’hui les Américains, à Kisangani s’engagèrent dans la formation des nouvelles unités intégrées, mais l’efficacité des troupes a toujours été proportionnelle au versement des soldes, insuffisant et souvent irrégulier. Les 18.000 hommes de la garde républicaine, autrefois appelée garde présidentielle, plus efficaces et mieux formés, sont quelquefois considérés comme la milice privée du président.
Les opérations militaires menées au Nord et au Sud Kivu, qui forcèrent de nombreux Hutus à regagner le Rwanda (plus de 2000 en un an) furent unanimement critiquées par la « communauté humanitaire ». « La guerre est loin d’être terminée » assure Oxfam, qui dénonce, comme Amnesty et Human Rights Watch, les agressions, viols et extorsions commis par les nouvelles unités intégrées où se retrouvent d’anciens Mai Mai et des hommes de Nkunda, tandis que les rebelles hutus rwandais des FDLR se livrent également à des représailles.

Kabila est-il violent ou non violent ?

« Pour tenter de régler le problème posé par les FDLR, il a d’abord essayé la négociation, et a demandé l’aide de la communauté romaine de Sant’Egidio » relève le Jésuite Rigoberto Minani, l’un des négociateurs. « Ce n’est qu’en dernier lieu qu’il recourt à la force ».
Au lendemain des élections de 2006, le jeune homme conciliant laisse cependant tomber le masque. Lors de sa prestation de serment, il annonce « la fin de la récréation ». Trois mois plus tard, les milices que son rival Bemba refusait de désarmer à Kinshasa sont dispersées au terme de trois jours d’affrontements qui feront des centaines de morts parmi lesquels de nombreux civils. La garde présidentielle, au cœur de la Gombe, le quartier résidentiel, tire à l’arme lourde, même des ambassades sont touchées. Bemba s’enfuit, Kin la frondeuse est traumatisée par les cadavres jetés sur le Boulevard et que nul ne ramasse: « Il est bon que les Kinois à leur tour découvrent le visage de la guerre » déclare un conseiller de Kabila. « Usage excessif de la force » dénoncent les défenseurs des droits de l’homme et les Nations unies, dont les Casques bleus ne sont pas intervenus.
Lorsque la secte Bundu Dia Kongo, dans le Bas Congo, s’attaque à de symboles de l’autorité de l’Etat (des policiers sont brûlés vifs, des municipalités détruites), ce début d’insurrection est suivi de près par le Congo Brazzaville et l’Angola, qui redoutent le réveil de l’irrédentisme kongo. Raus Chalwe, commandant de la police et vieux compagnon de route du père Kabila, assure qu« il s’agissait de mater une insurrection » et fait donner la troupe. Les morts se compteront par centaines.
Contre ceux qu’il considère comme des ennemis personnels, le « chef » a la dent dure.
Reconnus coupables de l’assassinat du père du président, Laurent Désiré Kabila, et condamnés à mort par la Cour Militaire, 52 détenus, dont l’ancien conseiller spécial Nono Lutula, sont toujours détenus à Makala dans des conditions très difficiles et espèrent une amnistie à l’occasion du 30 juin. Firmin Yangambi, un avocat de Kisangani, militant des droits de l’homme, qui avait voulu se présenter aux élections présidentielles, a été accusé de vouloir préparer un coup d’Etat et est lui aussi condamné à mort. Depuis sa prison, il clame son innocence et nous écrit : « la vraie raison de ma condamnation, c’est que j’ai défié le président, il m’a considéré comme un rival…». Sait-il que, durant plus d’un an, c’est Kabila lui-même qui l’a piégé, le faisant suivre par son aide de camp personnel jusqu’à ce que l’avocat soit découvert en possession d’armes et de Motorola ?

Qui est de taille à s’opposer à Kabila ?

Le départ de Jean-Pierre Bemba pour la Haye, où il est entre les mains de la Cour pénale internationale, a décapité l’opposition officielle. L’ancien « chairman » demeurant en contact avec ses partisans, le MLC n’a pas encore présenté de relève et son secrétaire général François Mwamba est jugé peu offensif pour le pouvoir. L’UDPS, le parti de Tshisekedi compte revenir dans le jeu politique, mais son leader étant très malade, elle n’a pas encore présenté de relève. Depuis les Etats Unis, le docteur Kashala assure qu’il se présentera comme candidat à la présidence, mais aura-t-il les moyens d’affronter les réseaux du président ? En 2006, il n’avait même pas été autorisé à mener campagne en province…
Au sein du camp présidentiel, un « challenger » potentiel comme Moïse Katumbi, le très populiste gouverneur du Katanga, assure que, s’il n’a pas quitté la politique d’ici là, il se réserve pour « le tour suivant »et fera tout pour qu’en 2011 Kabila obtienne un second mandat. Quant à Vital Kamerhe, ancien brillant président de l’Assemblée nationale, qui mena campagne pour Kabila en 2006, il est à présent sur la touche. S’il n’a pas les moyens de concourir en 2011, il se réservera lui aussi pour le tour suivant.
Les élections, prévues pour 2011, auront elles lieu ? « Rien ne se prépare » redoute Jean Omasombo, « on se demande même comment seront organisées les élections locales » Pierre Lumbi, conseiller spécial du président, ne partage pas ces inquiétudes : « les élections auront lieu à la date prévue, on ne change pas les règles du jeu pendant le match, il faut que la démocratie prenne racine ? » Le politologue Bob Kabamba (ULg)confirme : «le Congo va trouver de nouvelles sources de financement, comme les redevances téléphoniques, les élections auront bien lieu comme prévu… »
Le directeur du Potentiel, Freddy Mulumba l’assure : « les titres se multiplient, la presse est vraiment libre d’écrire ce qu’elle veut… »…Les associations professionnelles de journalistes, comme Journalistes en danger relèvent cependant que plusieurs journalistes, dont deux journalistes de Radio Okapi à Bukavu, ont été assassinés par des « hommes en armes », qu’à Beni un cameraman vient d’être abattu à bout portant, que d’autres confrères sont intimidés par des SMS, des appels téléphoniques, que le signal de RFI a été coupé par le ministre de l’Information Lambert Mende…La plupart des observateurs et des militants des droits de l’homme estiment que le pouvoir se resserre et se durcit ; « On se demande si Lambert Mende, ministre de l’Information et porte parole du gouvernement, n’est pas chargé de traduire tout haut ce que penserait Kabila » se demande Jean Omasombo. Mende ne se prive pas : il fustige Human Rights Watch qui critique le comportement de l’armée, s’en prend aux organisations de la société civile congolaise qui regrettent déjà le départ programmé de la Monuc.
En janvier, Kabila l’avait promis : en plus de voir se développer les grands chantiers de la reconstruction, 2010 sera l’année du social. Il y a urgence en effet : 80% de la population vit avec moins de un dollar par jour, le budget de l’éducation ne dépasse pas 7,5% des dépenses de l’Etat, le pays ne compte que 11 médecins pour 100.000 habitants. Dans les hôpitaux, les familles des malades paient le personnel et les médicaments. Les mauvais payeurs, des malades guéris, des accouchées qui n’ont pu payer la sage femme, sont retenus en otages, quelquefois durant des semaines, jusqu’à ce que la famille réunisse la somme nécessaire. Dans ce secteur aussi, Kabila compte sur l’aide chinoise : l’un des plus grands hôpitaux d’Afrique va être construit à Kinshasa, 145 centres de santé devraient voir le jour.
Si le social reste à la traîne, les nouvelles routes contribuent déjà au relèvement du commerce : désormais reliée à l’Ouganda, Kisangani renaît, une autoroute mène de Lubumbashi à la frontière zambienne, cinq heures suffisent, depuis Kinshasa pour gagner le Bandundu. Partout ces nouveaux axes de communication suscitent des vocations commerciales et à Bukavu, un homme nous assure : « je voterai Kabila, car il est le seul à avoir construit quelque chose, il faut le laisser continuer…»
A l’occasion du 50ème anniversaire, le président refuse les grandes fêtes et recommande l’introspection : «il veut que nous fassions un bilan, d’où nous venons, ce que nous avons fait »explique le cinéaste Balufu Kanyinda, qui ajoute : « c’est une chance pour nous que Joseph Kabila, qui a connu l’exil en Tanzanie, n’a jamais été un « Zaïrois », contaminé par le mobutisme. »
Puisse-t-il ne pas être abusé par les courtisans qui le traitent déjà de « raïs » et ne jamais être le président-fondateur du « kabilisme »…

 

 

 

http://blogs.lesoir.be/colette-braeckman/

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 21:25

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Quand il était évêque d’Evreux, Jacques Gaillot avait accueilli un prêtre pédophile. Alors que l’Eglise est secouée par des affaires d’abus sexuels, il fait son mea culpa.

Consacré prêtre en 1961, puis évêque d’Evreux (Eure) en 1982, Mgr Jacques Gaillot a été destitué par Rome en 1995, en raison de ses prises de position en faveur des exclus et contre les lois Pasqua sur l’immigration. Nommé évêque de Partenia, diocèse situé dans la région de Sétif (Algérie)… disparu au V e siècle, il symbolise aujourd’hui une certaine liberté de parole.

 PROPOS RECUEILLIS PAR ELISABETH FLEURY

Alors que l’Eglise catholique est secouée par une succession de scandales pédophiles, ce prélat de 75 ans a accepté de nous raconter comment il a lui-même ouvert la porte de son diocèse, il y a vingt ans, à un prêtre pédophile condamné au Canada. Jugé en 2005 devant la cour d’assises de l’Eure pour des faits commis en France à partir de 1988, Denis Vadeboncoeur a écopé de douze années de réclusion criminelle.

 

En 1987, alors que vous êtiez évêque d’Evreux, vous avez accueilli dans votre diocèse un prêtre canadien qui avait purgé une peine de vingt mois de prison pour pédophilie. Pourquoi ?


MGR GAILLOT. A l’époque, l’Eglise fonctionnait ainsi. On rendait service. On vous demandait d’accueillir un prêtre indésirable et vous l’acceptiez. C’est ce que j’ai fait, il y a plus de vingt ans. C’était une erreur.

 

Vous connaissiez les raisons de sa condamnation ?


Très vaguement. Je savais surtout qu’il avait fait un an de thérapie et qu’il était chaudement recommandé par des laïcs ainsi que par son supérieur canadien. Dans la lettre où il me demandait de l’accueillir, ce dernier avait évoqué sa condamnation et avait écrit : « Si vous souhaitez en savoir plus, on vous dira. » Je n’ai pas donné suite.

 

Vous ne vous êtes pas posé de question ?


Je n’avais pas très envie que Denis Vadeboncoeur exerce dans mon diocèse mais, en même temps, je n’ai pas cherché à en savoir plus sur lui. Pendant six mois, il était parmi nous, sans attribution précise. Il rendait service, donnait des coups de main à droite ou à gauche, nouait des contacts. Les gens le trouvaient très sympa. Je me suis dit qu’on pouvait lui faire confiance. J’ai proposé au conseil épiscopal de le nommer curé. C’est ma deuxième erreur.

 

A ce moment-là, pourtant, vous n’ignorez plus rien de son passé...


Le supérieur canadien m’avait envoyé une deuxième lettre dans laquelle il détaillait ce que Vadeboncoeur avait commis là-bas. Le problème, c’est que cette lettre m’est parvenue tardivement. Entre-temps, il avait su se faire apprécier et était devenu très populaire.

 

Qu’avez-vous fait en recevant cette lettre ?


Je suis allé le voir. Nous en avons parlé. Il m’a dit qu’il s’était soigné, qu’il avait changé, qu’il s’en était sorti. Je l’ai cru. J’avais envie de lui donner sa chance. Je n’imaginais pas qu’il puisse être un pervers.

 

Avec du recul, que pensez-vous de cette affaire ?


Je n’aurais jamais dû l’accueillir. On n’aurait jamais dû me le proposer. Je n’aurais jamais dû le nommer curé. Mais cette prise de conscience a été tardive. Quand, en 1995, j’ai été limogé par Rome en raison de mes prises de position contre les lois Pasqua, j’ignorais qu’il avait recommencé. Avant de partir, j’ai simplement signalé à mon successeur que ce prêtre-là avait un dossier lourd et qu’il fallait veiller sur lui. Les premières plaintes des victimes ont été déposées cinq ans plus tard. Mon successeur l’a alors convaincu de se rendre à la justice et l’a lui-même accompagné au commissariat.

 

Et quand vous avez appris ce qu’il avait fait dans votre diocèse...


Je suis tombé de haut. Cela a été une grande déception de penser que ce prêtre avait eu une double vie. Il allait à plein de réunions avec des prêtres, il participait à des tas d’activités. Personne ne m’avait rien dit. Personne ne s’en était plaint.

Vous avez été entendu comme témoin à son procès. Un moment difficile ?
Oui. A la barre, j’ai fait profil bas.

 

Cela pourrait-il se reproduire aujourd’hui ?


Je ne crois pas. Dans l’Eglise, les choses ont changé. Maintenant, on s’en remet à la justice. On sort, peu à peu, de cette culture du secret. On est dans une démarche de vérité et on ne perd plus de temps. Si un prêtre est mis en cause, on fait prévaloir le principe de précaution : on le suspend, sans le condamner, en attendant le jugement. C’est un chemin difficile, auquel on n’était pas habitué. Mais il est nécessaire.

 

Cette crise peut-elle être salutaire pour l’Eglise ?


Oui, à condition qu’elle s’en saisisse pour interroger le fonctionnement même de l’institution. Célibat des prêtres, homosexualité, préservatif, avortement, place de la femme : sur toutes ces questions, l’Eglise est en retard, en porte-à-faux vis-à-vis de la société. Malheureusement, je n’ai pas l’impression que la démarche du Vatican aille dans ce sens. Et, du coup, cette crise ne fait que jeter le discrédit sur tous les prêtres.

 




Le Parisien

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 21:19

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Le pugilat médiatique entre Cecile Duflot, cheftaine du parti des Verts et Daniel Cohn-Bendit, patron d’Europe Ecologie pour le partage du gâteau écolo a repris de plus belle. Récit d’une guerre bio.

C’est un emblème trompeur. La fleur de tournesol des Verts n’avait plus vu le soleil depuis trois ans. Une grisaille politique à la suite du 1,57 % de Dominique Voynet à la présidentielle de 2007 et aux trois maigres députés élus dans la foulée. Par bonheur, le parti écolo s’est récemment trouvé un nouvel astre brillant, Europe Écologie (EE), né en octobre 2008.

Verts à vif

Le doublé d’EE aux européennes de juin 2009 (16 %) et aux régionales de mars dernier (12,5 %) a en effet jeté les ponts d’une union sacrée : créer un nouveau parti rassemblant les deux formations majeures de la mouvance écolo. Mais, comme souvent chez les écolos, rien n’est simple. Pour les Verts, structurés en véritable parti depuis vingt-cinq ans, il est impensable de se laisser dévorer par le fourre-tout de Dany Cohn- Bendit – un mélange d’associatifs, de politiques et de sympathisants. Pour EE, justement, hors de question de laisser les commandes à des Verts engoncés dans des manoeuvres d’appareil.

Pour mémoire, lors de l’investiture de Cécile Duflot à la tête du parti, en 2006, son compagnon de l’époque, l’actuel numéro deux des Verts Jean-Vincent Placé, avait tenu ces délicats propos : « T’as vu qui est secrétaire nationale ? Ma meuf ! C’est moi le patron. » Or, aujourd’hui, l’homme fort, c’est bien Cohn- Bendit. Et Dany ne compte pas donner les clés de la nouvelle maison aux apparatchiks que sont Jean-Vincent Placé, Jean- Marc Brûlé et Dominique Voynet, aux rênes du parti. Dany, passé du rouge au vert, se souvient de sa précédente tentative de secouer l’appareil après les européennes de 1999, où Voynet lui avait gentiment soufflé : « Maintenant tu t’en vas, on te paye un billet aller simple pour Francfort. » Ce coup ci, « elle a été mise à l’écart, on ne l’a pas vue, sauf au premier meeting organisé à Montreuil », soupire un membre de la direction de campagne des régionales.

 

 

Pourtant, Cohn-Bendit ne fait pas l’unanimité. Un élu vert de Corbeil-Essonnes, Jacques Picard, lui reproche son absence en période de vaches maigres : « Entre 2002 et 2010, Dany n’était pas là, il ne s’est pas coltiné le trou noir. » Placé, lui, n’a pas hésité à railler le folklore d’EE : « Vous, c’est Désir d’avenir ; nous, on est la colonne vertébrale et le chéquier. » Une allusion à l’échec d’Europe Écologie de récolter 1 million d’euros avant le 1er janvier 2010 par des cotisations d’adhérents – à peine 100 000 euros ont été perçus. Un revers que le frondeur Gabriel Cohn-Bendit, frère de Dany, impute aux Verts : « Ils ont toujours tout bloqué, et Placé a toujours refusé qu’on ait nos propres sources de financement car il voulait que tout ça se passe après 2012. » Dans cette guéguerre des biomen, Placé est surnommé le « Staline vert » par les proches de Gaby, pour sa réputation de négociateur endurci. Selon une huile de son propre parti, Placé renvoie l’image d’un homme « plus intéressé par son poste de sénateur que par l’avenir d’Europe Écologie ». Ce que Claude Bartolone, envoyé PS face à lui lors de la fusion des listes du second tour des régionales, avait courtoisement rappelé : « Son poste de sénateur, il peut aller se faire voir. »

Le conseil national des Verts des 27 et 28 mars permit de préparer le « dépassement » des deux organisations écolos. « Duflot n’a rien dit sur le fond parce qu’elle a le cul entre deux chaises », rapporte un proche de Noël Mamère. À savoir, pour la secrétaire nationale des Verts, comment tirer profit du succès d’EE sans perdre la tête du parti. Et Duflot de noyer le poisson d’une formule inspirée : « Ni la dissolution ni le repli, mais la transmutation. » « Elle prendra le sillon et évitera la vague, c’est comme ça qu’elle dure », jure un collaborateur de l’Assemblée nationale. « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! » a conclu, ironique, Patrick Farbiaz d’Europe Écologie. Elle est belle, la billot-diversité !

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 20:57

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Karl Marx

LENINE

Biographie

Karl Marx naquit le 5 mai 1818 à Trèves (Prusse rhénane). Son père, un avocat israélite, se convertit en 1824 au protestantisme. Aisée et cultivée, sa famille n'était pas révolutionnaire. Après avoir terminé le Lycée de Trèves, Marx entra à l'Université de Bonn, puis à celle de Berlin; il y étudia le droit, mais surtout l'histoire et la philosophie. En 1841, il achevait ses études en soutenant une thèse de doctorat sur la philosophie d'Epicure. A cette époque, ses conceptions faisaient encore de Marx un idéaliste hégélien. A Berlin, il fit partie du cercle des "hégéliens de gauche" (comprenant, entre autres, Bruno Bauer), qui cherchaient à tirer de la philosophie de Hegel des conclusions athées et révolutionnaires.

A sa sortie de l'université, Marx se fixa à Bonn, où il comptait devenir professeur. Mais la politique réactionnaire d'un gouvernement qui avait retiré sa chaire à Ludwig Feuerbach en 1832 lui avait de nouveau refusé l'accès à l'université en 1836 et, en 1841, avait interdit au jeune professeur Bruno Bauer de donner des conférences à Bonn, obligea Marx à renoncer à une carrière universitaire. A cette époque, le développement des idées de l'hégélianisme de gauche faisait de très rapides progrès en Allemagne. Ludwig Feuerbach commence, surtout à partir de 1836, à critiquer la théologie et à s'orienter vers le matérialisme qui, en 1841, l'emporte chez lui entièrement (Essence du christianisme); en 1843 paraissent ses Principes de la philosophie de l'avenir. "Il faut avoir éprouvé soi-même l'action libératrice" de ces livres, écrivait plus tard Engels à propos de ces ouvrages de Feuerbach. "... nous [c'est-à-dire les hégéliens de gauche, Marx y compris] fûmes tous d'emblée des <feuerbachiens>". A cette époque, les bourgeois radicaux de Rhénanie, qui avaient certains points de contact avec les hégéliens de gauche, fondèrent à Cologne un journal d'opposition, la Gazette rhénane (qui parut à partir du 1er janvier 1842). Marx et Bruno Bauer y furent engagés comme principaux collaborateurs et, en octobre 1842, Marx en devint le rédacteur en chef; il quitta alors Bonn pour Cologne. Sous la direction de Marx, la tendance démocratique révolutionnaire du journal s'affirma de plus en plus, et le gouvernement, après avoir soumis le journal à une double et même triple censure, décida ensuite, le 1er avril 1843, de le suspendre complètement. A cette date, Marx se vit obligé de quitter son poste de rédacteur, mais son départ ne sauva pas le journal, qui fut interdit en mars 1843. Au nombre des articles les plus importants que Marx publia dans la Gazette rhénane, en plus de ceux qui sont indiqués plus loin (voir Bibliographie), Engels cite un article sur la situation des vignerons de la vallée de la Moselle. Son activité de journaliste avait montré à Marx que ses connaissances en économie politique étaient insuffisantes, aussi se mit-il à étudier cette discipline avec ardeur.

En 1843, Marx épousa à Kreuznach Jenny von Westphalen, une amie d'enfance, à laquelle il s'était fiancé alors qu'il poursuivait encore ses études. Sa femme était issue d'une famille aristocratique réactionnaire de Prusse. Le frère aîné de Jenny von Westphalen fut ministre de l'Intérieur en Prusse à l'une des époques les plus réactionnaires: 1850-1858. A l'automne 1843, Marx se rendit à Paris pour éditer à l'étranger une revue radicale avec Arnold Ruge (1802-1880; hégélien de gauche, emprisonné de 1825 à 1830 et émigré après 1848; bismarckien après 1866-1870). Seul parut le premier fascicule de cette revue intitulée les Annales franco-allemandes dont la publication s'arrêta par suite des difficultés de diffusion clandestine en Allemagne et de divergences avec Ruge. Dans ses articles publiés par cette revue, Marx nous apparaît déjà comme un révolutionnaire qui proclame "la critique implacable de tout ce qui existe" et en particulier la "critique des armes", et fait appel aux masses et au prolétariat.

En septembre 1844, Friedrich Engels vint à Paris pour quelques jours, et devint dès lors l'ami le plus intime de Marx. Tous deux prirent part à la vie intense qui était à l'époque celle des groupes révolutionnaires de Paris (particulièrement importante était alors la doctrine de Proudhon, à qui Marx régla catégoriquement son compte dans Misère de la philosophie, parue en 1847) et, combattant avec âpreté les diverses doctrines du socialisme petit-bourgeois, ils élaborèrent la théorie et la tactique du socialisme prolétarien révolutionnaire, ou communisme (marxisme). Voir plus loin (Bibliographie) les oeuvres de Marx à cette époque, 1844-1848. En 1845, sur la requête du gouvernement prussien, Marx fut expulsé de Paris comme révolutionnaire dangereux. Il s'installa à Bruxelles. Au printemps 1847, Marx et Engels s'affilièrent à une société secrète, la "Ligue des communistes", et jouèrent un rôle de premier plan au IIe Congrès de cette Ligue (Londres, novembre 1847). A la demande du Congrès, ils rédigèrent le célèbre Manifeste du Parti communiste, publié en février 1848. Cet ouvrage expose avec une clarté et une vigueur remarquables la nouvelle conception du monde, le matérialisme conséquent étendu à la vie sociale, la dialectique, science la plus vaste et la plus profonde de l'évolution, la théorie de la lutte des classes et du rôle révolutionnaire dévolu dans l'histoire mondiale au prolétariat, créateur d'une société nouvelle, la société communiste.

Lorsque éclata la Révolution de Février 1848, Marx fut expulsé de Belgique. Il revint à Paris qu'il quitta après la Révolution de Mars, pour retourner en Allemagne et se fixer à Cologne. C'est là que parut, du 1er juin 1848 au 19 mai 1849, la Nouvelle Gazette rhénane dont Marx fut rédacteur en chef. La théorie nouvelle se trouva brillamment confirmée par le cours des événements révolutionnaires de 1848-1849, et ensuite par tous les mouvements prolétariens et démocratiques dans tous les pays du monde. La contre-révolution victorieuse traduisit Marx en justice (il fut acquitté le 9 février 1849), puis l'expulsa d'Allemagne (le 16 mai 1849). Il se rendit d'abord à Paris, d'où il fut également expulsé après la manifestation du 13 juin 1849, puis à Londres, où il vécut jusqu'à la fin de ses jours.

Les conditions de cette vie d'émigré étaient extrêmement pénibles, comme le révèle clairement la correspondance entre Marx et Engels (éditée en 1913). Marx et sa famille étaient écrasés par la misère; sans l'appui financier constant et dévoué d'Engels, non seulement Marx n'aurait pu achever Le Capital, mais il aurait même fatalement succombé à la misère. En outre, les doctrines et les courants prédominants du socialisme petit-bourgeois, du socialisme non prolétarien en général, obligeaient Marx à mener en permanence une lutte implacable, à parer parfois les attaques personnelles les plus furieuses et les plus odieuses (Herr Vogt). Se tenant à l'écart des cercles d'émigrés, Marx élabora dans une série de travaux historiques (voir Bibliographie) sa théorie matérialiste, en s'appliquant surtout à l'étude de l'économie politique. Il révolutionna cette science (voir plus loin la doctrine de Marx) dans ses ouvrages Contribution à la critique de l'économie politique (1859) et Le Capital (livre I, 1867).

La recrudescence des mouvements démocratiques, à la fin des années 50 et dans les années 60, amena Marx à reprendre une activité pratique. En 1864 (le 28 septembre) fut fondée à Londres la célèbre Ire Internationale, l'"Association internationale des Travailleurs". Marx en était l'âme; il est également l'auteur de sa première "Adresse" et d'un grand nombre de résolutions, de déclarations et de manifestes. En unissant le mouvement ouvrier des divers pays, en cherchant à orienter dans la voie d'une activité commune les différentes formes du socialisme non prolétarien, prémarxiste (Mazzini, Proudhon, Bakounine, le trade-unionisme libéral anglais, les oscillations vers la droite des lassalliens en Allemagne, etc.), en combattant les théories de toutes ces sectes et écoles, Marx forgea une tactique unique pour la lutte prolétarienne de la classe ouvrière dans les divers pays. Après la chute de la Commune de Paris (1871), dont il donna une appréciation révolutionnaire si profonde, si juste, si brillante et si efficace (La Guerre civile en France, 1871), et à la suite de la scission de l'Internationale provoquée par les bakouninistes, il fut impossible à cette dernière de subsister en Europe. Après le Congrès de l'Internationale à La Haye (1872), Marx fit accepter le transfert du Conseil général de l'Internationale à New York. La Ire Internationale avait accompli sa mission historique et cédait la place à une époque de croissance infiniment plus considérable du mouvement ouvrier dans tous les pays, caractérisée par son développement en extension, par la formation de partis socialistes ouvriers de masse dans le cadre des divers Etats nationaux.

Son activité intense dans l'Internationale et ses travaux théoriques qui exigeaient des efforts plus intenses encore ébranlèrent définitivement la santé de Marx. Il continua à renouveler l'économie politique et à rédiger Le Capital, en rassemblant une foule de documents nouveaux et en étudiant plusieurs langues (le russe par exemple), mais la maladie l'empêcha de terminer Le Capital.

Le 2 décembre 1881, sa femme mourut. Le 14 mars 1883, Marx s'endormit paisiblement, dans son fauteuil, du dernier sommeil. Il fut enterré avec sa femme au cimetière de Highgate, à Londres. Plusieurs enfants de Marx moururent tout jeunes, à Londres, alors que la famille souffrait d'une grande misère. Ses trois filles épousèrent des socialistes d'Angleterre et de France; ce sont: Eléonore Eveling, Laura Lafargue et Jenny Longuet, dont le fils est membre du Parti socialiste français.

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 20:31

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Karl Marx

LENINE

La Doctrine de Marx

Le marxisme est le système des idées et de la doctrine de Marx. Marx a continué et parachevé de façon géniale les trois principaux courants d'idées du XIXe siècle, qui appartiennent aux trois pays les plus avancés de l'humanité: la philosophie classique allemande, l'économie politique classique anglaise et le socialisme français, lié aux doctrines révolutionnaires françaises en général. La logique et l'unité remarquables des idées de Marx (qualités reconnues même par ses adversaires), dont l'ensemble constitue le matérialisme et le socialisme scientifique contemporains en tant que théorie et programme du mouvement ouvrier de tous les pays civilisés, nous obligent à faire précéder l'exposé du contenu essentiel du marxisme, la doctrine économique de Marx, d'un bref aperçu de sa conception générale du monde.

LE MATERIALISME PHILOSOPHIQUE

Depuis 1844-1845, époque où se formèrent ses idées, Marx était matérialiste; il subit, en particulier, l'influence de L. Feuerbach, dont les seules faiblesses, à ses yeux, résidaient dans l'insuffisance de logique et d'ampleur de son matérialisme. Pour Marx, l'importance historique de Feuerbach, qui "fit époque", tenait à sa rupture décisive avec l'idéalisme de Hegel et à son affirmation du matérialisme. Celui-ci, dès le XVIIIe siècle, notamment en France, ne fut pas seulement une lutte contre les institutions politiques existantes, ainsi que contre la religion et la théologie, mais... contre toute métaphysique" [prise dans le sens de "spéculation enivrée" par opposition à la "philosophie raisonnable"] (La Sainte Famille dans le Literarischer Nachlaß). "Pour Hegel, écrivait Marx, le mouvement de la pensée, qu'il personnifie sous le nom de l'idée, est le démiurge (le créateur) de la réalité... Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n'est que le reflet du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l'homme" (Le Capital, livre 1, postface de la deuxième édition). En parfait accord avec cette philosophie matérialiste de Marx, F. Engels, en l'exposant dans l'Anti-Dühring (dont Marx avait lu le manuscrit), écrivait: "L'unité du monde ne consiste pas en son Etre ... L'unité réelle du monde consiste en sa matérialité, et celle-ci se prouve... par un long et laborieux développement de la philosophie et de la science de la nature... Le mouvement est le mode d'existence de la matière. Jamais, et nulle part, il n'y a eu de matière sans mouvement, et il ne peut y en avoir... Mais si l'on demande ensuite ce que sont la pensée et la conscience et d'où elles viennent, on trouve qu'elles sont des produits du cerveau humain et que l'homme est lui-même un produit de la nature, qui s'est développé dans et avec son milieu; d'où il résulte naturellement que les productions du cerveau humain, qui en dernière analyse sont aussi des produits de la nature, ne sont pas en contradiction, mais en conformité avec l'ensemble de la nature." "Hegel était idéaliste, ce qui veut dire qu'au lieu de considérer les idées de son esprit comme les reflets [dans l'original: Abbilder, parfois Engels parle de "reproduction"] plus ou moins abstraits des choses et des processus réels, il considérait à l'inverse les objets et leur développement comme de simples copies réalisées de l'"Idée" existant on ne sait où dès avant le monde." Dans son Ludwig Feuerbach, livre où il expose ses propres idées et celles de Marx sur la philosophie de Feuerbach, et qu'il n'envoya à l'impression qu'après avoir relu encore une fois le vieux manuscrit de 1844-1845 écrit en collaboration avec Marx sur Hegel, Feuerbach et la conception matérialiste de l'histoire, Engels écrit: "La grande question fondamentale de toute philosophie, et spécialement de la philosophie moderne, est celle ... du rapport de la pensée à l'être, de l'esprit à la nature... la question de savoir quel est l'élément primordial, l'esprit ou la nature... Selon qu'ils répondaient de telle ou telle façon à cette question, les philosophes se divisaient en deux grands camps. Ceux qui affirmaient le caractère primordial de l'esprit par rapport à la nature, et qui admettaient, par conséquent, en dernière instance, une création du monde de quelque espèce que ce fût... formaient le camp de l'idéalisme. Les autres, qui considéraient la nature comme l'élément primordial, appartenaient aux différentes écoles du matérialisme." Tout autre emploi des notions d'idéalisme et de matérialisme (au sens philosophique) ne fait que créer la confusion. Marx repoussait catégoriquement non seulement l'idéalisme, toujours lié d'une façon ou d'une autre à la religion, mais aussi le point de vue, particulièrement répandu de nos jours, de Hume et de Kant, l'agnosticisme, le criticisme, le positivisme sous leurs différents aspects, considérant ce genre de philosophie comme une concession "réactionnaire" à l'idéalisme et, dans le meilleur des cas, comme "une façon honteuse d'accepter le matérialisme en cachette, tout en le reniant publiquement". Voyez à ce propos, outre les ouvrages d'Engels et de Marx que nous venons de citer, la lettre de Marx à Engels en date du 12 décembre 1868, où il parle d'une intervention du célèbre naturaliste T. Huxley. Constatant que ce dernier s'est montré "plus matérialiste" que d'ordinaire et a reconnu que, tant que "nous observons et pensons réellement, nous ne pouvons jamais sortir du matérialisme", Marx lui reproche d'avoir "ouvert une porte dérobée" à l'agnosticisme et à la théorie de Hume. Il importe surtout de retenir l'opinion de Marx sur le rapport entre la liberté et la nécessité. "La nécessité n'est aveugle que dans la mesure où elle n'est pas comprise... La liberté est l'intellection de la nécessité" (F. Engels dans l'Anti-Dühring); autrement dit, elle consiste à reconnaître l'existence de lois objectives de la nature et la transformation dialectique de la nécessité en liberté (de même que la transformation de la "chose en soi", non connue, mais connaissable, en une "chose pour nous", de l'"essence des choses" en "phénomènes"). Selon Marx et Engels, le défaut essentiel de l'"ancien" matérialisme, y compris celui de Feuerbach (et à plus forte raison du matérialisme "vulgaire" de Büchner-Vogt-Moleschott), tenait au fait que: 1) ce matérialisme était "essentiellement mécaniste" et ne tenait pas compte du développement moderne de la chimie et de la biologie (de nos jours, il conviendrait d'ajouter encore: de la théorie électrique de la matière); 2) l'ancien matérialisme n'était ni historique ni dialectique (mais métaphysique dans le sens d'antidialectique) et n'appliquait pas le point de vue de l'évolution d'une façon systématique et généralisée; 3) il concevait l'"être humain" comme une abstraction et non comme "l'ensemble de tous les rapports sociaux" (concrètement déterminés par l'histoire), et ne faisait par conséquent qu'"interpréter" le monde alors qu'il s'agissait de le "transformer", c'est-à-dire qu'il ne saisissait pas la portée de l'"activité pratique révolutionnaire".

LA DIALECTIQUE

Marx et Engels voyaient dans la dialectique de Hegel, doctrine la plus vaste, la plus riche et la plus profonde de l'évolution, une immense acquisition de la philosophie classique allemande. Tout autre énoncé du principe du développement, de l'évolution, leur paraissait unilatéral, pauvre, déformant et mutilant la marche réelle de l'évolution (souvent marquée de bonds, de catastrophes, de révolutions) dans la nature et dans la société. "Marx et moi, nous fûmes sans doute à peu près seuls à sauver [de l'idéalisme, l'hégélianisme y compris] la dialectique consciente pour l'intégrer dans la conception matérialiste de la nature". "La nature est le banc d'essai de la dialectique et nous devons dire à l'honneur de la science moderne de la nature qu'elle a fourni pour ce banc d'essai une riche moisson de faits [cela a été écrit avant la découverte du radium, des électrons, de la transformation des éléments, etc.!] qui s'accroît tous les jours, en prouvant ainsi que dans la nature les choses se passent, en dernière analyse, dialectiquement et non métaphysiquement".

"La grande idée fondamentale, écrit Engels, selon laquelle le monde ne doit pas être considéré comme un complexe de choses achevées, mais comme un complexe de processus où les choses, en apparence stables, tout autant que leurs reflets intellectuels dans notre cerveau, les idées, passent par un changement ininterrompu de devenir et dépérissement - cette grande idée fondamentale a, notamment depuis Hegel, pénétré si profondément dans la conscience courante qu'elle ne trouve, sous cette forme générale, presque plus de contradiction. Mais la reconnaître en paroles et l'appliquer dans la réalité, en détail, à chaque domaine soumis à l'investigation, sont deux choses différentes." "Il n'y a rien de définitif, d'absolu, de sacré devant elle [la philosophie dialectique]; elle montre la caducité de toutes choses et en toutes choses, et rien n'existe pour elle que le processus ininterrompu du devenir et du transitoire, de l'ascension sans fin de l'inférieur au supérieur, dont elle n'est elle-même que le reflet dans le cerveau pensant." Donc, selon Marx, la dialectique est "la science des lois générales du mouvement, tant du monde extérieur que de la pensée humaine".
C'est cet aspect révolutionnaire de la philosophie de Hegel que Marx adopta et développa. Le matérialisme dialectique "n'a que faire d'une philosophie placée au-dessus des autres sciences". La partie de l'ancienne philosophie qui subsiste, c'est "la doctrine de la pensée et de ses lois - la logique formelle et la dialectique". Or, dans la conception de Marx, comme dans celle de Hegel, la dialectique inclut ce que l'on appelle aujourd'hui la théorie de la connaissance ou gnoséologie, qui doit considérer son objet également au point de vue historique, en étudiant et en généralisant l'origine et le développement de la connaissance, le passage de l'ignorance à la connaissance.

A notre époque, l'idée du développement, de l'évolution, a pénétré presque entièrement la conscience sociale, mais par d'autres voies que la philosophie de Hegel. Cependant, cette idée, telle que l'ont formulée Marx et Engels en s'appuyant sur Hegel, est beaucoup plus vaste et plus riche de contenu que l'idée courante de l'évolution. Un développement qui semble reproduire des stades déjà connus, mais sous une autre forme, à un degré plus élevé ("négation de la négations"); un développement pour ainsi dire en spirale et non en ligne droite; un développement par bonds, par catastrophes, par révolutions, "par solutions de continuités"; la transformation de la quantité en qualité; les impulsions internes du développement, provoquées par la contradiction, le choc des forces et tendances diverses agissant sur un corps donné, dans le cadre d'un phénomène donné ou au sein d'une société donnée; l'interdépendance et la liaison étroite, indissoluble, de tous les aspects de chaque phénomène (et ces aspects, l'histoire en fait apparaître sans cesse de nouveaux), liaison qui détermine le processus universel du mouvement, processus unique, régi par des lois, tels sont certains des traits de la dialectique, en tarit que doctrine de l'évolution plus riche de contenu (que la doctrine usuelle). (Voir la lettre de Marx à Engels en date du 8 janvier 1868, où il se moque des "trichotomies rigides" de Stein, qu'il serait absurde de confondre avec la dialectique matérialiste.)

LA CONCEPTION MATERIALISTE DE L'HISTOIRE

Se rendant compte que l'ancien matérialisme était inconséquent, incomplet et unilatéral, Marx conclut qu'il fallait "mettre la science de la société... en accord avec la base matérialiste, et la reconstruire en s'appuyant sur elle". Si, d'une manière générale, le matérialisme explique la conscience par l'être et non l'inverse, cette doctrine, appliquée à la société humaine, exigeait qu'on expliquât la conscience sociale par l'être social. "La technologie, dit Marx, met à nu le mode d'action de l'homme vis-à-vis de la nature, le procès de production de sa vie matérielle, et, par conséquent, l'origine des rapports sociaux et des idées ou conceptions intellectuelles qui en découlent" (Le Capital, livre I). On trouve une formulation complète des thèses fondamentales du matérialisme appliqué à la société humaine et à son histoire dans la préface de Marx à son ouvrage Contribution à la critique de l'économie politique, où il s'exprime comme suit:

"... dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles.

L'ensemble de ces rapports de production constitue là structure économique de la société, la, base concrète sur laquelle s'élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuelle en général. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience. A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors. De formes de développement des forces productives qu'ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une époque de révolution sociale. Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'énorme superstructure. Lorsqu'on considère de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel – qu'on peut constater d'une manière scientifiquement rigoureuse – des conditions de production économiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu'au bout.

Pas plus qu'on ne juge un individu sur l'idée qu'il se fait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production... A grands traits, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d'époques progressives de la formation sociale économique"."

(Voir la brève formule que Marx donne dans sa lettre à Engels en date du 7 juillet 1866: "Notre théorie de la détermination de l'organisation du travail par les moyens de production.")

La découverte de la conception matérialiste de l'histoire, ou, plus exactement, l'application conséquente et l'extension du matérialisme au domaine des phénomènes sociaux, a éliminé les deux défauts essentiels des théories historiques antérieures. En premier lieu, ces dernières ne considéraient, dans le meilleur des cas, que les mobiles idéologiques de l'activité historique des hommes, sans rechercher l'origine.de ces mobiles, sans saisir les lois objectives qui président au développement du système des rapports sociaux et sans discerner les racines de ces rapports dans le degré de développement de la production matérielle. En second lieu, les théories antérieures négligeaient précisément l'action des masses de la population, tandis que le matérialisme historique permet d'étudier, pour la première fois et avec la précision des sciences naturelles, les conditions sociales de là vie des masses et les modifications de ces conditions. La "sociologie" et l'historiographie d'avant Marx accumulaient dans le meilleur des cas des faits bruts, recueillis au petit bonheur, et n'exposaient que certains aspects du processus historique. Le marxisme a frayé le chemin à l'étude globale et universelle du processus de la naissance, du développement et du déclin des formations économiques et sociales en examinant l'ensemble des tendances contradictoires, en les ramenant aux conditions d'existence et de production, nettement précisées, des diverses classes de la société, en écartant le subjectivisme et l'arbitraire dans le choix des idées "directrices" ou dans leur interprétation, en découvrant l'origine de toutes les idées et des différentes tendances, sans exception, dans l'état des forces productives matérielles. Les hommes sont les artisans de leur propre histoire, mais par quoi les mobiles des hommes, et plus précisément des masses humaines, sont-ils déterminés? Quelle est la cause des conflits entre les idées et les aspirations contradictoires? Quelle est la résultante de tous ces conflits de l'ensemble des sociétés humaines? Quelles sont les conditions objectives de la production de la vie matérielle sur lesquelles est basée toute l'activité historique des hommes? Quelle est la loi qui préside à l'évolution de ces conditions? Marx a porté son attention sur tous ces problèmes et a tracé la voie à l'étude scientifique de l'histoire conçue comme un processus unique, régi par des lois, quelles qu'en soient la prodigieuse variété et toutes les contradictions.

LA LUTTE DES CLASSES

Chacun sait que, dans toute société, les aspirations de certains de ses membres se heurtent à celles des autres, que la vie sociale est pleine de contradictions, que l'histoire nous révèle la lutte entre les peuples et les sociétés, ainsi que dans leur propre sein, et qu'elle nous montre, en outre, une succession de périodes de révolution et de réaction, de paix et de guerre, de stagnation et de progrès rapide ou de décadence. Le marxisme a donné le fil conducteur qui, dans ce labyrinthe et ce chaos apparent, permet de découvrir l'existence de lois: la théorie de la lutte des classes. Seule l'étude de l'ensemble des aspirations de tous les membres d'une société ou d'un groupe de sociétés permet de définir avec une précision scientifique le résultat de ces aspirations. Or, les aspirations contradictoires naissent de la différence de situation et de conditions de vie des classes en lesquelles se décompose toute société.

"L'histoire de toute société jusqu'à nos jours, écrit Marx dans le Manifeste du Parti communiste [excepté l'histoire de la communauté primitive, ajoutera plus tard Engels], n'a été que l'histoire de luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte... La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois. Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées: la bourgeoisie et le prolétariat." Depuis la grande Révolution française, l'histoire de l'Europe a, dans nombre de pays, révélé avec une évidence particulière cette cause réelle des événements : la lutte des classes. Déjà, à l'époque de la Restauration, on vit apparaître en France un certain nombre d'historiens (Thierry, Guizot, Mignet, Thiers) qui, dans leur synthèse des événements, ne purent s'empêcher de reconnaître que la lutte des classes était la clé permettant de comprendre toute l'histoire de France. Quant à l'époque moderne, celle de la victoire complète de la bourgeoisie, des institutions représentatives, du suffrage élargi (sinon universel), de la presse quotidienne à bon marché qui pénètre dans les masses, etc., l'époque des associations puissantes et de plus en plus vastes, celles des ouvriers et celles des patrons, etc., elle a montré avec plus d'évidence encore (bien que parfois sous une forme très unilatérale, "pacifique", "constitutionnelle") que la lutte des classes est le moteur des événements. Le passage suivant du Manifeste du Parti communiste de Marx montre que celui-ci exigeait de la science sociale l'analyse objective de la situation de chaque classe au sein de la société moderne, en connexion avec les conditions de développement de chacune d'elles: "De toutes les classes qui, à l'heure présente, s'opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique. Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices; bien plus, elles sont réactionnaires: elles cherchent à faire tourner à l'envers la roue de l'histoire. Si elles sont révolutionnaires, c'est en considération de leur passage imminent au prolétariat: elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat." Dans nombre d'ouvrages historiques (voir Bibliographie), Marx donna des exemples brillants et profonds d'histoire matérialiste, d'analyse de la condition de chaque classe particulière et parfois des divers groupes ou couches au sein d'une classe, montrant jusqu'à l'évidence pourquoi et comment "toute lutte de classes est une lutte politique". Le texte que nous venons de citer montre clairement la complexité du réseau des rapports sociaux et des transitions d'une classe à l'autre, du passé à l'avenir, que Marx analyse afin de déterminer exactement la résultante du développement historique.

La théorie de Marx trouve sa confirmation et son application la plus profonde, la plus complète et la plus détaillée dans sa doctrine économique.

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 20:28

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Karl Marx

LENINE

La Doctrine Economique de Marx

"Le but final de cet ouvrage, dit Marx dans sa préface au Capital, est de dévoiler la loi économique du mouvement de la société moderne", c'est-à-dire de la société capitaliste, de la société bourgeoise. L'étude des rapports de production d'une société donnée, historiquement déterminée dans leur naissance, leur développement et leur déclin, tel est le contenu de la doctrine économique de Marx. Ce qui domine dans la société capitaliste, c'est la production des marchandises; aussi l'analyse de Marx commence-t-elle par l'analyse de la marchandise.

LA VALEUR

La marchandise est, en premier lieu, une chose qui satisfait un besoin quelconque de l'homme; en second lieu, c'est une chose que l'on échange contre une autre. L'utilité d'une chose en fait une valeur d'usage. La valeur d'échange (ou valeur tout court) est, tout d'abord, le rapport, la proportion, dans l'échange d'un certain nombre de valeurs d'usage d'une espèce contre un certain nombre de valeurs d'usage d'une autre espèce. L'expérience quotidienne nous montre que des millions et des milliards de tels échanges établissent sans cesse des rapports d'équivalence entre les valeurs d'usage les plusdiverses et les plus dissemblables. Qu'y a-t-il donc de commun entre ces choses différentes, continuellement ramenées les unes aux autres dans un système déterminé de rapports sociaux? Ce qu'elles ont de commun, c'est d'être des produits du travail. En échangeant des produits, les hommes établissent des rapports d'équivalence entre les genres de travail les plus différents. La production des marchandises est un système de rapports sociaux dans lequel les divers producteurs créent des produits variés (division sociale du travail) et les rendent équivalents au moment de l'échange. Par conséquent, ce qui est commun à toutes les marchandises, ce n'est pas le travail concret d'une branche de production déterminée, ce n'est pas un travail d'un genre particulier, mais le travail humain abstrait, le travail humain en général. Dans la société étudiée, toute la force de travail représentée par la somme des valeurs de toutes les marchandises est une seule et même force de travail humain: des milliards d'échanges le démontrent. Chaque marchandise prise à part n'est donc représentée que par une certaine portion de temps de travail socialement nécessaire. La grandeur de la valeur est déterminée par la quantité de travail socialement nécessaire ou par le temps de travail socialement nécessaire à la production d'une marchandise donnée, d'une valeur d'usage donnée. "... en réputant égaux dans l'échange leurs produits différents, ils [les producteurs] établissent par le fait que leurs différents travaux sont égaux. Ils le font sans le savoir." La valeur est un rapport entre deux personnes, a dit un vieil économiste; il aurait dû simplement ajouter: un rapport caché sous l'enveloppe des choses. C'est seulement en considérant le système des rapports sociaux de production d'une formation historique déterminée de la société, rapports apparaissant dans le phénomène de masse de l'échange répété des milliards de fois, que l'on peut comprendre ce qu'est la valeur. "En tant que valeurs, toutes les marchandises ne sont que du travail humain cristallisé." Après une analyse approfondie du double caractère du travail incorporé dans les marchandises, Marx passe à l'examen de la forme de la valeur et de l'argent. Ce faisant, la principale tâche qu'il s'assigne est de rechercher l'origine de la forme monétaire de la valeur, d'étudier le processus historique du développement de l'échange, en commençant par les actes d'échange particuliers et fortuits ("forme simple, particulière ou accidentelle de la valeur": une quantité déterminée d'une marchandise est échangée contre une quantité déterminée d'une autre marchandise) pour passer à la forme générale de la valeur, lorsque plusieurs marchandises différentes sont échangées contre une seule et même marchandise, en terminant par la forme monétaire de la valeur, où l'or apparaît comme cette marchandise déterminée, comme l'équivalent général. Produit suprême du développement de l'échange et de la production marchande, l'argent estompe, dissimule le caractère social du travail individuel, le lien social entre les divers producteurs reliés les uns aux autres par le marché. Marx soumet à une analyse extrêmement détaillée les diverses fonctions de l'argent, et il importe de souligner qu'ici aussi (comme dans les premiers chapitres du Capital) la forme abstraite de l'exposé, qui paraît parfois purement déductive, reproduit en réalité une documentation extrêmement riche sur l'histoire du développement de l'échange et de la production marchande. "Si nous considérons l'argent, nous constatons qu'il suppose un certain développement de l'échange des marchandises. Les formes particulières de l'argent: simple équivalent de marchandises, moyen de circulation, moyen de payement, trésor ou monnaie universelle, indiquent, suivant l'étendue variable et la prépondérance relative de l'une ou de l'autre de ces fonctions, des degrés très divers de la production sociale" (Le Capital, livre I).

LA PLUS-VALUE

A un certain degré du développement de la production des marchandises, l'argent se transforme en capital. La formule de la circulation des marchandises était: M (marchandise) ó A (argent) ó M (marchandise), c'est-à-dire vente d'une marchandise pour l'achat d'une autre. La formule générale du capital est par contre A-M-A, c'est-à-dire l'achat pour la vente (avec un profit). C'est cet accroissement de la valeur primitive de l'argent mis en circulation que Marx appelle plus-value. Cet "accroissement" de l'argent dans la circulation capitaliste est un fait connu de tous. C'est précisément cet "accroissement" qui transforme l'argent en capital, en tant que rapport social de production particulier, historiquement déterminé. La plus-value ne peut provenir de la circulation des marchandises, car celle-ci ne connaît que l'échange d'équivalents; elle ne peut provenir non plus d'une majoration des prix, étant donné que les pertes et les profits réciproques des acheteurs et des vendeurs s'équilibreraient; or, il s'agit d'un phénomène social, moyen, généralisé, et non point d'un phénomène individuel. Pour obtenir de la plus-value, "il faudrait que le possesseur d'argent pût découvrir... sur le marché même, une marchandise dont la valeur d'usage possédât la vertu particulière d'être source de valeur échangeable", une marchandise dont le processus de consommation fût en même temps un processus de création de valeur. Or, cette marchandise existe: c'est la force de travail humaine. Sa consommation, c'est le travail, et le travail crée la valeur. Le possesseur d'argent achète la force de travail à sa valeur, déterminée, comme celle de toute autre marchandise, par le temps de travail socialement nécessaire à sa production (c'est-à-dire par le coût de l'entretien de l'ouvrier et de sa famille). Ayant acheté la force de travail, le possesseur d'argent est en droit de la consommer, c'est-à-dire de l'obliger à travailler toute la journée, disons, 12 heures. Or, en 6 heures (temps de travail "nécessaire"), l'ouvrier crée un produit qui couvre les frais de son entretien, et, pendant les 6 autres heures (temps de travail "supplémentaire"), il crée un produit "supplémentaire", non rétribué par le capitaliste, et qui est la plus-value. Par conséquent, du point de vue du processus de la production, il faut distinguer deux parties dans le capital: le capital constant, dépensé pour les moyens de production (machines, instruments de travail, matières premières, etc.), dont la valeur passe telle quelle (d'un seul coup ou par tranches) dans le produit fini, et le capital variable, employé à payer la force de travail. La valeur de ce capital, ne reste pas immuable; elle s'accroît dans le processus du travail, en créant de la plus-value. Aussi, pour exprimer le degré d'exploitation de la force de travail par le capital, faut-il comparer la plus-value non pas au capital total, mais uniquement au capital variable. Le taux de la plus-value, nom donné par Marx à ce rapport, sera, dans notre exemple, de 6/6 ou de 100%.

L'apparition du capital implique des conditions historiques préalables: 1) l'accumulation d'une certaine somme d'argent entre les mains de particuliers, à un stade de la production marchande déjà relativement élevé; 2) l'existence d'ouvriers "libres" à deux points de vue: libres de toute contrainte et de toute restriction quant à la vente de leur force de travail, et libres parce que sans terre et sans moyens de production en général, d'ouvriers sans maîtres, d'ouvriers-"prolétaires" qui ne peuvent subsister qu'en vendant leur force de travail.

L'accroissement de la plus-value est possible grâce à deux procédés essentiels la prolongation de la journée de travail ("plus-value absolue") et la réduction du temps de travail nécessaire ("plus-value relative"). Examinant le premier procédé, Marx brosse un tableau grandiose de la lutte de la classe ouvrière pour la réduction de la journée de travail et de l'intervention du pouvoir d'Etat pour la prolonger (XIVe-XVIIe siècles) ou pour la diminuer (législation de fabrique au XIXe siècle). Depuis la publication du Capital, l'histoire du mouvement ouvrier dans tous les pays civilisés a fourni des milliers et des milliers de faits nouveaux illustrant ce tableau.

Dans son analyse de la production de la plus-value relative, Marx étudie les trois grands stades historiques de l'accroissement de la productivité du travail par le capitalisme: 1) la coopération simple; 2) la division du travail et la manufacture et 3) les machines et la grande industrie. L'analyse profonde de Marx révèle les traits fondamentaux et typiques du développement du capitalisme; c'est ce que confirme, entre autres, l'étude de l'industrie dite "artisanale" en Russie, laquelle fournit une documentation très abondante illustrant les deux premiers de ces trois stades. Quant à l'action révolutionnaire de la grande industrie mécanique décrite par Marx en 1867, elle s'est manifestée, au cours du demi-siècle écoulé depuis cette date, dans plusieurs pays "neufs" (Russie, japon, etc.).

Ensuite, ce qui est nouveau et extrêmement important chez Marx, c'est l'analyse de l'accumulation du capital, c'est à-dire de la transformation d'une partie de la plus-value en capital et de son emploi non pour satisfaire les besoins personnels ou les caprices du capitaliste, mais à nouveau pour la production. Marx a montré l'erreur de toute l'économie politique classique antérieure (depuis Adam Smith), d'après laquelle toute la plus-value transformée en capital va au capital variable. En réalité, elle se décompose en moyens de production plus capital variable. L'accroissement plus rapide de la part du capital constant (au sein du capital total) par rapport à celle du capital variable est d'une importance considérable dans le processus du développement du capitalisme et de sa transformation en socialisme.

En accélérant l'éviction des ouvriers par la machine et en créant à un pôle la richesse et à l'autre la misère, l'accumulation du capital donne aussi naissance à ce que l'on appelle l'"armée ouvrière de réserve", l'"excédent relatif" d'ouvriers ou la "surpopulation capitaliste", qui revêt des formes extrêmement variées et permet au capital de développer très rapidement la production. Cette possibilité, combinée avec le crédit et l'accumulation du capital en moyens de production, nous donne, entre autres, l'explication des crises de surproduction, qui surviennent périodiquement dans les pays capitalistes, environ tous les dix ans d'abord, puis à des intervalles moins rapprochés et moins fixes. Il faut distinguer entre l'accumulation du capital sur la base du capitalisme et l'accumulation dite primitive: séparation par la violence du travailleur d'avec les moyens de production, expulsion des paysans de leurs terres, vol des terres communales, système colonial, dettes publiques, tarifs protectionnistes, etc. L'"accumulation primitive" crée, à un pôle, le prolétaire "libre", à l'autre, le détenteur de l'argent, le capitaliste.

La "tendance historique de l'accumulation capitaliste" est caractérisée par Marx dans ce texte célèbre: "L'expropriation des producteurs immédiats s'exécute avec le vandalisme le plus impitoyable, et sous la poussée des passions les plus infâmes, les plus sordides, les plus mesquines et les plus haineuses. La propriété privée, acquise par le travail personnel [du paysan et de l'artisan], et fondée, pour ainsi dire, sur la fusion du travailleur isolé et autonome avec ses conditions de travail, est supplantée par la propriété privée capitaliste qui repose sur l'exploitation du travail d'autrui qui n'est libre que formellement... Ce qui est maintenant à exproprier, ce n'est plus le travailleur indépendant, mais le capitaliste qui exploite un grand nombre d'ouvriers. Cette expropriation s'accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste elle-même, par la concentration des capitaux. Chaque capitaliste élimine nombre d'autres capitalistes. Corrélativement à cette centralisation, ou à cette expropriation, du grand nombre des capitalistes par une poignée d'entre eux se développent la forme coopérative, sur une échelle toujours plus grande, du procès de travail, l'application consciente de la science à la technique, l'exploitation méthodique de la terre, la transformation des instruments particuliers de travail en instruments de travail utilisables seulement en commun, l'économie de tous les moyens de production utilisés comme moyens de production d'un travail social combiné, l'entrée de tous les peuples dans le réseau du marché mondial, d'où le caractère international imprimé au régime capitaliste. A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de ce procès de transformation, s'accroissent la misère, l'oppression, l'esclavage, la dégradation, l'exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière. . . de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même du procès de production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La centralisation des moyens de production et la socialisation du travail arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L'heure de la propriété privée capitaliste a sonné. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés" (Le Capital, livre I).

Ensuite, ce qui est extrêmement important et nouveau, c'est l'analyse faite par Marx, dans le livre II du Capital, de la reproduction de l'ensemble du capital social. Ici encore, il envisage non un phénomène individuel, mais un phénomène général, non une fraction de l'économie sociale, mais la totalité de cette dernière. En rectifiant l'erreur des économistes classiques mentionnée plus haut, Marx divise toute la production sociale en deux grandes sections: I) la production des moyens de production et II) la production des biens de consommation; après quoi, opérant sur des chiffres, il étudie minutieusement la circulation de l'ensemble du capital social, tant dans la reproduction qui existait dans ses anciennes dimensions que dans le cas de l'accumulation. Dans le livre III du Capital se trouve résolu, d'après la loi de la valeur, le problème du taux moyen du profit. L'oeuvre de Marx constitue un progrès considérable dans la science économique du fait que son analyse part des phénomènes économiques de masse, de l'ensemble de l'économie sociale et non pas de cas isolés ou de l'aspect extérieur superficiel de la concurrence, auxquels se bornent souvent l'économie politique vulgaire ou la moderne "théorie de l'utilité marginale". Marx examine tout d'abord l'origine de la plus-value, et n'envisage qu'ensuite sa décomposition en profit, intérêt et rente foncière. Le profit est le rapport de la plus-value à l'ensemble du capital engagé dans une entreprise. Le capital à "composition organique élevée" (c'est-à-dire où le capital constant dépasse le capital variable dans une proportion supérieure à la moyenne sociale) donne un taux de profit inférieur à la moyenne. Le capital à "composition organique basse" donne un taux de profit supérieur à la moyenne. La concurrence entre les capitaux et leur libre passage d'une branche à l'autre ramènent, dans les deux cas, le taux de profit au taux moyen. La somme des valeurs de toutes les marchandises dans une société donnée coïncide avec la somme des prix des marchandises, mais, dans chaque entreprise et dans chaque branche de production prise à part, la concurrence fait que les marchandises sont vendues non à leur valeur, mais au prix de production, lequel est égal au capital dépensé augmenté du profit moyen.

Ainsi, l'écart entre le prix et la valeur et l'égalisation du profit, faits incontestables et connus de chacun, sont parfaitement expliqués par Marx grâce à la loi de la valeur, car la somme des valeurs de toutes les marchandises est égale à la somme de leurs prix. Toutefois, la réduction de la valeur (sociale) aux prix (individuels) ne s'opère pas de façon simple et directe, mais d'une manière fort complexe; il est tout naturel que, dans une société de producteurs dispersés de marchandises, qui ne sont reliés entre eux que par le marché, les lois ne puissent s'exprimer que sous une forme moyenne, sociale, générale, par la compensation réciproque des écarts individuels de part et d'autre de cette moyenne.

L'augmentation de la productivité du travail implique un accroissement plus rapide du capital constant par rapport au capital variable. Or, la plus-value étant fonction du seul Capital variable, on conçoit que le taux du profit (le rapport de la plus-value à l'ensemble du capital, et pas seulement à sa partie variable) ait tendance à baisser. Marx analyse minutieusement cette tendance, ainsi que les circonstances qui la masquent ou la contrarient. Passons sur les chapitres extrêmement intéressants du livre III consacrés au capital usuraire, au capital commercial et au capital-argent, et abordons l'essentiel: la théorie de la rente foncière. La surface du sol étant limitée, et, dans les pays capitalistes, entièrement occupée par des propriétaires, le prix de production des produits agricoles est déterminé d'après les frais de production sur un terrain non de qualité moyenne, mais de la qualité la plus mauvaise, et d'après les conditions de transport au marché non pas moyennes, mais les plus défavorables. La différence entre ce prix et le prix de production sur un terrain de qualité supérieure (ou dans de meilleures conditions) donne la rente différentielle. Par l'analyse détaillée de cette rente, en démontrant qu'elle provient de la différence de fertilité des terrains et de la différence des fonds investis dans l'agriculture, Marx mit à nu (voir également les Théories de la plus-value, où la critique de Rodbertus mérite une attention particulière) l'erreur de Ricardo prétendant que la rente différentielle ne s'obtient que par la conversion graduelle des meilleurs terrains en terrains de qualité inférieure. Au contraire, des changements inverses se produisent également, les terrains d'une certaine catégorie se transforment en terrains d'une autre catégorie (en raison du progrès de la technique agricoles de la croissance des villes, etc.), et la fameuse "loi de la fertilité décroissante du sol" est une profonde erreur qui tend à mettre sur le compte de la nature les défauts, les limitations et les contradictions du capitalisme. Ensuite, l'égalisation du profit dans toutes les branches de l'industrie et de l'économie nationale en général suppose une liberté complète de concurrence, le libre transfert du capital d'une branche à une autre. Mais la propriété privée du sol crée un monopole et un obstacle à ce libre transfert. En vertu de ce monopole, les produits de l'agriculture, qui se distingue par une composition organique inférieure du capital et, de ce fait, par un taux de profit individuel plus élevé, n'entrent pas dans le libre jeu d'égalisation du taux du profit; le propriétaire peut user de son monopole foncier pour maintenir le prix au-dessus de la moyenne, et ce prix de monopole engendre la rente absolue. La rente différentielle ne peut être abolie en régime capitaliste; par contre, la rente absolue peut l'être, par exemple avec la nationalisation du sol, lorsque celui-ci devient propriété d'Etat. Ce passage du sol à l'Etat saperait le monopole des propriétaires privés et ouvrirait la voie à une liberté de concurrence plus conséquente et plus complète dans l'agriculture. Voilà pourquoi, dit Marx, les bourgeois radicaux ont, plus d'une fois dans l'histoire, formulé cette revendication bourgeoise progressive de la nationalisation du sol, qui effraie néanmoins la majorité de la bourgeoisie, car elle "touche" de trop près à un autre monopole, lequel, de nos jours, est particulièrement important et "sensible": le monopole des moyens de production en général. (Cette théorie du profit moyen rapporté par le capital et de la rente foncière absolue a été exposée par Marx en un langage remarquablement populaire, concis et clair dans sa lettre à Engels en date du 2 août 1862. Voir Correspondance, tome III, pp. 77-81. Voir aussi sa lettre du 9 août 1862, ibidem, pp. 86-87.) Il importe également de signaler, à propos de l'histoire de la rente foncière, l'analyse de Marx montrant la transformation de la rente-travail (lorsque le paysan crée un surproduit en travaillant la terre du seigneur) en rente-produit ou rente-nature (lorsque le paysan crée sur sa propre terre un surproduit qu'il remet au propriétaire en vertu d'une "contrainte extraéconomique"), puis en rente-argent (cette même rente-nature se transformant en argent ó dans l'ancienne Russie, l'"obrok" ó par suite du développement de la production marchande), et enfin en rente capitaliste, lorsque, à la place du paysan, intervient dans l'agriculture l'entrepreneur, qui fait cultiver sa terre en utilisant le travail salarié. A l'occasion de cette analyse de la "genèse de la rente foncière capitaliste", signalons quelques pensées profondes de Marx (particulièrement importantes pour les pays arriérés tels que la Russie) sur l'évolution du capitalisme dans l'agriculture. Avec la transformation de la rente en nature en rente-argent, il se constitue nécessairement en même temps, et même antérieurement, une classe de journaliers non possédants et travaillant contre salaire. Pendant que cette classe se constitue et qu'elle ne se manifeste encore qu'à l'état sporadique, les paysans aisés, astreints à une redevance, prennent tout naturellement l'habitude d'exploiter à leur propre compte des salariés agricoles, tout comme, sous le régime féodal, les paysans serfs ayant du bien disposaient eux-mêmes d'autres serfs. D'où, pour ces paysans aisés, la possibilité d'amasser peu à peu une certaine fortune et de se transformer en futurs capitalistes. Parmi les anciens exploitants, possesseurs du sol, il se crée ainsi une pépinière de fermiers capitalistes, dont le développement est conditionné par le développement général de la production capitaliste hors de l'agriculture" (Le Capital, livre III, p. 332)... (L'expropriation et l'expulsion d'une partie de la population rurale non seulement rendent disponibles, pour le capital industriel, les ouvriers et leurs moyens de subsistance et de travail, mais encore créent le marché intérieur" (Le Capital, livre Ier, p. 778). La paupérisation et la ruine de la population des campagnes jouent un rôle, à leur tour, dans la création d'une armée ouvrière de réserve à la disposition du capital. Dans tout pays capitaliste, "une partie de la population des campagnes se trouve donc toujours sur le point de se convertir en population urbaine ou manufacturière (c'est-à-dire non agricole)... Cette source de la surpopulation relative ne tarit donc jamais... l'ouvrier agricole touche un salaire réduit au minimum et a toujours un pied dans la fange du paupérisme" (Le Capital, livre Ier, p. 668). La propriété privée du paysan sur la terre qu'il cultive constitue la base de la petite production, la condition de sa prospérité et de son accession à une forme classique. Mais cette petite production n'est compatible qu'avec le cadre primitif étroit de la production et de la société. En régime capitaliste, "l'exploitation des paysans ne se distingue que par la forme de l'exploitation du prolétariat industriel. L'exploiteur est le même: le capital. Les capitalistes pris isolément exploitent les paysans pris isolément par les hypothèques et l'usure. La classe capitaliste exploite la classe paysanne par, l'impôt d'Etat" (Les Luttes de classes en France). "La parcelle du paysan n'est plus que le prétexte qui permet au capitaliste de tirer de la terre profit, intérêt et rente et de laisser au paysan lui-même le soin de voir comment il réussira à se procurer son salaire" (Le 18-Brumaire). Ordinairement, le paysan livre à la société capitaliste, c'est-à-dire à la classe des capitalistes, même une partie de son salaire et tombe ainsi "au degré du tenancier irlandais; et tout cela sous le prétexte d'être propriétaire privé" (Les Luttes de classes en France). Quelle est 1'"une des raisons qui font que le prix des céréales, dans les pays où prédomine la propriété parcellaire, est plus bas que dans les pays à production capitaliste?" (Le Capital, livre III, p. 340). C'est que le paysan livre gratuitement à la société (c'est-à-dire à la classe des capitalistes) une partie du surproduit. "Ce prix moins élevé [des céréales et des autres produits agricoles] résulte par conséquent de la pauvreté des producteurs et nullement de la productivité de leur travail" (Ibidem). En régime capitaliste, la petite propriété agraire, forme normale de la petite production, se dégrade, s'étiole et périt. "La propriété parcellaire exclut de par sa nature même le développement des forces productives sociales du travail, l'établissement de formes sociales de travail, la concentration sociale des capitaux, l'élevage à grande échelle, l'application progressive de la science à la culture. L'usure et les impôts la ruinent partout fatalement. Le débours de capital pour l'achat de la terre fait qu'il ne peut être investi dans la culture. Les moyens de production sont éparpillés à l'infini, le producteur lui-même se trouve isolé. [Les coopératives, c'est-à-dire les associations de petits paysans, qui jouent un rôle progressif bourgeois des plus considérables, ne peuvent qu'affaiblir cette tendance, mais non la supprimer; il ne faut pas oublier non plus que ces coopératives donnent beaucoup aux paysans aisés, et très peu ou presque rien à la masse des paysans pauvres, et qu'ensuite ces associations finissent par exploiter elles-mêmes le travail salarié.] Le gaspillage de force humaine est immense. La détérioration progressive des conditions de production et le renchérissement des moyens de production sont une loi inéluctable de la propriété parcellaire. " Dans l'agriculture comme dans l'industrie, la transformation capitaliste de la production semble n'être que le "martyrologe des producteurs". "La dissémination des travailleurs agricoles sur de plus grandes surfaces brise leur force de résistance, tandis que la concentration augmente celle des ouvriers urbains. Dans l'agriculture moderne, capitaliste, comme dans l'industrie moderne, l'accroissement de productivité et le rendement supérieur du travail s'achètent au prix de la destruction et du tarissement de la force de travail. En outre, chaque progrès de l'agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l'art de dépouiller le travailleur, mais encore dans l'art de dépouiller le sol... La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu'en épuisant simultanément les deux sources d'où jaillit toute richesse: la terre et le travailleur" (Le Capital, livre I, fin du 13e chapitre).

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 20:16

 

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Karl Marx

LENINE

Le Socialisme

 

On voit par ce qui précède que si Marx conclut à la transformation inévitable de la société capitaliste en société socialiste, c'est entièrement et exclusivement à partir des lois économiques du mouvement de la société moderne. La socialisation du travail qui progresse toujours plus rapidement sous mille formes diverses et qui, pendant le demi-siècle écoulé depuis la mort de Marx, s'est surtout manifestée par l'extension de la grande production, des cartels, des syndicats et des trusts capitalistes, ainsi que par l'accroissement immense des proportions et de la puissance du capital financier; et c'est là que réside la principale base matérielle de l'avènement inéluctable du socialisme. Le moteur intellectuel et moral, l'agent physique de cette transformation, c'est le prolétariat éduqué par le capitalisme lui-même. La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, revêtant des formes diverses et de plus en plus riches de contenu, devient inévitablement une lutte politique tendant à la conquête du pouvoir politique ("dictature du prolétariat"). La socialisation de la production ne peut manquer d'aboutit à la transformation des moyens de production en propriété sociale, à "l'expropriation des expropriateurs". L'augmentation énorme de la productivité du travail, la réduction de la journée de travail, la substitution du travail collectif perfectionné aux vestiges, aux ruines de la petite production primitive et disséminée, telles sont les conséquences directes de cette transformation. Le capitalisme rompt définitivement la liaison de l'agriculture avec l'industrie, mais il prépare en même temps, par son développement à un niveau supérieur, des éléments nouveaux de cette liaison: l'union de l'industrie avec l'agriculture sur la base d'une application consciente de la science, d'une coordination du travail collectif, d'une nouvelle répartition de la population (mettant un terme à l'isolement de la campagne, à son état d'abandon et d'inculture, de même qu'à l'agglomération contre nature d'une population énorme dans les grandes villes). Les formes supérieures du capitalisme moderne préparent une nouvelle forme de la famille, de nouvelles conditions quant à la situation de la femme et à l'éducation des nouvelles générations; le travail des femmes et des enfants et la dissolution de la famille patriarcale par le capitalisme prennent inévitablement, dans la société moderne, les formes les plus terribles, les plus désastreuses et les plus répugnantes. Toutefois, "la grande industrie, par le rôle décisif qu'elle assigne aux femmes, aux adolescents et aux enfants des deux sexes, dans les procès de production socialement organisés en dehors de la sphère familiale, crée une nouvelle base économique sur laquelle s'élèvera une forme supérieure de la famille et des relations entre les deux sexes. Il est naturellement aussi absurde de considérer comme absolue tant la forme germano-chrétienne de la famille que les anciennes formes romaine, grecque, orientale, qui constituent, d'ailleurs, une série de développements historiques successifs. Il est également évident que la composition du personnel ouvrier, regroupant des individus de tout âge des deux sexes, constitue, dans sa forme capitaliste primitive et brutale pour laquelle l'ouvrier n'existe que pour le procès du travail et non pas ce dernier pour l'ouvrier, une source pestilentielle de corruption et d'esclavage qui doit inversement se transformer, dans des conditions adéquates, en une source de développement humain" (Le Capital, livre I, fin du 13e chapitre). Le système de fabrique nous montre "le germe de l'éducation de l'avenir, éducation où le travail productif s'unira, pour tous les enfants au-dessus d'un certain âge, à l'instruction et à la gymnastique, et cela non seulement comme méthode destinée à accroître la production sociale, mais comme la seule et unique méthode pour produire des hommes complets" (Ibidem). C'est sur la même base historique que le socialisme de Marx pose les problèmes de la nationalité et de l'Etat, non seulement pour expliquer le passé, mais aussi pour prévoir hardiment l'avenir et entreprendre une action audacieuse en vue de sa réalisation. Les nations sont un produit et une forme inévitables de l'époque bourgeoise de l'évolution des sociétés. La classe ouvrière n'aurait pu se fortifier, s'aguerrir, se former, sans "s'organiser dans le cadre de la nation", sans être "nationale" ("quoique nullement au sens bourgeois du mot"). Mais le développement du capitalisme brise sans cesse les barrières nationales, détruit l'isolement national, substitue les antagonismes de classes aux antagonismes nationaux. C'est pourquoi, dans les pays capitalistes développés, il est parfaitement vrai que "les ouvriers n'ont pas de patrie" et que, tout au moins dans les pays civilisés, leur "action commune" "est une des premières conditions de l'émancipation du prolétariat" (Manifeste du Parti communiste)". L'Etat, cette violence organisée, a surgi inévitablement à un certain degré d'évolution de la société lorsque celle-ci, divisée en classes inconciliables, n'aurait pu subsister sans un "pouvoir" placé prétendument au-dessus de la société et séparé d'elle jusqu'à un certain point. Né des antagonismes de classes, l'Etat devient "l'Etat de la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui, grâce à lui, devient aussi classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe opprimée. C'est ainsi que l'Etat antique était avant tout l'Etat des propriétaires d'esclaves pour mater les esclaves, comme l'Etat féodal fut l'organe de la noblesse pour mater les paysans serfs et corvéables, et comme l'Etat représentatif moderne est l'instrument de l'exploitation du travail salarié par le capital" (F. Engels: L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat, où il expose ses vues et celles de Marx). La forme même la plus libre et la plus progressive de l'Etat bourgeois, la république démocratique, n'élimine nullement ce fait, mais en modifie seulement l'aspect (liaison du gouvernement avec la Bourse, corruption directe et indirecte des fonctionnaires et de la presse, etc.). Le socialisme, en menant à la suppression des classes, conduit par là même à la suppression de l'Etat. "Le premier acte dans lequel l'Etat apparaît réellement comme représentant de toute la société, ó la prise de possession des moyens de production au nom de la société, ó est en même temps son dernier acte propre en tant qu'Etat. D'un domaine à l'autre, l'intervention d'un pouvoir d'Etat dans les rapports sociaux devient superflue et entre alors naturellement en sommeil. Le gouvernement des personnes fait place à l'administration des choses et à la direction des opérations de production. L'Etat n'est pas <aboli>, il s'éteint" (F. Engels: Anti-Dühring). "La société, qui réorganisera la production sur la base d'une association libre et égalitaire des producteurs reléguera toute la machine de l'Etat là où sera dorénavant sa place: au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze" (F.Engels: L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat).

Enfin, en ce qui concerne la position du socialisme de Marx à l'égard de la petite paysannerie, qui existera encore à l'époque où les expropriateurs seront expropriés, il importe de mentionner cette déclaration d'Engels, qui exprime la pensée de Marx: "...lorsque nous serons au pouvoir, nous ne pourrons songer à exproprier par la force les petits paysans (que ce soit avec ou sans indemnité), comme nous serons obligés de le faire pour les grands propriétaires fonciers. Notre devoir envers le petit paysan est, en premier lieu, de faire passer sa propriété et son exploitation individuelles à l'exploitation coopérative, non en l'y contraignant, mais en l'y amenant par des exemples et en mettant à sa disposition le concours de la société. Et ici les moyens ne nous manquent pas pour faire entrevoir au petit paysan des avantages qui lui sauteront aux yeux dès aujourd'hui" (F. Engels: La Question paysanne en France et en Allemagne, édit. Alexéïéva, p. 17. La traduction russe contient des erreurs. Voir l'original dans la Neue Zeit).

LA TACTIQUE DE LA LUTTE DE CLASSE DU PROLETARIAT

Ayant discerné, dès 1844-1845, l'une des principales lacunes de l'ancien matérialisme, qui n'avait pas su comprendre les conditions, ni apprécier la portée de l'activité pratique révolutionnaire, Marx accorda durant toute sa vie, parallèlement à ses travaux théoriques, une attention soutenue aux questions de tactique de la lutte de classe du prolétariat. Toutes les oeuvres de Marx fournissent à cet égard une riche documentation, en particulier sa correspondance avec Engels, publiée en 1913, en quatre volumes. Cette documentation est encore loin d'être entièrement recueillie, classée, étudiée et analysée. C'est pourquoi nous devrons nous borner, ici, aux observations les plus générales et les plus brèves, en soulignant que, sans cet aspect, Marx considérait avec raison le matérialisme comme incomplet, unilatéral et sclérosé. La tâche essentielle de la tactique du prolétariat était définie par Marx en accord rigoureux avec sa conception matérialiste-dialectique du monde. Seule l'étude objective de l'ensemble des rapports de toutes les classes, sans exception, d'une société donnée, et, par conséquent, la connaissance du degré objectif du développement de cette dernière et des corrélations entre elle et les autres sociétés, peut servir de base à une tactique juste de la classe d'avant-garde. En outre, toutes les classes et tous les pays sont considérés, sous un aspect non pas statique, mais dynamique, c'est-à-dire non à l'état d'immobilité, mais dans leur mouvement (mouvement dont les lois dérivent des conditions économiques de l'existence de chaque classe). A son tour, le mouvement est envisagé du point de vue non seulement du passé, mais aussi de l'avenir, et non selon la conception vulgaire des "évolutionnistes" qui n'aperçoivent que les changements lents, mais d'une façon dialectique: "Dans les grands développements historiques, écrivait Marx à Engels, vingt années ne sont pas plus qu'un jour, bien que, par la suite, puissent venir des journées qui concentrent en elles vingt années" (Correspondance, tome III, p. 127). A chaque étape de l'évolution, à chaque moment, la tactique du prolétariat doit tenir compte de cette dialectique objectivement inévitable de l'histoire de l'humanité: d'une part, en mettant à profit les époques de stagnation politique, c'est-à-dire de développement dit "paisible", pour avancer à pas de tortue, afin d'accroître la conscience, la force et la combativité de la classe d'avant-garde d'autre part, en orientant tout ce travail vers le "but final" de cette classe pour la rendre capable de remplir pratiquement de grandes tâches dans les grandes journées "qui concentrent en elles vingt années". Deux thèses de Marx sont particulièrement importantes à cet égard. L'une, dans la Misère de la philosophie, concerne la lutte économique et les organisations économiques du prolétariat; l'autre, dans le Manifeste du Parti communiste, est relative aux tâches politiques du prolétariat. La première est ainsi énoncée: "La grande industrie concentre dans un seul endroit une foule de gens inconnus les uns aux autres. La concurrence divise leurs intérêts. Mais le maintien du salaire, cet intérêt commun qu'ils ont contre leur maître, les réunit dans une même pensée de résistance ó coalition... les coalitions, d'abord isolées, se regroupent, et, face au capital toujours réuni, le maintien de l'association devient plus nécessaire pour eux que celui du salaire... Dans cette lutte ó véritable guerre civile ó se réunissent et se développent tous les éléments nécessaires à une bataille à venir. Une fois arrivée à ce point-là, l'association prend un caractère politique." Nous avons ici le programme et la tactique de la lutte économique et du mouvement syndical pour des dizaines d'années, pour toute la longue période de préparation des forces du prolétariat "à une bataille à venir". Il faut rapprocher de cela les nombreuses indications de Marx et Engels, fondées sur l'expérience du mouvement ouvrier anglais, qui montrent comment la "prospérité" industrielle suscite des tentatives d'"acheter le prolétariat" (Correspondance, tome I, p. 136) pour le détourner de la lutte; comment cette prospérité en général "démoralise les ouvriers" (tome II, p. 218); comment le prolétariat anglais "s'embourgeoise" ó "la nation la plus bourgeoise entre toutes [la nation anglaise] semble vouloir finalement posséder à côté de la bourgeoisie une aristocratie bourgeoise et un prolétariat bourgeois" (tome II, p.290); comment son "énergie révolutionnaire" disparaît (tome III, p. 124); comment il faudra attendre plus ou moins longtemps "que les ouvriers anglais se débarrassent de leur apparente contamination bourgeoise" (tome III, p. 127); comment l'"ardeur des chartistes" fait défaut au mouvement ouvrier anglais (1866, tome 111, p. 305); comment les leaders ouvriers anglais deviennent une sorte de type intermédiaire "entre le bourgeois radical et l'ouvrier" (allusion à Holyoake, tome IV, p. 209); comment, en raison du monopole de l'Angleterre et tant que celui-ci subsistera, "il n'y aura rien à faire avec les ouvriers anglais" (tome IV, p. 433). La tactique de la lutte économique, en rapport avec la marche générale (et avec l'issue) du mouvement ouvrier, est examinée ici d'un point de vue remarquablement vaste, universel, dialectique et authentiquement révolutionnaire.

Le Manifeste du Parti communiste a énoncé le principe fondamental du marxisme en ce qui concerne la tactique de la lutte politique: "Ils [les communistes] combattent pour les intérêts et les buts immédiats de la classe ouvrière; mais... défendent... en même temps l'avenir du mouvements." Partant de là, Marx soutint, en 1848, le parti de la "révolution agraire" de Pologne, "c'est-à-dire le parti qui fit en 1846 l'insurrection de Cracovie". En 1848-1849, Marx soutint la démocratie révolutionnaire extrême en Allemagne et ne revint jamais sur ce qu'il avait dit alors à propos de la tactique. Il considérait la bourgeoisie allemande comme un élément "enclin depuis le début à trahir le peuple [seule l'alliance avec la paysannerie aurait pu permettre à la bourgeoisie d'arriver entièrement à ses fins] et à passer un compromis avec le représentant couronné de la vieille société". Voici l'analyse finale donnée par Marx de la situation de classe de la bourgeoisie allemande à l'époque de la révolution démocratique bourgeoise. Cette analyse est, d'ailleurs, un modèle d'analyse matérialiste qui considère la société dans son mouvement, sans se borner au mouvement tourné vers le passé: "... se méfiant d'elle-même, se méfiant du peuple, grommelant contre les couches supérieures et redoutant les couches inférieures, ....craignant l'ouragan mondial; ...dénuée de toute énergie, ne représentant qu'un pur plagiat, sans initiative; ...vieillard sur qui pèse la malédiction, condamné qu'il est à pervertir les premiers élans de jeunesse d'un peuple débordant de vie pour les plier à ses intérêts séniles..." (Neue Rheinische Zeitung, 1848, V. Literarischer Nachlaß, tome III, p. 212). Environ vingt ans après, dans une lettre à Engels (tome III, p. 224), Marx écrivait que la Révolution de 1848 avait échoué parce que la bourgeoisie avait préféré la paix dans l'esclavage à la seule perspective de combattre pour la liberté. Lorsque l'époque des révolutions de 1848-1849 fut close, Marx se dressa contre toute tentative de jouer à la révolution (lutte contre Shapper-Willich), exigeant que l'on sût travailler dans la nouvelle époque qui préparait, sous une "paix" apparente, de nouvelles révolutions. Le jugement suivant de Marx sur la situation en Allemagne en 1856, à l'époque de la réaction la plus noire, montre dans quel esprit il entendait que ce travail fût accompli: "En Allemagne, tout dépendra de la possibilité de faire appuyer la révolution prolétarienne par une réédition de la guerre des paysans." (Correspondance, tome II, p. 108.) Tant que la révolution démocratique (bourgeoise) ne fut pas achevée en Allemagne, Marx porta toute son attention, en ce qui concernait la tactique du prolétariat socialiste, sur le développement de l'énergie démocratique de la paysannerie. Il estimait que l'attitude de Lassalle était "objectivement... une trahison à l'égard de tout le mouvement ouvrier au profit de la Prusse" (tome III p. 210), notamment parce qu'il favorisait les junkers et le nationalisme prussien. "Dans un pays essentiellement agricole, c'est une bassesse ó écrivait Engels à Marx en 1865, à propos d'un projet de déclaration commune dans la presse ó que d'attaquer, au nom du prolétariat industriel, uniquement la bourgeoisie, sans même faire allusion à l'exploitation patriarcale, <exploitation à coups de bâton>, du prolétariat rural par la grande noblesse féodale." (tome III, p. 217) Dans la période de 1864 à 1870, alors qu'en Allemagne l'époque de la révolution démocratique bourgeoise tirait à sa fin, époque où les classes exploiteuses de Prusse et d'Autriche se disputaient sur les moyens d'achever cette révolution par en haut, Marx ne se bornait pas à condamner Lassalle pour ses complaisances envers Bismarck, mais corrigeait aussi Liebknecht, qui versait dans l'"austrophilie" et défendait le particularisme; Marx exigeait une tactique révolutionnaire combattant aussi implacablement Bismarck que les austrophiles, une tactique ne s'adaptant pas au "vainqueur", le hobereau prussien, mais renouvelant immédiatement la lutte révolutionnaire contre lui, également sur le terrain créé par les victoires militaires de la Prusse (Correspondance, tome III, pp. 134, 136, 147, 179, 204, 210, 215, 418, 437, 440-441). Dans la célèbre "Adresse" de l'Internationale en date du 9 septembre 1870, Marx mettait en garde le prolétariat français contre une insurrection prématurée, mais lorsqu'elle survint néanmoins (1871), il salua avec enthousiasme l'initiative révolutionnaire des masses "montant à l'assaut du ciel" (lettre de Marx à Kugelmann). Dans cette situation comme dans nombre d'autres, la défaite du mouvement révolutionnaire, à la lumière du matérialisme dialectique de Marx, fut un moindre mal du point de vue de la marche générale et de l'issue de la lutte prolétarienne que ne l'eût été l'abandon de la position occupée, la capitulation sans combat: une telle capitulation aurait démoralisé le prolétariat, miné sa combativité. Appréciant à sa juste valeur l'emploi des moyens légaux de lutte en période de stagnation politique et de domination de la légalité bourgeoise, Marx condamna très vigoureusement en 1877-1878, après la promulgation de la loi d'exception contre les socialistes, la "phrase révolutionnaire" d'un Most, mais il blâma avec autant d'énergie, sinon davantage, l'opportunisme qui s'était alors emparé momentanément du Parti social-démocrate officiel, lequel n'avait pas su faire aussitôt preuve de fermeté, de ténacité, d'esprit révolutionnaire et de la volonté, en réponse à la loi d'exception, de passer à la lutte illégale (Correspondance, tome IV, pp. 397, 404, 418, 422, 424. Voir également les lettres de Marx à Sorge).


Fait de juillet à novembre 1914
Paru pour la première fois en 1915 dans le "Dictionnaire encyclopédique Granat".
7e édition, tome 28
Signé: V. Iline

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