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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 13:43

jouetchine.jpg« Global Times » a publié ces derniers temps une série d'articles qui débattent sur des problèmes, tels que la Chine est-elle 'développée' ou bien la Chine doit-elle s'aligner sur 'la deuxième du monde' ?

Il n'y a rien d'étonnant à cela, car aujourd'hui dans le monde quand on considère la Chine, c'est toujours ou bien ‘la première' ou bien 'la deuxième' : la première du monde après avoir dépassé l'Allemagne quant à l'exportation ; la première du monde après avoir dépassé les Etats-Unis quant à la production et à la vente d'automobiles ; un rapport de l'ONU déclaré qu'en 2009, le taux de la contribution apportée par la Chine en 2009 à la croissance de l'économie mondiale a dépassé 50%, ce qui montre que la Chine est tout à fait digne d'être la première du monde ; la Chine est en voie de dépasser le Japon et de devenir la deuxième du monde pour ce qui est de son PIB.

Lorsqu'un grand nombre de pays continue à se débattre dans les souffrances dues à la crise financière, le comportement de la Chine est par trop excitant. Certains disent que le capitalisme avait sauvé le monde autrefois, mais que maintenant c'est au tour de la Chine de porter secours au capitalisme en déclin. Et les propos selon lesquels le 21ème siècle sera le « siècle de la Chine » se répandent largement. Depuis l'année dernière jusqu'à présent, on entend partout l'expression « G2 » et il semble que la Chine est devenue vraiment la « deuxième » dans notre monde.

Mais il ne faut pas oublier une autre espèce de « première » de la Chine : le manque chaque année de 12 millions de postes d'emploi, ce qui la met à la tête du monde quant à cela ; la population handicapée se chiffre à plus de 80 millions en Chine, la première du monde ; la première du monde quant au nombre des enfants non scolarisés ; parmi les dix villes les plus polluées du monde, la Chine en compte sept, et elle est la première du monde pour cela.

Lorsqu'on met en parallèle ces deux genres de « première », on s'aperçoit que la Chine est très éloignée de ce qu'on pense et croit d'elle. La Chine est toujours jusqu'à présent un « Dagongzi » (en chinois : quelqu'un qui travaille pour d'autres), car il lui faut troquer 8 millions de chemises contre un avion. Pour ce qui est du volume global de son commerce extérieur, 60% sont dus à la contribution d'entreprises à capitaux étrangers. On voit partout dans le monde « Made in China », alors que le « Create in China » est pratiquement inconnu dans le monde. Les personnes âgées de plus de soixante ans représentent actuellement 13% de la population totale du pays, ce qui montre l'existence en Chine d'une « population vieillie avant d'être enrichie » et cela est une réalité.

En dehors de sa « puissance », la Chine est acculée par l'Occident qui veut à tout prix lui coller l'étiquette d' « intransigeance ». Que ce soit qu'elle persiste dans ses principes lors de la Conférence sur les changements climatiques tenue à Copenhague, qu'elle prend la décision d'appliquer la loi à l'égard du trafiquant de drogue anglais Akemao qui a été exécuté ou bien qu'elle prononce des sentences à l'encontre de certaines personnes dont les agissements portent atteinte à la sécurité d'Etat, la Chine est toujours condamnée par les pays occidentaux qui l'accusent d' « intransigeance » ou bien d' « arrogance ». Mais ce qui est étrange et bizarre, c'est que lorsque ne tenant aucunement compte des avertissements répétés de la partie chinoise, les Etats-Unis persiste dans sa décision de vendre des armes avancées à Taïwan dont l'appartenance à la Chine est reconnue par les Américains, les autres pays occidentaux semblent devenir insensibles et aucun d'eux n'ose condamner l' « arrogance » des Etats-Unis, alors que lorsque la Chine, ayant le bon droit de son côté et disposant de preuves convaincantes, contre-attaque, les médias occidentaux se réveillent tout d'un coup et critiquent violemment la Chine en affirmant qu'elle fait preuve d' « une dureté et d'une intransigeance excessives ».

L'Occident est habitué à avoir affaire avec une Chine qui fait contre mauvaise fortune bon cœur et qui se résigne aux adversités et aux malheurs et quand maintenant, sûre de son bon droit, elle se dresse avec assurance pour préserver et protéger ses droits et intérêts légitimes, il l'accuse d' « intransigeance » et de « provocation ». Ce que la Chine demande c'est seulement qu'on apporte des changements au traitement injuste envers elle. Parmi les Occidentaux, il y en a certains qui commencent à voir la Chine objectivement et impartialement, mais c'est seulement un petit nombre, tandis que la plupart n'ont pas encore pu former cette habitude. Ce que la Chine exige c'est qu'on traite avec elle sur le pied de l'égalité et quand sa voix commence à se faire entendre sur ce sujet-là que déjà elle est à peu près submergée par des jets de salive de gens qui ne veulent rien entendre.

Il est important pour la Chine de conserver sa lucidité et sa clairvoyance. Elle doit rester perspicace pour ne pas être bernée et dupée par les paroles mielleuses et les flatteries qu'on lui adressera, mais en même temps, elle doit faire des efforts pour se maîtriser pour ne pas tomber dans les pièges qu'on lui tendra pour l'irriter et l'exaspérer. Dans le contexte actuel mondial où chacun a besoin de l'aide d'autre, la préservation des droits et intérêts personnels devient un sérieux problème qui donne matière à réfléchir. Qu'elle soit « puissante » ou non, la Chine est tout à fait consciente au fond d'elle-même, alors que sa soi-disant « intransigeance » relève également d'elle-même et que ce n'est pas aux autres d'en faire des commentaires.



Source: le Quotidien du Peuple en ligne
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 13:36

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La Maison Blanche a déclaré jeudi 11 février que le président Barack Obama rencontrerait le Dalaï-lama le 18 février, malgré les mises en garde faites par la Chine qu'une telle rencontre nuirait aux relations bilatérales.

Quels seraient les sentiments et les réactions du gouvernement américain si les dirigeants chinois rencontreraient quelqu'un qui mènerait des activités pour l'indépendance de l'un des Etats américains, comme Alaska?

Se mettre à la place de l'autre, c'est ce que nous, les Chinois, faisons toujours quand nous devons nous entretenir avec quelqu'un d'autre, ou faire quelque chose qui risquerait d'agacer l'autre.

Si Obama se mettait à la place des Chinois, il ne rencontrerait pas le Dalaï-lama. Mais, il tient à le rencontrer malgré la vive opposition de la Chine, car il aborde la question du Tibet et du Dalaï-lama d'un point de vue différent.

Avec la mentalité de guerre froide en subconscient, il reste obsédé par l'idée que la Chine est un Etat communiste et un ennemi pour les Etats-Unis. De ce fait, il ferme les yeux sur le fait que le Tibet fait partie de la Chine depuis des centaines d'années et que l'histoire du Tibet en tant que partie intégrante de la Chine est beaucoup plus longue que celle des Etats-Unis.

Si le Dalaï-lama avait une quelconque raison de revendiquer la souveraineté du Tibet comme un pays indépendant, les tribus indiennes auraient plus de raisons de chasser la majorité des Américains hors des Etats-Unis.

Obama a également fermé les yeux sur le fait que la paix et la religion sont une couverture pour le Dalaï-lama afin de faire passer ses activités pour séparer le Tibet de la Chine. Le gouvernement chinois a, à maintes reprises, affirmé que la porte des négociations reste toujours ouverte pour le Dalaï-lama, du moment où il renonce à sa tentative de séparer le Tibet de la Patrie.

Par sa rencontre avec le Dalaï-lama, Obama est en train d'envoyer un message à tous les séparatistes qu'ils ont l'appui de la seule superpuissance mondiale pour mener leurs activités illégales.

En rencontrant cet homme, dont les propos ne correspondent pas aux intentions, Obama fait quelque chose de préjudiciable aux relations sino-américaines et dévoile son manque de respect pour le peuple chinois.

En agissant ainsi, il se dépeint lui-même comme un homme de deux standards et quelqu'un qui n'a pas de principes aux yeux du peuple chinois.

En agissant ainsi, il donne également l'impression de quelqu'un qui a menti ou du moins n'a pas parlé du fond de son cœur, en promettant de promouvoir les relations sino-américaines.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 13:31
arton2760976-889ed.jpgEntretien avec Alain Roux, historien sinologue. L’auteur du Casse-tête chinois (1) décortique pour nous le destin exceptionnel du Grand Timonier. Comment Mao, enfin descendu de son piédestal, est devenu un objet historique…

Comment comprendre l’itinéraire de celui qui fut à la fois un dirigeant totalitaire responsable de millions de morts et un chef d’État capable d’insuffler un nouveau dynamisme et une nouvelle fierté à ses compatriotes. Alain Roux (1) nous livre une remarquable biographie du dirigeant chinois qu’en tant qu’historien sinologue, il veille à situer « dans son temps et son espace ».

Qu’est-ce qui vous a amené à travailler sur une biographie de Mao Zedong plus de trente ans après sa mort  ?

Alain Roux. Ce projet est venu de la constatation d’un paradoxe  : depuis trente ans, la Chine connaît un développement de type capitaliste mais Mao est toujours considéré par le Parti communiste chinois comme un de ses éléments de référence, inscrit même dans les statuts du PCC. Autrement dit, Mao continue à survivre au maoïsme, lequel s’est pourtant clos sur un bilan d’échec. Comment un personnage d’une telle envergure résiste-t-il, au moins en Chine, à tous les désastres dont il a été coupable  ? C’est là le point de départ de ma réflexion. Il s’est trouvé que réfléchir sur Mao Zedong en tant qu’historien, c’est-à-dire traiter Mao comme objet de l’histoire, seul moyen de répondre à ce paradoxe, est devenu possible par la publication de quelques ouvrages libérateurs. Je pense aux travaux de Simon Leys (les Habits neufs du président Mao) pour les plus anciens, ou plus récemment à la biographie écrite par le médecin de Mao, Li Zhisui, la Vie privée du président Mao. D’autres livres comme celui de Philip Short (Mao Tsé-Toung), que j’apprécie beaucoup et qui a été publié alors que je commençais mon propre travail, ont confirmé la possibilité d’une réflexion d’historien sur Mao. En outre, la publication de Jung Chang et Jon Halliday (Mao, l’histoire inconnue) a suscité chez moi de vraies interrogations quant à la démarche de ces auteurs. Ces derniers, au demeurant des gens qualifiés, ont eu accès à de nombreux contacts et sources. Ils apportent des informations inédites qui ne peuvent plus être ignorées, mais en même temps ils partent d’un a priori que je n’accepte pas en tant qu’historien. Faire de Mao un monstre depuis l’origine de son engagement est extrêmement réducteur et méprisant vis-à-vis du peuple chinois. On peut y voir un risque d’instrumentalisation de l’histoire pour casser une légende qui perdure en Chine. On passe d’une légende dorée qui ne peut plus être aujourd’hui à une légende noire qui encombre inutilement la recherche historique.

Comment- avez-vous procédé et quels ont été les obstacles à surmonter  ?

Alain Roux. J’ai essayé de suivre au fil des crises, au fil des décisions, ce qui avait motivé Mao. Je ne prétends pas avoir défriché des sources nouvelles – je suis spécialiste du mouvement ouvrier chinois – mais, en revanche, j’ai essayé de les utiliser d’une façon originale. Je me suis notamment appuyé sur les recherches de Stuart Schram, historien sinologue américain, le meilleur spécialiste de Mao qui, dès les années 1962-1963, a accompli un travail déterminant pour la connaissance de Mao et de ses idées. Un des principaux obstacles que l’historien doit franchir vient de la tradition culturelle chinoise elle-même. Cette dernière à la fois facilite et complique le travail. De tout temps, il existe en Chine une histoire officielle, édifiante, qui sert à tirer des leçons morales et politiques des études menées sur des grands hommes du passé. Fussent-ils pervers. En même temps, coexiste une tradition de l’histoire parallèle, dite « indiscrète ». C’est une histoire externe comme disent les Chinois, très people, où s’entremêlent ragots et scandales, mais qui peut être porteuse de toute une série d’informations sur lesquelles on n’a pas encore de bases documentaires accessibles. L’ennui est que ces sources ne sont pas toujours vérifiables, leur crédibilité est limitée mais elles ouvrent des hypothèses, des perspectives qui peuvent se retrouver ensuite confirmées par des archives.

À l’issue de vos recherches, comment percevez-vous Mao  ? Était-il nationaliste, socialiste  ? Comment s’est construite une telle personnalité historique  ?

Alain Roux. Mao est un patriote, son engagement premier a été nationaliste. Ce qui s’explique beaucoup par l’humiliation subie par la Chine au XIXe siècle. Était-il socialiste  ? Qu’est-ce que veut dire le socialisme pour un Chinois  ? Le mot lui-même en chinois n’est pas clair. Il se rapproche plutôt du terme sociologie. Pour Mao, le socialisme s’apparente à l’étatisme. Il consiste à confier au parti-État la responsabilité de moderniser le pays par en haut. Cet étatisme entre chez Mao en conflit avec sa vision d’un monde égalitaire, sans classes sociales ni races ni nations, la Grande Harmonie, qui remonte à la tradition chinoise. Mao donne l’impression qu’il a voulu une Chine moins injuste, plus égalitaire. Dans les faits, c’est un projet plutôt populiste. À la différence des dirigeants communistes européens, Mao n’a pas grande confiance dans la classe ouvrière. Il a été en 1922, au Hunan, un dirigeant ouvrier qui a conduit des grèves mais il est déçu très rapidement par le prolétariat chinois, il l’a dit à un représentant de l’Internationale communiste de passage dans sa province  : il a trouvé la classe ouvrière peu combative, corporatiste, encadrée par les sociétés secrètes. Pour ces raisons, il a recherché d’autres forces sociales pour porter la révolution. À partir de 1925, il pense à la paysannerie. Durant l’hiver 1926-1927, il découvre et exalte à l’excès la force du mouvement paysan dans la province de Hunan.

Est-ce alors que Mao devient « maoïste »  ?

Alain Roux. Initialement Mao n’était pas un théoricien marxiste. C’est un théoricien de la guérilla qui exploite le lien entre la guerre et la politique. Il doit un peu à Clausewitz, beaucoup à Sun Zi et à son Art de la guerre écrit cinq siècles avant notre ère et encore plus à un robuste bon sens paysan. Il a mis au point sa guérilla et il a eu pas mal de chance. S’il n’avait pas été mis de côté en 1934 par la direction du PCC, il aurait supporté comme les autres dirigeants communistes le poids de la défaite de la République soviétique du Jiangxi. Mao a eu de la chance et a su s’en servir, comme toutes les grandes figures historiques  : il a perdu le pouvoir au bon moment et est ensuite apparu comme un recours. Sous son impulsion, la Longue Marche qui était d’abord une fuite pour échapper à un encerclement mortel devenait une offensive anti-japonaise. Mao a senti le besoin de devenir un théoricien après la Longue Marche, quand il est devenu le numéro 1 du PCC entre 1935 et 1941. Il s’imposa alors comme l’homme de l’adaptation du marxisme à la réalité chinoise. On peut discuter de cet apport théorique réel, souvent assez fragile, mais il est vrai que l’idée selon laquelle le marxisme devait s’implanter dans la réalité historique de chaque pays était novatrice, non seulement pour la Chine mais pour le mouvement communiste international. La pensée Mao Zedong – les communistes chinois ne parlent pas de maoïsme – se hisse au niveau du léninisme, perçu, lui, comme une adaptation du marxisme aux réalités russes. En 1945, après une dure campagne de mise en conformité du Parti tout entier avec ses vues, Mao fait de sa « pensée » la base théorique sur laquelle le pouvoir croissant des communistes repose. Elle le reste.

Qu’est-ce qui pousse Mao à provoquer des crises aussi terribles que le Grand Bond en avant ou la Révolution culturelle  ?

Alain Roux. Avec le concept de « révolution ininterrompue » que développe Mao, on perçoit sa vision du monde. Il est persuadé que le monde est fait de contradictions infinies qui ne doivent jamais aboutir à des périodes de stabilisation, tout doit être constamment remis en question. Ainsi se crée une sorte de métaphysique de la lutte des classes, où tout le plus petit producteur privé de richesses, même un humble colporteur, devient un exploiteur à dénoncer ou à éliminer. Pis, ce statut de classe arbitraire devient héréditaire et donne naissance à des parias sociaux. Ce qui, à la longue, est ingérable politiquement  : la population est constamment mobilisée. Mao présente ce concept comme une réponse à la bureaucratisation du Parti en URSS. Dès 1955, il critique la société soviétique qu’il voit figée et sans dynamisme. Mao rêve d’une autre société. Il est obsédé par le danger d’une restauration du capitalisme et par le risque de voir se développer une bourgeoisie à partir du Parti communiste bureaucratisé. De telles craintes ne sont pas totalement fausses  ! On l’a vu lors de la dissolution de l’URSS et on le voit actuellement en Chine, où une bonne partie de la bourgeoisie en train de se former est issue de l’appareil du Parti. Mao oppose à cette bureaucratisation l’enthousiasme et la mobilisation des forces populaires. À son avis, les masses peuvent tout faire. La lettre du 8 juillet 1966 qu’il écrit à sa femme, Jiang Qing, juste avant le déclenchement de la Révolution culturelle, pour lui expliquer sa vision du grand chambardement qu’il prépare est à ce titre révélatrice de l’état d’esprit de Mao. Il ne croit pas son pouvoir menacé mais craint que ses successeurs ne tombent dans les mêmes travers que les révisionnistes soviétiques. Il va montrer sa force, faire le « tigre » mais il joue aussi de la ruse se référant au « singe »  : ses erreurs du Grand Bond en avant lui fournissent des armes contre ceux-là mêmes qui suscitent sa colère pour avoir cherché à en limiter les dégâts. Tous les dix ans environ, il faudra soulever les masses contre les cadres du Parti pour les mettre à l’épreuve et empêcher l’ossification de l’élan révolutionnaire.

Votre regard sur Mao a-t-il évolué à l’issue de votre travail  ?

Alain Roux. Ce concept de révolution ininterrompue joint au projet égalitaire m’explique pourquoi Mao s’est obstiné dans l’erreur. On le voit dès 1949 mettre en place une société nouvelle sur le modèle de développement soviétique. Ce qui a d’ailleurs réussi à faire démarrer l’économie chinoise. Après 1955, il amorce ce qu’il définit comme une voie chinoise originale et c’est le Grand Bond en avant qui aboutit à une première catastrophe terrible avec 25 à 30 millions de paysans morts de faim en trois ans. En 1962, on voit apparaître quelques solutions qui anticipent ce qui va se passer après 1978, notamment avec Deng Xiaoping, à l’origine d’une politique d’assouplissement à la campagne. Mao laisse faire puis l’arrête brutalement et prépare la Révolution culturelle pour liquider les cadres impliqués dans ce réajustement politique. Quelques années plus tard, en plein chaos, il rappelle Deng qu’il avait chassé mais une fois encore bloque ses initiatives et le destitue en 1976. Pourquoi  ? C’est comme s’il avait l’intuition que ces changements allaient aboutir à la restauration du capitalisme en Chine. Cette espèce de lucidité est tragique et impuissante puisqu’en fait les crises que Mao a provoquées ont précipité sans doute les évolutions qu’il redoutait. La question qui s’est posée à moi avec urgence était de comprendre pourquoi une telle obstination dans l’erreur avait été possible. L’ego démesuré de Mao, la fierté nationale retrouvée, l’habileté manœuvrière de l’équipe dirigeante et l’absence d’une alternative crédible ne suffisent pas. Il faut chercher au-delà de Mao et de la Chine dans cette dictature du parti unique confondu avec l’État ébauchée par Lénine et généralisée par Staline qui a fait du ou des dirigeants communistes au pouvoir des despotes tout-puissants. Vu sous cet angle, Mao a été un marxiste-léniniste d’une parfaite orthodoxie. La répression sanglante des manifestations pacifiques de la place Tian’anmen en juin 1989 et les lourdes condamnations récentes d’intellectuels chinois, coupables comme Liu Xiaobo d’exiger la liberté d’expression et d’organisation, montrent que, ainsi réduit, le maoïsme comme avatar d’un socialisme bureaucratique et policier subsiste de nos jours et empêche le peuple chinois de lutter contre les injustices dont il est victime, pour le plus grand profit d’oligarques chinois et de multinationales étrangères.

Entretien réalisé par Dominique Bari

(1) Professeur émérite de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Le Singe et le Tigre, Mao, un destin chinois. éditions Larousse, septembre 2009. 1 126 pages, 26 euros. La Chine au XXe siècle. éditions Armand Colin, 2006. Le Casse-tête chinois. Éditions Messidor, 1980 (réédité et actualisé sous le titre la Chine populaire, Éditions Messidor. Tome 1, 386 pages, 1983  ; tome 2, 400 pages, 1984.
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 13:24

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Scène surréaliste en Haïti. Au beau milieu des décombres de l’ambassade de France, les secouristes dépêchés sur place ont mené à bien une mission périlleuse : sauver le champagne de notre beau pays.

« Comment expliquerions-nous à des familles que leur fils ou époux est mort en sauvant du vin, du champagne ou du whisky ? » Le 29 janvier, devant le regard indigné des médecins et infirmiers du Samu 21 de Dijon détachés à Port-au-Prince, une dizaine de sapeurs-pompiers « spéléos » spécialistes des décombres, ont mené une dernière opération de sauvetage avant de regagner leurs pénates. Objectif : la cave de monsieur l’ambassadeur français !

 

Une opération risquée à cause de l’instabilité du bâtiment mais drôlement bien organisée : deux secouristes ont été envoyés dans les ruines, pendant qu’une dizaine réceptionnait le butin. Le « trésor » méritait bien cette attention particulière. La cave de l’ambassadeur Didier Bret abritait des dizaines de caisses de champagne, cognac, whisky et grands vins.

L’État français ne perd pas une occasion de choyer ses représentants. Dans son dernier numéro, Le Canard Enchaîné (10/02) décrit une autre mission de sauvetage réussie, cette fois par Arno Klarsfeld.

chat perché

Envoyé par Matignon en Haïti pour « identifier les problèmes prioritaires à résoudre », l’avocat est rentré au bout de quinze jours avec Voltaire, le chat du numéro deux de l’ambassade, Christophe Quentel. Le haut fonctionnaire et sa famille avaient dû quitter l’île à la hâte, en laissant le félin.

D’après Klarsfeld, contacté par Le Canard, « Voltaire manquait cruellement à sa petite fille de 5 ans ». Cette fois, c’est le pinard miraculé qui a pu être transporté, sous bonne escorte, dans les locaux de l’état-major de la cellule de crise… Ouf, les soirées de monsieur l’ambassadeur sont sauvées.
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 13:14

fantome-horreur.1266424875.jpgLa question des retraites donne lieu à une dramatisation indécente, hors de propos dans notre pays. On  nous rebat les oreilles avec un « choc démographique » qui a la puissance d’une pichenette. Car si le vieillissement de la population est bien réel, ses effets sur les finances publiques seront de très faible ampleur. Rien qui ne puisse être très aisément financé.

Cette plaisante perspective est même une des caractéristiques de la France, lorsqu’on la compare au reste de l’Europe. Le gouvernement devrait se retenir de faire peur et cesser d’évoquer des chiffres dénués de pertinence. « Si nous ne faisons rien, il manquera 100 milliards d’euro à l’horizon 2050 », affirme ainsi François Fillon, qui ferait mieux de se taire.

Un groupe de travail international, mis en place par la Commission européenne, a calculé les effets du vieillissement sur les finances publiquescout-du-vieillissement-2007-2020-ue.1266425020.png de chaque pays de l’Union, à l’horizon 2060. Surcoût des pensions de retraite elles-mêmes, mais aussi alourdissement des dépenses de santé, coût de la dépendance d’un nombre croissant de personnes âgées, effets probables sur le chômage, enfin, effet de la démographie sur les dépenses d’éducation : rien n’a été oublié.

 

Et tout compte fait, la situation de la France est plutôt enviable. En témoignent les deux graphes ci-contre. De 2007 à 2020, le vieillissement se traduirait en tout par un surcoût de dépenses publiques de 2,7 points de PIB, et se stabiliserait ensuite jusqu’en 2060. Notons que cette perspective n’est due à aucune économie sur les dépenses d’éducation.

Si c’est cela le « choc », alors il faut parler de séisme en Allemagne, au Royaume Uni, en Belgique, en Espagne et aux Pays-Bas ; de tsunami en Grèce… Et les mots manquent pour évoquer le Luxembourg, où le vieillissement alourdirait la dépense publique de 9,1 points de PIB en 2020, et jusqu’à 18 points en 2060.cout-du-vieillissement-2007-2060-ue.1266425211.png

On peut tirer plusieurs enseignements de ces travaux. Le premier, c’est qu’il est inconvenant de se référer aux réformes conduites dans tel ou tel pays, pour justifier les réformes souhaitables en France.

Le deuxième enseignement de ces chiffres, c’est que financer une surcharge de 2,7 points de PIB en quinze ans est tout sauf un exploit. Ce fut d’ailleurs très exactement le cas entre 1980 et 1993 pour les seules pensions de retraites. Aucune « réforme courageuse » n’est alors venue atténuer cette ascension. Et il y a fort à parier que plus d’un lecteur en feront la découverte, lorsqu’ils examineront ce graphique.

Retenons enfin quelque chose d’essentiel. Dans cette affaire, et notamment dans le cas de la France, la variable clé n’est ni le rapport démographique entre actifs et retraités, ni la durée de cotisation, ni le pouvoir d’achat des pensions. En France, la variable clé est la croissance économique, fruit du travail des hommes et de leur productivité. En témoigne le tassement apparent des pensions entre 1999 et 2002 : on le doit non pas à un ralentissement des prestations de retraites, mais à la très vive croissance du PIB qui marqua le tournant du siècle.

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Ce constat devrait faire réfléchir ceux qui s’acharnent à faire peur aux Français. En dramatisant inutilement la question des retraites, ils incitent les Français à épargner plutôt qu’à consommer. Ils privent ainsi la croissance économique nationale de son plus efficace ressort, et aggravent le problème qu’ils prétendaient résoudre.

Mais peut-être cherchent-ils moins à financer les retraites par répartition, qu’à faire émerger spontanément un système par capitalisation, inutile pour la collectivité mais lucratif pour quelques uns.

http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2010/02/17/indecente-dramatisation-de-la-question-des-retraites/#xtor=RSS-32280322
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Published by valenton rouge - dans France
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 23:29

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AUTEUR:   Palestine Think Tank

Traduit par  Sihem Belaidi . Édité par Fausto Giudice


Un éditorial de Palesine Think Tank écrit par
Yousef Abudayyeh, Mohamed Khodr, Mary Rizzo, Haitham Sabbah et Saja

Le militantisme et les militants œuvrant pour la Palestine ont reçu une certaine attention médiatique récemment, ce qui est une très bonne nouvelle. C’est une opportunité que l’on doit saisir, surtout si l’on considère que les Palestiniens eux-mêmes ne se voient pas accorder d’espace dans presque tous les médias de masse. Partant de là, nous à Palestine Think Thank, avons décidé d’exprimer certaines de nos observations, pensées et suggestions dans le but d’améliorer le travail de tous les militants y compris nous-mêmes. Ce texte est un résumé de ce que nous estimons être certaines erreurs courantes de la part des militants et nos propositions pour éviter que ces erreurs entraînent des dommages. Dans les prochaines semaines nous travaillerons sur chacun de ces points dans différents articles. Nous espérons que nos observations et nos propositions seront profitables autant à nous-mêmes qu’à tous ceux qui consacrent leur temps et leur énergie à la cause palestinienne.

1. Ne pas insister sur l’unité et nous diviser entre nous

L’enjeu probablement le plus important et à placer avant tous les autres, est l’unité. On la retrouve de deux sortes : l’une est fondamentale, et l’autre simplement bénéfique. L’unité entre les Palestiniens en tant que peuple représente l'unité fondamentale. Les Palestiniens ont un ennemi commun : l’occupant, l'adversaire sioniste - l’État hébreu; et un objectif commun qui devrait être partagé par tous : la reconnaissance de tous leurs droits et la mise en pratique de ceux-ci. Les divisions sectaires doivent être complètement surmontées, tout comme elles sont surmontées dans le camp sioniste.

Les Palestiniens sont éparpillés dans le monde entier, la plupart d’entre eux vivant en exil. La lutte des 62 dernières années fut continue, et le nom « Palestine » a survécu grâce aux sacrifices des Palestiniens du Liban, de Jordanie, de Syrie, des Pays du Golfe, d’Europe et de partout ailleurs. Leur lutte nationale est une, c’est celle pour la libération de leur terre natale, de leur mère patrie. C’est celle pour le retour vers leurs foyers et villages, et pour arriver à une vie de paix et de démocratie. Nous ne devrions pas laisser la lutte d’une nation être réduite au seul aspect du devenir du Hamas à Gaza et à un « État »  d’autogouvernement très limité dirigée par Abbas dans ce qui reste de la Cisjordanie. Le Hamas et le Fatah sont deux partis politiques, ils ne représentent pas la voix suprême de tous les Palestiniens de par le monde, ni ne peuvent se présenter comme tels. Tout comme n’importe quel pays du monde, le nationalisme et le patriotisme ne sont pas la propriété de partis politiques, mais ceux du peuple. Il est tragique que les affrontements entre ces partis aient fait perdre de vue les aspirations des Palestiniens, et que tout opposant à l’un de ces partis ait été muselé, mis en prison ou voire même tué. Ce n’est pas ce pour quoi les Palestiniens ont sacrifié leur vie. Rien ne peut se passer en Palestine tant que le Hamas et le Fatah, chacun soutenu par des partisans de l’extérieur, sont divisés. Il est dramatique et dommageable que la population palestinienne soit ainsi divisée par des lignes sectaires, et cette division est précisément ce qu’Israël espère qu'il restera, dans sa stratégie du « Diviser pour mieux régner ». Etre divisés sert les intérêts sionistes. Les Palestiniens se doivent de placer en première priorité la nécessité de surmonter ces différends sectaires. Si les dirigeants actuels ne soutiennent pas cela, d’autres dirigeants feront surface et gagneront un large soutien. D’ores et déjà, beaucoup de ces leaders sont conscients de l’opinion publique, et les proclamations qu’ils vont consacrer leurs efforts à une réconciliation doivent impérativement aller au-delà des simples promesses et se concrétiser ; les Palestiniens doivent les contraindre à ces objectifs.

Une Palestine unie qui reviendrait à son fond premier, son fond arabe, est la plus grande menace pour Israël ; il faut que des élections aient lieu car les Palestiniens, tout comme quiconque, ont le droit de choisir leurs propres dirigeants. Nous devons cependant établir une différence entre des élections sous occupation, dont le but premier serait de rendre la vie moins difficile pour les Palestiniens vivant sous la violente houlette sioniste ; et des élections qui devraient inclure tous les Palestiniens à travers le monde, créant ainsi leur propre direction politique, capable, volontaire et prêt à s’attaquer aux problèmes auxquels doivent faire face TOUS les Palestiniens : la libération de la Palestine et le retour des Palestiniens à leurs foyers et villages d’origine. Les intérêts politiques doivent être subordonnés aux intérêts nationaux, et tous les partis devraient conclure le pacte de travailler ensemble à la concrétisation des intérêts nationaux, tout en conservant leurs identités et propositions propres. Comment atteindre l’unité devrait occuper la plus grande part des discussions. C’est le problème le plus crucial.

L’unité des “non-Palestiniens” est différente. Elle doit être au service des objectifs palestiniens et soutenir les actions pouvant leur apporter justice et liberté. Présentement, son but premier devrait être de travailler à tout ce qui faciliterait l’unité palestinienne et à faire de leur ordre du jour national une priorité.

2. Nous laisser aller à suivre le cheminement du discours sioniste

En faisant cela, nous nous condamnons à être « réactifs » plutôt qu’ « actifs ». Cela implique de perdre notre cadrage particulier et de ne pas développer nos propres stratégies. Il existe des myriades de réponses individuelles, mais il en existe très peu qui ont une vraie coordination entre elles, et ce même à un niveau idéologique. Le résultat est que ces réponses peuvent facilement devenir contre-productives lorsqu’elles se contredisent les unes les autres. Elles ne sont pas interconnectées, contrairement à la stratégie sioniste. Les sionistes ont un « fil de narration », les Palestiniens eux ont leur histoire. Nous devons l’apprendre, la sortir de l’ombre et être à même de la défendre habilement.

Il a tant été écrit sur l’antisionisme, et les arguments ont été si épuisés qu’ils ne font que se répéter. Il convient à présent de se concentrer sur les priorités et stratégies des pro-Palestiniens, un sujet qui n’est pratiquement pas abordé et qui, lui ouvre des horizons « actifs ».
Les Palestiniens  subissent depuis longtemps  la pire des brutalités et nous devrions leur fournir une orientation et de l’espoir, en écoutant leurs idées.  Nous devrions proposer cette démarche « positive et active » aux militants de par le monde et continuer à propager cet aspect jusqu’à ce qu’il parvienne au peuple de Palestine.

3. Nous utilisons une terminologie sioniste

C’est une erreur que nous ne commettons que trop souvent. Nous devons créer notre propre terminologie, ou piocher dans notre propre catalogue linguistique afin de trouver le « meilleur»  lexique. Les sionistes l’ont fait, ils possèdent des manuels de hasbara et des formations à la propagande. Si notre langage est suffisamment répété, les gens commenceront à comprendre les informations de base. Un exemple : nous usons des termes tels que ‘Gaza’ et ‘Cisjordanie’ comme substituts pour ‘Palestine’, ne réalisant pas que la Palestine est bien plus que cela. En effet, même dire ‘les Territoires Palestiniens’ est erroné et a créé une impression dans les esprits que ‘Palestine’ ne correspond qu’aux territoires hors de la Ligne Verte. C’est une idée qui fut imposée mais qui doit être rejetée. Dans un tel cas, les termes convenant pour référer à Gaza sont «Gaza, Palestine Occupée », tout en nous rappelant aussi de dire « Ramallah, Palestine Occupée », « Jérusalem, Palestine Occupée » et même « Tel Al-Rabie, Palestine Occupée ». Oui, appeler Tel-Aviv par son nom d’origine est radical, mais peut-être nécessaire. Tout du moins, cela permettra d’ouvrir le débat là où il pourrait être efficace.

4. Nous laissons détourner nos énergies

Nos énergies sont bien trop souvent détournées hors du sujet, et aussi importants ou reliés les thèmes digressifs soient-ils, ils tendent par moments à servir de diversion et à devenir des pentes savonneuses, particulièrement quand nous les abordons de manière réactive. Quelques-uns de ces thèmes sont l’Holocauste européen, le Programme nucléaire iranien, la politique identitaire juive, la politique identitaire musulmane. De la même manière, nous sommes trop souvent inconscients d'une certaine interconnexion entre les événements mondiaux et la politique internationale et comment ils affectent les Palestiniens. Nous devons nous concentrer sur les événements, sur la réalité, et non pas sur ce qui est ressenti comme des menaces ou sur l’agression préventive, ou la ‘création d’une nation’ complètement impérialiste. Nous devons retirer nos œillères et ne pas vouer de culte du héros à qui que ce soit. Tout dirigeant se soucie avant tout de ses intérêts personnels, c’est ainsi qu’il en a toujours été, et rien n’indique que ce soit sur le point de changer. Il faut examiner quels intérêts coïncident avec la cause de la libération palestinienne et quels intérêts « utilisent » cette cause. Avoir un ennemi ou deux en commun ne signifie pas partager les mêmes causes, mais choisir ce qui convient le mieux. Ceci a toujours constitué un obstacle qui a fait trébucher la cause pour la libération de la Palestine.

Les questions régionales et internationales sont souvent interconnectées avec la Palestine, bien que parfois d’une manière qui n’apparait pas au premier coup d’œil. Il est important de reconnaître la rhétorique ‘vide’ pour ce qu’elle est, de reconnaître ce qui pourrait être de la propagande servant la désinformation, les "flag operations" (opérations sous faux pavillon) et les diversions par rapport à nos objectifs et principes. La propagande peut provenir d’amis comme d’ennemis, il faut donc examiner de manière critique les informations reçues et ne laisser filtrer que ce qui est utile et bénéfique à la cause. Il peut y avoir des désaccords sur ce qui est bénéfique et ce qui ne l’est pas, mais ce que nous savons tous est que plus un sujet est éloigné dans le temps et dans l’espace de la Palestine, plus il y a de chances que ce soit une diversion.

5. Nous ne traitons pas les médias de masse hébreux - israéliens comme la hasbara qu’ils sont

Nos sources sont bien trop souvent des organes de hasbara. Il y a certes de très bons journalistes là-bas dédiés au peuple palestinien, et tout écrit publié dans un journal israélien n’est pas de la propagande, mais les journaux eux-mêmes le SONT. Les meilleurs d’entre eux tiennent en quelque sorte lieu de feuilles de vigne. Quel est le but de la plupart des journaux israéliens ? C’est de créer une mentalité parmi les israéliens se résumant à « Nous sommes sous attaque » pour justifier leurs “craintes” préfabriquées et les actions à l’encontre des Palestiniens pour apaiser ces peurs. S’il fallait le prouver, un seul coup d’œil jeté sur un journal israélien, même le plus "progressiste", suffirait pour constater la présence constante de publicités en page d'accueil pour Birthright [organisation de voyages en Israël pour jeunes juifs, NdE], Ahava [entreprise de kibboutz fabriquant des produits cosmétiques à partir de boues et de minéraux de la Mer Morte, NdE], plusieurs espaces pour Gilad Shalit, des terrains de golf en Palestine et autres appâts pour recruter de nouveaux colons.

Ceci dit, le fait est que nous n’accordons pas le même intérêt ni la même attention à des auteurs arabes et palestiniens qui le méritent sans conteste. Les journaux arabes ne sont pas cités comme sources. Les Occidentaux et bon nombre de militants ignorent même ce que des écrivains ou des universitaires palestiniens pensent, car ils ne sont pas diffusés à grande échelle pour des raisons qui ne peuvent être que considérées comme discriminatoires. Cela devient apparent si l’on regarde tout simplement la plupart des sites, où ce sont les Européens, les Usaméricains et les Israéliens dirigent le discours, quelle que soit leur position politique.

Un exemple flagrant de la surdité à l’encontre de la voix arabe se manifesta au moment où le crime des trafics d’organe fut mis à jour. Pendant des années, les Palestiniens ont parlé de ce crime qui n’était un secret pour personne. Une sorte de « gêne » accompagnait ce sujet, en ce que les gens ajoutaient communément en fin de compte-rendu : « Je sais, mais je n’ai aucune preuve ». Lorsqu’un Occidental se contenta non seulement de répéter ce qu’il avait déjà publié dans un livre, mais aussi ce que les Palestiniens avaient établi auparavant, tout à coup le sujet devint digne d’intérêt. Mais ce qui est le plus curieux est que la source soulevant le sujet n’était pas palestinienne, mais était en fait un journal sioniste, le Jerusalem Post. Ils ne publièrent pas l’article (c’est Tlaxcala, en coopération avec l’auteur, qui le traduisit en anglais quelques heures plus tard) mais la propagande israélienne en fit mention comme la preuve la plus criante de diffamation, et ce arrivant à point nommé pour la conférence israélienne ayant lieu à ce moment-là sur les « Dangers de l’antisémitisme européen ». Ce sujet important perça enfin à la lumière du jour, mais il faut œuvrer pour être ceux qui dirigent le discours, pour nos propres buts et d’une manière qui ne soit pas réactive. Les problèmes ne devraient pas être mis en lumière ou laissés dans l’ombre selon le bon vouloir des Israéliens / sionistes, ni ne devraient servir leurs intérêts.

Les médias de masse sont cruciaux dans la domination. Israël a la part du lion dans les médias dominants et les Occidentaux ont la part du lion dans les médias alternatifs. Notre but devrait être d’accroître la médiatisation de la cause des Palestiniens par les Palestiniens, tout en restant très vigilants par rapport aux sources dont nous usons et à l’information que nous propageons. Avec la nouvelle rapidité des outils de communication, on fait face à une grande hâte et à peu de vérifications des faits. Nous devons éviter à tout prix de faire circuler de l’information qui pourrait être des opérations clandestines, de la guerre psychologique ou de la désinformation touchant au Moyen Orient.

6. Nous délaissons la pensée critique au profit de la pensée émotionnelle

Les émotions font certes partie intégrante de l’expérience humaine, mais elles n’ont aucun poids devant les tribunaux et ne figurent dans aucun document légal ou législation. Nous menons un combat pour la justice, et nos références sont les lois et les documents contenant des réglementations procédurales, diplomatiques et légales. Si l’on fait entrer dans les consciences les concepts de justice et de légalité, il faut aussi s’y conformer. Le droit international, quoiqu'ayant ses défauts, est du côté des Palestiniens. Il leur garantit le droit de résister face à l'occupation, le droit au retour, le droit à la protection et d'autres droits encore. C'est ainsi que nous pouvons, en tant que défenseurs de la cause, être d'un grand secours. Nous ne pouvons pas faire appel aux émotions (cela ne marche pas) ni agir en étant portés seulement par elles (car cela exclurait toute planification stratégique). Quel est le mantra d'Israël? "Israël a le droit à l'existence". Ainsi, si les droits sont leur terrain de bataille, alors qu'il est clair qu'ils n'ont pas le droit légitime qu’ils proclament, il apparaît clairement qu'ils sont en train de gagner la guerre de propagande en usant de notre meilleur atout. Il nous faut renverser cette situation, point final.

D'un autre côté, Israël a peaufiné et investi sur sa hasbara. Il en est de même pour les partisans d'Israël, qui influencent le public par le biais d'un chantage émotionnel intense qui est exécuté au moyen de la juxtaposition des souffrances juives passées et de l’identité israélienne actuelle (une combinaison de la mentalité de « la victime ayant survécu » et de l’image d’un pays démocratique au bord de l’extermination au milieu d’une région hostile). Tous les aspects de cette image sont mis à leur avantage de façon très professionnelle. L’appel aux sentiments est constant, mais il faut bien voir que ces déclencheurs d’émotions sont préfabriqués, manipulés et conçus pour résonner auprès d’un public occidental qui ne gratte pas sous la surface pour former ses propres opinions. Le bombardement d’images et de messages venant de Hollywood en particulier, suscite en réponse des émotions viscérales qui n’admettent que la culpabilité ou la sympathie. Il n’existe pas de parangon dans le monde palestinien à ce genre de campagnes. Peut-être avons-nous besoin de canaliser l’appel aux émotions vers des instruments éducatifs réellement efficaces, plutôt que de nous lamenter entre nous et de nous demander pourquoi le monde nous tourne le dos. Si nous comptons faire appel aux émotions, alors nous devons calculer comment le faire. Tout comme les sionistes l’ont fait avec succès.

7. Nous ne comprenons pas ce qui intéresse le public

De nos jours, on ne s’adresse pas tant à des “populations” qu’à un “public” qui est à sa manière réceptif à un message. Les massacres de Gaza de l’an dernier, et ceux au Liban il y a 3 ans et demi, ont non seulement resserré l’étau sur Gaza et renforcé le contrôle (pour le compte d’Israël) de la FINUL sur le Liban, mais cela montre aussi très nettement que rien ne peut perturber le public. Nous sommes en train d’essayer de le convaincre de choses dont il ne se soucie pas, ou qu’il est incapable de saisir. Il se peut bien qu’il y ait eu tant de lavage de cerveau, que le massacre d’innocents en plein jour n’apporte aucune compassion ni pitié et ne suscite pas plus l’indignation. Jusqu’à quel point l’opinion publique compte-t-elle ? Cette opinion sert justement à apporter le consensus nécessaire aux dirigeants pour qu’ils restent au pouvoir. Le consensus favorable aux dirigeants soutenant Israël devrait alors être miné par d’autres moyens, surtout quand on sait que les intérêts nationaux ne coïncident pas avec ce soutien. Aux USA par exemple, l’accent devrait être porté sur le fait que l’implication des USA dans plus de guerres à l'étranger coûte cher et que la politique interventionniste est dommageable pour les Usaméricains. Si l’intervention est de moins en moins soutenue, le pouvoir devra changer de politique pour se maintenir en place Cela se traduira par conséquence par la réduction des fonds détournés vers Israël et vers la « Guerre contre le terrorisme ».

Nous avons la responsabilité d’éduquer et d’informer les personnes avec qui nous sommes en contact. Toutes sortes d’associations, en Palestine et au-delà, des groupes étudiants, des organisations religieuses et culturelles peuvent influencer la communauté et offrir l’opportunité de s'engager dans des actions qui peuvent avoir un impact sur l'opinion publique et, par la suite, sur la politique. Les organisations arabes sont notamment dans l’obligation d’assumer leurs responsabilités, de sensibiliser et de prendre part au débat public par la publication d'éditoriaux, de lettres, de protestations et par l'éducation pour que le monde voie que cette question a de l’importance pour les Arabes, et que les temps où l’on attendait que le monde résolve les problèmes via  l’ONU ou la Maison Blanche sont révolus.

8. Nous attendons des leaders qu’ils fassent le tri  (ou la "bombe démographique")

Il est vain d’attendre que les dirigeants résolvent les problèmes même s’ils se considèrent comme les princes de la paix et croient pouvoir sauver le monde. Ils se trouvent là où ils sont pour la seule préservation de leur pouvoir. Qui plus est, leur déléguer cette tâche ne renforce pas la résistance, qui, si elle est organisée de façon stratégique de par le monde palestinien en entier, PEUT être EFFICACE. Y compris parce que les ‘résistants’ ne sont pas les seules factions organisées, ou n’ont pas une base idéologique unique. Chaque parti, faction ou mouvement palestinien, chaque Palestinien où qu’il réside dans le monde, est ‘résistant’. Soutenir le contraire est du mensonge sioniste. Il existe toute une masse de personnes impliquées, la résistance n’est en aucun cas limitée à un certain type de résistance ou de résistants. Les rejoindre dans leur lutte engendrera d’autres sympathisants à leur cause, les populations arabes incluses, ainsi que le public international non arabe, les mouvements de libération et de droits de l’homme autour du monde. Les actes en coordination de solidarité, de commémoration, de protestation, les choix tels que le boycott, le sabotage d’infrastructures israéliennes illégales, les événements médiatiques et les campagnes existent déjà, et représentent un travail remarquable, mais on peut leur donner plus de poids et plus d’attention s’ils partagent les mêmes idées fondatrices. Ceux promouvant à tout prix les négociations, recherchant des solutions de compromis, de collaboration ou de coexistence avec le sionisme, ont une base qui n’est pas le cœur de cible. Les solutions à long terme devront être envisagées à un moment donné, mais les Palestiniens ont attendu assez longtemps comme ça. Attendre l’explosion de la ‘bombe démographique’ n’est pas non plus une solution. Le pouvoir est dans les mains du peuple.

9. Nous n’abandonnons pas ce qui ne marche pas en nous renouvelant

Nous sommes des êtres d’habitudes et nous nous tournons le plus souvent vers une “zone de confort”, pour y rester. Si les votes et les élections « ne marchent pas », une stratégie différente s’impose. Si notre soutien économique est éparpillé dans le maintien de structures coûteuses, sans aller directement aux gens, il faut alors trouver le moyen de s’engager dans de nombreux microprojets ou de financer des communautés de façon indépendante. La sponsorisation et les efforts de jumelage, comme par exemple celui que Bristol a mené à bien, sont de fantastiques solutions alternatives, plutôt que ceux des grandes organisations qui parfois ont des frais généraux si élevés ou une comptabilité si défectueuse que tout ce qui finit par filtrer est loin d’être assez pour affecter du changement concret ou apporter du secours. Les actions entreprises par les bénévoles de Nahr El Bared sont un autre bel exemple à suivre. Ils construisent non seulement la communauté, mais sont aussi une aide tangible à ceux qui sont exclus de la chaîne alimentaire de l’Autorité palestinienne. La créativité de nos actions et la recherche de solutions alternatives sont des choses qui ont besoin d’être renforcées. Il existe déjà tellement d’organisations, à nous de les garder fixées sur un objectif et efficaces, et si elles échouent dans leurs résultats, de faire un bilan honnête. Le temps est venu de se concentrer sur des stratégies positives et réalisables. En fin de compte, c’est ça qui fera la différence, et non pas la rhétorique sioniste.

10. À chaque situation sa solution

Nous devons bien comprendre dans quel milieu nous opérons. Des milieux sociaux différents peuvent signifier une stratégie complètement différente. Par exemple si l’on se trouve en Turquie, il est aisé d’attirer l’attention sur une position antisioniste. Ce n’est pas ce qui pose problème là-bas. En Allemagne par contre, l’héritage du nazisme laisse encore sa trace dans l’identité nationale et dans les relations qu’a le pays avec Israël. Aux USA, les dépenses militaires et le soutien institutionnel à Israël pèsent lourd dans le budget. Dans presque tout l’Occident, ‘terrorisme’ est associé à ‘islam’. Ce ne sont que quelques exemples parmi les dizaines de point sensibles qui affectent les relations internationales avec la Palestine.

Déconstruire les mensonges, tout en gardant un œil sur la loi, sur la justice et aussi sur ce qui conviendra à chaque public est un travail nécessaire, et qui risque de varier selon le milieu dans lequel on se trouve. Un autre aspect capital est de connaître les lois et coutumes du lieu dans lequel on opère. Si nous savons que nous allons être filmés / photographiés / observés, nous devons nous rappeler que nos panneaux, la présence de drapeaux, et même la profanation de drapeaux, les masques ou tout autre chose couvrant le visage, etc., serviront à la propagande israélienne, dès lors qu’ils violent la loi ou coutume ou qu’ils sont considérés comme antisémites. Dans nombre de pays, des lois rigides encadrent les rassemblements publics, où les participants sont identifiés ; même une violation des plus mineures peut s’avérer fatale à l’action menée. En Italie par exemple, il y a une loi absurde qui dit que les enfants ne sont pas « autorisés » à manifester ! Même des rassemblements autorisés peuvent faire plus de mal que de bien. Une prière commune par des musulmans à Milan s’est tenue face à sa cathédrale, faisant de l’évènement un fiasco en ce qui concerne les relations publiques. L’endroit était certes la place la plus importante du nord de l’Italie, mais en se mettant en face du Duomo de Milan on pouvait être sûrs de se faire attaquer  par la presse et les politiciens locaux qui, partant d’une forte tendance islamophobe, considérèrent l’action comme une offense aux chrétiens. Dans le contexte tendu de Milan, cela a en effet été le résultat et n’importe qui aurait pu le prédire. Les choix doivent être pensés stratégiquement, avec une prévision même de l'échec.

En Amérique du Nord et dans beaucoup de pays européens, des partis politiques tout ce qu’il y a de plus légitime sont mis sur liste noire. Cela signifie qu’il est illégal de leur faire des dons ou de s’engager avec eux dans des transactions financières. Quiconque collecterait des fonds pour ces groupes-là au lieu de se servir d’autres ONG ou d’ONG ad hoc, porterait par la même un coup fatal aux donateurs. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres illustrant le besoin de connaître le contexte de l’action, du début à la fin.

11. Nous tombons dans bien trop de pièges de la hasbara

Nous « dialoguons » à leurs conditions. Nous acceptons qu’ils gardent le contrôle oar un cadrage permanent de leurs arguments qui excluent les nôtres. Nous utilisons leur langage et leurs médias. Nous ne suivons pas notre propre calendrier. Le dialogue est important, mais s’il n’est pas fondé sur des règles équitables ou qu’il perd de vue que le but n'est pas de communiquer pour communiquer, mais de susciter le changement, alors c'est une perte de temps. Ceci est un objectif majeur de la hasbara: nous faire perdre notre temps.

12. Ce n’est pas une question religieuse

Nous oublions trop souvent qu'il ne s’agit pas d’une question religieuse. Il s’agit d’une population arabe expulsée de sa propre terre pour faire place à une colonisation européenne de terres arabes. C’est une question de droits de l’homme et de justice. Bien souvent, la religion ‘colore’ le conflit. Les sionistes utilisent la Bible pour justifier le vol des terres palestiniennes, et le Hamas répond en utilisant le Coran. Pourtant, ce n’est ni n’a jamais été un problème lié à la religion. Nous nous opposons à Israël parce qu’il a volé des terres arabes et dépossédé son peuple, pas parce qu’il est juif.

Toutefois, puisque le fait est que la religion domine le discours, à tort ou à raison, nous devons rechercher les moyens de rendre cette connexion bénéfique. Nous devrions travailler avec des groupes interreligieux s'ils partagent nos objectifs, en particulier ceux des groupes juifs qui investissent beaucoup d'efforts pour éduquer leurs coreligionnaires. La majorité des juifs ne font pas partie du lobby israélien, et faire un pas vers eux permet de construire amitié, solidarité, stratégies communes, et de briser les idées reçues dans les médias juifs et les synagogues, qui pour la plupart ont un drapeau israélien sur leur bimah [ou tebah : estrade sur laquelle se lit la Torah, NdE].

De même, les chrétiens du monde entier devraient savoir que nombre de Palestiniens partagent la même foi, et que beaucoup d’Arabes, dont des Palestiniens, ont préservé le christianisme en Terre Sainte. Ils devraient être informés du sort de ces chrétiens qui souffrent d’exclusion et de racisme, engendré par les pratiques et les lois israéliennes, alors que bien trop souvent ils ne connaissent que les mythes et les mensonges présentant les Arabes comme les ennemis du christianisme.

13. Notre discours n’est pas sur mesure

Nous n’arrivons parfois pas à nous adresser au “public” correctement. Nous devons apprendre à adapter notre discours à l’auditeur. Cela signifie qu’il faut savoir à qui nous nous adressons et à quelles fins. Bien que le refus d’employer le terme « Israël » ne soit pas un problème parmi les Palestiniens et les défenseurs de la Palestine en privé, nous devons prendre conscience que cette entité existe pour le reste du monde réel. S’y référer différemment dans une lettre que l’on espère voir publiée dans le Washington Post peut prêter à confusion. Il faut expliquer ce qu’Israël fait, son histoire, mais il faut aussi réaliser que c’est quelque chose de présent pour l’auditeur. Nous devons faire preuve de suffisamment de bon sens concernant les médias pour savoir comment nos propos seront considérés, ou s’ils seront rejetés par les éditeurs, et comment leur donner la bonne forme, de manière à exprimer ce que l’on veut faire comprendre. D’un autre côté, il ne faut pas non plus avoir peur du mot « juif ». C’est en effet le « trait national » d’Israël, qui n’est pas un État démocratique mais plutôt un État d’exclusion, de racisme et de suprématie, qui étend ses droits et de nombreux privilèges aux juifs seuls. Ce fait ne peut être enjolivé d’aucune manière, c'est la réalité. En outre, l'armée israélienne est une armée juive. Ce n’est pas une armée « démocratique » qui représente toute la population, puisque de nombreux juifs pratiquants en sont exclus, et fait encore plus révélateur, un cinquième de la population enregistrée est composé de Palestiniens et il ya  beaucoup d'autres immigrants qui ne sont pas représentés. Ils sont autorisés à les « rejoindre » seulement après conversion, ou par l’intermédiaire d’une unité spécifique qui permet un programme accéléré de conversion et d accès à tous les droits de citoyen israélien. Les Druzes sont une exception limitée, faisant leur service militaire afin d’obtenir les droits qui leurs sont niés en tant que citoyens ordinaires de l’État juif. Les Palestiniens et d’ autres ont le droit d’user du terme ‘juif’ sans avoir à être vilipendés pour autant. Si des actes atroces sont commis par Tsahal (Armée de défense d'Israël), il n'est pas inapproprié de s'y référer par le terme ‘juifs’ opérant comme la branche militaire et de contrôle de l'État juif.

14. Il nous faut être accueillants

Nous aurons toujours besoin de plus de personnes pour cette cause, et nous rencontrons constamment de nouvelles personnes. Nous devons construire des réseaux, partager nos connaissances et nos expériences, diverger de manière civile, écouter, apprendre, sensibiliser, être impliqués dans d'autres combats par amour sincère de la liberté. Par conséquent, la pratique de l'exclusion de personnes fondée sur leur religion, leurs idées politiques, leurs préférences sexuelles ou leurs modes de vie est en voie de disparition. Nous ne pouvons pas être d’accord avec tout le monde sur tout, et il se peut tout à fait que nous aussi soyons considérés comme étant « dans l’erreur » pour nos convictions, que nous avons le droit d'avoir en tant qu’êtres humains. Nous n'avons aucun droit de juger les autres sur qui ils sont et nous devrions travailler tous ensemble pour servir la cause commune. Ceux qui usent de leurs connexions pour quelque chose de différent se servent du peuple palestinien. Il n’est pas immoral de recevoir de l'argent pour le militantisme, mais les honoraires devraient couvrir les frais ou être confiés à des réfugiés palestiniens. La solidarité ne doit pas devenir une industrie.

15. Nous posons des conditions à notre solidarité

Les Palestiniens ne cherchent pas à ramasser des miettes de pitié et ils n’ont pas besoin qu’on leur dise quel type de résistance adopter ou qui d’entre eux a le droit d’exprimer leurs besoins. Les Palestiniens savent très bien que leur lutte n’est pas une lutte pour arriver à l’égalité des droits, mais vraiment une lutte pour leur libération, et cela nécessite une large gamme d’actions, pour pouvoir survivre et pour garder l’espoir d’être un jour libre. Le fait que leur résistance ait été non-violente devrait être clairement reconnu par les militants qui les appellent à se trouver un « Gandhi palestinien » ou à abandonner une forme de résistance ou l’autre, ou qui déclarent même qu’il n’existe qu’une seule bonne ‘manière’. Toutes ces conditions, jugements et demandes sont injustes envers les Palestiniens et irréalistes.

Une combinaison de tous les types de résistance ainsi que de tous les actes de soutien venant de l'extérieur, tels que le boycott, doivent être soutenus sans condition. Alors que certains militants, dotés des meilleures intentions, comparent l’apartheid sud-africain à la cause palestinienne, la réalité est tout autre. Les Palestiniens vivent sous une occupation militaire brutale et assistent au génocide de leur peuple. Ils n'ont obtenu le soutien d’aucune organisation internationale, et sont poussés à se sortir de là par des négociations pour obtenir des droits, quand ils savent quels sont leurs droits et qu’ils savent à quoi la carte de la Palestine ressemble. Ils sont invités à faire des concessions, à céder encore plus, alors que ce qu'ils essaient de faire est de retrouver leur terre perdue, leurs droits et leur liberté.

Cela va au-delà de la simple obtention de l'égalité des droits. C’est une lutte pour se débarrasser des chaînes de l'occupation et pour créer une société palestinienne et la gouvernance d’un peuple qui a été dispersé à travers le monde. Les Palestiniens n'ont pas d'État, ils n'ont pas d'armée, et ils se battent pour leur survie même. Ils méritent notre solidarité pleine et entière pour se défendre et créer leur nation. Nous demander comment nous pouvons les servir, et non pas comment ils peuvent mériter notre solidarité, est la question cruciale à se poser encore et encore, pour chaque fois trouver une réponse différente. Avec les objectifs de leur libération à l'esprit, servons cette cause.

Pour que le mouvement soit un allié sincère et un vrai partisan de la Palestine, des Palestiniens et de leur lutte pour la liberté, il est nécessaire d’écouter les Palestiniens raconter leur propre histoire, ainsi que de faire valoir leur narration et leur définition de la lutte avec leurs propres mots. Il a été très dur pour les pro-Palestiniens d'expliquer que la question de la Palestine n’a pas commencé en 1967 aux dirigeants de nombreux mouvements de solidarité aux USA et en Europe. Ainsi, la question du retour est devenue un sujet épineux avec beaucoup de ces dirigeants, provoquant une scission au sein du mouvement en deux parts presque égales. Nous avons pu nous assurer que nos vrais alliés comprennent que toutes les luttes sont connectées. Nous luttons pour la dignité humaine et les droits fondamentaux, et ceci est le lien entre la Palestine, le Liban et l’Irak. Nous ne pouvons pas non plus tourner le dos à d'autres luttes telles que les luttes des citoyens usaméricains de la Nouvelle-Orléans, le peuple d'Haïti et d'autres. Il est important de faire les liens et de comprendre comment notre combat rejoint tous les combats des peuples opprimés, et aussi, en quoi il en diffère.

 


Source : Palestine Think Tank- Common Activist Errors and Some Proposals to Rectify Them


Source de cette traduction : http://soutien-palestine.blogspot.com/2010/01/erreurs-courantes-de-militants-et.html

Article original publié le 22/1/2010
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 19:05

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Régionales 2010
Le PCOF vous appelle à voter pour les listes
"Ensemble pour des régions à gauche,
solidaires, écologistes et citoyennes"

Pour les élections régionales du 14 et du 21 mars prochains, le Parti Communiste des Ouvriers de France a travaillé avec plusieurs organisations et partis politiques à l'émergence de listes "Ensemble pour des régions à gauche...". Nous avons abouti à un accord dans plusieurs régions et nous présentons des candidats en Alsace, dans le Centre, en Ile-de-France, en Rhône Alpes.

Pour une rupture avec le système capitaliste

Pour notre Parti, participer à ces élections, c’est prolonger les combats quotidiens, dans les entreprises, du public comme du privé, les quartiers, les établissements d’enseignement, dans les hôpitaux,… pour résister à la politique néolibérale de Sarkozy, pour se démarquer de la politique social-libérale du PS et des écolo-libéraux de Cohn-Bendit. Si, au deuxième tour, nous appellerons à barrer la route à Sarkozy, à la droite sous ses différentes déclinaisons (Modem compris), nous gardons toute notre liberté de positions, d'action et de parole vis-à-vis du PS et d'Europe Écologie.

Nous travaillons à l’unité des forces qui, au niveau national et demain dans les régions, refusent d’être les sous-traitants de la politique de Sarkozy, de l’Union Européenne, de l’OMC. Nous nous sommes déjà retrouvés ensemble pour faire gagner le « non » de gauche au référendum sur le traité européen. Une large unité de toutes les forces politiques opposées à Sarkozy et qui se définissent comme anticapitalistes aurait été possible. Mais certains ont choisi la voie du sectarisme qui fait le jeu de Sarkozy et du PS.

Nous voulons construire l'unité dans les luttes et nous passons des accords politiques pour les faire avancer et gagner sur les exigences qu'elles portent. Nous travaillons à la construction d’une véritable alternative de rupture avec le capitalisme qui fait chaque jour la démonstration de sa faillite et de son caractère réactionnaire, prédateur et agressif.

Nous ne paierons pas la crise du capitalisme

Notre boussole, c’est la défense des intérêts des masses populaires, des ouvriers, des petits paysans, des jeunes et des femmes qui refusent de payer la crise du système capitaliste. Nous sommes aux côtés des ouvriers et des travailleurs qui se battent contre les licenciements et les fermetures d’entreprises. Nous mettons en avant le mot d'ordre de « interdiction des licenciements dans les groupes et les sous-traitants ».

Nous sommes aux côtés des paysans qui veulent pouvoir vivre de leur travail et qui refusent d’engraisser les monopoles de l’agro-business et de la grande distribution et qui veulent produire sainement. Nous soutenons les combats de la jeunesse contre la précarité, ceux des femmes contre les discriminations, celui des travailleurs et travailleuses sans papiers pour leur régularisation.

Des régions au service des travailleurs, des chômeurs et précaires, des jeunes et des femmes des milieux populaires

Les régions ont des compétences importantes, dans des domaines qui touchent directement nos conditions de vie : transports, foncier, santé, formation professionnelle, enseignement…

Elles doivent orienter les investissements vers des emplois utiles, respectueux des droits sociaux et syndicaux, vers des activités respectueuses de l'environnement et socialement utiles. Elles doivent refuser de subventionner les grands groupes et leurs sous-traitants qui sont les principaux bénéficiaires de la politique du gouvernement et de l'argent public.

Nous sommes pour interdire les subventions aux groupes, qu’ils fassent ou non des profits, qu’ils licencient ou pas. Ce sont des grands groupes qui contrôlent directement, ou via les filiales et les sous-traitants, les secteurs des transports, des collectes de déchets, de la gestion de l’eau, etc. dans un grand nombre de villes, départements et régions.

Des services publics au service des usagers populaires

Dans tous ces domaines, nous voulons impulser une politique de rupture qui donne la priorité aux services publics, avec, dans le domaine des transports, la gratuité pour les chômeurs et les précaires.

En matière de formation professionnelle, la priorité doit être donnée à la formation dispensée par les organismes publics. La région doit également développer une politique de soutien au logement social, de développement de l’accueil des personnes âgées ayant des revenus modestes, de soutien à toutes les formes de culture populaire. Elle doit refuser de financer l'enseignement privé.

C'est aux banques, aux possédants de payer

Les réformes successives ont transféré de plus en plus de compétences, alors que l'Etat ne cesse de se désengager financièrement. De plus, les contraintes néolibérales de l’UE s’imposent aux régions, notamment en matière de privatisations de services publics, de généralisation de la « concurrence libre et non faussée ». Les organismes financiers se sont engouffrés sur ce marché, en menant une politique agressive de prêts, hautement rentables pour eux, n'hésitant pas à placer des « produits financiers toxiques » aux villes et aux départements les plus pauvres. Nous exigeons l’annulation de ces dettes !

 

Nous refusons d'appliquer les directives néolibérales de l’UE et le dogme de « l’équilibre budgétaire » qui sert de prétexte à une fiscalité de plus en plus lourde pesant essentiellement sur les milieux populaires. Le bien-être social, les politiques préservant l'environnement et celles qui développent l'emploi, réduisent la précarité et font reculer les discriminations n'ont pas à être cotées en bourse. De l'argent, il y en a : le gouvernement a versé des milliards aux banques et aux grandes entreprises, il consacre des milliards pour la sale guerre d'Afghanistan et pour construire des bases militaires au Moyen-Orient.

La politique régionale en matière de coopération internationale doit être transparente dans les choix, les destinataires, le contrôle de l'affectation des aides, respectueuse de la souveraineté des peuples. La priorité doit être donnée à la solidarité avec les peuples qui subissent la domination de l'impérialisme français. Il faut tourner radicalement la page de la « françafrique », des politiques d'assistanat, de domination et de soutien aux régimes qui bafouent les droits démocratiques de leurs peuples. Il faut développer une politique de solidarité avec le peuple palestinien.

Rien ne se fera sans la mobilisation

dans les entreprises, dans les rues, dans les quartiers

Aucun programme de ce type ne peut être imposé sans la mobilisation des masses populaires, sans l'implication de leurs organisations de lutte. Pour nous, la campagne doit être une occasion non seulement d'exprimer nos exigences, mais aussi de nous organiser pour lutter, dès maintenant et après les élections, pour leur satisfaction.

Février 2010
Parti Communiste des Ouvriers de France

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 13:48

911636-1078528La Grèce est-elle responsable de la situation dans laquelle elle se trouve ? Et, du coup, de la situation dans laquelle elle a mis la zone euro, dont la monnaie semble être devenue à risque ? En partie, sans doute. Mais ne lui faisons pas porter le chapeau tout entier, car elle n'est pas seule en cause.

 

La Grèce est un petit payssur le plan économique : son produit intérieur brut (PIB) représentait en 2001 un peu moins d'un dixième de la France, et à peine un peu plus d'un cinquantième de la zone euro (à 15). Pourtant, elle semblait ne pas si mal se porter que cela, au moins d'un point de vue économique, puisque son PIB, en 2008, avait grossi nettement plus que celui de la France, représentant 12,1 % de celui de cette dernière, et même nettement plus que celui de la zone euro (toujours à 15), puisque sa part était passée à 2,6 %. Le problème est que ces chiffres sont douteux. Ils comportent en effet une part croissante d'économie informelle[1](au noir), dont l'apport économique est, par définition, difficilement mesurable et qui est estimé à partir d'indicateurs très grossiers, comme, par exemple, les variations des paiements en argent liquide ou l'importance des importations de biens intermédiaires au regard de l'activité commerciale déclarée. Cette part d'économie au noir serait désormais estimée à un peu moins du tiers de l'activité officiellement recensée, ce qui ferait de la Grèce, et de loin, le pays de la zone euro le plus concerné par l'économie informelle. Si bien qu'Eurostat, l'organisme européen qui rassemble les données nationales, ne publie plus, depuis 2004, que des chiffres « provisoires », comprenons « pifométriques ».

Une économie informelle

La conséquence de cette situation est double. L'économie informelle tend d'abord à accélérer la croissance économique. Car c'est une économie en quelque sorte « subventionnée » : dispensée d'acquitter cotisations sociales et TVA, elle peut vendre moins cher, donc supporter plus aisément la concurrence étrangère, voire stimuler l'activité économique en réduisant le coût de la vie, ce qui permet à ceux qui achètent « au noir » de disposer d'un pouvoir d'achat plus élevé, dont toute l'économie, formelle aussi bien qu'informelle, tire profit. Le magasin qui vend des chemises et qui n'en déclare qu'une partie peut vendre les autres moins cher, donc en vendre davantage. Mais ces activités non déclarées réduisent d'autant les rentrées fiscales et sociales, donc les dépenses publiques… à moins de recourir au déficit.

C'est ce que la Grèce ne s'est pas privée de faire. En 1997, ses recettes publiques (sociales et fiscales) représentaient 39 % du PIB (contre 46 % dans la zone euro et 51 % en France). Tandis que ses dépenses publiques représentaient 45 % de son PIB (49 % pour la zone euro et 54 % pour la France). Soit, à l'époque, un déficit public − couvert par l'emprunt − de 6 points de PIB, contre 3 en France ou dans la zone euro. Cette politique publique, consistant à dépenser plus que les seules rentrées fiscales ou sociales ne le permettaient, n'était pas irrationnelle : c'est en effet un des moyens de stimuler l'économie intérieure, donc de favoriser la convergence avec les autres pays de la zone. Mais les précédents espagnols et irlandais − qui ont utilisé la même recette − étaient financés par des aides européennes (les « fonds structurels ») qui ont permis d'éviter le recours massif à l'endettement.

La Grèce a voulu aller plus vite, et ne s'est donc pas contentée de creuser le déficit à hauteur des fonds structurels qu'elle a perçus : en 2008 (sans tenir compte de toutes les réserves statistiques sur le poids de l'économie informelle), ses dépenses publiques étaient passées à 48 % de son PIB et ses recettes à 41 % : soit un écart de 7 points (contre 2 points dans la zone euro et 3 points et demi pour la France). Une fois encore, cette situation n'est pas anormale au sein d'une zone monétaire. Car, pour rattraper le niveau économique des autres pays de la zone, le pays « en retard » n'a pas la possibilité de dévaluer sa monnaie (ou de la dévaloriser, dans un régime de changes flottants), donc de réduire le coût de ses productions nationales au regard de celles des autres pays de la zone. Il est donc nécessaire de recourir à des instruments « réels » (par opposition aux instruments monétaires, comme la dévaluation). Mais l'erreur de la Grèce a été de ne pas prendre les mesures nécessaires pour réduire le poids de l'économie informelle au sein de l'ensemble de son économie, au fur et à mesure qu'un rattrapage s'effectuait. Au contraire : c'est l'économie informelle, doublement stimulée, qui a tiré l'activité économique. Doublement stimulée, puisque détaxée de facto et, en même temps, captant une part de la croissance de la dépense publique financée par l'emprunt. Tout s'est passé comme si l'économie formelle (celle engendrée par les taxes, mais aussi résultant des emprunts publics, au coût élevé pour les contribuables) subventionnait de façon croissante l'économie informelle.

Voilà donc la part de la responsabilité grecque, qui explique que les pays européens les plus vertueux, ceux dont les citoyens payent consciencieusement leurs impôts et cotisations sociales − les Allemands, les Suédois, les Finlandais, les Néerlandais… − voient aujourd'hui d'un mauvais œil leurs pays mis à contribution pour sauver le soldat grec, alors que les citoyens grecs ont bénéficié des années durant d'un pouvoir d'achat supplémentaire grâce à l'économie informelle. Sauver la Grèce, estiment-ils, ne doit pas impliquer que la vertu paye pour le vice.

C'est typiquement ce que les économistes appellent un problème d'aléa moral : agir ainsi, n'est-ce pas encourager les comportements délictueux et pénaliser les comportements vertueux ? D'une certaine manière, la Grèce est aux Européens ce que les subprime ont été à la finance mondiale : tout le monde paye pour les comportements irresponsables de quelques-uns. On peut d'ailleurs poursuivre la comparaison : ne pas aider la Grèce, sous prétexte d'en punir les citoyens et les gouvernements qui ont favorisé l'économie informelle, pourrait avoir les mêmes conséquences que celles engendrées par l'administration Bush qui, voulant faire un exemple avec Lehman Brothers, coupable d'avoir pris trop de risques, a déclenché la plus formidable panique financière connue par le monde entier depuis 1929.

Spéculation sur la Grèce, soupçon sur l'euro

La Grèce est donc plus que la Grèce : en la laissant seule confrontée aux créanciers dont elle a impérativement besoin pour ne pas se déclarer en faillite, c'est l'euro qui est attaqué. Et si la Grèce tombe, chacun sait que le soupçon, demain, se portera sur d'autres pays de la zone qui ont impérativement besoin de recourir aux marchés financiers pour assurer leurs fins de mois : le Portugal, puis l'Espagne, puis l'Italie, puis l'Irlande, puis… Comme la femme de César, l'euro ne peut supporter d'être soupçonné, même si ce soupçon ne porte pour l'instant que sur un pays. Car se développera inévitablement un « effet domino » dont chacun sait qu'il touchera tous les pays de la zone, même celui qui, aujourd'hui, en constitue le cœur, à savoir l'Allemagne. Pour une raison simple : tous les pays de la zone sont endettés fortement, et, face à la spéculation, tous devront serrer leurs boulons très fortement, donc ramener la dépense publique au niveau des recettes publiques, voire en dessous, ce qui, inévitablement, provoquera une forte récession européenne, donc une explosion du chômage et une fragilisation de tous les systèmes de protection sociale.

Or si la Grèce est aujourd'hui soupçonnée, elle est aussi attaquée. Le mécanisme est simple : des fonds spéculatifs (hedge funds) vendent à découvert (à terme, si l'on préfère) des obligations du Trésor grec qu'ils ne possèdent pas, mais qu'ils devront livrer dans quinze jours ou deux mois, à une date et un prix convenus d'avance. Les vendeurs espèrent que, entre-temps, la valeur des obligations du Trésor grec sur le marché aura baissé, et qu'ils pourront ainsi, le jour de la livraison, acheter au comptant 800 ce qu'ils se sont engagés à livrer à un prix de 1000. C'est évidemment un pari, mais un pari d'autant moins risqué que, en vendant massivement (à découvert) sur les marchés où l'on traite ces obligations, l'offre dépasse la demande, entraînant mécaniquement une baisse du prix de ces titres. Or le propre des marchés financiers est leur comportement mimétique : faute d'avoir des informations privilégiées, moi, petit porteur ou gestionnaire de fonds d'un contrat d'assurance-vie, je regarde sans cesse les prix du marché, interprétant les mouvements à la baisse comme le signe d'une défiance ou d'une information défavorable dont d'autres ont eu connaissance[2].

Les prix sont donc perçus comme des révélateurs : s'ils baissent, c'est que la probabilité que le Trésor grec fasse défaut − ne rembourse pas ses dettes arrivant à échéance − s'accroît, ce qui me pousse à vendre. Et, ce faisant, la tendance à la baisse se poursuit, convaincant d'autres opérateurs qu'il est temps de quitter ce marché et de vendre, etc. En d'autres termes, les hedge funds ne sont pas seulement des organismes qui constatent une situation, comme le disent leurs défenseurs, ce sont aussi des opérateurs qui engendrent des dynamiques d'autant plus destructrices qu'elles portent sur des montants élevés. Contrairement à la thèse de l'efficience des marchés, les mouvements de prix ne sont pas uniquement porteurs d'informations, ils sont porteurs d'une dynamique autoentretenue. La spéculation ne consiste donc pas à seulement tirer parti d'une situation existante, mais à l'aggraver.

Et c'est justement là que se situe la responsabilité des ventes à découvert. Si, dans l'opération de vente à découvert, les hedge funds devaient, à titre de garantie, immobiliser auprès d'un organisme (la Chambre de compensation du marché à terme, par exemple) la totalité des fonds engagés, le profit spéculatif continuerait d'exister, mais serait bien moindre. Par exemple, si la baisse de prix des obligations du Trésor public grec atteignait 20 % en un mois, ce gain serait pour le hedge fund déjà une belle opération (20 % sur un mois, en intérêts composés, signifie un gain annuel de… 900 %, à condition, bien sûr, que toutes les opérations soient gagnantes à cette hauteur et qu'il ne s'écoule pas de délai entre deux opérations).

Mais il y a moyen d'en tirer bien davantage. D'abord, en opérant sur des marchés où le déposit (l'obligation de déposer entre les mains du gestionnaire du marché une certaine proportion des contrats promis, en garantie du bon paiement à l'échéance du contrat à terme) n'est que de 5 % au lieu de 50 % (pour le vendeur, et autant pour l'acheteur) : les gains sur fonds propres effectivement utilisés sont alors multipliés par 10. Mieux encore : en empruntant l'argent nécessaire au déposit à 2,5 % auprès d'une banque (c'est le taux actuel des emprunts à court terme) et en n'engageant rien sur des fonds propres : le gain est alors encore multiplié par deux et le ratio gains/fonds propres engagés devient infini. Evidemment, il ne s'agit là que d'exemples simplifiés. Dans la réalité, il existe des coûts de transaction, d'information, de gestion, de collecte des fonds, etc. Mais ces deux leviers − celui du découvert et celui de l'endettement − jouent malgré tout un rôle multiplicateur, qui explique que les gains sur ce type d'opération sont considérables au regard des capitaux engagés, permettant alors à ces fonds de rémunérer luxueusement leurs traders et attirant une part croissante de l'épargne mondiale, à la recherche d'opportunités de gains élevés.

Mimétisme des marchés

Ces opérations spéculatives sont généralement hyperrentables. Il existe certes un risque, celui de se tromper et de vendre en spéculant à la baisse, alors que les cours vont s'élever. Mais, contrairement à ce que prétendent les théories financières standard, le niveau de gain n'est pas lié au niveau de risque encouru. Pour une raison très simple : en spéculant à la baisse, les fonds engagés déclenchent un mouvement de baisse, exactement comme une boule de neige initiale déclenche une avalanche. Ne filons pas la métaphore trop longtemps : pour que la boule de neige se transforme en avalanche, il faut que les conditions s'y prêtent. Et c'est la ligne de défense des spéculateurs : nous n'y sommes pour rien, nous avons seulement analysé la situation et constaté que toutes les conditions requises pour que l'avalanche se déclenche étaient réunies. Nous n'avons pas mis le feu à la mèche, mais nous avons seulement anticipé ce qui, tôt ou tard, se serait produit.

C'est oublier le mimétisme des marchés : certes, ces derniers n'auraient pas bougé si la situation n'avait pas prêté à interrogation. Mais, en suivant les spéculateurs initiaux, ils transforment une simple dégringolade en avalanche que personne ne peut maîtriser. Et c'est là-dessus que jouent les fonds : la probabilité de gagner leur pari est bien supérieure à la probabilité de le perdre, non pas parce qu'ils ne seraient que ceux qui ont constaté la faiblesse, mais parce qu'ils transforment la faiblesse en désastre, en raison des mouvements mimétiques qu'ils déclenchent. Cette asymétrie − non pas d'information, mais de répercussion −, jointe à l'effet de levier de l'endettement et de la vente à découvert, explique la rareté des faillites constatées pour ces fonds. Ce qui, évidemment, ne peut qu'engendrer des émules : lorsque les bulles financières se gonflaient ou lorsque les firmes détentrices d'une rente de situation pouvaient dégager 15 % (voire davantage) de rendement sur fonds propres, les hedge funds suscitaient l'envie, mais pas forcément l'imitation. Lorsque la rentabilité moyenne du capital, en raison de la crise, est revenue à des chiffres bien plus modestes, la tentation est nettement plus forte.

Avec, pour conséquence, on l'a vu, un risque d'effet domino. Attirés par l'odeur du sang, c'est aujourd'hui autour de la dette publique grecque que se précipitent les spéculateurs de tout poil. Mais, à supposer qu'ils obtiennent gain de cause, mis en appétit, ils guetteront inévitablement d'autres proies. Avec, en outre, un effet collatéral majeur : quand les titres de la dette publique perdent de la valeur sur les marchés, il faut que les émetteurs − s'ils veulent placer les nouveaux titres nécessaires à la collecte des fonds dont ils ont besoin − augmentent leurs taux d'intérêt. Si l'on peut acheter d'occasion 800 euros ce qui a été émis initialement à 1000 euros avec 5 % de taux d'intérêt, soit 50 euros d'intérêt annuel, cela signifie que le taux d'intérêt effectif rapporté par ces titres d'occasion est de 6,25 % (50/800) et que les titres nouveaux ne trouveront preneurs qu'à ce taux au moins. Les taux d'intérêt long terme (y compris ceux des sociétés privées, qui placent leurs emprunts à un taux supérieur à celui des obligations du Trésor) grimpent donc au fur et à mesure que les titres de dette déjà émis perdent de leur valeur. Et le Trésor public n'a pas d'autre solution que d'augmenter la rémunération des nouveaux titres, s'il veut attirer des souscripteurs. Or cette hausse des taux d'intérêt long terme réduit d'autant l'investissement des sociétés privées et accroît le coût de l'endettement public (donc la charge des contribuables).

En outre, couplée avec le maintien de taux d'intérêt court terme très bas (la Banque centrale européenne cherchant à impulser la reprise en prenant des titres en pension à 1 ou 2 % d'intérêt), elle rend de plus en plus intéressant le mécanisme de la spéculation : j'emprunte à court terme pas cher, j'achète à terme des titres que je ne paye que le jour de l'échéance en encaissant la différence entre le nouveau cours et celui auquel je les avais achetés à terme, donc j'accrois d'autant le rendement financier de l'opération (diviser par deux le coût du financement revient à multiplier par deux le profit de l'opération). En d'autres termes, nous sommes devant un mécanisme qui engendre de plus en plus de spéculation, de moins en moins de risques et de moins en moins de croissance économique.

Casser la spéculation

De ce mécanisme, la Grèce n'y est pour rien, la zone euro non plus. Mais nous en sommes tous, ou en serons tous victimes. C'est pourquoi il importe de le casser. Comment ? De trois manières. D'abord, en venant au secours de la Grèce, même si cela doit se payer par un aléa moral au terme duquel les fraudeurs auront été une fois de plus bénéficiaires de la solidarité communautaire (chacun fera le parallèle avec les banques…). Ensuite, il faut interdire les ventes à découvert, pour empêcher l'un des deux effets de levier de jouer, celui de l'endettement : les spéculateurs devront alors engager leurs fonds propres, ce qui sera plus coûteux pour eux. Enfin, il faut imposer, et lourdement, les profits spéculatifs, y compris ceux encaissés par les traders, donc imposer fortement les opérations très « court-termistes », celles dont le dénouement succède très rapidement aux contrats initiaux.

Certes, les opérations d'arbitrage (celles qui consistent à acheter un titre ou une devise sur une place et à les revendre sur une autre, ce qui assure qu'il existe de facto à un moment donné un seul prix mondial pour un titre ou une monnaie donnée) seront pénalisées. Inconvénient modeste au regard de l'avantage représenté par les grains de sable fiscaux jetés dans les rouages d'une finance spéculative trop bien huilée, qui détourne aujourd'hui à son profit une part croissante de l'épargne mondiale au lieu de financer des investissements et qui, via l'aléa moral, contribue à ce que les fraudeurs ne soient jamais punis quand l'intérêt général est en jeu.

[1] Activités non déclarées, ce qui couvre aussi bien les activités frauduleuses (chiffre d'affaires déclaré moindre que la réalité) que les activités criminelles (vol ou drogue).

[2] C'est ce que soutient l'analyse qui présuppose « l'efficience des marchés » : les prix reflètent toute l'information disponible par l'ensemble des opérateurs.

http://www.alternatives-economiques.fr/sauver-le-soldat-grec---un-imperatif-europeen_fr_art_633_48115.html
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 13:40

autocol retraite or toc webAprès avoir annoncé que tout serait réglé à la fin juillet, le président Nicolas Sarkozy a décidé que la loi sur les retraites serait prête « début septembre ». En attendant, on essaie d’affoler les foules en présentant des besoins de financement gigantesques (100 milliards d’euros !) sortis de nulle part. Les commentateurs ironisent sur le fait que cinq syndicats proposent une journée d’action le 23 mars qui inclut, outre les retraites, les questions du pouvoir d’achat et de l’emploi. Pourtant l’avenir des retraites dépend de ces deux variables — plus que de l’allongement du temps de travail.

Il est au moins un dirigeant en France pour lequel le droit à la retraite ne se discute pas : M. Henri Proglio. Ayant « cotisé pendant trente-huit ans dans l’entreprise, il est normal de bénéficier d’une retraite », a t-il expliqué pour justifier le million d’euros annuel de retraite chapeau (1) qu’il devrait recevoir à partir de cette année… à soixante ans et demi (il est né le 29 juin 1949). De son coté, Veolia — qui lui versera la coquette somme — précise que « l’ensemble des retraites perçues par Henri Proglio est limité à 50 % de sa rémunération brute au cours des trois derniers exercices » (Les Echos, 4 février 2010). Rappelons que, dans le privé, la loi commune — que M. Nicolas Sarkozy ambitionne d’appliquer à la fonction publique — fixe les pensions sur la base des vingt-cinq meilleures années.

Pendant ce temps-là, on explique au commun des mortels qu’il va falloir travailler plus longtemps pour toucher moins. En Grèce, le gouvernement de M. Georges Papandréou promet de reculer l’âge de départ à la retraite de 63 ans à 65 ans pour séduire les gouvernements de l’Union européenne et « les marchés ». En Allemagne, Mme Angela Merckel parle de départ à… 69 ans. En Espagne, le président José Luis Rodriguez Zapatero a déjà décidé que ce serait à 67 ans au lieu de 65 ans. Argument de poids avancé par le président socialiste : « tout le monde le fait » en Europe. Il est pourtant bien placé pour savoir que les moutons de Panurge finissent mal en général, l’Espagne ayant appliqué « comme tout le monde » les principes des subprimes et de la déréglementation financière avec les dégâts que l’on sait.

En fait, les pouvoirs veulent enfermer le débat dans une alternative obligatoire : soit on augmente le temps de travail soit on baisse les pensions. En vérité, ils font les deux… sans que cela sauve les caisses de retraites. La France a connu trois vagues de réformes, en 1993, en 2003 et en 2007. L’âge légal de départ n’a pas été modifié (60 ans) mais la durée de cotisations a été allongé de 37,5 ans à 40 ans, puis à 41 ans, avant de grimper d’un trimestre tous les ans. La base de calcul a été modifiée, tenant compte des vingt-cinq meilleurs années au lieu des dix précédemment. Au total, en quinze ans, le taux de remplacement (niveau de la retraite par rapport à son salaire) a baissé de 10 points. Et le risque de voir exploser le nombre des retraités pauvres (déjà 11 % des plus de 65 ans), comme a précédemment flambé le nombre des travailleurs pauvres, n’apparaît plus improbable. Les caisses, elles, sont toujours en déficit : 10 milliards d’euros attendus en 2010. Preuve que ce type de potion aggrave le mal au lieu de le résoudre. Et qu’il faut se méfier des fausses évidences.

 Travailler plus puisqu’on vit plus longtemps fait partie de ces idées nimbées de bon sens. Pourtant, l’allongement de l’espérance de vie se conjugue avec l’allongement du temps non contraint depuis déjà un siècle et demi… Et pas seulement en France : « Le Royaume- Uni, le Japon, les États-Unis et la Suède sont caractérisés par une diminution du taux d’emploi des 55-59 ans de l’ordre de 10 % par rapport à la classe d’âge précédente », note l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

Rien ne justifie que, tout d’un coup, certains décident d’inverser la tendance. D’autant que ceux qui parlent (dirigeants politiques, experts, ou journalistes) ne sont pas ceux qui subissent des conditions de travail les plus harassantes. Un ouvrier, lui, a une espérance de vie (à soixante ans) sept ans plus courte que celle des cadres.

Alors, n’écoutant que leur audace, les plus « progressistes » des faiseurs d’idées ou des politiques — comme la socialiste Martine Aubry —, proposent d’avancer (un peu) l’âge de la retraite pour une partie de ceux-là (ceux qui ont un emploi reconnu « pénible »), à condition de retarder celui de tous les autres. Comme, par exemple, ceux de France Telecom dont le travail n’entre pas dans la catégorie « pénible » (on ne va pas ergoter pour vingt-sept suicides en deux ans, cinq depuis le début de l’année !). Cette fausse fenêtre est aussi vieille que la régression sociale : on prend à ceux qui ont un peu pour donner à ceux qui ont encore moins. En revanche ceux qui ont beaucoup, et qui tiennent les rênes, sont toujours épargnés.

 Retarder l’âge de départ, donc ? Encore faudrait-il avoir du travail. Actuellement moins d’une personne sur deux occupe un emploi au moment de faire valoir ses droits à la retraite. Les autres sont au chômage ou touchent des aides sociales. Dans la plupart des cas, elles ont été chassées de leur entreprise au nom d’un « plan de modernisation » ou autre plan dit social. Le taux d’emploi des 55-59 ans n’est que 56,3 %. Pas un jour sans que l’on n’annonce des licenciements et des suppressions de postes, les cinquantenaires étant massivement touchés et pratiquement sans espoir de retrouver un emploi. Comment peut-on affirmer qu’il faut travailler plus longtemps alors que l’on est incapable d’interdire ces licenciements sans reclassement ? Du reste, s’ils ne sont pas en retraite, ces travailleurs seront au chômage (avec indemnités, elles aussi, de plus en plus réduites). Ce que l’on est censé gagner en pension, on le perdra en allocations… Curieux calcul.

 Allonger le temps de cotisations ? Comme l’entrée dans la vie active se fait de plus en plus tardivement pour cause de formation notamment (fin d’études vers 22 ans, en moyenne), comme les femmes ont souvent des carrières en dents de scie, toute augmentation du nombre d’annuités se traduira mécaniquement par un départ à la retraite plus tardif, si l’on veut bénéficier d’une pension à taux plein, ou par l’acceptation d’une amputation de ses revenus, si l’on veut partir à 60 ans… A moins de cumuler retraite et emploi pour éviter une chute de son pouvoir d’achat. Le gouvernement de M. Fillon et la majorité parlementaire ont d’ailleurs fait sauter le verrou, et instauré des sortes de « contrats seniors » sur le modèle de ceux en vigueur pour les jeunes. Les employeurs bénéficient alors d’une main d’œuvre moins chère (salaires réduits, cotisations parfois partiellement exonérées) et qualifiée. Les jeunes, eux, resteront un plus longtemps aux portes de l’emploi. Quant à ceux, jeunes ou non qui ont des moyens, ils souscrivent des systèmes complémentaires (plans d’épargne retraite souvent défiscalisés — autrement dit aidés par l’Etat).

 Créer un système de comptes individuels notionnels, à la mode nordique ? C’est la nouvelle recette-miracle avancée. Le terme est technique à souhait, le système tout autant. Pour résumer, les sommes cotisées au cours d’une carrière constituent un « capital virtuel » (retraite à points) ; le montant annuel des pensions est calculé en divisant cette somme par l’espérance de vie de la génération à laquelle appartient le retraité. Plus on liquide ses droits tardivement, plus la pension est élevée. Mais on reste dans un système de répartition, comme aujourd’hui.

Selon un schéma classique, les partisans de ce système partent d’une réalité : les inégalités de traitement — les ouvriers, qui vivent moins longtemps, paient proportionnellement plus que les autres —, mais au lieu de remonter l’âge de départ pour ceux-là, on pousse les autres à rester en place ou à renoncer à une bonne retraite. Ainsi, avec ce système notionnel, un ouvrier pourrait sans doute toucher (un peu) plus qu’aujourd’hui, mais une caissière, un l’employé ordinaire ou un cadre moyen toucheraient moins, sauf s’ils décidaient de partir plus tardivement. Et ceux nés en 1980 par exemple auraient de toute façon moins que ceux nés en 1970 (dont l’espérance de vie est un peu plus courte). Au total, « Le régime verserait des pensions en moyenne moins élevées », note l’étude du Conseil d’orientation des retraites (COR), dans son dernier rapport. Mais les travailleurs auraient l’impression de faire eux-mêmes le « choix ». L’autosacrifice, c’est politiquement plus confortable qu’une annonce faite d’en haut.

M. Sarkozy n’est d’ailleurs pas insensible à l’argument. Mais il veut une baisse rapide des pensions alors que le passage d’un système à l’autre demande du temps. Le Parti socialiste, lui, en a fait un élément fort de son programme. Pourtant d’autres voies peuvent être empruntées, mais elles réclament quelque courage politique — assez rare par les temps qui courent.

A très court terme, deux mesures conservatoires pourraient être prise pour combler une partie du trou :

 Inclure les revenus financiers et prélever des cotisations sur l’ensemble des éléments de rémunération actuellement exemptés : intéressement, primes, épargne salariale, stock options… Cela aurait le triple mérite d’apporter de l’argent frais immédiatement pour prendre le temps de réformer en profondeur, de rendre moins attrayant pour le patronat ce type de paiement défavorable aux salariés (car très fluctuant) et à terme de le voir disparaître.

 Stopper les exonérations de charges, au moins pour la plus grand part d’entre elles. La Sécurité sociale signale plus de soixante cas d’exonérations (bas salaires, heures supplémentaires…), représentant un manque à gagner de 30,7 milliards d’euros, en 2008. Certes ces sommes sont largement compensées par l’Etat. Mais ce dernier verse cet argent avec retard, et le manque atteint quand même 6 à 8 milliards d’euros. Quant au salarié, il paie deux fois : en cotisations (les exonérations touchent le plus souvent la part dite patronale) et en impôts (qui serviront à l’Etat pour reverser aux caisses). A moyen terme, il est nécessaire d’engager une réforme pour rendre le système moins inégalitaire et en faire une des armes pour la création d’emplois qualifiés.

 Relever les cotisations et élargir leur assiette. Dès que l’on parle d’augmentation de cotisation, le patronat sort son revolver. Pourtant remonter immédiatement d’un tiers de point (ce qui est urgent) ne conduirait pas à la catastrophe. Selon l’Insee, la part des « charges sociales employeurs dans la valeur ajoutée des entreprises non financières » est passée de 19,8 % en 1982 à 16,1 % en 2007. Soit une baisse de 3,7 points en quinze ans (lire Jean François Couvrat, « Partage des profits, confusion des esprits », Déchiffrages février 2009). Par parenthèse, cela n’a pas empêché le chômage de rester à un très haut niveau, les investissements de stagner et les exportations françaises d’être anémiques. La différence est allée dans la poche des actionnaires, pour l’essentiel. On pourrait donc sans dommage prendre le chemin de la reconquête.

Bien sûr, la situation d’une petite entreprise industrielle n’est pas à comparer avec celle de cabinets de traders ou de conseillers fiscaux ni avec celle des multinationales. C’est la raison pour laquelle des syndicats (notamment la CGT) ou des économistes ont proposé de revoir la base de calcul en tenant compte du poids de la masse salariale dans la valeur ajoutée. Avec la volonté de moduler les cotisations, en fonction de l’emploi et des salaires, et de pénaliser les entreprises qui font des postes de travail une variable d’ajustement.

 En finir avec un système reposant sur les 30-50 ans. Comme d’habitude, les chiffres les plus effrayants sont brandis pour faire accepter l’inacceptable. En 1960, nous dit-on, il y avait 4 actifs pour 1 retraité ; en 2000, 2 actifs et en 2020, 1,5. C’est vrai. Mais d’ores et déjà, les deux actifs produisent une fois et demi plus que les quatre d’il y a soixante ans (en raison de la productivité du travail). A l’horizon 2020, un actif produira plus que les deux d’aujourd’hui. Donc il y aura autant de richesses disponibles pour les retraités. A condition que tous ceux qui devraient être « actifs » puissent l’être. Autrement dit que ceux qui veulent travailler normalement le puissent.

Ce n’est le cas ni pour les jeunes, qui passent de stages (non rémunérés et donc sans cotisation) en contrats précaires (sous payés et parfois avec des cotisations patronales réduites) ; ni pour les plus de cinquante cinq ans éjectés de leur travail ; ni pour une part importante des femmes cantonnées dans des emplois à temps partiel. Le système actuel assis sur le travail n’est évidemment pas viable s’il ne s’appuie que sur une frange de la population — les 35-50 ans, seuls reconnus aptes à travailler à plein temps.

En décembre 2008 (dernier chiffre connu), le nombre de personnes à temps partiel souhaitant un travail à temps plein — ce que l’on appelle le sous-emploi — s’élevait à 1,2 million, soit 4,8 % des actifs dont les trois quarts sont des femmes. Quand on sait qu’un million d’emplois à plein temps supplémentaires représentent 20 milliards d’euros de cotisations vieillesse de plus en moyenne, on comprend qu’avant de faire travailler plus longtemps ceux qui ne veulent pas, il serait souhaitable d’aider à faire travailler ceux qui le veulent.

 Le droit au travail ; le droit à la paresse. En France, la retraite à 60 ans est un droit — que l’on peut ou non exercer. Il ne s’agit en rien d’une obligation. Donc changer la loi pour permettre à ceux qui le veulent de poursuivre leur activité n’est pas nécessaire. Il est évident que lorsque que le travail est une source d’épanouissement et un plaisir, le salarié peut rester dans son poste (jusqu’à 70 ans, désormais). Et on le comprend. Mais ce n’est pas le cas pour la grande majorité des travailleurs : ceux qui ont un poste usant physiquement ou très déqualifié ; ceux qui subissent une pression inhumaine, une intensification du travail dont le sens même se perd, ou une rupture des collectifs solidaires (Lire Daniel Linhart « Comment l’entreprise usurpe les valeurs du service public », Le Monde diplomatique, septembre 2009). Fuir l’entreprise devient alors une opération de survie. C’est donc toute la chaîne du travail qu’il faut impérativement revoir (une entrée des jeunes dans la vie active plus précoce, mieux rémunérée, une organisation du travail plus humaine, une formation tout au long de sa vie — même après 50 ans…).

Aujourd’hui, c’est tout juste si l’on n’accuse pas les retraités (et les préretraités qui n’y peuvent mais) de jouer « perso » au détriment des futures générations. Un comble. Rappelons que les plus de 60 ans sont aussi des consommateurs (qui font tourner la machine économique), qu’ils sont plutôt plus présents dans les associations que les plus jeunes (alors qu’on ne cesse de palabrer sur le « lien social », le « devenir de la cité »), qu’ils peuvent aider leurs enfants (en gardant les petits-enfants…). Sans oublier le droit à la paresse. Bref, les retraités ne sont pas un poids mort. Au contraire.

Martine Bulard (1) Retraite complémentaire payée par les entreprises à leurs hauts cadres
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 13:35
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