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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:44
thomas-sankara-2.jpgIl m’est difficile d’oublier cette après-midi du 15 octobre 1987, à Ouagadougou. C’était un peu avant 16 heures, heure locale. Tout baignait dans une torpeur incitant à la sieste. Nous étions six dans la villa où nous logions : trois de mes collaborateurs, le cuisinier et le sous-officier burkinabé affecté à notre service. Puis brusquement, de brèves rafales d’armes automatiques déchirèrent le silence. Quelqu’un remarqua : « Ça vient de la direction du Conseil de l’Entente (quartier général du CNR, Conseil National de la Révolution) ! ».

Puis, le calme retomba. Un calme bien étrange. On pouvait presque ressentir la tension que vivaient, à ce moment-là, tous les habitants de la ville. C’est que depuis quelques semaines, une sourde tension politique régnait au sommet de l’État et, ces derniers jours, les rumeurs les plus alarmantes parcouraient la ville. On parlait de graves divisions chez les militaires et les intellectuels civils, de complots, d’épuration... Mais on ne savait pas encore que ces brèves rafales venaient de faucher le camarade Thomas et six membres de son staff.

Le président Goukouni et moi-même avions été reçus par Thomas Sankara quelques jours auparavant, dans le cadre de ses efforts pour tenter de recoller les morceaux du Gouvernent d’union nationale de transition (GUNT), coalition de mouvements opposés au président Hissène Habré.

Quelques minutes après que nous avons entendu les tirs, l’officier de sécurité téléphona à sa hiérarchie. « Il y a des sérieux problèmes et on me demande de vous dire de ne sortir sous aucun prétexte et de passer la consigne à vos compatriotes », nous annonça-t-il. Malgré ses efforts pour avoir un « ton de service », un désarroi mal maîtrisé se lisait sur son visage. Dans une rue avoisinante, le commandant Lingani, numéro 3 du directoire militaire et ministre de la Défense, passa alors à toute vitesse au volant d’une jeep, hurlant des ordres dans son talkie-walkie.

Rumeurs ouagalaises

Les coups de feu entendus et le va-et-vient de véhicules militaires ne laissaient aucun doute. La crise politique, qui couvait, venait de connaître un important développement. Depuis plusieurs semaines, des milieux politiques jusqu’aux "doloteries" et "alokodromes" (restaurants en plein air), il n y avait qu’un seul sujet de conversation. « Ça ne va pas du tout entre les dirigeants. Le mouvement révolutionnaire dans son ensemble est divisé par des luttes d’influence entre factions rivales », entendait-on en ville.

A cela s’ajoutaient deux signes annonciateurs. Le premier, le discours lu par le représentant des étudiants à la cérémonie du quatrième anniversaire de la DOP (Déclaration d’orientation politique) et que tout le monde avait interprété comme un message de la fraction opposée à Thomas Sankara. Le second, la circulation de tracts attaquant violemment l’un ou l’autre des hauts dirigeants et attribués tantôt aux partisans de Blaise Compaoré, tantôt à ceux de Thomas Sankara lui-même.

Si mes rencontres avec les principaux concernés n’avaient rien laissé paraître, mes discussions avec certains anciens camarades de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) m’avaient permis de toucher du doigt de sérieuses contradictions internes.

D’abord, j’avais constaté que les anciens de la FEANF, bien qu’engagés dans le mouvement révolutionnaire, étaient repartis entre plusieurs organisations, créées au départ dans la clandestinité, selon des postures idéologiques, parfois assez surréalistes par rapport aux besoins de la construction nationale au Burkina. Ils parlaient ouvertement des déviations dans la « Révolution ». Les uns accablant le « camarade Thomas », les autres le « camarade Blaise ».

Au niveau de ces intellectuels, la principale pomme de discorde était « la question du parti » d’avant-garde. On prêtait à Sankara et ses partisans la volonté de vouloir dissoudre toutes les organisations qui étaient représentées dans le CNR, au profit d’une sorte de parti unique acquis à sa personne, et de supprimer la référence à tout système de parti, pour confier le monopole de la mobilisation politique aux Comités de défense de la Révolution (CDR), sur le modèle des comités révolutionnaires libyens.

Au niveau militaire, la décision de créer la FIMATS, une force d’intervention au sein du ministre de l’Intérieur, fut interprétée comme faisant partie d’un plan de marginalisation progressive des officiers de l’armée régulière, majoritairement acquis à Blaise.

Sankara, le « camarade qui s’était trompé », selon Compaoré

Ce 15 octobre 1987, le suspens ne dura pas longtemps. Vers 18h30, un très bref communiqué fut lu par une voix inconnue, au nom d’un mystérieux « Front Populaire » qui commençait par : « Le régime autocratique de Thomas Sankara vient de tomber ». Il y était question de « déviation », de « tentative de restauration néocoloniale » par Thomas Sankara et de la nécessité d’un « Mouvement de rectification ». Le communiqué s’achevait par « signé Blaise Compaoré ». Ce dernier devait expliquer, plus tard, au cours d’une interview, qu’il n’avait pas participé au drame qui s’était déroulé au Conseil de l’Entente et qu’il était chez lui, « en train de dormir »... 

Une explication plus consistante, sous la forme d’un long discours, fut lue à la radio des jours plus tard par Blaise Compaoré lui-même. Il expliquait que les erreurs s’étaient accumulées et qu’elles avaient conduit au « Mouvement de rectification ». Sankara n’était plus traité d’ « autocratique » et de « réactionnaire », mais de « camarade qui s’était trompé ». « Une sépulture digne de la place qu’il avait occupée lui serait construite ». Pourquoi parler de « sépulture » ? C’est que Sankara et ses camarades d’infortune avaient été enterrés à la hâte, à même la terre. Certaines des parties de leurs corps affleuraient même au niveau du sol !

La nuit de ce 15 octobre 1987 fut encore secouée par des coups de feu, nettement plus nourris que ceux de l’après-midi. On apprit le lendemain que c’était Pierre Ouedraogo, le coordinateur des CDR qui faisait de la résistance chez lui, pendant plusieurs heures avant de se rendre.

La fin de l’omerta, le début d’une réflexion

L’écho, en Afrique et dans le monde, de l’annonce de l’assassinat de Thomas Sankara fut immense. Jerry Rawlings du Ghana et Yoweri Museveni d’Ouganda, rompant avec le sacro-saint principe de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, l’ancêtre de l’Union africaine) de ne pas critiquer les changements internes aux Etats, condamnèrent officiellement l’événement et décrétèrent un deuil national. Curieusement le colonel Kadhafi fut complètement muet sur l’évènement.

Vingt cinq ans après, il n y a jamais eu d’enquête officielle sur ce drame. Récemment encore, dans une interview à Jeune Afrique, le président Compaoré se contenta de justifier cette omerta par le fait que les révolutions connaissent souvent des soubresauts sanglants et que les drames non-élucidés ne sont pas l’apanage du seul Burkina Faso.

L’enquête pour faire toute la lumière sur les circonstances du drame est une nécessité, non pas pour punir des coupables, mais pour assainir l’ambiance politique au Burkina, permettre à sa famille d’aller au bout de son travail de deuil et donner à Thomas Sankara la place qui lui revient dans l’Histoire burkinabé et africaine.

Au-delà de cet aspect humain, le destin tragique de Thomas Sankara, comme celui de Patrice Lumumba, Amilcar Cabral et d’autres leaders africains dont l’élan visionnaire fut précocement brisé, suscitent des questionnements idéologiques, socio-historiques et, naturellement, politiques. Ils méritent d’être traités en profondeur, sans passion, en vue d’en tirer des leçons et d’éclairer la lutte des générations montantes pour l’émancipation et l’unification des peuples africains.


Par Acheikh Ibn-Oumar, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien ambassadeur tchadien aux Nations unies

 

http://www.afrik.com/il-y-a-25-ans-tombait-thomas-sankara

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:38

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Comparée aux autres pays occidentaux, la France se singularise par la place qu'elle accorde aux questions de sécurité dans l'espace public. Cette particularité remonte aux années 1980, dans le contexte de recomposition du paysage politique liée à la victoire de la gauche, à l'affaiblissement de la droite et à la montée du Front national. Face à cette situation, les partis conservateurs, reprenant à l'extrême droite ses thèmes favoris, se sont servis de celui de l'insécurité pour remobiliser leur électorat et reconquérir le pouvoir. Deux ministres de l'intérieur ont marqué de leur empreinte cette reconversion, Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy, qui ont transformé en profondeur la visibilité et l'approche des questions sécuritaires.


Ce changement est passé par un contrôle croissant exercé sur l'appareil statistique et la recherche, un durcissement de l'arsenal législatif, une pression exercée sur les magistrats et un élargissement des prérogatives des policiers en matière de contrôle d'identité. Cette stratégie s'est avérée doublement efficace. Elle a contribué à la victoire de la droite à trois présidentielles successives, et contraint la gauche à suivre le mouvement, les parenthèses de sa présence au gouvernement au cours des deux dernières décennies n'ayant pas changé la donne, malgré l'intéressante mise en place d'une éphémère police de proximité.


 IMAGE AMBIGUË


L'un des éléments essentiels de ce dispositif sécuritaire à la française est le déploiement de ces unités spéciales que sont les brigades anticriminalité (BAC). Bien qu'on ait parfois cherché à en faire remonter la genèse aux brigades de surveillance nocturne mises en place à Paris en 1971, les BAC ont en réalité une histoire plus récente : celles de nuit ont été créées en 1994 et celles de jour en 1996. Composées de gardiens de la paix, souvent en civil, circulant dans des véhicules banalisés et supposées mieux armées pour le flagrant délit, les BAC ont été conçues pour intervenir dans les quartiers réputés difficiles, et donc les banlieues des grandes agglomérations, avant de se multiplier sur tout le territoire national, jusque dans des petites villes de province.

Au sein de la police nationale, leur image est ambiguë : on les respecte et on les craint. D'un côté, elles constituent presque un corps d'élite, puisqu'on les intègre à la suite d'épreuves, certes peu sélectives, et par cooptation, soit sur la base d'affinités. De l'autre, on les considère souvent comme brutales, peu contrôlables, opérant aux limites de la légalité, susceptibles de faire dégénérer les situations délicates par leur agressivité. Conséquence de cette ambiguïté, mais aussi du désenchantement de beaucoup de gardiens de la paix qui ont rejoint ces unités, les postes y sont difficiles à pourvoir, ce qui amène nombre de commissariats à diminuer le niveau de leurs critères de recrutement.

Leur très grande autonomie, tant dans le travail que dans sa supervision et son évaluation, en a rapidement fait un petit Etat dans l'Etat, les policiers qui les dirigent n'ayant souvent de comptes à rendre qu'au commissaire chef de la circonscription. Du reste, bras armé des politiques sécuritaires, elles sont devenues presque intouchables, car leur présence sur le terrain rassure, sinon les habitants, du moins une hiérarchie désireuse de se conformer à la culture du résultat qui a servi pendant dix ans de mot d'ordre aux ministres de l'intérieur successifs. Or, qu'en est-il de ces résultats ?

Difficile de répondre à cette question en l'absence de données disponibles sur l'activité des BAC. Même les autorités seraient bien en peine de le faire. Les chiffres produits sur le terrain ne différencient pas les types de faits enregistrés. Ce serait pourtant là un élément instructif. Contrairement à l'idée répandue selon laquelle les banlieues, notamment les cités, seraient minées par la délinquance et la criminalité, les statistiques du ministère de l'intérieur révèlent une situation moins sombre. La plupart des faits les plus graves sont en baisse depuis des décennies et leur incidence dans les zones urbaines sensibles n'est pas supérieure à ce qu'elle est dans les agglomérations environnantes.

Cette situation se traduit par une faible sollicitation de la part des habitants et par une démarche consistant à aller au contact de la population. S'agissant des BAC, ce contact prend la forme de contrôles d'identité ciblés sur deux catégories d'individus, les jeunes hommes résidant dans les cités et les personnes paraissant d'origine étrangère, avec l'espoir de constater une infraction à la législation sur les stupéfiants dans le premier cas ou à la législation sur les étrangers dans le second. Ainsi, faute de flagrant délit sur des affaires sérieuses, ces policiers doivent se contenter d'usagers de cannabis et de sans-papiers. Beaucoup déplorent ce décalage entre leur mission et leur action.

Si l'efficacité des BAC est donc loin d'être établie en matière de réduction de la délinquance et de la criminalité, elle est en revanche plus facile à démontrer sur un tout autre plan. Leur présence dans les quartiers populaires relève en effet d'une logique différente de celle dont se réclamaient leurs concepteurs. La pratique des contrôles d'identité et des fouilles au corps en livre la clé d'interprétation. Réalisés souvent sans justification et même en dehors des règles définies par le code de procédure pénale, ces actes s'accompagnent parfois d'insultes et de brutalités auxquels les intéressés savent qu'ils ne doivent pas répondre au risque de tomber sous le coup de l'accusation d'outrage et de rébellion, un délit dont les contrôles et les fouilles ont permis la multiplication. Alors que tous les gardiens de la paix, de même que leurs supérieurs, savent que les outrages et rébellions sont un marqueur non pas de la violence du public mais de l'agressivité des policiers concernés, les poursuites judiciaires ont été systématiquement encouragées par le ministère de l'intérieur depuis dix ans.


 MAINTIEN DE L'ORDRE INÉGALITAIRE


La fonction sociale des BAC n'est donc pas la lutte contre l'insécurité, mais la constitution d'un ordre social dans lequel chacun doit savoir la place qui est la sienne et apprendre à la respecter : les jeunes des cités, indépendamment de leur implication dans la délinquance ; les immigrés, quelle que soit la régularité de leur séjour ; les minorités ethniques françaises, volontiers assimilées dans les faits aux groupes précédents ; la majorité des citoyens, qui se sait à l'abri de ces pratiques et souvent ignore même leur existence chez les autres. Le harcèlement des populations déjà précarisées, marginales et stigmatisées produit ainsi une forme singulière de maintien de l'ordre inégalitaire, dont l'action de la police redouble l'injustice puisqu'elle en évite toute contestation.

Pour en prendre la mesure, il faut tenter de s'imaginer les rondes des patrouilles qui sillonnent les rues des cités, les pratiques ordinaires de provocation en écho à celles des jeunes, les déploiements spectaculaires en réponse à des actes mineurs, les expéditions punitives qui prennent tous les résidents d'un immeuble ou d'un quartier en otages pour un délit, les frustrations causées par des plaintes pour violences policières qui n'aboutissent presque jamais mais se retournent parfois contre leurs victimes. Bref, tout cet ordinaire d'intimidation qui pèse sur la vie quotidienne d'habitants déjà pénalisés par l'état dégradé de leur habitat et les pratiques délinquantes de certains groupes.

Depuis vingt ans, les pouvoirs publics ont mis en place une police d'exception, qui ne se déploie que dans certains territoires et pour certaines populations. Cette rupture d'égalité des citoyens devant leur police est une brèche dans le contrat républicain, par lequel ils délèguent à l'Etat le monopole de la violence légitime à la condition qu'il s'applique de la même manière à tous - telle est la justification d'une police qui a été voulue nationale.

Accuser les gardiens de la paix qui composent les BAC de cette pratique discriminatoire serait pourtant aussi vain qu'injuste, car ils ne font que mettre en oeuvre la politique qu'on leur demande d'appliquer. Si, comme le disent certains responsables, ils produisent souvent plus de dégâts par leurs interventions qu'ils ne résolvent de problèmes, ils permettent de justifier leur propre existence, puisque, une fois les drames survenus et les émeutes commencées, ce sont eux que l'on mobilisera pour rétablir l'ordre qu'ils ont troublé. La question est finalement politique : peut-on se satisfaire d'une situation dans laquelle on fait de l'exception une règle ?

Les diverses affaires qui secouent aujourd'hui l'institution policière à travers la mise en cause de plusieurs de ses BAC peuvent donc servir à engager le nécessaire travail de fond permettant de rétablir des relations de confiance entre la police et la population. Cet effort suppose une évaluation indépendante, réalisée dans d'autres pays mais jamais entreprise en France, en même temps qu'il implique une concertation entre tous les partenaires concernés, des syndicats de policiers aux associations d'habitants et aux élus locaux, en passant par les chercheurs. Chacun a intérêt à ce que les gardiens de la paix honorent la signification de leur nom. A terme, il s'agit que les forces de l'ordre retrouvent le sens d'agir au service non plus d'un gouvernement, mais de la société.

Didier Fassin, sociologue

 

Didier Fassin

Professeur de sciences sociales à l'Institute for Advanced Study de Princeton (New Jersey), directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris, anthropologue, sociologue et médecin. Son enquête sur les brigades anticriminalité a été présentée dans "La Force de l'ordre. Une anthropologie de la police des quartiers" (éd. du Seuil, 2011, 408 p., 21,30 €)

 


Débattons des atteintes ordinaires au droit

 

Vers la fin de l'enquête que j'ai conduite pendant quinze mois, entre 2005 et 2007, sur une brigade anticriminalité dans la région parisienne, j'ai demandé au commissaire adjoint du chef de la circonscription pourquoi lui et ses supérieurs avaient autorisé cette recherche, il a eu cette réponse : "Pourquoi cette question ? Nous n'avons rien à cacher. Il n'y a pas de ripoux parmi nous." Il est vrai que je n'ai jamais eu vent de quelque corruption que ce soit au sein de ses services. Il est impossible de tirer de cette observation des conclusions sur le caractère marginal ou non de l'affaire de vol et d'extorsion impliquant la BAC du nord de Marseille, mais cette remarque montre que telle était la principale préoccupation en matière de bonnes pratiques : éviter l'opprobre de l'image de "ripoux".
Or , il ne faudrait pas que l'arbre de l'affaire marseillaise cache la forêt des problèmes posés par l'action de la police dans les quartiers en difficulté. Bien plus que les affaires de corruption, ce sont les atteintes ordinaires aux droits des citoyens, régulièrement critiquées par la Commission nationale de déontologie de la sécurité, supprimée par le gouvernement en 2009, qui devraient susciter la réflexion et l'action. Comme le disait le secrétaire général d'un grand syndicat de police, les BAC se comportent souvent dans les banlieues comme des "meutes qui vont produire plus de dégâts en allant sur le terrain que régler des problèmes". De fait, pratiquement tous les désordres urbains qu'a connus la France depuis vingt ans se sont produits à la suite d'interactions violentes entre des jeunes des cités et des policiers de ces unités.
Certes, toutes les BAC n'agissent pas de la sorte. Il existe en leur sein des policiers qui, parce qu'ils sont plus familiers des quartiers dans lesquels ils opèrent et plus soucieux des règles éthiques, parviennent à maintenir des conduites respectueuses du droit, tout en étant plus efficaces que les autres dans la lutte contre la délinquance. Mais il s'agit plutôt de comprendre comment le fonctionnement insulaire des BAC, leur soustraction aux modalités habituelles d'évaluation et la tolérance dont elles bénéficient de la part de leurs instances disciplinaires conduisent à des dérives. Le cas marseillais n'est probablement pas la règle, mais il est exemplaire en ce qu'il montre les conséquences extrêmes de ce mode de fonctionnement. L'enjeu ne relève pas seulement de la morale individuelle qu'il faut sanctionner, mais du dispositif institutionnel qu'il faut réformer.
Après un exposé des résultats préliminaires de ma recherche, un commissaire de Seine-Saint-Denis a dit : "Vous avez raison, mais voyez-vous, les BAC, c'est un mal nécessaire." Alors que se multiplient les affaires graves - Amiens, Arras, Marseille -, révélant les problèmes structurels de ces unités spéciales, demandons-nous si tel est vraiment le cas.

Didier Fassin

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Published by valenton rouge - dans France
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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:35

cla23.jpgSociologue, Choukri Ben Ayed critique le rapport de la concertation. Pour lui, la refondation prolonge les politiques libérales des gouvernements précédents. Le rapport reste dans des formules vagues par exemple quand il évoque " les pratiques pédagogiques dites « efficaces »". La co-éducation avec les collectivités territoriales est aussi présentée comme un élément de creusement des inégalités.

 

 

Après une phase dense de concertation sur l’école, le comité de pilotage a remis sa copie. Il nous est ainsi permis de réagir, même si l’exercice n’est pas aisé en raison de la nature un peu particulière du texte à mi-chemin entre la concertation elle-même et la future proposition de loi. Nous sommes tentés de souligner le caractère participatif de la démarche (bien que dans un cadre bien prédéfini par les thèmes retenus), de nous réjouir également de voir abandonné le langage agressif qui caractérisait la période précédente. Pour autant les doutes et les réserves ne sont pas dissipés.

 

Les doutes d’abord : n’y a-t-il pas contradiction à louer les vertus d’une concertation inédite par son ampleur et d’annoncer un calendrier aussi étriqué pour la rédaction de la loi d’orientation qui en sera issue ? Quant aux réserves, nous abordons à présent le fond du texte.

 

L’avenir de l’école appelle un projet éducatif ambitieux et non une simple action publique réformée

 

Dès l’entrée en matière du texte on ressent une certaine gêne. Si le thème des inégalités est mis en exergue, pourquoi n’avoir retenu que des données de cadrage de PISA ? Ignorées donc les enquêtes nationales plus fines mettant l’accent sur la source des inégalités en France et sur leur caractère cumulatif tout au long de la scolarité ? En second lieu, et c’est sûrement le point d’achoppement, on ne trouve pas de critique en règle sur le fond des réformes menées sous l’ancien gouvernement. Les déboires de l’école seraient uniquement liés à un mauvais pilotage de ces réformes, une mauvaise organisation, un mauvais ordonnancement, une « mauvaise conduite du changement ». Le lecteur avisé y trouve là des références implicites à certaines théories de la science politique qui autorisent le glissement de sens du registre de la « politique éducative » à « l’action publique éducative ».

 

La notion d’action publique fait référence à une conception techniciste et managériale des réformes, alors que la notion de politique éducative mobilise une acception beaucoup plus ambitieuse et potentiellement portée par une vision humaniste. L’école aujourd’hui a besoin d’un projet de très grande ampleur et d’une rupture radicale avec la période précédente. Naguère nous tombions tous à bras raccourcis contre les réformes menées tambour battant, il n’est pas trop tard pour assumer ces critiques et abroger les dispositions prises. Une telle entrée en matière du texte aurait eu le mérite de clarifier les choses.

 

Mais la critique nécessaire fait place à une rhétorique du changement à l’aune de formules générales et convenues : « l’école doit changer car le monde change », « l’école doit rentrer dans la modernité », ou bien des critiques un peu éloignées des réformes elles-mêmes déplorant qui les mutations des cultures juvéniles, qui la communication, qui l’individualisme etc. Dont acte. Mais que dire des évolutions problématiques de l’école elle-même : doxa de l’utilitarisme, du néo-libéralisme, de la concurrence ? Certes ce dernier point est évoqué mais quelle action volontariste lui est opposée ? Suppression des palmarès et des classements ? Non. Suppression des logiques d’autonomie des établissements ? Non. De la situation spécifique de l’enseignement privé ? Non. Tout juste l’idée d’une nouvelle forme d’évaluation détachée des logiques concurrentielles qui reste d’ailleurs à clarifier.

 

Comment réduire les inégalités ? Vrais problèmes et solutions limitées

 

Nous touchons là probablement au cœur du texte. La continuité avec les orientations politico-idéologiques précédentes se confirme. Le socle commun de connaissances, directement issu de la loi Fillon de 2005, n’est pas remis en cause. Il est au contraire fortement revendiqué. Seule sa simplification est annoncée : quelle simplification ?  C’est même lui qui conduirait la réforme des programmes et les épreuves du DNB (Diplôme national du Brevet des collèges).

 

Si la perspective de réduction des inégalités est tout à fait louable, et nous devons bien sûr l’encourager, les causes de ces inégalités sont peu analysées. Certes il est nécessaire d’œuvrer pour la pré-scolarisation, et de renforcer l’école primaire. D’accord aussi pour une action volontariste en ce sens au collège. Mais la nature de celle-ci laisse perplexe. Le thème de l’individualisation de l’action pédagogique comme remède à l’échec scolaire, cher à Xavier Darcos et Luc Chatel et qui cristallisait les critiques il y a encore quelques mois, n’est pas ici remis en cause. Il est même récurrent et demeure étroitement lié aux approches psychologisantes et naturalisantes de la difficulté scolaire. On retrouve la rhétorique du précédent gouvernement qui triait les élèves en fonction de leurs goûts, intérêts et autres talents supposés. Le « bien être psychologique », composante de la réussite ne saurait suffire pour éradiquer l’échec scolaire.

 

Une référence récurrente au « changement de pédagogie » ? Ce changement est indispensable mais le propos demeure bien général. Opposer l’innovation, sans la définir aux « pédagogiques traditionnelles frontales », sans en faire l’analyse, revient à une critique formelle aussi convenue que dépassée des anciens contre les modernes. Qui s’est vraiment donné la peine de comprendre la genèse des pratiques pédagogiques et d’outiller efficacement les enseignants ? Les ESPE (Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation) revendiquées, seront-elles à la hauteur ? Le rapport n’apporte au fond que peu de précision sur les pratiques pédagogiques dites « efficaces » sur la façon de les penser et de les transmettre.

 

Les élèves qui rencontrent des difficultés ont besoin d’un service public fort plutôt que de compassion ou de bienveillance, d’un service public qui en appui sur la recherche universitaire et pédagogique interroge la nature des difficultés rencontrées par les élèves pour y apporter des réponses audacieuses, garantes d’un profond changement.

 

La co-éducation : pour quoi faire ?

 

Le thème du partenariat est également très présent. Mais rien de nouveau depuis à présent trois décennies. Ce qui l’est en revanche, c’est la notion de co-éducation qui impliquerait certes les parents d’élèves mais également les entreprises, et ce dès la 6ème, comme le préconisait récemment le Ministre lui-même. N’est-ce pas là la consécration d’une logique utilitariste ? En matière de « gouvernance » la décentralisation (de la formation professionnelle et de l’orientation) est fortement souhaitée ainsi que la contractualisation avec les collectivités locales, tout en revendiquant une action forte de l’Etat : n’est-ce pas contradictoire ? Quel bilan peut-on faire de l’émiettement de l’action éducative depuis trois décennies ? N’y a-t-il pas un lien avec le développement très marqué des inégalités territoriales d’éducation ? Aujourd’hui l’école a besoin de plus ou de moins d’Etat ? D’une simplification de son action ou d’une complexification ? Cette nouvelle phase de décentralisation revendiquée, corrélée à un rapprochement avec le monde de l’entreprise, ne risque-t-elle pas de plonger l’école dans une nouvelle crise dont elle n’a absolument pas besoin aujourd’hui pour se reconstruire ? Il y a à mon sens davantage à perdre qu’à gagner sur ce de terrain.

 

L’éducation prioritaire et la carte scolaire : les grands oubliés

 

Ces deux sujets condensent la plus grande surprise du rapport. Si ce dernier souhaite mettre l’accent sur la réduction des inégalités, pourquoi alors reléguer le sujet de l’éducation prioritaire en dernière position ? C’est le cas aussi pour la carte scolaire qui pourtant constituait l’un des symboles de la dérégulation éducative par l’ancien gouvernement.

 

Ce qui pose problème c’est de cantonner la question du traitement des inégalités les plus vives, ainsi que celle de la sectorisation, aux seuls territoires prioritaires. Il s’agit même d’un contre sens. Ce qui se joue dans ces territoires n’est qu’un révélateur puissant des défaillances d’ensemble de l’école. La concentration des difficultés et les logiques ségrégatives sont le produit de la compétition scolaire généralisée et de l’insuffisance de l’école à assumer la massification scolaire.

 

Le traitement de ces deux questions appelle des actions d’ensemble et non des approches segmentées et particularistes en allant même jusqu’à proposer d’agir à la seule échelle des établissements. Renoncer à l’idée de zonage territorial fait courir du reste un risque considérable de démobilisation et de déstabilisation des établissements depuis longtemps engagés dans des actions en réseau et d’ouverture sur leur environnement. La priorité est d’éviter que ces établissements ne décrochent davantage et qu’ils ne fassent l’objet d’une stigmatisation renforcée.

 

Agir contre les inégalités ce n’est pas « triturer » à loisir les zonages prioritaires, c’est aussi poser clairement la question de la politique redistributive en matière d’éducation. A ce titre le rapport aurait été bien inspiré de reprendre à son compte les termes du référé de la Cour des comptes adressé le 11 juillet dernier au Ministre de l’Education nationale et portant sur le traitement des inégalités scolaires. Ce dernier argumentait, en substance, que l’une des causes du renforcement des inégalités de scolarisation est leur absence de prise en compte lors de l’attribution des moyens. C’est donc à un changement radical de paradigme redistributif que le référé appelle de ses vœux.

 

Il ne s’agit de saupoudrage de moyens supplémentaires au profit de quelques établissements triés sur le volet, mais de s’adresser à tous ceux qui accueillent des élèves en situation objective de désavantage économique, scolaire et culturel. En soulignant le fait que certains territoires scolaires situés dans le haut des hiérarchies concentrent les moyens les plus importants, on peut résumer la préconisation de la Cour par le principe de « donner moins à ceux qui ont plus » et réellement « plus à ceux qui ont moins ». Preuve s’il en est qu’une action volontariste en matière de réduction des inégalités nécessite une vision d’ensemble tant en matière de redistribution des moyens, des postes, que des actions spécifiques à mener, conception bien éloignée donc d’une vision partielle du problème.

 

Vous avez dit arbitrage ?

 

Au terme de cette lecture, si nous avons souligné des manques et des points de désaccord nombreux, il est aussi des points d’accord : sur la scolarisation obligatoire à 2 ans, sur la nécessité de réformer la formation des enseignants, sur le rétablissement de la sectorisation (partout ou dans les territoires prioritaires ?), sur la nécessité d’homogénéiser l’offre de formation, sur l’obligation de ne laisser aucun élève sans solution, de redonner un second soufflet à la vie scolaire etc. Cependant faute d’une argumentation beaucoup plus précise, ces propositions, qui étaient « dans l’air du temps » avant la concertation risquent bien d’en rester à l’état d’incantation. Du reste ces dernières cohabitent avec des propositions inquiétantes d’une toute autre obédience politique puisqu’elles s’inscrivent dans la continuité des politiques néo-libérales qui ont plongé l’école dans l’impasse. Refonder l’école ce n’est pas chercher à contenter tout le monde, c’est faire des choix. L’école du peuple supposera des changements de paradigmes radicaux : c’est bien cela que l’on appelle à présent l’arbitrage ?

 

Choukri Ben Ayed

Sociologue, Professeur à l’Université de Limoges

Chercheur au GRESCO

 


http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/10/09102012Article634853618631571249.aspx

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:28

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http://www.obsarm.org/spip.php?article193

 

François Hollande a placé son action sous la marque de l’anti-sarkozisme… sauf en matière de défense ! Là, pas question de rupture, mais bien de continuité, vu les premiers actes posés par le pouvoir socialiste pour l’élaboration d’un nouveau « Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale ». Tout particulièrement au niveau de l’arme nucléaire.

Certes, il est difficile de reprocher au nouveau président de ne pas tenir ses promesses. Car, même si le sujet n’a pas fait l’objet d’un véritable débat social, François Hollande, avait annoncé la couleur à plusieurs reprises : notamment sur la dissuasion nucléaire [1] — on ne touche à rien ! Lors d’un discours fleuve [2], le 11 mars 2012, le candidat socialiste avait exposé son programme militaire qui peut se résumer en un seul mot : continuité ! Comme le précisait d’ailleurs Jean-Yves Le Drian, alors chargé des affaires de défense auprès du candidat Hollande et actuel ministre de la Défense : «  Il n’y a pas de divergence sur les fondamentaux : l’essentiel, c’est la sécurité de notre pays et la paix dans le monde. Dans cette période d’incertitude, il serait dommage que la défense fasse l’objet de polémiques [3]. »

Une volonté de verrouiller le débat qui s’explique également par les désaccords existants à gauche sur les questions de défense. Avec les partenaires que ce soit Europe écologie Les Verts, le Parti communiste ou le Parti de gauche, mais aussi au sein même du Parti socialiste : l’ancien ministre de la défense Alain Richard ou l’ex-Premier ministre Michel Rocard, ont manifesté leur doute quant à la pertinence de la dissuasion. Il en est de même de Paul Quilès qui, outre la publication d’un livre percutant [4], a déposé une motion thématique sur le désarmement nucléaire en vue du prochain congrès du PS…

Bref, François Hollande — à qui, lors de la campagne, il lui fut souvent reproché son manque de compétence gouvernementale — veut marquer son autorité de chef de l’État et des armées, par la publication d’un quatrième Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale sous la Ve République. À cette fin, à la veille du traditionnel défilé du 14 juillet, il a rendu public la feuille de route et nommé le conseiller de la Cour des comptes Jean-Marie Guéhenno pour piloter la commission chargée de le rédiger d’ici la fin de l’année 2012. Ainsi, le 26 juillet, la commission pouvaient tenir sa première réunion de travail…

Avant tout, rappelons que le Livre blanc de son prédécesseur comportait justement une procédure d’actualisation au cours du second trimestre de 2012 [5]. Tout comme la Loi de programmation militaire pour les années 2009 à 2014, pour la première fois « glissante », car prévoyant une révision au cours de l’année 2012 et le vote par le Parlement d’une seconde phase de budget triennal pour les années 2013 à 2015.

Ainsi, avec l’annonce du Livre blanc 2012, nous sommes plus dans une opération de communication que dans une véritable volonté de rupture ! François Hollande ne fait qu’habiller de nouveauté, un exercice déjà prévu par… Nicolas Sarkozy !

 Maintenir « une ambition nationale élevée » pour l’outil de défense !

En effet, pour actualiser le Livre blanc de 2008 et préparer la révision de la Loi de programmation militaire, fin 2011, le président Sarkozy avait notamment demandé au secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN), M. Francis Delon, de conduire un travail préliminaire qui, de fait, va servir de base pour la commission chargée d’élaborer le Livre blanc de 2012.

À cette fin, quatre groupes de travail ont été constitués — composés principalement de représentants des ministères de la Défense, des Affaires étrangères, de l’Intérieur, et de l’Économie —, consacrés respectivement aux recompositions géostratégiques, aux architectures de sécurité collective et outils de gestion de crise, aux risques et menaces auxquels sont confrontées nos sociétés, comme la prolifération, le terrorisme ou la cybermenace, et — chose nouvelle — aux enjeux économiques et sociétaux, concernant notamment la crise économique et financière, l’accès aux ressources, l’aide au développement et l’acceptation sociale des enjeux de sécurité et de défense. Des consultations ont également été menées avec les partenaires allemands et britanniques…

Ainsi, en mars 2012, le SGDSN rendait public un « Document préparatoire à l’actualisation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale » intitulé : La France face aux évolutions du contexte international et stratégique [6]. «  L’analyse et les constats établis demeurent largement pertinents », explique ce document. Il invite la France « à mettre en cohérence son niveau d’ambition stratégique et son effort budgétaire au profit de la sécurité nationale »… En clair : pas de véritable analyse des causes, mais uniquement le constat des conséquences de l’évolution de la violence et de « la persistance de crises non-résolues  ». D’où la seule perspective mise en avant : « Le maintien de notre autonomie stratégique comme ligne directrice », c’est-à-dire la dissuasion nucléaire, comme « garantie ultime », et le renforcement des capacités militaires…

De son côté, au sein du ministère de la Défense, la Direction des affaires stratégiques (Das) a publié en avril 2012, la troisième édition de son « Plan prospectif à 30 ans » (PP30) [7] qui a lui aussi pour vocation de concourir à la préparation des choix nationaux en matière de politique de défense et plus particulièrement d’éclairer les programmes d’armement à mettre en place, en identifiant notamment pour la France, les risques de ruptures opérationnels et technologiques.

Difficile dans le cadre de cet article d’analyser en détail tous les arguments développées dans ce rapport — dense — qui dégage comme « lignes de force » : « la fin de la domination occidentale ; l’accélération de la mondialisation ; une instabilité et une volatilité de plus en plus marquées ». Bref, une « période de transition géopolitique » accentuée par un « glissement du centre de gravité stratégique du monde ». Avec pour inquiétude en toile de fond, le « déclassement de l’Europe » et… de la France ! Le rapport souligne que : « La crédibilité opérationnelle des forces françaises sur le long terme reposera sur la préservation d’une masse critique permettant de garantir un niveau d’autonomie compatible avec le statut et les intérêts nationaux. » Le tout, bien sûr, « dans un contexte de contrainte budgétaire croissante ». Pour les auteurs : « Dans un contexte de probable augmentation du niveau de la “conflictualité”, l’évolution du champ des confrontations armées, intégrant différentes formes d’affrontements, luttes ou contestations d’intensité diverse, devrait se révéler plus contraignante pour l’emploi de la force armée.  » De plus : « La diffusion des connaissances technico-scientifiques devrait conduire, à moyen terme, à un relatif nivellement de la puissance entre les grands acteurs de la scène internationale, voire à une avance de quelques pays émergents dans le développement de certaines armes. »

Là encore, on ne peut qu’être frappé par le décalage existant entre la pertinence des analyses et le conformisme — voire même le caractère dépassé — des propositions mises en avant. À savoir le renforcement des capacités militaires et technologiques qui ne viennent que renforcer la course aux armements dans une fuite en avant génératrice d’insécurité.

 Livre blanc 2012 : « la messe est dite »…

« Nous avons besoin d’un débat élargi sur l’ensemble de la situation. De toute façon, on ne pourra pas tout faire. Le Livre blanc doit nous permettre de définir nos priorités, nos choix et la manière de les mettre en œuvre », explique le ministre de la Défense aux députés membres de la Commission de la Défense, le 5 juillet dernier [8].

Or, la composition de la Commission sur le Livre blanc, rendue publique fin juillet, montre une sur-représentation de responsables de l’administration (Défense, Intérieur, Affaires étrangères, etc.). Quelle peut-être leur marge de manœuvre, si ce n’est que de défendre les intérêts de l’administration qu’il représente ? Les parlementaires sont faiblement représentés et parmi les personnes dites « qualifiées », se trouve aucun esprit un tant soit peu iconoclaste à même d’insuffler des idées nouvelles… Entre Bruno Tertrais, chantre de la dissuasion nucléaire, Bernard Bigot, administrateur général du CEA, ou Mme Claude-France Arnould, directrice exécutive de l’Agence européenne de défense, peu de chances de voir une critique émerger. De plus, l’homme du précédent Livre blanc, à savoir Jean-Claude Mallet, est aujourd’hui le conseiller spécial du ministre de la Défense et, bien sûr à ce titre, sera un des membres très influents de la commission chargée du futur Livre blanc

Cet encadrement des débats se retrouve également dans la lettre de mission du président de la République, dans la mesure où — comme pour le Livre blanc de 2008 — la dissuasion est « sanctuarisée », gelant ainsi environ 10 % du budget global de la défense et 25 % des crédits d’équipements ! La réflexion de la commission ne pourra porter que sur « la meilleure articulation, aujourd’hui et demain, entre cette stratégie et les autres volets de notre prolitique générale de défense et de sécurité nationale [9] ». Le tout bien sûr, en prenant en compte les contraintes budgétaires : c’est-à-dire la nécessité de faire plus avec moins… Les responsables militaires l’ont bien compris ! Aussi a-t-on pu lire en cette rentrée 2012 nombre d’articles — comme autant de contre-feux — pour manifester l’inquiétude des chefs d’état-major des armées face au risque de nouvelles coupes budgétaires venant compromettre «  à terme la capacité des armées à remplir leurs missions »… Bref, au-delà des discours grandiloquents sur l’indépendance de la France, le travail de la commission ne va-t-il pas se transformer en « bataille de chiffonniers » pour déterminer quelle diminution d’effectifs — sur quelle arme et quel régiment — et quelle réduction de matériels faudra-t-il opérer ? Obérant toute réflexion sur les conditions du renforcement d’une véritable sécurité collective. Pour cela, il faudrait ouvrir le débat à l’ensemble de la société civile et non pas le confiner dans les cercles restreints comme peut l’être aujourd’hui la commission chargée d’élaborer le nouveau Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. « Chacun doit assurer la sécurité de l’autre » avait expliqué Gorbatchev, tirant les leçons de la guerre froide. Nous continuons actuellement à prendre le problème à l’envers.

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:24

stat_chocos002_-_copie-41860.jpgLe ramadan et les viennoiseries ? Après un week-end d’enquête, regards.fr vous dit tout sur cette terrible histoire française.


Un coup de tonnerre. La déclaration faite par Jean-François Copé vendredi dernier à Draguignan brise un terrible tabou de la société française. Même nous, à Regards, sommes bien obligés de l’admettre : seul le maire de Meaux dispose, aujourd’hui dans le paysage politique français d’une envergure telle qui lui permette d’aborder frontalement un sujet aussi délicat que celui de la dérobade caractérisée de pains au chocolat (et parfois même de croissants au beurre, nous y reviendrons...) à la sortie des établissements scolaires au moment des fêtes musulmanes. On se souvient que le maire de Toulouse, le socialiste Pierre Cohen, avait également essayé l’an dernier d’évoquer ce problème mais il avait parlé de chocolatine et personne n’avait rien compris.

Avec Copé, c’est du sérieux. Les pieds dans le plat de levure. Un pavé dans le four de la boulangerie. Et regards.fr, qui ne recule devant aucune investigation, est aujourd’hui en mesure de vous en dire plus sur ce sujet. Grâce à un document confidentiel qu’une source bien informée (mais qui tient à conserver l’anonymat) au sein de l’ONDCVCMAEA nous a photocopié en cachette. L’ONDCVCMAEA, c’est l’Observatoire national des délits concernant les viennoiseries commis par les musulmans et autres étrangers affamés (retrouvez toutes leurs statistiques sur www.cékilétrangékapikémachoco.ump.fn.com).

Ce graphique, que nous reproduisons en exclusivité est la preuve qu’il y a quand même bien un putain de problème dans la société française actuelle. Vous noterez au passage qu’en janvier et février, le taux de vols de pains au chocolat est sensiblement supérieur à la moyenne annuelle. C’est parce que c’est l’hiver, il fait froid et les enfants Roms ont la dalle. Soit dit en passant, ils sont plus malins que les petits musulmans puisque eux au moins, ils attaquent pas les sorties d’école pendant les vacances scolaires.

L’ONDCVCMAEA n’en restera pas là. Bien que lui aussi affecté par la baisse des subventions aux organismes publics (comme en atteste la qualité douteuse du document reproduit ci-dessus), cet observatoire - qui mène un travail discret mais remarquable depuis des années - nous promet pour 2013 de nouvelles révélations. Et notamment le tableau sur la recrudescence des vols de chouquette à la sortie des écoles primaires dans le XIIIe arrondissement de Paris au moment du nouvel an chinois. Ce document dont nous avons eu connaissance constitue, n’hésitons pas à l’écrire, une véritable bombe. Regards.fr reviendra dessus. En attendant, si vous êtes pas sûr de bien comprendre ce que dit Jean-François Copé quand il parle politique et viennoiseries, rendez vous sur regards.fr, on vous expliquera tout.

 


http://www.regards.fr/societe/affaires-des-pains-au-chocolat-les,5638

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:21

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:06

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http://www.contretemps.eu/fr/interventions/luttes-immigration-postcoloniale-dans-%C2%ABr%C3%A9volution-citoyenne%C2%BB

 

 

Intervention aux Estivales citoyennes 2012 du Front de gauche. Atelier : « Antiracisme, multiculturalisme : quelles stratégies de la gauche d’alternative contre les discriminations et pour l’égalité ? »


Quand on est amené à parler de « racisme » et d’« antiracisme » dans des espaces politiques à gauche de la gauche, on se trouve le plus souvent confronté à un embarras et une confusion assez rares: tandis que les économistes nous parlent en détail de la dette illégitime et de la nécessité d’arrêter de la payer, personne ne semble s’inquiéter de ce qu’est le racisme et surtout de comment le combattre. La plupart des acteurs et actrices de ces espaces se satisfont d’une opposition abstraite, morale, au racisme. Les discussions se limitent à des considérations très vagues sur les « préjugés » ; on se focalise sur la situation des étrangers, ou l’on prétend encore que les populations issues de l’immigration postcoloniale sont stigmatisés parce qu’ils et elles sont, tendanciellement, les plus pauvres. On évacue dès lors le racisme comme objet de pensée et comme système sur lequel on peut agir.

 

Une des dernières preuves en date de cet embarras et de cette confusion est peut-être le slogan qui a rythmé votre campagne à Hénin-Beaumont et qui tonnait sur fond bleu-blanc-rouge : « Le problème c’est le banquier, pas l’immigré ! »

Si on suit ce slogan, le racisme n’est qu’une sorte de diversion, rien de plus. Les couches populaires sont en colère mais ne savent pas bien contre qui elles devraient diriger cette colère. Le racisme est une colère qui se tromperait de cible.

Nous voudrions d’abord souligner qu’on ne se préoccupe ici que du point de vue des classes populaires blanches. Nous entendons évidemment par là ceux et celles perçus comme Blancs, à partir d’une construction sociale qui oppose leur blanchité aux populations colonisées ou descendantes de colonisé•e•s.

À partir de ce postulat du racisme comme diversion, la gauche se donne pour rôle d’expliquer aux classes populaires blanches qu’elles se trompent. La quasi-totalité de la gauche politique et syndicale aurait donc à sa charge d’organiser, d’orienter la colère vers les vrais ennemis des classes populaires blanches. Mais dans cette démarche, ce que votre slogan passe complètement à l’as c’est que dans la vie de millions de personnes, le racisme n’est pas pour eux et elles une colère détournée.

C’est un système qui les discrimine de manière structurelle dans l’accès au logement, à l’embauche comme à l’avancement, dans l’accès aux loisirs ou aux instances médiatiques et politiques, dans les pratiques policières et judiciaires, etc. C’est aussi être plongé dans une indignité symbolique et culturelle, de la jeunesse des « sauvageons » à la vieillesse illégitime de nos chibanis. C’est avoir à cautionner le « modèle français d’intégration » fondé sur un illusoire « quand on veut, on peut » si on veut obtenir un peu de reconnaissance sociale. C’est devoir en faire deux fois plus que les autres. Et c’est voir sa « réussite » éventuelle à peine tolérée. En effet, cette réussite est soumise, plus que pour d’autres, à l’excellence : nos parcours nous montrent combien nous n’avons pas le droit à l’erreur, et il suffit du moindre écart, de la moindre faute, pour nous voir ramené•e•s à « nos origines »1 Et lorsqu’une « anomalie » entache le parcours d’un ou d’une des nôtres, elle n’est pas jugée comme purement individuelle, comme pour d’autres, mais sert à jeter le discrédit sur toute une communauté.

 

Mais présenter le racisme comme une diversion, ce n’est pas seulement occulter le point de vue des descendants et descendantes de colonisés. C’est aussi se tromper sur le point de vue des classes populaires blanches acquises aux idées racistes.

En effet, il y a là l’idée que les classes populaires blanches sont les marionnettes des populistes racistes du Front national ou de certaines franges de l’UMP ; que si la « gauche de gauche » avait la volonté de reconquérir ces classes populaires blanches, en leur expliquant combien il est mal d’être raciste, ces personnes voteraient Mélenchon plutôt que Le Pen.

C’est ne pas comprendre la dynamique du racisme, et les raisons pour lesquelles les classes populaires blanches en viennent à défendre plus de répression dans leurs quartiers, ou qu’elles s’inquiètent davantage de ce qu’on leur présente comme une progression de « l’islam » plutôt que de l’augmentation du SMIC que propose le Front de gauche.

Non, ce n’est pas que ces populations ont été diverties des « vraies » questions. Les réactions que nous venons d’évoquer ne sont pas des colères qui se trompent, mais elles constituent la défense d’un privilège.

Ce qu’évacue le slogan « le problème c’est le banquier, pas l’immigré », c’est la position qu’occupent les non-Blanc•he•s dans la société française.

Cette position est particulière parce que des inégalités raciales structurent l’ensemble des sphères sociales : il y a des polices qui ont été conçues à partir des anciennes milices coloniales pour harceler les habitants des quartiers (Brigade anticriminalité) ; il y a des emplois et des affectations salariales qui ne sont pas accessibles aux descendants et descendantes de colonisées et d’autres qui leur sont quasiment réservées ; il y a des logements du parc public qui sont refusés aux non-Blancs pour favoriser la « mixité sociale ». On pourrait encore citer tous les dispositifs d’accompagnement, de réinsertion, ou le traitement d’exception dans les administrations.

Nous sommes dans un système inégalitaire, et beaucoup ici savent combien ces inégalités favorisent la compétition et la concurrence. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que le racisme n’est pas que le fruit de la compétition. Dans une compétition, il y a des gagnants et des perdants. Ce que produit le racisme, c’est que ceux qui perdent sont tendanciellement les mêmes. Si le capitalisme produit du « chacun pour soi », le racisme, lui, pipe les dés de cette compétition.

« Il faut avoir en tête l’idée d’une file d’attente : dans l’état actuel des choses, les places sont rares et chères pour trouver un logement, obtenir un emploi stable et des possibilités d’avancement, acquérir une visibilité médiatique ou politique, etc. Le privilège signifie simplement que les Blancs passent toujours devant les autres. Tout ce qui est discrimination pour l’un est privilège pour l’autre2. »

Quand les classes populaires blanches soutiennent un projet raciste et réactionnaire, elles le font pour conserver ce passe-droit dans la file d’attente. Et d’ailleurs, que reste-t-il aux classes populaires blanches à part ce passe droit : leur blanchité ? Dès lors, si les forces progressistes veulent construire un projet par et pour les classes populaires, elles doivent inclure dans leur projet politique des mesures précises pour faire dépérir le privilège blanc.

Le plus souvent, les composantes de la gauche politique et syndicale pensent pouvoir se dispenser d’intégrer la question antiraciste dans leur projet de société – dans la mesure où, pour elles, les préoccupations du mouvement social portent sur la situation de l’ensemble de la population (retraite, service public, droit au logement, etc.) et notamment les populations issues de l’immigration postcoloniale. Or, en s’attaquant aux inégalités, en augmentant la part du gâteau qui revient aux classes populaires dans leur ensemble, on n’empêche pas que cette part du gâteau soit répartie différemment entre classes populaires blanches et classes populaires non blanches. Les seconds ne peuvent espérer s’en tirer qu’avec les miettes.

Et ce problème se pose au jour le jour des grandes mobilisations sociales. Il est par exemple plus simple de faire l’unité du mouvement social, syndical et politique sur des revendications a minima, qui ne tiennent pas compte de la situation spécifique des non-Blancs. La grande mobilisation contre le CPE (contrat première embauche) est exemplaire.

Souvenons-nous : le CPE faisait partie de la loi sur l’égalité des chances. Cette loi a été pensée et conçue suite aux révoltes de 2005 dans les quartiers populaires. Elle visait spécifiquement les populations issues de l’immigration postcoloniale. On pourrait citer les sanctions contre les « parents démissionnaires » ou encore les luttes contre les incivilités. C’est finalement contre le seul CPE que l’ensemble des forces du mouvement social a mobilisé. Si c’est ce mot d’ordre qui a rassemblé, c’est bien que les non-Blancs et leurs préoccupations ont une place secondaire dans ces luttes du mouvement social3. Il faut en prendre acte pour que cette situation change.

 

Il y a bel et bien deux espaces-temps4 dans le champ politique français. Il faut regarder les choses en face. Les mouvements de l’immigration, les descendants de colonisés, ont eu leurs propres luttes et les ont souvent menées entre eux, indépendamment voire contre les manœuvres de certaines composantes de la gauche sociale et politique.

Nous utilisons le terme de « gauche sociale et politique » pour nous référer au mouvement social dans toute sa diversité. Ce sont les partis politiques, associations et équipes syndicales qui se sont retrouvées dans la campagne pour le Non au référendum sur la constitution européenne. C’est le vaste arc de forces qui rassemble associations de chômeurs, syndicats salariés, groupes féministes, partis à gauche de la gauche, associations écologistes… Ces forces ont certes leur autonomie mais se retrouvent et se rassemblent à des échéances précises comme étant « le mouvement social » : dans les manifestations nationales pour les retraites, contre le CPE…

Ce qu’il faut souligner c’est que les descendants de colonisés ont une histoire politique et une activité qui n’appartiennent pas à cet espace-temps de la « gauche sociale et politique ». Il y a une tradition propre, des luttes spécifiques et des mots d’ordre qui sont, depuis les luttes de décolonisation jusqu’à aujourd’hui, dans une certaine mesure extérieurs à la gauche sociale et politique.

On pourrait rapidement énumérer des séquences de ces mouvements. On peut les faire remonter aux luttes des ouvriers immigrés de l’immédiat après-guerre, par exemple celles des Algériens en métropole. Leur alliance avec les syndicats d’usine a rencontré ses limites quand il s’est agi d’organiser par des grèves et des manifestations la lutte pour l’indépendance nationale algérienne. La CGT, dans laquelle beaucoup d’Algériens ont milité, a défendu le vote des pouvoir spéciaux par le PC en 1956. L’organisation autonome des Algériens s’imposait dès lors aux Algériens comme une nécessité5.

Autre séquence historique : la dynamique de la marche pour l’égalité et contre le racisme en1983 – marche qu’on a labélisée « Marche des beurs » pour mieux en camoufler les enjeux politiques. L’histoire est bien connue, mais face à ce mouvement très important, massif, la gauche institutionnelle a répondu en montant de toutes pièces le projet SOS racisme et son fameux slogan : « Touche pas à mon pote ».  Ce slogan est représentatif de toute l’extériorité de la gauche qui a soutenu SOS racisme par rapport aux non-Blancs des quartiers populaires mobilisés et politisés à l’occasion de la marche de 1983. Dans l’énoncé « touche pas à mon pote », il y a un français Blanc antiraciste qui parle à un autre français Blanc raciste. Le « pote », le non-Blanc, c’est le protégé du Blanc antiraciste et non l’acteur d’une lutte.

Depuis cette séquence, les non-Blancs se sont investis dans des luttes multiples, des violences policières jusqu’à la solidarité avec la Palestine. Et ils l’ont fait la plupart du temps de façon très isolée. Les collectifs de famille qui réclament dignité et justice face aux violences policières sont peu soutenues par la gauche sociale et politique, qu’il s’agisse de déclarations publiques mais aussi de campagnes de terrain. On l’a vu à Amiens et nous y reviendrons.

La gauche sociale et politique met en œuvre bien trop peu de moyens pour visibiliser ces combats et les intégrer à un projet politique. Et il y a bien d’autres occasions où les mouvements de l’immigration doivent même s’affronter aux politiques de la gauche sociale et politique. Dès les années 1950, les équipes municipales et les sections communistes de la ceinture rouge parisienne ont vu l’arrivée d’« immigrés » dans leurs communes comme un déclassement des municipalités. Le sociologue Olivier Masclet a souligné combien, à partir des années 1960, la politique du logement dans ces municipalités a été envisagée pour limiter les attributions aux « immigrés » et « enfants d’immigrés »6.

De nos jours, la loi sur les signes religieux à l’école comme la loi sur le voile intégral ont eu pour défenseurs ou architectes des composantes de cette gauche sociale et politique.

On pourrait citer de nombreux exemples encore mais il y a aussi une manière plus simple de poser les choses : combien d’entre vous connaissent ce qu’on appelle la « cuisine interne » des partis de gauche de la gauche : le point de vue de la FASE sur ceci ou cela, les batailles de tendances du PC... ? Vous êtes nombreux et nombreuses à connaître jusqu’au plus petits des syndicats. Vous connaissez les différents partis politiques, la moindre tendance au PS ou au sein du NPA. Vous discutez avec les directions des associations (avec le MRAP, la LDH, le CNDF), etc. En revanche, parmi les composantes du Front de gauche, quelles équipes militantes se sont intéressées aux mouvements de l’immigration à une échelle nationale ? Qui connaît les débats actuels de ces mouvements ? La différence entre le Forum social des quartiers populaires et les Indigènes de la république ? Qui connaît la différence entre le Collectif des musulmans de France et l’Union des organisations islamiques de France ? Qui a suivi de près les différentes mobilisations de la brigade antinégrophobie ?

Le désintérêt du Front de gauche témoigne bien du fait qu’il y a deux espaces-temps. Que si ces espaces-temps se rencontrent parfois, leurs intérêts ne convergent pas toujours et qu’il faut aussi savoir penser le conflit entre ces deux espaces-temps.

 

Il faut que la gauche sociale et politique prenne en main de façon stratégique les alliances qu’elle peut réaliser avec les mouvements de l’immigration, tout comme les conflits qui opposent ces deux composantes.

Parmi les campagnes que vous avez probablement ignorées, on peut citer celle de Printemps des quartiers qui s’est déroulé tout au long de la campagne présidentielle, organisant une tournée de meetings dans différents quartiers populaires de France. Le premier meeting d’ouverture a réuni un peu plus de 600 personnes à Bagnolet. Le meeting de clôture, à Bagnolet encore, a réuni près de 500 personnes en mai dernier. Tout au long de sa campagne, Printemps des quartiers a réuni 500 personnes à Marseille, 400 personnes à Mulhouse, 800 à Lyon, etc. ; à Saint-Denis, ils ont rempli la bourse du travail ! Aujourd’hui, quelle organisation de la gauche sociale et politique peut-elle, et veut-elle seulement, réunir autant de personnes des quartiers populaires et issues de l’immigration postcoloniale ? – exception faite de la dizaine de militants issus d’une minorité du NPA qui a appuyé de toutes ses forces cette campagne.

Au-delà du public visé et réuni, il faut aussi se pencher sur le contenu de la campagne. Le Printemps des quartiers a réuni ses intervenants et intervenantes autour d’une plateforme de thématiques précises : révolution arabe, solidarité avec la Palestine, lutte contre l’islamophobie, inégalités sociales, lutte contre les violences policières.

Il y a un espace politique non blanc qui a d’ores et déjà une élaboration politique et des priorités. La gauche sociale et politique, si elle veut rassembler le « peuple » – comme vous dites – elle va devoir composer avec ces priorités. Pour se rendre compte du chemin à faire, quelle est aujourd’hui l’intervention du Front de gauche sur ce plan ?

Pour ne retenir qu’un seul point, celui des violences policières, on peut dire que la rentrée du Front de gauche n’est pas très glorieuse. Nous faisons bien entendu référence aux déclarations très récentes de Jean-Luc Mélenchon sur les révoltes à Amiens. Quelle est la position de votre candidat vis-à-vis des jeunes esseulés par le harcèlement policier ? « Nous les rejetons », nous dit-il. Comment a-t-il qualifié les révoltés ? De « crétins », de « bouffons » de « larbins  du capitalisme »…

Amiens Nord, c’est avant tout, et tous les habitants et travailleurs sociaux l’attestent via de nombreux témoignages et enquêtes, tous les habitants parlent de la mise en place d’un véritable harcèlement policier permanent. Il faut rappeler aussi que les révoltes en elles-mêmes étaient avant tout des affrontements entre les jeunes et les policiers. C’est précisément cette réalité qui est occultée.

Qu’est-ce qu’il y a derrière les termes extrêmement violents et disqualifiants de Jean-Luc Mélenchon ? Ce qu’il y a derrière ces insultes, c’est l’idée que ces jeunes ne sont pas du « peuple » que son projet rassemble, que cette révolte n’est pas légitime. C’est déjà s’inscrire en faux par rapport aux exigences portées par ces révoltes.

Si Mélenchon est généreux en mots contre les révoltés, votre programme l’est moins pour ce qui est de la lutte contre le harcèlement policier.

La position du Front de gauche sur le contrôle au faciès est bien en-dessous de celle portée par le syndicat de la Magistrature – qu’on ne peut pas accuser d’ « intifadisme ». Lors de son congrès, le Syndicat de la Magistrature a pris une position claire : il ne s’oppose pas à la question du récépissé mais, au-delà, propose de supprimer tous les cadres de contrôle d’identité (à l’exception des contrôles judiciaires). Comment justifier que la position du Front de gauche soit si en-dessous de celle du Syndicat de la magistrature quand on sait que des magistrats qui y sont syndiqués participent à vos organes de direction ? Comme nous le disions en introduction, le racisme a droit à moins d’expertise et un programme moins rôdé que la question de la dette ou de la « planification sociale et écologique ».

 

Les populations issues de l’immigration postcoloniale ne comptent à l’évidence pour pas grand-chose dans le projet de « révolution citoyenne ». Et pourtant, cette gauche sociale et politique ne peut pas faire sans les non-Blancs. Comme le dit le sociologue Saïd Bouamama : « lorsque l’on regarde les chiffres officiels de la population française […] 30 % des milieux populaires (ouvriers et employés) sont issus de l’immigration postcoloniale7. »

Quand nous parlons d’un champ politique non blanc8, il ne s’agit pas de poser un horizon utopique : non, le mouvement de l’immigration est déjà là. Encore là et déjà là. Et si vous ne pouvez pas faire sans, sachez qu’il faut croire que, d’ores et déjà, les mouvements de l’immigration ne comptent pas sur vous.

Dans quelques semaines, ici même, à Grenoble, le Front uni de l’immigration et des quartiers populaires tiendra son Premier Congrès à l’occasion des 4e rencontres de l’immigration.

Plus encore : en juin dernier, la Force citoyenne populaire (FCP) tenait son premier Congrès national. Elle réunit les listes Émergences (qui ont déjà une expérience de la lutte électorale), le Forum social des quartiers populaires (qui bénéficient d’ancrages locaux de longue date), de figures politiques (comme l’ancienne sénatrice Verts Alima Boumédienne) et bien d’autres militants locaux. Pourquoi cette force s’est-elle constituée ? Explicitement pour mener la bataille des municipales de 2014 à une échelle nationale. Et ce n’est qu’un début. Quand bien même vos forces politiques s’obstineraient à ne pas vouloir envisager la lutte antiraciste en termes stratégiques, ce choix ne tiendrait plus longtemps. La question qui se pose face à ces batailles municipales c’est quelle va être l’attitude du Front de gauche ? Il est clair que les mouvements de l’immigration sont déterminés. Ils ne se laisseront pas avaler par des promesses de coalition sans garantie sur leurs propres exigences.  Il va falloir que la gauche sociale et politique envisage ces forces, sur le long terme, non comme des appendices ou des réservoirs de voix, mais comme des partenaires avec qui il faut négocier. Il va falloir que le Front de gauche se positionne de plus en plus clairement sur le terrain des populations issues de la colonisation.  Autrement que par l’insulte ou par les incantations sur la République métissée, sur la République une et indivisible.

Se positionner sur ce terrain, ce n’est pas seulement appuyer les exigences des mouvements de l’immigration ou des associations antiracistes – ce qui serait déjà un minimum. À terme, un rassemblement populaire authentique doit réfléchir à un programme ambitieux de lutte contre les privilèges octroyés par le racisme.

 

Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem

 

 

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  • 1. « Nous ne sommes pas des modèles d’intégration », Politis, n° 1017, 2008. http://www.politis.fr/Nous-ne-sommes-pas-des-modeles-d,4410.html.
  • 2. Félix Boggio Éwanjé-Épée & Stella Magliani-Belkacem, « Un réformisme offensif contre le racisme d’État », in Contre l’arbitraire du pouvoir, La fabrique, 2012, p. 165.
  • 3. Voir Sadri Khiari, « À propos des mobilisations contre le CPE », en ligne sur : http://www.pag69.org/article.php3?id_article=316.
  • 4. Cette idée d’espaces-temps discordants est empruntée à Sadri Khiari. « La lutte contre l’oppression spécifique postcoloniale n’est pas qu’un segment ou un moment d’un espace-temps homogène du combat pour l’émancipation », « L’Indigène discordant », en ligne sur : http://lmsi.net/L-Indigene-discordant-Autonomie-et,391.
  • 5. Voir Laure Pitti, « La Main-d’œuvre algérienne dans l’usine automobile (1945-1962), ou les oubliés de l’histoire », Immigration et marché du travail, n° 1263, septembre-octobre 2006, p. 47-57.
  • 6. Voir Olivier Masclet, « Le PC et les militants de cité », in Contretemps, n° 13, Textuel, p. 21-29.
  • 7. « Entretien avec Saïd Bouamama : Pourquoi Sarkozy ne peut pas nettoyer la racaille au Karcher ? », http://www.michelcollon.info/Entretien-avec-Said-Bouamama.html.
  • 8. L’expression de « champ politique non blanc » est tirée de l’ouvrage de Sadri Khiari, Pour une politique de la racaille, Textuel, 2006.
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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:02

5cameras-93638.jpgDe 2005 à 2010, Emad Burnat a filmé de l’intérieur le combat de son village contre l’annexion de ses terres par Israël et tenu la chronique de la vie quotidienne sous occupation.


Emad Burnat est un fellah (« paysan ») palestinien de Bil’in, un village de 1 800 âmes sur les hauteurs de la région de Ramallah, en Cisjordanie, voisin de l’imposante colonie juive de Moddin Illit (environ 50 000 habitants) située en territoires occupés. Un matin de février 2005, les villageois assistent, impuissants, à la ronde de bulldozers blindés s’activant dans leurs oliveraies pour abattre les arbres et aplanir le sol, afin de préparer le terrain à l’édification d’un « mur de séparation ». Les Israéliens invoquent des raisons sécuritaires. En réalité, ces travaux sont destinés à permettre l’extension de Moddin Illit, dont doit sortir de terre le nouveau quartier de Mattityahou-Est. Au total, près de deux cents hectares de champs cultivables appartenant aux habitants de Bil’in – soit la moitié de la superficie de la commune – sont concernés par le tracé de la clôture, qui s’enfonce sur plusieurs kilomètres du côté palestinien. Les villageois décident de se mobiliser en s’engageant dans une lutte non-violente pour faire valoir leurs droits et protéger cette terre ancestrale avec laquelle ils « ne [font] qu’un ».


L’irruption des bulldozers coïncide avec la naissance de Jibril, le quatrième fils d’Emad. Equipé du caméscope qu’il vient de s’acheter pour l’occasion, il entreprend de consigner par l’image, jour après jour, le combat de la population afin de donner à voir, de son point de vue, le rapport inégal entre une armée d’occupation et une poignée de villageois. Il suit également à travers l’œil de la caméra son dernier-né, sa famille et ses proches, pris dans le tourbillon des événements. Emad concentre en particulier son objectif sur son fils, dont les premiers mots prononcés sont « armée », « mur », « douille ». Le temps passant, il constate avec chagrin que celui-ci « a perdu de son innocence », comme si Jibril « avait grandi trop vite » et emmagasiné déjà trop de colère contre les soldats — la scène où l’enfant, du haut de ses quatre ans, interroge son père à leur sujet est à cet égard très éloquente.


Le mouvement de résistance populaire lancé par les habitants de Bil’in — bientôt imité par d’autres villages privés eux aussi d’une partie de leurs terres, comme Nil’in, Nabi Saleh, Beit Jala, etc. — prend rapidement de l’ampleur [1]. Chaque vendredi, après la prière, des manifestations sont organisées près du site de la colonie, où les travaux progressent à grand train. Y participent également des pacifistes israéliens et des militants internationaux. L’armée israélienne répond systématiquement par des coups de matraques ou par des grenades lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc, qui peuvent être mortels, du moins provoquer de graves blessures. L’un des meilleurs amis d’Emad, Bassam Abou Rahmah, dit « Phil », figure emblématique du mouvement, perdra la vie en avril 2009 après avoir été frappé de plein fouet dans la poitrine par une cartouche de gaz lacrymogène tirée par un soldat [2]. Son cousin, Adib Abou Rahmah, mettra, lui, un an à guérir d’une balle reçue dans la jambe, avant d’être arrêté lors d’une manifestation et de passer dix-huit mois en prison.


Emad se fait le témoin des affrontements mais plus encore le chroniqueur intime de cette vie quotidienne sous occupation que les journalistes étrangers, friands de spectaculaire et présents uniquement lors des heurts, ne peuvent saisir. Il paie parfois de sa personne, comme lorsqu’il est arrêté par l’armée, en pleine nuit, à son domicile — décrété « zone militaire » —, placé en détention, puis assigné temporairement à résidence dans une maison isolée, à l’extérieur du village. Pendant cinq ans, il accumulera près de sept cents heures d’images et perdra cinq caméras, toutes détruites au cours de différents incidents avec les soldats ou les colons. L’une d’elles lui sauvera même la vie en le protégeant d’un tir qui aurait pu l’atteindre à la tête. Elles servent de fil conducteur au documentaire. Celui-ci n’aurait pu voir le jour sans l’aide du vidéaste Guy Davidi, un militant israélien actif depuis le début à Bil’in. Il permettra à Emad de faire le tri parmi le volume de rushes pour construire le film et narrer les événements.

La lutte portera en partie ses fruits. En septembre 2007, la Cour suprême d’Israël, saisie deux ans plus tôt par les villageois, sous la houlette de l’avocat israélien Michaël Sfard, ordonne la modification du tracé et le démantèlement d’une portion du mur à Bil’in, dont l’appropriation des terres est jugée illégale. La décision est finalement appliquée en février 2010 et la clôture déplacée de cinq cents mètres. Sur les deux cents hectares de champs annexés, quatre-vingts hectares sont restitués aux habitants, les colons de Moddin Illit conservant la surface restante. Les terres récupérées portent encore les stigmates du travail de sape effectué par les bulldozers : beaucoup d’oliviers ont été arrachés ou brûlés, ce qui contraint certains paysans à trouver un autre travail pour nourrir leur famille, en attendant de pouvoir à nouveau planter, cultiver et récolter. « On peut enlever les murs, mais la terre aura toujours des cicatrices », déplore Emad.


La population de Bil’in entend poursuivre la mobilisation pour retrouver la totalité de ses terres. Au printemps 2010, alors qu’il filmait la destruction du mur, Emad a été blessé par un tir de grenade lacrymogène. Sa sixième caméra a cette fois été épargnée. Il tient toujours l’objectif.

Cinq caméras brisées. Une histoire palestinienne, d’Emad Burnat et de Guy Davidi, Alegria Production/Burnat Films Palestine/Guy DVD Films, 2011, 52 minutes. Diffusé sur France 5 le mardi 9 octobre, à 20h35. Accessible en ligne sur Francetvpluzz.fr.

http://blog.mondediplo.net/2012-10-08-A-Bil-in-un-paysan-palestinien-derriere-l

Notes

[1] Les Palestiniens sont partagés sur le sens et la portée de la résistance pacifique. Certains en font l’un des piliers de la stratégie populaire vis-à-vis d’Israël. D’autres y voient une forme d’action limitée, sans véritable projet ni leadership, et estiment que l’usage de la violence est un droit légitime des peuples. Lire notamment Alain Gresh, « Non-violence en Palestine ? », Nouvelles d’Orient, 5 janvier 2010, et Laurent Zecchini, « Le pari de l’"Intifada blanche" en Cisjordanie, » Le Monde, 11 mai 2010.

[2] Jawaher Abou Rahmah, la sœur de Bassam, sera tuée l’année suivante, le 31 décembre 2010, alors qu’elle défilait à Bil’in. Depuis 2005, plus d’une vingtaine de Palestiniens, dont la moitié étaient mineurs, ont péri en Cisjordanie lors des protestations hebdomadaires contre la barrière.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:58

arton2705-01be2.jpgPar Sophie Chapelle (15 octobre 2012)

 


Gandrange, Fralib, Alizay, Petroplus... Ils sont de plus en plus nombreux, ces salariés et syndicalistes, à porter des alternatives aux fermetures d’usines. Grande nouveauté : elles consistent non seulement à sauver des emplois, mais répondent à des préoccupations écologiques. Que font Arnaud Montebourg, ministre du « redressement productif » et Benoît Hamon, à l’Économie sociale et solidaire, pour les soutenir ? Alors que le Front de gauche critique l’absence de vision du gouvernement, Basta ! dresse le bilan.


15 000 emplois préservés, 4 850 perdus. Tel serait le bilan du « redressement productif » annoncé par le ministre Arnaud Montebourg le 7 octobre. Une façon de répondre aux critiques qualifiant son ministère d’ « improductif ». Depuis l’élection de François Hollande, 119 dossiers d’entreprises en difficulté auraient donc été « traités ». Parmi ces dossiers, quel effort a été accordé aux entreprises misant sur la participation des salariés et l’écologie pour préserver l’industrie ?

Six mois après avoir rencontré les métallos lorrains de Florange et Gandrange, les ouvriers provençaux de Fralib, les salariés normands de Petroplus et d’Alizay [1], que sont devenus leurs projets de reprise alternatifs ? Traînent-ils dans un tiroir poussiéreux d’un haut-fonctionnaire ou figurent-ils en haut de la pile sur le bureau du ministre ?

Gandrange, 350 emplois : réveil tardif du ministère

Le dossier de l’aciérie de Gandrange, en Moselle (350 emplois), semble dormir dans un placard. Sur place, nulle trace du passage de Montebourg dans l’usine, où deux ouvriers sous-traitants ont été tués, début septembre, par l’effondrement d’un toit. Contacté le 2 octobre, le délégué CGT Jacky Mascelli tient toujours à disposition du gouvernement un projet porté par des sidérurgistes. Il prévoit de couler sur place l’acier issu de métaux récupérés dans la région, tout en étant approvisionné par une aciérie électrique. Bien que séduisant, le projet n’a pas, pour l’instant, suscité l’intérêt du nouveau gouvernement. ArcelorMittal, propriétaire du site, continue de démanteler ses installations.

Une rencontre avait bien eu lieu avec le candidat François Hollande, le 17 janvier dernier. « Nous lui avions présenté notre projet, et il avait eu cette phrase intéressante qu’il fallait penser maintenant aux investissements de demain dans l’industrie et la sidérurgie. Le problème c’est qu’une fois les élections passées, c’est le silence complet », regrette Jacky Mascelli. A force d’interpellations, la CGT d’ArcelorMittal Gandrange a fini par obtenir une entrevue à Bercy, prévue le 16 octobre, avec un conseiller technique de Montebourg. Le ministère semble se réveiller (télécharger le courrier). « Les pouvoirs publics commencent à bouger », positive le syndicat CGT. Six mois plus tard, il était temps.

Florange, 2 500 salariés : pas d’avenir pour la métallurgie ?

Le 16 octobre, c’est une réunion beaucoup moins réjouissante qui attend les métallos de Florange (Moselle). Après avoir annoncé la fermeture définitive des hauts-fourneaux, le groupe ArcelorMittal souhaite négocier un « Plan de sauvegarde de l’emploi ». En clair, le n°1 de la métallurgie prépare le terrain pour des licenciements. L’affaire semble pliée, d’autant plus que la direction du site se laisse jusqu’à fin novembre pour trouver un repreneur. Les syndicats de l’usine ont exprimé leur refus de discuter d’un plan social tant que l’espoir de trouver une alternative n’était pas abandonné.

Un projet de captage et de stockage de CO2 [2], baptisé Ulcos, devait être mis en œuvre sur les hauts-fourneaux de Florange. A condition que Bruxelles donne son aval pour un financement à hauteur de 250 millions d’euros, sur un investissement total de l’ordre de 650 millions. En lice pour un appel d’offres européen, Arcelor a décidé de se désengager en juillet alors même que la Commission européenne devait donner le nom des projets retenus en novembre. « Ulcos ? Mittal s’en fout. Il n’attend même pas la décision de Bruxelles à ce sujet », s’emporte Edouard Martin de la CFDT dans les colonnes du Républicain Lorrain.

 

Les cas de Florange et de Gandrange illustrent l’absence de vision à long terme du gouvernement. « Aucun lien n’est fait entre la crise de l’industrie automobile qui a besoin d’acier, et la stratégie de conserver les hauts-fourneaux », déplore de son côté Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale en charge de l’écologie au Parti de Gauche (PG). « Ce n’est justement pas le moment de fermer les unités de production. On sait que l’on peut reconvertir une partie de la chaîne de production vers les transports collectifs ». Pour le PG, le tournant écologique passe par la reconversion de ces moyens de production en s’appuyant sur les savoir-faire des salariés. Alors qu’une pénurie de métaux s’annonce dans les prochaines décennies (lire notre enquête : quand le monde manquera de métaux), disposer d’usines capables de recycler acier, nickel ou zinc ne sera pas un luxe.

Petroplus, 470 salariés : « Marre de se faire trimballer »

A la raffinerie de Petroplus (Seine-Maritime), Yvon Scornet, de la CGT, est convaincu que son activité peut devenir beaucoup moins polluante. « Nous avons la possibilité d’améliorer l’efficacité énergétique de notre système de production et de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre avec la cogénération », plaide le délégué syndical. Problème : le prix à payer pour du pétrole raffiné dans ces conditions.

« On nous demande de mettre au point des méthodes pour émettre moins de CO2, de NOx (gaz à effet de serre issu de la combustion d’hydrocarbures, ndlr), mais ces normes environnementales et de sécurité ont un coût. » Au moins deux dollars par baril d’après son syndicat. Résultat : « On vit avec zéro marge. » Importer du pétrole issu de raffineries polluantes, notamment dans le Golfe, demeurera moins onéreux... Ce qui accélère leur délocalisation, comme pour Total à Dunkerque. Le syndicaliste demande donc une harmonisation des normes qui, pour le moment, ne concernent que les Européens.

Mais la préoccupation immédiate d’Yvon Scornet, c’est la reprise du site de Petroplus. Deux offres déposées le 24 août prévoient le maintien des 550 emplois que compte la raffinerie. Mais les dossiers présentés par les deux candidats, Alafandi Petroleum Group (APG), basé à Hong Kong, et NetOil, dont le siège est à Dubaï, ne semblent pas suffisamment solides au Tribunal de commerce de Rouen qui ne cesse de réclamer des compléments d’information.

Une nouvelle audience est prévue le 16 octobre. « Marre que l’on soit en train de nous trimballer avant de nous tuer. L’administration nous bloque, et à ce rythme-là, nos repreneurs vont s’en aller ailleurs », s’agace le cégétiste. L’urgence est donc à la reprise. La façon dont celle-ci sera menée, écologiquement ou non, ne viendra que dans un second temps, éventuellement.

Alizay, 330 salariés : sauvés par les énergies renouvelables ?

A trente kilomètres de là, l’interdyndicale CGT-CFE-CGC de la papeterie d’Alizay (Eure) continue de plancher sur le sauvetage de leur outil de production, lâché par le propriétaire, le groupe finlandais M-Real. C’est ici que le candidat François Hollande avait promis, le 15 février, un dispositif législatif pour répondre au scandale des fermetures de sites industriels rentables qui disposent de repreneurs potentiels. Alors que le texte n’est toujours pas voté, les salariés d’Alizay sont prêts à tout pour sauver leur usine.

Si le cœur de l’activité reste le papier, ils misent sur une filière locale de papier recyclé et la production d’électricité verte à base de déchets de bois inutilisés. « Le projet avance bien, confirme par téléphone le délégué CGT Jean-Yves Lemahieu à Basta !. Nous avons deux repreneurs possibles et nous espérons que les négociations vont aboutir. L’État pousse à fond pour le projet d’électricité verte ». Il sera difficile d’en savoir plus, l’intersyndicale s’étant engagée à ne pas communiquer sur le sujet.

Des ouvriers plus visionnaires que l’État ?

Salariés de la raffinerie de Petroplus et de la papèterie Alizay discutent aussi d’un projet commun : utiliser la ouate de cellulose produite par les ateliers à Alizay pour fabriquer des agrocarburants à Petit-Couronne chez Petroplus. Dans l’indifférence du gouvernement... Jean-Yves Lemahieu regrette que le ministre Arnbaud Montebourg n’ait pas profité de son déplacement à Petroplus pour visiter la papeterie. « C’est vrai qu’il a plein de choses à traiter, on ne peut pas lui en vouloir. Mais nous avons mis la solution sur la table et elle est en voie d’aboutir, sans qu’il n’ait pas pris la peine de nous rencontrer. Nous n’avons pas l’impression d’être dans les priorités du gouvernement ».

Deux conseillers d’Arnaud Montebourg seraient cependant sur le dossier d’après Mediapart. Et si rien n’est encore signé pour le moment, un redémarrage de l’activité est espéré pour début 2013. Du côté du Front de gauche, la critique est acerbe : « On se rend compte, via ces exemples d’entreprises que les salariés ont très bien saisi les enjeux écologiques, mieux que Montebourg ou Hollande », juge Corinne Morel-Darleux.

Fralib, 163 salariés : mobilisés pour une coopérative

Arnaud Montebourg a en revanche explicitement placé le dossier Fralib « en haut de la pile », à l’occasion d’une table ronde le 3 octobre. Mais le dossier traîne en longueur. L’annonce de la fermeture de l’usine remonte à septembre 2010. Or la multinationale Unilever, propriétaire de l’usine de Gémenos (Bouches-du-Rhône) qui produit les thés Lipton et les infusions Éléphant, se montre inflexible depuis deux ans. Paul Polman, le directeur général du groupe, a fait savoir le 20 août qu’il refusait de céder la marque Éléphant et de faire travailler en sous-traitance la coopérative que les salariés souhaitent créer.

 

La cession de la marque Éléphant est pourtant incontournable pour rendre viable la reprise en Société coopérative et participative (Scop) et du projet industriel alternatif, local et écologique porté par les salariés (lire notre reportage). « Unilever se moque du monde ! Après deux ans de lutte, il faut que l’État prenne ses responsabilités, interpelle le délégué CGT Gérard Cazorla. Qu’il leur fasse assumer leurs responsabilités, qu’il leur impose de discuter sérieusement avec les services de l’État, avec les collectivités territoriales, et avec nous ». Semi-victoire tout de même pour les « fralibiens » : la communauté urbaine de Marseille a finalisé début septembre l’acquisition des terrains et des bâtiments de l’usine. En contrepartie de la transaction d’une valeur de 5,3 millions d’euros, Unilever a accepté de laisser ses machines pour un euro symbolique.

Reconversion industrielle : un dossier crucial pour la gauche

Malgré quelques avancées, sur tous ces dossiers, le gouvernement semble à la peine. L’enjeu est pourtant de taille : préserver l’emploi, assurer la transformation écologique, faire confiance aux salariés plutôt qu’à des grands groupes ou à des repreneurs en quête de rentabilité immédiate. Le gouvernement se donnera-t-il également la marge de manœuvre nécessaire pour ne pas s’enfermer dans une course-poursuite contre les plans de licenciements ?

Problème de taille : « Il est impossible de concilier une vraie révolution écologique et des politiques d’austérité telles qu’elles sont fixées par Hollande », rétorque Corinne Morel-Darleux, pour le Front de gauche. « Le concept de planification écologique vise précisément à prévoir sur le long terme la reconversion industrielle, la relocalisation et la réindustrialisation sur des bases sociales et écologiques. Tout l’inverse des intérêts à court-terme des actionnaires qui nous ont menés dans le mur. »

Mais où est donc passé Benoît Hamon ?

Sur le cas Fralib, le tout nouveau ministère de l’Économie sociale et solidaire (ESS), qui devrait pourtant être en pointe, reste discret. « Nous n’avons pas le leadership sur ce dossier, confie un membre du cabinet du ministre Benoît Hamon, chef de file de la gauche du PS. Nous intervenons en tant qu’experts sur la viabilité du projet en coopérative, mais pour la problématique industrielle, il faut voir avec le cabinet de Montebourg. »

Pour le moment, le ministère travaille à la création d’un nouveau statut intermédiaire de type société coopérative. Le projet prévoit, sur une période transitoire, que les salariés soient majoritaires en votes mais minoritaires en capital [3] . « Selon les chiffres de l’Insee, entre 40 000 et 200 000 emplois sont perdus chaque année faute de repreneurs, explique t-on. L’enjeu est de favoriser le nombre de reprises souvent freinées par un problème de financement ». Sur ce sujet, le Front de Gauche est partisan d’un secteur bancaire public favorisant les reprises sous forme de coopératives.

Un dispositif permettant aux salariés d’être immédiatement informés que l’entreprise est en vente est aussi à l’étude. « La façon dont la Scop réinvestit ses excédents dans l’outil de production plutôt que dans la rémunération des actionnaires contribue à solidifier la structure face à la crise », analyse le Ministère. Le projet de loi sur l’économie sociale et solidaire devrait être présenté à l’Assemblée nationale en avril 2013.

Reste la dimension écologique du redressement productif : à l’occasion de son discours en juillet pour la Conférence nationale de l’industrie, Arnaud Montebourg a présenté sa vision d’un redressement productif empreinte de « compétitivité », de « croissance » et de « patriotisme économique » sur une période de cinq ans... Sans citer une seule fois le mot « écologie ».

 

Sophie Chapelle

 

@Sophie_Chapelle sur twitter

 Photo de une : © Julien Brygo
 Photo d’un ouvrier métallurgiste : © Laurent Guizard
 Photo d’une salariée de Fralib : © Jean-Paul Duarte / Collectif à vif(s)

Notes

[1] Début avril, le candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon avait reçu à son QG de campagne des salariés d’usine porteurs de projets alternatifs. Lire à ce sujet Ces ouvriers qui misent sur l’écologie pour préserver leur industrie

[2] Lire notre enquête sur cette technique controversée : Après les gaz de schiste, Total expérimente l’enfouissement industriel de CO2...

[3] Lire nos reportages sur une aciérie et un centre d’appels en coopérative.

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Published by valenton rouge - dans France
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