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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:53

arton183-6c270.jpgLors de la campagne présidentielle, le candidat François Hollande n’avait pas de mots assez dur pour évoquer le Traité sur la Stabilité et la Gouvernance de la zone euro (TSCG) ou Pacte budgétaire, qu’il qualifiait lui-même de traité « ajoutant l’austérité à l’austérité ». Quelques mois plus tard, il ratifie le TSCG inchangé en expliquant que « l’Europe a été réorientée » grâce à un ensemble de mesures pour la croissance qui forment un Pacte pour la croissance. Qu’en est-il vraiment ?


15 octobre

Le 6 mai 2012, le soir de sa victoire, Hollande annonçait que son élection représentait pour l’Europe l’espoir « qu’enfin l’austérité pouvait ne plus être une fatalité ». Il appelait à la renégociation du Pacte budgétaire.

A peine deux mois plus tard, à l’issue du Sommet européen des 28 et 29 juin, il annonce la ratification expresse du Pacte budgétaire négocié par Nicolas Sarkozy en contrepartie d’un Pacte pour la croissance et pour l’emploi qu’il aurait obtenu de haute lutte – jugeant ainsi que l’Europe avait été réorientée.

Qu’en est-il vraiment ? Pour en savoir plus, nous avons parcouru le document préparatoire du prochain Sommet européen des 18 et 19 octobre (disponible ici). Celui-ci détaille les mesures qui constituent le fameux Pacte pour la croissance. Alors, quelles recettes pour réorienter l’Europe ? Jugeons sur pièce…

Recette n°1 : libéraliser l’économie

Les premières mesures visent l’approfondissement du marché unique et la libéralisation de nouveaux marchés. Des mesures tout particulièrement appelées des vœux des gouvernements italiens et britanniques, qui insistent depuis depuis décembre 2011 pour qu’elles soient mises sur la table au même titre que les mesures de rigueur budgétaire. Le candidat Hollande n’avait alors pas manqué de l’interpréter comme un soutien à ses velléités de « réorientation » de l’Europe...

Voici le détail de ces mesures :

– L’approfondissement du marché unique, avec entre autres la mise en œuvre des directives sur la passation de marchés publics, sur les services, sur les normes comptables (dans le cadre de l’acte unique) ;

– La libéralisation du marché du transport ferroviaire et de la fourniture d’énergie (dans le cadre du second acte unique) ;

– La mise en place du marché unique des services et contenus en ligne. (en France, la mission Olivennes, qui a débouché sur la loi Hadopi, s’inscrit notamment dans ce contexte) ;

– La finalisation du marché unique du savoir, de la recherche et de l’innovation. (en France, la loi LRU, qui prévoit d’aligner le fonctionnement des universités sur le modèle entrepreneurial, s’inscrit notamment dans ce contexte).

Le principe ? L’extension du domaine du marché devrait ouvrir de nouvelles opportunités d’investissement et de business, créer de l’activité et de la croissance. Cela vaut bien de rogner un peu sur les services publics, la neutralité du net ou encore remettre en cause les missions spécifiques de l’université et de la recherche, non ?

Recette n°2 : une « régulation intelligente » contre le « fardeau réglementaire »

Le pacte prévoit l’approfondissement de la dérégulation, pardon, la mise en place d’une « régulation intelligente » pour mieux réduire le « fardeau réglementaire ». Fardeau qui, comme chacun sait, pèse de tout son poids bureaucratique sur les entreprises exsangues.

Dans cette perspective, la commission a déjà fait cette année une proposition (controversée) qui consiste à exempter les petites et moyennes entreprises d’un certain nombre d’obligations, concernant notamment la sécurité au travail, la consultation des employés, les congés parentaux ou l’efficacité énergétique.

Pour la table ronde des industriels européens, lobby influent rassemblant les dirigeants des plus grandes entreprises européennes, la commission doit aller plus loin : disqualifier toute législation actuelle pesant sur la compétitivité des entreprises européennes et introduire un moratoire sur toute nouvelle législation qui irait dans ce sens [1].

Recette n°3 : le bon vieux libre-échange

Que serait un Pacte pour la croissance sans son volet de libre-échange ? Le document de la présidence du Conseil européen en appelle à finaliser au plus vite les accords de libre-échange en cours de négociation avec le Japon, le Canada, Singapour et l’Inde, et à donner suite à la stratégie libre-échangiste de l’Union européenne.

Peu importe si chacun de ces accords fait l’objet d’une critique acerbe de la société civile, en Europe comme dans les pays concernés… En Inde notamment, la mobilisation est forte contre un accord qui pourrait menacer la production de médicaments génériques [2] ainsi que les droits à l’alimentation [3].

En Canada comme en France, les syndicats et associations se mobilisent contre un accord qui menace les services publics, sanctuarise les investissements privés, revient sur un certain nombre de réglementations environnementales et introduit des dispositions répressives concernant le droit d’auteur [4].

Dans un autre registre, en France, les critiques (plus ou moins opportunistes) se multiplient contre des accords (Corée du sud, Japon) qui mettent en péril l’industrie, et notamment l’industrie automobile [5].

Recette n°4 : inciter les investissements… privés

Quid des 120 milliards annoncées par le président Hollande pour relancer l’activité en Europe ? Leur emploi ne figure apparemment pas à l’ordre du jour des discussions du prochain sommet. Est-ce à dire leur caractère marginal ?

Rappelons que ce fonds qui repose à plus de 90% sur des fonds européens déjà existants, ainsi que sur d’attendus « effets multiplicateurs » (60 milliards redéployés à partir de fonds déjà votés et programmés pour 2012-2013, et 60 milliards d’hypothétiques nouveaux prêts au secteur privé par la Banque européenne d’investissement) [6].

Loin de permettre une véritable relance publique de l’économie (alors que les coupes budgétaires dans la zone euro s’élèvent en 2012 à plusieurs centaines de milliards d’euros), ces fonds auront plutôt vocation à stimuler l’investissement privé en finançant des partenariats public-privés.

Leur emploi s’inscrit donc dans la logique générale du Pacte pour la croissance qui pourrait se résumer par cette double égalité : cadeaux pour le privé = compétitivité = croissance.

Recette n°5 : taxer les transactions financières

Dernière recette, de loin la plus sympa : la taxe sur les transactions financières européenne. Celle-ci devrait voir le jour sous la forme d’une coopération renforcée entre 11 Etats membres de la zone euro. Malgré le caractère positif d’une telle avancée, un certain nombre de questions se posent quant à l’assiette de cette taxe, qui pourrait ne pas inclure les produits dérivés et les transactions de change (qui recouvrent la majorité des transactions financières).

Pour la France, les fonds dégagés devraient abonder le budget européen, et permettre de financer des mesures à l’échelle européenne pour stimuler la croissance. Mais, face à l’opposition notamment de l’Allemagne, certaines sources indiquent qu’ils pourraient financer un fonds de sauvetage pour les banques en difficulté… [7]

Réorienter pour que rien ne change ?

Approfondissement du marché intérieur, libéralisation, dérégulation, libre-échange… même en prenant en compte la mise en place d’une taxe sur les transactions financières (dans des conditions encore incertaines), un constat s’impose : le Pacte pour la croissance ne va pas réorienter l’Europe.

Au contraire, il s’appuie en grande partie sur de bonnes vieilles recettes néolibérales, qui, associées aux politiques de rigueur budgétaire, vont accentuer la pression sur les services publics, les droits sociaux, la protection sociale au prétexte d’une compétitivité qui serait le préalable de la croissance.

Oubliées les velléités de relance publique de l’économie ! Le gouvernement socialiste annonce déjà qu’un « choc de compétitivité » sera nécessaire pour le « retour de la croissance »...

Entre l’adoption du traité budgétaire (celui qui « ajoute l’austérité à l’austérité » dixit le candidat Hollande) et la mise en œuvre d’un pacte de croissance d’inspiration clairement néolibérale, les électeurs français qui auront cru aux promesses de « changement » en auront pour leurs frais. Et ils ne sont peut-être pas au bout de leur déconvenue…


Frédéric Lemaire
http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article183

[1] Lire (en anglais) Corporate Europe Observatory ; “The Roundtable goes for full conquest”, Juillet 2012, http://www.corporateeurope.org/news...

[2] http://www.presseurop.eu/fr/content...

[3] http://www.alimenterre.org/ressourc...

[4] http://aitec.reseau-ipam.org/spip.p... et https://www.laquadrature.net/fr/con...

[5] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/... et http://www.liberation.fr/politiques...

[6] Attac France, « Les 10 raisons de dire NON au Pacte budgétaire », septembre 2012, http://www.france.attac.org/article...

[7] Attac France, TTF, une équation avec encore de nombreuses inconnues, octobre 2012, http://www.france.attac.org/article...

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:49

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http://www.politis.fr/La-Honte-N-Eblouit-Pas-Les-Yeux,19702.html

 

 

Aujourd’hui, les ami(e)s : nous allons, si tu veux bien, mesurer le taux de félonie des « socialistes » français.

Plus précisément : nous allons vérifier si ces personnages sont vraiment d’impénitents renégats – ou si c’est encore pire que ça.

Pour cela, nous allons nous replonger, 32 ans après sa publication, dans un livre écrit par quelques-uns d’entre eux, et paru en 1980 - sous le titre : L’Agression. L’État-Giscard contre le Secteur public [1].

Il s’agit, comme tu l’auras probablement deviné, d’une dénonciation au vitriol des menées antisociales de la droite régnante d’alors (au pouvoir depuis 1974).

Ses auteurs, manifestement pris de bolchevisme, constatent que « l’oligarchie au pouvoir préfère la régulation globale par les multinationales à la dialectique de la démocratie », que « la multinationalisation sauvage de l’économie et de la culture ébranle les fondements » d’une « société française » construite pourtant sur les « conquêtes de la République, du Front Populaire, de la Libération », et que, « placé au cœur de cette crise, le secteur public constitue l’enjeu d’un choix de civilisation : atomisation de la communauté nationale et exacerbation des inégalités ou recomposition d’une société solidaire ».

Et d’insister : « Le secteur public doit être défendu » contre « l’agression » capitaliste.

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La préface de ce dense ouvrage est d’un certain François Mitterrand, qui semble presque manquer de mots assez durs pour fustiger « le système qu’incarne M. Giscard d’Estaing », et qui se résume, expose-t-il, à une terrifiante « quête du “marché parfait“ »« le libéralisme économique présuppose que le seul moteur de la vie économique et sociale demeure le profit » et que « ce qui est bon pour l’entreprise serait nécessairement bénéfique pour la société ».

Ce répugnant « système », explique le futur chef de l’État français, « est fondé sur quelques idées simples » et odieuses (selon lesquelles « les plus riches sont les plus dynamiques ; la puissance revient aux plus habiles ; les inégalités sociales résultant du profit sont légitimes ») mises au service d’un « retour au capitalisme sauvage et à l’individualisme bourgeois » qui « se traduit » principalement, « dans la politique gouvernementale, par la réduction du rôle protecteur et redistributeur de l’État et des institutions collectives ».

Et de fait : les auteurs de L’Agression montrent, au terme d’une méticuleuse enquête, et dans une démonstration qui vaut d’être citée un peu longuement, que le giscardisme est d’abord - et avant tout – une entreprise de destruction concertée de l’État social, et des solidarités y afférentes.

Par exemple, les PTT ne sont plus ce qu’elles étaient, et cette « décadence a une origine bien précise : l’abandon par le gouvernement des principes du service public, qu’on remplace par un raisonnement financier axé sur le court terme ».

Puisqu’en effet : « Les critères de gestion des entreprises privées sont progressivement appliqués à la poste, au détriment des usagers ».

(Ainsi : « À Rieumes, petite commune de Haute-Garonne, le volume du travail a doublé, alors que les effectifs du bureau de poste du village ont augmenté de 30 % seulement ».

Et « dans le même temps : l’espace réservé à la partie service du bureau a été diminué, ce qui contraint à certaines heures de la journée quinze personnes à évoluer dans douze mètres carrés ».)

De même : le « téléphone public » est soumis à une écœurante « concurrence débridée », qui est « à l’opposé de ce que devrait être la mise en œuvre planifiée d’une grande mission de service public ».

Autre exemple : la bande à Giscard prépare une « mercantilisation » générale « de l’audiovisuel » où, déjà, « les publicitaires commencent à faire la loi » à la télévision « en dénaturant totalement » sa « mission de service public » - mais cette première « privatisation » n’est qu’un zakouski, avant le « très probable développement rapide de télévisions privées » qui « renforceront la standardisation culturelle des programmes », dans un mouvement de « colonisation culturelle qui menace toute l’Europe ».

De sorte que : « On peut malheureusement craindre que tous les secteurs qui se situent dans le cadre du service public soient, peu à peu, investis par les groupes privés constructeurs ou producteurs d’audiovisuel ».

Et tout ça fait gravement flipper les socialistes (sans guillemets, à l’époque) entrés en résistance contre « l’État-Giscard » - mais ce qui vraiment les plonge dans une affliction abyssale, c’est « l’offensive des nantis » contre la Sécurité sociale.

Et de fait : il y a de quoi (très) salement déprimer.

Car « le patronat pèse chaque année plus lourdement dans le sens de l’austérité sociale et de la privatisation », et « le gouvernement suit », dans une course folle où ces « deux complices trouvent constamment une justification » de leurs viles intentions « dans un thème idéologique à grand succès : “le déficit de la Sécurité sociale“ ».

Contre cette éhontée propagande, les socialistes rétablissent la vérité, qui est que s’« il est vrai que la Sécurité sociale “perd“ de l’argent certaines années », c’est « pour des raisons qui ne sont pas celles qu’invoquent généralement les pouvoirs publics »

…Mais bien plutôt, par exemple, parce que les patrons doivent « en permanence huit milliards de francs à la Sécurité sociale en cotisations non-payées ».

Mais le dit-on ?

Que non : « ces pertes de recettes sont généralement passées sous silence » par des « commentateurs » aux ordres qui « préfèrent mettre l’accent sur les dépenses dont la progression trop rapide serait la seule cause du déséquilibre des comptes sociaux du pays » - à l’inique fin de mieux exiger un « freinage des prestations, grâce à une réforme d’ensemble du système débouchant progressivement sur l’assurance individuelle ».

Et bien sûr : le patronat, de son côté, « ne manque pas une occasion d’enfoncer le clou » en psalmodiant qu’« il faut limiter le poids des charges sociales pour assurer la compétitivité des entreprises » - car il souhaite « favoriser le transfert au secteur privé de certains services de la Sécurité sociale », et (surtout) « mettre certains secteurs à la charge des contribuables et non plus des entreprises ».

Pour les socialistes (dont le diagnostic est d’une impressionnante sûreté), ces procédés participent d’une gigantesque « intoxication », où le patronat et ses complices du gouvernement fondent une insupportable « culpabilisation des Français » pour mieux parachever « l’affaiblissement d’un véritable système de protection » sociale.

Mais heureusement : la gauche est là – qui entend bien résister aux menées de la possédance.

Les auteurs de L’Agression promettent : « Sauvegarder et restaurer le service public de l’audiovisuel constituera un des axes primordiaux de l’action des socialistes », si les Françai(se)s leur font la grâce de voter pour eux en 1981.

De même : ils sauveront la poste et le « téléphone public ».

Et la Sécu, bien sûr – « enclave » d’humanité dans la sauvagerie de « la société capitaliste ».

Car en effet : rien n’est si laid, jure Mitterrand, que « le déclin » de l’État, que « l‘abandon de l’intérêt général » - et que la soumission de « secteurs entiers de l’économie » aux diktats du « capitalisme multinational ».

Nous sommes alors, insistons-y, en 1980.

Un an plus tard : les socialistes s’hissent aux affaires.

Et là – sous les hourras d’une éditocratie barbichue qui n’a de cesse que de mettre du « capitalisme dans la gauche » : ils cèdent la télévision à de mafflus groupes privés.

Berlusconi en rit, et Bouygues en fait une gigue.

Après quoi, récitant que « ce qui est bon pour l’entreprise sera nécessairement bénéfique pour la société », ils planifient la privatisation de France Telecom – puis celle, aussi, de La Poste.

(Liste non exhaustive.)

Et bien sûr : ils chantent les beautés de la « réforme » du système français de sécurité sociale – nécessaire, disent-ils, et tellement urgente.

(Vous ne voudriez tout de même pas que nous laissions filer ce « déficit » ?)

Et Laurent Joffrin bat des mains – car ces agressions où le gouvernement suit le patronat lui donnent l’impression de baigner dans la modernité.

Ça fait trente-deux ans que ça dure, et un jour, peut-être : un quelconque ministre « socialiste » des finances trouvera dans un placard de la rue de Solférino un exemplaire jauni du livre où son parti a mis naguère ses menteries.

Mais il est douteux qu’il rougisse, au souvenir de trois décennies de monstrueuses trahisons.

Car les « socialistes », c’est prouvé, ne savent pas ce qu’est la honte.

Notes

[1] Je l’ai acheté hier chez un bouquiniste, pour la modique somme d’1,50 euro - et je sens qu’il va me faire plusieurs longues soirées d’hiver.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:45

arton2693-6a457.jpgPar Nolwenn Weiler (11 octobre 2012)


16 ans après le premier dépôt de plainte, les dizaines de milliers de victimes de l’amiante attendent toujours un procès pénal. Le jugement de ceux qui les ont empoisonnés n’a toujours pas eu lieu. En Italie, deux dirigeants de la société Eternit ont écopé de 16 ans de prison. De ce côté-ci des Alpes, la justice traîne, faute de moyens et de soutiens politiques. Le nouveau gouvernement osera-t-il mettre fin à cette scandaleuse impunité ?

Silence au ministère de la Justice. Interpellée par les associations de défense des victimes de l’amiante sur la tenue d’un procès pénal, Christiane Taubira demeure pour l’instant muette [1]. 16 ans que ce silence judiciaire perdure... 16 ans, c’est le temps qui s’est écoulé depuis le dépôt des premières plaintes contre X pour « empoisonnement et homicide involontaire » par l’Andeva, l’Association nationale des victimes de l’amiante. L’association continue de demander inlassablement la tenue d’un grand procès pénal de l’amiante, à l’image du procès du sang contaminé.

« On parle de 3 000 à 4 000 morts par an. Ce n’est donc pas une mince affaire » , rappelle Roland Hottelard, président de l’association en Loire-Atlantique (Addeva 44). Voir le visage de leurs empoisonneurs, alors que les dangers liés à l’amiante étaient connus et documentés, voilà ce que souhaitent les victimes et leurs familles. Malgré l’attente d’un procès pénal, ils n’en sont pas à leur première bagarre – et victoire – judiciaire.

A Saint-Nazaire, salariés victimes de l’amiante et veuves de travailleurs décédés viennent chaque jour à la maison Henri Pézérat (du nom du toxicologue qui fut l’un des premiers lanceurs d’alerte sur l’amiante dans les années 70). En cette matinée du 24 septembre, c’est la commission « Anxiété » qui se réunit. D’anciens salariés des chantiers de l’Atlantique sont occupés à vérifier le contenu des dossiers qui doivent être déposés d’ici juin. Reconnu en mai 2010 par la Cour de cassation, le préjudice d’anxiété permet aux travailleurs exposés à l’amiante d’obtenir une indemnisation par les Prud’hommes pour l’angoisse causée par le risque de développer une maladie grave due à cette fibre tueuse.« Quand on a travaillé dans l’amiante, on vit avec une épée de Damoclès au dessus de la tête, explique Roland Hottelard. On stresse à chaque bronchite. Ou à chaque fois qu’un ancien collègue décède. »

100 000 travailleurs concernés

Depuis la création de l’Andeva en 1996, le droit est devenu leur arme principale. L’association est forte de 22 000 adhérents dans une soixantaine d’antennes locales. Leur colère est à la mesure de l’ampleur du drame. En France, au moins 35 000 travailleurs sont déjà morts prématurément de l’amiante. 100 000 seraient concernés d’ici à 2025 selon un rapport du Sénat rendu en 2005. Et si le dossier ne fait plus la une des médias, la mobilisation reste très forte. De même que les souffrances endurées par les victimes.

« En Loire-Atlantique, en 1998, nous étions 78 adhérents. Nous sommes aujourd’hui 5 000. Et nous avons réglé plus de 10 000 dossiers », illustre non sans fierté Roland Hottelard. Reconnaissance de maladies professionnelles – fibroses ou cancers –, préretraite amiante, création d’un fonds d’indemnisation spécial (le FIVA), reconnaissance par les tribunaux de la faute inexcusable de l’employeur : le volet civil de la lutte juridique des victimes de l’amiante est très fourni. L’investissement, sans précédent, des militants de l’Andeva dans cette bagarre administrative a permis à des dizaines de milliers de victimes d’être indemnisées.

Faute inexcusable de l’employeur

Ces victoires doivent aussi au soutien de plusieurs cabinets d’avocats. Jean-Paul Teissonnière, Michel Ledoux et Sylvie Topaloff ont ainsi joué un rôle très important, en épluchant le droit français pour y trouver des armes juridiques. Certains magistrats ont de leur côté rendu des décisions historiques. Ainsi Pierre Sargos, président de la chambre sociale de la Cour de cassation, qui rendra en 2002 les arrêts qui permettront la reconnaissance quasi-systématique de la faute inexcusable des employeurs dans les affaires amiante. « Les victoires des uns donnent du courage aux autres, constatent Roland Hottelard et son collègue Alain Viot. Mais aller au tribunal reste une épreuve pour de nombreuses victimes. Et c’est difficile d’attaquer en justice un patron qui fait encore travailler la famille. En plus, il faut être patient. La veuve d’un gars des chantiers de l’Atlantique a dû attendre 16 ans pour que la faute inexcusable de l’employeur de son mari, mort à 43 ans, soit reconnue ! » Pourquoi, malgré ces avancées, le procès pénal tarde tant ?

Connus depuis un siècle, les dangers de l’amiante ont été activement dissimulés en France [2]. Composé d’industriels, de représentants de ministères, de scientifiques, d’organisations syndicales de salariés et d’employeurs, le Comité permanent amiante (CPA) a été constitué en 1982, alors que se multipliaient les informations sur les dangers de l’amiante, et les restrictions – voire interdictions – de son usage ailleurs dans le monde. Censé améliorer la gestion de l’amiante et prévenir les risques pour la santé, le CPA, hébergé dans les locaux d’une société de communication payée par les industriels (!), a exercé un lobbying très efficace pour que dure le plus possible l’usage de la fibre tueuse [3]. Les premières publications scientifiques – et anglo-saxonnes – sur la relation entre amiante et cancer datent des années 1930. Mais la fibre n’est interdite en France qu’en 1997.

Obstruction du Parquet

Traduire en justice les responsables du lobbying pro-amiante inquièterait bien du monde. Et pas seulement les industriels ayant eu recours à l’amiante, de l’entreprise du BTP Eternit à Saint-Gobain en passant par l’équipementier automobile Valeo, les anciens chantiers de l’Atlantique ou la SNCF. Le Comité permanent amiante avait en effet l’oreille du pouvoir. Des décisions en faveur de la poursuite de l’utilisation de la poussière tueuse ont été prises, notamment par les ministères du Travail et de la Santé, alors même que les dangers étaient connus, et soulignés par certains fonctionnaires ! « La mise en cause de l’État dans une affaire de santé publique est l’une des raisons pour lesquelles l’instruction patine », indique Odile Barral, du Syndicat de la magistrature.

Le Parquet, chargé de poursuivre les infractions à la loi pénale au nom de l’intérêt général… fait tout pour qu’il n’y ait pas de procès. Suivant les instructions du ministre de la Justice, auquel il est inféodé. L’Andeva s’est même entendu dire à plusieurs reprises par certains de ses membres : « Mais pourquoi voulez-vous un procès pénal, puisque vous avez obtenu des indemnisations ? Pour de nombreuses personnes, ce ne sont pas des délinquants. Ils n’ont ni volé, ni violé...  », raconte François Desriaux, vice-président de l’Andeva.

Martine Aubry mise en examen ?

Le volet pénal a malgré tout marqué quelques points. Une petite dizaine de personnes, dont d’anciens membres du CPA ont été mises en examen par Marie-Odile Bertella-Geofroy, magistrate en charge du dossier amiante au pôle de santé publique de Paris. Un temps dessaisie d’une partie du dossier, elle se rapproche peu à peu du cercle des politiques, comme le montre l’annonce de la probable mise en examen de Martine Aubry, directrice des relations du travail de 1984 à 1987 au ministère du Travail (occupé par Michel Delebarre, maire de Dunkerque et sénateur du Nord, puis Philippe Séguin, décédé en 2010).

« Les premiers responsables sont les industriels et les scientifiques qui ont participé au Comité permanent amiante, insiste François Desriaux. Mais toutes les personnes qui ont participé de près ou de loin à ce scandale doivent être entendues par la justice, qui fera ensuite son travail. » Fonctionnaires des ministères, mais aussi médecins ou inspecteurs du travail pourraient être convoqués par la Justice si l’enquête se poursuit. Pour cela, Marie-Odile Bertella-Geffroy aurait besoin de moyens supplémentaires. Elle affirme que si elle disposait de davantage de magistrats et d’enquêteurs, elle pourrait avoir bouclé l’enquête d’ici un an. « Mais le voudra-t-on ? » , interrogeait-elle le 4 juillet dernier dans les colonnes du Parisien. Pour Odile Barral, du Syndicat de la magistrature, il faudrait aussi que l’institution judiciaire sorte de la culture du chiffre : « L’amiante, c’est un seul dossier. Cela pèse moins que de poursuivre quantité de petits délinquants. »

Un code pénal inadapté

Dernier verrou à faire sauter pour que les responsables de catastrophes sanitaires puissent répondre de leurs actes devant la Justice : la définition pénale des délits non intentionnels. Encadré par la loi Fauchon de 2000, l’homicide involontaire est selon divers responsables d’associations et juristes, totalement inadapté pour des affaires comme l’amiante. « Ce délit ne fait pas de différences entre la ménagère qui tue quelqu’un en faisant tomber par mégarde un pot de fleurs, et un industriel responsable de la mort de milliers de personnes », explique François Desriaux. « Nous avons des industriels qui s’organisent pour cacher les dangers d’un matériau. Il y a tricherie, tromperie. Mais le but du jeu, ce n’est pas de tuer. Simplement de faire un maximum d’argent. » Pour le code pénal, ce ne sont pas des délinquants.

La notion d’homicide involontaire ne permet pas non plus de prendre en compte le caractère collectif de la catastrophe. Avocats et magistrats sont obligés de traiter ce phénomène social sous l’angle individuel, en décalage complet avec la réalité. En Italie, où deux anciens dirigeants d’Eternit, fabriquant d’amiante, ont été condamnés à 16 ans de prison, il existe une incrimination de « désastre environnemental », qui restitue aux faits leur caractère collectif. 6 000 parties civiles étaient réunies !

Les milliers de victimes de l’amiante se feront à nouveau entendre ce samedi 13 octobre dans les rues de Paris, où aura lieu la grande manifestation annuelle de demande de procès pénal. « 16 ans, ça suffit ! tempête Roland Hottelard. Si on ne donne pas tout de suite les moyens à la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, c’est qu’il n’y a pas de justice en France pour les petits que nous sommes. »

Nolwenn Weiler

Photo : © Ivan du Roy/Basta !

Notes

[1] Son ministère n’a pas non plus donné suite aux différentes sollicitations de Basta !.

[2] Le premier inspecteur du travail à évoquer les dangers de l’or blanc l’a fait en 1906. Soit 90 ans avant son interdiction officielle !

[3] Lire à ce sujet Derniers recours, Le monde du travail devant les tribunaux, Françoise Champeaux, Sandrine Foulon, Seuil.

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 18:25

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http://histoireetsociete.wordpress.com/

 

 

 

On peut de plus en plus s’interroger : en quoi cette affaire de Gennevilliers concerne les musulmans français ou immigrés? La simple  logique des faits tend à démontrer qu’ ils sont instrumentalisés pour des jeux politiciens sordides et que la manière dont on tente de monter une “affaire” se fait à leurs dépends.

Résumons  “l’affaire”. la mairie de Gennevilliers a été confrontée en 2009, à un accident  où une animatrice qui jeunait a eu un moment d’évanouissement cela s’est traduit par un leger handicap pour un passager. Depuis la maîrie fait signer un contrat à ses animateurs de colonie de vacances en exigeant qu’ils s’alimentant normalement durant la durée du temps où ils s’occuperont d’enfants et d’adolescents. Donc dans le cadre légal, le contrat signé prévoyait une clause que ces salariés ont refusé de respecter.

Le directeur de la colonie de vacances; musulman lui-même mais ne jeunant pas, avait engagé 5 monos musulmans qui avaient signé le contrat. La fille a accepté d’en respecter les termes mais les 4 garçons ont refusé. La mairie les a donc suspendu pour la sécurité des enfants tout en leur assurant le paiement intégral de leur salaire.Nous avons donc une mairie qui non seulement ne pratique pas la discrimination dans l’embauche du directeur aux monos mais considère que malgré la rupture du contrat signé elle assure un salaire à ceux qui exigent de remplir une pratique religieuse.  Voilà donc “l’affaire” qui donne lieu à une campagne sur le “racisme” de la mairie…

Non seulement Coppé intervient dans ce sens mais le député maire socialiste du coin en fait autant. Il  lorgne une des dernières municipalités communistes de la Seine saint Denis et prétend poursuivre l’irrisistible ascension du PS dans ce qui fut jadis la ceinture rouge avec le communisme municipal.

Et pour arranger le tout Melenchon qui est bien décidé à reprendre la main et la direction du Front de gauche contre les communistes, un peu gêné par ses alliances avec Balme et les Rouge-brun s’agite et envoie des troupes à l’assaut du pseudo-racisme du maire communiste. En effet il est un peu tôt pour les élections municipales mais pas trop tôt pour les jeux d’appareil à l’intérieur du Front de gauche.

Cela nous vaut des soutiens de melenchon qui ont déjà mené bataille avec lui, avec le succès que l’on sait- à henin Baumont en train de se conduire comme des salafistes qui réclameraient la burqa pour les animateurs de colonie de vacances. L’exemple de ce genre de combat tel qu’il a été mené à Henin Baumont témoigne  à qui profite ce pseudo-anti-racisme, d’abord le PS qui face aux outrances communautaristes apparaît comme le meilleur rempart contre le Front National ensuite le Front National lui-même pour qui ce genre d’affaire est du pain bêni, il peut ainsi dénoncer ceux qui mettent en danger la vie des enfants par obscurantisme religieux.Une fois de plus l’Islam réduit à ses outrances peut être manipulé comme le bouc émissaire à défaut de débats portant sur les questions de fond y compris pour les ‘musulmans” eux-mêmes plus que tout autres touchés par le chômage, la misère, les attaques contre le service public.

Et qui en fait les frais, outre le PCF qui l’a bien mérité en se donnant à de pareils individus, des démagogues sans principe, les véritables victimes sont une fois de plus les musulmans eux-mêmes qui ont beau avoir un islam infiniment plus tolérant, voir pour eux réclamer des droits à la laïcité sont pris dans ce combat politicien comme masse de manoeuvre de questions qui ne les concernent pas. En effet comme le soulignait un témoignage ici même, en Algérie il n’y a pas de colonie durant le ramadam puisque tout le monde le fait et que l’on ne peut pas dans la situation de faiblesse ou met le jeune et surtout ne pas boire de toute la journée dans la canicule risquer la vie des enfants. On peut être ou non d’accord mais l’Algérie est un pays musulman et elle fait ce choix pour la sécurité des enfants.  les enfants de la colonie de gennevilliers sont probablement de famille musulmane en majorité et on peut être assuré que les parents ne voudraient pas d’animateurs qui font le jeune.

En outre pour la plaupart des musulmans qui ne sont pas des salafistes ou des islamistes fanatiques le Coran n’exige pas le ramadam dans tous les cas, quand la situation l’exige les musulmans peuvent ne pas jeuner et on le voit avec les jeux olympiques. Ce qui est prévu pour les jeux olympiques l’est encore plus quand il s’agit de la sécurité d’enfant.

Bref on ne voit pas pourquoi ces gens s’excitent et veulent absolument lancer une campagne contre le maire de Gennevilliers si ce n’est que la question musulmane sert une fois de plus de leurre politicien pour régler des problèmes politiciens.

C’est une vieille habitude, souvenez-vous chaque fois que les enseignants lançaient une grève ou une action le parti socialiste étant au gouvernement aussitôt l’ambassade du Maroc envoyait dans une école dirigé par un membre du PS des écolières voilées… Et alors plus personne ne pensait aux revendications la France se divisait autour d’un morceau de chiffon.

Il semble qu’avec le sieur Melenchon nous ayons hérité de ce genre de moeurs… Tandis que d’autres forces en embuscade attendent amusées de recueillir les bénéfices de cette guerre picrocholine au sein du Front de gauche…

Danielle Bleitrach

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 17:41

 

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 17:33

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:45

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:40

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http://survie.org/billets-d-afrique/2012/216-septembre-2012/article/deux-ministres-en-tournee

 

Afin de consulter les gouvernants de la sous-région à propos de la crise malienne, dans laquelle la France s’est auto-attribué le rôle de « facilitatrice » sans qu’on sache à quel titre, les ministres Laurent Fabius et Pascal Canfin se sont offert une virée bien françafricaine. Au prétexte de lutter contre les « terroristes » du Nord Mali, ils se sont rendus du 26 au 28 juillet chez certains des pires criminels du continent, eux-mêmes « terroristes » à l’encontre de leur propre population. Les déclarations officielles de Fabius ont fini d’enterrer les espoirs de remise en cause du soutien aux despotes et de la coopération française, notamment sur le plan militaire et policier, avec les régimes dictatoriaux.

Dans le prolongement de la très critiquée réception à l’Elysée du dictateur gabonais Ali Bongo le 5 juillet et de celle de l’infréquentable Alassane Ouattara le 26 juillet, le chef de la diplomatie française et le ministre délégué au développement n’ont pas hésité à se rendre au Burkina Faso et au Tchad, à l’occasion d’une tournée ouest-africaine qui les a aussi amenés au Niger et au Sénégal.

Burkina Faso : aucun problème !

Á Ouagadougou, nos deux ministres et le député socialiste François Loncle, président du groupe d’amitié parlementaire France-Burkina Faso, ont ainsi rencontré successivement le ministre burkinabè des Affaires Etrangères, Djibrill Bassolé, et son dictateur de patron Blaise Compaoré. A l’issue du premier entretien, Fabius a fait une déclaration cent fois entendue : « Sur les relations bilatérales, les choses vont très bien. La France et le Burkina Faso sont amis de longue date. Les relations entre nos gouvernants sont excellentes. La coopération va se poursuivre, s’amplifier si c’est possible. Nous n’allons pas inventer des problèmes là où ils n’existent pas. Il s’agit d’une véritable coopération de long terme, fluide, et nous avons l’intention, bien sûr, de la poursuivre ». Bien sûr. Car peu importe, après tout, que le pays soit dirigé par un despote resté au pouvoir plus longtemps que le tunisien Ben Ali ; qu’il ait fait éliminer Thomas Sankara pour prendre la tête du pays en 1987 ; que pour le journaliste Norbert Zongo, l’étudiant Dabo Boukary, et tous les autres martyrs de son règne, les familles attendent toujours que justice leur soit rendue ; et que son rôle soit même régulièrement évoqué, y compris lors du procès de Charles Taylor au Tribunal Spécial pour le Sierra Leone, dans les guerres qui ont dévasté ce pays et le Libéria à la fin des années 90. Peu importe tout cela pour ces ministres et ce député puisque Blaise les a ensuite « très aimablement reçus », selon Fabius qui n’a ensuite rien trouvé de mieux à exprimer que sa « certitude que l’amitié entre la France et le Burkina est entre de bonnes mains ». On attend la réaction du socialiste Pouria Amirshahi, député des français de l’étranger sur cette circonscription et secrétaire national du PS à la coopération, à la francophonie et aux droits de l’homme. Ce dernier avait en effet fait savoir sa désapprobation sur la rencontre Hollande-Bongo, début juillet. Surtout, il avait pris soin, lors d’un déplacement au Burkina fin avril, de ne pas rencontrer les autorités en déclarant même en conférence de presse que les burkinabè attendent « l’alternance, après 25 ans de présidence Compaoré ». Visiblement, ça n’est plus la ligne officielle du PS...

« L’expérience » de Déby : comme terroriste ?

Mais le pire restait à venir. Á N’Djamena, le patron du Quai d’Orsay a en effet fini de dissiper les espoirs des démocrates tchadiens qui attendaient une remise en cause du soutien historique dont bénéficie Idriss Déby. À la question d’un journaliste, lui demandant « avec l’arrivée des socialistes au pouvoir, quelle sera la coopération entre le Tchad et la France ? », sa réponse est limpide : « Il y a un changement de président de la République, un changement de gouvernement, mais les relations d’amitiés demeurent. Le Tchad et la France, depuis très longtemps, ont des relations d’amitié, de partenariat. (...) J’ai ainsi trouvé dans le président Déby, que j’ai déjà rencontré il y a quelques années, un interlocuteur extrêmement ouvert à ce partenariat dont je me réjouis ». Le changement dans la continuité ! Fabius, impavide, a proclamé à cette occasion que ses collègues et lui étaient les « amis de la démocratie » et bien sûr « les amis de l’Afrique ». Sans doute autant de bonnes raisons de légitimer Idriss Déby, dont la place serait pourtant aux côtés de son prédécesseur et ancien patron Hissène Habré, accusé de génocide et réfugié au Sénégal en attente d’être traduit en justice. Fabius, qui était venu chercher un soutien de plus à la position de la France (de « facilitatrice », bien sûr) dans la lutte contre les « terroristes » d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et leurs alliés, ne croit pas si bien dire en déclarant : « Le président Déby est connu pour l’expérience qu’il a sur toute une série de problèmes qui concernent la région ». Il est vrai que son CV est éloquent : sa responsabilité dans les massacres au Sud du pays dans les années 90 et la répression brutale de son régime font de lui un chef d’État terroriste, au sens qu’il terrorise sa propre population depuis déjà 21 ans, c’est-à-dire depuis son installation à la tête du pays grâce aux services secrets français. Il ne doit cette longévité au pouvoir qu’aux interventions de l’armée française et à la coopération militaire, dont on serait en droit d’attendre la suspension de la part d’un gouvernement progressiste. Mais Fabius, qui dit ne pas avoir évoqué avec Déby le sujet du millier de soldats français positionnés en permanence dans le pays, a cependant affirmé son « sentiment que la coopération entre le Tchad et la France va évidemment se poursuivre, se développer ». On ignore si le ministre EELV Pascal Canfin a participé ou non à cet entretien-là, mais il était bien présent au Tchad. Celui qui avait eu le culot d’affirmer dans une interview quelques jours plus tôt que son gouvernement avait « normalisé les relations entre la France et l’Afrique » confirme donc tacitement qu’il est « normal » que des ministres français se rendent chez l’un des dictateurs les plus brutaux du continent.

Fabius ne commet pas d’erreur

C’est finalement lors de l’étape sénégalaise de nos ministres qu’on peut trouver, dans les propos de Fabius, une prudente circonspection. Le patron du Quai d’Orsay, venant visiter le mouvement « Y en a marre », a en effet averti que « il faut aussi une vigilance parce que, même si un gouvernement est plus progressiste qu’un autre, il peut quand même commettre des erreurs  ». Mais il parlait alors du gouvernement de Macky Sall, et ne pensait évidemment pas à lui-même :« j’ai été ministre et Premier ministre très jeune et l’expérience cela a l’avantage d’aider à éviter les erreurs à ne pas commettre. Et la faute principale à commettre, c’est de rester enfermé dans les palais officiels et de se couper de la population ». C’est facile, à Dakar, de ne pas se limiter au « Sénégal officiel », comme il dit. En revanche, au Burkina Faso et au Tchad, on peut se contenter de rencontrer des gouvernants qui ne subsistent que par la répression de la population, et même réaffirmer les liens amicaux avec la dictature. Car en France les gouvernements passent, et « les relations d’amitiés demeurent » : Fabius le dit et le prouve.

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:34

islam-presse-e58c5.jpgParmi les sujets les plus controversés sur ce blog, il y a, bien sûr, le conflit israélo-palestinien, mais aussi l’islam, sa place, son rôle. S’agit-il d’une religion à part, fondamentalement différente des autres croyances ? La doctrine religieuse, voire le Coran, permettent-ils de comprendre ce qui se passe dans le monde dit musulman ? Existe-t-il d’ailleurs une entité cohérente « monde musulman » (ou « islamique ») ? Ou « une société musulmane », « une science musulmane », « une histoire musulmane » ?

Que cette religion reçoive un traitement à part en France et en Europe, cela ne fait aucun doute. Imagine-t-on un éditorialiste français écrivant « je suis un peu judéophobe » ? Et pourtant Claude Imbert a écrit, sans en être discrédité, « je suis un peu islamophobe ».

J’en suis persuadé, il existe en France, et plus largement en Europe, une islamophobie. Mais elle couvre évidemment des phénomènes différents :

 pour certains, il s’agit simplement d’une reconversion du racisme anti-arabe en un racisme culturel plus facile à défendre ; c’est le cas du Front national ou des droites populistes en pleine expansion ;

 pour d’autres, il ne s’agirait que de la poursuite de la lutte pour la séparation des Eglises et de l’Etat, lutte qui a été menée par les républicains au début du XXe siècle. Certains, comme le site Riposte laïque, affirment que l’islam est la seule menace et sont prêts à toutes les alliances, y compris avec l’extrême droite, pour libérer la France. D’autres, refusent cet amalgame, et prétendent lutter contre tous les intégrismes, mais n’expliquent jamais pourquoi, dans nos sociétés, seul l’intégrisme musulman est de fait visé. Certains dénoncent toutes les religions, comme si c’était un combat abstrait qui se menait en dehors de tout contexte politique : mesure-t-on, par exemple, que la critique de la religion juive dans les années 1930 pouvait être légitime pour ceux qui combattaient toutes les religions, mais avoir en même temps des implications graves ?

Quoiqu’il en soit, une des erreurs essentielles que l’on retrouve chez nombre de commentateurs est leur tentative d’expliquer le monde musulman actuel, ses forces politiques, ses conflits, par l’islam. Combien de fois n’a-t-on pas entendu dire que le prophète Mohammed ayant été chef militaire, cela expliquerait le caractère guerrier de l’islam (ce qui serait fondamentalement différent du christianisme) ; ou que telle ou telle sourate du Coran, éclairerait les actions d’Al-Qaida ?

Cette vision n’est pas nouvelle (« Une seule âme arabe, religieuse, fanatique et fataliste »), mais elle est dangereuse. Paradoxalement, elle est partagée par les groupes islamistes les plus radicaux : pour eux aussi, il existerait une religion musulmane intemporelle, un corps de dogmatique inamovible, une charia immuable (depuis la prédication de Mohammed).

C’est tout l’intérêt du livre de Sami Zubaida, professeur émérite de sciences politiques et de sociologie à l’université Birkbeck de Londres, Beyond Islam. A New Understanding of the Middle East (I. B. Tauris, Londres, 2011). Je reprendrai ici les principaux arguments défendus dans sa longue introduction.

Dès le départ, l’auteur annonce sa volonté « de “désacraliser” la région (le Proche-Orient), en mettant en question le rôle prédominant attribué à la religion dans beaucoup d’écrits qui appliquent le qualificatif d’islamique (ou musulman) à leur culture et à leur société ». Existe-t-il vraiment, s’interroge-t-il, un art islamique, une musique islamique, une science islamique, une politique islamique ?

La région concernée a connu, depuis la fin du XVIIIe siècle, « un processus de modernisation qui a entraîné une déconnexion (dis-embedding) entre la religion et les pratiques et institutions sociales. (...) Ce processus, que nombre d’historiens et de sociologues, ont appelé “sécularisation”, n’a pas de rapport avec l’intensité ou la force des croyances et des pratiques religieuses, mais fait référence à la séparation structurelle et institutionnelle des sphères sociales de la religion et des autorités religieuses ».

Un autre aspect de la religion doit être pris en compte, elle « a toujours représenté un marqueur communautaire et politique, créant des frontières autour de groupes de foi et de leurs institutions, qui peuvent se transformer en frontières de conflit dans certaines circonstances ». Cela est particulièrement vrai pour l’islam, car le capitalisme, la modernité et la sécularisation ont été imposés de l’étranger et souvent considérés par les populations locales comme « chrétiens ». Et l’islam a joué un rôle important dans les idéologies de résistance à cette domination occidentale.

Et l’on arrive donc à cette situation paradoxale :

« Au Proche-Orient, comme dans le monde dit musulman, nous avons des sociétés et des systèmes politiques largement sécularisés qui se combinent avec des idéologies sacrées défendues aussi bien par les pouvoirs que par les oppositions. (...) Et plus les sociétés sont sécularisées, plus les autorités religieuses et les mouvements d’opposition veulent les décrire comme islamiques. »

Zubeida n’accepte pas l’idée qu’il y aurait différentes modernités (ce que défend, par exemple, Ernest Gellner, à qui il consacre un chapitre de son ouvrage). Pour l’auteur, le moteur de la modernité est le capitalisme qui produit différents changements sociaux dans le monde entier et qui n’est pas le produit d’influences culturelles de l’Occident. Bien sûr l’expansion du capitalisme a eu des effets différenciés – y compris en Angleterre ou en France –, mais ils ont des points communs :

« Les processus communs et les conséquences du capitalisme qui constituent la modernité comprennent la destruction des communautés primaires de production et d’échange fondées sur les liens de parenté, gouvernées par une autorité patriarcale, consolidées par la religion et la tradition, et défendues par des institutions et des pouvoirs politico-religieux. » Cela se traduit par la production de marchandises, des échanges monétisés, l’individualisation du travail, etc., favorisant l’émergence de l’individu autonome.

Dans ce contexte, il n’existe pas de « modernités alternatives » : il s’agit simplement, que ce soit en Arabie saoudite ou en Iran, de la volonté des dirigeants de s’opposer à cette modernisation (notamment la libération de l’individu), tout en appliquant les règles du capitalisme.

Existe-t-il alors, s’interroge Zubeida, une culture et une civilisation distincte qui devrait être comprise par l’Occident ? Peut-on parler de culture musulmane, alors que les musulmans appartiennent à de multiples nationalités ou ethnies, et que leurs manières de s’identifier à leur religion, leurs styles de vie, leurs idéologies sont si différents ? Malgré les quelques constances de la religion – la référence au Coran et à l’unicité de Dieu, et encore soumis à de multiples déclinaisons –, il existe d’autant moins une culture musulmane que toute culture est en mouvement et en transformation permanente.

Zubeida rappelle que les trois religions monothéistes ont des corps de doctrine similaires sur la sexualité, le blasphème, les pratiques morales, etc. L’affirmation que les vérités religieuses ont la prééminence sur les vérités scientifiques se retrouve aussi bien dans l’islam que dans le christianisme. Et la peur née dans les sociétés européennes de la fatwa contre Salman Rushdie ne provient-elle pas du fait que ces sociétés ont connu les mêmes condamnations religieuses en d’autres temps ?

L’auteur en vient ensuite à la charia, qui est le point clef de la doctrine de toutes les forces islamistes. « Un grand nombre de personnes sont convaincues que la charia est un corps déterminé de droit fondé sur les sources canoniques, qui incarne les vertus islamiques. On suppose également que cette forme de droit a prévalu dans les sociétés musulmanes à travers l’histoire, et a été perturbée par le colonialisme ou par les intrusions occidentales qui ont imposé des systèmes juridiques étrangers que les élites occidentalisées et les dirigeants corrompus ont accepté. »

Le problème c’est que personne n’est d’accord sur le contenu de la charia ni sur les institutions qui doivent la mettre en oeuvre. Il en existe de nombreuses interprétations dont on a pu voir l’évolution à travers l’histoire.

Je ferai une digression pour donner un exemple que j’ai déjà évoqué : le droit de vote des femmes. Au début des années 1950, les femmes égyptiennes sont descendues dans la rue pour demander le droit de vote. L’Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite, publie une fatwa affirmant que ce droit serait contraire à la loi musulmane. Soixante ans plus tard, les femmes votent partout dans le monde musulman (à l’exception de l’Arabie saoudite où personne ne vote, si ce n’est dans des scrutins locaux qui n’ont aucune portée). La question « est-ce que l’islam (ou la charia) est compatible avec le droit des femmes ? » est ainsi résolue dans la pratique (comment les autorités musulmanes le justifient est leur affaire, même si les débats internes sur cette question sont intéressants).

Sur la charia, on lira avec profit La charia aujourd’hui, sous la direction de Baudouin Dupret (La Découverte, 2012).

Zubeida se penche ensuite sur divers aspects du débat sur la loi islamique : la finance islamique, les rapports de sexe, l’homosexualité, l’alcool.

Il rappelle ainsi que la finance dite islamique n’a émergé que dans les années 1970, qu’elle est « une innovation totale, sans aucune racine dans l’histoire ». Et que les banques dites islamiques, malgré la suppression de l’intérêt, fonctionnent comme les autres banques à travers le monde, avec le même taux de profit pour les investisseurs.

Quant aux questions de genre et au statut des femmes, là aussi on assiste à une évolution et à une lutte pour les droits de celles-ci, souvent menées au nom d’une lecture renouvelée des textes religieux. Il existe même désormais un courant qui se réclame du féminisme islamique.

L’auteur consacre un développement à l’homosexualité, rappelant combien sa pratique a longtemps été acceptée dans des pays musulmans, mais sans jamais l’identifier, comme c’est le cas aujourd’hui en Occident, à une orientation sexuelle ou à une identité (sur le même sujet on lira le livre de Joseph Massad, Desiring Arab, University of Chicago Press, 2007).

En conclusion, Zubeida revient sur l’adjectif islamique accolé à l’histoire, la science, l’art, etc. « L’usage de ce terme implique que l’essence de ces régions est l’islam et confirme leur opposition à l’Occident chrétien. Pourtant, cet Occident est rarement qualifié de chrétien quand on évoque son histoire, ses arts, ses sciences, etc. » : l’histoire de l’Europe n’est pas une histoire chrétienne, même si l’Eglise a joué un rôle important.

On peut résumer le propos de Zubeida en reprenant le grand penseur Edward Said sur l’islam : « Quand on parle de l’islam, on élimine plus ou moins automatiquement l’espace et le temps. » Et il ajoute : « Le terme islam définit une relativement petite proportion de ce qui se passe dans le monde musulman, qui compte un milliard d’individus, et comprend des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et, bien sûr, un nombre infini d’expériences différentes. C’est tout simplement faux de tenter de réduire tout cela à quelque chose appelé islam […]. » (cité dans Alain Gresh, La République, l’islam et le monde, Hachette, 2006).

 

 

http://blog.mondediplo.net/2012-08-03-Pour-en-finir-avec-l-adjectif-musulman-ou

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:32

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http://www.bakchich.info/medias/2012/08/01/laurent-joffrin-contre-laurent-joffrin-61570

 

 

En trente ans d'office éditocratique, le patron du Nouvel Obs a beaucoup prêché, au méchant risque de s'emmêler dans ses psalmodies sur le marché. Mais après tout ce n'est pas le journaliste qui tourne c'est le pouvoir.

 

 

Dans un « éditorial de Laurent Joffrin », Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur, revient sur la tuerie so yankee « qui a endeuillé » le 20 juillet « la petite ville d’Aurora, dans le Colorado » (United States of America).

Il voit dans ce carnage une manifestation « d’une idéologie typiquement américaine », ancrée notamment dans la libre circulation des armes, où chacun se méfie de « l’État central » et « veut pouvoir se défendre seul », et dans laquelle « l’intérêt de l’individu » l’emporte donc « sur celui de la collectivité ».

Pour le big boss du Nouvel Obs, nous devons, d’urgence, « méditer sur » cette inquiétante doxa de « l’individu roi ». Et elle doit d’autant plus nous faire réfléchir, que « les mêmes arguments sont utilisés aux Etats-Unis, et maintenant en Europe, pour récuser » aussi « toute régulation financière, pour détruire ou étouffer l’État-providence », et pour « faire reculer l’intervention publique » - et ça ? « Cette philosophie qu’une partie des élites voudrait imposer en Europe » ? 

C’est terriblement dangereux, explique Laurent Joffrin, car « cette allergie aux règles communes » provoque des « désordres », des « inégalités », de la « dureté sociale », de la « violence », une « prolifération des pouvoirs de fait », et un « rétablissement de la loi du plus fort » - et plus, si affinités. 

 

Ce constat de Laurent Joffrin est parfaitement exact. Il est, même, frappé au coin d’un réalisme qui honore le taulier de L’Obs.

Mais il y manque la précision, importante, que Laurent Joffrin lui-même est l’un – non le seul, mais non le moindre - des propagandistes de l’individualisme réifié qui selon lui nous précipitent collectivement vers un modèle de société inégalitaire et violent.

 

30 ans de glorification du marché

 

Depuis bientôt trente longues années, il s’est en effet illustré par la régularité de ses crânes contributions à cet endoctrinement - principalement fondées sur la fustigation de l’État et sur l’exaltation des vertus émancipatrices de l’individualisme, et tout à fait caractéristiques, par conséquent, de l’égarement d’une (considérable) partie des élites occidentales qu’il dénonce à si bon droit dans son éditorial.

 

Dès 1984, il lance ainsi, dans un supplément reaganolâtre du quotidien Libération intégralement dédié à une délirante célébration de « la crise » (et à l’accusation publique des « citoyens assistés » intoxiqués aux provendes de « la Sécurité sociale », des « allocations familiales », de l’«assurance chômage » et de l’«assurance retraite »), un appel à la prompte « réhabilitation de l’initiative et de l’individu ».

Il est plus que temps, exige alors Laurent Joffrin, que l’État, disqualifié, « cède » enfin « la scène aux vrais acteurs » de « la grande mutation », formidablement stimulante, que certains attardés mentaux, « par commodité », continuent sottement d’appeler « la crise ».

 

 

 

Pour dessiller ces tristes crétins, il proclame : « Comme ces vieilles forteresses reléguées dans un rôle secondaire par l’évolution de l’art militaire, la masse grisâtre de l’État français ressemble de plus en plus à un château fort inutile ». Puis il énonce que la France, pour se libérer complètement  des chaînes de l’étatisme soviétoïde où l’avaient enfermée dans les décennies précédentes MM. Gaulle, Pompidou et Giscard d’Estaing – bien connus communistes –, va devoir se rendre à l’évidence que « la vie sourd de la crise, par l’entreprise » et « par l’initiative » individuelle.

 

Le marché est de gauche, si si

 

Quelques années plus tard, Laurent Joffrin se félicite d’avoir si fort « inject(é) du libéralisme » dans Libération : « On a été les instruments de la victoire du capitalisme dans la gauche », avoue-t-il. Et c’est admirable, car : « Le capitalisme est l’avenir de la gauche ». (Et d’ailleurs : « Le marché est de gauche » - avis aux amateurs.)

 

Après cela, il semble traverser – dans le début des années 2000 - une période de relative incertitude, où il paraît même douter parfois du bien-fondé de ses propres prêches : il lui arrive, alors, de constater (en 2001), pour le déplorer, que « sous la poussée du capitalisme nouveau, le pouvoir s’est privatisé ». Puis, totalement désorienté, il finit par considérer (en 2006), après l’avoir exhortée pendant 22 ans à se soumettre pour de bon aux dures mais justes lois du marché, que « la gauche » a trop largement succombé au chant des sirènes du marché – et qu’elle a dès lors « été incapable de réduire le chômage, de vaincre l’exclusion, d’assurer l’égalité des chances ».

 

Les éditocrates osent tout

 

 

Mais très vite, Laurent Joffrin se ressaisit, et, reprenant au refrain sa mélopée préférée, se remet à psalmodier (en 2007) qu’il n’en peut décidément plus (cela fait alors un quart de siècle qu’il le répète) de « la vieille gauche étatiste, dépensière, idéaliste », et que : « Oui, il y a des vertus dans le risque, dans l’entreprise. (…) Oui, il y a des vertus dans la concurrence. (…) Oui, il y a des vertus dans la reconnaissance du mérite et de la compétitivité pour fixer les rémunérations et les promotions ».

Moyennant quoi, très logiquement : son credo, fondé sur un quart de siècle de rumination des mêmes odes à la compétitivité concurrentielle (libre et non faussée), l’amène, quand PSA annonce en juillet 2012 le licenciement de 8.000 salariés, à reprendre, en canon, les « arguments » de la direction du groupe automobile.

 

Après quoi, donc, il rédige une vive fustigation des « élites », pour observer, très justement, que, sédimentées dans l’exaltation de l’individu roi et totalement allergique aux règles communes, elle préparent un monde d’«inégalités » et   de « violence » - et cette oscillation, dans laquelle entrent peut-être quelques mesures de tartuferie, peut assurément surprendre, mais elle s’explique, très simplement, par l’évidence que les éditocrates osent tout : c’est même à ça qu’on les reconnaît.

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Published by valenton rouge - dans France
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