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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:27
LA-BCE-ABAISSE-SES-TAUX-DE-0-25.jpg2 août 2012 par Paul Jorion |

Billet invité. Je rappelle que je préconise personnellement une autre solution : un défaut simultané de la dette des 17 pays de la zone euro, immédiatement suivi d’une restructuration de la dette communalisée.

La BCE s’est engagée avec force à « tout faire pour sauver l’Euro ». Nous allons prendre cette déclaration au pied de la lettre et considérer quelles en seraient les conséquences à court et moyen terme d’une telle action, et si la BCE a réellement les moyens de sauver l’Euro.

 

I. Les conséquences d’une action directe de la BCE.

En admettant que la BCE puisse soit jeter par-dessus les moulins son statut ou trouver des compromis juridiques lui permettant de racheter massivement de la dette souveraine de pays en difficulté, que se passerait-il ?

(a)   L’ampleur des sommes nécessaires :

Il faut tout d’abord considérer les montants que la BCE devrait débourser.

Pour l’Espagne, le gouvernement de M. Rajoy a admis que les besoins s’élèveraient à 300 milliards d’Euros d’ici à la fin de l’année. Il est cependant clair que ce qui aurait été fait pour ce pays ne pourrait être refusé à d’autres. La Grèce viendrait au guichet pour un montant estimé à 60-80 milliards.

L’Italie serait aussi un « client » potentiel, avec des besoins estimés (suivant la date de l’opération) entre 500 et 700 milliards. C’est donc de 860 à 1080 milliards que la BCE devrait racheter dans un délai assez court (moins de 6 mois).

Ces sommes ne sont pas « impossibles », mais elles n’en sont pas moins considérables. Elles représentent en 3 fois et 4 fois le montant des achats de titres publics réalisés par la BCE depuis le début de la crise. Elles représentent un saut qualitatif et non pas simplement quantitatif.

(b)   Les conséquences sur le bilan de la BCE.

Les conséquences sur le bilan de la BCE seraient importantes.

On verrait apparaître près de 1071 (860 + 211 déjà sur le bilan) à 1291 (1080 + 211 déjà sur le bilan) milliards de titres publics. Or, on peut penser qu’entre le tiers et la moitié de ces titres ne sera jamais remboursée dans le cadre de défauts soit « sauvage » soit ordonnés.

La BCE devra soit admettre qu’elle a fait de la création monétaire ex-nihilo ou demander aux États de la zone Euro une recapitalisation comprises entre 330 et 650 milliards.

Le problème avec la création monétaire ex-nihilo n’est pas celui (souvent invoqué) de l’inflation, mais celui, juridique, de la compatibilité du fonctionnement de la BCE avec la Constitution allemande. Cette dernière interdit à la Banque Centrale de procéder à ce type de création monétaire. Il faudrait donc soit modifier la Constitution allemande (ce qui pose des problèmes politiques et risque d’échouer) soit se résoudre à cette recapitalisation.

Ceci pose la question de l’acceptabilité politique de cette dépense pour les États (dans le cas de la France, la contribution pourrait aller de 70 à 140 milliards).

(c)    Serait-ce la fin de la crise de liquidité ?

On affirme souvent qu’une telle intervention règlerait la crise de l’Euro. Mais, la crise de liquidité est issue de la crise de compétitivité. C’est cette dernière qui déclenche les inquiétudes qui font monter les taux d’intérêts et provoque la crise de liquidité.

Or, ici, la BCE est impuissante. La permanence de la crise de compétitivité provoquerait inévitablement la réapparition de la crise de liquidité.

D’ailleurs, depuis que la BCE a procédé aux premiers rachats sur le marché secondaire, aucun des pays qui ont bénéficié de ces opérations n’est revenu sur les marchés financiers.

Il faudrait donc se résoudre à ce que, durablement, la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et peut-être l’Italie, aient recours aux capacités de financement de la BCE.

Les montants à moyen terme seraient encore plus considérables que ceux que l’on a évoqué plus haut et pourraient atteindre entre 2 000 et 2 500 milliards d’Euros.

(d)   Une erreur de diagnostic.

Plus profondément, la politique de la BCE que l’on suppose ici illustre une erreur majeure de diagnostic à propos de la crise de la zone Euro.

Cette crise n’est pas une crise de la dette souveraine ! C’est une crise de compétitivité, liée aux structures économiques et démographiques hétérogènes des pays de la zone qu’exacerbe le fonctionnement quotidien de la monnaie unique. Cette crise donne alors naissance d’une part à une croissance très ralentie dans un certain nombre de pays (Italie, Portugal et dans une moindre mesure France) et à une désindustrialisation accélérée dans d’autres (Irlande, Portugal, Espagne, Grèce et encore France).

Avec l’éclatement de la « bulle » des taux historiquement bas que l’on a connus de 2002 à 2008, ces deux phénomènes se sont traduits par une montée des dettes souveraines dans les pays considérés.

Vouloir résoudre le symptôme (la crise de la dette) ne fait qu’empirer le mal ! Les politiques requises pour tenter de résoudre la crise de la dette aggravent la situation, en plongeant les pays dans une récession, voire une dépression, qui réduit les ressources fiscales et accroissent considérablement le chômage.

Mais, si l’on veut s’attaquer à la racine du mal, soit la crise de compétitivité, il faut mesurer ce que cela implique pour les pays, ou en matière de coûts de transfert.

La mise en œuvre d’une politique « non conventionnelle » par la BCE est possible. Mais, elle implique un tournant qualitatif dont les conséquences n’ont pas été mesurées et ceci sans fournir de solution à la crise de la zone Euro. La seule perspective offerte est celle d’une installation de longue durée dans cette crise.

II. La crise de compétitivité fera soit éclater l’Euro, soit éclater l’Europe.

Il n’est donc pas du pouvoir de la BCE de résoudre la crise de l’Euro. Même des actions combinées avec celles des États membres n’offrent guère d’alternative. Soit l’Europe éclatera après une « décennie perdue » à l’image de celle de la Grande Dépression, soit la zone Euro sera dissoute.

(a)  Les politiques de déflation salariale sont des impasses.

La crise de compétitivité se manifeste dans les déficits des balances commerciales des pays (sauf l’Allemagne) et l’accroissement du montant du compte TARGET-2 dans ce dernier pays.

Des politiques de baisse des coûts salariaux sont d’ores et déjà expérimentées dans des pays de la zone Euro (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie).

Leurs conséquences en sont catastrophiques. Ces politiques nécessitent une contraction violente de la demande intérieure, qui provoque non seulement une forte hausse du chômage mais en sus une baisse de la productivité, impliquant de nouvelles mesures d’ajustement, dont les effets sur le chômage viendront se cumuler avec les premières mesures.

D’ici deux ans, et en incluant les effets induits et non pas seulement les effets directs, il faut donc s’attendre à des taux de chômage de :

52 % en Grèce.

35 % au Portugal.

32 % en Espagne.

22 % à 25 % en France et en Italie.

Les niveaux de chômage escomptés sont donc à peu de choses près les mêmes que lors de la « Grande Dépression » des années 1930.

(b)  Les politiques de transferts budgétaires sont politiquement impossibles.

Une autre solution, cohérente avec la monnaie unique, serait d’instituer des flux de transferts depuis les pays excédentaires vers les pays déficitaires. Mais, les montants sont tout à fait énormes. On peut les estimer à :

10,8 % de PIB de l’Espagne pour le soutien à l’Espagne ;  

13,1 % de PIB de l’Italie pour le soutien à l’Italie ;  

12,3 % de PIB du Portugal pour le soutien au Portugal ;  

  6,1 % de PIB de la Grèce pour le soutien à Grèce.  

Compte tenu des niveaux de coûts salariaux, de la structure et du montant des profits, du poids des salaires et de la structure du PIB cette politique coûterait à l’Allemagne 12,7 % du PIB (en 2012) en transferts budgétaires pour les 4 pays en difficulté.

De tels montants briseraient les reins de l’économie allemande et sont, très clairement, politiquement impossibles. Il faut ici signaler qu’une dissolution de l’Euro, accompagnée de dévaluations dans différents pays, ne coûterait que 2% à 2,5% du PIB à l’Allemagne.

Il n’est donc pas étonnant qu’une majorité absolue des Allemands se prononce aujourd’hui contre l’Euro (51% contre et 29% pour). L’opposition politique de l’Allemagne aux mesures de transferts est donc appelée à se durcir dans les semaines à venir.

(c)   Entre l’Euro et l’Europe, il faudra choisir.

La crise de l’Euro confronte aujourd’hui les pays européens au choix soit de voire périr l’Europe soit de dissoudre la zone Euro.

Si l’on persiste dans la politique actuelle, la zone Euro, et l’Europe avec elle entrera dans une récession, puis une dépression de longue durée. La comparaison avec la crise des années 1930, la « Grande Dépression » s’impose. Le poids politique et économique de l’Europe se réduira de manière considérable, et notre continent deviendra « l’homme malade du monde ».

Mais, surtout, l’Union européenne ne résistera pas aux conséquences de cette crise.

Des pays sortiront de l’Euro, les uns après les autres. Le premier sera sans doute la Grèce. Elle sera suivie par le Portugal et l’Espagne. En effet, les mesures « non conventionnelles » de la BCE ne rétabliraient la solvabilité extérieure dans aucun de ces deux pays.

La spéculation financière atteindrait de nouveaux sommets et les mesures unilatérales prises par chacun de ces pays (y compris des défauts sur les dettes) feraient rapidement tache d’huile. De proche en proche, ce sont toutes les mesures constitutives de l’Union Européenne qui seront remises en cause.

Par contre, si une politique de dissolution coordonnée et concertée de la zone Euro était adoptée, elle prendrait la forme d’un acte européen. Tout en rendant possible pour les pays concernés de réaliser les ajustements nécessaires à un coût bien plus faible en termes de chômage par des dévaluations, elle permettrait de sauvegarder l’essentiel de l’Union Européenne. Cette politique offrirait la perspective, à moyen terme, de reconstituer sur des bases plus souples une forme d’intégration monétaire (par une monnaie commune).

(d)  Les politiques « non conventionnelles » de la BCE, pour autant qu’elles soient possibles, ne feront que retarder les échéances.

Les politiques non conventionnelles de la BCE sont certes possibles, mais elle ne sont nullement une solution. Au contraire, enfermant la zone Euro dans sa crise, elles portent en elles la menace d’un éclatement de l’Union Européenne.

Ces politiques ne feront que retarder, à l’échelle de deux à trois ans, le dénouement de cette crise. On doit donc se demander si politiquement le jeu en vaut la chandelle. Pour ces trois années (au mieux…) de gagnées, nous serions confrontés à une crise bien pire que celle que nous connaissons aujourd’hui, et avec une situation de la France particulièrement dégradée.

Plusieurs économistes, dont les deux Prix Nobel Joseph Stiglitz et Paul Krugman, ont affirmé que la poursuite de cette politique visant à sauver l’Euro était criminelle.

On se contentera de dire que les mesures envisagées, mais qui sont loin d’être acquises, par la BCE viennent trop tard et n’apportent aucune solution aux problèmes de fond de la zone Euro.

La raison, tant économique que politique, commande ne pas s’entêter et de ne pas prendre le risque de faire périr l’Europe et d’exacerber une opposition entre l’Allemagne et les autres pays. Une dissolution de la zone Euro réalisée d’ici à la fin de 2012 en tant qu’acte européen est aujourd’hui la seule solution qui puisse éviter un désastre.

============================
(*) Directeur d’études à l’EHESS, Professeur associé à la MSE-MGU (Moscou)

 

 

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:24

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 16:42

l-espagne-annonce-un-plan-d-austerite-de-27-milliards-d-eur.jpgOn peut décrire la crise qui frappe l’Espagne au niveau de la débâcle de son secteur financier mais il en est de l’Espagne comme de la plupart des pays de la planète. Nous sommes exactement dans ce que décrivait Marx un ébranlement parti de l’infrastructure économique qui entraîne un ébranlement de toute la société, ses représentations, ses institutions, plus rien n’est stable. Nous sommes dans un processus dont il faut saisir à chaque fois ce qui tente de perdurer à n’importe quel prix, exerçant une violence insoutenable sur la majorité des individus et leurs tentatives de résistance, voir de transformation. Cela ne se limite pas à une crise financière qui n’est que l’écume d’un bouleversement beaucoup plus profond.


La crise espagnole vient de loin


Il y a quelques années j’avais écris deux articles sur le blog que je tenais alors intitulé Changement de société, on les retrouvera aisément dans les archives. Le premier dénonçait l’inévitable crise liée à la bulle immobilière favorisée par la spéculation immobilière. le second dénonçait le rôle joué dans ce système par la banque Santader et j’avais tenté de mettre en évidence comment cette banque fleuron du franquisme avait envoyé ses tentacules au Venezuela, dans l’Amérique latine et même au Maroc. Comment elle possédait une part importante de la presse venézuélienne et à ce titre contribuait à une tentative de déstabilisation permanente de Chavez. Il faudrait ajouter à cette description le rôle joué sur le plan idéologique par d’autres institutions liées au franquisme comme les fondations (là encore un article de mon ancien blog explique la manière dont ces fondations dont celles d’Aznar ont jeté leurs liens y compris en France dans des Universités comme U3 et aux Etats-Unis) ainsi qu’avec la privatisation du système scolaire et universitaire le rôle dévolu à de véritables sectes anticommunistes comme le trés scandaleuse La Légion du Christ (LC) fondée en 1941 au Mexique par le père Marcial Maciel Degollado. Ce qu’il faut bien voir dans ces brèves notations c’est la double influence, d’abord du franquisme trés intégré au catholicisme institutionnel et qui n’a jamais été éradiqué malgré les efforts de Zapatero. Le second point est le lien étroit que cette espagne franquiste continue à entretenir avec l’Amérique latine et là on retrouve non seulement l’influence de l’Eglise mais celle de ce secteur bancaire, en particulier la banque de Santader assise sur la spéculation immobilière.

On parle souvent de la pieuvre à propos de la mafia italienne, mais il faut voir que l’image serait tout aussi exacte pour décrire la manière dont franquise-institutions catholiques anticommunistes et implantations bancaires en Amérique latine se sont développées. Le franquisme à la fin de la II e guerre mondiale a joui de l’étrange privilège de ne jamais être inquiété parce qu’il s’est immédiatement reconverti en tête de pont de la guerre froide et à offert aux Etats-Unis implantation et réseaux pour mener de nouveaux combats. Il a contribué avec certaines institutions vaticanes au transfert en Amérique latine d’anciens nazis et fascistes qui s’étaient attirés les bonnes grâces des Etats-Unis. Tout ce beau monde à la manière d’un Barbie en Bolivie a aussitôt offert ses services aux dictatures locales avec l’assentiment de la CIA.


La democratie monarchique et l’intégration européenne, des palliatifs pour le maintien du système


A la mort de Franco celui-ci avait déjà mis en place sa sucession pour que rien ne soit durablement bouleversé dans l’échaffaudage avec le retour de la monarchie et une amnistie qui couvrait les crimes franquistes mais excluait les résistants basques de ses bénéfices. Il a fallu la complicité de la gauche non seulement celle du PS mais celle du dirigeant communiste de l’époque Santiago Carillo, depuis pssé au PS, pour entériner ce maintien du système sous des allures de démocratie monarchique que toute l’intelligentzia européenne a salué comme un triomphe de la liberté.

L’intégration européenne a été le deuxième volet de cette pseudo-démocratisation espagnole qui en fait avait une seconde fois trahi la République abolie par le coup d’Etat militaire franquiste aidée par les nazis et trahie par les socialistes français.  Avec cette monarchie concotée par Franco mais présentant un visage respectable on avait prétendu créer l’unité espagnole mais le système était tout autant conçu pour que ne soient pas remis en cause les bases économiques, judiciaires, culturelles du franquisme.   Cette intégration a effectivement correspondu à de nouvelles libertés autant qu’à un indéniable essor économique mais marqué par le primat de l’immobilier tandis que la dépendance productive s’accroissait par rapport à l’Allemagne. Le soubassement franquiste se  maintenait sous la fièvre consumériste et individualiste qui semblait s’être emparée de l’Espagne mais aussi une mise en concurrence à tous les niveaux y compris entre les provinces, les riches comme la Catalogne refusant de payer pour les autres.


Le néo-colonialisme de l’Amérique latine sous protection US


Les liens avec l’Amérique latine sous protection du parrain USA se développaient et contribuaient à étendre sur ce sous continent l’avancée des monopoles espagnols financiarisés en liaison avec une bourgeoisie locale toujours prête à soutenir des dictatures infames et meurtrières. Ce n’est pas un hasard si le modèle néo-libéral qui depuis s’est étendu au monde a été inauguré sous le CHili de Pinochet après 1973.

Cet assaut des monopoles financiarisés européen qui prend tout son essor dans le début des années quatre-vingt témoigne du fait que la crise financière actuelle ne doit pas être isolée de la concurrence monopoliste portée à son plus haut niveau. Après les colonies, il y a eu un nouveau système qui a “libéré” de la tutelle politique directe pour renforcer l’emprise de l’exploitation des ressources, un peu à la manière dont le capitalisme avait  “libéré” le travailleur du servage, en avait fait un citoyen, pour aussitôt le forcer à vendre sa force de travail à l’entrepreneur. A la base de ce pillage il y a eu la main mise de monopoles sous une forme financiarisée c’est-à-dire étendant et collectivisant la propriété à travers des institutions comme les fonds de pension, avec toujours plus la concentration monopoliste et des directions mais la diffusion des actions dans l’épargne des pays riches. Les années quatre vingt et la vague néo-libérale peuvent être comparée à de nouvelles expéditions vers les ex-pays colonisés par le biais de la financiarisation mais imposant l’exploitation monopoliste et transformant la structure de la propriété dans les pays européens. Il suffit de penser en France à Suez, à EDF, Total etc…

On ne comprend rien par parenthèse à la haine dont est poursuivi Chavez si l’on ne mesure pas que son pays dominé par les majors étasuniennes du pétrole et la banque de Santander a été arraché à leurs tentacules. La lutte de Chavez a une triple dimension,1) lutte contre les Etats-Unis qui lui reprochent son indépendance à l’OPEP, dans tout le continent sud-américain et renégociation des contrats pétroliers. 2)lutte contre l’Espagne et ses monopoles, les banques mais aussi Respol la société pétrolière et enfin l’influence idéologique  travers les médias 3) lutte contre la Colombie voisine qui a été en particulier sous le narcotrafiquant tortionnaire Uribe le lieu dont partait tout le trafic de drogue, la mafia des paramilitaires liés aux grands propriétaires vénézueliens. A tel point que le coup d’Etat contre Chavez a été mené par l’amabassade des Etats-Unis et celle d’Espagne en relation avec quelques mafieux capitalistes locaux.

La vague progressiste en Amérique latine a consisté à tenir la dragée haute aux monopoles des Etats-Unis qui n’ont réussi à imposer leurs vues d’intégration qu’au mexique qui est entré dans une vague de violence et de misère extrême. Pour une part la fragilité de l’Espagne et de son secteur financier est lié à la bulle immobilière mais aussi à la difficulté à exploiter l’Amérique latine.

Quel que soit le pays que l’on analyse on ne doit jamais oublier ce qui est le grand bouleversement de ce XXI e siècle, l’apparition d’un monde multipolaire et la fin de ce qui paraissait être sorti de la deuxième guerre mondiale: un monde tripolaire, Etats-Unis, Europe, japon, les deux derniers acceptant d’être les vassaux politiques du premier au nom de la prospérité économique, l’ONU et son conseil de sécurité étant le symbole de cette hégémonie qui aujourd’hui se délite sur le plan économique. Il ne reste plus qu’une suprématie militaire incapable de maintenir l’ordre et ce qui dévrait être des opérations de simple police sur les peuples revendiquant leurs souveraineté. La crise européenne est à la fois le crise d’un modèle néo-libéral et la crise de l’hégémonie occidentale.


La nouvelle étape de la spoliation espagnole avec la crise financière


Nous sommes aujourd’hui à un nouveau stade de cette histoire scandaleuse puisque l’Espagne est désormais captive de son secteur financier fragilisé par l’engouement pour la spéculation immobilière (une crise des subprimes), ce qui correspond en fait à une thrombose puisque personne ne prête plus à personne, tant il y a eu des jeux de cavalerie dans ce qui est censé justifier les prêts et crédits. L’accés au marchés financiers devient de plus en plus problématique et à des tazux de plus en plus usuraire pour l’ensemble de l’économie y compris celle qui n’est pas dans la bulle immobilière mais qui est bloquée par l’impossibilité d’emprunt et les déséquilibres des prix, leur gonflement à la consommation.

l’Europe préfère faire payer le contribuable espagnol que faire contribuer les investisseurs institutionnels à la débâcle du secteur bancaire ibère Parce qu’il ne s’agit pas seulement de sauver les banques espagnoles en fait les banques continentales, allemandes en particulier verront leurs créances remboursées au centuple grâce aux sommes colossales exigées des contribuables espagnoles (c’est le même mécanisme que celui qui a été appliqué à l’irlande). C’est un système extraordinaire qui fait que les banques allemandes mais aussi françaises vont être remboursée à un prix largement supérieur au loyer de l’argent fixé par la BCE.

les premières pertes des banques espagnoles seront prises par les actionnaires, en particulier par les détenteurs des titres hybrides plus risqués que les obligations classiques. Le reste du passif et il est considérable sera garanti par l’Etat espagnol et l’Europe, il s’agit du salaire des employés, des dépots des Espagnols ou les créances que les banques et les assureurs ont entre eux.

comme le souligne le journal financier la Tribune : “Les Espagnols vont donc passer trois fois à la caisse. D’abord, leur patrimoine immobilier a fondu . Il avait augmenté à un rythme délirant. L’atterrissage est douloureux mais inévitable. Ensuite ils vont perdre les avoirs qu’ils avaient sur les banques. Pas ou peu leurs dépôts puisque ces derniers sont garantis jusqu’à 100.000 euros par personne. En revanche, leurs actions ou leurs parts sociales vont se volatiliser. Or, en Espagne, comme jadis en Belgique quand Fortis se sentait vaciller, les caixas ne se sont pas gênées pour fourguer leurs propres titres à leurs clients dans des « produits d’investissement » packagés de telle manière que l’épargnant n’y voit que du feu. Une bonne partie sinon tout cet argent sera perdu. Enfin, les Espagnols passeront à la caisse une troisième fois, en tant que contribuable, pour financer le passif restant des banques une fois que tous ceux qui avaient pu éponger des dettes auront été essorés.   Bref. Non seulement ils vont perdre leurs avoirs mais ils vont contracter de nouvelles dettes pour…. rembourser les investisseurs institutionnels. Pour l’instant, il est impossible de dire dans quelles proportions ces transferts vont avoir lieu car l’évaluation des actifs des banques est en cours. Mais on parle en milliards d’euros, sinon en dizaines de milliards d’euros. C’est beaucoup pour un pays dont un quart de la population active est au chômage et dont le gouvernement n’en finit pas de couper dans les bénéfices sociaux pour tenter de conserver un étroit accès aux marchés de capitaux.”   C’est là qu’apparaît le plus clairement ce qu’est l’Europe en réalité, un lieu non de solidarité mais de concurrence intermonopoliste à un stade le plus élevé. D’abord le fait qu’il y a eu une conccurence internation et leurs monopoles et secteurs bancaires avec des zones de profit, de véritables bulles encouragées, la fragilité des secteurs financiers, causée par l’excès de dettes de toutes sortes, un peu comme dans la crise des subprimes oblige  toujours plus chaque pays à convertir de la dette privée en dette publique, puis à transformer la dette nationale en dette européenne pour répartir sur le contribuable européen non pas une part du poids qui pèse sur les épaules du contribuable grec, italien, espagnol mais pour poursuivre le système qui accorde aux banques allemandes et françaises un remboursement trés profitable…


Perspectives?


Dans ce système tout l’enjeu est d’imposer au plus faible le plus mauvais remboursement de ses créances. Nous sommes typiquement dans une situation de crise capitaliste qui se traduit par une nouvelle vague de concentration monopoliste et ou un bellicisme accru.   Ceux qui subissent en première ligne ce système et qui de fait subissent un véritable essorage de leurs avoirs à savoir les créanciers espagnols, le secteur financier espagnol  plus le pompage du contribuable espagnol a ses hommes au pouvoir et ceux-ci ne voient de solution que dans la déflation, toujours plus d’austérité et de rigueur ce qui accroît la spirale infernale de l’endettement et de la récession.

ce qui se passe en Espagne sur le plan politique montre que les Espagnols ne sont pas prêts à accepter cette situation et témoigne d’une remise en cause profonde du système comme si le masque qui avait été posé sur ce pays à la chte du franquisme rompait de partout à la fois.

Le système issu du franquisme, nous venons de le voir,  a reposé sur l’intégration européenne et le développement économique qu’elle permettait mais aussi la garantie démocratique que représentait cette intégration. La monarchie était en quelque sorte la façade de cette quadrature du cercle: comment poursuivre le franquisme en ne changeant rien à ses élites économiques, judiciaires, culturelle, médiatiques tout en se présentant comme une démocratie prospère et unie?

En fait les signes de décomposition étaient à l’oeuvre depuis pas mal de temps et l’Espagne se fragmentait en provinces comme pour marquer le refus de la coexistence entre régions prospères et pauvres, la logique concurrentielle européenne jouait à plein. Avec la crise violente et ce que subissent les Espagnols on assiste paradoxalement à de nouvelles formes d’unification autour de l’idée de République et la montée des luttes se dirigeant de toutes l’Espagne vers la capitale Madrid. Que faut-il en penser? Là encore nous sommes dans un processus c’est-à-dire que chaque moment doit être analysé dans sa capacité ou non à résoudre les contradictions ou au contraire à tenter de bloquer toute issue.


Danielle Bleitrach

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 16:01

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"Toutes les dettes accumulées par l’intermédiaire du Mémorandum sont illégitimes"

"Nous allons soutenir tous vos efforts"


par Despina Papageorgiou du mensuel grec « Crash » (juin 2012)


En 2007, à Quito, un groupe d’experts rentrant dans leurs chambres d’hôtel sont restés sans voix : des boîtes entières de documents du ministère de l’Economie, se rapportant à la période antérieure à la présidence de M. Rafael Correa, avaient tout simplement disparu. Ces experts étaient membres du Comité d’audit de la dette de l’Equateur, qui avait été mis en place après l’élection de Correa. Le Comité était composé de douze experts de l’Équateur et six provenant de l’étranger. Le politologue belge et historien Eric Toussaint était l’un d’entre eux. La parole lui est donnée aujourd’hui dans le magazine ’Crash’ où il décrit comment le mythe de David contre Goliath s’est une fois de plus matérialisé en Equateur, malgré les difficultés attendues. Après 14 mois de travail acharné, le Comité d’audit de la dette a produit les premiers résultats, déclarant une grande partie de la dette illégitime. Sur cette base, le gouvernement a ensuite suspendu le paiement des titres de la dette venant à échéance en 2012 et en 2030. Il a amené les créanciers à revendre ces titres à 35% de leur valeur d’origine. Washington eut une attaque...


Une décennie auparavant, l’Équateur était décrit comme une « république bananière ». De nos jours, selon le journal britannique « The Guardian », il pourrait être ’l’endroit le plus radical et enthousiaste où vivre’. Il y a plus d’avantages sociaux, les pauvres reçoivent des allocations et les soins de santé sont entièrement gratuits. Les dépenses publiques ont également augmenté. Le pourcentage de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté est passé de 37,6% en 2006 à 28,6% 2011.

Eric Toussaint est professeur à l’Université de Liège (Belgique), fondateur et président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM, www.cadtm.org ) et l’auteur de nombreux ouvrages. Il a travaillé bénévolement pour la Commission de l’Audit de la Dette de l’Equateur. Avec ses connaissances et son expérience, il peut certifier qu’il existe une alternative, à condition qu’il y ait une volonté politique.

Eric Toussaint est catégorique quand il affirme à ’Crash’ que la dette causée par le Mémorandum est non seulement illégitime et/ou odieuse. Il s’est également exprimé publiquement, à travers notre magazine, sur son soutien personnel et celui de son organisation vis-à-vis de tout effort en Grèce qui tendrait vers une Commission d’audit de la dette. ’Il est plus facile pour vous d’analyser votre dette que ce n’était le cas pour l’Equateur’, dit-il. ’Alors faites-le !’

Est-ce que le nouveau gouvernement grec - après les élections du 17 Juin - entendra l’appel du professeur ? Un avertissement antérieur à un autre gouvernement grec était tombé dans l’oreille d’un sourd. ’Nous avions mis en garde Georges Papandréou dans les temps ! Avant que la Grèce ne passe sous la coupe du FMI, l’ex-Premier ministre grec avait demandé conseil à Rafael Correa - sur base de sa propre expérience - sur la façon de traiter le problème de la dette ’, a raconté le ministre équatorien des Affaires étrangères, Ricardo Patinio dans un discours à Quito en février 2012 (cité par L. Vatikiotis). ’Le Premier ministre grec parlait beaucoup’, a poursuivi Patinio. « Regardez », dit Correa. « Il y a quelque chose que vous ne devez pas faire et quelque chose que vous devez absolument faire, afin de ne pas payer. Vous ne devez pas aller au FMI. Et vous devez créer un comité d’audit de la dette. » Puis, Papandreou fit exactement le contraire’ ...

Ma conversation avec Eric Toussaint a commencé par la question des élections grecques. J’ai remarqué que la proposition de la constitution d’une Commission d’audit de la dette grecque est tombée à nouveau dans la période électorale. J’ai dit : ’le fait que la proposition ait été rejetée par les deux partis qui ont présidé la Grèce depuis des décennies est symptomatique. Pourquoi pensez-vous qu’ils ne veulent pas analyser la dette, et pourquoi sapent-ils tous les efforts pour son annulation ?

« Il est clair que le PASOK et Nouvelle Démocratie ne sont pas intéressés à appuyer un audit, car leur responsabilité dans la dette du pays en ressortirait. Ils ont une énorme part de responsabilité dans la dette des années qui 1990 et 2000, ainsi que dans la nouvelle dette issue du protocole. Pour moi, c’est une dette illégitime ».

« Il convient de mentionner ici que la dette odieuse est une dette a) qui a été acceptée sans le consentement de la nation, b) pour laquelle l’argent dépensé fut contraire aux intérêts de la nation et c) que le prêteur était au courant des faits énoncés précédemment. Le concept de dette odieuse est attribué au professeur de droit, Alexander Sack [1].

« Comment expliquez-vous que la dette soit illégitime ? » demandais-je à Eric Toussaint.

« Peut-être que nous devrions commencer par la nouvelle dette, de mai 2010 jusqu’à aujourd’hui. Les règles fixées par la Troïka sont une violation des droits économiques et sociaux des citoyens grecs, illustrée par une réduction des salaires, des pensions réduites, la violation des droits élémentaires du peuple grec. Par exemple, le premier protocole n’a pas été intégralement examiné par le Parlement grec, celui-ci n’a pas véritablement délibéré ; la procédure n’était pas démocratique. La troïka a dit « vous devez accepter. Si vous n’acceptez pas les règles, vous ne recevrez pas d’aide. » Tout cela au mépris total du principe démocratique d’un pays souverain. Donc pour moi cette nouvelle dette qui en 2013 représentera la majeure partie de la dette publique extérieure grecque est illégitime et doit être annulée. »

« Nous devons aussi d’analyser la dette des années allant de 1990 à 2000, dette liée à la préparation des Jeux Olympiques, et aussi de la dette engendrée à travers les conditions d’accès de la Grèce à la zone Euro. Une grande partie de l’argent provenait de banques allemandes, françaises et d’autres banques privées des principaux pays de l’UE. Il est clair que beaucoup d’argent est entré en Grèce sous forme de dette privée ou publique. Les banques privées d’Allemagne, de France, de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg ont octroyé ces prêts, car ceux-ci leur étaient profitables. De plus, ils savaient que si un problème se présentait, ils seraient renfloués par la Banque Centrale Européenne. Ainsi, nous pouvons aussi discuter et nous interroger sur la légitimité de ce type de prêt ».

En effet, les banques ont été renflouées par la BCE à 1% d’intérêt... 

« La BCE a accordé des prêts (en Décembre 2011 et Février 2012) pour un montant de 1.000 milliards d’euros (1 000 000 000 000 €) avec un intérêt de 1% sur trois ans pour aider les banques européennes. Les grandes banques d’Allemagne, de France, de Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas, d’Autriche, et aussi les banques grecques et italiennes ont pris l’argent. »

Et maintenant les pays empruntent auprès des banques à des taux d’intérêt élevés ... 

« Ils reçoivent de l’argent à un taux d’intérêt de 1% et après cela ils prêtent cet argent aux pays périphériques à des taux de 4, 5, 6 ou 7% d’intérêt. En droit commercial, lorsque vous financez ces prêts par l’intermédiaire de crédits accordés à 1%, il contrevient aux droits commerciaux. Ces prêteurs s’enrichissent d’une manière abusive. »

Donc, la dette est juste un outil utilisé par l’élite financière et politique pour traiter avec condescendance, contrôler la population et imposer certaines politiques ?

« Il est clair que la troïka utilise la dette grecque comme un instrument, comme un outil, pour imposer une politique qui viole les droits élémentaires du peuple grec. La Grèce est alors instrumentalisée pour faire du chantage à l’égard d’autres pays - comme le Portugal, l’Irlande, l’Italie, l’Espagne - et leur imposer le même type de politique. La Grèce n’est pas une exception. La Grèce est un laboratoire où la nouvelle thérapie de choc est appliquée. »

 

Ce qui m’amène à la question suivante. Dans l’un de vos récents articles, vous avez écrit : ’L’Europe subit une thérapie de choc comme l’Amérique latine dans les années 80 et 90’. Pensez-vous que l’Europe, aussi, est maintenant entrée dans une « longue nuit néolibérale » ?

« Certainement. Le parallèle est évident. Dans les années 80 et 90, le FMI, ainsi que la Banque Mondiale et le Club de Paris, ont imposé une telle thérapie aux peuples d’Amérique latine, ainsi qu’à d’autres peuples dans le reste du Tiers Monde, en Asie - par exemple l’Indonésie, les Philippines, la Corée du Sud - après la crise asiatique en 1997. Ce n’était donc pas seulement en Amérique latine, mais dans toutes les régions du Tiers-Monde. Nous pourrions faire une comparaison avec la thérapie de choc appliquée en Russie, en Pologne, en Hongrie et en Allemagne de l’Est durant la période de réunification dans les années 90. Alors, quelles sont les politiques ? La privatisation, comme c’est le cas en Grèce en ce moment, l’augmentation de la TVA, les impôts indirects sur la majorité de la population, les licenciements dans la fonction publique, une réduction des salaires, etc. »

La recette classique du FMI ...

« Exactement. Ce qu’ils font en Grèce a été mis en œuvre il y a 20 ou 30 ans dans les pays latino-américains, asiatiques, africains et les pays de l’ex-bloc soviétique. »

Et les résultats sont évidents ...

« Ça a échoué parce que ça n’a pas créé de la croissance, ou de l’emploi. Mais la vraie motivation n’est pas la croissance de l’économie, la réelle motivation du FMI et des autres éléments de la Troïka, la BCE et la Commission européenne, est de ne pas fournir de croissance. Ils savent parfaitement qu’avec ce type de politique, la Grèce ne récupérera pas sur le plan économique. Ils le savent fort bien. Ils ne sont pas stupides. Ils sont intelligents. Ils se servent de la crise de façon stratégique pour réduire les salaires et le niveau de vie de la population, parce qu’ils veulent un pays et un monde augmentant les profits pour les grandes entreprises. C’est vraiment la motivation. Ils veulent aider et renforcer les grandes sociétés financières comme Goldman Sachs, Deutsche Bank, JP Morgan et toutes les grandes banques privées en Europe et aux Etats-Unis. »

« Quelqu’un qui n’est pas un économiste de gauche, Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel en 2001, écrivait dans son livre ’Globalization and its Discontents’ que si vous analysez superficiellement les politiques du FMI, elles pourraient sembler absurdes et vouées à l’échec, mais si vous considérez que le FMI aide et défend les intérêts du capital financier, vous vous rendrez compte que ses politiques sont vraiment cohérentes et intelligentes. »

Et ils essaient de persuader la Grèce que c’est la seule façon d’agir, mais, comme vous le savez très bien, nous avons des exemples de pays qui ont annulé des parties de la dette illégitime. Un exemple en est bien sûr l’Equateur, où vous avez participé à la Commission d’audit de la dette. Pourriez-vous nous dire brièvement comment cet effort a évolué, comment cela a-t-il porté des fruits ?

« Tout d’abord, nous devons dire que ce fut un succès à 100% et cela sans représailles. Ce qu’a fait le peuple équatorien : il a élu un nouveau président en novembre 2006, qui, par décret présidentiel, a créé une Commission d’audit de la dette en juillet 2007 pour analyser la dette pour la période 1976-2006. Le président a choisi 18 experts, 12 de l’Equateur, 6 venant de l’étranger. J’ai été l’une des ces six personnes. Il a également demandé à 4 organes de l’Etat de faire partie de la Commission : la Commission anti-corruption, la Cour des comptes, le Ministère de la Justice, le Ministère des Finances. »

Alors, le gouvernement a appuyé pleinement l’effort.

« Nous avons travaillé pendant 14 mois et, à la fin de cette période, en septembre 2008, nous avons remis notre conclusion et nos recommandation au gouvernement. Après deux mois de délibération, ils ont décidé de suspendre le paiement de la dette sous forme de titres (ceux venant à échéance en 2012 et en 2030. »

C’est étonnant, il a fallu seulement 16 mois, 14 pour le travail d’audit et deux de plus pour que le gouvernement agisse…

« Il a fallu 14 mois pour analyser et deux mois pour discuter au sein du gouvernement de ce qui devait être fait. Nous avons eu plusieurs réunions avec le gouvernement au cours de ces 14 mois et après, mais c’est le gouvernement qui a pris la décision finale de suspendre les paiements des titres. Après huit mois de non-paiement, ils ont réussi à forcer les détenteurs de titres à accepter une réduction de 65% de la valeur. L’Etat, l’Equateur, a acheté des obligations à prix réduits. Pour une obligation d’une valeur de 1.000 dollars, ils ont payé 350 dollars. »

Je suppose que vous avez rencontré des difficultés. Je veux dire, vous vous êtes élevés contre les créanciers internationaux, les banques et le système. Il a été rapporté dans un article que des boîtes avec des documents provenant du Ministère de l’Economie ont disparu de vos chambres.

« Il est évident que lorsque nous étions au travail, les personnes au pouvoir avant l’élection du nouveau président et qui avait été soudoyées, ou qui avaient signé des contrats illégaux qui contribuent à l’endettement du pays, n’ont pas voulu nous donner toute la documentation dont nous avions besoin pour notre travail. Sous certains points de vue, ce fut difficile, mais à la fin nous avons eu toute la documentation dont nous avions besoin. »

« Dans le cas de la Grèce, je pense que ça doit être, dans un certain sens, plus facile parce qu’il y a plus d’information disponible ; il n’y a pas de secret au sujet des conditions imposées par la Troïka par exemple. Nous pouvons analyser exactement ce que la Troïka a fait avec la Grèce dans les deux dernières années. Donc, nous n’avons pas vraiment besoin d’accéder à des secrets d’État ».

La dette de l’Equateur est passée de 1,2 milliards de dollars en 1970 à 14,25 milliards de dollars en 2006. Elle était plus petite que la dette grecque. J’ai donc demandé à Eric Toussaint :

Étant donné que la Grèce est dans la zone euro et que sa dette est supérieure à celle de l’Equateur, pensez-vous qu’il serait plus difficile pour la Grèce d’effacer la partie illégale de sa dette ?

« Je crois qu’il est plus facile d’analyser la dette grecque que celle de l’Equateur, parce que cette dernière était plus compliquée et concernait beaucoup plus de contrats que ce n’est le cas en Grèce. Dans le cas de l’Équateur, nous avons eu à analyser un par un, les contrats du pays avec la Banque mondiale, le FMI, la Banque interaméricaine de développement, les pays membres du Club de Paris, mais aussi sa dette (titres) envers les marchés. »

« Dans le cas de la Grèce, la plus grande partie de la dette sera rapidement sous forme de titres achetés par la Troïka ou de prêts accordés par elle. Donc, je pense que c’est plus facile. Dans le cas de l’Équateur, la dette aurait pu être relativement plus faible, mais il y avait plus de 100 contrats. L’analyse était donc plus difficile. »

Je me souviens de la déclaration du gouvernement Correa par l’intermédiaire du Ministre des Finances Ricardo Patinio - et il a respecté cette déclaration : « Nous n’acceptons pas ce que les autresgouvernements ont accepté. C’eci est valable pour notre politique économique dictée par le FMI. Nous considérons que c’est inacceptable. » Est-ce que les Grecs oseront faire la même chose ? ai-je demandé à Eric Toussaint :

Le peuple grec est dans la crante que si on annule la dette illégitime, il pourrait y avoir des représailles sur les marchés et qu’il ne serait alors même plus capable de manger. Dans le cas de l’Equateur, il n’y a pas eu de représailles. Y at-il une possibilité de représailles dans le cas de la Grèce ?

« Nous devons être clairs. J’ai dit qu’il n’y avait pas eu de représailles, mais nous devons nous rappeler que désormais l’Équateur ne finance plus ses politiques sur les marchés. Il n’y a pas eu de représailles, mais il est clair que si vous arrêtez de payer la dette aux banques privées, il faudra attendre quelques années avant que les banques acceptent de vous financer à nouveau. »

« La Grèce, dans les conditions actuelles, devrait trouver des méthodes alternatives de financement de ses politiques et de son développement. La Grèce devrait combiner une suspension du paiement de la dette avec un audit de celle-ci, et réformer sa politique fiscale. Le pays devrait élaborer une politique fiscale qui respecte la règle de l’égalité. Je dois mentionner, par exemple, qu’en Grèce, l’Eglise, ainsi que le secteur du transport maritime, sont largement exonérés d’impôt. Les différentes institutions et secteurs du pays devraient contribuer à la fiscalité. »

« Vous devez établir un budget fondé non seulement sur l’argent de l’étranger, mais de l’intérieur du pays aussi. Et, bien sûr, je ne veux pas dire en imposant plus de TVA aux pauvres. Je dis tout simplement que les secteurs qui ne contribuent pas au budget devraient y contribuer ».

Pendant ce temps, le peuple grec serait en mesure de survivre ?

La réponse me laisse sans voix :

« Si vous arrêtez de payer, vous aurez l’argent ! Si vous n’utilisez pas l’argent pour payer les banques, vous pouvez l’utiliser pour payer les salaires, augmenter les pensions, payer les fonctionnaires, créer des emplois, stimuler l’économie. C’est exactement ce qu’a fait l’Argentine après avoir cessé de payer sa dette en 2001. Depuis lors, ils n’ont plus demandé de financement auprès des banques étrangères privées ni auprès des marchés. Et l’Argentine se porte très bien. Ce que l’Argentine et l’Équateur ont fait, ils ont imposé de plus grands impôts sur les grandes entreprises. J’insiste : cela ne signifie pas que la Grèce devrait demander à la majorité des gens, les pauvres, à payer plus d’impôts. Je dis que les grandes sociétés privées devraient contribuer. »

Il est révélateur que, malgré le fait que l’Équateur est un pays exportateur de pétrole, le pays a reçu de petits revenus de ces exportations, étant donné que les compagnies pétrolières multinationalesobtenaient la plus grande partie des bénéfices. Cela a changé lorsque, en juillet 2010, par le biais d’une loi adoptée par le gouvernement de Correa, la part de l’Etat dans les exportations de pétrole a augmenté de 13% à 87% sur les revenus pétroliers bruts. 7 des 16 compagnies pétrolières ont fui le pays, et ont été remplacées par les entreprises d’État. Les autres sont restées. L’augmentation des recettes pétrolières d’État était de 870 millions de dollars en 2010.

En outre, les impôts immédiats, imposés principalement sur les entreprises, ont augmenté de 35% en 2006 à plus de 40% en 2011. Le projet a nécessité une forte volonté politique dans son conflit avec les intérêts des puissants. Il y avait aussi une confrontation avec l’élite nationale. Cela m’amène à la question suivante :

  Nous tenons également à ouvrir les comptes bancaires des personnes qui s’occupaient de la dette. Vous l’avez fait en Équateur, aussi.

« Si nous voulons mettre en évidence les cas de corruption, il est clair que la justice doit engager des poursuites et que le Ministère des Finances doit amener certaines personnes à répondre à des questions concrètes sur leur richesse, comment ils sont arrivés à s’enrichir, à partir de quelles sources ils ont reçu l’argent et la fortune qu’ils ont accumulée. Une Commission d’audit aurait besoin de l’aide de ceux en charge du contrôle des impôts ainsi que du Ministère de la Justice. ».

Vous avez parlé de pots de vin. Donc, vous êtes certain qu’il y en a eu.

« Dans certains cas. Oui. En Grèce, ce n’est peut-être pas le problème majeur, mais il est clair qu’il y avait des contrats financés par des prêts, des contrats pour acheter du matériel de Siemens etc. Déjà, le Ministère de la Justice en Grèce a montré que, dans le cas de Siemens, il y avait eu une énorme quantité des pots de vin versés à des politiciens dans l’optique de faire approuver le contrat avec Siemens. Ce n’est donc pas un secret. C’est bien connu ».

En Équateur, vous avez également découvert des pots de vin versés par des entreprises multinationales et des banques. Pourriez-vous nous donner quelques exemples, comme Siemens ?

« Les gens au sein du gouvernement pendant les années 90 et 2000 ont reçu de l’argent pour signer des contrats avec les banques, et pour accepter des conditions favorables aux banquiers ».

Voulez-vous dire que les pots de vin ont été offerts afin que les fonctionnaires acceptent des conditions favorables aux entreprises et non pas aux citoyens du pays ?

« Exactement ».

Vous souvenez-vous de certains cas ?

« Citigroup, mais aussi JP Morgan ont participé. Et il y avait aussi la participation d’avocats à New York qui se spécialisent dans le conseil aux banques et aux gouvernements, et qui ont également reçu leurs parts d’intermédiaires dans ce cycle de corruption. »

Il est clair que Correa a provoqué - au moins dans une certaine mesure –la ’Révolution citoyenne », qu’il avait déclaré lors de son arrivée au pouvoir. Le président de l’Equateur est le « but contre son camp » de l’Occident : en dépit d’avoir été éduqué dans les universités européennes et américaines - certaines d’entre elles, forteresses de l’école de Chicago -, quand il est arrivé au pouvoir, il a pratiqué l’exact opposé de ce qu’il avait appris. Aujourd’hui, cependant, il obtient la critique, même de la gauche, avec l’accusation selon laquelle il n’est pas allé jusqu’au bout.

J’ai demandé à Eric Tousssaint : ’Avez-vous eu un contact récent avec le président Correa sur l’abolition de la dette illégitime ?’.

« Dans le cas de l’Équateur, ce fut un succès à 100%. J’ai rencontré le président de l’Equateur en Janvier 2011, deux ans après les travaux de la Commission d’audit. Il m’a dit que c’était un succès à 100% car il n’y avait absolument pas de représailles contre l’Equateur. Il pensait dorénavant à suspendre d’autres parties du paiement de la dette extérieure. Nous allons voir ce qu’il fera ».

Il y a des critiques qui disent que l’Equateur n’a pas parcouru tout le chemin possible...

« Ils auraient pu faire plus et ils le savent. Donc, ils sont en train de penser à d’autres parties de la dette qu’ils pourraient remettre en cause. »

Toutefois, pendant ce temps, l’Equateur emprunte à la Chine à des taux d’intérêt élevés.

« Il y a certains accords entre l’Équateur et la Chine, pour l’exploration et l’exploitation pétrolière. Ils empruntent de l’argent à des sociétés chinoises ».

Eric Toussaint dit qu’il n’est pas un représentant de la présidence de l’Equateur et qu’il soutient tout simplement le changement politique positif et critique les côtés négatifs.

La Chine a été le prêteur numéro un envers l’Equateur après le défaut de paiement en 2008. L’Etat approuva un prêt de 2 milliards de dollars en 2011 de la China Development Bank. Les conditions du prêt, cependant, ne semblent pas avoir réduit les dépenses sociales : de toute l’Amérique du Sud, l’Equateur a le plus haut pourcentage de dépenses sociales par rapport à son PIB de toute l’Amérique latine et les Caraïbes.

Dans quelles conditions la Grèce peut-elle suivre l’exemple de l’Équateur ?

« Il ya deux scénarios. Si, après les élections, un gouvernement conservateur suit la politique de la Troïka, il est impossible d’imaginer qu’un tel gouvernement donne son soutien à un audit honnête. C’est le premier scénario. L’autre scénario est l’élection d’un gouvernement progressiste de gauche. S’il s’agit d’un gouvernement progressiste, démocratique et souverain, il devrait abroger l’accord avec la Troïka et entreprendre un audit de la dette. Donc, oui, dans ce cas, ce sera très positif. Un tel gouvernement saura révéler ce qui s’est réellement passé avec la dette grecque.

Dans le premier scénario, si vous avez encore un gouvernement qui respecte l’accord avec la Troïka, ce qui devrait être entrepris est un audit citoyen, totalement indépendant du gouvernement.

 Je voudrais exprimer publiquement que dans les deux cas, si le peuple veut lancer un réel audit citoyen de la dette, nous soutiendrons cette option. Dans le second scénario, si un gouvernement progressiste suspendait l’accord imposé par la Troïka et voulait auditer la dette, nous serions favorables à cette initiative avec enthousiasme. »

Supposons que la Grèce annule une partie de la dette illégitime. Cela amènerait-il à un déclenchement d’une « révolution » européenne contre la dette ?

« Si la Grèce fait cela, il y aura beaucoup de gens au Portugal et en Espagne, et nous espérons aussi en Irlande et en Italie, qui soutiendront cette décision. Et on trouvera aussi un soutien dans les pays comme la France, l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni. Nous sommes actifs dans ces pays et nous avons une campagne de solidarité avec la Grèce. Notre campagne reçoit un soutien important. Il n’est pas réaliste de dire, que les gens dans tous ces pays ont déjà compris ce qui se passe réellement. Mais il y a une partie importante de l’opinion publique qui comprend que les conditions imposées à la population grecque sont totalement inacceptables, tandis que de nombreuses personnes dans d’autres pays européens espèrent voir le peuple grec émerger comme un exemple d’un pays qui a recouvré sa souveraineté et donc être une source d’inspiration pour une force alternative en Europe ».

D’un aperçu à l’autre de l’Europe démocratique, nous avons conclu notre entretien avec Eric Toussaint. Ses dernières phrases ont persisté longtemps dans mon esprit : la Grèce pourrait ouvrir la voie pour sortir de la « longue nuit néolibérale » européenne.

’Je vais vous faire une offre que vous ne pourrez pas refuser’ était la phrase mémorable de Marlon Brando dans le film bien connu « le Parrain ». De la même manière, la Grèce semble être soumise à un chantage en respectant le mémorandum avec la Troïka. Mais la clé pour comprendre la position de l’élite internationale contre le pays se trouve dans les mots du juge à l’égard des membres de la mafia dans ce film même : « La pomme pourrie peut gâcher le cageot’ ...

... Selon l’image de la ’pomme pourrie’ (que Noam Chomsky a souvent utilisée), la raison pour laquelle les Etats-Unis ont puni Cuba n’était pas que Fidel Castro constituait une véritable menace pour eux. Leur principale crainte était que la « pomme pourrie » - le leader cubain - puisse en inspirer d’autres et créer un effet domino qui pourrirait le cageot entier. En effet, comme la « marée rouge » a gagné l’Amérique latine et a amené certains dirigeants à rompre le « Consensus de Washington », Washington a connu son plus grand cauchemar.

Dans le cas de la Grèce, si le ’Cochon d’Inde occupe le laboratoire’ – comme le dit Costas Douzinas -, si la Grèce rend la politique de la Troïka vide de sens et prouve que les démocraties ne sont pas des cul-de-sac et ne portent que des solutions uniques, l’Europe peut conduire vers la démocratie . Dans ce cas, bien sûr, les ’pommes’ ne seront pas pourries. Elles seront simplement mûres…

 


Traduit de l’anglais par Maude Petit.

[1] Voir Adam Sack http://cadtm.org/Les-effets-des-transformations-des-

URL de cet article 17219
http://www.legrandsoir.info/la-grece-pourrait-ouvrir-la-voie-en-europe-a-la-sortie-de-la-longue-nuit-neoliberale-crash.html
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Vous pouvez signer la pétition ci-dessous.

http://cgt-psa-aulnay.fr/petition/non-la-casse-de-lusine-de-psa-aulnay

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:48

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http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/STREECK/47162

 

Utilisée sans relâche pour décrire l’aggravation de la situation économique et financière depuis 2008, la notion de crise sous-entend le dérèglement intempestif d’un système pérenne. Il suffirait alors de corriger les excès pour que les affaires reprennent. Et si le capitalisme démocratique mis en place dans les pays occidentaux après la seconde guerre mondiale comportait un déséquilibre indépassable ?


par Wolfgang Streeck, janvier 2012

Jour après jour, les événements qui jalonnent la crise nous enseignent que les marchés dictent désormais leur loi aux Etats. Prétendument démocratiques et souverains, ceux-ci se voient prescrire les limites de ce qu’ils peuvent faire pour leurs citoyens et souffler les concessions qu’ils doivent exiger d’eux. Pour les populations, un constat s’impose : les dirigeants politiques ne serviraient pas les intérêts de leurs concitoyens mais ceux d’autres Etats ou bien d’organisations internationales — tels le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Union européenne (UE) — à l’abri des contraintes du jeu démocratique. Le plus souvent, cette situation est décrite comme la conséquence d’une anicroche sur fond de stabilité générale : une crise. Mais est-ce vraiment le cas ?

On peut tout autant lire la « Grande Récession (1) » et le quasi-effondrement des finances publiques qui en a résulté comme la manifestation d’un déséquilibre fondamental des sociétés capitalistes avancées, tiraillées entre les exigences du marché et celles de la démocratie. Une tension qui fait des perturbations et de l’instabilité la règle plutôt que l’exception. On ne comprendrait alors la crise actuelle qu’à la lumière de la transformation, intrinsèquement conflictuelle, de ce que l’on appelle le « capitalisme démocratique ».

Depuis la fin des années 1960, trois solutions ont été successivement mises en œuvre pour dépasser la contradiction entre démocratie politique et capitalisme de marché. La première fut l’inflation ; la deuxième, la dette publique ; la troisième, la dette privée. A chacune de ces tentatives correspond une configuration particulière des rapports entre les puissances économiques, le monde politique et les forces sociales. Mais ces arrangements furent l’un après l’autre mis en crise, précipitant le passage au cycle suivant. La tempête financière de 2008 marquerait donc la fin de la troisième époque, et le probable avènement d’un nouvel agencement, dont la nature demeure incertaine.

Conflit de répartition

Le capitalisme démocratique de l’après-guerre a connu sa première crise à partir de la fin des années 1960, alors que l’inflation commençait à s’emballer dans l’ensemble du monde occidental. L’essoufflement de la croissance économique menaçait soudain la pérennité d’un mode de pacification des rapports sociaux qui avait mis un terme aux luttes d’après-guerre. Pour l’essentiel, la recette adoptée jusque-là était la suivante : la classe ouvrière acceptait l’économie de marché et la propriété privée en échange de la démocratie politique, laquelle garantissait protection sociale et amélioration constante des niveaux de vie. Plus de deux décennies de croissance ininterrompue contribuèrent à ancrer la conviction que le progrès socio-économique constituait un droit inhérent à la citoyenneté démocratique. Cette vision du monde se traduisait par des revendications que les dirigeants se sentaient contraints d’honorer : élargissement de l’Etat-providence, droit des travailleurs à des négociations collectives libres, plein-emploi. Autant de mesures soutenues par des gouvernements utilisant abondamment les outils économiques keynésiens.

Mais lorsque, au début des années 1970, la croissance commença à fléchir, cet agencement se mit à chanceler — une instabilité qui se manifesta par une vague mondiale de protestation sociale. Les travailleurs, que la peur du chômage ne paralysait pas encore, n’entendaient pas renoncer à ce qu’ils considéraient comme leur droit au progrès.

Au cours des années suivantes, tous les gouvernements du monde occidental se trouvèrent confrontés au même problème : comment amener les syndicats à modérer les demandes d’augmentation de salaire sans avoir à remettre en cause la promesse keynésienne du plein-emploi ? En effet, si, dans certains pays, la structure institutionnelle du système de négociations collectives facilitait la signature de « pactes sociaux » tripartites, dans les autres les années 1970 furent marquées par la conviction (partagée dans les plus hautes sphères de l’Etat) que laisser croître le chômage pour contenir la hausse des salaires constituerait un suicide politique, voire une mise à mort de la démocratie capitaliste elle-même. Pour sortir de cette impasse et préserver à la fois le plein-emploi et les négociations collectives libres, une voie se dessina : l’assouplissement des politiques monétaires, quitte à laisser filer l’inflation.

Au départ, la hausse des prix ne constituait guère un problème pour les travailleurs : ils étaient représentés par des syndicats assez puissants pour imposer une indexation de fait des salaires sur la hausse des prix. En revanche, érodant leur patrimoine, l’inflation nuisait aux créanciers et aux détenteurs d’actifs financiers, c’est-à-dire à des groupes qui comptaient relativement peu de travailleurs dans leurs rangs. Dans ces conditions, on peut décrire l’inflation comme le reflet monétaire d’un conflit de répartition : d’un côté, une classe ouvrière réclamant la sécurité de l’emploi et une part plus importante du revenu national ; de l’autre, une classe capitaliste s’évertuant à maximiser les retours sur investissement. Puisque les deux parties se fondent sur des idées mutuellement incompatibles de ce qui leur revient, l’une mettant en avant les droits des citoyens et l’autre ceux de la propriété et du marché, l’inflation exprime ici l’anomie d’une société dont les membres ne parviennent pas à s’accorder sur des critères communs de justice sociale.

Si, dans l’immédiat après-guerre, la croissance économique avait permis aux gouvernements de désamorcer les antagonismes de classe, l’inflation leur permettait désormais de préserver le niveau de la consommation et la répartition des revenus en puisant dans des ressources que l’économie réelle n’avait pas encore produites.

Efficace, cette stratégie de pacification des conflits ne pouvait toutefois pas durer indéfiniment. Elle finit par susciter une réaction de la part des détenteurs de capitaux soucieux de protéger leur patrimoine. En définitive, l’inflation conduira au chômage, punissant les travailleurs dont elle avait à l’origine servi les intérêts. Aiguillonnés par les marchés, les gouvernements abandonneront les accords salariaux redistributifs pour en revenir à la discipline budgétaire.

L’inflation fut vaincue après 1979, lorsque M. Paul Volcker, fraîchement nommé directeur de la Réserve fédérale américaine par le président James Carter, décida d’une hausse sans précédent des taux d’intérêt, qui fit grimper le chômage à des niveaux inédits depuis la Grande Dépression des années 1930. Ce « putsch » fut validé par les urnes : le président Ronald Reagan, dont on dit qu’il avait d’abord redouté les retombées politiques des mesures déflationnistes prises par M. Volcker, fut réélu en 1984.

Garantir la paix sociale

Au Royaume-Uni, Mme Margaret Thatcher, qui avait suivi les politiques américaines, fut elle aussi reconduite à son poste de première ministre en 1983, malgré la hausse du nombre de demandeurs d’emploi et la désindustrialisation rapides causées, entre autres choses, par sa politique d’austérité monétaire. Dans les deux pays, la déflation s’accompagna d’une attaque en règle contre les syndicats.

Au cours des années suivantes, l’inflation resta limitée dans l’ensemble du monde capitaliste, tandis que le chômage poursuivait une hausse plus ou moins constante : de 5 % à 9 % entre 1980 et 1988, notamment en France. Dans le même temps, le taux de syndicalisation chutait, et les grèves devenaient si rares que certains pays cessèrent même de les recenser.

L’ère néolibérale s’ouvrit au moment où les Etats anglo-saxons abandonnèrent ce qui avait été l’un des piliers du capitalisme démocratique de l’après-guerre : l’idée que le chômage ruinerait le soutien politique dont jouissaient non seulement les gouvernements en place, mais le mode d’organisation sociale lui-même. A travers le monde, les dirigeants politiques suivirent avec grande attention les expériences menées par Reagan et par Mme Thatcher. Toutefois, ceux qui avaient espéré que la fin de l’inflation mettrait un terme aux désordres économiques en furent bientôt pour leurs frais. L’inflation ne recula que pour céder la place à la dette publique, dont les années 1980 virent l’envol. Et ce pour diverses raisons.

La stagnation de la croissance avait rendu les contribuables — en particulier les plus prospères et les plus influents — très hostiles aux prélèvements fiscaux. Et l’endiguement de la hausse des prix mit un terme aux augmentations d’impôts automatiques (à mesure que les revenus croissaient). Ce fut également la fin de la dévaluation continue de la dette publique par le biais de l’affaiblissement des monnaies nationales, qui avait dans un premier temps complété la croissance économique, avant de s’y substituer progressivement, comme outil privilégié pour réduire l’endettement. La hausse du chômage engendrée par la stabilisation monétaire obligea les Etats à accroître les dépenses d’aide sociale. En outre, la facture des droits sociaux créés au cours des années 1970 en échange de l’acceptation par les syndicats de la modération salariale (une forme de salaires différés) commençait à tomber. Et elle pesait de plus en plus lourd sur les finances publiques.

Puisqu’il n’était plus possible de jouer sur l’inflation pour réduire l’écart entre les exigences des citoyens et celles des marchés, c’est à l’Etat qu’il revint de financer la paix sociale. Pendant un certain temps, la dette publique constitua un équivalent fonctionnel commode de l’inflation. En effet, tout comme cette dernière, elle permettait aux gouvernements d’utiliser des ressources qui n’avaient pas encore été produites pour apaiser les conflits de répartition. Ou, pour le dire autrement : de puiser dans les ressources futures pour compléter celles d’aujourd’hui. A mesure que la lutte entre les exigences des marchés et celles de la société se déplaçait du lieu de production vers l’arène politique, les pressions électorales se substituèrent aux luttes syndicales. Au lieu de faire marcher la planche à billets, les gouvernements se mirent à emprunter toujours davantage. Un processus facilité par le faible niveau de l’inflation, qui rassurait les créanciers sur la valeur à long terme des obligations d’Etat.

Cependant, l’accumulation de dette publique ne saurait, elle non plus, durer éternellement. Depuis longtemps, les économistes alertaient les autorités sur le fait que les déficits publics drainaient les ressources disponibles et étouffaient l’investissement privé, entraînant une hausse des taux d’intérêt et un ralentissement de la croissance. Mais ils n’étaient pas en mesure d’identifier un seuil critique. En pratique, il s’est révélé possible, du moins pendant un certain temps, de maintenir les taux d’intérêt relativement bas en dérégulant les marchés financiers, et de contenir l’inflation en affaiblissant encore davantage les syndicats.

De la dette publique à la dette privée

Néanmoins, les Etats-Unis, pays où le niveau d’épargne s’avère exceptionnellement bas, se mirent bientôt à vendre leurs bons du Trésor non seulement à leurs propres citoyens, mais aussi à des investisseurs étrangers, y compris des fonds souverains. En outre, à mesure que le poids de la dette augmentait, une part croissante des dépenses publiques servait à payer les intérêts. Et, surtout, il fallait bien qu’à un moment donné, impossible à déterminer a priori, les créanciers étrangers et nationaux exigent de récupérer leur argent. Les « marchés » mettraient alors tout en œuvre pour imposer aux Etats la discipline budgétaire et l’austérité nécessaires à la sauvegarde de leurs intérêts.

En 1992, l’élection présidentielle américaine fut dominée par la question du double déficit : déficit du gouvernement fédéral et déficit commercial du pays tout entier. La victoire de M. William Clinton, qui en avait fait son principal axe de campagne, marqua le début d’une série d’efforts de consolidation budgétaire (2). A l’échelle mondiale, ceux-ci furent agressivement promus, sous la houlette des Etats-Unis, par des instances comme l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le FMI. Dans un premier temps, l’administration démocrate envisagea de réduire les déficits en relançant la croissance économique par le biais de réformes sociales importantes et en augmentant les impôts. En 1994, toutefois, les démocrates perdirent la majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat. M. Clinton fit volte-face et adopta alors une politique d’austérité, marquée par d’importantes réductions des dépenses publiques et un revirement politique qui devait, selon ses propres mots, mettre un terme à « la protection sociale telle que nous la connaissons ». Entre 1998 et 2000, pour la première fois depuis des décennies, le gouvernement fédéral américain connut un excédent budgétaire.

L’administration Clinton n’était pas pour autant parvenue à pacifier l’économie politique du capitalisme démocratique de façon pérenne. Sa stratégie de gestion des conflits sociaux consista en grande partie à amplifier la dérégulation du secteur financier, déjà entamée sous Reagan. Le creusement rapide des inégalités de revenus, causé par le déclin continu de la syndicalisation et les fortes réductions des dépenses sociales, ainsi que la baisse de la demande agrégée (3) engendrée par les politiques d’ajustement budgétaire furent contrebalancés par la possibilité pour les citoyens et les entreprises de s’endetter à des niveaux sans précédent. L’heureuse expression de « keynésianisme privatisé » fit alors son apparition pour désigner la substitution de la dette privée à sa jumelle publique. Le gouvernement n’empruntait plus pour financer l’égalité d’accès à des logements décents ou la formation des travailleurs : c’étaient désormais les individus eux-mêmes qui étaient invités (le plus souvent sans avoir vraiment le choix) à contracter des emprunts à leurs risques et périls pour payer leurs études ou pour s’installer dans des quartiers moins pauvres (4).

La politique mise en place sous l’administration Clinton fit beaucoup d’heureux. Les riches payaient moins d’impôts, et ceux d’entre eux qui avaient été assez avisés pour investir dans le secteur financier en retirèrent d’énormes profits. Mais les pauvres n’eurent pas tous à se plaindre — du moins, pas dans un premier temps. Les crédits subprime, et la richesse illusoire sur laquelle ils reposaient, vinrent se substituer aux allocations sociales (que l’on supprimait) et aux augmentations de salaire (alors inexistantes au plus bas de l’échelle d’un marché du travail flexibilisé). Pour les Afro-Américains, en particulier, l’acquisition d’un logement ne représentait pas uniquement la réalisation du « rêve américain » : il s’agissait d’un substitut essentiel aux pensions de retraite que leur emploi, quand ils en avaient un, ne leur assurait pas et qu’ils n’avaient aucune raison d’espérer de la part d’un gouvernement voué à l’austérité permanente.

Ainsi, à la différence de la période dominée par la dette publique — où l’emprunt d’Etat permettait d’utiliser aujourd’hui les ressources de demain —, c’étaient désormais les individus qui pouvaient acheter immédiatement tout ce dont ils avaient besoin, en monnayant leur engagement à verser une part significative de leurs revenus futurs sur les marchés.

La libéralisation permit donc de compenser la consolidation budgétaire et l’austérité publique. La dette privée s’ajouta à la dette publique, et la demande individuelle — façonnée à grand renfort de dollars par l’industrie florissante du casino financier — prit la place de la demande collective pilotée par l’Etat. Ce fut donc elle qui soutint l’emploi et les profits, notamment dans le secteur de l’immobilier. Cette dynamique connut une accélération à partir de 2001, lorsque la Réserve fédérale américaine, présidée par M. Alan Greenspan, adopta des taux d’intérêt très bas afin de prévenir une récession et un retour à des niveaux élevés de chômage. Mais le « keynésianisme privatisé » ne permit pas seulement au secteur financier de dégager des profits sans précédent : il fut aussi le pilier d’un boom économique qui faisait pâlir de jalousie les syndicats européens. Ceux-ci érigèrent en modèle la politique d’argent facile mise en œuvre par M. Greenspan, qui provoquait l’endettement rapide de la société américaine. Ils observaient avec enthousiasme que, à la différence de la Banque centrale européenne, la Réserve fédérale américaine avait l’obligation juridique non seulement d’assurer la stabilité monétaire, mais également de maintenir un haut niveau d’emploi. Tout cela prit bien sûr fin en 2008, avec l’effondrement soudain de la pyramide de crédits internationaux sur laquelle avait reposé la prospérité de la fin des années 1990 et du début des années 2000.

Après les périodes successives de l’inflation, des déficits publics et de l’endettement privé, le capitalisme démocratique de l’après-guerre est alors entré dans son quatrième stade. Tandis que l’ensemble du système financier mondial menaçait d’imploser, les Etats-nations tentèrent de restaurer la confiance économique en socialisant les emprunts toxiques qu’ils avaient auparavant autorisés dans le but de contrebalancer leurs politiques de consolidation budgétaire. Combinée à la relance nécessaire pour prévenir un effondrement de l’« économie réelle », cette mesure engendra un creusement spectaculaire des déficits publics. On notera au passage que ce développement ne découlait pas de la nature dépensière de dirigeants opportunistes ou d’institutions publiques mal conçues, comme le prétendaient certaines théories produites au cours des années 1990, sous les auspices, notamment, de la Banque mondiale et du FMI.

La suite est connue : depuis 2008, le conflit de répartition inhérent au capitalisme démocratique s’est transformé en une lutte acharnée entre investisseurs financiers mondiaux et Etats-nations souverains. Alors que, par le passé, les travailleurs luttaient contre les patrons, les citoyens contre les ministres des finances et les débiteurs privés contre les banques privées, aujourd’hui les institutions financières croisent le fer avec les Etats… qu’elles ont pourtant récemment soumis à un chantage pour obtenir d’eux qu’ils les sauvent. Reste à déterminer la nature du rapport de forces sur lequel repose cette situation.

Depuis le début de la crise, par exemple, les marchés financiers exigent des taux d’intérêt très variables selon les Etats. Ils exercent donc des pressions différenciées sur les gouvernements pour obliger leurs citoyens à accepter des coupes budgétaires sans précédent. Puisqu’une dette colossale pèse aujourd’hui sur les épaules des Etats, toute augmentation des taux d’intérêt, fût-elle minime, est susceptible d’entraîner un désastre budgétaire (5). En même temps, les marchés doivent se garder de soumettre les Etats à une pression trop forte, car ces derniers pourraient très bien choisir de faire défaut sur leur dette. Il faut donc que certains Etats soient prêts à en sauver d’autres, plus menacés, de façon à se prémunir de la hausse générale des taux d’intérêt sur les emprunts souverains.

En outre, les marchés n’attendent pas seulement une consolidation budgétaire : ils exigent également des perspectives raisonnables de croissance économique. Mais comment combiner les deux ? Bien que la prime de risque sur la dette irlandaise ait baissé lorsque le pays s’est engagé à prendre des mesures drastiques de réduction de son déficit, elle est remontée quelques semaines plus tard : le plan de redressement était si strict qu’il interdisait toute reprise économique (6).

Echec de la régulation

Depuis quelques années, l’administration politique du capitalisme démocratique s’avère donc de plus en plus délicate. Il est d’ailleurs probable que, depuis la Grande Dépression, les décideurs politiques n’aient jamais été confrontés à une incertitude aussi grande.

Est-il tout à fait inimaginable, par ailleurs, qu’une nouvelle bulle gonfle déjà, grosse de l’argent bon marché qui continue de couler à flots ? S’il n’est plus possible d’investir dans les subprime, du moins pour l’instant, le marché des matières premières ou la nouvelle économie de l’Internet offrent à certains des perspectives alléchantes.

Rien n’empêche les sociétés financières d’investir les liquidités dont les abreuvent les banques centrales dans ce qu’elles jugent être les « nouveaux secteurs de croissance » — au nom de leurs clients privilégiés et, pourquoi pas, pour leur propre profit. Après tout, puisque les réformes qui devaient réguler le secteur financier ont presque totalement échoué, le capital peut se montrer aujourd’hui un peu plus exigeant qu’auparavant. Et les banques, déjà décrites en 2008 comme « trop grosses pour faire faillite »  too big to fail »), peuvent espérer l’être encore davantage en 2012 ou 2013. Elles pourront donc pratiquer à nouveau le chantage dont elles ont si habilement su jouer il y a trois ans. Mais, cette fois, le sauvetage public du capitalisme privé pourrait se révéler impossible, ne serait-ce que parce que les finances publiques ont atteint la limite de leurs capacités.

Dans la crise actuelle, le risque pour la démocratie s’avère tout aussi grand que celui qui pèse sur l’économie, si ce n’est plus. Non seulement l’« intégration systémique » des sociétés contemporaines — c’est-à-dire le fonctionnement efficace de l’économie capitaliste — tremble sur ses bases, mais il en va de même de leur « intégration sociale » (7).

L’avènement d’une nouvelle ère d’austérité a gravement affecté la capacité des Etats à trouver un équilibre entre les droits des citoyens et les exigences d’accumulation du capital. En outre, l’étroitesse des rapports d’interdépendance qu’entretiennent les pays rend illusoire la résolution des tensions entre économie et société (ou capitalisme et démocratie). Aucun gouvernement ne peut plus se permettre d’ignorer les contraintes et obligations internationales, en particulier celles des marchés financiers. Les crises et les contradictions du capitalisme démocratique se sont peu à peu internationalisées, et se déploient non seulement au sein des Etats mais entre eux, selon des combinaisons et des permutations qui restent à explorer.

Lorsqu’on observe le déroulement de la crise depuis les années 1970, il semble vraisemblable que le capitalisme démocratique trouvera un moyen nouveau — bien que temporaire, lui aussi — de résoudre les conflits sociaux. Mais, cette fois, selon des modalités qui devraient être entièrement à l’avantage des classes possédantes, retranchées dans une place forte politiquement imprenable : l’industrie de la finance internationale. Après tout, peut-on exclure que celles-ci envisagent avec confiance l’issue du combat ultime qu’elles pourraient décider de livrer contre le pouvoir politique, avant d’imposer leur loi une bonne fois pour toutes ?

 

Wolfgang Streeck

Directeur de l’Institut Max-Planck pour l’étude des sociétés, Cologne. Ce texte est une version abrégée d’une analyse publiée dans la New Left Review, n° 71, Londres, septembre-octobre 2011.

(1) Pour l’expression «  Grande Récession  », cf. Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff, This Time Is Different : Eight Centuries of Financial Folly, Princeton University Press, 2009.

(2) Ensemble des mesures d’assainissement du budget destinées à améliorer le solde primaire (recettes de l’année moins dépenses hors intérêts de la dette).

(3) Demande totale de biens et services dans une économie.

(4) Lire Gérard Duménil et Dominique Lévy, «  Une trajectoire financière insoutenable  », Le Monde diplomatique, août 2008.

(5) Pour un Etat dont la dette s’élève à 100 % du produit intérieur brut (PIB), une augmentation de 2 % du taux d’intérêt qu’il paie à ses créanciers augmenterait son déficit annuel du même montant. En conséquence, un déficit budgétaire de 4 % du PIB augmenterait de moitié.

(6) Lire Frédéric Lordon, «  Sur le toboggan de la crise européenne  », Le Monde diplomatique, décembre 2011.

(7) David Lockwood a défini ces concepts dans «  Social integration and system integration  », dans George Zollschan et Walter Hirsch (sous la dir. de), Explorations in Social Change, Routledge & Kegan Paul, Londres, 1964.

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:45

7528242764_c0fe299bba.jpgLes grandes guerres impérialistes avaient débité de la gueule cassée à la tonne, la grande guerre du capitalisme dégueule ses corps brisés sans même s'en soucier.

Elle s'extrait de la voiture à grand-peine, à la fois raide et voûtée, et avance vers moi en traînant la patte. Je la sens engoncée dans son corset de douleur et cela fait déjà deux mois que ça dure. Ça doit lui faire mal à gueuler, sinon, elle aurait à cœur de faire comme si de rien n'était. C'est que c'est une dure à cuire, la Jeannette, assez rugueuse et pourtant immensément généreuse quand elle décide enfin d'accorder sa confiance.
C'est sa force de travail qui a forcé mon admiration au départ. Été comme hiver, il faut vraiment un temps de chacal pour l'empêcher d'aller trimer aux vignes. C'est physique les vignes, mais bizarrement, par ici, c'est de plus en plus un boulot de femmes. Donc elle se fait cramer la couenne ou geler les orteils par tous les temps. Et vas-y que je te rabats les flèches, et que je te tire les sarments et que je te taille les grappes ! Déjà l'année dernière, elle avait été arrêtée, puis opérée. Le canal carpien. Ou plutôt on devrait dire les canaux carpiens, mais ça sonne moche. C'est qu'en plus des vignes, il y a les canards. Toujours besoin de bras, les canards. Et ça tombe bien, c'est la nuit. La nuit, elle cueille les palmipèdes dans leur sommeil pour les transferts à l'abattoir. Avant l'aube, c'est pour le gavage. Hop, elle choppe le bestiau, le colle sous son coude, bien serré, paf, elle le gave et elle passe au suivant. C'est bien parce que ça lui permet d'être à la maison pour réveiller les gosses et les emmener à l'école. Cela dit, à force de tirer sur les bras, ça a tendance à coincer. Luxation à l'épaule. Tendinites à répétition aux coudes. Plus les canaux carpiens. Je m'en souviens bien de cette période, elle ne pouvait même plus s'habiller seule. Pour pisser, il lui avait fallu se tortiller pendant des plombes pour réussir à virer la culotte.

Quand le coup des canaux carpiens a passé, je me suis dit qu'elle allait enfin aller mieux. Mais ça n'a pas duré. Là, c'est le dos qui l'a lâchée. Faut dire que lui aussi, il prend cher, et depuis longtemps. Parce qu'en plus de la vigne le jour et les canards la nuit, elle se fait des extra le WE. Je crois qu'elle fait le service au circuit automobile. Pour compléter. Elles sont pas mal à compléter, par ici. Forcément, ça force le respect, tout ça. Ça lui fait aussi des journées bien remplies. En tout cas plus que son porte-feuille. Je me demande si elle continue les ménages. Une heure par ci, une autre par là.
Elle ne se plaint pas. Elle a son caractère. Sa fierté. Un jour, je lui ai dit qu'elle m'épatait. Mais je crois qu'elle a pensé que je me payais sa fiole.
L'autre jour, j'ai croisé son ex. On a parlé de son dos, de ses douleurs à répétition, du fait qu'elle ne peut plus arquer. Que je crois sincèrement que c'est quelqu'un de solide qui est juste en train de se tuer à la tâche. Que son corps la lâche, irrémédiablement. Qu'il lui faudrait un autre boulot, d'urgence.

  • Mais qu'est-ce que tu veux ? Par ici, sans avoir bossé assez à l'école, y a pas vraiment le choix.

Alors ça traîne. On lui a filé des antidouleurs, un peu de kiné. Rien n'y fait : elle se traîne comme une petite vieille et ça la rend furieuse. Je comprends. Moi aussi, ça me rendrait furieuse.
Ah oui, j'oubliais : elle est plus jeune que moi.

  • Vous direz ce que vous voudrez, c'est une hernie discale, j'en suis sûre !

Elle sait de quoi elle parle, Isabelle. Quelques années de caisse, avec la nouvelle flexibilité. Officiellement, elle est caissière. En vrai, elle fait tout : réception des camions, conduire le transpalette, décharger les cartons, la mise en rayon, nettoyer le magasin, trier et virer les invendus. Et la caisse aussi. 3000 articles de l'heure. Plus l'encaissement et tout. Faites vos comptes : si elle était payée à la tonne déplacée, elle serait millionnaire. En euros. Au lieu de cela, un beau matin, elle n'a pas pu sortir de son lit. Coincée. À mort. Un peu comme Jeannette. Un mal de chien que rien ne calme.

  • Tu étais en accident de travail au moins ?
  • Tu parles, le médecin du travail a dit que ça n'avait rien à voir avec le boulot.

Donc tarif sécu, perte de salaire et corps médical en mode placebo. Au bout du compte, elle en a eu ras le cul d'être handicapée et elle a fait le forcing jusqu'à un service hospitalier de métropole régionale. IRM et paf, le verdict : hernie discale. Depuis l'opération, elle est soulagée et elle a repris le boulot normalement. Elle laisse les packs de flotte et de lait au fond du caddie. Elle tente de s'économiser. Mais là aussi, c'est un boulot exigeant pour l'organisme, traumatisant pour les articulations. Elle fait gaffe.
Elle aussi, elle est plus jeune que moi.

J'en connais plein des comme ça. Le menuisier qui s'est fait aplatir l'index dans le tour et qu'on n'a pas jugé utile d'envoyer en clinique de la main. Ou ce maçon, à peine plus vieux que moi qui a perdu une partie de la flexibilité de ses doigts et à qui on a répondu qu'il allait devoir faire avec. Et ces dos, tous ces dos ! Ils disent que c'est la maladie du siècle. Je réponds que c'est le symptôme du productivisme, de l'indifférence de la machine envers ceux qu'elle utilise chaque jour, qu'elle broie et qu'elle jette quand elle ne peut plus rien en tirer. Sans compter tous les autres, comme le technicien offset qui a sniffé des solvants toute sa vie, mais qui claquera un peu après son pot de retraite, d'un cancer du sang ou des voies respiratoires. Ou tous ces agriculteurs à qui ont n'a pas toujours dit qu'il fallait s'habiller comme un astronaute pour manipuler leurs putains de produits. Qui ne s'étonnent même pas qu'il faille une combinaison intégrale pour traiter ce que l'on doit manger plus tard. Qui, quand on leur parle toxicité des phytosanitaires, lèvent les yeux au ciel et te répondent que ce n'est pas si cher payé pour avoir le privilège de nourrir sa famille.

 

http://blog.monolecte.fr/post/2012/07/08/Les-risques-du-metier

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:41

images-copie-1.jpgAvec ses bâches bleues tendues sur des branchages, les bannières de toutes les organisations en charge de la santé, de l’alimentation, des enfants, avec ses femmes accroupies devant de petits feux ou berçant les enfants devant les tentes, Mangaize, à une centaine de kilomètres de la frontière du Mali, ressemble à tous les camps de réfugiés du monde.
Avec ses 3800 occupants officiellement recensés, ce camp semble cependant étrangement vide. Une atmosphère d’absence flotte sur ce campement blotti dans le creux d’une immense dune. Abdel Khader, responsable du secours islamique, l’un des responsables, nous explique que « à part quelques vieux, la plupart des hommes sont absents. Ils ont préféré rester au Mali, de l’autre côté de la frontière, pour surveiller les troupeaux…Seules les femmes et les enfants ont été envoyées ici, en sécurité… »
Une femme âgée et très belle, qui affirme être responsable de la famille Zangala depuis la mort de son mari, agite ses boucles d’oreilles et ses bracelets, avant de se lancer dans une grande explication. Il apparaît que les nomades réfugiés ici sont des Touaregs noirs, plus précisément des Bellah, qui parlent eux aussi le tamasheq (la langue des Touaregs) et sont souvent considérés comme les esclaves des « seigneurs du désert », les nomades blancs. Serrant contre elle ses petites filles, la femme explique que « Comme tous les Noirs qui le pouvaient, nous avons préféré fuir le Mali, car à Gao, à Tombouctou, des Arabes blancs ont débarqué et nous nous sentons menacés. Dans l’histoire, nous avons toujours été discriminés, à l’avenir cela risque d’être pire…C’est pour cela que les hommes nous ont envoyés au Niger… »
Le Secours islamique, le Qatar charity, des organisations musulmanes, distribuent des nattes et du savon ; le Programme alimentaire mondial gère l’approvisionnement en mil, en riz, Médecins sans Frontières accueille les malades, mais la femme se plaint « nous n’avons ici que quelques chèvres, et le lait de nos vaches nous manque, nos enfants ont faim… »
Tout le long de la frontière du Mali s’égrènent ainsi des camps de fortune et aucun de ces réfugiés ne sait quand il retournera au Mali. Abdessalam, un jeune en T-shirt, est furieux : « il n’y a pas de réseau satellite ici, nous sommes sans nouvelles du pays… L’ONG «Télécom Sans Frontières » avait proposé un dispositif qui nous aurait permis d’effectuer trois minutes d’appels gratuits, afin de prendre des nouvelles de nos familles, de nos troupeaux, mais le Haut Commissariat aux réfugiés qui gère le camp a refusé, pour des raisons de sécurité… »
Le calme n’est qu’apparent : le Niger craint d’être entraîné dans le basculement du Mali, de passer à son tour sous la coupe des mouvements islamistes. Autour du camp de Mangaize, les militaires, dont plusieurs ont une peau claire de Touareg, se montrent discrets, mais ils sont lourdement armés et escortent avec vigilance les visiteurs étrangers, afin de prévenir tout risque d’enlèvement…
A Niamey, l’un des conseillers du président –qui refuse d’être cité car il est lui-même d’origine touarègue…- nous le confirme : « le Niger, en première ligne, est sur pied de guerre. Nous redoutons une progression des groupes islamistes qui se sont emparés du Nord du Mali, et notre armée est prête à les affronter. »
Selon lui, la situation est cependant bien différente d’un pays à l’autre : « au Niger, les Touaregs sont depuis longtemps intégrés au sein de l’armée, de l’administration, et dans la sphère commerciale, ils ont pratiquement le contrôle du secteur des transports. C’est pourquoi ils ne soutiennent guère les revendications de leurs cousins maliens qui rêvent de l’indépendance de l’Azawad, cette vaste zone désertique qui s’étend sur nos deux pays. »
Le Niger est cependant visé lui aussi par les prises d’otages, qui l’an dernier ont coûté la vie à deux jeunes Français. A Niamey, les Européens sont priés de se faire discrets et de circuler avec escorte dans la majeure partie du pays. Aux yeux du conseiller « nous sommes victimes d’un plan régional de déstabilisation : les étrangers qui sont pris en otages chez nous sont ensuite emmenés au Mali où ils sont échangés contre rançons, car les Européens paient, même s’ils ne
d’intervenir… »
Aux yeux des Touaregs du Niger, leurs « frères » maliens, partisans du MNLA, (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) se sont faits «doubler » par leurs prétendus alliés, les groupes islamistes radicaux d’Ansar Eddine, du Mujao, qui ont pris le pouvoir à Gao, à Tombouctou.
Avec une belle unanimité, nos interlocuteurs mettent en cause l’intervention de la France en Libye : « malgré ses défauts, le colonel Kaddhafi contrôlait la situation et contenait les islamistes. A plusieurs reprises, notre président, Mohamadou Issoufou, avait prévenu les Européens du risque d’embrasement, mais il n’a pas été écouté. A la fin, les combattants touaregs qui formaient le dernier carré autour de Kaddhafi sont partis avec armes et bagages. »
Selon certaines sources, maliennes et nigériennes, le Quai d’Orsay, sous la direction d’Alain Juppé, aurait conclu un accord de dernière minute avec les derniers groupes touaregs qui entouraient le leader libyen : ils livraient sa position GPS et son itinéraire de fuite, en échange d’un sauf conduit pour regagner leur pays. Avec tout leur arsenal.
Les Nigériens insistent : « à la frontière, sur ordre du président, ils ont été désarmés. Mais au Mali, on les a laissés passer. Durant longtemps, le président malien Amadou Touré a fait preuve de laxisme, tolérant les trafics d’armes et de drogue, dans l’espoir de trouver un accord avec les indépendantistes et les islamistes, jusqu‘à ce qu’il soit renversé…… »
Depuis le Niger, la situation dans le Nord du Mali est considérée comme un enjeu de sécurité nationale et si les indépendantistes du MNLA jouissent d’une certaine sympathie, en revanche leurs alliés, les Nigérians de la secte Boko Haram (un nom qui signifie « contre l’Occident ») et leurs alliés venus des pays du Golfe, de Somalie et même du Pakistan, suscitent la plus vive inquiétude : « si la situation se détériore, la violence va venir chez nous…C’est pour cela que nous sommes disposés à mener une action préventive… »
Le Niger en effet ne se contente pas d’accueillir des réfugiés désarmés : un demi millier de militaires maliens, sous les ordres d’un colonel d’origine touarègue, se sont repliés sur son territoire et ces hommes seraient prêts à se battre pour regagner leur pays.
Aux yeux du conseiller présidentiel, « la situation évolue dangereusement. Non seulement parce que les islamistes radicaux saccagent les lieux saints de Tombouctou, mais aussi parce que Ansar Eddine a entamé un travail de longue haleine, s’efforçant de convaincre à son interprétation de l’Islam les dignitaires religieux de la région. S’ils basculent du côté de l’Islam radical (qui n’est cependant pas dans la tradition des Touaregs) la situation deviendra irréversible. »
C’est pourquoi le Niger souhaiterait agir sans tarder, afin de barrer la route aux alliés locaux d’Al Qaida, de prévenir la création d’un Afghanistan à cinq heures de vol de l’Europe.
A Paris, à Washington, à Rio lors du sommet sur l’environnement, le président Issoufou tente de convaincre les Occidentaux d’appuyer une action militaire contre les « fous de Dieu » avant qu’il ne soit trop tard. Sans trop de succès à ce jour : « la France de François Hollande semble avoir compris, mais les autres pays de l’OTAN ne suivent pas. Quant à la médiation de Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso, qui a engagé un dialogue personnel avec les islamistes, elle est incompréhensible…Il serait urgent que l’Europe s’implique : ne comprend-elle pas que l’objectif final des islamistes rassemblés au Mali, ce n’est pas l’indépendance de l’Azawad, c’est de reprendre la Libye elle-même ? »

 

http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2012/07/06/face-au-mali-le-niger-a-le-doigt-sur-la-detente/

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:40

arton2522-f2158.jpgLa Bretagne n’élève pas seulement des cochons et des volailles. Elle est aussi la première région française productrice de tomates : 200 000 tonnes y sont ramassées chaque année. Une « prouesse » qui nécessite une grande consommation d’énergie et multiplie les émissions de CO2. Dans les serres surchauffées, où les tomates bretonnes poussent sur des tapis de laine de verre ou de fibre de coco, le travail est souvent pénible, mal payé et parfois dangereux pour la santé. Reportage.

Douze kilos : c’est la quantité moyenne de tomates que mangent les Français chaque année. Avis aux fans de ce fruit-légume originaire d’Amérique du Sud, s’ils veulent en manger 12 mois par an : de novembre à mai, les tomates sont importées, essentiellement du Maroc et d’Espagne, où le soleil brille plus chaudement mais où les salaires ne flambent pas, loin de là. Ce qui permet de compenser les coûts liés au transport, tant que ceux-ci n’intègrent pas le coût de la pollution. Les premières tomates cultivées en France arrivent du Sud-Est à la mi-février. À partir du mois de mars apparaissent sur les étals des tomates de Bretagne, première région productrice de l’Hexagone.

Les tomates hors-sol poussent dans la laine de verre

Pour devancer le printemps, on les fait passer du plein air aux serres chauffées. Et de la terre à la laine. « On avait beaucoup de problèmes de maladies, liées au sol, témoigne un producteur breton. Du coup, on a décidé de se passer de sol. Les tomates poussent désormais dans de la laine de roche et/ou de verre, ou plus souvent dans la fibre de coco. On leur amène au goutte-à-goutte tout ce qui leur faut en éléments nutritifs et en eau. »

Le « boom » des tomates en Bretagne, terre traditionnelle de production légumière, a commencé au début des années 1990. Entre 1995 et 2004, les surfaces de serres chauffées ont quasiment quadruplé en Bretagne, passant de 87 à 330 hectares. Et les cultures de plein champ ont été réduites de 70 %. Les rendements ont explosé. La Bretagne devrait cette année produire environ 200 000 tonnes de tomates, sur 600 000 au total en France [1]. Mais le « hors-saison » coûte cher : les dépenses énergétiques (chauffage essentiellement, mais aussi éclairage et irrigation) représentent 30 % des coûts directs de production [2]. Pour une exploitation de deux hectares de serres (surface moyenne dans l’Ouest), cela représente entre 280 000 et 340 000 euros par an ! Pour produire un kilo de tomates, il faut dépenser 13 kWh. Soit la consommation quotidienne d’une famille de quatre personnes dans une maison bien isolée.

Un travail aussi pénible qu’à l’usine

« Des aliments produits localement mais "hors-saison" sous serre chauffée pourront consommer plus d’énergie et rejeter plus de gaz à effet de serre que des produits importés de pays où ils sont cultivés en plein air, même en incluant le transport », précise l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) dans un avis publié en avril dernier [3]. Pour réduire les coûts, quelques systèmes de cogénération, alimentés au gaz naturel, ont été mis en place. Ils permettent de produire à la fois de l’électricité et de la chaleur. Une partie du CO2 libéré est réinjecté dans les serres. Mais ces systèmes « restent compliqués à mettre en œuvre », selon Yvon Auffret, président du Cerafel, premier groupement breton de producteurs de légumes. « Et les coûts de rachat par EDF de l’électricité produite ne sont pas, pour l’instant, très intéressants pour les producteurs. »

 

Côté conditions de travail, la Bretagne ne ressemble pas (encore ?) à l’Andalousie. Mais le boulot reste pénible, peu rémunéré et souvent sans perspectives d’évolution. « Le plus dur, c’est la chaleur, les jours où le soleil tape sur la serre », explique Erika [4], institutrice roumaine de 30 ans, saisonnière dans les serres de tomates du Morbihan pendant cinq à six mois chaque année, depuis trois ans. « La chaleur, c’est épuisant, confirme Benjamin, qui a été saisonnier pendant huit ans avant de décrocher un CDI comme chef de culture. Il faut être très endurant. Et puis on répète les mêmes gestes toute la journée. Comme à l’usine. Cela peut provoquer des tendinites. »

Porter 2 tonnes de tomates par jour

« Il faut aller vite », précise Erika. L’exploitation où elle travaille est dotée d’une pointeuse qui permet de connaître le nombre de kilos cueillis par chaque salarié. Les moins rapides ont parfois droit à une convocation dans le bureau du patron. « Pour les variétés les plus grosses, comme la charnue, je cueille 250 kilos par heure », décrit Erika. Soit plus de 2 tonnes par jour, qu’elle doit porter ! « Le soir, on est très fatigués. Et encore, nous sommes assis sur des charriots pour cueillir. Dans certaines serres, les salariés sont debout toute la journée. »

La plupart de ces salariés sont payés au Smic, à peine plus de 1 000 euros par mois. Mathilde, vingt-trois ans de carrière dans le secteur, est toujours, à 57 ans, payée au salaire minimum. Benjamin n’a jamais été augmenté quand il était saisonnier, payé au même tarif que les étudiants qui arrivaient sans aucune expérience. « Les gens ne disent rien. Tout le monde a peur, poursuit Mathilde. Les femmes que je connais veulent simplement garder leur travail. Elles ont des enfants à élever. Des maisons à payer. Elles sont bien contentes de trouver ces emplois près de chez elles. » C’est un secteur où il n’y a ni plaintes ni réclamations. « Le poids des salariés y est très faible, soupire un inspecteur du travail. La MSA [Mutualité sociale agricole, ndlr] les porte à bout de bras. Nous aussi. Mais nous avons de grandes difficultés à trouver des représentants salariés pour cette branche dans les instances censées être paritaires, comme les commissions paritaires d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail [CPHSCT]. »

Les plus corvéables sont évidemment les travailleurs étrangers. Pour le moment peu nombreux dans l’Ouest, ils représentent moins de 10 % de la main-d’œuvre. Mais il se murmure dans certains coins de campagne que le recours à des prestataires étrangers va devenir indispensable pour pouvoir s’en sortir. « Pour beaucoup de producteurs, la situation économique est très difficile. Elle l’a d’ailleurs plus ou moins toujours été. Évidemment, cela ne favorise pas le respect de bonnes conditions de travail », glisse-t-on à l’inspection du travail.

Pulvérisation de pesticides sans protection

Côté exposition chimique, le secteur des tomates s’en sort plutôt bien, la plupart des producteurs ayant recours à la « lutte biologique ». Pour vaincre les insectes nuisibles, ils intègrent des insectes prédateurs – coccinelle contre les pucerons, par exemple. Mais il existe beaucoup d’autres insectes qui permettent de se passer de l’outil chimique. La « lutte biologique » n’empêche pas de recourir par ailleurs aux herbicides et aux fongicides. Selon un spécialiste de la lutte intégrée, le fait que les bourdons pollinisateurs (introduits en début de saison pour féconder les fleurs) et autres insectes résistent, est un signe évident de bonnes pratiques : « Ces insectes, qui proviennent d’élevages, sont fragiles. Ils ne résisteraient pas à des pulvérisations irraisonnées de produits chimiques. » Comme les producteurs régulent eux-mêmes le « climat » dans leurs serres, ils peuvent maîtriser l’apparition de maladies et de champignons. 

Les échanges entre producteurs bios et conventionnels, comme ceux qui se développent au sein de la coopérative Prince de Bretagne, marque du Cerafel, pourraient accélérer la diminution, voire l’abandon des produits phytosanitaires. Reste que les bonnes pratiques ne sont pas mises en place par tout le monde. Plusieurs salariés font état de traitement aux pesticides, dont ils ignorent la composition. « Le gars qui traite a une combinaison de cosmonaute, avec un masque. Nous, on est là, juste à côté en train de cueillir ou d’effeuiller. Et on nous dit qu’il n’y a pas de problème », rapporte l’un d’eux. En général, c’est le patron qui traite, ou les chefs de culture, sans toujours se protéger. « C’est impossible de respirer sous une serre en plein jour avec un masque et en fournissant un effort physique. On étouffe. Donc, en général, on ne met rien », explique Benjamin.

Des ventes à perte

Autre source d’exposition : le non-respect des délais de réentrée. Ce laps de temps post-traitement, précisé sur les notices d’utilisation des produits phytosanitaires, pendant lequel il ne faut pas pénétrer sur une surface traitée. Benjamin se souvient être entré dans une serre douze heures après sa désinfection aux pesticides en fin de saison. « C’était très difficile de respirer. On avait les yeux tout rouges. Ça nous piquait partout. » Cette pratique de « nettoyage intégral », après l’arrachage des pieds de tomates à l’automne, tendrait à disparaître, de nombreux producteurs la jugeant inutile et très chère. « Je sais que ces produits sont dangereux, admet un salarié. Je connais des agriculteurs qui ont la maladie de Parkinson à cause des pesticides. Mais c’est mon boulot. Je suis obligé. Qu’est-ce que je vais faire, sinon ? Et puis il faut bien que les gens mangent des tomates, non ? »

Malgré tous leurs efforts, les producteurs bretons sont soumis à la rude concurrence des tomates espagnoles et surtout marocaines, dont les volumes ne cessent d’augmenter. Les agriculteurs français vendent régulièrement à perte. « Le but de l’État, depuis les années 1960, c’est de faire en sorte que la nourriture soit bon marché. Il faut nourrir le monde à bas prix, estime Yvon Auffret. Au final, il faut bosser dur sans être assuré d’avoir un revenu. » Jusqu’à présent, les producteurs bios s’en sortent mieux, les baisses de rendement étant compensées par de meilleurs prix de vente. « Mais ce marché se tend, avertit Yvon Auffret. Il y a beaucoup d’importations en bio, y compris de l’hémisphère Sud. » Et les collectivités publiques, qui veulent de plus en plus de bio notamment dans les cantines, ne sont pas toujours exemplaires. Leurs appels d’offres favorisent trop souvent le moins-disant social, d’où qu’il vienne. Ce qui ralentit la transition de la filière bretonne vers l’agriculture biologique et freine les améliorations des conditions de travail.

Nolwenn Weiler

Photo : CC Jinax et gaudiramone

Notes

[1] Un dixième de la production régionale est exportée, principalement vers l’Allemagne.

[2] Selon une étude conjointe de l’Association d’initiatives locales pour l’énergie et l’environnement (Aile) et des chambres d’agriculture bretonnes de 2006, le prix de revient au m2 s’élève à quasiment 17 euros pour les serres chauffées au fioul (25 % du total), et à 14 euros environ pour le gaz naturel (65 % des surfaces) et pour le bois.

[3] Un exemple cité par l’Ademe : une salade cultivée sous serre en Allemagne, en plein hiver, aura un bilan deux fois plus élevé en termes d’émissions de CO2 (de la production à la consommation) qu’une salade importée d’Espagne, cultivée en plein air.

[4] Tous les prénoms ont été modifiés à la demande des interlocuteurs.

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