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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:37

Des demandeurs d’asile, un campement au bord d’une gare, des cars de CRS. Évacuation, fichages… À Lyon, le préfet perpétue une politique d’un temps qu’on croyait enfin révolu. Et propose des charters pour expulser des personnes en situation régulière. La consigne ? Que les familles déplacées ne s’installent « nulle part ». Évacuer le « problème ». Ce soir, à Lyon, des enfants dormiront encore à la belle étoile.

Photo : © Bertrand Gaudillère / item

 

À 7 h 30, lundi 9 juillet, la police encercle le campement situé au niveau de l’esplanade des taxis de la gare de Lyon-Perrache. Plus personne n’est autorisé à entrer ou à sortir du périmètre de sécurité.

Un officier de la PAF (Police de l’air et des frontières) est à l’affût. Comme un chasseur qui flaire sa proie, il passe de tente en tente avec une traductrice et demande frénétiquement : « Il y a des Roumains ? Il y a des Roumains ? » Les Roumains, c’est du gros gibier. Si la PAF peut en attraper un qui est en France depuis plus de trois mois, c’est le jackpot. Ce soir, la préfecture communiquera sur : « La police démantèle un campement de Roms et expulse des étrangers en situation irrégulière. » Mauvaise pioche. Pas plus de Roumains dans le camp que de socialisme dans la politique de Valls.

Ce campement est en effet occupé par des demandeurs d’asile qui sont tous en situation parfaitement régulière sur le territoire français. Théoriquement, ils devraient être hébergés en centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada). Théoriquement seulement, parce qu’à Lyon, cela fait belle lurette que les centres sont saturés et que des centaines de demandeurs d’asile sont abandonnés à la rue.

Toutes les personnes sont recensées, fichées puis regroupées dans un coin avant d’être autorisées à prendre leurs affaires et à partir. Les enfants, le regard perdu entre des dizaines de policiers, ne comprennent pas ce qui leur arrive. Les adultes non plus. L’un d’entre eux regrette : « Pourquoi on nous autorise à demander l’asile politique en France si c’est pour nous jeter à la rue ? La France n’avait qu’à nous dire qu’elle ne veut pas de nous, on serait allés dans un autre pays. » En voyant les familles regroupées dans un coin et encerclées par la police, un parent d’élève dont le fils était en classe avec un enfant du campement se désole : « Je n’étais pas là en 40, mais les rafles, ça devait ressembler à ça. »

Financer des charters ou des centres d’hébergement ?

Dans l’après-midi, les familles ont été bloquées sur la place Carnot, située juste à côté de la gare, par la police, qui les empêchait de quitter les lieux. Alors que le matin même, elle avait promis de les empêcher de s’y installer. Pour être exact, les familles avaient le droit de circuler, mais pas d’emmener leurs affaires, de peur qu’elles ne se réinstallent autre part. C’est nouveau, en France, si vous êtes étranger, vous n’avez plus le droit de circuler avec une tente et des couvertures. Pourvu que le préfet du Rhône, monsieur Carenco, ne soit pas appelé à des fonctions nationales… Sinon il va ruiner notre activité touristique en interdisant le territoire aux millions de Hollandais qui viennent camper en France chaque année.


© Bertrand Gaudillère / item

En fin de journée, le préfet a reçu une délégation conduite par Nathalie Perrin-Gilbert, la maire du Ier arrondissement de Lyon, et Armand Creus, conseiller régional du Front de gauche. Le bilan de la réunion est bien maigre, mais le numéro de théâtre du préfet valait le déplacement. Lyon, c’est la ville de Guignol.

Morceaux choisis :

Le préfet n’a plus d’argent pour héberger les demandeurs d’asile. En revanche, il en a encore beaucoup pour les expulser par charters… S’ils acceptent. Car tous étant en situation régulière, il a besoin de leur accord…

Le droit au logement n’est pas inconditionnel et il est réservé en priorité aux Français.

Ses interlocuteurs, n’en croyant pas leurs oreilles, lui ont demandé de répéter car ils ne pensaient pas qu’un préfet pouvait ignorer à ce point la loi.

Cerise sur le gâteau : le préfet a finalement proposé que les familles l’attaquent au tribunal administratif afin qu’il les reloge lorsqu’il sera condamné. Autrement dit, il sait qu’il est hors-la-loi en laissant des femmes et des enfants dehors, mais si un juge ne le lui rappelle pas avec une condamnation sous astreinte, il ne les logera pas.

Déplacés à quelques dizaines de mètres

Plus de deux mois après l’élection de François Hollande, les préfets sarkozystes continuent donc à appliquer la politique inhumaine de stigmatisation des étrangers de leur ancien patron. À moins qu’ils n’appliquent tout simplement la nouvelle politique définie par messieurs Hollande et Valls ?


© Bertrand Gaudillère / item

Ce matin, des dossiers pour des « référés-libertés » [1] vont être constitués afin d’attaquer l’État socialiste pour qu’il ne laisse pas dormir à la rue des demandeurs d’asile qui devraient être hébergés en Cada. En attendant, plus de cent personnes, dont de très nombreux enfants en bas âge, ont passé cette nuit dans des tentes ou à la belle étoile, à quelques dizaines de mètres de l’endroit où elles étaient la veille.

Ce soir, à Lyon, des orages sont annoncés. Où les familles vont-elles dormir ?

La police avait expliqué lors de l’expulsion avoir reçu des consignes pour que les familles ne s’installent nulle part. Un militant a fait remarquer aux policiers qu’elles seraient encore à Lyon ce soir et qu’il faudra bien qu’elles dorment quelque part : « Ce n’est pas en les pourchassant jour et nuit que vous réglerez le problème, d’autant plus qu’ils sont en situation régulière. Tuez-les tous, ça ira plus vite !… »

Philippe Alain

Voir son blog

Photos : © Bertrand Gaudillère / item

Notes

[1] Le référé-liberté permet d’obtenir du juge des référés « toutes mesures nécessaires » à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle l’administration aurait porté atteinte de manière grave et manifestement illégale. Le juge se prononce dans ce cas en principe dans un délai de 48 heures. Source : Conseil d’État.

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:32

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- Une croix gammée tracée dans un champ en Allemagne, en août 2010. REUTERS/Michael Dalder. -

http://www.slate.fr/story/59077/extreme-droite-ecologie-bio

Pour faire passer son rejet du métissage et de l'immigration musulmane, une frange de l'extrême droite défend les Amap, le bio et les coopératives agricoles. Un retour très tendance au bon vieux temps qui recycle les vieilles rengaines réactionnaires.

 


L'extrême droite veut que tout le monde sème. C'est son côté fleur bleue. Sous couvert d'agriculture biologique et de protection de la nature, des militants identitaires en France, franchement néonazis en Allemagne, s’immergent dans la société pour mieux diffuser leurs idées.

Commençons notre balade champêtre dans le sud de l'Allemagne. Bienvenue chez Hans-Gunter Laimer, pantalon vert et chemise à carreaux, implanté en Basse-Bavière. «Quand Laimer organise une journée portes ouvertes dans sa ferme, il y a un groupe de joueurs de flûte, une conteuse et un marché aux puces pour enfants. Un véritable petit paradis bio», raconte la Suddeutsche Zeitung.

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C'est chou. Sauf que l'agriculteur a présenté sa candidature aux élections locales sous la bannière du NPD, le parti néonazi présent dans certains Parlements régionaux. «Qu'est ce que mes cornichons ont de différents par rapport à ceux d'un Vert?», demande benoîtement l'exploitant. 

Des «hippies à la Mad Max»

Il est également membre du conseil d'administration de l'association Midgard, qui publie le magazine Umwelt&Aktiv, petite revue consacrée à l'agriculture bio. En apparence, pas de quoi fouetter un chat: nombre d'articles traitent des biocarburants, des OGM ou donnent des conseils avisés pour un potager aux petits oignons.

Puis, au détour d'une page, on tombe sur un fatras ésotérique de mythes germaniques et rites païens. Dans la rubrique «sécurité intérieure», les lecteurs du numéro de mars 2011 pouvaient aussi apprendre que le peuple allemand périra, biologiquement et spirituellement, s'il se risque à procréer avec des personnes d'une autre origine ethnique. Et se voit appelé à la résistance face au déferlement des mutilations génitales ou de la lapidation— pratiques forcément juives ou musulmanes– sur le sol germanique. La revue est d'ailleurs considérée comme «une publication de propagande cachée du NPD» par la Direction de la sécurité du territoire.

Jean-Yves Camus, spécialiste des extrêmes droites en Europe et chercheur associé à l'Iris, inscrit Umwelt&Aktiv dans la mouvance völkisch. Les penseurs de ce courant intellectuel, né à la fin du 19ème siècle, défendent la nécessité de pureté de la «race», sous peine de disparition. Fatalement, le paysan allemand, préservé de la modernité, devient l'exemple à suivre.

Leurs héritiers sont des «hippies à la Mad Max», selon l'expression de l'historien Stéphane François, persuadés d'être engagés dans une «guerre ethnique» et que seul le retour à la terre, aux racines peut préserver leur identité germanique. Leur credo, que l'on retrouve aujourd'hui sur des affiches du NPD: «Défendre l'environnement = Défendre la mère-patrie».

«Ils diffusent une manière de vivre […] qui est à la fois nationaliste et autoritaire, et dans laquelle il n'y a pas de place pour le pluralisme et la démocratie», précise au Guardian Gudrun Heinrich, politologue à l'université de Rostock et auteur d'un livre intitulé Braune Oekologie («L'écologie brune»).

Des dizaines d'exploitations tenues par des néo-nazis

Hans-Gunter Laimer est loin d'être un cas isolé. Un article des Dernières nouvelles d'Alsace recense pas moins d'une soixantaine d’exploitations agricoles biologiques tenues par des membres du NPD, rien que le long de la Baltique, au nord du pays.

En fait, depuis les années 1990, de nombreux paysans, qui vendent localement leur récolte, s'évertuent à revigorer les traditions de la ligue d’Artaman, un club de joyeux drilles nationalistes bien décidés à revigorer la nation et la «race aryenne» en moissonnant dans des fermes collectives. Heinrich Himmler en fut membre et Richard Darré, général SS et ministre de l'Agriculture du troisième Reich entre 1933 et 1941, l'un des principaux théoriciens.

En réponse à l'ampleur du phénomène, le département de mise en valeur du milieu rural du Land de Rhénanie-Palatinat a même produit une brochure intitulée «Protection de la Nature contre l'extrémisme de droite» qui vise à aider les agriculteurs biologiques résister à l'infiltration de fascistes dans leurs rangs.

Mettre la main au panier (bio)

En France aussi des militants, certes bien moins nombreux, ont pris la clef des champs. Leur marotte, encore et toujours: chacun chez soi et les vaches seront bien gardées.

A l'été 2011, les habitants de Thorey-en-Plaine, en Côte-d'Or, découvrent le «Cercle grevelon» qui, rapporte le quotidien d'informations en ligne Dijonscope, proposait des paniers bio tout ce qu'il y a de plus anodins, garnis de produits locaux: «une Amap comme une autre». Sauf que Mathieu Bouchard, trésorier du Cercle —dissout à l'hiver 2011— est membre du Bloc identitaire, de même que d'autres créateurs de l'association: «Je ne vois pas ce qu'il y a de politique à vendre des fruits et légumes en faisant travailler les petits producteurs locaux», précisait-il déjà à l'époque en dénonçant «un amalgame».

 Admettons, une hirondelle ne fait pas le printemps.

Des pétitions de Greenpeace sur des sites racistes

Pas besoin de s'appeler Hercule Poirot pour dénicher dans la nébuleuse des sites de la droite radicale d'autres traces de ce noyautage. Visite express. Le Mouvement d'action sociale, d'inspiration fasciste, entend «préserver notre environnement, la richesse des pays et des terroirs, promouvoir une écologie organique qui rende à notre terre sa fonction sacrée et développer le micro-crédit social, les sociétés d’entraides mutuelles, les Amap, les systèmes d’échanges locaux».

«À Réfléchir et Agir [revue identitaire, païenne et racialiste, qui promeut l'idée d'un grand ensemble européen "blanc", de Brest à Vladivostok], on débat même sur les mérites respectifs de la vie citadine et du retour au rural», notait Jean-Yves Camus dans un article publié en mars 2011 par Charlie Hebdo:

«Plusieurs initiatives, qui mêlent projet de vie collective enracinée, refus de la société de consommation et écologie, voient le jour. Des réseaux d'achat direct de produits souvent bio sont créés: Coopérative parisienne; Terroirs et productions de France; ferme de Saumane; Terres arvernes, tous proches du Bloc identitaire!»

L'association Terre et Peuple, ouvertement racialiste, diffuse sans sourciller une pétition de Greenpeace contre les OGM. Ti-Breizh, la Maison de l'identité bretonne, ouverte officiellement depuis 2009 sur la commune de Guerlesquin (Finistère), entend défendre des «projets à caractère identitaire, écologique, caritatif». Son site renvoie vers la liste des Amap du département ou encore vers la Ferme du bout du monde, en Haute-Loire, pourtant sans aucun lien avec cette mouvance (l'exploitant est élu sur une liste de gauche). Un braconnage en règle sur un terrain généralement labellisé à gauche.

«Des tentatives d'enracinement existent depuis les années 1980. Ça reste marginal, d'autant que ces idées ne sont absolument pas suivies au sein du Front national. Son électorat n'y est guère sensible, précise Jean-Yves Camus. Mais ça gagne en cohérence avec le mouvement identitaire, au discours très structuré. Surtout que le thème du localisme est désormais passé dans les médias. Ces idées sont issues d'une longue tradition, qui remonte aux années 1920, mais il y a aussi une part de tactique dans la mesure où elles sont désormais audibles, en particulier par les jeunes.»

Le retour au local contre l'immigration musulmane

Ces identitaires —qui défendent à la fois une soi-disant «civilisation européenne» et une forme de régionalisme— ont fait de l'«enracinement» et la défense des terroirs, rebaptisés «patries charnelles» ou «communautés naturelles», des thèmes majeurs de leur programme. Ainsi, le Bloc Identitaire (BI) a consacré un débat entier à l'écologie à l'occasion de sa Convention de 2008.

Arnaud Gouillon, candidat du BI à l'élection présidentielle de 2012, défend également le localisme et, pour couper court à toute accusation de racisme, affiche son respect des identités, de toutes les identités. A une condition: que chacun s'occupe de ses oignons. Chez soi.

Le discours est calibré au quart de poil pour coller aux aspirations environnementales tout en respectant à la lettre la ligne dure du mouvement. Derrière la promotion des particularismes locaux, la peur d'être «submergé» par l'immigration musulmane. Le rejet de l'agriculture intensive masque une vision fantasmée de la nature et un refus radical de la modernité. Les vieilles rengaines d'extrême droite ripolinées en vert.

Pour autant, s'agit-il, en France comme en Allemagne, d'une simple OPA sur des thèmes en vogue et porteurs? Les identitaires marchent-ils sur les plates-bandes des écolos de gauche ou des altermondialistes pour s'offrir une caisse de résonance? Ce serait trop simple.

«Globalement, les écologistes se disent de gauche, bien que leurs valeurs soient clairement conservatrices, donc de droite. Ces références conservatrices ont donné naissance à un courant de l’écologie politique que certains ont pu qualifier de "réactionnaire", couvrant un spectre politique allant de la droite à l’extrême droite, et dont l’influence se fait de plus en plus grande dans les milieux altermondialistes», précise Stéphane François, spécialiste des droites radicales et chercheur associé au CNRS.

Une sacrée patate chaude que voilà, développée dans son dernier ouvrage consacré à la question, L’Écologie politique. Une vision du monde réactionnaire?. Le chercheur y rappelle que les Verts allemands ont été influencés dès l'origine par les idées conservatrices de la Nouvelle droite [1]. Et met en lumière les compagnonnages, le mélange des genres au sein de revues comme The Ecologist d'Edward Goldsmith [2] —adoubé prix Nobel alternatif en 1991— Éléments, le magazine de la Nouvelle Droite, ou encore Le Recours aux Forêts de Laurent Ozon [3]. De quoi brouiller les pistes.

La technique du coucou

Si, depuis une centaine d'années déjà, des groupes de droite réactionnaire labourent donc le champs du terroir, du localisme et de l'écologie –thèmes aujourd'hui estampillés à gauche–, l'idée de diffuser en douce des idées d'extrême droite est plus récente. Et la technique de dédiabolisation rudement efficace.

Les spécialistes allemands notent l'implication des militants radicaux, revenus à la terre, dans la vie associative et communale. Selon un expert du «Groupe de travail sur les colons racistes», qui refuse d'être cité nommément, «la plupart d'entre eux prennent un rôle actif dans la vie du village, s'impliquant dans les écoles et les garderies». «Leur objectif est que les gens n'associent plus le NPD à un mouvement politique mais à un groupe établissant de simples passerelles vers la vie des citoyens», explique un autre.

En septembre 2010, le gouvernement du Land de Mecklembourg-Poméranie avait déjà adopté une loi obligeant toute personne ouvrant une garderie ou une crèche à s’engager à respecter la constitution démocratique du pays. Objectif de l’opération: empêcher des néo-nazis de créer des Kindergarten, d’influencer l’enseignement ou de se faire recruter comme professeurs dans les crèches et autres écoles maternelles, phénomène qui s’est développé au cours des dernières années.

«S’emparer d'un système moribond est un mauvais choix tactique. Mieux vaut à mon sens créer des alternatives constructives à côté pour préparer l'avenir avec les personnes conscientes de la situation», nous explique Roark, de son vrai nom Olivier Bonnet, porte-parole de Des Racines et des Elfes –comprendre «Européens, libres, fiers, enracinés et solidaires» – qui chapeaute le projet de la Desouchière, né en 2008, projet que Jean-Yves Camus décrit comme une tentative «d'habitat communautaire pour les 100% Gaulois».

«Pour prendre un exemple, poursuit notre elfe qui se sent pousser des ailes, plutôt créer une école hors-contrat efficace que tenter d'influencer laborieusement l'école publique du coin.» Un objectif terre à terre pour couper l'herbe sous le pied de leurs détracteurs. Et faire germer des graines dans les esprits.

Damien Dubuc

[1] En France, cette école de pensée, qui se situe entre droite et extrême droite, entendait lier combat politique et combat culturel. Elle est opposée à la mondialisation libérale sans être pour autant attachée à la Nation. Revenir à l'article

[2] Dès 1968, Edward Goldsmith participe à la fondation de ce qui allait devenir Survival International,     l'organisation de défense des peuples premiers. Un an plus tard, il lance au Royaume-Uni The Ecologist, une revue austère, mais qui allait s'imposer comme une référence dans la réflexion sur l'actualité environnementale (une déclinaison française existe depuis 2000). La revue critique violemment la Banque mondiale et l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais Teddy est aussi un penseur conservateur, voire franchement réactionnaire, «hostile à l'idée de progrès et à la modernité issue des Lumières», décrypte Stéphane François. Revenir à l'article

[3] Cet ancien militaire de 44 ans aime à mettre en avant son passage chez les Verts, de 1993 à 1995 et se targue d'avoir participé à la constitution d'Europe Écologie. Sa défunte revue Le recours aux Forêts a publié les contributions d'Edward Goldsmith mais aussi de Serge Latouche et d'Alain Caillé, les animateurs du Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales (MAUSS), dont l'engagement à gauche ne souffre pas de contestation. Après un tour de piste chez les Identitaires, Ozon est entré en janvier 2011 au bureau politique du Front national, avant d'en démissionner en août de la même année, après un tweet dans lequel il expliquait les crimes d'Anders Breivik par «une explosion de l'immigration» en Norvège. Revenir à l'article

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 15:30
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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 21:00

photo_chassaigne_0.jpgMonsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, Chers Collègues,


Lors des scrutins de ce printemps, les Français ont souhaité tourner la page de dix années de politique de droite. Ils ont sanctionné une méthode de gouvernement brutale et inconséquente. Ils ont aussi exprimé leur défiance à l’égard d’une politique économique incapable de juguler la hausse du chômage et de relancer l’économie. Une politique qui a aggravé les effets de la crise par la multiplication de mesures d’austérité.

L’échec est patent et le bilan du dernier quinquennat calamiteux.

La Cour des comptes soulignait, hier, que la dette a augmenté ces cinq dernières années de près de 600 milliards d’euros, soit une hausse de plus de 40%. La crise n’explique pas tout. Elle n’a pesé que pour un peu plus d’un tiers dans le déficit actuel. Le niveau des dépenses publiques n’est pas non plus en cause : leur part dans la richesse nationale n’a cessé de diminuer depuis quinze ans. Les causes des difficultés sont à chercher ailleurs, dans les choix politiques désastreux opérés en matière budgétaire et fiscale, l’allégement de la fiscalité des plus fortunés, les quelques 172 milliards d’euros de niches fiscales et d’exemptions sociales accordées aux entreprises, notamment les plus grandes d’entre elles, sans la moindre contrepartie en termes d’emplois…

Indépendamment de la détérioration des comptes publics, faut-il rappeler que le chômage touche aujourd’hui près de 5 millions de nos concitoyens ? Que le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté de plus de 20% depuis 2002, parmi lesquelles un nombre croissant de travailleurs pauvres ? Faut-il rappeler aussi que les plans sociaux se multiplient, tandis que notre balance commerciale affiche un déficit de quelques 70 milliards d’euros ?

C’est donc bien d’urgence économique et sociale dont il faut parler !

Aussi, ce que les Français attendent de nous, ce n’est pas de nous engager dans la spirale de la rigueur, mais d’œuvrer au contraire à la relance de l’activité, de nous émanciper des approches comptables pour bâtir les instruments d’une nouvelle donne économique et sociale.

Ce qu’ils attendent, c’est que s’ouvrent des perspectives nouvelles, dans le souci de l’intérêt général et le respect des principes d’égalité et de justice.

Nous ne le dirons jamais assez : nous n’avons pas le droit de décevoir cette espérance de changement. Nous avons une obligation de résultat.

Et nous formulons pour cela des propositions de nature à sortir le pays de la crise et répondre aux attentes.

Parmi ces propositions figure bien entendu la réorientation promise de la politique européenne. A cet égard, les conclusions du sommet européen qui s’est tenu la semaine dernière ne sont guère encourageantes.

Ce sommet a certes permis la mise en place du pacte de croissance que le Chef de l'Etat appelait de ses vœux. Mais sa portée est trop modeste. Ce paquet de quelques 120 milliards d'euros, niché en annexe des conclusions du Conseil européen, n'aura pas la force juridique du pacte budgétaire. L’enveloppe, constituée pour moitié de fonds déjà votés, ne représente au total qu'1% du PIB européen. Cela ne suffira pas à exercer l’effet de levier attendu sur l’activité.

Cette maigre avancée se paie surtout de contreparties que nous jugeons dangereuses, disons même inacceptables. Le donnant-donnant conclu à Bruxelles laisse en effet en l’état le fameux Pacte budgétaire. Destiné avant tout à rassurer les marchés financiers, ce traité ne s’attaque à aucune des causes de la crise actuelle. Il en aggrave au contraire les conséquences en durcissant les politiques d’austérité et en consacrant la mise sous tutelle européenne des politiques économiques et budgétaires nationales. D’ores et déjà, Monsieur le Premier ministre, une grande partie de vos annonces d’aujourd’hui subiront le couperet de ce traité européen.

Nous n'avons, pour notre part, cessé de le dénoncer et continuerons à le faire. François Hollande avait lui-même souligné la nécessité de le renégocier afin de permettre à la BCE de financer directement les Etats et de mettre en place des instruments de coopération et de solidarité. Ces propositions allaient dans le bon sens. Il est indispensable en effet que la BCE fasse usage de son pouvoir de création monétaire pour refinancer les besoins d'emprunt des Etats européens, développer les services publics, favoriser le développement social et la transition écologique. Il n'est pas moins indispensable d’œuvrer à l’ harmonisation des normes sociales et fiscales, de mettre un terme à la concurrence fiscale et sociale, qui détruit des centaines de milliers d’emplois et s’attaque, au nom de la compétitivité, au cœur de notre modèle social.

Vous venez de confirmer, Monsieur le Premier ministre, la demande du Président de la République de faire ratifier « rapidement » par le Parlement le Pacte budgétaire. Nous estimons, quant à nous, qu’il est indispensable que les concitoyens soient consultés par référendum. Seul un débat démocratique avec une large participation populaire peut légitimement trancher sur la nécessité de nous conformer à un traité qui bafoue la souveraineté du peuple.

La vraie question qu'une majorité de nos concitoyens se pose est de savoir quelle politique mettre en œuvre au plan national et européen pour éviter que les marchés imposent leur loi aux Etats.

Le retour à l'équilibre budgétaire qui sert en ce moment à justifier dans l'Europe entière les politiques de réduction des dépenses publiques n’est qu’un leurre. On ne sortira pas de la spirale actuelle en enfonçant les économies dans la récession. Rien n'oblige, à part les exigences drastiques des marchés financiers, à revenir en quelques années à l'équilibre, alors que nous vivons dans des situations de déficit depuis des dizaines d'années.

La sagesse commande au contraire de réviser ce calendrier, de se doter d’un plan à moyen terme pour réduire le déficit public, d'étaler le redressement et le construire sur des bases saines. L’enjeu est de faire reposer ce redressement sur la croissance, l’investissement et l’emploi.

Vous avez dévoilé quelques-unes des lignes directrices de votre future politique de « rééquilibrage » fiscal. Le relèvement de la tranche supérieur de l’impôt sur le revenu, le rétablissement du barème de l’ISF, la disparition du dispositif d’exonération de charges sociales sur les heures supplémentaires pour les entreprises de plus de 20 salariés, l’imposition des revenus du capital au même niveau que ceux du travail, l’instauration d’une taxe de 3% sur les dividendes distribués aux actionnaires… Autant de mesures qui vont dans le bon sens, comme la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale.

Mais il est essentiel d’engager une réforme encore plus profonde et globale de la fiscalité afin de la rendre plus redistributrice, plus juste et plus efficace économiquement. Nous devons renverser la logique actuelle : rétablir la progressivité de l’impôt sur le revenu par une refonte du barème ; réduire l’influence des impôts proportionnels comme la TVA, impôt injuste par excellence ; supprimer la TVA sur les produits de première nécessité ; faire cesser ce scandale que 80 % des revenus du capital échappent aujourd’hui à l’impôt sur le revenu ?

Nous nous réjouissons de l'annonce de la suppression de la TVA dite «sociale», qui n'avait d’autre but que de permettre aux entreprises de se défausser de leur part de la solidarité nationale. Mais en ce domaine aussi, nous devons être porteurs d’une autre ambition. Les allégements de cotisations sociales atteignent aujourd'hui 30 milliards d’euros. La Cour des comptes estime que les trois quarts de ses exonérations de cotisations sociales ne bénéficient pas à l’emploi. Nous devons en tirer les conséquences.

Ce qui coûte à l'économie et ce qui plombe nos comptes sociaux, ce n'est pas le coût du travail, c'est la part croissante de la richesse produite versée en intérêts et dividendes. En quinze ans, la part des dividendes dans la valeur ajoutée des entreprises est passée de 24 % à 36 %. C’est la preuve qu’existe en France non pas un problème de coût salariaux mais un problème de coût financier. Comme le rappelait récemment l'économiste Jean-Marie Harribey, «un sixième de la rémunération du capital suffirait aujourd'hui à couvrir les besoins de financement de la sécurité sociale.»

Pour redresser nos comptes publics et sociaux, l'exigence est de mettre un terme à cette confiscation de la richesse nationale. Pourquoi ne pas moduler l’impôt des entreprises selon qu’elles investissent et créent des emplois ou bien au contraire versent des dividendes ? Pourquoi ne pas plafonner les salaires des dirigeants d’entreprises comme des opérateurs de marchés ?

Il ne s’agit pas de simplement moraliser le capitalisme mais de promouvoir une autre répartition des richesses entre capital et travail.

Nous avons bien entendu conscience que la mise en œuvre d’une fiscalité plus juste et plus efficace ne suffira pas à elle seule à résorber le déficit. Mais nous ne croyons pas aux vertus de la baisse des dépenses.

Dans votre lettre de cadrage adressée aux ministres, vous recommandez, Monsieur le Premier ministre, de « stabiliser en valeur les dépenses de personnel ». La Cour des comptes recommande quant à elle de faire reposer cette stabilité sur la réduction de 30000 postes et le gel du point d’indice.

Je le dis tranquillement : après l'annonce d'une hausse minimaliste du SMIC, c'est une seconde très mauvaise nouvelle.

Comment en effet prétendre relancer la croissance en éteignant tous les moteurs possibles de cette relance ? Où sont les perspectives sans hausse des salaires, sans investissements publics, sans mobilisation du crédit bancaire, sans relance de l'emploi industriel ?

A l’instar des économistes Paul Krugman et Richard Layard, qui ont publié dans le Financial Times un manifeste pour « le retour à la raison économique », nous pensons que d’autres choix sont possibles : renégocier, nous l’avons dit, le pacte budgétaire européen, remettre la main sur les leviers du secteur bancaire avec la création d'un pôle public bancaire et financier pour mobiliser l'argent nécessaire, engager une réforme fiscale très profonde.

Face à la multiplication des plans sociaux (10 000 emplois directes ou indirects de PSA) l’érosion continue du pouvoir d’achat des français, la détresse et les espoirs de millions de nos concitoyens, nous ne pouvons se satisfaire de demi-mesure. Vous ne pouvez prendre le risque de la rigueur car ce n’est pas en recyclant les politiques conduites par nos adversaires que nous sortirons le pays de l’ornière.

J’évoquais à l’instant le SMIC. Permettez-moi de formuler des vœux à quelques jours de la conférence sociale. Nous souhaitons que le Gouvernement ne ferme pas la porte aux revendications exprimées par les partenaires sociaux. Que cette conférence ne se résume pas à l’élaboration d’un simple agenda social, mais débouche très rapidement sur des engagements concrets, notamment en matière de réduction des inégalités !

La première des exigences, d’ordre constitutionnelle, est de rendre effective l’égalité salariale entre hommes et femmes. Une autre porte sur le SMIC et avec lui sur l’ensemble des rémunérations. Après plus d’une décennie de stagnation et de recul du pouvoir d’achat, il est temps de nous attaquer au mode de revalorisation des revenus du travail. Il est temps de pénaliser les entreprises qui privilégient l’emploi précaire à l’origine du développement de la pauvreté laborieuse, d’interdire les licenciements boursiers et de la rupture conventionnelle ; d’augmenter des minimas sociaux et la prorogation des droits des chômeurs en fin de droit. Enfin, il est temps de revenir à la retraite à 60 ans pour tous !

Sur le terrain social, les chantiers, on le voit, sont nombreux, de même que sur le terrain de la protection sociale et de son financement. Il nous faut ainsi avancer sur la question, de plus en plus préoccupante, des inégalités d’accès aux soins, dans toute leur diversité : désertification médicale ; taux de remboursement ; suppression des franchises médicales ; interdiction des dépassements d’honoraires…

Notre inquiétude porte également sur la mise en concurrence des territoires. Elle s’est fortement accrue durant ces dix années de politiques libérales. La RGPP menace les emplois et les budgets de nos collectivités. Le gel des dotations, s’il devait se poursuivre, ne permettrait pas à nos territoires ruraux et à nos quartiers populaires de relever la tête. Dix années de démantèlement des services publics locaux ont accentué les disparités en matière de transport, de logement, d’emploi, d’accès au soin. Partout a été organisé le recul de la République pour laisser la place au marché et donc aux profits.

Pour faire vivre nos territoires et enclencher une nouvelle dynamique, la suppression du conseiller territorial, si elle est indispensable, ne saurait suffire. C’est la relocalisation de la production et de l’investissement public qui viendra à bout des crises qui touchent nos agriculteurs comme notre industrie, nos quartiers comme nos villages. Sur ce chantier, des convergences sont possibles pour les différentes composantes de la majorité de gauche. Les député-e-s que je représente entendent y promouvoir une ligne d’audace et de volontarisme.

Parmi ces combats que nous pouvons mener de front, dans la diversité de nos objectifs et de nos ambitions, d’autres propositions communes sont apparues au cours de ces derniers mois. Je voudrais d’abord citer la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, promise par la Garde des Sceaux et très attendue par les magistrats. La suppression du mot « race » de notre Constitution, que nous demandons depuis la XIIème législature, peut être concrétisée rapidement, tout comme l’ouverture du mariage à tous les couples ou encore celle du droit de vote aux étrangers.

En développant nos priorités, avec une approche que nous voulons dynamique au cœur de la gauche, nous nous posons ici en constructeurs. En constructeur du changement tant attendu. En force de propositions.

Parce que nous voulons que la gauche réussisse. Nous le voulons vraiment. Avec des résultats concrets qui puissent changer la vie du plus grand nombre.

Mais nous craignons vraiment que vos orientations, Monsieur le Premier ministre, conduisent à l’opposé du résultat escompté et nous le craignons d’autant plus que vous ne desserrez par l’étau de la contrainte extérieure.

Voilà pourquoi les députés Front de gauche s’abstiendront aujourd’hui sur ce vote de confiance.

Quant aux députés d’Outre-Mer qui constituent avec nous le groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine, ils assumeront leur pleine liberté de vote, en toute autonomie, comme c’est la règle dans notre groupe parlementaire.

Aucun ne mêlera sa voix à celle de la droite, attachés qu’ils sont tous les cinq à la réussite du changement.

Réussir le changement : n’est-ce pas une volonté partagée de tous les vrais progressistes de cette assemblée.

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 18:02

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http://aggiornamento.hypotheses.org/844

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trice : Suzanne Citron

              Histoire de France et identité nationale

 « Histoire de France » désigne ici le récit du passé imposé par l’école élémentaire et l’identité nationale ne se sépare pas de l’imaginaire national au sens de Benedict Anderson, une représentation du collectif  remontant à l’ère des nations européennes et américaines du 19ème siècle, banalisée par l’école obligatoire.

Je m’ interrogerai sur le récit  et  sur sa transmission par l’école primaire jusqu’à nos jours sans aucun débat historiographique.

 La production du récit

Le Petit Lavisse, dont la première édition remonte à 1876, est le manuel phare de l’école obligatoire. Celle-ci scolarise alors les enfants d’une France paysanne et multilingue baignant dans la mémoire longue du village (Zonabend 1981, Halbwachs 1950) zébrée des grands moments historiques racontés dans les veillées. L’école, principal vecteur de la nationalisation des Français, impose la vision du passé d’une élite bourgeoise, masculine, blanche, imprégnée de la culture des lycées  et convaincue de la supériorité exclusive de cette culture.

“Les paysans sont intellectuellement en arrière de quelques siècles sur la partie éclairée du pays. Oui,  la distance est énorme entre eux  et nous qui avons reçu l’éducation classique et scientifique, même imparfaite de nos jours, qui avons appris à  lire notre histoire, nous qui parlons notre langue, tandis que, chose cruelle à dire, tant de nos compatriotes ne font que la balbutier. Ah ! ce paysan voué au travail de la terre !”

                              Gambetta  Discours de Bordeaux 26 juin 1871

En outre, au lendemain d’une terrible défaite marquée par l’invasion, l’occupation et l’énigmatique blessure de la Commune, les fondateurs de la 3ème République célèbrent la Révolution et la République signes tangibles, à leurs yeux, d’une supériorité française. Les doctrines de référence de leur éducation intellectuelle — le positivisme scientiste, le biologisme racialiste, la vision d’un progrès linéaire — cautionnent un européocentrisme triomphaliste  et conquérant et les enferment dans la croyance en une hiérarchie des races et des civilisations. L’« histoire de France », la grande synthèse républicaine et académique en cours d’élaboration sous la houlette d’ Ernest Lavisse est pour eux « la » vérité du passé.

Cette « histoire de France » n’est que l’une parmi d’autres des historiographies nationales élaborées à l’âge des Etats-nations et des nationalismes européens et américains (Gellner 1983). Et l’idée qu’une conception française de la nation (Renan Qu’est-ce qu’une nation ? 1882) s’opposerait à une conception allemande est un réprésentation inséparable du contexte  de la “Revanche“ d’avant 1914.

De communs paradigmes codent les historiographies nationales  et nationalistes .

  1. Le concept popularisé par Herder d’une nation peuple sans commencement, le Volk originel, lié au sol et à la langue  et immémorial se retrouve dans celui  de nation souverain, la nation politique de Sieyès proclamée “origine de tout “ en juin 1789.
  2. Scientifiquement, avant que ne se constitue un savoir préhistorique,  la notion d’origine reste dépendante à la fois du corpus biblique et de l’Antiquité gréco-romaine. En outre, depuis la fin du 18ème siècle, l’idée de peule originel a pris forme dans le mouvement  littéraire celtomane, l’une des sources du romantisme. En France, le celtisme  s’inscrit dans un débat antérieur autour de la prééminence des Gaulois ou des Francs dans les origines de la France. Les travaux d’Amédée Thierry   et son best seller l’Histoire des Gaulois depuis les temps les plus reculés jusqu’à l’entière soumission de la Gaule à la domination romaine (1828) clôturent ce débat en couronnant les Gaulois  la “race de laquelle descendent les dix neuf vingtièmes d’entre nous“.
  3. Les Gaulois d’Amédée Thierry, cautionnés par Michelet, ethnicisent la matrice de l’histoire de France, en amont de la généalogie hagiographique  des dynasties royales, héritée des Grandes Chroniques de France du 13ème siècle. Ces “rois qui ont fait la France“ deviennent l’Ancien régime. Ce que nous appelons aujourd’hui “roman national“ est l’ajustement d’une origine ethnique à l’Ancien régime, qui précède la Révolution et la République.

 Les clefs du passé et la transmission. Négation de l’autre

Une fois la République établie et consolidée, deux nationalismes cristallisent et s’opposent à partir de la crise boulangiste et surtout de l’affaire Dreyfus : un nationalisme plus ou moins xénophobe et antisémite qui, avec Barrès, se réclame d’une République antiparlementaire tandis que Maurras et l’Action française le proclament “intégral“ et monarchiste ;  un nationalisme dreyfusard, enraciné dans les valeurs universalistes de la Révolution et l’invocation des droits de l’homme. Mais à l’arrière-plan de cet affrontement, le récit de la nation a pour même objectif l’adhésion patriotique, exaltée dans les instructions officielles de l’école républicaine. Et la logique spatio-temporelle du récit à partir des limites contemporaines de la France métropolitaine supposées originelles est identique dans les deux historiographies.

                       “Autrefois notre pays s’appelait la Gaule“.

L’imaginaire sollicité est celui d’une  nation essence métahistorique, territorialisée dans une Gaule préexistante. D’où le déroulement téléologique du récit, à travers  une suite d’évènements et de personnages clefs qui structurent l’avancée du temps dans une histoire enclose dans sa territorialisation.

Cette logique a pour effet d’occulter notamment les processus qui ont constitué de grands ensembles issus des royaumes romano-barbares des 6-7èmes siècles, espaces régionaux fluides, lieux de lentes élaborations de langues et de coutumes diversifiées. L’occultation de la  diversité est l’envers de la grande synthèse nationale républicaine qui superpose Etat et territoire prédestiné. Les vaincus et les dominés sont ignorés, ils n’existent pas comme acteurs de l’histoire. Et leurs langues sont à éradiquer. La République  installée, incarnation du Progrès, une et indivisible, investit le champ de l’histoire. Le Petit Lavisse ignore le mouvement ouvrier dans le processus. Mais il escamote aussi la présence des juifs et ne connaît des Arabes que les invasions repoussées  et la légitimation chrétienne des Croisades.

Le socle immémorial de  l’Etat-nation justifie  les conquêtes , et  la conviction d’une supériorité de civilisation  engendre la bonne conscience colonialiste. La célébration du grand oeuvre de la République s’accompagne du non dit des histoires et des champs  spatiaux propres aux peuples colonisés, auxquels l’école républicaine impose des ancêtres gaulois.

 Je ne puis dans cette introduction évoquer la critique socialiste et marxiste du colonialisme dans le cadre de la 2ème  et de la 3ème Internationale, ni les positionnements  anti-colonialistes du parti communiste dans la guerre du Rif (1921-26) oules timides avancées du projet Blum-Violette de 1936. Je me limite à constater qu’entre les deux guerres mondiales, la République officielle ne dispose pas des codes épistémologiques et idéologiques  pour une déconstruction de la bonne conscience colonialiste et de sa caution historiographique. Même la gauche antifasciste des années 1930 ne la met pas en cause dans ses dénonciations de la xénophobie et du fascisme, en dépit de l’existence des mouvements nationalistes extra européens et des grands débats au sein du Komintern.

Durant les années qui suivent la Libération, l’histoire scolaire ajoute de nouvelles occultations à la logique célébrante de l’Etat-nation.  Elle cautionne le mythe gaullien d’une France résistante et travestit la vérité sur Vichy , ignorant son rôle  dans la déportation des juifs. Elle maintient dans les manuels primaires et secondaires, en pleine guerre d’Algérie, l’idée de grande œuvre coloniale républicaine.

 La configuration du récit lavissien est maintenue

C’est un historien américain Robert Paxton qui déclenche la révision historiographique de la  France de Vichy (traduction 1973). Pour le colonialisme, rappelons  d’abord l’accueil  du pouvoir au déclenchement de l’insurrection algérienne, en novembre 1954, sur les liens irréductibles entre  l’Algérie française et la République.

                ” A  la volonté de quelques hommes doit répondre la répression sans faille, car elle est sans injustice. Les départements d’Algérie font partie de la  République. Ils sont français depuis longtemps.”

                                                                  Pierre Mendès-France président du conseil

 

“Comment pourrait-on expliquer le règlement des affaires françaises (…) en  Asie si l’on n’admettait pas […] que nous avons agi alors afin de préserver le domaine français, ce domaine qui s’étend fondamentalement des Flandres au Congo(…) L’ Algérie c’est la France. Et qui d’entre vous, mesdames et messieurs,  hésiterait à employer tous les moyens pour préserver la France.”

                                                                     François Mitterrand, ministre de l’intérieur

Il faudra attendre la fin des années 1980 et les premiers livres de Benjamin Stora pour initier la mise en histoire de la guerre d’Algérie et de ses différents acteurs.

 On peut s’interroger sur la responsabilité de l’école des Annales, en plein éclat universitaire et médiatique en ces mêmes années de décolonisation, dans le maintien du récit scolaire et de sa célébration univoque de l’Etat justifiant le fait colonial. Les fondateurs, Marc Bloch et Lucien Febvre, s’étaient attaché, avant 1939, à mettre en cause une lecture purement politique de l’histoire. S’il avait été présent dans les années de la guerre d’Algérie —Lucien Febvre est mort en 1956 — peut-être Marc Bloch aurait-il souscrit à la nécessité d’une déconstruction du récit national, lui qui, dans ses écrits clandestins de 1940 sur la réforme de l’enseignement, écrivait :

“Nous demandons que par un enseignement historique et géographique    largement conçu — j’ajouterai pour l’histoire au moins totalement refondu— on s’attache à donner à nos  jeunes une image véridique et compréhensive du monde. Gardons-nous  de réduire l’histoire, comme on a eu tendance à le faire ces dernières années, aux événements purement politiques d’une Europe, dans  le temps, toute proche de nous. Le passé lointain inspire  le sens et le respect des différences entre les hommes (…) Dans le présent même il importe bien davantage à un futur citoyen français de se faire une juste image des civilisations de l’Inde ou de la Chine que de connaître sur le bout du doigt la suite des mesures par où « l’Empire autoritaire » se mua en « Empire libéral ». Là encore, comme dans les sciences physiques, un choix  neuf s’impose.”

Dans la période régie par Braudel (des années 50 à sa mort en 1985), les historiens de référence — dont Duby, Goubert, Le Goff, Leroy-Ladurie— n’ont jamais explicitement posé la question de la configuration de l’histoire nationale. Seul Marc Ferro a publié plusieurs ouvrages d’interrogation sur l’histoire et ses récits enseignés. Certes Jacques Le Goff a présidé le colloque de Montpellier en janvier 1984 et une commission ministérielle entre 1983 et 1989 (date de la création par L. Jospin du Conseil National des Programmes). Mais l’enseignement primaire n’était pas concerné et Braudel, au cours du débat lancé par Alain Decaux en 1979 avait pris position pour une histoire traditionnelle à ce niveau. Quant à Pierre Chaunu qui avait publié La France  en 1982, il avait, lors du bicentenaire de la Révolution, soutenu polémiquement le titre et l’ouvrage de Reynald Secher La Vendée-Vengée : le génocide franco-français (1986) mais sans élargir la réflexion à une critique d’ensemble de l’historiographie nationale.

La configuration de l’histoire scolaire  n’est évoquée ni dans les problèmes, ni dans les approches, ni dans les objets des trois tomes de Faire de l’histoire (1972) coordonnés par Jacques le Goff et Pierre Nora. Dans le Dictionnaire de La Nouvelle histoire dirigée par J. Le Goff (1978) l’enseignement de l’histoire fait l’objet d’un intéressant article de Dominique Julia (p.160-165). Il souligne notamment le parallélisme des objectifs de l’enseignement de l’histoire dans l’école publique et l’école libre.

“En dépit de leur violent contraste, les deux historiographies proposent des idéaux communs aux petits Français : nécessité de s’agrandir et de s’unir, de défendre les frontières les armes à la main, puis de répandre la civilisation française à l’extérieur par la colonisation. Les mêmes héros historiques, rois ministres, hommes de guerre, colonisateurs y sont présentés comme le coeur même de la geste  historique. La Jeanne d’Arc de l’école libre est bien identique à celle de l’école laïque au point de vue de sa signification mythique. Les finalismes inverses des deux histoires sont destinés à produire un même patriotisme.”

 Le Dictionnaire critique de la Révolution française coordonné par F. Furet et M. Ozouf , publié en1988, ignore, dans sa première édition, l’outre-mer et la mémoire coloniale, et Toussaint-Louverture  est absent.

Dans les sept tomes des Lieux de mémoire , parus entre 1984 et 1992 sous la direction de  Pierre Nora le fait colonial n’est mémorisé qu’à travers l’exposition coloniale de 1931 tandis que Vichy et les juifs n’apparaissent que dans le troisième tome — « Les France » (1992). Ni la présence juive antérieure à la Révolution, ni la mémoire antillaise ne figurent dans “les archives et emblèmes“ de l’ultime volume, en contre point d’ Alesia, du coq gaulois, de Charlemagne, de Jeanne d’Arc , du roi, ou de l’Etat.

Il faudra attendre la première décennie du 21ème siècle et l’émergence d’une conscience et de travaux historiens post coloniaux ainsi que de nouvelles revendications mémorielles pour que l’histoire scolaire intègre une perception critique du passé récent,  mais sans déconstruction en amont du récit lui-même “des origines à nos jours“.  La culture scolaire héritée du 19ème siècle n’a été déconstruite que par des sociologues comme Pierre Bourdieu ou des philosophes comme Michel Foucault. Arlette Farge, de son côté, a proposé de nouveaux sujets, les pauvres, les marginaux, loin des héros labellisés par l’histoire officielle, mais sans influencer l’institution et sans que ne soit mis en cause le tabou des héros traditionnels récemment évoqués avec nostalgie par Alain Corbin.

 Pour une historiographie du 21ème siècle (rédigé après le 6 mai 2012)

                   Comment réamorcer  une déconstruction critique de l’historiographie nationale et proposer les linéaments d’une historiographie qui fasse sens pour les Français d’aujourd’hui dans la diversité de leurs origines et tienne compte du monde et des connaissances actuelles. On devrait d’abord s’interroger sur les raisons de l’intangibilité, en dépit des critiques, d’une configuration élaborée au 19ème siècle. Lors d’un colloque réuni en décembre 2002 le doyen de l’Inspection d’histoire Michel Hagnerelle concluait  par ces mots

“L’enseignement de l’histoire et de la géographie sera ce que nous en ferons ; les attentes sociales sont croissantes de repères temporels et spatiaux, de clés pour décrypter le monde d’aujourd’hui et le vivre mieux, de perspectives pour recréer un horizon pour les générations futures.”

http://eduscol.education.fr/cid46012/sommaire.html

 Comment expliquer que, cinq ans après ce colloque réuni sous la houlette de Xavier Darcos, le même Darcos  ait imposé un programme pour l’école primaire qui continue de préciser :

“A l’école primaire le programme commence avec l’entrée de notre territoire dans “l’Histoire“, c’est à dire avec l’arrivée des Grecs et des Celtes (appelés Gaulois par les Romains) et plus encore avec la victoire des Romains,  la romanisation et la christianisation de la Gaule.”

L’évocation et la célébration de la nation ont, de façon notoire, été au cœur des discours électoraux de 2011-2012. J’ai été frappée par l’exaltation d’une République sans tache par les discours de gauche qui occultaient le facteur colonial. L’absence d’une allusion critique à la guerre d’Algérie comme signe récent de l’ambiguïté de l’identité républicaine était symptomatique. Et personne n’a rappelé le grand massacre de 14-18 comme faillite des Etats-Nations.

Deux directions pourraient aujourd’hui conforter la réflexion critique. Au plan épistémologique le positivisme du 19ème siècle qui continue de cautionner le récit transmis comme vérité intouchable du passé national doit céder la place à l’idée que toute historiographie est complexe, révisable et qu’elle charrie les représentations spécifiques de ses créateurs. Aucune histoire même “nationale“ n’est donc tabou. Le récit transmis n’est pas un catéchisme, mais doit pouvoir être repris, reconstruit, redimensionné pour donner sens au présent sans état d’âme, comme tout autre histoire. Au plan pratique, voire empirique, on devrait pouvoir partir des immigrations et du colonialisme comme faits majeurs et des deux grandes occultations de l’histoire récentes —Vichy et la Shoah, les tortures et la répression “républicaine“ pendant la guerre d’Algérie— pour déconstruire la logique spatiale et téléologique du récit de la France “des origines à nos jours “. Occultations auxquelles s’ajouteraient celles de la traite des noirs et de l’esclavage, ouvrant des pistes pour pointer d’autres occultations.

Ces prises en compte, devraient permettre de démythifier l’identité nationale comme identité ethnique et assimilatrice postulée par le Front national mais implicitement présente dans le récit transmis par l’école. Ce récit serait serait à reconfigurer en ajustant dans un espace mondial et européen les segments multiples  et convergents qui ont façonné l’entité géopolitique appelée France, une France une et plurielle, en devenir.

Précisions bibliographiques :

Benedict Anderson, L’imaginaire national, 1983, La Découverte, 2002.

Françoise Zonabend,  La mémoire longue,  PUF, 1986.

Maurice Halbwachs,  La mémoire collective, PUF, 1968.

Ernest Gellner,  Nations et nationalisme,  Bibliothèque Historique Payot, 1983.

Marc Bloch,  L’étrange défaite, Gallimard 1990, p 268.

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:57

180112_20080841e-bc459.jpgQuel pays réduit le plus les ressources de l'économie européenne : la Grèce ou l'Allemagne ? En dépit d'une différence au niveau de leur superficie, ces deux économies sont « renflouées » avec un niveau presque identique de liquidités.

 
Bloomberg, une agence de presse pas tout à fait bolchévique, a récemment mis en évidence les raisons pour lesquelles il ne nous faudrait éprouver aucune sympathie pour les banquiers de Francfort et de Berlin. Les éditeurs de cette agence ont évalué à 284 milliards d'euros le montant que l'Allemagne a emprunté aux autres pays de la zone euro de 2009 à la fin de l'année dernière. Quant à la Grèce, elle s'est vue emprunter 340 milliards d'euros suite à la crise ; de cette somme, seuls 15 milliards ont été prêtés par l'Allemagne.
Il y a bien évidemment une différence fondamentale dans la manière dont ces transferts se déroulent. À l'exception d'une décote occasionnelle, les banques allemandes ne se sont pas vues pénaliser pour les prêts abusifs qu'elles ont octroyés ; au contraire, on leur rembourse leurs prêts en y incluant les intérêts. Quant à la Grèce, on exige d'elle qu'elle mette en péril et détruise sa société afin de satisfaire aux conditions fixées par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.
Un fonctionnaire allemand s'est vu confier la responsabilité de mener et de gérer l'intervention en Grèce, comme s'il s'agissait là de mettre en évidence la nature impériale de cette intervention.
Le nom de Horst Reichenbach, directeur de la « Task force » pour la Grèce, a été mentionné dans la presse récemment au sujet d'une voiture qu'utilisait son épouse, très ancienne membre du Parlement européen, et qui a été incendiée devant leur domicile à Potsdam. Je condamne cet acte de violence sans aucune hésitation et suis soulagé de voir que cet incendie n'a causé aucun blessé.
Néanmoins, cette attaque ne devrait pas distraire notre attention du mal qu'inflige Reichenbach à la population grecque. Les patients souffrant de maladies rares doivent à présent payer le prix plein pour leur traitement alors que celui-ci était, auparavant, subsidié par l'Etat. Pourquoi ? Parce que c'est Reichenbach et ses marionnettistes qui ont exigé une réduction de 10% dans les dépenses publiques de santé. Cette mesure va causer bien plus de souffrance humaine que l'incendie d'une BMW vide.
La nationalité de Reichenbach n'est pas le seul facteur qui remette en question sa neutralité. Son curriculum vitae en dit long.
Il a été fonctionnaire à la Commission européenne pendant une trentaine d'années et y a gravi les échelons de la hiérarchie pour devenir le Directeur-Général entreprises et industrie. En occupant ce poste, il a présidé un département qui est secret à de nombreux égards. Toutefois, il y a une chose que ce fief ne dissimule pas : les intérêts des grandes entreprises sont pris en considération avant toute autre chose.
Encore plus problématique, concernant le curriculum de Reichenbach, est son arrivée à la Banque européenne de reconstruction et de développement en tant que vice-président.
Afin de garantir une certaine transparence, la BERD devrait publier les détails relatifs à toutes les interactions ayant eu lieu entre Reichenbach, les banques allemandes, le gouvernement de Berlin, et l'institution basée à Londres (BERD) durant les six dernières années. Le site internet de la BERD répertorie une liste de 57 institutions financières – ou de filiales d'institutions financières – en Allemagne qui sont décrites comme des « banques de confirmation » pour son « programme d'appui à la facilitation du commerce ». Reichenbach est-il venu en aide à ces banques d'une quelconque manière ? Si oui, il pourrait y avoir un conflit d'intérêts dû au poste qu'il occupe actuellement, et pour lequel l'agenda qu'il suit dépend des banques allemandes.
La BERD attire rarement l'attention des journalistes. La plupart d'entre nous n'ont qu'une idée floue consistant à penser qu'elle a contribué à la transition suite à l'effondrement du communisme en Europe centrale et en Europe de l'est. Ce que nous ignorons, c'est ses objectifs idéologiques assez obscurs.
L'organisme Bankwatch a montré comme la BERD s'est entichée du concept de partenariats entre les secteurs privé et public élaborés pas le gouvernement conservateur de Grande-Bretagne dans les années 1990. Le but poursuivi par ces plans consiste à conférer aux entreprises dont la principale motivation est le profit, un rôle plus important dans la procuration de services qui étaient jusque là assurés par le secteur public.
Les défenseurs des « partenariats » ont tendance à avancer que ces plans-là garantissent une plus grande efficacité. L'expérience, en revanche, nous montre que leur objectif véritable consiste à permettre aux capitalistes rapaces de prendre le contrôle de l'argent du contribuable. Tel a été le cas d’un grand nombre de « partenariats » financés par la BERD. Un plan concernant la mise en place d'une centrale d'épuration des eaux usées pour Zagreb (capitale de la Croatie), pour lequel la BERD avait accordé un prêt de 55 millions d'euros en 2001, n'a fait l'objet que d'ajournements et de reports. Alors que la population croate a tout perdu, les entrepreneurs impliqués (appartenant en partie au distributeur d'énergie allemand RWE) n'ont cessé d'être rémunérés, et ce avec un montant bien plus supérieur à celui prévu initialement. (La valeur du projet est passée de 176 millions d'euros à presque 327 millions d'euros entre 2001 et 2007).
Récemment, la BERD s'enthousiasmait à l'idée de s'étendre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. À l'issue d'une évaluation menée en Egypte par la Banque, les projets garantissant une « croissance durable qui serait assurée par le secteur privé » constituent le seul critère pour les activités que la Banque pourrait financer. Ceci indique que la BERD partage bien mieux les idées du dictateur méprisé Hosni Moubarak que celles des courageux manifestants qui ont causé la chute de ce même dictateur l'année dernière. Moubarak poursuivait également les mêmes buts afin de calmer ses potes occidentaux. L'application du « programme d'ajustement structurel » qui avait été requis en Egypte par le FMI en 1991 a doublé la proportion de la population qui survit avec moins de 2 dollars par jour.
En ce moment, la Grèce subit également un « ajustement structurel ». Christine Lagarde, qui est actuellement à la tête du FMI, dit s'inquiéter plus du sort des enfants pauvres en Afrique qu'en Grèce. Son attitude est méprisable. Ce sont bel et bien les prescriptions économiques qu'elle approuve qui aggravent la pauvreté dans le monde. C'est bien grâce à elle et à Reichenbach que des expériences s'étant déjà révélées désastreuses sont en train d'être renouvelées.
Source Originale : New Europe
Traduit de l'anglais par Shafkat Chaudhry pour Investig’Action
Source : Investig’Action
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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:52

photo-international-socialisme.jpgEn 1951, l’Internationale socialiste (IS) rétablit ses activités en vue de « libérer les peuples de leur dépendance face aux détenteurs des moyens de production ». Soixante ans plus tard, ses dirigeants préfèrent parler de « régulation judicieuse des effets néfastes de la mondialisation ». Une lente dérive qu’illustre leur attitude face aux socialistes latino-américains.


par Maurice Lemoine, janvier 2012

Lors de son discours d’ouverture du conseil de l’Internationale socialiste (IS), réuni dans les locaux de la très libérale Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à Paris, le 15 novembre 2010, la première secrétaire du Parti socialiste (PS) français Martine Aubry ne cache pas sa joie : « Je veux saluer tout particulièrement notre président Georges Papandréou et le féliciter pour les résultats des élections locales en Grèce [avec une abstention record de 53 % !]. Dans un contexte difficile, c’est un encouragement et un succès qui viennent récompenser un courage politique qui force l’admiration. » On sait ce qu’il est advenu du dirigeant du Mouvement socialiste panhellénique (Pasok) et de l’« austérité juste » qu’il a prétendu imposer à son pays. On connaît également le sort réservé par leur peuple à nombre d’éminents membres de l’organisation sociale-démocrate, MM. Laurent Gbagbo, Zine El-Abidine Ben Ali ou Hosni Moubarak, pour ne citer qu’eux.

Avec un tel déficit d’analyse et un semblable mode de fonctionnement, est-il réellement surprenant que ce noble conclave « socialiste » passe totalement à côté des mouvements de fond qui bouleversent l’Amérique latine depuis maintenant plus d’une décennie ?

Le 7 décembre de cette même année 2010, à Bruxelles, un portrait et un nom surmontent l’entrée Altierro-Spinelli du Parlement européen : ceux de M. Guillermo Fariñas, troisième opposant cubain en neuf ans à se voir octroyer le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. C’est en revanche sans publicité aucune que, dans un amphithéâtre, une dizaine d’eurodéputés et d’assistants parlementaires auditionnent des syndicalistes et des défenseurs des droits humains venus de Colombie.

Le tournant du coup d’Etat au Chili

Certains témoignages font froid dans le dos : depuis l’arrivée au pouvoir, quatre mois auparavant, de M. Juan Manuel Santos (ex-ministre de la défense de son prédécesseur Alvaro Uribe), trente-neuf syndicalistes et douze militants du Pôle démocratique alternatif (PDA), entre autres, ont été assassinés. Le social-démocrate danois Ole Christensen apporte un complément d’information : en juillet 2010, avec le travailliste britannique Richard Howitt, également présent, il a accompagné l’organisation Justice for Colombia en un lieu tristement célèbre, le village de La Macarena. « Nous avons été jusqu’au charnier. Il y a plus de deux mille personnes [victimes de l’armée et des paramilitaires] enterrées là. Nous devons dire “non” au traité de libre commerce [TLC] que négocient l’Union européenne et la Colombie. » Une seule voix s’élèvera pour défendre Bogotá, celle du représentant du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), M. Emilio Menéndez del Valle : « Croyez-vous qu’en trois mois un gouvernement peut régler tous les problèmes ? Si un pays entier a voté massivement [55,59 % d’abstention] pour Santos, il doit être respecté ! »

Appartenant à des formations membres de l’IS, ces trois eurodéputés n’ont manifestement pas accordé leurs violons. Conseiller de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL) (1), le Belge Paul-Emile Dupret repasse cette réunion, et bien d’autres, dans son esprit : « Dans leur groupe parlementaire [le Parti socialiste européen, PSE], Christensen et Howitt sont plutôt à contre-courant. Je ne suis pas sûr qu’une majorité se prononcerait contre la signature d’un TLC. Le président du groupe, l’Allemand Martin Schulz [Parti social-démocrate, SPD], y est favorable. Le PSOE encore plus, inconditionnellement ! »

Sans remonter à la nuit des temps, on rappellera que, fondé en 1933 par Salvador Allende, le PS chilien refusa de s’affilier à l’IS, critiquant ses « positions conformistes au sein du système démocratique bourgeois capitaliste (2) ». Pendant la guerre froide, la question ne se pose pas vraiment : considérant la région comme une zone d’influence des Etats-Unis, l’IS ne s’y aventure pas. « Je n’ai pas souvenir de textes ayant condamné le renversement de Jacobo Arbenz au Guatemala en 1954, conclut M. Antoine Blanca, membre à l’époque du secrétariat des relations extérieures de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Dix ans plus tard, lorsque j’ai demandé la parole pour dénoncer l’intervention des marines à Saint-Domingue [République dominicaine], Guy Mollet a ouvert des yeux ronds ! »

Entre-temps, la révolution cubaine (1959) avait pourtant placé l’anti-impérialisme au centre des débats. Sans grandes conséquences : « L’IS a jeté un regard intéressé, mais finalement très lointain. » Jusqu’au 11 septembre 1973. Traumatisme aussi fort que la guerre civile espagnole, le renversement et la mort d’Allende déclenchent chez les socialistes européens « une solidarité émotionnelle et la découverte d’un monde qu’on ne connaissait pas », se souvient M. Blanca, qui, mandaté par l’IS, saute dans un avion quelques jours après le coup d’Etat. A Viña del Mar, il se recueille sur la tombe du compañero presidente, avant d’être expulsé. « Ce fut le premier défi digne de ce nom, vis-à-vis de Washington, d’une Internationale qui, jusque-là, faisait tout pour apparaître comme soumise à la stratégie américaine et à l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique nord]. »

L’appui des Etats-Unis aux dictatures va dès lors constituer le point de dissension majeur d’une génération sociale-démocrate — Willy Brandt (Allemagne), Olof Palme (Suède), François Mitterrand (France), Bruno Kreisky (Autriche), mais aussi MM. Mário Soares (Portugal) ou Felipe González (Espagne) — avec l’allié américain. De leur côté, les partis réformistes victimes de ces régimes autoritaires cherchent des alliés parmi les pays développés. Les contacts se multiplient. Une première réunion formelle a lieu en avril 1976 à Caracas, à l’invitation du président vénézuélien Carlos Andrés Pérez et de son parti Action démocratique (AD). La Ire conférence régionale de l’IS pour l’Amérique latine et la Caraïbe, à Saint-Domingue, en mars 1980, marque le déploiement de ce courant politique dans la région.

Fonctionnement « clientéliste »

Parmi les vingt-neuf organisations locales figure alors, pour le Nicaragua, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), admis dès 1978, alors qu’il luttait encore les armes à la main pour chasser Anastasio Somoza. M. Fidel Castro est invité en tant que président en exercice du mouvement des pays non-alignés. Et les Européens se « mouillent » : la présence de partis « frères » au sein du Front démocratique révolutionnaire (FDR) au Salvador, du Front démocratique contre la répression (FDCR) au Guatemala et du Front patriotique (FP) au Honduras — qui, pour les deux premiers, comportent une branche politique et une aile insurgée — les amène à soutenir, de fait, la lutte armée.

En France, en 1981, Mitterrand arrive à l’Elysée, la rose au poing. Sous l’influence de MM. Lionel Jospin et Régis Debray (chargé de mission à la présidence de la République), ainsi que de M. Blanca (qui sera nommé en 1982 ambassadeur itinérant en Amérique latine), Paris défie les Etats-Unis dans une région pour eux très sensible. Le 28 août 1981, la déclaration franco-mexicaine sur la représentativité de l’opposition salvadorienne — y compris sa branche armée (3) — a un impact considérable. Mitterrand ne cache pas sa sympathie pour les sandinistes ; les relations avec Cuba sont au beau fixe. « Au nom de l’IS et dans le dos de Washington, jubile M. Blanca, j’ai réussi des “coups”, comme d’empêcher un embrasement entre le Costa Rica et le Nicaragua ! »

Malgré l’irritation de Ronald Reagan, les thèses de l’Internationale, soit la résolution politique des conflits armés, prévaudront. Le président du Costa Rica, M. Oscar Arias, propose le plan de paix pour l’Amérique centrale qui lui vaudra en 1987 le prix Nobel. Membre, pendant toute cette période, de la commission politico-diplomatique de l’Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG), l’ancien guérillero Miguel Angel Sandoval se souvient : « Notre mouvement a toujours vu dans l’IS un espace susceptible de servir ses objectifs : la négociation et la recherche de la paix. Ainsi, notre première rencontre avec le gouvernement et l’armée a eu lieu à Madrid, grâce à la médiation du PSOE. Mais nous avons toujours eu conscience des profondes différences existant alors entre des partis comme le suédois, le français, l’espagnol, et d’autres, plus réformistes ou clairement de droite. »

Dès Saint-Domingue, des clivages se sont en effet dessinés. Certains membres « latinos » de l’IS — le Parti de libération nationale (PLN, Costa Rica), AD (Venezuela), le Parti révolutionnaire dominicain (PRD), etc. — se démarquent des Européens. A la différence de ces derniers, ne plongeant pas leurs lointaines racines dans le marxisme, ils ne remettent nullement en cause le capitalisme et s’affichent dans de nombreux cas vigoureusement anticommunistes. « Le concept même de classe sociale est très discutable en Amérique latine », osera ainsi le dirigeant de la Gauche démocratique (ID) équatorienne Rodrigo Borja (4).

Vaguement réformistes, ils utilisent l’IS pour damer le pion à la démocratie chrétienne lorsque tombent les dictatures et parce que, prenant note de la puissance économique des pays que gouvernent ou gouverneront bientôt leurs amis d’outre-Atlantique, ils calculent les avantages qu’ils pourraient en retirer. « L’Internationale socialiste fonctionne de manière clientéliste, s’insurgera en 1999 le mexicain Porfirio Muñoz Ledo (Parti de la révolution démocratique, PRD). Certains partis viennent ici côtoyer les Européens comme s’ils fréquentaient la classe supérieure (5). »

Dans le Comité de l’IS pour l’Amérique latine et la Caraïbe (Siclac) créé en 1980 cohabitent aussi bien le FSLN que la très centriste Union civique radicale (UCR) argentine ; le PS chilien (rallié en 1996 !), qui cogouverne avec la démocratie chrétienne, et le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) mexicain, assez peu démocratiquement au pouvoir pendant soixante-dix ans. On y trouve aussi le Parti libéral (PL) colombien, qui a introduit le modèle néolibéral (1990-1994), sous les gouvernements duquel a été exterminée la formation de gauche Union patriotique (1986-1990) et auquel appartiendra, jusqu’en 2002, M. Uribe (6).

Peu importe. En multipliant les adhésions à l’Internationale, les socialistes du Vieux Continent étendent leur influence. Par-là même, en bons gestionnaires coulés dans le cadre libéral et essayant de l’améliorer à la marge, ils promeuvent les intérêts des milieux d’affaires et du capital européens.

Réunion du conseil de l’IS, à Buenos Aires, les 25 et 26 juin 1999 : « Auparavant, le socialisme était plus dur et étatiste, frissonne M. González, mais le socialisme démocratique a toujours accepté le marché qui, de fait, va de pair avec la démocratie (7). » S’il condamne « les inégalités tragiques qui frappent le monde », le document final exhorte « à profiter de la mondialisation » pour éliminer le chômage, la faim et l’indigence (8). Bref, commente le Brésilien Leonel Brizola (Parti démocratique travailliste, PDT), le texte « est si général qu’il peut servir tant au pied droit qu’au pied gauche (9) ». Passant inaperçu, un court paragraphe mentionne la préoccupation de l’IS face à « l’évolution du processus politique au Venezuela [et à] la politique de confrontation permanente du gouvernement avec les autorités établies ». Le président Hugo Chávez n’occupe le pouvoir que depuis… six mois.

Un même cérémonial préside tant aux conseils (auxquels participent l’ensemble des partis) qu’aux réunions locales du Siclac. « Il faut passer deux jours d’abrutissement total à écouter les interventions de quelques chefs d’Etat ou de parti, discours généralement préparés par leurs conseillers et que, souvent, les découvrant en arrivant à la tribune, ils lisent en ahanant », lâche dans une grimace l’ex-vice-présidente de l’IS Margarita Zapata (FSLN). « Un chapelet de mots creux, complète M. Blanca, pleins de bonnes intentions, dont il ne sort strictement rien, sans orientation contraignante pour personne ; chacun repart de son côté sans idée plus précise de la situation. »

Seul intérêt de ces forums : « Il y a des tête-à-tête privés et on échange de grandes embrassades avec les vieux copains » (M. Blanca) ; « On établit des contacts et, surtout, on retrouve les amis » (Mme Zapata). Or, nul ne l’ignore, « les ennemis de mes amis sont mes ennemis ». « En prenant les décisions qui, je crois, vont être prises, le pays est particulièrement viable », s’enthousiasme l’Espagnol González après que, le 1er janvier 1989, Carlos Andrés Pérez — surnommé CAP — est redevenu président du Venezuela (10). Bien vu, « camarade » ! Converti au libéralisme et ayant négocié un ajustement structurel avec le Fonds monétaire international (FMI), CAP affame le peuple du jour au lendemain. Celui-ci se révolte le 27 février, lors de ce qui restera dans l’histoire comme le caracazo (émeutes de Caracas).

D’une brutalité inouïe, la riposte du pouvoir fait quelque trois mille morts. Plus chanceux que le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti du président tunisien Ben Ali, qu’exclura l’IS après la répression du mouvement populaire de janvier 2011, AD, le parti de Pérez, s’en sort sans une égratignure. En 1993, après sa destitution pour corruption, le bureau de l’Internationale enverra à Pérez un communiqué lui témoignant son estime et son amitié. Il est vrai que, pendant son premier mandat, « il avait été généreux avec ses amis européens : il est de notoriété publique que, sous la direction de M. González, le PSOE a largement bénéficié de sa “solidarité” financière (11) ». Pas de quoi rendre sympathique le lieutenant-colonel Chávez qui, le 4 février 1992, s’était soulevé contre cette « démocratie injuste et corrompue ».

Comme au Venezuela, les dirigeants des partis latinos membres de l’IS qui arrivent aux affaires dans les années 1980-1990 — Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Equateur, Mexique, Panamá, etc. — ont une vraie politique sociale : ils pourvoient aux besoins des bien vêtus et des bien nourris. Dérégulant et privatisant à la hache, de mèche avec Washington, la Banque mondiale et le FMI, ils finiront discrédités, voire renversés. Issus des luttes ou portés par les mouvements populaires, de nouveaux leaders apparaissent : MM. Chávez (Venezuela), Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil), Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Equateur).

Appui aux putschistes vénézuéliens

C’est à Caracas que, les 19 et 20 juillet 2002, le Siclac se réunit avec comme hôtes les Vénézuéliens Rafael Angel Marín, dirigeant d’AD, Antonio Ledezma (Alliance du peuple brave, ABP) et Miguel Henrique Otero, directeur du quotidien El Nacional. A des degrés divers, tous ont participé à la tentative de coup d’Etat contre M. Chávez, le 11 avril précédent. « Averti par des amis du PRI et du FSLN, raconte M. Maximilien Arvelaíz, à l’époque conseiller du président vénézuélien, je prends contact avec le secrétaire général de l’IS, le Chilien Luis Ayala, et il accepte une rencontre avec Chávez, sous condition : les participants qui le souhaitent s’y rendront “à titre personnel”. Le lendemain, effectivement, quelques-uns sont venus, mais, à la dernière minute, Ayala s’est désisté. »

Au terme de sa réunion, le Siclac émet un communiqué annonçant qu’il décide d’« appuyer Action démocratique et la Coordination démocratique dans la mobilisation et la défense du système démocratique et de ses institutions » — autrement dit : les putschistes ! Présent en tant qu’observateur du PS français, M. Jean-Jacques Kourliandsky revient sur cet épisode : « J’ai failli me faire agresser par le secrétaire général d’AD car j’ai protesté : ces conclusions avaient été rédigées et déjà publiées dans la presse d’opposition vénézuélienne avant le début des travaux ! » Puis il hausse les épaules : « Elles n’ont aucune valeur, en réalité. » Erreur ou cécité ?

Elles figurent aujourd’hui encore sur le site officiel de l’IS (12), comme toutes celles qui suivront, émanation directe des trois partis vénézuéliens membres — AD, Mouvement vers le socialisme (MAS), Podemos —, tous violemment hostiles à la révolution bolivarienne.

« L’Internationale socialiste ? » Ex-conseiller à l’ambassade parisienne de la Bolivie, M. Alfonso Dorado grimace ostensiblement. « Jaime Paz Zamora en a été le vice-président. Ça joue beaucoup dans la mémoire collective... » Dirigeant du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), ce dernier a passé un accord en 1989 avec l’ex-dictateur Hugo Banzer afin d’accéder à la présidence. En 2002, pour contrer la montée en puissance de M. Morales et de son Mouvement vers le socialisme (MAS) — à ne pas confondre avec le parti vénézuélien —, il s’est allié au multimillionnaire Gonzalo Sánchez de Lozada, qui, élu, sera chassé du pouvoir par une explosion sociale en octobre 2003. Le MAS bolivien n’appartient donc pas à l’IS, pas plus que le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), l’Alliance pays de M. Correa, le FMLN salvadorien, l’URNG guatémaltèque ; d’ailleurs, personne ne le leur a demandé.

L’Internationale n’a qu’un rêve : faire adhérer le Parti des travailleurs (PT) du puissant Brésil et de l’icône de la gauche latino-américaine, M. Lula da Silva. Mais le PT a mis ses œufs dans un autre panier. En 1990, avec M. Castro, il a fondé le Forum de São Paulo, qui accueille tant des partis modérés (également membres de l’IS) que des formations forgées dans la lutte armée, des partis communistes (y compris le cubain) et leurs différentes scissions. « Affronter le néolibéralisme en Amérique latine, explique M. Valter Pomar, membre de la direction nationale du PT, exigeait une attitude ouverte et plurielle, prenant en compte tant la crise traversée par le communisme que celle frappant la social-démocratie. Cela étant, nous entretenons de bonnes relations avec l’IS... » Mais de loin.

Ancrés dans leurs anciennes alliances, les sociaux-démocrates européens, à l’exception notable des portugais, ne comprennent rien à cette Amérique latine nouvelle qui ose évoquer le « socialisme du XXIe siècle », cherche la voie d’une démocratie « participative », se trompe parfois, avance, recule, mais qui, en matière sociale, obtient de notables avancées.

A travers la Fondation Friedrich-Ebert, le SPD allemand dispose d’énormes moyens, mais ne s’intéresse pas à la région. Laminés par M. Anthony Blair, les travaillistes britanniques « pur jus » font figure de tribu en voie d’extinction. Silence radio en Italie, où, pourtant… « Massimo D’Alema [Parti démocrate] est venu à Caracas, raconte M. Arvelaíz. Il était très tendu. Nous lui avons fait rencontrer Chávez. “Cela me rappelle ma jeunesse”, s’est-il exclamé en ressortant, enchanté… »

Au Parlement européen, « où, depuis plusieurs années, les accords de libre-échange sont le principal thème abordé, le groupe socialiste, dans sa majorité, n’est pas très progressiste, constate M. Dupret. Par exemple, on n’a jamais eu leur appui pour inscrire le Honduras [où a eu lieu un coup d’Etat en 2009] à l’ordre du jour. » En revanche, en 2004, c’est le président du PSE, l’Espagnol Enrique Barón Crespo, qui proposa d’inviter M. Uribe, le chef de l’Etat colombien. Lors du discours de ce dernier, le 10 février, « le GUE/NGL, les Verts, certains libéraux et de nombreux socialistes, désavouant Barón Crespo, ont quitté la salle. Mais pas les Espagnols ! ».

S’agissant de l’Amérique latine, Madrid exerce une influence considérable au sein de l’Union européenne. Suivant Cuba — la dernière de ses colonies — d’aussi près que s’il s’agissait de la Galice ou de l’Andalousie, l’Espagne a été quasiment la seule à défendre la normalisation des relations de l’île avec l’Union. Jusqu’à sa perte du pouvoir, en novembre 2011, le PSOE a joué un rôle important à travers la coopération. « Mais il ne s’agit nullement d’une proximité politique », remarque le Bolivien Dorado.

« Ignorance crasse » à Paris

Gros émoi à Paris, le 22 octobre 2010, rue de Solferino : porte-parole du PS, M. Benoît Hamon a annoncé qu’il « s’apprêterait » à se rendre au Venezuela et à y rencontrer, pourquoi pas, le président Chávez. Il s’attire les foudres de l’aile droite du parti.

De son expérience à l’ambassade de Bolivie, M. Dorado tire une conclusion désabusée : « Le PS n’a jamais manifesté d’intérêt pour ce qui se passe dans notre pays. Nous n’avons donc jamais eu l’occasion de discuter de cette expérience d’intégration qu’est l’ALBA-TCP [Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - Traité de commerce des peuples (13)]. » Il est vrai que cette dernière, d’un point de vue néolibéral, est en contradiction totale avec les intérêts économiques et géopolitiques tant des Européens que des Américains. On a certes vu des délégations de haut niveau du PS aux Forums sociaux de Porto Alegre en 2002 et 2003 : il s’agissait avant tout de damer le pion aux altermondialistes et de courtiser Brasília. En campagne électorale, Mme Royal s’est ostensiblement affichée auprès des présidentes argentine et chilienne, Mmes Cristina Fernández de Kirchner et Michelle Bachelet — dont l’une des prouesses politiques sera d’avoir permis à la droite dure de revenir au pouvoir sous le signe… de la continuité. « Ce n’est même pas qu’il y ait, au sein du PS, une hostilité étayée pour X ou Y, tempête M. Roberto Romero, assistant parlementaire de M. Henri Emmanuelli. Il s’agit d’une ignorance crasse ! C’est du niveau du Monde ou de Libération, dont les choix éditoriaux sur l’Amérique latine s’apparentent à de la désinformation. »

Pour M. Romero comme pour nombre de nos interlocuteurs, « l’IS, cette coquille vide, est sans doute la meilleure agence de voyages du monde, et assez confortable… Mais il n’en sort rien ! ». Est-ce aussi certain ? Des réunions du Siclac et de ses partis discrédités proviennent les communiqués que diffuse l’IS. En Amérique latine, la presse d’opposition en fait ses gros titres : la gauche du monde entier nous appuie ! Les médias européens reprennent. Haro sur le « populisme » ! Les « socialistes » lisent. Et la boucle est bouclée.

 

Maurice Lemoine

 


Journaliste. Auteur de Cinq Cubains à Miami, Don Quichotte, Paris, 2010.

(1) Rassemble les partis de gauche, des antilibéraux aux anticapitalistes, en passant par les écosocialistes ou les communistes.

(2) Déclaration de principe approuvée lors du deuxième congrès du parti, en 1935.

(3) Le FDR-FMLN regroupe une aile politique, le FDR, dirigé par le social-démocrate Guillermo Ungo, et la guérilla du Front Farabundo Martí pour la libération nationale (FMLN).

(4) Nueva Sociedad, n° 48, Caracas, mai-juin 1980.

(5) Pagina 12, Buenos Aires, 27 juin 1999.

(6) Entre membres «  de plein droit  », «  consultatifs  » et «  observateurs  », le Siclac compte à l’heure actuelle trente-neuf partis.

(7) Pagina 12, 26 juin 1999.

(8) «  Conseil de Buenos Aires : façonner le changement  », Internationale socialiste, 25-26 juin 1999.

(9) La Nación, Buenos Aires, 28 juin 1999.

(10) El País, Madrid, 2 février 1989.

(11) Bernard Cassen, «  Union sacrée à Strasbourg  », Le Monde diplomatique, avril 2004.

(13) Antigua-et-Barbuda, Bolivie, Cuba, Equateur, Honduras (avant le coup d’Etat de 2009), Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Venezuela.

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:48

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Vanves, le lundi 18 juin 2012



Aux camarades du Comité Rosa-Luxembourg du Parti de gauche

 


Chers camarades,

Depuis quelques mois je me suis mis en sommeil, en congé du parti. Vous en connaissez les raisons, car nous avons eu à de multiples reprises l’occasion d’en discuter. Elles étaient d’autant plus claires, qu’avec Claude Debons nous en avons à deux reprises – lors du Congrès du Mans, puis ensuite dans une adresse au Conseil national, le 31 mai 2011 – explicité par écrit les motifs. Nous y mettions en garde contre « une analyse fantasmagorique de la situation française » servant de « justification à une orientation protestataire-révolutionnariste » ne répondant pas aux attentes populaires (cf. ce texte ci-joint).

La période électorale s’ouvrait et je n’ai pas voulu alors ajouter au tumulte et risquer de compliquer, fut-ce de façon minime, notre si difficile combat collectif. Cette période aujourd’hui se clôt et je reprends désormais mon entière liberté de parole et d’action. Ma décision, depuis longtemps mûrie mais que j’avais jusqu’à présent retenue, n’a plus de raison de l’être plus longtemps. Je vous informe donc de ma démission du Parti de gauche.

La séquence qui se ferme au lendemain de ce deuxième tour des législatives, ne m’a, en effet, pas conduit à modifier en quoi que ce soit l’analyse que nous faisions à la veille de son ouverture. Je ne vois pas que ce moment ait en rien conduit à la démentir, tout au contraire, elle m’apparaît avoir été prémonitoire. Certes, je ne minimise nullement le très grand succès qu’a constitué la campagne des présidentielles ; 11,1% fut un score magnifique, qu’à dire vrai je ne pensais pas voir le FdG atteindre. Je sais aussi ce qu’il doit à l’immense talent tribunicien de JLM. Mais une stratégie politique se juge à ses fruits et ils sont, au final, bien amers.

A peine acquis dans la présidentielle, notre capital électoral aura donc été aussitôt dilapidé dans la législative. Le FdG se retrouve désormais à son niveau initial, grosso modo celui acquis au lendemain des régionales et des cantonales, mais politiquement gravement affaibli pour la période qui vient. Le Président du parti de Gauche, qui avait su incarner une dynamique unitaire de la gauche de transformation, a été sèchement éliminé dans un combat qu’il a pris le risque de vouloir exemplaire nationalement. Sa défaite nous atteint tous. Durablement. Dans le débat politique national, elle éloigne sa voix et ainsi nous affaiblit. Mais au-delà de ce cas particulier, qui pour emblématique qu’il soit aurait pu n’être qu’isolé, si, en opérant un mouvement d’unification de la gauche de transformation, le FdG progresse en voix et en pourcentage par rapport au score de 2007 du PCF, il régresse, par contre, durement en sièges. En partie – et dans les Hauts de Seine nous ne le voyons que trop –, parce que dans bien des cas le PS dépasse certains des élus sortants du FdG. Au final, la représentation parlementaire du Front de Gauche se trouve lourdement affaiblie et celle du Parti de gauche est réduite à sa plus simple expression : son désormais unique député, Marc Dolez.

Face à la crise qui fait rage, cette déconvenue nous prive de l’arme d’un succès qui aurait prolongé celui de la présidentielle et conforté l’espoir qui s’y était levé, comme l’ont montré les formidables mobilisations dont nos meetings ont été l’occasion. Ce n’est pas ainsi que nous incarnerons l’alternative à gauche, dont notre pays a pourtant un urgent besoin. Ce n’est pas ainsi que nous deviendrons le parti de gouvernement que nous affirmons  vouloir être. A moins, bien sûr, que nous ne comptions, mezzo voce, nous satisfaire d’une position analogue à celle initialement revendiquée par le NPA : n’apparaître politiquement que tous les 5 ans, ne pas véritablement chercher à peser dans des élections dont nous ne faisons pas vraiment notre affaire et, ainsi exclus du champ politique, n’espérer exister que par les luttes, dans l’attente de la « révolution citoyenne » qui ne manquera pas d’advenir, un jour. C’est d’ailleurs bien l’analyse que vient de réaffirmer F. Delapierre dans un entretien à Mediapart : « Notre finalité politique n’est pas d’avoir un maximum d’élus pour peser dans le cadre actuel des institutions ». Sans doute, mais peut-être faut-il s’interroger, dès lors qu’à défaut d’avoir un maximum d’élus nous n’en avons qu’un … minimum ! On comprend aussi mieux pourquoi le P.G. vit sur le mythe qu’unique « recours à gauche », il sera « inéluctablement » porté au pouvoir « avant dix ans », dès lors que, comme F. D., l’on table sur le fait que « les éléments peuvent aussi s’inviter ». La France n’est pas la Grèce et avant que d’inviter chez nous une même catastrophe sociale peut être vaudrait-il mieux se demander comment l’éviter ! Les mésaventures du NPA devraient pourtant nous éclairer sur l’aboutissement d’une telle vision pour un parti politique dans une société démocratique comme la nôtre : la marginalisation à brève échéance.

S’il en va ainsi, c’est que le Parti de gauche fait fausse route, dans son analyse de la situation, dans son mode de fonctionnement, comme dans sa tactique politique.

Je n’ai jamais partagé l’analyse, à mes yeux simpliste, qui veut voir dans les révolutions d’Amérique latine les prodromes d’un tsunami démocratique dont, après les « printemps arabes », la vague viendrait inévitablement submerger notre vieille Europe et sur laquelle il suffirait donc de savoir surfer. On comprend bien pourquoi, vue ainsi, la politique ne peut être l’affaire d’un « capitaine de pédalo », mais nécessite l’intervention d’un nouveau « libertador » ! Sur le fond, sans même évoquer les ombres multiples qui assombrissent la démocratie en Amérique latine – que le PG tait soigneusement –, ni celles qui, on le voit encore aujourd’hui même en Egypte, pèsent sur l’avenir des révolutions arabes – et que le PG n’a même jamais à ce jour cherché à analyser –, qu’il me suffise ici de dire, trop sommairement, que l’Europe est le lieu d’un affrontement d’une toute autre nature. Un affrontement qui vise à imposer un ordre nouveau, celui du capitalisme mondialisé, à des couches populaires socialement éclatées et subjectivement atomisées par trois décennies de chômage et de précarité et une désindustrialisation qui en a décimé le cœur résistant historique : la classe ouvrière. Cela, dans un moment où il est, de surcroît, désarmé de sa « weltschauung », de sa vision du monde et de son projet historique, par la faillite du « socialisme réel ».

J’admets bien volontiers que cette analyse puisse ne pas être partagée dans le PG, c’est le prix normal et légitime de l’action collective ; mais je constate qu’elle n’a même pas pu y être seulement discutée. Je ne parle pas ici de notre comité, mais des instances nationales, où je ne suis d’ailleurs pas seul à avoir, en vain, tenté de l’y porter. Chacun, à cet égard, se souvient du Congrès du Mans et de l’enterrement clandestin, sans fleurs ni couronnes, ni même de faire-part, de « Lignes d’horizon ». Cela pose, évidemment, la question du mode de fonctionnement du PG, dans lequel les vrais débats n’ont lieu qu’au sein d’un tout petit groupe qui, seul, prend les décisions. Les instances nationales officielles étant là non pour les discuter mais pour les avaliser et les transmettre.

Enfin, tout cela a conduit à une tactique politique gravement erronée. Ancré qu’il est dans la certitude que « le bruit et la fureur » auront raison de toutes les barrières, dans l’illusion complète de pouvoir être « en tête de la gauche », le PG oppose de manière impavide un optimisme inconditionnel et sans faille à toute réalité. Les raisons de fond déjà exposées, comme son mode de fonctionnement, l’ont ainsi conduit à privilégier tout à la fois, électoralement, la présidentielle et, politiquement, la coupure complète de la gauche de transformation d’avec celle de gouvernement et à s’enfermer dans un « combat homérique » contre le Front National.  Avec, là encore, l’illusion – faute de toute analyse de la nature de l’emprise durable du FN dans les couches populaires, comme de la montée de l’extrême droite en Europe depuis plus d’une décennie –, de pouvoir le terrasser au premier combat. Pourtant, l’emprise du FN continue de s’affirmer et l’abstention de s’accroître et, les résultats en témoignent, même le combat mené dans la 11ème circonscription du Pas de Calais n’aura pas permis de démentir cette évolution nationale, au moment où le FN vient d’entrer pour la première fois à l’Assemblée sans le secours de la proportionnelle ! Au total, cette analyse erronée a conduit à une complète sous-estimation de la nécessité, sans doute moins flamboyante et plus triviale, de d’abord s’inscrire dans une dynamique anti-Sarkozy. Elle aurait dû conduire à rechercher en priorité un front commun de toute la gauche pour le battre, ce qui, évidemment, n’empêchait nullement la nécessaire différenciation programmatique sur les perspectives. Dans la pratique, le PG a, au fil du temps, oscillé entre deux positions ; par moment, il a affirmé haut et fort la seule perspective qu’il veut véritablement se reconnaître : devenir le centre de gravité de la Gauche, à d’autres, face à la réalité il s’est résolu à seulement s’en vouloir l’aiguillon. C’était là, dans les deux cas, se payer de mots et se conduire tel la mouche du coche (« c’est nous qui avons fait élire Hollande » !), car c’était négliger l’essentiel de ce qui se jouait dans ce moment précis : le rapport des forces final dans un scrutin majoritaire à deux tours. Faute d’avoir voulu poser dès le départ les conditions d’un accord démocratique avec le PS – et l’on sait que les représentants du PG en ont, au final, été les fossoyeurs –, le résultat était dès lors couru d’avance …

Pour toutes ces raisons, je ne peux continuer à feindre cautionner des choix que je ne partage pas et un mode de fonctionnement que je ne veux plus supporter.

La stratégie du Front de gauche est la seule valable à mes yeux, mais elle est exigeante et, bien plus que d’envolées lyriques et enflammées, elle se nourrit de constance et de cohérence. Elle appelle à une réflexion sur les profonds bouleversements qu’ont connus les sociétés capitalistes et le monde depuis trois décennies, elle seule permettra de bâtir une stratégie de transformation adaptée à notre époque.  Elle est le socle sur lequel il nous faut, en dépit du grave revers que nous venons de subir, bâtir une force nouvelle, seule à même de faire bouger les lignes et de déplacer le centre de gravité de la gauche. Elle nécessite que soit construit un rapport nouveau à la gauche, qui soit tout à la fois front commun contre la droite et l’extrême droite et confrontation programmatique exigeante. Elle fut, hier, celle, victorieuse et toujours présente dans la mémoire collective, du Front populaire.

C’est cela, chers camarades, que je veux contribuer à construire. Le temps passe, le temps presse !

Jacques RIGAUDIAT

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:45

Geert-Wilders.jpgpar Jérôme Jamin

Les Pays-Bas ont longtemps eu l’image de l’un des pays les plus tolérants d’Europe : au pays de Spinoza, tous les libres-penseurs pouvaient trouver refuge. C’est peut-être pour cela qu’ils ont été l’espace privilégié d’un renouvellement apparent des discours extrémistes, mais apparent seulement, car sous couvert du droit à la critique et à la libre parole, la stratégie de condamnation de la religion musulmane comme idéologie liberticide s’accompagne des mécanismes traditionnels du discours raciste.

Dans plusieurs pays scandinaves, aux Pays-Bas mais aussi en France, en Suisse, en Italie, en Autriche, entre autres pays, des discours qui ont fait le succès de l’extrême droite au début des années 1980 semblent remis au goût du jour avec cependant un certain nombre de variantes nationales et régionales, mais aussi quelques adaptations significatives. Les visages ont souvent changé, les leaders sont parfois plus jeunes, les partis sont nouveaux ou repartent sur de nouvelles bases — nouveau programme, nouveau nom, etc. — et naturellement, les réactions à ces différents succès électoraux sont également différentes : on ne parle plus du « retour de la bête immonde », ni même de « menace pour la démocratie », et en dehors des rangs de l’extrême gauche, plus personne ne parle de fascisme ou de néo-fascisme. Le comportement des médias a également évolué, hormis la Belgique francophone qui s’accroche tant bien que mal à un « cordon sanitaire médiatique » excluant les partis dits xénophobes de la presse et des plateaux de télévision, les médias en France et ailleurs sont aujourd’hui largement ouverts aux leaders d’extrême droite. Ce qui précède incite à se demander si ce à quoi nous assistons aujourd’hui a véritablement un lien avec ce que nous avons connu il y a déjà près de trente ans au moment où le Front national français (et accessoirement son homologue belge) prenait son envol et allait devenir progressivement, et pour une longue période, le plus puissant, le mieux structuré et le plus connu des partis d’extrême droite en Europe.

le changement dans la continuité

Les partis politiques et les quelques figures charismatiques en vogue en 2011 semblent bien différentes et éloignées de ce qui a fait l’actualité de l’extrême droite à la fin du siècle dernier. Aux propos machistes, sexistes, racistes, antisémites voire négationnistes d’un Jean-Marie Le Pen, d’un Filip Dewinter (leader de l’ancien Vlaams Blok en Belgique) ou d’un Umberto Bossi (Lega Nord en Italie) se substituent aujourd’hui des discours beaucoup plus consensuels, en phase avec ce qui peut être dit pour obtenir une certaine légitimité, notamment au niveau européen. Des discours où l’hostilité à l’immigration et la critique de l’islam sont justifiées par une rhétorique prétendument progressiste faisant référence à la lutte contre le fascisme, à la défense de l’égalité entre les hommes et les femmes, ou encore aux droits des homosexuels. Ce faisant, les propos polémiques des années 1980 qui semblaient vouloir implicitement réhabiliter une forme de nationalisme extrême (banni depuis la chute du nazisme) laissent la place à une critique radicale des politiques d’immigration, au constat d’un échec de l’intégration voire à une mise en garde vis-à-vis de l’islam jugé comme une menace pour nos valeurs démocratiques. Certains allant même jusqu’à faire référence au génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale pour nous mettre en garde contre le nouveau fascisme totalitaire que représentent les tenants d’un islam radical, comme le fait Geert Wilders du Partij voor de Vrijheid (PVV, Parti pour la liberté) aux Pays-Bas.

Si le nouveau registre intègre efficacement un vocabulaire propre au discours politiquement correct de tous ceux qui souhaitent faire une vraie carrière politique dans le cadre policé des pays de l’Union européenne, si ce type de discours semble marquer une rupture avec les vieux discours sur les « chambres à gaz qui sont un point de détail de l’histoire » ou sur l’existence de « races supérieures et inférieures » et d’une hiérarchie entre ces dernières, il faut analyser la trame profonde de ce type de rhétorique (hier et aujourd’hui) pour comprendre qu’à bien des égards, rien n’a fondamentalement changé !

« être, c’est être contre ! »

Au-delà des variantes régionales et nationales de ces différents discours depuis trente ans, c’est une logique « d’identité négative » qui domine sans discontinuité la formulation et l’élaboration des discours jugés extrémistes et xénophobes.

L’identité négative est une structuration polémique de l’identité, cela signifie que celle-ci s’alimente essentiellement « grâce » mais surtout « contre » les autres identités dans une relation qui marque la différence, la frontière et partant l’exclusion, le rejet voire la haine et la négation des autres identités. Le parti qui porte une identité négative ne séduit ses partisans que grâce à l’identification, la localisation, le dénigrement, la peur et finalement le rejet des identités prétendument différentes ou inférieures, et des gens supposés incarner cette dernière. Historiquement, le nationalisme de l’extrême droite active une identité négative en opposant un peuple « biologiquement en bonne santé » contre des « parasites » intérieurs et extérieurs qu’il faut « neutraliser et éliminer ». L’ennemi intérieur traditionnel dans le discours de l’extrême droite est incarné par le Juif, le communiste, la féministe ou encore le Franc-maçon, l’ennemi extérieur est incarné par l’étranger, l’immigré ou le « faux » réfugié qui tentent de rentrer sur le territoire national. Depuis la fin des années 1980, il faut aussi ajouter l’ennemi qui est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la nation, à savoir « les bureaucrates apatrides et vagabonds » qui contrôlent Bruxelles et Washington et qui cherchent à transformer le monde en un vaste marché sans peuple, sans âme, sans nation et sans culture. On retrouve ce nouvel ennemi dans de nombreux discours d’extrême droite, notamment dans les anciens pays du bloc de l’Est lorsqu’il s’agit de faire porter par l’Union européenne toutes les conséquences de la mondialisation économique.

Le principe de l’identité négative joue également un rôle fondamental dans l’argumentaire islamophobe de Geert Wilders aux Pays-Bas, la figure centrale du Partij voor de Vrijheid.

Geert Wilders aux Pays-Bas

Les Pays-Bas ont bénéficié pendant longtemps de l’image positive d’un peuple tolérant et « ouvert », en avance sur son temps sur de nombreuses questions de société, et en définitive fondamentalement progressiste au regard de ses voisins européens jugés plus conservateurs. En matière d’avortement et d’euthanasie, d’environnement, mais aussi d’accueil et d’intégration des étrangers, ce pays a semblé longtemps avoir une longueur d’avance sur le reste de l’Europe, mais depuis le 11 septembre et les événements survenus en 2002 et en 2004, avec l’assassinat du leader populiste Pim Fortuyn et ensuite celui du cinéaste Theo Van Gogh, beaucoup de choses ont changé.

La présence d’une population étrangère non-occidentale majoritairement de confession musulmane anime depuis longtemps le débat public sur l’intégration et en filigrane sur les limites qu’il faut donner à la tolérance vis-à-vis de certaines pratiques et revendications. Mais lorsque la population découvre que l’assassinat de Van Gogh (Mohammed Bouyeri) était non seulement le forfait d’un islamiste radical, mais qu’il était surtout l’œuvre d’un « enfant » des Pays-Bas, c’est-à-dire d’un individu certes d’origine marocaine mais né sur le territoire national, élevé et diplômé aux Pays-Bas, le constat de « l’échec de l’intégration » atteint son paroxysme. À l’instar du Royaume-Uni un peu plus tard (2005) et des Etats-Unis un peu plus tôt (2001), les Pays-Bas découvrent qu’il ne suffit pas pour un migrant de vivre longtemps dans un pays d’accueil et d’avoir suivi des études pour développer un sentiment d’appartenance nationale. Mais surtout, d’aucuns pensent que « Pim Fortuyn avait vu juste sur les dangers de l’islam », et partant, son destin tragique va préparer l’arrivée de Geert Wilders et de sa nouvelle formation politique fondée en 2006.

Le discours de Geert Wilders est intéressant parce qu’il est articulé dans un registre qui tente de respecter un certain nombre de valeurs importantes aux Pays-Bas. Mais sa force réside surtout dans deux manipulations intellectuelles habilement déguisées en bon sens populaire [1]. La première consiste à argumenter dans un registre à la tonalité progressiste, voire féministe contre le Coran et par extension contre tout ce qui relève de près ou de loin du monde arabo-musulman. La deuxième vise aussi à emprunter un discours raciste sous couvert du droit bien légitime à la critique des religions.Geert Wilders pourrait être considéré comme un homme de droite, adepte du libéralisme et hostile à l’Union européenne (dans sa composante élitiste et bureaucratique) s’il n’intégrait dans son discours une critique radicale de l’islam dont la férocité suscite encore aujourd’hui l’indignation, mais aussi la curiosité, voire l’admiration. Pourquoi ? Parce que le leader hollandais rejette l’islam sur un registre tout à fait différent de celui que nous sommes habitués à entendre depuis le début des années 1980 lorsque l’Europe a été confrontée aux premiers discours critiques voire hostiles à l’immigration et plus particulièrement à certaines catégories d’immigrés issus des pays du Maghreb. Le registre narratif de Wilders relève en apparence plus du féminisme, de la défense des homosexuels, du droit à la liberté d’expression, du droit à la critique des religions et de la quête de l’égalité entre les sexes que du populisme et de l’islamophobie. Il réduit l’islam et ses multiples manifestations aux seuls textes sacrés et à ses aspects les plus violents contre les femmes et les homosexuels et partant, son rejet du Coran apparaît comme un combat pour défendre ces derniers, au point qu’on finirait par oublier que toutes les religions (et plus particulièrement les grands monothéismes) sont truffées de textes scandaleux au regard des droits fondamentaux. La stratégie est efficace, le Coran et l’islam ne sont pas associés à une religion mais à une idéologie, et toute personne qui ose se revendiquer de ces derniers est vue comme un ennemi à abattre. La deuxième stratégie vise à utiliser les mécanismes traditionnels du discours raciste sous couvert du droit légitime à la critique des idées politiques, des religions et des idéologies. Geert Wilders utilise le principe de « reductio ad Ben ladum » qui procède par simplification et qui transforme n’importe quel individu originaire du Maghreb en « dangereux terroriste adepte de la lapidation, de la burqa et de Ben Laden ». La simplification permet d’ignorer les différents courants au sein de l’islam, la multiplicité de l’héritage, l’historicité des textes et la diversité des interprétations au profit d’une lecture littérale de quelques extraits du Coran qui naturellement fait peur, comme la lecture littérale de nombreux textes religieux anciens fait peur.

La laïcité repose notamment sur le droit de critiquer une religion à condition de ne pas porter atteinte à l’intégrité physique des individus. La force du discours de Wilders repose sur sa prétention à ne viser qu’une religion, dans une « perspective laïque », alors que sa virulence ne peut qu’inciter à la haine vis-à-vis des gens qui se prétendraient sympathisants d’une religion désormais « horrible et sanguinaire ». Celui qui adhère à l’islam tel qu’il est présenté par Wilders est au mieux un fou au pire un monstre ! Au final, des individus font l’objet d’une diabolisation féroce par le biais d’un discours critique vis-à-vis d’une religion, ce qui peut relever du racisme ou du libre examen selon l’interprétation que l’on fera de ce discours. La simplification permet d’ignorer ce qui précède au profit d’une image unique du musulman pratiquant, intraitable sur la véracité des textes sacrés, et intransigeant sur l’obligation de s’en inspirer dans la vie de tous les jours. Vue de cette manière, la religion devient chez le maghrébin une sorte de seconde nature, elle lui colle à la peau et elle l’empêche d’exercer son libre arbitre. La coexistence de l’islam et de la démocratie devient dès lors très vite impossible, et Wilders d’identifier le Coran à Mein Kampf pour la défense de nos droits fondamentaux.

Les Pays-Bas ne sont peut-être pas plus progressistes que les autres nations, mais si certaines valeurs faisaient vraiment partie de l’identité collective (tolérance, égalité, liberté d’expression, etc.), on comprend pourquoi c’est dans ce pays qu’elles ont été le plus habilement récupérées.

La frontière entre la critique légitime et nécessaire des religions et la stigmatisation d’individus associés à l’une d’entre elles n’est pas facilement perceptible, et nombreux sont ceux qui voient dans ce discours une véritable rupture avec le vieux discours machiste, sexiste, raciste, antisémite voire négationniste. Mais au-delà d’une prétendue rupture, la récupération des idées progressistes et de l’argumentaire laïque pour justifier la haine de l’islam et des musulmans s’inscrit à nouveau dans une logique d’identité négative. Si les visages et les mots ont changé, le besoin d’identifier des ennemis et de s’en démarquer n’a pas changé. Si les individus et les discours ont évolué, le besoin d’exister contre les autres, contre d’autres groupes, d’autres cultures ou d’autres religions est toujours présent, et structurant pour les partis et les militants. La trame reste fondamentalement la même et le discours de Wilders — mais aussi celui de Marine Le Pen — donne simplement une certaine idée de ce que sera l’extrême droite ou le « populisme xénophobe », demain en Europe.


Jérôme Jamin est philosophe et politologue à l’université de Liège.


[1] Voir notre éditorial après le succès électoral de Wilders en juin 2010 dans La Revue Aide-mémoire, n°52, Avril-Mai-Juin 2010, p.1.

 

http://www.vacarme.org/article2018.html

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:27

arton17115-8039d.jpgIl y a 25 ans, le 26 juin 1967 mourrait Don Milani, curé de Barbiana où fut rédigée, quelques mois avant sa mort, la « Lettre à une maîtresse d’école » [1]

L’école « pour tous », mais aussi la maison et l’eau. Et non à la guerre, excepté celle des partisans. Un prêtre jugé inopportun et jamais réhabilité par l’Eglise. Comme ses expériences pastorales. Peu de temps avant d’être transféré de sa paroisse de San Donato à Calenzano –un centre ouvrier textile aux portes de Florence- dans le village perdu de Barbiana –groupe de maisons éparses sur les pentes du Monte Giovi, dans le Mugello (région montagneuse au nord de Florence, NdT)- don Lorenzo Milani écrivait à sa mère une lettre passionnée : « J’ai la superbe conviction que les charges d’explosif que j’ai amassées pendant ces cinq années n’arrêteront pas de pétarader pendant au moins 50 ans sous le derrière de mes vainqueurs ».

C’était en 1954, l’affrontement Dc-Pci (Démocratie Chrétienne–Parti Communiste Italien) était âpre, le décret avec lequel le Saint Office avait en 1949 excommunié les communistes restait pleinement en vigueur, et ce jeune prêtre –qui n’était pas communiste, mais avait plusieurs fois confessé que le vote pour la DC du 18 avril 1948 avait été une erreur (« c’est le 18 avril qui a tout gâché, c’est la victoire qui a été ma grande défaite » écrit-il à Pipetta, un jeune communiste de Calenzano)- non aligné sur les ordres de la Curie, de Piazza del Gesù (siège de la Compagnie de Jésus à Rome, NdT) et de la Confindustria (le patronat italien, NdT), devait être neutralisé et rendu inoffensif : exilé dans les montagnes, curé d’une église dont la fermeture avait été décidée, « curé de 40 âmes » comme il disait lui-même.

Et pourtant, malgré le confinement imposé par l’archevêque de Florence Ermenegildo Florit, la « superbe conviction » de Milani semble s’être réalisée : les « charges d’explosif » placées sous le derrière » des vainqueurs, 45 ans après sa mort le 26 juin 1967, continuent à « pétarader ». Elles n’ont pas eu la force de subvertir le système, mais certaines intuitions, pour la plupart non réalisées, et de nombreuses dénonciations, non écoutées, conservent intactes leur caractère explosif. Et s’il est vrai que la valeur d’une aventure se mesure aussi à la capacité d’anticiper les époques de l’histoire, alors celle de Lorenzo Milani reste une expérience « prophétique » qui a encore quelque chose à dire à la société, à la politique et à l’Eglise d’aujourd’hui.

L’école demeure le lieu central de cette expérience mais pas le seul. Avec ses « jeunes » de Barbiana, il en dénonça le caractère de classe dans Lettre à une maîtresse d’école et il l’expérimenta comme praxis libératrice, autant dans l’école du soir pour les ouvriers de Calenzano, 20 ans avant les « 150 heures » conquises par le Statut des travailleurs en 1970, qu’à l’école primaire de Barbiana pour les petits montagnards du Monte Giovi. Les ministres, politiciens autant que techniciens, qui au fil des années se sont succédés à Viale Trastevere (ministère de l’Instruction, de l’université et de la recherche, NdT), à part quelque exception, se sont tous montrés très dévots de l’idée milanienne d’ « une école pour tous » -le 26 juin est au programme un énième congrès du ministère : Monter à Barbiana 45 ans plus tard- et tous sont en même temps très habiles à l’ignorer comme praxis. Eventuellement en imaginant un enseignement multimédia dans des instituts avec des classes de 30-35 élèves ou bien en inventant des prix spéciaux pour quelques étudiants apparemment méritants –la dernière idée de Profumo (actuel ministre de l’Instruction etc., NdT)- pendant qu’on supprime à tout le monde ressources, enseignants, professeurs, enseignants de soutien, et heures de cours, de façon à transformer l’école en « un hôpital qui soigne les bien portants et rejette les malades », « instrument de différentiation » plus qu’ascenseur social, comme on le lit dans Lettre à une maîtresse d’école (écrite par un groupe d’écoliers de Barbiana, en 1967, publiée quelques mois avant la mort de L. Milani, NdT). Et « si ça ne marche pas, ce sera parce que l’enfant n’est pas fait pour les études », même au CP. La langue est oubliée, « la langue qui fait l’égalité », et les langues qui, dans une visée « internationaliste », permettent aux opprimés du monde entier de s’unir : à Barbiana nous étudions « le plus de langues possibles, parce que nous ne sommes pas seuls au monde. Nous voudrions que tous les pauvres du monde étudient les langues pour pouvoir se comprendre et s’organiser entre eux. Ainsi il n’y aurait plus d’oppresseurs, ni de patries, ni de guerres ». Milani envoyait à l’étranger les très jeunes étudiants du Mugello, filles comprises, en réussissant à vaincre les peurs et les résistances des familles ; Francesco Gesualdi en est le témoignage vivant : ex élève de Barbiana, expédié en Afrique du nord à 15 ans pour apprendre l’arabe, et aujourd’hui animateur infatigable du Centro nuovo modello di sviluppo per i diritti dei popoli del Sud del mondo (Centre pour un nouveau modèle de développement pour les droits des peuples du sud du monde).

Et il n’y a pas que l’école. Mais aussi les biens communs : l’eau et la maison. Elle est peu connue, mais d’une grande signification, cette lutte menée avec les montagnards de Barbiana pour la construction d’un aqueduc qui aurait dû amener l’eau à neuf familles. Bataille perdue, parce qu’un propriétaire terrien refusa de concéder l’usage d’une source inutilisée qui se trouvait dans son champ, détruisant ainsi, écrit Milani dans une lettre publiée en 1955 par le Giornale del Mattino de Florence (dirigé à l’époque par Ettore Bernabei) « les efforts des 556 constituants », « la souveraineté de leurs 28 millions d’électeurs et de tous les morts de la Résistance », mère de la Constitution républicaine (entrée en vigueur le 1er janvier 1948, NdT). A qui la faute ? A l’ « idolâtrie du droit de propriété ». Quelle solution ? Une loi simple « dans laquelle il soit dit que l’eau est à tout le monde ».

Et la maison, avec le plan Ina-Casa de Fanfani qui aurait dû assurer un toit à tous les travailleurs, mais qui ne fut réalisé qu’a minima, tandis que continuaient les expulsions de ceux qui occupaient les villas des riches bourgeois qui avaient deux ou trois habitations, tenues fermées « pendant 11 mois de l’année ». « La propriété a deux fonctions : une sociale et une individuelle » et « la sociale doit passer avant l’individuelle à chaque fois que sont violés les droits humains », écrit Milani en 1950 sur Adesso, le journal de don Mazzolari. Ces mots « dimanche je les crierai très fort. Vous verrez, tous les chrétiens seront avec vous. Ce sera un plébiscite. Nous ferons un barrage autour de la villa. Personne ne vous jettera dehors ». Mais rien de tout cela n’arrivera, écrira Milani, qui répètera : « J’ai honte du 18 avril ».

La guerre et l’histoire, traversées par la responsabilité individuelle –« sur un mur de notre école il y a écrit en grand : I care », c’est-à-dire « ça m’importe, ça me tient à cœur. C’est l’exact contraire du mot fasciste ’ je m’en fiche’ »- sont les autres thèmes forts de l’expérience de Milani : la défense de l’article 11 de la Constitution, l’objection de conscience aux ordres injustes surtout s’ils sont militaires (« l’obéissance n’est plus une vertu, mais la plus lâche des tentations »), l’opposition à la guerre et à la guerre préventive, 40 ans avant Bush, parce que « dans la langue italienne tirer le premier s’appelle agression et non défense ».

C’est une relecture de l’histoire qui prend ses distances avec toute « utilisation publique » nationaliste et patriotarde, passant en revue les guerres italiques, toutes d’ « agression » : depuis les guerres coloniales de Crispi et Giolitti, au premier conflit mondial, jusqu’à celles fascistes de Mussolini ; en passant par le général Bava Beccaris, décoré par le roi Umberto, qui en 1898 tira au canon sur les mendiants « juste parce que les riches (alors comme aujourd’hui) exigeaient le privilège de ne pas payer d’impôts ».

Mais « il y a eu aussi une guerre juste (si une guerre juste existe). La seule qui ne fût pas une offense à d’autres Patries, mais défense de la notre : la guerre des partisans ». Ainsi écrit-il aux aumôniers militaires qui avaient appelé « vils » les objecteurs de conscience, si vous avez le droit « de diviser le monde en Italiens et étrangers alors je vous dirai que, dans votre logique, moi je n’ai pas de Patrie et je réclame le droit de diviser le monde en déshérités et opprimés d’un côté, privilégiés et oppresseurs de l’autre. Les uns sont ma Patrie, les autres mes étrangers. Et si vous avez le droit, sans être rappelés par la Curie, d’enseigner qu’Italiens et étrangers peuvent licitement voire héroïquement se massacrer mutuellement, alors moi je réclame le droit de dire que les pauvres aussi peuvent et doivent combattre les riches. Et au moins dans le choix des moyens je suis meilleur que vous : les armes que vous approuvez, vous, sont d’horribles machines à tuer, à mutiler, à détruire, à faire des orphelins et des veuves. Les seules armes que j’approuve, moi, sont nobles et sans effusion de sang : la grève et le vote ».

Milani n’a pas été un « catholique dissident » -68 était encore loin- mais un « rebelle obéissant », et peut-être justement à cause de ça regardé avec encore plus d’hostilité par l’institution ecclésiastique à qui le prêtre reprochait d’avoir perdu de vue l’Evangile afin de suivre le pouvoir : « Nous n’avons pas haï les pauvres comme l’histoire dira de nous. Nous avons seulement dormi. Et c’est dans ce demi-sommeil que nous avons forniqué avec le libéralisme de De Gasperi, avec les Congrès eucharistiques de Franco. Il nous semblait que leur prudence pouvait nous sauver » lit-on dans la visionnaire Lettre d’outre-tombe d’un « pauvre prêtre blanc de la fin du 2ème millénaire » aux « missionnaires chinois » qui à l’avenir viendront dans une Europe qui n’aura plus de prêtres, tués par les pauvres : page de conclusion de Expériences pastorales, le volume de Milani jugé « inopportun » par le Saint Office en 1958, et toujours pas réhabilité. « En enseignant aux petits catéchumènes blancs l’histoire du lointain An 2000 ne leur parlez donc pas de notre martyre. Dites-leur seulement que nous sommes morts et qu’ils en remercient Dieu. Nous avons mélangé trop de causes étrangères à celle du Christ ».

Luca Kocci

Edition de samedi 23 juin de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120623/manip2pg/07/manip2pz/324765/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.

 

La Lettera a una professoressa a été traduite en français et nombreuses autres langues. Ne disposant que du texte italien, édition 1971, je joins à cet article quelques extraits de l’ouvrage comme invitation à lire ces belles pages écrites collectivement.

« Ce livre n’est pas écrit pour les enseignants, mais pour les parents. C’est une invitation à s’organiser.

A première vue il semble écrit par un seul garçon. Au contraire, nous sommes huit auteurs, huit garçons et filles de l’école de Barbiana.

D’autres camarades, qui travaillent, nous ont aidés le dimanche.

Nous devons remercier avant tout notre Prieur qui nous a éduqués, enseigné les règles de l’art et dirigé nos travaux.

Ensuite de très nombreux amis qui ont collaboré d’une autre manière :

Pour la simplification du texte, divers parents.

Pour le recueil des données statistiques, des secrétaires, enseignants, directeurs, fonctionnaires du ministère et de l’Istat, des prêtres.

Pour d’autres informations, des syndicalistes, journalistes, administrateurs communaux, historiens, statisticiens et juristes.

Première partie

L’école obligatoire ne peut pas recaler les élèves

Chère madame,

Vous ne vous souviendrez pas de mon nom. Vous en avez tellement recalés.

Moi par contre j’ai souvent pensé à vous, à vos collègues, à l’institution que vous appelez école, aux jeunes que vous « rejetez ».

Vous nous rejetez dans les champs et dans les usines et vous nous oubliez.

[…]

Barbiana quand j’y arrivai, ne me parût pas être une école […] De chaque livre, une seul exemplaire. Les enfants se serraient autour. On avait du mal à s’apercevoir qu’un d’entre eux était un peu plus grand et enseignait. Le plus vieux de ces maîtres d’école avait seize ans. Le plus jeune douze et me remplissait d’admiration. Dès le premier jour, je décidai que j’enseignerais moi aussi.

La vie est dure là-haut aussi. Discipline et histoires à faire perdre l’envie d’y retourner. Mais celui qui n’avait pas de bases, qui était lent ou sans envie de travailler se sentait le préféré. Il était accueilli comme vous accueillez, vous, le premier de la classe. On aurait dit que toute l’école n’était que pour lui. Tant qu’il n’avait pas compris, les autres ne continuaient pas.

Il n’y avait pas de récréation. Pas de vacances, même pas le dimanche.

Personne ne s’en souciait parce que le travail est pire. Mais chaque bourgeois qui venait nous voir nous faisait des histoires là-dessus. Un jour un grand professeur déclara : « Cher Révérend, vous n’avez pas appris la pédagogie. Polianski dit que le sport est une nécessité physiopsicho… »

Il parlait sans nous regarder. Ceux qui enseignent la pédagogie à l’Université n’ont pas besoin de regarder les enfants, ils les connaissent tous par cœur comme nous les tables de multiplication.

Finalement il partit et Lucio qui avait 36 vaches dans l’étable dit : « L’école sera toujours mieux que la merde ».

Cette phrase doit être gravée sur la porte de vos écoles. Des millions d’enfants paysans sont prêts à y souscrire.

C’est vous qui dites que les enfants haïssent l’école et aiment jouer. Nous paysans vous ne nous avez pas interrogés. Mais nous sommes un milliard et neuf cent millions. Six enfants sur dix pensent exactement comme Lucio. Les quatre autres on ne sait pas.

Toute votre culture est construite comme ça. Comme si le monde c’était vous. »

Extraits de Lettera a una professoressa, Scuola di Barbiana, Libreria editrice fiorentina, 1971 pour cette édition), p.9-13.

Traduction m-a p.

[1] http://www.fga.it/uploads/media/Rileggere_Lettera_Professoressa-VB_Severi.pdf

 

URL de cet article 17115
http://www.legrandsoir.info/la-prophetie-explosive-du-biencommunisme-il-manifesto.html
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