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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 19:09


arton16620-b0f0a.jpgPourquoi je n’étais pas à la Bastille le dimanche 6 mai 2012 ?


Cette victoire face à Nicolas Sarkozy marque la fin d’une ère. Elle témoigne d’un ras-le-bol colossal à l’égard de la façon de gouverner du président sortant. Plus qu’un désaccord idéologique avec la réforme sociale ou la néo-libéralisation du pays (démantèlement du droit du travail, des services publics, précarisation des travailleurs, etc…), elle dénonce l’opposition d’une majorité d’électeurs vis-à-vis de l’extrême droitisation du discours de la majorité et des excès comportementaux de Sarkozy (le Fouquet’s, “casse-toi pov’con”, surmédiatisation, régime hyper-présidentiel, etc…).

Non, le 6 mai n’est pas la victoire de la France de Gauche. Ce n’est pas le retour de la Gauche du progrès social et encore moins une victoire du Socialisme. Après une longue hésitation, j’ai décidé sans aucun plaisir de voter pour François Hollande. Je ne nie pas ma satisfaction presque euphorique à assister à la défaite du candidat UMP et d’observer cette droite réactionnaire aux propos nauséabonds libérer l’espace médiatico-politique et nos institutions. Cependant, je ne me fais aucune illusion. Être de Gauche ça se démontre par les actes et par la réforme sociale. Voici les six arguments qui me font relativiser cette victoire :

1. Les socialistes seront terrifiés à l’idée d’assurer le progrès social et de dépenser plus. Dans un souci de “bonne gestion” ils n’augmenteront en aucun cas les dépenses publiques. Il n’y aura pas de relance par les salaires. Le mot d’ordre restera l’austérité. Il n’y a que très peu de clivages idéologiques au niveau économique entre le PS et l’UMP comme en témoigne le lamentable débat entre Hollande et Sarkozy. Nous n’avons pas assisté à l’affrontement de deux modèles de société, mais à une bataille de chiffres, de bilans. La finalité pour les deux candidats est de construire l’Europe libérale et de rétablir l’équilibre budgétaire au prix d’une dégradation évidente des conditions de vie en France. Bien sûr des différences existent, elles concernent essentiellement les mœurs et les affaires de traitement de l’être humain, de l’immigration, etc… Ces différences ne sont pas anecdotiques. Elles expliquent largement mon vote au second tour.

2. Dans un souci de “bonne gestion” ils ne reviendront pas non plus sur les lois adoptées depuis 5 ans par la majorité UMP bien que ces lois portent toutes en leur sein les effets catastrophiques de l’individualisme et du néolibéralisme. S’ils étaient réellement en désaccord avec la politique menée par Sarkozy, ils devraient abroger ces lois injustes qui ont précarisé tous les domaines de notre société : loi HPST, réforme des retraites, LRU, etc… [Le PS entend rétablir la retraite à 60 ans uniquement pour les carrières longues. Il approuve ainsi tout le sens de la loi sur les retraites réforme principale du quinquennat de Sarkozy pour tous les autres : prolongation de l’âge de la retraite et augmentation de la durée de cotisation.]

3. Ce sont les socialistes qui ont construit l’Europe telle qu’elle est depuis les années 1980, en signant l’acte unique, le traité de Maastricht, Amsterdam, etc… Ils ont mis en place cette Europe néolibérale et portent une lourde responsabilité. Partout en Europe les socialistes ont imposé des plans de rigueur toujours plus injustes, toujours plus foudroyants pour les populations : gel des salaires, des retraites, fermetures de services publics. Geórgios Papandréou, président de l’Internationale Socialiste est un de ces chefs d’États qui a sacrifié le social au profit de la Finance et des enjeux économiques Européens. La liste des socialistes qui ont trahi la cause même du collectivisme et de l’égalitarisme est longue : Mitterrand, Jospin, Schröder, Blair, Zapatero, etc… Je n’aborderai ici que succinctement le cas de Dominique Strauss-Khan, libéral qui s’assume, à qui la présidence française était promise, qui a accepté de prendre la tête du Fond Monétaire International, haut combien coupable des souffrances du tiers-monde (ou quart-monde) (cf : http://michaelcanovas.wordpress.com/2012/04/17/il-faut-annul...).

4. Par ailleurs, comme je l’ai précisé dans un de mes articles précédents, rien n’est possible si l’on continue à respecter les traités européens et les critères du pacte de stabilité. Les États ont perdu tous les leviers de leur souveraineté en confiant à l’Europe les politiques monétaires et budgétaires. Les traités condamnent les États à l’austérité en leur imposant un euro fort et stable qui profite aujourd’hui presque essentiellement aux Allemands. Il n’y a pas de relance possible au sein des structures actuelles. Seule la rupture peut dégager la marge suffisante pour lutter contre la misère de masse. L’austérité entraîne l’austérité. Elle paralyse l’activité d’un pays et l’enferme dans le cercle vicieux de la dette. Hollande sera parfaitement docile face à la Finance et aux marchés.

5. Rappelons enfin que les socialistes sont coupables des plus grandes privatisations, des plus grandes libéralisations de ces trente dernières années. Oui, entre 1997 et 2002 de véritables réformes sociales ont pu être faites (35h, CMU, emplois-jeunes), mais le programme du PS en 2012 ne s’inscrit plus dans cette logique grandes réformes sociales. C’est tout le sens de notre scission… l’essence même du Front de Gauche. Comment accepter le mépris de F. Hollande à l’égard de la sensibilité communiste et anticapitaliste. Jean-Paul Huchon, président PS de la région Ile de France, avait d’ailleurs affirmé que Jean-Luc Mélenchon était un candidat « plus grave que Le Pen » sans la moindre réprimande de son parti. La mise en avant de socialistes tels que Manuel Valls (néolibéral assumé) démontre clairement l’encrage néolibéral désormais assumé du PS. Les socialistes sont partout. Ils sont présents dans toutes les institutions et partagent la responsabilité de la situation économique et sociale du pays. Fervent défenseur du OUI au référendum de 2005, François Hollande s’inscrit pleinement dans ce socialisme d’accompagnement du système qui a renoncé au mouvement social.

6. Enfin, la victoire des socialistes est une fois de plus l’occasion pour le modèle capitaliste néolibéral de se pérenniser grâce à des corrections marginales des inégalités et de ses excès les plus insupportables. Faut-il vraiment faire survivre le système en le corrigeant marginalement ? Notre réponse est non ! Nous souhaitons replacer les enjeux humains et environnementaux au cœur de toutes les politiques publiques : place à l’insurrection citoyenne !

Michael CANOVAS

http://michaelcanovas.wordpress.com/2012/05/06/nous-ne-voulo...

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 19:06
 

arton16634-0cc61.jpgIl est 20 heures et l’image de François Hollande envahit l’écran de mon poste de télévision ; ça n’est pas une nouvelle nouvelle, car ce triomphe est un plat réchauffé déjà servi avant l’heure constitutionnelle sur d’autres réseaux. Mais, très vite, j’ai l’impression que quelque chose s’est cassé, s’est enrayé. Je zappe du privé au public, mais rien ne varie, la lumière des plateaux me paraît morne et le visage des animateurs blafard.

Ça ne rayonne plus comme au moment de la pub d’avant 20 heures où le réalisme libéral nous a gratifié d’une dose de modes d’emplois sans lesquels la vie ne serait qu’un long fleuve pollué. C’est un peu comme si le centre de gravité de ce petit monde écranique arrogant venait de se désaxer en entraînant la voix de chaque commentateur dans une couleur en berne. J’avais devant moi des gensdetélé orphelins de leur maître à paraître, celui-là même qui ne se gênait pas de les piétiner et de les traiter de tous les noms, jusqu’à se faire passer pour une de leurs victimes. C’est bien connu et le refrain de fin de campagne nous l’a suffisamment rabâché : Nicolas Sarkozy aurait été l’objet d’un lynchage médiatique pendant tout son mandat. D’ailleurs, il suffit de voir la tenue des entretiens télévisés du quinquennat pour le vérifier, non ?

En vérité, durant ces cinq années du candidat sortant, c’est progressivement, mais sûrement, que la plupart de ces gensdetélé sont devenus des larbins serviles passés maîtres dans l’art de manier la prose à reluire.

Des gens, véritables prêtres du nouveau culte du marché, qui avaient intériorisé l’idée que la page était tournée et qu’il était de leur devoir de faire table rase du passé, par conséquent de la fraternité, de l’égalité et de la liberté, de la liberté d’expression pour tous notamment. Ils baignaient dans une exigence de transparence dévoyée par la recherche de poux dans la vie pour exhiber toujours plus, sans limite, le dérisoire, le factice, dans la suture du manque à dire, jusqu’au vertige de l’emballement du Petit Journal de Canal + où triomphe le vide absolu.

En fait, dans un instant, l’image de François Hollande agissait comme l’annonce d’une nouvelle donne où ces gensdetélé ne seraient plus mauvais en tout, mais plutôt bons à rien. J’ai même senti le frisson de la fin d’une exhibition de la jouissance par la puissance de l’argent, avec l’émergence d’une exigence réelle de la représentation et non plus de la présentation. Les plateaux privés et publics n’étaient plus qu’un spectacle de l’absence ; ça sentait la vacance du pouvoir médiatique avec un programme d’une vacuité complète.

C’est vrai, après le discours de Tulle c’est, au centre de l’écran, un cortège de voitures et de motos sur la route de Brive-la-Gaillarde, avec sur les côtés du cadre des vignettes d’invités totalement minorées et leurs paroles souvent masquées par le son d’un concert d’attente sur la place de la Bastille ou surtout par celui des propos d’approche des journalistes à la recherche d’images sur les motos ou autres véhicules intempestifs.

« Je suis à quelques mètres de la voiture du nouveau Président »… « je me rapproche »… « nous arrivons à l’aéroport de Brive »… « il monte dans son avion »…

Bref une kyrielle de formules creuses au service d’un suspense de pacotille, au cœur d’une fausse course poursuite qui n’était en réalité que la figure d’une défaite de journalistes en quête de pas grand chose. Plus que jamais se vérifiait la formule : si vous fermez le son il n’y a plus d’image. Car c’est un truisme, à vouloir coller à la surface sensible des choses, on finit par ne plus rien voir et oublier de faire image, c’est-à-dire de penser un peu.

Où étais-je ? Sur la route, entre Tulle et Brive ? Non plutôt dans un voyage au cœur du vide dans le plus grand irrespect de ceux qui ont voulu un changement en choisissant le candidat derrière lequel couraient vainement une meute de prédateurs affamés, pour quelques miettes d’Histoire. Alors, histoire d’en parler, pour rire ou en pleurer, le cortège n’en finissait pas d’avancer dans un immobilisme visuel issu de la répétition du même à l’excès, pour laisser émerger un interlude, un trou de programme ou plutôt un trou de la pensée politique, comme un aveu de l’incapacité journalistique à parler de la nouvelle donne qui pourtant réclamait de manière évidente que les invités sur le plateau aient du temps et de l’espace pour parler, argumenter, controverser… Certes, des gensdetélé figés au centre pour séparer la gauche de la droite invitaient à des tours de table au pas cadencé, avec l’inélégance récurrente de couper la parole pour des urgences souvent peu prioritaires ; mais des tours de table comme des tours de manège où ça tourne en rond, avec un rythme et un temps auxquels il n’est jamais facile de s’adapter et par conséquent où jamais rien ne se creuse. A un moment de la soirée, dans le coin gauche de l’écran de la 2, Jean-Luc Mélenchon parle et tente avec un humour certain et quelques vérités qui fâchent, de recentrer l’image, en vain.

Et toujours, au centre de l’écran, le trou d’une course en temps réel propice aux descriptions les plus vaines, accompagné de lucarnes où la parole politique déclassée tente vainement de murmurer que nous venons de vivre une rupture. Oui, pour faire honneur à la Nation, cette élection méritait un débat voir un déballage démocratique, car le peuple a répondu présent dans sa diversité. Un peuple au jugement fin et délicat qui a prouvé qu’il n’était pas la camisole de force de la politique, contrairement aux médias qui n’ont cessé d’annoncer en amont qu’il fallait s’attendre à une très grande abstention. C’est à une fête du bulletin de vote qu’il nous a invité, à un arrachement qui prouve à quel point il a la force de tordre le cours des choses et de montrer que le plus difficile est une tâche digne des femmes et des hommes libres, prêts à la fête.

Soudain, le hublot de ma machine à laver à la place de l’écran s’arrête de tourner pour laisser la place à des témoignages plein écran choisis dans la foule de la place de la Bastille ; d’emblée je comprends la pertinence des choix puisque de grands acteurs de la vie politique française me font découvrir l’horizon de leur nombril incandescent ou plutôt indécent : Josiane Balasco, Guy Bedos, Clémentine Célarié volent au peuple le temps de ses paroles, mais rassurent les gensdetélé, ils sont un peu de la famille. A ce moment là, j’ai la rage, car il s’agit bien de la peur, de la haine du peuple ou bien de quelque chose d’approchant. Le peuple vu comme un vulgum pecus, incapable d’être autre chose qu’une foule anonyme, sans diversité de pensée. Alors que le plus souvent son érudition politique, son bon sens, se composent de souvenirs antérieurement éprouvés dans sa vie publique et privé, dans ses engagements, ses souffrances, ses désirs et sa confiance dans le génie politique du pays. La télévision a manqué le rendez-vous, elle a été une nouvelle fois sourde et aveugle, avec un people-tropisme décadent qui a cherché à faire du fils de François Hollande une nouvelle figure glacée de Gala, cette autre feuille merdiatique.

C’était pourtant le soir d’un renouveau et l’occasion de faire autrement. Mais ces gensdetélé-là peuvent-ils faire autrement ? Savent-ils faire autrement que de répéter à l’infini des modèles d’arrogance et de suffisance, chiens de garde d’une pensée unique, jamais calibrée, contraire à l’idée même de pensée, cette qualité en mouvement et en perpétuel changement. Savent-il que la parole est un ensemble de choses mises en scène et non l’exclusion du corps, l’oubli de la situation et que pour se résoudre pleinement elle a besoin de tout autre chose que du cadre d’une vignette au bas de l’écran, masqué, dominé par la béance d’une caravane de journalistes collée au cul de François Hollande.

Alors, si le changement c’est maintenant, pour la télévision il y a une urgence.

Anatole Bernard

 


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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:59
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Photo : "Sarkozy m’arrivait là. Hollande, lui, m’arrive là. C’est ça le changement"

L’élection présidentielle achevée, quelques indications sur la politique de la future équipe gouvernementale peuvent déjà être données.

La première est la traduction par COMAGUER d’un article publié avant le second tour (le 01 Mai précisément) par le site russe de géopolitique « STRATEGIC CULTURE FOUNDATION » sous la plume d’IGOR IGNATCHENKO. Il se place dans l’hypothèse largement admise chez tous les observateurs internationaux d’une victoire de François Hollande qui avait été donné vainqueur par tous les sondages depuis les primaires socialistes et que les électeurs français ont eu l’aimable obligeance de valider.



Le face à face télévisé du 2 Mai a confirmé qu’en matière de politique étrangère il n’y avait pas d’opposition entre les deux candidats. En effet la séquence de politique étrangère a été reléguée en fin de débat, écourtée et consacrée à deux questions mineures. La première concernait l’Afghanistan mais il n’a été question dans la bouche du nouveau Président ni de l’opportunité, ni du coût, ni des résultats de cette guerre vieille de 11 ans et le débat s’est réduit à la date du rapatriement des troupes françaises, les deux duellistes étant d’accord sur le principe du rapatriement. La seconde a été une simple évocation sans débat de la crise sahélo-malienne où on a gentiment agité la marionnette du « terrorisme islamiste » mais qui a quand même permis au président battu de manifester sa condescendance toute coloniale en parlant de « ATT » l’ex président malien. Sous cet acronyme quelques spécialistes de la politique africaine auront évidemment reconnu AMADOU TOUMANI TOURE mais c’était aussi inélégant et méprisant dans la bouche d’un chef d’Etat encore en fonction que de dire « MACHIN, le type du Mali ».

Une observation : le chroniqueur russe attribue à la seule Marine Le Pen le mérite d’avoir demandé la sortie de la France de l’OTAN et il oublie donc de mentionner que cette question était également abordée dans le programme de Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr celui-ci n’ignorait pas que sur ce sujet il n’avait aucune chance d’être entendu par le nouveau président mais ce rappel des faits était nécessaire.

La seconde est le résumé d’un article publié le 07.05.2012 dans la version espagnole du Réseau Voltaire et qui donne quelques précisions sur les futures relations de la France avec le Qatar, leader des émirats réactionnaires du Golfe dans la contre-révolution arabe. Le 2 Février 2012 L’émir Hamad ben Khalifa al-Thani a reçu à Doha l’envoyé spécial de François Hollande : Laurent Fabius, très probable ministre des Affaires étrangères du nouveau gouvernement. Il s’agissait d’organiser après le changement de pouvoir la poursuite des relations très étroites nouées par le couple présidentiel français avec l’Emir qui n’hésitait pas à mettre à leur disposition son avion privé, s’était vu ouvrir les portes de la France pour ses investissements, avait été aidé dans ses achats immobiliers à Paris tant par le maire Bertrand Delanoë que par le Ministre de la culture Frédéric Mitterrand. Il avait par ailleurs, en violation flagrante de la résolution de l’ONU, embauché et équipé 5000 mercenaires pour mener la guerre au sol contre le régime libyen pendant que l’armée française bombardait le pays, mercenaires qui furent , pour tout ou partie, transférés en Syrie une fois tombé le régime Kadhafi.

Nul n’ignore d’autre part que l’émir est le propriétaire de la chaine Al Jazeera qui est aujourd’hui la voix de la réaction arabe

En 2006 François Hollande avait déclaré que la diplomatie du Qatar « poursuivait son chemin dans le sens de la stabilité et de la recherche de la paix. » opinion largement partagée par le gouvernement de Tel Aviv. A la lumière de la montée en puissance de l’émir du Qatar comme leader de la contre révolution arabe, révisera-t-il son jugement ?

Comaguer

http://comaguer.over-blog.com

Au fil des jours et des lectures n°141

7 Mai 2012

Article d’Igor Ignatchenko (01.05.2012)

(traduction de l’anglais par Comaguer)

Ce que laisse attendre la nouvelle présidence française

Pour l’heure il n’y a plus guère de doute sur la victoire de François Hollande dans la course présidentielle en France.

Les questions découlant naturellement de ce contexte sont les transformations pouvant affecter , le cas échéant ,la politique étrangère française sous le Président entrant et, en particulier, comment Paris va structurer ses relations avec Moscou au cours des cinq prochaines années.

Un communiqué publié par Hollande en décembre 2011 – avec les élections à l’horizon – contenait des passages relatifs à la politique intérieure de la Russie, y compris la répression présumée des protestations de l’opposition à la suite du scrutin parlementaire, disant qu’elle était l’objet d’une grave préoccupation et que la Russie devrait faire plus pour garantir la liberté d’expression et la dissidence publique . En général, Hollande a clairement indiqué que, s’il était élu, il ne resterait pas indifférent à l’état de la démocratie dans d’autres pays. En outre, l’actuel favori a déclaré dans une interview au Nouvel Observateur que, selon lui, la Russie partageait la responsabilité des massacres en Syrie.

Hollande avait écrit sur son programme lors de la campagne électorale que la France soutiendrait une opération militaire en Syrie sous bannière de l’ONU, ce qui était pour l’essentiel l’agenda de politique étrangère de son rival N. Sarkozy. La coïncidence était totalement prévisible - c’est un constante de la politique de la gauche française et de celle des socialistes français dirigés par Martine Aubry qui ont appelé à une action dure et ont critiqué Sarkozy pour sa passivité lors de la récente intervention en Libye. Comme Sarkozy, Hollande semble appartenir entièrement à l’école de pensée défendue par l’ancien chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, un protégé du lobby israélien et un partisan des interventions humanitaires qu’il définissait comme toute invasion d’un pays souverain à des fins humanitaires et pour la protection des droits humains fondamentaux que les populations locales ne peuvent pas ou sont mal préparées à défendre.

Hollande est un critique public de la conduite de la Russie à l’ONU, accusant la Russie et la Chine d’être devenues de facto complices des massacres syriens lorsqu’ils ont torpillé la résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU et que leur opposition à une intervention a eu une lourde incidence sur la situation dans le pays. La position de Hollande, c’est que la communauté internationale doit protéger la population civile en Syrie du régime de Bachar el Assad, avec un rôle clé à donner aux voisins de la Syrie dans le processus, principalement à la Turquie.

Assez paradoxalement à la lumière de ce qui précède, Hollande rejette l’idée d’admission de la Turquie dans l’Union européenne dans un avenir prévisible. Il a l’impression que la Turquie manque de démocratie, que le problème de Chypre a été régulièrement laissé sans solution par Ankara et qu’elle a résolument refusé de reconnaître le génocide arménien dans l’Empire Ottoman. Hollande s’est engagé à resoumettre le projet de loi criminalisant la négation du génocide au Sénat français, mais continue à souhaiter des relations turco-français plus chaleureuses qui, à son avis, se sont beaucoup dégradées sous Sarkozy, dans la mesure où Ankara a une importance stratégique, compte tenu de l’évolution de la situation en Syrie.

Les médias français soupçonnent Hollande de ne pas être très à l’aise en politique internationale. En effet, comme son ancienne compagne Ségolène Royal, qui a représenté les socialistes français à l’élection présidentielle de 2007, Hollande semble malhabile dans son approche de quelques questions de politique mondiale. Contrairement à la majorité de ses alliés de gauche avec leur poussée pour un statut d’égalité avec les États-Unis en politique étrangère et de leur rhétorique anti-OTAN, Hollande n’a aucune intention de mécontenter les cercles atlantistes influents qui sont déterminés à garantir que la France se contente de sa position de partenaire mineur dans le cadre de la stratégie militaire globale de Washington.

Hollande admet que Sarkozy a fait un pas précipité en 2007 lorsque, sans aucun débat public, la France a réintégré les structures militaires de l’OTAN, dont elle était sortie sous de Gaulle, que la France n’a ainsi gagné aucune influence supplémentaire dans l’OTAN, pas plus que ce retour n’a visiblement bénéficié à la sécurité européenne, mais, il affirme qu’aujourd’hui revenir sur la décision est hors de question.

Hollande évidemment approuve Washington lorsqu’il souscrit à l’opinion que le système de défense antimissiles européen est supposé être le parapluie de l’Europe contre l’Iran et, éventuellement, la Corée du Nord, exprimant l’espoir que le complexe militaro-industriel français obtiendra une part décente du gâteau quand les infrastructures seront construites. Ces dernières attentes, il faut noter, peuvent s’avérer naïves si l’on considère que, dès le départ, l’appétit des fournisseurs américains est connu pour être une des principales motivations de ce projet.

En parallèle, il est toujours intéressant de faire des conjectures sur les contours de la politique étrangère française si, contrairement à la plupart des prévisions, Nicolas Sarkozy l’emportait au second tour. Les relations entre Paris et Moscou ses sont effilochées sous sa présidence par rapport à ce que nous avions vu sous Jacques Chirac entre 2002 et 2007. Une preuve assez choquante du glissement se trouve dans la mise à jour de la doctrine militaire de la France dévoilée en juin 2008. Le Figaro Magazine a publié des extraits du document montrant que l’un des 12 scénarios justifiant l’utilisation de la force militaire de la France est la menace de la Russie sur ses voisins. L’éventail des possibilités dans le projet de doctrine s’étendait largement assez pour embrasser l’option de forces française opérant sur les territoires de républiques postsoviétiques, sans aucune exclusion de la Russie qui était ainsi introduite dans la catégorie des adversaires potentiels. Il faut accorder crédit à ce document suffisamment sérieux pour effacer les périls mythiques comme les ambitions nucléaires de l’Iran et de la Corée du Nord.

La vérité fondamentale est que les différences entre Sarkozy et Hollande sur toute une série de sujets de politique étrangère sont minimes ou inexistantes. Les deux soutiendrait un Etat palestinien, garderaient fermées les portes de l’UE à la Turquie, soutiendraient une intervention en Syrie et seraient en faveur du renforcement des pressions sur l’Iran à propos de son programme nucléaire controversé. Avec quelques efforts, on peut découvrir quelques différences mineures entre les deux rivaux : Sarkozy, par exemple, jugerait inapproprié d’attaquer publiquement la Russie sur la démocratie, chose qu’Hollande ne craindrait pas de faire Le candidat socialiste envisage de retirer les forces françaises en Afghanistan lors d’une opération unique alors que Sarkozy est pour un retrait graduel. Les deux sont d’inébranlable Euro-Atlantistes, mais Sarkozy est convaincu que la réintégration française dans la structure militaire de l’OTAN était un changement pour lequel il mérite des applaudissements, alors qu’ Hollande, tout en n’élevant à aucune objection fondamentale, dit qu’il n’y n’avait aucun besoin de se dépêcher.

Contrairement aux deux candidats arrivés en tête, le chef de file de l’extrême-droite Front National Marine Le Pen a la réputation d’offrir des alternatives réelles à la politique étrangère. Seule parmi les 10 candidats du premier tour de l’élection présidentielle française, elle s’exprime toujours comme une amie de la Russie qu’elle décrit comme un partenaire géopolitique clé de la France et de l’Europe. Le Pen se rebelle contre la servilité vis-à-vis des États-Unis et le cours atlantiste risqué suivi par Paris et elle prie instamment la France de préparer une sortie immédiate de l’OTAN, effaçant l’alliance comme l’héritage obsolète de la guerre froide et de l’époque du monde bipolaire. Dans l’ensemble, la position de Le Pen est que le moment est venu pour la France de repenser l’ensemble de son système d’alliance stratégique et de loyauté.

L’élection présidentielle de 2012 en France a mis en évidence le paradigme bien connu : la droite française a tendance à être plus favorable à la Russie que la gauche française. Considérant que le couple qui a fait de la course en tête vend des programmes pratiquement identiques, au cours des cinq prochaines années les relations entre Paris et Moscou sont peu susceptibles de s’élever à un niveau plus élevé qu’actuellement.

 

 

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http://www.legrandsoir.info/eclairages-sur-la-future-politique-etrangere-de-la-france.html
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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:56

Photo11jpg-ccac1-c5975.jpgNe cherchez pas une plaine de jeux dans le camp de réfugiés d’Aïda à Bethléem. Il n’y en a jamais eu. À moins que vous n’aidiez ses enfants à en acheter une. Explications.

 
 Le quotidien d’un camp de réfugiés palestinien
 
Le camp de réfugiés d’Aïda couvre une minuscule superficie de 0,71 km² entre Bethléem et Beit Jala en Cisjordanie occupée. S’y entassent quelques 5.000 réfugiés palestiniens, descendants des populations chassées de 17 villages autour de Jérusalem lors de la création de l’État d’Israël en 1948. Les minuscules ruelles du camp laissent à peine passer la lumière du soleil qui projette l’ombre sinistre du tristement célèbre « Mur de séparation » comme l’appellent les Israéliens.
Où que l’on pose le regard, les miradors équipés de caméras vous guettent, et on y devine les silhouettes des soldats israéliens. Au pied du mur, l’école de l’ONU a été transformée en bunker pour protéger les élèves des tirs israéliens.
Partout, des impacts de balles criblent les façades des maisons. Reliquats ou souvenirs de ce que subit le camp durant la seconde Intifada : 29 maisons détruites, 27 personnes tuées, tandis que 560 habitants, principalement des jeunes, ont été arrêtés ou emprisonnés dans différents centres de détention israéliens.
Comme Ali, condamné à l’âge de 16 ans à 8 ans de prison pour avoir planté un drapeau palestinien sur le Mur et libéré après trois ans à la faveur d’un accord entre l’Autorité palestinienne et Israël. Ou comme Mohamed Qassim, Marwan, Mounjed, Fadi, Ahmed, Majdi, Khader, tous sont passés par les geôles israéliennes alors qu’ils n’avaient pas 18 ans.
À une centaine de mètres du camp, le Tombeau de Rachel[1], lieu saint du judaïsme, est en fait un camp militaire retranché d’où sont lancées quotidiennement des incursions. La nuit est synonyme de peur et de crainte de voir sa maison envahie par la soldatesque et les ruelles noires du camp sont parcourues rapidement et en silence par les rares personnes qui osent s’aventurer dehors le soir.
Durant l’hiver, souvent très froid, les familles se réunissent autour de petits chauffages électriques d’appoint. La petite centrale électrique qui alimente le camp a souvent du mal à suivre et les coupures de courant sont fréquentes. En été, on suffoque de chaleur et souffre du manque d’eau. Durant l’été 2011, les habitants ont ainsi été privés d’eau pendant plus de 30 jours.
 
Une question de survie
 
D’après les statistiques de l’UNRWA[2], le taux de chômage atteint 43% et les familles ne doivent leur survie qu’à l’incroyable solidarité familiale ou à l’aide de la communauté. Comme c’est le cas de la jeune famille de mon ami Ahmed Abu Akar. Ahmed a 24 ans. Marié, il a deux enfants dont le plus jeune, âgé d’un an, souffre d’une maladie chromosomique grave. Sans emploi alors que son épouse étudie à l’université, c’est pour lui une lutte quotidienne pour rassembler les 150 euros mensuels de loyer ou les 40 euros hebdomadaires de médicaments indispensables à son fils. Une fortune lorsque l’on sait que le salaire moyen de ceux qui ont la chance de travailler s’élève à un peu plus de 300 euros[3]. En 2005, le pourcentage de ménages palestiniens en dessous du seuil de pauvreté s’élevait à 51,5 %[4]. Depuis lors la crise est passée par là et la hausse des prix aussi.
 
Premières victimes, les enfants
 
C’est dans ce contexte que grandissent à Aïda plus de 2.500 enfants qui ne connaissent que le quotidien des petites ruelles sales. Pour ces enfants, aucun terrain de jeux où s’épanouir en liberté et surtout en sécurité. Seuls trois centres de jeunes tentent d’encadrer ces enfants : le centre Al Rowwad dispense des cours de théâtre tandis que le Youth Center et le Lajee Center prodiguent des activités culturelles et éducatives à cette jeune génération.
 
Un centre de jeunes contre l’occupation
 
Le Lajee Center[5] (www.lajee.org) est comme une lumière dans les ténèbres. Etabli en 2000, il ne doit son existence qu’à la volonté de 11 jeunes du camp désireux de servir leur communauté. Parti de rien, ce centre dispose aujourd’hui de locaux modernes où les jeunes peuvent s’initier à l’informatique, à la photo, à la vidéo, à la danse traditionnelle palestinienne Dabké et à bien d’autres activités encore. Il offre notamment tous les étés l’occasion à ces jeunes palestiniens de rencontrer des internationaux de tous les pays.
Reconnu officiellement comme une ONG depuis 2001, le Lajee Center a reçu le soutien de nombreux organismes internationaux et a pu développer de nombreux projets éducatifs : publication de quatre ouvrages, réalisation de courts métrages, échanges internationaux de jeunes, notamment en 2008 en Belgique avec COMAC Quartier, l’organisation de jeunes du PTB.
 
Offrez une plaine de jeux aux enfants d’Aïda
 
Juste derrière les locaux du Lajee Center se trouve un terrain de plus ou moins 2000m². Jusqu’il y a peu, ce terrain était laissé à l’abandon par son propriétaire et utilisé par les habitants du camp comme une décharge publique.
« Ce terrain inutilisé est une aubaine pour offrir aux enfants du camp un lieu sûr où jouer », se sont dits les responsables du Lajee Center.
Durant l’année 2010-2011, les volontaires du Lajee, aidés par des internationaux, se sont retroussés les manches et ont nettoyé, aplani à grand renfort de bulldozers ce bout de terre pour y construire une plaine de jeux, un terrain de mini-foot et des emplacements de pique-niques.
Mais c’était sans compter sur le propriétaire, un riche palestinien d’Hébron, qui une fois les travaux finis, s’est manifesté pour reprendre son bien. Après une aventure rocambolesque les parties s'accordèrentsur un prix qui donne le tournis : 210.000 dollars (160.580 euros).
À la date du 7 avril, le Lajee Center avait récolté 56.500 dollars (43.202 euros). D’ici la fin de l’année, il doit trouver 153.500 dollars supplémentaires (117.374 euros).
 
Jouer : un droit fondamental des enfants
 
Par cet achat, la Lajee Center entend faire garantir l’article 31 de la Convention des Nations Unies pour les Droits de l’Enfant : « 1.Les Etats parties reconnaissent à l'enfant le droit au repos et aux loisirs, de se livrer au jeu et à des activités récréatives propres à son âge et de participer librement à la vie culturelle et artistique. 2. Les Etats parties respectent et favorisent le droit de l'enfant de participer pleinement à la vie culturelle et artistique et encouragent l'organisation à son intention de moyens appropriés de loisirs et d'activités récréatives, artistiques et culturelles, dans des conditions d'égalité.[6].
Le Lajee Center lance donc un appel international de récolte de fonds à tous ses soutiens, amis, militants de la cause palestinienne, pour les aider à concrétiser ce beau projet.
 
Un acte de résistance
 
 Offrir une plaine de jeux aux enfants d’Aïda est un acte pacifique de résistance. Chaque morceau de terre que les Palestiniens peuvent mettre au service de leur communauté est une terre qui échappera peut-être à la colonisation israélienne et offrira à ces enfants des camps un lieu d’épanouissement, de jeu et de détente.
 
 
 
 

Faites un don

Garantissez aux enfants d’Aïda le droit de jouer

 

BE13 523-0440150-39

 

Lajee Center

39/C4 Rue Félix De Cuyper 1070 Bruxelles

Avec la mention : Plaine de jeux

 

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:52

4085583-6199ec41-0e144.jpgLe score obtenu par le Front national lors du premier tour des élections françaises en a consterné plus d’un. Est-il le signe d’une islamophobie grandissante ? Ou reflète-t-il tout simplement une société française baignant dans des manipulations à la fois politique et médiatique ? Investig’Action a tenté de répondre à ces questions en rencontrant Saïd Bouamama, sociologue et militant engagé depuis de nombreuses années dans les luttes de l’immigration pour l’égalité réelle des droits en France.

 
Comment expliquez-vous le score élevé du Front national lors du premier tour des présidentielles ?
Il relève selon moi de deux causes essentielles. La première est historique et liée à l’héritage de la colonisation. A l’époque, pour que le colonialisme puisse fonctionner, il fallait préparer les esprits, créer un espace mental colonial. Les Arabes, les noirs et les musulmans ont ainsi été présentés comme des sujets allergiques à la modernité, à la laïcité, à la république… Des gens dangereux pour la démocratie en somme. Les sujets étant présentés comme cela, il apparaissait normal que le colonialisme les transforme complètement et s’autorise même à les mâter en cas de révolte. Aujourd’hui, l’extrême-droite française instrumentalise cet héritage pour des besoins contemporains. Et le champ politique se trouve pris en otage car les autres partis reprennent ces thèmes imposés par l’extrême-droite au lieu de se démarquer complètement de cette mouvance.
Le deuxième facteur, c’est la crise économique. Elle a entraîné l’appauvrissement d’une partie de la population et rendu précaires nombre de garanties sociales. Le FN surfe sur le mécontentement des gens. Il n’est donc pas surprenant qu’un tel parti réalise un bon score dans le contexte actuel. L’inverse m’aurait surpris. Mais il y a une autre leçon importante à tirer de ce scrutin : le résultat obtenu par Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier a pris de front les thèses du FN, il ne leur a accordé aucune concession. Son score révèle donc l’émergence d’une minorité de citoyens qui centrent leurs préoccupations sur les questions socio-économiques.
La montée de l’islamophobie est-elle liée à l’échec de la politique d’immigration en France ?
Mais il n’y a pas d’échec de la politique d’immigration, pour autant que l’on considère son véritable objectif. L’objectif de la politique d’immigration est très simple : assurer une force de travail moins chère que la force de travail national. Cette mise en concurrence des travailleurs permet de niveler par le bas les coûts du travail. Par conséquent, au-delà des beaux discours idéologiques sur l’intégration, il y a toujours eu une politique très simple qui visait à assigner les immigrés et leurs enfants français à des places du marché du travail moins bien payées.
Il n’y a donc pas d’échec de la politique d’intégration, qui a toujours été réactionnaire. Le véritable échec, c’est d’avoir cru que cette politique pouvait être viable sur le long-terme. Assigner systématiquement des personnes à des places subalternes ne peut entraîner que des frustrations, des revendications, des révoltes et des réaffirmations identitaires. Or, on avait l’habitude de cantonner les immigrés au silence. Ce type de revendications perturbe donc l’ordre établi, elles vont donner de l’eau au moulin de l’extrême-droite en particulier et, de manière générale, vont être utilisées par les politiciens pour dire : « vous voyez, ils ne sont pas assimilables ».
On ne peut donc pas parler d’un échec de la politique d’immigration en France. Ce que l’on considère comme un échec n’est que le résultat inévitable des modalités économiques posées par cette politique d’immigration.
Depuis dix ans, Nicolas Sarkozy fait de la sécurité son terrain de jeu électoral avec un discours qui, selon l’analyse de Gilles Kepel, repose sur les fameux 4 i : immigration, islam, insécurité, identité nationale. Ce type de discours est primordial pour la survie de la droite ?
Absolument. Mais il en va de même pour le Parti socialiste. L’insécurité est un débat-écran qui vise à masquer des problèmes de société bien plus importants. Tant pour l’insécurité, que pour des soi-disant actes terroristes ou que pour les attaques contre la laïcité, des petits faits sont transformés en faits généralisés. En France, il n’y a pas de montée massive de l’insécurité, d’un repli communautaire ou d’un danger intégriste. Il n’y a rien qui permette objectivement d’attester d’une telle montée.
En revanche, ces trois dernières décennies ont été marquées par les quatre processus suivants : 1. Appauvrissement massif d’une classe sociale. 2. Précarisation d’une grande partie des travailleurs qui, malgré un emploi, redoutent l’avenir. 3. Discrimination raciste grandissante. Je rappelle que quatre employeurs sur cinq font de la discrimination à l’embauche. C’est le Bureau International du Travail qui le dit et on ne peut pas vraiment dire que c’est une organisation militante radicale. 4. Processus d’humiliation dans les quartiers populaires avec des contrôles de police permanents.
Ces questions devraient être au centre de la campagne électorale ?
Ce sont de véritables questions que l’on peut poser à la société française. Comment lutter contre la paupérisation ? Comment redonner des garanties aux travailleurs ? Comment combattre les discriminations racistes ? Comment arrêter la mise sous surveillance des quartiers populaires par les forces de police ? Ces questions ne plaisent pas alors il faut des débats pour faire écran comme ceux que vous avez cités : identité nationale, insécurité, etc.
Quels sont les effets de ces processus actifs depuis trente ans ?
Ils nous font basculer de modèle. Nous passons du modèle de bouc-émissaire, modèle historique qui a toujours existé en Europe, à celui de l’ennemi intérieur. Aujourd’hui, les réactions xénophobes ne touchent plus seulement les immigrés qui débarquent en France. Désormais, quelqu’un qui est né français, qui a toujours vécu en France et qui est totalement français peut aussi être perçu comme un étranger. Ce phénomène est nouveau et il déplace la cible de l’immigré vers le musulman : c’est le passage du bouc-émissaire à l’ennemi de l’intérieur.
Les politiques et les médias nous rabattent les oreilles avec le terrorisme islamiste mais depuis 1991, 94% des attentats commis en Europe sont le fait de l’extrême-droite et de groupes séparatistes. Seulement 0,4% sont imputés aux islamistes. Comment expliquez-vous cela ?
Depuis que le FN a imposé ses thématiques, il y a une rentabilité électorale et médiatique à introduire la peur. Par souci électoral ou d’audimat, on a mis en place une machine à fabriquer la peur et le musulman est l’outil de cette fabrication. D’un côté, il n’y a pas de faits matériels qui expliquent le ciblage d’une population particulière comme les musulmans. D’un autre côté, il y a une invention idéologique qu’on peut nommer islamophobie. 
Le véritable problème de société n’est pas l’existence d’actes terroristes ou d’actes antirépublicains commis par des musulmans. C’est, au contraire, les discours idéologiques islamophobes qui entrainent des actes islamophobes. A force de diaboliser les musulmans, on crée des islamophobes. D’ailleurs, les acteurs de ce phénomène ne sont plus seulement les partis politiques mais aussi les pouvoirs publics, le débat s’étant invité dans les juridictions. Quand on fait une loi pour les jeunes filles voilées, même si on l’appelle autrement, c’est une loi qui ne s’adresse qu’à une partie de la population. Par conséquent, on assiste à un ciblage pratiqué par le Front national mais aussi par l’appareil d’Etat.
Vous parlez des politiques et de la justice. Et les médias ?
Ils fonctionnent plus comme catalyseurs de l’islamophobie que comme créateurs, les créateurs regroupant un groupe beaucoup plus large où l’on trouve les grand partis politiques de droite et d’extrême-droite ainsi que le Parti socialiste qui a accordé de nombreuses concessions sur ce terrain.
La manière dont les médias se comportent avec certaines questions de société est gênante. Généralement, l’angle qu’ils adoptent renforce, catalyse et diffuse de manière plus large le discours islamophobe.
Un commentaire sur l’affaire Merah ? Y a-t-il eu récupération politique ?
Evidemment. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir cette récupération. Mais contrairement à ce qu’a prétendu Sarkozy, Merah n’est pas la production d’un pays étranger. Il est au contraire le résultat des carences, des inégalités, des humiliations et des contradictions de la société française. Dire cela ne justifie pas d’aller tuer des policiers ou des enfants. Cela montre juste à quel point la société française ne fonctionne pas bien.
Comment expliquer la différence dans le traitement médiatique des affaires Breivik et Merah ? Le premier est qualifié de fou, le second est étiqueté terroriste musulman…
On est bien dans l’islamophobie profonde. En effet, l’islamophobie consiste notamment à ne pas expliquer un phénomène à partir de l’ensemble de ses causes mais de le limiter à une explication culturaliste. Ici, en l’occurrence, on a évoqué la religion de Merah. Or, toutes les explications exclusives à une communauté sont inévitablement racistes. Dans l’affaire Merah, les médias ont directement écarté les explications de type pathologique : on l’a présenté comme un homme stable, faisant des choix politiques rationnels qui seraient compatibles avec ses mœurs… Par contre, quand le tueur n’est pas musulman, on dit généralement que ça ne peut être qu’un malade mental.
Un rapport récent d’Amnesty International accable la France et la Belgique sur la question de l’islamophobie. Cela pourrait-il contribuer à améliorer les conditions de vie des musulmans en Europe ?
« Améliorer », n’exagérons rien. Mais ça reste un pas positif. En effet, nous sommes nombreux à dénoncer la montée de l’islamophobie depuis des décennies. Mais systématiquement, nos détracteurs jugeaient que notre discours était idéologique et que l’islamophobie était une invention. Alors, qu’une organisation comme Amnesty International puisse aujourd’hui objectiver les faits et conclure à l’existence de législations islamophobes, c’est une étape positive. Ca nous sort du champ idéologique.
 
 
 
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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:48

Hollande-Saraa7c-a9df8.jpgS’il y a bien quelque chose que le socialiste français fera pour le continent, c’est légitimer un capitalisme européen instable de par nature et profondément injuste.

 
Disons-le crûment : si vous pensez encore que la victoire de François Hollande puisse changer la moindre petite chose à cette écrasante crise de la dette européenne, vous vous bercez d’illusions. Si les événements de ces trois dernières années nous ont bien appris quelque chose, c’est que les politiciens ne dirigent pas l’Europe… Contrairement aux marchés financiers. C’était déjà comme ça lorsque Mittérand est arrivé au pouvoir il y a trente ans, et c’est encore plus scandaleusement vrai aujourd’hui.
Plus important encore pour l’avenir du continent : l’inévitable banqueroute de la Grèce. Car la nature de l’Union européenne ne changera pas au travers de timides réformes. Il faut imposer des mesures institutionnelles radicales en réponse au chaos social qui règne. Hollande a bien promis de renégocier le Pacte de croissance et de stabilité de l’Eurozone. Mais seul un défaut de paiement à part entière de la Grèce nous permettra de voir l’émergence d’une véritable alternative à l’austérité.
C’est pourquoi, même si la Grèce et la France vont aux urnes aujourd’hui, je refuse de lire les news. Pas parce que je me fous de la politique – j’en ai fait un objet d’étude durant presque toute ma vie – mais parce que je ne pense pas que l’issue de ces élections aura beaucoup d’incidence sur l’avenir de notre continent. Certes, le résultat pourra être un bon indicateur de la température sociale et de la résistance croissante contre les politiques d’austérité. Mais dans les grandes lignes, ce ne sont de toute façon ni Hollande ni Sarkozy qui tirent les ficelles, ce sont les puissants investisseurs institutionnels.
Avant que je ne sois accusé d’apathie politique, laissez-moi préciser que je ne suis ni misanthrope ni déterministe sur l’avenir de l’Europe. Le futur doit encore être écrit. Et la résistance populaire contre les mesures d’austérité sera cruciale pour extirper les dynamiques hors de l’assaut néolibéral contre l’Etat-providence et les principes démocratiques. Mais aujourd’hui, au 21ème siècle, les batailles décisives pour l’avenir de l’humanité ne se tiennent plus dans les parlements et les ministères mais bien dans les Bourses et dans les rues.
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l’élection du candidat socialiste n’aura pas de gros impact sur l’avenir de la crise de la dette de l’Eurozone. Tout d’abord, les banques françaises détiennent encore la majorité de la dette grecque. Elles vont donc exercer d’énormes pressions sur Hollande pour qu’il ne renégocie pas le pacte d’austérité – et elles vont réussir. Deuxièmement, l’Allemagne, la puissance hégémonique incontestée d’Europe, fera la même chose – et là aussi, ils y arriveront. Même si des concessions orwelliennes pourront être faites, comme mettre l’accent sur « l’investissement et la croissance », les données institutionnelles de la crise Eurozone resteront les mêmes.
La seule chose que ces élections pourraient changer, c’est la perception populaire du système. En parlant de croissance, de jobs et d’investissement, Hollande pourrait – tout comme le président Kirchner en Argentine avant lui – aider à nourrir l’illusion que les maladies du système capitaliste peuvent être contenues par un changement de politique. Comme l’économiste néo-keynésien Paul Krugman l’a si simplement dit dans le New York Review of Books : « La vérité, c’est que la reprise pourrait être atteinte tellement facilement que c’en est ridicule : tout ce que nous avons besoin, c’est le contraire des politiques d’austérité menées ces deux dernières années et temporairement booster les dépenses. »
Manifestement, les choses ne sont pas tellement faciles que c’en est ridicule, quoiqu’en disent Krugman ou Hollande. Au final, la vérité sur les problèmes de l’Europe c’est qu’ils sont structurels. La crise n’est pas le résultat de « mauvaises » politiques. Elle ne pourrait donc pas être résolue par de « bonnes » politiques. Finalement, la crise est une conséquence logique du capitalisme financiarisé de l’ère néolibéral combiné à un cadre institutionnel dysfonctionnel. Ce cadre cherche désespérément à équilibrer une intégration économique profonde au niveau européen avec ce qu’il reste d’institutions représentatives archaïques au niveau national.
La crise de la dette Eurozone découle des contradictions internes du capitalisme mondial : la stagnation des salaires a alimenté un excédent de capital qui devait être recyclé par les institutions financières. Celles-ci ont alors acheté des actifs apparemment rentables mais qui se sont avérés improductifs, comme les emprunts espagnols ou irlandais, ou les obligations grecques, portugaises et italiennes. Pour résoudre les problèmes de la dette, il faudra restructurer massivement les mauvais prêts (c’est-à-dire, par un défaut de paiement jamais vu) tout en dévaluant les devises pour la périphérie en crise (c’est-à-dire une sortie de l’euro).
Hollande n’a rien proposé de la sorte – et ce n’est pas une surprise en soi. Les sociaux-démocrates ne sont pas connus pour leur bravoure radicale, et la démocratie représentative en tant que telle n’a jamais été désignée pour produire des solutions radicales aux crises structurelles. Une question plus existentielle donc : les Etats-nations peuvent-ils faire quelque chose pour commencer à gouverner les marchés mondiaux ? A cet égard, le slogan de campagne de Hollande, « le changement c’est maintenant », sonne aussi creux que celui d’Obama, « le changement dans lequel vous pouvez croire ».
Les élections en Grèce sont seulement marginalement plus intéressantes ; pas parce que les politiciens grecs peuvent prétendre avoir une quelconque forme d’autonomie (tel qu’il est, le gouvernement grec dépend totalement de ses créanciers étrangers pour payer ses fonctionnaires). Non, ce qui est intéressant, comme Costas Douzinas l’a récemment indiqué : « C’est la première fois qu’il y a la possibilité de voir émerger un gouvernement de gauche radicale en Europe. » Mais une telle coalition de gauche a peu de chance de se former, et la formation du prochain gouvernement sera probablement embourbée dans le chaos.
Les élections d’aujourd’hui en Grèce ne déboucheront probablement pas sur une majorité absolue ni sur la formation d’une coalition claire. Ca veut dire que le pays pourrait devenir littéralement ingouvernable. Un gouvernement technocratique pourrait être appelé à la rescousse par le président, mais on pourrait sérieusement se demander comment un tel gouvernement parviendra à porter efficacement les mesures d’austérité – en particulier face à une résistance populaire qui ne désemplit pas les rues. Ironie du sort donc, le seul espoir de l’Europe pour une véritable alternative dépend de la possibilité très réelle que la Grèce, ce maillon essentiel de la chaîne, puisse simplement plonger dans le chaos.
A ce moment-là, un défaut de paiement de la Grèce et une sortie de l’euro pourrait enfin forcer à adopter le type de changement institutionnel que les leaders anti-austérité comme Hollande craignent de proposer aujourd’hui. Malheureusement, il semble que, en cette époque de rêves brisés, nos représentants politiques ne gouvernent que par leur incapacité à gouverner.
 
 
 
Traduit de l'anglais par Investig'Action
 
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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:41
etalement-urbain.jpgDavantage portés à droite ou à l’extrême-droite, les votes périurbains suscitent un intérêt croissant. Leur interprétation laisse pourtant souvent insatisfait : plutôt que le déclassement ou la relégation, Violaine Girard montre que ces votes traduisent les profondes transformations qui affectent depuis plusieurs décennies les fractions stables des milieux populaires.

Dossier : Les territoires du vote

Alors qu’ils sont longtemps demeurés absents des représentations communes, les territoires périurbains font l’objet d’une attention croissante, notamment à l’occasion des échéances électorales nationales. À l’issue des présidentielles de 2007, les votes des pavillonnaires, dont bon nombre seraient acquis à Nicolas Sarkozy, ont ainsi été opposés à ceux enregistrés dans les banlieues, plus souvent favorables à la gauche (Cartier et al. 2008). À l’occasion des élections de 2012, la presse consacre à nouveau de nombreux articles à ces territoires, étroitement associés aux ménages « modestes » qui s’y installent en achetant un pavillon individuel [1]. Dans ces zones résidentielles, les ouvriers et employés seraient largement favorables à la droite et bien souvent convertis au vote Front national [2]. Et, pour expliquer un tel constat, c’est la thèse de la relégation des ménages périurbains qui est convoquée. Selon le géographe Christophe Guilluy, ces ménages seraient les « oubliés » de la « France périphérique », auraient « le sentiment de subir la mondialisation » et vivraient, en marge de la métropolisation, « une profonde crise identitaire et culturelle » [3]. Or, ce type d’explication, aussi évocateur soit-il, apparaît bien trop simplificateur. En rapportant ces votes aux « frustrations sociales » de catégories modestes qui seraient reléguées loin des métropoles, il tend à homogénéiser des situations en réalité très diversifiées. Surtout, en insistant sur la thèse du déclassement, il empêche de voir les profondes transformations sociales qui affectent les classes populaires depuis une trentaine d’années, en matière de rapport à l’emploi et au travail, mais aussi de trajectoires sociales et résidentielles. À partir d’une enquête dans un espace périurbain populaire d’une grande agglomération, il est possible de revenir sur ces interprétations.

Une vision simplificatrice des espaces périurbains et des classes populaires

Si cette interprétation des votes à droite des périurbains semble désormais largement répandue, elle comporte de nombreux écueils sur lesquels il convient de revenir. Tout d’abord, l’approche par « gradient d’urbanité », basée sur l’addition des votes en fonction de l’éloignement des lieux de résidence au centre des agglomérations, fait l’objet de nombreuses critiques méthodologiques : retenir comme seul critère de variation des votes la « distance à la ville » revient en effet à agréger des données disparates, sans tenir compte de la diversité des territoires considérés (Bussi et al. 2011). Ce critère apparaît fort réducteur, au regard de la complexité des configurations électorales périurbaines, mise en évidence par les travaux statistiques de Jean Rivière (2011). Uniquement construit à partir des pourcentages de suffrages exprimés, il laisse enfin de côté la question des effectifs réels des votants, qui permettrait sans doute de nuancer l’importance des votes FN dans les communes rurales du périurbain, comme le relève Guy Burgel [4]. Une telle approche semble ainsi largement spéculative, surtout lorsque l’on sait que l’étude empirique sérieuse des votes FN recèle de nombreuses difficultés, liées notamment à la forte volatilité de ces votes, qui empêche de parler d’un « électorat » régulier et acquis à ce parti (Lehingue 2003).

C’est ensuite la thèse de la « relégation » ou des « frustrations sociales » des périurbains, mobilisée comme unique sésame explicatif de la montée des votes FN, qui apparaît fort contestable. Elle repose en effet sur des catégories sociologiques grossières, alors que l’on sait que les ouvriers et les employés contemporains appartiennent à des mondes sociaux largement différenciés (Vigna 2012, p. 303 ; Chenu 1990), ce qui amène les sociologues à préférer parler de classes populaires au pluriel (Schwartz 1998). Car s’il serait absurde de nier qu’une part des ouvriers et des catégories populaires votent aujourd’hui à droite ou à l’extrême droite, on oublie trop souvent que les pratiques électorales des ouvriers se caractérisent avant tout par une forte dispersion, tant des modalités de participation – non-inscription, abstention intermittente ou régulière – que des orientations des votes – entre gauche, droite ou extrême-droite (Collovald 2004, p. 142). La situation au regard de l’emploi (statuts stables ou précaires), les qualifications professionnelles ainsi que le secteur d’emploi (industrie, artisanat, secteur des services) ou encore le clivage entre secteur public et privé constituent d’importants facteurs explicatifs des écarts de participation et des divergences d’orientations politiques relevés parmi les groupes ouvriers contemporains. C’est enfin le rôle des appartenances subjectives à la condition ouvrière qui apparaît déterminant pour saisir les positionnements politiques et les tendances à la droitisation parmi ces groupes (Lehingue 2011, p. 247-254).

Et si les espaces périurbains sont marqués par une surreprésentation des classes populaires, relevée en moyenne à partir des catégories agrégées des ouvriers et des employés [5], il reste que l’on connaît peu les caractéristiques sociales de ces ménages des classes populaires, non plus que leurs conditions d’emploi et de vie. Les conclusions faisant des ménages « modestes » les principaux vecteurs de la montée des votes FN dans le périurbain ont donc toutes les chances de reposer sur des généralisations hasardeuses et abusives.

Peu soucieuse de contextualisation sociologique fine, l’idée d’une précarisation croissante des ménages populaires du périurbain laisse largement de côté la question de la recomposition des lieux et des formes d’emploi en périphérie des grandes agglomérations. Le constat de la déstabilisation massive des statuts d’emploi ne doit en effet pas masquer le mouvement de redéploiement des pôles d’emploi en cours depuis les années 1980 dans les espaces périurbains : les communes périurbaines enregistrent en effet une forte progression de l’emploi industriel : celui-ci y croît de 5 % entre 1990 et 1999, alors qu’il connaît une chute de 16 % dans les pôles urbains (Gaigné et al. 2005, p. 7). Tous secteurs d’activité confondus, ce sont près de « quatre emplois supplémentaires sur 10 [qui sont localisés] dans le périurbain entre 1999 et 2007 » [6] (Beaucire et Chalonge 2011, p. 61).

Territoire industriel et recomposition des classes populaires

L’enquête ethnographique entamée en 2002 que nous menons dans la Riboire, un territoire industriel dominé par les classes populaires, permet de mettre au jour les évolutions complexes qui s’opèrent au sein de ces espaces périurbains. Dans le principal canton étudié, la moitié des hommes actifs ayant un emploi sont ouvriers, quand, chez les actives, la part des employées s’élève à près de 50 % et celle des ouvrières à 20 % en 1999. Ces chiffres doivent toutefois être précisés. Du côté des hommes, la forte proportion des ouvriers s’accompagne d’importantes évolutions : le maintien d’une part élevée d’ouvriers masque en effet la baisse des effectifs des ouvriers non qualifiés (passés de 23 à 18 % de l’ensemble des actifs occupés entre 1982 et 1999), au profit des salariés qualifiés, ouvriers (30 % en 1982 et 1999) ainsi que techniciens et agents de maîtrise (de 9 % en 1982 à 18 % en 1999), des évolutions qui renvoient à la hausse généralisée des postes qualifiés dans l’industrie en France [7].

Espace privilégié d’accès à la propriété pour les ménages des fractions supérieures des classes populaires au cours des années 1980 et 1990, ce territoire est également le siège d’un important développement économique. Il accueille depuis 1983 une zone industrielle qui représente un exemple emblématique des nouveaux pôles d’emploi implantés de façon récente dans le périurbain : celle-ci rassemble aujourd’hui plus d’une centaine d’établissements, allant des unités de production de grands groupes aux PME sous-traitantes dans des domaines d’activités divers (production automatisée, chimie, logistique, services, maintenance). On y compte en 2011 plus de 3 700 emplois en CDI ainsi que de 1 000 à 2 000 emplois temporaires. Cette croissance se traduit par de très faibles taux de chômage.

Depuis le début des années 2000, on enregistre dans ce canton des scores régulièrement supérieurs aux moyennes nationales en faveur des candidats de droite ou d’extrême droite, conjugués à des taux de participation voisins ou légèrement supérieurs aux taux nationaux. Dans l’une des communes de ce territoire, caractérisée par une forte surreprésentation des ouvriers, techniciens et employées, le score de Jean-Marie Le Pen atteint 30 % des suffrages exprimés au premier comme au second tour des élections présidentielles de 2002. En 2007, 73 % des suffrages exprimés au second tour l’ont été en faveur de N. Sarkozy. Et lors du premier tour de la présidentielle de 2012, Marine Le Pen et N. Sarkozy obtiennent des scores s’élevant respectivement à 32 et 33 %, avec un taux de participation de près de 88 % pour 604 inscrits dans la commune. Comment expliquer l’importance de ces votes à droite et à l’extrême droite ?

Recomposition des formes d’emploi et promotions résidentielles

Non pas victimes de la mondialisation, comme pourrait le diagnostiquer Christophe Guilluy (2010), les salariés de cette zone industrielle dynamique sont plus précisément confrontés aux réorganisations massives des formes d’emploi : la création de la zone de la Riboire répond en effet, au cours des années 1980, aux stratégies « de contournement des forteresses ouvrières » mises en œuvre par les grands groupes industriels (Noiriel 2002, p. 222). Cette nouvelle zone se caractérise ainsi par l’éclatement des formes d’organisation du travail, lié au recours à la sous-traitance et à la différenciation des statuts d’emploi. Certains ouvriers y sont durement soumis à la précarisation et à l’intensification des contraintes au travail, et leurs trajectoires professionnelles sont bien souvent marquées par des changements d’entreprises qui traduisent la difficulté d’effectuer sa carrière au sein d’un même établissement. Mais d’autres, notamment ceux appartenant à la génération née au cours des années 1950 et 1960 et disposant de qualifications professionnelles, parviennent à acquérir des positions relativement stables, voire à accéder à la maîtrise en fin de carrière. Il reste que ces formes d’organisation du travail rendent difficile la constitution de collectifs de travail soudés autour de pratiques revendicatives et de solidarité, comme cela avait pu être le cas dans les anciens bastions de la grande industrie. Elles se traduisent également par un affaiblissement des formes d’identification sociale aux lieux de travail. Si l’on souhaite analyser les transformations qui affectent les groupes ouvriers contemporains dans le périurbain, c’est donc tout d’abord du côté des formes d’emploi qu’il est important de regarder.

C’est ensuite en se penchant sur les trajectoires résidentielles que l’on peut saisir certains déterminants sociaux influant sur les votes de ces périurbains. Les ménages rencontrés dans la Riboire appartiennent à des groupes que l’on peut qualifier de « subalternes mais non démunis » économiquement (Schwartz 1998, p. 41). La majorité d’entre eux ont ainsi souhaité « faire construire », même si l’achat d’une maison individuelle nécessitait des efforts financiers importants et, très souvent, une part d’auto-construction. Leur installation dans le périurbain est alors bien loin d’être vécue comme une relégation : elle s’accompagne par exemple de la scolarisation des enfants dans le public, alors que certains ménages avaient parfois tenté de contourner, par l’inscription dans le privé, les lycées et collèges des banlieues où ils résidaient auparavant. De nombreux ménages d’ouvriers et d’employées investissent également la scène résidentielle et y entretiennent une sociabilité avec le voisinage, source de valorisation sociale dans l’espace local. Le fait d’être propriétaire constitue alors un élément clé de la définition des positionnements sociaux de ces ménages qui se veulent « respectables », et qui ont choisi de s’installer à distance des quartiers de banlieue et de leurs résidents stigmatisés. Plus largement, ceux-ci manifestent des aspirations à la promotion sociale qui s’inscrivent au sein de l’espace des styles de vie « conformes » des classes populaires et qui correspondent au pôle de l’embourgeoisement, décrit par Gérard Mauger comme lié à l’accès à la propriété et à l’attrait exercé par la possibilité de « se mettre à son compte » (2006, p. 32). Plusieurs enquêtés, un chauffeur routier et un ancien ouvrier devenu chef de chantier, se sont ainsi lancés dans l’accès au statut d’indépendant, en ouvrant un restaurant routier et un commerce de services automobiles. À l’inverse, ces ménages paraissent éloignés, dans leurs modes de vie, du modèle incarné par les « classes moyennes à capital culturel » (Schwartz 1998, p. 160).

Des votes à motivations multiples

On peut ainsi mettre en lumière certains déterminants sociaux des votes des périurbains des classes populaires : dévalorisation des identifications ouvrières, effritement des collectifs syndicaux et imposition de nouveaux modes d’organisation du travail, en même temps qu’ouverture des possibles sociaux pour certaines fractions supérieures des classes populaires en lien avec la recomposition des territoires industriels, ainsi que, sur le plan de l’offre politique, légitimation des discours de disqualification des groupes sociaux précarisés, à droite comme à gauche. Ces périurbains, situés du côté de l’emploi privé, propriétaires de leur logement apparaissent en effet engagés dans des efforts de distinction qui reflètent le développement d’une « conscience sociale triangulaire » (Collovald et Schwartz 2006), c’est-à-dire une conscience qui associe le sentiment de ne pas appartenir aux classes dominantes et une volonté de se distinguer des groupes précarisés. Les aspirations de ces ménages, qui apparaissent portés à valoriser des formes de stabilisation économique plutôt que l’accès à des ressources culturelles ou scolaires distinctives, reflètent également une recomposition plus générale des modèles de réussite sociale, avec l’affaiblissement, auprès de certaines fractions du salariat industriel, de l’attrait exercé par les classes moyennes du public souvent politisées à gauche.

À l’image des groupes ouvriers contemporains, marqués par une différenciation interne croissante, c’est ainsi une forte hétérogénéité qui caractérise les profils sociaux des électeurs de ce territoire, tout comme leurs motivations. Plusieurs habitants rencontrés sont ainsi portés à rejeter « le social à outrance » comme l’exprime l’un d’eux, ou bien à souhaiter la revalorisation des métiers manuels pour les jeunes, autant de positionnements qui sont légitimés par les discours actuels de la droite. L’un d’eux, chaudronnier dans une entreprise de véhicules industriels, met en avant le fait d’avoir un métier, certes « salissant », mais « où il y a du boulot », c’est-à-dire où l’on ne chôme pas. Et si certains pensent toutefois que la situation des « jeunes » sur le marché du travail est aujourd’hui difficile ou jugent les salaires de la zone industrielle peu élevés, leurs orientations politiques à droite sont également façonnées par des efforts de distinction vis-à-vis des fractions précarisées ou stigmatisées des classes populaires. Dans un contexte de défiance à l’égard des principaux responsables politiques nationaux, le vote FN attire ainsi une part des électeurs de droite qui se radicalisent.

Signalons enfin que les ouvriers, techniciens ou employées ne sont sans nul doute pas les seuls à voter pour le FN au sein de ce territoire et que, à l’inverse, tous sont loin de voter à droite ou à l’extrême droite. C’est le cas de ce retraité, qui a travaillé dans une grosse usine de construction automobile, où il était syndiqué à la CGT, avant de devenir chef de chantier dans la tuyauterie industrielle, qui explique qu’il votera toujours à gauche, en référence à son passé militant.

S’il devient aujourd’hui courant d’associer, au travers de catégories globalisantes, ménages modestes, espaces périurbains éloignés et montée des votes de droite et d’extrême droite, le cas de la Riboire permet de battre en brèche l’idée d’un mouvement univoque de droitisation des classes populaires généré par des frustrations sociales, en montrant que celle-ci est loin de toujours s’enraciner dans des trajectoires de déclassement (Cartier et al. 2008). Ce que l’on saisit à partir du cas de cette zone industrielle périurbaine, semblable à beaucoup d’autres, ce sont les effets sur le long terme des politiques de réorganisation de l’emploi : éclatement des statuts au sein de nombreux établissements, déstructuration des collectifs de travail et affaiblissement des formes d’identification aux lieux de travail, au profit d’un investissement sur la scène résidentielle, où nombre de ménages construisent les signes de leur respectabilité sociale au travers de leurs parcours d’accession à la propriété, à distance des quartiers populaires de banlieue. Disposant d’assises économiques autorisant leur installation en maison individuelle, ces ménages apparaissent fort éloignés des ouvriers captifs des cités (Masclet 2003, p. 92) ou encore des ouvriers de la grande industrie frappés par la montée du chômage et tentés par le vote FN (Beaud et Pialoux 1999, p. 375). On compte pourtant de nombreux électeurs de droite ou d’extrême droite parmi ces fractions supérieures des classes populaires : situés du côté de l’emploi privé, ces ménages se dissocient en effet par leurs aspirations du modèle d’ascension sociale incarné par les classes moyennes cultivées, autant d’éléments qui concourent à les éloigner de l’offre politique de gauche, soit perçue comme peu distincte de celle de la droite classique, soit décriée car trop associée aux politiques sociales.

Bibliographie

  • Beaucire, F. et Chalonge, L. 2011. « L’emploi dans les couronnes périurbaines, de la dépendance à l’interdépendance », in Pumain et Mattéi (dir), Données urbaines 6, Paris : Anthropos, p. 61-64.
  • Beaud, S. et Pialoux, M. 1999. Retour sur la condition ouvrière. Enquête sur les usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard, Paris : Fayard.
  • Bosc, S. 2008. Sociologie des classes moyennes, Paris : la Découverte.
  • Bussi, M. Colange, C. et Rivière, J. 2011. « Distance(s) à la ville et comportements électoraux. Quelques éclairages quantitatifs lors des derniers scrutins présidentiels », in Pumain et Mattéi (dir), Données urbaines 6, Paris : Anthropos, p. 33-42.
  • Cartier, M. Coutant, I. Masclet O. et Siblot, Y. 2008. La France des « petits-moyens ». Enquête sur la banlieue pavillonnaire, Paris : La Découverte.
  • Chenu, A. 1990. L’archipel des employés, Paris : Insee études.
  • Collovald, A. 2004. Le « populisme du FN ». Un dangereux contresens, Bellecombe-en-Bauges : Éditions du Croquant.
  • Collovald, A. et Schwartz, O. 2006. « Haut, bas, fragile : sociologie du populaire », Vacarme, n° 37, p. 50-55.
  • Gaigné, C. Piguet, V. et Schmitt, B. 2005. « Évolution récente de l’emploi industriel dans les territoires ruraux et urbains : une analyse structurelle géographique sur données françaises », Revue d’économie régionale et urbaine, n° 1, p. 3-30.
  • Guilluy, C. 2010. Fractures françaises, Paris : Bourin Éditeur.
  • Lehingue, P. 2011. Le vote. Approches sociologiques de l’institution et des comportements électoraux, Paris : la Découverte.
  • Lehingue, P. 2003. « L’objectivation statistique des électorats : que savons-nous des électeurs du FN ? », in Lagroye (dir.), La politisation, Paris : Belin, p. 247-278.
  • Masclet, O. 2003. La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, Paris : La Dispute.
  • Mauger, G. 2006. « Les transformations des classes populaires en France depuis trente ans », in Lojkine, Cours-Salie et Vakaloulis (dir.), Nouvelles luttes de classes, Paris : PUF, p. 29-42.
  • Noiriel, G. 2002. Les ouvriers dans la société française XIXe-XXe siècle, Paris : Seuil.
  • Rivière, J. 2011. « La division sociale des espaces périurbains français et ses effets électoraux », in Pumain et Mattéi (dir), Données urbaines 6, Paris : Anthropos, p. 11-20.
  • Schwartz, O. 1998. La notion de « classes populaires », Habilitation à diriger des recherches en sociologie, université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.
  • Vigna, X. 2012. Histoire des ouvriers en France au XXe siècle, Paris : Perrin.

Notes

[1] Parmi de nombreux exemples : « Ouvriers, employés, ces oubliés qui vivent la rage au cœur », par Rachida El Azzouzi et Mathieu Magnaudeix (Mediapart, 28 février 2012) et « Aux portes des pavillons où séduit “Marine” », Thomas Wieder (Le Monde, 29 février 2012). Signalons au passage que ces reportages portent uniquement sur des communes situées en Seine-et-Marne, choisies sans doute par commodité par les journalistes parisiens.

[2] Entérinant ces conclusions, des enquêtes de l’Ifop montrant que Marine Le Pen enregistre ses meilleurs scores des espaces situés entre 30 et 50 km des agglomérations de plus de 200 000 habitants sont ainsi largement reprises. Le 29 février 2012, Le Monde consacre sa une et un article à un sondage sur les intentions de vote (« Dans la France péri-urbaine, le “survote” pour le Front national exprime une colère sourde », Thomas Wieder) et, le 25 avril 2012, Le Figaro publie des résultats similaires à partir cette fois des résultats du premier tour (« En grande périphérie, le FN emporte la mise », Albert Zennou).

[3] « Il faut parler des classes populaires », Entretien avec Christophe Guilluy, par Joseph Confavreux, Mathieu Magnaudeix et Hugo Vitrani, Mediapart, 21 janvier 2012.

[4] « Le périurbain n’est ni de droite, ni de gauche », Guy Burgel, Le Monde, 9 mars 2012.

[5] Comme le montre l’enquête emploi 2010 de l’Insee, la moitié des ouvriers résident dans des communes rurales ou périurbaines de moins de 2 000 habitants ou dans des agglomérations de moins de 20 000 habitants.

[6] Données concernant 37 aires urbaines de plus de 80 000 emplois en 1999, hors Paris, ces aires rassemblant 53 % de l’ensemble des emplois en France.

[7] Parallèlement à la chute des effectifs d’ouvriers non qualifiés, passés de 2,5 à 1,1 million entre le début des années 1980 et la fin des années 1990 (Vigna 2012, p. 299), la part des emplois « non-manuels » de techniciens et d’agents de maîtrise connaît une hausse significative, puisque ceux-ci représentent 5,9 % des actifs en 2005 contre 4,7 % en 1982 (Bosc 2008, p. 21-24)

 

 

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Published by valenton rouge - dans France
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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:35

esperance.jpgDans une parfaite prescience de ce qu’est notre condition actuelle, Rousseau ne cachait pas être effaré qu’on puisse appeler « démocratie » un système qui donne la parole au peuple une fois tous les cinq ans pour le renvoyer à la passivité et à l’inexistence politique tout le reste du temps. Il vaut donc mieux ne pas louper l’ouverture de la fenêtre quinquennale ! — coup de chance c’est maintenant… comme en témoignent les cris d’horreur des médias redécouvrant qu’il existe un électorat d’extrême droite, peut-être même qu’il existe un électorat tout court, redécouverte il est vrai facilitée chaque fois que l’électorat en question les contredit. A quelque chose malheur est bon et, au milieu de si nombreux motifs d’accablement, le spectacle de la volaille éditocratique courant en tous sens dans un nuage de plumes pourrait presque être divertissant — s’il n’était destiné à finir aussi brutalement, et inutilement, qu’il a commencé : passé le second tour des législatives, « l’électorat » retournera aussitôt au néant dont, idéalement, il n’aurait jamais dû sortir.

Vaticinations ordinaires

Dans cette agitation intellectuelle sans lendemain où la sociologie spontanée le dispute à la prophétie historique, on est à peu près sûr d’engranger quelques perles, à l’image d’une longue tradition de vaticinations post-électorales dont il est tout de même utile de rappeler quelques-uns des plus remarquables accomplissements (à l’usage d’une corporation qui aurait sans doute élu le signe zodiacal du poisson rouge s’il avait existé). En 1988, persuadés d’avoir enfin rencontré la fin de l’histoire conforme à leur vœu, François Furet, Jacques Julliard, et Pierre Rosanvallon nous annoncent l’avènement définitif de la « République du centre » [1], entendre de la raison gestionnaire, celle dont on fait les cercles, nécessairement centriste car enfin débarrassée des embardées intempestives de l’« idéologie ». En tout cas la chose est certaine : l’affrontement bipolaire est mort et bien mort.

En 2002, avec un Front national (FN) au second tour de la présidentielle, la république du centre, légèrement sonnée, n’a pas trop compris ce qui lui est arrivé. Comme en 1995 (15 % déjà tout de même), mais en plus appuyé, l’extrême droite impose son irréductible mystère puisqu’elle a la propriété, dans le même mouvement, et de plonger le commentariat dans une insondable perplexité et de se poser (à chaque fois !) comme une aberration impossible à rattacher à l’ordre des causes ordinaires. Que la république du centre et ses puissants effets d’indifférenciation politique aient pu en être l’origine ne traverse évidemment pas un instant l’esprit des vaticinateurs. Les percées successives de l’extrême droite sont donc vouées à prendre l’étrange statut oxymorique d’une « exception récurrente » : à chaque fois uniques et incompréhensibles dans leur singularité même… mais faisant régulièrement retour ! Le commentaire autorisé à tendances prophétiques reprend heureusement tous ses droits, et surtout ses aises, lorsque le FN se fait oublier et avec lui l’encombrante « exception » sur laquelle on renâclait tout de même à prononcer la fin de l’histoire. Sous ce rapport, la présidentielle de 2007 est un millésime de première qualité puisque on nous y annonce simultanément et la résolution définitive du problème de l’extrême droite en France (« siphonnée ») et – « république du centre » RIP – l’avènement d’un sain bipartisme à l’anglo-saxonne (probablement « sain » parce qu’à l’anglo-saxonne) ne laissant plus face à face que les deux partis de gouvernement sérieux (à quelques pulvérisations latérales près ; quant aux 18,5% (!) de François Bayrou ils sont déclarés quantité négligeable, preuve supplémentaire que la république du centre mange pour de bon les pissenlits par la racine).

2012, patatras ! FN à 18% et solide quadripartisme : tout est par terre…

Le paradoxe de 2007 tient sans doute au fait qu’on n’aura rarement tiré conclusions si définitives à l’occasion d’un scrutin pour le coup si peu ordinaire — et alors même que (à moins que ce ne soit parce que) il a été lu, après celui de 2002, comme faisant heureusement retour à « l’ordre des choses ». En vérité 2007 et 2012 ne peuvent être analysés séparément, et le second est comme le reflet monstrueux du premier. Car on peut au moins mettre au compte du Sarkozy de 2007 d’avoir compris qu’il y avait matière à attraper l’électorat du FN aussi par la question sociale et d’avoir délibérément monté une stratégie électorale en conséquence, notamment : revalorisation salariale (« le président du pouvoir d’achat », sans doute accommodé à la manière de droite dans les escroqueries du « travailler plus pour gagner plus » — il est en effet d’une logique élémentaire de gagner plus si l’on travaille plus… — mais peu importe, c’est « pouvoir d’achat » qui, comme prévu, a été entendu) ; et puis, déjà, prise de distance d’avec l’Europe de la concurrence et déclarations d’empathie pour la France du « non » au Traité constitutionnel européen (TCE) de 2005.

On se souviendra pourtant surtout de la désinvolture rigolarde avec laquelle la « présidence du pouvoir d’achat » a été liquidée au détour d’une conférence de presse en 2008 ; quant à la « confrontation » avec l’Europe, l’alignement sans discussion sur le modèle allemand de l’austérité généralisée, la célébration du triple-A, le sacrifice des retraites en son nom, et la déclaration de mobilisation nationale pour le conserver (avant de le perdre) la font entrer sans coup férir dans les annales des reniements « fondateurs », à l’image du « tournant » de 1983 ou de l’enterrement de la « fracture sociale » d’octobre 1995.

Il faut avoir peu de sens commun pour s’étonner qu’à ce degré de trahison, l’électorat frontiste, un instant attiré par une offre politique mainstream qui semblait prêter attention à ses revendications sociales ait si violemment fait retour à ses positions de départ, avec en prime l’intention écumante de faire la peau au menteur. Et il en faut encore moins pour ne pas remettre l’événement dans la série longue qui lui donne toute sa signification politique — au prix, il est vrai, d’attenter aux vérités que la « république du centre » (électoralement morte mais encore bien vivante dans les têtes de l’oligarchie politique-éditocratique) avait en son temps rêvé de figer pour l’éternité : la mondialisation et l’Europe libérales.

Portant à toutes les erreurs d’analyse ceux qui étaient trop disposés à prendre leur désir pour la réalité, l’« anomalie » du scrutin de 2007 demande donc bien plutôt à être reconsidérée comme une occurrence de plus d’une régularité politique de longue période — mais celle-là même qu’aucune des certifiées élites ne voudra admettre, ni seulement voir. Car sans discontinuer depuis 1995, le corps social, quoique se dispersant entre des offres politiques variées, n’a pas cessé de manifester son désaccord profond avec le néolibéralisme de la mondialisation et de l’Europe Maastricht-Lisbonne ; et avec la même constance, le duopole de gouvernement, solidement d’accord, par delà ses différences secondes, sur le maintien de ce parti fondamental, n’a pas cessé d’opposer une fin de non-recevoir à ce dissentiment populaire. La montée du FN n’est pas autre chose que le cumul en longue période de ces échecs répétés de la représentation, le produit endogène des alternances sans alternative qui pousse, assez logiquement, les électeurs à aller chercher autre chose, et même quoi que ce soit, au risque que ce soit n’importe quoi.

Granitique continuité de la vie politique française

La séquence historique devrait pourtant être suffisamment éloquente pour qu’on y prête attention. 1993 et l’élection d’Edouard Balladur seront le chant du cygne du néolibéralisme période « comme dans du beurre ». Jacques Chirac ne gagne en 1995 que d’avoir, ou de feindre avoir compris et les dégâts de cette politique et le désaveu où elle est tombée — mais d’une compréhension manifestement insuffisante pour joindre le geste à la parole. La « fracture sociale » est la première réponse politique à cette colère sociale et significativement elle rafle la mise, quoique avec déjà Le Pen père à 15 %… avant d’être abandonnée en rase campagne sous la pression, non pas des « événements » ou des « contraintes extérieures », mais de l’obstination de la classe préceptrice, technocrates de cabinets indifférenciés, éditorialistes commis et experts de service, qui, confits dans leur propre satisfaction matérielle, sont à cent lieues de concevoir qu’une partie croissante de la population ne partage pas leur félicité, et plaident sans relâche pour la perpétuation de ce monde qui leur va si bien — c’est-à-dire pour l’adaptation au cadre des contraintes, plutôt qu’à sa transformation. Le retour de manivelle ne se fera pas attendre bien longtemps. La « fracture sociale » classée sans suite fin octobre, le plus grand mouvement social depuis 1968 commence fin novembre. Et le faux rebouteux est renvoyé à l’inauguration des chrysantèmes en 1997.

Intrat Lionel Jospin, élu non seulement par la disgrâce de Chirac (Alain Juppé) mais aussi pour avoir tenu le discours susceptible de rencontrer les attentes populaires, à savoir : arrêt des privatisations, notamment celle de France Télécom, et engagement solennel à ne valider le Traité d’Amsterdam qu’à satisfaction de trois conditions catégoriques (l’instauration d’un gouvernement économique pour contrebalancer le pouvoir de la BCE, une orientation de politique monétaire qui écarte les aberrations de « l’euro fort », et une réorientation des traités économiques dans le sens de la croissance). Comme on sait France Télécom finira privatisée — le bilan du gouvernement Jospin en cette matière surpassant même celui de son prédécesseur Balladur. Quant aux trois conditions sine qua non, il ne faudra pas quinze jours pour qu’elles soient abandonnées à quelques oblats rhétoriques qui n’engagent à rien, le « pacte de stabilité » devenant « pacte de stabilité et de croissance », avec les mirifiques effets que l’on sait. Ajoutons pour la route le refus de s’opposer à la fermeture de Vilvoorde, l’aveu déconfit de ce que « l’Etat ne peut pas tout », en particulier pas sauver les LU, le grassouillet régime fiscal des stock-options (Strauss-Kahn), la conversion de la gauche-de-gouvernement au reaganisme de la baisse des impôts (Laurent Fabius), la signature (quinze jours avant le premier tour de 2002 — quel talent !) des accords européens de Barcelone ouvrant à la concurrence les services publics de l’énergie, des transports et du courrier, et il s’en trouve encore pour s’étonner rétrospectivement que Jospin se soit fait sortir, et surtout de s’être retrouvés avec le FN au second tour…

Et revoilà Chirac ! Mais assisté de tous les bien-placés qui, FN oublié depuis le lendemain de sa réélection, font bloc pour défendre le TCE en 2005. Trois fois déjà le corps social a protesté contre la continuité du duopole néolibéral, mais c’est probablement qu’il n’a pas bien compris. On va donc lui réexpliquer. Par chance la ratification du TCE offre une occasion sans équivalent de pédagogie à l’usage du peuple enfant, PS et UMP unis pour la défense des choses vraiment importantes — on se souvient de cette fameuse « une » de Paris Match conjoignant… François Hollande et Nicolas Sarkozy, en un raccourci politique saisissant de toute l’époque. Le succès est total. Expérience de pensée : soit une hypothétique élection présidentielle en décembre 2005, quel aurait pu être le score du Front national ? Vous direz quels arguments permettent de prévoir ou non sa présence au second tour et tenterez d’évaluer le nombre de manifestants lycéens et le format de titraille des « unes » antifascistes de Libération propres à éviter l’élection pour de bon de son candidat.

Arrive Sarkozy 2007… On connaît la suite : simulacre de compréhension du rejet de la population à l’endroit du néolibéralisme européen, construction d’une position politique syncrétique en campagne mais contradictoire (et intenable) en régime, résolution violente de la contradiction par reniement express, à la fois par la force des inclinations de classe — le président des riches peut à la rigueur dire certaines choses... mais certainement pas les faire — et par l’obstination de l’oligarchie dirigeante, élites économiques, administratives et médiatiques confondues. 2012, sanction, celle de Sarkozy en particulier, mais plus généralement — la cinquième d’affilée tout de même ! — d’une « démocratie représentative » qui ne représente plus rien.

Le FN, produit endogène des alternances sans alternative

On ne reconnaît pourtant jamais si bien la surdité politique qu’à son empressement à certifier qu’elle a « bien entendu le message » et que « les Français ont envoyé un signal fort ». Il faut croire que la force adéquate du « signal », désormais, ne devrait pas viser en dessous du coup de fourche pour que « le message soit entendu » pour de bon. En attendant, de secousse en secousse, le FN fait sa pelote, et toujours pour les mêmes raisons, celles de la protestation antilibérale constamment réaffirmée, et du déni qui lui est constamment opposé. Il faut donc vraiment des œillères pour ne pas voir, ou ne pas vouloir voir, la régularité granitique qui conduit la vie électorale française : quand l’orthodoxie néolibérale pressure les salaires, dégrade les conditions de travail, précarise à mort ou jette au chômage, quand elle détruit les services publics, abandonne les territoires par restriction financière, menace la sécu et ampute les retraites, toute proposition de rupture reçoit l’assentiment, toute trahison grossit le ressentiment, tout abandon du terrain nourrit le Front national [2].

La vie politique française est donc bien moins compliquée que ne voudraient le faire croire les experts à tirer dans les coins qui se sont fait une spécialité de l’évitement des questions de fond, et notamment de celle qui (les) fâche : la question de la mondialisation, et de son incarnation européenne — à l’image de l’inénarrable Bernard Guetta qui, après les baffes successives du TCE, des scrutins désastreux et de la crise européenne sans fond en est toujours à trouver insensé qu’on puisse faire « de l’Union européenne le cheval de Troie de la mondialisation [3] ». Aussi vont-ils répétant que tout projet de transformation de cet ordre social n’est que « repli sur soi »... Le libre-échange et la finance déréglementée nous détruisent, mais toute tentative d’échapper à la destruction commet la faute morale du « repli sur soi ». Le corps social devrait donc avoir l’heur de se laisser détruire avec grâce — et l’on s’étonne qu’une part croissante de l’électorat prenne le mors aux dents ! Conformément en effet à un enchaînement très semblable à celui que Karl Polanyi avait décrit à propos des années 1920-1940, le (néo)libéralisme, entre inégalités, relégation des pauvres et déréliction individualiste, détruit la société [4]. Très logiquement, et de la même manière qu’alors, le corps social lutte pour résister à sa propre destruction, quitte à s’emparer des pires moyens, parce que toutes autres solutions épuisées, ce sont les seuls, et qu’aux désespérés quelque chose vaut toujours mieux que rien.

On dira cependant que, cette année, un autre moyen il y en avait un, puisqu’il y avait un Front de gauche (FdG), et qu’il n’a pas empêché les 18 % de Le Pen. Mais c’est que le FN est dans le paysage depuis trente ans, et le FdG depuis trois ! — encore n’a-t-il eu probablement pour bon nombre d’électeurs d’existence réelle pour la première fois que cette année. Or la présence pérenne du FN a eu le temps de produire ces pires effets d’incrustation, aussi bien, dans les classes populaires, la conversion partielle des colères sociales en haines xénophobes, que, dans les classes bourgeoises (petites, et parfois grandes), la libération d’un racisme longtemps tenu à l’isolement par les conventions sociales et la menace de l’indignité, mais jouissant de nouvelles licences quand 15 % à 20 % de la population rejoignent ouvertement l’extrême droite — et qu’il est désormais permis de vivre sa « foi » à l’air libre. C’est tout cela qu’il appartient à un Front de gauche de défaire, et d’en venir à bout dès son premier scrutin présidentiel était à l’évidence trop demander. Ceux qui voyaient Jean-Luc Mélenchon au second tour se sont enivrés tout seuls, aidés le cas échéant de quelques liqueurs sondagières — mais ceci n’était pas raisonnable. Le FdG a fait 6,5 % pour sa première sortie électorale nationale (les européennes de 2009), il fait 11 % à sa deuxième, ce sont des résultats plus qu’encourageants. Mais qui ne doivent pas faire oublier que la construction d’une position électorale est une longue patience.

Une patience d’autant plus longue en l’occurrence qu’à propos des électeurs FN qu’il lui incombe de reconquérir, même la gauche (la vraie gauche) commence à donner des signes de fatigue intellectuelle. En témoignent les refus exaspérés d’entendre seulement dire « la France qui souffre ». Assez de la souffrance sociale ! et retour aux explications simples et vraies : ce sont des salauds de racistes. Dans une parfaite symétrie formelle avec la droite qui, en matière de délinquance, refuse les « excuses sociologiques », d’ailleurs tristement suivie par la (fausse) gauche depuis un sombre colloque de Villepinte en 1997 (à chaque terme socialiste ses abandons…), voilà qu’une partie de la (vraie) gauche, en matière de vote FN, ne veut plus de « l’alibi » de la souffrance sociale. Cette commune erreur, qui consiste à ne pas faire la différence entre deux opérations intellectuelles aussi hétérogènes que expliquer et justifier (et par suite « excuser »), finit inévitablement en le même catastrophique lieu de l’imputation d’essence, seul énoncé demeurant disponible quand on s’est privé de toute analyse par les causes. Les délinquants seront alors la simple figure du mal, n’appelant par conséquent d’autre réponse que la répression. Quant aux électeurs de l’extrême droite, ils sont donc « des salauds », appelant… quoi d’ailleurs ? La colonie lunaire ? Au déplaisir général sans doute, il faudra pourtant faire avec eux.

Le déplaisir, voilà précisément l’affect à laisser à sa place autant que possible quand il est tant soit peu question d’analyse politique. Et jamais peut-être la dégrisante maxime spinoziste n’aura été plus nécessaire, qui appelle à « ne pas rire, ne pas déplorer, non plus détester, mais comprendre ». Sinon la suspension complète du jugement, du moins sa trempe est en l’occurrence d’autant plus requise que, d’un racisme l’autre, la démission à comprendre le racisme tout court a le plus souvent pour terminus le racisme social : affreux, sales et méchants — on imagine sans peine les effets politiques qu’il est permis d’attendre d’un viatique intellectuel de pareille minceur, et l’on notera au passage la symétrie tropologique de ces deux cousins opposés, l’un comme l’autre démarrant du même pas : « à la fin, ça suffit, il faut bien appeler un chat un chat », soit : « les électeurs du FN sont des gros cons » exactement comme « les arabes sont trop nombreux ».

Sauf à des esprits un peu épais et par trop portés aux visions du monde par antinomies, vouloir sortir les électeurs FN de la catégorie « gros cons » n’équivaut donc en rien à les verser dans celle des « gens aimables ». Il s’agit bien plutôt de les soustraire à toutes les catégories (morales) du jugement par sympathie ou par empathie (ou bien antipathie) pour les restituer à la seule compréhension causale — dénuée de toute participation. Il n’y a rien à « admettre », encore moins à « partager » du racisme des racistes, mais tout à comprendre, à plus forte raison pour tous ces cas de racisme qui, ne s’expliquant pas directement par les causes matérielles (retraités niçois ou toulonnais très convenablement argentés par exemple), n’en sont par là que des défis plus urgents à l’analyse.

Hollande, ultime recours ??

Dans l’intervalle, on accordera sans peine qu’il faut de l’estomac pour avaler les « France qui souffre » débitées ad nauseam par Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé et leur clique. Mais d’une part il n’y a aucune raison de céder à une sorte de loi de Gresham par laquelle, de même que la mauvaise monnaie chasse la bonne, les usages hypocrites chasseraient les usages pertinents. Et d’autre part, la question de la sincérité pourrait bien être finalement secondaire — étrange et anachronique reliquat du débat théologique de l’attrition et de la contrition — : si la « démocratie » électorale a un seul avantage c’est peut-être, dans certaines conditions (rares), de forcer les gouvernants à au moins dire des choses que jamais ils ne diraient spontanément, et même, encore au-delà (bien au-delà), de les forcer parfois à les faire. La seule question intéressante est donc moins celle de la sincérité que celle de la jonction du geste à la parole, qui n’est pas une affaire de disposition intérieure mais de rapport de force extérieur !

Il est bien certain, pour l’heure, qu’entre le FN qui rafle la mise, Sarkozy qui court derrière, et le Front de Gauche encore à sa maturation, l’état du rapport de force en question n’est pas exactement un motif de réjouissance. C’est donc le PS de Hollande qui est l’ultime recours — nous voilà propres… Car « l’ultime recours », devenu depuis vingt ans étranger à la souffrance sociale et aux classes qui l’expriment, dénégateur des destructions de la mondialisation et de l’Europe libérale, liquidateur répété de ses propres embryons de promesses progressistes, incarnation jusqu’à la caricature sociologique de l’isolement des gouvernants, ignorant tout des conditions de vie des gouvernés, ce « recours »-là porte à part égale la coresponsabilité historique du désastre politique présent.

C’est bien pourquoi les maigrelets engagements du candidat « socialiste » ne peuvent jouir que d’un crédit très limité, particulièrement sur les questions qui décident de tout : la finance et l’Europe. Confirmant que le socialisme de gouvernement a été historiquement le meilleur ami de la déréglementation financière, François Hollande, sitôt dénoncé « l’ennemi sans visage », s’est empressé d’aller à Londres rassurer la City quant à l’innocuité de ses intentions véritables. On ne s’étonnera donc pas de trouver dans son programme sous le titre ronflant de « Dominer la finance » des propositions à l’état de simples songes, ou d’inoffensives bluettes, à l’image d’une agence de notation publique — problème dont il faut rappeler sans cesse qu’il est totalement périphérique —, ou d’un projet de contrôle des produits dérivés, pourtant crucial mais laissé à l’état de pure évocation, toutes choses d’ailleurs renvoyées à d’improbables initiatives de l’Europe — dont la passivité et l’incapacité à avoir produit la moindre avancée régulatrice sérieuse, cinq ans après le déclenchement de la plus grande crise financière de l’histoire, en disent pourtant assez long sur le degré auquel elle est commise à la financiarisation.

Plus gros morceau encore, le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), dont le candidat Hollande a promis d’un ton martial mais pas trop tout de même qu’il demanderait la renégociation — et l’on pense inévitablement au sine qua non de Jospin à propos du Traité d’Amsterdam... A tous les niveaux décidément, les mêmes causes entraînent les mêmes effets, avec en plus une aisance croissante dans le reniement, devenu pratique habituelle. Michel Sapin, potentiel ministre de l’économie, s’en va ainsi rassurer le Financial Times et jurer que son candidat « ne dit pas que nous devons renégocier la discipline budgétaire » [5] — au moins c’est clair. Tout l’article du Monde qui relate ces savants ajustements anticipés est de la même édifiante farine : « il faut à ses [François Hollande] yeux compléter le traité en adjoignant à la “règle d’or” un volet “croissance” » — « compléter » qui ne signifie donc pas « retrancher », et « adjoindre » qui veut dire « conserver »... Mais le meilleur tient sans doute à l’énoncé à peine voilé des conditions auxquelles le président Hollande a d’ores et déjà prévu de rendre les armes de bonne grâce : « les socialistes font savoir qu’un pacte non modifié (c’est moi qui souligne), mais accompagné d’un protocole additionnel, et de conclusions du Conseil européen plus substantielles sur la croissance pourrait être acceptable par la France ». « Les socialistes font savoir » que la verroterie avec laquelle on les achète est toujours aussi modique : comme en 1997, des mots suffiront.

Se peut-il que la sortie de Mario Draghi, président de la BCE, appelant à sauver la croissance en train de périr pour de bon sous les plans d’austérité magnifiquement coordonnés, puisse modifier sensiblement la donne ? A l’évidence bon nombre de pays serrent les dents des absurdités de l’austérité en période de crise, et sont visiblement en attente d’une possible coalition (à laquelle la France apporterait une contribution importante) qui permettrait de desserrer la contrainte. Si la chose se produisait, elle devrait cependant moins au volontarisme transformateur de François Hollande qu’à la cristallisation fortuite d’une situation politique nouvelle après l’accumulation d’échecs (le dernier en date étant l’Espagne) et surtout l’ajout à la liste des Pays-Bas, jusqu’ici membre insoupçonnable du hard core triple-A, mais désormais lui aussi hors des clous et condamné à la rigueur.

Que « la chose » se produise reste pourtant très improbable. Car dans un de ces faux-semblants rhétoriques qui est comme la marque de fabrique d’un néolibéralisme devenu illégitime, la « croissance » de Mario Draghi parle de tout ce qu’on veut sauf de ce dont il est vraiment question, à savoir : en finir avec l’aberrante obligation de réduire les déficits à toute force en période de récession, équivalent fonctionnel des contresens que furent les politiques de Hoover en 1929, de Laval en 1935… ou de Brüning en 1931. Bien plutôt il s’agira — il en est en fait déjà question depuis assez longtemps — de « politiques structurelles », c’est-à-dire de quelques pas de plus dans la déréglementation (des services, du marché du travail, etc.), contresens ajouté au contresens car ces politiques ne visent qu’à relancer la croissance par la compétitivité et les exports, ce qui signifie d’une part que leur généralisation les voue à l’inefficacité collective (la compétitivité par la déflation salariale n’est jamais qu’un avantage relatif… qui disparaît comme tel lorsque tout le monde la poursuit), et d’autre part, qu’à supposer même ces politiques efficaces, elles ne produiraient leurs effets au mieux qu’à horizon de plusieurs années — pas vraiment à la hauteur des urgences d’une relance réelle.

De « complément » en « adjonction » en tout cas, le candidat Hollande a déjà fait savoir que le dispositif central du TSCG, à savoir la règle d’or comme mécanisme aveugle de réduction des déficits, n’attirait pas de sa part la moindre critique de fond. Et on l’a moins encore entendu exprimer la moindre protestation à l’idée de l’empire des marchés financiers sur les politiques économiques, ni le premier projet d’y remédier sérieusement. Désormais accoutumé à la verroterie, on peut compter sur lui pour valider les prodigieuses avancées qui verront, à l’occasion de l’un de ces irréparables sommets dont l’Europe a pris l’habitude, « la-croissance » rejoindre en mots toutes les dispositions qui la tuent en fait.

***

On ne saurait que difficilement reprocher aux électeurs du FN d’être incapables de rapporter leurs misères sociales à l’article 63 (liberté de mouvements des capitaux) ou aux articles 123 (interdiction du financement des déficits par la Banque centrale européenne) et 126 (déficits excessifs) du Traité de Lisbonne, ou à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ou au comité de Bâle qui en sont pourtant les causes réelles mais abstraites, et surtout lointaines — à défaut de quoi, comme on sait, la déflection du mécontentement peut élire n’importe quel fait comme cause prochaine (et dernière) : par exemple des Arabes vus à la télé… C’est lorsque ceux à qui il appartiendrait d’établir les connexions réelles des causes et des effets commencent à manquer à leurs devoirs, par la dénégation, ou pire encore par la diversion, que le débat politique prend un mauvais tour. Or, tout autour du peuple abandonné il n’y a plus que cela : précepteurs de la raison social-libérale occupés à nier toute implication de leur monde rêvé dans les infortunes populaires et à exclure même que la question soit posée — des Bernard Guetta —, ou bien, forme évidemment plus pernicieuse, crapules politiques affairées à conforter ces électeurs dans l’idée qu’en effet les Arabes sont le problème et la police la solution. Spectacle à laisser la mâchoire pendante, voilà qu’au beau milieu de la plus grande crise du capitalisme le débat de second tour roule sur le vote des étrangers et la présomption de légitime défense des flics sans qu’aucun des interrogateurs du candidat de droite ne viennent dire le caractère éhonté de sa manœuvre — il est vrai que depuis des décennies les médias n’ont eu de cesse d’escamoter les vrais problèmes et de promouvoir les faux, et eux, ce qui est peut-être pire, sans la moindre intention manœuvrière…

Alors très bien, prolongeons les tendances : un FN resplendissant, une droite désormais accrochée à ses basques, un Front de gauche sans doute sorti des limbes mais au début seulement de son parcours, un PS frappé de stupeur à l’idée qu’on puisse objecter quoi que ce soit de sérieux à l’Europe libérale et à la mondialisation, un chœur de précepteurs éditocratiques-experts obstiné à le conforter dans cette sage restriction (comme en témoigne incidemment le délire haineux dont a fait l’objet la campagne de Mélenchon, engagé à poser les questions qui ne doivent pas être posées)… On cherche la maxime qui, toutes choses égales par ailleurs, permettrait d’éclairer par anticipation la situation politique de 2017. Et facilement on trouve : mêmes causes, mêmes effets.

Notes

[1] François Furet, Jacques Julliard, Pierre Rosanvallon, La République du centre. La fin de l’exception française, Seuil, 1988.

[2] Lire Claude Julien, « Les fourriers du Front national », Le Monde diplomatique, mars 1996.

[3] Bernard Guetta, « Le crime des nouvelles droites européennes », Libération, 26 avril 2012.

[4] Cf. « Avez-vous lu Polanyi ? », Le Monde diplomatique, janvier 2012.

[5] Philippe Ricard (à Bruxelles), avec Frédéric Lemaître (à Berlin), Sandrine Morel (à Madrid), Philippe Ridet (à Rome) et Alain Salles (à Athènes), « Le débat sur la croissance s’intensifie en Europe », Le Monde, 25 avril 2012.

 

 

http://blog.mondediplo.net/2012-05-02-Front-national-memes-causes-memes-effets

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:32

250px-Argentina_-orthographic_projection-.svg.pngLe changement, c’est maintenant… Encouragé par sa victoire électorale, le chef de l’Etat impose sa volonté au gouverneur de la banque centrale, institue un contrôle des changes et annonce qu’il va nationaliser un secteur-clé de l’économie bradé au privé treize ans plus tôt. Deux membres du gouvernement, nommés par décret à la tête de la grande entreprise redevenue publique, en chassent séance tenante les anciens patrons. La Commission européenne mais aussi le Wall Street Journal et le Financial Times (« un acte mesquin de piraterie économique ») laissent éclater leur colère. L’hebdomadaire The Economist recommande même que le pays « pirate » soit exclu du G20 et que ses citoyens (qui ont mal voté) ne puissent plus voyager à l’étranger sans visa.

L’Etat dont il est question n’est pas situé sur le Vieux Continent. Il s’agit de l’Argentine. « Nous sommes le seul pays en Amérique latine, et je dirais dans le monde, qui ne contrôle pas ses ressources naturelles », a justifié la présidente Cristina Kirchner, le 16 avril dernier, au moment de nationaliser l’essentiel des avoirs de la multinationale espagnole Repsol, jusque-là actionnaire majoritaire de la compagnie pétrolière argentine YPF. La propriété publique des ressources stratégiques est moins universelle que Mme Kirchner ne le suggère — Total, BP, Exxon, etc., sont des sociétés privées —, mais elle renvoie à d’autres combats : la nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company par Mohammad Mossadegh en Iran en 1951, celle du canal de Suez par Gamal Abdel Nasser en Egypte en 1956, celle des actifs algériens d’Elf et de Total par Houari Boumediene en 1971, la mise sous séquestre de l’entreprise Ioukos par M. Vladimir Poutine en Russie à partir de 2003. Sans oublier, à la même époque, la prise en main de Petróleos de Venezuela SA (PDVSA) par M. Hugo Chávez.

Le gouvernement de Buenos Aires reproche aux anciens propriétaires d’YPF d’avoir distribué à ses actionnaires 90 % des profits réalisés par l’entreprise. Faute d’investissements, la production nationale de pétrole a baissé de 20 % depuis 2004, et les importations énergétiques ont été multipliées par vingt. Une situation d’autant plus fâcheuse que l’Argentine, instruite par une expérience douloureuse, ne veut plus dépendre de créanciers étrangers (et encore moins du Fonds monétaire international) pour équilibrer ses comptes.

Bien accueillie par son peuple, l’audace du gouvernement argentin lui vaut des demandes d’indemnisations extravagantes, des menaces de boycott commercial et les plus sombres prophéties. Mais Buenos Aires se souvient des oiseaux de mauvais augure. En 2001, quand l’Argentine, exsangue, cessa de rembourser sa dette puis dévalua sa monnaie, on lui prédit une crise de la balance des paiements et la faillite économique (1). Depuis, ses comptes extérieurs sont devenus excédentaires, sa production a augmenté de 90 %, le chômage et la pauvreté ont reculé (2). Plutôt que de se solidariser avec les actionnaires de la multinationale espagnole, l’Europe gagnerait à s’inspirer du volontarisme politique argentin.

Serge Halimi

(1) Lire Maurice Lemoine, «  Face aux créanciers, effronterie argentine et frilosité grecque  », Le Monde diplomatique, avril 2012.

(2) Lire Mark Weisbrot, «  Argentina’s critics are wrong again about renationalising oil  », The Guardian, Londres, 18 avril 2012.

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:25

arton2358-db2d6.jpgPour le président candidat, ils incarnent le mérite, l’effort et la réussite patrimoniale. « Ils », ce sont ses proches amis du monde des affaires, son réseau d’investisseurs, de PDG et de grandes fortunes : Les Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Martin Bouygues, Jean-Luc Lagardère et consorts. Cette « France du travail » qui « n’a pas à s’excuser pour son patrimoine », selon les mots du Président. Retour sur une oligarchie financière placée au cœur du quinquennat qui s’achève.

« La France du travail n’a pas à s’excuser pour son patrimoine, pas à s’excuser pour ses efforts, pas à s’excuser pour son mérite. Ce qu’elle possède, elle l’a gagné », lance le candidat-président le 1er mai, lors du rassemblement de l’UMP place du Trocadéro à Paris. Nicolas Sarkozy semble avoir bien vite oublié d’où viennent les amitiés qu’il a liées avec le monde des affaires. Parmi les quatre grandes fortunes les plus proches du Président, et présentes à la soirée du Fouquet’s du 6 mai 2007, tous ont hérité de groupes industriels ou d’entreprises fondés par leur géniteur. Les empires Bouygues – dans le BTP, la téléphonie mobile, sans oublier TF1 – et Lagardère – Groupe Lagardère et Hachette, participation dans EADS – étaient déjà bien en place lorsque Martin et Jean-Luc en ont pris la tête.

Le premier, Martin Bouygues, est le parrain de l’un des fils du Président et a été témoin de son mariage avec Cécilia Attias. Le second, Jean-Luc Lagardère, considère Nicolas Sarkozy comme un « frère ». Bernard Arnault, désormais 1re fortune française, a également été témoin de mariage, et Vincent Bolloré, 10e fortune française, avait prêté son yacht à la nouvelle famille présidentielle. Si Bernard Arnault et Vincent Bolloré ont su réorienter et développer les affaires familiales, c’est en partie grâce à Antoine Bernheim, ancien associé-gérant de la banque Lazard, qui les a appuyés financièrement.


Des parrains si méritants

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Antoine Bernheim, véritable « tuteur » de Nicolas Sarkozy dans le monde des affaires. Il a soutenu le futur chef de l’UMP pendant sa traversée du désert, après l’élimination d’Édouard Balladur au 1er tour de l’élection présidentielle de 1995. « Au fil des dîners et des réceptions plus ou moins mondaines, les amis de Bernheim deviennent aussi ceux de Nicolas Sarkozy », raconte le journaliste Frédéric Charpier [1]. Antoine Bernheim était, en 2011, l’un des administrateurs français les mieux rémunérés – près de 700 000 euros par an [2] – grâce à ses six mandats au sein du groupe Bolloré, de Ciment français, du fonds d’investissement Eurazeo (qui détient 25 % des parts d’Ipsos), d’Havas et de LVMH (Bernard Arnault). Cela ouvre bien des portes.

Le second « parrain » de celui qui devient Président en 2007 est le milliardaire canadien Paul Desmarais. Il possède 44 % des actions de Power Corporation, une société financière nord-américaine qui détient d’importantes participations dans plusieurs grandes entreprises européennes et françaises. « En 1995, il accueille le futur Président dans sa propriété québécoise de 75 kilomètres carrés, où il le réconforte en trouvant les mots justes, que rapporte Sarkozy le jour où il le décore : "Il faut que tu t’accroches, tu vas y arriver, il faut que nous bâtissions une stratégie pour toi." », rapporte Frédéric Charpier.

Les efforts de la dérégulation

Paul Desmarais et un autre ami milliardaire du candidat-président, le Belge Albert Frère, ont directement bénéficié de la privatisation de GDF, supervisé par un certain Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances. L’homme le plus riche de Belgique était lui aussi présent à la soirée du Fouquet’s, le 6 mai 2007. Il est propriétaire, aux côtés de Power Corporation (et donc de Paul Desmarais), du Groupe Bruxelles Lambert, qui lui-même possède des actifs au sein de quelques poids lourds de l’industrie hexagonale : GDF-Suez, Imerys (« leader mondial des spécialités minérales pour l’industrie »), Lafargue (BTP), Pernod-Ricard, Total et Veolia Environnement. Antoine Bernheim et Paul Desmarais ont été faits grands-croix de la Légion d’honneur en 2007 et 2008. Une prestigieuse décoration qui n’avait été accordée jusque-là qu’à un seul grand patron : Marcel Dassault, fondateur du groupe éponyme, et père de Serge, sénateur UMP de l’Essonne, héritier du groupe aéronautique et propriétaire du Figaro.

Dans la famille des héritiers amis du Président, figure également Dominique Desseigne. Le propriétaire du Fouquet’s, 92e fortune française, a hérité du groupe Lucien Barrière au décès de son épouse, Diane Barrière-Desseigne, en 2001, qui avait elle-même hérité des parts que lui a léguées son père, fondateur du groupe. Celui-ci est spécialisé dans les hôtels de luxe et les casinos. Il a directement profité de la loi libéralisant les jeux et les paris en ligne, adoptée en avril 2010 sous la présidence d’un certain… Nicolas Sarkozy. Un marché alors estimé à 3 milliards d’euros [3]. Depuis, le groupe « a conclu un partenariat stratégique avec la Française des Jeux, avec pour ambition de devenir un des leaders du secteur des jeux de poker en ligne en France ». Sûrement les fruits de l’effort et du mérite, pour un quinquennat qui avait déjà bien commencé : l’ensemble des entreprises cotées en bourse faisant partie du réseau de Nicolas Sarkozy avaient engrangé une capitalisation excédentaire de 7 milliards d’euros dès son élection (lire notre article).

Le patrimoine de la Collaboration

La milliardaire désormais la plus célèbre de France, Liliane Bettencourt, dont une infime partie (400 000 euros) de l’immense fortune (17,5 milliards) aurait servi à financer la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007, est elle aussi l’héritière d’une lignée méritante. Son père, Eugène Schueller, d’origine alsacienne, lance en 1909 une teinture pour les cheveux baptisé L’Oréal, rachète Monsavon en 1928, puis crée le shampoing Dop en 1933. Le groupe, qui pèse aujourd’hui 20,3 milliards de chiffre d’affaires, est né. Eugène Schueller s’intéresse aussi à la politique. Avant la Seconde Guerre mondiale, il se rapproche d’Eugène Deloncle, dirigeant du groupe armé d’extrême droite La Cagoule, qu’Eugène Schueller finance. La Cagoule assassinera plusieurs militants antifascistes européens réfugiés en France. C’est avec lui que le fondateur de L’Oréal crée, sous le régime de Vichy, une organisation collaborationniste, le mouvement social-révolutionnaire. Eugène Schueller ne sera point inquiété à la Libération. L’un de ses proches, Jacques Corrèze, lieutenant d’Eugène Deloncle et condamné en 1948 pour intelligence avec l’ennemi, deviendra l’un des cadres dirigeants de L’Oréal.

Dans les grandes fortunes françaises présentes au Fouquet’s le 6 mai 2007 [4], il n’y a guère que JC Decaux et François Pinault qui n’ont pas particulièrement profité d’héritages massifs. François Pinault, 5e fortune nationale, détient, via sa holding financière Artémis, 40 % du capital du groupe PPR (Puma, Fnac, Gucci…) et des parts dans le géant du BTP Vinci, accro aux partenariats public-privé. Il est pour l’instant le seul à publiquement s’inquiéter de la dérive très droitière de son ancien champion électoral : « Il perd les pédales. Les gens proches de lui pensent qu’il pourrait encore gagner. Il est cuit ! C’est comme dans le bunker de 1945 » [5], a lâché le milliardaire, le 28 avril, lors d’une exposition à Colmar. Sale ambiance de fin de régime pour l’oligarchie sarkozyste.

Ivan du Roy

Photo : source

Notes

[1] Dans Histoire secrète du patronat, éd. La Découverte.

[2] D’après les calculs de l’hebdomadaire Challenges.

[3] Lire notre article « oligarques à gogo ».

[4] Albert Frère, Arnaud Lagardère et Liliane Bettencourt n’y étaient pas.

[5] Rapporté par Le Monde.

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Published by valenton rouge - dans Neuilly et le 9.2
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