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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 21:23

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Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


Le président de l'Equateur, Rafael Correa, a dissipé les doutes sur son éventuelle participation au sixième sommet des Amériques qui se tiendra à Carthagène. Par une lettre envoyée au président hôte, Juan Manuel Santos, Correa confirme qu'il ne participera pas à la réunion des chefs d’État prévue pour le mois d'avril.

Dans la lettre envoyée lundi après-midi, le chef d’État équatorien a déclaré qu’après avoir mûrement réfléchi il a décidé que tant qu'il serait président de la République d’Équateur, il ne participerait à « aucun Sommet des Amériques tant que ne seront pas prises les décisions exigées par notre Patrie ».

Il a insisté sur le fait qu'il était « inacceptable que lors de ces sommets, il soit éludé des questions aussi fondamentales que le blocus inhumain imposé à Cuba ou l'aberrante colonisation des Malouines, qui ont été condamné par la quasi-unanimité des nations du monde entier ».

Quant au « Sommet des Amériques », il a défendu l'idée que, par définition, ne peut s'appeler ainsi une réunion dont un pays américain est intentionnellement et de manière totalement injustifié banni. On a parlé d'une « absence de consensus », mais nous savons tous qu'il s'agit du veto des pays hégémoniques, situation intolérable dans notre Amérique du XXIème siècle.

« Jamais nous ne chercherions le moindre problème ni à votre gouvernement ni à notre chère Colombie. Il s'agit, comme le disait Bolivar, de sentir vraiment que la Patrie, c'est l'Amérique, et commencer à un certain moment à dénoncer et affronter avec forces ces, je répète, situations intolérables et aberrantes ».

Selon le président de l’Équateur, « nos peuples peuvent commencer à s'agacer de ces réunions de présidents, tandis que dans le même temps des problèmes abyssaux restent à résoudre, comme la pauvreté et l'inégalité qui font toujours de l'Amérique latine la région la plus inégale au monde ; l'inefficacité stratégique de la lutte contre le problème mondial des drogues ; la profonde transformation du Système inter-américain des droits de l'Homme, désormais défenseur d'intérêts bien loin de ses principes fondateurs ; l'actualité d'une véritable liberté d'expression qui ne se trouve réduite aux intérêts des grands groupes médiatiques ; ou, la domination totale du capital sur les êtres humains, comme le démontre la crise des prêts immobiliers en Espagne, qui touche des centaines de milliers de citoyens, dont de nombreux migrants latino-américains. »

Correa a réaffirmé son espoir que l'absence de l’Équateur soit une invitation cordiale à « débattre sur le fond et à agir en conséquence, réaffirmant l'estime et le respect que nous ressentons pour tous nos collègues, chefs d’État du continent, de chers amis avec qui nous partageons le rêve de jours meilleurs pour nos peuples. »

« Nous souhaitons, pour le bien de la région et du monde, que le Sommet de Carthagène soit un succès. Le désir d'y participer est fort, dépassé seulement par la fermeté de nos convictions », a-t-il conclu.

Le président équatorien avait proposé en février, lors d'un sommet de l'ALBA (Alternative bolivarienne des peuples de Notre Amérique) à Caracas, que les huit gouvernants de ce groupe n'assistent pas au Sommet des Amériques tant que Cuba ne serait pas invitée. Le chef d’État a réaffirmé à de nombreuses occasions sa position qui est « de tenir compte du ressenti de nos peuples lassés de ses réunions de présidents tandis qu'ils restent plongés dans des abîmes sociales ». La ministre des Affaires étrangères, María Ángela Holguín, a indiqué que les présidents du continent ont confirmé leur présidente au rendez-vous de Carthagène. Les Sommets des Amériques ont commencé en 1994 à Miami et Cuba n'a jamais été invitée. L'île fut suspendue de l'Organisation des États Américains (OEA) en 1962. Cette mesure fut annulée en 2009, mais Cuba n'a jamais fait son retour à l'OEA, ce qui l'obligerait à signer la Charte Démocratique de l'organisme.

Source : Telesur

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 21:21

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 21:12

Salah-Hamouri-2-150x150.jpgpar B.Charafi


A peine sorti de l’avion, de retour d’Israel après 7 ans passés en prison pour des intentions qu’il nie avoir eues , le jeune étudiant franco-palestinien Salah Hamouri s’est rendu directement à Valenton, au stade qui porte son nom, pour assister à un match de foot de jeunes, avant de retrouver ses soutiens à l’occasion d’une réunion à la Ferme de l’hôpital, en présence de la maire de Valenton, Françoise Baud, de l’ancien député Jean-Claude Lefort, et d’autres élus et comités de soutien.

Etudiant franco-palestinien en sociologie de l’Université de Bethléem, de mère française et de père palestinien, Salah Hamouri a vingt ans lors qu’il est arrêté au checkpoint de Qalqiliya en mars 2005. Accusé d’avoir voulu tuer le rabbin Ovadia Yossef et d’appartenir au Front populaire de libération de la Palestine, il finit par plaider coupable après trois ans de détention provisoire, pour s’éviter une peine plus longue, et écope de 7 ans de prison. Il sera libéré par anticipation fin décembre 2011 dans le cadre d’une libération de 550 prisonniers palestiniens échangés contre  le jeune soldat franco-israélien Gilad Shalit. Entre temps, des comités de soutien se sont constitués pour plaider son innocence et les parlementaires se sont mobilisés. En décembre 2011 notamment, le Conseil général du Val de Marne votait à l’unanimité un vœu exigeant sa libération immédiate et sans condition.

Sorti de prison, il a ensuite attendu plusieurs mois pour avoir le droit de sortir du territoire israélien, chose faite il y a quelques jours. C’est donc ce mercredi 4 avril qu’il a pris l’avion retour pour la France. « Mon combat continuera pour les enfants de 7-8-9 ans qui sont encore en prison », a-t-il déclaré, au milieu des témoignages émus. « Ce n’est pas par ce qu’on est pro-palestinien qu’on est antisémite, ce que nous voulons c’est la paix« , s’est pour sa part exprimée Françoise Baud. Un discours repris par les représentants sur place de l’Union juive pour la paix, qui compte parmi ses membres l’indigné Stéphane Hessel.

 

http://94.citoyens.com/2012/salah-hamouri-accueilli-avec-emotion-a-valenton,04-04-2012.html

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 21:09

arton16315-8244e.jpgLe canon de Brest est algérien, il a été volé d’Alger en 1830. Le coq hardi, emblème des Français, se tient majestueusement sur ce canon. Sa posture sur une seule patte témoigne les mensonges coloniaux et défigure l’histoire française. Sa posture me rappelle les paroles de Jean-Jacques Rousseau « Le chef-d’œuvre d’une bonne éducation est de faire un homme raisonnable. ». Je me demande si le nommé Roger Soncarrieu est un homme réellement raisonnable ?



L’Histoire est un sujet sérieux même si elle n’est pas considérée comme une science exacte. Elle n’est surtout pas une accumulation de mensonges comme le pense un ex-soldat français en Algérie, nommé Roger Soncarrieu dans son livre intitulé « Ma vérité sur la guerre d’Algérie ».

Après lecture de ses idées faufilées dans sa préface, une phrase un peu suspecte a attiré mon attention. Il dit « Je me suis tu pendant des années sur ce que j’ai vécu. Mais devant l’accumulation des mensonges, j’ai décidé de rétablir la vérité ». Je pense que monsieur Roger voulait nous raconter avec grand enthousiasme ses mensonges entassés sur la guerre d’Algérie. En réalité, le colonialisme français et sa culture de dominance sont planifiés et conspirés pour qu’ils se reproduisent et se propagent de nouveau en Afrique.

En lisant ses pensées je me suis rappelé de ce que ma mère me disait lorsque je revenais de l’école française « le mensonge fait partie de l’éducation coloniale ». Elle me répétait cette phrase chaque fois qu’elle m’entendait chanter « Le bon vieux roi Dagobert a mis sa culotte à l’envers ». Un jour je lui ai demandée une explication. Elle me répond « on ne portait pas de culottes au VII° siècle, ces dernières étant apparues vers le XVI° siècle, soit près de 1000 ans après le règne de Dagobert ». Pour me convaincre, elle souriait et me renvoyait aux paroles de Napoléon I° : L’Histoire est un mensonge que personne ne conteste.

Je vais faire comme ma mère, je renvoie ce vieux soldat aux paroles de Montaigne « Je n’ai point cette erreur commune, de juger d’un autre selon que je suis. J’en crois aisément des choses diverses à moi. Pour me sentir engagé à une forme, je n’y oblige pas le monde, comme chacun fait, et croit, et conçoit mille contraires façons de vie : et au rebours du commun, reçoit plus facilement la différence, que la ressemblance en nous. ». Certes monsieur Roger, vous n’étiez pas colon mais votre mission en Algérie était de protéger les colons. Vos rêveries de soldat courageux en Algérie sont cauchemardes et votre langage, un peu raciste, est un sac vide. Il ne peut pas tenir debout dans l’histoire algérienne. Monsieur Soncarrieu, les algériens de votre âge ont lu, à l’école française, les écrits de Cyrano de Bergerac « Chacun de nous a sa blessure : j’ai la mienne -Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne-Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant- Où on peut voir encore des larmes et du sang ! ». Monsieur Roger, il n’est jamais trop tard de lire pour une fois dans votre vie la lettre de Frantz Fanon adressée au Gouverneur Général de L’Algérie. Elle pourrait être adressée à un soldat comme vous. Lisez la avec prudence « Monsieur le Ministre, les événements actuels qui ensanglantent l’Algérie ne constituent pas aux yeux de l’observateur un scandale. Ce n’est ni un accident, ni une panne du mécanisme. Les événements d’Algérie sont la conséquence logique d’une tentative avortée de décérébraliser un peuple.… Pour toutes ces raisons, j’ai l’honneur, Monsieur le Ministre, de vous demander de bien vouloir accepter ma démission et de mettre fin à ma mission en Algérie, avec l’assurance de ma considération distinguée. » Vos chefs militaires ont décérébralisé nos parents mais je vous informe que leurs enfants ne sont pas des rancuneux, ils ont tourné la page de papier jaunissant sans la découper. Si votre complaisance veut corriger l’Histoire, il est grand temps pour vous, vieux combattant, de lire et corriger votre propre histoire racontée par un narrateur nommé Sarkozy. Ecoutez le « La France n’a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n’a jamais exterminé un peuple. Elle n’a pas inventé la solution finale, elle n’a pas commis de crime contre l’humanité, ni de génocide. »

Puisque l’Histoire n’est ni un écrit sacré ni une science exacte, elle peut être modifiée selon l’humeur ou la colère politique d’un leader balancé par les ambitions circonstancielles du temps. Je vous renvoie aux paroles de votre président. C’était un 1er avril mais les français ont cru à ce mensonge. Avez-vous écouté Sarkozy bavarder, le 1er avril 2007, en campagne présidentielle ? Il citait le général de Gaulle en disant « Le général de Gaulle définissait la France comme un pays européen, essentiellement de race blanche, de culture gréco-romaine, et de religion judéo-chrétienne ». Cette citation ne reflétait pas la situation de Sarkozy en 2007 car la France n’était pas en période de guerre et Sarkozy n’a jamais était un général des grandes guerres. Quand De Gaulle était général, Sarkozy était un bébé trop fragile né en 1955. Même s’il était général, comme il le rêve maintenant, il ne pourrait jamais libérer la France des nazis sans l’aide des bougnoules Magrébins. Dans la tête de Sarkozy le préfixe « judéo » est le raccourci qui mènera la France Chrétienne de De Gaulle à embrasser la tradition, la culture religieuse et le mode de vie des Juifs. Sarkozy a utilisé en scellement l’adverbe de manière « essentiellement », cet adverbe l’enfonce dans ses racines. Chaque mois de mars les non « maussades » font la différence entre les deux présidents français.

De Gaulle annonçait le 19 mars 1962 le cessez-le-feu qui mettait fin à huit ans de guerre en Algérie. Nicolas Sarkozy annonçait le 19 mars 2011 le début de son intervention militaire en Lybie. Une intervention militaire qui nous rappelle le langage barbare dans la jungle Africaine.

De Gaule définissait la France comme suit « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ». Le Général De Gaulle n’a pas utilisé le mot « essentiellement » dans son discours et il n’a jamais défini la religion de la France comme une religion judéo-chrétienne. D’après les paroles De Gaule, Sarkozy, est comme vous. Il se raconte des histoires.

Monsieur Roger, je pense que vous avez bien compris le message après avoir écouté votre président.

Le message sous-entend « pourquoi pas une religion islamo-judéo-chrétienne quand le fils du dit bougnoule arrivera à l’Élisée dans la même diligence qui a ramené ce petit Austro-hongrois à ce lieu ».

Pour vous rendre à vôtre vérité sur les guerres je vous répète les paroles d’un certain français ayant pour pseudonyme Vercingétorix. Cette personne croie que les tribus gauloises unies défient l’Univers « Il me plait à rappeler que tous nos Présidents de la Vème avaient des racines rurales bien françaises - peu importe mais tout de même, sociologiquement il me paraît important de le relever : De Gaulle était Chti, Pompidou et Giscard Auvergnat, Mitterrand Bourguignon et Chirac Corrézien. Alors gageons que les racines nettement plus rigides et moins hédonistes de notre petit Austro-hongrois ne pèsent pas lourd… »

En outre, la lecture de vos lettres ouvertes publiées sur le NET avec la collaboration de Zohra Benguerrah « Visite en France de Mme Zohra Drif -Bitat » adressées à Madame Agnès Rampal et à Monsieur le Président du Sénat montre votre racisme aigu. Elle vous met au même rang que les français racistes qui pensent que la tête du bougnoule est faite pour porter les caisses et la tête française est faite pour penser.

Qui sont ces deux Zohra dont monsieur Roger parle ? Débat et réflexion sur le rôle des deux Zohra dans le présent immédiat méritent une place dans nos medias.

Mme Zohra Benguerrah est présidente de la Coordination Nationale du Mouvement de la Résistance Harkie en France. Zohra est une enfant de rapatrié Harki français d’Algérie originaire du sud de la France, près de Montpellier. Zohra Benguerrah est née 1957 sur un territoire qui était avant 1962 « Français ». Son père était engagé aux côtés de la France pendant la guerre d’Algérie, parce qu’il avait préféré de rester français et qu’il aimait profondément la France. Zohra ne cache pas ses convictions, elle dit tout haut « La plus part des Harkis ne prient pas et refusent d’être musulmans, ils sont français sans religion, un point c’est tout. ». Zohra est partie d’Algérie à l’âge de cinq ans. A cet âge nous sommes tous innocents. En France elle s’est sentie marginalisée. Au fil des années, la marginalisation, le cumule de la haine dans un milieu raciste et la fréquentation des personnes extrémistes, comme Roger, la rendent très agressive. Quand Zohra parle de l’Algérie, elle parle avec rancune, haine et vengeance. Lisez ses pensées « La France n’a pas à demander pardon à l’Algérie sous quelque forme que ce soit. Là-dessus nous sommes d’accord. Le président Algérien « Bouteflika », celui-ci a déclaré que les Harkis étaient des collabos, de surcroît, il voulait entendre dire des français « un pardon solennel » pour enfoncer le clou et falsifier l’histoire de France, le Général de Gaulle a lâché l’Algérie entre les mains du FLN, c’était un arrangement avec des voyous de l’époque qui se conduisaient comme des barbares. ». Je m’arrête là car je ne veux pas donner des détails sur cette Zohra pour ne pas remuer les cendres des années de braises. Zohra Drif est l’épouse de M. Bitat. Cet homme historique et sage ne parlait pas beaucoup, le silence était son royaume. Son silence cachait sa bravoure et enterrait les bavures de notre histoire politique.

Une anecdote circulait dans les milieux estudiantins qui causaient politique au cercle Taleb Abderrahmane dans le temps « Monsieur Bitat parlait plus politique avec sa femme qu’avec les députés ». Un jour sa femme le surprit par une question et perturba un peu son royaume « Demain c’est la journée des élections. Des députés seront élus et d’autres réélus. Que penses-tu des résultats ? » Avec sa sagesse politique il répond « Bitat oui ou Bitat non. Bitat restera toujours le Rabeh ». Rabeh en arabe signifie le gagnant et Rabeh était aussi son prénom. Zohra Drif ne savait pas de quel Rabeh parlait notre président. Certains disent : Derrière toute femme puissante se cache un homme distrait. A la même manière je dirai derrière Zohra la téméraire se cachait un homme historique discret.

Les grandes femmes respectent leur limite et savent quand la parole est nécessaire. Onze ans après la mort du silencieux, en février dernier, elle déclare au quotidien d’Oran « Je ne juge pas, je m’interroge simplement : Comment peut-on réussir avec les mêmes acteurs ayant eu à prendre en charge l’exécution des précédents programmes ? Allons-nous continuer avec les mêmes acteurs ? ». Cette déclaration est-elle à la hauteur de son héroïsme de poseuse de bombe pendant la révolution ? Je pense que madame Zohra voulait dire : Puisque nous sommes en démocratie, un sénateur en fin de carrière ne s’interroge pas, il doit juger les gens avec précision. Lisons ses déclarations à Monsieur Ben Saleh publiées par le quotidien El Khabar « L’Algérie de 2011 n’est pas l’Algérie de 1962 ni l’Algérie de 1995. Il convient, donc, de faire preuve de sagesse pour trouver une solution à ces problèmes, et que nous sachions que nous sommes face à une nouvelle génération…… Je dis qu’il faut une alternance au pouvoir, je suis contre un mandat présidentiel à vie, et je pense qu’il est très important que nous apportions à notre pays notre expérience et notre sagesse, mais il est, également, important que nous préparions la relève.

C’est cela le jeu de la démocratie. Le document que j’ai distribué à l’issue de mon invitation à la consultation, reflète ma conviction de ce qui convient à mon pays et l’espoir que mon pays ait une place parmi les grandes nations de ce monde. » Peut-être Zohra voulait se référer à Michaël Kami le stratège américain mais sa fierté algérienne l’oblige d’éviter la façon américaine « Une vision sans action n’est qu’une hallucination. Ce ne sont pas les sociétés qui font des erreurs, ce sont leurs dirigeants ». L’histoire se répète.

La poseuse de bombes a bien ciblé cette fois-ci. Ce n’est plus une bombe au milkbar de la rue Ben M’Hidi (ex rue d’Isly à Alger) mais une bombe sous le comptoir de si Ben Saleh. Cette grande femme fait exception à la règle qui dit « Le courage est inversement proportionnelle à l’âge des gens. ». Pour mesurer son courage lisez ses paroles. En juillet 2007, devant les membres du Sénat, elle avait violemment critiqué l’ex-chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem au lendemain de la présentation de son bilan politique.

« M. le Chef du gouvernement, je suis navrée de vous dire que, hélas, le citoyen ne croit pas en vous, en vos institutions, en votre politique… En plus des difficultés de la vie quotidienne, les citoyens ressentent des signes de frustration, d’extrémisme et de dérive. Ils font face à la violence, au gaspillage flagrant des deniers publics, à l’absence de gestion, au vol et à la corruption, à l’immigration illégale (harraga), à la fraude aux examens, notamment au baccalauréat. Voilà la réalité aujourd’hui, M. le Chef du gouvernement. ». L’intervention courageuse de Zohra expose la démocratie en Algérie.

Cette héroïne algérienne a défié l’Alzheimer, maladie de l’oubli, qui touche aujourd’hui environ un million de personnes en France quand elle a répondu aux journalistes français en Juillet dernier : On nous répète qu’il faut oublier le passé mais il est difficile quelquefois de se taire quand la colère nous étouffe.

Après la visite de Zohra Drif en France, la Zohra de Sarkozy écrit : La Coordination Nationale du Mouvement de la Résistance Harkis avec les pieds-Noirs qui la rejoindront, mèneront ensemble une action sur le terrain pendant 34 jours à travers tous les départements pour démontrer que le Président de la République avec son Gouvernement sont des voyous de la République et des délinquants constitutionnels. Elle continue « Nous considérons que nous ne sommes plus chez nous, on préfère dérouler le tapis rouge à des criminels de la guerre d’Algérie, ceux qui salissent la France, ceux qui l’insultent au lieu de servir les honnêtes citoyens et aider nos compatriotes dans la détresse » En conclusion : La bataille de convictions entre les deux Zohra est un résultat de notre histoire mais la vérité de Roger n’est qu’un mensonge de son éducation coloniale.

* Omar Chaalal Pr. Associé Génies des Procédés Le Quotidien Oran

 


http://www.legrandsoir.info/le-mensonge-est-une-education-coloniale.html
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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 21:07
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Ce jour-là, dans la cuisine de son appartement proche de la place de la Nation à Paris, Lise London me tendait une tasse de café affirmant tout de go : « En paraphrasant De Gaulle, je déclare que la vieillesse est un naufrage. » C’était il y a quinze ans. Lise London nous a quittés la semaine dernière à l’âge de quatre-vingt-seize ans. Elle ne manquait pas d’humour. Lorsqu’on l’interrogeait sur son engagement communiste, elle répliquait goguenarde : « C’est mon jour des citations. Comme Aragon, j’affirme que chaque matin je me repose la question de mon choix politique et … je ré adhère au PCF. » Son engagement est resté intact jusqu’à sa mort.

On ne « récupère » pas une grande dame comme Lise London. On la respecte. Si on a l’autorisation, on l’embrasse, fort si possible, et on écoute s’égrener une page d’histoire que les moins de cinquante ans ne connaissent pas. La vie miséreuse dans les années trente des immigrés espagnols à la recherche de travail du côté de Vénissieux, la découverte du monde des salariés, les premiers contacts avec des responsables communistes, l’engagement dans les Brigades Internationales parties défendre la République espagnole, l’action contre l’occupant nazi, la déportation à Ravensbrück, la tragédie d’une famille communiste face au totalitarisme stalinien. Lise London, c’est tout çà. Pas seulement.

Lise, c’est aussi et surtout une histoire d’amour. Une passion pour Artur London, l’homme qu’elle a aimé à en perdre la raison, l’homme qu’elle a défendu bec et ongles contre l’ignominie stalinienne, l’homme qu’elle a sorti de prison, qu’elle a soigné, qu’elle a protégé et à qui elle a donné envie de vivre et de se battre à nouveau, l’auteur de « l’Aveu » anéanti par tant de cruautés retrouvant la force de témoigner et de combattre pour son idéal de toujours, le socialisme. Une telle femme ne peut laisser indifférent. Artur avait bien de la chance même si parfois la « Mégère de la rue Daguerre », du nom de la rue où eu lieu la première manifestation contre les nazis à Paris, affichait un caractère explosif à décoiffer le plus placide de ses admirateurs. Madame n’était pas du genre « facile ».

Elle était curieuse de tout. Passés à la question, ses visiteurs ne sortaient jamais indemne de la rencontre. Elle était d’une gentillesse savoureuse et savait aussi distribuer durement les coups. Elle ne prétendait pas dispenser le bon savoir et encore moins la correcte attitude mais ne faisait jamais l’économie de la critique surtout à l’égard de ses camarades égarés. Les communistes français en savent quelque chose. Et au moment où cette grande dame nous quitte, je ne peux m’empêcher de penser qu’elle nous laisse quelques messages. Celle qui a tant souffert à Ravensbrück plaçait au premier rang de ses énergies la lutte contre le fascisme. Lors de la grande manifestation du 1 er mai 2002 alors que Le Pen frappait à nos portes, Lise London rejoignait, aidée de sa canne, le défilé refusant l’aventure brune. Celle qui avait enduré dans sa chair le stalinisme et qui n’avait pas déserté son engagement de jeunesse invitait les nouvelles générations à douter, à ouvrir les yeux, à ne pas s’enfermer dans des certitudes, à lutter contre la perversion des idéaux communistes. « Soyez-vous-mêmes », lançait-elle aux jeunes rencontrés dans les écoles lors de multiples débats. Femme courage comme elle l’a démontré en Espagne contre les franquistes, à Paris contre les nazis, à Prague contre les staliniens, elle refusait la fatalité de l’ordre établi et clamait sa volonté de rester actrice de l’Histoire. L’ancienne petite immigrée de Vénissieux, la capitaine de la Résistance, la solidaire du camp de concentration, l’opposante aux totalitarismes, est restée jusqu’à sa mort une combattante contre l’injustice. Toutes les injustices.

José Fort

 


http://www.legrandsoir.info/lise-london-soyez-vous-memes-ouvrez-les-yeux.html
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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 21:05

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« L’affaire DSK aura révélé une bien triste image de l’Amérique » se navrait avec affectation Pascal Bruckner dans une tribune du Monde (24 août 2011). « Punir la France pour l’Irak, pour Roman Polanski, pour les lois sur le voile et le niqab, mettre au pas cette nation récalcitrante qui s’entête dans ses mœurs dissolues, tel est le sens ultime de l’affaire DSK au moment où l’Amérique mord la poussière et cherche des boucs émissaires à son déclin. » Mieux informé, Bruckner eut pu rédiger un article pertinent sur le puritanisme étasunien, mais aussi sur ses évolutions perceptibles (par exemple la déclaration d’inconstitutionnalité frappant les lois dites « anti-sodomie », lesquelles visaient en réalité tous les actes érotiques « stériles ». Voir Le Siège de l’âme).

Moins de préjugés nationalistes lui eussent évité d’assurer que « seul un pays malade de sa sexualité [comme les États-Unis] peut imaginer de tels sévices [prisonniers entassés nus à Abou Grahib]. » Comme si les tortures sexuelles et les viols commis pendant la guerre d’Algérie par des parachutistes français sur des prisonnières (« indigènes » ou non) relevaient d’une saine virilité gauloise... Ce que bien sûr Bruckner, qui n’a certainement jamais violé personne, ne pense pas. Mais il oublie de se souvenir au moment adéquat qu’il ne le pense pas. Il est vrai que le « sexe » est de ces sujets qui font fourcher l’esprit, la langue, et la queue (comme disait un diable de mes amis).

La langue qui fourche ment-elle ? Ou bien, au contraire, révèle-t-elle davantage que la langue droite, « soutenue » dit-on. In vino veritas. In cauda venenum. Allez savoir !

Examinons le cas d’un autre spécialiste de l’amour et de la morale, d’ailleurs coauteur jadis avec Bruckner d’un ouvrage sur l’amour [1], Alain Finkielkraut.

Les journalistes n’oublient pas leur ancienne collaboration et Libération a réuni les deux auteurs à Lyon, en novembre 2011. À propos d’amour, bien entendu. Ce fut l’occasion pour Finkielkraut de dire de DSK : « Il aime les parties fines, la débauche. Il est libertin et c’est une manière d’aimer les femmes ». [2]

« Mœurs dissolues » et « parties fines »... ? Dissolues ; signifie dissoutes ; mais dans quoi ? Et fines ? Le contraire de « grossières » ? Fines, comme « fines gueules », « fine champagne ». « Partie fine » : partie de débauche ; pop. partouze. Débaucher : le verbe viendrait du vocabulaire de la menuiserie. Débaucher, c’est d’abord dégrossir, puis fendre du bois.

On a beau fureter dans les dictionnaires, sauter du coq à l’âne, jouer avec les mots, comment lire « une manière d’aimer les femmes » dans des partouzes tarifées, avec des prostituées, et comme clients des flics et des patrons ?

Ou bien s’agit-il d’ « aimer » les femmes, comme on aime les grosses cylindrées, le bœuf bourguignon ou les signes extérieurs de richesse ?

Du fric, des flics, du pouvoir (ne manque qu’un évêque ; les temps changent !). Dans quoi ces mœurs se sont-elles dissoutes, sinon dans les eaux glacées du calcul égoïste. Dans une caricature des mœurs aristocratiques puis bourgeoises de toujours. Même manière d’« aimer les femmes » chez DSK et ses commensaux, chez Berlusconi, et sans doute chez Poutine.

Finkielkraut n’est pas du genre à fuir les sujets difficiles. Il consacrait, le samedi 25 juin 2011, un numéro de son émission Répliques (sur France-Culture) au libertinage. Il y évoquait un article du Monde à propos de la campagne lancée par un groupe qui se déclare féministe, intitulée « Osez le clitoris ». Quelle époque ! Bon, quand on n’est pas du genre à fuir, il faut faire face. Et l’on entend ce propos dans la bouche du philosophe : « Vagin, je suis désolé de prononcer ce mot à l’antenne, mais j’y suis forcé par les circonstances ».

Imagine-t-on la gêne, la souffrance même, d’un philosophe - dont nous savons désormais qu’il sait ce qu’ « aimer les femmes » veut dire -, littéralement forcé par les circonstances (autant dire un viol !) de prononcer à l’antenne le mot VAGIN. Peut-il au moins se rincer la bouche... rien n’est moins sûr. Ah ! je suis comme vous, chères lectrices, chers lecteurs : des mots de consolation me viennent à l’esprit. Tous nous avons envie de dire à Alain que ça n’est pas si grave, que nous avions tous entendu ce mot, et même sur l’antenne de France-Culture... Mais si, Alain ! Souvenez-vous de cette pièce, chroniquée à plusieurs reprises : Les monologues du v... (chut ! ne retournons pas le couteau dans la plaie).

Il semble donc qu’Alain ne partage plus tout à fait l’enthousiasme de son camarade Pascal pour les « mœurs dissolues ». Au moins le rejoint-il sur la condamnation de la société américaine. Il se passe là-bas des choses qui passent l’entendement. Ainsi, à l’heure où la machine judiciaire se met en place contre DSK, que voit-on ? Sur France 2, dans l’émission Mots croisés, du 30 mai 2011 (propos à 42" 07’), Alain se chargeait d’attirer notre attention :

« Le procureur s’est adjoint deux assistantes qui sont des femmes ; ça devrait nous faire réfléchir ! Pourquoi des femmes ? C’est comme si, aujourd’hui en France, un homme était poursuivi pour antisémitisme et que le procureur se disait “Alors, maintenant j’ai besoin de juifs pour étoffer l’accusation !” »

Relisez cette phrase.

Le procureur s’adjoint des femmes dans une affaire de viol ! Quelle inconcevable partialité ! Quelle sournoise manière de fausser le jeu d’une justice impartiale ! C’est comme, c’est comme... On peine à trouver l’image qui convient. Tiens ! c’est comme si le procureur - enfin non, pas ce procureur-là ! Reprenons : c’est comme si un magistrat français choisissait des assesseurs juifs pour juger un antisémite ! Voilà ! C’est exactement pareil ! Des femmes pour juger un violeur présumé, autant dire des juifs pour juger un antisémite présumé...

...Quant il apparaît évident à tout esprit éclairé et objectif qu’il est inconvenant que des juifs soient appelés à juger un être qui les voue à l’opprobre, voire à la destruction. Comment voulez-vous être impartial dans ces conditions ?

On pourra donc s’offusquer pareillement de ce que des journalistes juifs soient appelés à traiter, par exemple, du conflit israélo-palestinien... Comment voulez-vous ? Dans ces conditions...

Si notre mémoire est bonne, c’était l’obsession d’un certain Renaud Camus, récemment rallié à Marine Le Pen, dont le même Finkielkraut, assurait qu’il n’y a rien d’antisémite dans sa manie de décompter les (trop nombreux à son goût) patronymes (censément) juifs sur l’antenne de France-Culture...

Observez qu’il y a dans ce délire une vraie logique. En effet, si - contrairement au sens commun - l’habitude de repérer, compter et dénoncer les juifs n’a rien d’antisémite, alors récuser les femmes pour juger un violeur n’a rien de machiste. C’est, disons de la prudence...

Or on ne saurait être trop prudent par les temps qui courent. Évoquant l’attitude des maoïstes de La Cause du peuple dans l’affaire du notaire de Bruay-en-Artois, accusé en 1972 du viol d’une jeune fille, un « révélateur de la folie idéologique sectaire », Finkielkraut ajoute : « Je me demande si les choses n’ont pas empiré » [3].

Le passé maoïste du philosophe donne à son diagnostic le poids du vécu. On se dit : voilà un mec qui s’y connaît en sectarisme.

C’est insuffisant néanmoins. Et pour mieux suggérer l’ambiance terroriste (tribunaux populaires, etc.), Finkielkraut déclare : « Je voudrais citer une féministe historique, qui m’a demandé de ne pas citer son nom, étant donné le climat actuel » [4].

Admirez la chose. Moi, Finkielkraut, qui dénonce la présence de magistrates dans un jury d’accusation appelé à connaître d’une affaire de viol, je fréquente (au moins) une « féministe historique » - aussi crédible donc en féministe demeurée féministe que moi en ex-mao aujourd’hui invité à déjeuner au siège du patronat - et elle me fait assez confiance pour me livrer un témoignage sous X, ce qui n’est pas rien « étant donné le climat actuel »...

Dans la même émission, le philosophe déclare avoir été choqué du « spectacle » des femmes d’un syndicat de l’hôtellerie qui ont manifesté à New-York contre DSK. Heureusement qu’il existe des individus auxquels leur genre, leur couleur de peau et leur position sociale ont apporté en partage (en plus de tout le reste, s’entend) l’objectivité et le sens de la mesure. Exemplaire, Pascal Bruckner : « Même si DSK était acquitté, il resterait coupable : sa faute se déduit de son statut. Mâle blanc, riche et européen, c’est-à-dire décadent, il ne peut être autre chose qu’un agresseur compulsif. » (tribune du Monde déjà citée).

Au fait, notre attentif lectorat l’aura noté, tout occupé que nous étions de nos duettistes de la morale amoureuse, nous n’avons guère parlé jusqu’ici du héros malheureux de l’affaire, ou plutôt des affaires qui portent son nom.

En même temps que la presse nous apprenait qu’il était mis en examen pour « proxénétisme aggravé en bande organisée », accusation dont rien ne dit qu’elle résistera à l’instruction judiciaire, elle nous révélait le contenu de certains des milliers de courriels échangés entre DSK et ses compagnons de « débauche », comme dit Finkielkraut.

Dans certains de ces courriels, DSK désigne les filles engagées pour les partouzes, dont il nie avoir su qu’il s’agissait de professionnelles, sous le terme général de « matériel ».

Après « fait de matière » et « opposé à formel », Littré donne comme troisième sens de matériel : « Qui a ou qui paraît avoir beaucoup de matière, grossier. [...] En un sens analogue, gros et lourd, en parlant des personnes. Il devient matériel. »

Concernant DSK, la révélation n’est pas récente, mais Littré l’éclaire pour nous : ce type est matériel.

Certes, il a, lors de son interrogatoire, désavoué le terme, jugé par lui a postériori inapproprié.

Inapproprié est un américanisme, d’introduction récente [5] dans le vocabulaire courant français, via les journalistes. Il sert à nier que l’on a commis un délit ou un crime, en reconnaissant un simple « écart de langage ».

Parler d’écart de langage me fait penser à certaine amie des animaux qui a raté une occasion de se taire. Ingrid E Newkirk fondatrice de PETA, organisation qui milite entre autres contre l’usage de la fourrure dans l’habillement, a écrit le 28 mars 2012 à DSK, pour lui proposer d’approuver l’utilisation de sa photographie dans une affiche de PETA en faveur de la stérilisation des animaux de compagnie. « Personne n’est mieux placé que vous pour faire valoir qu’une libido exacerbée peut causer d’énormes problèmes et changer une vie ». La fondatrice de PETA a joint à sa lettre une maquette d’affiche. À côté du visage de DSK, on peut lire une phrase en gros caractères : « L’ABUS DE SEXE PEUT ÊTRE MAUVAIS ».

Du point de vue de la technique publicitaire, le coup est joli, puisque la « campagne » réelle est évidemment l’annonce de la proposition de campagne (réellement faite ou non) et l’écho qu’elle suscite.

Du point de vue idéologique, PETA fait passer l’intérêt supposé des animaux avant l’intérêt des femmes. C’était déjà parfois le cas jusqu’ici dans la manière d’utiliser les corps de femmes dénudées dans ses campagnes [6]. Cette fois, le slogan sur « l’abus de sexe » pousse jusqu’à la caricature le mensonge sur le continuum entre pulsion sexuelle (masculine) et viol (voir sur ce site Les « besoins sexuels » : un mythe au masculin.

Or le viol n’est en rien un « abus de sexe ». C’est un abus de pouvoir.

Les Finkielkraut et consorts évoquent un terrorisme féministe comme les militants lepénistes parlent du « racisme antifrançais ». C’est une inversion du réel. À qui peut-elle profiter, sinon à ceux qui, ayant payé ou se servant gratis, « aiment » une femme tandis que deux complices - je veux dire deux « libertins » - immobilisent chacun l’un de ses bras.

Je sais ce que vous pensez... Est-ce que ces déclarations des prostituées dont DSK était l’un des clients n’auraient pas été un peu « sollicitées » par les policiers ? Et d’ailleurs, étant donné le climat actuel, sait-on seulement si ce ne sont pas, je m’excuse d’écrire ce terme mais j’y suis forcé par les circonstances, des femmes qui auraient interrogé ces femmes ?

On sera tenté de suivre, au moins sur un point, M. Dominique Strauss-Kahn, lorsqu’il explique aux policiers (ceux qui l’interrogent, pas ceux avec lesquels il baise) l’usage du mot « matériel » : « Lorsqu’il y a plusieurs personnes, c’est plus rapide d’employer un mot qu’une liste de prénoms ».

Voilà une vérité toute simple qui, aussitôt dite, emporte l’adhésion.

Un mot ?

Empruntons-le à Belmondo, dans À bout de souffle de Godard : dégueulasse.

 

http://claudeguillon.internetdown.org/article.php3?id_article=341

 

[1] Le Nouveau désordre amoureux.

[2] Libe.fr, 27 novembre 2011.

[3] Répliques, du 9 juillet 2011. Finkielkraut recevait Irène Théry et Valérie Toranian, de Elle.

[4] Je n’ai pas noté le propos décisif de la « féministe historique » ; avis aux curieux.

[5] Le Petit Robert (édition 1990) ne le mentionne pas. L’antonyme français d’approprié est impropre.

[6] Voir Je chante le corps critique.

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 21:01

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:58

Par temps de campagne plus que d’habitude, l’attention est retenue par la personnalité des dirigeants politiques, les jeux, les positions dans la course de chevaux et, à un moindre degré par les propositions. Au moins cela bouge-t-il. Mais l’élection n’est-elle pas alors un paravent qui cache l’essentiel ? Derrière le volontarisme politique de circonstance, la lucidité n’est pas forcément au rendez-vous pour comprendre l’état du pays qui explique ce qui se passe dans une élection. En l’occurrence, la crise profonde dans laquelle le pays est embourbé explique en partie la virulence inhabituelle des affrontements. Les initiés savaient que la campagne serait violente, aux limites des injures, avec des coups bas, d’autant plus que la République française plonge dans la corruption et que tout le monde a beaucoup à perdre. En partie, un effet du présidentialisme. Ce n’est pourtant pas seulement la compétition électorale qui engendre une situation dangereuse mais la situation dangereuse qui engendre ces tensions et les prolongera au-delà de l’élection.

La France s’appauvrit relativement. Son industrie est en déconfiture lente ou accélérée. Le chômage grossit avec 4 547 300 chômeurs en 2012 (Dares, 2012). Cette évolution générale est non seulement alarmante mais scandaleuse quand elle va de pair avec l’accroissement des disparités. La bourgeoisie d’affaires continue de s’enrichir comme aucune de ses devancières ne l’avait réussi aussi vite. A l’inverse, les classes moyennes s’appauvrissent lentement. Quant aux pauvres, leur nombre croît depuis si longtemps qu’ils sont 11,2 millions en France en situation de pauvreté ou d’exclusion (Rapport Onpes, 2011-2012). Les écarts de revenus ont pris une ampleur telle que les chiffres donnent le vertige, passés de 1 pour 30 à 1 pour 300 entre le salaire ouvrier moyen et le salaire patronal [1], alors que des grands patrons gagnent en une année plusieurs centaines d’années de smic, sans compter leurs bonus et stock options. Quant aux fortunes, le rapport s’établit entre les milliards des très riches et le patrimoine zéro des pauvres et moins pauvres. L’étalage du luxe ne gênerait peut-être pas si on ne voyait concrètement, et non sur les pages de papier glacé des magazines people, les signes de l’appauvrissement dans les caddies des supermarchés et surtout la montée de la misère avec, symétriques au concentrations des riches, les concentrations de pauvres, rangés sous l’acronyme déréalisant de SDF. Encore les solidarités familiales et l’Etat social atténuent-ils, mais de moins en moins, le mouvement long d’accroissement des inégalités.

Comment une société peut-elle réagir à une telle crise ? Alors qu’on a souvent parlé de la crise des années 1930 à propos de la crise actuelle, il ne semble pas que l’on ait encore bien tiré les implications de la comparaison. Pourtant les mêmes réactions sociales semblent bien à l’œuvre. L’enfermement des riches dans leurs ghettos, la peur du déclassement des classes moyennes et l’exclusion des plus pauvres dans la marginalité sociale et l’indifférence politique. Pour les exclus, l’indifférence génère l’abstention politique, la colère ou le désespoir. La descente dans les drogues sert au mieux d’adjuvant au pire de suicide lent. On ne se révolte plus comme en d’autres siècles. On meurt lentement mais systématiquement. Quant à la bourgeoisie, forte de son enrichissement qui lui donne encore plus le sentiment de sa supériorité, elle se conforme au principe de toute domination sociale énoncé par Max Weber : « L’homme heureux se contente se contente rarement du fait d’être heureux ; il éprouve de surcroît le besoin d’y avoir droit. Il veut aussi être convaincu qu’il “mérite” son bonheur, et surtout qu’il le mérite par comparaison avec d’autres. Et il veut donc également pouvoir croire qu’en ne possédant pas le même bonheur, le moins fortuné n’a que ce qu’il mérite [2]. » Elle s’en prend donc à l’assistanat et au parasitisme de ceux qui émargent aux budgets sociaux. Ils ont une bonne raison : ils paient des impôts. Trop, forcément même s’ils profitent amplement de tous les moyens pour y échapper, exonérations, niches et évasion fiscales. Il y a là quelque chose de l’égoïsme de la noblesse refusant au XVIIIe siècle de payer l’impôt sous prétexte de payer celui du sang et condamnant l’Etat d’Ancien régime à la crise fiscale. La bourgeoisie du début du XXIe siècle a cependant un grand avantage sur l’ancienne noblesse : elle a convaincu beaucoup de monde dans les classes moyennes et populaires, payant des impôts ou non, mais considérant qu’on paie trop d’impôt. Forcément pour les pauvres. Les pauvres ? Des resquilleurs qui l’ont bien mérité. L’on entend alors justifier la richesse, par ceux qui ne la connaissent pas, et condamner la pauvreté qu’ils ne connaissent pas non plus. Sans doute pour espérer la première et conjurer ma seconde. Quels que soient les subtilités du raisonnement, et les moyens de diffusion à leur service, les raisons des puissants ont été bien entendues.

A mesure que les groupes se séparent, même si ce n’est pas (encore) selon un clivage aussi tranché que les deux nations dont parlait le jeune Disraeli au XIXe siècle, la société française approche d’un état d’implosion. On est bien forcé alors de constater l’écart entre l’apparence politique d’une compétition ritualisée et les tensions qui traversent la société française. Elles s’y traduisent pourtant. En durant, la crise produit une radicalisation politique. Elle s’est développée à droite depuis un quart de siècle, avec le Front national. Il serait évidemment superficiel de voir dans les changements politiques tels que l’arrivée de la gauche au pouvoir et un nouveau mode de scrutin la source de la percée du FN dans les années 1980. Elle dépend bien plus de la fin des années de croissance et du déclassement affectant les membres des classes populaires, commerçants, artisans, ouvriers touchées par la précarité, le chômage et la paupérisation. Mais le FN n’a amorcé son décollage électoral qu’en changeant radicalement de registre, passant d’un parti poujadiste à un parti crypto-raciste, c’est-à-dire maniant toutes les connotations racistes sans les expliciter. L’immigration pouvait servir de repoussoir. Pas d’ambiguïté sur l’islam, il n’intéresse personne sinon parce qu’il est la religion de l’étranger honni.

Depuis 25 ans, le racisme a prospéré comme une forme d’idéologie latente. L’interdit légal et la réprobation diffuse limitent simplement son expression publique et même privée. Il suffit que l’expression soit anonyme comme sur les forums internet, pour qu’il s’exprime si massivement qu’il déjoue fréquemment le filtre des modérateurs. Et qu’on n’explique pas à ses zélateurs comment les nazis s’étaient enferrés dans un délire raciste avec le soutien d’une pseudoscience soutenue par d’honorables savants — ils ne verraient tout simplement pas le rapport. Et d’ailleurs, ils en ignorent tout. Or cette progression ne s’est pas arrêtée comme l’ont montré les scrutins jusqu’à la surprise du premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Le FN a ensuite régressé du fait du vieillissement de son chef, fragilité d’un parti à direction charismatique, et de la stratégie du sarkozisme consistant à chasser sur ses terres. Rentable électoralement, elle se paie par la banalisation. Il ne suffit pas de protester de son hostilité à toute forme de racisme pour éviter absolument que les clins d’œil à l’extrême droite ne soient pas perçus comme potentiellement racistes. Sans doute, la droitisation de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) colle-t-elle à celle de la société française, c’est-à-dire à la radicalisation de nombreux électeurs conservateurs. De ce point de vue, les élus les plus à droite peuvent justifier leurs prises de positions en prétendant faire barrage au FN et représenter fidèlement leurs militants. Sur le deuxième point, ils ont raison : l’UMP subit un long et lent glissement accentuant le paradoxe d’un parti que plus personne n’appelle néogaulliste et qu’il faudrait plutôt qualifier de néopétainiste.

La radicalisation se réalise aussi à gauche. Elle est sans doute le principal moteur du succès de campagne de Jean-Luc Mélenchon, porté par sa virtuosité professionnelle, par son travail d’organisation et surtout par la radicalisation de nombreux citoyens de gauche. Les catastrophes de la mondialisation et du néolibéralisme, l’indécence des grandes fortunes et le scandale de la misère ont de quoi provoquer l’indignation et la critique du capitalisme financier. Elle souffre cependant d’un désavantage morphologique. La société française est une société démographiquement vieillissante. La droite l’emporte en France non point par une alliance des riches, des fondamentalistes et des pauvres comme elle l’a fait aux Etats-Unis avec les républicains [3], mais par une alliance des riches, de ceux qui croient ou espèrent l’être, et du troisième âge. En 2007, Nicolas Sarkozy dépassait la majorité des suffrages parmi les sexagénaires, qui votaient moins en sa faveur que les septuagénaires, qui votaient encore moins en sa faveur que les octogénaires. Au-delà, faute de données, on suppose que le sous échantillon des nonagénaires a été jugée non représentative. Sachant que l’espérance de vie croît avec l’aisance sociale, on peut en déduire que les électeurs de droite vivent plus vieux que les électeurs de gauche dont, de surcroît, un certain nombre dérivent vers le conservatisme. A l’inverse, les jeunes citoyens fournissent les cohortes les plus abstentionnistes. Il existe une armée de réserve chez les seniors plus sensibles aux thèmes sécuritaires parce que plus fragiles, ainsi portés à s’en remettre à un chef protecteur et peu ouverts à l’idée même de changement qui n’augure rien de bon au soir de sa vie.

grand_destockage_the_end_of_an_era_33.jpgIl est bien clair que ces radicalisations inverses, le fossé s’élargissant, sont hautement conflictuelles. Le suffrage universel peut-il les trancher sans danger ? Il faut toujours observer avec circonspection des rapports de force sortis des urnes et d’autre part les rapports de force au-delà de la majorité d’un corps électoral. Sur le premier plan, où en sont-ils ? Les indices ne sont pas concordants. Sur le terrain électoral, le parti gouvernemental a perdu toutes les élections du quinquennat. Conformément à la logique des élections intermédiaires, les scrutins ont été favorables à l’opposition notamment dans les élections locales. Il serait hâtif d’en déduire un glissement vers la gauche. Si l’on se fie à des sondages qui rassurent aujourd’hui des partisans de l’UMP, le rapport droite-gauche se situerait à 57/43 %. Cela ne fait pas une victoire électorale tant les mystères des reports de voix défient la simple logique d’un axe droite-gauche. D’autant plus que Nicolas Sarkozy était sans doute le plus mauvais candidat de son camp qui doit faire croire qu’il a changé pour espérer l’emporter (lire Serge Halimi, « Les vieilles ficelles de Nicolas Sarkozy », 2 mars 2012). Faute de quelqu’un d’autre, des électeurs de droite se rangent à ce choix. Cela suffira-t-il ? Sinon, un candidat d’opposition peut l’emporter. Ainsi, celui qui occupe une position de centre gauche, François Hollande, figure-t-il comme celui qui peut l’emporter dans un pays largement droitisé. Présider et gouverner dans ces conditions n’est sans doute pas si difficile dans un pays dont les institutions ont montré une solide rigidité préservant largement l’exécutif de toute contestation sociale. Il serait moins facile de diriger un pays où les puissants n’ont jamais été aussi puissants, détiennent les patrimoines, les médias privés sont dotés d’une forte conscience de classe et d’autant plus décidés à ne rien céder qu’ils ont beaucoup accumulé. Mourir pour l’argent ? Peut-être pas. La mort des autres, c’est différent. Peut-être un guêpier. L’inverse vaudrait-il mieux ?

Une victoire du candidat sortant paraîtrait plus en accord avec la radicalisation à droite mais elle aurait un effet démoralisateur inédit tant l’échec du premier quinquennat a été patent. Quelles que soient les promesses, ce serait pour continuer. Rien que de banal en politique. Aux Etats-Unis, le très libéral président Hoover soutint après le séisme de 1929 que la prospérité était « au bout de la rue ». Aux effets délétères de l’entêtement dans l’erreur du néolibéralisme, il faudrait ajouter ceux de la défaillance de la démocratie. Le principe de responsabilité qui veut que les dirigeants défaillants soient sanctionnés n’est guère appliqué en France. Quand les pires fautes restent sans conséquences, le crédit de la démocratie s’effrite. Enfin, le pouvoir sarkoziste aurait entre trois et quatre ans d’exercice puisque les mandats présidentiels sont dorénavant limités à deux quinquennats. Cette maigre consolation pour les vaincus ne serait toutefois pas rassurante tant on sait qu’un président inéligible est un « canard boiteux » ou paralysé. La foire d’empoigne des prétendants ajouterait aux tensions. En cas d’aggravation de la crise économique et sociale, une telle conjonction serait encore plus périlleuse. Or, la « classe politique », protégée des aléas économiques des pauvres, séparée des citoyens ordinaires, tant il est difficile de confondre les serrages de main avec une relation profonde, et de ce fait condamnée à se fier aux sondages et conseillers en communication, a-t-elle pris la mesure du délabrement de la société par l’approfondissement des inégalités ? Inégalement.

 

http://blog.mondediplo.net/2012-04-04-Societe-en-peril

Notes

[1]  Frédéric Lordon, « Bonus et primes : le (résistible) chantage des “compétents” », 26 mars ; Philippe Steiner, Les rémunérations obscènes, La Découverte, Paris, 2011.

[2] Max Weber, Sociologie des religions, Gallimard, Paris, p. 337.

[3] Thomas Frank, Pourquoi les pauvres votent à droite, Agone, Marseille, 2008.

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:53

ak47xk.jpgElle est de tous les conflits actuels, véritable figure de proue de l’industrie d’armement Soviétique. Mise en service pour le compte de l’armée Rouge dans les années 50, la Kalachnikov, dont le modèle dérivé le plus connu reste l’AK-47, a traversé les plateaux humides Vietnamiens jusqu’aux guerres civiles africaines endémiques, en passant par les champs de pavot du sud de l’Afghanistan.

Toutefois, après ces bons et loyaux services, tant dans les rébellions civiles que dans les armées de plus d’une soixantaine de pays, l’histoire de la Kalachnikov, que l’on croyait immortelle, connaît plusieurs essoufflements. Ceux-ci sont principalement dus à ce qui l’a élevé au rang de première arme utilisée dans le monde : sa qualité (on est loin du concept d’obsolescence programmée). En effet, cette arme est un bijou de robustesse (plongée dans l’eau ou dans le sable, elle ne s’enraye pas!). Simple d’utilisation, elle possède un autre atout majeur : son faible prix, dû à un coût de production abaissé au maximum en raison de l’utilisation de matériaux bons marchés (plastique, bois et métal pour les premières versions).

L’histoire de la Kalachnikov que l’on croyait immortelle connaît plusieurs essoufflements principalement dus à ce qui l’a élevé au rang de première arme utilisée dans le monde : sa qualité.

A ce jour, la Kalachnikov demeure de loin l’arme la plus connue et la plus représentée dans l’imaginaire collectif en raison de son utilisation dans l’ensemble des conflits depuis plus d’un demi siècle. Néanmoins, cette notoriété est également liée au fait qu’elle est de loin l’arme la plus copiée et dérivée. Bienvenue dans un monde où industrie d’armement rime souvent avec contrefaçons.

Des ateliers d’Izhmash au mythe Kalash.

C’est en 1947, après une longue convalescence post-seconde guerre mondiale que Mikhaïl Kalachnikov présente à l’Armée Rouge, dans les ateliers d’Izhmash dans l’Oural, un nouveau fusil automatique : « l’Avtomat Kalachnikova 1947″ (Kalachnikov Automatique 1947), dont l’histoire ne retiendra que l’acronyme : AK-47. Dès cette date, l’armée soviétique fait de la Kalachnikov le fusil réglementaire de son infanterie motorisée. Ce n’est que quelques années plus tard, à la suite de plusieurs modifications liée au poids et à son maniement, qu’elle l’adopte dans tous ses corps d’armée.

Sa robustesse, sa légèreté et son faible coup de production vont en faire peu à peu l’arme la plus utilisée dans le monde, grâce à un conflit majeur qui va ébranler le monde pendant plusieurs dizaines d’années : la guerre froide. Chacun des partenaires stratégiques du bloc soviétique vont acheter des licences de production de Kalachnikov, portant à plusieurs dizaines millions les armes en circulation estampillées “Kalachnikov”, en quelques années seulement. La Kalashnikov, arme mondiale et mondialisée, inonde également les photographies des différents conflits, devenant une véritable allégorie de la guerre, et même un symbole de liberté pour les révolutionnaires de nombreux pays. Elle sera dérivée en plusieurs versions au fil des années et des conflits, adoptant plusieurs calibres pour répondre à la demande émanant du monde entier, passant du 7.62 originel au célèbre 5,56 OTAN.

AK-47 dans sa version de base (1956)

Aujourd’hui, le nombre d’exemplaires vendus de l’arme devenue légende atteint les 70 millions d’unités . Elle est l’arme la plus vendue et la plus meurtrière de tous les temps. Toutefois, son créateur ne reçu jamais d’argent malgré les prouesses économiques de son bijou. Encore aujourd’hui, plusieurs usines et fabricants d’armes tirent pourtant parti du formidable emballement pour cette arme et ce grâce à des copies toujours plus nombreuses.

Sa contrefaçon : le symbole d’une reconnaissance ?

Mikhaïl Kalachnikov lui-même a estimé en 2007 que 9 Kalachnikov sur 10 présentées comme telles étaient de simples copies, issues de pays ayant – pour certains – possédé des licences de production de l’arme par le passé. En effet, afin de produire une arme dans un pays, l’industrie du pays demandeur doit acheter une licence de production, qui équivaut à un transfert de technologie, valable plusieurs années. Cela est très commun lors de la conclusion de gros contrats, tels que récemment la possible vente du Rafale à l’Inde (une vingtaine d’avions produits sur les chaines d’assemblage de Dassault contre une centaine en Inde chez HAL – Hindustan Aeronautics Limited).

Ainsi, lors de la guerre froide, l’URSS a vendu des licences de production de Kalachnikovs à l’ensemble de ses partenaires stratégiques. Cependant, après la chute du Bloc Soviétique, une redistribution des cartes fut faite. Tout d’abord, les arsenaux de l’Union Soviétique furent dispersés dans le monde entier grâce aux marchands de mort, qui n’hésitaient pas à vendre des armes et munitions à tous les belligérants, sans distinction idéologique, contournant au passage les différents embargos. La demande d’armes fut beaucoup plus faible que le nombre d’armes sur le marché et les pays possédant des licences devenaient des rivaux de premiers plan face à la Russie dans la production de ce type d’armement.

9 Kalachnikovs produites sur 10 seraient le fruit de chaines d’assemblage étrangères à la Russie, dont beaucoup ne détiendraient plus de licences de production.

Ce n’est qu’en marge d’un forum sur les armes légères organisé par l’OSCE en 2006 à Vienne que la Russie a enfin dénoncé ouvertement les contrefaçons de son arme. Le pays des Tsars revendiquait alors seulement 10 à 12% de la production annuelle de Kalachnikovs à l’intérieur de ses frontières, le reste étant réparti entre d’anciens détenteurs de licences officielles. Ainsi, 9 Kalachnikovs sur 10 seraient le fruit de productions étrangères à la Russie, dont beaucoup ne détiendraient plus de licences de production.

Aujourd’hui, on ne dénombre pas moins de 63 dérivés plus ou moins réussis de la Kalachnikov, produits pour la plupart à l’étranger. Certaines ressemblances sont plus que frappantes, tant sur le plan visuel que technique, telles que les séries WASR réalisées en roumaine, le Zastava M70 serbe ou le Type 81 chinois. Ces derniers modèles sont tous issus de licences vendues par l’URSS à ses alliés durant la seconde partie du XXe siècle. La Bulgarie illustre plus que tout autre pays ce problème de continuité de production après expiration des licences. C’est dans les années 90 que les licences possédées par la société Arsenal ont expiré. Toutefois, possédant toujours des chaînes de production, elle ne s’est pas privée pour continuer la production/conception de Kalachnikovs, expédiant son produit majoritairement en Afrique alors que la licence initiale prévoyait seulement une production pour sa propre armée.

En 2009, un des représentants de la société d’Izhmash évoquait dans les colonnes du journal britannique The Independant un manque à gagner pour l’industrie russe de 400 millions de dollars par an environ. Face à cette fuite, Рособоронэкспорт – régulateur des exportations et les ventes de licences pour le complexe militaro-industriel russe – a élevé le ton contre ses anciens partenaires stratégiques pour demander des comptes sur la production de copies de Kalachnikovs. Toutefois, les efforts de Рособоронэкспорт se révèlent aujourd’hui vains, et des pays exportateurs de copies – en grande partie d »Europe de l’Est – demandent à ce que les négociations sur ce thème ne soient pas faites au niveau institutionnel mais étatique ; autant dire qu’un accord entre les différentes parties est encore incertain eût état du climat actuel des pourparlers.

Quel avenir pour la production Russe de fusils automatiques ?

La production de fusils automatiques par la Russie a connu plusieurs problèmes liés principalement aux contrefaçons mais aussi – et surtout – au manque criant d’innovation. Alors que ses anciens partenaires stratégiques dans ce domaine innovaient à partir des modèles originels délivrés par la Russie sous licence, cette dernière s’enlisait dans la décadence industrielle. Toutefois, récemment, la société Izhmash à pris conscience de ce retard et tente désormais de juguler cette tendance en développant de nouveaux fusils d’assaut, tels le nouveau AK-12, mis en production récemment pour le compte de l’armée russe ; ou le AK-200, encore au stade de prototype avancé. Malgré tout, ces nouveaux prototypes diffèrent en peu de points du design de la Kalachnikov automatique originelle. Certains spécialistes vont jusqu’à dire que ces nouvelles versions ne représentent que des coups de lifting (modules additionnels etc.).

La Russie est avant-tout victime de son manque d’innovation réelle dans le secteur de l’armement, pendant que ses concurrents stratégiques, tels que la Chine, continuent de développer leur potentiel dans ce secteur.

A force de manquer d’innovation dans le secteur de l’armement, la Russie voit depuis plusieurs années ses parts de marché être grignotées, ce qui pourrait lui coûter sa deuxième place d’exportateur d’armes dans les prochaines années. Un cas illustre particulièrement bien cette tendance, celui de l’exportation d’armes vers la Chine. En effet, l’année 2007 a vu une baisse drastique des exportations d’armement russes vers la Chine [SIPRI Policy Paper N°29]. Ceci est dû principalement à deux points. Tout d’abord, la Chine aspire depuis plusieurs années à développer elle-même ses armes légères. En parallèle, l’empire du milieu cherche à importer majoritairement des technologies de pointe lorsqu’il ne peut pas lui-même les développer, afin d’en soutirer les secrets dans le but d’éventuelles copies futures. A terme, on assiste aujourd’hui en Chine à un réel renversement de tendance : hier importatrice nette, cette dernière est désormais une puissance exportatrice majeure dans le domaine de l’armement.

Ainsi, ce n’est pas seulement la Kalachnikov qui s’avère être contrefaite mais bien une large majorité des productions militaires actuelles. Malgré tout il est encore aujourd’hui – très – difficile de comparer les chiffres de la contrefaçon touchant certains secteurs habituellement sous les feux des projecteurs (luxe, drogue, vêtements) et le secteur de l’armement, restreint à un nombre d’initiés où le secret reste l’une des principales barrières.

Je tiens à remercier ER. et GD. pour les nombreuses
informations et corrections apportées à l’article.

Des ateliers clandestins jusqu’aux kits « Do It Yourself »

La copie ne se fait pas qu’au stade industriel. Plusieurs ateliers clandestins – souvent l’œuvre de carrossiers reconvertis – ont vu le jour sur certaines zones d’instabilité telles qu’au Pakistan, en Afrique ou dans certains camps palestiniens (Nahr El Bared & Ain el Helwé) au Liban. Il était possible – avant la guerre civile syrienne – de se procurer en marge de ces camps une Kalachnikov « maison » pour 50 à 100 dollars US suivant le nombre d’intermédiaires. Aujourd’hui avec la demande émanant de la frontière libano-syrienne, les prix ont explosés et plusieurs autres marchés parallèles ont vu le jour.

La fabrication de cette arme va bien plus loin que de simples ateliers clandestins. Il est possible de se procurer par le biais d’internet – et pour les plus bricoleurs – des kits permettant de réaliser sa propre Kalachnikov dans son garage. Dans la plupart des cas, ces kits ne sont pas complets mais il est possible pour tout un chacun d’acheter en parallèle les pièces manquantes ou de les fabriquer à l’aide d’outils et de matériaux disponibles dans le commerce.

 

http://www.intelligence-strategique.eu/2012/kalahnikovs-entre-mythe-et-contrefacons/

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:50

euro-ko-tee-shirts_design.pngLe 1er janvier 2002, la monnaie unique (créée en 1999) entrait en circulation. L’atmosphère de jubilation qui caractérisa la célébration de l’événement dans la presse tranche avec les doutes que suscite désormais une devise rêvée à Paris, conçue à Bruxelles et frappée à Francfort. Au point qu’investisseurs et entreprises s’interrogent : l’euro soufflera-t-il sa onzième bougie ?

par Antoine Schwartz, janvier 2012

France 2, 4 janvier 1999, journal de 20 heures. Depuis trois jours, l’euro est officiellement devenu la monnaie unique de onze pays de l’Union européenne. Un reportage livre le « récit d’une journée quasi festive sur les marchés financiers ». « L’euro est une révolution, une révolution bénéfique », analyse un responsable de la Bourse de Paris, avant que le gouverneur de la Banque de France, M. Jean-Claude Trichet, n’évoque « une joie sans mélange en voyant ce qui se passe actuellement ». Puis le présentateur, Claude Sérillon, interroge M. Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne : « Les financiers sont contents, les hommes politiques proeuropéens aussi. Mais est-ce que vous, homme de gauche, ça ne vous gêne pas que ça soit d’abord l’Europe de l’argent que l’on fête aujourd’hui ? » Son invité ne paraît guère troublé : « La monnaie unique, c’est plus de liberté pour la France, plus de marge de manœuvre en matière monétaire. A condition que l’Union économique et monétaire réussisse. »

« L’utopie sort de l’enfance... »

A-t-elle réussi ? Douze ans plus tard, M. Delors se montre désabusé : « L’Europe est au bord du gouffre », constate celui qui fut pourtant l’un des architectes de l’euro (Le Soir, Bruxelles, 18 août 2011). Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times, en doute lui aussi : « Si les dirigeants politiques avaient imaginé, il y a deux décennies, ce qu’ils savent maintenant, ils n’auraient jamais lancé la monnaie unique » (9 novembre 2011).

A la fin des années 1980, le projet était principalement défendu par les responsables français. François Mitterrand, à la fois soucieux de relancer l’intégration européenne et inquiet de l’hégémonie du mark allemand, envisage, pour contourner celle-ci, la création d’une nouvelle monnaie commune. Outre-Rhin, les dirigeants sont réticents. Pour les convaincre, le président français concède la libéralisation complète des mouvements de capitaux, sans harmonisation préalable. Un comité de banquiers centraux et d’experts, piloté par M. Delors, trouve une solution fort simple pour désarmer l’hostilité des « sages » de la Bundesbank (la « Buba », la banque centrale allemande) : l’Union économique et monétaire se fera aux conditions fixées par Bonn, la capitale de l’époque. La future Banque centrale européenne (BCE), indépendante du pouvoir politique, aura pour seule mission de veiller à la stabilité des prix. Cette conception, gravée dans le marbre du traité de Maastricht (signé en 1992), porte la marque très nette d’une doctrine particulière, celle de l’ordolibéralisme — le nom donné au néolibéralisme allemand.

Depuis l’avènement de la monnaie unique, le discours dominant s’est néanmoins évertué à en taire les fondements idéologiques. Pour la presse, l’euro était tout autre chose, et bien plus que cela. Une sorte de progrès de l’histoire — peut-être le plus grand accompli depuis l’invention de l’écriture. Pour Jean-Marie Colombani, alors directeur du Monde, il signe « une victoire de la volonté sur les marchés, de la détermination de quelques-uns sur les forces économiques » (Le Monde, 31 décembre 1998). Bernard Guetta estime pour sa part que l’Union européenne représente plutôt le « triomphe de la raison ». « Avec l’euro, le mouvement d’unification s’accélère » et doit conduire les peuples à l’Europe rêvée ; « l’utopie sort de l’enfance. L’âge d’homme l’attend », prophétise le journaliste (Le Nouvel Observateur, 31 décembre 1998).

Aux sceptiques, le directeur du quotidien Libération, Laurent Joffrin, rappelle que « la construction européenne incarne une politique de la raison avant d’être un émoi du cœur. (…) C’est d’ailleurs pour cela qu’elle représente un immense progrès et — si les peuples lui prêtent vie — un pas vers un stade supérieur de la démocratie ». Instituer une autorité qui échappe au contrôle des gouvernements pourrait pourtant sembler un progrès démocratique relatif… « On saute dans l’inconnu, rétorque l’éditorialiste ; cela s’appelle une aventure » (Libération, 1er janvier 1999).

Les médias s’efforcent de faire partager leur joie : « Le jour de gloire est arrivé », titre France- Soir (5 janvier 1999) ; « Naissance d’un continent », proclame en couverture Le Nouvel Observateur (31 décembre 1998). Las, un an plus tard, Le Monde admet que la nouvelle monnaie a d’abord représenté un cadeau fait aux investisseurs. « L’euro avait été conçu pour créer une Europe plus intégrée, plus solidaire, plus puissante. Il devait être le “meilleur instrument possible de maîtrise de la mondialisation”, comme disait Dominique Strauss-Kahn en mars 1999. Dans les faits, la monnaie unique a plutôt renforcé la concurrence entre les pays européens pour attirer les investisseurs extérieurs » (5 janvier 2000).

Ce constat n’empêche pas la presse de ressortir serpentins et confettis pour fêter la mise en circulation des pièces et des billets en euro. « Vive l’euro ! », exulte L’Express (27 décembre 2001). Alliés des autorités politiques et monétaires, bien des journalistes ne doutent pas que la population partage leur engouement pour cette « nouvelle solidarité en marche » (Le Journal du dimanche, 2 septembre 2001). Les Américains avaient jadis marché sur la Lune ? Les Européens pourront désormais voyager sur le continent sans s’embarrasser de calculs de change trop compliqués. Le journaliste Jean Boissonnat s’enflamme : « Le monde entier s’étonne : par quel miracle ces peuples d’Europe, perclus de rhumatismes, sont-ils capables d’inventer quelque chose d’aussi incroyable qu’une monnaie unique (1)  ? »

Dans les médias, nul n’en doute : la nouvelle monnaie « nous » permettra de « peser » sur la scène internationale, de concurrencer le dollar. Même les nouvelles pièces et les nouveaux billets, à l’esthétique incertaine, suscitent l’émoi des éditorialistes : ils « mettent un peu de chair sur cette entité lointaine, et un peu plus de partage entre les Européens », estime Libération (3 janvier 2002). Au Jour de l’an, les télévisions filment la poignée de consommateurs venus les premiers retirer la précieuse devise aux distributeurs automatiques. L’éditorialiste Eric Le Boucher lui aussi se pâme : « Une vraie révolution, concrète, quotidienne et acceptée non sans joie, si l’on en croit les millions d’Européens qui se sont précipités pour acheter les kits et qui ont, comme à Noël, joué avec ces belles pièces étincelantes » (Le Monde, 30-31 décembre 2001).

Dans la population, les explosions de joie sont plus modérées. Déjà, de mauvais esprits craignent que le passage à l’euro n’entraîne une hausse des prix. « Comme c’est commode !, s’emporte un chroniqueur. Les prix flambent, aussitôt on crie haro sur l’euro. Le danger, comme partout, c’est l’amalgame. (…) Quand le poujadisme sort du bois, il faut rappeler des choses simples. L’euro est désormais un fait, une chance pour la France et l’Europe » (Le Journal du dimanche, 2 septembre 2001). La ligne de défense est fixée : toute opinion rétive, toute pensée critique sera disqualifiée et taxée de « démagogie » ou de « populisme ». Autant d’anathèmes promis à un brillant avenir, en particulier lors de la campagne référendaire de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen (2). De son côté, M. Trichet accorde son satisfecit aux Français : « Il y a un consensus entre les grandes sensibilités politiques du pays qui ont voulu cette monnaie unique. Nous sommes très émus et assez fiers d’être arrivés à ce résultat » (France 2, 30 août 2001).

Des verrous idéologiques ont sauté

Quand survient la crise des subprime, les commentateurs reprennent l’antienne de M. Delors : « L’euro nous a protégés. » Le 9 avril 2007, l’Espagnol Rodrigo de Rato, directeur général du Fonds monétaire international (FMI) et ancien ministre des finances de M. José María Aznar, affirme avec ravissement qu’« aujourd’hui, l’Europe est un continent dont la prospérité et la diversité suscitent l’admiration du monde entier. (…) Sous l’impulsion de dirigeants visionnaires, des institutions ont été créées qui incarnent l’intégration économique croissante du continent ». En observateur avisé, il ajoute : « L’Europe continue de jouer un rôle important dans la stabilité mondiale et sa contribution au développement reste inestimable. Les économies européennes sont solides » (Le Figaro, 9 avril 2007). On ne saurait se montrer plus clairvoyant…

Depuis, le ton a changé. Des verrous idéologiques ont sauté. L’opportunité même d’un abandon de l’euro est discutée. Et pour cause : la crise fait apparaître au grand jour les contradictions essentielles qui minent l’union monétaire. Avant tout, l’interdiction faite à la BCE de prêter directement aux Etats, ce qui permettrait de tenir en respect les marchés financiers. Le gouvernement français, adoptant une position qu’il aurait jadis qualifiée de… « populiste », souhaite une intervention plus massive de la BCE dans le rachat des dettes publiques. L’autorité de Francfort estime, au contraire, avoir déjà outrepassé ses missions et ses statuts en rachetant une partie de la dette de pays en difficulté ; elle se refuse toujours, malgré la crise, à sortir de l’ornière ordolibérale.

Alors, euro ?


Antoine Schwartz

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/SCHWARTZ/47206


Coauteur, avec François Denord, de L’Europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’agir, Paris, 2009.

(1) Jean Boissonnat, Europ€, année zéro, Bayard, Paris, 2001.

(2) Lire Serge Halimi, «  Médias en tenue de campagne européenne  », Le Monde diplomatique, mai 2005.

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