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 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:47

 

rubon13.jpgPhilippe Batifoulier

Université Paris Ouest Nanterre La Défense


Faut-il se résigner à sacrifier la protection sociale pour restaurer le triple A et satisfaire les marchés financiers ? Le néo-libéralisme a fait de la protection sociale, l’un de ses boucs émissaires favoris. Si le discours est récurrent, il s’est durci avec la crise financière. Il serait dorénavant incontournable de baisser les dépenses sociales associées à la gabegie financière.

Il convient pourtant de rappeler que la protection sociale constitue un progrès social considérable permettant notamment aux individus malades d’accéder à des ressources à laquelle chaque être humain doit pouvoir accéder pour vivre dignement. Elle est aussi très efficace : il suffit d’imaginer ce que serait la solvabilité des consommateurs, leur capacité d’achat des produits fabriqués par les entreprises ou de remboursement de leurs crédits bancaires si leur revenu était amputé des revenus sociaux. Une simple grippe ou angine sans indemnités d’arrêt de travail fragiliserait le développement du capitalisme. S’ils sont aujourd’hui relégués au second plan, les bienfaits économiques de la protection sociale ne sont plus à démontrer.

Pourtant, des questions hier saugrenues sont aujourd’hui posées avec l’assurance des vérités qui vont de soi. Y a-t-il trop de lits dans les hôpitaux, voire trop d’hôpitaux ou de service ? L’arrêt de travail traduit-il une préférence pour le loisir ? L’allongement de l’espérance de vie est elle un handicap et les plus âgés, une horde sauvage de malades en perte d’autonomie qui vont plomber les comptes sociaux ? Depuis les années 1980, la protection sociale est sous le feu du modèle néo-libéral en étant considérée comme un coût et non comme un élément de la demande et une composante du bien être. Les commentaires catastrophistes et médiatisés sur le déficit de la Sécurité sociale et spécialement sur celui de l’assurance maladie l’associent très fréquemment à un problème de dépense. Or, si un déficit est une différence comptable entre les recettes et les dépenses, les recettes semblent introuvables dans le débat. Pourtant, si les dépenses ont leur dynamique, notamment parce qu’elles répondent à des besoins sociaux qui évoluent au gré du vieillissement de la population ou du progrès technique, l’anomie des recettes joue un rôle non négligeable dans le déficit. L’année 2009, qui a vu le déficit du régime général atteindre près de 20 milliards d’euros (contre 8.9 milliards en 2008), est une année pédagogique à cet égard. L’augmentation considérable du déficit doit beaucoup à sa sensibilité à l’évolution de la masse salariale, malmenée en temps de crise. Cette même année n’a pas enregistré des records de dépenses. Les individus ne sont pas tous tombés malades en même temps: même la grippe H1N1, tant annoncée n’a finalement pas eu lieu ! L’assurance maladie est moins malade de ses dépenses que de ces recettes.

Il y a alors de quoi être « atterré » par cette naturalisation du problème dont chacun aura compris qu’elle conduit à prôner le désengagement de la Sécurité sociale et le transfert sur la libre prévoyance dans un contexte de développement des mécanismes de marché. Dans leur dernier ouvrage, les économistes atterrés ont un autre diagnostic et proposent une autre thérapeutique qui peut se résumer par deux propositions : l’amélioration de la couverture de base et la réhabilitation de la notion de service public[1].

Améliorer et étendre l’assurance maladie solidaire et non marchande

 Une façon très simple de limiter la dépense publique de santé est de laisser les individus s’assurer eux-mêmes pour leurs frais de santé. Cette saignée est recommandée par les médecins de Molière au chevet du déficit de l’assurance maladie. Elle change profondément la nature de la protection santé : déconnectée des solidarités collectives, elle devient davantage individuelle. Cette stratégie conduit alors à développer le marché de l’assurance santé privée qui a bien compris qu’il y avait du « grain à moudre » quand les pouvoirs publics organisent le transfert de charge vers la libre prévoyance. En matière de santé, ce transfert transite par le développement d’un marché de l’assurance complémentaire dont la part dans les dépenses totales augmente significativement en particulier pour les soins ambulatoires et le médicament. Le transfert de charge de l’assurance publique vers l’assurance complémentaire est présentée comme épargnant le patient dont le reste à payer (hors assurances publiques et complémentaires) est faible en France (8.5 % contre 20 % en Belgique, Italie et Espagne voire plus de 30 % en Suisse). Cependant les assurances complémentaires sont payées par le patient dans un contexte où la multiplication des tickets modérateurs, déremboursements, franchises et forfaits, toujours présentés par petites touches (1 ou 2 euros à chaque fois) mais qui finissent par peser considérablement sur le budget des ménages à tel point que 45% des soins courants ne sont aujourd’hui plus pris en charge par la Sécurité sociale. De plus, les assurances complémentaires même quand elles sont mutualistes ne sont pas aussi généreuses que l’assurance publique et elles restent inaccessibles à 7 % des individus qui ne peuvent pas se les payer alors qu’elles ont de plus en plus nécessaires. Elles sont aussi très inégalement réparties en reproduisant les inégalités sur le marché du travail[2]. La stratégie de report sur les complémentaires n’est pas seulement inégalitaire. Elle est aussi inefficace car elle prive de couverture les plus pauvres qui sont aussi ceux qui ont l’état de santé le plus altéré. En creusant les inégalités sociales de santé, le défaut organisé de couverture oblige ceux qui ont le plus besoin de soins de se retourner vers l’hôpital (les urgences notamment) pour se voir délivrer des soins courants qui deviennent alors plus couteux pour la collectivité.

Dans ce contexte de désocialisation et d’individualisation de la protection santé, la CMUC qui donne une assurance complémentaire aux plus démunis et leur assure une prise en charge à 100 % de leur frais de santé ne peut être qu’un progrès social. Mais elle n’est pas une réponse suffisante car elle laisse de côté ceux qui sont juste au-dessus du plafond de ressources (647 euros en 2011) qui subissent des forfaits, franchises, tickets modérateurs en croissance alors que leur état de santé est tout aussi dégradé que celui des bénéficiaires de la CMUC. La création d’une aide à l’acquisition d’une complémentaire pour des individus au seuil CMUC + 35 % n’offre qu’un bon d’achat pour une assurance bas de gamme, obligeant à des démarches administratives où l’on demande beaucoup à ceux qui ont le moins dans un contexte de stigmatisation des « assistés sociaux ». On comprend alors que ce dispositif soit un fiasco : 80% des individus ciblés ne le demandent pas. Enfin, tant qu’il existe des dépassements d’honoraires, le 100% du barème de la sécurité sociale n’est pas le 100% des frais réels. La gratuité des soins n’est pas effective quand le bénéficiaire de la CMUC doit payer des dépassements ou se voir refuser l’accès au cabinet médical parce qu’il ne peut les payer.

 Réhabiliter la notion de service public

Le réencastrement de la santé dans l’ordre marchand fait levier aux acteurs qui utilisent le soin comme une marchandise qui sert à faire de l’argent. L’assurance santé privée a vu son chiffre d’affaires augmenter considérablement du fait du transfert à la complémentaire, ce qui justifie aux yeux du gouvernement l’accroissement de taxes qui fragilisent davantage la position des opérateurs mutualistes face aux opérateurs à but lucratif. Dans le même temps, les stratégies intrusives de l’industrie pharmaceutique ne sont plus à montrer quand elles instrumentalisent le médecin comme prescripteur de marché et le patient comme consommateur souverain, encouragé à dépenser.

C’est sur le terrain de l’hôpital que la concurrence s’est le plus développée sous l’effet de la tarification à l’activité et des règles de gouvernance qui l’accompagnent. Les établissements sont dorénavant invités à se comparer les uns aux autres sur le coût de leur activité. Pour une même activité que l’on s’emploie à standardiser, on cherche à montrer du doigt ceux qui sont plus couteux même si les patients qu’ils reçoivent sont dans des situations de précarité qui obligent les soignants à les garder plus longtemps pour une même pathologie. Parce qu’ils sont rémunérés à l’activité, les établissements peuvent aussi être incités à la dépense en recherchant des actes mieux valorisés et rendre le séjour payant.

En dépit de ces effets pervers, la concurrence par comparaison s’installe. On comprend alors que dans ce contexte le secteur hospitalier privé décomplexé réclame la suppression d’avantages que pouvait avoir le secteur public au titre de missions d’intérêt général. La loi « Hôpital, Patient, Santé, Territoire » va dans ce sens quand elle supprime le service public hospitalier par des missions de service public, qui peuvent être attribuées indistinctement aux hôpitaux publics, aux établissements privés à but non lucratif et aux cliniques à but lucratif. La notion même de service public devient un moyen de développer la concurrence car l’hôpital public n’en a plus le monopole et les opérateurs sont en compétition pour se voir octroyer les missions de service public.

Cette promotion du secteur privé coute très cher au patient et augmente ses dépenses de santé. Un séjour à l’hôpital privé appauvrit le malade du fait des logiques libérales de la médecine qui s’y déploient et notamment des dépassements d’honoraires quasi systématiques. Elle introduit aussi la logique de marché au cœur de l’hôpital public, invité à se caler sur les règles de gestion du secteur privé considérées comme incontournables. Or le nouveau management public nuit gravement à la santé, des personnels comme des patients.

Les personnels soignants sont dorénavant priés d’abandonner la culture de service public pour se plier à la recherche de la productivité et de la performance économique. Cette nouvelle religion incite à la disparition des temps gratuits sources de lien social avec le patient mais qui ne seraient plus dorénavant considérés comme faisant partie du « bon » travail du soignant. C’est pourtant une dimension essentielle de la qualité des soins. Ce conflit sur la conception de la qualité du travail est alimenté par l’obsession gestionnaire à reléguer les problèmes de moyens à une mauvaise organisation. Les soignants s’épuisent à soigner et à porter les valeurs de solidarité qui font la singularité et la fierté de leur métier.

L’injonction à mal faire son travail a des répercussions sur la qualité des soins offerts aux patients. Contre la standardisation qui est valorisée, l’adaptation aux spécificités du patient est essentielle à la délivrance de soins de qualité, notamment pour les urgences ou les soins en affection de longue durée[3]. La mise à distance de la culture de service public qui animait le secteur de la santé a des effets contreproductifs. Il devient urgent de la réhabiliter pour rendre justice à la spécificité du service rendu, pour lutter contre les inégalités et la dégradation du travail des soignants mais aussi pour combattre les gaspillages induits par la promotion d’un soin artificiellement cher.

 

http://alternatives-economiques.fr/blogs/sante/2012/03/28/politique-de-sante-l%E2%80%99analyse-des-economistes-atterres/


[1] P Batifoulier, P. Concialdi, J-P. Domin et D. Sauze « Revaloriser et étendre la protection sociale », chapitre 6 de Changer d’économie, Les économistes Atterrés, Les liens qui libèrent, 2011.[2] Voir les textes de S Ferrand-Nagel et J-P. Domin dans ce blog.[3] Voir Mas B., Pierru F., Smolski N., Torrielli R. (eds) L’hôpital en réanimation, Editions du croquant, 2011 et Berlorgey N., L’hôpital sous pression – enquête sur le nouveau management public, La Découverte, 2010.

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Published by valenton rouge - dans France
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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:45

free-mobile-offre-forfait-resume-xavier-nielDurant plusieurs semaines, Acrimed va tracer le portrait du patron le plus aimé des médias : Xavier Niel. Premier épisode : la construction d’un empire.

***

Lorsque des dirigeants d’entreprise ou des financiers investissent dans les médias, on peut légitimement douter qu’ils soient animés par un élan philanthropique. Ils attendent un retour – un gain –, que celui-ci s’évalue en argent, en pouvoir, ou relève d’une stratégie de communication (ce qui revient généralement au même). Quand Xavier Niel, le patron de Free, un homme d’affaires à la notoriété et à la fortune grandissantes – le magazine Forbes estime cette dernière à 4,5 milliards de dollars –, actionnaire de quelque 800 entreprises, rachète avec Pierre Bergé et Matthieu Pigasse Le Monde ou investit (entre autres) dans Mediapart, Bakchich et Atlantico, qu’est-ce que cela révèle de la situation des médias ? Le pouvoir de séduction du « capitalisme cool » que voudrait incarner Xavier Niel s’exerce sur et par les médias, ceux-ci servant bien souvent de caisse de résonance à la communication des entreprises et à la promotion de leurs « valeurs ». Question naïve : faut-il s’en méfier et si oui, pourquoi ?

Coqueluche de nombreux médias et d’adeptes de nouvelles technologies, Xavier Niel a le vent en poupe. Surtout financièrement. À la 7e place en France et à la 232e dans le monde – toujours selon Forbes (le magazine des ultra-riches, pour les riches lambda) –, la fortune de Xavier Niel se porte bien [1]. Tellement bien que celui qui aimerait être le Steve Jobs français peut se permettre de venir au « secours » de la presse, aussi bien papier (Le Monde) qu’en ligne (Mediapart, Bakchich, Atlantico, etc.). Peut-être n’est-il pas inutile, dans un premier temps, de mieux connaître les diverses activités – passées et présentes – de cet homme d’affaires puissant qui s’intéresse de plus en plus aux médias. Sommes-nous en train d’assister à la naissance d’un nouvel empire mêlant dangereusement industrie des télécommunications, argent et médias ?

Un empire des télécommunications

En 1991, Xavier Niel rachète Fermic Multimédia, un éditeur de services de Minitel rose et le rebaptise Iliad. Le groupe Iliad, qui lancera notamment – en 1996 – le premier service d’annuaire inversé sur Minitel (3617 Annu) et la banque de données Société.com, est la maison-mère de Free, un fournisseur d’accès à Internet et depuis peu, un opérateur de téléphonie mobile (Free Mobile). Iliad est le 2e fournisseur d’accès à Internet haut débit en France (Free + Alice). Mais le groupe propose bien d’autres prestations de services : diffusion de contenus audiovisuels par l’ADSL, hébergement de sites (Online.net, le n° 2 français), enregistrement de noms de domaine, téléphonie fixe (One.Tel et Iliad Telecom), terminaison d’appels (Kedra), annuaires, courtage d’assurance (Assunet.com), etc. Xavier Niel est le vice-président et le directeur de la stratégie d’Iliad ; il en est également l’actionnaire majoritaire : environ 64 % du capital. En 2011, le chiffre d’affaires du groupe s’élève à 2,12 milliards d’euros. Dans un communiqué daté du 8 mars 2012, l’opérateur de télécommunications annonce qu’il prévoit une « forte augmentation » de son chiffre d’affaires en 2012 et des revenus « de plus de 4 milliards d’euros à horizon 2015 » [2].

Le 25 janvier 2012, alors qu’il est auditionné par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale pour faire un point sur le lancement de Free Mobile, Xavier Niel déclare : « Mon salaire est de 173 000 euros brut annuel [3]  ». Stupéfaction chez les députés, cela ne fait « que » 14 400 euros brut par mois... Seulement l’homme d’affaires oublie de dire qu’il a également touché 14 millions d’euros de dividendes – en 2010 – pour ses parts dans Iliad (Capital.fr, 23 août 2011).

Xavier Niel n’en est pas à sa première cachotterie. Il a financé l’un des tout premiers fournisseurs d’accès à Internet, World-Net, lancé en 1994. Lorsque la société est revendue en 2000 pour 40 millions d’euros, Xavier Niel omet de « déclarer sa plus-value de 12 millions d’euros » : « taxable à 25 %. Il écope d’un énorme redressement fiscal » (Libération, 14 et 16 septembre 2006).

Dans un entretien accordé aux Échos, Niel, altruiste, déclare : « Chez Free, nous allons souvent à contre-courant, en nous opposant à l’ordre économique établi et en contestant toute forme de monopole préjudiciable aux Français » (18 octobre 2010). Pourtant, jusqu’à son introduction en bourse en 2004, on trouvait dans le capital d’Iliad – à hauteur de 6,9 % – une banque qui elle aussi s’oppose « à l’ordre économique établi » : Goldman Sachs... Xavier Niel s’est de nouveau associé à cette société bienfaitrice en 2011 pour une tentative de rachat des activités d’Orange en Suisse (Les Échos, 21 octobre 2011). Niel et Goldman Sachs ont alors un autre partenaire : Doughty Hanson & Co (La Tribune, 26 décembre 2011), l’un des plus grands fonds d’investissement privés d’Europe [4]. Avec de telles fréquentations professionnelles, on comprend que Xavier Niel « vilipende le capitalisme d’héritiers, exècre la vieille France et raille le peu d’appétit au changement des Français » (Les Échos, 11 janvier 2012).

Celui que les médias présentent volontiers comme « un homme d’affaires visionnaire et atypique » (AFP, 25 juin 2010), un « entrepreneur libertaire » (Libération, 29 juin 2010), un « trublion » (Ouest-France, 10 janvier 2012), le « poil à gratter des télécoms » (L’Expansion.com, 28 juin 2010), le « franc-tireur des télécoms » (L’Express.fr, 24 septembre 2010), parle lui-même de Free comme d’une entreprise de « chiens fous » venant « d’un monde Internet qui est différent » (RMC/BFM TV, 11 janvier 2012). Quand on lui demande quels sont les objectifs de sa société en termes de parts de marché – au moment du lancement de la « Freebox Révolution » –, il répond : « Les objectifs, je ne les connais pas, c’est pour les entreprises classiques ça et pour les financiers » (Les Numériques, 17 décembre 2010). Dans le même entretien « hors norme », il précise sa stratégie de distinction : « Le mot trublion n’est qu’à nous, il représente très bien Free, alors celui-là, c’est presque une marque déposée. C’est ce qu’on a envie de faire. […] On est heureux quand on nous dit qu’on est des grands malades. Sur les offres mobiles, par exemple, si dans un an vous ne vous dites pas "Free, ce sont des fous", on arrête tout de suite, et on passe à autre chose. »

Free cultive une image d’entreprise iconoclaste, différente, déconnectée du monde du pouvoir et de l’argent. Or, le directeur financier d’Iliad – la maison-mère de Free, donc –, Olivier Rosenfeld, est un ancien des banques d’investissement Merrill Lynch et Goldman Sachs ; le président du conseil d’administration, Cyril Poidatz, est un ancien auditeur chez Coopers & Lybrand (devenu PricewaterhouseCoopers après une fusion) et a travaillé pendant dix ans chez Cap Gemini ; Maxime Lombardini, le directeur général du groupe, a été successivement directeur du développement de TF1 et directeur général de TF1 Production ; on trouve aussi au conseil d’administration d’Iliad Virginie Calmels, PDG d’Endemol France et d’Endemol Développement, Orla Noonan, administrateur et secrétaire générale du groupe AB, ainsi que présidente de la chaîne de télévision NT1, et Pierre Pringuet, directeur général de la société Pernod-Ricard. On peut prendre connaissance du pedigree de l’ensemble des membres du CA d’Iliad sur le site du groupe. C’est intéressant et... éclairant.

Un « trublion » actionnaire de 800 entreprises

Pour sa part, Xavier Niel est également membre de « Free Minds, une holding d’investisseurs parmi lesquels figurent l’homme d’affaires Charles Beigbeder, Marc Simoncini, fondateur de Meetic, […] ainsi qu’Arnaud Dassier, fondateur de l’agence de communication L’Enchanteur des médias, qui a animé la campagne de Nicolas Sarkozy sur le Web en 2007 » (Le Monde.fr, 28 février 2011). Xavier Niel a aussi sa propre holding d’investissement : NJJ Holding. Il est notamment actionnaire du service d’écoute de musique en ligne Deezer [5], de la plate-forme de vidéos Vpod.tv, d’Ateme, une société spécialisée dans les technologies de compression vidéo, et de Square, une start-up dirigée par Jack Dorsey, le co-fondateur de Twitter. Bref, « cet autodidacte aux cheveux longs a placé son argent dans environ 800 entreprises [6] » (AFP, 28 juin 2010). Xavier Niel est par ailleurs membre du Conseil national du numérique créé par Nicolas Sarkozy en avril 2011. À la tête d’un vaste patrimoine immobilier, il est propriétaire du Golf du Lys à Chantilly. Il détient les droits des succès du chanteur Claude François avec trois autres investisseurs [7]. Enfin, Xavier Niel habite la prestigieuse Villa Montmorency dans le XVIe arrondissement de Paris, à côté d’Arnaud Lagardère et de Vincent Bolloré. « Toujours dans les bons coups, ce diable de Xavier Niel » (Le Point.fr, 25 novembre 2009)...

Mais heureusement, « [p]ère de deux enfants, il a gardé sa simplicité. Comme tous les employés de Free, il partage son bureau » (L’Expansion.com, 28 juin 2010). Et puis, incroyable : « Rémunéré 173 040 euros par an, il n’a pas rempli sa fiche au "Who’s Who" » (Paris Match, 9 octobre 2009). Plus émouvant encore : « Chez lui, aucun signe extérieur de richesse. Niel l’ascète se meuble chez Ikea et ne possède aucun tableau de maître » (L’Express.fr, 24 septembre 2010). Les médias semblent par ailleurs fascinés par la façon de travailler de l’homme d’affaires : « À pied d’œuvre une quinzaine d’heures par jour » (L’Expansion.com, 28 juin 2010), « connecté quasi en permanence, [Xavier Niel] gère tout par courrier électronique » (AFP, 10 janvier 2012) ; « cet accro au BlackBerry ne travaille que par mails » (Paris Match, 9 octobre 2009), il « est chaque jour derrière son e-mail à 5 heures du matin » (Entreprendre, 28 janvier 2012) ; il « est capable de piloter son entreprise à distance » et « répond de façon aussi laconique qu’efficace » à ses courriels (Le Monde, 8 novembre 2010). « Très réactif, hyperconnecté, le patron passe ses matinées à répondre aux centaines d’e-mails qu’il reçoit », « il communique par e-mails à toute heure, ponctuant la plupart de ses messages de clins d’œil complices » (L’Express.fr, 24 septembre 2010). Xavier Niel nous parle lui aussi de ses activités de petit artisan : « Mon boulot ? C’est faire des mails. J’en reçois 1 500 ou 2 000 par jour » (NouvelObs.com, 3 janvier 2012 [8]). Et donc ? « Un mode de gestion peu orthodoxe qui donne un aperçu d’un personnage complexe, original » (Reuters, 13 décembre 2011).

Storytelling d’entreprise

Que Xavier Niel et Iliad – via Free – souhaitent se donner une image décontractée, sans intérêt particulier pour l’argent et le pouvoir, malgré des profits colossaux, une place de choix dans l’univers des télécommunications, un conseil d’administration peuplé de hauts cadres issus du monde des banques et des grandes entreprises, et des associations directes avec (entre autres) les joyeux drilles de Goldman Sachs ou les plaisantins de Doughty Hanson & Co, cela relève de leur stratégie de communication. Mais les médias sont-ils obligés de relayer et d’accréditer ce storytelling d’entreprise ? De même, est-ce bien leur rôle de vanter les mérites du « patron trublion de Free », « un homme d’affaires visionnaire et atypique » (AFP, 25 juin 2010), « l’inventeur génial de la "box" » (L’Express.fr, 24 septembre 2010) ? De faire la promotion de « Free avec sa box d’enfer » (Libération, 18 décembre 2009) ? Ou de parler lors du lancement de Free Mobile d’un « buzz géant digne de ceux que savait créer Steve Jobs » (Entreprendre, 28 janvier 2012) ? Le magazine Entreprendre est littéralement conquis par Xavier Niel ; pris par l’enthousiasme, il le compare à une référence irréprochable du monde des affaires : « Depuis Tapie, ça fait longtemps qu’on en n’avait pas eu un comme ça. »

Ajoutons que Xavier Niel a créé « l’École européenne des métiers de l’Internet (EEMI) […] avec Marc Simoncini (ex-Meetic) et Jacques-Antoine Granjon (Vente Privée) » (Le Point, 22 décembre 2011). « Uniquement financée sur fonds privés – les trois fondateurs ont injecté 500 000 euros chacun », l’EEMI « forme en trois ans aux métiers du numérique » (La Tribune, 7 juin 2011). L’école a ouvert « ses portes en septembre 2011 au Palais Brongniart, dans les anciens locaux de la Bourse de Paris » ; le « coût de la scolarité [est] de 9 500 euros » par an (AFP, 6 mai 2011).

Mais, au fait, comment le « facétieux Xavier Niel » (Le Figaro, 11 janvier 2012) a-t-il construit la fortune qui lui permet aujourd’hui d’investir à tout-va ? Comme nous l’apprend dans un élan romanesque un article paru sur le site Internet de L’Express (24 septembre 2010) : « Rien ne prédisposait le jeune Xavier à devenir le sauveur d’une presse en crise »...

L’industrie du sexe : un « retour sur investissement intéressant et non fiscalisé »

Xavier Niel n’est pas un héritier, c’est un self-made man [9] ; il débute sa carrière professionnelle dans les années 80 en créant des services de Minitel rose et en exploitant des peep-shows et des sex-shops. À l’écoute des évolutions technologiques (et techniques), il se diversifie plus tard dans d’autres domaines : sites pornos, vente par correspondance de sex-toys. En 2006, comme le raconte en détail cet article de Libération, ce jardin secret qu’il cultivait depuis une vingtaine d’années « lui vaut de comparaître [...] en correctionnelle pour abus de biens sociaux, après avoir échappé aux poursuites pour proxénétisme » (14 septembre 2006).

Xavier Niel avait investi dans une dizaine de peep-shows à Paris et à Strasbourg avec Fernand Develter, un ancien fondé de pouvoir à la Société Générale qui était aussi son partenaire historique dans Iliad [10]. C’est en tant qu’actionnaire de ces établissements dans les années 90 que Niel est poursuivi, la justice s’intéressant aux nombreuses transactions en liquide. Il déclare aux enquêteurs que l’industrie du sexe est une source d’ « argent facile » et permet un « retour sur investissement intéressant et non fiscalisé [11] ». Soupçonné initialement de proxénétisme à cause des activités de prostitution des employées d’un sex-shop strasbourgeois – il est mis en examen et fait un mois de détention provisoire à la Santé en juin 2004 –, Niel obtient un non-lieu sur ce volet.

Xavier Niel plaide coupable pour les faits de détournement de fonds [12], il est finalement condamné à deux ans de prison avec sursis et à 250 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Paris. Il doit également verser 188 000 euros de dommages et intérêts aux parties civiles, ce montant correspondant à une partie de l’argent qu’il avait prélevé sur les recettes non déclarées d’un des sex-shops. Au sujet de ces péripéties, Xavier Niel déclare : « Je n’éprouve que de la honte. À chacun sa croix [13] ». Et puis : « Ce fut presque une bonne chose, la justice a fouillé toute ma vie et franchement, on n’a pas trouvé grand-chose. […] Il faut payer pour les conneries qu’on fait, mais là, j’ai payé cher [14] ».

Si Xavier Niel, bon prince, reconnaît sa défaite, il n’empêche que son tempérament procédurier (contre la presse, ses concurrents ou les syndicats) sera aussi un outil efficace au service de ses affaires… comme nous le verrons dans notre prochaine livraison.

 

À suivre, donc.

 

Laurent Dauré

Deuxième partie : un patron comme un autre.

Notes

[1] L’estimation de Forbes (4,5 milliards de dollars, soit environ 3,44 milliards d’euros) date de mars 2012. Le magazine Challenges juge quant à lui que « Xavier Niel et sa famille » possèdent la 12e fortune française avec 3,15 milliards d’euros. Voir ici (dernière consultation du site le 25 mars 2012).

[2] « Notre rentabilité s’explique par un choix stratégique pris dès 1999 : avant de penser média et contenu, nous avons pensé tuyaux et avons développé notre propre réseau, dont plus de 7 000 km de fibres optiques détenues en propre » (Xavier Niel, cité par Le Figaro, 18 décembre 2003).

[3] Propos cités par le NouvelObs.com, 25 janvier 2012.

[4] C’est finalement Apax Partners, un autre fonds d’investissement, qui remporte les enchères et acquiert la filiale suisse de France Télécom pour 1,6 milliard d’euros.

[5] Signalons que Xavier Niel et Free ont fait partie des opposants à la loi Hadopi (AFP, 6 octobre 2010).

[6] « En Israël, il a même créé le cinquième opérateur mobile Golan Telecom avec l’ex-DG d’Iliad », à savoir Michaël Boukobza (Les Échos, 21 octobre 2011).

[7] Selon Le Monde, « My Way [version anglaise de Comme d’habitude] est l’une des trois chansons les plus interprétées au monde, générant près d’un million d’euros de recettes et de droits par an » (28 novembre 2009).

[8] Précision : ces propos de Xavier Niel avaient été recueillis en 2010 ; il « passait alors de dix à douze heures quotidiennes à gérer son courrier électronique. » Il est probable que le « faiseur de mails » soit encore plus sollicité aujourd’hui.

[9] Nous aurions pu écrire « un homme qui s’est fait tout seul » mais Xavier Niel affectionne les anglicismes, qui comme chacun sait donnent un air cool, jeune et branché. Lorsqu’il envoie son premier tweet à ses followers le 13 décembre 2011 pour faire du teasing et susciter un buzz autour du lancement prochain de Free Mobile, Xavier Niel métaphorise dans la langue de Shakespeare : « The rocket is on the launchpad » (la fusée est sur la rampe de lancement). Le Point, en admiration devant cette audace linguistique, commente : « Niel, ou le tycoon new wave » (22 décembre 2011). « The Point is so hype* ! » comme disent les jeunes lorsqu’ils s’arrachent dans les kiosques les derniers exemplaires de l’hebdomadaire de François Pinault. (*Nous ne traduisons pas. Il faut vivre avec son temps...)

[10] Le même article de Libération précise qu’en 2001, Fernand Develter « avait vendu [à Xavier Niel] une partie de ses actions. Le prix de cession étant discutable, ils auraient convenu d’un complément de la main à la main : 9 100 euros mensuels, sur une durée de... trente ans. »

[11] Propos cités dans l’article de Libération.

[12] Au tribunal, Xavier Niel déclare : « Je savais que ces paiements en espèces provenaient d’un recel d’abus de biens sociaux » (propos cités par Libération, 16 septembre 2006).

[13] Propos cités par Paris Match, 9 octobre 2009.

[14] Propos cités par Le Monde, 8 novembre 2010.

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:39

free-mobile-offre-forfait-resume-xavier-niel.jpgNous avons vu dans la première partie de notre série consacrée à Xavier Niel comment le « hussard » des télécommunications a construit son empire. Dans ce deuxième volet, il sera question à la fois du tempérament procédurier du milliardaire et de ses réseaux de pouvoir et d’influence, deux aspects qui contredisent là encore l’image – coproduite par les médias – que le patron de Free veut donner de lui-même et de son entreprise. Voici donc la suite de la fable de l’ « [e]ntrepreneur visionnaire au profil atypique » (AFP, 25 juin 2010) qui « cultive un côté rebelle, libertaire » (Les Échos, 11 janvier 2012).

Xavier Niel et Free ont déposé pas moins de cinq plaintes en diffamation contre Libération et le journaliste Renaud Lecadre pour les articles que ce dernier avait écrits sur les démêlés judiciaires – liés à l’industrie du sexe – de l’idole de la nouvelle économie [1]. Les plaignants sont systématiquement déboutés lors des procès successifs. Comme l’écrit Renaud Lecadre le 16 mai 2009, la « cour d’appel vient de confirmer les relaxes prononcées en première instance : 5-0 pour Libé, Free étant de surcroît condamnée à 6 000 euros de dommages et intérêts pour plaintes abusives » (Libération.fr). En septembre 2010, Renaud Lecadre affirme à un journaliste de L’Express que ses relations avec Xavier Niel se sont nettement améliorées : « Nous nous sommes revus il y a six mois pour en parler, et tout va pour le mieux désormais entre nous [2] ».

Une défense de la liberté d’expression à géométrie variable

On peut lire dans le même article que « Niel est [...] direct avec les journalistes, avec qui il entretient des rapports qui peuvent passer de la franche camaraderie à la plus grande détestation. » Et dans le second cas de figure : « Gare à ceux qui osent s’attaquer à lui ou à son entreprise. Sanguin, il pique de terribles colères. » Un portrait de Xavier Niel publié dans La Tribune confirme (et ajoute des éléments intéressants) : « les rapports avec [les journalistes] (auxquels il consacre une bonne partie de son temps) sont binaires : c’est soit l’entente cordiale, soit la détestation. Avec les premiers, il sait se faire apprécier en étant toujours disponible, en distillant des confidences, notamment sur ses rivaux (toujours "off the record" bien sûr), ou en faisant cadeau de telle ou telle annonce. "J’ai toujours préféré donner une annonce en exclusivité à un média, car j’ai remarqué que le premier média donne souvent le "la" pour les médias suivants", dit-il » (30 juin 2010 [3]). Xavier Niel fait de la critique des médias sans le savoir et nous fournit un élément d’explication sur le phénomène de suivisme médiatique.

Le tempérament procédurier du patron de Free est aussi un outil au service de ses affaires. Dans un entretien accordé à L’Humanité, Thibault du Manoir de Juaye, avocat à la Cour et spécialiste d’intelligence économique [4], affirme que Xavier Niel « a le contentieux dans le sang. C’est à se demander s’il ne se lève pas chaque matin en pensant à la nouvelle action en justice qu’il va lancer dans la journée. […] Les sociétés de télécoms sont dans un environnement hyperconcurrentiel et, pour elles, le droit est un outil de développement, au même titre que le marketing. C’est véritablement une approche à l’anglo-saxonne » (15 novembre 2011). Et dans un « portrait » publié par Libération  : « Parano et procédurier, Niel est un sanguin. Quand on l’attaque, quand on use d’un terme fort, quand on relate ses démêlés judiciaires, on se prend une baffe, – cela s’appelle un procès en diffamation » (18 décembre 2009).

Libération était un peu la bête noire de Xavier Niel dans la presse (c’est moins le cas aujourd’hui). C’est à la suite d’une de ses plaintes en diffamation [5] que l’ancien directeur de la rédaction du quotidien, Vittorio de Filippis, a été interpellé à son domicile le 28 novembre 2008 et emmené au commissariat – où il a subi un traitement humiliant (fouilles corporelles, menottes, cellule insalubre...) – suite à l’émission d’un mandat d’amener [6]. À notre connaissance, Xavier Niel et Free n’ont exprimé publiquement aucun regret quant à cet épisode, dont ils ne sont, il est vrai, pas directement responsables.

Ce goût pour les procès en diffamation semble difficilement compatible avec les principes que Xavier Niel prétend défendre par ailleurs [7]. Alors qu’il est interrogé avec Pierre Bergé et Matthieu Pigasse sur WikiLeaks, il se déclare comme ses associés « très favorable à la liberté d’expression, avec le moins de contraintes possibles [8] ». Niel ajoute : « Moins il y a de limites, mieux je me porte [9] ». Apparemment ce qui vaut pour la révélation de câbles diplomatiques de l’administration des États-Unis ne s’applique pas à des articles qui rendent compte d’une affaire judiciaire dans laquelle il est impliqué ou à un commentaire défavorable posté sur un site Internet...

Pratiques anti-syndicales, délocalisation... et quelques licenciements

Les pratiques procédurières de Xavier Niel ne visent pas seulement ses concurrents (que nous ne cherchons évidemment pas à défendre) et les journalistes importuns puisque, « [e]n interne aussi, ses salariés correspondent par tribunaux interposés : "C’est la boîte qui me prend le plus de temps. Ils sont hyperprocéduriers", soupire Laurence Barma, à la fédération des télécoms de la CFDT. "Il a fallu aller au tribunal pour obtenir un local syndical pour Centrapel [10]", renchérit Xavier Burot de la fédération CGT des sociétés d’études » (Libération, 18 décembre 2009). Même Les Échos semblent choqués : « Quand Iliad a racheté Alice en 2008, les trois quarts des 800 salariés ont été purement et simplement licenciés, sans états d’âme. Et n’importe quelle personne critiquant Free dans les médias ou sur Internet risque fort d’être attaquée en justice » (11 janvier 2012).

Quoi d’autre ? « Ali Ben M’Barek, responsable du secteur privé à la CFDT poste et télécoms à Paris, décrit un univers en marge des lois sociales dans les filiales d’Iliad, et surtout chez Centrapel, la plate-forme téléphonique de Free : "Entrave au droit syndical, discrimination envers un délégué syndical qui sera "démissionné", éviction des syndicats du premier tour des élections, règlement intérieur illégal, émiettement des sociétés" » (Libération, 18 juillet 2003). La CFDT « dénonce les dysfonctionnements du groupe qu’elle considère comme "opaque". Selon le syndicat, les irrégularités touchent toutes les sociétés du groupe mais plus particulièrement Centrapel  » (Le Parisien, 18 juin 2003). Des dispositions du règlement intérieur sont jugées « illégales  ». Exemples : en «  cas de détérioration [du matériel de travail des salariés], les frais sont déduits de leur salaire » ; « toute absence doit, sauf cas de force majeure, faire l’objet d’une "autorisation préalable de la direction" ». De plus, « le système de rémunération est jugé illicite ».

Le 24 juin 2008, quelque « 30 % des salariés de Centrapel, filiale du groupe de télécommunications Iliad, ont fait grève […] pour la première fois afin de dénoncer une "délocalisation" de leurs activités au Maroc et réclamer des négociations salariales » (AFP, 24 juin 2008). Dans leur communiqué, les syndicats estiment par ailleurs que « le groupe Iliad, maison mère de Free, n’est pas un modèle en matière sociale, "entre la sous-traitance en cascade, les très faibles rémunérations des salariés et la lutte contre l’implantation des organisations syndicales dans ses sociétés".  » Et le 24 mai 2011, lors d’une grève dans un centre d’appel girondin, Steve Bordes, délégué syndical CGT, déclare : « La direction nous propose une augmentation misérable de 1,5 %, c’est-à-dire 15 euros, alors que nous demandions 4,5 % d’augmentation sur nos salaires de base » (Sud Ouest, 25 mai 2011). Il ajoute : « Mon salaire est tellement faible que j’ai failli toucher la prime pour l’emploi, cette année. »

Le 11 janvier 2012, Xavier Niel est frappé d’une certaine amnésie. Lorsque Jean-Jacques Bourdin (RMC, BFM TV) lui demande si Free va augmenter les salaires de ses employés suite aux gains réalisés avec son offre de téléphonie mobile, il répond : « Écoutez je ne crois pas qu’on n’ait de grosses plaintes de la part de nos salariés ». Bourdin ne relance pas. Et quand ce dernier demande (sans trop insister) à Xavier Niel pourquoi une partie des activités de téléconseil de Free a été délocalisée au Maroc, voici la réaction de « ce patron pas comme les autres » (L’Expansion.com, 28 juin 2010) qui « cultive un côté rebelle, libertaire » (Les Échos, 11 janvier 2012) : « Pourquoi au Maroc ? Simplement parce que vous avez des amplitudes horaires qui parfois ne vous permettent pas de travailler, le travail de nuit en France est extrêmement compliqué, le travail du week-end est extrêmement compliqué, ils posent moins de problèmes au Maroc [11]. » Oui, décidément, comme le dit Pierre Haski dans Rue89, Xavier Niel est « un industriel hors du commun » (29 janvier 2012)... Cet « [e]ntrepreneur à l’imagination débordante » (NouvelObs.com, 3 janvier 2012) qui « ne craint pas d’aller à contre-courant » (Ouest-France, 10 janvier 2012) est bien « l’homme qui bouscule les lignes » (La Nouvelle République Dimanche, 25 octobre 2009). Il « bouscule le capitalisme tricolore », des « comme lui, il nous en faudrait 50. Ça changerait la donne » (Entreprendre, 28 janvier 2012).

Les quelques extraits mentionnés ci-dessus de l’interview menée par Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFM TV peuvent être trompeurs. Réalisé à l’occasion du lancement de Free Mobile, l’entretien est plutôt favorable et complaisant, à la limite de la promotion. On peut en juger en regardant cette vidéo. Signalons au passage que RMC et BFM TV sont présidées par Alain Weill, qui siège au conseil d’administration... d’Iliad.

Les quelques éléments que nous venons de donner sur les pratiques patronales de Xavier Niel sont très rarement mentionnés dans les médias. Si on ne les cherche pas, on ne les trouve pas. Le milliardaire est plus volontiers présenté comme un « "Robin des bois" des consommateurs » (L’Express, 8 février 2012), « un Robin des Bois pro-consommateur » (Libération, 29 juin 2010) ou « Robin des bois » tout court (Entreprendre, 28 janvier 2012). C’est aussi un « trublion [qui] fait bouger les lignes et influe sur l’évolution technologique de la société » (Ouest-France, 10 janvier 2012 [12]), un « génial touche à tout » (L’Est républicain, 11 janvier 2012), un « trublion » (Le Monde, 11 janvier 2012) « doté d’une personnalité atypique » (NouvelObs.com, 3 janvier 2012) et qui « aime les déclarations fracassantes et cultive son image de desperado » (Rue89, 11 septembre 2009).

Il nous importe peu ici de savoir si Xavier Niel est un patron « meilleur » ou « pire » qu’Arnaud Lagardère, Martin Bouygues ou Bernard Arnault, nous ne cherchons pas davantage à évaluer la qualité des produits proposés par Free. Nous voulons seulement dire qu’il est souhaitable d’aller au-delà de cette image – accréditée par les médias – de geek sympathique et débonnaire, surtout lorsque l’intéressé est propriétaire ou actionnaire de plusieurs titres de presse.

En effet, lorsque les médias dominants essaient de faire passer des vessies pour des lanternes et des capitalistes âpres au gain pour des trublions altruistes, cela mérite un certain rééquilibrage, surtout si ces « patrons atypiques » investissent massivement dans le secteur des médias et des télécommunications. Le phénomène de starification des hommes d’affaire – Steve Jobs, Richard Branson, Arnaud Lagardère, Michel-Édouard Leclerc, Bernard Tapie et Jean-Marie Messier en leur temps [13], etc. – pose d’autres problèmes qu’il serait trop long d’aborder ici mais étonnons-nous (naïvement) qu’un ouvrier ou un scientifique, par exemple, ne semblent pouvoir être eux aussi considérés comme des personnes dignes d’une telle considération. Qui a décidé qu’un entrepreneur richissime était une sorte de héros de notre temps méritant que l’on s’intéresse à lui, que l’on élucide son « mystère », sa « complexité » ? Fort heureusement, les stars des affaires savent rester humbles quand les médias leur disent à quel point elles sont géniales. Xavier Niel explique : « Je n’y peux rien ! Mon plaisir, c’est de travailler. J’adore ça ! ». Et le NouvelObs.com de compléter : « Ce qu’il aime par dessus tout, c’est bousculer les idées reçues » (3 janvier 2012).

Un « anticonformiste » au cœur des réseaux du pouvoir et de l’argent

Dans Le Point, on nous dit que « Niel […] ne veut surtout pas copiner » (22 décembre 2011) ; la preuve, l’intéressé a déclaré : « la consanguinité des élites est un défaut de la France ». Et puis il « affirme surtout fréquenter ses vieux copains spéléologues, avec lesquels il investit chaque semaine les catacombes » (Marianne, 19 juin 2010). Et donc, Libération s’interroge : « que vient faire au Monde ce patron en jeans et cheveux longs qui ne fréquente guère les hommes de pouvoir ? » (29 juin 2010). Avec L’Express.fr, le mystère s’épaissit : « Inclassable, il fut proche des milieux libertaires » (24 septembre 2010). Il est en outre question d’un « autodidacte [qui] est surtout un précurseur » (Ouest-France, 10 janvier 2012), plus « à l’aise en jeans et baskets qu’en costume cravate [14], peu adepte des conférences ou des dîners mondains » (AFP, 25 juin 2010). Pourtant, sa présence à la sauterie de Bernard-Henri Lévy au Café de Flore le 30 novembre 2010 pour fêter les vingt ans de la revue créée par la vedette de la pensée (La Règle du jeu) donne une autre impression. Ce jour-là il côtoie le gratin du monde des médias (Étienne Mougeotte, Denis Olivennes, Laurent Joffrin, Christophe Barbier, Patrick Poivre d’Arvor, Franz-Olivier Giesbert, etc.), des affaires (Claude Perdriel, patron des groupes SETMA, SFA et Aquasistance [15] ; Maurice Lévy, patron de Publicis ; Pierre Leroy, cogérant du groupe Lagardère, etc.), de la politique (Jack Lang, Frédéric Mitterand, Daniel Cohn-Bendit, François Bayrou, etc.), mais aussi de l’édition, de l’art [16]...

Xavier Niel ne semble pas tout à fait indifférent au luxe, au copinage et aux mondanités. Tout comme Alain Minc, Gérard Mulliez (Auchan), Bertrand Puech (Hermès), il lui arrive de prendre son petit-déjeuner au Plaza Athénée, le cinq étoiles de l’avenue Montaigne à Paris ; on l’a vu au dîner Dior le 20 octobre 2011 (La Tribune, 15 juillet 2011 et 10 janvier 2012). De plus, « Xavier Niel a […] accompagné Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, à l’Opéra Bastille. Et lorsque Larry Page, le patron de Google, débarque à Paris, il se précipite chez le patron de Free [17] » (Le Monde, 8 novembre 2010). Iliad/Free a participé au « G8 de l’Internet » (l’e-G8) qui a eu lieu à Paris en mai 2011. Selon le communiqué officiel, « Nicolas Sarkozy, a souhaité que l’e-G8 Forum soit une initiative organisée et financée par des entreprises, et placée sous la présidence de Maurice Lévy, Président du directoire de Publicis Groupe. Parmi les principales entreprises partenaires : Orange, Vivendi, eBay, Google, Capgemini, Huawei, Iliad Free Fondation, Microsoft, Intel, HP, Alcatel-Lucent, Eutelsat et Thomson-Reuters ». Une belle brochette d’ « entreprises atypiques » [18]...

Selon La Tribune, Xavier Niel fréquente aussi Vincent Bolloré, Antoine Bernheim (dirigeant d’entreprise et banquier) et Jean-Charles Decaux (fils de l’industriel et codirecteur de JCDecaux) ; et « il prend plaisir à rencontrer Bernard Arnault ou les Pinault. "Quand j’étais petit, j’ai lu des biographies de tous ces grands patrons. Quand je les rencontre, c’est comme si ces livres prenaient vie", dit-il » (30 juin 2010). Notons aussi que le patron de Free fréquente l’université d’été du Medef. Cultivant de bons rapports avec Laurence Parisot, il entretient en outre une « relation amicale avec François Pérol, ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée, [...] ainsi qu’avec Stéphane Richard, un autre complice de Sarkozy » (Marianne, 19 juin 2010). Xavier Niel se rend souvent « chez Hanawa, un japonais chic et cher de la rue Bayard, avec ses amis de l’internet, comme Marc Simoncini, ou avec sa nouvelle grande amie Delphine Arnault, héritière de LVMH. Nicolas Sarkozy, qui disait pis que pendre de lui, le respecte et le fait venir à l’Elysée » (NouvelObs.com, 3 janvier 2012).

Xavier Niel, dont on dit qu’il a eu de mauvaises relations avec le président [19], semble vouloir arrondir les angles dernièrement : « Le succès d’Internet en France existe notamment grâce à Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Économie de l’époque, qui a eu la perspicacité d’accorder à ces offres innovantes un taux de TVA réduit il y a six ans » (Les Échos, 18 octobre 2010). Il tient aussi à préciser : « Je ne me sens pas opposant à Nicolas Sarkozy [20] ». « La politique c’est pas mon truc », affirme-t-il (RMC/BFM TV, 11 janvier 2012). Néanmoins, habile équilibriste, « Xavier Niel compte quelques vieilles connaissances à droite : Gérard Longuet, Patrick Devedjian, Xavier Bertrand... À gauche, il a ses entrées auprès de Bertrand Delanoë, dont un des adjoints, Jean-Louis Missika, a longtemps été administrateur d’Iliad » (La Tribune, 30 juin 2010). Mais, pas d’inquiétude : « Apolitique, le patron s’attache aux hommes plus qu’aux partis. Il apprécie autant le maire de Paris, Bertrand Delanoë, que le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand – "un homme de parole" » (L’Express.fr, 24 septembre 2010). Il a également déclaré : « J’apprécie autant Bertrand Delanoë que François Fillon [21] ». Il faudrait vraiment être tatillon pour ne pas être convaincu par cette démonstration édifiante de la neutralité politique de l’homme d’affaires.

Xavier Niel, neutre et désintéressé, mais aussi « incontrôlable » (Maurice Szafran dans Marianne2, 12 juin 2010), va même jusqu’à « sauver » la presse… et Le Monde. Nous examinerons le détail et les conséquences de ces renflouements médiatiques dans le troisième et dernier épisode.

À suivre, donc.

 

Laurent Dauré

Notes

[1] Cela comprend notamment l’article déjà cité et celui-ci, publié le 28 octobre 2006, après l’annonce du verdict.

[2] Propos cités par L’Express.fr, 24 septembre 2010.

[3] Le portrait de Xavier Niel se poursuit ainsi : « lorsqu’un article lui semble malveillant, il s’explique vigoureusement avec l’auteur – mais il ne fait pas pression en appelant la hiérarchie. Et quand l’article lui paraît faux, il n’utilise pas le droit de réponse, mais porte plainte pour diffamation. "J’ai un modèle de plainte tout prêt, il n’y a juste qu’à remplir le nom du journaliste", dit-il en plaisantant. Cette procédure mène à la mise en examen du journaliste et du directeur du journal – ce qui produit toujours son petit effet sur les intéressés. »

[4] Thibault du Manoir de Juaye est notamment l’auteur de l’ouvrage suivant : Les Robes noires dans la guerre économique, Éditions Nouveau Monde, 2011.

[5] Cette plainte a pour origine un commentaire posté par un internaute sur le site de Libération en réaction à l’un des articles de Renaud Lecadre.

[6] Le récit de Vittorio de Filippis est disponible ici. Les commentaires de « maître Eolas » sur cette affaire valent le détour.

[7] Free a également attaqué plusieurs fois l’UFC-Que Choisir, toujours pour diffamation, avec plus de succès que dans les procédures contre Libération.

[8] Propos tenus le 14 janvier 2011 lors d’un déjeuner organisé par l’Association des journalistes médias et cités par Les Échos, 17 janvier 2011.

[9] Propos cités cette fois par le magazine Stratégies, 20 janvier 2011.

[10] Centrapel est un service d’assistance téléphonique. Comme on peut le lire sur le site Internet de la société, l’ « assistance technique du fournisseur d’accès Internet Free représente 80 % de [son] activité. »

[11] Dans cette interview, Xavier Niel nous apprend également que « les courriers que les gens envoient sont scannés et traités là-bas au Maroc ».

[12] Ouest-France n’a pas tout à fait raison de titrer son portrait très élogieux de l’industriel « Xavier Niel, le Steve Jobs français ». En effet, pour être un nouveau Steve Jobs, il faut notamment implanter la production de son entreprise dans des pays à bas salaires et faire appel à des usines dans lesquels les ouvriers travaillent dans des conditions atroces, à tel point que certains se suicident (voir dans cet article de Libération le cas d’une usine Foxconn, sous-traitant chinois d’Apple).

[13] Rappelons-nous en guise d’illustration le fameux épisode de la chaussette trouée de « J2M » et la fascination enthousiaste que ledit objet a suscitée dans les médias, y compris dans l’émission « Arrêt sur images ».

[14] Les habits et la coupe de cheveux de Xavier Niel intriguent les médias. L’agence Reuters fait utilement observer que « Xavier Niel [...] a gardé les cheveux mi-longs de son époque "geek" » (13 décembre 2011) ; en effet, malgré sa fortune, le milliardaire a su garder une apparence décontractée : « Cheveux mi-longs, chemise à rayures et jean » (L’Express.fr, 24 septembre 2010), voire même des « jeans troués » (Libération, 18 décembre 2009). Le magazine Entreprendre est de ceux qui trouvent que « l’extravagant Xavier Niel » a les « cheveux longs » et non mi-longs (28 janvier 2012). Quant aux Échos, lassés de l’accoutrement terne des patrons du CAC 40, ils sont sous le charme : « Il ne porte toujours pas de cravate et il faut l’entendre raconter, hilare, le jour où il a déjeuné avec Patrick Le Lay, l’ancien PDG de TF1, qu’il avait accueilli en jean troué. Toujours choquer... Cet aspect "antisystème", Xavier Niel le revendique et en joue » (11 janvier 2012). Qui lui permettent de le revendiquer et d’en jouer sinon les médias qui s’attachent à rendre compte de détails dérisoires, participant ainsi à la construction d’une image publique, et en l’occurrence d’une image de marque ?

[15] Claude Perdriel est aussi le propriétaire du Nouvel Observateur, de Challenges, de Sciences et Avenir et de... Rue89 (depuis décembre 2011). Le roi du sanibroyeur est lui aussi un ancien du Minitel rose.

[16] Nous vous renvoyons à notre article pour une liste plus complète des convives du pince-fesses germanopratin.

[17] L’article de La Tribune que nous avons déjà cité affirme que le réseau de Xavier Niel « est plutôt constitué des millionnaires de la bulle Internet, comme les frères Rosenblum (Pixmania), Marc Simoncini (iFrance, Meetic), Pierre-François Grimaldi (iBazar), Jean-David Blanc (Allociné), Jacques-Antoine Granjon (Venteprivee.com)... mais aussi les fondateurs de Google ou Twitter » (30 juin 2010).

[18] D’après Jérémie Zimmermann, porte-parole de la Quadrature du Net, l’ « e-G8 est un écran de fumée pour couvrir le contrôle accru des gouvernements sur l’Internet. D’une main, on invite les chefs d’entreprise du Web à discuter de l’économie numérique, de l’autre les gouvernements cherchent à reprendre en main la gouvernance du Net pour la recentraliser » (propos cités par Mediapart, 19 mai 2011). Parmi les nombreux autres participants à l’e-G8, on peut citer Mark Zuckerberg (fondateur et PDG de Facebook), Jimmy Wales (fondateur de Wikipedia), Jeffrey Bezos (PDG d’Amazon) et... Rupert Murdoch (président de News Corporation).

[19] Nicolas Sarkozy, sous l’influence de son ami Martin Bouygues, a été un temps opposé à la quatrième licence de téléphonie mobile qu’a finalement obtenue Free. Il a aussi désapprouvé l’arrivée de Xavier Niel dans le capital du Monde, à cause notamment de ses investissements dans Mediapart et Backchich (Le Point, 17 juin 2010).

[20] Propos cités par Marianne, 19 juin 2010.

[21] Propos cités dans le même article de Marianne.

 

http://www.acrimed.org/article3800.html

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:37

 

joffrin-1-d0213-2-b5e8b.jpg1. Au mois de juillet 2011, Anders Behring Breivik assassine à Oslo plusieurs dizaines de ses compatriotes.

Il a rédigé, avant de perpétrer son crime, un interminable manifeste de plus de 1.500 pages, d’où ressort qu’il se voit comme un « révolutionnaire conservateur » en guerre contre le « politiquement correct », qu’il regarde comme une « idéologie totalitaire » dédiée à la subversion des « valeurs traditionnelles » - et qui d’après lui prépare, par sa « promotion du multiculturalisme », l’« islamisation de l’Europe ».

Juste après l’horrible tuerie d’Oslo : Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur, fait un éditorial où il (se) demande « qui a inspiré le tueur de Norvège », et dans lequel il commence par observer qu’« Anders Behring Breivik, tout solitaire qu’il soit, tout déséquilibré qu’il puisse paraître, est aussi l’homme d’une époque, le symptôme d’une pathologie ; en un mot la première incarnation d’un spectre qui commence à hanter l’Europe ».

Ce constat n’est pas faux du tout, puisqu’effectivement, depuis de longues années : d’éminents clercs de médias se sont spécialisés dans la récitation d’une logorrhée un peu abrupte où le multiculturalisme est donné comme un prélude à l’islamisation du Vieux Continent - et dans laquelle la « bien-pensance » (qui est l’autre nom, chez ces gens-là, du politiquement correct) est systématiquement présentée comme une « tyrannie », ou un « terrorisme ».

Mais justement : Laurent Joffrin, dans son approche du « rapport entre les écrits ou les paroles d’un côté, les actes de l’autre », ne souhaite pas incriminer cette cléricature - car cela ferait, explique-t-il un « amalgame » [1].

S’il prend la plume, ce n’est pas du tout pour relever que d’estimés glossateurs usent depuis des ans du même clivant vocabulaire, exactement, qui se retrouve, au mot près, dans l’interminable profession de foi identitaire d’Anders Behring Breivik - mais bien plutôt pour les exonérer, au contraire, du soupçon que leur prose ait pu inspirer celle du tueur d’Oslo.

D’emblée, donc : le patron du Nouvel Obs explique que son intention n’est pas d’« accuser tel ou tel populisme qui reste dans une stricte légalité, de stigmatiser tous ceux qui se réfèrent à la nation ou qui critiquent l’islam, ni de rendre le Front national - auquel on pense naturellement quand il s’agit d’hostilité envers les étrangers - responsable d’actes qu’il a toujours réprouvés sans ambiguïtés » [2]

Plus précisément : le directeur du Nouvel Obs refuse, après le massacre d’Oslo, « d’incriminer, selon la méthode de la causalité floue qui autorise toutes les confusions, “une atmosphère”, qu’on qualifiera évidemment de “nauséabonde” », ou « un climat d’ “intolérance” instauré par ceux qui s’inquiètent de l’immigration ou qui se réfèrent à l’identité nationale ».

Et il précise, à toutes fins utiles : « Non, Guéant, Sarkozy, Ménard ou Zemmour ne sont pour rien dans les événements d’Oslo. »

Laurent Joffrin ne souhaite donc pas imaginer que les obsessions identitaires où campent de hautes figures des oligarchies médiatiques (et politiques) européennes aient pu inspirer « le tueur de Norvège ».

Mais par contre : il met en cause, de façon très directe, des « sites » comme « François Desouche », qui « se sont fait » sur Internet « une spécialité » du « nouveau fanatisme » qu’est « l’idéologie antimusulmane contemporaine », et qui véhiculent, « dans » des « forums »« les musulmans sont » considérés comme « un ennemi atavique », une « agressivité verbale telle qu’elle finit par distiller une sémantique de guerre civile ».

Un minuscule détail échappe là au patron de l’Obs : il néglige que François Desouche ne produit que « très peu de contenu » original, et se limite, pour l’essentiel, à mettre en ligne « une revue de presse actualisée quotidiennement », dont les principales sources ne sont pas des feuilles confidentielles d’extrême droite, mais bien les « grands » médias, où ses tenanciers piochent tout ce qui nourrit leur vision du monde...

...Et dans laquelle « Zemmour », par exemple, est une véritable star, dont les interventions dans le débat public sont amoureusement compilées - pour la plus grande joie des commentateurs (anonymes) dont « l’agressivité verbale » offusque Laurent Joffrin, qui les trouvent, en général, réjouissantes.

Pour le dire autrement : ce sont précisément les saillies de personnalités que le directeur du Nouvel Observateur ne souhaite pas « incriminer », qui suscitent beaucoup des commentaires dont il s’afflige - et dont il déplore qu’ils « distillent une sémantique de guerre civile ».

Et cela vaudrait sans doute d’être questionné - mais Laurent Joffrin préfère plutôt « préciser », après que Paul Moreira lui a fait une réponse déplorant qu’il « exonère un peu vite de toute responsabilité les polémistes de la droite extrême qui occupent les plateaux de télé et radios du soir au matin », qu’« honnêtement, et quelque antipathie que suscitent chez » lui « les idées » d’« éditorialistes réactionnaires » comme « Éric Zemmour ou Ivan Rioufol », il « ne croit pas juste de les incriminer dans cette affaire de terrorisme » [3].

Et cette retenue honore, bien sûr, le directeur du Nouvel Observateur.

Mais elle est sujette, semble-t-il, à quelques variations.

2. Au mois de mars 2012 : Mohammed Merah assassine à Montauban et à Toulouse sept de ses compatriotes.

Il se présente, après avoir perpétré son crime, comme un « combattant d’Al-Qaïda ».

Juste après les horribles tueries de Montauban et de Toulouse : Laurent Joffrin fait un éditorial où il pose des « questions à l’islam », et dans lequel il commence par rappeler que dans le « cours de son enquête » sur ces crimes, « la police a pour un temps envisagé la piste d’un tueur d’extrême droite ».

De ce rappel, le patron du Nouvel Obs tire l’enseignement que « si cette hypothèse s’était confirmée, il est facile d’imaginer les raisonnements politiques qu’on n’eût pas manqué d’en tirer ».

Il suppute : « L’assassin, aurait-on dit, n’est pas le seul coupable de son crime ».

Il insiste : « Ainsi eût-on incriminé non seulement le terrorisme nationaliste qui frappe sporadiquement l’Europe mais aussi l’extrême droite légale, dont les idées, quoique débouchant sur une stratégie électorale qui exclut la violence physique, encouragent les passages à l’acte d’éléments marginaux. »

Dans l’espace des neuf mois qui se sont écoulés entre la tuerie d’Oslo et celles de Montauban et de Toulouse : le point de vue du directeur du Nouvel Observateur sur « le rapport entre les écrits ou les paroles d’un côté, les actes de l’autre » semble donc avoir sensiblement évolué, puisqu’après avoir soutenu en juillet 2011 qu’il n’était pas possible de « rendre le Front national responsable d’actes qu’il a toujours réprouvés sans ambiguïtés », il donne en mars 2012 l’impression d’être soudain plus disposé à considérer que « les idées de l’extrême droite légale encouragent les passages à l’acte d’éléments marginaux ».

Comment s’explique cette évolution ?

La réponse est dans la suite de son éditorial, où Laurent Joffrin explique que : « De même qu’on peut [4] reprocher à l’extrême droite politique l’usage que certains criminels peuvent faire de ses idées, on doit [5] dénoncer l’influence des religieux dogmatiques, seraient-ils de simples prêcheurs, sur les exactions des fanatiques ».

C’est donc, finalement, très simple : si le patron de l’Obs dit en mars 2012 (en soutenant qu’on peut reprocher à l’extrême droite politique l’usage que certains que certains criminels peuvent faire de ses idées) l’exact contraire de ce qu’il disait en juillet 2011 (en soutenant qu’on ne pouvait pas reprocher à l’extrême droite politique l’usage que certains criminels pouvaient faire de ses idées) ?

C’est parce que ce spectaculaire changement d’avis lui ouvre la possibilité d’user contre les musulmans du procédé même dont il redoutait neuf mois plus tôt que d’aucun(e)s ne l’emploient contre des « éditorialistes réactionnaires »...

...Et « d’incriminer » après les tueries de Montauban et de Toulouse, « selon la méthode de la causalité floue qui autorise toutes les confusions », non plus seulement, comme il avait fait après celle d’Oslo, des sites où des fanatiques colportent « une agressivité verbale telle qu’elle finit par distiller une sémantique de guerre civile » (ou sainte), mais bien la religion musulmane dans son entier - puisque c’est à « l’islam », en général, qu’il a « des questions » à poser, et à ses « docteurs de la foi » qu’il demande, à la conclusion de son éditorial, s’ils « cautionnent » (ou « reprennent », ou « approuvent ») les « appels au meurtre qu’on trouve ici ou là dans les livres sacrés ».

3. Par ses deux réactions, à la tuerie d’Oslo d’abord, puis à celles, neuf mois plus tard, de Montauban et de Toulouse, Laurent Joffrin esquisse donc une doxa qui peut se résumer comme suit : quand un fanatique réactionnaire tue ses compatriotes, il serait parfaitement déplacé de vouloir apostropher les docteurs de la réaction.

Mais quand un fanatique musulman tue ses compatriotes, « on doit » interpeller les théologiens de l’islam.

Et c’est intéressant, mais en réalité, une fois qu’on a dressé ce constat ?

On est encore (très) loin d’avoir épuisé le sujet - qui mériterait, par exemple, qu’on relève aussi que l’accès aux médias des oulémas reste chez nous assez limité [6], quand les idéologues dédiés à la fustigation de « l’islamisation de l’Europe » ont, eux, des ronds de serviettes dans (beaucoup) plus de rédactions qu’on n’en pourrait compter sur les doigts de deux mains.

Et tout cela pourrait faire nombre d’intéressantes questions à (se) poser, quand on dirige un vénérable hebdomadaire : mais encore faut-il le vouloir.

Notes

[1] Et lui ne mange pas de ce pain-là.

[2] On relèvera ici que Laurent Joffrin continue donc, à l’été 2011, après quatre ans de règne d’une droite qui a fait de l’entretien de la peur de « l’Autre » l’alpha et l’omega de sa démagogie, de penser « naturellement » au parti lepéniste, « quand il s’agit d’hostilité envers les étrangers » - comme s’il n’avait pas complètement pris la mesure d’une réalité où la propagande frontiste ne se différencie plus guère, dans ces matières, de celle du gouvernement.

[3] Bien évidemment : nul(le) ne songe, contrairement à ce que suggère là Laurent Joffrin, à imputer à ces personnages la moindre responsabilité directe dans la tuerie d’Oslo.

[4] Dans un cas : on « peut ».

[5] Dans l’autre cas : on « doit ».

[6] Personnellement, et soit dit en passant : je m’en porte tout à fait bien.

 

 

 

http://www.politis.fr/Ou-L-On-Voit-Que-Des-Fois-Laurent,17758.html

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:30

visu_economiste.jpgEditoriaux, matinales radiophoniques, plateaux de télévision : en pleine campagne présidentielle, une poignée d’économistes quadrillent l’espace médiatique et bornent celui des possibles. Présentés comme universitaires, ils incarneraient la rigueur technique au cœur de la mêlée idéologique. Mais leurs diagnostics seraient-ils aussi crédibles si ces « experts » rendaient publiques leurs autres activités ?


par Renaud Lambert, mars 2012

On appelle cela l’« effet Dracula » : à l’instar du célèbre vampire des Carpates, les arrangements illégitimes ne résisteraient pas à leur exposition au grand jour. Ainsi, la révélation en 1998 de l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), négocié secrètement pour accentuer la libéralisation économique, avait conduit à sa désintégration.

Cette fois, la controverse concerne la collusion entre économistes et institutions financières. Nombre d’universitaires invités par les médias pour éclairer le débat public, mais aussi de chercheurs appointés comme conseillers par les gouvernements, sont en effet rétribués par des banques ou de grandes entreprises. Un expert peut-il, « en toute indépendance », prôner la dérégulation financière quand il occupe simultanément un poste d’administrateur d’un fonds d’investissement ?

Ces liaisons dangereuses, sources de conflits d’intérêts, ne sont pas secrètes. Mais leurs bénéficiaires se gardent bien d’en faire la publicité. Avant le cataclysme de 2008, chacun s’accommodait de l’équivoque : les journalistes exhibaient leurs experts censément neutres, lesquels empochaient les dividendes de leur ubiquité sous forme de notoriété accrue et d’espèces sonnantes et trébuchantes. Mais, depuis 2008, les accointances des économistes ne passent plus inaperçues. L’effet Dracula aura-t-il raison de cette forme intellectuelle de prévarication ? Suffira-t-il de la rendre publique pour la vaincre ? Tel est le pari de la prestigieuse Association américaine d’économie (American Economic Association, AEA).

Depuis le début de cette année, les articles publiés dans les revues scientifiques membres de l’association sont tenus de dévoiler les éventuels conflits d’intérêts impliquant les auteurs. Les économistes devront ainsi mentionner « les “parties intéressées” (1) leur ayant versé une rémunération financière importante, c’est-à-dire d’un montant total supérieur ou égal à 10 000 dollars [environ 7 600 euros], au cours des trois dernières années » (communiqué du 5 janvier 2012). La mesure s’appliquera également aux sommes perçues par les « proches ». A la tête de certaines des plus prestigieuses revues de la discipline, la vénérable AEA — elle s’apprête à fêter son cent trentième anniversaire — n’est guère sujette aux tocades. Sa décision a frappé les esprits.

Après le succès du documentaire de Charles Ferguson Inside Job, l’irritation était devenue palpable. Les émoluments de certains proches conseillers du président Barack Obama impliqués dans la libéralisation du secteur bancaire avaient soulevé des interrogations dans l’opinion publique. Ainsi de M. Lawrence Summers, directeur du Conseil économique national (National Economic Council, NEC) et rémunéré 5,2 millions de dollars, entre 2008 et 2009, par le fonds spéculatif D. E. Shaw, et jusqu’à 135 000 dollars pour ses conférences, le plus souvent organisées par des sociétés financières — sans compter ses piges (plantureuses) au Financial Times. La colère grondait également dans les rangs de la profession. Au cours de l’année 2011, nous explique George DeMartino, de l’université de Denver, « une série d’études scientifiques ont démontré que les conflits d’intérêts constituaient la règle plutôt que l’exception ». Le 3 janvier 2011, à l’initiative des professeurs Gerald Epstein et Jessica Carrick-Hagenbarth, une lettre ouverte tirait la sonnette d’alarme, appelant l’AEA à réagir. Elle fut signée par plus de trois cents économistes, dont George Akerlof, lauréat du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, et Christina Romer, ancienne conseillère du président Obama. Douze mois plus tard, ils étaient entendus.

Mais l’écho de ce sursaut éthique peine à traverser l’Atlantique (2)… Dans Le Monde du 1er février, l’économiste Olivier Pastré tempête contre les projets visant à sortir de la monnaie unique européenne. Il se fixe une mission : « Expliquer aux Français les plus fragiles et les plus soumis à la désinformation quels sont les risques d’un abandon de l’euro (3). » Le quotidien du soir présente l’auteur comme « professeur d’économie à l’université Paris-VIII ». Or Pastré préside aussi la banque tunisienne IMBank. Et siège aux conseils d’administration de la banque du Crédit municipal de Paris (CMP Banque), de l’Association des directeurs de banque, ainsi qu’à l’Institut Europlace de finance. C’est pourtant le « professeur à l’université » qui intervient chaque samedi matin dans l’émission de France Culture « L’Economie en questions », dont il est coproducteur.

Quand 2 + 2 = 5

« Voilà un exemple parfait du type de situation qui nous a conduits à réagir », commente le professeur Michael Woodford, membre du comité directeur de l’AEA, lorsqu’on lui soumet ce cas. L’association exhorte en effet « l’ensemble des économistes à appliquer les mêmes principes à toutes les publications : journaux académiques, éditoriaux, articles de presse, commentaires diffusés à la radio ou à la télévision ». « En l’occurrence, reprend Woodford, il me semble que les lecteurs ont le droit de savoir si l’expert en question défend une analyse ou les intérêts de l’institution pour laquelle il travaille. » Pastré assurait, dans son article du 1er février, que, dans l’hypothèse d’une sortie de l’euro, les banques « verraient le coût de leur endettement à court terme et à long terme exploser », s’alarmant d’une éventuelle « baisse de leur rentabilité ».

Pour Patrick Artus, responsable de la recherche économique pour la banque Natixis et administrateur de Total, la thèse défendue par Woodford « a du sens aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Mais je ne crois vraiment pas qu’elle puisse s’appliquer à la zone euro », car « le nombre d’économistes liés à la finance y est très faible par rapport au monde anglo-saxon (4) ». Un petit groupe, peut-être… mais très représenté parmi les experts médiatiques.

3 novembre 2011. La matinale de France Inter analyse les enjeux du G20 qui va se tenir à Cannes. Qui invite- t-elle ? « Jean-Hervé Lorenzi, le président du Cercle des économistes. » Rarement présentée, cette association rassemble Jean-Paul Betbèze (chef économiste au Crédit agricole), Laurence Boone (chef économiste chez Merrill Lynch), Anton Brender (chef économiste de Dexia Asset Management), Artus, Pastré, etc. Quelques jours plus tard, sur la même radio publique, l’émission « Le téléphone sonne » « tire les leçons » de la réunion. Au micro, « Jean-Hervé Lorenzi, le président du Cercle des économistes ».

C’est également à ce titre que Lorenzi, par ailleurs conseiller du candidat socialiste à la présidentielle François Hollande, analyse le marché immobilier dans Les Echos, la chute des Bourses sur Europe 1 ou le « fabuleux destin de la France » sur RTL (5). Pourtant, cette carte de visite omet certains détails. Lorenzi siège aux conseils d’administration de PagesJaunes, d’Associés en finance, de l’Association française des opérateurs mobiles (AFOM), de BNP Paribas Assurance. Il est par ailleurs censeur d’Euler Hermes, membre des conseils de surveillance de la Compagnie financière Saint-Honoré, de BVA, du Groupe Ginger et conseiller du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild Banque.

Christian Saint-Etienne, lui, s’affiche comme professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) sur France 24 et comme économiste et analyste politique dans les colonnes du Point. Jamais comme conseiller scientifique du Conseil stratégique européen, un cabinet de conseil en gestion de patrimoine. Elie Cohen, lui aussi conseiller de M. Hollande, est « directeur de recherche » au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et professeur à Sciences Po sur France Inter ou dans Le Figaro. Jamais membre du conseil d’administration des entreprises PagesJaunes ou EDF Energies nouvelles. Jacques Mistral ? Economiste dans les colonnes du Monde et sur France Culture, ou directeur des études économiques à l’Institut français des relations internationales (IFRI) dans l’émission « C dans l’air » (France 5). Pas administrateur de BNP Paribas Assurance. Daniel Cohen, conseiller de Mme Martine Aubry, se montre plus discret sur son titre de senior adviser de la banque Lazard — qui conseille par exemple le gouvernement grec sur la renégociation de sa dette — que lorsqu’il s’agit de rappeler sa qualité de professeur de sciences économiques à l’Ecole normale supérieure et à l’université Paris-I.

Jetons de présence aux conseils d’administration de grandes sociétés (35 000 euros par mandat, en moyenne, pour les sociétés du CAC 40 et la moitié pour les autres sociétés cotées, selon les chiffres de l’Institut français des administrateurs [IFA]), conférences privées (que Lorenzi, par exemple, facture 6 600 euros), rédaction de rapports rémunérés… Tout comme leurs collègues américains, les économistes hexagonaux « disposent d’innombrables moyens de gagner beaucoup, beaucoup d’argent, observe DeMartino. Ils savent pourtant mieux que d’autres que rien n’est gratuit, que tout bénéfice implique un coût. Et le coût, ici, c’est la perte d’indépendance. »

« Je trouve que cela a un parfum d’années 1930, proteste Lorenzi. La question est de savoir si la manière dont vous gagnez votre vie influence votre jugement. Et cela n’est pas le cas. » Après tout, pourrait-on arguer, 2 + 2 = 4, que l’on écrive pour le compte d’une université ou pour celui d’une banque. « Sans aucun doute, répond Woodford dans un sourire. Mais la plupart des questions auxquelles sont confrontés les économistes relèvent de jugements plus subtils. Et il ne faut pas se leurrer : nos débats ont un impact direct sur certains intérêts privés. » Faudrait-il en conclure, avec la professeure Deirdre McCloskey, de l’université de l’Illinois, qu’il arrive que « des économistes se comportent comme des avocats, défendant tel ou tel point de vue, indépendamment des faits (6) » ? Ou — pour le dire autrement — que, intéressés au résultat, ils tentent parfois de convaincre que 2 + 2 = 5 ?

Réalisateur du documentaire Inside Job, Ferguson a rencontré l’économiste Frederic Mishkin, de la Columbia Business School :

Ferguson. — En 2006, vous avez coécrit une étude du système financier islandais : « C’est un pays évolué doté d’excellentes institutions. Peu de corruption, Etat de droit, économie convertie à la libéra-lisation financière. Réglementation et surveillance prudentielles de qualité. »

Mishkin. — Là était l’erreur [en 2008, l’économie islandaise s’effondrait, ndlr]. Il est apparu que la réglementation et la surveillance prudentielles n’étaient pas satisfaisantes.

— Qu’est-ce qui vous a fait croire le contraire ?

— On s’en remet aux informations dont on dispose. Et l’opinion générale voulait que l’Islande ait d’excellentes institutions et soit très évoluée.

— Qui vous l’avait dit ? Quelles recherches aviez-vous réalisées ?

— On parle à des gens, on se fie à la banque centrale qui, finalement, n’a pas été à la hauteur.

— Pourquoi vous être fié à la banque centrale ?

— On s’en remet aux informations qu’on a.

— Ça vous a rapporté combien ?

— J’ai été payé… Le montant est public.

Mishkin a reçu 124 000 dollars [environ 95 000 euros] de la chambre de commerce islandaise pour rédiger son étude.

— Sur votre CV, le titre du rapport « Stabilité financière en Islande » a été changé en « Instabilité financière en Islande »…

— Oh… J’ignore pourquoi, mais… Il y a peut-être une coquille.

Avocat dévoué à son client ou scientifique dans l’erreur, la différence s’avère parfois ténue. Or, remarque DeMartino, « les économistes jouissent d’un privilège que ne connaissent pas d’autres professions : on ne leur demande jamais de rendre des comptes de leurs bévues ». Ils en commettent pourtant.

Le 17 août 2007, la crise des subprime vient de débuter outre-Atlantique. Elie Cohen en annonce déjà la fin : « Dans quelques semaines, assure-t-il, le marché se reformera et les affaires reprendront comme auparavant » (Lemonde.fr). Six mois plus tard, sur Direct 8, Alain Minc, banquier d’affaires et conseiller de M. Nicolas Sarkozy, s’enthousiasme pour « l’incroyable plasticité du système » : « On nous aurait dit qu’[il] serait régulé avec un doigté tel qu’on éviterait une crise, qui aurait pu être quand même de l’ampleur des très grandes crises financières qu’on a connues dans le passé ! C’est tout de même un univers au fond très résilient. » Verdict ? « L’économie mondiale est plutôt bien gérée » (8 janvier) (7).

La même année, Lorenzi annonce que «  [sa] conviction est faite » : « Le diagnostic des banques centrales a été rapide, juste et suivi d’effet. Dans une crise du marché interbancaire, elles ont su avec talent esquiver la catastrophe ; en l’occurrence, elles ont évité aux Etats-Unis la faillite des banques hypothécaires et permis à de grands établissements bancaires en véritable danger de réintégrer, sans risque de liquidité, une partie de leurs produits titrisés (8). » A peine ces propos imprimés, la banque Lehman Brothers sombrait, entraînant avec elle une partie du système financier mondial. Quant à Artus, rédacteur graphomane de Flash Economie chez Natixis (cinq articles par jour en moyenne), il claironnait dans Challenges, le 28 août 2008 — deux semaines avant le krach : « L’affaire des subprime est dans le rétroviseur. » Plus tard, il tempêtera contre l’idée que les banques paient plus d’impôts et continuent à financer des économies fragilisées par la crise. « On ne peut pas tout demander aux banques », titre l’employé de Natixis dans son Flash Economie du 18 août 2011.

Ni de gauche ni de droite : banquier

On pourrait s’interroger sur le rapport entre de telles erreurs de jugement et les rémunérations que perçoivent leurs auteurs. Ou exiger, avec Epstein, de rendre les économistes « responsables devant leurs collègues, la presse, leurs étudiants, les citoyens (9) ». Mais faut-il feindre de s’étonner qu’un banquier défende les intérêts des banquiers ? Or c’est bien en ces termes que Lorenzi, par exemple, envisage son activité : « Je suis ce qu’on appelle un senior banker, expliquait-il récemment. J’essaie, d’une manière générale, de développer les affaires correspondant aux différentes activités de la Compagnie financière Edmond de Rothschild (10). » Pastré et lui ont-ils une telle mission à l’esprit lorsque, dans leur livre Droite contre gauche ? Les grands dossiers qui feront l’élection présidentielle (Fayard), paru en 2012, ils enjoignent à leurs lecteurs de « renoncer aux illusions sur l’Etat protecteur », de « faire enfin le pari audacieux en faveur du marché » et, surtout, d’éviter de « porter des jugements trop hâtifs » sur l’industrie bancaire ?

« A terme, redoutait en novembre dernier M. Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et ancien secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes de M. Sarkozy, les citoyens se révolteront contre la dictature de fait [des marchés] (11). » Mais les « marchés » n’exercent-ils pas déjà leur ascendant jusqu’au sein de l’AMF, censée les réguler ? Car qui conseille l’autorité que préside M. Jouyet ? Les mêmes : Olivier Davanne (cogérant de Groupama Risk Premium), Olivier Garnier (directeur adjoint de la Société générale), Ruben Lee (président-directeur général d’Oxford Finance Group), Artus, Pastré, etc.

Retour aux Etats-Unis, où Ferguson interroge M. John Campbell, directeur du département d’économie à Harvard :

Ferguson. — Un chercheur en médecine écrit un article qui dit : « Pour soigner cette maladie, il faut prescrire tel médicament. » Il s’avère que ce médecin reçoit 80 % de ses revenus du fabricant de ce médicament. Ça ne vous dérange pas ?

Campbell. — Je pense qu’il est, bien sûr, important de révéler… les, euh… euh… C’est un peu différent des cas que nous évoquons ici, car… euh…

La pertinence de l’analogie ne saute pas non plus aux yeux de Mme Barbara Frugier, adjointe à la directrice de la communication de l’AMF. « Ecoutez, je ne connais pas l’industrie pharmaceutique », interrompt-elle. Avant de poursuivre : « Je ne vois pas trop où vous voulez en venir, en fait. C’est normal, à mon avis, qu’on se renseigne auprès de ceux qui ont l’expertise. » Pourtant, selon le site de l’autorité, le collège — chargé, entre autres, d’arrêter le budget de l’institution et de fixer les règlements intérieur et général — est, contrairement au conseil scientifique, « soumis à des règles déontologiques et de prévention des conflits d’intérêts ».

Lorsqu’il a été promu du second cénacle au premier, en juin 2011, l’économiste Christian de Boissieu, par ailleurs président du Conseil d’analyse économique (CAE), a donc été invité à quitter ses fonctions de conseiller du fonds spéculatif HDF Finance, d’Ernst & Young ainsi que son siège au comité d’audit de la banque Neuflize OBC, dont il demeure membre du conseil de surveillance. « En attendant de quitter ce conseil très prochainement, explique-t-il, je me déporte (je sors de la salle et je ne participe aucunement aux délibérations) lorsqu’il est question à l’AMF, directement ou indirectement, de cette banque. »

Louables, les dispositions de l’AMF et de Boissieu ne constituent-elles pas une réprobation implicite envers ceux qui n’en prendraient pas de similaires ? A commencer, par exemple, par les médias.

Journaliste à France Info, Jean Leymarie a reçu Lorenzi les 16 décembre 2009, 24 novembre 2010 et 29 juin 2011. Connaît-il les fonctions de son invité au sein de la société Rothschild ? « Oui, bien sûr ! » Et pourtant, il ne les évoque pas à l’antenne ? « Nos auditeurs ne sont pas idiots. Ils savent bien. » Mais comment le sauraient-ils, puisque ses confrères adoptent généralement la même conduite, alors même qu’ils n’ignorent rien des multiples casquettes de leurs invités ?

C’est en connaissance de cause que Jean-Marc Sylvestre invite Lorenzi pour évoquer les dangers d’une plus forte réglementation du secteur bancaire, sur LCI (24 avril 2010) ; qu’Yves Calvi donne la parole à Michel Godet et à Saint-Etienne pour expliquer l’inélucta- bilité des politiques de rigueur, dans son émission « C dans l’air », sur France 5 (9 novembre 2011) ; ou que le Financial Times ouvre ses colonnes à Summers pour tirer les conséquences de la « crise du capitalisme » (8 janvier 2012). Est-il besoin d’écouter attentivement les réponses quand on pose de telles questions à de tels invités ?

L’information des Français ne souffrirait peut-être pas d’une amputation trop sévère si la presse consacrait davantage d’espace — quelques lignes, quelques secondes d’antenne — à une présentation complète de ses experts : « Ce serait d’ailleurs tellement simple que je m’étonne que ce ne soit pas déjà le cas », nous répond l’économiste Hubert Kempf, président de l’Association française de science économique (AFSE), réputée « orthodoxe ». Son organisation entend-elle interpeller ses membres sur la question des conflits d’intérêts ? « Nous organiserons peut-être une table ronde lors de notre prochain congrès », en juillet 2012. Et du côté de l’Association française d’économie politique (AFEP), créée il y a deux ans pour promouvoir davantage de pluralisme au sein de la profession ? « Pas encore formellement, même si la question fait a priori consensus ici », nous indique Nicolas Postel, secrétaire de l’association. « Mais, ajoute-t-il, considérer que le problème se limiterait à la question des conflits d’intérêts constitue, à mon sens, une erreur. »

Privatisation de l’expertise

Autre cas de figure. Dans son édition du 14 février, Le Monde publie, à la rubrique « International », une analyse de la crise grecque. La journaliste Claire Gatinois y cite divers économistes, tous directement liés au monde de la finance. Or pas de conflits d’intérêts ici : les fonctions sont clairement identifiées. Christopher Probyn ? « Chef économiste chez State Street, groupe financier basé à Boston » (cité trois fois). Natacha Valla ? « Economiste chez Goldman Sachs » (citée trois fois). Jésus Castillo ? « Economiste chez Natixis. » Sans compter « les experts d’UBS ». Sans doute estime-t-elle que les « économistes de banque » sont les mieux placés pour analyser une crise comme celle qui secoue la Grèce.

« Pourquoi le seraient-ils ?, objecte Postel. Sur un sujet comme celui-là, on n’attend pas des médias un déroulé très technique de mécanismes financiers obscurs, mais une interrogation fondamentale sur le statut de la dette du pays : est-elle légitime ? D’où vient-elle ? Et, sur ce plan, les économistes de banque ne sont pas nécessairement les plus compétents. »

Peut-on imaginer un économiste de Goldman Sachs affirmant que la crise grecque découle avant tout d’une dette illégitime qu’il ne faudrait pas payer ? « Non, admet Gatinois, cela me semble assez peu vraisemblable. » « Pour cet article, explique-t-elle, j’ai pensé qu’il était intéressant d’interroger des économistes de banque, plutôt libéraux, pour montrer qu’eux aussi s’inquiètent de la situation grecque. » Il s’agissait en somme de présenter, une fois n’est pas coutume, le point de vue libéral.

Ce genre de réflexe professionnel semble davantage assaillir la grande presse que l’idée d’interroger, par exemple, des représentants syndicaux — lesquels sont au moins aussi informés des mécanismes et des conséquences du drame social en cours que les économistes libéraux. Au mois d’octobre 2011, par exemple, Gatinois a donné la parole à quarante économistes, groupes d’économistes ou assimilables. Vingt-neuf travaillaient directement pour des banques ou des institutions financières. Trois s’exprimaient au nom de syndicats.

Entre le 1er septembre 2008 et le 31 décembre 2011, Le Monde a cité Artus — responsable de la recherche pour la banque Natixis — dans cent quarante-sept articles (il a également signé quatre tribunes). Plus souvent que Jacques Attali (cent trente-deux articles) et que Minc (cent dix-huit). Et beaucoup plus que Jean Gadrey (cinq articles sur les questions économiques) et Frédéric Lordon (quatre) (12). Des proportions similaires à celle que l’on observerait dans les quotidiens Libération ou Le Figaro, ainsi que dans la plupart des magazines.

Dans ces conditions, la transparence peut-elle suffire à infléchir la tendance naturelle des professionnels de la finance à défendre… les intérêts de la finance ?

 

Renaud Lambert

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/03/LAMBERT/47476


(1) Les «  parties intéressées  » sont définies comme «  tout individu, groupe ou organisation concerné, financièrement, idéologiquement ou politiquement par le contenu de l’article  ».

(2) L’économiste Jean Gadrey a exposé les données du problème dans son texte «  Les liaisons dangereuses  », Alternatives économiques, 21 septembre 2009. Notre enquête a bénéficié de ses conseils ainsi que du travail réalisé par François Ruffin dans le cadre de l’émission «  Là-bas si j’y suis  » consacrée aux «  économistes de garde  » (France Inter, 2 et 3 janvier 2012).

(3) Olivier Pastré, «  La sortie de l’euro, un suicide  », Le Monde, 1er février 2012.

(4) Patrick Artus, «  Si les économistes ont sous-estimé la crise, ce n’est pas par complicité avec les financiers  », Le Monde, 10 septembre 2009.

(5) Respectivement 3 octobre, 19 août et 3 avril 2011.

(6) Cité par Ben Casselman dans «  Economists set rules on ethics  », The Wall Street Journal, New York, 9 janvier 2012.

(7) Cité par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat dans le documentaire Les Nouveaux Chiens de garde, JEM Productions, 2012.

(8) Jean-Hervé Lorenzi, «  Qui va payer  ?  », numéro hors-série «  Crise financière : analyses et propositions  », Revue d’économie financière, Paris, 2008, p. 468.

(9) The Wall Street Journal, op. cit.

(10) Investisseurs (magazine d’entreprise de la société Rothschild), n° 4, décembre 2011, p. 16-17.

(11) Entretien au Journal du dimanche, Paris, 12 novembre 2011.

(12) Comptages effectués par Thomas Vescovi.

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:27

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http://www.bastamag.net/article2216.html

 

 

La fin annoncée du pétrole et l’envolée des prix de l’essence compromettent l’avenir de l’industrie automobile. Au royaume du moteur à combustion, élus, syndicats et entreprises anticipent cette nécessaire transition. Le Bade-Wurtemberg, État-région le plus riche d’Allemagne et capitale européenne de l’automobile, prépare sa mue industrielle. L’enjeu : préserver les emplois et des conditions de travail correctes tout en développant de nouvelles activités. Enquête au pays de Porsche, Audi et Daimler.


C’est la patrie de l’automobile et la première région industrielle allemande. En Bade-Wurtemberg, dans le sud de l’Allemagne, aux frontières française et suisse, près d’un salarié sur dix [1] travaille dans l’industrie automobile. Ils sont 188 000 rien que pour la production. Porsche, Audi et Daimler (Mercedes-Benz) y produisent des véhicules. La région abrite aussi le siège du plus important équipementier automobile du monde, Bosch. S’y ajoutent des centaines de fournisseurs du « Mittelstand » – les PME allemandes. Le taux de chômage de la région, le plus bas du pays, fait rêver plus d’un Européen : 4 %. Le salaire moyen y dépasse les 3 400 euros brut.

Alors, quand un écologiste, Winfried Kretschmann, est arrivé à la tête du gouvernement du Land en 2011, après soixante ans de règne ininterrompu des conservateurs, les dents ont évidemment grincé. À peine élu, il a déclaré qu’il valait « mieux moins de voitures que plus ». « Cela a provoqué une certaine irritation ici, chez Daimler », sourit Silke Ernst, syndicaliste et membre du comité central d’entreprise. « Nous voulons que le Bade-Wurtemberg reste la région numéro un de l’automobile en Allemagne », a pourtant répété l’écologiste. Avec l’ère du tout pétrole qui se termine, le défi est de préparer la transition vers de nouvelles technologies plus écologiques, notamment le développement des véhicules électriques.

Comment prôner la transition au pays du moteur à combustion ?

Une certaine anxiété a envahi les ateliers. « Toute la vallée autour de Stuttgart vit du moteur à combustion. Or, la technologie électrique est complètement différente. Nous avons une fonderie, par exemple. Nous n’en aurons plus besoin pour fabriquer des moteurs électriques », s’inquiète Silke Ernst. Conscients des préoccupations des salariés, le syndicat IG Metall et le comité d’entreprise de Daimler ont lancé une étude d’impact sur « l’électromobilité ». En clair : examiner les conséquences sociales du passage aux véhicules électriques. « L’enjeu est que nous soyons, en tant que représentants des salariés, préparés à la transition. Nous voulons mesurer quels seront les effets sur l’emploi, quelles seront les nouvelles exigences en matière de sécurité au travail, ou ce que devraient mettre en œuvre les pouvoirs locaux pour préserver le site industriel. » L’étude doit aussi définir les futures qualifications nécessaires pour former les salariés. Un chantier d’ampleur.

« Les technologies utilisées dans la fabrication des voitures électriques sont courantes dans d’autres branches industrielles, explique Lutz Engel, de l’agence publique régionale pour l’électromobilité, e-mobil. L’enjeu est de transférer ces compétences à l’automobile. » L’agence réalise un inventaire des formations existantes dans les universités et sonde les entreprises sur leurs besoins. Voilà pour les ingénieurs. Les ouvriers qualifiés sont, eux, formés par les chambres de commerce et d’industrie. De grandes entreprises, comme Bosch, s’y sont mises. Les choses traînent en revanche dans les PME, qui attendent souvent de ressentir concrètement le besoin pour envoyer leurs salariés en formation.

Moins d’ouvriers pour fabriquer les véhicules électriques ?

Le Land subventionne certaines formations. Mais le nombre d’emplois à créer suivra-t-il ? La fabrication de véhicules électriques devrait en créer 30 000 d’ici à 2020. Mais ces postes pourraient d’abord se trouver « dans la recherche et le développement ou dans d’autres branches, comme la chimie pour les batteries, ou encore chez les fournisseurs, pas chez nous à la production », pointe Silke Ernst, chez Daimler. Quid des ouvriers ?

Les moteurs électriques sont plus simples que ceux à explosion. Une première analyse [2] le souligne : un moteur à combustion comprend environ 1 400 pièces, contre seulement 200 pour un électrique. Le volume de travail dans les ateliers baisserait ainsi de 50 à 70 %. Ce qui représentent des milliers d’emplois (27 000 personnes travaillent en Allemagne dans les ateliers de fabrication et de montage des moteurs Daimler). Mais d’autres tâches pourraient apparaître ailleurs. « La fabrication de carrosseries plus légères demandera, par exemple, de la main-d’œuvre supplémentaire », indique Jürgen Dispan, chercheur à l’institut indépendant IMU de Stuttgart, qui participe à l’étude.

Une transition plus difficile pour les PME

Pour les syndicats, l’enjeu est avant tout de conserver la production sur le site. Les travailleurs allemands ont déjà perdu la bataille de la Classe C (Mercedes-Benz), qui sera fabriquée aux États-Unis, en Alabama, à partir de 2014. « L’entreprise a naturellement tendance à grandir là où sont les marchés, en Chine et aux États-Unis. C’est là que Daimler investit aujourd’hui », explique Silke Ernst. Daimler a déjà conclu un accord avec Renault : le Français livrera le moteur électrique pour la Smart de l’Allemand, qui fournira, lui, la batterie de la Twingo électrique ZE. Les premiers bébés de cette alliance sortiront des usines en 2014. Autre partenariat scellé l’année dernière : avec l’équipementier Bosch pour développer et produire en commun des moteurs électriques. « La production restera certes dans la région, mais ne se fera plus en interne », déplore la représentante des salariés.

Bosch fait partie des équipementiers automobiles en pointe dans le domaine. L’entreprise investit 400 millions d’euros par an pour passer au moteur électrique. Et dispose aujourd’hui de l’ensemble des compétences de la chaîne : batterie, moteur et électronique.« Il y a aussi beaucoup de petits équipementiers dans la région, près d’un millier. Eux ne sont pas bien préparés. Ces PME n’ont pas les mêmes capacités de recherche et de développement que les grandes entreprises, ni leurs possibilités d’investissement », avertit Jürgen Dispan, qui a aussi examiné le secteur pour la chambre de commerce et d’industrie de Stuttgart.

Des pompes à injection aux panneaux solaires

Avec la crise de 2008, qui a touché le secteur de plein fouet, certains fournisseurs se sont déjà détournés de l’automobile pour explorer, entre autres, les énergies renouvelables. Bosch investit, par exemple, dans le solaire. C’est d’ailleurs le photovoltaïque qui a sauvé son usine française de Vénissieux, près de Lyon. Elle produisait auparavant des pompes à injection. Le cinquième fournisseur automobile allemand, le Badois ZF Friedrichshafen, s’est, lui, dirigé vers les éoliennes. Il en conçoit les engrenages et s’est déjà hissé en haut du marché européen. Un autre grand équipementier de la région, ElringKlinger, qui ne travaillait presque que pour l’automobile à combustion, s’essaie maintenant aux batteries pour véhicules électriques et même à l’industrie médicale.

Certaines tentatives restent toutefois sans lendemain. Le fabricant de presses (pour les carrosseries, mais aussi à monnaie) Schuler a pris le parti, il y a trois ans, de se rendre moins dépendant du secteur automobile. L’entreprise a construit une première éolienne, mais l’ancien gouvernement conservateur de Bade-Wurtemberg ne voulait pas voir les turbines à vent s’élever dans le paysage. Schuler n’a jamais obtenu d’autorisation pour installer son prototype, et a abandonné. Avec la nouvelle équipe écologiste et social-démocrate aux manettes dans la région, le secteur des énergies renouvelables devrait pouvoir s’y développer. Le gouvernement de Winfried Kretschmann souhaite 38 % d’énergie verte dans la production électrique du Land d’ici à 2020 [3]. Il a doublé les aides au secteur dans le budget 2012 et vient d’adopter une loi pour faciliter l’implantation d’éoliennes.

Des entreprises engagées dans la transition écologique

Un changement de cap qui n’effraie pas les entreprises de Bade, surtout pas les constructeurs de machines, autre grand producteur de richesses de la région. « Elles perçoivent très bien le potentiel de la transition, estime Jürgen Dispan [4]. En France, l’industrie automobile est entrée en déclin : le secteur a perdu 20 000 emplois en dix ans et souffre commercialement.

En 2010, le patron d’EBM Papst, un fabricant de ventilateurs industriels, avait salué Winfried Kretschmann en visite sur son usine d’un « les Verts sont nos amis ». Le fabricant développe depuis des années des produits de plus en plus économes en énergie. « Les constructeurs savent que des machines plus efficientes leur apporteront des parts de marché. Le monde entier fait aujourd’hui attention à émettre moins de CO2, la Chine aussi. Et ces entreprises disent : "Si vous voulez moins de CO2, très bien, alors l’Union européenne doit adopter des normes et nous ferons des machines en fonction." » Il est rare que des entreprises réclament des normes plus strictes...

Rachel Knaebel

Notes

[1] 374 900 sur 3,9 millions, selon les estimations de l’institut IMU de Stuttgart. Plus d’un quart des salariés allemands du secteur se trouvent ici.

[2] Réalisée par la section badoise d’IG Metall.

[3] Soit au-dessus de l’objectif fédéral de 35 %.

[4] Le chercheur a réalisé une étude, commandée par les Verts européens, sur le développement de la technologie verte chez les constructeurs de machines de Bade.

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:23

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Evolution du niveau de vie mensuel moyen, selon la tranche de niveau de vie, en euros 2009 et en %

 

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Distribution des niveaux de vie en France en 2010 avant et après impôts et prestations sociales, en % de la population

 

 

Pour réduire les inégalités de revenus, il est possible de jouer sur deux leviers. Le premier porte sur les revenus d'activité et du patrimoine, le second relève du système de redistribution, via les prestations sociales et les prélèvements.

 

Des riches plus riches, des pauvres plus pauvres. C'est ce qui ressort clairement de l'évolution des niveaux de vie (*) entre 2002 et 2009. Alors que les inégalités avaient plutôt eu tendance à diminuer lentement jusqu'en 2002, elles ont recommencé à s'accentuer depuis. Ainsi, le dixième le moins favorisé des ménages a vu son niveau de vie reculer en moyenne de 2,1 %, tandis que le dixième le plus favorisé l'a vu augmenter de 9,6 % (et même de 12 % pour le vingtième le plus favorisé). Et l'écart entre la moyenne des deux dixièmes extrêmes est passé de 6 à 6,7. Cette déformation du partage des richesses a donc débuté avant même la crise.

En s'accentuant, ces inégalités nuisent non seulement à la cohésion sociale, mais aussi au bien-être et à la santé de toute la société [1]. Deux stratégies sont envisageables pour les réduire : la première vise à diminuer les inégalités de revenus primaires, c'est-à-dire les revenus d'activité et ceux du patrimoine avant redistribution ; la seconde s'appuie sur la redistribution, à travers les prélèvements et les prestations sociales.

Regarder vers la durée effective de travail

En ce qui concerne les revenus du travail, et plus particulièrement les revenus du travail salarié, on pense évidemment d'abord au relèvement du salaire minimum, le Smic. Il n'est cependant pas certain que ce soit la meilleure méthode, car les inégalités salariales tiennent moins au salaire horaire qu'à la durée effective de travail rémunéré [2]. En 2009, le quart des 24,4 millions de salariés ayant le revenu salarial (*) le plus faible ont gagné en moyenne 3 890 euros sur l'année - l'équivalent de trois mois et demi de Smic à plein temps -, soit dix fois moins que le quart au revenu salarial le plus élevé (38 750 euros). Les différences de temps de travail expliquent 84 % de cet écart : les premiers ont été payés 95 jours en équivalent temps plein dans l'année (y compris les jours non travaillés inclus dans le contrat de travail), alors que les seconds l'ont été toute l'année ou presque.

Lutter contre les inégalités salariales, c'est donc d'abord lutter contre les contrats temporaires et les temps partiels. De fait, les trois branches d'activité qui comptent le plus de travailleurs pauvres sont aussi celles qui recourent le plus aux temps partiels et aux contrats temporaires : hôtels et restaurants (19,2 % de travailleurs pauvres), services personnels et domestiques (15,3 %), intérim (13,3 %). Or, surprise : les deux premières branches bénéficient d'un soutien fiscal actif des pouvoirs publics, avec un taux réduit de TVA pour la restauration et une déductibilité fiscale de moitié du coût salarial pour les services à la personne. En conditionnant ces avantages fiscaux au respect d'engagements des professionnels sur la limitation des emplois à temps partiel, ou en sanctionnant les recours excessifs aux CDD ou à l'intérim, on pourra relever le bas de la distribution des revenus salariaux.

En revanche, le résultat d'une action directe sur le niveau des salaires horaires, que ce soit par le bas (Smic) ou par le haut - instauration d'un " revenu maximal admissible " (RMA) - est plus hypothétique, en raison des potentiels effets pervers que cela pourrait susciter. Une hausse du Smic a en effet des répercussions directes sur un tiers des salariés français, ceux dont les gains horaires sont compris entre 1 et 1,3 fois le Smic. Par exemple, une progression de 2 euros bruts de l'heure (1,55 euro net de l'heure) représenterait un surcoût de l'ordre de 16 à 18 milliards d'euros pour l'ensemble des employeurs français, en supposant que la hausse se diffuse de façon dégressive jusqu'à 1,3 fois le Smic. Cela pourrait provoquer des compressions d'emplois, les employeurs cherchant à rattraper ce surcoût salarial par des gains de productivité accrus. On verra ci-après qu'une autre solution est envisageable pour relever les bas salaires.

Quant à la limitation par le haut - le " RMA " -, elle risquerait de susciter des délocalisations importantes de sièges sociaux. En revanche, la limitation des dividendes (et des très hauts revenus salariaux) par l'impôt est tout à fait envisageable. Mais on entre là dans le domaine de la redistribution.

Accentuer le caractère redistributif des prestations sociales

La redistribution est loin d'être inefficace : grâce à elle, le niveau de vie du cinquième le plus défavorisé de la population progresse de moitié, tandis que celui du cinquième le plus favorisé est réduit de 20 % [3]. Mais cette fonction redistributrice s'est atténuée depuis une vingtaine d'années : le cinquième le mieux loti est davantage épargné par le fisc, ce qui lui a procuré un gain de niveau de vie de 2 %, tandis que les prestations sociales sont devenues moins progressives, réduisant de 2 % le niveau de vie du cinquième le moins bien loti.

Il faut donc d'abord accentuer le caractère redistributif des prestations sociales, notamment par le biais d'une réforme du quotient familial (voir encadré) et d'une augmentation du montant des minima sociaux. Le dernier rapport d'évaluation du revenu de solidarité active (RSA) [4] a montré que le RSA activité (qui complète les revenus d'activité des travailleurs pauvres) n'a pas spécialement incité à la multiplication d'emplois très temporaires ou à temps très partiel, comme on pouvait le craindre. Il pourrait donc être étendu en absorbant l'actuelle prime pour l'emploi et en la recentrant sur les bas salaires. Une réforme complexe, puisque le RSA est attribué en fonction du revenu familial, alors que la prime pour l'emploi l'est en fonction du revenu d'activité personnel. Ce qui pourrait plaider en faveur d'un impôt sur le revenu qui ne soit plus familialisé, comme le proposent Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez [5].

Les effets controversés du quotient familial

Denis Clerc

Le quotient familial consiste à attribuer à chaque famille des " parts " supplémentaires en fonction du nombre d'enfants à charge : 0,5 part pour un enfant, 1 part pour deux enfants, 2 pour trois, 2,5 pour quatre, etc.

Comme le montant de l'impôt est calculé à partir du revenu imposable divisé par le nombre de parts, ce système permet, pour un nombre d'enfants donné, de réduire davantage l'impôt des contribuables les plus riches que celui des autres. Sur les 14 milliards d'euros de réduction d'impôts accordés en 2009 au titre des enfants à charge, 6,5 ont bénéficié au dixième le plus aisé des ménages… tandis que le quart le plus modeste des ménages n'en a pas du tout profité, puisqu'il ne paie pas d'impôt sur le revenu.

Que faire alors ? Trois solutions sont envisageables. La première consisterait à mettre un plafond à l'avantage fiscal lié au quotient familial nettement plus bas que celui qui existe actuellement (et qui ne touche que les 2 % les plus riches). La deuxième serait de remplacer le quotient par un crédit d'impôt fixe par enfant (remboursable en cas de non-imposition), une solution choisie par la plupart des pays de l'Union européenne. La troisième consisterait à le supprimer en augmentant sensiblement et en fiscalisant les allocations familiales, qui seraient attribuées dès le premier enfant.

Quant au RSA socle, qui s'est substitué au RMI, son niveau actuel (460 euros pour une personne seule, soit moins de la moitié du seuil de pauvreté) est très éloigné d'un minimum décent. Ce n'est pas en condamnant les pauvres à une vie misérable qu'on leur permettra de trouver un emploi, mais en leur proposant des emplois dignes de ce nom ou encore en faisant en sorte qu'eux et leurs enfants puissent accéder à une formation réellement qualifiante, les rendant aptes à être employables.

Il s'agit ensuite de prélever davantage sur les revenus et les patrimoines élevés. Chacun ayant tendance à estimer que seuls ceux qui gagnent plus que lui peuvent être considérés comme riches, il faut fixer une barre, un " seuil de richesse " en quelque sorte. Ce pourrait être le double du niveau de vie médian : soit 4 800 euros de revenu mensuel après impôts pour un couple sans enfants, 6 700 à 7 400 euros après impôts pour un couple avec deux enfants, selon l'âge de ces enfants.

Aujourd'hui, 7 % à 8 % de la population ont des revenus supérieurs à ce seuil. Entre 2002 et 2009, cette couche a été la principale gagnante de la répartition des richesses. Il n'est pas anormal qu'elle retrouve le statu quo ante et abandonne ainsi les 8 à 10 milliards d'euros que les réformes de ces dernières années lui ont fait gagner au détriment du reste de la population.

 

* Niveau de vie : revenu disponible (après impôts et prestations sociales) d'un ménage, en tenant compte de la composition de ce ménage.

* Revenu salarial : salaire net effectivement perçu, compte tenu des temps partiels et des interruptions d'emploi.

 

http://www.alternatives-economiques.fr/un-partage-de-la-richesse-de-plus-en-plus-inegal_fr_art_1141_58379.html

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:19

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Quatre mois après le suicide d’un éducateur travaillant pour l’association d’Action éducative et sociale (AAE) à Dunkerque, une deuxième salariée a tenté vendredi dernier de mettre fin à ses jours dans son bureau. Depuis des années, les salariés mettent en cause gestion catastrophique et RGPP destructrice. Pour eux, le suicide de leur collègue Fabrice aurait dû entraîner des changements. Mais depuis, rien n'a bougé.  Enquête.

 

Une minute de silence. Dans la grande salle de l’Atrium à Grande-Synthe, une centaine de salariés, debout, rendent hommage à Fabrice Hrycak, cet éducateur de 38 ans, père de famille, qui s’est suicidé au petit matin du 17 novembre 2011 sur le pont très passant de Rosendaël à Dunkerque. Les traits tirés, les salariés sont venus à l’assemblée générale pour décider des suites de leur mobilisation. C’est que, sur les 350 salariés de l’association d’action éducative et sociale, environ 200 ont exercé leur droit de retrait pendant 19 jours à partir du jour du décès de Fabrice, s’estimant individuellement en danger sur leur poste de travail. « Une action rarissime », avance le délégué CGT et éducateur Philippe Toulouse. Le suicide de Fabrice, « c’est l’arbre qui cache la forêt », renchérit un autre salarié. Cet acte extrême et irréparable a mis en lumière une série de dysfonctionnements graves liés à une mauvaise gestion de la structure. Encore vendredi dernier, une éducatrice de l'AAE a tenté de mettre fin à ses jours au siège de l'association. Pour le délégué CGT, l'explication est toujours la même : « harcèlement moral de la part de sa chef de service et un climat de souffrance au travail au sein de l'association ». Depuis plusieurs années pourtant, les membres du CHSCT mais aussi les représentants syndicaux (CGT, CFDT et SUD Solidaires) n’ont cessé d’alerter la direction de l'aggravation de ces souffrances au travail dont de nombreux salariés faisaient état. Parmi les 300 employés, beaucoup travaillent sur les pôles éducatif et social. Les uns s’occupent d’enfants et d’adolescents envoyés par la protection de l’enfance ou placés par la justice, d’autres soutiennent des familles dans un processus de réinsertion.

 

Culpabilisation et menace de licenciement

 

Fabrice Hrycak travaillait depuis douze ans à l’AAE. Il s’occupait de jeunes âgés entre 15 et 17 ansdans le foyer « Les enfants de Jean-Bart » de Saint-Pol-sur-Mer. « Au mois de juin, Fabrice a été blessé une première fois en essayant de maîtriser un jeune. Il a eu deux côtes fêlées. A partir de là, il a été considéré comme une brebis galleuse par l’AAE », raconte Guy Hrycak, le père de Fabrice. Le 8 septembre, Fabrice fait face de nouveau à un jeune et écope de deux côtes cassées. C'est là que s'amorce pour cet éducateur « une descente aux enfers ». Fabrice reçoit une lettre de licenciement pour faute grave. Convoqué le 22 septembre par la direction, il se fait accompagner par un membre du Comité hygiène et sécurité. « Pendant cet entretien, au lieu de le soutenir, Jean-Félix Massin, directeur administratif et financier n'a cessé de l'enfoncer, témoigne Philippe Toulouse. Ils ont tout fait pour le culpabiliser. Ils l’ont attaqué sur son comportement, en l’accusant d’avoir fait un faux certificat maladie». « Ils » ? Ce sont Daniel Lemang président et élu PS à la mairie de Dunkerque, André Thomas, directeur général et Jean-Félix Massin, directeur administratif et financier, trois responsables ouvertement désignées par la majorité du personnel comme responsables d'un management destructeur. Contacté par téléphone, André Thomas refuse de se prononcer sur le suicide de Fabrice : « Une action en justice est en cours, c'est dommage ce qui est arrivé, tout le monde le déplore » tout en assurant qu'il ne regrette pas les procédures mises en place à l'encontre de Fabrice même si, reconnaît-il du bout des lèvres, « sur la sanction disciplinaire, on a mis la barre haute. Ca fait partie de mes doutes ». Pour lui, l'entretien avec l'éducateur ne s'est pas mal déroulé : « Je ne regrette pas de lui avoir proposé de rebondir sur le secteur adulte, ça fait du bien de bouger ». Peut-être. Sauf qu'il a muté Fabrice sur une autre ville, à 40 kilomètres de son domicile, en sachant pertinemment que ce dernier n'avait pas de voiture... Evelyne Delsinne est membre du CHSCT et délégué CFDT. Elle a soutenu Fabrice au même titre que Philippe Toulouse. « Le plus dur pour Fabrice, ça a été le fait que l’association ne reconnaisse pas son arrêt de travail. Pour moi, c’est clair : l’employeur a accablé Fabrice » Dans le local syndical, d'autres employés de l'association sont présents. Et notamment, la maîtresse de maison de l’établissement situé à Saint-Pol-sur-Mer où travaillait Fabrice. Présente le jour de l’altercation entre le jeune et l’éducateur, elle raconte : « Ce jeune avait mis un gros bazar dans la maison. Il avait déjà mis un coup de tête à une éducatrice parce qu’il ne voulait pas se lever. Alors Fabrice lui a fait la morale. Le jeune était très violent et devait partir de chez nous, il n’était pas à sa place ». Le jour de la marche blanche pour Fabrice, un autre éducateur avait la jambe dans le plâtre. Ce même jeune venait quelques jours avant de lui casser le genou.

 

Jusqu'à 90 heures par semaine et des locaux en délabrement 

 

Pour Philippe Toulouse, le délégué syndical CGT, ce suicide aurait pu être évité. Voilà des mois que le CHSCT alerte sur les souffrances au travail dans l'association. « On les a prévenus plusieurs mois avant le décès de Fabrice qu'il allait arriver quelque chose de semblable à France Telecom ». En cause ? La réorganisation des services lancée en septembre 2010, sans compter les effets de la RGPP dès 2007, appliquées un peu trop à la lettre au goût du syndicaliste : « Réduction des coûts, réduction des effectifs, pas de remplacement de départ à la retraite, des contrats précaires, des surcharges de travail, des rythmes de travail désorganisés... Certains font jusqu'à 90 heures par semaine. Les éducateurs se retrouvent seuls sur leurs postes. On est soumis à un taux d'activité. Il faut remplir les structures. Nos employeurs répondent à des appels d'offre à la pelle sans se soucier de la capacité à les tenir dans de bonnes conditions. Les enfants sont devenus des marchandises », s'emporte le délégué CGT. Des exemples concrets de cette réorganisation forcée, les salariés en ont à revendre. Laure s'occupe d'enfants en bas- âge. Elle a été affectée dans une unité qui ne lui correspond pas. « Je ne comprends pas pourquoi j'ai été mise là. On a un chef de service qui ne correspond pas aux missions. Les éducateurs sont obligés de se débrouiller seuls ». Christiane, elle, est agent de service d'intérieur depuis quatre ans. Elle s'occupe du foyer de Saint-Pol-sur-Mer : « On appelle ce foyer «la poubelle ». La maison est affreuse, dans un sale état. Je m'occupe de tenir le lieu propre. Mais avec un éducateur pour seize jeunes, vous imaginez ? ». Patrice gère quant à lui la maintenance. Il confirme l'état de délabrement de ce foyer : « Il y a des trous dans les murs, les éducateurs sont trop peu nombreux, ils ne peuvent pas tout gérer. Nous, côté maintenance, on a un périmètre d'intervention beaucoup trop grand. Avec un véhicule pour trois, on ne peut pas se déplacer correctement ». Sabine est une travailleuse handicapée. Suite à une mauvaise chute, elle a enchaîné de nombreuses opérations du genou. Très affectée par le suicide de Fabrice, elle explique la situation de détresse de nombreux salariés : « La direction décide de vous placer à des postes qui ne correspondent pas à votre mission. Beaucoup de personnes sont en arrêt maladie. Moi, j'ai été mise au placard pendant un an. Je suis handicapée et ils font tout pour me faire craquer et pour que je parte. Quand je suis rentrée après un congé maladie, mon poste avait disparu. Je n'ai pas de missions alors que je travaille dans la réinsertion de jeunes de plus de 16 ans et qu'il y a beaucoup à faire. Depuis un an, je n'ai pas de salle pour faire des ateliers, on ne m'envoie pas de jeunes. C'est simple, je n'existe pas ».

 

Une structure qui vit au-dessus de ses moyens ?

 

Monsieur Thomas, directeur de l’AAE, attribue le conflit en cours à « un dialogue très difficile avec le CHSCT depuis notre réorganisation ». Et pour lui, la direction a correctement pris en compte les souffrances signalées : « Aujourd'hui, les salariés signalés en difficulté sur certains postes ont été déplacés à d'autres postes de travail ». Ce n’est pas l’avis des membres du CHSCT qui n’ont cessé de tirer la sonnette d'alarme : « Nous avons les P.V des CHSCT qui prouvent que, depuis deux ans, nous ne cessons d'alerter la direction qu'il va se produire quelque chose de grave, que les salariés sont à bout. En septembre 2010, nous avons demandé qu'une expertise soit menée. Elle a été refusée par la direction en disant qu'elle coûtait trop chère et qu’elle prenait trop de temps. Mais cela ne leur a pas posé de problème d'installer un système de géolocalisation sur les voitures des éducateurs d'un montant de 46 000 euros sans consulter les salariés », affirme Philippe Toulouse. Contraire aux droits et libertés des salariés, le CHSCT a saisi la CNIL qui a mis en demeure l'association. Sur ce point, la direction a été obligée de faire marche arrière et de faire retirer ce système de géolocalisation par la même entreprise qui l'avait installé. Il est aussi reproché à plusieurs cadres de l'association de percevoir des salaires avoisinant les 8000 euros par mois et de profiter d'avantages en nature : voitures toutes options, entretien, carburant à volonté pour tous les déplacements y compris personnels, téléphone portable Iphone 4 et frais de bouche.

 

L'intersyndicale réclame la démission de la direction

 

Face à ces accusations nombreuses et accablantes, André Thomas se défend en expliquant que le carburant et la voiture de fonction font partie des bénéfices de la fonction de cadre, inscrite dans la convention collective. « Ceci dit, ajoute-t-il, nous avons décidé à compter du 1er février de diminuer le nombre de voitures de fonction et de supprimer les frais d’essence à titre personnel. Mon salaire aujourd’hui n’est pas de 8000 euros mais de 4500 euros net ». Lors d’une assemblée générale, le commissaire aux comptes a déclaré que la moyenne des 11 plus gros salaires de l’AAE s’élevait à 693 000 euros par an, soit 5250 euros par mois. Un chiffre confirmé par Jean-Félix Massin lui-même lors de la tenue d’un CHSCT. 8000 euros, 5000 euros ou 4500 euros… des salaires particulièrement élevés pour une association qui œuvre dans le social et qui contrastent fortement avec les bas salaires des éducateurs touchant 1500 euros avec dix-huit ans d’ancienneté. Depuis le suicide de Fabrice, les salariés n’ont vu aucun changement, à part quelques mesures à la marge. Avec la tentative de suicide d'une salariée vendredi dernier, c'en est trop. L’intersyndicale réclame la démission de Daniel Lemang, André Thomas et Jean-Félix Massin pour revenir « à une politique associative qui retrouve le cœur de l'action sociale ».

 

Ixchel Delaporte

photos I.D

 

http://quartierspop.over-blog.fr/article-a-dunkerque-les-travailleurs-sociaux-victimes-d-un-management-destructeur-102782981.html


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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 18:45

arton16167-2cc7a.jpgAvec ses dizaines de millions de chômeurs, de précaires, de pauvres, de sans abris etc., l’ Europe s’enfonce profondément dans la misère. Les peuples d’Europe, comme des « esclaves », sont réduits à vivre au jour le jour sous la dictature brutale du capital. Leur vie et leur destin sont entre les mains des multinationales, des marchés financiers, des agences de notation, des experts de l’Union Européenne, de la BCE, du FMI qui décident à leur place. Les gouvernements leur répètent à longueur de journée et de nuit que leur prospérité, leur salut et leur bonheur résident dans les plans de rigueur et d’austérité. Et lorsqu’on leur organise des élections, les instituts de sondages et les médias se chargent de les « aider » en leur dictant leur choix. Cette « farce démocratique » se produit régulièrement et porte à la tête de l’État des partis dont la mission est d’ exécuter les ordres des monopoles qui détiennent, eux, le véritable pouvoir. Parfois, la classe dominante ne juge même pas utile de procéder aux élections. Elle choisit directement ses gouvernements sans se soucier le moins du monde de l’avis des populations. Quelques jours seulement ont suffit pour remplacer Georges Papandreou et Silvio Berlusconi. A leur place, la bourgeoisie a mis des hommes qui vont servir ses intérêts d’une manière plus brutale et plus violente en appliquant sa politique de destruction de ce qui reste encore du tissu économique et social. La Grèce et l’Italie sont désormais sous tutelle de l’Union européenne. La souveraineté nationale et la démocratie sont ainsi vidées de leur contenu et transformées en mascarade grossière et ridicule.

En Espagne, J.L. Zapatero a ruiné son pays à coups de plans d’austérité avant de céder sa place à Mariano Rajoy. Quelques mois seulement après les élections législatives de novembre 2011, les espagnols se sont rendus compte que M. Rajoy pour lequel ils ont voté massivement applique les mêmes recettes économiques que J.L Zapatero. Plus de 100 000 chômeurs supplémentaires rien que pour le mois de février 2012, portant le nombre total d’hommes et de femmes privés d’emploi à 4,7 millions, record absolu pour l’Espagne de Zapatero et de Rajoy ! (1). Déçu, désemparé et révolté, le peuple d’Espagne est sorti massivement le 19 février 2012 et se mettra en grève générale le 29 mars pour protester contre cette politique de misère imposée par le capital par gouvernements interposés. Les régions autonomes de Valence (2) et de Galice (3) connaissent de fortes mobilisations populaires contre cette même politique misérable menée par le gouvernement régional et central. En Andalousie, durement frappée par le chômage, les ouvriers agricoles renouent avec l’occupation des terres. Depuis le 4 mars 2012, 500 journaliers agricoles occupent la Finca Somonte près de Cordoba (4). Cette occupation des terres rappelle les glorieuses luttes menées par les habitants de Marinaleda dans les années 80 (5).

Les Pays-Bas, présentés avec l’Allemagne comme un modèle à suivre et à qui les agences de notation ont accordé le « triple A » connaissent à leur tour une nette augmentation du chômage et une récession persistante (6). Comme les autres pays de l’Union Européenne, ils subissent de plein fouet la crise du capitalisme. La bourgeoisie hollandaise va profiter de cette situation pour tailler dans les dépenses publiques de l’Éducation et de de la Santé notamment. Elle profitera également pour « flexibiliser » un peu plus le marché du travail au grand bonheur des patrons néerlandais.

Les quelques différences de degré et non d’essence qui existent entre l’UMP et le PS, deux partis qui alternent au pouvoir en France depuis des décennies au mépris de ce qu’ils appellent les « petits partis », ne suffiront évidemment pas pour renverser cette tendance de fond. Bien au contraire, cette alternance, profondément ancrée dans l’Union Européenne, ne fait qu’empirer la situation économique et sociale des travailleurs. La bourgeoisie française, comme toutes les autres bourgeoisies européennes, est déterminée à venir à bout de l’ensemble des acquis sociaux arrachés de haute lutte par des générations successives. Tout au long de la campagne électorale, la classe dirigeante française a distillé, comme un venin mortel, son discours haineux et fascisant et a créé un climat étouffant et détestable. Jamais la France n’a connu une campagne électorale aussi médiocre que dangereuse. Globalement elle a réussi relativement facilement à occulter durant toute la campagne électorale, grâce à ses médias, les malheurs qui rongent la vie des citoyens au quotidien (chômage, précarité, Santé, Éducation, logement etc.). Et quel que soit le parti qui sortira vainqueur des élections présidentielles et législatives de 2012, il aura comme tâche essentielle de poursuivre la politique d’austérité avec toutes ses conséquences dramatiques sur les couches populaires.

Dans toute l’Europe, avec ou sans élections, à l’Est comme à l’Ouest, c’est toujours la même politique servant les mêmes intérêts qui est poursuivie : maximisation des profits quel que soit le prix à payer par les populations.

Corruption, scandales financiers, affaires en tout genre se multiplient au moment même où la bourgeoisie exige des classes populaires des sacrifices de plus en plus insupportables (7). Parachutes dorés, retraites chapeau, actions gratuites, primes, bonus et autres stock-options sont allègrement octroyés aux dirigeants des grandes entreprises même lorsqu’ils procèdent aux licenciements de ceux qui ont produit ces richesses, les salariés.

Pour masquer sa responsabilité dans la destruction massive des économies européennes et détourner la colère et le combat des travailleurs et des salariés en général des véritables problèmes économiques sociaux et politiques, la bourgeoisie européenne fabrique des boucs émissaires. L’Étranger, le Noir, le Musulman, le Rom, le Sans Papiers etc, dont la bourgeoisie n’a plus besoin de leur force de travail, sont présentés à une population traumatisée et paupérisée par les différents plans d’austérité comme les véritables responsables des malheurs de l’Europe. La classe dirigeante tente, par cette stigmatisation généralisée, d’occulter sa faillite économique et morale. Elle mobilise alors les gouvernements, les médias, la justice etc., pour traquer ces ennemis qui « volent » l’emploi des « vrais » européens et rabaissent « la civilisation européenne ». Rappelons pour mémoire que c’est au nom de cette même « civilisation » que la bourgeoisie européenne, poussée par la recherche effrénée du profit, a envahi et colonisé le monde entier au prix des pires massacres de l’histoire. Les crimes de la bourgeoisie en Europe et dans le monde, souvent au nom de cette prétendue « civilisation », sont innombrables et dépassent le cadre de cet article.

Mais malgré tous ces malheurs, le capital et la classe qui le porte, la bourgeoisie produisent et préparent en même temps les conditions matérielles de transformation sociale et du dépassement du capitalisme. Les travailleurs et les salariés en général n’ont absolument rien à attendre de ce système qui les opprime. Par contre, ils ont tout un monde à gagner en travaillant unis à leur propre émancipation. Rappelons que dans ce système la vie des hommes en elle-même, n’a aucune valeur !

L’abolition du capitalisme et la construction du socialisme restent les seules perspectives. Le socialisme, toutefois, n’est pas un dogme, un modèle, un idéal, mais un mouvement qui puise sa force dans la réalité économique, sociale et politique engendrée par le capitalisme lui-même. La société bourgeoise actuelle a de plus en plus de mal à masquer l’opposition entre le développement prodigieux des sciences et techniques qui donne une puissance scientifique à la production jamais égalée dans l’histoire et le partage des richesses qui restent concentrées entre les mains d’une minorité : richesses fabuleuses pour une petite partie de la population d’un côté et misère sordide pour la majorité de l’autre !

L’exemple de la situation matérielle des couches populaires, par rapport à la minorité dominante en Grèce, en Espagne, au Portugal, et bientôt en Italie, au Royaume-Uni, en France, sans parler des pays de l’Europe de l’Est, est éloquent à cet égard. Le développement des associations caritatives comme les Restos du Coeur en France ou la distribution de la soupe populaire par les mairies et l’église en Grèce, le travail des enfants qui quittent l’école pour aider leurs parents au chômage, ne sont que quelques signes visibles de cette misère qui s’étend en Europe. Le paupérisme en Europe est une réalité que la propagande de la classe dominante a du mal à cacher.

Mais le capitalisme ne disparaîtra pas de lui-même. Plus il s’enfonce dans la crise et plus il devient dangereux. On le voit en Europe avec les agissements du capital financier qui est une composante essentielle du système pris dans sa globalité. On le constate également dans le monde arabe où l’impérialisme tente de briser, directement ou indirectement, l’élan et la vitalité révolutionnaires des peuples. En Amérique latine, il utilise tous les moyens en sa disposition pour anéantir ou bloquer les expériences originales d’un certain nombre de pays qui tentent de sortir du capitalisme pour aller vers le socialisme : contrôle des ressources naturelles, nationalisation de vastes secteurs de l’économie, répartition plus équitable des richesses, accès universel à l’Éducation et à la Santé, protection de l’environnement, résistance à l’impérialisme américain etc. etc.

Le crépuscule du capitalisme ne signifie donc pas l’aube du socialisme.

Si certains pays d’Amérique latine déploient des efforts réels pour progresser vers le socialisme du 21ème siècle, l’Europe, elle, s’enfonce dans la nuit obscure du capitalisme : privatisations de tous les secteurs de l’activité économique, asservissement total au capital, montée du néo-fascisme, guerres intérieures et extérieures, mépris absolu de la vie des hommes, etc. etc. Malheureusement, le projet du passage à la société socialiste n’est qu’un horizon lointain pour les forces du progrès en Europe. Laminée par le chômage de masse et « la guerre de tous contre tous » sur un marché du travail désormais mondialisé, la classe ouvrière en Europe peine à produire des directions syndicales et politiques capables de résister efficacement aux assauts du capitalisme. La bourgeoisie tire sa force de la faiblesse de ses ennemis de classe.

Pourtant, ici ou là des révoltes éclatent. Elles sont encore timides, émiettées, isolées les unes des autres, éphémères et sans projet réellement socialiste. Mais la fuite en avant de la bourgeoisie dans les politiques d’austérité va aggraver encore la situation matérielle de vastes couches de la population. Les travailleurs et l’ensemble des victimes du capitalisme en Europe doivent se préparer à de nouveaux combats s’ils ne veulent pas voir leurs conditions d’existence empirer. Les forces du progrès, dans chaque pays d’abord, doivent amplifier les mobilisations qui existent déjà avant de les étendre à toute l’Europe ensuite. La lutte contre le capitalisme vieillissant ne doit pas se limiter à une guerre d’escarmouches contre ses effets. Il faut oeuvrer en même temps à sa disparition et à la construction du socialisme.

Mohamed Belaali

http://belaali.over-blog.com/

(1) http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne...

(2) Voir le journal Le Monde du 1er mars 2012, page 2,

(3) http://www.elmundo.es/elmundo/2012/03/11/galicia/1331473505....

(4) http://www.medelu.org/Tierra-y-libertad

(5) http://belaali.over-blog.com/article-un-village-andalou-5581...

(6) Le Monde du 4/5 mars 2012 page 5.

(7) http://belaali.over-blog.com/article-qu-elle-est-jolie-la-re...

Voir également l’enquête Eurobaromètre de la Commission Européenne : http://ec.europa.eu/luxembourg/news/frontpage_news/12_2012_f...

 

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http://www.legrandsoir.info/europe-crepuscule-du-capitalisme-et-horizon-du-socialisme.html
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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 18:42

7130_1169377587209_1011036965_30495684_3565636_n.jpgPresque 650 000 euros de plus qu’en 2007. Soit une progression de 30% de son patrimoine en cinq ans ! Une performance qui ferait saliver bien des gestionnaires de fonds spéculatifs... C’est ce que révèle la publication de la déclaration de patrimoine de Nicolas Sarkozy dans le Journal Officiel. Une obligation légale dont se serait sans doute bien passé le président sortant.

Évalué à plus de 2,7 millions d’euros, le patrimoine de Sarkozy se compose pour l’essentiel d’assurances-vie (2,58 millions d’euros). Son salaire joue un rôle non négligeable grâce à l’augmentation de 170 % que le président s’est octroyé dès son arrivée à l’Élysée, passant de 14 200 à 21 000 euros mensuels).

L’Observatoire des inégalités rappelle qu’en 2010, 48 % du patrimoine national est détenu par 10 % des ménages les plus riches. Et les 1% les plus riches détiennent 17% de la richesse nationale. Tandis que les 10 % des ménages les moins bien dotés disposent de seulement 0,1 % de la richesse totale. Conclusion d’une étude de l’Insee, « les inégalités de patrimoine n’ont cessé de s’accroitre entre 2004 et 2010 ». Celui qui cherche aujourd’hui à revêtir le costume de « président du peuple » est-il sûr de son choix ? L’image du « président des riches » lui va si bien...

 

http://www.bastamag.net/article2250.html

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