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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 18:38

1couv_CCMO3.jpgNB : le texte qui suit est la première partie d'un article publié dans l'ouvrage collectif Le Moyen-Orient en marche : perspectives croisées, qui vient de paraître aux éditions du Cygne. À la fin de l'extrait, on trouvera le sommaire du livre. 

 

Depuis la défaite de juin 1967 et avec le déclin du nationalisme arabe, la Palestine a souvent été considérée comme le dernier bastion (ou l’avant-garde) de la lutte anti-impérialiste et anti-sioniste au Moyen-Orient. La résistance maintenue des Palestiniens à l’occupation et à la colonisation israéliennes, de la lutte armée des années 1970 aux initiatives dites de « résistance populaire » (à partir de 2005), en passant par la première Intifada (décembre 1987), a longtemps servi de point de référence aux peuples de la région, orphelins des idéaux nassériens et/ou panarabes.

 

Les bouleversements que traverse aujourd’hui le monde arabe interrogent cette approche « classique », selon laquelle les populations de la région accusaient un considérable « retard » sur les Palestiniens, ces derniers étant les seuls à avoir échappé au processus de glaciation politique et sociale entamé dans les années 1970. Certains en étaient même allés jusqu’à considérer que le monde arabe n’était plus un acteur de l’Histoire. Un éditorial du Monde expliquait encore, le 19 mars 2011, au sujet de l’expédition militaire en préparation en Libye, ceci : « Il faut associer le monde arabe aux opérations militaires. Il en a les moyens : il dispose de centaines de chasseurs. Il a l’occasion de faire l’Histoire, pas de la contempler »[1].


Sans tomber dans les excès de l’éditorialiste – anonyme – du Monde, force est de constater que le combat palestinien a longtemps joué un rôle de lutte « par procuration » pour des populations dont les dirigeants avaient depuis longtemps abandonné les idéaux nationalistes. Or, depuis quelques mois, ce n’est plus tant le monde arabe qui « regarde » vers la Palestine, mais bien souvent le peuple palestinien qui « regarde » vers le monde arabe : de même que, par exemple, les bombardements sur Gaza en 2008-2009 avaient fait la « Une » des journaux arabes et généré un élan de solidarité avec la population de Gaza dans toute la région, la chute de Ben Ali, puis de Moubarak, ont occupé la « Une » des médias palestiniens et ont suscité chez les habitants des territoires occupés la sympathie, pour ne pas dire l’admiration, à l’égard des peuples tunisien et égyptien.

 

Cette sympathie n’est pas seulement à appréhender du point de vue de la « solidarité internationale ». Elles expriment en réalité ce que l’échec des idéologies panarabes avait en partie occulté : la conscience d’une communauté de destin chez les peuples de la région, en raison notamment d’une histoire coloniale et postcoloniale commune, quand bien même les récentes histoires nationales auraient divergé. La singularité de la situation palestinienne et sa surexposition politique et médiatique lui ont conféré une place particulière dans les processus d’identification régionaux. Le renversement que nous venons d’évoquer confirme ce phénomène qui traduisait, en premier lieu, l’aspiration maintenue des peuples de la région à plus de dignité, de justice et de libertés. Avec l’irruption visible des peuples arabes sur la scène politique, les Palestiniens sortent de l’isolement, et semblent en avoir conscience. 

 

S’agit-il pour autant d’un réel renversement de perspective ? En d’autres termes, les bouleversements en cours peuvent-ils contribuer à ce qu’une reconfiguration de la question palestinienne s’opère ? C’est à ces questions que je tenterai de répondre dans cette étude, en trois temps : tout d’abord, en rappelant que la question de Palestine fut, après la création de l'État d’Israël, une question arabe ; ensuite, il conviendra d’interroger l’autonomisation progressive de la question palestinienne avant, dans un dernier temps, de mesurer les premiers effets visibles, sur la scène palestinienne, du processus révolutionnaire en cours.

 

La question de Palestine : une question arabe


L’histoire récente nous fait souvent oublier que la question palestinienne (lutte pour la satisfaction des droits nationaux des Palestiniens) a d’abord été la question « de Palestine » (lutte pour la libération de la terre de Palestine) et, à ce titre, une question arabe. Les États arabes ont refusé la partition de 1947 et plusieurs d’entre eux ont été en guerre contre Israël à 3 reprises (1948, 1967, 1973). Lorsqu’en 1964 la Ligue des États Arabes soutient la création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), ce n’est pas tant pour permettre aux Palestiniens de se doter de leur propre représentation que pour réaffirmer le leadership des États arabes pour tout ce qui touche à la question de Palestine.

 

Le premier Conseil National Palestinien (CNP, « parlement » de l’OLP), se réunit à Jérusalem en mai 1964 sous l’étroite surveillance des régimes arabes, notamment de l'Égypte et de la Jordanie. Ahmad Choukeyri, à la tête du premier Comité Exécutif de l’OLP (CEOLP), est une personnalité relativement consensuelle auprès des régimes arabes, qui précise, dans son discours inaugural, ce qui suit : « la création de l’entité palestinienne dans la cité de Jérusalem ne signifie pas que la rive occidentale du Jourdain fasse sécession de la Jordanie. Nous voulons libérer notre patrie qui s’étend plus loin, à l’Ouest. En aucune façon nous ne menaçons la souveraineté jordanienne car cette terre a été, tout au long de l’Histoire, le refuge d’une même nation et n’a formé qu’une seule patrie »[2]. Une véritable lutte s’est déroulée, dans les années 60, pour que la question de Palestine soit prise en charge par les Palestiniens eux-mêmes. Ce fut la raison d’être du Fatah, fondé en 1959. Les fondateurs du Fatah en effet déduisent de la débâcle de 1948 et de l’incapacité des régimes arabes à libérer la Palestine, la nécessité d’une prise en charge autonome de la question palestinienne. C’est ce que certains ont nommé la « palestinisation » de la lutte[3], qu’on entendra ici comme le projet de réappropriation par les Palestiniens eux-mêmes d’une cause considérée comme confisquée par les régimes arabes. Pour le noyau dirigeant du Fatah, les États arabes sont incapables de mener à bien la lutte pour la reconquête de la Palestine car ils la subordonnent à leurs intérêts et objectifs propres et l’ont, de fait, reléguée au second plan.

 

Le Fatah récuse le mot d’ordre en vogue dans les milieux panarabes : « l’unité arabe conduira à la libération de la Palestine ». Ils rendent même responsables les régimes arabes de la défaite de 1948, affirmant par exemple que l’intervention des armées arabes « a échoué car les états arabes ont écarté les forces vives palestiniennes de la bataille en suspendant leurs activités armées révolutionnaires »[4]. Dans la rhétorique du Fatah, la prise en charge de la question palestinienne par les régimes arabes n’est donc pas seulement une erreur, mais un obstacle à la libération de la Palestine. D’où la nécessité d’établir un mouvement palestinien autonome, émancipé de toute tutelle arabe, avec ses propres structures, son propre programme, sa propre direction et ses propres instances de décision. La défaite de juin 1967 donne un écho conséquent au discours du Fatah, qui prendra le contrôle de l’OLP en 1968-69 autour du mot d’ordre de la palestinisation. La guerre de 1973, par laquelle les États arabes indiquent qu’ils n’entendent plus reconquérir militairement la Palestine, confortera les positions du Fatah et le processus de palestinisation qui accompagne la désarabisation du combat pour la Palestine. En effet, l’autonomie acquise par le mouvement national palestinien est aussi le reflet du désengagement des États arabes dans le combat contre Israël, facteur déterminant de la glaciation politique régionale a partir des années 1970. 

 

Une autonomie palestinienne relative

 

L’autonomie ainsi acquise est cependant à relativiser.

 

Tout d’abord, le Fatah (et l’OLP) sont dépendantes financièrement des régimes arabes. Dès le début des années 1960, le mouvement de Yasser Arafat, qui prônait la lutte armée, a frappé aux portes des argentiers arabes : en 1962, Abu Jihad se rend en Algérie où il rencontre les dirigeants du FLN qui l’assurent de leurs dispositions à soutenir le Fatah. La Syrie et l’Iraq baathistes accepteront eux aussi d’apporter un soutien matériel au mouvement et d’héberger des camps d’entraînement. Le Fatah entend jouer sur les contradictions internes au monde arabe en s’appuyant, dans le cas de l’Iraq et de la Syrie, sur des régimes en compétition avec l'Égypte nassérienne, a fortiori depuis l’échec de la République Arabe Unie. Cette politique conduira Yasser Arafat à solliciter certains de ses proches pour qu’ils recherchent le soutien financier de l’Arabie Saoudite. En 1964, le leader du Fatah missionne Khalid al-Hassan pour établir un contact direct avec les autorités saoudiennes, en l’occurrence le ministre du Pétrole Ahmad Zaki Yamani. Ce dernier organisera une entrevue entre Arafat et le Roi Faysal, qui offrira une somme d’argent considérable au Fatah.

 

Dépendant des financements et du soutien matériel étrangers, notamment arabes, le mouvement se place dans une situation doublement contradictoire avec sa revendication d’autonomie. En premier lieu, le soutien matériel est subordonné aux jeux d’alliances régionaux : la fragilité de ces alliances place le Fatah dans une situation de précarité extrême. C’est ainsi que plusieurs décennies plus tard, ce « péché originel » du Fatah aura des répercussions considérables lorsque Yasser Arafat apportera son soutien à Saddam Hussein lors de la première Guerre du Golfe, provoquant une véritable hémorragie financière de l’OLP. En second lieu, les pays « donateurs » exigent d’avoir un droit de regard sur les activités du Fatah. C’est ainsi que l’Iraq, puis la Syrie, préféreront rapidement, après avoir tenté à plusieurs reprises d’interférer dans les affaires internes du Fatah, susciter la création de mouvements « palestiniens » qui leur sont en réalité inféodés, afin de peser au sein de l’OLP.

 

Un second élément renforce le caractère subalterne de l’autonomie revendiquée par le Fatah (et dont héritera l’OLP) : c’est le principe de « non-ingérence palestinienne dans les affaires intérieures arabes ». Pensé comme la logique et juste contrepartie de la revendication de l’autonomie du mouvement palestinien et donc de la « non-ingérence arabe dans les affaires intérieures palestiniennes », ce principe s’avère en réalité être, lui aussi, une faiblesse structurelle majeure du Fatah, qui aura de tragiques conséquences, en Jordanie puis au Liban. L’idée de la non-ingérence est en effet doublement paradoxale :

 

- elle trace un trait d’égalité, avec le principe de réciprocité, entre des entités étatiques constituées et un peuple en exil… dans ces entités. Toute activité politique palestinienne au sein des États abritant des réfugiés peut être considérée par ces États comme une ingérence au sein de leurs affaires intérieures. En revendiquant le principe de non-ingérence, le Fatah offre des arguments à des régimes potentiellement hostiles et s’interdit, a priori, d’influer sur la politique des États dans lesquels vivent la majorité des Palestiniens.

 

- elle sous-entend que les Palestiniens pourraient conquérir une place dans le dispositif étatique arabe sans que celui-ci ne subisse de bouleversement majeur ou, plus précisément, sans que les organisations palestiniennes ne prennent en charge tout ou partie du combat contre des régimes autoritaires, conservateurs, voire réactionnaires. Cette analyse contestable sera source de débats et de tensions avec les futures organisations de la gauche palestinienne.

 

Le principe de non-ingérence renforce le caractère subalterne, voire contradictoire, de l’autonomie revendiquée par le Fatah. Il indique que, malgré une rhétorique très critique à l’égard des régimes arabes, le mouvement n’entend pas entrer en confrontation directe avec eux. Conscients de leur faiblesse numérique et militaire, les dirigeants du Fatah comptent sur le soutien des États arabes dans la lutte pour la libération de la Palestine. La dépendance à l’égard des États arabes est assumée, elle participe du positionnement paradoxal du Fatah et le l’OLP dans le contexte politique et social régional à partir des années 1970. Ce positionnement paradoxal et le caractère structurellement subalterne de l’autonomie palestinienne marquera durablement le mouvement national palestinien. Si la question de Palestine est progressivement devenue une question palestinienne, elle n’en est pas moins demeurée une question intégrée au dispositif régional. A l’heure où ce dernier est en train de vaciller, rien de surprenant dans le fait que les coordonnées de la question palestinienne soient amenées à être rapidement bouleversées. 

 

Les premières répercussions du processus révolutionnaire

 

(...)

 

 

Présentation et sommaire complet de l'ouvrage

 

Les mouvements de protestation contre les régimes autoritaires qui s'élèvent dans tous les pays arabes donnent à voir un autre visage des mondes arabes jusqu'ici nié dans un amas de clichés nauséabonds. De l'inadéquation supposée entre islam et démocratie, au besoin inventé des peuples arabes d'être dirigés par un leader, ces stéréotypes sont aujourd'hui visiblement balayés par des processus qui ont en réalité mûri depuis le mouvement de la Nahda au XIXe siècle.


Si la métaphore du « printemps arabe » renvoie justement à cette idée d'une renaissance, elle cantonne aussi, le temps d'une saison, un mouvement qui promet de s'étendre sur un temps long. Aussi, parler de « printemps arabe » pour qualifier cette lame de fond semble quelque peu inapproprié. D'autant qu'il ne saurait y avoir un « printemps arabe », mais des « printemps arabes » protéiformes, tributaires de particularismes historiques, de systèmes politiques, de tissus sociaux propres à chacun des pays. D'ailleurs les « printemps arabes » sont loin de n'être qu'arabes... et montrent, à ceux qui en douteraient encore, que le peuple est un acteur politique, économique et social à part entière. Comment s'est construite cette prise de conscience et sur quels particularismes repose-t-elle ?


En abordant ce phénomène dans ces aspects juridiques, historiques, politiques, économiques et sociaux, ce cahier – qui s'inscrit dans une série de trois opus consacrée aux révolutions arabes – propose quelques études de cas réalisées à chaud.


Qu'elles soient entamées, maîtrisées, ou figées, ces révolutions promettent, avec des temporalités et selon des modalités différentes, des bouleversements structurels majeurs que tous doivent désormais intégrer dans leur appréhension de la région. Le Moyen-Orient, jusqu'ici perçu comme une région sclérosée, est bel et bien en marche...

 

Introduction

 

L'élection de l'Assemblée Nationale Constituante en Tunisie : où en est-on?

Meriem Ben Lamine

 

Egypte: une révolution politique inachevée

Clément Steuer

 

Fin de partie pour le président yéménite Ali Abdallah Saleh

David Rigoulet-Roze

 

La révolution syrienne prendra t-elle le chemin de Damas?

Manon Nour Tannous

 

Les révolutions arabes et le CCG: entre déni et contre-feux

Maxellende Lebras et Heike Thee

 

Le mouvement de protestation au Kurdistan irakien

Arthur Quesnay

 

Le Liban au miroir du "printemps arabe" : anciens pouvoirs et nouveaux paradigmes

Daniel Meier et Giacomo Galeno

 

Processus révolutionnaire dans le monde arabe et question palestinienne

Julien Salingue

 

L'ouvrage peut être commandé par votre libraire; il est également disponible sur les divers sites internet de vente de livres.

 



[1]  C’est moi qui souligne. Notons ici que ces propos font écho au (tristement) célèbre discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, prononcé le 26 juillet 2007, dans lequel le Président français déclarait notamment : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».

[2] Cité par Xavier Baron, Les Palestiniens : Genèse d’une nation, Seuil, Paris, 2003, p. 76.

[3] Jean-François Legrain, "Palestine, de la terre perdue à la reconquête du territoire", Cultures & Conflits n° 21-22 (1996), pp.171-221.

[4] Yezid Sayigh, Armed Struggle and the Search for State : The Palestinian National Movement (1949-1993), Oxford University Press, 1998, p. 89. 

 

http://www.juliensalingue.fr/article-processus-revolutionnaire-dans-le-monde-arabe-et-question-palestinienne-101611430.html

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Published by valenton rouge - dans Monde
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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 18:36

L’assassinat de sept personnes par un djihadiste a temporairement détourné la campagne présidentielle française des enjeux économiques qui sont au cœur de l’élection. Quelques semaines après le scrutin du 6 mai, le nouveau président participera pourtant à un sommet du G20. Et, d’emblée, il devra accepter, renégocier ou refuser un traité européen inspiré par la droite allemande qui aggraverait les politiques d’austérité. De ce choix dépendra l’orientation économique et sociale de la France, mais aussi celle de la construction européenne.


par Serge Halimi, avril 2012

L’élection française va-t-elle entraîner un changement de président sans que les débats décisifs de la période ouverte depuis 2007 soient tranchés pour autant ? L’alternance politique constituerait un soulagement pour les Français. Car, au-delà des travers les plus notoires du président sortant — son omniprésence, son exhibitionnisme, sa capacité à dire tout et puis son contraire, la fascination que lui inspirent les riches, à peu près égale à sa disposition à transformer les chômeurs, les immigrés, les musulmans ou les fonctionnaires en boucs émissaires de toutes les colères —, les cinq années écoulées ont marqué un recul de la démocratie politique et de la souveraineté populaire.

Après le référendum de mai 2005, les candidats à l’Elysée des deux principaux partis représentés au Parlement ont ignoré l’opposition de la majorité des Français à une construction européenne dont toutes les erreurs de conception se révèlent aujourd’hui. Le scrutin référendaire s’était pourtant traduit par un vote sans appel, à l’issue d’un débat national de meilleure qualité que l’actuelle campagne électorale. Et la présidence de M. Nicolas Sarkozy, qui devait marquer le retour en grâce du volontarisme en politique, s’achève sur une suite de déclarations déconcertantes.

Ainsi, alors que l’ensemble des candidats de gauche semoncent les banques, M. François Baroin, ministre français de l’économie, prétend que « s’en prendre à la finance, c’est aussi idiot que de dire “je suis contre la pluie”, “je suis contre le froid” ou “je suis contre le brouillard” ». De son côté, le premier ministre François Fillon recommande au candidat socialiste François Hollande de « soumettre son programme électoral à Standard & Poor’s (1) ».

La subordination des cercles dirigeants français à une droite allemande de plus en plus arrogante, attachée à son credo d’une « démocratie conforme au marché », érode également la souveraineté populaire. La levée de cette hypothèque est au cœur du scrutin en cours. Et oblige à poser sans détour les termes du débat européen. Nul n’ignore que les programmes d’austérité mis en œuvre avec acharnement depuis deux ans n’ont apporté — et n’apporteront — aucune amélioration aux problèmes d’endettement qu’ils prétendent résoudre. Une stratégie de gauche qui ne remettrait pas en cause ce garrot financier est par conséquent condamnée d’emblée. Or l’environnement politique européen interdit d’imaginer que ce résultat puisse être obtenu sans combat.

A l’heure actuelle, l’embolie générale est contenue par un torrent d’argent que la Banque centrale européenne (BCE) déverse à bas prix sur les banques privées, à charge pour celles-ci de le reprêter plus cher aux Etats. Mais ce répit ne dépend que du bon plaisir de l’institut d’émission, arc-bouté sur une « indépendance » que les traités ont imprudemment consacrée. A plus long terme, la majorité des pays membres de l’Union se sont engagés, conformément aux exigences allemandes docilement relayées par Paris, à durcir leurs politiques de rigueur et à soumettre les éventuels contrevenants à un mécanisme de sanction draconien, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), en cours de ratification.

Le châtiment infligé à la Grèce menace désormais l’Espagne, sommée de réduire d’un tiers son déficit budgétaire alors que son taux de chômage atteint déjà 22,8 %. Le Portugal n’est pas loin, qui doit amputer ses dépenses publiques, bien que le taux d’intérêt de ses emprunts explose (14 % en mars) et que le pays s’enfonce dans la récession (— 3 % de croissance en 2011). Infliger un tour de vis budgétaire à des Etats en proie à un chômage de masse, la chose n’est pas inédite ; telle fut la grande recette économique et sociale de la droite française des années 1930... Les socialistes expliquaient alors : « La déflation aggrave la crise, elle diminue la production et elle diminue le rendement des impôts (2). »

La stupidité des politiques actuelles n’est pourtant déconcertante que pour qui imagine encore qu’elles ont vocation à servir l’intérêt général, et pas l’oligarchie rentière accrochée aux manettes de l’Etat. Si la finance a un visage, c’est bien celui-là (3). Nommer cet ennemi permettrait de mieux mobiliser contre lui.

En cas d’alternance politique en France, la remise en cause du TSCG (ou d’autres politiques d’austérité du même acabit) devra constituer la priorité absolue du nouveau président, quel qu’il soit. Le succès ou l’échec de cette entreprise déterminera le reste : éducation, services publics, justice fiscale, emploi. M. Hollande aimerait dissocier la solidarité européenne, qu’il défend, de la thérapie de choc libérale, qu’il conteste. Il s’est engagé à « renégocier » le TSCG, avec l’espoir d’y ajouter « un volet de croissance et d’emploi » adossé à des projets industriels à l’échelle continentale.

« Aucune politique de gauche n’est possible dans le cadre de ces traités », estime en revanche M. Jean-Luc Mélenchon. Assez logiquement, le candidat du Front de gauche s’oppose donc au TSCG, tout comme au mécanisme européen de stabilité (MES), lequel prévoit une assistance financière aux seuls pays en péril qui auront préalablement accepté des mesures impitoyables d’équilibre budgétaire. La candidate écologiste et les candidats trotskistes mènent également campagne pour un « audit européen des dettes publiques » (Mme Eva Joly), voire pour frapper celles-ci d’illégitimité en arguant que les baisses d’impôts de ces vingt dernières années et les intérêts versés aux créanciers expliquent l’essentiel de leur niveau actuel (M.Philippe Poutou et Mme Nathalie Arthaud).

Le « repli élastique » de 1997

Opposés à une renégociation des traités, la plupart des Etats européens, Allemagne en tête, n’imaginent rien de tel. Et pas davantage de prêter des sommes importantes à des Etats en difficulté financière sans que ceux-ci aient donné des gages de leur « bonne » gestion. C’est-à-dire accepté à la fois de nouvelles privatisations et la remise en cause de pans importants de leur protection sociale (retraites, allocations de chômage, salaire minimum, etc.). « Les Européens ne sont plus assez riches pour payer tout le monde à ne pas travailler », a d’ailleurs ironisé le 24 février dernier M. Mario Draghi, président de la BCE, dans un entretien au Wall Street Journal. L’ancien vice- président de Goldman Sachs a ajouté qu’une « bonne » austérité réclamerait de réduire à la fois les impôts (ce qu’aucun candidat français ne propose, pas même M. Sarkozy...) et les dépenses publiques.

Autant dire qu’un président de gauche se heurterait aussitôt à l’opposition de la plupart des gouvernements de l’Union, très majoritairement conservateurs, et à celle de la BCE, sans oublier la Commission européenne présidée par M. José Manuel Barroso. C’est donc tout à fait délibérément que les premiers ministres britannique, polonais et italien, comme la chancelière allemande, ont refusé de recevoir le favori français des sondages, jugé moins accommodant que le président actuel.

« Nous ne sommes certainement pas en faveur d’une renégociation, a déjà indiqué M. Jan Kees de Jager, ministre néerlandais des finances. En revanche, si M. Hollande veut mener davantage de réformes, alors nous serons à ses côtés, qu’il s’agisse de la libéralisation des services ou des réformes du marché du travail (4). » En somme, le soutien des Pays-Bas est acquis à tout président français de gauche qui mettrait en œuvre une politique plus libérale encore que celle de M. Sarkozy...

Mme Angela Merkel ne fait pas davantage mystère de son inclination partisane : elle s’est déclarée disposée à participer aux meetings de la droite française. Les socialistes allemands montrent moins d’enthousiasme envers leurs camarades d’outre-Rhin. Le président du parti, M. Sigmar Gabriel, s’en proclame solidaire, mais un autre dirigeant, M. Peer Steinbrück, qui espère lui aussi succéder à la chancelière dans dix-huit mois, a jugé « naïf » l’engagement de M. Hollande à « renégocier une nouvelle fois tous ces accords [européens] ». Il anticipe un revirement du candidat français : « S’il est élu, sa politique pourrait concrètement différer de ce qu’il a dit (5). »

On ne saurait en effet exclure une telle hypothèse. En 1997, déjà, les socialistes français avaient promis avant les élections législatives qu’ils renégocieraient le pacte de stabilité européen signé à Amsterdam — une « concession faite absurdement au gouvernement allemand », estimait alors M. Lionel Jospin. Une fois au pouvoir, la gauche française n’obtint pourtant guère plus que l’ajout des termes « et de croissance » à l’intitulé du « pacte de stabilité ».

M. Pierre Moscovici, actuel directeur de campagne de M. Hollande, est revenu en 2003 sur cette pirouette sémantique. En le relisant, il est difficile de ne pas penser à la situation qui pourrait s’ouvrir dès mai prochain : « Le traité d’Amsterdam avait été négocié — fort mal — avant notre arrivée aux responsabilités. Il comportait de nombreux défauts — et d’abord un contenu social très insuffisant. (...) Le nouveau gouvernement aurait pu légitimement ne pas l’approuver (...), ou à tout le moins demander de reprendre sa négociation. Ce ne fut pas notre choix final [M. Moscovici était alors ministre délégué chargé des affaires européennes]. Car nous étions confrontés, avec Jacques Chirac à l’Elysée, à la menace d’une triple crise. Crise franco-allemande, car un recul de notre part aurait compliqué d’emblée notre relation avec ce partenaire essentiel (...). Crise avec les marchés financiers, dont les opérateurs souhaitaient l’adoption de ce traité. (...) Crise de cohabitation enfin. (...) Lionel Jospin choisit, à juste titre, de déplacer le terrain, en cherchant à la fois un repli élastique et une sortie par le haut. C’est-à-dire en obtenant, pour le prix de son consentement au traité d’Amsterdam, la première résolution d’un Conseil européen consacrée à la croissance et à l’emploi (6). »

Dans l’hypothèse d’une victoire présidentielle, puis parlementaire de la gauche en mai-juin 2012, deux éléments différeraient du tableau brossé ici. D’une part, le pouvoir exécutif français ne serait plus partagé comme il y a quinze ans ; mais, d’autre part, l’équilibre politique de l’Europe, qui penchait au centre gauche en 1997, incline désormais fortement à droite. Cela dit, même un gouvernement aussi conservateur que celui du premier ministre espagnol Mariano Rajoy en est venu à s’inquiéter de la cure d’austérité à perpétuité que lui réservent les gouvernants allemands. Le 2 mars dernier, il a ainsi fait connaître sa « décision souveraine » de ne pas accepter la camisole de force budgétaire européenne.

Presque au même moment, une douzaine d’autres pays, dont l’Italie, le Royaume-Uni et la Pologne, ont également réclamé une réorientation de la politique économique concoctée par le tandem germano-français. M. Hollande pourrait s’en réjouir. Il espère en effet que son éventuelle élection bouleversera les rapports de forces continentaux, sans qu’il doive engager un bras de fer — auquel manifestement il répugne — avec plusieurs gouvernements européens, la BCE et la Commission de Bruxelles.

Seulement, la réorientation voulue par les pays libéraux n’a guère à voir avec celle que lui-même et ses amis recommandent. Le mot « croissance » signifie chez les uns l’adoption de politiques de l’offre thatchériennes (baisse des impôts, déréglementations sociales et environnementales), chez les autres une petite panoplie d’investissements publics (éducation, recherche, infrastructures). L’équivoque ne sera pas entretenue indéfiniment. Très vite, il faudra envisager la « désobéissance européenne » que recommandent M. Mélenchon et d’autres forces de gauche. Ou bien poursuivre sans espoir le cours déjà engagé.

Au-delà de ce qui les distingue — en matière de justice fiscale, par exemple —, MM. Sarkozy et Hollande ont soutenu les mêmes traités européens, de Maastricht à Lisbonne. Ils ont tous deux entériné des objectifs draconiens de réduction des déficits publics (3 % du produit intérieur brut en 2013, 0 % en 2016 ou en 2017). Ils récusent l’un et l’autre le protectionnisme. Ils attendent tout de la croissance. Ils défendent des orientations de politique étrangère et de défense identiques, dès lors que même la réintégration par la France du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) n’est plus remise en cause par les socialistes français.

L’heure est pourtant venue de rompre avec l’ensemble de ces postulats. Changer de président en est assurément la condition. Mais ni l’histoire de la gauche au pouvoir ni le déroulement de la campagne actuelle n’autorisent à imaginer qu’elle pourrait suffire.


Serge Halimi


(1) Respectivement sur RTL, 22 janvier 2012, et dans Le Journal du dimanche, Paris, 15 janvier 2012.

(2) Préambule à la proposition de loi budgétaire du groupe socialiste pour 1933.

(3) Lire notre dossier «  Le gouvernement des banques  », Le Monde diplomatique, juin 2010.

(4) Le Monde, 1er mars 2012.

(5) Agence France-Presse, Paris, 15 février 2012.

(6) Pierre Moscovici, Un an après, Grasset, Paris, 2003, p. 90-91.

 

 

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/04/HALIMI/47566

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 18:31

2.jpegLaurent Chambon est docteur en sciences politiques, spécialiste des minorités en politique et dans les médias, ancien élu local travailliste à Amsterdam et chercheur en sciences politiques, et est co-fondateur de Minorités.

L'ensemble de l'Occident a suivi avec angoisse la traque du tueur fou de Toulouse. Même à plusieurs milliers de kilomètres du lieu du drame, les gens ont fait preuve d'intérêt et d'empathie. Et maintenant que Mohamed Merah est mort, les questions fusent. De tout ce que j'ai lu et entendu, dans la rue, sur Twitter, sur Facebook, dans les journaux français, néerlandais, britaniques, américains ou belges, il y a des questions qui reviennent, même si c'est parfois de façon implicite. J'ai décidé d'en faire la liste, et cela donne six questions précises que j'aimerais qu'on pose.  


 

1. L’échec de l’opération de police est-elle imputable à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy ?

On a tous plus ou moins suivi (avait-on le choix ?) le siège de l’appartement de Mohamed Merah, qui s’est soldé par plusieurs blessés parmi les policiers et la mort du tueur. On nous avait promis qu’il serait capturé vivant afin d’offrir un vrai procès à ses victimes et à leurs familles, et comme très souvent en France dans ce genre de situation on se demande s’il n’existe pas une règle non-écrite d’exécution extra-judiciaire. 

 

Ou bien, comme se le demande un expert israélien, si la police française et notre cher ministre ont fait leur travail correctement. Lior Lotan, des forces spéciales israéliennes, a écrit dans le Yediot Aharonot: « L’objectif n’était pas compliqué: un appartement résidentiel, un seul fugitif, pas d’explosifs, pas d’otages, dans un endroit qui n’est pas en territoire ennemi ou un champ de bataille, mais un endroit où les forces de sécurité peuvent se déployer comme elles le souhaitent. Ou bien il y a eu un problème de préparation, ou ils ont dû entrer en action avant d’avoir fini les préparations. »

 

Alec Ron, autrefois à la tête d’une unité commando de la police israélienne, a ainsi qualifié à la radio publique israélienne que l’opération pouvait être caractérisée par « une grande confusion et un manque de professionalisme ». « La technologie existe, et cela aurait pu être effectué totalement différemment. […] Je ne comprends pas qu’on ait attendu 30 heures. Je ne comprends pas qu’ils n’aient pas eu le travail de renseignement nécessaire. […] Une leçon que les Français vont devoir apprendre, est la conséquence que le fait que Mohamed Merah était sur les listes de surveillance françaises et américaines, qu’il était sur la liste noire pour entrer en territoire américain, n’a pas suffit à prévenir ni la première attaque, ni celles qui ont suivi. Les Français vont devoir faire d’énormes efforts et vont devoir approfondir leur travail de renseignement sur le sol français. »

 

Sachant que Claude Guéant semblait impliqué sur le théâtre des opérations (alors que, comme l’a souligné Éva Joly, ce n’est pas son rôle), je pose cette question : quel est le degré de responsabilité de Claude Guéant, en tant que ministre de l’intérieur et en tant que politique s’affichant sur le terrain, dans ce fiasco ?

 

 

2. Sarkozy ne nous fait-il pas payer une décennie de superflic ?

 

Alors qu’il était encore ministre sous la présidence Chirac, Nicolas Sarkozy s’affichait en premier flic de France. Il promettait de nettoyer les cités au Kärcher™, de terroriser les terroristes, de mettre tous les vilains en prison. Il a supprimé la police de proximité et a réussi à augmenter le désamour qui existait déjà entre le Français de base et la police. Il a institutionnalisé la chasse aux Noirs et aux Arabes dans les quartiers, il a réussi à faire croire aux médias étrangers que les émeutes de 2005 étaient le produit du communautarisme islamiste, alors que c’était justement un soulèvement contre sa politique du pire, son mépris pour ceux qui n’ont pas de Rolex™ à cinquante ans et la stratégie de terreur qu’il avait institué dans les banlieues. (Je n’écris pas cela à la légère, cela fait des années que des chercheurs travaillent sur le sujet.)

 

Élu président, Nicolas Sarkozy n’a aucunement changé sa stratégie. D’après ce qu’on sait pour l’instant, Merah a été suivi par le système judiciaire français, avec comme recommandation des spécialistes qu’il soit sérieusement pris en charge afin de ne pas déraper totalement. Au lieu de cela, il a croupi sans aide aucune en prison où il s’est auto-radicalisé. On peut très bien imaginer que Merah n’aurait pas forcément commencé à tuer des gens s’il avait été aidé par des professionnels au lieu d’être enfermé et laissé à lui-même.

 

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy n’a pas manqué de souligner, pendant ces longues années de pouvoir quasi-absolu, qu’il était en charge de tout cela. Il a réorganisé les renseignements français, nommé des amis à lui partout où il est passé. La question me semble donc légitime : quelle est la responsabilité personnelle de Nicolas Sarkozy dans la radicalisation de Merah, l’échec de son intégration à la société française et l’échec relatif des renseignement français ?

 

 

3. Pourquoi Israël et pas l’Algérie ?

 

Quand les soldats français ont été tués, j’ai mis pas mal de temps à comprendre qu’il s’agissait de personnes d’origine allochtones, comme on dit aux Pays-Bas : trois morts d’origine algérienne et un blessé grave d’origine antillaise. Soit. Après tout, un soldat français est un soldat français, peu importe son origine. Ceci dit, il est désormais évident qu’ils ont été tués justement parce qu’ils étaient Arabes ou Noirs : ils ont été tués pour leur origine ethnique, leur meurtre a été motivé par le racisme.

 

Et puis quand l’enseignant et les enfants ont été tués dans l’école juive, il a été tout de suite évident que ces quatres victimes ont été tuées parce qu’elles étaient juives. Tout le monde s’est alors mis à se déclarer juif, à parler d’Israël comme notre allié de toujours. Bien sûr, les Juifs de France peuvent compter sur la compassion du reste du pays : ce sont nos compatriotes, la République a le devoir de garantir leur sécurité. 

 

Mais pourquoi n’ai-je entendu personne dire qu’on était tous des Français d’origine algérienne ou des Antillais ? Pourquoi Israël a tenu une place si énorme dans la gestion de ce drame, et pas l’Algérie ou les Antilles ?

 

Que Marine Le Pen condamne cet odieux meurtre de Français parce qu’ils sont juifs l’honore. C’est une surprise agréable de la part du Front National depuis qu’elle y a remplacé son père. Mais pourquoi Marine Le Pen semble préférer condamner les meurtres d’innocents juifs plutôt que d’innocents noirs ou arabes ? Certains Français seraient-ils moins français que les autres ?

 

 

 

4. Si Merah avait tué des homos, aurait-on obtenu le mariage et l’adoption ?

 

Dans son délire de haine, on peut imaginer que Mohamed Merah aurait pu s’en prendre à des Roms ou à des homos. Après tout, après les Arabes, les Noirs et les Juifs, pourquoi pas les Gitans et les pédés ? 

 

La haine des autres prend racine dans la haine de soi (la fameuse Selbsthaß des Juifs allemands). Que Mohamed Merah se soit haï pour être né dans la mauvaise famille, dans la mauvaise classe sociale, avec le mauvais nom et la mauvaise gueule dans un pays dont certains responsables politiques pratiquent quotidiennement l’ostracisation de tout ce qui n’est pas homme blanc riche hétérosexuel de droite, cela n’a rien de surprenant. Pour preuve, il s’en est pris directement à des personnes issus de groupes qui étaient parmi les plus attaqués. Donc pourquoi pas des victimes homos, hein ?

 

Vu le culte des victimes « innocentes » auquel se voue Nicolas Sarkozy et ses amis, vu aussi sa créativité législative (« un fait divers, une loi »), si Merah avait assassiné des pédés aurait-on finalement obtenu l’ouverture du mariage civil et de l’adoption aux couples du même sexe par une loi express ?

 

 

5. Pourquoi n’y a-t-il pas eu plus de Mohamed Merah jusqu’à maintenant ?

 

Quand on sait que la majorité des français appartient aux classes populaires, et que leur situation est loin de s’être améliorée pendant les années Sarkozy, pourquoi n’a-t-on pas plus de ces Français qui pètent un plomb et se mettent à massacrer tout le monde ?

 

Vu l’incroyable tsunami de haine et d’exclusion dont sont victimes les Français présumés musulmans (là encore, il va falloir qu’on finisse pas avoir cette discussion sur qui décide de la religion des gens: eux-mêmes ou le pouvoir ?), vu leur nombre, les innombrables humiliations dont ils sont victimes au quotidien, les discriminations auxquelles ils doivent faire face, ça ne vous interpelle pas qu’il n’y ait pas eu plus de terroristes islamistes prêts à tout faire péter ?

 

Quand on pense à tous ces jeunes qui sont systématiquement exclus du monde du travail, harcelés par la police, menés dans des voies de garage par l’Éducation nationale, vu leur jeunesse, leur énergie, leurs frustrations, ça ne vous étonne pas qu’il y en ait finalement si peu qui pètent vraiment les plombs ?

 

Quand on sait l’indigence des prisons françaises, le désespoir et la souffrance qu’elles infligent à ceux qui ont justement besoin d’aide pour échapper à une carrière criminelle ou aux maladies mentales, vous ne trouvez pas que, finalement, on n’a pas tant de tueurs fous en liberté ?

Bref, vu l’état de la France de Nicolas Sarkozy, vous ne trouvez pas que les Français, même les plus désespérés, tiennent quand même mieux le coup que prévu ? 

 

 

6. Pourquoi remet-on en cause le multiculturalisme et pas le monoculturalisme ?

 

Cette semaine, nous venons d’entendre pas mal d’attaques contre le multiculturalisme, qui serait à la source de cette série de tueries délirantes. 

Alors, pour commencer, j’en avais parlé sur Minorités : la société française est, par essence, multiculturelle. S’il est bien un pays en Europe qui arrive bien à gérer les différences ethniques et religieuses au quotidien, parce que la nation est totalement distincte de l’appartenance ethnique, c’est la France. Comme le rappellent les spécialistes de la question, en particulier Emannuel Todd, c’est une longue tradition de mariage exogame, de relative tolérance religieuse et raciale, qui permet à la France d’être cette nation multiculturelle dont la grandeur dépasse largement sa taille géographique et démographique.

 

Ensuite, s’il est bien un ensemble de pouvoir qui n’est absolument pas multiculturel, c’est bien le système politique et médiatique français : les femmes françaises blanches et riches ont déjà du mal à accéder aux postes importants. Quant aux Français un peu différents, du fait de leur classe sociale, leur couleur de peau, leur origine ethnique, leur orientation sexuelle, leur accent ou leur religion: ils y sont quasiment absents. J’en ai longuement parlé dans Le grand mélange, et quatre ans plus tard la situation est pire encore : même les Rachida Dati et autres Fadela Amara, créatures exotiques de service, ne sont plus au gouvernement pour donner le change.

 

Dans mon nouveau livre qui sort début avril, Marine ne perd pas le Nord, je me demande (entre autres) si un des ressorts essentiels du succès de Madame Le Pen n’est pas justement le sentiment d’exclusion causé par cette culture dominante, qui touche de plus en plus de Français. Cette haine du système touche désormais les « petits blancs » après avoir touché les petits Noirs et les petits Arabes.

 

On ne peux pas dire que le multiculturalisme est au pouvoir. Non. Au contraire, c’est le monoculturalisme qui règne. C’est la culture bling-bling ringarde, raciste, ethnocentrique, vulgaire, autosatisfaite et intolérante de la clique au pouvoir qui règne en maître. Ses victimes sont innombrables, quotidiennes et marquées pour longtemps, et je soupçonne que ce monoculturalisme est la cause de l'ambiance délétère qui règne dans ce pays dès qu’il est question d’altérité et des différences. 

 

J’aimerais qu’on commence enfin à se poser la question sérieusement, collectivement : la domination totale du monoculturalisme des élites au pouvoir n’est-elle pas responsable de trop de malheurs dans ce pays, et n’a-t-elle pas eu pour conséquence la mort d’innocents ?


Laurent Chambon
http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/1288-delire-tragique-de-mohamed-merah-six-questions-essentielles.html
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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 18:28

arton2231-f70f1.jpgIntensification du travail, surveillance accrue des salariés par leur hiérarchie, pénibilités physiques toujours très présentes... Tels sont les enseignements de la nouvelle étude sur l’exposition aux risques professionnels que vient de publier le ministère du Travail. Elle révèle un accroissement des situations de « tension au travail » dans un contexte où le Medef, au nom de la compétitivité, cherche à remettre en cause nombre de dispositions du droit du travail.  

 

Les conditions de travail se dégradent-elles ? Quelles sont les contraintes et pénibilités qui pèsent sur les salariés ? Et les risques encourus ? L’enquête « Sumer » (Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels) nous livre une photographie, bien plus étayée qu’un vulgaire sondage, de la situation des 22 millions de salariés français. Cette étude lancée par la direction générale du travail (DGT) et la Dares [1] est réalisée tous les 9 ans par 2 400 médecins du travail auprès de 48 000 salariés du privé et du public.

    Une fois n’est pas coutume, commençons par quelques aspects positifs. Il y a vingt ans, près d’un salarié sur trois travaillait plus de 40 heures par semaine. Ils ne sont plus que 18 % aujourd’hui, grâce notamment aux 35 heures. Cette diminution du temps de travail demeure cependant virtuelle pour un cadre sur deux, au bureau plus de 40 heures par semaine (48 % aujourd’hui contre 63 % il y a vingt ans). Dans les ateliers ou sur les chantiers, les contraintes physiques intenses baissent légèrement. Elles concernent les personnes obligées de travailler debout, de porter des charges lourdes, d’effectuer des gestes répétitifs (le travail à la chaîne, par exemple) ou soumis à des vibrations. En 1994, près de 46 % des salariés étaient ainsi régulièrement confrontés à au moins une de ces contraintes [2]. Cette proportion descend en dessous de 40 % en 2010. Soit près de 9 millions de personnes. Sans surprise, ce sont principalement les ouvriers, les employés de commerce et de service, le secteur de la construction et le monde agricole qui sont les plus exposés, avec comme possible conséquence des problèmes de dos, des douleurs aux articulations et des troubles musculaires. Seule l’exposition au bruit progresse : un salarié sur cinq travail dans un environnement sonore supérieur à 85 décibels, soit le bruit d’un camion roulant à 50 km/h.

    Intensification du travail

    Malgré un recours de plus en plus grand aux molécules chimiques dans l’industrie, l’exposition globale aux produits chimiques diminue depuis 2003. Un salarié sur trois est exposé à au moins un produit dangereux dans le cadre de son travail avec, en cas de contact, des risques immédiats – brûlure irritation, réactions allergiques – ou différés dans le cas des cancérogènes. Ce qui concerne quand même plus de 7 millions de salariés, là encore principalement des ouvriers qualifiés et non qualifiés. Une « décrue » liée au « renforcement de la réglementation » depuis 2001, conséquence, entre autres, des grandes mobilisations sur l’amiante.

     

    Ces légères améliorations se font cependant dans un contexte d’intensification du travail. Contraintes de rythme, quantité de travail excessive, polyvalence, objectifs irréalistes ou flous, ou instructions contradictoires se multiplient au sein des entreprises. Le nombre de salariés soumis à au moins trois contraintes de rythme – lié à la cadence automatique d’une machine, à la dépendance immédiate vis-à-vis du travail de ses collègues, aux normes et délais de production à respecter en moins d’une journée, ou au contrôle permanent de la hiérarchie… – passe de 28 % à 35,5 %. « L’intensité du travail est l’une des principales dimensions des facteurs psychosociaux de risque au travail », rappelle l’étude. Et ce risque concerne 7,7 millions de personnes, aussi bien les ouvriers, les employés et les cadres. Travailler plus en moins de temps, voilà un nouveau slogan…

    Des salariés davantage surveillés

    « La proportion de salariés contrôlés en permanence par leur hiérarchie s’est accrue entre 2003 et 2010, notamment pour les employés de commerce et de service », souligne encore l’étude. Cette surveillance permanente concerne plus d’un salarié sur quatre. Le contrôle informatisé, lui, continue de s’étendre partout, aussi bien dans l’industrie que dans les services, et touche autant les cadres que les ouvriers qualifiés. Si, globalement, le temps de travail hebdomadaire diminue, la flexibilité du temps de travail s’accroît. Le travail le dimanche et les jours fériés augmente, concernant 31 % des salariés, principalement dans le commerce. Ceux-ci sont également confrontés à la multiplication des horaires variables. Un salarié sur dix demeure soumis à des horaires imprévisibles d’une semaine à l’autre !

    L’intensification du travail – davantage de sollicitations en moins de temps – s’accompagne d’un « net accroissement » des situations de « tension au travail » : lorsqu’un salarié est confronté à une forte demande (rythme, objectifs, diversité des tâches à accomplir…) sans disposer de la marge de manœuvre nécessaire pour y répondre. De plus, la part de salariés estimant rencontrer un comportement hostile (22 % des salariés) ou méprisant (15 %) au travail augmente de manière notable. Cette charge psychologique vient ainsi s’ajouter à des pénibilités physiques qui diminuent très lentement. À l’heure où l’on ne parle que de compétitivité ou de réduction des coûts, il serait peut-être temps que ces questions liées aux conditions de travail et aux conséquences qu’elles font peser sur la vie quotidienne des salariés émergent dans la campagne électorale.

    Ivan du Roy

    Photos : The Library of Congress

    Notes

    [1] Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques.

    [2] Au moins 20 heures par semaine pour la manutention manuelle de charges, pour le travail debout, au moins 2 heures par semaine pour les autres contraintes posturales (position à genoux, maintien de bras en l’air, posture accroupie, en torsion, etc.).

     

    http://www.bastamag.net/article2231.html

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    26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 07:09

    images.jpgJe réponds à une lectrice de mon précédent billet qui me dit avoir des difficultés à convaincre autour d’elle pour qui voter ; elle sait bien ce qu’elle combat, mais moins ce qu’elle voudrait défendre.



    Chère Hélène,


    Sur ton message, tu me dis croiser au fin fond de la campagne des gens de peu mais qui ne savent pour qui voter.


    Aux gens d’ici, on ne peut plus raconter d’histoires.


    L’Europe ne fait plus rêver personne de censé et la France Forte n’ a jamais été aussi faible.

    Moi, je le sais, je vais voter Mélenchon.


    Parce que : Quelle est l’affaire aujourd’hui ?


    Il ne s’agit pas de prendre sa mesurette et y aller de sa lorgnette sur telle ou telle mesure dite de gauche, plus ou moins à gauche pas à gauche... Non. C’est plus sérieux que ça ce Front de Gauche.


    Il s’agit simplement de poser un premier acte de rupture très clair. Comme on fait tomber un premier domino.


    Rupture avec quoi ? disent les gens. Et là les ennuis commencent il faut sortir un gros mot : avec le néo-libéralisme.


    C’est un régime économique aux effets autrement puissants que les privilèges de la Monarchie mais qui y ramène.


    L’affaire est d’importance puisqu’il s’agit rien moins que de re-prendre Des Bastilles. pas Une, mais Des. Elles sont 4.


    Les quatre directions prises par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire Internationale en 1971


    - Faire circuler l’argent librement


    - supprimer les droits de douane


    - Demander aux Etats de prélever moins d’impôts


    - Brader leurs industries à des puissances financières


    Et on sait aujourd’hui avec quels résultats sur le développement de nos pays. Ces mesures appliquées avec zèle à Bruxelles sont des armes destruction sociale massives. Chômage, délocalisations, vie chère, mauvaise alimentation, paradis fiscaux, etc. etc. etc.

    Comme c’était prévu !


    Il faudra donc "au moins" une Révolution Douce sinon une révolution dure avec un vrai un mandat du peuple entier pour qu’un Président Français s’oppose aux Traités européens (et au nouveau traité de gouvernance qui vient de lier la France par les pieds, passé en silence à l’Assemblée)

    Tout ça cancérise nos systèmes sociaux et ceux des autres pays d’Europe


    Il faut traiter les Traités... pas les reconduire. Donc décider au niveau de notre pays et ensuite négocier au niveau européen.


    C’est la politique qui reprend ses droits, c’est pas de la politicaillerie de bas étage. C’est à partir de là, et seulement après que de nouveaux programmes seront à nouveau possibles. Pas parfaits, pas géniaux, possibles.


    Les dirigeants au pouvoir depuis trente ans répètent et répètent qu’ils ne "peuvent" rien faire c’est une rengaine, une chanson préférée. Etrange pour qui aime le "pouvoir.


    Ils mentent.


    Par quel mystère se sont-ils mis les menottes eux-mêmes en acceptant, traité après traité les avantages concédés à la finance qui nous étrangle aujourd’hui ? Etaient-ils idiots ? Ou corrompus peut-être... ?


    Qu’est-ce qu’ils ont voulu le Pouvoir ou le Non-Pouvoir ? Nous décourager ? Ils préfèreraient qu’on n’aille plus voter ?


    Ils font les étonnés. Non… Défaisons les menottes, elles sont en papier !


    Or, quand on est au pouvoir, on prend un papier et un stylo et on écrit le Droit. Le nouveau Droit.

    Résultat, on vit dans un monde plombé et on a tous un grand besoin d’oxygène moralement et économiquement. Ça va ensemble.


    Tous, entreprises, commerçants, Éducateurs, salariés, dirigeants, producteurs.


    C’est pour ça qu’on voudrait changer un système qui ne marche pas. C’est déjà bon signe…


    L’Europe signe de mauvais traités elle est donc mal-traitante. Elle va pas dans l’intérêt de ses peuples ? Eh bien, on l’a faite... On peut la défaire, pour la refaire !


    Mais là, un gouvernement tel que proposé par le Front De Gauche il va falloir qu’il montre l’exemple aux autres pays !


    On veut protéger nos entreprises des chaos de la finance, On veut réinstaller des petits producteurs fermiers (bio) en faisant re-circuler l’Argent qui est de plus en plus prisonnier d’une poignée d’égoïstes grassement payés (ce sont les seuls). Comme en 1789… Et ils envieront le pays qui a fait ça et voudront s’y mettre à leur tour.


    C’est ça l’enjeu. Faire sauter les chaînes de la peur. Et que cette peur change de camp.


    Réveillons-nous : nous sommes des peuples développés, instruits, équipés. Pourquoi faudrait-il que nous allions ainsi aveuglément dans le mur en perdant ce que nous avons acquis durement ?

    Le P.S a abandonné l’espoir. Nous on le redonne.


    J’entends souvent des gens effarouchés “Oui, Mélenchon il ne pense qu’à s’attaquer aux riches au-dessus de 360 00 € il prend tout”


    Il faut expliquer ce qui est si simple. D’abord, à celui-là, il lui restera 360 000 €. C’est ce qui sera au-dessus qui sera prélévé à 100%. Reste tout de même 30 000 €/mois avec quoi on peut tout faire y compris investir son argent dans une société acheter ce qu’on veut… non ? On est très loin des chars soviétiques.


    On peut même partir, c’est ouvert, c’est libre tout le monde a le droit de voyager. Mais c’est une faribole : aux USA ces riches là payaient 90% d’impôts et Roosevelt ne les a jamais vus partir. Et pour aller où, hein ? Personne ne les attend. Ce n’est parce qu’on a de l’argent qu’on en est plus intéressant ni plus utile aux autres... Tous les gens riches ne sont pas grands chirurgiens artistes de génie ou grands chercheurs…


    Ça rendra l’Argent utile au lieu d’en faire un assassin une arme économique. Nous redécouvrons qu’il y a non pas “des caisses vides” mais des marges inutilisées Qu’on utilisera à des fins de bien-être collectif.


    Donc ce qui est au-dessus de ces sommes astronomiques ira circuler dans le pot commun. Au lieu d’alimenter des épargnes privées toxiques qui tournant autour du monde ne servent réellement à personne, mais à faire monter les prix des matières premières provoquer des émeutes de la faim. Belle utilité ! Non, avec ces rentrées fiscales, on redonnera des marges de manœuvre à notre impuissance publique. Pour investir avoir une armée sans rogner sur le reste, refaire les routes, construire des hôpitaux, des écoles, remplacer les centrales, eh oui, des logements.


    Le logement !


    Il y des priorités de tous les jours que le Parti socialiste et les partis au pouvoir semblent avoir oublié. Peut-être que leurs élus n’en souffrent pas eux-mêmes.


    Une des choses les plus naturelles, se loger, est remise en cause dans la france de 2012 : quand on on gagne le minimum salarial, on se lève tôt matin pour avoir le droit de payer d’un loyer à un propriétaire... Travailler pour se loger, pas pour apprendre, pas pour savoir, pas pour voyager, donner du temps aux autres, même pas pour se nourrir mieux, non, pour se loger. Quelle misère en soi. Ça n’est donc plus un droit. Lorsqu’on laisse la moitié de ses revenus dans son loyer on paie le droit de s’appauvrir.


    Dans le privé les logements sont laissés vides pour faire monter le prix de ceux occupés. Il faut arrêter ce vol. Vol d’espace et vol d’argent. Le seul moyen pour une Nation de l’arrêter ce vol, c’est de bâtir un million de logements en cinq ans car un million d’entre nous sont mal-logés et quand on est mal-logé on étudie mal et il n’ y a pas loin de manger mal aussi. Le marché de l’immobilier nous étouffe tous - sauf les 1% qui en tirent profit - Ce marché ignoble sera divisé par deux. Quand on construit, c’est mécanique. Alors on pourra recommencer de vivre de faire des projets.


    L’avenir sera plus dégagé là aussi comme dans les années dites Glorieuses où un ouvrier pouvait avoir sa maison et même partir en vacances !


    Aujourd’hui on a plus de chance d’être expulsé d’une location que de faire un crédit pour payer la caution d’entrée alors les vacances…

     

    Une chose est sûre : On vivra moins vieux que nos parents si on laisse faire ça.


    Il faut donc aller voter.

     

    Tout projet est perfectible.


    Mélenchon propose que le salarié mieux payé alimente toute la chaîne jusqu’au paysan qui retrouve sa dignité pour des gens mieux nourris. Le salarié, mieux payé, ne va pas placer son argent dans des produits financiers… dont on n’ a pas besoin.


    Que les entrepreneurs et les particuliers puissent -et c’est nouveau- emprunter à un taux minimal proche de rien, auprès d’un Pôle Public du Crédit. Les entreprises voient alors sur 5 ans, c’est mieux pour elles et pas sur 3 mois comme maintenant.


    Ça embête les banques. Et alors, ça nous va bien, à nous.


    On s’opposera à la circulation libre des capitaux et la circulation contrainte des personnes. Nous ferons l’inverse :


    > Capitaux contrôlés


    > Êtres humains libres de s’installer.


    Ça, ça marche à l’endroit.


    L’homme a été toujours été nomade et libre de ses mouvements.


    Alors les Le Pen, foutaises ! Le Pen, c’est seulement le nouveau nom de cette affection qu’on appelait autrefois la myopie. On ne voit pas plus loin que le bout de son nez. n voit l’étranger qui vient ici travailler, et pas le travail qui part à l’étranger… Les Le Pen, ils désignent des personnes mais pas les vrais problèmes que des facilités juridiques provoquent. Les entreprises qui délocalisent ne sont pas poursuivies alors qu’il y a une Loi pour ça. On préfère poursuivre les personnes humaines. C’est le vote de la peur de la perte, de l’impuissance remplacées par le rejet.


    Cette envie de voter là a seulement besoin d’être traitée avec respect des gens... et de nouvelles lunettes. Traité par un projet cohérent, et surtout plus humain.


    Le projet du Front de Gauche Dissuade beaucoup de gens d’être trompés par Le Pen. Car c’est un projet plus juste socialement, plus efficace économiquement, plus vertueux écologiquement.

    Donc votons.


    Voilà ce que je dis aux gens que je croise. Et ils comprennent.


    Et puis il faut aussi de l’oxygène, du vrai.


    Si un Fukushima avait lieu chez nous ce serait une hécatombe on le sait. L’écologie politique ré-imagine la communisme, le socialisme et l’humanisme. Le Front de Gauche est le seul à proposer de sortir doucement du nucléaire. Et pas avec des éoliennes à l’arrêt un jour sur trois qui revendent à EDF une électricité dont elle n’a pas besoin… non :


    Investir sur un grand chantier énergétique basé sur la production d’électricité, d’eau chaude, de chauffage gratuits (ou quasi) par la captation de l’énergie du sous-sol. Ça marche déjà, c’est la géothermie profonde. Une fois les investissements faits pas de carburant, pas de combustible, la matière s’offre à nous, on est assis sur une centrale nucléaire : la Terre. Ça n’est pas encore fait -c’est triste- parce que la quantité d’énergie (q) tend vers l’infini (∽) Et donc cette énergie n’est pas cotable en Bourse. Elle nous intéresse, mais n’intéresse pas ces messieurs… On creuse et la température est là et elle produit plus d’énergie qu’on ne sait en utiliser. Avec ça, chaque pays pourrait se développer. Que ce soit le Bangladesh ou l’Ouganda… Et c’est justement ce que certains intérêts privés et publics ne veulent pas. Ces gens là demanderaient des salaires…

     

    Mais non, on préfère s’exposer au nucléaire... Au besoin, on cache même les dysfonctionnements des centrales pour protéger les cours de bourse. Car seuls les pays les plus riches ont accès à cette électricité là (qu’au Japon on paie au prix fort)


    Pour nous, il s’agit de bâtir un grand pôle public EDF/GDF/Areva. N’en déplaise à l’union européenne. Même un enfant de cinq ans sait désobéir pour garantir sa sécurité. Avec maturité on peut désobéir pour reconstruire.


    Donc c’est simple : Face à qui confond le système socialiste écologique avec la dictature soviétique du XX° siècle nous, on n’est que des républicains, partageux qui font tout pour éviter les famines et les guerres.


    Les communistes ont bien changé et l’idée revient en force devant l’évidence du gâchis. Sinon, à qui fait les yeux ronds je dis qu’on peut aussi organiser une société à la Colombienne, Fondée sur l’égoïsme et la peur, électrifiée dans ses rapports et dans ses murs dans la concurrence de chacun contre tous les autres.


    Avec plus de pollution, plus de chômage, plus de risques sanitaires, moins de sécurité sociale et alimentaire.


    C’est très facile, il n’y a qu’à rien faire...


    Car on y est déjà un peu : des écoles pour les têtes blondes et d’autres moins vivables pour les têtes marrons plongées dans la violence de la pauvreté et déjà concurrentes déloyalement.


    C’est ça qu’on nous propose ? De se méconnaître et de se dresser, Que ce soit dans nos quartiers ou sous notre drapeau ? Gare à ce qu’il ne devienne pas le drapeau de l’injustice de la haine intérieure. Car si le mérite des uns est toujours le fruit du travail des autres la manivelle un jour se retournera.


    Les enfants ont besoin d’un futur ensemble et pas d’une guerre économique de cent ans. Il s’agit de choisir quel monde on veut pour nous et pour eux. Quelle humanité voulons-nous être ?


    Partout en Europe ceux qui votent pour le Bayrou ou le Hollande local le font pour des raisons souvent abstraites. Le retour des chars russes pour les plus effrayés Peur qu’on attrape en s’abreuvant de cinéma américain- des fantasmes. Là, pas beaucoup de volontaires enthousiastes pour un projet de société volontariste. D’autres sont inquiets des pulsions liberticides.Inquiets pour la paix en Europe, pour leur liberté d’expression.


    Des peurs abstraites qui s’attrapent en écoutant les médias.


    Ils ne savent pas qu’On a beau trancher la tête des gens on ne leur coupera jamais la parole, comme dit le poète…


    L’Europe organise la guerre fiscale et sociale entre salariés d’Europe et même du Monde en laissant les inégalités faire concurrence. Et la concurrence ça n’est pas l’harmonie. C’est "tailler des croupières à Boeing" comme dit notre Président. Des croupières aux salariés américains au chômage. On a remplacé les guerres par d’autres...


    Ceux qui soutiennent avec de vrais arguments une France social-démocrate, une France allemande en somme où le contrat remplace la Loi, n’ont en général pas de problème de logement. Ils peuvent demain voter ou pour l’une ou pour l’autre impuissance droite ou gauche molles. Ils refusent de regarder le piège tendu depuis 20 années et plus à toujours vouloir corriger le tir des lubies européennes. Le social-démocrate Hollandais guidé par la main invisible du marché accompagne le fossoyeur jusqu’à sa tombe. Il sacrifie toute autre économie sur l’autel de la construction européenne des puissants, des sur-puissants.


    C’est les yeux bandés que les Français dans leur majorité ont récolté les réactions de souveraineté que créé l’impuissance à agir. Du côté obscur ça donne le FN. Du côté lumineux le Non du 29 mai 2005. C’est ce Non à une Europe maltraitante pour ses enfants, ce Non exprimé qu’on nous a fait ravaler comme le chien son vomi, qui fait pousser ce nouvel espoir collectif le Parti de Gauche et ensuite la convergence du Front de Gauche. Ce rassemblement historique De toute la gauche socialiste inédit depuis un siècle donne des raisons de se mobiliser.


    Il y un candidat, plus aucune raison de s’abstenir.


    On peut faire en sorte demain que Mélenchon et tous les salariés de ce pays réalisent le rêve de Jaurès fasse la synthèse entre Socialisme et République, mais version XXI° siècle : en adossant le progrès social à l’obligation de progrès écologique. Pour tous. Pas contre les autres.


    On comprend que partager l’environnement et le premier des partages. Le préserver c’est préserver l’Homme et non la planète.


    On veut mettre sur le tapis l’écriture, la ré-écriture par les citoyens, comme en Islande d’une nouvelle Constitution. Comme dans tous les pays où une révolution douce a eu lieu. Sans couper la tête à personne mais en la relevant.


    Voilà l’oxygène ! De l’air, de l’art, du progrès social du lien, du partage des institutions refondues par tous et pour tous.


    Le retour du politique, en clair. Et l’éloignement de la guerre généralisée.


    Alors pour une fois depuis longtemps on sait positivement pour qui et pour quoi voter.


    Et c’est déjà un bonheur.

     

     

     

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    26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 07:04

    angolanboy800.jpgSans rapport avec les fusillades de ces derniers jours à Toulouse et Montauban – encore qu’il faudra s’interroger un jour sur les conditions de circulation illégale d’armes sur le territoire français – cette question posée lundi par l’Observatoire des armements : « Les transferts d’armes : sujet tabou du débat électoral ? ». La France conserve en effet sa quatrième place d’exportateur d’armes dans le monde, et a même progressé à nouveau ces dernières années, ce qui « devrait interpeller nos candidats à l’élection présidentielle, complètement muets sur cette question ».

    Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire  [1], s’étonne qu’« aucun des programmes des candidats n’aborde la question de la prolifération des armes dans le monde ni la nécessité de renforcer leur contrôle. Or, même si les armes ne sont pas à l’origine des guerres, l’absence de réel contrôle démocratique sur leurs transferts est facteur de déstabilisation et favorise les nombreux conflits qui ensanglantent la planète ».

    Selon l’institut de recherche suédois SIPRI, qui vient de publier ses dernières estimations [2], la France connaît même, sur la période 2007-2011, une augmentation de 12 % de ses exportations par rapport à la période 2002-2006 — une tendance qui devrait se confirmer en 2012, compte tenu des quelques grands contrats en cours de finalisation, tels que les ventes du Rafale à l’Inde, ou des bâtiments de projection et de commandement (BPC) type « Mistral » à la Russie.

    Les exportations françaises représentent 8 % des exportations mondiales : 51 % en direction de l’Asie et l’Océanie ; 22 % vers l’Europe et 12 % vers le Proche-Orient. Les trois premiers clients de l’industrie militaire française pour la période 2007-2011 sont Singapour (20 %), la Grèce (10 %) — « On comprend mieux tout l’enjeu pour la France que la Grèce ne tombe pas en faillite… », écrit Bouveret — et le Maroc (8 %).

    Pays innovant

    Dans le même temps, les exportations mondiales d’armements ont augmenté de 24 %, prouvant qu’il y a au moins un secteur qui n’est affecté ni par la crise… ni par le printemps arabe, puisque — selon le SIPRI — les principaux fournisseurs ont continué à livrer des armes aux pays touchés par les événements.

    Le général (C. R.) Patrick Colas des Francs, organisateur du salon Eurosatory, qui visite et accompagne les exposants français sur les salons spécialisés du monde entier, le confirme : « Sauf en Europe, la crise économique ne touche pas l’armement, et les pays émergents atteignent aujourd’hui un très bon niveau technologique, ce qui rend la concurrence de plus en plus rude. »

    Le général note que si la France fait encore partie, avec les Etats-Unis ou Israël, des pays innovants en matière d’armement, la Turquie prend une place croissante. Il estime que « les transferts de technologie compris dans certains marchés sont quelque chose de grave pour les sous-traitants français ».

    L’industrie de l’armement en France représente 15 milliards d’euros, dont 32 % à l’export (quatrième rang mondial). L’armement terrestre y compte pour 5,69 milliards d’euros, dont 2,3 milliards à l’export, soit 20 000 emplois directs, et autant d’indirects, l’Etat — selon une étude MBDA/Groupement des industries françaises de défense terrestre (GICAT) — récupérant sous forme d’impôt autant qu’il met dans les entreprises d’armement (sous la forme du plan de relance).

    Arsenaux à ciel ouvert

    Sur le plan international, la circulation des armes explose et échappe à tout contrôle, ainsi qu’on le rappelait lors d’une rencontre organisée à Paris le 8 mars par l’Institut Thomas More, avec des juristes, diplomates, militaires ou policiers, industriels, et des représentants des organisations internationales et de la société civile.

    Les transferts illicites profitent de l’absence ou de l’insuffisance des contrôles, notamment dans les Etats fragiles, où l’on manque à la fois de moyens et de volonté politique. La connaissance des acteurs, des filières, et de l’impact géopolitique des trafics est un éternel recommencement pour les services de renseignement, les douanes, les administrations et ONG spécialisées.

    L’assistance aux Etats les plus poreux pour les trafics est un des axes de travail actuels. Il s’agit notamment de certains pays africains, qui font figure d’« arsenaux à ciel ouvert », selon Claudio Gramizzi, ancien membre des groupes d’ experts de l’ONU sur les embargos en Côte d’Ivoire, au Congo-RDC et au Soudan. Il évoque, en particulier à propos du Congo-RDC :

     le manque de coordination au niveau étatique, à l’intérieur d’un gouvernement, ou même d’un ministère ;
     le manque de discernement dans les commandes, certains matériels de prestige — blindés, avions de chasse — n’ayant servi pratiquement que pour des parades de fête nationale ;
     le manque de suivi des matériels, commandés et livrés par des voies légales, mais qui se perdent lors de la répartition dans les unités, faute de règles strictes d’usage et de stockage, faute d’inventaires, etc.
     l’insécurité autour des stocks (comme l’illustre l’explosion, le 4 mars dernier, de la poudrière de la caserne de Mpila à Brazzaville, qui a fait plus de deux cents morts, mille blessés, treize mille sans-abri).

    Stocks libyens

    Cet expert invite aussi, à propos de l’Afrique, à ne pas oublier la question des munitions, beaucoup plus déterminante actuellement que celle des armes elles-mêmes (qui sont souvent anciennes) : les approvisionnements illégaux sont difficiles à tracer ; les réseaux s’adaptent et se déplacent, épousant la géographie des conflits…

    Ainsi, la circulation d’armes a été intense pendant et après le conflit en Libye. Les stocks de l’ancienne armée de Kadhafi sont tombés dans les mains des katibas formées par les combattants de l’opposition, qui ne veulent plus les restituer. Membre d’un panel d’experts qui vient de remettre son rapport au Conseil de sécurité sur la question des armes libyennes, Savannah de Tessières affirme qu’il « n’y a pas d’institution nationale sécurisée à qui remettre les armes aujourd’hui en Libye ».

    Certaines de ces armes ont été commercialisées, à des fins privées. On les retrouve au Sahara et au Sahel, dans les mains des combattants d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), ou des moudjahidins touareg du nord-Mali, suscitant une remontée de violence dans toute la sous-région. Un nouveau trafic d’armes à partir du Nord-Liban et de l’Irak s’est développé également ces derniers mois autour du conflit en Syrie.

    Marchandises comme les autres

    En Europe, l’adoption d’un code de conduite a amené les vendeurs à plus de responsabilité ; mais la crise financière et budgétaire incite plutôt les gouvernements et les entreprises à assouplir le régime de leurs exportations d’armement. Et l’expérience libyenne a prouvé qu’en cas de besoin, un Etat — en l’occurrence, la France — ne s’embarrasse pas toujours de toutes ces règles, quand il s’agit par exemple de donner un coup de main à ses partenaires sur le terrain, en accélérant des livraisons d’armes… clandestines !

    En cette période électorale en France, l’Observatoire des armements rappelle « l’extrême nécessité d’un débat démocratique, afin que la France cesse de privilégier ses intérêts économiques sur la sécurité humaine », car les armes ne sont pas des marchandises comme les autres et doivent faire l’objet de mesures renforcées, telles que : - l’obligation d’une véritable transparence, avec la publication d’un rapport annuel intégrant la liste des matériels exportés ;
     l’organisation d’un débat parlementaire annuel, avec l’audition de l’ensemble des parties concernées (services de contrôle, industriels, experts indépendants, syndicats et représentants de la société civile…) ;
     le contrôle par les élus de tous les intermédiaires intervenant dans le commerce des armes (courtiers, organismes financiers, organismes de transport, etc.).

     

    http://blog.mondediplo.net/2012-03-21-Le-commerce-des-armes-ne-connait-pas-la-crise

    Notes

    [1] L’ONG pacifiste lyonnaise suit ces questions depuis plus de 25 ans.

    [2] Sur le site du SIPRI, le rapport de mars en anglais, et le communiqué de presse en français (PDF).

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    26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 07:02

    1couv_CCMO3.jpgNB : le texte qui suit est la première partie d'un article publié dans l'ouvrage collectif Le Moyen-Orient en marche : perspectives croisées, qui vient de paraître aux éditions du Cygne. À la fin de l'extrait, on trouvera le sommaire du livre. 

     

    Depuis la défaite de juin 1967 et avec le déclin du nationalisme arabe, la Palestine a souvent été considérée comme le dernier bastion (ou l’avant-garde) de la lutte anti-impérialiste et anti-sioniste au Moyen-Orient. La résistance maintenue des Palestiniens à l’occupation et à la colonisation israéliennes, de la lutte armée des années 1970 aux initiatives dites de « résistance populaire » (à partir de 2005), en passant par la première Intifada (décembre 1987), a longtemps servi de point de référence aux peuples de la région, orphelins des idéaux nassériens et/ou panarabes.

     

    Les bouleversements que traverse aujourd’hui le monde arabe interrogent cette approche « classique », selon laquelle les populations de la région accusaient un considérable « retard » sur les Palestiniens, ces derniers étant les seuls à avoir échappé au processus de glaciation politique et sociale entamé dans les années 1970. Certains en étaient même allés jusqu’à considérer que le monde arabe n’était plus un acteur de l’Histoire. Un éditorial du Monde expliquait encore, le 19 mars 2011, au sujet de l’expédition militaire en préparation en Libye, ceci : « Il faut associer le monde arabe aux opérations militaires. Il en a les moyens : il dispose de centaines de chasseurs. Il a l’occasion de faire l’Histoire, pas de la contempler »[1].


    Sans tomber dans les excès de l’éditorialiste – anonyme – du Monde, force est de constater que le combat palestinien a longtemps joué un rôle de lutte « par procuration » pour des populations dont les dirigeants avaient depuis longtemps abandonné les idéaux nationalistes. Or, depuis quelques mois, ce n’est plus tant le monde arabe qui « regarde » vers la Palestine, mais bien souvent le peuple palestinien qui « regarde » vers le monde arabe : de même que, par exemple, les bombardements sur Gaza en 2008-2009 avaient fait la « Une » des journaux arabes et généré un élan de solidarité avec la population de Gaza dans toute la région, la chute de Ben Ali, puis de Moubarak, ont occupé la « Une » des médias palestiniens et ont suscité chez les habitants des territoires occupés la sympathie, pour ne pas dire l’admiration, à l’égard des peuples tunisien et égyptien.

     

    Cette sympathie n’est pas seulement à appréhender du point de vue de la « solidarité internationale ». Elles expriment en réalité ce que l’échec des idéologies panarabes avait en partie occulté : la conscience d’une communauté de destin chez les peuples de la région, en raison notamment d’une histoire coloniale et postcoloniale commune, quand bien même les récentes histoires nationales auraient divergé. La singularité de la situation palestinienne et sa surexposition politique et médiatique lui ont conféré une place particulière dans les processus d’identification régionaux. Le renversement que nous venons d’évoquer confirme ce phénomène qui traduisait, en premier lieu, l’aspiration maintenue des peuples de la région à plus de dignité, de justice et de libertés. Avec l’irruption visible des peuples arabes sur la scène politique, les Palestiniens sortent de l’isolement, et semblent en avoir conscience. 

     

    S’agit-il pour autant d’un réel renversement de perspective ? En d’autres termes, les bouleversements en cours peuvent-ils contribuer à ce qu’une reconfiguration de la question palestinienne s’opère ? C’est à ces questions que je tenterai de répondre dans cette étude, en trois temps : tout d’abord, en rappelant que la question de Palestine fut, après la création de l'État d’Israël, une question arabe ; ensuite, il conviendra d’interroger l’autonomisation progressive de la question palestinienne avant, dans un dernier temps, de mesurer les premiers effets visibles, sur la scène palestinienne, du processus révolutionnaire en cours.

     

    La question de Palestine : une question arabe


    L’histoire récente nous fait souvent oublier que la question palestinienne (lutte pour la satisfaction des droits nationaux des Palestiniens) a d’abord été la question « de Palestine » (lutte pour la libération de la terre de Palestine) et, à ce titre, une question arabe. Les États arabes ont refusé la partition de 1947 et plusieurs d’entre eux ont été en guerre contre Israël à 3 reprises (1948, 1967, 1973). Lorsqu’en 1964 la Ligue des États Arabes soutient la création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), ce n’est pas tant pour permettre aux Palestiniens de se doter de leur propre représentation que pour réaffirmer le leadership des États arabes pour tout ce qui touche à la question de Palestine.

     

    Le premier Conseil National Palestinien (CNP, « parlement » de l’OLP), se réunit à Jérusalem en mai 1964 sous l’étroite surveillance des régimes arabes, notamment de l'Égypte et de la Jordanie. Ahmad Choukeyri, à la tête du premier Comité Exécutif de l’OLP (CEOLP), est une personnalité relativement consensuelle auprès des régimes arabes, qui précise, dans son discours inaugural, ce qui suit : « la création de l’entité palestinienne dans la cité de Jérusalem ne signifie pas que la rive occidentale du Jourdain fasse sécession de la Jordanie. Nous voulons libérer notre patrie qui s’étend plus loin, à l’Ouest. En aucune façon nous ne menaçons la souveraineté jordanienne car cette terre a été, tout au long de l’Histoire, le refuge d’une même nation et n’a formé qu’une seule patrie »[2]. Une véritable lutte s’est déroulée, dans les années 60, pour que la question de Palestine soit prise en charge par les Palestiniens eux-mêmes. Ce fut la raison d’être du Fatah, fondé en 1959. Les fondateurs du Fatah en effet déduisent de la débâcle de 1948 et de l’incapacité des régimes arabes à libérer la Palestine, la nécessité d’une prise en charge autonome de la question palestinienne. C’est ce que certains ont nommé la « palestinisation » de la lutte[3], qu’on entendra ici comme le projet de réappropriation par les Palestiniens eux-mêmes d’une cause considérée comme confisquée par les régimes arabes. Pour le noyau dirigeant du Fatah, les États arabes sont incapables de mener à bien la lutte pour la reconquête de la Palestine car ils la subordonnent à leurs intérêts et objectifs propres et l’ont, de fait, reléguée au second plan.

     

    Le Fatah récuse le mot d’ordre en vogue dans les milieux panarabes : « l’unité arabe conduira à la libération de la Palestine ». Ils rendent même responsables les régimes arabes de la défaite de 1948, affirmant par exemple que l’intervention des armées arabes « a échoué car les états arabes ont écarté les forces vives palestiniennes de la bataille en suspendant leurs activités armées révolutionnaires »[4]. Dans la rhétorique du Fatah, la prise en charge de la question palestinienne par les régimes arabes n’est donc pas seulement une erreur, mais un obstacle à la libération de la Palestine. D’où la nécessité d’établir un mouvement palestinien autonome, émancipé de toute tutelle arabe, avec ses propres structures, son propre programme, sa propre direction et ses propres instances de décision. La défaite de juin 1967 donne un écho conséquent au discours du Fatah, qui prendra le contrôle de l’OLP en 1968-69 autour du mot d’ordre de la palestinisation. La guerre de 1973, par laquelle les États arabes indiquent qu’ils n’entendent plus reconquérir militairement la Palestine, confortera les positions du Fatah et le processus de palestinisation qui accompagne la désarabisation du combat pour la Palestine. En effet, l’autonomie acquise par le mouvement national palestinien est aussi le reflet du désengagement des États arabes dans le combat contre Israël, facteur déterminant de la glaciation politique régionale a partir des années 1970. 

     

    Une autonomie palestinienne relative

     

    L’autonomie ainsi acquise est cependant à relativiser.

     

    Tout d’abord, le Fatah (et l’OLP) sont dépendantes financièrement des régimes arabes. Dès le début des années 1960, le mouvement de Yasser Arafat, qui prônait la lutte armée, a frappé aux portes des argentiers arabes : en 1962, Abu Jihad se rend en Algérie où il rencontre les dirigeants du FLN qui l’assurent de leurs dispositions à soutenir le Fatah. La Syrie et l’Iraq baathistes accepteront eux aussi d’apporter un soutien matériel au mouvement et d’héberger des camps d’entraînement. Le Fatah entend jouer sur les contradictions internes au monde arabe en s’appuyant, dans le cas de l’Iraq et de la Syrie, sur des régimes en compétition avec l'Égypte nassérienne, a fortiori depuis l’échec de la République Arabe Unie. Cette politique conduira Yasser Arafat à solliciter certains de ses proches pour qu’ils recherchent le soutien financier de l’Arabie Saoudite. En 1964, le leader du Fatah missionne Khalid al-Hassan pour établir un contact direct avec les autorités saoudiennes, en l’occurrence le ministre du Pétrole Ahmad Zaki Yamani. Ce dernier organisera une entrevue entre Arafat et le Roi Faysal, qui offrira une somme d’argent considérable au Fatah.

     

    Dépendant des financements et du soutien matériel étrangers, notamment arabes, le mouvement se place dans une situation doublement contradictoire avec sa revendication d’autonomie. En premier lieu, le soutien matériel est subordonné aux jeux d’alliances régionaux : la fragilité de ces alliances place le Fatah dans une situation de précarité extrême. C’est ainsi que plusieurs décennies plus tard, ce « péché originel » du Fatah aura des répercussions considérables lorsque Yasser Arafat apportera son soutien à Saddam Hussein lors de la première Guerre du Golfe, provoquant une véritable hémorragie financière de l’OLP. En second lieu, les pays « donateurs » exigent d’avoir un droit de regard sur les activités du Fatah. C’est ainsi que l’Iraq, puis la Syrie, préféreront rapidement, après avoir tenté à plusieurs reprises d’interférer dans les affaires internes du Fatah, susciter la création de mouvements « palestiniens » qui leur sont en réalité inféodés, afin de peser au sein de l’OLP.

     

    Un second élément renforce le caractère subalterne de l’autonomie revendiquée par le Fatah (et dont héritera l’OLP) : c’est le principe de « non-ingérence palestinienne dans les affaires intérieures arabes ». Pensé comme la logique et juste contrepartie de la revendication de l’autonomie du mouvement palestinien et donc de la « non-ingérence arabe dans les affaires intérieures palestiniennes », ce principe s’avère en réalité être, lui aussi, une faiblesse structurelle majeure du Fatah, qui aura de tragiques conséquences, en Jordanie puis au Liban. L’idée de la non-ingérence est en effet doublement paradoxale :

     

    - elle trace un trait d’égalité, avec le principe de réciprocité, entre des entités étatiques constituées et un peuple en exil… dans ces entités. Toute activité politique palestinienne au sein des États abritant des réfugiés peut être considérée par ces États comme une ingérence au sein de leurs affaires intérieures. En revendiquant le principe de non-ingérence, le Fatah offre des arguments à des régimes potentiellement hostiles et s’interdit, a priori, d’influer sur la politique des États dans lesquels vivent la majorité des Palestiniens.

     

    - elle sous-entend que les Palestiniens pourraient conquérir une place dans le dispositif étatique arabe sans que celui-ci ne subisse de bouleversement majeur ou, plus précisément, sans que les organisations palestiniennes ne prennent en charge tout ou partie du combat contre des régimes autoritaires, conservateurs, voire réactionnaires. Cette analyse contestable sera source de débats et de tensions avec les futures organisations de la gauche palestinienne.

     

    Le principe de non-ingérence renforce le caractère subalterne, voire contradictoire, de l’autonomie revendiquée par le Fatah. Il indique que, malgré une rhétorique très critique à l’égard des régimes arabes, le mouvement n’entend pas entrer en confrontation directe avec eux. Conscients de leur faiblesse numérique et militaire, les dirigeants du Fatah comptent sur le soutien des États arabes dans la lutte pour la libération de la Palestine. La dépendance à l’égard des États arabes est assumée, elle participe du positionnement paradoxal du Fatah et le l’OLP dans le contexte politique et social régional à partir des années 1970. Ce positionnement paradoxal et le caractère structurellement subalterne de l’autonomie palestinienne marquera durablement le mouvement national palestinien. Si la question de Palestine est progressivement devenue une question palestinienne, elle n’en est pas moins demeurée une question intégrée au dispositif régional. A l’heure où ce dernier est en train de vaciller, rien de surprenant dans le fait que les coordonnées de la question palestinienne soient amenées à être rapidement bouleversées. 

     

    Les premières répercussions du processus révolutionnaire

     

    (...)

     

     

    Présentation et sommaire complet de l'ouvrage

     

    Les mouvements de protestation contre les régimes autoritaires qui s'élèvent dans tous les pays arabes donnent à voir un autre visage des mondes arabes jusqu'ici nié dans un amas de clichés nauséabonds. De l'inadéquation supposée entre islam et démocratie, au besoin inventé des peuples arabes d'être dirigés par un leader, ces stéréotypes sont aujourd'hui visiblement balayés par des processus qui ont en réalité mûri depuis le mouvement de la Nahda au XIXe siècle.


    Si la métaphore du « printemps arabe » renvoie justement à cette idée d'une renaissance, elle cantonne aussi, le temps d'une saison, un mouvement qui promet de s'étendre sur un temps long. Aussi, parler de « printemps arabe » pour qualifier cette lame de fond semble quelque peu inapproprié. D'autant qu'il ne saurait y avoir un « printemps arabe », mais des « printemps arabes » protéiformes, tributaires de particularismes historiques, de systèmes politiques, de tissus sociaux propres à chacun des pays. D'ailleurs les « printemps arabes » sont loin de n'être qu'arabes... et montrent, à ceux qui en douteraient encore, que le peuple est un acteur politique, économique et social à part entière. Comment s'est construite cette prise de conscience et sur quels particularismes repose-t-elle ?


    En abordant ce phénomène dans ces aspects juridiques, historiques, politiques, économiques et sociaux, ce cahier – qui s'inscrit dans une série de trois opus consacrée aux révolutions arabes – propose quelques études de cas réalisées à chaud.


    Qu'elles soient entamées, maîtrisées, ou figées, ces révolutions promettent, avec des temporalités et selon des modalités différentes, des bouleversements structurels majeurs que tous doivent désormais intégrer dans leur appréhension de la région. Le Moyen-Orient, jusqu'ici perçu comme une région sclérosée, est bel et bien en marche...

     

    http://www.juliensalingue.fr/article-processus-revolutionnaire-dans-le-monde-arabe-et-question-palestinienne-101611430.html

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    26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 06:58

    3161118596-islamophobie-en-am-233-rique.jpg« Nous » ne sommes ni hostiles à l’islam ni islamophobes. La meilleure preuve, « nous » donnons la parole à des musulmans qui disent exactement la même chose que « nous » sur l’islam. Bien sûr, ces derniers temps, certains se sont éclipsés. Le dénommé Mohammed Sifaoui a disparu dans la clandestinité, sans doute infiltré dans une de ces nombreuses cellules d’Al-Qaida. Tahar Ben Jelloun et Abdelwahhab Meddeb, ont perdu leur voix : l’un avait oublié de critiquer la dictature de Ben Ali, l’autre reste muet face à la monarchie marocaine.

    Heureusement, il ne manque pas de candidats pour occuper cette place du « bon musulman », de celui qui dit ce que nous avons envie d’entendre, et qui peut même aller plus loin encore dans la critique, car il ne saurait être soupçonné, lui qui est musulman, d’islamophobie.

    Les anglo-saxons ont un joli nom pour désigner ces personnages, « native informant » (informateur indigène), quelqu’un qui simplement parce qu’il est noir ou musulman est perçu comme un expert sur les Noirs ou sur les musulmans. Et surtout, il a l’avantage de dire ce que « nous » voulons entendre : ainsi, en 2003, Fouad Ajami, un Libanais, est devenu célèbre aux Etats-Unis en défendant la guerre contre l’Irak : si même un Arabe le dit, alors… (lire Adam Shatz, « The Native Informant », The Nation, 28 avril 2003).

    Ainsi en est-il de Abdennour Bidar, professeur de philosophie à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes). Dans une tribune publiée sur le site du Monde (23 mars) et intitulée « Merah, “un monstre issu de la maladie de l’islam” », il revient sur le drame de Toulouse.

    « Depuis que le tueur de Toulouse et Montauban a été identifié comme “salafiste djihadiste”, c’est-à-dire comme fondamentaliste islamiste, le discours des dignitaires de l’islam de France a été de prévenir tout “amalgame” entre cette radicalité d’un individu et la “communauté” pacifique des musulmans de France. (...) Mais tout le mérite de cette réaction immédiate, responsable et nécessaire, ne suffit pas à éluder une question plus grave. La religion islam dans son ensemble peut-elle être dédouanée de ce type d’action radicale ? Autrement dit, quelle que soit la distance considérable et infranchissable qui sépare ce tueur fou de la masse des musulmans, pacifiques et tolérants, n’y a-t-il pas tout de même dans ce geste l’expression extrême d’une maladie de l’islam lui-même ? »

    Un salafiste djihadiste ? Bidar ne s’interroge pas sur la signification de ce terme. Est-ce vraiment ce que représente Merah ? Olivier Roy fait remarquer que loin d’être un combattant, il est avant tout un solitaire, un perdant, dont le rapport à la religion semble pour le moins incertain (« Loner, Loser, Killer », International Herald Tribune, 23 mars 2012).

    L’islam ? Mais de quoi parle Bidar ? De la religion, d’une histoire de plus de quatorze siècles qui a vu se succéder empires, royaumes et républiques ? Du milliard et quelque de musulmans qui vivent dans des dizaines de pays ? Bidar n’a sans doute jamais lu Edward Said qui faisait remarquer, il y a déjà bien longtemps :

    « Quand on parle de l’islam, on élimine plus ou moins automatiquement l’espace et le temps. » Et il ajoutait : « Le terme islam définit une relativement petite proportion de ce qui se passe dans le monde musulman, qui compte un milliard d’individus, et comprend des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et, bien sûr, un nombre infini d’expériences différentes. C’est tout simplement faux de tenter de réduire tout cela à quelque chose appelé islam […]. » (cité dans La République, l’islam et le monde, Fayard).

    L’avantage de cette généralisation est qu’elle fait croire qu’il existe UN islam éternel et immobile (ce que disent les islamistes les plus radicaux), UN islam qui serait victime, selon Bidar, d’une « dégénérescence multiforme (...) : inculture ou “sous-culture” religieuse sont des maux qui la gangrènent. Cette médiocrité profonde dans laquelle sombre l’islam s’observe certes à des degrés très divers selon les individus, de telle sorte qu’il se trouve toujours des musulmans moralement, socialement, spirituellement éclairés par leur foi, et de sorte aussi qu’on ne peut pas dire que “l’islam est par essence intolérant” ni que “les musulmans sont antisémites”. Ce sont là des essentialisations et des généralités fausses, dont certains usent pour propager l’islamophobie. Néanmoins, tous ces maux que je viens d’énumérer altèrent la santé de la culture islamique, en France et ailleurs. »

    Essentialisation ? Mais c’est exactement ce que Bidar fait. Car quelques individus, comme il le dit lui-même, ne sauraient exempter une religion qui dans son ensemble serait devenue antisémite, misogyne, etc.

    « Il s’agirait par conséquent, pour l’islam, d’avoir dans des circonstances pareilles un courage tout à fait particulier : celui de reconnaître que ce type de geste, tout en étant étranger à sa spiritualité et à sa culture, est pourtant le symptôme le plus grave, le plus exceptionnel, de la profonde crise que celles-ci traversent. » (...)

    « Comme je l’ai souligné aussi à de très nombreuses reprises, la culture islamique est depuis plusieurs siècles enfermée dans ses certitudes, enfermée dans la conviction mortifère de sa “vérité”. Elle est incapable d’autocritique. Elle considère de façon paranoïaque que toute remise en cause de ses dogmes est un sacrilège. Coran, Prophète, ramadan, halal, etc. : même chez des individus éduqués, cultivés, par ailleurs prêts au dialogue sur tout le reste, la moindre tentative de remise en cause sur ces totems de l’islam se heurte à une fin de non-recevoir. »

    L’islam, dont l’auteur semble ignorer la diversité des pratiques et des attitudes, serait incapable de remettre en cause ses dogmes. Bidar met dans le même sac, si l’on peut dire, les croyances religieuses et les pratiques : ainsi, l’islam pense que le Coran et le prophète sont sacrés ! Quel crime pour une religion de croire que ses dogmes religieux sont vrais ! L’Eglise catholique pense que le pape est infaillible, maintient le dogme de l’immaculée conception, réduit le nouveau testament à quatre Evangiles (et oublie les Evangiles dits apocryphes), etc. Parle-t-il alors d’une maladie du catholicisme ?

    Quant aux pratiques des musulmans, elles n’auraient pas évolué ? Rappelons que dans les années 1950, Al-Azhar édictait une fatwa qui disait que le droit de votes des femmes était contraire à la religion : aujourd’hui, elles votent partout à l’exception de l’Arabie saoudite (où même le droit de votes des hommes est extrêmement limité). Quant au halal, il suffit de connaître un minimum l’histoire de ce dernier siècle pour mesurer à quel point son interprétation varie au cours des décennies et d’un pays à l’autre.

    Il faut le dire, la plupart des pratiques des musulmans dans leur vie quotidienne a peu à voir avec la religion et les institutions (entreprises, administrations, armées, etc.) fonctionnent dans le monde musulman de la même manière que dans n’importe quelle autre région du monde.

    Certes, il existe une lecture très conservatrice et réactionnaire de l’islam qui s’est développée depuis les années 1970. Mais Bidar devrait rappeler que cet islam est venu d’Arabie saoudite, un allié stratégique de l’Occident libéral. Et il aurait pu souligner que les révolutions dans le monde arabe ont ouvert un débat : Al-Azhar a ainsi adopté un document en faveur d’un Etat civil (dawla madaniya) qui illustre les transformations des esprits.

    « Comment s’étonner, poursuit Bidar, que dans ce climat général de civilisation, figé et schizophrène, quelques esprits malades transforment et radicalisent cette fermeture collective en fanatisme meurtrier ? On dit d’un tel fanatisme de quelques-uns que “c’est l’arbre qui cache la forêt d’un islam pacifique”. Mais quel est l’état réel de la forêt dans laquelle un tel arbre peut prendre racine ? Une culture saine et une véritable éducation spirituelle auraient-elles pu accoucher d’un tel monstre ? Certains musulmans ont l’intuition que ce type de question a été trop longtemps ajourné. La conscience commence à se faire jour chez eux qu’il deviendra toujours plus difficile de vouloir déresponsabiliser l’islam de ses fanatiques, et de faire comme s’il suffisait d’en appeler à distinguer islam et islamisme radical. Mais il doit devenir évident pour beaucoup plus de musulmans encore que désormais les racines de l’arbre du mal sont trop enfoncées et trop nombreuses dans cette culture religieuse pour que celle-ci persiste à croire qu’elle peut se contenter de dénoncer ses brebis galeuses. »

    Le Figaro a consacré sa Une du 22 juillet 2011 à la tuerie de Anders Behring Breivik en Norvège, et celle du 22 mars dernier à celle de Toulouse.

    Dans la première, on voit en gros titre « Terrorisme : la froide détermination du tueur d’Oslo » ; aucune photo des victimes — 77 —, mais celle du tueur ; dans la seconde, « Mohammed Merah 23 ans terroriste islamiste 7 morts », avec la photo de six des victimes (une comparaison des deux Unes est relevée par Arrêt sur images).

    Breivik n’est-il pas le produit de la maladie de l’Occident ? De cette vision qui voit dans tout musulman un danger, une menace ? Ne dit-il rien sur nos sociétés ? Non, c’est plutôt un fou ou un déséquilibré et Bidar ne voudra sûrement pas généraliser une telle action.

    Quand un soldat américain sort de son campement en Afghanistan et tue le 11 mars 2012, 17 civils dont des femmes et des enfants, on parle de folie, de fortes pressions psychologiques sur le soldat, jamais du fait que la guerre occidentale en Afghanistan ressemble à ces guerres coloniales où les populations locales ne comptent pas pour grand-chose. Cette tuerie ne dit rien à Bidar sur la maladie de l’Occident, car il est convaincu que seul l’islam est malade.

    Mais, rappelons-le, depuis le 11 septembre 2001, les interventions occidentales des Etats-Unis, d’Israël et de l’OTAN ont tué bien plus de civils innocents que toutes les actions terroristes.

    Deux bonnes nouvelles

    Dans la lutte contre l’islamophobie, deux bonnes nouvelles : la condamnation de Riposte laïque pour provocation à la haine et le « Y’a bon award » attribué à Caroline Fourest, Christophe Barbier et l’UMP pour leur racisme ordinaire, celui de la gauche comme celui de la droite (« Y’a bon awards : palmes du racisme pour Christophe Barbier, Caroline Fourest et l’UMP », Télérama, 20 mars 2012).

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    26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 06:52

    ac6e0292-e01a-11e0-a3f1-ad441c47a4cb.jpgC’est un livre explosif que publie aujourd’hui Antoine Peillon, grand reporter au journal La Croix. Bénéficiant d’informations de toute première main il montre comment la banque suisse UBS organise depuis la France un système massif d’évasion et de fraude fiscale vers les paradis fiscaux.

    A lire absolument.


    Afin de mettre en contexte les informations incroyables auxquelles il a eu accès, le journaliste a croisé différentes sources bien informées pour estimer à 590 milliards d’euros l’ensemble des avoirs français dissimulés dans les paradis fiscaux, dont 220 milliards appartenant aux Français les plus riches (le reste étant le fait des entreprises). Environ la moitié de ce total (108 milliards) seraient dissimulés en Suisse, la dernière décennie voyant fuir environ 2,5 milliards d’avoirs par an. Depuis 2000, UBS France aurait soustrait en moyenne 85 millions d’euros au fisc français chaque année, ce qui montre son importance, mais souligne également combien d’autres établissements bancaires, y compris français, participent à ce genre d’activités.

    Sous certaines hypothèses, ces donnés l’incitent à estimer à 30 milliards d’euros le manque à gagner de recettes fiscales du à la fraude internationale, soit un peu plus de 10 % du total des recettes. De son côté, la Commission européenne estime l’importance de la fraude fiscale de l’ordre de 2-2,5 % du PIB des pays européens, soit pour la France de l’ordre de 40 à 50 milliards d’euros au total dont 15-20 milliards de fraude internationale.

    Comment fait la banque UBS pour mener ses opérations sur notre territoire ? Environ 120 chargés d’affaires suisses seraient présents clandestinement en France pour démarcher les grosses fortunes françaises, ce qui est rigoureusement interdit par la loi mais réalisé, d’après Antoine Peillon, en toute connaissance de cause par la maison mère en Suisse. Chaque commercial est muni d’un document, le manuel du Private Banking, « véritable guide en évasion fiscale ». Afin d’être rémunéré en proportion du chiffre d’affaires qu’ils rapportent, les commerciaux sont bien obligés d’enregistrer à un moment ou un autre leurs transactions. Ils le font dans une comptabilité cachée baptisée « carnets du lait » que l’on peut trouver dissimilés dans des fichiers Excel intitulés « fichier vache ». On aura compris l’analogie : la France est une vache fiscale dont il faut traire le lait…

    Les commerciaux présents en France utilisent les mêmes techniques que celles mises en évidence par la justice américaine : UBS organise des évènements mondains auxquels ils invitent clients et prospects. Dans les documents récupérés par Antoine Peillon on trouve parmi les clients les noms de footballeurs connus, et même d’un haut responsable du football international pour lequel une commerciale note après un rendez-vous à Monaco en 2002 que l’entretien fut « long et difficile, mais fructueux », ou encore un navigateur, un auteur réalisateur de cinéma et… Liliane Bettencourt. Celle-ci est tout bonnement accusée d’avoir enfoui vingt millions d’euros, entre 2005 et 2008, à l’occasion de transferts entre la France, la Suisse et l’Italie par l’intermédiaire de comptes UBS et BNP Paribas, avant de finir, affirme l’auteur, dans des enveloppes remises à des personnalités de droite.

    Antoine Peillon lance de nombreuses et graves accusations dans ce livre. Mais il est sûr de ses sources : des cadres écœurés d’UBS en France, en Suisse et des services secrets français. Les preuves dont ils disposent ont visiblement été transmises à plusieurs autorités de régulation, dont l’Autorité de contrôle prudentiel en charge de la surveillance du comportement des banques. Le parquet a été saisi mais ne bouge pas, assurant une forme de protection aux gros fraudeurs. C’est pour lever cette impunité que le journaliste a décidé d’écrire ce livre. Il faut le lire et le faire connaître, pour la démocratie.


    Ces 600 milliards qui manquent à la France. Enquête au coeur de l’évasion fiscale, Antoine Peillon, Seuil, 2012.

     

    http://alternatives-economiques.fr/blogs/chavagneux/2012/03/22/comment-ubs-organise-une-fraude-fiscale-massive-a-partir-de-la-france/

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    26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 06:50

    images_merah_france_2_s.jpgCLIQUEZ SUR LA PHOTO

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