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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 06:44

 

riche-a-la-super_20.jpgMais qu’ils partent donc, ils ne nous manqueront pas. Ils sont très remplaçables, leur fortune est inutile à l’économie, et elle est un trouble à l’ordre public. Ah oui : en partant, qu’ils n’oublient pas de déposer leur passeport à la porte. Avant de la prendre.

Les faux-semblants de la gauche serpillière

Il y a suffisamment de raisons d’être affligé de la campagne du candidat « socialiste » — qui ne trouve mot à redire au traité MES [1] institutionnalisant les principes de l’« ajustement structurel », promet de renégocier le TSCG [2] avec la franchise d’un trafiquant de voitures d’occasion, fait des moulinets contre la finance avant de se rendre à Londres jurer l’innocuité de ses intentions réelles — il y a, donc, suffisamment de raisons d’affliction pour ne pas noter le moindre tressaillement du gauchomètre, dont tous les tracés étaient restés jusqu’ici absolument plats. Sans doute l’oscilloscope n’est-il pas menacé d’exploser : le maniement de la fiscalité individuelle n’est le plus souvent qu’un instrument de correction d’effets dont on préfère ne pas attaquer les vraies causes.

Le candidat socialiste aurait-il vraiment le projet de s’en prendre aux inégalités, aux chutes dans la précarité des uns et à l’indécente explosion des fortunes des autres, il s’attaquerait à leur principe générateur même, à savoir : la libéralisation financière, l’ouverture du commerce international à toutes les concurrences distordues — bien faites pour déstabiliser les classes ouvrières des pays développés et attaquer les Etats-providences —, l’orthodoxie de politique économique qui commande de satisfaire les investisseurs d’abord et les corps sociaux s’il en reste, soit synthétiquement les structures de la mondialisation néolibérale, spécialement mises en valeur par la construction européenne — dont les prétentions de « bouclier » (« L’Europe est un bouclier contre la mondialisation ») inspirent au choix le rire ou le dégoût. C’est à cela que s’en prendrait donc un candidat de gauche, conscient que la gauche se définit plus par le projet de transformer radicalement le cadre des structures du néolibéralisme que par celui d’y passer la serpillière [3]...

Précisément, on reconnaît la gauche serpillière, la gauche pleurnicheuse, la gauche qui ne veut pas être de gauche, aux chaudes larmes qu’elle verse sur la souffrance sociale sans jamais vouloir interroger, et encore moins modifier, les structures qui ne cessent de la recréer. On la reconnaît par conséquent aussi à ses instruments : emplois-jeunes, éducation-formation — avec le double aveu implicite que l’éducation est surtout une formation professionnelle et que, si bien sûr on les y aidera, il appartient tout de même aux individus de se rendre « employables » —, fiscalité enfin, soit tout ce qu’il reste de leviers secondaires pour atténuer les effets à l’intérieur du cadre mais sans jamais y toucher.

De tous ces palliatifs, cependant, la fiscalité est le plus significatif — quand il n’est pas manié à la baisse à la façon du socialisme Jospin-Strauss Kahn-Fabius... Mais voilà que François Hollande, décidé cette fois à le pousser dans le bon sens, semble avoir empoigné le levier, et la chose est suffisamment étonnante pour être notée (sous les habituelles réserves de la jonction incertaine du geste à la parole...). Que le gauchomètre s’en ressente et donne une mesure fiable, est confirmé par le capteur complémentaire de l’éditorialomètre, machine corrélée mais réglée selon un principe de variation inverse : sans surprise Jean-Francis Pécresse (Les Echos), Dominique Seux (Les Echos, again), Alexandre Phalippou (Huffington Post tendance Anne Sinclair) prophétisent le désastre, ainsi que Yves Calvi (C dans l’air) en charge de brancher l’expertomètre sur l’éditorialomètre (corrélation positive) et qui réunit un superbe plateau [4] à trois (plus lui) contre un pour bramer et faire bramer au désastre économique, avec parmi les bêtes à cornes l’inénarrable Philippe Dessertine, Christian de Saint-Etienne et surtout Elie Cohen, jusqu’à il y a peu conseiller économique de François Hollande mais horrifié des nouvelles velléités de gauche du candidat qu’il croyait sincèrement de droite.

On doit toutefois à l’honnêteté de reconnaître que l’éditorialo-expertomètre, machine pourtant ultra-sensible en tout cas dans cette partie là du cadran (depuis vingt ans, très peu de réaction sur bonus, fortunes et inégalités, non plus sur chômage, fin de droits et seuils de pauvreté), n’a pas fait exploser le scope comme elle l’aurait fait il y a cinq ans à peine. Jean-Michel Aphatie, par exemple, a même éprouvé le besoin de démentir avoir pris parti pour les riches et n’avoir fait que de l’ironie à propos des 75% de Hollande. Il est vrai que l’époque commence à sentir fort le goudron et les plumes et pour la classe possédante et pour la valetaille médiatique qui jusqu’ici n’avait de cesse de lui servir la soupe avec force justifications économiques et admonestations à l’endroit du peuple envieux. Les temps ont changé et, jusque chez les riches, commence à se former la conscience « d’avoir un peu exagéré »... Pas suffisamment cependant pour désarmer complètement les réflexes incorporés qui font objecter instantanément à la fuite des talents et au bris de l’élan créateur de richesses — et l’on pense irrésistiblement à ce moment là au parti qu’on pourrait tirer de la trouvaille des graphistes du film Les nouveaux chiens de garde [5] où l’on voit chaque éditocrate multicarte accompagné d’un phylactère faisant la liste de ses innombrables employeurs, combinée à la proposition de Régis Jauffret [6] demandant que chaque expert prônant le sacrifice salarial à l’usage des autres soit sommé de déclarer ses propres revenus...

Les « impossibilités » du mauvais vouloir

Entre temps, et comme toujours dans ce genre de circonstances, le syndicat des malévolents monte en chœur au créneau, mais caparaçonné d’arguments « techniques » qui disent tous « l’impossibilité », et en particulier, délicieuse menace, l’inconstitutionnalité, supposée fatale aux 75%.

À cette dernière en particulier, comme en fait au parti des « impossibilistes » en général, il faudra rappeler que les déclarations d’impossibilité sont le plus souvent l’expression de leur mauvais vouloir. À eux qui, fondamentalement, ne désirent pas changer l’ordre des choses, il est bien certain que les difficultés semblent tout de suite immenses et les impossibilités immédiatement constituées. Il faudrait redire ce que la capacité de penser doit au désir de penser, et que l’imagination ne vient qu’à ceux qui en ont vraiment envie. Pour tous les autres qui ont surtout envie de conserver, la conservation est à coup sûr la solution de bon sens, et comme elle est l’attracteur de toute leur pensée il n’y a pas lieu de s’étonner qu’ils s’y rendent aussi vite — à moins que ne se produise un événement exceptionnel dont la force finit par leur arracher un doute. Ainsi des laudateurs de la mondialisation financière qui auraient tous déclaré « impossible » de toucher en rien aux structures de la finance, mais découvrent, à partir de 2007, et leurs tares congénitales et qu’il est finalement possible d’y faire quelque chose (au moins d’y songer…) ; ainsi également des bons apôtres de la construction européenne à qui il faut le bord du gouffre pour être dessillés mais avaient tout nié en bloc tant qu’on en n’était pas à la dernière extrémité — et que la réalité finira bien par forcer à bazarder leurs dogmes (celui de la BCE indépendante, celui de l’article 63, etc.).

De même, la fiscalité à l’époque de la mondialisation fera l’objet de semblable déni tant qu’on n’aura pas atteint le point ultime de l’écœurement, et tout y demeurera délicieusement « complexité » et « impossibilité » — providentielle anti-constitutionnalité, norme supérieure de l’impossibilité ! Mais c’est oublier que la constitution n’est qu’une forme de loi, sans doute supérieure dans la hiérarchie des normes mais, que l’on sache, encore dans le champ de la délibération démocratique — après tout on a bien su la changer quand il s’agissait de rendre la banque centrale indépendante ; se peut-il qu’il y ait des révisions constitutionnelles aisément concevables et d’autres qui ne le soient pas ? Les constitutions peuvent être changées d’un trait de plume en une nuit, et les Argentins qui ont envoyé à la poubelle leur currency board fin 2001 en savent quelque chose : comme toujours, il suffit qu’une envie collective suffisamment puissante se soit manifestée. Et puis il reste à qui trouverait la procédure de révision trop lourde tous les moyens légaux ordinaires envisageables par une imagination normalement débridée. Si le Conseil constitutionnel s’inquiète que la combinaison d’impôt sur le revenu et d’impôt sur le patrimoine en vienne à imposer certains (sans doute pas nombreux) à 100 %, il suffit d’instituer un seuil sous lequel le revenu net après impôt ne pourra pas descendre, plancher pour le fisc… mais plafond pour les intéressés, en une restauration (convenablement actualisée) du principe, apologie de Georges Marchais, « au-dessus de 40 000 francs mensuels je prends tout » — comme il n’est strictement aucun argument, ni celui du mérite ni a fortiori celui du temps travaillé, qui puisse justifier qu’un individu vaille, et gagne, trois cents fois plus qu’un autre, le revenu net maximal est décidément une idée qui a de l’avenir…

À négligeable, négligeable et demi...

Mais ça n’est pas tout que la chose puisse s’avérer possible, reprend alors le chœur, mise en place elle serait terriblement néfaste. Il est donc temps de rappeler une ou deux choses à propos des supposés bienfaits de la présence des riches. Et d’abord à propos de l’idée que, entre joyaux de la couronne et cœur battant de l’économie, les riches seraient simplement indispensables à notre prospérité collective. La transfiguration des intérêts particuliers en intérêt général est certes l’enfance de l’art idéologique, mais, s’il est des cas où elle est aidée par un certain état des structures économiques qui produit objectivement l’alignement des intérêts de tous sur celui de quelques-uns — à l’image du risque systémique bancaire qui force à venir au secours des institutions financières sauf à encourir une destruction sociale générale —, il en est d’autres où la revendication d’utilité sociale des dominants n’a pas d’autre consistance que celle d’un pur et simple coup de force propagandiste. Comme dans le cas présent.

Il conviendrait pour commencer que les libéraux prennent conscience du défaut de cohérence de leur propre argument qui écarte d’abord la taxation des riches par un argument de « second ordre » : bien sûr, on peut si l’on veut l’envisager, mais elle concerne si peu de monde et s’avérera si peu efficace — quelques centaines de millions d’euros supplémentaires pour se faire plaisir, définitivement pas à la hauteur de la centaine de milliards du déficit à réduire... Or l’argument d’échelle se retourne comme un gant : si les riches pèsent si peu en termes fiscaux, c’est qu’ils ne pèsent pas davantage en termes de capacité d’investissement ! Par conséquent le coût d’opportunité économique d’une taxation des riches est aussi négligeable que leur contribution fiscale — et, comme le souci symbolique de l’équité à toute sa valeur (extra-économique), il ne faut surtout pas se priver.

De l’inutilité sociale de la fortune à l’époque actionnariale

Mais l’argument libéral a la logique incertaine, et une pratique plus éprouvée de la géométrie variable ; aussi persiste-t-il, contre toute cohérence, à soutenir que les riches sont utiles : nous leur devons tout le dynamisme financier des entreprises irriguées par les courageux réinvestissements de la fortune. Hélas, pas davantage.

Encore faut-il pour s’en apercevoir se faire une idée de la façon réelle, et non fantasmée, dont les entreprises financent leurs investissements et ce que, en cette matière, l’on doit à qui. Or, les choses ne se passent pas exactement comme le récit enchanté de la déréglementation financière voudrait le faire croire. Il faut bien reconnaître qu’en matière de contes et légendes, la libéralisation financière n’aura pas manqué d’imagination — et il est vrai qu’il en fallait pour tenter de rendre présentable l’ouverture du parc de loisir de la finance à l’échelle de la planète. Comme toujours dans ces cas-là, « rendre présentable » c’est présenter comme « avantageux à tous ». L’« avantage de tous », ce sont les entreprises — le public est invité à comprendre : emplois passionnants à profusion, innovations, marchandises bariolées et prospérité radieuse. La déréglementation, raconte l’histoire pour enfants sages, a été faite « pour elles ». Car les entreprises pour se financer ont besoin de fonds propres, la meilleure, la plus noble des formes de financement externe. Il fallait donc réveiller la Bourse et la rendre pétulante à nouveau, car c’est bien à la Bourse que se passe la merveilleuse rencontre des entreprises émettrices et des personnes souscriptrices, admirable alliance du capital et du travail qui nous offre une scène de genre propre à faire apparaître rétrospectivement les allégories de l’art pompier comme des modèles de discrétion allusive.

Le paradoxe de la libéralisation financière, mais cette fois impropre aux représentations édifiantes, consiste en ceci que l’énorme machine spéculative censément échafaudée en célébration des entreprises et à la gloire des fonds propres, n’aura que très marginalement modifié la structure d’ensemble de leurs financements — où les émissions d’actions tiennent une place toujours aussi faible, si bien que, trahissant la justification cardinale de la gigantesque opération, elles n’en auront tiré objectivement que des avantages infinitésimaux (et encore...). Sauf regrettable entêtement dans la pensée négative-critique, on se gardera bien de conclure par un « tout ça pour ça » désabusé car, de ne finalement servir aucune de ses finalités externes alléguées n’aura pas empêché la machine spéculative en question de prodiguer quantité d’autres bienfaits — évidemment à l’usage d’un nombre plus restreint de personnes et sans rapport aucun avec le dynamisme de l’investissement productif... Pas perdue pour tout le monde, la libéralisation des marchés d’actions l’aura cependant été au regard des objectifs dont elle s’était fait complaisamment un appareil de justifications. Mais à qui, ou à quoi donc aura-t-elle profité ? Au marché secondaire et à l’investissement spéculatif bien sûr.

Pour se montrer conforme à son concept, ou plutôt à son ambition imaginaire, il aurait fallu que le dynamisme boursier profitât exclusivement, ou majoritairement, au marché primaire, guichet de l’émission de nouvelles actions, c’est-à-dire lieu exclusif où s’opèrent les transferts réels de fonds (propres) des épargnants vers les entreprises. Hors de ces opérations de souscription, les entreprises ne voient pas la couleur des liquidités qui se déversent sur le marché secondaire, quand bien même ces liquidités prennent leurs titres pour support. Car le marché secondaire, marché de l’occasion où ne s’échangent que des titres déjà émis, met, par définition, en rapport non pas entreprises et apporteurs de fonds nouveaux, mais les investisseurs financiers entre eux, détenteurs de titres anciens désireux de s’en défaire et nouveaux acquéreurs qui leurs transféreront leurs épargnes, les uns comme les autres n’ayant rien d’autre en vue que la plus-value (présente pour les uns, future pour les autres), et les entreprises, au loin, observant ce jeu qui ne les concerne pas. Par construction, la circulation autocentrée des marchés secondaires n’offre aucune insertion aux entreprises demandeuses de fonds [7] et l’énorme masse des opérations qui s’y accomplit quotidiennement, faisant pour une part écrasante « l’activité de la Bourse », n’emporte aucune contrepartie en termes de moyens de financement supplémentaires de l’investissement productif.

C’est bien dans cette formidable disproportion des marchés respectivement primaire et secondaire, opportunément confondus dans le générique fourre-tout « La Bourse », que sombre l’argumentaire des bienfaits économiques de la déréglementation financière. Car voilà son admirable bilan en cette matière : le total des émissions nettes d’actions cotées (1650 sociétés) pour 2010 est de... 13 milliards d’euros [8]. Pour qui n’a pas les ordres de grandeur en tête, le caractère dérisoire de cette « performance » s’apprécie en la rapportant par exemple au volume total de l’investissement des sociétés non financières — 193 milliards d’euros [9] —, ou bien, dans un autre registre, au volume moyen quotidien des transactions opérées sur le seul CAC 40 — entre 3 et 5 milliards d’euros... Bien sûr, pour que cette deuxième référence ait du sens il faut se souvenir que les 5 milliards d’euros de transactions quotidiennes sur le CAC 40 doivent être appréciés en tenant compte de la vitesse de circulation de la monnaie, c’est-à-dire du fait que ce sont les mêmes liquidités qui tournent plusieurs fois par jour en ne faisant que changer de mains. Mais pour autant, et en redisant toutes les précautions qui doivent l’accompagner, la mise en regard ne laisse pas d’être frappante. En gros 230 jours de Bourse à 5 milliards d’euros d’amusement chacun, soit la fête annuelle à 1150 milliards d’euros pour, au final, 13 seulement de nouvelles émissions, c’est-à-dire de fonds effectivement dirigés vers les entreprises [10].

Les riches ne font donc pas autre chose que d’alimenter, à fin de plus-value sans rapport avec le soutien de l’investissement productif, la gigantesque machine dissipative. Et si leur pesant financier per capita est assurément bien plus élevé que celui des épargnants moyens, rien ne permet de dire qu’ils répartissent différemment du commun leurs fonds entre marché primaire et marché secondaire. À quoi sert donc l’argent des riches ? Mais à rien d’autre qu’à faire tourner la machine entropique qui soutient à peine 7% de la FBCF annuelle [11] et, des énormes masses financières qu’elle enfourne, n’en convertit qu’une portion ridicule en investissement effectif. Pour le dire plus simplement : l’argent des riches ne sert à rien — qu’à s’augmenter lui-même.

Le capitalisme actionnarial, naufrageur de sa propre idéologie

On dira que les apports en capitaux propres ne se limitent pas aux actions émises par les sociétés cotées et que, sous la cote, il est tout une masse de petites entreprises qui opèrent des levées de fonds par d’autres moyens — certaines réputées prometteuses comme les start-up, financées par « amorçage » ou venture capital. Malheureusement, là encore, la mythologie « nouvelle économie » des garages, des incubateurs et des business angels réunis n’est pas tout à fait à la hauteur de la réalité, en tout cas de celle du compte financier des ménages dont l’INSEE nous dit que, pour 2010, il ne s’augmente que de 8,6 milliards d’euros d’actions non cotées et de 6,7 milliards d’euros de divers autres titres de participation... et fatale rechute dans le dérisoire.

Une dernière protestation objectera que les actions n’épuisent pas les possibilités de financement offertes aux entreprises par les marchés de capitaux en général. Car, à côté de la Bourse stricto sensu, il y a aussi tous les marchés de crédit. Mais par définition on n’y lève que de la dette (obligations), c’est-à-dire qu’on n’y réalise aucune opération qualitativement distincte d’un ordinaire crédit bancaire, par conséquent susceptible d’être réalisée dans un tout autre environnement institutionnel que celui des marchés. Pour les PME d’ailleurs la chose est réglée : n’ayant pas la surface réglementaire suffisante les autorisant à se présenter sur les marchés obligataires, elles sont bien forcées de n’avoir à connaître des charmes de la modernité financière que par presse économique interposée — et pour le reste de se présenter au seul guichet qui leur soit ouvert : celui de la banque. Les grandes entreprises jouissent-elles vraiment de possibilités plus étendues ? Formellement sans doute, mais peu exercées en réalité. Car elles aussi savent bien ce qu’il en coûte de s’en remettre aux foucades des marchés de crédit, qui peuvent céder à la panique sans crier gare, interrompre tous les financements, en général au plus mauvais moment, alors que le crédit bancaire à la papa peut parfois donner lieu à des partenariats de long terme qui permettent de voir au-delà des fluctuations conjoncturelles et de garantir une relative continuité des financements.

Le plus étonnant étant, à la fin des fins, que même les grandes entreprises cotées, a priori les mieux placées pour faire appel à l’épargne-action, ne s’y résolvent qu’avec une extrême parcimonie. Non pas qu’elles en auraient une réticence de principe... mais parce que ce sont leurs actionnaires eux-mêmes qui les en découragent ! C’est que les émissions de nouvelles actions ont, pour les actionnaires dans la place, le mauvais goût d’être dilutives, c’est-à-dire, à court terme en tout cas, de répartir le profit existant sur un plus grand nombre de parts, donc de faire baisser mécaniquement le bénéfice par action... et le cours de Bourse avec lui.

Paradoxe suprême : c’est le capitalisme actionnarial lui-même qui ne veut pas des émissions d’actions ! — de là d’ailleurs cette aberration monumentale qui voit les entreprises sommées par leurs actionnaires de racheter leurs propres actions, selon la simple logique que, si les émissions ont de mauvaises propriétés dilutives, les buy-back [12] ont les propriétés dites « relutives » exactement inverses. Résumons-nous : la Bourse a été déréglementée au prétendu motif d’encourager le financement par actions des entreprises — et porter à son plus haut l’utilité sociale de la fortune privée —, mais la logique profonde du capitalisme actionnarial qui s’est édifié sur la déréglementation financière décourage absolument ces émissions... Pendant ce temps la spéculation continue et l’on continue de clamer que les riches qui envoient leurs épargnes à la Bourse sont la providence de l’économie réelle !

Trickle down... ou trickle up economics ?

Les riches ne servent à rien qu’à eux-mêmes. Et c’est toute la magie du discours de la trickle down economics, l’économie « du ruissellement », que d’avoir tenté de nous faire croire le contraire : laissons les riches s’enrichir ; par une cascade de retombées bienfaisantes ce sont de proche en proche toutes les couches sociales inférieures qui finiront par en profiter. Car après tout les riches investissent, sans doute on vient de voir ce qu’il faut en penser..., mais au moins ils consomment et font tourner le petit commerce, disons plutôt le gros, mais qui fera tourner le moyen, etc. Un quart de siècle d’expérimentation en vraie grandeur devrait faire un délai suffisant pour tirer le bilan — rigoureusement nul — de cette idée à laquelle continuent de s’accrocher la défense et illustration de la vertu sociale des riches. Et l’on finit par se demander s’il ne reste plus que le moyen de la dérision pour balayer enfin ce fatras mensonger, comme celui choisi par le Daily Show de Jon Stewart montrant de quelle manière la trickle down economics a inopinément muté en trickle up economics, les canalisations censément dirigées vers le bas prenant soudain un tour biscornu pour se retourner vers le haut...

Il faudrait dire bien d’autres choses pour être complet, dont certaines ont été évoquées ailleurs [13], et notamment, entre autres :

— que, dans leur bilan d’ensemble, l’inutilité économique des indécentes fortunes s’accompagne de leurs effets sociaux dissolvants, car l’opinion est frappée, au point que le trouble à l’ordre public est constitué, quand devient apparent que les mêmes causes de la finance sont au principe de l’extravagante richesse des uns et des difficultés matérielles des autres, exploités de la valeur actionnariale, licenciés de la récession post crise financière, déremboursés des plans d’austérité, prolongés des retraites différées au nom du triple-A, etc. ;

— que les arguments du mérite à « justement rémunérer », dernière ligne Maginot de la pensée libérale, peinent de plus en plus à masquer les formidables ratages des supposées élites, lesquelles continuent néanmoins de jouir d’une sorte de droit de repêchage inconditionnel et de crédit illimité pour mieux entretenir le mythe des « irremplaçables » ;

— que, par une incohérence de plus, dont il est décidément coutumier, le discours libéral, pour faire l’apologie de l’allocation efficiente (!) du capital par les marchés, n’a de cesse de vanter la « sagesse des foules », des milliers d’opérateurs financiers composant une allocation d’ensemble tellement mieux avisée que toutes les décisions du Léviathan de la politique industrielle. Curieusement cependant, la « sagesse des collectifs » s’évanouit pour laisser de nouveau la place aux « grands hommes » quand il est question de direction d’entreprise... Quand bien même, dans l’ensemble des patrons supposés providentiels, on aurait fait le tri des vendus aux actionnaires, des illuminés et des naufrageurs pour ne garder que les raisonnablement compétents, il n’en est probablement pas un auquel ne puisse se substituer la démocratie récommunale [14] des producteurs assemblés, sagesse des (petites) foules qui vaut au moins celle des marchés...

Déchéances de l’évasion fiscale

Mais on voudrait pour finir évoquer ceci, qui semble prima facie sans aucun rapport avec la question — et pourtant... Il y a décidément lieu de s’affliger des effets durables du débat sur la déchéance de la nationalité qui, dans un de ces accès typiques de racisme d’Etat, spécialement quand il est sarkozyen, avait fait le charme particulier du discours de Grenoble, à l’été 2010 ; discours doublement regrettable, d’abord pour les raisons intrinsèques qu’il est inutile de développer, mais ensuite pour avoir préempté le thème de la déchéance de nationalité et l’avoir détourné de son seul usage pertinent : l’évasion fiscale.

On n’en finit donc plus de parcourir les incohérences de la pensée de droite car, comme l’avait fait remarquer Badiou [15], c’est un étonnant paradoxe que, dressé sur ses ergots patriotiques, Nicolas Sarkozy n’a pourtant jamais eu de cesse que de vouloir aligner servilement la France sur des modèles étrangers, au fil d’ailleurs des inspirations successives de l’air du temps : américain, danois, allemand [16]..., et c’en est un autre, très semblable dans sa forme, que ses apologies de la nation s’accommodent de toutes les désertions fiscales — même si, drame des écritures lentes vouées en période de campagne à être dépassées par les événements, Nicolas Sarkozy vient de s’en prendre soudainement à l’évasion fiscale, et ne veut plus être le « président des riches » — momentanément...

De même qu’il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour, l’appartenance à la nation pourtant si bruyamment revendiquée par la droite sarkozyenne, est en définitive moins affaire de tonitruantes déclarations que d’actes tout à fait concrets comme... payer ses impôts ! L’acquittement des impôts, comme contribution proportionnelle aux charges collectives qui vont nécessairement avec la vie d’une « communauté », quelle que soit son échelle, vient peut-être en tête des manifestations réelles de l’appartenance. Et ça n’est sans doute pas un hasard que les travailleurs sans-papiers se prévalent si souvent de leurs cotisations payées, ou revendiquent le droit d’être soumis à l’impôt sur le revenu, dans une compréhension de ce qu’est l’appartenance nationale qui fait visiblement défaut à Johnny, à Liliane Bettencourt et à tous les exilés fiscaux de leur engeance, exil fiscal qu’il serait urgent de sanctionner de l’exil tout court.

La droite (et l’extrême droite) ferait donc bien de se méfier de l’idée (déjà en soi douteuse) des « vrais Français » — qui ne sont pas ceux qu’elle croit. Autrement Français les clandestins qui aspirent à être régularisés c’est-à-dire à vivre régulièrement, d’une « régularité » à laquelle les riches s’efforcent en permanence de se soustraire. Qu’ils ne veuillent plus des charges de la collectivité signifie par le fait qu’ils ne veulent plus de l’appartenance à la collectivité. Or, la frontière de la collectivité devrait fonctionner selon un principe de porosité symétrique : de même que quiconque désirant y apporter sa capacité contributive (productive, fiscale, vitale) devrait y être admis, quiconque manifestant son désir de ne plus y contribuer ne devrait pas y être retenu... Il se pourrait même que la nation ait beaucoup plus à y gagner à régulariser ceux qui veulent vivre régulièrement sur son sol qu’à tenter de retenir les Florent Pagny, les Alain Delon, et tous les faux indispensables du « dynamisme économique ». À ces derniers en tout cas il faudra expliquer le principe simple de la corrélation entre la nationalité et l’impôt. Et puis les inviter à faire leur choix — mais pour de bon. Qu’ils fuient sous d’autres cieux à la recherche des taux d’imposition qui accroissent encore un peu plus leur fortune, c’est leur affaire. Mais prière en partant de déposer passeport, carte d’électeur, carte de sécu, et d’aller définitivement se faire pendre ailleurs.

Notes

[1] MES : Mécanisme Européen de Stabilité.

[2] TSCG : Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance.

[3] Voir « Gauche de gauche, gauche de droite », Télérama, 2 mars 2012.

[4] C dans l’air, 1er mars 2012.

[5] Les Nouveaux chiens de garde, documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, Jem Production, janvier 2012.

[6] Ce soir ou jamais, France 3, 17 janvier 2012.

[7] Sauf lorsque celles-ci s’y présentent pour racheter leurs propres actions...

[8] Données Banque de France.

[9] INSEE, Comptes de la nation 2010.

[10] Et encore les 13 milliards d’euros concernent les levées de fonds de toutes les sociétés cotées, au-delà du seul CAC 40...

[11] FBCF : Formation brute de capital fixe. La FBCF permet de mesurer l’investissement productif.

[12] Les rachats par les entreprises de leurs propres actions.

[13] Voir « Bonus et primes : le (résistible) chantage des “compétents” », Blog La pompe à phynance, mars 2009.

[14] Comme on dit « république », la chose publique, on peut parler de « récommune » pour signifier que l’entreprise, comprise non plus comme la chose patrimoniale des actionnaires, est la chose commune (res communa) de tous ceux qui y travaillent — les salariés !

[15] Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Lignes, 2007.

[16] À propos des contresens de la frénésie des modèles étrangers à importer, voir l’entretien de Robert Boyer, lefigaro.fr, 13 mars 2012.

 

 

http://blog.mondediplo.net/2012-03-16-A-75-les-riches-partiront

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 22:42

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Quelle est donc la perpective d'un Front de gauche, tel qu'il vit, se développe aujourd'hui.

La question est née dans le même temps des premiers balbutiements du Front lui-même. De quelle nature allait se révèler le nouveau né, héritier du Front populaire pour les uns, prolongement et étape décisive de la dilution de l'idée communiste dans un magma dont Die Link incarne la quintescence au plan européen.

 

D'abord un peu de rétropédalage.

 

Les collectifs anti libéraux sont, d'évidence, la matrice du Front de gauche, celui qui aura pour statut premier d'effacer le calamiteux 2% de Marie George Buffet, candidate de tout le monde, du parti, de collectifs, candidate de l'échec tant les circonvolutions auront étouffé toute idée même de place au peuple.

 

Echec patent, les collectifs anti libéraux voleront en éclat dans l'affrontement des diverses lignes de forces qui les traversaient.

Partisans du nucléaire, adeptes de la bougie, militants de la décroissance, militants de croissance planifiée, socialisée.

Le fourre tout de l'attrape tout, l'échec cuisant et patant avec son lot de renoncement, le cocktail de l'échec, ainsi le rassemblement anti libéral finira tel qu'il vécut, dans un murmure.

 

Sonnée, la direction du Pcf engagera alors la mère de toutes les batailles et ce fut l'assemblée des secrétaires de section à la Défense. Le maître mot, le leimotiv de ce qui devait être un enterrement sur les dalles d'un super marché se transformera en bataille d 'un niveau innatendue par la direction, habituée à l'obéissance, parfois et souvent aveugle. Le Non prit les mêmes proportions que le vote sur la constitution Giscard, massif et déterminé.

En y regardant de plus près, cela relevait presque du sacrifice, le parti de toutes ses fibres, les plus saines, se raidissait et se relevait dans la douleur quitte à en crever mais debout et il a tenu bon.

Le non massif des sections communistes, à bien y regarder, annonçait un non porteur de Résistance, le non des communistes prolongeait le non du peuple de France, de Maastricht à Giscard.

 

La problématique posée semblait d'évidence, nombre d'élus s'étaient ralliés à cette idée dominante de l'appareil dominant : le parti est mort, sauve qui peut, surtout moi, pour d'autres la frayeur était sincère, ils ne voyaient plus d'issues, plus de visibilité, ils cédaient sous les coups de boutoir du réformisme, de l'idéologie dominante, celle du renoncement.

 

Si le mauvais coup des collectifs anti libéraux devait devenir l'apogée du coup tordu cela ne saurait masquer, la nette dérive, avec ses accélarations huesques, dans un parti sclérosé, qui en arrivait à se présenter comme un parti comme les autres, un parti au financement public, avec des reversements d'élus masquant la perte de centaines de milliers de membres, des élus qui en échange de bons procédés obtiendront la liberté , celle de bafouer, de brader, de s'auto proclamer cause du peuple et de revenir à la vieille farce du parti socialiste défait en 1920, le parti du parlementarisme, en rupture avec la classe ouvrière et ses alliés, en rupture avec la solidarité de classe à tous les échelons.

 

Le proverbe mérite que l'on s'y arrête, « qui paie la musique, choisit les musiciens » et c'est de cette manière, sans nul doute efficace, que la social démocratie choisit la partition. A chaque ministre communiste, le monde du travail se repliait sur lui-même, perdait son parti du travail, son idéologie de classe, son sens du combat. A chaque adjoint d'un maire social démocrate, ses couleuvres, le sens d'une bonne, saine et rigoureuse gestion, celle qui offre un horizon des plus obscurs, celui de la perte de perspective politique.

 

Il fallait ensuite choisir les musiciens, choisir ceux qui aboieraient aux basques d'un Sarkozy, d'une Merkel, d'on Medef mais nulle morsure, des effets de manches... et il y eut Mélenchon.

 

Avec en toile de fond le parti de gauche européenne, parti qui perçoit également le financement public de par son ralliement à cette Europe là, il est indispensable de s'interroger sur la logique même qui impulse les actes de Jean Luc Mélenchon et du président du parti de gauche, Pierre Laurent.

 

L'évidence de rabatteurs pour conforter la social démocratie européenne est de fait, au prétexte de peser sur la social démocratie, Die Link en Allemagne a cru prospérer. Ce 18 juin Jean Luc Mélenchon attirait le regard sur les élections allemandes à venir, il n'est guère garanti que le résultat conforte l'option de la cause commune qui tire l'ensemble des organisations vers la collaboration de classe au niveau européen, le tout relayé par le parti de gauche de Pierre Laurent.

 

La crise mondialisée du capitalisme, l'Europe de la CECA, de Maastricht, l'Europe du capital connaissaient de ces accélérations en vue de la guerre ultime contre les peuples d'Europe certes mais du monde, car la naissance d'un nouveau bloc impérialiste résonne au son des tambours.

 

Les communistes français, orphelins des nations socialistes, à la peine dans la définition de leur propre projet de société socialiste glisseront alors vers l'acceptation de la pensée dominante, celle de la bourgeoisie monopoliste, mais cela ne saurait une nouvelle fois masquer que ce glissement remonte à plus tôt et que, chose incroyable pour le militant lambda, il y a, il avait toujours eu une droite dans la direction du parti, parti emberlifiquoté dans un centralisme anti démocratique qui maintiendra une discipline politique censée représenter la pensée, l 'analyse marxiste résumée à , le parti va mal, tu te tais, il va bien, la direction avait raison donc tu te tais aussi.

 

 

Il est ardu de situer à quel moment précis la tendace droitière alliée à la centriste, la direction du parti, ont pu prendre la main, à quel moment furent conclues des ententes pour accélérer le processus de casse de l'outil politique de la classe ouvrière cependant c'est sous la direction de Georges Marchais que le parti renonce au poing levé, à la dictature du prolétariat puis au rôle dirigeant de la classe ouvrière. De la balle dans le pied cela devient rapidement la rafale et le Front National, celui-là est en embuscade...

 

Georges Marchais était vraisemblablement déjà battu au sein de la direction, le Comité central n'est qu'une chambre d'enregistrement et cela tombe bien pour les nouveaux musiciens.

Robert Hue est sacré, il fait illusion, séduit dans les salons, il en finira en redingote et queue de pie.

 

A la recherche d'une troisième voie la direction du Pcf renoue avec l'embourgeoisement, il remet à l'ordre du jour les inquiètudes de Lénine quand à une direction de parti dont de nombreux cadres avaient conservé la méthode, le mode de fonctionnement et essentiellement le projet réformiste du moindre mal et de l'entente avec le capital.

 

Il est à peine croyable de retrouver les mêmes forces à l'affrontement interne 92 années plus tard et pourtant.

 

L'idée première de ce texte, décrypter le Front de gauche nous renvoie, bien modestement sur la lutte idéologique d'une rare intensité qui se livre au sein du parti.

 

Il s'agit selon moi de bien ancrer cette réalité, la lutte interne au sein du parti est vivace, elle trouve des formes nouvelles, selon les échéances électorales et leurs résultats. La stratégie électorale, électoraliste pour aller au vrai, nous rappelle encore une fois aux fondamenatux de la social démocratie, cette société est démocratique et nécessite quelques aménagement à la marge et cela...

 

Et cela nous ramène au Front de Gauche et à Jean Luc Mélenchon. Révolution citoyenne et civique, la ligne de front est tracée, tout par les urnes car chacun le concédera, la presse est neutre et d'une objectivité sans égale , la télévision distrayante, le patron courtois et il appartient à chacun de se forger ses propres convcitions dans ce monde où la pensée unique ne serait plus.

 

Bien plus important et accessoirement terrible pour ceux qui ne s'étaient pas aperçu de ce bonheur inavoué d'une société structurée autour de l'exploitation de la force du travail, il y a le ralliement à la berceuse de la CES, l'Europe sociale de tous et en même temps si vous le voulez bien.

La casse des services publics, des statuts nationaux, des cadres nationaux constituent une étape décisive à qui entend libérer le capital de l'oppression du monde du travail.

 

Changer pour une Europe sociale, faut oser, de Chypre à Prague, niveler par le haut les acquis sociaux et démocratiques et le tout avec nos petits bras, l'effort est louable tout comme le résultat est éphémère et confine au ridicule.

 

Il est difficile pour un militant syndical et communiste comme je le suis de saisir le pourquoi de cet alignement, de ces renoncements, une forme de lutte de classes au sein du parti avec une petite bourgeoisie enkystée, sclérosée, qui a glissé de la Révolution à l'édredon, allez savoir.

 

Tout est foutu comme vous le disent nos anciens amis, ceux là qui désabusés, découragés ont quitté, ont tenté ailleurs comme d'autres sont passés à l'ennemi , tels les rats, de babord à tribord.

 

Tout est mal barré comme le suggèrent d'autres, noyés dans leurs certitudes tout autant que coupés des masses populaires qu'ils entendent représenter du haut de leurs brevets , de leur savoirs, coupés du peuple, de leur propre peuple.

 

Tout fout le camp comme dit mon camarade qui gentiment me montre le portrait du petit Père des peuples qu'il conserve pieusement.

 

Hé bien non et j'en suis le premier surpris, certes, ne nous y trompons pas un instant si le candidat du Front de gauche fait un carton, nous sommes bons pour un nouveau coup de boule de la direction en vue du parti unique qui, en ce sens, pourraient comme en italie, prendre le nom d'un bidule, d'une chose, par exemple 'l'aiguillon de gôche ».

 

Si le Front de Gauche se fait cartonner, là on est bons pour, on vous l'avait dit, on a tenté un dernier truc mais là franchement camarades ça va plus l'faire !

 

Donc on a le Front de Gauche et bien difficile de passer à côté.

 

Alors je tente la lucidité, on en est on au pas de côté, à trois pas en avant, ou bien plus en arrière....Bien compliqué.

 

Il est tentant de simplifier ce qui peut l'être, à quoi bon s'user le mental cependant dans la bataille de classe actuelle il est indispensable de s'user le cervelet et sans autre prétention, se poser la question d'Illitch : Que faire.

 

Ce qu'il faut démontrer et clarifier tout d'abord.

 

L'idée de la pesée sur la social démocratie pour la tirer à gauche et agitant la vieille formule du patronat « on en fait pas la même politique avec un Pcf fort ou faible », merci ça on connait, suffit de mater le taulier pour savoir si il craint ou pas, lui il compte et connaît ses valets, il écrit la partition et joue du bâton, du pipeau à l'occasion.

 

Mias là n'est pas le fond du problème.

 

La social démocratie bascule à gauche à partir de quelle gite ?

 

Avec la candidature de Jacques Duclos c'est un quart des voix, avec Georges marchais c'est 16%, entre deux la société a changé certes mais et surtout est passé le Programme Commun, sans doute le signe le plus formel que loin d'avoir tiré la social démocratie sur la gauche, s'y allier n'a qu'affaiblit, obscurcit le champ de la transformation sociale et des moyens à mettre en œuvre pour le socialisme.

 

Donc l'expérience de la pesée nous amène à démontrer que c'est l'idologie dominante, celle du renoncement qui finit par peser le plus lourd.

 

Un Front de Gauche avec cette visée est condamné, dans un premier temps, aiguillon, dans le second absorbtion. Cela ne garantit que peu d'emplois et moins encore dans la durée.

 

La formule de la troisième voie, celle qu'aurait quitté la social démocratie, la laissant vacante et suceptible d'une reprise à bon prix.

Potentillement dangereuse l'idée plait mais porte un tel héritage qu'en matière de séduction la mémoire collective fait que...

 

Alors un Front de gauche fourre tout, un bric à brac d'organisations, d'individus,certainement, cependant à force de proclamer place au peuple, il finit par entendre et ce qui vient de prendre force à la Bastille ressemble bien à ce que Jean Luc Mélenchon nomme le volcan français, volcan aux éruptions libératrices et salvatrices.

 

Jean Luc Mélenchon est un compromis, ancien trotskyste, toujours socialiste, ancien ministre, totalement mitterrandiste, se contenter de l'anathème est, peut-être soulageant mais ensuite. Qui n'est pas un ex de … Qui n'a jamais voté socialiste...

 

Cet homme est sincère au milieu d'un océan de contradictions et cela a son importance.

 

le 18 mars au matin sur le marché de Valenton passe un vieux militant socialiste, un fidèle, il parlotte avec ses camarades, passe à notre hauteur, s'arrête, prend le stylo et appelle à voter Jean Luc Mélenchon... L'après-midi, un autre militant socialiste et sa fille montent dans le car pour la Bastille .


Quand même, le camarade Mitterrand nous en a pris trois millions de voix, il est temps de se les récupérer non ! Pour commencer.

 

C'est alors que grincheux murmurât, comment on peut accepter ces voix là, ben on choisit pas et si quelqu'un a l'idée sur la méthode pour gagner des voix s'en en prendre ailleurs, merci de donner la formule.

 

Ces socialistes là ne me gênent pas du tout, nous étions ensemble contre la constitution Giscard car notons le : le Non massif a été un vote de classe mais en aucun cas un vote massif au profit du Parti Communiste Français, alors moi quand je suis en grève, en lutte je ne choisis pas ceux qui luttent, on y va ensemble, tous ensemble dès lors que c'est dans le même sens.

 

Et voilà le Front de gauche conçu pour éclater le Pcf pourrait bien en être le renouveau, ah bon et le programme alors.

 

L'Humain d'abord, effectivement c'est pas la révolution tout de suite et même pas du tout hormis dans les urnes de la bourgeoisie mais, mais...

 

Le programme pas pire que celui de Marie George puisqu'elle en avait pas et les précédents pas mieux.

 

Jean Luc Mélenchon, ne l'oublions pas, a du tenir compte d'un nombre de militants communistes qui l'avaient mis sous cloche, l'homme a grandi, ce n'est pas se rallier que de le constater.

Lorsqu'il s'écrit à Rouen « vive le socialisme » je l'avoue il me scotche, non pas que j'ai l'intime conviction que nous y mettions le même contenu mais..

Mais , Mais oser le mot tabou, tabou chez nous , depuis la victoire de la contre révolution à l'Est, oser évoquer ce mot de planification même écologique, ça fait un bien fou.

 

Cette idée de 6me République, il faut entendre cette jeunesse qui n'en veut plus de cette truie vérolé, avec ces Woerth, ces Tapie, avec ces ors et ces palais, j'ai comtemplé ces jeunes qui écoutaient avec une telle attention, un tel désir de vivre ce 18 mars.

 

Ouais cette campagne n'est pas mortelle, ni morbide, et qui pour écrire que le Smic, la retraite à 60 ans à taux plein c'est du réformisme, moi j'en veux du réformisme à 60 ans et à taux plein.

 

Jean Luc Mélenchon concède que se développe quelque chose qui désormais le dépasse et la direction du parti également, mais là il en faut pas beaucoup.

 

Quand j'entends trois délégués syndicaux me dirent qu'il parle d'eux, qu'enfin il y a une porte, un espoir que le combat syndical connaisse son pendant, son portant politiques.

 

Cà fait drôle d'entendre ces gars là dire » avec ça, on relève la tête », il y a un espoir fou mes camarades, ils rêvent de Front Populaire, un vrai, un bon.

 

Alors Jean Luc Mélenchon est un socialiste, y'en a de pire... Il soutient Chavez, il y a pire, il vote la guerre en Libye, il y a mieux, il soutient Cuba, il y a pire, il soutient Die Link, il y a mieux.

C'est cela la réalité car Jean Luc Mélenchon et avant tout, la direction du PCF sont sensibles aux vents, bons ou mauvais.

 

Le Front de Gauche a pris une dimension politique et comment dire, une dimension idéologique et morale, il rassemble celles et ceux qui ne croyaient plus à rien ou si peu, pour avancer il faut un parti de classe couplé à l'Espoir, à l'envi de remonter au combat, ce qui est en train, non de naître, mais de se réveiller c'est bien ce volcan, celui des sans culottes, des Communards, celui de la Résistance. La mémoire ouvrière et collective s'éveille, enfin et s'ouvre sur la lutte, la Résistance face à une droite et un patronat durs, violents , cyniques, sans aucun cadeau. Il fallait oser, notre peuple reprend Espoir et c'est à gauche et c'est tant mieux.

 

Les communistes , si ils le veulent, doivent être comme des poissons dans l'eau dans ce front là , porteurs des idées et des luttes émancipatrices en son sein.

 

Il n'est pas un militant qui n'évoque cette multitude d'inorganisés qui investissent le Front de gauche, bien peu le conçoivent comme un parti mais bien plus comme une référence politique, un cadre de rassemblement populaire, dans tous les axes.

 

Les « sans parti » ne sont pas pour nous effrayer, ils n'effrayaient pas Lénine, au contraire celui-ci aimait à les respecter, à le considérer non comme force d'appoint mais comme une force saine, libre d'observer, de juger et enfin d'établir un choix politique.

 

Les « sans parti » sont très nombreux dans le Front de Gauche, vers qui se tourneront ils pour porter politiquement leurs luttes et leurs aspirations, vers ceux qu'ils cotoient ou ceux qui resteront sur le bord du trottoir par pureté révolutionnaitre en admettant qu'il ne s'agisse pas d'autres calculs.

 

Les militants syndicaux sont très nombreux dans le Front de Gauche, vers qui iront leurs regards et leurs adhésions, vers celui qui saura ouvrir les portes d'un parti de classe, de transformation sociale.

 

Les membres du parti sont très nombreux dans le Front de Gauche, vers qui se tourneront-ils, convaincus qu'enfin l'Histoire reprend sa route...

 

La question vitale, celle qui va conditionner notre avenir demeure présente depuis le congrès de Tours en 1920.

Le mouvement ouvrier, le salariat et la classe ouvrière sauront-ils et pourront ils s'emparer du Front de gauche pour relancer et développer une forme d'expérience qui, puisant dans le plus profond de l'histoire, de notre histoire, préservera et posera de nouveaux jalons à l'émancipation humaine.

En bref, un mouvement de classe, indépendant de la bourgeoisie, de la social démocratie, avec un programme de rupture avec le capital et les moyens politiques d'y parvenir.

S'emparer du Front de gauche n'est nullement tenter le coup d'Etat, il s'agit de se frotter quotidiennement à celles et ceux qui se sont mis en mouvement, il y a l'urgente nécessité de poser ces questions qui conditionnent tout le reste :

s'agit-il d'en finir avec le capital ou de l'accompagner ?

 

Le socialisme est-il, de nouveau à l'ordre du jour du peuple de France ?

 

Et c'est à quelle heure ?

 

 

Sans théorie révolutionnaire pas de mouvement révolutionnaire écrivait Lénine alors soyons en pleinement conscients, sans militants communistes actifs en son sein , le Front de Gauche nous perdra.

 

Il appartient à chaque communiste d'éveiller, de réaliser la tâche politique qui est la sienne, aller aux masses.

 

Il appartient à chacun d'entre nous d'apporter au Front de Gauche un contenu de classe, un contenu transformateur et authentiquement révolutionnaire.

 

Alors la chaise vide, certainement pas quand souffle un tel vent, non cela est folie !

 

Et franchement, quitte à oser l'impossible, cela fait combien d'années que l'autre Front, celui des patrons et de la haine est devant et si cette dynamique naissante balayait l'ordure...

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 19:27

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Monsieur le Président du Comité d’entente des Anciens Combattants

Messieurs les présidents d’associations,

Mesdames et messieurs les porte-drapeaux,

Mesdames et Messieurs,

Cher(e)s Ami(e)s,

 

Nous sommes réunis aujourd’hui pour commémorer le 50eme anniversaire du cessez le feu, qui mit fin à l’une des pires tragédies de notre histoire : la guerre d’Algérie.

Rares sont les épisodes qui entrent dans l’histoire avec une telle charge émotionnelle.

 

Tant d’années après, on s’interroge : « Mais quand a commencé cette guerre ? »

 

Pour certains, c’est le 1er novembre 1954, avec ce qu’on a appelé « la Toussaint rouge », une journée marquée par une trentaine d’attentats contre des postes de police et des casernes, en Kabylie et dans les Aurès.

 

Mais peut-on s’en tenir à cette seule date, en oubliant ce qui s’est passé avant ?

 

Avant, c’est par exemple le 8 mai 1945, le jour où, en France, on fête la fin de la Seconde Guerre mondiale ; ce jour-là, les Algériens, eux aussi, fêtent la chute du nazisme. Mais dans le même temps, ils affirment leur opposition à la présence coloniale française. Sur certaines de leurs banderoles, on peut lire : « A bas le nazisme et le colonialisme ». Dans la ville de Sétif, la police française tire alors sur les manifestants. C’est un véritable massacre, et on compte les morts par centaines. La colère se lève alors comme une vague parmi le peuple algérien, et le soulèvement gagne d’autres villes. Les autorités politiques et militaires françaises se lancent alors dans une véritable guerre de représailles provoquant la mort de 10 000 à 15 000 personnes en quelques semaines : la vérité ne sera jamais connue.

 

 

 

 

 

 

Cependant, ce rappel suffit à éclairer la guerre d’Algérie sous son vrai jour : une guerre, mais une guerre coloniale qui a commencé dès l’invasion et l’occupation de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc en 1830. En d’autres termes, c’est la violence du fait colonial qui est considéré par la plupart des historiens comme le fait fondateur de ce que se terminera par la guerre d’Algérie, mais qui fut en fait une longue succession de soulèvements et de répressions non seulement en Algérie, mais aussi en Tunisie et au Maroc.

 

Je n’en donnerai qu’un exemple, quasiment oublié de tous : la guerre du Rif.

 

Qui se souvient de cette guerre du Rif, qui secoua le Maroc au lendemain de la première Guerre mondiale ? Pendant 5 ans, pourtant, de 1921 à 1926, cette guerre a opposé les Marocains qui ne réclamaient rien d’autre que leur indépendance, aux occupants Espagnols et aux Français ; elle a provoqué des dizaines de milliers de morts, sous la conduite, entre autres, du côté espagnol, du Général Franco sous lequel l’Espagne ne tardera pas à sombrer dans une sanglante dictature pendant près de 40 ans, et aussi, du côté français, du Général Pétain qui collabora honteusement avec Hitler ; enfin, sans rentrer dans les détails, je veux rappeler que les populations marocaines furent bombardées avec le même gaz mortel que celui qui avait tué en masse dans les tranchées de 1914-1918.

 

Le conflit algérien n’était rien d’autre que le prolongement de plus d’un siècle de domination, d’écrasement d’un peuple par une armée étrangère.

 

Après les accords d’Evian, signés le 18 mars 1962 –et non le 16 comme cela a été écrit par erreur sur le Flash- et le cessez-le-feu du 19, il aura fallu attendre près de 40 ans pour que cesse une scandaleuse hypocrisie, et qu’enfin ce que l’on désigna pudiquement comme « les opérations » en Afrique du Nord ou les « événements d’Alger » prennent l’appellation officielle et légitime de guerre.

 

C’est la dernière grande guerre coloniale de la France. Une guerre qui aurait très bien pu être évitée si la négociation l’avait emporté sur l’aveuglement et l’escalade meurtrière.

 

Pour ma part, je suis convaincue que ce 50ème anniversaire doit permettre d’écrire enfin l’histoire de la guerre d’Algérie. Il faut en parler, car sur les deux rives de la Méditerranée elle continue de peser sur l’inconscient collectif de nos peuples. Elle s’impose pour toutes les générations, celles qui l’ont vécue, comme celles les plus jeunes, qui peuvent ignorer les faits et pourtant ressentent le drame.

 

On mesure à quel point la guerre d’Algérie fut un traumatisme puissant et durable. On sait combien les discriminations à l’égard des hommes et des femmes venus d’Algérie ont succédé au régime colonial, et aujourd’hui encore comment elles alimentent le racisme !

 

Il est grand temps, j’en suis convaincue aussi, et je suis certaine que, tous, vous partagerez cet avis, oui il est grand temps d’ouvrir la page de la réconciliation. Je voudrais citer des propos de l’écrivain Jules Roy :

 

« Entre la France et l’Algérie, cela a été une histoire d’amour terrible et mouvementée qui s’est terminée dans un ruisseau de sang, un fleuve de sang peut-être. Mais la France et l’Angleterre ? La France et l’Allemagne ? Une mer de sang nous a séparés et pourtant aujourd’hui avec ces deux pays nous avons d’excellentes relations ! Alors pourquoi pas de réconciliation avec l’Algérie ? C’est de la stupidité ! Ce qui blesse le plus sûrement l’Homme, ce ne sont pas les coups de fusils, les bombes, etc. C’est le mépris. L’arme la plus infamante, c’est le mépris. Hélas pour nous, Français, nous avons été là-bas très aveugles et très méprisants. Il est temps aujourd’hui d’œuvrer de plus en plus à la réconciliation de nos deux peuples ».

 

Le peuple français, dont la jeunesse a payé cher ces tristes années –et certains parmi nous aujourd’hui sont bien placés pour le savoir !

 

Et le peuple algérien, principale victime.

 

Cette vision des deux camps, notre ami Claude-Jean Routier l’a fort bien exprimée dans son interview au magazine municipal dont je cite deux phrases : du côté algérien, dit-il « je me souviens d’un très beau pays où les gens vivaient une grande misère »… Et du côté des jeunes soldats français, « on avait l’impression de revenir au pays dans l’indifférence générale, alors que ça nous avait retiré plusieurs années de notre vie. Cette guerre, c’était vraiment une idiotie ! ».

 

La guerre d’Algérie laissa le pays exsangue, meurtri. Le bilan est effarant. Des centaines de milliers d’Algériens, des dizaines de milliers de militaires français morts dans les combats. Des dizaines de milliers de harkis tués pendant ou après la guerre.

 

Pour le peuple algérien, qui a subi une épouvantable et sanglante répression, mesurons bien l’ampleur de la tragédie avec l’humiliation, la torture, les exécutions sommaires, mais aussi les ratonnades, la chasse au faciès.

 

La fin, paraît-il, justifiait les moyens. Tous les moyens, même les plus indignes. Peu importait le viol des consciences et les droits de l’Homme, les autorités françaises voulaient « maintenir l’ordre », quel qu’en soit le prix. « L’Algérie, c’est la France. L’Algérie restera la France » déclarait alors le ministre de l’Intérieur, qui fait inlassablement fonctionner la guillotine contre les militants algériens. Ce ministre, c’était François Mitterrand.

 

Oui, des crimes irréparables furent commis. Jusqu’à ce fatidique et symbolique 17 octobre 1961, où des milliers d’algériens qui défilaient pacifiquement dans Paris pour le respect de leur dignité et l’indépendance de leur pays, subirent une répression monstrueuse et sanglante. A ce jour nous ne connaissons toujours pas le nombre de victimes, ni combien de corps furent jetés dans la Seine. Notre amie Sylvaine Galéa avait 14 ans. Le 17 octobre, elle faisait de l’aviron sur la Seine : « J’étais du côté du pont de Neuilly », raconte-t-elle, « quand je me suis aperçue que des gens tombaient du pont. En réalité, il s’agissait de manifestants qui étaient jetés par-dessus bord. Le moniteur nous a immédiatement fait rentrer chez nous. Il m’a ramenée en voiture en passant par le bois de Boulogne. Je me souviens avoir vu des corps pendus aux arbres. Cela m’a beaucoup marquée… ».

 

Rappelons que les ordres criminels furent donnés par le ministre Frey et le préfet Papon sous couvert du gouvernement.

 

J’ai évoqué la torture, permettez moi de rappeler l’importance considérable du témoignage d’Henri Alleg, avec son livre « La question » qui fut interdit pendant de longues années. Henri Alleg sera présent à Valenton le 25 mars prochain, et je vous invite à venir nombreux pour débattre, échanger avec lui sur cette guerre. Du côté algérien, aussi, des exactions furent commises. Elles non plus ne doivent pas être oubliées, mais elles ne peuvent en aucun cas diminuer la responsabilité du colonisateur.

 

Cette guerre, on ne le dira jamais assez, fut un drame pour le peuple français aussi. En effet comment le peuple de France, si attaché aux libertés, dans ses divisions et ses contradictions, aurait-il pu ne pas vivre ces années de guerre contre un autre peuple, comme une douleur, comme un choc.

 

Il faut se souvenir, et je sais que certains ici l’ont encore en mémoire, de la douleur des familles, des mères, des enfants là-bas et ici. Oui, on peut dire d’une certaine manière que le peuple français fut victime du colonialisme. Même si au sein de notre peuple, des forces ont cherché à justifier l’injustifiable en nourrissant la haine contre les Algériens.

 

Je pense au sinistre Le Pen, dont les mains sont encore rouges du sang de la torture, qui continue à raviver les haines, rejoint et soutenu par la droite dite « classique » qui réclame toujours la réhabilitation du colonialisme.

 

Ca et là, on érige des monuments aux assassins de l’OAS. Au plus haut sommet de l’Etat, on décore d’anciens putschistes comme Denoix de Saint-Marc, ou l’on veut donner à Bigeard la consécration d’un tombeau aux Invalides. Et vous savez tous la tentative sans cesse renouvelée de gommer du calendrier la commémoration du 19 mars.

 

Malheureusement, ces révisions de l’histoire ne sont pas l’œuvre de quelques obscurs illuminés. N’a-t-on pas entendu le ministre des affaires étrangères exiger de l’Algérie de la « modération » dans la célébration de la fin de sale guerre ? Et le ministre de l’Intérieur déclarer que « toutes les civilisations ne se valent pas » ?

 

La guerre d’Algérie a laissé dans notre pays des souffrances, des incompréhensions profondes, des rancoeurs durables.

 

Ainsi, près d’un million de  « Pieds Noirs » qu’on appela « rapatriés » d’Algérie, vécurent leur départ comme un exil, comme une déchirure.

 

Ainsi encore, furent mobilisés 3 millions de jeunes, dont 30 000 ne revinrent pas et 300 000 autres revinrent blessés, malades, traumatisés.

 

Pour ces soldats de 18 ans, ces jeunes pères, arrachés à leur foyer et qui ne sont jamais revenus, ou qui sont revenus brisés, pour ces familles plongées dans le deuil, quelle réparation y a-t-il eu ? Aucune ! Ces gouvernements de l’époque ont eu si peu de scrupules, si peu de remords qu’ils ont « oublié » toutes les souffrances dont ils sont responsables.

 

Et justement, pour ces dirigeants politiques et militaires qui ont envoyé nos jeunes se faire tuer et mener une guerre injuste, quelles sanctions y a-t-il eu ? Aucune !

 

Aujourd’hui je veux dire mon inquiétude, quand j’entends un ministre de la République, Gérard Longuet, c’était le 29 janvier dernier, fustiger « les adeptes de la repentance » et flatter « cette formidable entreprise de la présence française en Algérie » en concluant « vive le souvenir de la France en Algérie ».

 

Je le dis sans détour, ces propos me scandalisent et me font honte. Je préfère la France qui s’ouvre sur le monde, qui accueille. Pour la réconciliation, il y a des gestes à faire, je pense par exemple au droit de vote des résidents étrangers pour les élections locales, l’attente et l’injustice n’ont que trop duré.

 

Aujourd’hui, nous commémorons le 50ème anniversaire du cessez le feu, mais il y a 50 ans également eut lieu le massacre de Charonne.

 

Le 8 février 1962, 60 000 personnes défilent dans la rue pour la paix en Algérie et contre les assassins de l’OAS. Alors que l’OAS multipliaient les attentats contre la communauté algérienne et des personnalités aussi diverse que le dirigeant communiste Raymond Guyot ou le ministre gaulliste André Malraux, les autorités ont choisi d’orienter la répression contre ceux qui s’opposaient à la menace fasciste, toujours sous la responsabilité du sinistre Papon.

 

J’ai en mémoire ce que me racontait un ami valentonnais disparu l’été dernier : à Charonne, là où plusieurs manifestants devaient trouver la mort sous les coups de la police, il s’était retrouvé coincé contre les grilles du métro. Sa vie ne tenait qu’à un fil, et il n’avait dû son salut qu’à un camarade qui, au risque d’y laisser lui-même sa peau, l’avait tiré par-dessus la bouche de métro. Il nous racontait cette histoire toujours avec la même émotion, mais aussi la même colère contre Papon.

 

Neufs morts, massacrés par les forces de police déchaînées, et des centaines de blessés.

 

Neufs morts, neuf militants de la CGT dont huit communistes et parmi eux, un gamin de 15 ans Daniel Féry. Ce nom vous dit sûrement quelque chose, c’est le nom du centre de loisirs pour nos enfants.

 

Je veux terminer mon propos en citant Henri Barbusse :

 

« Dans les colonies, l’étranger n’est le tortionnaire que parce qu’il est avant tout l’exploiteur, et quand les bêtes de somme se dressent contre les bêtes de proie, c’est un fait social et ce n’est pas, comme on veut nous le faire croire, une question de xénophobie ou de nationalisme. Il n’en reste pas moins que l’indépendance nationale est la première étape de l’indépendance humaine . »

 

Oui, décidément, comme l’a si bien dit Claude : « Cette guerre est une idiotie ».

 

Merci de votre attention.

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 13:59

 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 11:16

 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 11:15

 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 11:03

0125evo_article.jpgTraduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le président Evo Morales a remis en cause ce lundi à Vienne, l'exclusion de Cuba de la Chambre des Amériques de la part des États-Unis et du Canada, pour la simple raison qu'il s'agit d'un pays socialiste marxiste-léniniste, il a objecté qu'il partageait cette tendance politique et a alors demandé à ce qu'on l'expulse de l'Organisation des États américains (OEA).



En conférence de presse, face aux médias internationaux, le chef de l’État a suggéré de démocratiser les Nations unies, accusant cet organisme de permettre les « coups d’État » dans des pays d'Amérique latine avec l'aval des États-Unis.



« Aujourd’hui, il y a beaucoup de présidents de tendance communiste marxiste-léniniste, j'en fais partie et je demande qu'on m'expulse de l'OEA, puisque c'est sous ce prétexte qu'ils ont expulsé auparavant l'OEA (…) c'est regrettable que tous les pays d'Amérique latine soient soumis à une position aussi autoritaire des États-Unis et du Canada, refusant catégoriquement la participation de Cuba », soutient Morales.



« Les pays anti-impérialistes d'Amérique latine, nous sommes accusés d'être des terroristes, autoritaires, des narco-traficants, et l'histoire se répète (…) je reste convaincu qu'il n'y a pas de conseil de sécurité aux Nations unies, je crois qu'il s'agit d'un conseil d'insécurité, voilà pourquoi il faut commencer à démocratiser les Nations unies, j'ai de profondes divergences pour ce qui est de son fonctionnement actuel », exprime-t-il.



Le président soutient que la Bolivie a le droit de maintenir des relations diplomatiques avec le monde entier, il a rappelé que lorsqu'il est arrivé à la présidence en 2006, l'Ambassade des États-Unis lui a demandé qu'il n'ait aucune relation bi-latérale avec Cuba, le Vénézuela et l'Iran, c'est pourquoi il a expulsé deux ans plus tard l'ambassadeur états-unien, Philip Goldberg, qu'il a accusé d'ingérence et d'immixtion dans les politiques intérieures du pays.



La VIème Chambre des Amériques se tiendra à Carthagène, en Colombie, les 14 et 15 avril 2012, avec présence de 34 chefs d’État.



Les Chambres des Amériques réunissent tous les trois les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l'OEA, pour débattre sur divers aspects politiques, affirmant des valeurs communes et s'engageant sur des actions communes à l'échelle nationale et régionale, afin de faire face aux défis présents et futurs, c'est le discours officiel du Secrétariat de la Chambre.



Le thème central de l'initiative de cette année est « Connecter les Amériques : partenaires pour la prospérité », qui se concentre sur le rôle de l'intégration et de la coopération régionale comme moyen de parvenir à de meilleurs niveaux de développement et combattre la pauvreté, les inégalités, garantir la sécurité des citoyens et l'accès aux technologies.

 

Source: Prensa latina

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:59

the-wall.jpgPour expliquer le capitalisme, on le compare souvent à un gâteau qui représenterait la somme des richesses à se partager. Au départ d’une taille qui correspondait à la quantité de monnaie qui le constituait, il s’est agrandi au fur et à mesure des convertibilités successives, de la création monétaire, du crédit… jusqu’à devenir un gigantesque dessert « mondial », par addition de tous les gâteaux « nationaux » : c’est le résultat de la mondialisation.

Mais ce gâteau qui grandit sans cesse (c’est ce qu’on appelle la croissance) est à partager entre tous les acteurs qui ont contribué, de près ou de loin, à sa réalisation, selon des règles établies et acceptées sinon par tous, au moins par la majorité. Et toute la science politique se résume à savoir comment : chaque individu a-t-il le droit de prétendre à la même part, et si non comment le justifier ?

Cette question revient à aborder le problème du partage non pas d’un point de vue égalitaire ( les inégalités sont flagrantes) mais de celui de la justice. Est-il juste que certains reçoivent une part plus grande que d’autres, et par extension est-il juste que certains n’aient pas même de quoi se nourrir quand d’autres gaspillent sans vergogne ? Voilà la question qui se pose à chacun de nous, de quelque côté qu’on se trouve autour de la table, et voilà sur quoi devrait théoriquement reposer la distinction entre la droite et la (vraie) gauche (voir ici).

Pour éluder cette question certains tenteront d’évoquer le fait que le gâteau continue de grossir et que fatalement il y a plus à se partager, mais récupérer plus de miettes ne peut décemment être considéré comme une victoire : il reste des milliers d’enfants qui meurent de faim, chaque jour.

La réalité est donc plus forte que la théorie, la main invisible n’existe pas, et tout le monde ou presque, aujourd’hui, est en mesure de s’en apercevoir tout autour de lui. Comment alors justifier que ces inégalités perdurent, et même augmentent ? Le fait d’être à la tête de ceux qui coupent les parts n’est pas une raison suffisante, pas plus que celui d’être à la tête de ceux qui donnent le droit à cette charge. Il y a autre chose de plus fort, de plus puissant que la volonté de quelques uns (voir « tous des lâches » ), et cette autre chose c’est nous, le peuple. Ce peuple qui adhère et qui a fini par croire que certains hommes valent plus que d’autres, et donc que certains autres (parfois soi-même !) en valent moins.

Car pour justifier et accepter que certains hommes aient des droits supérieurs à d’autres hommes, pour justifier et accepter qu’un petit nombre d’individus possèdent l’équivalent de millions d’autres, il faut que les inégalités trouvent une explication imparable capable de satisfaire aux conceptions de la justice d’une société : si on considère qu’il est juste que les « meilleurs » reçoivent une plus grosse part (ce qui laisse nécessairement aux autres participants une moins grosse part à se diviser), il faut donc déterminer précisément ce qu’est être « meilleur », et selon quels critères la société définit ce statut (les plus riches, les plus forts, etc…)

Cette question aurait dû être réglée depuis la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, mais manifestement les êtres humains ne sont pas tous considérés comme des hommes (et a fortiori comme des citoyens) puisqu’un enfant n’est ni un homme ni un citoyen, un condamné déchu de ses droits reste un homme tout en perdant le statut de citoyen. Mais qu’est-ce qu’un homme alors, et qui « mérite » cette dénomination ? faut-il en exclure les femmes et les jeunes, les enfants ? Les esclaves, les petits, les handicapés, les étrangers, les musulmans ? Si les hommes naissent libres et égaux en droit, comment justifier que la société détruise cette égalité de principe dès la sortie du ventre maternel ?

Quand on fait le bilan du capitalisme , il ne fait aucun doute qu’à l’arrivée les principes théoriques s’effondrent : les enfants des classes sociales « favorisées » ont toujours plus de chances de parvenir à se maintenir au sein de cette classe que ceux des classes moins favorisées, et « l’égalité des chances » résonne comme une vaste supercherie. Rien de nouveau sous le soleil, nous répondra-t-on en évoquant le passé et la « prédestination » divine, la royauté… toujours les puissants se sont réfugiés derrière des arguments « incontestables » pour justifier le partage inégal des richesses : ce n’est pas le riche qui choisit d’être riche mais une sorte de « volonté supérieure » qui favorise comme « naturellement » certains êtres qui, nécessairement, doivent en retour récupérer plus. Comme les gros mangent plus, les meilleurs hommes doivent avoir plus. L’injustice du partage ne serait donc pas la conséquence d’un mauvais système (qu’on peut modifier) mais celle de l’injustice naturelle qui existe entre les hommes.

Mais ceux qui tiennent ce discours sont ceux-là mêmes qui ont tout intérêt à le faire croire : en établissant ainsi une cause supérieure indépendante de leur volonté, les bénéficiaires de l’injustice de ce partage défendent leurs privilèges en même temps que leur honneur. Etre « le fils de » pour expliquer sa réussite est moins glorieux que de se croire un don, évidemment génétique, puisqu’il se transmet de père en fils. Ils prétendent et finissent par croire qu’ils sont eux-mêmes meilleurs, et donc qu’ils méritent leur fortune, tandis que ceux qui les jalousent sont moins bons. Pour eux, il est impossible que la raison en soit sociale, car alors la légitimité de leur position leur semblerait (même à eux) intenable : en admettant qu’ils sont favorisés par des règles injustes que les puissants ont mises en place pour conserver leur position dominante, à eux et à leurs enfants, ils admettraient aussi la remise en cause de cette position.

Et c’est bien à cela que servait le vieux débat sur l’inné et l’acquis, sur le péché originel ou le caractère intrinsèquement bon ou mauvais de l’homme ; la génétique étant l’argument suprême (scientifique !) pour défendre les injustices…. Sauf que cette illusion est en train de s’effondrer elle-aussi, en même temps que les frontières médiatiques qui, avec l’arrivée d’internet, permettent de montrer au grand jour les mensonges censés les faire accepter.

Car en réalité la génétique n’est rien d’autre qu’un capital (et oui !) que les évènements extérieurs permettent ou non de faire fructifier. Avec l’épigénétique, on découvre que les gènes peuvent (ou non) s’exprimer, et cela dépend du contexte. Cela signifie que le social (l’acquis) prime sur le génétique (l’inné), et surtout que les injustices liées au partage des richesses ne sont pas inéluctables . Et tout le monde peut aujourd’hui s’en rendre compte pour peu qu’il en soit informé. D’ailleurs, il suffirait pour s’en convaincre de supprimer l’héritage, et on verrait alors si les meilleurs sont encore les enfants des riches…

Face à l’obsolescence de cet argumentaire et à la diffusion incontrôlable des clefs de lecture du système, il faut désormais que les dominants s’attachent à reconstruire un discours crédible pour justifier leur domination : la science ne suffisant plus à expliquer les inégalités, la religion fait un retour en force dans les esprits, à travers le concept fumeux de civilisation, derrière lequel on peut entrevoir les deux évènements majeurs qui vont arriver : le retour de la fermeture des frontières pour permettre la censure, et un retour vers l’obscurantisme religieux, seul capable de laisser planer le doute quand à une « prédestination » pour expliquer l’injustice du partage des richesses.

En réalité la crise est l’excuse sur laquelle s’appuient les puissants pour le rester en imposant LEUR modèle de civilisation, et le choc des civilisations sera la croisade capable de détourner l’attention des peuples vers d’autres responsables des injustices dont ils sont victimes. Et pendant qu’on s’évertue à remettre en place les conditions de cet obscurantisme à travers des débats indignes des valeurs que défendent en théorie nos institutions, les riches continuent de s’enrichir, et les pauvres de s’appauvrir. Combien de temps encore les peuples laisseront-ils l’injustice de ce systèmeperdurer ?

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:56

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Comment caractérisez vous le moment que traversent plusieurs pays de l’Union Européenne (UE) qui comme la Grèce ont des dettes publiques énormes ?

On peut comparer leur situation avec celle de l’Amérique latine au cours de la seconde moitié des années 1980.

Pour quelles raisons ?

L’explosion de la crise de la dette en Amérique latine a eu lieu en 1982. La crise bancaire privée a éclaté aux Etats-Unis et en Europe en 2007-2008 et s’est transformée à partir de 2010 en une crise de la dette souveraine causée notamment par la socialisation des pertes des banques privées |1| et par la réduction des recettes fiscales provoquée par la crise. Dans le cas européen comme latino-américain plusieurs années après l’éclatement de la crise, on se trouve dans une situation dans laquelle les créanciers privés et leurs représentants réussissent à dicter des conditionnalités à tous les gouvernements. Ils font pression sur ceux-ci pour qu’ils mettent en place des politiques brutales d’ajustement qui se traduisent par une réduction des dépenses publiques et une réduction du pouvoir d’achat de la population. Cela conduit les économies à une situation de récession permanente.

Pourtant, même aux pires moments, l’Amérique latine n’a jamais eu le niveau qu’a aujourd’hui la majorité des pays de la zone euro qui dépassent 100% du PIB.
Le niveau de la dette européenne est impressionnant. Dans le cas de la Grèce, il s’agit de 160% du PIB et plusieurs pays de l’Union Européenne ont une dette qui atteint ou dépasse 100% de leur production. Il est clair qu’il y a des différences au niveau de ces deux crises mais dans la comparaison que je fais le niveau d’endettement n’est pas l’aspect fondamental.

Vous voulez dire que votre comparaison se centre sur les conséquences politiques de ces deux crises.

C’est bien cela. Lorsque je compare l’Europe aujourd’hui avec l’Amérique latine de la seconde moitié des années 1980, je veux dire que les créanciers dans le cas de l’Europe, c’est-à-dire les banques européennes et la Troïka (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Commission européenne) exigent de la Grèce, par exemple, des mesures très similaires à celles du Plan Brady qui a concerné l’Amérique latine à la fin des années 1980.

Pourriez-vous l’expliquer de manière plus détaillée ?

A la fin des années 1980, les créanciers de l’Amérique latine : la Banque mondiale, le FMI et le Club de Paris ainsi que le Trésor étatsunien et le Club de Londres pour les banquiers ont réussi à imposer leur agenda et leurs conditions. Les créanciers privés ont transféré une partie de leurs créances aux institutions multilatérales et aux Etats via la titrisation, c’est à dire en transformant des crédits bancaires en titres. Une autres partie des créances des banques ont subi une décote et ont été transformés en de nouveaux titres à taux fixe. Le Plan Brady a ainsi joué un rôle important à la fois dans la défense des intérêts des banquiers et dans l’imposition de l’austérité permanente. Le plan de sauvetage de la Grèce est très semblable : on réduit la valeur du stock de dettes, il va y avoir un échange de titres avec les banques européennes en les remplaçant comme dans le cas du Plan Brady par de nouveaux titres. Les banques privées réduisent ainsi leurs créances sur la Grèce (le Portugal, l’Irlande,…) comme elles l’avaient fait sur l’Amérique latine. Progressivement et massivement, les créanciers publics prennent leur place en exerçant une pression énorme pour que les remboursements des nouveaux titres détenus par les banques soient réalisés intégralement. L’intégralité des fonds prêtés à la Grèce ira au remboursement des dettes. Dans le même temps ces créanciers publics (la Troïka) exigent une austérité permanente en matière de dépenses sociales de l’Etat, des privatisations massives, une régression en matière de droits économiques et sociaux jamais vue depuis 65 ans (càd depuis la fin de la seconde guerre mondiale) et un abandon substantiel de souveraineté de la part des pays qui ont le malheur d’avoir recours à leurs prêts. En Amérique latine, cette période a été baptisée : la longue nuit néolibérale.

Les créanciers ont également obligé les pays d’Amérique latine à réduire les salaires, les retraites, les dépenses sociales et à se plier religieusement au paiement de la dette.

C’est pour cette raison que je dis qu’on est dans la même situation. En Europe, celle-ci ne concerne pas encore tous les pays mais les maillons les plus fragiles comme la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Italie, l’Espagne, la Hongrie, la Roumanie, les Républiques baltes et la Bulgarie. Cependant, ces pays pris ensemble représentent environ 170 millions d’habitants sur une population totale de l’Union Européenne de 500 millions. La plupart des autres pays européens appliquent à un degré certes moins brutal des politiques sociales extrêmement conservatrices : Grande Bretagne (62 millions d’habitants), Allemagne (82 millions hab.), Belgique (10 millions hab.), France (65 millions hab.),…

La conséquence politique de la crise de la dette en Amérique latine a été la création de l’Etat néolibéral. Est-on en chemin vers cela en Europe ?

Ce n’est pas nouveau. Cela fait déjà trois décennies que les politiques néolibérales sont appliquées en Europe. Il est évident que la réponse à la crise du FMI, des gouvernements représentant les classes dominantes, des grandes banques et des et des grandes entreprises industrielles consiste à appliquer une thérapie de choc telle que décrite par Noémie Klein. Leur objectif est de finaliser le projet néolibéral entrepris par Margaret Thatcher en 1979-1980 en Grande Bretagne et qui s’est progressivement étendu à l’Europe au cours des années 1980. Pour les pays d’Europe centrale et de l’Est ex-membres du bloc soviétique, il s’agit de la deuxième thérapie de choc en 25 ans.

Mais en Europe l’Etat Providence demeure.

Comme je viens de le mentionner, les gouvernements ont commencé un travail de destruction du Pacte social et des acquis populaires de la période 1945-1970. C’est ce que Thatcher a commencé. Après la seconde guerre mondiale, durant trente ans à trente-cinq ans, les peuples avaient accumulé des conquêtes et avaient obtenu un Etat Providence avec un système de protection sociale assez solide : des conventions collectives, un droit du travail, etc. qui protégeait les travailleurs et réduisait significativement le travail précaire. Thatcher a voulu détruire cela mais au bout de trente ans de politiques néolibérales en Europe, ils n’ont pas encore terminé le travail en Europe ce qui fait qu’il en reste quelque chose.

Et la crise de la dette en Europe est l’opportunité de consolider ce qui avait commencé par Thatcher.

La crise permet une thérapie de choc comme celle menée par les créanciers et les classes dominantes en Amérique latine au cours des années 1980 et 1990.

Au Pérou, elle a été appliquée en août 1990.

Nous sommes au cours d’une phase qui comprend une nouvelle vague de privatisations des entreprises publiques. En Europe, ils vont privatiser les entreprises publiques significatives qui restent encore.

Est-ce que l’Europe sera également confrontée à la doctrine de sécurité qui a été appliquée en Amérique latine où les syndicats étaient qualifiés de terroristes ?

L’autoritarisme dans la manière d’exercer le pouvoir politique augmente en Europe, c’est évident. Ils dont déjà mis en place au cours des dernières années des lois pour criminaliser les mouvements sociaux, des lois anti-terroristes. La répression augmente mais ne prend pas la forme de l’élimination physique des activistes comme l’Amérique latine les a connus lors des pires moments de la fin des années 1970 et du début des années 1980. La situation européenne ressemble d’ailleurs là aussi à celle des pays d’Amérique latine. Après les dictatures sanglantes (Argentine, Chili, Uruguay, Brésil des années 1970 début des années 1980), ont été mises en place des régimes de transition (Chili, Brésil) ou des démocraties qui ont appliqué une politique néolibérale très dure. En Europe, nous vivons une période de marginalisation du pouvoir législatif, la mise en place de gouvernements d’affaires (comme en Italie), d’abandon du dialogue social combinée à des tentatives de restriction du droit de grève, à la limitation des piquets formés par les grévistes afin de bloquer l’entrée des entreprises, de répression des manifestations de rue.

Comment réagissent les parlements nationaux européens face à ce paquet de mesures ?

Les parlements en Europe sont marginalisés car la Troïka dit aux gouvernements : "Si vous voulez des crédits, il faut que vous mettiez en place des mesures d’ajustement et il n’y a pas de temps disponible pour des délibérations au Parlement". Certains plans doivent être adopté en quelques jours, voire en 24 heures.

Comme on l’a vu en Grèce.

Oui c’est ce qui vient de se passer en Grèce. La Troïka a exigé un plan. Il a fini par obtenir l’accord du Parlement grec le dimanche 12 février au cours de la nuit. Mais le lendemain, le Commissaire européen aux Affaires économiques a dit qu’il manquait 325 millions d’euros de coupes supplémentaires et a donné un délai de 48 heures au gouvernement grec. Cela montre que le parlement grec n’a aucun pouvoir de délibérer et que le gouvernement est sous la tutelle de la Troïka.

Cela a donné lieu à une gigantesque manifestation. Ce n’est pas seulement en Grèce qu’il y a de grandes manifestations mais également au Portugal, en Espagne, en France, en Italie avec une intensité moindre pour l’instant mais qui vont se renforcer. On a des mobilisations dans de nombreux pays d’Europe y compris en Grande Bretagne. En Belgique, nous avons eu en janvier 2012 la première grève générale depuis 18 ans. La grève a paralysé l’économie belge et les transports pendant 24h.

Que doit faire la Grèce pour sortir de ce problème ?

La Grèce doit arrêter de se soumettre aux dictats de la Troïka en suspendant unilatéralement le paiement de sa dette pour obliger les créanciers à négocier à des conditions qui leur soient défavorables. Si la Grèce suspend le paiement comme l’Equateur l’a fait en novembre 2008, tous les détenteurs de bons vont les vendre à 30% (ou moins) de leur valeur faciale. Cela mettra en difficulté les détenteurs de titres et donnera davantage de force au gouvernement grec même dans cette situation si difficile.

L’Equateur a suspendu le paiement des titres en novembre 2008 après un processus d’audit mais sans se trouver dans le même cas que la Grèce. L’Argentine a suspendu le paiement en 2001 dans une situation semblable à la grecque.
La comparaison convient en effet mieux à l’Argentine qui n’avait pas les liquidités pour payer. Elle a suspendu le paiement et ne l’a pas repris pendant trois ans (de décembre 2001 à mars 2005) pour ce qui concernait les marchés financiers et jusqu’aujourd’hui par rapport au Club de Paris (c’est-à-dire plus de 10 ans). Ce faisant, elle a renoué avec la croissance économique et a imposé aux créanciers une renégociation de dette avec une décote de 60%.

Cela a eu pour conséquence que l’Argentine est restée exclue des marchés financiers jusqu’aujourd’hui.

C’est vrai mais l’Argentine même exclue des marchés financiers depuis 10 ans et ne payant rien au Club de Paris pendant cette même période a une croissance annuelle moyenne de 8%. Cela démontre qu’un pays peut avoir des sources alternatives de financement face aux marchés financiers. L’Equateur non plus n’émet pas de nouveaux titres sur les marchés et il a connu une croissance de 6% en 2011 tandis que la Grèce a subi une chute de 7% de son produit intérieur brut.

Mais l’Equateur s’endette auprès de la Chine à des taux assez élevés.

C’est vrai. Il faut trouver le moyen de maintenir sa souveraineté par rapport à ces nouvelles sources de financement. C’est pour cela qu’il faut accélérer la mise en place de la Banque du Sud.

Revenons à la Grèce, une grande partie des analystes y compris vous-mêmes soutenez qu’une grande partie de la dette grecque est illégitime.

Bien sûr.

Mais cela, seul un audit peut le démontrer.

Une partie du mouvement social européen a tiré les leçons de l’expérience latino-américaine. Nous avons fait la proposition d’un audit citoyen de la dette qui a eu un écho énorme. Il y a des audits citoyens en cours ou en train de démarrer dans 7 pays européens (Grèce, France, Portugal, Espagne, Irlande, Italie et Belgique) et cela sans l’appui du gouvernement.

Croyez-vous que cela se terminera tout particulièrement dans le cas grec par un audit officiel.

On verra. Cela impliquerait un changement de gouvernement, c’est-à-dire qu’il faudrait que le mouvement social soit suffisamment fort pour en terminer avec les solutions gouvernementales favorables aux créanciers et qu’on ait un gouvernement alternatif. Dans le cas de l’Amérique latine, ça a pris 20 ans pour y parvenir.

Il en faut donc beaucoup pour changer l’orientation des gouvernements européens comme celui de la Grèce.

En effet on est dans une crise qui risque de durer 10 ou 15 ans. Nous sommes seulement à la première phase de la résistance. Ca va être très dur. Il faut de manière urgente que les mouvements sociaux d’Europe réussissent à exprimer dans les faits une solidarité agissante avec le peuple grec et constituent une plate-forme commune européenne de résistance à l’austérité afin d’obtenir l’annulation des dettes illégitimes.

SOURCE : http://www.cadtm.org/Eric-Toussaint-Europe-soumise-a

Notes

|1| Le coût du sauvetage des banques a été pris en charge par les pouvoirs publics européens. Les pays où l’impact sur la dette a été le plus élevé sont : l’Irlande, la Grande Bretagne, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas. Le processus est toujours en cours car d’autres sauvetages bancaires sont à prévoir.

Interview par Carlos Alonso Bedoya publiée le 19 février 2012 dans le quotidien péruvien, La Primera. La présente version a été entièrement revue par Eric Toussaint.

Traduction de Virginie de Romanet revue par Eric Toussaint

Eric Toussaint, docteur en sciences politiques et président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) est membre de la Commission d’audit intégral sur le crédit public en Equateur (CAIC) dont l’action a abouti à la suspension de paiement d’une partie de la dette équatorienne. Pour lui, la Grèce doit arrêter de payer la dette et doit se rebeller face à la Troïka composée de la Banque centrale européenne, du FMI et de la Commission européenne sans quoi elle s’enlisera dans une récession permanente.

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:52

1_special-boulot-3.jpghttp://carredinfo.fr/suicide-au-travail-le-risque-invisible-7634

 

 

Dominique Poulain travaillait à Toulouse au poste de responsable qualité chez Thalès. En avril 2008, il se pend à son domicile sans laisser d’écrit pouvant expliquer son geste. Aujourd’hui, sa veuve se bat pour faire reconnaître par la justice la responsabilité de son employeur.  Car pour les proches des victimes, les risques professionnels doivent être considérés, qu’ils soient visibles, ou non.

 

Faute inexcusable de l’employeur ?

« Comment un homme, décrit par tous comme sérieux et compétent, va-t-il se retrouver dans un tel désarroi qui va le conduire à commettre ce geste ultime ? », interroge Me Sylvie Topaloff devant la cour du tribunal des affaires de sécurité sociale de Toulouse. Pour l’avocate, « l’affaire est simple : un couple solide, un homme joyeux dans sa vie privée. La cause personnelle d’un tel geste doit être écartée.» Sur le plan professionnel, le tableau semble tout autre. Mr Poulain aurait de nombreuses fois « appelé à l’aide » face à une surcharge de travail et à une organisation hiérarchique « pathogène ». En témoigne un mail avec pour objet « lettre de démotivation » et dans lequel « il sollicite un entretien. » Cette lettre « ne sera pas suivie des faits ». En conséquence, Me Topaloff demande « la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur » et pour Madame Poulain, « la réparation du préjudice moral ».

 

« Quand on vient reprocher à l’employeur qu’il aurait pu prévoir, qu’en est-il de la famille ? », Philippe Plichon, avocat du syndicat patronal UIMM

 

Thalès, qui n’aurait donc pas pris les mesures adéquates et ignoré la détresse d’un de ses salariés. « Aucune preuve n’est apportée », oppose Me Jourdan, avocat de l’industriel. Une procédure « adéquate », « une médecine du travail qui n’a rien signalé » et une « rémunération cohérente » sont évoquées comme autant de preuves « d’absence de signes manifestes » d’un quelconque trouble chez le salarié. La culture de l’entreprise est également mise en avant : « Thalès est emblématique dans la lutte contre les risques psycho-sociaux. » Groupe de travail dédié, envoi de plaquettes d’informations et semaine de la qualité au travail sont autant de preuves de bonne foi apportées par l’avocat. Et puis, s’interroge Me Plichon, conseil de l’UIMM, « quand on vient reprocher à l’employeur qu’il aurait dû prévoir, qu’en est-il de la famille ? ». Continuant de s’interroger sur le suicide, l’avocat le définit comme « pluri-factoriel » et estime, prenant fait et cause pour le déterminisme, que « 90% des victimes ont une pathologie mentale ». Avant de rappeler en conclusion, les sommes perçues par la veuve, « seule chose que l’entreprise pouvait faire. Peu de groupes peuvent d’ailleurs justifier de tels montants. »

 

Risques physiques, risques psychologiques

L’audience fut éprouvante pour Madame Poulain. Peu après, certains de ses soutiens se disent « révoltés » par des plaidoiries qualifiées de « cyniques ».  Car il y a en réalité « deux procès pour Thalès », estime Frédérique Guillon, de l’association ASD PRO, venant en aide aux victimes des suicides professionnels : « éviter d’être tenu pour responsable et échapper aux conséquences financières d’une telle responsabilité ». La sécurité sociale ayant  reconnu le suicide en 2009 comme accident de travail, c’est elle qui verse la rente prévue pour la compagne de Dominique Poulain. « En réalité, ce sont les assurés sociaux qui paient les conséquences et non l’employeur tant qu’il n’est pas reconnu fautif », explique-t-on à la CGT. Encore secouée par les propos des avocats, Madame Poulain revient sur la plaidoirie : « Ils tentent de nous faire passer pour être motivés par l’argent alors qu’on vit un cauchemar. »

            « L’entreprise aime les optimistes »

Quant au programme de prévention des risques socio-professionnels déployé par Thalès, il est jugé très sévèrement par les salariés de la CGT : « La semaine de qualité au travail consiste à avoir du bio à la cantine. Des conférences sont organisées mais ont par exemple pour titre « l’entreprise aime les optimistes ». Sylvie Touzet a connu ce type de « terminologie ». Venu soutenir Madame Poulain, elle est la veuve d’un cadre du Technocentre de Renault, ayant mis fin à ses jours sur son lieu de travail en 2007. « Si on ne donne pas une bonne image de soi, on est exclu dans l’entreprise. Cela incite les  salariés à cacher leurs émotions. Tout le contenu de ce type de programme tourne autour de l’acceptation des conditions de travail ».

Une pression invisible que Sylvie Touzet tente de faire reconnaître au même titre que les risques professionnels classiques, estimant que « si la charge et les conditions de travail ont un rôle dans le suicide, cela relève de l’employeur ». Elle juge par ailleurs « insupportable » le déterminisme évoqué lors de l’audience : « Personne n’oserait aujourd’hui dire que la constitution physique entre en jeu dans les risques professionnels physiques. C’est pourtant le cas dès que l’on parle de risques psychologiques. »

Il faudra attendre le 2 mai et le délibéré pour savoir si la justice estime constituée « la faute inexcusable de l’employeur » et si ce type de risque reste invisible pour la justice.

 


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