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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:46

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:40

ebr040.jpgJ’ai encore passé une soirée avec des appauvrisseurs. Je ne sais pas si ça prend deux "p" car ça n’existe pas. Des amis d’amis de loin en loin. Et qui vantent les mérites des technologies modernes, de leurs bagnoles et de leur toits ouvrants. Et moi dans ma tête, j’écoutais en boucle "Qui a tué grand-maman", une vieille chanson de Polnareff, du genre à vous forger la mélancolie dans l’âme si vous l’avez écoutée, comme moi, aux alentours de vos huit ans et à la fin de l’automne 76 qui fut pluvieux avant d’annoncer un hiver sombre et long.

Je comprends bien que, dans la soirée, il faut que je m’éclipse, c’est-à-dire que je me taise, avec mon walkman™ cassette-cd euh, ipod™ virtuel dans ma tête bien engoncé, à défaut des convictions des autres. Sur ma main gauche j’ai fait tatouer tais-toi, ce qui sonne très bien avec tatouer. Tatouer tais-toi. Je regarde mon tatouage, aussi virtuel que la finesse de l’amie d’amis qui parle du confort de son nouveau GPS. Polnareff chante qu’il y avait du silence à écouter. Je ne lui fais pas dire. Les boules quiès™, c’est quand même les boules en société. J’appuie sur "repeat" et les premières notes de piano, en mineur bien sûr. Les fleurs qui poussent dans son jardin, seules restent les pensées, etc.

L’ami de l’amie d’amis avoue utiliser une autre marque de GPS que son espèce de femme divorcée et sans illusion. Le sien est mieux, plus précis, plus clair. Ça ne les empêche pas de vivre ensemble. Enfin, j’imagine : pas encore. A vrai dire je n’y comprends rien. J’ai envie de chanter en lui vomissant sur son crâne chauve toutes les chansons de Ferré que je n’ai pas encore apprises par coeur. Et de le traiter d’enculé, parce que, je m’en excuse : l’alcool fait son effet. Mais il est difficile de chanter du Ferré en traitant un pauvre type friqué d’enculé. En plus, nos amis communs, je les aime bien. Leurs enfants sont bien élevés, malins et rieurs. Par contre, les enfants des appauvrisseurs ressemblent mot pour mot aux petits-bourgeois de mes lointaines accointances années quatre-vingt, de ceux qui écoutaient Dépêche-Mode ou Indochine pour se préparer à être de droite et, à ce prix, de mauvais goût. Les gamins nous interpellent et nous coupent la parole, en jouant sur leurs petits écrans portables à des jeux pas très humanistes. Je leur précise qu’ils sont assez mal élevés et qu’ils feraient mieux de monter voir les autres au premier, avant que, en bon père de famille chauve et aigri, je ne leur en colle une histoire de ne pas contredire les penseurs réactionnaires Finkielkraut, Renaud Camus et Pascal Bruckner et même Alain Renaut. Ils avouent n’en connaître aucun. Je présume que leur philosophie se résume à David Guetta. La mère de mes enfants me fait alors un signe assez caractéristiques ou prétendûmment tel : je dépasse les bornes, celles que les cons nous gargarisent avec, comme Youri gargarise, pour la rime par exemple. Putain je bois trop. Ce n’est pas que le vin soit vraiment bon. C’est le LEUR, et c’est cheap, faut pas compter sur les nouveaux beaufs pour la générosité. Leur pinard est aussi assommant que leurs enfants.

Et puis enlève ton casque qu’elle me dit ! Enlève ton casque ! Mais je ne peux pas : j’ai mis de la superglue™ sur les écouteurs. C’est à la vie à la mort maintenant, la musique. Les petits dégénérés me regardent avec la malveillance des enfants-rois. Je ne suis plus un adulte à leurs yeux - d’ailleurs, qu’est-ce qu’un adulte à leurs yeux, si ce n’est un conseiller bancaire ?

Et pourquoi tu gardes ton casque ? me dit l’un d’entre-eux.

Pour oublier je lui réponds. Pour oublier.

Qui a tué grand-maman.

 

http://grosse.fatigue.free.fr/causetoujours/spip.php?article70

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:35

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De Gandrange à Florange en passant par la permanence du candidat président....

Par Jacques Cotta

Environ 150 salariés de l'aciérie ArcelorMittal de Florange ont fait le déplacement de la Moselle pour se rendre à Paris, jeudi 15 mars, afin de manifester devant le siège de campagne de Nicolas Sarkozy. Au cœur de leur démarche, la question du travail, thème toujours exploité par le candidat président, leur volonté d’échapper à la logique terrible du capital qui casse l’emploi, rejette au chômage, lamine les salaires et en conséquence l’ensemble des acquis sociaux, propose dans le meilleur des cas « Un CDD sinon Rien »… Les ouvriers ont été chassés par les CRS, les boucliers et le gaz lacrymogène. Un comité d’accueil qui suscite quelques questions de première importance sur l’orientation politique du candidat président…


A l’Elysée pour parler emploi…

L’intention des ouvriers qui ont fait le déplacement était claire : débattre avec le sommet de l’état de l’avenir des hauts-fourneaux de Florange à l'arrêt depuis plus de six mois.

Après Gandrange où des engagements avaient été pris par le président de la république avant d’être abandonnés, les ouvriers de la sidérurgie présents à Paris comptaient exploiter la période électorale comme un moyen de pression sur le candidat encore président.

« A froid, il s’engage, puis se dédit sans conséquence » lâchait un des sidérurgistes présents. « Vous vous souvenez de Gandrange » ajoutait un autre. « Mais là, avec la pub de la campagne électorale, si on obtient un mot, il ne pourra plus faire machine arrière, on le poussera jusqu’au bout ! », concluait un troisième… « Et quel que soit l’élu, il devra respecter les engagements pris… ».


Désillusion

Rappel des faits présents dans la mémoire sidérurgiste : Alors que les salariés demandent que le groupe s'engage à redémarrer les deux hauts-fourneaux de Florange, éteints depuis juillet et octobre, et à pérenniser ce site de 2.700 employés - plus de 4.000 en comptant intérimaires et sous-traitants, le président de la république est monté en première ligne le 1er mars pour annoncer que « Arcelor Mittal redémarrerait l'un des hauts-fourneaux de Florange d’ici le second semestre de 2012 ». Mais quelques jours plus tard, le leader mondial de l’acier précisait que rien n’était moins sûr, conditionnant tout redémarrage à la reprise économique… Dans le contexte actuel, la douche froide était glacée…

Après l’intervention des CRS ce 15 mars devant le local du candidat UMP, les ouvriers étaient fous de rage. Quelques réflexions laissaient paraître l’ampleur de la colère…

« Nous on se lève tôt le matin, et on nous reçoit comme ça ! Mais on vient juste pour pas crever, et lui il s’en fout ! » clamait un qui pour la première fois avait fait ce type de déplacement.

« Ça fait quatre semaines qu'on fait grève, on n'a agressé personne et lui il nous gaze, le candidat du peuple!", déclarait un autre…

« Il nous fait dire rendez-vous lundi… Et puis quoi ! S’il voulait répondre il aurait été là. Quelle meilleure démonstration il pouvait faire de son attachement au monde ouvrier que de nous recevoir et nous répondre… » concluait un autre.


La justification présidentielle

En déplacement à Suippes, dans la Marne, Nicolas Sarkozy a accusé la CGT, en particulier, d'avoir voulu une opération politique et a dénoncé une « petite manœuvre ». « Les gaz lacrymogènes, ce n'est jamais bien, mais je ne suis pas décidé à laisser casser qui que ce soit. Dans la République, on se comporte comme des républicains », a-t-il dit à la presse.

Mais qui voulait casser ?

Demander une entrevue pour défendre son emploi, son statut, son salaire, est-ce une démonstration de casse quelconque ?

Vouloir s’opposer à la casse du travail, de la sidérurgie notamment, parce que le groupe Mittal considère plus rentable pour lui, sa famille et ses actionnaires de fermer Gandrange en jetant des centaines d’ouvriers et leur famille dans la misère, est-ce faire preuve de violence ?

La violence qu’il faudrait combattre n’est-elle pas précisément celle qui rejette dans bataillons de travailleurs pauvres ces ouvriers qui n’ont que leur travail pour vivre ?


Salauds de pauvres, salauds de syndicalistes, salauds, salauds, salauds…

Assumant les coups portés contre les ouvriers sidérurgistes, le président candidat s’en est pris violemment aux organisations syndicales, dégageant une orientation précise.

 

·      ->   Aujourd’hui, il déclare «  vous avez le cœur du problème français. Les syndicalistes devraient défendre les intérêts de salariés, pas faire de la politique. En agissant ainsi, ils font de la politique »

Il considère donc que la volonté de débattre et de poser des questions non écrites d’avance, sur la simple question de l’emploi, c’est faire de la politique…

« Si on est inquiet pour un site industriel, on vient pour parler, on ne vient pas pour casser », a ajouté le président-candidat avant de vouloir diviser le front ouvrier en assurant « les vrais salariés de Florange, ceux qui travaillent", qu'il était à leur disposition « pour les voir quand ils le souhaitent ».

Ainsi donc, à la violence physique vient s’ajouter la violence verbale. Comment en effet les ouvriers concernés peuvent-ils comprendre une telle conclusion sinon comme la preuve d’un cynisme terriblement agressif ?

 

·         -> Mais les CRS en action contre les ouvriers et les propos présidentiels qui leur sont opposés font suite à un évènement passé inaperçu, pourtant de première importance.

Au meeting de Villepinte, pour une des toutes premières fois dans notre histoire récente, le président candidat à la tribune est parvenu à faire huer les pauvres, les smicards, les bénéficiaires de RSA qui par définition sont « responsables de leur sort » par des dizaines de milliers de ses partisans.

Le climat nous ramène quelques décennies en arrière, du temps d’un maréchal qui n’hésitait pas à faire à la fois des syndicats et des ouvriers, pour peu qu’ils aient fait preuve d’indépendance et de détermination pour la défense de leurs intérêts de classe, l’ennemi à combattre…

 

Sur le terrain politique, cela dégage une orientation qui dépasse les petites phrases, la course à l’échalote avec l’extrême droite pour de simples préoccupations électorales.

Sur le plan électoral, l’UMP compte sans doute sur le basculement à l’extrême droite de couches sociales démoralisées qui se sentent à la fois délaissées, méprisées, et trahies.

Mais sur le plan de la vie, de la lutte des classes, nul ne peut dire… Parmi les forces en présence, le Front de gauche qui a fait des usines sa cible, contre l’emprise de l’extrême droite et à travers elle de la droite sur le monde ouvrier au nom de « la valeur travail », a vu juste…

Il s’agit en réalité de la part du candidat président et des forces sociales qu’il représente d’une tentative de remodelage des relations sociales qui mérite la plus grande vigilance dés lors que prime l’attachement à la démocratie, au dialogue, au respect des valeurs sociales, dont le travail au premier titre, la défense des salaires, de la protection sociale et des acquis sociaux arrachés de longue lutte par les générations antérieures…

 

Jacques Cotta
Le 15 mars 2012
http://la-sociale.viabloga.com/news/salauds-d-ouvriers-salauds-de-pauvres-salauds-de-syndicalistes
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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:30

spyware1.jpgQuand une dictature s’effondre, on peine à comprendre comment elle pouvait se maintenir. En Libye, en Egypte ou en Tunisie, la réponse se trouve pour partie dans la surveillance systématique des communications. A l’aide de matériel fourni par des sociétés américaines et européennes trouvant là des clients décomplexés, ainsi qu’un terrain où tester leurs techniques à grande échelle.


par Antoine Champagne, janvier 2012

Visitant, après la chute de Tripoli, un centre destiné à l’écoute de la population, la journaliste du Wall Street Journal Margaret Coker a pu constater que tout y était surveillé : le réseau Internet, les téléphones mobiles et les connexions (Internet et téléphone) par satellite. Dans certains dossiers figuraient, entre autres choses, des courriels ou des extraits de conversations en ligne d’opposants au régime de Mouammar Kadhafi. Sur les murs du centre, des affichettes de l’entreprise qui avait mis en place cette installation : Amesys, une filiale de la société française Bull (1). Le Canard enchaîné révélera par la suite que la direction du renseignement militaire (DRM) avait été sollicitée pour aider à la formation des « surveillants » libyens (2).

En Syrie, c’est du matériel américain qui permet au régime de M. Bachar Al-Assad de censurer Internet et de récupérer comme bon lui semble les identifiants et mots de passe des citoyens, afin d’accéder à leurs messageries électroniques ou à leurs comptes sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Un outil particulièrement efficace pour reconstituer les interactions d’un opposant avec des appuis intérieurs ou extérieurs. Les technologies employées portent le doux nom de Deep Packet Inspection (DPI, en français « inspection en profondeur des paquets »). Lorsqu’on envoie un courriel, des dizaines de machines se relaient pour l’acheminer. Se contentant de consulter l’adresse de destination, elles n’en regardent pas le contenu et le transmettent directement au voisin. De proche en proche, le courrier parvient à bon port. Comme l’explique Jonathan Zittrain, spécialiste du droit d’Internet, « c’est un peu comme dans une soirée avec des gens polis. Si vous êtes trop loin du bar et qu’il y a trop de monde pour s’en approcher, vous demandez à votre voisin de vous faire parvenir une bière. Il demande alors à son voisin qui est, lui, un peu plus proche du bar, etc. En fin de compte, votre demande parvient jusqu’au bar et la bière revient par le même chemin. Comme tout le monde est poli, personne n’a bu dans votre verre pendant l’opération (3) ».

Avec le DPI, c’est une autre vision de l’Internet qui se met en place. Moins polie. Que diriez-vous si votre voisin analysait votre commande et commençait par vous faire la morale ? Ou s’il décidait de changer le contenu de votre verre, pour y verser de l’eau, ou un euphorisant plus fort ? C’est ce que permettent les techniques de DPI : lire le contenu des conversations, les modifier, les envoyer à quelqu’un d’autre…

Sur ce marché, Amesys n’est pas isolée. Qosmos, autre société française, vient de se faire épingler par Bloomberg. L’agence de presse américaine a en effet révélé qu’elle avait fourni des sondes DPI à un consortium chargé d’équiper la Syrie sur le même modèle que la Libye de Kadhafi (4). En Chine, les technologies de DPI sont au cœur du grand pare-feu qui permet au gouvernement de censurer les conversations et d’espionner les citoyens.

Savoir qui télécharge quoi

De fait, comme le montre la récente divulgation par le site WikiLeaks de nombreux documents internes de ces sociétés, la surveillance des réseaux de communication est « une nouvelle industrie secrète recouvrant vingt-cinq pays. (…) Dans les histoires d’espionnage traditionnelles, les agences de sécurité comme le MI5 britannique mettent sur écoute le téléphone d’une ou deux personnalités intéressantes. Au cours des dix dernières années, les systèmes de surveillance massive et indiscriminée sont devenus la norme (5) ». Un peu plus tôt, le Wall Street Journal avait publié plus de deux cents documents marketing émanant de trente-six sociétés proposant aux autorités antiterroristes américaines divers outils de surveillance et de piratage (6).

Aux Etats-Unis, le DPI a connu son heure de gloire en mai 2006 : M. Mark Klein, ancien technicien de AT&T (gros fournisseur d’accès Internet américain), sort alors du silence. Il dénonce l’installation chez son ancien employeur, et donc au cœur du réseau Internet américain, de produits de la société Narus. Maître d’œuvre, la fameuse National Security Agency (NSA), qui a conçu dans les années 1980-1990 le projet Echelon (7). La devise de Narus : « See clearly. Act swiftly » (« Voir clair. Agir vite »). Créé en 1997, cet éditeur de technologie DPI, avec ses cent cinquante employés, a levé 30 millions de dollars en 2006, et a été racheté par Boeing en 2010. Ses produits auraient été installés en Egypte à l’époque de M. Hosni Moubarak (8).

Parmi les flux d’informations qui transitent par Internet, les opérateurs de télécommunications voient passer des sites, des courriers électroniques, des discussions en temps réel, des échanges vocaux, de la vidéo, des discussions asynchrones, des données brutes, etc. La plupart de ces flux sont échangés en clair, sans chiffrement cryptographique. Il est donc aisé, pour le pirate du dimanche comme pour les services de sécurité étatiques, de les placer sur écoute.

Mais certains acteurs privés trouvent aussi un intérêt dans ces technologies. Les opérateurs de télécommunications comme Free, SFR ou Orange commencent à se plaindre de voir passer sur leur réseau des masses de données en provenance d’acteurs qui ne payent pas pour ce transport. Par exemple, les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) trouvent désagréable de payer pour les vidéos en provenance de YouTube, qu’ils sont obligés de servir à leurs abonnés. D’où l’idée de facturer un supplément à l’émetteur des données ou à l’utilisateur final, ou encore de ralentir sélectivement certains flux, pour en privilégier d’autres. Mais, pour cela, il est indispensable de mesurer avec précision ce qui passe dans les tuyaux.

De même, les opérateurs de téléphonie mobile ont décidé, pour essayer de limiter leurs coûts d’infrastructure, de ne fournir à leurs usagers qu’un accès bridé à Internet. Ils interdisent donc aux utilisateurs de téléphones « intelligents » de procéder à des échanges de fichiers en pair-à-pair ou d’utiliser des outils de communication vocale ou vidéo tels que Skype.

Là encore, c’est le DPI qui leur permet de pratiquer la surveillance et la gestion des flux, d’allouer une « bande passante » supérieure à certains services (par exemple, ceux qu’ils éditent…). En contradiction avec la notion de « neutralité du réseau », qui affirme que le rôle du fournisseur d’accès est de faire transiter sans discrimination toutes les données demandées.

Appliqué à la navigation sur le Web, le DPI permet de garder une trace de tout ce que vous y faites. Les professionnels du marketing se frottent les mains et rêvent d’exploiter ces données. Orange a d’ailleurs tout récemment lancé une offre « Orange préférence », reposant sur du DPI, qui se propose, avec l’accord de l’abonné, d’analyser les sites Web qu’il visite pour lui proposer ensuite des offres commerciales ultraciblées. De quoi permettre aux FAI de devenir aussi rentables que Facebook et Google. A condition que ces programmes de fidélisation-surveillance attirent des abonnés ; mais il suffira de clamer que les données sont anonymisées pour en faire un produit parfaitement commercialisable.

Le lecteur curieux pourra consulter la page « Data Privacy » du site de GFK, un groupe international de recherche en marketing actionnaire de Qosmos : s’il évoque, banalement, les cookies des navigateurs Internet, il omet d’expliquer qu’il utilise aussi, pour « tracer » les visiteurs des sites Internet, une technologie DPI, prétendument « anonymisée » par une recette connue de lui seul. GFK est présent dans plus de cent cinquante pays, et pas uniquement de grandes démocraties…

Le DPI attire aussi les sociétés d’ayants droit et les détenteurs de copyright qui souhaitent lutter contre les échanges de fichiers « illégaux » sur les réseaux en pair-à-pair ou les sites de téléchargement direct, du type Megaupload. Savoir précisément quel internaute tente de télécharger tel ou tel film ou fichier musical, et réussir à lui en bloquer l’accès, ne peut se faire qu’avec une infrastructure de surveillance « profonde » et répartie sur l’ensemble des points d’échange de données que sont les FAI.

Un autre marché naturel du DPI est la surveillance légale. La police a parfois besoin d’écouter ce que fait un particulier, dans le cadre d’une instruction judiciaire, sous le contrôle d’un juge et, en France, de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité. Cependant, il s’agit d’un marché de niche, ne concernant qu’une très faible partie de la population. A moins de tabler sur une nouvelle augmentation fulgurante des budgets consacrés à l’antiterrorisme, il paraît sage pour les entreprises du secteur de rechercher d’autres débouchés commerciaux.

C’est là qu’interviennent les gouvernements d’Etats policiers, qui souhaitent écouter toute la population. Grâce à ces pays, les logiciels de surveillance sont testés en grandeur nature. La Tunisie de M. Zine El-Abidine Ben Ali bénéficiait ainsi de rabais pour des systèmes où subsistaient encore des bugs. Quant à Amesys, la Libye a sans conteste été une expérimentation grandeur nature de ce que peut faire (ou pas) son logiciel Eagle (9). Alcatel opère de même en Birmanie (10). De fil en aiguille, l’exploitation des données récoltées par le DPI facilite les arrestations. La torture fait le reste, les bourreaux reprenant les bonnes vieilles techniques qu’ils connaissent et qui donnent des résultats.

Probablement intrigué par la présence massive d’entreprises européennes sur ce type de marchés, le Parlement européen a passé une résolution destinée à proscrire la vente à l’étranger de systèmes de surveillance des appels téléphoniques et des textos, ou fournissant une surveillance ciblée d’Internet, s’ils sont utilisés pour contrevenir aux principes démocratiques, bafouer les droits humains ou la liberté d’expression (11). Le 1er décembre 2011, le Conseil de l’Union européenne, durcissant les mesures restrictives à l’égard du régime syrien, a ainsi interdit « les exportations d’équipements et de logiciels destinés à la surveillance d’Internet et des communications téléphoniques ».

Mais la fourniture de produits d’écoute globale reste mal encadrée sur le plan juridique. Il est aisé pour les producteurs de passer entre les mailles du filet. D’autant que les législations sont diverses. Les autorisations données par le gouvernement ne sont pas publiées. Et les logiciels de ce genre ne sont pas considérés stricto sensu comme des armes. 

 

Antoine Champagne

Journaliste, Reflets.info
http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/CHAMPAGNE/47183

(1) Paul Sonne et Margaret Coker, «  Firms aided Libyan spies  », The Wall Street Journal, New York, 30 août 2011.

(2) «  Des experts des services secrets français ont aidé Kadhafi à espionner les Libyens  », 7 septembre 2011, et «  Secret militaire sur le soutien à Kadhafi  », 12 octobre 2011, Le Canard enchaîné, Paris.

(3) Jonathan Zittrain, «  The Web as random acts of kindness  », conférence TED, juillet 2009, www.ted.com

(4) «  Syria crackdown gets Italy firm’s aid with US-Europe spy gear  », Bloomberg, 3 novembre 2011.

(5) WikiLeaks, «  The spy files  », 1er décembre 2011.

(6) Jennifer Valentino-Devries, Julia Angwin et Steve Stecklow, «  Document trove exposes surveillance methods  », The Wall Street Journal, 19 novembre 2011.

(7) Philippe Rivière, «  Le système Echelon  », Manière de voir, no 46, «  Révolution dans la communication  », juillet-août 1999.

(8) Timothy Karr, «  One US corporation’s role in Egypt’s brutal crackdown  », The Huffington Post, 28 janvier 2011.

(9) Le dossier Amesys sur le site Reflets.info.

(10) Diane Lisarelli et Géraldine de Margerie, «  Comment Alcatel se connecte à la junte birmane  », Les Inrockuptibles, Paris, 26 mars 2010.

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:19

arton2196-219f5.jpgQu’est-ce que le sarkozysme ? En cas de défaite du président sortant, comment tourner la page d’un quinquennat qui aura profondément divisé la France et ses habitants ? Insidieuse et pernicieuse, l’idéologie sarkozyste s’est instillée progressivement dans les esprits jusqu’à y infliger des dégâts immenses. Tel est l’analyse du magistrat Serge Portelli, vice-président au tribunal de Paris et auteur du livre Le Sarkozysme sans Sarkozy. Quelle est donc cette « pensée » qui nous gouverne ? Éléments de réponse avec un magistrat engagé.

Basta ! : Qu’est-ce que le sarkozysme ?

Serge Portelli [1] : Peut-on encore parler de sarkozysme ? La personnalisation – propre à toute élection présidentielle – rend encore plus difficile la distinction entre le régime mis en place depuis 2007 et l’exercice singulier du pouvoir par un homme. Le sarkozysme est-il un véritable concept politique susceptible de survivre à son héraut ? Ou n’est-il que la simple expression institutionnelle d’un individu, un modèle évolutif au gré de ses humeurs et de ses intérêts, voué à sa disparition en cas d’échec, promis à d’autres changements en cas de victoire ? Peut-être est-il plus facile de raisonner à partir de l’anti-sarkozysme. Beaucoup pensent que sa puissance en fera le principal moteur de l’élection à venir. La présidentielle serait un référendum. Certes, mais contre qui ? Ou contre quoi ? Anti-Sarkozy ou anti-sarkozysme ?

D’ordinaire, l’usure du pouvoir ou la lassitude de l’opinion publique sont les composantes de toute élection. La détestation d’un homme politique en est rarement le ressort déterminant. Mais les enjeux du débat sont aujourd’hui profondément politiques. La dette, l’industrie, le chômage, l’éducation, la famille, le pouvoir d’achat, la santé… autant de thèmes de société qui partagent les Français bien au-delà du comportement d’un homme. C’est un système qui est en cause. Si anti-sarkozysme il y a, ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui horripile, mais le sarkozysme qui exaspère. On oublie souvent que son impopularité s’est installée dès 2008 et que les incessantes tentatives de « changement » de l’homme-président sont restées lettre morte. Ce n’était pas l’image qui était en cause mais le fond de la politique.

Quel est le fondement du sarkozysme ?

C’est sa conception de l’homme. Chaque discours, chaque programme, chaque promesse, chaque acte posé depuis cinq ans – mais les racines sont plus anciennes – dessinent la figure d’un homme particulier. Nous sommes toujours aux antipodes de l’humanisme et de ses valeurs de compréhension, d’espoir et de confiance. La société qu’on nous propose est celle de l’émotion, de la méfiance et de la peur au service d’un individu à la recherche permanente de la réussite, de la richesse, dans un monde de compétition acharnée. Le sarkozysme repose sur une vision frileuse et parcellisée de l’humanité où pointe toujours un ennemi potentiel. Il y a toujours un Autre inquiétant et menaçant : l’immigré, l’étranger, le chômeur, le délinquant, le fraudeur, le malade mental…

Au lieu et place d’un pays solidaire où tous les hommes – surtout les plus pauvres, les plus démunis, les plus frappés par la crise économique ont leur place –, le sarkozysme dessine une citadelle assiégée qu’il entoure de remparts, une nation divisée qu’il divise encore plus, une France de la performance où la fraternité est ridiculisée en assistanat. Ont ainsi fleuri, entre autres, ce débat pervers sur l’identité nationale, dont on a osé faire un ministère, ces propos honteux sur des civilisations inégales pour fustiger une fois de plus l’islam. Le sarkozysme n’a ainsi cessé d’utiliser les mots et les idées de l’extrême droite. « Quand on aime la France, on veut que la France soit maîtresse de son destin et maîtresse chez elle », disait encore Nicolas Sarkozy il y a quelques jours à Marseille, avant que ne resurgisse la polémique pathétique sur la viande hallal…

Le sarkozysme a-t-il évolué depuis 2007 ?

L’entrée en campagne du Président sortant lève les dernières incertitudes : rien n’a changé dans le sarkozysme. Et surtout pas la très étonnante autonomie du fond et de la stratégie. Emportés par le maelström des coups tactiques, des promesses oubliées, des amitiés trahies, des rendez-vous manqués, beaucoup ne voient plus que ce nuage de poussière médiatique, ce tourbillon de paroles verbales, de promesses évidemment intenables. Mais l’essentiel n’est pas là. Le sarkozysme ne serait qu’une méthode légèrement plus cynique qu’une autre, une façon de conserver à tout prix le pouvoir, un peu plus éloignée de la morale publique que d’autres. Rien en tout cas qui mérite l’attention.

Mais le sarkozysme est bien plus que cela ! Il faut décortiquer les paroles, oublier les mises en scène permanentes, séparer la communication du fond et s’en tenir à ce qui constitue le socle d’une véritable idéologie. Il suffit aujourd’hui de lire attentivement les premiers discours de campagne. Tout est là, comme en 2007. Seule apparaît une sorte de fatigue des plumes, une lassitude de tous ceux qui prêtent leurs pensées et leurs idées au candidat. Un lyrisme hésitant, des envolées plus mesurées, des références moins fortes, des incantations qui ressemblent à des répétitions. Mais pour le reste, le socle est toujours aussi solide, aussi terrible.

Comment y mettre un terme ?

Ce sera moins la gauche que la droite elle-même qui mettra fin – provisoirement – à cette expérience. Si la France, aujourd’hui, est conservatrice, elle n’est pas extrême. Elle ne l’a jamais vraiment été. Si, majoritairement, la droite se reconnaît dans l’ordre et la tradition, elle ne s’identifie en rien au mépris de l’homme, à la xénophobie, au culte de l’argent. Il y a une différence de nature entre la droite et l’extrême droite. En s’installant constamment sur ces terres extrêmes, le sarkozysme s’est coupé de ses propres bases. Il a voulu être la fusion de ces deux entités inconciliables que sont la droite et l’extrême droite.

La chute de Nicolas Sarkozy ne signifiera pas la fin du sarkozysme. Cette idéologie s’est infiltrée insidieusement dans l’esprit public. Elle y a installé des mots, des réflexes, des facilités de langage dont il sera long et difficile de se débarrasser. Les dégâts depuis cinq ans sont immenses, et il serait illusoire de croire qu’un simple bulletin de vote suffira. Le mal est profond. Car le sarkozysme n’est pas né le 6 mai 2007. Cette présidence n’a fait qu’attiser et exacerber des maux qui travaillaient depuis longtemps la société française. Elle a radicalisé, décomplexé et légitimé des opinions qui s’exprimaient jusqu’alors à mi-voix et sortaient désormais de la bouche de la plus haute autorité de l’État.

La France peut-elle basculer dans un régime autoritaire ?

Le sarkozysme a installé les bases d’un État-limite qui nous a éloignés progressivement des règles ordinaires de la démocratie et du respect des libertés publiques, qui devraient être la marque de fabrique de notre pays. S’est installée une obsession malsaine de la surveillance, du fichage, de l’expulsion, de l’enfermement. Le fonctionnement même de l’État s’est altéré. Les services publics ont été démantelés. Mais le pire est dans la perte de l’idée de service public gangrenée par une idéologie inspirée du pire de la gestion privée. Cet État-limite est un risque majeur pour la démocratie. Il peut nous conduire vers de graves dérives. Le sarkozysme est la tentation permanente d’un État autoritaire. L’utilisation débridée de l’arme référendaire, promise par Nicolas Sarkozy, est un des outils les plus efficaces pour nous y conduire. Il ne s’agit plus seulement de mépriser et de décrédibiliser tous les corps d’État ou les corps intermédiaires, qui font la vraie force d’un pays, mais de s’en passer.

Il est donc grand temps de revenir aux valeurs fondamentales de la République ! Le mérite du sarkozysme est de nous avoir fait prendre conscience de ce que nous pourrions perdre. La démocratie peut s’éteindre violemment, dans une guerre, une révolution, une crise majeure. Elle peut aussi disparaître insensiblement, mot après mot, loi après loi… Le choix n’a jamais été aussi clair. Beaucoup aujourd’hui veulent pouvoir se lever chaque matin sans se dire : « De quoi vais-je avoir honte aujourd’hui ? » Beaucoup ne demandent pas de rêve, mais simplement la fin d’un cauchemar.

Recueilli par Anthony Laurent

Photo : DR

Notes

[1] Magistrat, auteur de Le Sarkozysme sans Sarkozy (Éditions Grasset, 2009).

 

http://www.bastamag.net/article2196.html

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:16

europe-debt-crisis-greece-ultimatum.jpgLa Grèce a donc officiellement manqué à son engagement de payer ses échéances aux prêteurs privés. Ce fut une faillite "ordonnée", plus négociée que simplement annoncée, ce qui est à mon sens une bonne chose. Cependant, l'histoire est loin d'être terminée.

Même avec cet allègement de la dette, la Grèce - tout comme d'autres pays européens obligés d'imposer des mesures d'austérité dans une économie déprimée - semble condamnée à de nombreuses années de souffrance.

Et c'est une histoire qu'il nous faut raconter. Lors des deux dernières années, l'histoire grecque a été, ainsi que l'a démontré un récent article sur les politiques économiques, "interprétée comme une parabole des risques de prodigalité fiscale". Il ne se passe pas un jour sans qu'un homme politique ou un expert ne proclame, avec l'air de celui qui partage sa grande sagesse, que nous devons réduire drastiquement les dépenses du gouvernement maintenant ou nous allons nous transformer en Grèce, en Grèce je vous dis.

Pour prendre un exemple récent, lorsque Mitch Daniels, le gouverneur de l'Indiana, a prononcé le discours républicain en réponse au discours sur l'Etat de l'Union, il a insisté sur le fait que "nous sommes tout près de la Grèce, l'Espagne et d'autres pays européens qui font face à une catastrophe économique". Au fait, il semble que personne ne lui ait dit que l'Espagne avait une faible dette d'état et faisait des bénéfices à la veille de la crise ; elle est aujourd'hui en crise grâce aux excès du secteur privé, pas du secteur public.

Cependant, ce que l'expérience grecque nous montre réellement, c'est que si avoir des déficits lors d'une période clémente peut vous mettre en difficulté - ce qui est en effet l'histoire de la Grèce, mais, par contre, pas de l'Espagne - essayer d'éliminer les déficits une fois que vous avez déjà des problèmes, ça c'est la recette pour vous retrouver dans une dépression.

Ces temps-ci, les dépressions causées par l'austérité sont visibles partout dans les pays secondaires européens. La Grèce est le pire cas de figure, avec un taux de chômage qui atteint les 20 pourcent alors même que les services publics, y compris le système de couverture santé, s'effondrent.

L'Irlande, cependant, qui a fait tout ce que les partisans de l'austérité désiraient, est dans une situation épouvantable, avec un taux de chômage qui atteint les 15 pourcent et son PIB réel a subi des chutes à deux chiffres.

Le Portugal et l'Espagne sont eux aussi dans une situation très critique. De plus, l'austérité lors d'une crise ne fait pas que répandre la souffrance. De plus en plus de preuves attestent qu'elle est intrinsèquement vouée à l'échec même en termes fiscaux purs, à cause du mélange de la chute des recettes due à une économie déprimée et des perspectives d'avenir à long terme inquiétantes qui réduisent la confiance du marché et rendent le poids de la dette future encore plus difficile à supporter.

Il faut se demander comment des pays qui dénient systématiquement à leur jeune génération toute perspective - le chômage des jeunes en Irlande, qui était autrefois plus bas que celui des Etats-Unis, atteint aujourd'hui presque les 30 pourcent, alors qu'il avoisine les 50 pourcent en Grèce - sont censés avoir une croissance suffisante pour éponger leur dette.

Ce n'est pas du tout ce qui aurait dû se passer. Il y a deux ans, alors que de nombreux hommes politiques et experts se sont mis à appeler de leurs vœux l'austérité plutôt que la relance, ils ont promis des bénéfices importants en réponse aux efforts fournis. "Cette idée selon laquelle des mesures d'austérité pourraient déclencher une stagnation est incorrecte", déclarait Jean-Claude Trichet, alors président de la Banque Centrale Européenne, en juin 2010. Il insistait, au contraire, sur le fait qu'une discipline fiscale inspirerait confiance et que ceci conduirait à une croissance de l'économie.

Et le moindre soubresaut dans une économie d'austérité est utilisé comme la preuve que ces mesures fonctionnent. L'austérité irlandaise a été vantée comme étant un franc succès pas une, mais deux fois, la première était à l'été 2010, puis à nouveau à l'automne dernier ; à chaque fois, la soi-disant bonne nouvelle s'est rapidement évaporée.

L'on pourrait se demander quelles alternatives des pays comme la Grèce et l'Irlande possédaient et la réponse est qu'ils n'avaient et n'ont toujours pas d'alternative satisfaisante, si ce n'est sortir de l'euro, une mesure extrême, que leurs dirigeants ne peuvent prendre, de façon réaliste, à moins d'avoir épuisé toutes les autres options - cet état de fait est selon moi de plus en plus proche pour la Grèce.

L'Allemagne et la Banque Centrale Européenne pourraient décider de rendre cette mesure extrême moins nécessaire, à la fois en exigeant moins d'austérité et en faisant davantage pour redonner de l'énergie à l'économie européenne dans son ensemble.

Mais l'élément essentiel est que les Etats-Unis, eux, ont une alternative :  nous avons notre propre monnaie et nous sommes en mesure d'emprunter à long terme à des taux historiquement bas, nous n'avons donc pas à entrer dans cette spirale infernale d'austérité et de contraction économique.

Il est donc temps de cesser d'utiliser la Grèce comme une mise en garde contre les dangers des déficits ; d'un point de vue américain, la Grèce devrait plutôt être envisagée comme une mise en garde contre les dangers que comportent une réduction trop rapide des déficits, alors que l'économie est encore fortement déprimée. (Et oui, malgré quelques nouvelles plus souriantes dernièrement, notre économie est encore dans une profonde dépression).

La vérité, c'est que si l'on souhaite savoir qui essaie réellement de transformer les Etats-Unis en Grèce, ce ne sont pas ceux qui espèrent une relance pour notre économie toujours déprimée ; ce sont ceux qui exigent que l'on copie l'austérité de la Grèce, même si nous n'avons pas à faire face aux contraintes d'emprunt grec, et qui ainsi nous plongeraient dans une dépression à la Grecque.

Paul Krugman
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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:10

a semaine dernière, la Commission européenne a retiré de la Toile une vidéo dans laquelle l’Europe, incarnée par une femme blanche, est menacée par trois hommes, un asiatique, un "oriental" et un Noir. Racisme grossier ? Le porte-parole de l’institution plaide la bourde naïve et parle de méprise.


L’asiatique, bien entendu, fait des kata, il a probablement un nunchaku planqué dans la chaussette ; l’indien, genre sikh aux yeux de charbons, est barbu, enturbanné et manie le sabre tel un coupeur de tête ; quant au Noir, doté d’une musculature qui ne va pas sans rappeler celle des fauves de la savane, il est agile et grimpe partout. Un peu comme un léopard.

L’Europe, elle, est une femme, belle, douce et multiple (tant qu’à faire). Si douce et multiple qu’à la fin, elle entoure ces barbares agressifs et les fait asseoir. En fait, ils ont bien compris, que s’ils ne s’exécutent pas, elle va les niquer, cette jolie blanche qu’ils s’apprêtaient probablement à violer tous les trois parce qu’ils ont ça dans le sang, la violence contre les femmes, alors que nous, non, la preuve l’Europe est une femme.

Bon voilà, la moralité, c’est qu’ensemble on est plus fort. Contre qui, contre quoi ? Y’a qu’à voir la vidéo pour s’en faire une idée.

 

 

 


 


Un clip raciste édité par l’Union Européenne par Super_Resistence

Ce stupéfiant petit film, bourré de stéréotypes racistes et essentialistes a été pensé, réalisé puis mis en ligne le vendredi 2 mars par les communicants de la délégation générale de l’élargissement de l’Union européenne de la Commission de Bruxelles. Face au tollé soulevé, il en a été retiré le mardi suivant, 6 mars. Le temps de faire un petit buzz sur Internet mais sans que la presse, en tout cas française, n’en fasse vraiment ses choux gras.

Que s’est-il passé ? La commission européenne a-t-elle refilé les clefs de sa cellule com. à un eurodéputé d’extrême-droite ? A un publicitaire crypto-fasciste ? Joint hier au téléphone par Regards.fr, Peter Stano - porte-parole de Stefan Fulle, le membre de la Commission chargé des politiques d’élargissement et de voisinage de l’Union européenne - nie en bloc. « Le malentendu vient du fait que ce clip était destiné à une tranche de population très spécifique, les 17-24 ans, argumente-t-il. Nous avons voulu utiliser le langage et les codes de cette génération. Les trois hommes pratiquent des arts martiaux et se situent dans l’univers des jeunes, le cyberespace, les jeux vidéos. D’ailleurs, durant les 5 jours où ce film est resté en ligne, il a été vu environ 500.000 fois et les réactions du public visé ont été plutôt très favorables ». D’où, alors, sont venues les pressions qui ont conduit les gens de la Commission européenne à retirer cette vidéo ? « De médias traditionnels et de personnes à qui elle n’était pas destinée, assure Peter Stano. Quand leurs accusations de racisme nous sont tombées dessus, nous avons décidé de l’annuler car nous ne souhaitons pas entrer dans une polémique ».

Ce serait donc pour lui une méprise. « L’objet de la campagne que nous menons actuellement, et dont ce film n’est qu’un élément, est de promouvoir l’élargissement de l’Union européenne. Nous avons fait le pari de jouer avec les clichés afin de lutter contre les préjugés... Le message qu’on veut faire passer, c’est celui du respect et que l’on peut s’entendre en discutant », explique le porte-parole en faisant référence à la chute du clip.

Un message, c’est peu de le dire, plutôt brouillé. Les représentations de l’étranger et de l’européenne sont au contraire si caricaturales et désignent si clairement des étrangers non-occidentaux que l’on a peine à croire que les communicants n’ont pas anticipé les protestations. C’est pourtant ce qu’affirme Peter Stano : « C’était une expérience. Après toutes ces réactions négatives, nous serons désormais bien plus attentifs car on a compris que certains sujets sont très glissants. La prochaine fois, on utilisera des extra-terrestres pour ne pas risquer la polémique ! »

Une pirouette qui confirme étrangement que l’Europe semble avoir besoin d’un "autre" hostile pour vendre son élargissement. Mais qui surtout en dit long sur l’absence de réflexion sur le fond qu’a suscité cette affaire à la Commission. L’erreur, selon eux, c’est d’avoir choisi les mauvais morphotypes à la mauvaise époque... Un bourde stratégique en somme. Un peu court comme enseignement. Une institution telle que l’Europe aurait pu en profiter pour se demander si elle est fondée à se comporter comme le vulgaire service commercial d’une entreprise en raisonnant en terme de "public ciblé" à qui on propose ce qu’il est censé attendre en faisant fi des dimensions politique et éthique du message ; Elle pourrait aussi faire un peu d’introspection : quels que soient les arguments avancés, ce film témoigne bien de l’enracinement profond dans certains esprits (en l’occurrence européens) de la conviction d’appartenir à une civilisation supérieure. Mais visiblement, du côté de Bruxelles, l’affaire de la "vidéo raciste" n’a pas suffit à mettre ces questions sur la table.

 

http://www.regards.fr/societe/la-commission-europeenne-est-elle

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:04

gaza.jpg« Nous condamnons les tirs de roquettes et les conséquences humanitaires de ces violences et déplorons les victimes civiles. La France appelle instamment à un retour au calme et à la retenue afin d’éviter une escalade qui risquerait de toucher à nouveau des civils. Notre consul général à Tel Aviv se rendra dimanche matin à Ashdod et Ashkelon pour exprimer sa solidarité. »

C’est en ces termes que le ministère des affaires étrangères français réagissait à l’escalade à Gaza provoquée par un raid israélien et l’assassinat de deux cadres palestiniens. Les opérations ont provoqué la mort d’une quinzaine de Palestiniens, dont deux enfants, mais c’est avec les populations d’Ashdod et d’Ashkelon que la France proclame sa solidarité. Une position similaire à celle exprimée par Susan Rice, ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, ce qui n’étonnera personne.

L’argument israélien pour justifier le raid à l’origine de l’escalade est que les deux hommes visés étaient les organisateurs d’un raid meurtrier en août dernier et s’apprêtaient à perpétrer un autre attentat. Comme toujours, l’armée israélienne ment et contredit ses propres enquêteurs (lire Max Blumenthal, « Israel’s bogus case for bombing Gaza obscures political motives », Al-Akhbar, 11 mars 2012.) Mais qui ira contredire l’armée « la plus morale du monde » ?

Ce lundi 12 mars, le Quartet, composé des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Russie et des Nations unies, se réunit une nouvelle fois pour discuter de la Palestine. Une nouvelle fois, on peut en être sûr, il appellera à la reprise sans préalables des négociations entre Israël et les Palestiniens — c’est-à-dire sans aucune base pour la négociation et sans arrêt de la colonisation israélienne —, ce qui est exactement la position de M. Netanyahou.

Celui-ci, de retour de Washington, où le problème palestinien n’a même pas été abordé, est décidé à continuer sa politique dans les territoires occupés, politique qui ne suscite aucune réaction sérieuse du Quartet.

Dans un article du quotidien Le Monde, Laurent Zecchini raconte un épisode, parmi d’autres, et pas le plus dramatique, de l’action israélienne en Cisjordanie (« Hold-up télévisuel à Ramallah », lemonde.fr, 10 mars). Il s’agit d’un raid contre deux stations de télévision.

Il écrit :
« Ramallah est située en zone “A” de la Cisjordanie, laquelle, aux termes des accords de paix d’Oslo II (1995), est sous contrôle exclusif de l’Autorité palestinienne. Rien à voir, en principe, avec la zone “B”, où Israël conserve la responsabilité de la sécurité, et encore moins avec la zone “C”, entièrement sous l’emprise de la puissance occupante. Le siège de l’Autorité palestinienne, c’est la Mouqata’a, au centre de cette ville bourgeonnante de 200 000 habitants (durant le jour), où Mahmoud Abbas a sa résidence officielle. »
« Mais le roi est nu : le raid de l’armée israélienne a rappelé que l’Etat palestinien, dont M. Fayyad s’efforce avec ténacité de poser les fondations, et dont M. Abbas demande qu’il soit reconnu par les Nations unies, est un Etat croupion, dont la souveraineté est virtuelle, tout comme l’autorité de son président. »

Ce raid a été déploré par les Etats-Unis comme par la France, comme ils regrettent depuis des années le blocus de Gaza, la colonisation, les incursions illégales en territoire palestinien, etc. Tout en continuant à demander à l’Autorité de négocier sans préalables.

Il est ironique que le Quartet pose comme condition pour un dialogue avec le Hamas que celui-ci reconnaisse les accords d’Oslo, alors qu’Israël les a enterrés depuis longtemps, poursuivant sa politique d’asphyxie de la population palestinienne.

Même l’eau, comme le rapporte toujours Le Monde, est une arme qui sert l’occupant (« En Cisjordanie, même l’eau est une arme », Le Monde, 11-12 mars 2012) ; l’article rappelle le rapport de l’Assemblée nationale de février dénonçant « un nouvel apartheid de l’eau ».

Car c’est la réalité qui s’impose désormais sur le terrain. Au fur et à mesure que s’éloigne la perspective de la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza, progresse la réalité d’un seul Etat, de la Méditerranée au Jourdain, dominé par les Israéliens et dans lequel les Palestiniens sont privés de tous leurs droits. En Afrique du Sud cela s’appelait l’apartheid, comme le rappelle Zackie Achmat, un militant sud-africain convaincu qu’Israël est devenu un Etat d’apartheid (« Why I believe Israel is an apartheid state »).

 

http://blog.mondediplo.net/2012-03-11-Gaza-Palestine-et-apartheid

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 09:54

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http://www.bastamag.net/article2204.html

 

Dans le village de Kirène, au Sénégal, plus de 10 000 bouteilles d’eau minérale sont produites chaque heure par l’usine locale. 30 tonnes de haricots verts sont récoltées chaque jour sur les terres maraichères environnantes. Mais les habitants n’en voient pas la couleur : ils ne disposent pas de l’eau courante, les haricots partent pour l’Europe, et les jeunes subissent le chômage. Une étrange vision du « Sénégal qui gagne ». Reportage.

À Kirène, en pays sérère, à une soixantaine de kilomètres de Dakar, l’eau coule à flots. La marque Kirène, qui arrose le Sénégal d’eau en bouteilles, y a bâti son usine en 2001 [1]. 10 800 bouteilles à l’heure sont produites ici. À quelques kilomètres, la multinationale néerlandaise Van Oers cultive plus de 300 hectares de haricots verts destinés à l’exportation. Ses champs verts contrastent avec le sol pelé de la région. Non loin, la Cimenterie du Sahel et le nouvel aéroport en chantier Blaise-Diagne viennent s’ajouter à cette zone ensablée, consacrée « zone d’excellence économique » par le Président Wade.

Mais Kirène, le village, a soif. Les 4 800 habitants qui habitent la zone n’ont aucun accès à l’eau potable, en dépit des promesses des entreprises et de l’État. Ironie du sort, dans une région dont la principale industrie alimente 80 % du marché national de l’eau en bouteilles. Les forages ne manquent pas : ils sont au nombre de cinq, mais destinés aux entreprises. Un sixième, destiné à la population, est en panne depuis plusieurs mois, sans que le gouvernement n’ait encore réagi. Enfin, le forage en construction, supposé alimenter trois des sept hameaux qui composent Kirène, financé par l’usine du même nom et par Von Oers, n’a pas vu un ouvrier depuis plus de trois mois : la part de travaux restante, dont le financement revient à l’État, a bien été votée, mais les travaux ont cessé sans que personne n’obtienne la moindre explication. « L’État nous a abandonnés. Nous sommes dans une zone où le PDS (le Parti démocratique sénégalais, au pouvoir, ndlr) n’a jamais gagné en douze ans. On nous prend pour des moins que rien », soupire Abib Diouf.

Pas d’eau courante mais des camions-citernes

L’attente. C’est ce à quoi se résignent les habitants, qui ont cependant manifesté en décembre dernier pour obtenir eau et électricité, sans résultats. Attente au pied d’un arbre pour ce vieillard, pour le camion-citerne que la Cimenterie du Sahel consent à offrir aux habitants : « Aujourd’hui, les familles n’ont pas assez d’eau pour cuisiner. J’attends le camion. Il peut passer comme il peut ne pas passer… On attend parfois jusque 20 heures », soupire Issa Pouye, installé sur un siège en plastique à l’ombre de son arbre.

Ces camions-citernes sont offerts aux populations dans le cadre de la « Responsabilité sociale des entreprises ». Quand une entreprise s’implante, elle est supposée agir sur les emplois et investir dans les villages voisins. Dans le cas de la Cimenterie du Sahel, ses actions s’inscrivent dans le cadre de mesures de compensation fondées sur l’étude d’impact social et environnemental de l’entreprise. Les pathologies dues à la pollution générée par l’usine justifient, par exemple, la distribution de médicaments, selon le sociologue Djiby Diakhaté, qui considère les mesures prises par les entreprises locales comme « bien timides ».

Pillage des terres maraîchères

Attente devant l’usine Kirène pour cette dizaine d’hommes, dans l’espoir d’obtenir un poste comme journalier : « Nous sommes là depuis 7 heures ce matin. C’est notre routine, explique Omar Sene, 23 ans, qui vient quotidiennement faire le pied de grue. Parfois on arrive à travailler deux, trois jours dans la semaine. C’est toujours mieux qu’à Dakar. » Les journaliers sont payés 3 000 francs CFA (4,50 euros) les 8 heures de travail. Certains sont plus virulents : « On nous avait promis que les gens du coin auraient du travail ! Des accords ont été signés. On n’a rien vu, s’énerve Ousseynou Pouye, bachelier de 22 ans. On ne peut pas travailler, on ne peut pas boire, pas vivre. Mais ça va changer, on y croit. Et si Macky (Sall, candidat opposant du président sortant pour le second tour du 25 mars) ne fait rien pour nous, il dégagera, comme Wade. »

« À défaut de ralentir son débit et de permettre ainsi aux populations de creuser quelques puits, l’usine Kirène devrait revoir sa politique de recrutement en accordant un quota aux jeunes de la zone, qui leur permettrait d’avoir quelques revenus », estime le sociologue Djiby Diakhaté. La localité a en effet totalement changé de visage, sans que les habitants n’en tirent vraiment de bénéfices. Van Oers produit 30 tonnes de haricots verts par jour, ramassés par les femmes des hameaux alentour pour 200 francs CFA (30 centimes d’euro) la caisse de haricots. Des emplois bien modestes au regard de ce que les habitants ont perdu : « Van Oers bénéficie d’un accord qui lui permet d’exploiter des champs autrefois cultivés par les habitants, pour leur propre compte, et cela sans limite de durée », explique Mataw Faye, conseiller rural.

Épuisement des ressources en eau

Mariam Sene ne travaille pas, elle élève ses huit enfants. La veille, avec les plus grands, elle a marché jusqu’au forage de Von Oers, à deux kilomètres de là. Elle montre ce qu’il reste de sa réserve d’eau pour la journée : la jarre est pratiquement vide. Kirène a un vieux puits encore en fonctionnement, à deux pas du forage laissé en friche : « On commence à puiser à 5 heures du matin. Parfois, l’après-midi, il n’y a plus rien. » Enfants, jeunes, femmes se succèdent et remplissent seaux, bassines, boîtes de conserve. « Je pense qu’après les élections, les travaux vont reprendre… », espère l’un d’eux.

« La vérité, c’est que l’usine a pompé pratiquement toute l’eau de la localité. En pays sérère, l’eau est considérée comme une propriété divine. Les populations utilisent des techniques traditionnelles de forage. Les puits n’étaient pas construits n’importe où, n’importe comment », explique Djiby Diakhaté. Pour le sociologue, les compensations mises en œuvre par les différentes usines sont bien maigres en comparaison de ce que la population a perdu. Contactée à plusieurs reprises, l’entreprise Kirène n’a répondu à aucune de nos sollicitations.

« Les ressources utilisées par Von Oers et Kirène créent de véritables déséquilibres sociaux, dans la mesure où leurs politiques de responsabilité sociale s’adresse en priorité à une élite : autorités coutumières, chefs de village, associations… » Les jeunes continuent d’attendre un éventuel job, les femmes marchent des kilomètres pour remplir leurs bassines. Pour Abib, une seule solution : la révolte. « Il y a des grèves qui changent tout. Si tous les travailleurs cessaient le travail dans ces industries pour réclamer de l’eau… », rêve Abib, qui a fait plusieurs séjours en prison après des actions menées pour améliorer les conditions de vie de sa communauté et forcer le gouvernement à tenir ses promesses. Il conclut, résolu : « Il faut que nous prenions notre destin en main. » À bout, les habitants de Kirène devraient bientôt se faire entendre.

Dorothée Thienot

Photo : Oxfam International

Notes

[1] Kirène distribue également la marque Candia au Sénégal.

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 19:01

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http://amnis.revues.org/1430

Les représentations de l’ennemi et du combat dans les dessins animés soviétiques de 1941


La Seconde Guerre mondiale eut un impact considérable sur la production culturelle des pays impliqués dans le conflit, ce qui s’est répercuté notamment dans la propagande visuelle appuyant les discours politiques. Devant l’ampleur de la menace, les autorités soviétiques n’ont pas hésité à mobiliser le milieu artistique afin de relayer un discours patriotique projetant une image particulière de l’ennemi ainsi que des comportements à adopter face à ce dernier, au même titre que la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis ont pu le faire. Les dessins animés qui ont été produits en 1941, lorsque débute l’invasion du territoire soviétique par l’armée allemande, intègrent certaines thématiques liées à la représentation de l’ennemi et du combat dans une double perspective de pédagogie militaire et de création d’une fiction de la victoire. L’utilisation de représentations animales pour dépeindre l’ennemi dans les dessins animés, ainsi que la distorsion de la réalité dans les séquences de combat, sont autant de moyens d’alimenter la haine à l’encontre de l’envahisseur et de contrôler l’information en provenance du front, afin de rassurer la population quant au déroulement du conflit.


1La Seconde Guerre mondiale est un évènement hautement traumatique qui a marqué l’imaginaire collectif des nations ayant pris part aux combats ou qui ont subi l’occupation. Ce traumatisme collectif a fortement imprégné la production culturelle des sociétés contemporaines, et particulièrement le cinéma, alimentant la mémoire difficile de cet important conflit. Le livre de Siegfried Kracauer, De Caligari à Hitler : une histoire psychologique du cinéma allemand, dont la première édition parut en 1947, témoigne de la rapidité avec laquelle les Allemands ont mené des recherches exploratoires sur le cinéma après la guerre1. Du côté français, Marc Ferro est considéré comme un pionnier concernant l’utilisation de sources cinématographiques en histoire, avec son livre Histoire et cinéma, publié en 19772. Il faut toutefois attendre la montée en force des considérations de mémoire, au tournant des années 1990, pour assister à un réel développement de ce champ de recherches. En effet, avec la distance qui nous sépare de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs études ont été publiées concernant la production culturelle en temps de guerre3. On se réjouit aujourd’hui de voir une vague de recherches récentes qui reflète des perspectives nouvelles, notamment concernant les représentations identitaires et la question des altérités au cinéma4. Par contre, si l’utilisation du cinéma comme source première de recherches en histoire ne suscite plus la controverse, il reste que certains champs de la production cinématographique restent encore inexplorés. C’est d’ailleurs le cas du cinéma d’animation, qui, outre quelques ouvrages généraux concernant l’animation mondiale, reste un champ de recherche marginal5. Le cas qui nous intéresse ici, celui de l’Union soviétique, est très pertinent à cet égard, considérant les bouleversements sociaux, idéologiques et politiques qui y sont survenus depuis les trente dernières années. Tous ces changements idéologiques ont alimenté une cinématographie des plus prolifiques, notamment en ce qui concerne la guerre civile et la Grande Guerre patriotique6. Revisiter la production culturelle des années de guerre en URSS permet aujourd’hui de poser un regard nouveau sur des œuvres patriotiques qui ont contribué à la construction d’une mémoire collective du conflit. C’est dans cette optique que nous proposons d’analyser les représentations liées à la guerre et au combat dans les dessins animés soviétiques afin de mieux comprendre comment sont véhiculées les perceptions de soi et de l’autre lors d’un conflit armé, tout en démontrant à quelles fins ces images sont utilisées.

    2Le cinéma ne peut être aussi réactif devant l’actualité qu’un imprimé quotidien ou hebdomadaire, au même titre que le cinéma d’animation n’est pas aussi prompt à décrire un évènement que la caricature journalistique. Par contre, l’effet du mouvement et du son donne une profondeur au message et lui procure une force psychologique et émotionnelle très puissante. C’est pourquoi dans un contexte de guerre, le dessin animé constitue un outil médiatique redoutable qui peut servir de relai à la propagande d’État. Alors que les premiers mois d’hostilité furent très éprouvants pour l’Armée rouge, nous soutenons que les dessins animés ont rapidement été utilisés dans l’optique de créer un contexte psychosocial favorable à une mobilisation de la société pour la victoire. Pour arriver à leurs fins, nous estimons que les réalisateurs ont d’abord créé des dessins animés recoupant deux dimensions, soit la pédagogie militaire et la propagande triomphaliste. À des fins d’analyse, nous utiliserons des dessins animés produits en 1941 par le studio Soiouzmul’tfilm, principalement des œuvres tirées de la série Actualités7, divisée en épisodes nommés Posters politiques8. Tous ces films ont été traduits dans un coffret intitulé La propagande soviétique animée, de la Révolution à la pérestroïka9, commercialisé aux États-Unis en 2006 par la société Jove Film basée en Californie. Les dessins que nous utiliserons sont tous issus du second disque, intitulé Barbares fascistes10.  

    3Il est important de débuter cette réflexion par une explication du contexte de production culturel à l’aube de la guerre afin de bien comprendre comment cette industrie fut mobilisée. Nous serons à même de mieux saisir son rôle dans la propagande d’État et de décrire quels ont été les impacts de l’invasion allemande sur la production cinématographique en matière d’animation. Nous traiterons, dans un deuxième temps, de la dimension pédagogique des dessins animés dans un contexte où il faut dépeindre l’ennemi afin de le reconnaitre et le détruire, ainsi que glorifier le héros et la résistance pour alimenter la détermination du peuple. Il sera ensuite question du climat psychologique alimenté par les dessins animés, notamment en ce qui concerne les distorsions triomphalistes dans les représentations du combat.

    Reconnaitre l’ennemi : La pédagogie militaire dans les dessins animés soviétiques

    4Les premiers affrontements sont catastrophiques pour l’Armée rouge qui n’est pas prête à affronter l’Allemagne en raison du manque de méfiance après la signature du pacte de non-agression entre les deux pays en 1939. Pourtant, la propagande liée à la guerre fait état d’une mobilisation sans précédent de l’URSS et d’une victoire assurée, mais dans les faits, l’Armée rouge subit de nombreux revers. De l’été 1941 à l’été 1942, des centaines de milliers de soldats sont faits prisonniers, la progression de l’ennemi en territoire soviétique entraine le déplacement de plus de sept millions de civils et des milliers d’usines sont démontées pour être transférées plus à l’Est, à l’abri des combats11. Dès le premier jour du conflit, l’armée de l’air allemande, la Luftwaffe, détruit plus de 1200 avions soviétiques dont la majorité est restée clouée au sol12. Les troupes nazies avancent profondément en territoire soviétique sans rencontrer de résistance organisée. L’Allemagne progresse rapidement dans la partie occidentale de l’URSS, prenant ainsi plusieurs centres de production soviétiques. Toutefois, on comprendra que cette déroute de l’Armée rouge resta hors des canaux médiatiques par lesquels l’État a plutôt tenté de mettre en place un climat psychologique nourrissant la haine de l’ennemi et créant un fantasme de la victoire. Il y a donc un profond décalage qui s’installe entre la représentation du combat qui est véhiculée durant la guerre et ce qui se passe réellement sur le terrain en 1941. 5L’une des premières tactiques en matière de propagande en contexte de guerre est de montrer à quoi ressemble l’ennemi, quels sont ses traits caractéristiques. Plusieurs symboles correspondant à des marqueurs identitaires forts ont été créés pendant la guerre civile pour dépeindre les ennemis du peuple, notamment par les dessinateurs d’affiches. Sur ces dernières, on retrouve très souvent le chapeau et le cigare du capitaliste, la couronne du tsar ou le pope barbu. Ces symboles sont appuyés par un discours politique qui donne un sens aux images, un discours qui suggère une attitude, un état d’âme ou un comportement à adopter. Des artistes comme Victor Deni, Dimitri Moor et Boris Efimov ont continué de produire de telles affiches dans les années 1930, utilisant ces symboles qui s’intègreront davantage dans l’imaginaire collectif et marqueront une typographie du vilain13. Face l’urgence d’agir, le milieu artistique soviétique s’est rapidement tourné vers ces clichés populaires pour constituer une nouvelle image de l’ennemi. Dans les premiers mois de l’occupation, les producteurs de dessins animés ont renoué avec les techniques qui prévalaient durant la guerre civile, c’est-à-dire de courts métrages d’agitation politique basés sur des actualités tournées au front, un style développé et popularisé par Dziga Vertov14. Dans cette même lignée, les dessins animés du réalisateur Ivan Ivanov-Vano (1900-1987) et des sœurs Valentina (1899-1975) et Zinaïda (1900-1983) Broumberg intègrent les techniques cinématographiques d’agitation telles que les actualités de Vertov et reprennent en grande partie les clichés développés par les artisans des affiches politiques en matière de représentation de l’ennemi.

    • 15  What Hitler want.
    • 16  «zemlia pometchikam!».
    • 17  «Hitler wants to steal the grain from the communal farmers».
    • 18  «He wants to give all the factories to the capitalists».
    • 19  «He wants to cover all our land with coffins!».
    • 20  «He wants to make our free people his slaves!».

    6Ces méthodes pédagogiques de représentation de l’autre sont rapidement mises à profit, et ce, dès 1941. À titre d’exemple, Ce que veut Hitler15, le premier épisode de la série Actualités, explique quelles sont les motivations d’Hitler à envahir l’URSS. Les dessinateurs dépeignent d’entrée de jeu le chef de l’État allemand comme une bête sanguinaire, dont les traits exagérés du visage rappellent l’image d’un sanglier enragé. On le voit d’abord avancer dans un champ, brandissant une pancarte sur laquelle est indiqué  « Donnons la terre aux propriétaires fonciers »16. La narration commente alors : « Hitler veut voler le grain des fermes collectives»17. Dans la séquence suivante, il y a un complexe industriel en arrière-plan et Hitler s’avance. La narration émet le commentaire suivant : « Hitler veut donner les usines aux capitalistes»18. On le voit ensuite se pencher et prendre une usine dans ses bras et la tendre vers un homme immense, vêtu d’un chapeau haut-de-forme et fumant le cigare (un symbole largement utilisé depuis la guerre civile). Dans le troisième acte, Hitler avance sur un chemin parsemé de cercueils et de croix. On entend alors : « Hitler veut couvrir tout notre pays de cercueils ! »19. Et la séquence suivante montre un paysan enchainé trainant Hitler sur ses épaules, le fouet à la main, alors que la narration poursuit : « Il veut faire de notre peuple libre ses esclaves ! »20. L’épisode se termine sur des images de combats, où les forces soviétiques se déchainent contre l’envahisseur, accompagnées d’un message de propagande qui opère une distorsion de la réalité à l’époque où il fut produit :

    • 21  «And what will he get? Three blows for each blow of his! Ten fires for each fire he starts! He’ll (...)

    Et qu’est-ce qu’il aura ? Trois coups pour chaque coup qu’il nous donnera, dix feux pour chaque feu qu’il allumera, il aura la baïonnette, la mitraillette, nous aurons une chaude avance ! Il obtiendra la fin déshonorante du fascisme ! Dans tous les coins de la planète le slogan des ouvriers est le suivant : Parle aux fascistes dans la langue du feu ! Avec des mots comme des balles de fusil, avec la lame aiguisée des baïonnettes !21

    7Ce commentaire a pour objectif de rassurer la population quant à la supériorité de l’Armée rouge, qui n’est effective que sur le papier en 1941, et suggère l’attitude à adopter en face de l’adversaire.

    Suggérer un comportement à adopter devant l’ennemi

    8Une fois que le peuple a appris à reconnaitre l’ennemi, il faut aussi s’assurer que chaque citoyen saura comment agir lorsque se produira la rencontre. Cela s’inscrit dans les nombreux efforts du régime pour entrainer la population civile et l’éduquer en fonction des besoins militaires du moment. Toutefois, il ne s’agit pas uniquement de former le citoyen à manier les armes, il faut aussi lui apprendre à être vigilant sur le terrain afin de débusquer l’ennemi. C’est exactement ce que propose le dessin animé Frapper l’ennemi au front et à la maison22, des sœurs Broumberg, qui revêt une dimension pédagogique et psychologique. Dans ce troisième épisode des Actualités, on voit d’abord, coup sur coup, trois personnages types de la mythologie soviétique, issus de l’imagerie révolutionnaire et du réalisme socialiste, soit le soldat au front, l’ouvrier sur le chantier et la travailleuse agricole au champ remplaçant les hommes partis au combat23. Tous les trois ont un air sérieux et vigilant. Le plan suivant présente, en contre plongé, un bombardier nazi qui largue trois parachutistes. Lorsqu’ils arrivent au sol, on s’aperçoit qu’ils sont laids et ont la croix gammée tatouée sur le front. Un message apparait sur écran noir : « Les traitres de vipères fascistes sont partout ; Soyez vigilants où que ce soit ! Gardez vos yeux ouverts ! »24. On voit ensuite un des trois espions sur un complexe industriel, grimpant à une ligne électrique tenant une pince à la main. Il coupe alors un fil, mais une main géante apparait à l’écran et agrippe le saboteur avec une immense pince. Dans le plan suivant, on voit un deuxième espion dans un champ qui met le feu aux bottes de foin. La main citoyenne apparait encore à l’écran pour le saisir sur le fait. Le troisième quant à lui se retrouve près d’une voie ferrée où il tente de faire dérailler un train qui fonce à vive allure. Une baïonnette géante vient alors le transpercer d’un coup. « Rappelez-vous des ruses de l’ennemi. Soyez vigilants ! Démasquez les espions fascistes, les agents étrangers et les saboteurs ! »25.Ce court métrage de propagande met donc l’accent sur l’effort individuel dans la lutte contre l’ennemi et implique la population civile dans la défense de la patrie. Le rôle des ouvriers et des paysans y est présenté comme nécessaire dans la lutte collective contre l’envahisseur. Même les femmes sont appelées à prendre les armes alors que tous les travailleurs reçoivent un entrainement militaire sur leur lieu de travail, notamment les gens des studios de cinéma qui se préparent à faire la guerre autrement que par l’image26. Le régime soviétique mise ainsi sur la vigilance de la population et compte impliquer le citoyen dans une relation civil/soldat qui le lie directement à l’État et qui a pour effet d’exalter le patriotisme populaire.

    • 22  Strike the Enemy on the Front Lines and at Home!.
    • 23  Fitzpatrick, Sheila, «War and Society in Soviet Context: Soviet Labor before, during, and after Wo (...)
    • 24  «Treacherous Fascist Vipers Are Everywhere ; Be Vigilant Everywhere! Keep Your Eyes Peeled!».
    • 25  «Remember our Enemy’s Cunning. Be Vigilant! Root Out Fascist Spies, Foreing Agents, And Saboteurs! (...)
    • 26  Leyda, Jay, op. cit., p. 424.
    • 27  A Migthy Handshake.
    • 28  Kingston, Paul J., «Broadcasts in French from Moscow: February 1940-August 1941. An Evaluation of (...)

    9Dans ce contexte de guerre, il faut aussi savoir distinguer qui sont nos amis de qui sont nos ennemis. La question est d’autant plus importante puisque toutes les images de l’ennemi qui ont été produites par le passé représentaient les pays capitalistes, soit les nouveaux alliés. Il s’opère donc un changement de paradigme dans la représentation de l’ennemi sur le plan politique et les autorités doivent trouver le moyen d’adapter la propagande afin de changer la perception populaire. C’est pourquoi le quatrième épisode des Posters politiques, Une puissante poignée de main27, produit par les sœurs Broumberg, fait l’éloge despuissances alliées et décrit la situation d’encerclement de l’Allemagne nazie à la suite du traité d’assistance mutuelle signée entre l’URSS et le Royaume-Uni immédiatement après le déclenchement des hostilités en territoire soviétique. On y voit Hitler en minuscule se promener sur une carte de l’Europe et faire l’aller-retour entre Moscou et Londres, tenant une bombe dans une main et une hache dans l’autre. Deux soldats géants se dressent à chaque extrémité de la carte. Le texte de l’accord mutuel d’assistance entre les deux pays apparait brièvement à l’écran et, ensuite, les deux colosses se penchent pour se donner la main, écrasant du même coup Hitler juché sur une montagne de crânes au milieu de la carte. Cette image de l’amitié entre le soldat soviétique et britannique est très particulière et s’oppose à toute autre image qui a pu être projetée de la Grande-Bretagne depuis la Révolution. Le citoyen soviétique est habitué à une autre rhétorique, soit celle de l’encerclement des pays capitalistes, dont l’Angleterre assure une position de force avec son lourd passé colonial et esclavagiste. Pourtant, cette alliance de circonstance marque une nouvelle ère de coopération avec les ennemis d’hier. À ce propos, l’URSS ouvre des canaux de propagande directs aux pays alliés, notamment des journaux britanniques traduits spécialement pour vanter les efforts de guerre de la Grande-Bretagne au public russe28. Le dessin animé Une puissante poignée de main vient donc en appui à cette politique d’ouverture aux pays alliés et constitue le relais cinématographique des messages véhiculés à ce sujet dans la presse et à la radio.

    Représentations animales : mettre l’emphase sur la barbarie de l’Autre

    10D’autres animations produites durant cette période sont aussi très explicites en matière de représentation du combat, notamment lorsque celles-ci montrent l’ennemi sous une forme bestiale. Les représentations animales ont aussi été largement utilisées lors de la guerre civile et sont particulièrement présentes sur les affiches de propagandes des années 1920, utilisées dans le but de déshumaniser l’ennemi, le transformer en quelque chose de répugnant afin de légitimer sa destruction ou à tout le moins son exclusion de la société29. Par contre, dans le cas d’un conflit initié par une invasion étrangère, l’utilisation de formes bestiales pour représenter l’ennemi accentue la vision manichéenne de soi et de l’autre et favorise l’unification du peuple contre l’envahisseur. Deux Posters politiques sont particulièrement intéressants dans cette lignée, soit Les Vautours et Battre les pirates fascistes !30, tous deux produits en 1941.

    • 29  Bonnell, op. cit., p. 197.
    • 30  The Vultures et Beat the fascist pirates.

    11Dans le premier, les pilotes allemands sont représentés comme des vautours arborant un casque d’aviation frappé de la croix gammée. Ces derniers sont juchés dans un arbre sans feuille, baignant dans une atmosphère lugubre, et regardent vers l’Est. Une fois dans les airs il y a une transposition, et, l’espace d’un instant, ces maléfiques oiseaux deviennent des bombardiers nazis. Lorsqu’arrivés au-dessus de l’URSS, ils larguent leurs obus qui éclatent au sol dans un champ. Après le bombardement effectué par ces « vautours » nazis, la musique change et devient entraînante, ce qui suscite une émotivité grandissante. Arrivent des avions de chasse blancs à l’effigie de l’étoile rouge soviétique, qui, en formation serrée, pourchassent les vautours et les détruisent un à un. Même si les chasseurs soviétiques blancs rappellent la colombe symbolisant la paix, ils ne sont pas officiellement représentés comme tels et apparaissent sous une forme réaliste. Toutefois, la formation serrée des chasseurs pourrait être considérée comme un appel à l’unification de la nation et à l’importance de combattre ensemble face à un adversaire dont la barbarie est sans limite.

    • 31  Delporte, Christian, « Nimbus libéré. À propos d’un dessin animé de propagande allemande, 1944 », (...)
    • 32  À titre comparatif, une étude menée aux États-Unis analyse l’instrumentalisation de la menace nucl (...)
    • 33  «Political Cartoon : Fritz in Nazi bomber », 1939-1946, British National Archives, Kew, Angleterre (...)

    12Il est important de noter ici que la représentation du bombardement provoque un effet psychologique puissant, entrainé par le sentiment de vulnérabilité des populations qui en sont victimes. Même les Allemands ont utilisé le dessin animé dans la France occupée pour terroriser la population devant la destruction aléatoire des attaques aériennes américaines, comme en témoigne l’analyse faite par Christian Delporte du dessin animé Nimbus libéré31. Les attaques aériennes ont semé la destruction dans l’ensemble du territoire européen, laissant de profondes cicatrices non seulement dans les villes, mais également dans les mémoires des populations qui les ont subi. Ce sentiment d’effroi et de vulnérabilité associé à la destruction aléatoire des bombardements a été partagé par l’ensemble des peuples d’Europe, notamment par les Londoniens qui ont subi les bombardements de la Luftwaffe dès l’année 1940. La menace aérienne allemande a certainement eu un effet sur le discours de propagande britannique, entrainant du même coup une production culturelle reflétant cette tension collective32. Par exemple, des caricatures à teneur politiques ont été produites en Angleterre, entre 1939 et 1946, mettant en vedette Fritz, un obus nazi dans le rôle du méchant, ce qui a probablement alimenté la haine populaire à l’égard du Troisième Reich33.

    • 34  Leyda, op. cit., p. 423.

    13Dans le cas soviétique, la plus grande menace à la sécurité nationale est venue directement au sol, alors que les troupes allemandes ont déferlées sur l’URSS avec une rapidité foudroyante. Cette situation provoqua un sentiment de panique chez les dirigeants, comme en témoigne le discours radiodiffusé de Joseph Staline le 3 juillet34, favorisant du même coup l’émergence de représentations déshumanisantes de l’adversaire.

    Fantasme de la victoire ou fiction de la supériorité

    14Cette représentation de l’ennemi sous une forme animale est aussi employée dans le cas de Battre les pirates fascistes !, mais cette fois-ci pour représenter les combats navals. Les réalisateurs y présentent les sous-marins allemands comme des requins aux dents acérées alors qu’ils avancent frénétiquement vers l’Est. On voit ensuite des navires de guerre à l’effigie de l’Union soviétique qui patrouillent au large des côtes, éclairés par la lumière du phare. Les requins plongent alors au fond des eaux mais les croiseurs soviétiques les débusquent et les détruisent grâce à leurs torpilles sous-marines. Deux commentaires écrits sont faits dans ce court métrage, soit « Sans merci pour les requins sanguinaires d’Hitler !, au milieu, et Fracassez les rats fascistes implacablement! Dans les airs, sur la terre et en mer ! »à la fin35. Considérant que durant l’année 1941, les troupes soviétiques ont encaissé de cuisants revers, que plus de la moitié des avions soviétiques ont été décimés avant même de pouvoir quitter le sol et que les sous-marins allemands ont coulé un grand nombre de bâtiments de guerre des forces alliées, on comprend rapidement qu’il s’agit plutôt d’un fantasme de victoire sur un ennemi, qui, semaine après semaine, fonce vers la capitale du pays et occupe une énorme portion du territoire national. Il y a donc un paradoxe entre la supériorité numérique de l’Armée rouge, qui est parfois de trois pour un sur l’ennemi, et les revers successifs qui accablent les forces armées. Les dessins animés de propagande triomphaliste ont donc un rôle psychologique important à jouer afin de convaincre la population que la victoire est non seulement possible, mais imminente. Cette représentation de la suprématie militaire soviétique sur l’ennemi est donc très présente dans les Posters politiques de l’année 1941.

    • 35  «No mercy for Hitler’s bloodthirsty sharks et Smash the fascist rats relentlessly! In the air, on (...)
    • 36  Fascist jackboots shall not tample our Motherland!.
    • 37  Duncan, Peter J. S., Russian Messianism : Third Rome, revolution, Communism and after, New York, R (...)

    15Cette soi disant supériorité est aussi véhiculée dans un autre court métrage, du réalisateur Ivan Ivanov-Vano, intitulé Les Bottes militaires Fascistes ne doivent pas souiller notre Patrie !36 Hitler y est représenté avec une tête de porc et ses deux grosses bottes avancent sur une carte de l’Europe où l’on voit des frontières (Tchécoslovaquie, Danemark, Pologne, Yougoslavie et Grèce)  qui défilent et qui prennent feu au passage. Il y a aussi un plan aérien où des obus, marqués d’une croix gammée, sont largués sur la Hollande, la France et la Belgique qui prennent feu à leur tour. Lorsqu’Hitler arrive à proximité de la frontière soviétique sur la pointe des pieds, il reçoit des coups au visage et se fait sérieusement malmener, ce qui est toutefois contraire à la réalité du terrain en 1941. L’intégration de la chute des pays d’Europe occidentale soulève un autre aspect de cette guerre, soit une adaptation du messianisme russe à l’idéologie soviétique à des fins militaires37. En effet, démontrer le rôle de la Russie dans la victoire, alors que tous les autres pays ont capitulé devant l’ennemi, permet d’associer une mission salvatrice au combat contre le fascisme. La propagande soviétique s’efforce de démontrer la barbarie des armées nazies en Europe, souvent par l’image du bombardement, ce qui a pour objectif d’alimenter la hargne du peuple. Cet aspect est particulièrement présent dans la seconde partie de ce dessin animé où s’opère un renversement. C’est-à-dire que la musique devient entrainante et un cavalier à la charge entre en scène, armé du drapeau soviétique, suivi de la cavalerie. Le plan suivant montre les tanks à l’assaut, les avions soviétiques déferlant dans le ciel et la marine sur le pied d’alerte. Ce fantasme de la supériorité soviétique et de la victoire sur l’ennemi est alimenté par les paroles de la chanson qui accompagne ces images :

    • 38  «Blazing with fire, steel gleaming, guns a-rattle, into the furious fight our tanks do speed, When (...)

    Brulant par le feu, l’acier luisant, le son retentissant des fusils, nos blindés avancent à grande vitesse. Quand le camarade Staline nous appelle au combat, nos premiers maréchaux, nos braves hommes mènent vraiment !38

    16La culture du combat, un élément qui apparait très tôt dans l’imagerie révolutionnaire, transparait fortement dans la propagande audiovisuelle, notamment dans le dessin animé, et tend à s’amplifier considérablement en contexte de guerre. Dans l’ensemble de l’industrie culturelle, cette notion de combat pour la victoire du socialisme s’enracine profondément dans le discours soviétique qui utilise la guerre à des fins patriotiques. Cela s’articule à travers un double paradigme qui oscille entre la menace de l’ennemi et la construction d’un futur radieux, ici représenté par le fantasme de la victoire. Dans ce contexte, la guerre avec l’Allemagne permettra une transposition dans la représentation de l’ennemi en focalisant davantage sur la notion de menace extérieure. Ancré depuis la Révolution dans la recherche d’un ennemi intérieur, associé à l’ancien régime, le Parti communiste sous Staline utilisera la Grande Guerre patriotique afin de mobiliser la population dans une cause commune, celle de la défense du territoire national contre la menace extérieure. Cela aura pour effet de cristalliser l’identité soviétique autour d’un évènement traumatique, autre que la guerre civile, diviseur celui-là, c’est-à-dire autour d’un nouvel évènement traumatique fondateur où l’ennemi se situe à l’extérieur des frontières et qui suscite davantage la solidarité des peuples au sein de l’Union et le patriotisme envers l’État. La légitimité politique du Parti, qui reposera longtemps sur cette victoire contre le fascisme lors de la Grande Guerre patriotique, sera réutilisée abondamment par le régime soviétique dans les décennies suivantes, tant dans le discours politique que dans le milieu artistique.  

    • 39  Sebastien Roffat, Animation et propagande : Les dessins animés pendant la Deuxième Guerre mondiale (...)

    17Pour ce qui est de la production en temps de guerre, il est intéressant de voir à quel point le dessin animé diffuse une propagande qui s’inscrit dans une démarche de pédagogie militaire en s’adressant directement au citoyen soviétique. Ce dernier est considéré par les autorités comme le premier échelon dans la défense de la patrie. Comme le remarque Sébastien Roffat « le héros n’est pas l’armée rouge en tant qu’institution, mais le partisan totalement engagé dans la guerre du peuple. L’accent est mis sur l’appel à la conscience individuelle39 ». Ce dernier rappelle d’ailleurs que les citoyens soviétiques sont représentés comme étant coupés de tous liens avec un quelconque commandement, ce qui appui cette idée d’une propagande fortement axée sur l’enseignement militaire. Cela soulève aussi la question du lien entre le citoyen soviétique et le Parti, alors que s’accentue leur interdépendance dans la protection du territoire, puisque le Parti a besoin de la résistance de tous les citoyens sur le terrain et ces derniers sont alimentés par de fausses images de la victoire de l’Armée Rouge. Le ton tragique employé par les dessinateurs lorsqu’ils dépeignent l’ennemi, doublé d’une atmosphère épique lorsque les troupes se lancent à la poursuite des bataillons nazis mis en déroute, a certainement favorisé la mise en place d’un contexte psychologique favorable au rassemblement de la nation derrière le Parti communiste. De plus, le fait que Staline soit resté à Moscou pour défendre la ville malgré la menace de la prise de la capitale par l’armée allemande a largement contribué à cette unification nationale par la glorification de ce dernier. Il s’agit d’ailleurs d’une thématique qui sera  très présente dans le cinéma et le dessin animé d’après-guerre.   

    Notes

    1  Kracauer, Siegfried, De Caligari à Hitler : une histoire psychologique du cinéma allemand, Paris, L’Âge d’Homme, 1973, 373 p.

    2  Ferro, Marc, Cinéma et Histoire, Paris, Gallimard, 1993, 290 p.

    3  Bertin-Maghit, Jean-Pierre, Le cinéma français sous l'Occupation, Paris, Presses Universitaires de France, 1994, 127 p. ; Virilio, Paul, Guerre et cinéma, Paris, Cahiers du Cinéma, 1991, 147 p. ; Suid, Lawrence H, Guts & glory : the making of the American military image in film, Lexington, University Press of Kentucky, 2002, 748 p. ; Youngblood, Denise J., Russian War Films : On the Cinema Front, 1914-2005, Lawrence, University Press of Kansas, 2007, 319 p. ; De Voghelaer, Nathalie, Le cinéma allemand sous Hitler : un âge d’or ruiné, Paris, L’Harmattan, 2001, 195 p.

    4  Norris, Stephen M. et Zara M. Torlone, Insiders and outsiders in Russian Cinema, Bloomington, Indianna University Press, 2008, 200 p. ; Everett, Wendy Ellen, European identity in cinema, Bristol et Wilmington, Intellect Books, 2005, 119 p. ; Loshitzky, Yosefa, Screening Strangers: Migration and Diaspora in Contemporary European Cinema, Bloomington, Indiana University Press, 2010, 214 p. 

    5  Bendazzi, Giannalberto, Cartoons: One Hundred Years of Cinema Animation, Bloomington, Indiana University Press, 1995, 540 p. ; Lenburg, Jeff, Who's who in animated cartoons: an international guide to film & television's award-winning and legendary animators, Milwaukee, Hal Leonard Corporation, 2006, 381 p. ; Roffat, Sebastien, Animation et propagande : Les dessins animés pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, L’Harmattan, 2005, 325 p.

    6  Youngblood, op. cit.

    7  Newsreel.

    8  Political posters.

    9  Borsten, Joan, Animated Soviet Propaganda : From the October Revolution to Perestroika, Enregistrement vidéo, Malibu, Jove Film, 2007, 4 vidéodisques : 464 minutes, son, couleur, DVD.

    10  Fascist Barbarians.

    11  Werth, Nicolas, Histoire de l’Union soviétique, Paris, Presses Universitaires de France, 1992 (1e éd. 1990), p. 316-17.

    12  Braithwaite, Rodric, Moscow 1941: A City and Its People at War, Toronto, Random House of Canada, 2007, p. 63.

    13  Bonnell, Victoria, Iconography of Power : Soviet Political Posters Under Lenin and Stalin, Berkeley, University of California Press, 1997, p. 214.

    14  Leyda, Jay, Kino : Histoire du cinéma russe et soviétique, Paris, L’Âge d’Homme, 1976, pp. 205-207.

    15  What Hitler want.

    16  «zemlia pometchikam!».

    17  «Hitler wants to steal the grain from the communal farmers».

    18  «He wants to give all the factories to the capitalists».

    19  «He wants to cover all our land with coffins!».

    20  «He wants to make our free people his slaves!».

    21  «And what will he get? Three blows for each blow of his! Ten fires for each fire he starts! He’ll get the bayonet, the riffle, hot lead! He’ll get – Fascism’s inglorious end! In all the corners of the globe the worker’s slogan is this : Speak to fascists in the language of fire! With words of bullets, with sharp wit of bayonets!».

    22  Strike the Enemy on the Front Lines and at Home!.

    23  Fitzpatrick, Sheila, «War and Society in Soviet Context: Soviet Labor before, during, and after World War II», International Labor and Working-Class History, No 35 (Printemps, 1989), p. 42.

    24  «Treacherous Fascist Vipers Are Everywhere ; Be Vigilant Everywhere! Keep Your Eyes Peeled!».

    25  «Remember our Enemy’s Cunning. Be Vigilant! Root Out Fascist Spies, Foreing Agents, And Saboteurs!».

    26  Leyda, Jay, op. cit., p. 424.

    27  A Migthy Handshake.

    28  Kingston, Paul J., «Broadcasts in French from Moscow: February 1940-August 1941. An Evaluation of the Reorientation of Radio Propaganda», Cahier du Monde russe et soviétique, Vol. 25, No 2/3 (Apr.-Sep., 1984), pp. 201-218.

    29  Bonnell, op. cit., p. 197.

    30  The Vultures et Beat the fascist pirates.

    31  Delporte, Christian, « Nimbus libéré. À propos d’un dessin animé de propagande allemande, 1944 », La guerre imaginée, sous la direction de Bouton, Philippe, Paris, Séli Arslan, 2002, p. 205-214.

    32  À titre comparatif, une étude menée aux États-Unis analyse l’instrumentalisation de la menace nucléaire dans les caricatures politiques publiées dans les journaux américains lors des temps forts de la Guerre Froide. On y remarque plusieurs symboles associés à la menace que représente l’Union soviétique concernant la sécurité nationale et la paix mondiale : Gamson, William A. et Stuart, David, « Media Discourse as a Symbolic Contest : The Bomb in political cartoons », Sociological Forum, Vol. 7, no 1 (Mars, 1992), pp. 55-86.

    33  «Political Cartoon : Fritz in Nazi bomber », 1939-1946, British National Archives, Kew, Angleterre, [En ligne] http://www.nationalarchives.gov.uk/theartofwar/ill/comics/INF3_1421.htm et « Political Cartoon : Fritz is Awakened», 1939-1946, British National Archives, Kew, Angleterre, [en ligne] http://www.nationalarchives.gov.uk/theartofwar/ill/comics/INF3_1423.htm

    34  Leyda, op. cit., p. 423.

    35  «No mercy for Hitler’s bloodthirsty sharks et Smash the fascist rats relentlessly! In the air, on land and at sea».

    36  Fascist jackboots shall not tample our Motherland!.

    37  Duncan, Peter J. S., Russian Messianism : Third Rome, revolution, Communism and after, New York, Routledge, 2000, p. 60.

    38  «Blazing with fire, steel gleaming, guns a-rattle, into the furious fight our tanks do speed, When Comrade Stalin calls us forth to battle, When our first Marshal our brave men does lead!».

    39  Sebastien Roffat, Animation et propagande : Les dessins animés pendant la Deuxième Guerre mondiale, Paris, L’Harnattan, 2005, p. 186.

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