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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:32

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http://www.petitionenligne.fr/petition/groupe-de-soutien-pour-jef-duval/2278

 

 

Valenton,

le 09/03/2012

 

Coupable d'humanité Jef Duval, agent d'Erdf est menacé de licenciement.

 

Son crime, ne pas sanctionner les pauvres, refuser de participer à leur malheur.

 

Jef est un homme de cœur qui rejette l'injustice ou plutôt la justice des gens du Fouquet's, ceux là même qui arrêtent les chômeurs qui osent toucher une petite cuiller de leur précieux restaurant.

 

Erdf, enfin sa direction crie au voleur, les actionnaires engrangent les profits comme les salariés encaissent les coups.

 

Voila ce que le Président Sarkozy nomme, sans doute, une erreur, celle qui se reproduit toujours pour celles et ceux qui osent s'opposer à l'injustice de classe, de sa classe.

 

Ils ont gazé , matraqué, licencié, oui, le sarkozysme restera fidèle à ses racines jusqu'au bout et il recommenceront tant qu'ils pourront, jusqu'au dernier instant.

 

Les communistes de Valenton sont confrontés, chaque jour et chaque heure, à la fulgurante progression du chômage, de la pauvreté, de la misère.

 

Une famille valentonnaise sur 5 vit désormais sous le seuil de pauvreté et combien qui en sont proches. Nous savons où est l'injustice et qui en fait son beurre.

 

IL Y A UN SIÈCLE, Sarkozy se rendait aux Restos du Coeur de Vitry, versait sa larme, comme ils ont du bien rire au conseil d'administration d'Erdf, ses amis de toujours, ses complices de tout le temps.

 

Jef Duval n'a pas plongé une famille, certains diront des familles, dans le noir et le froid, Jef Duval aime la chaleur humaine et la partage, il est la conscience de ce qu'est un grand, un vrai service public qui, aujourd'hui, est dépecé, livré aux appétits les plus féroces.

 

Jef Duval n'a pas plongé toute une partie de Valenton dans l'obscurité comme cela a été le cas si récemment. Jef Duval n'a pas coupé les lignes dans le Nord, non c'est la chasse au profit, la casse de l'emploi, la casse du service public qui en sont responsables.

 

C'est la grève générale patronale et durable de l'investissement, la grève des actionnaires qui stoppe les trains, bloque les Rer, qui fait trembler de froid les populations.

 

Si nous les laissons faire, ils couperont l'électricité aux hôpitaux, aux écoles, ils seraient capables de couper l'électricité à une maternité pour facture impayée.

 

Jef Duval est un homme de résistance, homme généreux et militant de la cgt.

 

Il est donc des nôtres.

 

Nous serons et sommes à ses côtés.

 

Nous exigeons non seulement l'annulation de son licenciement mais bien plus, nous exigeons qu'il soit publiquement remercié pour son geste d'humanité.

 

La section du Parti Communiste Français de Valenton

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:31

arton16026-242f5.jpgLa célèbre blogueuse havanaise Yoani Sánchez est un personnage singulier dans l’univers de la dissidence cubaine. Jamais aucun opposant n’avait bénéficié d’une exposition médiatique si massive ou d’une reconnaissance internationale aussi importante en si peu de temps.

En 2004, deux ans après avoir émigré en Suisse, elle décide de revenir à Cuba. En 2007, elle intègre l’univers de l’opposition à Cuba en créant son blog Génération Y et devient une détractrice acharnée du gouvernement cubain.



Jamais aucun dissident à Cuba – et peut être dans le monde entier – n’a réussi à obtenir autant de prix internationaux en si peu de temps, avec cette caractéristique particulière : ces prix ont fourni à Yoani Sánchez suffisamment d’argent pour vivre tranquillement à Cuba pour le restant de sa vie. En effet, la blogueuse a été rétribuée à hauteur de 250 000 euros au total, c’est-à-dire l’équivalent de plus de 20 ans de salaire minimum dans un pays comme la France, cinquième puissance mondiale. Le salaire minimum mensuel à Cuba étant de 420 pesos, c’est-à-dire 18 dollars ou 14 euros, Yoani Sánchez a obtenu l’équivalent de 1 488 années de salaires minimum cubain pour son activité d’opposante.

Un câble diplomatique de la Section des Intérêts Nord-américains (SINA), classé top secret en raison de son continu sensible, révèle que Yoani Sánchez est étroitement liée à la diplomatie étasunienne à Cuba. Michel Parmly, ancien chef de la SINA à La Havane, qui se réunissait régulièrement avec Yoani Sanchez dans sa résidence diplomatique personnelle, comme le prouvent les documents officiels de la SINA, a fait part de son inquiétude au sujet de la publication des câbles diplomatiques étasuniens par Wikileaks : « Je serai très gêné si les nombreuses conversations que j’ai eues avec Yoani Sánchez étaient publiées. Elle pourrait en payer les conséquences toute sa vie. » La question qui se pose immédiatement est la suivante : pour quelle raison Yoani Sánchez serait-elle en danger si sa conduite, comme elle l’affirme, reste dans le cadre de la légalité ?

En 2009, la presse occidentale avait fortement médiatisé l’interview accordée par le président Barack Obama à Yoani Sánchez, un événement qui avait été qualifié d’exceptionnel. Sánchez affirme également qu’elle a envoyé un questionnaire similaire au président cubain Raúl Castro, des questions auxquelles ce dernier n’aurait pas daigné répondre. Cependant, les documents confidentiels de la SINA, publiés par Wikileaks, contredisent ces déclarations.

En effet, ces documents révèlent qu’en vérité c’est un fonctionnaire de la représentation diplomatique étasunienne à La Havane qui s’est chargé de rédiger les réponses aux questions de la dissidente et non le président Obama. Plus grave encore, Wikileaks a révélé que Sánchez, contrairement à ses affirmations, n’a jamais envoyé un tel questionnaire à Raúl Castro. Le chef de la SINA, Jonathan D. Farrar, a confirmé ce fait dans un courrier envoyé au Département d’Etat : « Elle n’attendait pas de réponse, puisqu’elle a avoué qu’elle ne les [les questions] avait jamais envoyées au président cubain »

Le compte Twitter de Yoani Sánchez

En plus du site Internet Génération Y, Yoani Sánchez dispose aussi d’un compte Twitter qui affiche plus de 214 000 abonnés (au 12 février 2012). Seuls 32 d’entre eux résident à Cuba. Pour sa part, la dissidente cubaine suit plus de 80 000 personnes. Sur son profil, Sánchez se présente de la manière suivante : « Bloggueuse, je réside à La Havane, et je raconte ma réalité en morceaux de 140 caractères. Je twitte via sms sans accès à internet. »

Cependant, la version de Yoani Sánchez est dure à croire. En effet, il est absolument impossible de suivre plus de 80 000 personnes uniquement par sms ou en se connectant une fois par semaine dans un hôtel. Un accès quotidien à la toile est pour cela indispensable.

La popularité sur le réseau social Twitter dépend du nombre d’abonnés. La visibilité d’un compte est d’autant plus grande que les abonnés sont nombreux. De la même manière, il existe une forte corrélation entre la visibilité d’un compte et le nombre de personnes suivies par celui-ci. La technique qui consiste à suivre de nombreux comptes est fréquemment utilisée à des fins commerciales, elle est aussi employée par les hommes politiques pendant les campagnes électorales.

Le site www.followerwonk.com permet d’analyser le profil des abonnés de n’importe quel membre de la communauté Twitter. Dans le cas de Yoani Sánchez, cette étude est révélatrice pour diverses raisons. L’analyse des données du compte Twitter de la blogueuse cubaine, réalisée par ce site, révèle une activité impressionnante du compte de Yoani Sánchez à partir de 2010. Ainsi, à partir de juin 2010, Sánchez s’est abonnée à plus de 200 comptes Twitter chaque jour, avec des pics à 700 par jour. A moins de passer jour et nuit sur Twitter – ce qui est très peu probable – il est impossible de s’abonner à autant de comptes en si peu de temps. Cette activité semble donc être le fait d’un robot informatique.

Aussi, il s’est avéré que près de 50 000 abonnés à Sánchez sont en réalité des comptes fantômes ou inactifs, qui donnent l’impression que la blogueuse cubaine jouit d’une grande popularité sur les réseaux sociaux. Sur les 214 063 profils du compte @yoanisanchez, 27 012 n’ont pas de photo, et 20 000 ont les caractéristiques de comptes fantômes et sont inactifs sur le réseau (de zéro à trois messages envoyés depuis la création du compte).

Parmi les comptes fantômes abonnés à Yoani Sánchez sur Twitter, 3 363 n’ont aucun abonné et 2 897 ne sont abonnés qu’au compte de la blogueuse, ou à un ou deux comptes. De plus, certains comptes présentent des caractéristiques plutôt étranges : ces comptes n’ont aucun abonné, ne sont abonnés qu’à Yoani Sänchez et ont envoyé plus de 2 000 messages.

Cette opération visant à créer une popularité fictive via Twitter est impossible à réaliser sans accès à Internet. Elle demande un appui technologique ainsi qu’un budget important. Dans un article nommé « Popularité fictive, la nouvelle stratégie des hommes politiques sur Twitter », le quotidien La Jornada livre les résultats d’une enquête sur les opérations médiatiques des candidats à la présidentielle mexicaine. L’article révèle que de nombreuses entreprises des Etats-Unis, d’Asie et d’Amérique Latine offrent ce service de popularité fictive à des tarifs élevés. « Pour une armée de 25 000 abonnés fictifs sur Twitter – indique le journal – l’on paye jusqu’à 2 000 dollars et pour 500 profils gérés par 50 personnes il faut payer entre 12 000 et 15 000 dollars ».

Yoani Sánchez envoie une moyenne de 9,3 messages par jour. En 2011, la blogueuse a publié une moyenne de 400 messages par mois. Le prix d’un message à Cuba est d’un peso convertible (CUC), ce qui représente un total de 400 CUC mensuels. Le salaire minimum à Cuba est de 420 pesos cubains, c’est-à-dire environ 16 CUC. Chaque mois, Yoani Sánchez dépense l’équivalent de deux ans de salaires minimum à Cuba. Ainsi, la blogueuse dépense à Cuba une somme qui correspondrait en France à 25 000 euros mensuels sur Twitter, c’est-à-dire 300 000 euros annuels. D’où proviennent les fonds nécessaires à ces activités ?

D’autres questions se posent inévitablement. Comment Yoani Sánchez peut-elle suivre plus de 80 000 comptes sans un accès permanent à Internet ? Comment a-t-elle pu s’abonner à près de 200 comptes différents chaque jour en moyenne depuis juin 2010, avec des pics à 700 comptes ? Combien de personnes suivent réellement les activités de l’opposante cubaine sur le réseau social ? Qui finance la création de comptes fictifs ? Avec quel objectif ? Quels intérêts se cachent derrière le personnage de Yoani Sanchez ?

Salim Lamrani.

 


Source : Radio Havane Cuba

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:23

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http://blog.mondediplo.net/2012-03-07-Fukushima-et-les-chiens-de-garde-du-nucleaire

 

 

 

Les médias japonais en accusation

Fukushima et les chiens de garde du nucléaire

par Yûki Takahata

Le 11-mars sera commémoré par une minute de silence. Ce sera peut-être pour nombre de Japonais l’occasion de se rappeler que la catastrophe nucléaire de Fukushima qui débuta un an plus tôt a prospéré sur le silence des autorités, relayé par une presse bien complaisante à l’égard des informations reçues (lire l’écrivain Ikezawa Natsuki, « La catastrophe comme occasion », Le Monde diplomatique de mars, en kiosques).

La grande presse (télévisions et principaux journaux) s’est en effet réveillée tardivement. Ce n’est qu’à partir du mois d’avril que certains médias, notamment les quotidiens Tokyo Shinbun (560 000 exemplaires) et Mainichi Shinbun (3,5 millions d’exemplaires) ont commencé à enquêter sur les mesures prises par Tokyo Electric Power Company (Tepco), l’opérateur de Fukushima Daiichi, et par les autorités japonaises, ou à s’interroger sur la politique nucléaire du pays. Le deuxième grand quotidien japonais, Asahi Shinbun (7,9 millions d’exemplaires), n’a publié qu’à l’automne une série d’enquêtes soulignant les multiples dysfonctionnements et dissimulations qui ont conduit à la prise de mesures inadéquates (dysfonctionnements confirmés par le rapport intermédiaire du comité d’enquête sur l’accident de Fukushima, rendu public le 26 décembre).

On sait désormais que les informations officielles communiquées par Tepco et les autorités japonaises suite au séisme et au tsunami étaient non seulement insuffisantes mais minimisaient systématiquement la gravité de l’accident et de la contamination radioactive : n’a t-il pas fallu plus de deux mois à Tepco pour reconnaître que c’était bien dans les premiers jours que le cœur du combustible des trois réacteurs avait fondu (melt down) ? N’a t-on pas appris que le Système informatisé de prévision des informations d’urgences environnementales (SPEEDI, en anglais) qui prévoit la diffusion des radionucléides dans l’atmosphère, n’a pas servi à la protection des populations ? Les habitants des villes de Futaba et de Namié, par exemple, ont été évacués vers le nord-ouest sans être informés que le vent dispersait les rejets radioactifs dans cette direction, ce que la simulation montrait ? Les résultats de celle-ci, pourtant obtenus dès les premières heures de l’accident, n’ont été publiés qu’à partir du 3 mai [1].

Chantage à la publicité ?

Plus grave encore, les grands médias japonais ont systématiquement relayé, sans analyse critique de la situation, les déclarations des porte-paroles de Tepco et du gouvernement. Cette atonie peut d’abord s’expliquer par le budget publicitaire colossal que Tepco distribue copieusement à chacun d’eux : 25 milliards de yens par an (230 millions d’euros) selon les chiffres officiels. Si l’on prend celui des dix compagnies électriques japonaises, on dépasse le milliard d’euros, plus que le budget publicitaire de Toyota. A cette pression sonnante et trébuchante s’ajoute un système traditionnel spécifiquement japonais appelé kisha club (club des journalistes), où la proximité excessive entre les journalistes et les organismes ou compagnies qu’ils sont chargés de « suivre » engendre de la connivence.

De plus, au Japon, les télévisions, les radios et la presse écrite sont souvent affiliés aux grands groupes de communication et il n’existe pas d’organe de régulation audiovisuelle ni de commission indépendante. Un exemple significatif : celui du PDG du plus grand quotidien japonais, Yomiuri Shinbun (9,9 millions d’exemplaires), M. Matsutarô Shôriki, qui fut l’artisan majeur de l’introduction du nucléaire civil au Japon : la chaîne Nippon Television (NTV), qu’il venait de créer, fut utilisée pour la campagne pro-nucléaire de 1955. Ancien haut fonctionnaire de la police et criminel de guerre de classe A, il fut le premier président de la Commission japonaise de la sûreté nucléaire en 1956. Après l’accident de Fukushima, Yomiuri Shinbun persiste et signe son engagement pro-nucléaire.

Seuls des journalistes japonais travaillant hors de ces circuits médiatiques (et quelques correspondants étrangers) ont permis de mettre en doute l’information diffusée par les autorités en se rendant immédiatement aux abords de la centrale pour mesurer la radioactivité et en poursuivant les enquêtes alors que les principaux organes d’information avaient rappelé leurs journalistes. De même, lors des conférences de presse de Tepco et des autorités, ils savaient poser des questions dérangeantes retransmises en direct sur Internet par un media indépendant (Web Iwakami)  [2].

Le rôle du Web a donc été capital. Dès le 12 mars, quelques scientifiques et ingénieurs ont alerté la population en présentant leurs propres analyses sur les dangers réels de la situation. Ces initiatives, diffusées sur leurs sites par des associations antinucléaires, ou au travers de blogs et de forums, ont rendu possible l’accès à des informations décrivant la gravité de la catastrophe en cours, pendant que les chaînes de télévision et les grands quotidiens, focalisés sur les seuls effets du tsunami, diffusaient uniquement les propos lénifiants des autorités et de leurs scientifiques « maison »  [3]. On pouvait lire ou entendre que la radioactivité « n’entraînerait pas de conséquences immédiates sur la santé » ou encore que telle « mesure de sécurité [ était prise] par précaution ». Des expressions emblématiques de ce déni.

La plus grande manifestation antinucléaire

La prise de conscience des citoyens s’est faite à travers les échanges sur les réseaux sociaux, à l’image des révoltes du monde arabe. Cependant, l’indignation des Japonais est restée cantonnée à la sphère d’Internet malgré des initiatives exceptionnelles, et notamment la manifestation du 19 septembre 2011 à laquelle participa l’écrivain Ōe Kenzaburō [4], et qui rassembla 60 000 personnes — un fait remarquable pour une population qui n’a pas l’habitude de manifester. Cependant, la majorité des Japonais ignorent l’existence d’un grand nombre d’actions citoyennes à travers lesquelles des militants continuent ici et là à informer par des conférences de spécialistes, à réclamer la sortie du nucléaire et une politique de transition énergétique, ou à appeler à la protection des habitants contraints de rester dans les zones hautement contaminées. C’est le cas, par exemple, du sit-in organisé fin octobre devant le ministère de l’économie et de l’industrie, à l’initiative de femmes résidant dans la Préfecture de Fukushima, et dont seuls les quotidiens Tokyo Shinbun et Mainichi Shinbun se sont faits l’écho ; aucune chaîne de télévision n’en a montré la moindre image. La vigie devant ce ministère emblématique a débuté le 11 septembre 2011 : avec leurs trois tentes plantées au cœur du quartier ministériel, c’est dans l’esprit du mouvement Occupy que des militants et des citoyens japonais essaient de créer un espace de contestation et d’échanges démocratiques.

Peut-on y voir le début d’une fissure dans le consensus prôné pour faire face au plus grand désastre national depuis la défaite de 1945 ? Rien n’est moins sûr tant les vieux réflexes ont la vie dure. Et pour tous les grands médias, malgré quelques dissidences, la règle reste la même : caresser dans le sens du poil, ne pas susciter de polémique ni déplaire aux clients que sont les lecteurs-consommateurs et le monde économique, encore et toujours rassurer et, surtout, ne pas poser les questions qui dérangent. Ainsi, les propos des scientifiques ou des médecins critiquant les mesures gouvernementales sont rarement cités (alors que leurs livres se vendent pourtant comme des petits pains). La télévision montrera des scènes de décontamination, mais jamais celles où des habitants réclament un dédommagement pour pouvoir partir ailleurs.

La catastrophe nucléaire est désormais un sujet parmi d’autres, et pas question de trop en dire sur la responsabilité de Tepco ou les mesures gouvernementales qui ont enfreint la loi sur le seuil d’irradiation non naturelle. La déclaration stupéfiante, le 16 décembre 2011, du gouvernement japonais proclamant « l’arrêt à froid » des réacteurs de Fukushima a certes suscité quelques critiques, mais les grands médias semblent plutôt vouloir privilégier une attitude aseptisée et policée, loin de l’angoisse, de la révolte et du désarroi d’une population plus que jamais préoccupée par la menace d’une contamination radioactive en expansion.

On peut dire que ces grands médias ont participé à l’écriture du scénario inventé par Tepco et les autorités japonaises, qui veulent à tout prix nier la réalité afin de préserver leur pouvoir et leurs intérêts. En persistant à couvrir ce déni, c’est son rôle de contre-pouvoir que la grande presse sacrifie et avec lui les conditions d’existence d’une démocratie saine. A rebours de leur gouvernement qui affirme sa volonté de continuer le nucléaire, 85 % des Japonais désireraient en sortir [5]. Que choisiront de faire ces grands médias au milieu d’un pareil grand écart ? Et les nouveaux médias citoyens réussiront-ils à avoir enfin prise sur la société pour faire bouger les lignes ?

Yûki Takahata est traductrice et auteure de plusieurs ouvrages sur la société française en japonais. Dernier ouvrage traduit en japonais : Yannick Haenel, Jan Karski.

Notes

[1] Sauf le 23 mars 2011, où le pouvoir a mis en ligne le résultat, aussitôt retiré du site. Rien ne sera plus publié jusqu’au 3 mai (cf. l’enquête publiée par le New York Times, « Japan Held Nuclear Data, Leaving Evacuees in Peril », 8 août 2011). L’agence de presse japonaise Kyodo News a révélé le 16 janvier que les résultats de la simulation étaient communiquées dès le 14 mars à l’armée et aux autorités américaines.

[2] Un journaliste indépendant, Kazuo Hizumi (rédacteur en chef du site d’information News for the People in Japan) vient de publier, en collaboration avec un autre journaliste indépendant, Ryuichi Kino, un livre sur la dissimulation et le mensonge de Tepco et des autorités japonaises intitulé Vérification : l’accident nucléaire de Fukushima — La conférence de presse (en japonais) aux éditions Iwanami shoten.

[3] A de rares exceptions près, notamment l’émission de radio locale d’Osaka « Tanemaki Journal », qui questionne tous les jours un physicien nucléaire et un théoricien anti-nucléaire, M. Hiroaki Koidé, dont les propos sont retransmis sur Internet (en japonais).

[4] Le prix Nobel de littérature, Kenzaburo Oé sera présent au salon du livre de Paris, du 16 au 19 mars, qui rend hommage à la littérature japonaise.

[5] Sondage effectué les 20-21 août par le quotidien Mainichi Shinbun : « sortie immédiate » à 11 %, « sortie progressive » à 74 %, « pas besoin de diminuer la part d’énergie nucléaire » à 13 %.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:20

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http://www.bastamag.net/article2185.html

 

 

Explosion du chômage, saignée dans l’éducation, salaires impayés, privatisations généralisées, élections reportées : les Grecs s’installent dans l’austérité imposée par la technocratie européenne au profit du secteur bancaire. Si la contestation ne faiblit pas, une alternative politique peine à émerger du fait de la division de la gauche. Basta ! est allé à la rencontre d’acteurs de la résistance.

« On ne se bat pas seulement contre les mesures d’austérité imposées par l’Union européenne. C’est devenu une bataille pour la liberté et la démocratie », affirme Alexandros Frantzis. Ce biologiste fait partie des Indignés athéniens. Comme beaucoup de Grecs, il est révolté par les mesures imposées par la « troïka » (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI) pour l’octroi de son nouveau plan de sauvetage, validé le 21 février. Parmi les multiples exigences : la création d’un compte budgétaire bloqué consacré au remboursement de la dette et au paiement des intérêts, et l’inscription dans la Constitution grecque, dans les deux mois à venir, de la priorité donnée au service de la dette. Un engagement de la Grèce à payer les créanciers étrangers avant toute dépense nationale.

Pour Alexandros, ce plan constitue un inadmissible abandon de souveraineté : « La Grèce ne contrôle définitivement plus son budget. » Et les élections, sans cesse repoussées ? « Les élections, on a arrêté ! C’est mauvais pour l’économie », ironise sa camarade Sissi. La troïka a déjà exigé la signature des deux partis au pouvoir – Pasok (socialistes) et Nouvelle Démocratie (conservateurs) – invités faire appliquer sans condition les mesures validées par le nouveau plan en cas de victoire aux prochaines élections. Des élections très démocratiques, donc, puisque le programme – soufflé, voire imposé par des institutions européennes et internationales – ne peut varier d’une ligne. Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, avait d’ailleurs proposé de reporter les élections grecques (prévues en avril) pour mettre en place un gouvernement de techniciens. Jusqu’à l’ancien Premier ministre français Michel Rocard, qui se demande comment maintenir des élections dans un tel contexte : « Personne ne le dit, mais il ne peut y avoir d’issue en Grèce qu’avec un pouvoir militaire »

Le fisc allemand s’installe en Grèce

Autant de déclarations qui attisent la colère des Grecs, déjà échaudés par les déclarations suggérant une « mise sous tutelle ». Des manifestants athéniens ont brulé un drapeau allemand, et des journaux ont publié des caricatures d’Angela Merkel en uniforme nazi. Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, a déclaré le 29 février qu’il souhaitait la création d’un commissaire européen délégué à la « reconstruction de la Grèce », pour superviser la gestion du pays. La proposition de la Commission européenne d’envoyer des dizaines d’inspecteurs permanents à Athènes ne devrait pas apaiser les tensions. Le ministre des Finances allemand a annoncé la semaine dernière que plus de 160 contrôleurs des impôts se sont déjà portés candidats pour un séjour en Grèce, afin d’aider à rendre plus efficace la collecte des impôts.

Sans compter que ce deuxième plan de « sauvetage » marque une étape supplémentaire dans la perte de souveraineté de la Grèce : les nouvelles obligations grecques émises sur le marché sont régies par le droit britannique et non grec, comme c’était le cas du premier plan de 2010. Conséquence : l’arbitrage des conflits entre l’État grec et ses créanciers privés se fera au Luxembourg. Les créanciers pourront saisir les biens grecs et sont protégés en cas de future restructuration de la dette grecque.

Écoles fermées, bibliothèques abandonnées...

La nouvelle aide européenne est accordée en échange de mesures d’austérité renforcée. Objectif : 3,2 milliards d’euros d’économies en 2012. Un plan quasiment inapplicable avec des moyens de plus en plus réduits, comme la réforme fiscale à mettre en œuvre d’ici à juin. Ministres et Parlement enchaînent ces dernières semaines les réunions pour valider point par point les éléments du mémorandum négocié entre la Grèce et la troïka. Le 12 février, le Parlement a entériné la baisse de 22% du salaire minimum, qui passe de 740 à 590 euros (470 euros net /mois), et de 32 % pour les jeunes de moins de 25 ans (moins de 400 euros net/mois). Les retraites de plus de 1 000 euros ont été réduites de 20 %. À cela s’ajoute un milliard en moins pour les dépenses de santé, la suppression de 150 000 postes de fonctionnaires en 3 ans (sur environ 750 000), le non-remplacement de 4 fonctionnaires sur 5 [1]. Le mémorandum prévoit aussi de nombreuses privatisations, à hauteur de 15 milliards d’euros d’ici à 2015, avec la vente des participations publiques dans les compagnies gazière (Depa) et pétrolière (Helpe), la compagnie des eaux (Eydap-Eyath) et des Jeux (Opap). Un nouvel eldorado s’ouvre à l’oligarchie financière !

Dans l’éducation, c’est la saignée : de 2009 à 2015, les dépenses publiques vont diminuer de près de 1,5 milliards d’euros selon les syndicats. Entre 2010 et 2011, les effectifs d’enseignants ont déjà diminué de 10 % [2], selon le syndicat des enseignants du secondaire (OLME). Plus de 1 000 écoles primaires et secondaires sont fermées définitivement, soit une sur 13. Le ministère de l’Éducation prévoit la fermeture de 800 bibliothèques scolaires. Leur mise en place a pourtant été cofinancée par les programmes européens, soulignent les syndicats enseignants… Les arts ou l’éducation civique, jugées non prioritaires, ne seront plus enseignées au lycée. « Comme le gouvernement a doublé le prix du fioul, il est certain que les établissements ne pourront pas se permettre de se chauffer tout l’hiver », ajoute Themis Kotsifakis, secrétaire général du syndicat Olme. Les écoles ont commencé l’année sans livres scolaires après que le gouvernement a fermé l’institut qui les publie. « Les restrictions financières ont créé un chaos sans précédent, les photocopies sont le principal matériel pédagogique », dénonce le syndicat.

Une hausse de 50 % du chômage

La longue liste des mesures demandées par la troïka (350 pages) ne semble plus répondre à aucune logique. Le Parlement a voté la semaine dernière la suppression de l’Organisme du logement ouvrier (OEK, qui finance des logements sociaux) et d’un organisme de prestations sociales (OEE), qui emploient 1 400 salariés. Des structures indépendantes qui ne pèsent pourtant pas dans les comptes de l’État. Objectif affiché : diminuer de 1 % les cotisations patronales, prélevées pour financer ces protections sociales. Mais, surtout, effacer l’ardoise de 3 milliards d’euros de dette de la Sécurité sociale vis-à-vis de ces organismes. Un hold-up sur des cotisations payées par les salariés, estiment les responsables. « Et qui va administrer tous les bâtiments que possède notre organisme en Grèce ? », s’interroge Evi Kalia, responsable d’OEK, lors d’une rencontre avec une délégation européenne composée de représentants d’Attac, de la FSU, d’Aitec et de l’Union syndicale Solidaires. « Le gouvernement veut mettre la main sur les terrains, les magasins, les logements libres que nous possédons. »

Conséquences de la crise et des mesures d’austérité : le chômage a atteint 20,9 % en novembre en Grèce. Soit plus d’un million de chômeurs pour 11 millions d’habitants. Un jeune sur deux est actuellement au chômage. Celui-ci a augmenté de près de 50 % en un an. Et ceux qui travaillent ne sont pas certains de percevoir leur salaire. « Sur les 7 000 travailleurs du secteur des médias, 1 500 à 1 800 n’ont pas été payés depuis environ six mois », décrit Moisis Litsis, journaliste au quotidien Eleftherotypia. Les salariés y sont en grève depuis décembre, le propriétaire du journal ayant cessé de payer les salaires à partir du mois d’août.

Une opposition divisée

Grèves et manifestations se multiplient. Certains ministères sont occupés par leurs salariés, comme celui de la Santé, dont la nouvelle appellation – « ministère de la Santé et de la solidarité sociale » – résonne de manière ironique tant ce mot semble aujourd’hui vain. À part la coalition au pouvoir, plus personne ne semble croire aux effets bénéfiques du mémorandum. Une quarantaine de députés de ces deux partis ont d’ailleurs voté mi-février contre le texte. Ce qui leur a valu d’être exclus de leurs partis. Mais la recomposition du paysage politique est surtout marquée par une hausse des partis à gauche du Pasok, qui ont refusé de cautionner la politique de la troïka : Parti communiste KKE (12 à 14 % d’intentions de vote), gauche radicale Syriza (11-12 %) et Parti de la gauche démocratique (16-18 %). Mais l’union, nécessaire pour remporter des élections, semble bien difficile.

Quant aux syndicats, ils semblent en partie décrédibilisés. « La grève générale [au-delà de journées ponctuelles comme c’est déjà le cas] n’est pas réaliste, les syndicats ne s’y lanceront jamais, estime Alexandros, l’indigné. La participation serait faible car, dans le secteur privé, si vous faites grève, le lendemain vous n’avez plus de travail. Dans le secteur public, ce serait plus facile, mais les gens ne voient pas ce que ça peut changer, et ils pensent surtout qu’ils vont perdre une journée de salaire. » Reste la révolte de la rue. Dans le quartier Exarchia, un des foyers de la contestation, la police « préventive » anti-émeute est à tous les coins de rue. « Il y a quelques jours, les autorités ont dit avoir trouvé une bombe dans le métro. Nous craignons que le gouvernement ne rentre dans un nouveau jeu pour créer de nouvelles contraintes sécuritaires », souligne Sissi.

À qui profite le « plan de sauvetage » ?

Reste une question, pour tous les Grecs. Pourquoi accepter de telles mesures ? Le plan de sauvetage, promis contre toutes ces restrictions, va-t-il servir à quelque chose ? Son objectif est d’assurer que le pays ne fasse pas faillite le 20 mars, à l’échéance d’une obligation de 14,5 milliards. Le plan d’aide prévoit de nouveaux prêts publics par les partenaires de la zone Euro et le FMI, à hauteur de 130 milliards d’euros, jusque fin 2014. Et une restructuration de la dette détenue par les banques, les assurances et les fonds de pension. Ces créanciers privés détiennent 206 milliards d’euros d’obligations grecques. Ils vont s’engager sur une décote de 50 %, permettant une réduction de dette de 107 milliards d’euros [3]. À moyen terme, ces mesures doivent permettre de ramener la dette grecque à 120,5 % du PIB d’ici à 2020. Celle-ci équivaut actuellement à plus de 160 % du PIB, pour un montant de 350 milliards d’euros. Soit autant que ce qu’aura coûté toute l’assistance à la Grèce (remise de dettes, aides), à l’Union européenne, aux banques et aux institutions internationales, en moins de deux ans…

Personne ne croit plus au remède miracle. « Le mémorandum prévoit de revenir à la situation d’il y a trois ans (une dette à 120 % PIB), avec un scénario parfait, une économie en développement. Hors la récession est aujourd’hui de 7 %, souligne Natasha Theodorakopoulou, membre de Syriza et responsable du Parti de la gauche européenne. Même avec ce mémorandum, ils se rendent compte que l’objectif n’est pas atteignable. Wolfgang Schäuble (ministre des Finances allemand) n’exclut déjà plus un troisième plan de sauvetage, dans trois ans. » Surtout, les Grecs risquent de ne pas voir la couleur de cette aide, qui servira surtout à recapitaliser les banques et à payer les créanciers privés. Ou comment transformer une dette privée (celle des créanciers grecs, des banques françaises, des fonds de pension…) en dette publique (le prêt de 130 milliards des pays de la zone euro et du FMI).

Les banques avant la démocratie

Le 29 février, le Banque centrale européenne a distribué 530 milliards d’euros de prêts à 1 % sur trois ans à 800 établissements bancaires. De l’argent quasiment gratuit, qui vient s’ajouter aux 489 milliards d’euros accordés par la BCE aux mêmes conditions. Soit 1 000 milliards d’euros, des tonnes de liquidités injectées dans le système financier, en moins de trois mois. Mario Draghi, le président de la BCE et ancien de la banque Goldman Sachs (responsable du maquillage des comptes grecs lors de l’entrée du pays de la zone euro en 2001), a garanti que le nom des emprunteurs resterait confidentiel, pour ne pas ternir leur réputation… Pendant que la Grèce subit les exigences sans cesse accrue des financiers de l’UE et la pression de ses créanciers, les banques empochent de l’argent frais à 1 %. Et le gouvernement du Premier ministre grec, Lucas Papademos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne, continue la saignée. Selon le journaliste Marc Roche [4], Lucas Papademos « a joué un rôle non élucidé dans l’opération de maquillage des comptes publics perpétré avec l’aide de Goldman Sachs ».

« Chers concitoyens européens. Nous sommes citoyens de ce pays, citoyens de l’Union européenne. Exactement comme vous. Nous sommes des êtres humains, pas des nombres. Personne ne peut nous sauver en nous détruisant », écrivent les salariés de l’OEE, l’un des organismes de prestations sociales qu’une loi du Parlement grec vient de supprimer. Seront-ils entendus ?

 

Agnès Rousseaux

Photo : CC John Kolesidis

Notes

[1] Selon le principal syndicat enseignant grec (Olme), la fonction publique représente entre 16% et 17% de l’emploi en Grèce. Les comparaisons sont difficiles entre pays car les statuts, entre fonctionnaires d’État, de collectivités locales ou d’entreprises publiques, et les secteurs concernés varient. En France, les trois fonctions publiques (d’État, hospitalière et territoriale) représente 20% de l’emploi.

[2] 3 400 recrutements et 17 500 départs sur un total de 160 000 enseignants. Source : OLME.

[3] Cet échange de dette, appelé PSI – « private sector involvment » – a été compliqué par la présence de hedge funds qui ont tout intérêt à ce que la Grèce fasse défaut pour pouvoir encaisser les « Credit Default Swap » (CDS, des assurances en cas de défaut de paiement) sur les obligations grecques.

[4] Journaliste au Monde, auteur de Capitalisme hors-la-loi.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:12

pas-de-mutuelle.jpgPar Sabine Ferrand-Nagel


Dans un contexte marqué par une croissance continue des dépenses de santé, les gouvernements successifs ont depuis dix ans décidé de contenir le déficit de la Sécurité sociale en partant d’un postulat : il serait impossible d’augmenter les prélèvements sociaux (les recettes du système), autrement la seule voie possible serait d’en diminuer les dépenses. La maîtrise des dépenses de santé elles-mêmes ayant montré ses limites, l’option la plus simple a été retenue : faire reculer la part des dépenses de santé prise en charge par la Sécurité sociale. Ainsi, de 2005 à 2010, la part de la Sécurité sociale est passée de 76,8% de la dépense de soins et de biens médicaux à 75,8. Rien de bien alarmant, à première vue. Mais si l’on prend un peu plus de recul, on constate que cette part était à 77,1% en 2000, et même auparavant à 80% jusqu’aux années 1980. Le recul, pour être lent, est bien réel.

Les comptes de la santé montrent clairement les deux conséquences de ce mouvement : la part des dépenses financée par les organismes complémentaires augmente, de même que celle relevant directement des ménages, le « reste à charge ». Ces derniers mois, la presse s’est à plusieurs reprises fait l’écho de ces mouvements, observant à la fois une forte hausse du tarif des mutuelles en contrepartie des frais croissants qu’elles prennent en charge[1], et une hausse inquiétante des restes à charge et surtout des renoncements aux soins qui en résultent (par exemple, Le Parisien, 7 février 2012). Le renoncement aux soins est un sujet en soi, que nous traiterons dans un post à venir. Concentrons-nous ici sur le transfert de la Sécurité sociale aux mutuelles, ce dernier terme étant d’ailleurs une généralisation un peu abusive puisqu’en réalité il s’agit des « complémentaires santé », qui comprennent des organismes mutualistes, des institutions de prévoyance paritaires relevant d’accords d’entreprise et d’autres qui sont de statut lucratif, les assurances privées.

Il faut, pour être exact, d’abord préciser que les rôles respectifs de ces complémentaires et de la Sécurité sociale varient profondément selon le type de soins : si 90% des dépenses hospitalières restent financées par la Sécurité sociale, ou même 100% des ALD (affections de longue durée), la couverture est nettement plus faible pour les soins de ville (63%) et les médicaments (65%), et les chiffres baissent plus encore si l’on exclut les ALD suivies en ville (à peine plus de 50% hors ALD). Sur ce secteur, les complémentaires interviennent de plus en plus sur les soins (22%) en prenant en charge une partie des dépassements d’honoraires, mais reculent pour les médicaments (16%) en raison des déremboursements. Ce basculement vers les complémentaires  oblige ces dernières à choisir entre deux voies : réduire leur prise en charge de ces dépenses (d’où la hausse du reste à charge) ou augmenter leurs primes d’assurance, au risque que tous les ménages ne puissent pas suivre. La solidarité se concentre de plus en plus sur les soins les plus lourds et les plus couteux.

Il faut également ajouter que bien que la proportion de personnes couvertes par une complémentaire santé ait augmenté sensiblement entre 1980 et 2008 (de 69 à 94% de la population), près de 4 millions de personnes (en 2008) restent aujourd’hui sans protection complémentaire, largement pour un motif financier (revenu insuffisant).

Ces constats doivent amener à s’interroger sur les enjeux, qui comme d’habitude en France, sont très peu explicités. Décryptage.

-          Contrairement au mythe libéral, augmenter le reste à charge ou basculer le financement vers les complémentaires ne réduit pas les dépenses de santé, ou si peu. Seuls les ménages aux revenus les plus modestes limitent leur accès aux soins, retardent des traitements, renoncent aux soins. Pas les autres, qui se contentent de mettre plus la main au portefeuille. Ceci rejoint un constat très ancien chez les économistes de la santé : il n’existe pas d’effet prix en santé (techniquement, l’élasticité-prix est nulle), donc augmenter le prix payé par le consommateur de soins ne réduit pas sa demande[2]. Il faut rappeler que le cas américain prouve que l’absence de prise en charge collective des dépenses et des prix élevés n’empêchent pas que ce pays ait, et de très loin, la plus forte dépense de santé par habitant. Dit autrement, plus cher et moins solidaire ne rime pas avec moins de dépenses !

-          Le transfert de financement de la Sécurité sociale vers les mutuelles et assurances privées n’a pas véritablement d’impact macroéconomique (pas d’effet sur le montant global des dépenses). Son seul effet est de modifier les financeurs : moins de financement collectif solidaire, plus de financement privé. On peut même ajouter que pour l’assuré social, le gain réalisé en n’augmentant pas les taux de cotisations sociales est plus que compensé par le prix croissant des assurances complémentaires. C’est un échange cotisation obligatoire/prime facultative, mais la dépense est bien là.

Qu’y a-t-il véritablement derrière ce basculement de la couverture socialisée vers le privé ?

Les citoyens français sont sans doute peu sensibilisés à ce débat, parce qu’ils sont très attachés à « leurs » mutuelles. C’est historique, largement dû au fait qu’avant la création de la Sécurité sociale  et pendant des décennies ce sont les mutuelles (ou leurs ancêtres les Sociétés de Secours Mutuels) qui les ont -partiellement- protégés, souvent en lien avec leur entreprise ou leur secteur professionnel. Ces organismes sont indissociables de l’histoire des cheminots, des mineurs, des fonctionnaires, etc. En outre, dans un pays qui a souvent lutté contre la toute-puissance tant de l’Etat que du marché, les mutuelles sont nombreuses et diverses, donc elles offrent un choix quand la Sécurité sociale est obligatoire.

Pourtant, une mutuelle ou « la sécu », ce n’est pas la même chose ! La Sécurité sociale permet une double solidarité, verticale (entre hauts et bas salaires, les premiers, à taux de cotisation égal, finançant plus de par leur plus gros salaire), et horizontale (entre malades et bien-portants). Pas les complémentaires : au mieux les primes sont uniformes (encore que selon la taille de la famille), au pire et le plus souvent elles sont proportionnelles à l’âge, premier facteur de dépense de santé. De plus en plus, les complémentaires segmentent leur offre par type de patient. Par conséquent, de plus en plus la solidarité recule. Elle recule d’autant plus que ces complémentaires s’adaptent aux différents niveaux de revenus des ménages en proposant des contrats hétérogènes, permettant d’offrir différents niveaux de primes. Les ménages qui le peuvent choisissent des contrats « tous risques » hauts de gamme, couvrant aussi bien les dépassements d’honoraires, la chambre simple et le forfait hospitalier, mais aussi les lunettes et prothèses dentaires couteuses ou même les soins non pris en charge par la Sécu (ostéopathie par exemple). Les autres se contentent de contrats de base ne couvrant que les soins les plus lourds. Ce transfert vers les complémentaires s’accompagne donc très clairement d’une hausse des inégalités d’accès. Ce transfert est tout sauf neutre. Il devrait faire l’objet d’un débat public.

En outre, parmi les complémentaires on trouve deux familles d’acteurs qu’il faut distinguer. Les mutuelles et les institutions de prévoyance appartiennent au secteur non lucratif. Bien qu’elles se positionnent aujourd’hui souvent en défenseurs des patients et de l’accès aux soins, il faut rappeler qu’elles ont aussi cherché par le passé à obtenir une place plus importante dans le système, voire ont fait partie de ceux qui ont tenté d’empêcher ou de limiter l’avènement d’une Sécurité sociale gérée par l’Etat. Leur rôle est plus ambigu qu’elles ne veulent bien le dire. A leurs côtés, les assurances privées lucratives prennent une place croissante dans le système français. De fait, pendant que les mutuelles passaient de 7,7 à 7,5% du financement de la dépense de santé de 2000 à 2010 et que les institutions de prévoyance restaient à peu près stationnaires (de 2,4 à 2,5%), ces assurances privées passaient de 2,7 à 3,6% : ce sont les principales bénéficiaires du transfert, et non les mutuelles dont on comprend mieux la colère. Dans cet univers lucratif, de gros groupes, liés ou non aux entreprises financières, guettent un marché potentiel attractif et prometteur puisque personne n’imagine que les dépenses de santé baissent dans les décennies à venir, bien au contraire. Inutile de préciser qu’en termes de recul de la solidarité et de hausse des inégalités, le phénomène est amplifié par ce basculement de la Sécurité sociale vers ces assurances privées lucratives. La privatisation rampante, par petite touche, se situe là, si ce mouvement n’est pas stoppé dans les années à venir.

Finalement, alors que la création, progressive et difficile en France, d’un système de couverture sociale des dépenses de santé avait permis la « dé-privatisation » de la santé », on constate plutôt aujourd’hui un mouvement contraire inquiétant. Depuis les prémices de la Sécurité sociale, l’idée dominante avait été qu’il fallait sortir la santé de la sphère privée individuelle (la santé ne concerne que chaque individu, responsable à la fois de la survenue des maladies et de leur guérison) pour la faire passer dans la sphère collective : la santé est un bien public, les progrès d’état de santé bénéficient à la collectivité (y compris les employeurs), et ses atteintes, qui sont en partie le produit de la collectivité (amiante, épidémies, etc), pénalisent tout le monde. D’où le recours à des mécanismes d’assurance sociale pour couvrir des « risques » largement aléatoires. Or, le recul de la solidarité auquel on assiste aboutit, par le transfert vers des couvertures complémentaires privées et facultatives et l’appel à la responsabilisation individuelle, à « re-privatiser » la santé.

A quel moment ce changement de système a-t-il été proposé aux français et discuté ? Jamais. Une période de campagne présidentielle comme celle de ce printemps 2012 est sans aucun doute le moment d’en débattre. A défaut, le mouvement rampant, insidieux mais réel, se poursuivra.


[1] En plus du doublement de la taxe sur les mutuelles décidé début 2012.[2] On peut avoir l’impression qu’un effet-prix joue pour les ménages aux plus bas revenu qui, eux, réduisent leur consommation. Mais c’est plutôt un effet revenu, qui les contraint à réduire leurs dépenses de santé.

 

 

 

http://alternatives-economiques.fr/blogs/sante/2012/03/09/financer-la-secu-solidarite-ou-chacun-pour-soi-des-dangers-de-la-re-privatisation-des-depenses-de-sante-2/

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:03

all.pngTout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le nouveau traité... Traduction maison de l’excellent article du Corporate Europe Observatory, « Automatic austerity », qui revient sur 10 éléments importants concernant le Pacte budgétaire.

8 mars

Le 1er mars 2012, 25 chefs d’État et de gouvernements ont signé un nouveau traité [1], qui devrait entrer en vigueur au début de l’année 2013.

Ce Pacte budgétaire a été conçu dans l’urgence, et sous de très mauvais auspices : ses promoteurs avaient initialement prévu de l’adopter sous forme de modification des traités existants, mais le véto de la Grande-Bretagne, lors du Conseil européen du 9 décembre, les a obligés à créer un nouveau Traité ad hoc. Cette procédure permettait en outre une adoption plus « souple » et « simple », c’est-à-dire qu’elle garantissait moins d’« interférences » liées à tout débat public et démocratique, en adoptant un traité de l’Union européenne qui n’en était pas vraiment un.

Ce Pacte budgétaire a pour vocation à obliger les États signataires à appliquer des politiques budgétaires très strictes via un renforcement des règles et contrôles. Entre autres, les dénommés « déficits structurels » devront rester sous la limite de 0,5% du PIB. Si l’adoption du nouveau traité a été chaudement applaudie par le monde des affaires, et notamment la fédération patronale européenne BusinessEurope, elle a été dénoncée de manière univoque par les syndicats, et pour la première fois de son histoire, la Confédération européenne des syndicats (CES) s’est opposée à un traité européen.

Pourquoi maintenant ?

« Ce Traité rassure peut-être les amis politiques de la Chancelière Merkel, mais sûrement pas les millions de chômeurs, de travailleurs pauvres et précaires en Europe, qui attendent en vain un véritable soutien de la part des institutions européennes. C’est pourquoi nous y sommes opposés » a expliqué Bernadette Ségol, secrétaire générale de la CES [2].

La plupart des commentateurs et analystes s’accordent pour dire que ce traité ne va pas changer le cours de la crise de l’euro, et il n’a pas vocation à le faire. Il vise davantage à orienter les politiques économiques futures de l’Union européenne, ainsi qu’à donner des gages à l’électorat allemand. La Chancelière Angela Merkel a ainsi souhaité exprimer sa fermeté à l’égard des pays surendettés, et montrer que le co-financement du Mécanisme européen de stabilité (MES) sera assorti de strictes conditionnalités – de plans d’austérité drastiques – pour les Etats membres qui souhaiteraient en bénéficier.

Trois nouveautés

Une analyse rapide du nouveau traité peut donner l’impression qu’il s’agit tout au plus d’un ensemble de nouvelles règles et de mécanismes. Ce texte est en effet rempli de dispositifs qui visent à orienter les politiques économiques dans de nombreux domaines. Si l’on met de côté les déclarations d’autocongratulation sur les « réalisations » passées, la répétition des contrôles déjà prévus dans la législation européenne et les suites à donner à ce Pacte, il reste tout au plus trois nouveautés : une formalisation plus poussée des Sommets de la zone euro, des mécanismes d’intervention plus réactifs à l’égard des pays en déficits, ainsi que le fameux « frein à la dette », qui met en place de manière contraignante des règles pour réduire la dette et les déficits.

Dénouer l’enchevêtrement de ces mesures peut s’avérer compliqué. En fait, les principaux éléments de ce traité se résument en 10 points :

 1. Un « traité pour l’austérité »

Voici l’aspect central de ce traité : l’obligation pour les États membres de durcir leurs politiques budgétaires – en réduisant voire évitant les déficits – de manière bien plus drastique que ce qui est prévu dans la législation européenne.

Le resserrement des politiques budgétaires n’est bien évidemment pas un élément nouveau des politiques européennes. Le Pacte de stabilité et de croissance (issu du traité de Maastricht), au cœur de l’Union économique et monétaire impose aux États membres de garder leurs déficits sous les 3% du PIB… Avec amendes à la clé, dans le cas des pays de la Zone euro. Dans un premier temps, les gouvernements en faute se voient attribuer un programme pour atteindre un budget équilibré. L’élément clé de ce « programme d’ajustement » est la réduction du « déficit structurel » (voir ci-après), l’objectif étant généralement d’atteindre un objectif de 0,5% du PIB en plusieurs années [3]. Le nouveau traité rend cet objectif obligatoire.

Qu’est-ce que le déficit structurel ?

Le déficit structurel est censé révéler un problème à moyen-terme dans le budget d’un État qui aurait des recettes insuffisantes et de dépenses trop importantes. Pour obtenir ce déficit, il faut soustraire au déficit annuel de l’État le déficit dû aux variations de l’économie (en temps de crise, les déficits s’accroissent de manière « automatique ») ainsi que les dépenses exceptionnelles des gouvernements, dépenses considérées comme « légitimes » dont la liste est établie. Ce déficit structurel est la base sur laquelle on considère qu’un État doit prendre des mesures pour couper dans les dépenses ou augmenter les taxes. Le « frein à la dette » vise à réduire ce déficit identifié comme cause structurelle d’endettement.

On peut ainsi calculer que si le traité était appliqué, les coupes budgétaires (ou hausses fiscales) se seraient avérées considérables : pour le moment, seuls 4 États membres font état d’un déficit en dessous du seuil « magique » de 3% (Luxembourg, Finlande, Suède, Estonie) [4]. Dans de nombreux pays, des mesures dramatiques devraient être prises. En Belgique, par exemple, où sur un déficit total de 4,6%, 4% sont considérés par la Commission comme « déficit structurel ». La Belgique devrait donc, selon le traité, réduire son déficit sous une barre de 1,1% (0,5% de déficit structurel + 0,6% de déficit non structurel).

A première vue, les États signataires ne sont pas directement contraints à prendre des mesures de réduction des dépenses sociales. Pourtant, « réduire le déficit structurel » présuppose ici des mesures bien particulières. Les recommandations de la Commission aux États membres sous les coups d’une procédure de déficit excessif – actuellement cela concerne 23 des 27 Etats membres – sont très claires : il faut couper dans les dépenses sociales pour diminuer le déficit structurel [5]. Une limite de 0,5% du déficit structurel va par ailleurs sérieusement réduire les options disponibles pour les gouvernements, notamment en situation de crise. Elle les empêchera de faire les investissements publics nécessaires pour répondre à la crise.

Enfin, il faut noter que le traité – ainsi que de nombreuses des règles et procédures européennes actuelles – met particulièrement l’accent sur les dépenses. Cela a été confirmé avec l’adoption du Pacte pour l’euro en mars 2011, qui explique de manière claire que l’« équilibre des finances publiques » présuppose des attaques contre les retraites, les dépenses de santé et allocations sociales [6].

 2. Un pilotage automatique

Lorsque le « frein à la dette » n’est pas respecté par un gouvernement lors de l’adoption du budget national, des mécanismes au sein même de la législation nationale devraient déclencher des sanctions – suffisamment sérieuses pour remettre le gouvernement sur la voie d’une « réduction des déficits ».

Cela pose la question suivante : dans ce cas, qui va se charger de faire rentrer les gouvernements dans le rang, et comment ? Qui va poursuivre les gouvernements et les obliger à changer sa politique économique, et par quel biais ? Le traité nous donne quelques indices. La responsabilité pour définir les « principes communs » des règles budgétaires est dévolue à la Commission européenne, y compris les principes sur « l’indépendance des institutions responsables au niveau européen pour contrôler le respect strict des règles ». En d’autres termes, des instances indépendantes seront mises en place au niveau national, probablement composées d’experts et d’économistes, afin de veiller à l’application de la discipline budgétaire [7].

 3. L’austérité à perpétuité

Aucune limite temporelle n’est prévue au renforcement des politiques budgétaires.

Le texte stipule en effet que les États membres doivent adopter des « dispositions à caractère contraignant, de préférence constitutionnelles, ou bien avec la garantie d’une application et d’une adhésion totale lors du processus d’adoption du budget national ». En d’autres termes, de manière permanente.

La préférence de l’Allemagne va pour la procédure constitutionnelle. L’Allemagne a récemment adopté une modification constitutionnelle qui s’apprête à forcer les gouvernements futurs à rester en dessous d’un déficit structurel de 0,35%. C’est ce type de mesure que la Chancelière Merkel souhaiterait voir appliquer dans les autres États membres. Il y a cependant d’autres possibilités, qui doivent néanmoins s’appliquer de manière permanente. Comme l’indiquait la Chancelière :

« Le frein à la dette va être contraignant et s’appliquer de manière permanente. Les règles ne doivent en aucun cas pouvoir être changées par une nouvelle majorité parlementaire. [8] »

Bien sûr, le texte stipule qu’il faut « respecter totalement les prérogatives des parlements nationaux », mais dans un tel contexte, cela sonne davantage comme un véritable pied-de-nez.

Dans certains pays, une modification de la constitution nécessite un referendum, et il s’agit là d’un scénario à éviter à tout prix pour les promoteurs du Pacte budgétaire. Une manière de faire cela, dans le cadre de ce nouveau traité européen qui n’en est pas un, serait de mettre en place une règle permanente, quasi-constitutionnelle, mais en dehors de la Constitution.

 4. En cas de doute, la Cour européenne de justice aura le dernier mot

Que se passe-t-il si un État membre considère qu’un autre État membre n’a pas adopté de législation suffisamment contraignante pour mettre en œuvre les règles du traité ? Dans ce cas, le plaignant peut porter plainte auprès de la Cour de justice européenne. Cela peut s’avérer quelque peu surprenant : en effet, le rôle de la Cour de justice européenne est de s’assurer du respect de la législation européenne, pas de régler des différends entre États de manière générale ou sur la base de traités hors de l’Union européenne. Pourtant, la Cour de justice européenne pourra à ce titre imposer des amendes à hauteur de 0,1% du PIB.

Ce rôle clé dévolu à la Cour de justice européenne pourrait devenir très important dans le futur. Il permettra a tout État membre de porter plainte sur tout aspect de la mise en œuvre du traité dans un autre État membre.

 5. Peu ou pas de flexibilité

Les signataires devront-ils ramener leur déficit structurel en dessous de 0,5% du PIB dès l’application du traité ?

Non, mais cela devra se faire rapidement. Le temps dévolu n’est pas encore clairement défini dans les propositions de la Commission. Dans leurs « efforts » pour réduire les déficits, les signataires auront exceptionnellement la possibilité de dévier du chemin étroit de l’austérité, dans le cas où ils feraient face à une récession ou croissance faible, à condition que cela ne mette pas en danger l’atteinte d’un « équilibre budgétaire à moyen terme ». La même exception figure lorsque l’objectif de 0,5% est atteint.

Cette exception reste néanmoins très floue, et pourrait ne jamais entrer en vigueur. La seule véritable disposition permettant une flexibilité concerne les États qui sont peu endettés, pour lesquels un déficit de 1% du PIB est toléré. Mais peu de signataires pourront profiter de cette exception dans les prochaines années [9]. Même en temps de crise, les signataires qui souhaiteraient mettre en place des politiques budgétaires ambitieuses et des investissements publics se verront opposer des obstacles importants. Il s’agit de tuer dans l’œuf toute tentative de réponse keynésienne à la crise, réponse qui a pourtant prouvé son efficacité dans le passé quand bien même elles auraient provoqué d’importants déficits.

« Quand tout va bien, de tels resserrement budgétaires sont inutiles. Quand tout va mal, ils ont des conséquences néfastes. Ce n’est pas un signe de mauvaise gestion que de présenter des déficits en temps de crise » comme l’explique l’économiste Jesper Jeffersen [10].

Ce traité s’apprête donc à graver dans le marbre une réponse à la crise qui s’avère inadaptée, et à faire en sorte que, en temps de crise, ce soient les dépenses publiques qui soient systématiquement désignées comme responsables – même si, comme c’est le cas aujourd’hui, les causes de la crise se trouvent davantage dans le fonctionnement du secteur privé.

Mauvais diagnostic… mauvais remèdes.

 6. La méthode de calcul est biaisée, et stigmatise les dépenses sociales

Les détails du calcul du « déficit structurel » sont trop compliqués pour être compréhensibles et transparents vis-à-vis du grand public. En fait, il n’y a pas de consensus au plan international, ni même à l’échelle européenne, sur la méthode de calcul. Le FMI, l’OCDE, la Banque centrale européenne et la Commission européenne, chacun utilise sa propre approche.

Pourtant, la méthode utilisée joue un rôle crucial. Ce chiffre de 0,5% peut déterminer à maints égards l’avenir de nos droits sociaux. Déterminer si un État se trouve d’un côté ou de l’autre de ce seuil dépend dans une large mesure de la méthode de calcul.

Un exemple : en 2011, la Commission a calculé que le déficit structurel du Danemark était de 3%. Le gouvernement danois, quant à lui, a avancé le chiffre de 1%. Si c’était le chiffre de la Commission qui devait être utilisé, le pays devrait faire en termes d’efforts budgétaires le double des économies qu’il a réalisées en « réformant » son système de retraite (c’est-à-dire en réduisant les pensions).

Pour la Banque nationale danoise, et le Ministre des finances du Danemark, la méthode employée par le gouvernement reflète mieux la réalité de l’économie danoise, tandis que la méthode de la Commission comprend des biais à l’égard des pays qui disposent d’une importante protection sociale [11]. Pourtant, c’est bien la Commission qui sera en charge des principes communs de calculs des déficits structurels, et il y a fort à parier qu’elle propose les mêmes méthodes qu’elle utilise actuellement.

Les méthodes employées par un État pourront par ailleurs être portées devant la Cour de justice européenne si elles sont considérées comme inadaptées. Là encore, tout porte à croire que la Cour soutiendra les méthodes employées par la Commission depuis des années. Ainsi les méthodes nationales de calcul risquent de ne pas faire long-feu : la Commission devrait faire de l’adoption de règles uniformes une priorité ; ces règles pourraient s’avérer un outil politique de premier choix pour imposer la discipline budgétaire.

 7. Il s’agit d’un outil politique – les calculs sont peu fiables, voire dangereux

La Commission aura donc un rôle considérable vis-à-vis de l’établissement de ces règles de calcul. Elle a pourtant, à plusieurs occasions, fait preuve d’une certaine forme de partialité dans ses fameux calculs. Le cas de l’Irlande est particulièrement parlant : fin 2008, la Commission avait ainsi prévu de très bonnes perspectives pour l’économie irlandaise, qui s’est pourtant effondrée en 2009. Plus étonnants, sans doute, sont les calculs que la Commission a réalisés après l’arrivée de la crise. Selon ces calculs, l’Irlande, qui subit actuellement une crise économique majeure, serait pourtant proche d’un optimum de performance [12].

On se doute bien que la Commission ne dispose pas de boule de cristal. Et quand bien même, le calcul du « déficit structurel » comporte tant d’impondérables [13] que cet indicateur n’est pas vraiment pertinent pour juger de l’état d’une économie. Dans le cadre du Pacte budgétaire, il est davantage utilisé comme un outil pour jeter l’opprobre sur les dépenses publiques comme des maux, et pousser les États à réformer leurs économies.

 8. La zone euro est aux manettes

Au-delà du « frein à la dette », le traité comporte deux sections importantes.

La première reprend la décision prise en octobre de tenir deux sommets la zone euro par an. Ces sommets seront présidés par un nouveau président du sommet de la zone euro qui sera « désigné par les chefs d’État et de gouvernements des parties contractantes dont la monnaie est l’euro à la majorité simple, en même temps que le Conseil européen élit son Président, et pour la même durée ».

Cette partie du traité a prêté à controverse, en effet plusieurs pays en dehors de la zone euro, la Pologne en tête, ont exprimé leurs craintes que les décisions importantes soient prises au sein du club de l’euro (à la majorité qualifiée), club duquel ils seraient écartés. Le traité prévoit en l’occurrence que les pays hors de la zone euro puissent assister aux Sommets comme participants, ainsi que la tenue d’un Sommet des signataires du Pacte budgétaire.

 9. Soumission et mise à l’amende des pays en déficit

La seconde section concerne les règles à l’égard des pays en déficits, qui sont elles aussi modifiées. Dans le cadre des traités européens, il existe une « procédure de déficit excessif » qui vise à obliger les États membres à rester sous le seuil de 3% de déficit. Cette procédure comprend plusieurs étapes : tout d’abord, la décision de lancer la procédure doit être prise par Conseil européen sur proposition de la Commission, puis l’État membre concerné doit produire un rapport sur les mesures qu’il considère de prendre pour résorber le déficit, enfin en cas d’absence de résultats, il peut recevoir un avertissement ou une amende s’il appartient à la zone euro.

Cette procédure est considérablement renforcée avec le Pacte budgétaire. En effet, les décisions seront désormais prises à la « majorité inversée », y compris pour le lancement de la procédure. Le traité prévoit en effet qu’il faudra une majorité qualifiée des membres de la zone euro pour s’opposer au lancement des poursuites contre un État membre.

Aujourd’hui, seuls quatre membres de la zone euro ne sont pas sous le coup d’une procédure de déficit excessif [14], mais le mode de vote rendait la procédure lente voire la bloquait. La majorité qualifiée étant difficile à obtenir, ce sera désormais plus simple d’infliger des amendes. En 2011, la France s’était opposée à la majorité inversée… Ce sera désormais la règle avec le nouveau traité.

 10. Le traité va entrer dans la législation européenne

Le traité n’est pas un traité européen. Pourtant, il donne des tâches et responsabilités très importantes à la Commission, et confère à la Cour de justice européenne un pouvoir considérable. Il est néanmoins prévu qu’il intègre, d’ici 5 ans, la législation européenne. Vu l’état des discussions, ce scénario est tout à fait probable. La République Tchèque et le Royaume-Uni ne sont pour le moment pas signataires, mais des arrangements sont en bonne voie d’être trouvés, et le Royaume-Uni pourrait bien bénéficier d’exemptions à certaines clauses dans le cadre d’un traité de l’UE.

Un danger pour la société et la démocratie

D’ici à ce qu’il soit intégré à la législation européenne, cela ne fera pas de différence. Le vrai changement sera sur le court-terme. Déjà l’an dernier, les règles concernant la surveillance des budgets en déficit ont été considérablement renforcées, avec un resserrement des délais, des exigences plus pressantes et plus contraignantes pour la mise en place de mesures d’austérité, des amendes plus élevées… Avec le Pacte pour l’euro et les réformes de la gouvernance économique (« six-pack »), cette tendance s’est accrue. Le « traité d’austérité » resserre un cran de plus les vis d’un édifice institutionnel complexe qui fait de l’austérité l’alpha et l’oméga des politiques économiques européennes… Et qui s’apprête à heurter de plein fouet les droits sociaux et la protection sociale.

Néanmoins, tout n’est pas encore joué. Le fait que 25 chefs d’État et de gouvernement aient paraphé le texte ne signifie pas que tout est terminé. Pour commencer, le traité doit être ratifié, et malgré le fait qu’il ait été tout particulièrement pensé pour éviter de susciter le débat démocratique, le gouvernement irlandais a d’ores et déjà été forcé de tenir à un référendum en fin d’année. Et quand bien même il serait ratifié et mis en œuvre, ce traité sera sans doute la cible d’une résistance sociale massive, lorsque ses conséquences deviendront claires.

 

Corporate Europe Observatory, Mars 2012

Traduction par Frédéric Lemaire

[1] Pacte budgétaire, ou Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l’Union économique et monétaire » T, http://www.european-council.europa....

[2] Communiqué de presse de la CES, 31 janvier 2012, http://etuc.org/a/9605

[3] Réglement 1466/97, article 5,http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ...

[4] Statistiques Eurostat, http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tg...

[5] European Economy, Occassional Papers 65, 2010, http://ec.europa.eu/economy_finance...

[6] Pacte Europlus, page 19 des conclusions du Conseil, 24, 25 mars 2011, http://www.consilium.europa.eu/uedo...

[7] Cela fait longtemps que l’idée de telles instances indépendantes, disposant d’un rôle important est débattue au sein les institutions européennes, et de nouvelles propositions législatives dans ce sens devraient être faites bientôt.

[8] The Guardian, 30 janvier 2012, http://www.guardian.co.uk/business/...

[9] Dépêche Eurostat, 6 février 2012, http://epp.eurostat.ec.europa.eu/ca...

[10] Professeur Jesper Jespersen, interview, 24 février 2012.

[11] Commission européenne, European Economy no 3, 2006, http://ec.europa.eu/economy_finance...

[12] Exemples tirés de Pat McArcle ; “The Euro Crisis : The ‘Fiscal Compact’ and Fiscal Policy”, Working Paper 6, Institute of International and European Affairs, 2012, page 13. http://www.iiea.com/publications/th...

[13] A critique argumentée de la méthode de la Commission européenne a été élaborée par la Banque Nationale danoise (département économie) : Ann-Louise Winther ; “Konjunkturudsving og offentlige finanser”, Kvartalsoversigt, 1. Kvartal 2011 del 1, Danmarks Nationalbank, 2011, pp. 71- 91. https://www.nationalbanken.dk/C1256...

[14] Suède, Finlande, Estonie et Luxembourg, lire http://ec.europa.eu/economy_finance...

 

 

http://ellynn.fr/dessousdebruxelles/spip.php?article175

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 21:52

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 10:15

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Le secrétaire national du PCF et Président du Parti de la gauche européenne, Pierre Laurent, écrie une lettre au principal parti kurde BDP, adressant « ses vifs remerciements  pour les excellentes conditions d’accueil » réservées à la délégation du PCF, du 12 au 16 février dernier.

Le secrétaire national du PCF dénonce le mur du silence médiatique français face à la répression antikurde, dans cette lettre adressée aux co-présidents du BDP, Gultan Kisanak et Selahattin Demirtas.

Plus de 6300 membres actifs du BDP, dont 31 maires, 12 adjoints, 6 députés, 183 responsables, 28 membres du conseil, 6 membres de la direction et 2 vice-co-présidents,  dans le cadre de l’affaire KCK, lancée en avril 2009, quelques semaines après le succès historique du parti kurde lors des élections municipales. Le régime turc arrête chaque semaine des dizaines d’autres personnes, portant à plus 130 000 le nombre des détenus contre quelque 60 000 en 2002.

Dans la lettre dont l’ActuKurde s’est procurée une copie, Pierre Laurent soutien également l’exigence du BDP d’obtenir la libération du chef du PKK Abdullah Ocalan, emprisonné sur l’Ile d’Imrali depuis 1999 sous l’isolation totale, qui n’est pas autorisé à rencontrer ses avocats depuis sept mois.

« Je tiens à vous adresser mes vifs remerciements, à vous et à tous les camarades du BDP, pour les excellentes conditions d’accueil que vous avez réservées à la délégation du Parti communiste français et de ses élu-e-s, du 12 au 16 février dernier.

Leurs nombreuses rencontres à Diyarbakir et à Van leur ont montré l’ampleur d’une répression aux méthodes violentes les plus barbares, telles que les rafles récurrentes. Pour la combattre, pour percer le mur du silence médiatique français et pour élargir les soutiens politiques, nous renforcerons encore notre engagement à votre coté.

Nous soutenons votre exigence d’une libération de votre représentant Abdullah Ocalan parce que nous comprenons qu’il représente le seul interlocuteur et négociateur possible dans le contexte actuel. Cette libération et la négociation sont la seule voie politique qui puisse permette une issue. A leur retour, nos camarades nous ont confirmé à quel point vous tentiez de vous faire entendre et respecter, et à quel point la population kurde, toutes générations confondues, aspire à la paix.

Nous pensons que tous les pays européens dont la France portent une très lourde responsabilité dans leur silence coupable. Nos élu-e-s, au Sénat, à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, continueront leurs interventions pour que des initiatives politiques soient prises afin que cesse la terrible guerre contre le peuple kurde et que celui-ci soit enfin reconnu dans ses droits, comme pour tous les peuples du monde.

Nous poursuivrons nos actions solidaires avec les Kurdes que ce soit en France ou au Kurdistan. Vous savez que vous pouvez compter sur notre parti. Vous savez aussi que vous serez toujours les bienvenus à notre siège, la maison des Communistes français.

J’ai le plaisir de vous adresser mes salutations très fraternelles et solidaires. »

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 10:04

arton15961-659d5.jpgAP Photo/SZG)



Socialistes, on vous hait.


On vous demande tout d’abord de changer de nom.


Vous usurpez un nom qui est celui d’un parti de gauche.


Qui a une histoire.


Le Front Populaire et le Conseil National de la Résistance sont ses racines.


Vous, vous appartenez à un parti qui est actuellement de centre droit. Un parti socio-démocrate comme ceux qui saignent la Grèce, l’Espagne et le Portugal. Sous la cravache des Goldman Sachs. Vous êtes le Parti Sachs qui veut mettre notre Pays à Sac.


Hier, 23 février, au Sénat, les sénateurs socialistes se sont abstenus et ont ainsi permis au MES d’être adopté.


Je me souviens encore de vos cris de joie quand, fait exceptionnel, le Sénat est passé à gauche !


Mais pour quoi faire ?


Pour jouer les carpettes ?


Pour vous coucher ?


Vos arguments, on les connaît.


Vous trouvez que ce MES est une bonne chose. Que c’est « un pot » qui va permettre de soutenir les Etats en difficulté. Donc vous ne pouvez voter contre.


Mais ensuite vous demanderez à le modifier.


Soyons clairs. Il est bon ou il n’est pas bon, ce MES ? Pourquoi le laisser passer si c’est ensuite pour le modifier ? D’autant plus que c’est impossible. Vous croyez qu’on ne le sait pas ?


Quelles modifications pense-vous obtenir ?


Il n’y aura pas de coupes drastiques dans nos budgets sociaux ? Comment sera-ce possible puisque le déficit, actuellement fixé à 3%, ne pourra pas dépasser 0,5% ?


Vous le mettrez à 0,6 ? 0,7 ? Quelle générosité !


Par ailleurs, pensez-vous que nous n’avons pas compris vers quel monde vous nous dirigez ? Vous croyez que nous n’avons pas la télé et que nous ne voyons pas ce qui se passe en Grèce ?


Sarko été un couteau dans le ventre de la France et vous, vous lui tenez la main ?


Vous nous dites « le changement c’est maintenant » ?


Quel changement ?


L’Otan, les banques seront nos maîtres. Quel changement ? L’austérité sera notre vie. Quel changement ? Les amis de Bilderberg, ce cher Valls, sont vos amis. Quel changement ?


Nous devions être cornaqués par l’admirable DSK et l’on comprend mieux maintenant que votre parti l’ait adoubé voulant faire croire par le biais d’une presse aux ordres que la France l’attendait.


Non, la France n’attendait pas DSK, l’économiste « brillant » au service du FMI.
Pas plus que nous n’attendons Hollande, flanqué des deux amis de DSK, Cambadélis et Moscovici .


Vous nous prenez pour des imbéciles ?


Vous pensez que nous ne sommes pas informés ?


Ce soir, en vous abstenant, vous nous avez vendus aux banques.


Nous vous regardons à présent pour ce que vous êtes, messieurs les sénateurs. De vulgaires péquins grassement nourris qui font partie d’une classe politique qui ne pense qu’à garder ses privilèges.


Mais vous serez jetés vous aussi ! Vous croyez que la finance va vous garder longtemps avec vos salaires dorés ! Vous leur avez obéi aujourd’hui. Demain vous ne leur servirez plus à rien puisqu’il n’y aura plus de démocratie ! Le semblant de démocratie dont ils ont besoin, ils n’ont pas besoin d’une Assemblée et d’un Sénat pour l’assurer.


C’est une trahison pour rien.


Une faute impardonnable pour rien.


Un déshonneur pour rien.


Vous êtes des collabos pour rien.


M. Delanoë, maire de Paris, est opposé à la tenue du meeting de M. Mélenchon sur la place de la Bastille le 18 mars. Il a déclaré : "Je ne suis pas du tout certain, pas du tout, que Jean-Luc Mélenchon puisse organiser son meeting place de la Bastille le 18 mars ! Il ne faudrait tout de même pas que chaque candidat, en particulier les petits, le réclament après pour ne pas avoir à payer la location d’une salle..."


Quel mépris ! « Petit candidat », on a déjà entendu ça, M Delanoë, dans la bouche de Mme le Pen. Il est vrai qu’elle est de droite, comme vous. Vous aussi vous trouvez que M. Mélenchon est trop bas dans les sondages que votre clan commande ? Vous n’êtes pas curieux de voir combien de partisans il peut rassembler ? Vous préférez ne pas le voir ? La préfecture de police va-t-elle oser l’interdire ? L’an dernier, sur quelque 3800 déclarations de manifestations, seules trois ou quatre ont été refusées.


M. Mélenchon a dit qu’il était de coutume pour la gauche de voter pour la gauche au second tour . Quel que soit le candidat.


Mais que se passe-t-il quand un candidat de droite est opposé à un candidat de droite ?
Hollande-Sarkozy par exemple ?


Voilà une règle qui ne s’applique plus.


Je ne voterai pas pour Hollande du parti Sachs.


Et si Sarkozy passe ?


Dans le genre fourbe je préfère l’original à la copie.


Il y a une autre solution cependant.


Amis socialistes, véritablement de gauche, rejoignez le front de gauche.


C’est là qu’est l’union véritable de la gauche véritable.


Nous ne voulons pas le pouvoir pour un clan ou pour un nom. Nous le voulons pour tous. Pour tous les citoyens humiliés par des années d’appauvrissement. Face à un avenir qui n’est qu’une déroute.


Je n’arrive pas à imaginer que beaucoup d’entre vous ne soient honteux de ce qui s’est passé hier au Sénat.


Je n’arrive pas à imaginer que vous arriviez à croire que ce MES sera très bien avec quelques petites modifications.


Quoi ? Vous voulez que la France soit dirigée par Lang qui, par son vote félon, a été, en 2008, le seul parlementaire socialiste à voter la réforme de la Constitution ?


Par Valls, qui déclare que croire au Bilderberg est du même style que de ne pas croire à la Shoah ? Par Montebourg, le héros du peuple, qui s’abstient quand il s’agit de défendre le peuple ? Par Hollande, d’une médiocrité transcendentale, allant jusqu’à dire, hier sur TF1 dans « Parole de candidat », qu’il fallait « donner un coup de pouce » au Smic et bloquer « le prix de l’essence pendant trois semaines » ?


Quel révolutionnaire ! On comprend que la City tremble ! Le ridicule ne tue plus, dit-on. Si, il tue. Prouvez-le ! Votez utile !


Le vote utile ne peut pas être celui qui transforme des hommes et des femmes en inutiles !
L’humain d’abord !


Résistons !


Prenons le pouvoir !


VI ème république !


Assemblée Constituante !


Révolution !*

 

Ariane WALTER

 


http://www.legrandsoir.info/socialistes-on-vous-hait.html
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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 09:58

Murib_Yustinus.jpgAprès trois mois de conflit avec le géant minier américain Freeport, qui exploite la plus grande mine de cuivre et d’or au monde au cœur de la Papouasie occidentale, les travailleurs ont obtenu une hausse des salaires. Mais ce succès ne peut cacher les exactions commises par le gouvernement indonésien.

Le 1er décembre dernier, comme chaque année, les Papous ont manifesté dans les rues. Malgré les menaces, les brimades, les tabassages, l’emprisonnement, les tortures, la mort au bout du compte. « En Papouasie, on n’est jamais au bon endroit, jamais au bon moment depuis que les Indonésiens ont envahi notre pays. » Yogi, Papou réfugié en Australie, lève les mains. Dix doigts ne suffisent plus à compter ses amis tombés sous les balles. Et en cette fin d’année 2011, les « mauvais moments » se sont répétés dans un silence médiatique accablant.

Pourtant, ce 1er décembre 2011, jamais les Papous n’ont été aussi nombreux à brandir l’étoile du matin… De Djakarta, la capitale indonésienne, jusqu’à Jayapura, la capitale régionale de Papouasie Occidentale – en passant par Sydney, Londres, La Haye, Nouméa… –, ils étaient des dizaines de milliers à brandir le drapeau de l’indépendance papoue. Certaines femmes, malgré le climat de terreur savamment entretenu par les militaires indonésiens, peignaient jusque sur leur poitrine cette étoile blanche sur fond rouge frangée de bandes bleues et blanches. La date était historique. « Il y a tout juste cinquante ans, ce premier décembre 1961, pour la première fois, notre drapeau était hissé à côté du drapeau néerlandais ; notre hymne national, Hai Tanahku Papua, joué et chanté ; notre pays recevait un nom : Papua Barat [Papouasie occidentale] ; notre peuple se voyait attribuer un nom : celui de peuple papou. Oui, pour la première fois, nous prenions conscience de l’identité du peuple papou », rappelle L. T., responsable papoue exilée aux Pays-Bas.

Ce geste symbolique fort avait été orchestré par l’ancienne puissance coloniale au seuil de sa déchéance. Les Pays-Bas, qui avaient perdu l’essentiel de leur vaste empire après l’accès à l’indépendance de l’Indonésie (1945-1949), entendaient bien conserver l’ultime joyau des Indes néerlandaises : la Nouvelle-Guinée Occidentale. La chose leur semblait d’autant plus acquise que la Nouvelle-Guinée n’appartient pas géologiquement au continent asiatique, mais à l’ensemble australien ; les Indonésiens, dans leur grande majorité, ne manifestent guère d’intérêt pour ces hommes à la peau noire et aux cheveux crépus qui, d’un point de vue ethnique, linguistique, religieux, social, culturel, échappent à ce creuset malais dans lequel s’est forgée l’identité indonésienne.

De cela, tous ou presque étaient convaincus. Sauf que ces populations papoues vivent sur une terre gorgée de richesses. Que ses gisements de cuivre et d’or attirent dès la fin des années 1950 une multinationale américaine dénommée alors Freeport Sulphur. Cette opportunité n’échappa pas aux dirigeants indonésiens. En particulier au général Suharto, contacté et corrompu par la société minière alors même que le père de l’indépendance indonésienne, le général Sukarno, encore au pouvoir, était en train de bouter hors de l’archipel tous les intérêts étrangers, y compris ceux du géant minier. Pour Sukarno, libérer la Papouasie, appelée alors Irian occidental, participait à la cohésion de sa politique nationaliste. L’absence de la Papouasie, déclarait-il, « privait le peuple indonésien d’une partie de son territoire national ».

Les oubliés de Bandung

Dommage que le chantre de la décolonisation, le père de la conférence de Bandung, ne se soit pas soucié de consulter ce peuple papou qui n’appartenait pas encore au peuple indonésien. Peuple sans écriture, n’avait-il pas droit à la parole ? L’indépendance de l’Indonésie passait-elle obligatoirement par l’assujettissement de la Papouasie ? Les Pays-Bas étaient prêts à en découdre. Moins pour donner l’indépendance à la Papouasie – ils l’auraient fait bien avant – que pour décrédibiliser la politique anticoloniale de leur ancien décolonisé. Joli paradoxe ; mais ils avaient encore le soutien de la majorité des pays occidentaux. La guerre froide allait rebattre les cartes.

L’Indonésie menaçant de basculer du côté des Soviétiques, les Etats-Unis poussèrent les Pays-Bas à lui céder la Papouasie occidentale. Rapidement isolés sur la scène internationale, ces derniers ont ouvert des négociations, non sans obtenir du bout des lèvres quelques conditions : la garantie au peuple papou d’un droit à l’autodétermination par référendum. En attendant cette consultation définitive, la Papouasie est placée sous tutelle indonésienne dès 1963. On imagine avec quelle liberté de ton les 1 026 délégués (choisis parmi 800 000 Papous), encadrés, accompagnés (on n’ose dire menottés) par les autorités indonésiennes, se prononcèrent, six ans après leur annexion forcée, pour le rattachement définitif de la Nouvelle-Guinée Occidentale à l’Indonésie. Nulle surprise s’ils votèrent à l’unanimité. Nul émoi non plus du côté de l’Assemblée générale des Nations unies, qui entérina ce consensus sans sourciller, le 19 novembre 1969. Ainsi, le peuple papou est passé des mains d’une ancienne puissance colonisatrice à celles d’un jeune et nouvel Etat colonisateur…

« Un terrain de jeu pour psychopathes »

Combien de Papous sont arrêtés ce 1er décembre 2011 ? Combien sont encore tombés depuis le 1er janvier ? La Papouasie est vaste, sa géographie inhospitalière fermée à tous les étrangers. La presse est depuis longtemps interdite, les ONG et les missionnaires expulsés quand ils ne sont pas assassinés. « La Papouasie est un véritable sanctuaire pour les pulsions les plus sordides ; un terrain de jeu pour psychopathes. Les militaires peuvent torturer, violer, assassiner en toute liberté, sans craindre la moindre sanction. Les trois soldats reconnus sur une vidéo qui avait fait le tour du monde en octobre 2010 – on les voit torturer des Papous – ont été condamnés en janvier 2011 à des peines de huit à dix mois de prison ferme au motif qu’ils avaient désobéi aux ordres », rapporte un observateur. Alors, quand il n’y a pas de preuve, comme ce 13 décembre 2011, où, dans la province de Paniai, région située dans les Hauts-Plateaux du centre-ouest de la Papouasie, vingt-sept villages étaient rasés, incendiés, mitraillés par hélicoptères, on imagine bien l’impunité des coupables. Plus de vingt mille personnes étaient expropriées de 130 villages, livrées à la famine, au froid, aux maladies. On dénombrait une vingtaine de victimes ; la figure écrasée, pour certaines d’entre elles, à coups de talons cloutés et de crosse de fusil [1].

Si peu d’images nous parviennent, il n’est guère possible de douter de la cruauté du régime. Songeons à Filep Karma, ancien fonctionnaire de l’Education nationale condamné en 2004 à quinze ans d’emprisonnement pour avoir hissé l’étoile du matin (alors même que la loi sur l’autonomie, promulguée le 21 novembre 2001, autorise la Papouasie à exprimer l’identité culturelle papoue par l’hymne et le drapeau papous). Lui a survécu à son arrestation et aux tortures qui ont suivi. Mais combien de morts pour un survivant ? Et que dire des violences qui ont ensanglanté Abepura (proche de Jayapura) lors du rassemblement pacifique du 19 octobre 2011 ? Le troisième Congrès du peuple de Papouasie était interrompu par un bain de sang : six morts, trois cents personnes arrêtées, 51 sauvagement torturées, parmi lesquelles les six dirigeants papous toujours emprisonnés, comme Forkorus Yaboisembut, proclamé lors du congrès président de la République fédérale de Papouasie occidentale [2].

Assassinats, tortures, viols, humiliations, discriminations : les abus perpétrés en Papouasie indonésienne sont un mode de gouvernance. Une banalité quotidienne à peine perturbée par les rapports d’ONG et d’associations de défense des droits humains qui dénoncent pourtant, année après année, l’histoire implacable d’un « génocide annoncé », selon la convention du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Les silences de l’Anase

Le dernier sommet de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (Anase) a pu se conclure, le 19 novembre 2011 à Bali, en Indonésie, sans la moindre condamnation de cette féroce répression. Le président américain Barack Obama ne fit alors qu’une brève allusion aux violation des droits humains en Papouasie occidentale. Peut-être avait-il en tête ce qui se jouait en marge du sommet asiatique ? La compagnie indonésienne Lion Air allait confirmer une commande de 230 Boeing 737 : un montant record de près de 22 milliards de dollars pour l’avionneur américain. La première ministre australienne Julia Gillard n’était guère plus loquace. Des centaines de sociétés australiennes exploitent sans vergogne les ressources naturelles de la Papouasie. Sous la protection, pour certaines d’entre elles, des forces de sécurité indonésiennes, équipées et entraînées par les armées australiennes et américaines.

Le plus offensif fut le chef d’Etat indonésien Susilo Bambang Yudhoyono. Après avoir nié toute violation des droits humains en Papouasie, il questionna ses invités sur la signification de cette nouvelle base militaire américaine lancée au nord de l’Australie, près de Darwin, à 850 kilomètres des côtes indonésiennes. Constitue-t-elle une menace pour l’intégrité territoriale de l’archipel ? A-t-elle pour mission de surveiller la Papouasie occidentale ? On le rassura aussitôt : l’Indonésie, première nation musulmane en termes démographiques, est un allié de poids face à l’influence grandissante de la Chine en Asie du Sud-Est. Elle tient aussi, sur le plan religieux, des positions modérées très appréciées des Occidentaux (lire « Indonésie, musulmans contre islamistes », par Wendy Kristianasen, Le Monde diplomatique, novembre 2010).

Américains et Australiens ne forment-ils pas des unités d’élite indonésiennes antiterroristes, à l’instar du Détachement 88, créé juste après les attentats islamistes de Bali en 2002 ? Ce même Détachement 88 qui pourchasse les indépendantistes papous et vient de semer la mort sur les hauts plateaux de Paniai. Sans doute les préoccupations de M. Yudhoyono visaient-elles en filigrane ces rumeurs rapportant que soixante-dix militaires américains patrouilleraient en civil dans Freeport Indonesia.

La filiale – 24 000 salariés – du géant minier américain Freeport-McMoRan Copper & Gold Inc exploite en effet, au cœur de la Papouasie occidentale la plus grande mine de cuivre et d’or au monde. En grève depuis le 15 septembre 2011, elle était jusqu’alors le premier contribuable indonésien et l’exploitation la plus rentable du groupe minier. Le préjudice économique est donc abyssal ; plus encore pour la maison mère, principale actionnaire, mais aussi l’une des plus influentes multinationales de la sphère politique américaine. N’a-t-elle pas entretenu des liens étroits avec des personnages comme Clay Shaw, agent de la CIA, manipulateur de Lee Oswald, bouc émissaire dans l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy ? On se gardera de penser que Freeport a pu influencer la création d’une base militaire près de Darwin, ou que les militaires qui patrouilleraient au sein de sa filiale ont un lien avec celle-ci, mais la situation délicate dans laquelle elle se trouve légitime bien des suspicions.

Les objectifs cachés de l’Indonésie

Pour l’heure, la grève arrive à son terme après trois mois de conflit, le plus long qu’ait connu l’Indonésie. Freeport s’est en effet engagé à augmenter le salaire de base des mineurs (1,50 dollar de l’heure) de 40 % sur deux ans. Des questions demeurent cependant. Comment cette grève aux conséquences financières colossales a-t-elle pu prendre dans une région où les droits humains – ne parlons pas des droits syndicaux – sont systématiquement bafoués par des policiers et militaires grassement appointés par Freeport ? Comment expliquer que l’un des leaders syndicalistes, Sudiro, d’origine javanaise, ait pu fédérer 80% des 10 000 ouvriers – des Papous principalement – que compte la force de production minière en ayant des amis aussi haut placés que Pramono Edhie Wibowo ? N’est-il pas le beau-frère de l’actuel président de la République indonésienne et commandant de l’armée spéciale, la sinistre Kopassus (Komando Pasukan Khusus) fondée par son feu père ? Que penser d’une presse indonésienne au diapason de ces mouvements nationalistes indonésiens – comme Ida Bagus Arif – qui fustigent l’attitude prédatrice des Américains et de Freeport en particulier ? Ces questions ne traduisent-elles pas un nouveau rapport de forces opposant moins les salariés à Freeport et à ses forces de sécurité – qui firent plusieurs victimes – que la multinationale à l’Etat indonésien ? Car, aussi légitime qu’ait été cette grève, aurait-elle pu se déclencher sans la complicité de l’Etat ?

La réponse va de soi. Mais, si complicité il y a, témoigne-t-elle pour autant d’un Etat soudainement plein de compassion à l’égard des mineurs exploités ? Il faudrait aussi regarder du coté du contrat déséquilibré qui unit Freeport au gouvernement indonésien. Ce dernier veut, au moins depuis la fin du régime de Suharto, renégocier un contrat qu’il juge léonin. Les royalties que reverse Freeport Indonesia, aussi élevées soient-elles, seraient beaucoup plus importantes si le contrat était indexé sur les bénéfices réels engrangés en toute opacité par le géant minier, dénoncent les autorités indonésiennes. Ce contrat renouvelé sous le président Suharto en 1991 pour une durée de trente ans (2021), et extensible jusqu’en 2041 – à la demande exclusive de Freeport –, ne tient pas non plus compte des gisements aurifères découverts depuis et dont les potentialités sont énormes. Dès lors, peut-on donner crédit à ces menaces de mort qu’auraient reçues un certain nombre de non grévistes ? Peut-on voir derrière ce front médiatique anti-américain (alimenté peut-être par ces rumeurs de militaires américains patrouillant dans Freeport ? La chose a été infirmée puis confirmée à maintes reprises par différentes sources d’informations) la main du pouvoir agitant le spectre de la nationalisation ?

« La grève était à coup sûr pour le gouvernement indonésien le moyen de pression le plus efficace sur Freeport. La stabilité ou l’instabilité sociale à venir sera un bon indicateur du niveau de satisfaction obtenu par le gouvernement indonésien », déclare un correspondant local. Pour la majorité des Papous, la grève aura été un monstrueux jeu de dupes qui, au bout du compte, se fera encore sur leur dos. « 40% d’augmentation, mais notre région est dévastée », conclut notre interlocuteur. « La Papouasie est prise entre l’enclume et le marteau : d’un côté le capitalisme prédateur des multinationales comme Freeport, qui exploitent sans vergogne notre pays ; de l’autre, un colonialisme indonésien tout aussi cupide et destructeur », déclare M. Victor Yeimo, le porte-parole du Komité Nasional Papua Barat (KNPB), l’un des deux grands mouvements politiques papous luttant pour l’indépendance [3].

Faire venir des migrants pour détourner le vote

Les projets abondent. Et parmi les plus importants, le tout récent Merauke Integrated Food and Energy Estate (MIFEE), développé dans la province méridionale de Merauke. Près d’une quarantaine d’investisseurs privés (indonésiens, japonais, singapouriens coréens ou moyen-orientaux ) ont déjà obtenu des concessions pour défricher 1,28 million d’hectares. Le projet, qui a pour slogan « Nourrissons l’Indonésie, nourrissons le monde », cache en fait une déforestation à grande échelle destinée à produire des cultures d’exportation comme le bois, l’huile de palme, le maïs, les pousses de soja, la canne à sucre… « Non seulement il infirme le concept de sécurité alimentaire qui le légitimait, mais il fait disparaître les ressources naturelles comme le sagoutier, qui faisaient vivre les populations locales », précise Anna Bolin, chercheuse indépendante, spécialiste des politiques d’accaparement des terres. Il ne restera plus à ces populations qu’à trouver un emploi, si celui-ci n’est pas préempté par les migrants indonésiens généralement privilégiés par les sociétés indonésiennes, surtout lorsqu’ils sont subventionnés, comme les transmigrants, par le pouvoir central.

Entre 500 000 et 4,8 millions de migrants seraient attendus pour ce projet d’après les dernières études (PDF), alors même que le kabupaten (département) de Merauke ne compte pas plus de 80 000 Papous sur une population totale de 250 000 personnes environ. Marginalisées ethniquement, socialement, économiquement à mesure que le développement s’accélère, les populations papoues seront bientôt minoritaires en Papouasie. 29% de la population totale d’ici 2020 (contre 49% aujourd’hui), selon certaines projections. Le mobile économique n’est pas sans arrière-pensées politiques : réduire à néant l’opposition papoue avant de lui offrir ce processus démocratique hier tant désiré, ce droit à l’autodétermination par référendum qui entérinera définitivement la mainmise de l’Indonésie.

A moins de ne faire participer au scrutin que les Papous, et non la population de Papouasie ? Mais sur quels critères asseoir l’identité papoue ? Qui peut être électif ? Qui a légitimité pour la définir ? Question insoluble pour qui ne veut pas embraser la Papouasie. En attendant que la « communauté internationale » dépêche un médiateur impartial, souhaité par nombre de leaders papous, résonnent les cris de ceux qu’on assassine – entre 200 000 et 400 000 victimes selon les sources –, en toute impunité, depuis cinquante ans.

Notes

[1] « The International League of Peoples’ Struggle condemns Indonesian military and police forces for barbaric attacks on the people of West Papua », 22 décembre 2011.

[2] www.survivalfrance.org/actu/peuples...

[3] L’autre mouvement est la West Papua National Authority (WPNA), à l’origine du troisième congrès papou du 19 octobre 2011.

 

 

http://blog.mondediplo.net/2012-03-01-Greves-repression-et-manipulations-en-Papouasie

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Published by valenton rouge - dans Monde
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