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La Charge de la cavalerie rouge (Скачет красная конница)  par Kasimir Malevitch 
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A mon parti



 Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas.
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent.
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire.
Tu m'as appris à allumer, co
 mme un feu, la bonté.
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre.
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme.
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu  meurt avec la victoire de tous.
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères.
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche.
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique.
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi.


Canto General 
Pablo Néruda

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 09:52

sondage.jpgComment le quotidien Le Monde, longtemps rétif à la publication des sondages, peut-il aujourd’hui en publier autant ? Les plaintes de lecteurs critiquant la grande inégalité de traitement des candidats à l’élection présidentielle viennent de susciter une édifiante réponse : les sondages dans la tête (« Presse de campagne », Le Monde, 25 février 2012). Le médiateur du journal concède en effet cette inégalité puisque, en faisant une esquisse de statistique depuis le 15 février, date de l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy : « Sur 281 occurrences recensées (75 pour les seuls titres et sous-titres d’articles), sont décomptés 33,8 % de “François Hollande”, 32,4 % de “Nicolas Sarkozy candidat”, 11,7 % de “Bayrou”, 11 % de “Marine Le Pen”, 7,5 % de “Mélenchon”, 3,55 % d’“Eva Joly”. »

Le Monde est éloigné de la devise républicaine revendiquée par le médiateur dans sa tribune — « Liberté, Egalité, Fraternité ». Sans doute un journal n’est-il pas tenu aux règles légales d’égalité des temps de parole de la campagne électorale, mais qu’au moins, il n’invoque pas des principes lorsqu’il ne les respecte pas, au prétexte des « intentions de vote accordées à chacun par les instituts de sondage ».

Comment minimiserait-on dès lors le rôle des sondages quand on les institue juges de paix ? C’est toujours un piètre argument que de chercher un principe de justification objectif — ici sous sa forme la plus pure du chiffre — ou extérieur aux personnes qui en font leur principe. Si les sondages justifient une inégalité de traitement, la responsabilité en revient aux journalistes qui s’en réfèrent aux sondages pour la justifier. En somme, un rapport de force interne est simplement légitimé par des critères externes, un jugement intéressé par des valeurs universelles. Les stratégies de légitimation opèrent donc toujours par la dénégation. Ici, c’est bien l’opinion déniée — l’opinion publique - qui sert de justification ou de deus ex machina de la justice éditoriale. Autant dire de la bonne conscience.

Les sondages dans la tête ? Les métaphores le trahissent quand, après cette invocation du défaut d’opinion, le médiateur risque la métaphore de la sonde pour invoquer son esquisse de statistique lexicologique effectuée dans les archives, ni si vieilles ni si nombreuses. S’agit-il d’en appeler aux nécessaires bons rapports entre un journal et ses lecteurs, il ne peut manquer de terminer sur la même métaphore puisqu’il resterait « à redorer sa cote de popularité (non pas son blason) auprès de ses lecteurs ». Dans l’exercice de médiation, un mea culpa sans engagement fait d’autant plus bon effet qu’on ne concède rien.

Puisque selon le médiateur, il n’y a pas de visée mercantile dans la place inégale offerte aux candidats, puisque néanmoins suffisamment de lecteurs sont mécontents pour justifier une intervention, il faut conclure que la responsabilité des contenus, et donc de ses partis pris, revient à la rédaction. En d’autres termes, ce sont les journalistes du Monde (une partie d’entre eux) qui ont fait un choix politique en consacrant les deux tiers de l’actualité de campagne à deux candidats (Nicolas Sarkozy et François Hollande). Ces journalistes ont droit à leurs sympathies partisanes comme les autres. Le Figaro ne s’embarrasse guère puisque son comportement délibérément partisan est allé jusqu’à susciter des réserves sur l’efficacité d’un ligne éditoriale aussi caricaturale. Pourquoi Le Monde cacherait-il ses opinions comme il l’a (maladroitement fait) en soutenant Edouard Balladur en 1995 ? A coups de sondages déjà et avec une société des journalistes détenant encore la majorité actionnariale. Peut-être une rédaction devrait-elle voter en interne et adopter les normes d’une partitocratie. Au moins les choses seraient-elles claires.

Cette partie de cache-cache a son point aveugle. Les sondages dans la tête, ce peut-être aussi les sondages à la place de la tête. Faire des sondages l’étalon du nombre de citations à accorder à des candidats politiques suppose qu’ils le soient aussi pour les analyses et commentaires. Or, la montée de la doxosophie dans les colonnes du Monde comme dans d’autres médias, Libération et Le Figaro en particulier, la place qu’occupent dans ces journaux et dans d’autres médias des politologues officiels, Pascal Perrineau ou Dominique Reynié, qui paraphrasent les derniers résultats des sondages ou leur donnent de fausses excuses comme la volatilité, ne constituent pas un gage de qualité intellectuelle. Les sondages ne sont pas une information comme une autre, sortie tout droit des laboratoires neutres de la science. Combien Le Monde paie-t-il les sondages qu’il publie ? Que viennent faire des entreprises comme Logica Business Consulting dans leur financement ? On attend toujours les factures et les explications. Les « instituts » sont des entreprises marchandes dont les produits sont protégés par les dispositions légales du « secret industriel » comme vient de le statuer le Conseil d’Etat. L’argent a ainsi des moyens de contrôle plus subtils que le pouvoir des actionnaires. Les protestations déontologiques sur l’indépendance de la presse, le rappel de principes fondateurs ou la tautologie brandie comme un étendard — « “Le Monde” reste “Le Monde” » — paraissent alors un peu dérisoires. On se souvient de cet avertissement de Hubert Beuve-Méry évoquant la menace des puissances d’argent attendant au pied de l’escalier pour s’emparer de la presse. Quand la marchandise a, comme un virus, pris possession des esprits, il semble en effet que la partie soit mal engagée.

 

http://blog.mondediplo.net/2012-02-28-Les-sondages-dans-la-tete


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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 09:49

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 09:44

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C'est un garçon de sept ou huit ans qui en paraît à peine six.

Je le remarque tout de suite, bien sûr, à cause de l'énorme plâtre qui lui enserre le bassin, une de ses jambes — la gauche, je crois — et le cloue sur son mauvais transat. De toute l'assemblée d'éclopés de la vie que nous avons là, il est le plus visible, mais probablement pas le plus abîmé.
Encore que...

J'ai la toute petite vingtaine et je n'ai toujours pas fini de cicatriser de mon enfance. J'ai posé mon sac de couchage dans ce centre de vacances de la DDASS pour une paire de jours et bien sûr, la mise en abîme de ma propre enfance est vertigineuse. Il n'y a là que des survivants, comme moi, des gosses qui ont poussé un peu n'importe comment et beaucoup malgré tout, malgré leur famille, le plus souvent. C'est marrant, plus on a besoin d'empathie, d'un regard bienveillant, et moins on en reçoit, généralement. Ces gosses sont des rescapés qui se tricotent des bouts de vie, des bouts de jeunesse et qui sont considérés par ceux qui sont payés pour s'en occuper comme de la graine de voyous. Bien sûr, il y a la petite blondinette au minois en forme de cœur qui trouve toujours une paire de bras de compatissante, quelque source administrativement correcte pour étancher son immense soif d'amour. Il y a toujours un gosse mignon comme un ange au milieu de tous les autres, plus rebelles, plus insaisissables, plus revêches, tout autant dans le besoin affectif mais à qui on n'a pas appris à séduire, on n'a pas appris à aimer ou à être aimer, ceux qui, en rien, ne flattent la fausse générosité de leurs adultes référents.

  • Oh, lui, ne t'en occupe pas, c'est un mariole !


Et pan, voilà comme on expédie un CV de gosse de personne sous le soleil de juillet, quelque part sur la côte landaise.
Le gosse n'est pas à table avec nous, sa jambe raide comme l'injustice le relègue un peu plus loin, une assiette en équilibre sur sa carapace blanche, un poignet bandé se refusant paresseusement à fouiller la nourriture.
J'ai bien vu qu'il aime faire le clown, attirer l'attention, qu'il aime provoquer, non pas les élans compassionnels, mais les haussements d'épaules agacés. Il est populaire auprès des autres, dans sa posture de petit commandeur statufié de son vivant, petit poil à gratter irritant qui aime bien démanger là où ça fait mal. Il est vif, il est dur, il a parfois un regard de vieillard.

  • Il a fait le zouave pour épater sa petite copine. Il est monté sur le balcon, a joué l'équilibriste et voilà le travail ! Il est tombé directement sur le ciment de la cour. Heureusement pour lui, comme il est jeune, ses os sont souples et il a, en quelque sorte, rebondi sur le sol. Il a eu de la chance, il aurait pu se tuer avec ses conneries.

Il ne mange pas, il attend que ça passe. D'ailleurs, quand il pense que personne ne l'observe, il est plutôt en mode passif. D'un autre côté, momifié comme il l'est, il aurait bien du mal à faire beaucoup plus de grabuge qu'une mauvaise vanne dégainée à l'occasion.

  • Ça ne doit pas être facile pour couper ta viande.

Il ne daigne même pas me répondre. Il est plutôt boudeur et je mets ça sur le compte de la chaleur estivale qui doit le faire baigner dans son jus. Du coup, je m'attache à découper de petits morceaux de nourriture tout en racontant tout et n'importe quoi, comme à mon habitude, juste pour meubler le silence et distraire sa solitude volontaire. À aucun moment, je ne l'interpelle sur son mutisme, sa bouderie, son plâtre. Je ne lui pose aucune question, je lui raconte juste des petites histoires, comme j'en ai déjà le goût, des petites tranches de vie, pour faire sourire ou réfléchir, des petits riens dont on fait les petites passerelles entre les êtres.

Comme j'ai fini de transformer son assiette en puzzle, je lui repose sur le bassin et je me contente de rester assise à côté de lui, comme ça, sans rien dire, juste en m'attachant à regarder dans la même direction que lui.
Et moi aussi, je me mets à attendre.

Sa main glisse vers sa fourchette. Il picore un peu. Et il se met à parler, comme ça, sans particulièrement s'adresser à moi, mais en faisant en sorte que son filet de voix soit suffisant pour que j'entende tout. J'ai réussi à ne pas bouger un sourcil et j'ai écouté.
J'ai écouté son histoire de petit garçon de trop, de gamin perdu sans collier dans les couloirs d'une institution. Il m'a parlé de la carte postale annuelle que sa mère lui envoie pour Noël. Il m'a surtout parlé de la dernière, celle où elle lui promettait de venir le voir pour son anniversaire.
Alors, ce jour-là, il l'a attendue. Il s'est juché sur le balcon, tel Sœur Anne, pour la voir venir. Et il a attendu, attendu, avec cette foi féroce que seuls les enfants cultivent jour après jour. Il a attendu toute la journée et elle n'est pas venue. Alors, il a enjambé la balustrade et là, il a lâché la rampe, au propre comme au figuré.

Je reste à ses côtés et je ne dis surtout rien. Parce qu'il n'y a rien à dire et qu'il n'attend visiblement plus rien, même pas une réponse. Je ne sais pas s'il dit vrai ou s'il a brodé son histoire à mon attention exclusive, je ne cherche même pas à savoir, son récit se suffit à lui-même. En fait, je le crois, comme ça, d'instinct, je le crois. Peut-être juste parce que j'ai mes propres histoires à me traîner, mes propres blessures à cicatriser. Peut-être aussi que c'est ça qu'il a senti chez moi, que c'est ça qui l'a poussé à raconter ce dont on ne parle jamais.

 

http://blog.monolecte.fr/post/2012/03/02/Le-mariole

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 09:38

4393_82948347231_763387231_1711798_1022764_n.jpgLe 23 février dernier, Nicolas Sarkozy a annoncé à Lille : « Je veux être le porte-parole de cette France qui vit de son travail. En 2007, j’avais choisi le travail, je n’ai pas changé d’avis. »

Depuis qu’il est entré en campagne, on ne sait pas ce qui est le plus admirable chez le président-candidat. Son audace à proclamer des intentions contraires à tout ce qui constitue le bilan de sa présidence ? Sa capacité à conduire en 2012 une campagne identique à celle d’il y a cinq ans, laquelle s’inspira largement de celle de George W. Bush en 2004 ? A l’époque, la plupart des commentateurs ne donnaient pas cher des chances de réélection du président américain. On comprend que ce précédent encourage et inspire M. Sarkozy dont presque chacun suppute que, dans trois mois, il ne sera plus à l’Elysée.

M. Sarkozy l’a promis : il ne retournera pas au Fouquet’s. Il fait comme si le problème avait été son choix de restaurant davantage que celui de ses convives, patrons du CAC-40, directeurs de journaux, vedettes de variété obsédées par le montant de leur impôt, empereurs de la télévision-poubelle, affairistes... Là, il jure que c’est terminé : « Il y a une infime minorité qui a beaucoup choqué les Français en faisant vraiment n’importe quoi. (…) Il y a un sentiment d’injustice. »

Le président-candidat, qui pendant cinq ans a guerroyé contre « l’assistanat » en déclinant toutes les techniques de l’art d’ignorer et de stigmatiser les pauvres, afin surtout de les opposer entre eux, interdira « purement et simplement » (s’il est réélu) « les retraites chapeaux des hauts dirigeants ». Une promesse déjà faite en 2007. Hélas, la crise ne lui a pas laissé le temps de la réaliser puisqu’il fallait d’abord et d’urgence « réformer » les retraites, réduire la fiscalité pesant sur les fortunes, supprimer l’impôt sur les successions, amincir la fonction publique, durcir la justice pénale, combattre l’immigration, réglementer le droit de grève. Ne nous méprenons pas, toutefois, la (nouvelle) révolution fiscale de M. Sarkozy ne défera pas l’ancienne. L’augmentation déjà programmée de la TVA frappera en priorité les petits revenus (qui consomment une fraction plus importante de ce qu’ils gagnent) ; l’augmentation de la fiscalité directe que prévoient les candidats de gauche (MM. François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Mme Eva Joly) et d’extrême gauche (M. Philippe Poutou et Mme Nathalie Arthaud) inspirent au candidat sortant cette réflexion : « Si demain on a en France un génie, un Steve Jobs, est-ce qu’on doit le mettre dehors, ou est-ce qu’on doit, au contraire, l’avoir ? (…) Monsieur Hollande veut moins de riches en France, c’est son droit, moi je veux moins de pauvres. » Le milliardaire qu’on va spolier et décourager de « créer », celui dont la collectivité risque de se priver, c’est toujours Pablo Picasso ou Steve Jobs, jamais le rejeton incapable, le fils de famille qui hérite de l’entreprise et de la fortune de son père – François-Henri Pinault, Martin Bouygues ou Arnaud Lagardère, par exemple.

Il n’en demeure pas moins que quand « le président des riches » se métamorphose en candidat du peuple, la mise en scène est soignée. Col roulé, visites dans les usines, repas à la cantine, M. Sarkozy n’hésite pas, comme autrefois (sans succès...) M. Edouard Balladur, à monter sur une table afin d’haranguer la foule. Entouré d’ouvriers d’Alstom portant la casquette de leur entreprise, le président — qui ne pouvait, il y a encore quelques semaines, se déplacer qu’entouré de policiers et qui, redoutant les éclats de l’assistance (que manifestement il supporte très mal…), ne s’adressait qu’à des publics triés sur le volet — privilégie dorénavant le refus du protocole, la spontanéité. Et n’oublie ni l’émotion ni le volontarisme : « L’usine qui ferme, c’est un drame. Je n’ai pas été élu pour dire : il n’y a rien à faire » (à Lille, le 23 février). Sa présidence ayant été marquée par la désindustrialisation accélérée du pays (lire, sur ce sujet, notre dossier dans le numéro de mars, en kiosques), les « drames » n’ont pas manqué.

Un jour de 2006 où il ne s’entretenait ni avec Martin Bouygues, ni avec Alain Minc, ni avec Bernard Arnault, ni avec Bernard-Henri Lévy, M. Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, avait confié à Paris Match : « Je suis comme la plupart des gens : j’aime ce qu’ils aiment. J’aime le Tour de France, le football, je vais voir Les Bronzés 3, j’aime écouter de la chanson populaire. » Sur ce terrain du « populisme » (pour presse people), le président français est, cette année, exposé à une concurrence plus vigoureuse qu’il y a cinq ans. En effet, avec la crise et la ponction par les banques d’une partie de la richesse nationale s’est généralisé le discrédit des grosses fortunes, des sportifs et des vedettes de variété exilées fiscalement à l’étranger, sans oublier celui des experts sonnants et trébuchants qui quadrillent les médias et les commissions gouvernementales (lire l’enquête de ce mois-ci sur les économistes à gages).

Combat frontal contre une gauche qui n’aimerait et n’écouterait que des artistes snobs, nécessité d’un volontarisme libéral pour empêcher le déclin précipité du pays, thérapie de choc (cette fois, le « modèle allemand » a remplacé le britannique), les recettes idéologiques du candidat Sarkozy paraissent reprendre à l’identique celles d’il y a cinq ans.

Les dimensions appel à la repentance après des années de bombance et réaffirmation de la « morale traditionnelle », ne sont pas non plus absentes. A propos de cette dernière, inspirée par l’ultra-droite américaine, le quotidien officiel du régime, Le Figaro, confie que le 7 février dernier, le président français aurait dit à son comité stratégique de campagne réuni à l’Elysée : « Il faut rassurer les catholiques et le socle de notre électorat. J’ai arbitré : le mariage gay et l’euthanasie, c’est non. » Emouvante défense de la laïcité, obsession de l’intérêt général…

Le nombre modeste des opportunistes professionnels qui s’affichent aux côtés du président sortant indique, au moins autant que les sondages, que les deux mois qui viennent ne seront pas de trop à M. Sarkozy pour convaincre l’opinion qu’une fois de plus il a « changé ». Et que le changement de président impose donc de voter pour lui. L’exercice n’est pas gagné d’avance.

 

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2012-03-02-sarkozy

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 09:28

arton1321.jpgLa crise de 2007-2012 a mis en évidence les dangers de la construction européenne actuelle dominée par le néo-libéralisme. Début 2012, les classes dirigeantes comme la technocratie européenne sont incapables de sortir de la crise; pire, elles utilisent celle-ci pour parvenir à leurs fins de toujours : réduire les dépenses publiques, affaiblir le modèle social européen et le droit du travail, priver les peuples de toute voix au chapitre pour imposer une gouvernance  technocratique de l’Europe.

Le bilan est catastrophique. De l’aveu même de la Commission, la zone euro devrait connaître une baisse de son PIB  en 2012 (de 0,3%). Début 2012, le taux de chômage de la zone atteint 10,4%. La crise s’est traduite par une perte de l’ordre de 9% du PIB, mais la Commission impose des politiques d’austérité, qui enfoncent l’Europe dans une  récession sans fin. Alors que la crise est due à l’aveuglement et à l’avidité des marchés financiers, ce sont les dépenses publiques et les dépenses sociales qui sont frappées.
La Commission, la BCE et les Etats membres laissent les marchés financiers spéculer contre des dettes publiques qu’ils affirment garantir. Ils les laissent imposer des taux d’intérêt exorbitants à l’Italie et à l’Espagne, Trois des pays membres voient leurs politiques économiques décidées directement par la Troïka (Commission, BCE et FMI). 
La Commission et les dirigeants des Etats membres veulent aujourd’hui imposer aux peuples, sans les consulter, deux traités, qui fixeraient dans le marbre ces politiques économiquement suicidaires.
Le « Pacte budgétaire », le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et budgétaire (TSCG), impose à chaque pays d’inclure dans sa Constitution une règle limitant le déficit public structurel à 0,5% du PIB, et de mettre en place un mécanisme de correction automatique, si ce plafond n'est pas respecté. Les pays devront réduire leur déficit, selon un calendrier proposé par la Commission. Les pays soumis à une Procédure de Déficit Excessif (pratiquement tous aujourd’hui) devront soumettre leurs budgets et des programmes de réformes structurelles à la Commission et au Conseil, qui donneront leur avis et surveilleront l’exécution du budget. Une majorité qualifiée des pays de la zone euro sera nécessaire  pour s'opposer à des sanctions décidées par la Commission. 
Ce projet est absurde du point de vue économique. Il impose une norme arbitraire de déficit public; il ne permet pas de faire financer les investissements publics par de l’endettement; il interdit toute politique discrétionnaire pour soutenir l'activité. Les pays membres vont perdre toute autonomie budgétaire et devront soumettre leur politique au visa de la Commission.
Le Mécanisme Européen de Stabilité introduit certes une certaine solidarité entre les pays membres, mais celle-ci est limitée et très chèrement payée :
     - Pour  participer au MES, les pays devront avoir adhéré au Pacte budgétaire et l’avoir respecté.
    - L’aide sera conditionnelle : un pays pour être aidé devra s’engager à respecter un plan d’ajustement drastique imposé par la Commission, la BCE et le FMI. L’exemple grec montre bien que ce type de plan ne permet pas de sortir de la crise.
     - Le MES stipule explicitement que les pays devront se financer sur les marchés financiers et, en même temps, que les créanciers privés pourront être mis à contribution en cas de difficultés. La créance du MES sera prioritaire par rapport aux créances privées. Les émissions d’obligations publiques devraient comporter une Clause d’Action Collective, c’est-à-dire que, en cas d’insolvabilité du pays émetteur, proclamée par la Commission et le FMI, le pays devra négocier avec ses créanciers une modification des conditions de paiement, l’accord s’appliquant à tous si une majorité qualifiée de créanciers l’acceptent. Les dettes publiques des pays de la zone euro vont devenir des actifs risqués, soumis en permanence à l’appréciation et à la spéculation des marchés financiers, comme l’est la dette des pays émergents. Les pays  de la zone seront donc condamnés à des concours de vertu pour apparaître aussi sages que l’Allemagne aux yeux des marchés. Les dettes publiques deviendront un facteur permanent de risque puisque les États seront à la merci des esprits animaux des marchés financiers. Or ceux-ci n’ont aucune compétence macroéconomique. Ils imposent des politiques d’austérité en période de récession, puis se plaignent du manque de croissance… Ils favorisent les réformes libérales comme la réduction de la protection sociale ou celle du nombre de fonctionnaires, ou la libéralisation du marché du travail. Les taux d’intérêt sur les dettes publiques seront plus élevés, plus volatils et moins contrôlables. Fallait-il construire la zone euro pour en arriver là ?

Pourtant, l’évolution récente montre bien que la zone euro ne peut sortir de la crise par l’accumulation de plans d’austérité visant à rassurer les marchés financiers. Une stratégie résolue consisterait au contraire à :
   - Faire financer les dettes publiques par l’épargne des ménages, hors des marchés financiers.
   - Faire garantir les dettes publiques par la BCE, de sorte que tous les pays puissent se financer à 10 ans  à 2%, le taux sans risque. Si nécessaire, la faire intervenir pour acheter des titres publics pour maintenir un bas taux d’intérêt, comme le font actuellement les banques centrales des Etats-Unis et du Royaume-Uni.
  - Renégocier les taux excessifs auxquels certains pays ont dû s’endetter depuis 2009. Remettre en cause la prise en charge par les Etats des dettes bancaires. Ne pas rembourser les actifs accumulés par l’évasion fiscale.
  - Entreprendre une vaste réforme fiscale pour faire payer le secteur financier, les transactions financières, les revenus exorbitants, les entreprises multinationales, les patrimoines gonflés par les bulles financières ou immobilières, pour interdire aux banques et entreprises européennes d’avoir des filiales dans les paradis fiscaux.
  -  Mettre fin aux politiques d’austérité et, au contraire, relancer l’activité en particulier par des banques publiques de développement durable, qui financeraient la transition écologique, grâce à l’épargne des ménages.
 Aucun de ces points ne figure dans la stratégie actuelle de l’UE. Malgré l’échec total de celle-ci,  le journal Le Monde fait la leçon à la gauche française. Ainsi, l’éditorial du 10 février s’intitule : « Pourquoi toucher au pacte budgétaire ? » et critique François Hollande pour avoir osé demander de rouvrir la négociation. Mais la réponse à la question posée par Le Monde est évidente. « Parce ce que ce Pacte est un contresens complet ». Contrairement à ce que prétend le Monde, le Pacte n’organise pas une « gouvernance économique commune », puisque, au contraire, il insère les politiques budgétaires dans des règles rigides, qui ne tiennent pas compte de la situation économique. Où sont « l’amélioration récente de la situation » et « le fragile climat de confiance retrouvé au sein de la zone » que voit Le Monde quand, tous les trimestres, éclate un nouveau psychodrame sur la Grèce (et bientôt sur le Portugal), que l’Italie et l’Espagne subissent des taux exorbitants, quand le PIB de la zone diminue ? L’éditorial du 17 février nous apprend que « La crise a montré les défauts de fabrication de la monnaie unique. Pour y remédier, les Européens ont mis en place un pacte budgétaire », « la coordination budgétaire est nécessaire au bon fonctionnement de l’euro ». Certes, mais le Pacte de Stabilité était déjà en place, qui, comme le nouveau Pacte Budgétaire, se contentait d’imposer des limites arbitraires aux déficits budgétaires. Ni le Pacte de Stabilité, ni le Pacte Budgétaire ne sont des procédures de coordination budgétaire ou économique, visant à impulser la croissance en Europe. L’éditorial avoue « L’Europe est impopulaire ». Mais il propose de lui donner plus de pouvoir en interdisant de remettre en cause la manière dont elle exerce ses pouvoirs.
Dans le Monde du 25 février, Jean-Paul Besset, Daniel Cohn-Bendit et Alain Lipietz reprochent aux députés de la gauche française de ne pas avoir approuvé le MES. C’est, selon eux, « une bourde historique ». Pour cela, ils doivent masquer le contenu du MES. Ils prétendent qu’il n’y a aucun lien entre le MES et le Pacte budgétaire, bien qu’il soit explicitement écrit dans le MES : « Il est reconnu et convenu que l’octroi d’une assistance financière dans le cadre des nouveaux programmes en vertu du MES sera conditionné par la ratification du TSCG par l’Etat concerné et par le respect, à l’expiration de la période de transition prévue par l’article 3, des exigences de cet article », c’est-à-dire le respect de l’équilibre budgétaire : le MES n’aidera que les pays qui n’ont pas besoin d’être aidés. Ils prétendent que le MES laisse ouvert le type de conditionnalité qui sera imposé au pays aidé. Pourtant, le Traité précise bien que celui-ci sera strict, que le pays aidé devra demander une assistance au FMI, qui apportera « sa participation active  sur le plan technique ». Les Grecs, les Portugais, les Irlandais savent ce que cela signifie. Besset, Cohn-Bendit et Lipietz prétendent que le MES n’est pas un organisme technocratique, mais un organe politique dépendant des Etats. En fait, la conditionnalité sera négociée par la Commission, la BCE et le FMI, et être compatible avec les recommandations de la Commission.  Ce sont ces trois organismes qui vérifieront les respects des obligations du pays aidé, avec, nul n’en doute, la souplesse dont ils ont fait preuve pour la Grèce. Le MES pourra certes intervenir sur le marché primaire ou secondaire de la dette publique d’un pays, mais uniquement si celui-ci s’engage dans un plan d’ajustement contrôlé par la Troïka. Peut-on écrire « Le MES intimidera la spéculation » ? alors que l’annonce de sa création a fait redoubler la spéculation, les marchés constatant que l’Europe renonçait à prendre des mesures fortes pour briser la spéculation : la garantie inconditionnelle par la BCE, les euro-obligations, le financement des déficits en dehors des marchés financiers. Le MES souffre du même défaut que le FESF : le montant de son engagement maximum est précisé (500 milliards d’euros), ce qui encourage la spéculation contre l’Espagne et l’Italie que le MES ne pourrait défendre. Peut-on écrire « le MES évitera à la Grèce l’horreur économique subie par l’Argentine de 2002 à 2005 » ?  L’Argentine a certes subi une perte de PIB de 15% en 2001-2002, mais elle s’est ensuite fortement redressée et a connu une croissance de 8,5% l’an de 2003 à 2007. Le PIB de la Grèce devrait être, en 2012, 18 % en dessous de son niveau de 2007 et aucune amélioration n’est en vue. L’Argentine s’est en mieux sortie que la Grèce.
Non, l’erreur historique n’est pas celle des 44 députés qui ont voté contre le MES. C’est  celle de certains partisans de l’Europe qui veulent tout sacrifier à la construction européenne, sans voir que celle-ci, telle qu’elle est actuellement dirigée, mène à la catastrophe financière, économique, sociale et écologique.    

 

 

http://atterres.org/article/mes-o%C3%B9-est-la-bourde-historique

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 09:14

Guerre.jpgRésumé

Au cours des vingt dernières années, les droits des femmes ont été progressivement considérés comme faisant intégralement partie des droits de l’homme, au moment même où tant les conservateurs que les libéraux ont appelé à des interventions militaires à but humanitaire en réponse à certaines violations des droits de l’homme. Les premiers ont ainsi commencé à recourir au langage des droits de l’homme, voire du droit des femmes, afin de justifier ces appels, tandis que les seconds ont commencé à adopter un discours et une rhétorique militaire afin de démontrer l’importance qu’ils accordent à ces droits. Cet article analyse ces changements intervenus tant dans le droit que dans le discours des droits de l’homme, et conteste la façon dont ces appels à intervenir militairement alimentent une mentalité de crise. L’accent mis sur la crise dénature les violations ou les violences en question et empêche de prendre conscience du rôle que les interventions, militaires ou pas, ont pu jouer dans la production des crises. Dans le contexte des débats féministes, la prolifération des appels à l’intervention fondés sur l’argument selon lequel des génocides sont en cours ou imminents a ainsi motivé une nouvelle lecture du viol comme génocide. De tels appels sont une réponse, mais aussi un encouragement, à l’enthousiasme des défenseurs des droits de l’homme pour l’intervention militaire à but humanitaire.

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 09:09

arton58.jpgDans un point de vue publié dans Le Monde du 25 février ("Mécanisme européen de stabilité : la bourde historique de la gauche"), des députés européens écologistes et des économistes proches d'eux s'en prennent à ceux qui, à gauche, se sont opposés au Mécanisme européen de stabilité (MES). Passons sur l'outrance rhétorique qui consiste à comparer cette opposition à celle des députés de droite sur la loi Veil instaurant le droit à l'avortement et venons-en au fait. Le MES serait "un premier pas vers une Europe fédérale avec son propre Trésor public et un budget conséquent". Au-delà du fait qu'il faudrait discuter précisément des fondements d'une telle Europe fédérale, s'il s'agissait d'"un fonds solidaire", comme ils l'affirment, s'opposer au MES serait effectivement "une bourde historique". Hélas, comme lors du débat sur le Traité constitutionnel européen (TCE), nos amis prennent leurs désirs pour la réalité.

Un Trésor public européen aurait pour objectif de financer des politiques publiques européennes. Rien de tel dans ce qui nous est présenté. Le MES n'a pas vocation à conduire des politiques publiques d'investissement au niveau européen, ce qui pourtant serait bien utile, ni même d'aider à la convergence des trajectoires économiques et sociales des Etats membres. Et surtout, loin de permettre à l'Union européenne de s'émanciper de la toute puissance des marchés financiers, il en consacre la domination. Il vise simplement à prêter des fonds aux Etats qui auront du mal à emprunter directement sur les marchés financiers. Comment cela se passera-t-il ? D'abord, les Etats emprunteront sur les marchés financiers pour constituer le capital du MES, plusieurs centaines de milliards d'euros. L'Allemagne empruntera à un peu moins de 3 %, la France à un peu plus, et les autres pays à beaucoup plus. Premier résultat donc, la dette publique va s'accroître.

Mais il est fort probable que ces sommes risquent d'être insuffisantes en cas d'aggravation de la crise. Si le MES devait "secourir", outre la Grèce, l'Irlande et le Portugal, mais aussi l'Espagne et l'Italie – des pays aujourd'hui sur la sellette, mais appelés eux aussi à répondre aux appels de fonds du MES –, il serait vite dépassé. D'où le fait que le MES soit autorisé à emprunter sur les marchés financiers avec pour objectif d'arriver par "effet levier" à emprunter trois à quatre fois son capital. Mais pour le faire à un taux faible, il faut qu'il soit bien noté par les agences de notation. Or, tous les pays sont plus ou moins soumis à la défiance des marchés. Le risque est donc grand que le MES subisse aussi cette défiance. Cela a d'ailleurs été le cas du Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui a perdu son triple A suite à la dégradation de la plupart des pays européens. Comment donc "des pays ayant perdu toute crédibilité auprès des marchés internationaux", comme l'affirment nos auteurs, peuvent-ils en se coalisant retrouver cette crédibilité ? De plus, comment le MES remboursera-t-il sa dette si les pays contributeurs, qui seront aussi ses débiteurs, sont en difficulté et si les taux grimpent ?

Loin de sortir les Etats et la zone euro de l'emprise des marchés financiers, le MES la renforce encore. Les banques, qui peuvent emprunter à 1 % auprès de la Banque centrale européenne (BCE), prêteront au MES à un taux nettement supérieur. Le MES prêtera aux Etats à un taux encore supérieur et ces fonds serviront à payer la charge de la dette qui entrera dans les coffres des banques. C'est la solidarité version néolibérale, les banques solidaires avec elles-mêmes.

Mais ce n'est pas tout, car ces "aides" aux Etats se font "sous une stricte conditionnalité" qui sera définie par la Commission européenne, la BCE et le Fonds monétaire international (FMI). C'est cette troïka qui est en train de mettre le peuple grec à genoux à force de réductions de salaires, de privatisations, de remise en cause des droits des salarié-es. Pour avoir accès au MES, il faudra en passer sous les fourches caudines de l'austérité drastique. Nos auteurs sont bien conscients du problème et affirment qu'ils sont "pour une conditionnalité, mais pas celle imposée à la Grèce". Mais ce ne sont pas eux qui définiront cette conditionnalité, mais la troïka dont on sait quelle conception elle en a.

Cerise sur le gâteau, l'octroi d'une aide financière sera, à partir du 1er mars 2013, conditionnée par la ratification du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l'Union (TSCG). Or ce traité, comme le note la Confédération européenne des syndicats – qui avait pourtant soutenu vigoureusement tous les traités antérieurs – "ne fait que stipuler la même chose : l'austérité et la discipline budgétaire". Nos auteurs indiquent que ce couplage entre le MES et le TSCG n'a pas de valeur légale. Mais le problème n'est pas juridique mais politique. En adoptant le MES, les Etats s'engagent politiquement à adopter le TSCG.

Bref, loin d'être un mécanisme de solidarité européen, le MES va être une camisole de force pour soumettre les peuples aux exigences des marchés et le S de MES risque fort d'être celui de servitude. La crise actuelle de l'UE et de la zone euro est la résultante de l'application des traités européens antérieurs marqués du sceau du néolibéralisme. La sortie de crise implique un changement de logique. Les députés écologistes et les économistes qui leur sont proches ont de la constance à défaut de cohérence. Ils avaient soutenu le TCE qui empêchait la BCE d'être un prêteur en dernier ressort pour les Etats et ils soutiennent le MES qui ne pourra pas emprunter à la BCE et qui a été inventé pour éviter d'avoir à modifier le statut de la BCE.

Il existe pourtant une autre solution pour sortir de l'emprise des marchés : que la BCE finance, sous contrôle démocratique européen, les déficits publics des Etats. Cela est d'ailleurs possible dès aujourd'hui car l'alinéa 2 de l'article 123 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne autorise la BCE et les banques centrales nationales à prêter aux établissements publics de crédit qui pourraient donc par là-même financer les déficits publics. Sortir la dette publique de la mainmise des marchés est la condition de toute politique progressiste.



Claude Debons, syndicaliste, Jacques Généreux, économiste, Janette Habel, universitaire, Jean-Marie Harribey, économiste, Pierre Khalfa, syndicaliste, Marie-Christine Vergiat, députée européenne, et Francis Wurtz, député européen honoraire, soutiennent la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle.

 

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/01/le-mes-n-est-pas-un-mecanisme-de-solidarite-europeen_1649890_3232.html

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 08:53

45706948.gifRencontrés dans le foyer de jeunes travailleurs de la Fruitaie à Nogent-sur-Oise (Picardie), et à quelques mois des élections présidentielles, Alexander, Miguel, Caroline et Ahmed témoignent d’un sentiment général de colère contre une politique antisociale et stigmatisante à l’égard des jeunes. Formation, logement, travail… Trois piliers pour lesquels il leur faut durement batailler. Trois conditions pour un avenir moins désenchanté.

 

En colère. Alexander (1) pique un coup de sang lorsqu’on l’interroge sur ce que les gouvernants proposent à la jeunesse. Qu’on n’aille pas lui parler de mesures, de réformes ou de lois, lui n’en a vu aucune de bien. Ce jeune homme de vingt-six ans est en CAE (contrat d’accompagnement dans l’emploi) à la mairie de Creil. Il est arrivé au foyer de jeunes travailleurs de Nogent-sur-Oise (Oise) il y a tout juste un an, passant brutalement de sa voiture à une chambre chauffée. « Je m’en souviendrai toute ma vie : une douche chaude et un lit. Cette nuit-là, j’ai dormi comme un bébé !» À l’époque, Alexander travaillait dans le bâtiment, près de Senlis. Il gagnait sa vie mais pas assez pour qu’une agence ou un propriétaire accepte de lui louer un appartement. Un logement social ? Il a fait une demande. Réponse : pas prioritaire. «J’ai fini dans mon AX. On m’a proposé le 115 mais j’avoue que ma fierté a pris le dessus. Je n’ai pas pu.» Son travail dans le bâtiment, il le regrette. « Si ma voiture n’avait pas été en panne, à l’heure qu’il est j’aurais un CDI », lâche-t-il amèrement.

Les foyers de jeunes travailleurs ont été créés dans la vague des grands mouvements d’éducation populaire qui se sont développés dans les conditions difficiles de l’après-guerre. À l’instar des années 1950, fortement marquées par la crise du logement et l’exode rural, les années 2000 sont le théâtre d’une crise qui touche à nouveau les jeunes de plein fouet. Baisse des financements publics, retards pris dans les programmes de logements sociaux et hausse considérable des prix sur le marché de l’immobilier… En 2009, 22,5 % des jeunes de dix-huit à vingt-quatre ans forment la catégorie de la population qui concentre le taux de pauvreté le plus élevé. Dans le foyer de la Fruitaie, à Nogent-sur-Oise, qui propose 77 chambres aux jeunes de seize à trente ans, le loyer moyen s’élève à 120 euros par mois. La majorité des jeunes viennent de l’agglomération creilloise. « Notre but, c’est de faciliter la mobilité et d’aider les jeunes à se stabiliser. Mais le fait que 80 % viennent du coin montre bien qu’on pallie les carences en matière de logement pour les jeunes », analyse Michel Fernandes, directeur de l’Association départementale de l’Oise pour l’habitat des jeunes (Adohj).

 

"Les politiques ne nous aident pas"

 

Caroline est apprentie assistante de gestion dans le foyer. Elle a obtenu une formation en alternance. Âgée de vingt-cinq ans, cette jeune femme y vit depuis 2006. Après un BTS mode stoppé net par manque de «contacts et de pistons», c’est par le foyer qu’elle a entamé sa reconversion. Elle dit sa chance d’avoir été aidée : «Moi, ça va, mais je trouve qu’en général, on n’aide pas assez les jeunes qui veulent s’en sortir. On préfère donner plus aux retraités. On est considérés par les politiques comme des moins-que-rien. À croire qu’ils n’ont jamais été jeunes. Leur crise, c’est nous qui la payons avec nos salaires de base.» Et de se faire la porte-voix d’une génération dite sacrifiée : «Je connais beaucoup de jeunes qui ne s’épanouissent pas. Ils cherchent des petits boulots, ils vivent au jour le jour. Des fois, je me dis qu’au chômage, je pourrais toucher plus d’aides et peut-être que je me porterais mieux.» Alexander, habitué des familles d’accueil, ne voulait pas du foyer. Mais il a vite changé d’avis : « Depuis un an, on m’a aidé à me reconstruire, les choses avancent peu à peu.» Décrocheur précoce, il se retrouve à l’âge de quatorze ans dans un centre de formation professionnelle dans les métiers du BTP. Entre dix-huit et vingt-quatre ans, c’est le trou noir coincé entre le «bizness» et l’alcool. Puis repêché grâce à de belles rencontres. S’il avance doucement dans ses projets, il semble éminemment révolté sur la marche politique du siècle : « La TVA sociale, c’est vraiment nous prendre pour des cons. Quand on vous parle de fermeture d’usines, d’emplois supprimés et que Total fait 7 milliards de bénéfices, c’est écœurant. Les politiques ne nous aideront jamais. Pourquoi j’irais voter ? » Même si les jeunes avaient massivement voté en 2007, ils faisaient déjà partie de la catégorie des abstentionnistes : 22 % contre 15 % du reste de la population. Ils ont aussi boudé les législatives de 2007 à 52 % ainsi que les européennes à 70 %.

Malgré son refus de voter, Alexander pointe clairement la responsabilité du gouvernement dans les dégâts provoqués par la crise. Très informé, lecteur assidu de la presse, Alexander ne comprend pas la stratégie des privatisations : « Les autoroutes, EDF, La Poste, l’école… Les autoroutes sont des mannes incroyables. On pourrait construire avec cet argent plus de logements sociaux. On devrait arrêter de supprimer des postes de profs. Si mon prof avait pu s’occuper de moi, au lieu de gérer une classe de 35 élèves, j’aurais peut-être continué les études. On devrait aussi encourager les entreprises, les petites et les moyennes, à s’installer dans des bassins désindustrialisés. Nous, la seule chose qu’on veut, c’est des emplois corrects. Bien sûr que je suis en colère puisqu’on nous met des bâtons dans les roues. » Alexander gagne 600 euros par mois. Dans le bâtiment, il touchait le double mais dormait dans sa voiture. À quoi bon dès lors être salarié ? « C’est le monde à l’envers. Il faut être au chômage, malade, à l’agonie pour avoir des aides. Si vous travaillez et que vous gagnez un peu, c’est fini, on ne vous aide plus. C’est presque moins intéressant de travailler. »

 

Des incertitudes trop fortes

 

Un avis partagé par Miguel Cariedo-Villa. Ce jeune homme de vingt-cinq ans vient de Jeumont, petite ville frontalière du nord de la France. Il vit au foyer depuis 2009. Intérimaire, il travaille comme contrôleur visuel à l’usine Montupet de Laigneville. Les bons mois, son salaire tourne autour de 1 500 euros. Bénéficiaire d’un appartement géré par l’Association départementale de l’Oise pour l’habitat des jeunes (Adohj) à Montataire, commune voisine de Nogent, son loyer engloutit 500 euros sans compter les frais de voiture et l’alimentaire. « Pendant un an et demi, j’ai fait du travail de rénovation en contrat d’insertion pour le foyer puis j’ai trouvé du travail à l’usine. Avec le salaire qui varie en fonction des commandes dans l’automobile, j’ai du mal à mettre de l’argent de côté. Des fois, je suis à découvert.» De politique, d’élection présidentielle, Miguel ne veut pas en entendre parler. Son impression générale : « Les politiques ne font rien pour nous, les jeunes. Je n’ai jamais voté, je ne me suis jamais intéressé à la politique mais une chose est sûre, je ne porte pas Sarkozy dans mon cœur. »

Ce jour-là, Miguel accueille au foyer un ami d’enfance de Jeumont. Ahmed Boudjemil, vingt-quatre ans, intérimaire dans les centrales nucléaires thermiques. De passage à Nogent, où vit également son frère, il raconte : « Six mois de l’année au chômage et six mois comme électro-bobinier dans les centrales en France. Franchement, je ne me plains pas. Je gagne plus de 4 000 euros par mois.» S’il s’estime bien loti, son chômage a nettement baissé : « Il y a deux ans, je touchais 1 400 euros par mois de chômage. Aujourd’hui, c’est 500 euros. C’est Sarkozy qui nous vole notre argent.» Ahmed s’interrompt net. Et poursuit : « Moi, mon problème, ce n’est pas le travail mais plutôt la police, dit-il sans transition. Je paye mes impôts, je travaille, je fais mon possible pour vivre, je ne suis pas un délinquant. Mais à Jeumont, dans ma ville, je me fais contrôler tout le temps. Parfois, jusqu’à trois fois en deux jours ! Pourquoi  ? » Résultat : Ahmed ne se sent pas un citoyen français. « La police m’a dégoûté de cette France. Je pense de plus en plus à partir d’ici.» Il votera tout de même parce qu’il ne voudrait pas voir passer Sarkozy une deuxième fois.

Envisager une famille, une maison, des enfants. Tout cela semble bien loin pour les jeunes rencontrés au foyer de Nogent-sur-Oise. L’avenir est flou, parfois sombre. Miguel, l’intérimaire de Montupet, ne voit pas comment il arriverait à «se poser». Trop d’incertitudes. « Voilà deux ans que je suis dans l’Oise. Ça me fatigue un peu de ne pas savoir pour le travail. Je pense peut-être partir dans les usines suisses. Dans l’horlogerie, ils cherchent des gens avec des petites mains, dit-il en souriant. Il y a plus de travail que pour les ingénieurs et les diplômés. J’en connais trop qui sont au chômage…» Et Alexander de conclure, entre amertume et détermination : « On met nos droits à l’envers, s’emporte-t-il. On n’y voit pas clair, je ne vois pas d’avenir. Pourtant j’essaie d’y croire. Je m’installe bientôt avec ma copine dans un appartement du foyer. Mais quand on vous dit que des emplois sont supprimés à longueur de journée, que les usines partent au Maroc, on est en droit de se demander s’il restera du travail en France. Je ne sais pas si je veux avoir des enfants. Est-ce qu’ils auront du travail ? Je ne veux pas qu’ils subissent les mêmes galères que moi. »


Ixchel Delaporte
(1) Le prénom a été changé par souci d'anonymat
http://quartierspop.over-blog.fr/article-jeunes-travailleurs-la-precarite-en-bandouliere-100457232.html
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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 08:48

arton2114-998e3.jpgL’installation des compteurs électriques dits « intelligents », comme le Linky en France, qu’Éric Besson veut généraliser, est loin de faire l’unanimité. Intrusion dans la vie privée et risque de piratage des données, multiplication des ondes électromagnétiques avec des effets néfastes sur la santé, « racket » des abonnés, suppression d’emplois chez les distributeurs d’électricité... De Paris à la Californie, en passant par le Québec, la contestation grandit. Tour d’horizon des résistances.

La Ville de Paris ne veut pas du nouveau compteur électrique « intelligent » Linky. Bien qu’elle soit la première ville française à prendre une position aussi tranchée contre ce nouveau compteur, son vœu, adopté mi-octobre 2011, est passé assez inaperçu. Ce vœu fait suite à l’annonce d’Éric Besson, ministre en charge de l’Énergie, le 28 septembre dernier, d’installer 35 millions de compteurs électriques « intelligents » dans tous les logements à partir de 2013 [1], considérée par les élus verts parisiens comme une « décision ministérielle unilatérale ». Les élus du groupe Europe Écologie-Les Verts (EELV) regrettent « l’absence totale de concertation avec les collectivités locales propriétaires des réseaux ». « En tant que propriétaire du réseau électrique et des compteurs, la Ville de Paris doit avoir voix au chapitre », souligne le cabinet de Denis Baupin, maire-adjoint de Paris.

Les nouveaux compteurs électriques piratés

Autre point de friction entre la capitale et l’État, « les impératifs de préservation de la vie privée et de la liberté des citoyens ». Cette crainte est-elle justifiée vis-à-vis de compteurs jugés intrusifs ? Début janvier, en Allemagne, deux hackers ont démontré qu’il était possible d’intercepter les données transitant entre un compteur de nouvelle génération et la compagnie d’électricité [2]. Selon The Hacker News, les deux hackers étaient en mesure, après avoir analysé les données, de connaître le nombre d’ordinateurs ou de téléviseurs dans la maison, le programme de télévision regardé, et si le film DVD en cours de lecture était protégé ou non par un copyright !

Certes, ce piratage ne porte pas sur un compteur Linky, mais sur un compteur électrique intelligent d’origine allemande, rappelle le service de presse ERDF, qui gère le réseau électrique. Le protocole de communication utilisé par le Linky serait différent du modèle hacké par les pirates allemands. La Mairie de Paris souhaite néanmoins que le gouvernement réexamine le cahier des charges adopté. Et elle n’est pas la seule.

EDF vs collectivités locales

Autres oubliées de la concertation, les collectivités locales. Propriétaires des réseaux de distribution d’électricité (hors lignes à haute tension) et des compteurs électriques, elles en ont délégué l’exploitation à ERDF sur 95 % du territoire sous forme de concessions [3]. Dès novembre 2010, le Syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour l’électricité et les réseaux de communication (Sipperec), qui réunit 100 collectivités franciliennes, engage un recours gracieux [4] auprès du Premier ministre. Le Sipperec n’accepte pas la généralisation du compteur « sans que le diagnostic ne soit partagé par tous les acteurs ». Le recours est aujourd’hui dans l’attente d’un jugement du Conseil d’État.

Les propos d’Henri Proglio, le 8 novembre dernier dans un entretien au Parisien, ont ravivé la polémique sur la propriété des compteurs. La réglementation doit être « revue afin de garantir pour mon entreprise un retour sur investissement , affirme le PDG d’EDF. Pour cela, il me semble normal de considérer que le nouveau compteur Linky m’appartient. » Une déclaration qui n’est pas du goût de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). « ERDF est concessionnaire, exploitant d’un réseau appartenant aux collectivités locales, qui le lui "prêtent" dans le cadre de contrats de concession », rappelle la fédération. Quant au retour sur investissement, Henri Proglio n’a pas à s’inquiéter : le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité lui garantit une rémunération annuelle de 7,25 % !

Linky = 4 000 emplois supprimés ?

À la Fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME CGT), on s’inquiète de l’impact de ce déploiement pour les salariés d’ERDF. « Le gouvernement confie le déploiement et le financement de Linky à ERDF, et affirme que le nouveau compteur sera gratuit pour l’usager, renvoyant son financement à des gains de productivité réalisés par le distributeur public, indique la FNME CGT. Cela ne doit pas se traduire par des suppressions d’emplois et la dégradation des conditions de travail pour les salariés de l’entreprise. » Or, plus de 4 000 emplois de techniciens clientèle pourraient être supprimés, rappelle le syndicat. « Le recours à la sous-traitance doit être exceptionnel, car il est reconnu par la direction d’ERDF elle-même que sous-traiter revient plus cher que de faire réaliser les travaux par ses propres équipes », avertit la CGT. Ici comme à SUD Énergie, on s’oppose d’ores et déjà aux utilisations anti-sociales qui pourraient être associées à la mise en œuvre du compteur. Ce dernier, désormais doté d’un moyen de coupure télécommandé, pourrait fortement simplifier la tâche pour les impayés… [5]

Le PDG d’EDF évalue le coût unitaire du compteur « entre 200 et 300 euros par foyer », largement au-delà de l’estimation qui avait été faite lors de l’annonce de la généralisation du dispositif (120 euros). « Le consommateur risque de payer deux fois s’il veut agir sur sa consommation », regrette Catherine Dumas, directrice générale adjointe du Sipperec. Le consommateur va d’abord payer le changement de compteur. « S’il veut pouvoir agir sur sa consommation et faire des économies, il faudra qu’il paye une deuxième fois, côté fournisseur, des services pour maîtriser sa consommation », relève le Sipperec. « Ce compteur va être certainement très utile à ERDF pour mieux gérer le réseau, mais nous relevons de nombreuses insuffisances dans [ses] fonctionnalités […] pour le consommateur », résume Catherine Dumas, qui aurait souhaité un peu moins de précipitation de la part du ministère de l’Énergie.

Une pollution électromagnétique supplémentaire ?

Il n’y a pas qu’en France que l’arrivée de compteurs « intelligents » est contestée. « C’est comme les gaz de schiste, ça va trop vite ! » Cette phrase lâchée par une manifestante le 5 février dans la ville de Québec résume bien la situation. Alors que la société d’État Hydro-Québec prévoit d’installer 3,8 millions de compteurs intelligents d’ici à 2017, les manifestations pour exiger un moratoire se multiplient. Des rassemblements se sont tenus le 5 février au Québec. L’enjeu : alerter sur les radiations électromagnétiques émises par ces compteurs nouvelle génération. « Elles constituent un risque qu’on ne sait pas encore mesurer, indique José Levesque, l’un des membres fondateurs de la Coalition québécoise de lutte contre la pollution électromagnétique (CQLPE). Nous imposer ça est une grave atteinte à notre liberté de choix. »

Dans le doute, la ville de Saint-Colomban (Québec) a adopté en novembre 2011 une résolution [6] exigeant un moratoire sur l’installation des compteurs intelligents. Elle s’est inspirée de la pétition déposée à l’Assemblée nationale qui a recueilli près de 10 000 signatures. Ses auteurs dénoncent la non-consultation des abonnés, le « coût exorbitant » du remplacement des compteurs électromécaniques actuels ainsi que l’absence d’évaluation des risques sanitaires.

 

En complément du moratoire, la coalition réclame une commission d’enquête publique et transparente qui évalue le projet dans son ensemble et fasse le point sur les risques liés à l’électropollution. Et la possibilité pour un abonné de faire retirer le nouveau compteur (20 000 appareils ont déjà été installés). De son côté, Hydro-Québec assure que les taux d’ondes émises répondent aux normes recommandées par Santé Canada.

« Plus de rayonnements que les téléphones mobiles »

Les compteurs pointés du doigt au Québec sont les mêmes que les deux millions installés par le distributeur d’électricité PG&E en Californie. Depuis l’installation des compteurs intelligents, de nombreux résidents se disent aux prises avec des problèmes de santé, dont des maux de tête, des bourdonnements d’oreille, des nausées, des acouphènes et des troubles cardiaques. Deux mille plaintes ont été déposées. Des collectifs Stop Smart Meters (Stop aux compteurs intelligents) se sont créés ces derniers mois en Californie et dans une vingtaine d’autres États, multipliant les manifestations et actions de blocage des véhicules de PG&E. « Les nouveaux compteurs dits intelligents émettent plus de rayonnements que les téléphones mobiles », témoigne une militante dans le New York Times. « Avec les téléphones mobiles, vous pouvez choisir de ne pas en avoir, ou de l’éteindre lorsque vous ne l’utilisez pas. Mais avec ce nouveau compteur, vous n’avez pas le choix, c’est de façon constante, on vous l’impose, vous ne pouvez pas l’éteindre. »

Bombardement électromagnétique

Le comté de Santa Cruz, en Californie, a fini par décréter fin janvier un moratoire sur l’implantation de ces compteurs. Cette décision s’appuie sur un rapport [7] commandé en décembre 2011 au médecin Poki Stewart Namkung, l’officier de la santé publique du comté. L’exposition aux radiofréquences serait cumulative, notamment en raison du bombardement croissant auquel toute personne en milieu urbain est désormais la victime involontaire.

Le rapport relève, entre autres effets biologiques reconnus des radiofréquences, « une perméabilité accrue de la barrière hémato-encéphalique du cerveau (Eberhardt, 2008), des effets négatifs sur la qualité du sperme, des lésions de la double échelle de l’ADN qui peuvent déclencher un cancer (Phillips, 2011), l’activation du gène de stress comme s’il réagissait à une toxine (Blank, 2011), ainsi qu’une altération du métabolisme du glucose dans le cerveau (Volkow, 2011) ». Autant d’effets potentiels sérieux qui ont conduit le Dr Namkung à recommander l’application du principe de précaution.

Interdictions d’installation et sanctions financières

Le moratoire adopté par le comté de Santa Cruz s’inscrit dans un mouvement de contestation beaucoup plus large. On compte à ce jour 9 autres comtés et 38 villes en Californie ayant adopté des résolutions qui considèrent illégale l’installation des compteurs intelligents au sein de leur juridiction [8]. Début février, la Commission des services publics de Californie a ainsi autorisé les clients de la société PG&E à refuser l’installation dans leur résidence des compteurs intelligents. Ces clients pourront soit conserver leur ancien compteur analogique, soit accepter l’installation d’un compteur électronique multifonctions dont on aura désactivé l’émetteur qui permet de transférer les données.

Cette décision est néanmoins assortie d’une sanction financière. Alors que le relevé de consommation ne coûtait rien jusque-là, la Commission autorise désormais le distributeur à imposer des frais initiaux de 75 $ et des frais mensuels de 10 $ – respectivement 10 $ et 5 $ pour les personnes à faibles revenus. Le combat est loin d’être terminé puisque de nombreux abonnés sont catégoriquement opposés à payer ces frais qui, disent-ils, reviennent à de l’extorsion de fonds. Environ 90 000 abonnés ont déjà indiqué à la société PG&E qu’ils refusaient l’installation des compteurs intelligents chez eux.

« Aux Pays-Bas, on est davantage en avance dans le dossier car les citoyens peuvent, sur une base volontaire et sans pénalité, conserver les compteurs mécaniques », rapporte la Coalition québécoise de lutte contre la pollution électromagnétique. Selon The Telegraph, la Grande-Bretagne songerait, elle aussi, à permettre aux usagers de se retirer de son programme de modernisation des compteurs. Bien que le gouvernement britannique projette l’installation de 53 millions de compteurs intelligents entre 2014 et 2019, le mouvement ralentit du fait des craintes des usagers relatives aux radiofréquences. Le ministre de l’Énergie, Charles Hendry, a ainsi récemment déclaré que le gouvernement « ne rendrait pas les compteurs intelligents obligatoires ».

Une technologie en France non exempte de risques sanitaires

En France, des associations comme Robin des toits et Next-Up s’inquiètent des effets potentiellement nocifs sur la santé en raison des ondes émises par les nouveaux compteurs électriques. Certes, les technologies utilisées aux États-Unis et au Canada pour permettre la communication du compteur sont différentes de celles utilisées en France. « Aux États-Unis, précise Étienne Cendrier, porte-parole de Robin des toits, les nouveaux compteurs ne fonctionnent qu’avec des radiofréquences. En France, on va essentiellement passer par du CPL, c’est-à-dire du courant porteur en ligne. » Les données émises par le compteur seront donc transportées via les lignes électriques existantes.

Mais la technologie CPL, qui superpose au courant électrique alternatif de 50 Hz (hertz) un signal à plus haute fréquence, n’est pas exempte de risques sanitaires car les câbles électriques actuels ne seraient pas aux normes CPL. « Les câbles du réseau électrique n’ont pas été conçus à l’origine pour transporter des signaux hautes fréquences, précise l’association Next-Up. Si ERDF veut déployer le Linky, elle doit installer des câbles blindés qui n’irradient pas de hautes fréquences. » Autre solution alternative préconisée par Robin des toits : le raccordement du parc de compteurs actuels en filaire ou en fibre optique.

Totale absence d’études…

Une fois rassemblées dans un concentrateur, les données sont ensuite envoyées à un centre de traitement par la norme GPRS, la même que celle utilisée dans la téléphonie mobile. Or, les ondes électromagnétiques viennent d’être classées par l’Organisation mondiale de la santé dans la catégorie 2B, c’est-à-dire « des agents peut-être cancérigènes pour l’homme ». « À l’occasion de l’expérimentation menée par ERDF en Indre-et-Loire, plusieurs personnes sur place se sont plaintes de nuisances, relève Étienne Cendrier. C’est de l’ordre du déclaratif, mais aucune étude d’impact sanitaire n’a été menée pour approfondir cette question. »

Craignant la mise en danger des personnes électrosensibles, Robin des toits n’envisage pourtant pas de se tourner vers l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, en vue de mener des tests sur les compteurs et concentrateurs installés. Car, depuis la publication du rapport sur les radiofréquences, en octobre 2009, rien n’a été fait dans ce domaine par cette agence. Contactée par Basta !, l’Anses n’a pas été en mesure d’apporter des précisions sur ce thème. « C’est une véritable course de lenteur », dénonce Étienne Cendrier. Ce manquement total au principe de précaution a conduit Robin des toits à déposer fin 2011 un recours au Conseil d’État, qui dispose d’un an pour l’examiner. Avec le compteur Linky, Éric Besson s’apprête à refiler un cadeau empoisonné au prochain gouvernement.

Sophie Chapelle

Notes

[1] Lire à ce sujet Le Nouveau Compteur électrique Linky : plus cher, plus intrusif, mais pas écologique.

[2] Dario Carluccio et Stephan Brinkhaus ont présenté les résultats de leurs recherches à l’occasion de la 28e édition du Chaos Computing Congress, le rendez-vous annuel de la scène hacker internationale.

[3] Selon l’article L 322-4 du code de l’énergie.

[4] Ce recours est aussi engagé par le Syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire (Sieil), où s’est déroulée une partie de l’expérimentation du compteur Linky menée par ERDF.

[5] Lire à ce sujet Le compteur électrique « intelligent » : outil écolo ou mouchard social ?.

[6] Lire la résolution adoptée par la Ville de Saint-Colomban au Québec

[7] Lire le rapport (en anglais).

[8] Voir la liste mise à jour sur le site Stop Smart Meters.

 

 

http://www.bastamag.net/article2114.html

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 08:43

presidentielle-j-51-la-campagne-vue-par-frederic-lordon-M70.jpgJusqu'au 1er tour tour de la présidentielle, Télérama.fr publie le journal de campagne de cent personnalités du monde culturel. Aujourd'hui, l'économiste Frédéric Lordon.

 
           


Par une déformation de lecture dont on ne sait plus ce qu’elle doit à une incompréhension feinte ou à la simple bêtise, les éditorialistes se sont plu à entendre une mention à la « gauche de la gauche » quand la tribune publiée il y a quatorze ans par Pierre Bourdieu en appelait, elle, à une « gauche de gauche » – formidable pouvoir des mots qui en deux signes à peine modifient du tout au tout le sens d’un propos. Il est vrai que les intérêts à ne pas comprendre étaient trop puissants pour que Bourdieu ait la moindre chance d’être entendu, qui n’avait aucune intention de disserter sur les mouvements (symptomatiquement) dits d’« extrême-gauche », et seulement celle d’appeler « la gauche » à être de gauche – si ça n’était pas trop demander.

Mais quelle « gauche » ? Bien sûr celle qui s’accroche au label comme à son dernier oripeau symbolique, héritière ayant depuis belle lurette dénoncé l’héritage, le parti socialiste au socialisme parti, mais maintenu dans ses titres de créance politique, comme un malade en phase terminale sous respirateur, par un univers médiatique confusément conscient d’avoir aussi à se sauver lui-même, et décidé à investir dans ce combat-là toute son autorité véridictionnelle – ceux des éditorialistes qui veulent continuer d’avoir l’air de gauche doivent donc réputer « de gauche » les politiques avec lesquels ils font peu ou prou cause commune.

C’est cette sorte de solidarité inavouée qui conduit Libération à titrer pleine page un énorme « De gauche » (1) au lendemain du discours de François Hollande au Bourget, implacable et désastreuse logique où passent à la fois l’ombre de la dénégation, le désir forcené de croire soi-même à ses propres énoncés et d’y trouver un semblant de réassurance, a contrario l’importune révélation d’un doute profond qui suit de devoir réaffirmer ce qui normalement devrait aller sans dire – et manifestement ne va pas de soi : quiconque éprouve-t-il le besoin d’informer que Sarkozy est « de droite » ? –, enfin l’espoir d’un résidu de pouvoir performatif par lequel les assertions éditoriales parviendraient encore à faire être ce qu’elles énoncent. Hélas, solidaires dans la certification mutuelle de leur identité « de gauche », éditorialistes et hiérarques « de la gauche » sont solidairement emportés lorsque, mentionnant « la gauche de la gauche », ils laissent maladroitement entendre ipso facto que « la gauche », leur « gauche », n’est finalement pas très de gauche.

Et le fait est qu’elle ne l’est pas beaucoup… supposé même qu’après deux décennies de conversions à tout, il y ait encore le moindre titre auquel elle le soit. Si pourtant l’on veut pouvoir soutenir d’une manière moins intuitive que « la gauche » manque jusqu’à la raison d’être tautologique qui devrait la faire être de gauche, encore faut-il se doter d’un critère de la gauche, mais d’un critère qui ne peut en aucun cas être celui des étiquettes ordinairement distribuées par les prescripteurs du débat public dont on sait qu’ils disent le parti socialiste « de gauche » comme on compte encore la puissance des voitures en « chevaux vapeur » : par habitude, inertie, paresse intellectuelle, et sans plus avoir le moindre sens des mots. Parfois l’appareil socialiste se souvient qu’il a encore la possibilité de payer en simples oblats verbaux – alors il dit « justice sociale » ou « inégalités » (il est contre). Mais que dit-il quand il est question de joindre le geste à la parole ? Si peu qui soit de nature à rapporter ces effets à leurs causes, et en fait rien à propos du cadre structurel qui les détermine vraiment. Car voilà ce qu’on pourrait dire à propos de la gauche, de la gauche de gauche : elle est un certain rapport au cadre.

Gauche/droite : une affaire de cadre

Mais quel cadre ? Celui que tous les « indifférenciateurs », ex-Fondation Saint Simon, actuelle République des idées, fondations Terra Nova ou Jean Jaurès, les unes jadis préposées au rapprochement de « la droite modérée et de la gauche intelligente » (ou l’inverse), les autres aujourd’hui précepteurs de la « gauche de gouvernement », ont promu depuis presque trois décennies pour en faire un impensé, en tout cas un inquestionnable du débat politique, le cadre à l’intérieur duquel sont autorisées à s’exprimer les seules différences légitimes, par là nécessairement secondes, et à l’extérieur duquel il n’y a plus que des questions inqualifiables, posées par des questionneurs disqualifiés, soit : le primat de la finance actionnariale, le libre-échange, l’orthodoxie de politique économique sous surveillance des marchés financiers, c’est-à-dire synthétiquement… la construction européenne de Maastricht-Lisbonne !

Or pour qui cherche vraiment le fin mot des inégalités et des formidables régressions imposées au salariat, c’est bien dans ce triangle qu’il faut chercher :
1) la contrainte actionnariale telle qu’elle impose des objectifs de rentabilité financière dont les masses salariales sont la variable d’ajustement (contrainte actionnariale qui n’est certes pas directement promue par le traité européen… mais contre laquelle on ne lutterait qu’au prix d’une suspension de son article 63 interdisant toute entrave aux mouvements de capitaux (2) ;

2) le libre-échange dont les principes de concurrence non distordue imposent les pires concurrences distordues (avec des pays dont les standards sociaux et environnementaux sont pour l’heure sans rapport possible avec les nôtres) ;

3) un modèle de politique économique quasi constitutionnalisé par le traité européen qui organise délibérément sa propre tutelle par les marchés financiers (l’article 63 encore) et consacre la prééminence des créanciers internationaux au point d’en faire les nouveaux ayant-droit prioritaires des politiques publiques : leurs demandes d’austérité passeront avant toutes les autres, et notamment celles des corps sociaux.

Il n’est pas inexact de dire parfois qu’« il n’y a pas alternative », mais à la condition – hors laquelle le fait d’escroquerie intellectuelle est constitué – d’ajouter aussitôt qu’une proposition de ce genre n’a de validité qu’à l’intérieur d’un certain cadre, et sous la prémisse implicite de ne pas toucher à ce cadre. Or si dans le « certain cadre » il n’y a pas d’autre solution possible, il y a néanmoins toujours la solution de sortir du cadre. Et de le refaire. Les choses deviennent alors étrangement simples sous cette perspective : être de gauche, c’est être prêt à attaquer le cadre. Si la gauche de gauche est un certain rapport au cadre, alors voilà quel il est : de liberté et de souveraineté.

L’éternel retour du refoulé européen

Le cadre actuel est parfaitement visible et connu de tous. C’est le cadre européen de Maastricht-Lisbonne. La question – décisive – est alors la suivante : qu’a donc à dire à propos de ce cadre le candidat estampillé « de gauche » par le journal « de gauche » Libération ? Par une de ces infortunes qui ruinent les plus belles promesses, François Hollande doit faire campagne alors que les parlements délibèrent du MES (Mécanisme européen de stabilité) et du TSCG (Traité sur la stabilité, la coopération et la gouvernance), soit deux dispositions qui, bien malencontreusement, viennent rappeler la chose que toutes les campagnes présidentielles passées, par là réduites à l’insignifiance, s’étaient efforcées de faire oublier : il y a ce cadre et nous sommes dedans… Et comble de malheur, ces deux traités, aussi peu respectueux des embarras que des calendriers de « la gauche » française, n’ont pas d’autre objectif que de le resserrer et de le durcir, mais à un point inimaginable.

Responsable du pôle « Europe » dans l’équipe du candidat « socialiste », Christophe Carèsche dit à voix haute et intelligible sa terreur de voir « ressusciter le débat sur l’Europe de 2005 » (3). Ca n’est pas la chose elle-même – le cadre – qui lui fait peur, c’est qu’on doive en parler. C’est que les stratégies de l’évitement et de l’escamotage n’ont qu’un temps… et, fatalité sans doute analogue à celle du refoulé, les débats dérobés sont simplement condamnés à l’éternel retour. C’est en tout cas à ce genre de refus, refus de tout ce qui pourrait conduire à devoir prendre position sur le cadre, que s’exprime le mieux le désir profond de n’en rien toucher, et l’on en vient à se demander quels degrés de destruction sociale les austérités européennes devront atteindre, quelles quantités de chômeurs, de pauvres dans les rues, quelles régressions sociales et sanitaires il faudra connaître pour qu’un jour le parti socialiste se décide à considérer qu’il y a un problème avec cette Europe.

À l’évidence, ces seuils sont encore très loin et, pour l’heure, les hommes du candidat n’ont trouvé à dire que leur inquiétude… de l’inquiétude des investisseurs : « Il (François Hollande) est plutôt hostile à un défaut qui risque d’augmenter la défiance des investisseurs » (Jérôme Cahuzac) ; « On peut dire que baisser le Smic n’est pas la solution pour résoudre la question de la dette, mais aller au-delà c’est prendre le risque que la Grèce ne trouve les relais de financement » (Karine Berger, économiste de l’équipe de campagne) (4). L’idée qu’il pourrait être temps d’envisager de soustraire le financement des déficits à l’emprise exclusive des marchés de capitaux ? Elle ne leur traverse pas l’esprit un instant. Il est vrai que c’est là le genre de proposition qui a pour effet de « ressusciter les débats » qu’on voudrait morts – dit plus précisément : de s’en prendre au principe cardinal du modèle européen de politique économique, alias commencer à sérieusement craquer le cadre.


Mais il y a beau temps que, dans une démonstration d’expiation sans fin du péché de 1981, l’équipe socialiste s’est installée dans la position du magistère orthodoxe, faisant assaut d’hypercorrection, donnant la leçon à la droite incapable de garder le triple A, se faisant forte, elle, de le reconquérir, sans qu’un seul instant lui vienne à l’idée que ce critère, qui enferme à soi seul l’empire de la finance sur les politiques souveraines, est la métonymie de ce qu’il faut détruire et non de ce qu’il faut servir.

Entre flou artistique et aviron dans la semoule, le candidat fait savoir qu’il renégociera les traités, au moins le TSCG. Un autre journal de « la gauche », Le Monde (?), conclut à ce propos que « M. Hollande ne doute pas de sa capacité, une fois élu, à infléchir le cours des choses ». Le problème c’est que nous si. Et avec quelques bonnes raisons. Il s’est trouvé fort peu de personnes, en tout cas dans cette presse, pour rappeler qu’en 1997, M. Jospin pendant la campagne des législatives avait juré ses grands dieux qu’il ne ratifierait pas le traité d’Amsterdam sauf trois conditions impératives – un gouvernement économique pour compenser le poids de la BCE indépendante, un rééquilibrage de la future parité de l’euro, une renégociation du « pacte de stabilité » –, trois conditions évanouies en à peine deux semaines de gouvernement...

C’est que la liste est si longue des renoncements, des conversions et des trahisons de « la gauche » qui n’est pas de gauche, la gauche de droite, en tout cas d’après ce criterium simple : être de droite, c’est vouloir ne pas changer le cadre ; être de gauche, c’est vouloir le transformer – et même 75% de taux supérieur d’imposition ne qualifient pas à être de gauche, qui ne font que réparer à la marge les dégâts d’inégalité à l’intérieur du cadre, inaltéré.


« Gauche et droite, ça ne veut plus rien dire » pontifient les experts de plateau – ânerie monumentale, adéquate au dévoiement général des mots, mais vérité pénible si l’on s’en tient à la chose qu’ils ont décidé d’étiqueter « la gauche ». Même Nicolas Sarkozy finit par s’y tromper qui dans sa déclaration de candidature dit « la droite comme la gauche » avant de se reprendre « la droite contre la gauche ». Il est vrai que lorsqu’on a chaleureusement accueilli Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, commandé rapport à Jacques Attali et loupé de peu Manuel Valls, il y a de quoi s’y perdre soi-même – on notera en passant avec quel talent les trois renégats s’en sont retournés au bercail « socialiste » où ils ont d’ailleurs aussitôt retrouvé le gîte et le couvert.

Tiens, en passant, c’est le même Jean-Pierre Jouyet qui avertit sans ciller début janvier que « la campagne va être sous surveillance de la finance » Et ? Et… rien. Pas de problème particulier. La finance des marchés obligataires a déjà bien en main le pouvoir de conformer les politiques économiques selon ses intérêts exclusifs, Jean-Pierre Jouyet trouve donc simplement logique que la campagne doive se montrer respectueuse, c’est vraiment la moindre des évidences, du cadre où elle nous tient. Contester le cadre ? Mais quelle idée !


Il fallait donc une crédulité enfantine ou bien le goût du frisson pour vibrer avec François Hollande désignant la finance, son ennemie sans visage. Mais comme jadis Lionel Jospin – quoique cette fois-ci avant même l’élection ! – la paix a été faite avec « l’ennemie » à peine la guerre déclarée ; et le passage-éclair de François Hollande à Londres pour rassurer la City quant à l’innocuité de ses intentions réelles, rendre hommage à Tony Blair et écarter lui-même l’hypothèse – extravagante – qu’il pourrait être un « idéologue de gauche » (5), restera sans doute dans l’histoire de « la gauche » comme l’un de ces moments de reniement et d’apostasie dont se nourrissent la Grande Indifférenciation, l’idée que « gauche » et « droite » ne veulent plus rien dire, fausse en général mais vraie dans le cas présent, et, à la fin des fins, un FN à 20%, lui bien décidé à profiter de la confusion des semblables pour recréer des différences.


Espoirs et désespoirs d’une critique de gauche en période électorale

Il faut sans doute reconnaître que ça n’était pas une idée bien fameuse de s’engager à écrire cette tribune à ce moment de la campagne où typiquement il devient impossible de dire quoi que ce soit qui puisse dominer l’intensité des (légitimes) angoisses d’une réélection de Sarkozy, et où toute critique du candidat « de gauche » est immanquablement reçue comme « faisant le jeu » de l’adversaire de droite. De la même manière qu’il serait opportun de purger le débat économique du mot « réforme », il faudra pourtant bien un jour débarrasser le débat politique de « faire le jeu », cette objection-écran bien faite pour ne jamais poser les problèmes – envisager la démondialisation, par exemple, c’est « faire le jeu du FN »…

Car après tout il y a deux manières de faire face à la situation présidentielle : la première qui, d’angoisse incoercible, ne s’accorde plus la moindre liberté électorale et s’enferme avec acharnement dans le discours du « vote utile », négation du principe même d’un scrutin à deux tours !, mais désormais portée à un tel point d’affolement qu’elle en vient à contaminer jusqu’aux primaires : soit quatre tours de scrutin, mais surtout voter utile dès le tout premier ! Rousseau avait déjà souligné, à l’endroit du peuple anglais, l’illusion qui consiste à se croire politiquement libre quand on n’a la parole qu’à l’occasion du vote, avec prière de retourner au silence de la passivité pour les cinq ans qui suivent. Mais qu’aurait-il pensé de cet argument du « vote utile » qui demande en plus d’aliéner cette « liberté » dès les tours de scrutin où elle pourrait être exprimée ?

On dira que la manière inverse ne mène pas bien loin et qu’elle n’a pour elle qu’un mouvement d’humeur : celui qui n’en peut plus de la prise d’otages par laquelle le parti socialiste ne s’efforce même plus d’ajouter le moindre argument substantiel à la simple phobie anti-droite – habitude maintenant contractée de longue date, mais qui se souvient du slogan exhaustif de sa campagne pour les législatives de 1986 « Au secours, la droite revient ! » ? Mouvement d’humeur cependant qui a au moins la vertu de rappeler en quoi consiste vraiment la différence droite-gauche, et aussi de faire faire son chemin à l’idée que pour se débarrasser de la prise d’otages il faut se débarrasser des structures qui arment la prise d’otages – en l’occurrence le scrutin présidentiel même, qu’il est temps d’envoyer aux poubelles de l’histoire.

Et puis l’on entendra inévitablement, d’exaspération et de panique mêlés, les rappels au front uni, à la hauteur des enjeux et à l’irresponsabilité de dénoncer la « gauche de droite », qui plus est « à ce moment là », plutôt que de réserver ses traits à la droite tout court (qui n’est pas de gauche). Mais que la droite soit, elle, conforme à son concept, il n’y pas grand-chose à y objecter, juste à la combattre – mais en étant de gauche. C’est que « la gauche » devienne de droite l’anomalie qui crève les yeux et – paradoxe oculaire – finit par se voir. Il faut donc prendre au pied de la lettre les inquiets qui ne jurent que par le salut de « la gauche » : ils veulent réserver la critique à la droite ? C’est parfait : c’est toute la droite-du-cadre, et elle seulement, qui y aura droit.

Hollande, Obama… Roosevelt

Alors oui, il est probablement sans espoir de rappeler aujourd’hui que la droite modérée, c’est-à-dire le parti socialiste, rend toujours aussi actuel l’appel à « une gauche de gauche », cette pathétique supplication pour que la gauche soit de gauche. Mais qu’est-il permis d’attendre du débat politique un 2 mars, à deux mois du scrutin ? À peu près autant que d’un avertissement aux prévisibles désillusions d’une présidence Obama qui aurait été formulé en octobre 2008... Obama dont précisément François Hollande déclare qu’il « pourrait avoir les mêmes conseillers que lui ».

Heureuse référence, mêlée d’un touchant accès de candeur, par laquelle Hollande nous laisse entrevoir en quelques mots ce qu’il est raisonnable d’espérer de son éventuelle présidence, à savoir rien – comprendre rien de significatif si l’on entend par là de s’en prendre vraiment, c’est-à-dire autrement qu’en mots, aux causes structurelles qui déterminent les plaies contre lesquelles on prétend vouloir lutter : chômage, inégalités, précarité, souffrance salariale, régression de l’Etat social, etc.

C’est que le bilan d’Obama ne plaide pas exactement pour qu’on s’en fasse un blason : qu’en reste-t-il si l’on met de côté la réforme de la sécurité sociale propre au contexte étasunien ? On attendait d’un président démocrate arrivant au pouvoir avec une opportunité historique en or, deux mois après la faillite de Lehman, qu’il brise les reins de la finance – mais la loi de régulation financière (Dodd Frank Act) est un ventre mou offert à tous les contournements et à toutes les éviscérations par le lobby de l’industrie financière, sinistre préfiguration de l’ersatz hollandais qui désigne peut-être un ennemi sans visage mais se prépare à l’affronter sans mains.

La finance déréglementée peut donc avoir mené le monde au bord du chaos et il ne se trouve nulle part aucune volonté politique pour l’arraisonner vraiment (6). C’est que l’on ne crée pas d’espace de régulation financière sérieuse sans revenir sur le dogme de la parfaite liberté de mouvement des capitaux, c’est-à-dire sans ajouter des restrictions et des protections capables de rendre viable la dénivellation réglementaire avec un extérieur faisant le choix de demeurer dérégulé (ou faiblement régulé)… donc sans devoir passer sur le corps de l’article 63 du traité de Lisbonne – encore...

Mais quelle est exactement cette « gauche » dont il ne se trouve aucun leader capable d’une parole à la hauteur de la situation au moment même où le capitalisme convulse ! La référence à Obama qui se voulait avantageuse est en fait tragique. Car ceux qui attendaient du président étasunien un nouveau Roosevelt, confronté à une crise historique en effet semblable à celle des années 30, en ont été rapidement pour leurs frais. Le séisme n’a donc pas encore été suffisamment important pour que cette « gauche » passée à la Javel soit de nouveau capable d’apercevoir que le capital libéré de tout détruit la société, qu’il y a des classes, que ces classes sont en lutte, qu’il lui appartient, normalement, dans cette lutte, de prendre parti.

Mais Obama, effrayé par ses premières audaces (?), n’a rien eu de plus pressé que de cajoler à nouveau Corporate America, de l’assurer de sa fidélité, et finalement d’épouser ostensiblement sa cause ; n’a-t-il pas d’ailleurs nommé Jeffrey Immelt, président de General Electric et sorte de parangon du grand capital, à la tête de son Groupe de conseillers économiques (Economic Advisory Panel) ? – la voix de son maître…

En 1936, au Madison Square Garden, en campagne pour sa ré-élection, Roosevelt, confronté aux forces réactionnaires du capital, arc-boutées dans la préservation de toutes leurs licences, Roosevelt, donc, fait de la politique à la hauteur de l’histoire : « Nous avons à lutter contre les vieux ennemis de la paix – le business et les monopoles financiers, la spéculation, les banques déchaînées (…) Ceux-là ont commencé à faire du gouvernement des Etats-Unis une simple dépendance de leurs affaires (…) Jamais dans notre histoire ces forces n’ont été liguées comme aujourd’hui contre un candidat. Elles sont unanimes dans la haine qu’elles me portent – et j’accueille cette haine avec plaisir. » On se prend à rêver d’un candidat socialiste qui n’aurait pas oublié le sens du mot socialiste, et qui se ferait un honneur de défier les forces de l’argent, d’entrer en guerre ouverte contre elles, et de s’en faire détester. On se réveille, et l’on sait dans l’instant que l’époque contemporaine attendra encore un moment son Roosevelt.


 

 

Frédéric Lordon est directeur de recherche au CNRS. Il a récemment publié D'un retournement l'autre, comédie sérieuse sur la crise financière, en quatre actes et en alexandrins (Seuil, 2011) ; Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza (La Fabrique 2010). Il tient également le blog du Monde Diplomatique La pompe à phynance 

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